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DROIT DU CREDIT

Cours de Jean-Jacques ANSAULT

Agrégé des Facultés de Droit

Professeur à l’Université Panthéon-Assas (Paris II)

Fiche de Travaux Dirigés

Les sûretés personnelles non accessoires

La garantie autonome et la lettre d’intention


(Séance de travaux dirigés n° 5)

Master 1
Année universitaire 2020-2021
Chacun comprend que le caractère accessoire du cautionnement constitue l’une de ses principales
faiblesses pour un créancier. En effet, par principe, le sort de cette garantie se trouve lié à celui du contrat
principal. Et, pour le créancier, à cette menace de voir sa garantie personnelle disparaître en raison de
cette caractéristique fondamentale du contrat de cautionnement, s’ajoutent les risques d’anéantissement et
d’inefficacité qui relèvent de règles spécifiques au cautionnement lui-même. L’on comprend alors sans
mal que les praticiens aient cherché à pallier ces défauts en s’efforçant de créer de nouvelles garanties
personnelles dénuées de caractère accessoire. C’est à leur inventivité que notre système juridique doit la
création des garanties autonomes et des lettres d’intention. Leur consécration légale date de l’ordonnance
du 23 mars 2006. Ceci dit, leur insertion dans le Code civil ne contribue-t-elle pas à rigidifier ces
mécanismes contractuels ?

I. LA GARANTIE AUTONOME

Quant à la définition de la garantie autonome, l’article 2321 du Code civil affirme qu’il s’agit de :
« l’engagement par lequel le garant s’oblige, en considération d’une obligation souscrite par un tiers, à
verser une somme soit à première demande, soit suivant des modalités convenues ». Jusqu’à l’ordonnance
du 23 mars 2006, cette convention ne faisait l’objet d’aucun texte et relevait exclusivement de la liberté
contractuelle. Si, à l’origine, la garantie à première demande fut l’apanage des contrats internationaux, sa
très grande efficacité a très vite conduit certaines banques à l’utiliser dans des relations purement internes
comme substitut au cautionnement. Ceci ne va pas sans générer un contentieux massif lorsqu’il s’agit de
déterminer si l’on est en présence d’une véritable garantie autonome ou d’un cautionnement dissimulé
sous le masque d’une prétendue garantie à première demande. Ce dernier stratagème vise alors à éviter
l’application du régime protecteur du cautionnement. Quelle est alors la réaction du droit français ?

Doc. 1 : Cass. com., 20 décembre 1982, n° 81-12.579 : Bull. civ. IV n 417 ; D. 1983, jur., p. 365, note
M. VASSEUR ; RTD com. 1983, p. 446, obs. M. CABRILLAC et B. TEYSSIE ; Gaz. Pal. 1983, 1,
som., p. 110, note S. PIEDELIEVRE.
Doc. 2 : Cass. com., 18 mai 1999, n° 95-21.539 : D. aff. 2000, p. 112, note Y. PICOD.
Doc. 3 : Cass. com., 8 octobre 2003, n° 01-10.144 : RD banc. et fin. 2004, comm. 15, obs. A. CERLES.
Doc. 4 : Cass. com., 12 juillet 2005, n° 03-20.364 : Bull. civ. IV, n° 160 ; RJDA 2005, n° 1286 ; RTD
com. 2005 ; p. 823, obs. D. LEGEAIS ; JCP G 2006, I, 131, n° 11, obs. PH. SIMLER.
Doc. 5 : Cass. 1ère civ., 5 octobre 2010, n° 09-14.673 : RLDC 2010/77, n° 4049, note J.-J. ANSAULT ;
Banque et droit 2011, n° 136, p. 62, obs. F. JACOB ; JCP E 2010, 2124, note CH. JUILLET ;
JCP G 2011, 206, n° 9, obs. PH. SIMLER.

Dès lors que le souscripteur de l’engagement autonome ne garantit pas l’exécution du contrat de
base, il est logique qu’il ne puisse se prévaloir d’aucune exception ayant trait à l’exécution de ce même
contrat pour refuser de verser la somme prévue contractuellement. Ce principe ne connaît des exceptions
que dans des cas où il apparaît absolument évident que l’appel de la garantie est injustifié. Ceci dit, il
convient également de tenir compte des stipulations propres au contrat de garantie qui encadrent sa mise
en œuvre et imposent parfois à son titulaire de respecter certaines formalités. Par ailleurs, en droit interne,
le juge et le législateur s’efforcent d’assurer une protection minimum au garant, tout particulièrement
lorsqu’il s’agit d’une personne physique. Pouvez-vous en donner des illustrations ?

Par ailleurs, signalons que la présence d’une contre-garantie, fréquente en pratique surtout dans les
contrats internationaux, modifie la chronologie des actions en paiement et des recours en remboursement,
ce qui donne lieu à un contentieux complexe.
Doc. 6 : Cass. com., 7 juin 1994, n° 93-11.340 : Bull. civ. IV, n° 202 ; JCP G 1994, I, 3807, n° 15,
obs. PH. SIMLER ; JCP E 1994, II, p. 637, note L. LEVENEUR ; D. 1995, som., p. 19, obs.
M. VASSEUR.
Doc. 7 : Cass. com., 7 juin 1994, n° 92-16. 585 : Bull. civ. IV, n° 203.
Doc.8 : Cass. com., 26 novembre 2003, n° 01-10.062 : Bull. civ. IV, n° 175 ; RTD com. 2004, p. 146,
note D. LEGEAIS ; JCP G 2004, I, 141, n° 9, obs. PH. SIMLER.
Doc 9 : Cass. 1ère civ., 20 juin 2006, n° 04-11.037 : RTD civ. 2006, p. 593, note P. CROCQ ; JCP G
2007. I. 158, n° 9, obs. PH. SIMLER.
Doc. 10 : Cass. com., 19 décembre 2006, n° 05-13.461 : Bull. civ. IV, n° 249 ; RLDC 2007/37, n° 2399,
note J.-J. ANSAULT ; Banque et droit 2007, n° 111, p. 50, obs. F. JACOB.
Doc. 11 : Cass. com., 5 juin 2007, n° 05-21.112 : JCP G 2007, I, 212, n° 13, obs. PH. SIMLER.
Doc. 12 : Cass. com., 30 mars 2010, n° 09-12.701 : Bull. civ. IV, n° 65; RLDC 2010/72, n° 3850, obs.
J.-J. ANSAULT ; RDC 2010, p. 1345, note A.-S. Barthez ; JCP G 2010, note 567, obs.
O. GOUT  : Banque et droit, 2010, n° 131, p. 42, obs. N. RONTCHEVSKY  ; JCP G 2010, 708,
n° 9, obs. PH. SIMLER.
Doc. 13 : Cass. com., 13 septembre 2011, n° 10-19.384 : RLDC 2011/87, n° 4416, note J.-J. ANSAULT ;
RD banc. et fin. 2011, comm. 200, obs. A. CERLES ; RCDIP 2012, p. 113, note J. KLEIN ;
Banque et droit 2011, n° 140, p. 51, note N. RONTCHEVSKY ; JCP G 2011, 1259, n° 10, obs.
PH. SIMLER.

Enfin, il arrive que les restructurations d’entreprise conduisent de manière malencontreuse à priver
d’efficacité les garanties en cause.

Doc. 14 : Cass. com., 31 janvier 2017, n° 15-19.158 : JCP G 2017, 310, note PH. SIMLER ; RD banc. et
fin. 2017, comm. 75, obs. D. LEGEAIS ; JCP E 2017, 1424, note J.-M. MOULIN ; RTD com.
2017, p. 393, note J. MOURY ; AJ Contrat 2017, p. 190, note N. BORGA ; RTD civ. 2017, p.
451, note P. CROCQ. Adde, J.-J. ANSAULT, Le sort de la garantie autonome à l’aune de la
restructuration du bénéficiaire, RD banc. et fin. 2017, Etude 6.

II. LA LETTRE D’INTENTION.

Selon l’article 2322 du Code civil, la lettre d’intention (ou lettre de confort, ou lettre de patronage)
se définit comme « l’engagement de faire ou de ne pas faire ayant pour objet le soutien apporté à un
débiteur dans l’exécution de son obligation envers le créancier ». Souscrite le plus souvent par une
société-mère pour permettre à une filiale d’obtenir un crédit qu’elle n’obtiendrait pas si un tel soutien
n’existait pas, cette sûreté personnelle génère un contentieux abondant. En effet, depuis l’apparition de ce
mécanisme en France dans les années soixante-dix, le juge peine à déterminer dans certains cas si la lettre
constitue un simple engagement moral, un cautionnement déguisé ou un véritable engagement juridique
qui vise à soutenir le débiteur sans promettre de se substituer à celui-ci. Encore faut-il, dans ce dernier cas
de figure, s’interroger sur le point de savoir si le souscripteur de la lettre d’intention est tenu d’une
obligation de moyen ou de résultat. Aujourd’hui comme hier, cette distinction commande la sanction
encourue par le confortant s’il venait à violer son engagement. Elle permettait jadis de limiter le champ
d’application de l’article L. 225-35 du Code de commerce à certaines lettres d’intention. Pourquoi cette

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analyse jurisprudentielle n’a-t-elle pas vocation à prospérer sous l’empire de l’ordonnance du 23 mars
2006 ?

Doc. 15 : Cass. com., 26 février 2002, n° 96-10.729: Bull. civ. IV, n° 43 ; JCP E 2002, 918, note
D. LEGEAIS ; JCP G 2002, I, 162, n° 13, obs. PH. SIMLER.
Doc. 16 : Cass. com., 17 mai 2011, n° 09-16.186 : RLDC 2011/84, n° 4308, note J.-J. ANSAULT ; Dr. et
patr. 2011, n° 205, p. 106, obs. L. AYNES et PH. DUPICHOT ; Bull. Joly Sociétés 2011, p. 551,
note J.-F.BARBIERI, JCP G 2011, 777, n° 7, obs. PH. SIMLER.
Doc. 17 : Cass. com., 25 octobre 2011, n° 10-25.607 : RLDC 2011/88, n° 4460, note J.-J. ANSAULT ;
JCP G 2012, 606, n° 12, obs. PH. SIMLER.
Doc. 18 : Cass. com., 19 janvier 2010, n° 09-14.438 : JCP G 2010, 708, n° 10, obs. PH. SIMLER ; RJDA
2010, p. 430.
Doc. 19 : Cass. com., 20 février 2007, n° 05-18.882 : LPA 15 mai 2007, p. 15, note J.-F. BARBIERI ;
JCP G 2007, II, 10082, note F. DESCORPS-DECLERE ; JCP G 2007, I, 212, obs. PH. SIMLER.

Exercice : Une interrogation écrite interviendra le vendredi 13 novembre. Le programme de révision


vous sera précisé par vos chargés de travaux dirigés. Il n’y a donc pas de devoir à rendre. En revanche, il
appartiendra aux étudiants d’analyser l’ensemble des documents de la fiche.

