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Etude de L’Avare de Molière

Introduction

Une pièce comique est destinée à faire rire les spectateurs ou


les lecteurs. Et pour définir la fonction de sa comédie, Molière
dit « Castigat ridendo mores », autrement dit « Il châtie les
mœurs en faisant rire ». Et pour cause, Jean Baptiste Poquelin
de son vrai nom exploite les caractères des hommes pour
composer ses pièces de théâtre. Pour résumer le monde de
cette pièce L’Avare publié en 1668, il note « qu’un homme est
avare, et qu’il prétend garder sa richesse ». Ce thème sera
ainsi exploité dans sa perspective vicieuse tel qu'il est vu par
le dramaturge, comédien et metteur en scène Molière. Afin
d’analyser le texte, nous étudierons tour à tour les acteurs, le
résumé de l’action, la structure, les thèmes et enfin la
dramatisation.

I. Les acteurs
HARPAGON, père de Cléante et d'Élise, et amoureux de
Mariane. Il est le personnage principal, un vieillard devenu
une figure légendaire à cause de son vice : l’avarice, qui est
son appât du gain qui fait de lui un usurier. Il aime l’or, la
richesse et a peur qu’on le lui vole et il est amoureux.
CLÉANTE, fils d'Harpagon, amant de Mariane. ÉLISE, fille
d'Harpagon, amante de Valère.VALÈRE, fils d'Anselme, et
amant d'Élise. MARIANE, amante de Cléante, et aimée
d'Harpagon. ANSELME, père de Valère et de Mariane.
FROSINE, femme d'intrigue. MAITRE SIMON, courtier.
MAITRE JACQUES, cuisinier et cocher d'Harpagon. LA
FLÈCHE, valet de Cléante. DAME CLAUDE, servante
d'Harpagon. BRINDAVOINE, LA MERLUCHE, laquais
d'Harpagon. LE COMMISSAIRE ET SON CLERC.
La scène est à Paris.

II. Résumé

Veuf et extrêmement avare, Harpagon veut marier sa fille


Élise à un vieillard fortuné, Anselme, disposé à la prendre sans
dot. Mais Élise veut épouser Valère, qui s’est introduit chez
Harpagon en se faisant engager comme intendant. Harpagon a
aussi un fils, Cléante, qui aime Mariane, mais il a pour rival
Harpagon lui-même. Pour aider son maître, La Flèche, le valet
de Cléante, vole la cassette remplie d’or d’Harpagon. Accusé
à tort, Valère révèle son amour pour Élise. Le procédé
traditionnel de la reconnaissance permet de dénouer l’intrigue
: Anselme reconnaît en Mariane et Valère ses enfants, qu’il
croyait avoir perdus dans un naufrage. Valère et Élise pourront
se marier, Cléante et Mariane de même, tandis qu’Harpagon
est satisfait d’avoir retrouvé sa chère cassette.

III. Une structure en actes

Acte I - L'intrigue se passe à Paris. Le riche et avare Harpagon


a deux enfants : Élise qui est amoureuse de Valère, un
gentilhomme napolitain au service de son père en qualité
d'intendant, et Cléante qui souhaite épouser Mariane, une
jeune femme vivant chez sa mère sans fortune. Il ne supporte
pas que l'avarice de son père contrarie ses projets amoureux.
Harpagon est terrifié par une crainte obsédante : il a dissimulé
dans le jardin, une cassette qui renferme dix mille écus d'or, il
a peur qu’on la découvre et qu'on la lui vole. Soupçonneux, il
se méfie de tout le monde, même de ses enfants, il va jusqu'à
renvoyer La Flèche, le valet de Cléante. Finalement, il leur
dévoile ses intentions : il va épouser Mariane, Élise est
promise (sans apport de dot) à Anselme, un vieillard, et
Cléante est destiné à une veuve. La jeune fille refuse
énergiquement, son père demande à Valère de la convaincre.

