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LE CONTRÔLE BUDGÉTAIRE

Le contrôle budgétaire s’opère au sein de chaque institution européenne et au niveau des


États membres. La Cour des comptes et le Parlement assurent un important travail de contrôle.
Chaque année, ce dernier examine l’exécution du budget, en vue de donner décharge à la
Commission européenne.

BASE JURIDIQUE
― Articles 317, 318, 319, 322 et 325 du traité de Lisbonne (ex-articles 274, 275, 276, 279 et 280
TCE)
― Articles 180b et 183 du traité Euratom.
― Règlement Financier, 1ère partie, titre VII, chapitres 1 et 2
― Accord Interinstitutionnel du 17 mai 2006 entre le parlement Européen, le Conseil et la
Commission sur la discipline budgétaire et la bonne gestion financière et cadre financier
(2007-2013), partie III, art.44, (JO C 139/2006 du 14.06.2006)
― Règlement du Parlement Européen, titre II, chapitre 7, articles 76,77 et 78; titre IV, chapitre 2,
article 112;annexe VI)

OBJECTIFS
Assurer le caractère licite, l’exactitude et la solidité financière des opérations budgétaires et des
systèmes de contrôle financiers, ainsi que la bonne gestion financière du budget européen
(économie, efficience et efficacité).

RÉALISATIONS

A. Contrôle au niveau national


Le contrôle initial des recettes du budget de l’Union européenne et des dépenses est exercé en
partie par les instances nationales. Celles-ci ont gardé leurs compétences, surtout en matière de
ressources propres traditionnelles (*1.5.1.), car elles disposent des instruments nécessaires à la
perception et au contrôle des dites sommes. Les États membres retiennent 25 % des ressources
propres traditionnelles pour couvrir les frais de perception (cette part s’élevait à 10 % avant la
«décision ressources propres» 2000/597 du 29 septembre 2000, entrée en vigueur le 1er mars
2002). La collecte des ressources propres traditionnelles n’en revêt pas moins une grande
importance pour les institutions de l’Union européenne. Aussi le Parlement européen (PE) a-t-il
institué une commission d’enquête sur la fraude dans le transit communautaire (voir ci-dessous).
Les dépenses opérationnelles à charge du Fonds européen d’orientation et de garantie agricole
(FEOGA) et des Fonds structurels, sont également contrôlées en premier lieu par les autorités
des États membres qui, souvent, doivent supporter une partie du coût de ces interventions.

B. Contrôle au niveau communautaire

1. Interne

DV/836409FR
Au sein de chaque institution, le contrôle est effectué par les ordonnateurs et les comptables, puis
par l’auditeur interne de l’institution concernée.

2. Externe: par la Cour des comptes (*1.3.10)


Le contrôle externe est effectué par la Cour des comptes européenne (CCE), qui présente chaque
année à l’autorité budgétaire des rapports détaillés conformément aux dispositions de
l’article 287 du traité de Lisbonne (ex-article 248 du traité CE), à savoir:
― une déclaration d’assurance (DAS) concernant la fiabilité des comptes ainsi que la légalité et
la régularité des opérations sous-jacentes;
― le rapport annuel sur l’exécution du budget général, y compris les budgets de toutes les
institutions et organes satellites;
― des rapports spéciaux sur des dossiers particuliers;
― des rapports annuels spécifiques relatifs aux agences et organes de l’Union européenne.
La Cour fait rapport également sur les opérations d’emprunt et de prêt, ainsi que sur le Fonds
européen de développement.