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DOCUMENT 1 Attendu qu’il est encore fait grief à l’arrêt d’avoir
(Cass. com., 20 décembre 1982) condamné Paribas à payer à Creusot Loire 100.000 francs
à titre de dommages-intérêts, alors, selon le pourvoi, d’une
part, qu’en s’abstenant d’expliquer en quoi la banque
Donne défaut contre la société "Siegfried Dunes Sharjah aurait agi de mauvaise foi, ses moyens étant au contraire
Leasing Corporation", la société "Oman International manifestement sérieux, la Cour d’appel a violé ensemble
Trading Company", et Yahia Nasib; les articles 1153, alinéa 4 et 1382 du Code civil, alors,
SUR LE PREMIER MOYEN: d’autre part, qu’en s’abstenant d’expliquer en quoi
Attendu que, selon l’arrêt déféré (Paris, 29 janvier 1981) la consistait le préjudice réparé indépendamment du retard de
société "Creusot Loire Entreprises" (la société Creusot- paiement, la Cour d’appel a violé à nouveau l’article 1153,
Loire), chargée de la construction d’une acierie en Irak, a alinéa 4 du Code civil;
sous-traité certains travaux à la société "Siegfried Dunes Mais attendu qu’en relevant "que la résistance opposée par
Sharjah Leasing Corporation" (la société Siegfried) que ce la banque qu paiement de sa dette ne repose sur aucun
contrat a été amendé par un acte dit "protocole n° 7" le 12 moyen sérieux, apparaît purement dilatoire, relève de la
août 1976, et qu’à cette même date, la "Banque de Paris et mauvaise foi et présente ainsi un caractère abusif", la Cour
des Pays Bas" (Parîbas) a délivré à la société Creusot- d’appel a justifié les dommages-intérêts auxquels elle a
Loire, une lettre de garantie, dans laquelle elle s’engageait condamné Paribas; d’où il suit que le moyen est sans
"à première demande, à payer toute somme que vous fondement.
pourriez réclamer en vertu des conditions et des PAR CES MOTIFS:
stipulations du contrat amendé par le protocole n° 7, dans
la limite d’un montant maximum de 11.750.000 francs", REJETTE le pourvoi formé contre l’arrêt rendu, le 29
que Nasib et la société "Oman International Trading janvier 1981, par la Cour d’appel de Paris
Company" (la société Oman) se sont solidairement obligés
à contregarantir Paribas, que la société Creusot-Loire, DOCUMENT 2
invoquant la défaillance de la société Siegfried, a, se
référant à son engagement au 12 août 1976, réclamé la
(Cass. com., 18 mai 1999)
somme de 11.750.000 francs à Paribas, qui a appelé en
intervention forcée la société Siegfried, la société Oman et 1° BANQUE - Garantie à première demande -
Nasib; Caractère - Caractère autonome - Références au
contrat de base - Portée.
Attendu qu’il est fait grief à l’arrêt d’avoir fait droit à la
demande de la société Creusot-Loire, alors, selon le
pourvoi, que l’engagement par lequel un tiers s’engage à 2° BANQUE - Garantie à première demande -
payer à un créancier les dettes résultant d’un contrat Caractère - Caractère autonome - Portée - Caducité
auquel il est lui-même étranger, en se réservant un recours fondée sur l’exécution du contrat de base (non).
contre le débiteur de ces dettes constitue nécessairement
un contrat de cautionnement, que celui-ci ne peut,
nonobstant toute clause contraire d’ailleurs absente en 1° Dès lors que des garanties à première demande étaient
stipulées irrévocables et inconditionnelles, nonobstant
l’espèce, garantir une dette non valable, que le garant peut
toute contestation du donneur d’ordre ou d’un tiers, que
donc opposer au créancier les exceptions inhérentes à la
validité même du contrat qui constitue le support leur étendue fixée au moment de leur conclusion était
nécessaire de son propre engagement, qu’en le indépendante, dans son exécution, d’éventuelles
condamnant à payer, en raison du "caractère autonome de défaillances du débiteur, elles ne sont pas privées
la garantie", tout en admettant "que l’annulation du contrat d’autonomie par des simples références au contrat de
de base entraînerait celle de la lettre de garantie, dont il base, n’impliquant pas appréciation des modalités
constitue la cause", sans avoir égard à la contestation sur la d’exécution de celui-ci pour l’évaluation des montants
nullité du contrat de base, la Cour d’appel a violé garantis, ou pour la détermination des durées de validité.
ensemble les articles 1131, 1134, 2012 et 2036 du Code Doit, en conséquence, être cassé l’arrêt, qui, pour écarter
civil; l’autonomie de telles garanties à première demande,
retient qu’elles ne seraient indépendantes du contrat de
Mais attendu que, restituant à l’engagement de la banque base que si les lettres de garanties ne se référaient pas à
son véritable fondement juridique, la Cour d’appel, qui cette convention.
relève que Paribas s’est engagée envers la société Creusot-
Loire à la payer "à première demande", à décidé, à bon
droit, que cet engagement ne constituait pas un 2° Ne donne pas de base légale à sa décision la cour
cautionnement mais une garantie autonome, ce qui d’appel qui, pour retenir la caducité de garanties à
interdisait à la banque de se prévaloir, en l’état, des première demande, rappelle que les lettres de garanties
exceptions que la société Siegfried pouvait opposer à la prévoyaient leur expiration 30 mois après la date de la
société Creusot-Loire, tenant à l’inexécution du contrat les dernière livraison et leur prorogation en cas de
unissant; prestations supplémentaires, et en déduit que les garanties
D’où il suit que le moyen est sans fondement; sont devenues caduques 30 mois après les ultimes
livraisons, sans considérer que ces garanties,
Sur le second moyen, pris en ses deux branches:
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indépendantes du contrat de base, avaient été prorogées à modalités d’exécution de celui-ci pour l’évaluation des
la suite de demandes successives de la Banque française montants garantis, ou pour la détermination des durées de
du commerce extérieur, déclarant intervenir au nom du validités, la cour d’appel a méconnu la loi des parties ;
débiteur, lequel ne contestait pas ces prorogations mais
prétendait voir reconnaître la caducité des garanties en
Et sur le premier moyen, pris en sa deuxième branche :
invoquant l’exécution dudit contrat.

Vu l’article 1134 du Code civil ;


Attendu, selon l’arrêt attaqué, qu’en 1977, sur ordre de la
société Technip, et avec des contre-garanties de la BFCE,
la banque du Caire a émis au profit de la société Gofi deux Attendu que pour retenir la caducité des garanties, l’arrêt
garanties pour la bonne fin et l’exécution conforme de considère que les lettres de garanties prévoyaient leur
deux chantiers ; que la durée de ces garanties était fixée à expiration 30 mois après la date de la dernière livraison et
30 mois ; qu’en juin 1990, un organisme public substitué à leur prorogation en cas de prestations supplémentaires
la société Gofi a appelé les garanties ; qu’en janvier 1991, mais seulement pour 10 % du prix des fournitures
une sentence arbitrale, rendue en Egypte, considérant les correspondant à cette extension ; qu’il relève que les
garanties encore en vigueur, à la suite de renouvellements ultimes livraisons se situent en août 1979 ; qu’il en déduit
successifs, a condamné la banque du Caire à verser les que les garanties sont devenues caduques 30 mois plus tard
montants réclamés ; que quelques jours plus tard, à Paris, ;
la juridiction des référés, saisie auparavant, a interdit à la
banque du Caire et à la BFCE d’exécuter les garanties ;
Attendu qu’en se déterminant par de tels motifs sans
que peu après, des sentences arbitrales, sous l’égide de la
chambre de commerce internationale, ont décidé que l’une considérer, ce à quoi les conclusions de la banque du Caire
des garanties devait être " libérée et restituée " et que la l’avait invitée, que les garanties indépendantes avaient été
société Technip était créancière de sa cocontractante prorogées à la suite de demandes successives de la BFCE,
déclarant intervenir au nom de la société Technip, et que
égyptienne ; que la société Technip a réclamé, devant la
celle-ci ne contestait pas ces prorogations, mais prétendait
juridiction commerciale, à Paris, la " libération " des
voir reconnaître la caducité des garanties en invoquant
garanties, et, subsidiairement, la constatation du caractère
abusif de l’appel de ces garanties ; l’exécution du contrat de base, ce qui était contraire à
l’autonomie des garanties, la cour d’appel n’a pas donné
Sur le second moyen, pris en sa première branche : de base légale à sa décision ;

Vu l’article 1134 du Code civil ; PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur
les autres griefs :
Attendu que pour écarter l’autonomie des garanties, l’arrêt
retient qu’elles ne seraient indépendantes du contrat de CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l’arrêt
base que si les lettres de garanties ne se référaient pas à rendu le 22 septembre 1995, entre les parties, par la cour
cette convention : d’appel de Paris ; remet, en conséquence, la cause et les
parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et,
qu’il relève qu’elles comportent au contraire des mentions pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de
s’y référant expressément, telles que : " Par référence au Paris, autrement composée.
contrat conclu le 22 mai 1977 entre... pour la délivrance .
d’une brasserie à.. ", " selon l’article 5 du contrat... ", "
DOCUMENT 3
garantie pour les obligations du contractant ", " nous
garantissons... pour la bonne exécution et la performance (Cass. com., 8 octobre 2003)
appropriée du contrat ", " Nous nous engageons à payer à
première demande malgré toute contestation du Sur le moyen unique :
contractant (Technip) ou d’un tiers " ; qu’il en déduit
qu’aux termes mêmes de ces lettres le paiement des Vu les articles 1134 et 2011 du Code civil ;
garanties ne peut être exigé qu’autant que l’exécution ou
les résultats des prestations font l’objet d’un litige ;
Attendu, selon l’arrêt attaqué, que, par acte du 1er février
1993 intitulé "caution pour répartition de trésorerie", le
Attendu qu’en statuant ainsi, alors que les garanties étaient Crédit lyonnais (la banque) a déclaré se porter "caution
stipulées irrévocables et inconditionnelles " nonobstant solidaire et personnelle" de la société Montcocol au profit
toute contestation du donneur d’ordre ou d’un tiers ", et du groupement d’entreprises Montcocol X... SAE,
que leur étendue, fixée au moment de leurs conclusions, Heitkamp, Tarmac et Travaux du Sud-Ouest (le
était indépendante, dans son exécution, d’éventuelles groupement), pour la somme de 11 962 000 francs au titre
défaillances du débiteur, alors que de telles garanties ne de sa quote part d’avance remboursable dans le cadre des
sont pas privées d’autonomie par de simples références au répartitions de trésorerie effectuées en faveur des
contrat de base, n’impliquant pas appréciation des différents membres du groupement titulaire du chantier de
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la pose de voies ferrées du tunnel sous la Manche ; qu’aux PAR CES MOTIFS :
termes de cet acte, qui précisait que l’engagement serait
dégressif en fonction des remboursements de cette avance,
CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l’arrêt
la banque s’engageait à effectuer, à première demande, sur
rendu le 2 février 2001, entre les parties, par la cour
ordre du gérant administratif du groupement, la société
d’appel de Paris ;
X..., sans pouvoir différer le paiement ou soulever de
contestation pour quelque motif que ce soit, jusqu’à
concurrence de la somme garantie et restée non remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où
remboursée, le versement des sommes dont la société elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit,
Montcocol serait débitrice ; qu’à la suite de la fusion les renvoie devant la cour d’appel de Versailles ;
absorption de la société Montcocol par la société Genest et
la mise en redressement judiciaire de cette dernière
Condamne les défenderesses aux dépens ;
société, la société X... a mis en demeure la banque, le 3
décembre 1996, de lui régler la somme de 11 962 000
francs au titre de sa garantie ; que la banque ayant Vu l’article 700 du nouveau Code de procédure civile,
demandé à la société X... de justifier de sa déclaration de rejette les demandes.
créance au passif du redressement judiciaire de la société
Genest, le groupement, soutenant que l’acte du 1er février
1993 constituait une garantie à première demande, a
assigné la banque en exécution de son engagement ; DOCUMENT 4
(Cass. com., 12 juillet 2005)
Attendu que pour accueillir cette demande, l’arrêt retient
que l’acte du 1er février 1993 mélange les termes BANQUE - Garantie à première demande - Caractère
"caution" et "garantie à première demande", en sorte qu’il autonome - Effets - Détermination.
incombe au juge de lui donner son exacte qualification ;
que la banque s’est engagée à effectuer "à première N’est pas sérieusement contestable devant le juge des
demande" du donneur d’ordre, la société X..., le versement référés le caractère autonome de la garantie résultant de
d’une somme prédéterminée, ceci de manière la stipulation selon laquelle le garant, dans la limite d’une
inconditionnelle et irrévocable, "sans pouvoir différer le montant déterminé, s’engage à payer toute somme
paiement ou soulever de contestation pour quelque motif réclamée par le bénéficiaire sans pouvoir différer le
que ce soit" ; que s’il est exact qu’il est prévu que paiement ni soulever d’exception ; l’exigence formelle de
l’engagement serait dégressif en fonction des la production de pièces justificatives ne confère pas au
remboursements d’avance effectués, cette modulation, qui garant une quelconque faculté d’en discuter le bien-fondé.
est le propre des garanties dites "glissantes", n’enlève pas à
la garantie son autonomie dès lors qu’il n’est pas Sur le moyen unique, pris en sa première branche :
nécessaire pour qu’elle soit mise en jeu de procéder à une
analyse et à une appréciation des modalités d’exécution du Vu les articles 1134 et 2011 du Code civil, ensemble
contrat de base ; que l’engagement litigieux doit donc être l’article 873 du nouveau Code de procédure civile ;
qualifié de garantie à première demande ;
Attendu, selon l’arrêt attaqué, rendu en matière de référé,
que M. Le X... a cédé des actions de la société Acemia
Attendu qu’en statuant ainsi, alors que l’acte du 1er février industrie à la société Acemia industrie SAS (le
1993 stipulait expressément que la banque se portait cessionnaire) ; que, pour garantir l’engagement de garantie
caution de la société Montcocol pour une somme de passif convenu, la Banque populaire atlantique (le
correspondant à la quote part d’avance de trésorerie dont garant) s’est engagée, sur ordre de M. Le X..., par acte du
cette société devait le remboursement, que son 3 avril 2001, irrévocablement et inconditionnellement à
engagement serait dégressif en fonction des verser au cessionnaire, dans la limite d’un montant de trois
remboursements effectués et qu’elle s’engageait à payer, à millions de francs jusqu’au 30 avril 2003, pour être réduite
concurrence de la somme garantie et restée non à un million de francs jusqu’au 15 janvier 2005, sur
remboursée, les sommes dont la société Montcocol serait première demande du cessionnaire l’informant qu’il
débitrice, ce dont il résultait que la banque avait entendu demandait l’exécution de la garantie ; que celle-ci stipulait
garantir la dette de remboursement de cette société en cas également que le cessionnaire devait joindre à sa demande
de défaillance de celle-ci et que cette garantie, qui n’était le montant de sa créance, appuyé de toutes pièces
donc pas autonome par rapport à cette dette, s’analysait en justificatives et que le garant s’interdisait de discuter ou de
un cautionnement, nonobstant la clause "sans pouvoir différer l’exécution de cet engagement pour quelque motif
différer le paiement ou soulever de contestation pour que ce soit ; que le garant ayant, lors de l’appel en
quelque motif que ce soit" qui n’était pas de nature à paiement de la garantie, contesté le caractère autonome de
modifier cette qualification, la cour d’appel a violé les celle-ci, le cessionnaire a demandé au juge des référés sa
textes susvisés ;
condamnation au paiement d’une provision ;

