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UNIVERSITE DE LUBUMBASHI

FACULTE DES LETTRES ET SCIENCES HUMAINES


Département des Lettres et Civilisations Françaises et Latines
B.P. 1825
LUBUMBASHI

TRAVAIL PRATIQUE DE LITTERATURES FRANCOPHONES HORS DE


FRANCE

Sujet : Une lecture de Serres Chaudes de Maurice


Maeterlinck

Titulaire : Antoine TSHITUNGU KONGOLO Par JUSTIN BAHATI DIROKPA


Professeur

Dirigé par : Anaclet KAMWANYA Première licence Lettres et civilisation


Assistant françaises.

Année académique 2020-2021


INTRODUCTION
Les littératures francophones hors de France que nous avons abordées dans le cadre
du cours de Littératures francophones hors de France ont toutes été qualifiées de littératures
périphériques ; ou encore pour l’exprimer très exactement, des littératures auto-périphériques
parce qu’il s’agit ici en fait d’une autopériphérisation parce que ce sont ces littératures qui
instituent l’hexagone comme institution littéraire et par conséquent doit approuver et reconnaître
ces littératures, de laquelle reconnaissance découlera la légitimité. Ainsi, ce qui a caractérisé ces
littératures est la recherche d’une certaine accommodation à ce qui se pratique à Paris comme
littérature en commençant par l’écriture, pure, savante, intellectualiste, respectueuse des règles
(d’où la naissance des phénomènes tels l’hypercorrection contre lequel se dressent Charles
Ferdinand Ramuz qui institue une langue-geste, une langue appropriée par les communautés
concernées et qui puissent exprimer le vécu de ces communautés tel qu’il se présente, tout en
émettant des vérités générales qui puissent permettre à un lecteur lointain de se dévoiler et ainsi
participer à l’appropriation du texte dont il devient le co-créateur), la substance, la
déterritorialisation. Plus tard, ces littératures affirment leur autonomie par rapport à elles-mêmes
et deviennent leur propre centre, leur propre institution littéraire.
Maurice Maeterlinck se place dans une littérature belge d’expression française en
transition depuis une littérature périphérique vers une littérature autonome, nationale. Ainsi par
exemple, Serres chaudes est bien accueilli par les symbolistes français, bien que sa prédilection
soit portée sur le vers réguliers, d’où son besoin d’innovation. Son besoin d’innovation s’affirme
quand introduit son symbolisme en théâtre en créant le théâtre de l’âme où les personnages sont
immobiles, passifs et réceptifs à l’inconnu et qui sont sublimes, où est exposé le drame quotidien.
Le présent travail a consisté à analyser le recueil Serres chaudes en en évoquant les
thèmes, la structure, le symbolisme et l’image.

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I. REFERENCE BIBLIOGRAPHIQUE DE L’ŒUVRES
Maeterlinck, M., « Serres chaudes », in « Maeterlinck Œuvres », Bruxelles, Paris, Coll. « Passé
présent », Les éperonniers, 1980, pp. 131-173.

II. BREVE PRESENTATION DE L’AUTEUR


Figure de proue du symbolisme belge, Maurice Maeterlinck c'est un écrivain belge
flamand d'expression française. Il est né à Gand, d'une famille de 3 enfants dont il est l'aîné, le
29/08/1862, il meurt à Nice le 6/5/1949 à l'âge de 86 ans. Il est poète, dramaturge et essayiste.

Maurice Maeterlinck publie dès 1885 des poèmes d’inspiration parnassienne dans la
jeune Belgique. Il part à Paris il rencontre plusieurs écrivains qui vont l’influencer, dans Stéphane
Mallarmé et Villiers de L’Isle-Adam. Ce dernier lui fait découvrir les richesses de l’idéalisme
allemand, notamment celui de Hegel et de Schopenhauer. À la même époque, il découvre
Ruysbroeck l’admirable, un mystique flamand au XIVè siècle dont il traduit les écrits (Ornement
des noces spirituelles).
C’est ainsi qu’il se tourne vers les richesses intuitives du monde germaniques en
s’éloignant du rationalisme français. Dans cet esprit, il se consacre à Novalis et entre en contact
avec le romantisme d'Iéna (Allemagne, 1787-1831, autour d’August et Friedrich Schlegel et de la
revue l’Athenaüm), précurseur en ligne droite du symbolisme. Ainsi, les œuvres de 1889-1896
sont imprégnés d’influences germaniques. Outre des œuvres littéraires, il s’intéresse également
aux êtres vivants dont il décrit quelques-uns.
Il obtient un Prix Nobel en Littérature en 1911.
Il a écrit des œuvres littéraires suivantes :