3. Contrôle au niveau politique: par le Parlement européen:


Au sein du Parlement, la commission du contrôle budgétaire est chargée:
― du contrôle de l’exécution du budget de l’Union;
― de la clôture, de la présentation et de l’audit des comptes et des bilans de l’Union, de ses
institutions et de tous les organes qu’elle finance;
― du contrôle de la rentabilité des différentes formes de financement communautaire dans la
mise en œuvre des politiques de l’Union;
― de l’examen des fraudes et des irrégularités dans l’exécution du budget de l’Union, de
l’adoption de mesures visant à prévenir et à poursuivre ces cas de fraude et d’irrégularités, et
de la protection des intérêts financiers généraux de l’Union;
Elle prépare également les décisions de décharge.
La procédure de décharge
Une fois par an, le Parlement, sur recommandation du Conseil, donne décharge à la Commission
sur l’exécution du budget de l’année n-2, après avoir examiné le rapport annuel de la Cour des
comptes, et les réponses de la Commission et d’autres institutions à ses propres questions (article
319 du traité de Lisbonne (ex-article 276 du traité CE). La Commission et les autres institutions
sont tenues de donner suite aux observations faites par le Parlement dans sa résolution de
décharge (article 147 du règlement financier).
De même, le Parlement donne décharge annuellement aux autres institutions ainsi qu’aux
agences. Le Parlement donne à la Commission une décharge séparée concernant la mise en
œuvre des mesures relatives au Fonds européen de développement, celles-ci n’étant pas encore
intégrées dans le budget général. La décision de décharge du Parlement et sa résolution relative à
l’exécution du budget général, Section I - Parlement européen sont adressées au président du
Parlement.
Le Parlement étudie les rapports de décharge à l’assemblée plénière du mois d’avril.
Ainsi, l’octroi de la décharge est voté lors de la période de session du mois d’avril et, si celle-ci
est reportée, lors de la période de session du mois d’octobre.
Si la proposition d’octroi de la décharge n’est pas soutenue par une majorité, ou si le Parlement
décide de différer sa décision de décharge, le Parlement informe les institutions ou les agences
concernées des raisons du refus de la décharge. Elles sont tenues de prendre sans tarder les
mesures nécessaires à l’élimination des obstacles à la décision de décharge.
Ensuite, la commission du contrôle budgétaire soumet dans les six mois un nouveau rapport
contenant une nouvelle proposition d’octroi ou de refus de la décharge.

4. Mesures antifraude: par l’OLAF


L’Office de lutte antifraude (OLAF) a été institué en 1999 (décision de la Commission
1999/352). Il est compétent pour mener des enquêtes indépendantes de la Commission. Il a été
renforcé à l’instigation du PE. Son rôle concerne la protection des intérêts financiers de l’Union,
étant investi de la responsabilité de la lutte contre les fraudes commises au détriment des fonds
de l’Union européenne dans toutes les institutions, et de la coordination des organes compétents
dans les États membres.
Dans le cadre des règlements 1073/1999 et 1074/1999 relatifs aux enquêtes menées par l’OLAF,
le Parlement, le Conseil et la Commission ont signé, le 25 mai 1999, un accord interinstitutionnel
relatif aux enquêtes internes. Cet accord stipule que chaque institution établit des règles internes
communes visant à assurer le bon déroulement des enquêtes menées par l’OLAF. Certaines de
ces règles, désormais intégrées dans le statut des fonctionnaires des Communautés européennes,
obligent le personnel à coopérer avec l’OLAF et prévoient une certaine protection des membres
du personnel qui divulguent des informations concernant une fraude ou une corruption
éventuelles. Ce système est également connu sous le nom de «dénonciation des
dysfonctionnements».
L’article 325 du traité de Lisbonne (ex-article 280 du traité CE) concerne la fraude et les intérêts
financiers de l’UE; il prévoit une coopération étroite et régulière entre les États membres et la
Commission ainsi que la possibilité de mesures spécifiques du Conseil visant à offrir une
protection effective et équivalente des intérêts financiers de la Communauté dans les États
membres.

RÔLE DU PARLEMENT EUROPÉEN

A. Évolution des compétences


Entre 1958 et 1970, le PE était seulement tenu informé des décisions quant à la décharge donnée
par le Conseil à la Commission sur l’exécution du budget. En 1971, il a obtenu le pouvoir de
donner décharge conjointement avec le Conseil. Depuis le 1er juin 1977, date à laquelle le traité
du 22 juillet 1975 est entré en vigueur, il est seul à donner décharge sur les comptes, après que le
Conseil a émis sa recommandation.