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Attendu que pour juger qu’il existait une contestation le débiteur, de sorte qu’il s’évince de ces dispositions
sérieuse sur le caractère autonome de la garantie souscrite contractuelles que l’objet de la convention est constituée
par la banque, l’arrêt relève que le montant de la garantie par la propre dette de la société Fécodis et non celle des
due n’était pas fixé forfaitairement, seul un plafond étant garants ;
prévu et que l’acte litigieux prévoyait expressément que le
montant de la créance devait être justifié par des pièces ; Attendu qu’en statuant ainsi, alors qu’il résultait de ses
propres constatations que la demande formulée par le
Attendu qu’en statuant ainsi, alors que n’est pas bénéficiaire de la garantie, s’analysait en un appel motivé
sérieusement contestable le caractère autonome de la par l’inexécution par le débiteur de ses obligations, de
garantie résultant de la stipulation par laquelle le garant, sorte que les garants à réception de cette demande ne
dans la limite d’un montant déterminé, s’engage à payer pouvaient en différer le paiement ni soulever d’objection,
toute somme réclamée par le bénéficiaire, sans pouvoir la cour d’appel a violé le texte susvisé ;
différer le paiement ni soulever d’exception, l’exigence
formelle de la production de pièces justificatives ne PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur
conférant pas au garant une quelconque faculté d’en les autres griefs :
discuter le bien-fondé, la cour d’appel a violé les textes
susvisés ; CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l’arrêt
rendu le 5 novembre 2008, entre les parties, par la cour
PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur d’appel de Poitiers ; remet, en conséquence, la cause et les
les autres griefs : parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et,
pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de
CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l’arrêt Poitiers, autrement composée ;
rendu le 19 septembre 2003, entre les parties, par la cour
d’appel de Rennes ; remet, en conséquence, la cause et les Condamne M. et Mme X... aux dépens ;
parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et,
pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Vu l’article 700 du code de procédure civile et l’article 37
Caen ; de la loi du 10 juillet 1991, rejette les demandes

Condamne la Banque populaire Atlantique aux dépens ;


DOCUMENT 6
Vu l’article 700 du nouveau Code de procédure civile, (Cass. com., 7 juin 1994)
condamne la Banque populaire Atlantique à payer à la
société Acemia industrie la somme de 2 000 euros
BANQUE - Garantie à première demande - Caractère -
Caractère autonome - Portée - Paiement de la garantie
- Paiement indu - Preuve - Charge .
DOCUMENT 5
(Cass. 1ère civ., 5 octobre 2010) Le donneur d’ordre d’une garantie à première demande
est recevable à demander la restitution de son montant au
Vu l’article 1134 du code civil ; bénéficiaire, à charge pour lui d’établir que celui-ci en a
reçu indûment le paiement, par la preuve de l’exécution de
Attendu, selon l’arrêt attaqué, que le 8 mai 2004, M. et ses propres obligations contractuelles, par celle de
Mme X... ont signé avec la société Aldouest une l’imputabilité de l’inexécution du contrat à la faute du
convention intitulée "garantie à première demande" cocontractant bénéficiaire de la garantie ou par la nullité
d’ordre et pour compte de la société Fécodis à payer à la du contrat de base, et ce sans avoir à justifier d’une fraude
société Aldouest tout montant jusqu’à la somme de 50 000 ou d’un abus manifeste, comme en cas d’opposition
euros ; qu’après avoir vainement mis en demeure M. et préventive à l’exécution de la garantie par le garant.
Mme X... de leur payer la somme de 42 809,46 euros due
par la société Fécodis, qui avait été mise en redressement Sur le moyen unique, pris en sa seconde branche :
judiciaire, la société Aldouest les a assignés en paiement ;
Vu l’article 1134 du Code civil ;
Attendu que pour décider que l’acte ne constitue pas une
garantie autonome, l’arrêt retient que, par cette Attendu, selon l’arrêt attaqué, qu’à l’occasion d’un marché
convention, les époux X... se sont engagés en qualité de conclu entre la société yéménite "Public Electricité
garants irrévocablement et inconditionnellement, d’ordre corporation" (société PEC) et la société française
et pour le compte de la société Fécodis, à payer à la société "Injection Diesel électricité maintenance" ayant pour nom
Aldouest, à première demande, tout montant jusqu’à commercial "Electro-Mécanique industries" (société EMI)
concurrence de la somme de 50 000 euros et qu’il a été pour la construction d’une centrale électrique au Yémen, le
expressément prévu que la demande du bénéficiaire devait Crédit agricole Indosuez a émis, au bénéfice du maître de
être formulée par lettre recommandée avec accusé de l’ouvrage, une garantie de soumission, stipulée à première
réception, attestant que la somme demandée était due par demande, que, sur ordre de la société EMI, le Crédit du

8
Nord s’est engagé, selon les mêmes modalités, à contre- garantie à première demande, retient que le contrat de
garantir ; que la société PEC ayant appelé la garantie du base a été exécuté, sans caractériser l’existence d’une
Crédit agricole Indosuez le 5 février 1997, ce dernier a lui- fraude ou d’un abus manifeste de l’appel de la garantie
même appelé la contre-garantie du Crédit du Nord le autonome.
lendemain en sursoyant à l’exécution de son propre
engagement jusqu’en mai 1999 ; que, faisant valoir que Sur le moyen unique pris en sa deuxième branche :
l’appel de la garantie du Crédit agricole Indosuez par la Vu l’article 1134 du Code civil :
société PEC avait été frauduleux ou à tout le moins abusif,
la société EMI a demandé judiciairement d’interdire au Attendu, selon l’arrêt attaqué que la société Redco-France
Crédit du Nord de procéder au paiement ; qui devait fournir à la société Sofresid du matériel pour lui
permettre d’exécuter un marché d’exploitation de pétrole "
Attendu que pour accueillir cette demande, l’arrêt retient, off shore " en Egypte a fait donner à cette société par la
d’abord, que la société PEC avait abusivement appelé la Banque nationale de Paris (la banque) une garantie de
garantie lui bénéficiant alors même qu’ayant obtenu la bonne fin, sous forme de garantie à première demande ;
prorogation de sa durée, elle refusait de fournir les que le matériel livré sur site a été refusé par le client
garanties contractuelles de bonne exécution lui incombant, égyptien et que la société Sofresid a mis la société Redco-
manifestant ainsi qu’elle n’avait plus ou n’avait jamais eu France en demeure de mettre ses prestations en conformité
l’intention ni les moyens de conclure et de mener à son avec les prescriptions du cahier des charges ; que la société
terme le contrat de base et, ensuite, que le Crédit agricole Redco-France ayant été mise en liquidation judiciaire, elle
Indosuez, qui avait, contrairement aux usages suivis en la a réclamé la garantie à la BNP ; que le liquidateur
matière, retardé de plus de deux ans l’exécution de son judiciaire de la société Redco-France a saisi le juge des
propre engagement en raison des actions qui opposaient, référés pour qu’il soit fait défense à la BNP de payer les
en France, la société PEC à la société EMI, avait, ce sommes réclamées ;
faisant, lui-même admis ce caractère abusif ;
Attendu que, pour faire défense à la banque de payer la
Attendu qu’en se déterminant ainsi, sans rechercher si garantie à première demande la cour d’appel s’est fondée
l’appel de garantie formulé par la société PEC était sur les conditions d’exécution du contrat liant la société
manifestement abusif ou frauduleux et, à supposer qu’il le Redco-France à la société Sofresid desquelles elle a déduit
fût, si à la date où il avait appelé la contre-garantie du que les désordres constatés ne mettaient pas en cause le
Crédit du Nord, le Crédit agricole Indosuez ne pouvait matériel fourni ;
avoir lui-même aucun doute sur la réalité de ce caractère
manifestement abusif ou frauduleux, la cour d’appel a Attendu qu’en se déterminant par de tels motifs, la cour
privé sa décision de base légale ; d’appel, qui n’a pas caractérisé l’existence d’une fraude ou
d’un abus manifeste de l’appel de la garantie autonome,
PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur la n’a pas légalement justifié sa décision ;
première branche :
PAR CES MOTIFS et sans qu’il y ait lieu de statuer sur la
CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l’arrêt première branche du moyen :
rendu le 18 janvier 2001, entre les parties, par la cour
d’appel de Douai ; CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l’arrêt
rendu le 12 mars 1992, entre les parties, par la cour
remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où d’appel de Versailles ; remet, en conséquence, la cause et
elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt
les renvoie devant la cour d’appel d’Amiens ; et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel
de Reims.
Condamne le Crédit du Nord aux dépens ;
DOCUMENT 8
Vu l’article 700 du nouveau Code de procédure civile, le
condamne à payer au Crédit agricole Indosuez la somme
(Cass. com., 26 novembre 2003)
de 1 800 euros
BANQUE - Garantie à première demande - Contre-
garantie - Appel de garantie manifestement abusif -
DOCUMENT 7 Date d’appel de la garantie - Portée.
(Cass. com., 7 juin 1994)
Ne donne pas de base légale à sa décision, au regard de
BANQUE - Garantie à première demande - l’article 1134 du Code civil, la cour d’appel qui, pour
Obligations du banquier - Paiement - Limite - Fraude interdire au contre-garant à première demande de
ou abus manifeste de l’appel en garantie . procéder au paiement demandé par la société bénéficiaire,
maître d’ouvrage, retient que celle-ci avait abusivement
Ne donne pas de base légale à sa décision la cour d’appel appelé la garantie à première demande alors même
qui, pour faire défense à une banque de payer une qu’ayant obtenu la prorogation de sa durée, elle refusait
9
de fournir les garanties contractuelles de bonne exécution privé sa décision de base légale ;
lui incombant, manifestant ainsi qu’elle n’avait plus ou
n’avait jamais eu l’intention ni les moyens de conclure et PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur la
de mener à son terme le contrat de base et que le premier première branche :
garant qui avait retardé de plus de deux ans l’exécution de
son propre engagement en raison des actions qui CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l’arrêt
opposaient le maître d’ouvrage et le maître d’oeuvre, rendu le 18 janvier 2001, entre les parties, par la cour
avait, ce faisant, lui-même admis ce caractère abusif, sans d’appel de Douai ;
rechercher si l’appel de garantie qui avait été formulé
était manifestement abusif ou frauduleux et, à supposer remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où
qu’il le fût, si à la date à laquelle il avait appelé la contre- elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit,
garantie, le premier garant ne pouvait avoir lui-même les renvoie devant la cour d’appel d’Amiens ;
aucun doute sur la réalité de ce caractère manifestement
abusif ou frauduleux. Condamne le Crédit du Nord aux dépens ;