Acte II - Cléante, qui ne peut compter sur son père, a un


besoin urgent de quinze mille francs. La Flèche, son valet, se
charge de lui trouver un préteur, un intermédiaire, Maître
Simon, un courtier, l'informe des conditions qui relèvent de
l'usure la plus outrancière. Révolté, il finit par découvrir que
l'usurier n'est autre que son père ; une violente dispute les
oppose. L'intrigante Frosine entre en scène, elle persuade
Harpagon que Mariane est une femme qui préfère les hommes
âgés et qu'elle serait disposée à se marier avec lui. L'avare est
ennuyé par le manque de fortune de la jeune femme, mais
Frosine le convainc qu'une personne pauvre qui ignore les
dépenses, ne peut que lui convenir. L'intrigante veut se faire
payer de ses services, mais Harpagon refuse et s'en va.

Acte III - À l'occasion de la signature du contrat de mariage,


Harpagon a invité Mariane à dîner. Il fait des reproches à ses
domestiques, et en particulier Maître Jacques, pour que les
dépenses soient limitées. Le cuisinier proteste, l'intendant
Valère soutient l'avare et prône l'économie ; une vive dispute
s'ensuit au cours de laquelle Maître Jacques reçoit des coups
de bâton, et dés lors ne songe plus qu'à se venger. Arrive
Frosine qui introduit Mariane dans la maison, nerveuse à l'idée
de rencontrer son futur époux. Quand celui-ci paraît, elle est
dégoûtée par son physique, c'est à ce moment que Cléante
arrive, elle reconnaît le jeune homme qui est l'objet de ses
pensées. S'ensuit une conversation entre les amoureux, dans
laquelle à mots voilés ils s'avouent leurs sentiments
réciproques. Cléante retire une bague de grande valeur du
doigt de son père, et l'offre en son nom propre à celle qu'il
aime. Harpagon n'a pas véritablement compris la situation.

Acte IV - Les deux jeunes amoureux sollicitent Frosine pour


qu'elle intervienne auprès du barbon, et qu'il renonce à son
mariage insensé. Harpagon surprend son fils en train de baiser
la main de Mariane, et conçoit des soupçons dont il veut
s'assurer. Afin de sonder son fils et connaître ses espoirs, il
prétend avoir changé ses projets et renoncé au mariage. Le fils
naïf dit tout à son père, son amour pour la jeune fille et son
désir de l'épouser ; furieux, Harpagon résiste mal à un accès
de violence et le maudit. Maître Jacques intervient pour les
séparer et les réconcilier : en aparté, il leur fait croire à chacun
que l'autre a abandonné la partie. La réconciliation est de
courte durée, la dispute reprend de plus belle et ne cesse qu’à
l'arrivée de La Flèche, avec la cassette des dix mille écus d'or,
qu'il a lui-même dérobée. Harpagon promet de trouver le
coupable et de le châtier comme il se doit.

Acte V - Harpagon convoque un commissaire de police afin


d'enquêter sur le vol de la cassette et, dans son délire
d'avaricieux, il veut faire interroger tous les Parisiens. Par
vengeance, Maître Jacques désigne Valère qui arrive à ce
moment. On lui ordonne de s'expliquer et de reconnaître son
crime. Malentendu, pensant que ses sentiments pour Élise sont
connus, il admet qu'elle est secrètement sa fiancée. Une fois
de plus Harpagon comprend avec retard et la fureur le reprend.
Anselme, qui doit épouser Élise, entre en scène alors que
Valère a commencé le récit de son histoire. Le vieillard
comprend que Valère et Mariane sont les enfants d’Anselme, il
était persuadé qu'ils avaient péri dans un naufrage, il y a fort
longtemps. Cléante va épouser Mariane et Valère Élise.
Harpagon accepte leurs mariages, tant que Anselme paye tout.
Il reste seul avec sa cassette.