B. Recours à la décharge
Le PE peut décider de reporter la décharge s’il estime que la manière dont la Commission a
exécuté le budget laisse à désirer sur certains points. Le refus de la décharge peut être assimilé à
une demande de démission de la Commission. La menace a été mise à exécution en décembre
1998: le rejet, par un vote en assemblée plénière, de la proposition de décharge a été suivi de la
constitution d’un groupe de cinq experts indépendants qui a enquêté sur des accusations de
fraude, de mauvaise gestion et de népotisme visant la Commission européenne; le Collège des
commissaires a démissionné collectivement le 16 mars 1999.
Bien que le traité ne se réfère qu'à la décharge de la Commission, pour des raisons de
transparence et de contrôle démocratique le PE donne aussi décharge séparément aux autres
institutions et organes et à chaque agence ou organisme similaire (Règlement du PE annexe VI).
En séance plénière d'avril 2009, dans le cadre de la procédure de décharge pour l'année 2007, le
PE reporta la décharge au Conseil des Ministres notamment en raison du refus du Conseil de
fournir les informations idoines qui auraient autorisées à donner la décharge; celle-ci a
finalement été accordée au mois d'octobre de la même année, après que le Conseil ait répondu
aux requêtes du Parlement européen.
Comme il a déjà été précisé, la Commission, les autres institutions et les agences font rapport sur
les mesures prises pour faire suite aux observations accompagnant les résolutions de décharge.
Les États membres informent la Commission des mesures prises à la suite des observations du
Parlement, et la Commission en tient compte dans son propre rapport de suivi (article 147 du
règlement financier).
Comme indiqué dans la fiche technique sur la Cour des comptes (*1.3.10.), après plusieurs
années consécutives sans qu’une déclaration d’assurance positive non assortie de réserves n’ait
été émise par la Cour des comptes, le Parlement européen a encouragé le développement d’un
cadre de contrôle intégré qui comprend également la gestion partagée avec les États membres.

C. Autres instruments
Les commissions spécialisées du PE contribuent également à garantir que les crédits
communautaires sont dépensés de manière efficiente, au mieux des intérêts du contribuable
européen.
En outre, des membres de la commission du contrôle budgétaire ont rencontré, à plusieurs
occasions, des représentants des commissions homologues des parlements des États membres,
les autorités nationales de contrôle ainsi que des représentants des services des douanes. Des
députés ont également effectué un certain nombre d’enquêtes sur le terrain afin de vérifier les
faits à l’origine de problèmes particuliers.
En décembre 1995, le PE a exercé pour la première fois le droit que lui a conféré le traité de
créer une commission d’enquête. Cette commission a fait rapport sur des allégations de fraudes
et de mauvaise administration sous le régime de transit communautaire. Les 38 recommandations
de la commission d’enquête ont recueilli une large approbation. La commission du contrôle
budgétaire a suivi leur mise en œuvre. C’est dans ce contexte qu’a été développé le nouveau
système de transit informatisé (NSTI).
Plusieurs fonctionnaires des institutions européennes qui avaient divulgué des informations
concernant de possibles cas de fraude, de corruption ou de mauvaise gestion n’ayant pas fait
l’objet d’une protection adaptée dans le cadre des règles de protection prévues par le système de
dénonciation des dysfonctionnements, la commission du contrôle budgétaire du
Parlement européen a suggéré à la Commission une révision de ces règles.
Le traité de Lisbonne renforce les mécanismes de contrôle axés sur les résultats obtenus par les
programmes de l’Union européenne mis en œuvre avec les finances de l’Union. L’article 318 du
traité de Lisbonne (ex-article 275 du traité CE) oblige la Commission à soumettre au Parlement
et au Conseil, en tenant compte de leurs indications, un rapport d’évaluation complet tel
qu’indiqué dans la procédure de décharge annuelle.
D'autre part, le paragraphe 44 de la partie III de l'Accord Interinstitutionnel de mai 2006,
rappelle que les institutions reconnaissent l'importance d'un renforcement du contrôle interne
sans alourdir la charge administrative. Aussi la priorité sera-t-elle accordée dans ce cadre, à une
bonne gestion financière visant à obtenir une DAS (déclaration d'assurance) positive, pour les
fonds en gestion partagée avec les Etats membres; ceux-ci s'engagent donc chaque année, à
établir au niveau national approprié, un récapitulatif des contrôles des comptes et des
déclarations disponibles.
Jean-Jacques GAY/Helmut WERNER
10/2010