Vu l’article 700 du nouveau Code de procédure civile, le


Sur le moyen unique, pris en sa seconde branche : condamne à payer au Crédit agricole Indosuez la somme
de 1 800 euros
Vu l’article 1134 du Code civil ;
DOCUMENT 9
Attendu, selon l’arrêt attaqué, qu’à l’occasion d’un marché
conclu entre la société yéménite "Public Electricité (Cass. 1ère civ., 20 juin 2006)
corporation" (société PEC) et la société française
"Injection Diesel électricité maintenance" ayant pour nom COMMUNAUTE ENTRE EPOUX - Passif - dette
commercial "Electro-Mécanique industries" (société EMI) contractée par l’un des époux - Consentement exprès
pour la construction d’une centrale électrique au Yémen, le du conjoint - Nécessité - Cas - Sûreté personnelle -
Crédit agricole Indosuez a émis, au bénéfice du maître de Définition - Garantie à première demande
l’ouvrage, une garantie de soumission, stipulée à première
demande, que, sur ordre de la société EMI, le Crédit du L’article 1415 du code civil est applicable à la garantie à
Nord s’est engagé, selon les mêmes modalités, à contre- première demande qui, comme le cautionnement, est une
garantir ; que la société PEC ayant appelé la garantie du sûreté personnelle, laquelle consiste en un engagement
Crédit agricole Indosuez le 5 février 1997, ce dernier a lui- par lequel le garant s’oblige, en considération d’une
même appelé la contre-garantie du Crédit du Nord le obligation souscrite par un tiers, à verser une somme
lendemain en sursoyant à l’exécution de son propre déterminée, et est donc de nature à appauvrir le
engagement jusqu’en mai 1999 ; que, faisant valoir que patrimoine de la communauté
l’appel de la garantie du Crédit agricole Indosuez par la
société PEC avait été frauduleux ou à tout le moins abusif, Sur le moyen unique :
la société EMI a demandé judiciairement d’interdire au
Crédit du Nord de procéder au paiement ; Attendu qu’une ordonnance de référé du 4 octobre 2001 a
condamné M. X... Y..., gérant de la société CM
Attendu que pour accueillir cette demande, l’arrêt retient, International et époux commun en biens, à payer à la
d’abord, que la société PEC avait abusivement appelé la société Socopa International Socinter (la société Socinter)
garantie lui bénéficiant alors même qu’ayant obtenu la une indemnité provisionnelle au titre d’une garantie à
prorogation de sa durée, elle refusait de fournir les première demande consentie le 6 octobre 2000 ; que, par
garanties contractuelles de bonne exécution lui incombant, acte du 19 mars 2002, la société Socinter a fait procéder à
manifestant ainsi qu’elle n’avait plus ou n’avait jamais eu la saisie-vente des biens meublant l’appartement de M.
l’intention ni les moyens de conclure et de mener à son X... Y... ;
terme le contrat de base et, ensuite, que le Crédit agricole
Indosuez, qui avait, contrairement aux usages suivis en la Attendu que la société Socinter fait grief à l’arrêt attaqué
matière, retardé de plus de deux ans l’exécution de son (Versailles, 13 novembre 2003) d’avoir dit que les
propre engagement en raison des actions qui opposaient, meubles saisis n’étaient pas saisissables en vertu de
en France, la société PEC à la société EMI, avait, ce l’ordonnance de référé, par application de l’article 1415 du
faisant, lui-même admis ce caractère abusif ; code civil, alors, selon le moyen, qu’en étendant à la
garantie autonome les dispositions dérogatoires de l’article
Attendu qu’en se déterminant ainsi, sans rechercher si 1415 du code civil qui ne visent que les "cautionnements
l’appel de garantie formulé par la société PEC était et emprunts", la cour d’appel a violé ce texte ;
manifestement abusif ou frauduleux et, à supposer qu’il le
fût, si à la date où il avait appelé la contre-garantie du Mais attendu qu’aux termes de l’article 1415 du code civil,
Crédit du Nord, le Crédit agricole Indosuez ne pouvait chacun des époux ne peut engager que ses biens propres et
avoir lui-même aucun doute sur la réalité de ce caractère ses revenus, par un cautionnement ou un emprunt, à moins
manifestement abusif ou frauduleux, la cour d’appel a que ceux-ci n’aient été contractés avec le consentement
10
exprès de l’autre conjoint qui, dans ce cas, n’engage pas suivant d’un plan de cession ; que les 19 et 26 juin 2001,
ses biens propres ; que ce texte est applicable à la garantie les quatre engagements ont été appelés par leurs
à première demande qui, comme le cautionnement, est une bénéficiaires ; que la banque, après s’être exécutée, a
sûreté personnelle, laquelle consiste en un engagement par débité le compte courant d’AOM de la somme de 1 784
lequel le garant s’oblige, en considération d’une obligation 097 euros, puis, le 3 août 2001, a déclaré une créance
souscrite par un tiers, à verser une somme déterminée, et incluant ce montant; que les commissaires à l’exécution du
est donc de nature à appauvrir le patrimoine de la plan d’AOM ont assigné la banque en remboursement de
communauté ; qu’en l’espèce, ayant relevé que Mme X... ladite somme ;
n’avait pas donné son consentement exprès à la garantie à
première demande souscrite par son époux et ayant retenu Sur le premier moyen :
que les meubles saisis au domicile des époux X... étaient
des biens communs, la cour d’appel a décidé à bon droit Attendu que la banque fait grief à l’arrêt de l’avoir
que, la garantie à première demande s’apparentant à un condamnée à payer aux commissaires à l’exécution du
cautionnement, l’article 1415 du code civil faisait obstacle plan d’AOM une certaine somme alors, selon le moyen,
à ce que la société Socinter exécute sur des biens qu’en vertu de l’article 2028 du code civil, la créance de
communs des époux X... la condamnation prononcée par le recours personnel du garant naît de son paiement ; que dès
juge des référés ; que le moyen n’est pas fondé ; lors en l’espèce, en décidant que la créance du garant
prenait naissance au jour de la conclusion du contrat, et en
PAR CES MOTIFS : privant la banque dont elle constatait qu’elle avait effectué
des paiements à titre de garant pendant la période
REJETTE le pourvoi ; d’observation, du bénéfice de l’article L. 621-32 du code
de commerce, la cour d’appel a violé les articles 2028 du
Condamne la société Socopa International Socinter aux code civil et L. 621-32 du code de commerce ;
dépens ;
Mais attendu que la cour d’appel, a exactement décidé que
Vu l’article 700 du nouveau Code de procédure civile, la créance de recours du garant contre le donneur d’ordre
rejette la demande de la société Socopa International prenait naissance à la date à laquelle l’engagement à
Socinter première demande autonome avait été souscrit ; que le
moyen n’est pas fondé ;

DOCUMENT 10 Et sur le second moyen :


(Cass. com., 19 décembre 2006)
Attendu que la banque fait le même grief à l’arrêt alors,
selon le moyen :
1° BANQUE - Garantie à première demande - Recours
du garant contre le donneur d’ordre - Date de 1 / qu’en vertu de l’article L. 621-28 du code de
naissance de la créance - Détermination. commerce, lorsqu’il opte pour la continuation d’un contrat
en cours, l’administrateur doit exécuter le contrat en son
2° BANQUE - Garantie à première demande - entier, avec toutes les clauses ; qu’en l’espèce, en décidant
Caractère autonome - Effets - Exclusion de la que les administrateurs avaient pu bloquer les débits du
connexité. compte courant et transformer le compte courant en un
compte destiné à recevoir les paiements dont la société
1° La créance de recours du garant contre le donneur AOM était destinataire, la cour d’appel a violé le texte
d’ordre prend naissance à la date à laquelle l’engagement susvisé ;
à première demande autonome a été souscrit.
2 / qu’en tout état de cause, dans ses conclusions d’appel,
2° Le caractère autonome d’une garantie exclut la la banque avait invoqué la lettre recommandée avec accusé
connexité entre la créance du garant à l’encontre du de réception du 12 janvier 2002 par laquelle les
débiteur et toute créance de celui-ci à l’encontre du administrateurs avaient procédé à la clôture du compte
garant. courant litigieux, ce dont elle déduisait que le compte
courant n’ayant été clôturé que le 12 janvier 2002, la
compensation avait pu s’opérer par inscription en compte
Attendu, selon l’arrêt déféré (Paris, 14 janvier 2005), que avant cette date ; qu’en décidant que la renonciation des
la société Natexis, venant aux droits de la Banque administrateurs à la poursuite d’une partie du contrat était
française pour le commerce extérieure (la banque) a intervenue dès le 20 juin 2001, sans s’expliquer sur la
souscrit quatre garanties autonomes les 30 juillet 1999, 23 lettre du 12 janvier 2002 de clôture du compte courant, la
et 24 février 2000, au profit de deux créanciers de la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard
société Air Liberté AOM (AOM), titulaire dans ses livres de l’article L. 621-28 du code de commerce ;
d’un compte courant comportant une convention de fusion
de comptes ; que le 19 juin 2001, AOM a été mise en 3 / qu’en tout état de cause, la compensation de dettes
redressement judiciaire, puis a bénéficié le 27 juillet connexes peut être invoquée après l’ouverture de la
11
procédure, dès lors que la créance a été déclarée, peu opposée à cette demande au double motif que les
important que le compte courant soit ou non poursuivi documents produits ne correspondaient pas à ceux prévus
après l’ouverture de la procédure collective ; qu’en par la garantie et que certains éléments faisaient présumer
l’espèce, à supposer que la créance de recours de la banque une fraude ; que la société Somatref a déposé une plainte
soit une créance antérieure, la cour d’appel qui a constaté visant cette garantie pour faux et usage de faux devant une
qu’il résultait de la convention de fusion de comptes que juridiction marocaine ; que la société Feralpi a assigné, le
les parties étaient convenues d’un compte courant, ne 29 août 2003, en paiement la banque ; que cette dernière a
pouvait écarter la compensation, sans rechercher, comme appelé en intervention forcée la société Somatref ; que la
elle y était invitée, s’il n’y avait pas connexité entre les cour d’appel a confirmé le jugement en ce qu’il a accueilli
dettes litigieuses ; qu’en n’effectuant pas cette recherche, l’exception de sursis à statuer présentée par ces dernières
la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard en raison de la procédure pénale pendant devant la
des articles 1290 et 1134 du code civil ; juridiction marocaine ;

Mais attendu que le caractère autonome d’une garantie Attendu que n’est pas entachée d’un un excès de pouvoir
exclut la connexité entre la créance du garant à l’encontre de la cour d’appel, la décision par laquelle elle sursoit à
du débiteur et toute créance de celui-ci à l’encontre du statuer dans l’attente d’une décision susceptible de
garant; que le moyen est inopérant ; l’éclairer sur la suspicion d’une fraude de nature à
paralyser la mise en jeu de la garantie stipulée à première
PAR CES MOTIFS : demande ; que le pourvoi n’est donc pas recevable ;

REJETTE le pourvoi ; PAR CES MOTIFS :

Condamne la société Natexis aux dépens ; DECLARE IRRECEVABLE le pourvoi ;