- Serres chaudes
- Pélléas et Mélisande
- Alladine et Palomides
- Les aveugles
- Douze chansons.
Des essaies suivants: L’intelligence des fleurs, La vie des abeilles, La vie des termites, La vie des
fourmis, etc.

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III. LES PRINCIPAUX THEMES DANS SERRES CHAUDES
Dans Serres chaudes, le thème globalement exploité est celui du malaise de l’homme
sur la terre; à ce thème principal, nous ajoutons les thèmes suivants :
Le malaise de l’homme sur la terre

Ce recueil est basé sur une comparaison (suggestive car il s’agit ici d’un poème
symboliste et donc les images construites par l’auteur dans le texte ont le pouvoir de suggérer au
lecteur ce dont l’auteur veut parler) entre la vie de l’homme et la condition des plantes qui se
trouvent sous une serre, qui est chaude (il nous faut ici mentionner l’hyperbole qu’a construit le
poète : la serre présuppose l’idée de la chaleur, et l’adjectif « chaude » qui vient amplifier cette
l’idée de chaleur, d’où le niveau élevé de l’étouffement de l’homme, de son malaise). Et cet
étouffement, ce malaise est sans fin (Et vos portes à jamais closes : Serre chaude, vers 2, Une
princesse qui a fait, un matelot dans le désert, une musique de cuivre aux portes des incurables :
Serre chaude) et d’où nous ne savons pas sortir à l’image d’une princesse qui n’a jamais appris à
se débrouiller pour satisfaire sa faim ou le matelot qui n’est fait que pour la mer et cette musique
forte que ne peuvent supporter les incurables.

L’incapacité de l’homme le conduit à l’incertitude car il interfère avec un contexte


qu’il ne maîtrise en aucune façon, reprenant ainsi les images que nous avons cité précédemment :
“le matelot dans le désert”, “une princesse qui a fait”, un contexte sombre. Ainsi, dans son
désespoir, l’homme fait recours à Dieu dont il implore le secours (Mon Dieu ! Quand aurons-nous
la pluie, et la neige et le vent dans la serre !).

Devant son malaise, les tentatives de l’homme sont voués à l’échec (Une folle devant
le juge, un navire de guerre à pleines voiles sur un canal, un oiseau de nuit sur un lys, une étape
des malades dans la prairie, une odeur d’éther un jour de soleil, Serre chaude), les mornes désirs,
les désirs luxurieux paralysent son âme et réchauffent davantage la serre. Il s’abandonne alors au
rêve, il se représente le bonheur, mais il étouffe toujours.

Les sous-thèmes :
Dans ce texte apparaissent des nombreuses unités conceptuelles suggérées par les
indices du texte : des constructions imagées ou encore des unités lexicales qui, regroupées,
construisent des réseaux de sens.

Les sous-thèmes sont entre autres le malheur, le bonheur, le mal, le rêve, l’espérance,
le désespoir, l’obscurité (incertitude) et tant d’autres. Il nous faut mentionner que ces thèmes
« primaires » ne sont suggérés que par des thèmes « secondaires » (allusion faite à la théorie des
actes du langage indirects) qui apparaissent effectivement dans le texte. Ces thèmes
« secondaires » sont entre autres : la forêt, la maladie, la tentation, la prière, le lys, la lumière, les
plantes, la rivière, la cloche, etc.

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Le malheur est suggéré par des répétitions obsédantes telles : cloches vertes, herbe mauve,
malades, hôpital, chaude, serre, mes misères, faibles fleurs, orage, grotte, noire, ciguës,
ombre, obscures, fièvres, solitude, gazon, douleurs, flamme, pâle, indolente, herbe.

Le bonheur est suggéré par : lune, lys, lueurs, cristal bleu, esprit bleu, rose, joie, neige, glace,
lampe, soleil, blanchissent, glace, glacier.