IV. Les thèmes

1. L’amour et le mariage
A la question de Valère, « que pouvez−vous craindre, Elise,
dans les bontés que vous avez pour moi ? », Elise répond «
Hélas ! cent choses à la fois : l'emportement d'un père, les
reproches d'une famille, les censures du monde ; mais plus que
tout, Valère, le changement de votre coeur, et cette froideur
criminelle dont ceux de votre sexe payent le plus souvent les
témoignages trop ardents d'une innocente amour. », et elle
ajoute : « Tous les hommes sont semblables par les paroles ; et
ce n'est
que les actions qui les découvrent différents ». Ceci montre
bien que durant le 17ème siècle l’homme était souvent
inconstant, ce qui fait peur à la fille. Elise pense que l’amour
est un engagement trop sérieux que le mot aimer lui fait peur,
surtout quand son frère Cléante lui avoue qu’il aime Mariane :
« Vous êtes−vous engagé, mon frère, avec celle que vous
aimez ? ».
Dans cette société, pour se marier, il ne suffit pas seulement de
s’aimer, il faut en plus que la fille ait de l’argent qui
constituera sa dote, gage qu’elle donne à l’homme. Cependant
Harpagon, ne voulant pas dépenser pour sa fille, lui trouve un
vieux qui accepte de l’épouser sans cette dote, mais surtout il
veut se marier à une jeune fille pour son argent et trouver par
la même occasion une femme à son fils Cléante afin de
fructifier son argent. Bref l’avare ici pense s’enrichir par le
commerce du mariage.

2. L’avarice et l’argent

Harpagon est si avare qu’il en vient à accuser un innocent de


voleur, d’ailleurs il a ce mot au bout des lèvres. Aussi quand il
veut cacher sa cassette d’argent il chasse La Flèche ainsi : «
Hors d'ici tout à l'heure, et qu'on ne réplique pas. Allons, que
l'on détale de chez moi, maître juré filou, vrai gibier de
potence ». Car pour lui, on peut voler son argent avec les
yeux, car il qu’il ne veut pas que « les yeux maudits assiègent
toutes [ses] actions, dévorent ce que [il] possède, et furètent de
tous côtés pour voir s'il n'y a rien à voler ». Mais au fond
Harpagon ne veut pas que les gens sachent qu’il a de l’argent.
On rira presque de l’avarice de ce rat quand il économise sur
tout jusqu’à penser ne pas porter des perruques qui coûteraient
de l’argent : « C'est fort mal fait. Si vous êtes heureux au jeu,
vous en devriez profiter, et mettre à l'honnête intérêt l'argent
que vous gagnez afin de le trouver un jour. Je voudrais bien
savoir, sans parler du reste, à quoi servent tous ces rubans dont
vous voilà lardé depuis les pieds jusqu'à la tête, et si une demi-
douzaine d'aiguillettes ne suffit pas pour attacher un haut-de-
chausses ? Il est bien nécessaire d'employer de l'argent à des
perruques, lorsque l'on peut porter des cheveux de son cru, qui
ne coûtent rien ».

V. La dramatisation

Dans cette comédie, Molière utilise tous les ressorts du


comique, le comique de caractère en la personne d’Harpagon,
le comique de situation — chaque personnage se présente sous
un masque (à un moment de l’histoire chacun cache son
amour) —, le comique de mœurs et de répétition et bien sûr le
comique des mots, des gestes, hérité de la farce et du ballet,
que Molière connaît bien. Dès lors, l’amour et la jeunesse
peuvent à la fois se moquer de l’autorité qui veut les marier
contre leur désir, et voir leurs entreprises couronnées de
succès. Chaque personnage oscillant entre la feinte et le secret,
l’Avare est une pièce qui permet à ceux qui voient en Molière
un moraliste et ceux qui y voient un homme de théâtre inspiré
de se réconcilier. Seule la comédie, en effet, permet de donner
au jeu des masques toute sa puissance subversive, mais seule
la vérité du désir devenant vérité de tous permet à la morale de
s’imposer légitimement.

Conclusion

L’Avare est une sorte de mise en garde. On se défend souvent


de ne pas être avare, et de traiter l’autre d’avare. Et fort
justement Molière à raison de dire pour une simple définition
qu’on prétend garder son argent pour justifier qu’on n’est pas
avare. Toujours est-il qu’un certain degré d’avarice est une
maladie. Heureusement pour Harpagon, cette maladie ne l’a
pas tué, car c’est du théâtre et de la comédie, donc la mort ne
peut en être l’issue. Qu’en serait dans la vraie vie ? Gardera-t-
on notre argent éternellement ? Pour qui le garde-t-on ? Aura-
t-on le temps de manger tout ce qu’on garde, si tel est bien sûr
notre but ? Ces questions sont posées implicitement dans la
pièce.

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