Vu l’article 700 du nouveau code de procédure civile, Condamne la société Feralpi Siderurgica SPA aux dépens ;
condamne la société Natexis à payer la somme globale de
2 000 euros à MM. X... et Y..., ès qualités Vu l’article 700 du nouveau code de procédure civile,
condamne la société Feraldi Siderurgica SPA à payer la
somme de 1 000 euros respectivement à la Banque
DOCUMENT 11 commerciale du Maroc et à la société Somatref
(Cass. com., 5 juin 2007)
DOCUMENT 12
Sur la recevabilité du pourvoi, contestée par la Banque
(Cass. com., 30 mars 2010)
commerciale du Maroc :
BANQUE - Garantie à première demande - Recours du
Vu l’article 380-1 du nouveau code de procédure civile, donneur d’ordre contre le garant - Applications
ensemble les principes qui régissent l’excès de pouvoir ; diverses - Manquement aux conditions définies dans la
garantie de premier rang
Attendu que la décision de sursis à statuer rendue en
dernier ressort peut être attaquée par la voie du pourvoi en BANQUE - Garantie à première demande - Recours du
cassation mais seulement pour violation de la règle de donneur d’ordre contre le garant ou le contre-garant -
droit ; qu’il n’est dérogé à cette règle comme à toute autre Conditions - Faute de l’un des garants - Obstacle -
règle interdisant ou différant un recours qu’en cas d’excès Indépendance des garanties (non)
de pouvoir ;
Le donneur d’ordre d’une garantie autonome à première
Attendu, selon l’arrêt déféré (Paris, 20 mai 2005), que par demande, tenu de rembourser son contre-garant des
acte du 19 février 2003, la société de droit italien Feralpi sommes versées en exécution de cette contre-garantie, est
sidérurgica SPA (Feralpi) s’est engagée à livrer des en droit d’agir en responsabilité contre le garant de
matériaux à la société de droit marocain Somatref, qui, de premier rang, qui, en payant le bénéficiaire, n’a pas
son côté, s’est engagée à solliciter auprès de la Banque respecté les conditions définies dans la garantie de
commerciale du Maroc (la banque) l’émission d’une premier rang, lesquelles, en l’absence de dispositions
garantie stipulée à première demande en sa faveur pour un expresses les excluant, renvoyaient à l’article 20 des
certain montant ; que , par "swift" du 4 mars 2003, la règles uniformes en matière de garantie à première
banque a transmis à la société Feralpi un projet de lettre de demande de la chambre de commerce internationale
garantie subordonnant la mise en jeu de cette garantie à la
production de divers documents par la bénéficiaire ; que L’indépendance de la contre-garantie à l’égard de la
prétendant ne pas avoir été livrée de la marchandise, la garantie de premier rang n’interdit pas au donneur
société Somatref a refusé d’en acquitter le paiement ; que d’ordre, tenu au titre de la garantie autonome à première
le 12 mai 2003, la société Feralpi a sollicité la mise en jeu demande, d’agir en responsabilité contre l’un quelconque
de la garantie auprès de la banque ; que la banque s’est des garants qui, par sa faute, l’a contraint de payer

12
Donne acte à la société Bank Melli Iran du désistement de termes de la garantie qui la liait au bénéficiaire ne
son pourvoi, en ce qu’il est dirigé contre la société Natexis stipulaient la production d’aucun document ; qu’ainsi la
banques populaires ; cour d’appel a violé l’article 455 du code de procédure
civile ;
Attendu, selon l’arrêt attaqué (Paris, 22 janvier 2009), que,
le 8 août 2004, la société Eurocopter a conclu avec Mais attendu que le donneur d’ordre d’une garantie
l’organisation des ports et transports maritimes du autonome à première demande, tenu de rembourser son
ministère des routes et des transports de la République contre-garant des sommes versées en exécution de cette
d’Iran (le PSO) un contrat de fourniture de matériel, ayant contre-garantie, est en droit d’agir en responsabilité contre
donné lieu à l’émission le 16 août 2004 d’une garantie de le garant de premier rang, qui, en payant le bénéficiaire,
bonne exécution délivrée par la Bank Melli Iran (la banque n’a pas respecté les conditions définies dans la garantie de
Melli), elle-même contre-garantie par Natexis banques premier rang ; qu’après avoir relevé que la garantie ainsi
populaires (la banque Natexis) ; qu’à la suite du refus délivrée était soumise aux règles uniformes en matière de
d’exportation de ce matériel, la société Eurocopter en a garantie à première demande de la chambre de commerce
avisé le PSO, lequel a mis en jeu la garantie et obtenu internationale, selon lesquelles, sauf convention expresse
paiement le 30 mai 2006 de la banque Melli, qui a appelé contraire, le bénéficiaire doit, conformément à l’article 20,
la contre-garantie de la banque Natexis ; que la société déclarer par écrit que le donneur d’ordre a manqué à une
Eurocopter, après avoir remboursé cette dernière, a assigné ou plusieurs de ses obligations prévues par le contrat de
les deux banques en paiement ; base et préciser en quoi le donneur d’ordre a manqué à
cette obligation, l’arrêt retient que si la garantie de premier
Sur le premier moyen : rang délivrée par la Bank Melli indique que le garant devra
payer dès réception d’une déclaration écrite du bénéficiaire
Attendu que la banque Melli fait grief à l’arrêt d’avoir énonçant que le contractant a manqué à l’exécution de ses
déclaré recevable l’action en responsabilité dirigée par la obligations issues du contrat, il n’est pas précisé à l’acte
société Eurocopter contre elle et de l’avoir condamnée à que les dispositions de l’article 20 de ces règles uniformes
lui payer les sommes de 2 874 540,60 euros avec intérêts sont expressément exclues ; qu’en l’état de ces
au taux légal et 17 134,11 euros, alors, selon le moyen : constatations et appréciations, dont il résulte une absence
d’exclusion expresse, la cour d’appel, abstraction faite du
1°/ que, si le tiers à un contrat peut invoquer, sur le motif surabondant critiqué par la troisième branche, a pu
fondement de la responsabilité délictuelle, un manquement décider que l’appel de la garantie du 24 mai 2006 avait été
contractuel lui causant un dommage, c’est à la condition irrégulier, dès lors que le PSO avait omis de préciser en
que la nature du contrat ne s’oppose pas à une telle quoi la société Eurocopter avait manqué à ses obligations ;
invocation ; que l’indépendance de principe entre les que le moyen, inopérant dans sa troisième branche, n’est
engagements du garant de premier rang à l’égard du pas fondé pour le surplus ;
bénéficiaire et du donneur d’ordre à l’égard du contre-
garant s’opposant à ce que le donneur d’ordre invoque le Et sur le second moyen :
manquement allégué du garant de premier rang dans
l’exécution de sa garantie pour mettre en jeu la Attendu que la Bank Melli fait grief à l’arrêt de sa
responsabilité délictuelle de celui-ci, la cour d’appel a condamnation à paiement, alors, selon le moyen :
violé les articles 1382 et 1134 du code civil ;
1°/ que la contre-garantie est indépendante de la garantie
2°/ que l’article 20 c des Règles Uniformes de la CCI de premier rang ; qu’en jugeant, par motif adopté, que la
relatives aux garanties sur demande postulant l’application société Eurocopter était fondée à soutenir qu’en ne
nécessaire de l’article 20 a qui soumet l’appel de la vérifiant pas l’irrégularité entachant la forme dans laquelle
garantie à la double annonce d’un manquement contractuel la garantie a été appelée, la bank Melli Iran avait commis
et de la détermination de celui-ci sauf exclusion expresse, une faute lui faisant grief en raison de l’appel par cette
ne s’applique pas lorsque, loin d’ignorer les conditions dernière de la contre-garantie de la banque Natexis,
d’appel de la garantie, le texte de celle-ci soumet l’appel à cependant qu’il n’était pas allégué que la contre-garantie,
la seule annonce d’un manquement contractuel ; qu’en ne dont l’exécution avait seule fait grief au donneur d’ordre,
recherchant pas, comme il le lui était demandé, si ait été appelée de manière irrégulière ou abusive, la cour
l’aménagement par la garantie des conditions d’appel d’appel a méconnu l’indépendance nécessaire entre la
n’excluait pas nécessairement l’application de l’article 20 contre-garantie et la garantie de premier rang, en violation
c des Règles Uniformes, la cour d’appel a entaché sa de l’article 1134 du code civil ;
décision d’un défaut de base légale au regard de l’article
1134 du code civil ; 2°/ que la Bank Melli faisait valoir dans ses conclusions
d’appel que, faute de rapporter la preuve du caractère
3°/ que la cour d’appel n’a pu déclarer qu’il n’était pas abusif de l’appel de la garantie de premier rang par son
établi que l’appel de la garantie était accompagné des bénéficiaire, la société Eurocopter ne pouvait se prévaloir
pièces et documents permettant à la banque de vérifier d’aucun préjudice autonome né de l’exécution de cette
qu’ils entraient dans le cadre de la garantie sans répondre garantie sur un appel formellement irrégulier ; qu’en
aux conclusions de la Bank Melli qui faisait valoir que les négligeant de répondre à ce moyen péremptoire, cependant
13
qu’il lui appartenait de s’assurer de la réalité du préjudice En conséquence, justifie légalement sa décision une cour
dont la réparation était demandée, la cour d’appel a violé d’appel qui, après avoir relevé que le délai de prescription
l’article 455 du code de procédure civile ; avait commencé à courir le 9 avril 1984, et que ce délai
s’était trouvé interrompu par l’assignation que la société
Mais attendu que l’indépendance de la contre-garantie à garante avait fait délivrer le 18 novembre 1987 à la
l’égard de la garantie de premier rang n’interdisant pas au société contre-garante devant les juridictions égyptiennes,
donneur d’ordre, tenu au titre de la garantie autonome à laquelle avait donné lieu à l’arrêt du 26 avril 1994 de la
première demande, d’agir en responsabilité contre l’un cour d’appel du Caire, a retenu que l’exequatur de cette
quelconque des garants qui, par sa faute, l’a contraint de décision en France ayant été refusée par un jugement du 5
payer, la cour d’appel, qui n’avait pas à répondre à une mai 2004, il en résultait que l’interruption de cette
allégation dépourvue d’offre de preuve, a légalement instance devait être regardée comme non avenue
justifié sa décision ; que le moyen n’est pas fondé ;
Attendu, selon l’arrêt attaqué (Versailles, 18 février 2010)
PAR CES MOTIFS : que l’organisme de droit public égyptien Estram a conclu
avec la société de droit français IPI Trade international les
REJETTE le pourvoi ; 29 mars et 2 avril 1983, un contrat portant sur la livraison
de denrées animales d’origine française ; que la bonne fin
Condamne la société Bank Melli Iran - Banque nationale des livraisons a été garantie à concurrence de la somme de
iranienne aux dépens ; 484 000 USD par la société Suez Canal Bank (la société
Suez), qui par acte du 25 avril 1983 s’est contre-garantie
Vu l’article 700 du code de procédure civile, rejette les auprès de la banque Worms aux droits de laquelle vient la
demandes société Licorne gestion pour le même montant et dans des
termes identiques, les deux garanties étant accordées
DOCUMENT 13 jusqu’au 4 mai 1984 ; que la société Estram ayant appelé
la garantie, la société Suez en a avisé le 9 avril 1984 la
(Cass. com., 13 septembre 2011) société Licorne gestion et lui a réclamé l’exécution de la
contre-garantie ; que, le 18 novembre 1987, la société
BANQUE - Garantie à première demande - Recours du Estram a assigné la société Suez en paiement devant une
garant contre le contre-garant - Prescription - Point de juridiction égyptienne ; que par arrêt du 26 avril 1994, la
départ - Détermination cour d’appel du Caire a condamné la société Suez et la
société Licorne gestion à exécuter leurs engagements
PRESCRIPTION CIVILE - Interruption - Acte respectifs ; que, le 15 novembre 1995, la société Suez a
interruptif - Action en justice - Rejet de la demande - versé à la société Estram la somme de 484 000 USD et
Portée assigné, le 31 décembre 2001, la société Licorne gestion
aux fins d’exequatur en France de l’arrêt du 26 avril 1994 ;
Une cour d’appel, qui a retenu que la garantie et la que sa demande a été rejetée par jugement du 5 mai 2004
contre-garantie données dans les mêmes termes sont des devenu définitif; que la société Suez a alors assigné la
garanties autonomes à première demande et que la société société Licorne gestion devant le tribunal de commerce en
garante a avisé la société contre-garante, le 9 avril 1984, paiement de la contre-garantie ;
de l’appel de la garantie formé par la société créancière et
lui a demandé l’exécution de son engagement de la contre- Sur le premier moyen, pris en sa première branche :
garantie, a, en faisant ainsi ressortir qu’en l’absence de
clause contraire, non invoquée en l’espèce, l’exigibilité de Attendu que la société Suez reproche à l’arrêt d’avoir
la contre-garantie n’était pas subordonnée à l’exécution déclaré son action irrecevable car prescrite, alors, selon le
par son bénéficiaire, garant de premier rang, de son moyen que si la garantie bancaire offerte au bénéficiaire
propre engagement, décidé à bon droit que le délai de est exigible dès lors que celui-ci procède à l’appel de la
prescription avait commencé à courir du jour de garantie, la contre-garantie offerte par la banque contre-
l’exigibilité de la contre-garantie en application de garante à la banque émettrice n’est quant à elle exigible
l’article L. 110-4 du code de commerce, dans sa rédaction qu’au jour où la banque émettrice est effectivement tenue
antérieure à la loi du 17 juin 2008 de payer la garantie ; qu’en décidant que la contre-garantie
donnée par la société Licorne gestion était devenue
Il résulte de l’application des articles 2246 et 2247 du exigible le 9 avril 1984, date à laquelle la société Suez
code civil, dans leur rédaction antérieure à la loi du 17 l’avait avisée de l’appel en garantie formé par Estram
juin 2008, ensemble l’article 3 du code civil, que la quand la société Suez n’avait été légalement tenue de
disposition aux termes de laquelle l’interruption de la payer la garantie qu’au 15 novembre 1995, la cour d’appel
prescription est regardée comme non avenue, si la a violé l’article L. 110-4 du code de commerce dans sa
demande est rejetée, est absolue et ne comporte aucune rédaction antérieure à la loi n° 2008-561 du 17 juin 2008 ;
distinction selon que la demande est définitivement rejetée
par un moyen de fond ou qu’elle est repoussée soit par un Mais attendu que l’arrêt retient, d’abord, que la garantie et
moyen de forme, soit par une fin de non-recevoir laissant la contre-garantie données dans les mêmes termes sont des
subsister le droit d’action. garanties autonomes à première demande, ensuite, que la
14
société Suez a avisé la société Licorne gestion, le 9 avril Et attendu que les autres griefs ne seraient pas de nature à
1984, de l’appel de la garantie formé par la société Estram permettre l’admission du pourvoi ;
et lui a demandé l’exécution de son engagement de la
contre-garantie ; qu’ayant ainsi fait ressortir qu’en PAR CES MOTIFS :
l’absence de clause contraire, non invoquée en l’espèce,
l’exigibilité de la contre-garantie n’était pas subordonnée à REJETTE le pourvoi ;
l’exécution par son bénéficiaire, garant de premier rang, de
son propre engagement, la cour d’appel a décidé à bon Condamne la société Suez Canal Bank aux dépens ;
droit que le délai de prescription avait commencé à courir
du jour de l’exigibilité de la contre-garantie ; que le moyen Vu l’article 700 du code de procédure civile, rejette les
n’est pas fondé ; demandes