Le mal l’est par : vénéneux, luxurieux désirs, êtres antédiluviens, mensonges, tentations,
serpents, désirs malades, secrets, ténèbres, tièdes désirs, passions.

L’obscurité : forêt, glauques, végétales, tiges obscures, givre vert, morne, plantes,
nénuphars mornes.
L’espérance : Dieu, prière, fenêtres, portes, Seigneur, horizon, espoirs, ciel.
Le rêve : songes, rêve, pensée, sommeil.
Le désespoir : lasses, passé, regrets, mort, mourir.

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VI. STRUCTURE DE SERRES CHAUDES
Comme nous l’avons développé sous le point traitant de la métrique dans Serres
chaudes, le recueil est divisé entre des poèmes réguliers, octosyllabes, moins rythmiques.
L’octosyllabe est un ver qui se réalise en un seul rythme, et dans le recueil on peut constater cette
pauvreté de rythme.
Ame de nuit
Mon âme est triste à la fin ;
Elle est triste enfin d’être lasse,
Elle est lasse enfin d’être en vain,
Elle est triste et lasse à la fin
Et j’attends ma face à la fin.

Et ainsi, cette monotonie de rythme se déploie dans tous les octosyllabes du recueil.

Par contre, dans les poèmes irréguliers, le rythme binaire par exemple se déploie.

Lassitude
Aux caresses du ciel, //vague comme leur vie ;
Pour ces choses de joie//écloses sous leurs pas ;
Et ce long calme vert//qu’ils ne comprennent pas.

Ou encore ternaire :

Attouchements

Et des troupeaux d’agneaux//s’éloignent au clair de lune//le long d’un fleuve tiède.

Lassitude pourrait bien exprimer la lassitude du poète qui s’étouffe dans la Serre
chaude, la recherche du plaisir, la recherche de la satisfaction de ses désirs luxurieux (son
attachement aux « fleurs mauvaises de la terre ») le caractérisent (ainsi, les vers régulier, au
rythme monotone, l’accablent avec toutes les règles de la versification) ; ainsi, par des moments,
il cherche à sortir de ce boucle, de ce cercle vicieux en recourant aux poèmes irréguliers, où il se
débarrasse de tout accablement avant de reprendre la routine. Mais triste sort, il ne peut s’en sortir ;
ainsi, Ame de nuit, le dernier poème est un poème régulier.

Serres chaudes est structuré d’une manière qui puisse établir des rapports logiques,
deux d’explication et de description entre le premier poème du recueil (Serre chaude) et ceux qui
suivent, expliquant les images peintes dans Serre chaude.

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La situation globale : l’homme est frustré, est malheureux, étouffe dans un contexte
qui n’es pas le sien, il ne sait s’en sortir et dans l’incertitude qui le caractérise, il est voué à l’échec.
Tout ce qu’il peut, c’est de se plaire à Dieu.

a) Le poète s’explique; il sonde la nature qui désormais se caractérise par la dépravation, la


décadence. Ainsi, il devient impossible pour lui d’envisager d’autres choses car il est
devenu est être mécanique à reproduire le mal. Il chante ainsi sa condition éternelle
(Oraison), celui d’une âme devenue âme de nuit.
b) L’homme essaie de s’en sortir en implorant l’aide de Dieu à qui il demande l’épuration de
son âme mais le mal le domine.

V. METRIQUE OU ELEMENTS DE VERSIFICATION


Ce recueil est varié en écriture poétique allant d’une poésie respectueuse des
différentes règles de la versification française vers une poésie libérée des contraintes de normes,
plus rythmique. Il faut mentionner que le recueil est une richesse de symbole.

Tout le recueil est partagé entre ders vers libres (irréguliers) et des vers réguliers
octosyllabiques dont les rimes sont embrassées soit croisées.
Serre chaude (poème irrégulier)

O serre au milieu des forêts!


Et vos portes à jamais ouvertes!
Et tout ce qu’il y a sous votre coupole!
Et sous mon âme en vos analogies !