Sur le deuxième moyen : DOCUMENT 14


Attendu que la société Suez fait le même reproche à
(Cass. com., 31 janvier 2017)
l’arrêt, alors, selon le moyen :
SOCIETE COMMERCIALE (règles générales) -
1°/ que le refus d’exequatur en France d’une décision de Scission - Société bénéficiaire de la garantie - Garantie
condamnation prononcée par une juridiction étrangère autonome - Transmission (non)
n’autorise pas à considérer l’interruption de prescription
résultant de la saisine de cette juridiction comme non Sauf convention contraire, la garantie autonome, qui ne
avenue ; qu’en décidant le contraire, les juges d’appel ont suit pas l’obligation garantie, n’est pas transmise en cas
violé les articles 2246 et 2247 du code civil dans leur de scission de la société bénéficiaire de la garantie
rédaction antérieure à la loi n° 2008-561 du 17 juin 2008,
ensemble l’article 3 du code civil ;
Sur le premier moyen :
2°/ que l’assignation en justice donnée devant un juge
territorialement incompétent constitue, même s’il s’agit Vu les articles 2321 du code civil et L. 236-3 du code de
d’une juridiction étrangère, un acte de poursuite interruptif commerce ;
de la prescription ; qu’en retenant que la saisine par la
société Suez des juridictions égyptiennes était sans effet à Attendu que, sauf convention contraire, la garantie
raison du refus d’exequatur opposé par les juridictions autonome, qui ne suit pas l’obligation garantie, n’est pas
françaises à la décision de condamnation prononcée par les transmise en cas de scission de la société bénéficiaire de la
juridictions égyptiennes, sans rechercher quelles étaient les garantie ;
causes de ce refus d’exequatur et si ce refus, reposant sur
l’incompétence des juridictions égyptiennes, interdisait Attendu, selon l’arrêt attaqué, que par contrat des 26
réellement de retenir l’interruption de la prescription, les octobre et 9 novembre 2004, la société Hôtel les Grandes
juges d’appel ont privé leur décision de base légale au Rousses a donné son fonds de commerce d’hôtel-bar-
regard des articles 2246 et 2247 du code civil dans leur restaurant en location-gérance à la société HMC les
rédaction antérieure à la loi n° 2008-561 du 17 juin 2008, Grandes Rousses ; que celle-ci a, en exécution du contrat,
ensemble l’article 3 du code civil ; remis à la société Hôtel les Grandes Rousses une garantie
à première demande consentie le 3 novembre 2004 par la
Mais attendu que la disposition aux termes de laquelle Caisse régionale de crédit agricole mutuel Pyrénées
l’interruption de la prescription est regardée comme non Gascogne (la banque) ; que la société Hôtel les Grandes
avenue, si la demande est rejetée, est absolue et ne Rousses a, pendant le cours du contrat de location-gérance,
comporte aucune distinction selon que la demande est fait l’objet d’une scission emportant transmission de sa
définitivement rejetée par un moyen de fond ou qu’elle est branche d’activité de l’hôtel les Grandes Rousses au profit
repoussée soit par un moyen de forme, soit par une fin de de la société Nouvelle les Grandes Rousses ; que la société
non-recevoir laissant subsister le droit d’action; qu’après HMC les Grandes Rousses ayant résilié le contrat de
avoir relevé que le délai de prescription avait commencé à location-gérance, la société nouvelle les Grandes Rousses,
courir le 9 avril 1984, et que ce délai s’était trouvé après avoir vainement mis cette dernière en demeure
interrompu par l’assignation que la société Suez avait fait d’exécuter ses obligations, a, par lettre du 30 juin 2011,
délivrer le 18 novembre 1987 à la société Licorne gestion demandé à la banque de mettre en oeuvre la garantie, puis
devant les juridictions égyptiennes, laquelle avait donné l’a assignée en paiement ;
lieu à l’arrêt du 26 avril 1994 de la cour d’appel du Caire,
l’arrêt retient que l’exequatur de cette décision en France a Attendu que pour dire que la société nouvelle les Grandes
été refusé par jugement du 5 mai 2004 et qu’il en résulte Rousses est en droit de revendiquer le bénéfice de la
que l’interruption de cette instance doit être regardée garantie à première demande qui lui a été consentie par la
comme non avenue ; que par ces motifs, la cour d’appel a banque, l’arrêt, après avoir retenu que, sauf clause
légalement justifié sa décision ; que le moyen n’est pas contraire, la transmission universelle du patrimoine qui
fondé ; résulte d’une opération de fusion ou de scission n’est pas
15
incompatible avec le caractère intuitu personae de cette lettre d’opposer à la banque l’extinction de son
garantie, constate que la société Hôtel les Grandes engagement, une cour d’appel, qui a fait ressortir que la
Rousses, bénéficiaire de la garantie originaire, a fait l’objet dette du débiteur principal était antérieure à la date limite
d’une scission ayant eu pour effet de transférer à la société de garantie, a appliqué la loi du contrat.
nouvelle les Grandes Rousses la totalité de sa branche
d’activité hôtelière à compter du 1er novembre 2005, et Attendu, selon l’arrêt attaqué (Lyon, 6 novembre 1998),
que la garantie à première demande accordée au titre de la que la Banque populaire de Bourgogne a accordé à la
location-gérance de l’hôtel se rattache à l’activité hôtelière société Loiseau mécanique (société Loiseau) divers
cédée ; qu’il en déduit qu’il n’y avait lieu ni de mentionner concours financiers ; que, pour obtenir le maintien des
l’existence de cette garantie dans l’acte de scission, ni de crédits de trésorerie et de découvert, la société Sofiber,
recueillir le consentement exprès de la banque sur le aujourd’hui dénommée Exel industries, actionnaire
transfert de garantie ; majoritaire, a remis à la banque une lettre d’intention, dont
la durée de validité était fixée au 30 septembre 1993 ; que,
Qu’en statuant ainsi, la cour d’appel a violé les textes le 23 septembre 1993, la banque a signifié à la société
susvisés ; Loiseau qu’elle n’était plus disposée à maintenir les crédits
à durée indéterminée consentis qui prendraient fin à
PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur l’expiration d’un délai de 30 jours pour l’escompte
les commercial et autres crédits de mobilisation de créances et
autres griefs : de 60 jours pour les autres concours ; qu’elle a dénoncé cet
avis à la société Sofiber le même jour ; que la société
CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l’arrêt Loiseau ayant été mise en redressement judiciaire, la
rendu le 19 mars 2015, entre les parties, par la cour Banque populaire de Bourgogne a assigné la société
d’appel de Pau ; remet, en conséquence, la cause et les Sofiber en paiement des sommes dues par la première,
parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, invoquant l’engagement pris par la lettre d’intention ;
pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de
Sur le premier moyen, pris en ses deux branches :
Bordeaux ;

Condamne la société nouvelle les Grandes Rousses aux Attendu que la société Sofiber fait grief à l’arrêt de sa
dépens ; condamnation à payer à la Banque populaire de
Bourgogne la somme de 1 300 000 francs, alors, selon le
Vu l’article 700 du code de procédure civile, rejette les moyen :
demandes
1° que l’engagement pris par une société " de faire le
DOCUMENT 15 nécessaire " pour qu’une de ses filiales " dispose d’une
(Cass. com., 26 février 2002) trésorerie suffisante pour faire face à ses engagements "
constitue une obligation de moyens et non de résultat, la
1° LETTRE D’INTENTION - Nature juridique - cour d’appel a violé les articles 1134 et 1147 du Code
Obligation de faire - Obligation de résultat - civil ;
Applications diverses - Faire le nécessaire pour
permettre au débiteur de faire face à ses engagements. 2° que toute garantie donnée par le président du conseil
d’administration d’une société anonyme des engagements
2° LETTRE D’INTENTION - Extinction - Terme - de tiers, notamment d’une filiale, devant être
Arrivée - Situation antérieure - Concours bancaire préalablement autorisée par le conseil d’administration, la
dénoncé - Garantie invoquée - Portée. cour d’appel s’est prononcée par un motif inopérant, en
violation des articles 455 du nouveau Code de procédure
1° Ayant relevé qu’une société s’était engagée dans une civile, 1134 et 1147 du Code civil, et 98 de la loi du 24
lettre d’intention à faire le nécessaire pour qu’une autre juillet 1966, en déduisant de l’existence d’une telle
société dispose d’une trésorerie suffisante lui permettant autorisation que l’engagement de garantie donné par le
de faire face à ses engagements au titre des crédits de président s’analysait en une obligation de résultat et non en
trésorerie et de découvert envers une banque, ce dont elle une obligation de moyens ;
a déduit que la première s’obligeait à l’obtention de
résultat, une cour d’appel a pu décider que cette société
avait garanti au créancier le remboursement de la dette en Mais attendu qu’ayant relevé que la lettre litigieuse
cas de défaillance de l’emprunteur. contenait l’engagement ferme de la société Sofiber de faire
le nécessaire pour que la société Loiseau dispose d’une
trésorerie suffisante lui permettant de faire face à ses
2° En retenant que la dénonciation par la banque des engagements au titre des crédits de trésorerie et de
concours octroyés au débiteur principal et l’invocation du découvert envers la Banque de Bourgogne, ce dont elle a
bénéfice de la garantie avant l’arrivée du terme prévu déduit que la première s’obligeait à l’obtention du résultat,
dans la lettre d’intention empêchaient le souscripteur de la la cour d’appel, qui ne s’est pas fondée sur l’existence