Tentations (poème régulier, octosyllabique, rimes embrassées)

O| les| glau|ques| ten|ta|ti |ons| A


Au| mi |lieu| de|s om|bres| men|ta|les, B
A|vec| leurs| flam|mes| vé|gé|ta|les B
Et| leur|s é|ja|cu|la|ti|ons|. A
Heures ternes (poème régulier, octosyllabique, rimes croisées)

Voici d’anciens désirs qui passent, A


Encor des songes de lassés, B
Encor des rêves qui se lassent; A
Voilà les jours d’espoir passés! B

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VI. IMAGE ET SYMBOLISME DANS SERRES CHAUDES
Comment nous l’avons précisé plus haut, ce poème porte l’étiquette de symbolisme,
le poète recourt à des objets qu’il observe autour de lui pour exprimer des réalités qui sont au-delà,
des idées, tel que le préconise Jean Moréas dans le manifeste du symbolisme qui est publié dans
le Figaro le 18 septembre 1886. Ainsi, dans ce recueil, le poète, Maurice Maeterlinck, la figure de
proue du symbolisme en littérature belge d’expression française construit des nombreux symboles
variés que nous citons et explicitons :

- La serre : la serre est le symbole principal du recueil, celui sur lequel l’ensemble
du recueil est construit. Le symbole même du malaise de l’homme sur la terre, car ici la terre
est considéré un endroit où l’homme étouffe dans une chaleur intense et dont « les portes
sont à jamais ouvertes », d’où l’homme ne peut sortir, où il est confiné.
- La forêt : symbole même de l’incertitude, de la condition de l’homme qui se trouve
sous la serre, sans aucun moyen de s’en sortir, qui ignore le chemin qui doit le mener à la
sortie, incapable d’entreprendre quoique ce soit si ce n’est que c’est plaire à Dieu.
- Le lys : le symbole de lys s’oppose à ceux de la forêt, la serre, le vert, les malades
mais qui s’associe à ceux de la fleur, du ciel et celui de la paix. Il symbolise la lumière, le
bonheur auquel l’homme aspire.
- Le vert : la couleur verte symbolise ici l’infortune de l’homme sous la serre.
- Le bleu : le bleu est le symbole du calme, de la paix.
- Le ciel : symbole de l’espérance.
- Les malades : le symbole de malades renvoie à la souffrance de l’homme sous la
serre.
- La fleur : le symbole de la fleur dénote le bonheur, celui auquel aspire l’homme qui
étouffe sous la serre, l’homme accablé par le malheur.

VII. ELEMENTS DU TEXTE AYANT MARQUE NOTRE ATTENTION


Plusieurs éléments, dans ce recueil, ont marqué notre attention : notamment
l’adéquation que le poète construit entre la substance même du recueil est la structure. Bien que la
poétique symboliste exige une poésie plus libre, plus rythmique, l’auteur, pour exprimer
l’accablement de l’homme sous la serre n’hésite pas à recourir aux vers réguliers qui constituent
la majorité poèmes du recueil, il ne garde les poèmes irréguliers, libres que pour exprimer les
tentatives (vaines) de l’homme qui essaie sortir de son étouffement. D’où l’échec est exprimé par
le retour aux vers réguliers qui mettent un terme au recueil. Ce qui a attiré notre attention, c’est
aussi les symboles qu’utilise le poète pour suggérer les réalités qu’il veut exprimer. Ainsi, nous
nous approprions ces symboles dont nous pourrons par exemple ultérieurement abordé chez un
autre poète. Des figures des rhétoriques ont aussi attiré notre attention, notamment les métaphores
qui abondent le texte, les oxymores (O mes yeux que l’ombre élucide) et les hyperboles.

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CONCLUSION
Serres chaudes, le recueil qui initie Maurice Maeterlinck au symbolisme aborde la
condition de l’homme, de l’individu sur la terre, le mal-être, son étouffement. Le recueil est plein
d’images et symboles dont certains sont obsédants, ayant par conséquent le pouvoir suggestif plus
important que les autres. Les symboles et images qu’expose le poète nous suggère les différents
thèmes « primaires ». Le recueil est partagé entre deux vers, réguliers et irréguliers, deux types de
rythmes : un rythme pauvre (monotone) et le rythme binaire, ternaire. La situation initiale de
l’homme, la liberté est exprimé par un premier poème en vers libres (irrégulier) alors que son
accablement, jusqu’à la fin du poème l’est par des poèmes en vers réguliers qui sont parsemés de
poèmes irréguliers, synonyme des tentatives de l’homme pour sortir de la serre, de se libérer.