16
d’une autorisation du conseil d’administration, a pu
décider que le souscripteur de la lettre avait garanti au DOCUMENT 16
créancier le remboursement de la dette en cas de
défaillance de l’emprunteur ; d’où il suit que le moyen
(Cass. com., 17 mai 2011)
n’est fondé en aucune de ses branches ;
LETTRE D’INTENTION - Nature juridique -
Obligation de faire - Obligation de résultat - Cas -
Et sur le second moyen, pris en ses deux branches : Société mère s’engageant à faire en sorte que sa filiale
remplisse ses engagements vis-à-vis d’un tiers
Attendu que la société Sofiber fait le même grief à l’arrêt
alors, selon le moyen : Après avoir relevé qu’un contrat de prêt prévoyait, à titre
de garantie, une lettre de confort ferme du montant de
1° que la dénonciation d’un concours consenti par un celui-ci, une cour d’appel, qui a retenu qu’une société
mère avait contracté une obligation de faire, en
organisme de crédit n’ayant pas pour effet, sauf
circonstances particulières, de rendre ce concours exigible, s’engageant à faire en sorte que la situation financière de
sa filiale lui permette de remplir ses engagements à tous
mais de fixer le point de départ du délai contractuel à
moments vis-à-vis de la banque, et ce d’autant qu’elle
l’issue duquel il le deviendrait, la cour d’appel a violé
s’engageait à mettre à disposition de sa filiale les fonds
l’article 60 de la loi du 24 janvier 1984 en fixant
pour faire face à son emprunt et à veiller à ce qu’ils soient
l’exigibilité des crédits consentis par la Banque populaire
utilisés à cette fin, a exactement déduit des termes de cette
de Bourgogne à la société Loiseau à la date de leur
lettre que l’obligation de faire ainsi souscrite s’analysait
dénonciation ;
en une obligation de résultat

2° que, ayant relevé que la garantie de la société Sofiber


expirait le 30 septembre 1993, et que par son courrier du Sur le moyen unique :
23 septembre 1993 la banque signifiait à la société Loiseau
Attendu, selon l’arrêt attaqué (Lyon, 4 juin 2009), que la
que les crédits qu’elle lui avait consentis prendraient fin à
société Emball’iso, en vue de l’octroi par la société
l’expiration d’un délai de 30 jours pour l’escompte
Bayerische Hypo und Vereinbank (la banque) de concours
commercial et autres crédits de mobilisation de créances et
bancaires à sa filiale, la société Isopack, dont un prêt de
de 60 jours pour les autres concours, la cour d’appel n’a
200 000 euros, s’est engagée, le 17 décembre 2004 auprès
pas tiré les conséquences de ses propres constatations, et a
de la banque, inconditionnellement et irrévocablement, à
violé l’article 1134 du Code civil, en énonçant que les
faire en sorte que la situation financière et la gestion de
crédits consentis à la société Loiseau étaient devenus
l’emprunteur soient telles que celui-ci puisse à tout
exigibles avant l’expiration de la garantie donnée par la
société Sofiber ; moment remplir tous ses engagements présents et futurs
envers la banque ; que la société Isopack ayant fait l’objet
d’une procédure collective en Allemagne le 2 septembre
Mais attendu, d’une part, que l’arrêt ne fixe pas 2005, la banque n’a pu obtenir remboursement des
l’exigibilité des crédits à la date de leur dénonciation ; concours qu’elle avait mis en place le 18 juin 2005 ; que la
banque a assigné la société Emball’iso en paiement des
sommes dues au titre de son engagement, lequel avait été
Attendu, d’autre part, qu’en retenant que la dénonciation
limité à une somme de 200 000 euros ;
par la Banque populaire de Bourgogne des concours
octroyés à la société Sofiber et l’invocation du bénéfice de
Attendu que la société Emball’iso reproche à l’arrêt de
la garantie avant l’arrivée du terme empêchait le
l’avoir condamnée à payer à la banque la somme de 200
souscripteur de la lettre d’opposer à la banque l’extinction
000 euros à titre de dommages-intérêts augmentée des
de son engagement, la cour d’appel, qui a fait ressortir que
intérêts légaux à compter de la décision, alors, selon le
la dette du débiteur principal était antérieure à la date
moyen :
limite de la garantie, a appliqué la loi du contrat ;
1°/ que pour condamner le souscripteur d’une lettre
D’où il suit qu’irrecevable en sa première branche, le d’intention à payer le montant de la dette contractée par un
moyen n’est pas fondé pour le surplus ; débiteur mis en redressement judiciaire, le juge doit
relever l’existence d’un engagement de payer directement
la dette du tiers par substitution de celui-ci en cas
Par ces motifs :
d’ouverture d’une procédure collective ; qu’en se
contentant de retenir que la société Emball’isso n’a pas
REJETTE le pourvoi. entendu souscrire un cautionnement au bénéfice de la
banque, elle a contracté une obligation de faire qui
s’analyse en une obligation de résultat, en signant un
engagement à faire en sorte que sa filiale respecte ses
propres engagements envers un tiers, en s’engageant

17
notamment à lui donner les sommes pour qu’elles soient ainsi souscrite par cette société s’analyse en une obligation
affectées au remboursement de l’emprunt et également à de résultat ; que le moyen n’est pas fondé ;
veiller à la bonne utilisation des sommes confiées ; que
tenue à une obligation de résultat, la société Emball’isso
engage sa responsabilité dès lors qu’elle ne l’a pas PAR CES MOTIFS :
remplie, c’est-à-dire sans relever l’existence d’un
engagement exprès qu’aurait pris la société Emball’isso à REJETTE le pourvoi ;
l’égard de la banque à payer directement la dette de sa
filiale, la société Isopack, mise en redressement judiciaire, Condamne la société Emball’iso aux dépens ;
la cour d’appel a violé l’article 1147 du code civil ;
Vu l’article 700 du code de procédure civile, rejette les
2°/ qu’il est constant, en l’espèce, que la banque a entendu demandes
dans un premier temps transmettre un projet de lettre
d’intention, "harte Patronatserklärung" en droit allemand, DOCUMENT 17
incluant une garantie de paiement de la société
Emball’isso en cas de mise en redressement judiciaire de
(Cass. com., 25 octobre 2011)
sa filiale, la société Isopack, ce projet prévoyant un
engagement de la société Emball’isso vis-à-vis de la Sur le moyen unique :
banque de faire en sorte que sa filiale, Isopack soit en
mesure d’honorer à tout moment tous ses engagements et Attendu, selon l’arrêt attaqué (Colmar, 26 août 2010), que
notamment en cas de dépôt de bilan de la filiale ou encore le 20 février 2001, la société MB Finance (la société) a
avec engagement selon lequel nous pouvons remplir notre souscrit auprès de la Société générale (la banque) un prêt
obligation, en procédant au paiement directement entre vos de 1 500 000 francs (228 673,52 euros) ; que M. et Mme
mains, des sommes exigibles ; que la société Emball’isso a X..., associés de la société, ont signé un "engagement des
cependant refusé de signer un tel projet et a seulement associés de combler les déficits de trésorerie"; qu’après
ratifié le 17 décembre 2004 une lettre d’intention ne avoir constaté l’exigibilité anticipée du prêt, la banque a
reprenant plus l’engagement de paiement à l’égard de la assigné ces derniers en exécution de leur engagement ;
banque en cas d’ouverture d’une procédure collective à
l’encontre de sa filiale ; qu’il en résultait que la lettre Attendu que M. et Mme X... font grief à l’arrêt de les avoir
d’intention souscrite par la société Emball’isso ne pouvait condamnés à payer à la banque la somme de 158 015,50
être analysée comme constituant un engagement de payer euros, augmentée des intérêts au taux de 10,60 % l’an à
directement la dette de sa filiale la société Isopack par compter du 14 octobre 2003, date de l’arrêté de compte,
substitution de celle-ci en cas d’ouverture d’une procédure jusqu’au prononcé du jugement, puis, à compter de ce
collective ; qu’en statuant en sens contraire, en décidant de prononcé, des intérêts au taux légal, alors, selon le moyen :
condamner la société Emball’isso à payer à la banque la
somme de 200 000 euros au motif pris que si la société 1°/ que l’acte juridique par lequel une seule partie
Emball’isso n’a pas entendu souscrire un cautionnement s’engage envers une autre à lui payer une somme d’argent,
au bénéfice de la banque, elle a contracté une obligation de fût-elle indéterminée, doit être constaté dans un titre qui
faire qui s’analyse en une obligation de résultat, en signant comporte la signature de celui qui souscrit cet engagement,
un engagement à faire en sorte que sa filiale respecte ses ainsi que la mention, écrite par lui-même, de la somme ou
propres engagements envers un tiers, en s’engageant de la quantité en toutes lettres et en chiffres ; qu’à défaut,
notamment à lui donner les sommes pour qu’elles soient cet acte ne peut établir à lui seul la preuve de l’engagement
affectées au remboursement de l’emprunt et également à ; qu’en affirmant que l’engagement souscrit par M. et
veiller à la bonne utilisation des sommes confiées ; que Mme X..., le 20 février 2001, ne portait pas sur une somme
tenue à une obligation de résultat, la société Emball’isso d’argent déterminée et ne s’exprimait pas par un prix, pour
engage sa responsabilité dès lors qu’elle ne l’a pas en déduire qu’il constituait une obligation de faire non
remplie, la cour d’appel a violé ensemble les articles 1134 soumise au formalisme du cautionnement, quand il
et 1147 du code civil ; ressortait de ses propres constatations que M. et Mme X...
s’étaient engagés à fournir un apport en trésorerie
Mais attendu qu’ayant relevé que le contrat de prêt de 200 spécifiquement dédié au remboursement du prêt contracté
000 euros prévoit, à titre de garantie, une lettre de confort par la société auprès de la banque, ce dont il résultait que
ferme d’un montant de 200 000 euros, l’arrêt retient que si cet engagement portait sur une somme d’argent, la cour
la société Emball’iso n’a pas entendu souscrire un d’appel a violé l’article 1326 du code civil ;
cautionnement, elle a contracté une obligation de faire, en
s’engageant à faire en sorte que la situation financière de 2°/ que constitue un cautionnement le contrat par lequel
sa filiale lui permette de remplir ses engagements à tout une personne s’engage envers un créancier à payer la dette
moment vis-à-vis de la banque, et ce d’autant qu’elle de son débiteur au cas de défaillance de celle-ci ; qu’en
s’engage à mettre à disposition de sa filiale les fonds pour l’espèce, la cour d’appel a constaté que M. et Mme X...
faire face à son emprunt et à veiller à ce qu’ils soient s’étaient engagés à apporter "les sommes nécessaires au
utilisés à cette fin ; que la cour d’appel a exactement remboursement" du prêt litigieux afin de "garantir le
déduit des termes de cette lettre que l’obligation de faire remboursement du prêt en cas de défaillance du débiteur" ;
18
qu’il en résultait que l’acte du 20 février 2001 devait au titre du prêt en raison de l’existence d’un aléa et que
s’analyser comme l’engagement de se substituer à la leur engagement ne s’étendait pas à la prise en charge
société en cas de défaillance dans le remboursement du d’éventuelles pénalités de retard ; que le moyen est
prêt, c’est à dire comme un cautionnement ; qu’en nouveau et mélangé de fait et de droit ;
affirmant que l’acte du 20 février 2001 constituait une
simple lettre d’intention pour en déduire qu’il n’avait pas à D’où il suit que le moyen, irrecevable en ses troisième et
obéir au formalisme du cautionnement, la cour d’appel a quatrième branches, n’est pas fondé pour le surplus ;
violé les articles 1326 et 2015 du code civil ;
PAR CES MOTIFS :
3°/ qu’en toute hypothèse, lorsqu’un associé s’engage à
apporter, en compte courant, les sommes nécessaires pour REJETTE le pourvoi ;
combler les déficits en trésorerie éventuels de la société de
façon à ce que cette dernière puisse faire face aux Condamne M. et Mme X... aux dépens.
échéances d’un prêt, le préjudice réparable consécutif à un
éventuel manquement à cet engagement ne peut
correspondre au solde restant dû qu’à la condition qu’il ait DOCUMENT 18
été relevé que, sans ce manquement, le prêt aurait été (Cass. com., 19 janvier 2010)
remboursé avec une totale certitude ; qu’en l’espèce, M. et
Mme X... faisaient valoir dans leurs écritures qu’à
supposer même qu’ils aient été tenus d’une obligation de Sur le moyen unique, pris en ses trois branches :
faire, son éventuelle inexécution ne pouvait se résoudre
qu’en dommages-intérêts, ce dont il résultait que Attendu, selon l’arrêt attaqué (Chambéry, 10 mars 2009),
l’indemnité due ne pouvait être équivalente au solde que la société Nief Plastic (la société NP) s’est engagée
restant dû au titre du prêt ; qu’en condamnant M. et Mme par lettre du 18 février 2002 à l’égard de la société Crédit
X... à payer à la banque les sommes restant dues au titre du lyonnais (la banque) à soutenir sa filiale, la société NP
prêt, sans constater que le préjudice subi, qu’elle a fixé à Sainte-Savine, à laquelle la banque a consenti un prêt ; que
l’entier montant du solde restant dû, n’avait été grevé la société NP Sainte-Savine ayant été mise en
d’aucun aléa, la cour d’appel a privé sa décision de base redressement judiciaire, la banque a reproché à la société
légale au regard de l’article 1142 du code civil ; NP d’avoir manqué à son obligation et demandé qu’elle
soit condamnée à lui payer des dommages-intérêts ;
4°/ que nul ne peut être obligé au-delà de son engagement ;
que l’acte du 20 février 2001 prévoyait l’engagement de
M. et Mme X... de réaliser des apports en compte courant Attendu que la société NP fait grief à l’arrêt d’avoir
d’associé à la société afin de lui permettre de faire face aux accueilli cette demande, alors, selon le moyen :
échéances d’un prêt de 1 500 000 francs (228 673,52
euros) en principal amortissable en 48 mensualités et au 1°/ que nul ne peut être obligé au delà des termes de son
taux d’intérêt de 6,60 % l’an ; qu’en décidant néanmoins engagement ; que la cour d’appel a constaté que la société
de condamner M. et Mme X... à payer à la banque la Nief Plastic avait manifesté sans équivoque sa volonté de
somme de 158 015,50 euros en principal, augmentée des s’engager dans les limites d’une obligation de moyens en
intérêts au taux de 10,60 %, c’est à dire du taux refusant le modèle de lettre d’intention proposé par le
conventionnel de 6,60% majoré de 4 points à titre de Crédit lyonnais -dont les termes emportaient une
pénalité, quand l’engagement de M. et Mme X... ne obligation de faire constitutive d’une obligation de
s’étendait pas à la prise en charge d’éventuelles pénalités résultat- et en proposant d’y substituer sa propre lettre qui
de retard, la cour d’appel a violé l’article 1134 du code ne l’engageait que sur la base d’une obligation de moyens
civil ; ; qu’en décidant néanmoins, pour condamner la société
Nief Plastic sur le fondement d’une obligation de résultat,
Mais attendu, en premier lieu, qu’après avoir constaté que que celle-ci "ne rapporte pas la preuve du consentement du
le document signé par M. et Mme X... précise qu’ils Crédit lyonnais à transformer l’obligation de résultat qu’il
s’engageaient à apporter en compte courant d’associés les exigeait en une simple obligation de moyens", cependant
sommes nécessaires à l’effet de combler les déficits de que l’établissement d’une telle preuve était inopérant dès
trésorerie de la société de façon à ce que cette dernière lors qu’elle constatait que la société Nief Plastic avait
puisse faire face aux échéances du prêt et relevé qu’ils se entendu limiter l’étendue de son engagement à une
sont ainsi engagés à effectuer des apports de trésorerie à la obligation de moyens, la cour d’appel n’a pas tiré les
société, la cour d’appel en a déduit à bon droit que cet acte conséquences légales de ses propres constatations en
contient un engagement contractuel de faire et non de violation de l’article 1134 du code civil ;
payer, auquel ne sont pas applicables les dispositions de
l’article 1326 du code civil ;
2°/ qu’en tout état de cause, la cour d’appel a constaté que
Attendu, en second lieu, qu’il ne résulte ni de l’arrêt ni des le Crédit lyonnais avait accepté en toute connaissance de
productions que M. et Mme X... avaient soutenu que cause la substitution de son modèle de lettre d’intention
l’indemnité ne pouvait être équivalente au solde restant dû emportant une obligation de résultat par le modèle fourni
19
par la société Nief Plastic, emportant une simple obligation de ses branches ;
de moyens, procédant à la suite de la réception de cette PAR CES MOTIFS :
nouvelle lettre d’intention, au déblocage des fonds prêtés,
ce dont il se déduisait nécessairement que la banque avait
accepté que la société Nief Plastic limite la portée de son REJETTE le pourvoi.
engagement à la souscription d’une obligation de moyens ;
qu’en décidant cependant en l’espèce que la société Nief DOCUMENT 19
Plastic "ne rapporte pas la preuve du consentement du (Cass. com., 20 février 2007)
Crédit lyonnais à transformer l’obligation de résultat qu’il
exigeait en une simple obligation de moyens" cependant
que la connaissance par la banque destinataire de la SOCIETE ANONYME - Actionnaires - Pacte
volonté de la société Nief Plastic de limiter la portée de d’actionnaires - Engagement tendant à couvrir les
son engagement à une obligation de moyens ainsi que la besoins de trésorerie de la société - Nature juridique -
renonciation expresse de la banque à son propre modèle de Détermination - Portée
lettre d’intention au profit de celui de la société Nief
Plastic emportait nécessairement un tel consentement, Les actionnaires majoritaires d’une société qui s’engagent
matérialisé par le déblocage des fonds prêtés, la cour à faire en sorte que les besoins de trésorerie de cette
d’appel n’a pas tiré les conséquences légales de ses société soient couverts au mieux pendant une certaine
propres constatations et a violé l’article 1134 du code civil durée s’obligent à l’obtention de ce résultat

3°/ qu’au surplus, la réparation d’une perte de chance doit Sur le premier moyen, pris en sa première branche :
être mesurée à la chance perdue et ne peut être égale à
l’avantage qu’aurait procuré cette chance si elle s’était Vu l’article 1134 du code civil ;
réalisée ; qu’après avoir constaté que la société Nief
Plastic, par son manquement à son obligation de mettre à Attendu, selon l’arrêt attaqué, que la société Kuc (la
disposition de sa filiale les fonds lui permettant de faire société), dont M. X..., la société Balmain, la société
face au paiement des échéances du prêt, avait seulement Financière de développement industriel (FIDEI), et la
fait perdre au Crédit lyonnais la chance de recouvrer les société Financière tuileries holdings (FHT) étaient
sommes lui restant dues au titre de ce prêt, la cour d’appel actionnaires, a, en novembre 1998, pris en location-
ne pouvait allouer à cette dernière la totalité des sommes gérance le fonds de commerce de fabrication d’articles de
restant dues au titre des échéances du prêt, en principal et maroquinerie "Créations DP" dont M. Y... était
intérêts à la date de mise en jeu de la déchéance du terme, propriétaire ; que, par plusieurs actes signés à la même
augmentées du montant de la clause pénale, sans violer époque, ce dernier s’est engagé à vendre son fonds de
l’article 1147 du code civil ; commerce à la société, au plus tôt le 1er janvier 2004 et à
acquérir 20 % du capital de celle-ci ; que, parallèlement,
Mais attendu, en premier lieu, qu’ayant retenu que la aux termes d’un pacte d’actionnaires du 30 novembre
société NP s’était obligée à faire le nécessaire pour que sa 1998, les quatre actionnaires majoritaires de la société se
filiale dispose d’une trésorerie suffisante lui permettant de sont engagés à céder les 20 % du capital objet de la
faire face à son obligation de remboursement du prêt, qui promesse d’achat et "à faire en sorte que les besoins de
s’analysait en une obligation de résultat, et relevé qu’elle trésorerie de la société soient assurés au mieux" pendant
ne rapportait pas la preuve du consentement de la banque à une durée d’une année ; que, le 27 novembre 1998, M. Y...
transformer l’obligation de résultat qu’elle exigeait en une a été nommé administrateur de la société et président de
simple obligation de moyens, c’est sans méconnaître les son conseil d’administration ; qu’il a démissionné de ses
conséquences légales de ses constatations que la cour mandats, le 11 octobre 1999, estimant qu’il ne disposait
d’appel a statué comme l’a fait ; pas des moyens permettant de couvrir les besoins de
trésorerie de la société ; que la société a été mise en
redressement judiciaire le 19 novembre 1999, et en
Attendu, en second lieu, qu’ayant évalué le préjudice subi liquidation judiciaire le 7 mars 2000 ; que M. Y... a alors
par la banque du fait de l’inexécution de l’obligation de saisi le tribunal en réparation de son préjudice ; qu’en
résultat contractée par la société NP au montant des cours d’instance, il s’est désisté de son action à l’encontre
sommes restant dues au titre du prêt, en principal et de la société FIDEI ; que le tribunal a condamné M. X..., la
intérêts, augmentées du montant de la clause pénale, société Balmain, la société FHT à payer chacun une
faisant ainsi ressortir que ce préjudice n’était grevé certaine somme à M. Y... ; que la société Balmain et M.
d’aucun aléa, la cour d’appel a, abstraction faite du motif X... ont fait appel de cette décision ; que pendant le cours
critiqué par la troisième branche, qui est surabondant, fait de l’instance d’appel, la société Balmain ayant été mise en
l’exacte application de l’article 1147 du code civil en redressement judiciaire, M. Z... a été désigné en qualité
condamnant la société NP à payer à la banque une d’administrateur judiciaire, et la société MJA désignée en
indemnité du même montant ; qualité de représentant des créanciers ;

D’où il suit que le moyen ne peut être accueilli en aucune Attendu que pour infirmer le jugement et rejeter les
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demandes de M. Y..., l’arrêt retient qu’en contractant
l’obligation d’assurer "au mieux" les besoins de trésorerie
de la société, les actionnaires ont pris l’engagement de se
donner les moyens les plus opérants pour que les besoins
en trésorerie de la société soient couverts, l’utilisation de
l’expression "au mieux" exprimant la volonté d’une
limitation de cet engagement à ce qui est possible ou
raisonnable ; qu’il en déduit que cet engagement s’analyse
en une obligation de moyens et que, par conséquent, M.
Y... ne peut utilement soutenir que la constatation de l’état
de cessation des paiements de la société au mois de
novembre 1999 établirait la défaillance des actionnaires
dans l’exécution de leur engagement ;

Attendu qu’en statuant ainsi, alors que la clause litigieuse


contenait l’engagement des actionnaires majoritaires de la
société de faire en sorte que les besoins de trésorerie de
celle-ci soient couverts au mieux pendant une durée d’une
année, ce dont il se déduit que ceux-ci s’obligeaient à
l’obtention de ce résultat, la cour d’appel a méconnu la loi
des parties ;

PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur


les autres griefs :

CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l’arrêt


rendu le 15 juin 2005, entre les parties, par la cour d’appel
de Paris ; remet, en conséquence, la cause et les parties
dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour
être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Paris,
autrement composée ;

Condamne la société Balmain, M. X..., la société MJA, M.


Z... et la société FHT aux dépens

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