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REMERCIEMENTS

Le Ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche (MAEP) remercie les


nombreuses personnes et institutions qui ont contribué à l’élaboration de ce rapport, en
particulier l’Union européenne pour le financement du Projet GCP/INT/741/EC
« Assistance à la mise en place d’actions pilotes dans le cadre du Programme de
Promotion du système d’Information et de Cartographie sur l’Insécurité Alimentaire et de
la Vulnérabilité (SICIAV) » et la FAO qui a fourni un appui technique à l’analyse de
l’insécurité alimentaire et à la rédaction du document.

Ces remerciements s’adressent notamment à Madame Françoise Trine, Chargé de l’Appui


Technique aux pays (SICIAV) au niveau du Secrétariat du Groupe de Travail Inter-
institution, qui a coordonné le travail et la préparation du rapport, à Madame Milasoa
Cherel Robson, Consultante FAO, qui a effectué l’analyse des données primaires et
secondaires, et rédigé une première version du rapport, à Monsieur Martin Smith,
Représentant Résident de la FAO à Antananarivo - ainsi qu’à tout le personnel de la
Représentation, qui a fourni l’assistance logistique et administrative pour l’organisation
des missions, la reproduction et la dissémination du rapport - et enfin à Madame
Jeannette Van Acker qui a effectué une dernière lecture attentive du rapport.

Le MAEP adresse également ses vifs remerciements au Programme Ilo soutenu par
l’Université de Cornell, en particulier à Monsieur Bart Minten, au Centre national de
Recherche Appliquée au Développement Rural (FOFIFA) et à l’Institut National de la
Statistique (INSTAT) pour avoir mis à la disposition des consultantes toutes les données
du Recensement des communes et des Enquêtes auprès des ménages de l’année 2001,
base du travail d’analyse effectué dans ce rapport.

Le MAEP est reconnaissant à l’endroit de l’ONG CARE pour sa gracieuse assistance à


l’élaboration des cartes insérées dans ce document.

Le MAEP exprime aussi sa reconnaissance aux représentants des autorités rencontrés lors
des visites effectuées dans les provinces, fivondronana et communes, ainsi qu’aux
fonctionnaires des services décentralisés de l’Etat, aux membres du personnel de
différents projets de développement et autres parties prenantes impliquées dans la lutte
contre l’insécurité alimentaire, qui ont partagé avec les consultantes leurs connaissances
des réalités des régions.

Le MAEP remercie également les participants à l’Atelier national de validation du


rapport qui s’est tenu à l’Hôtel Le Palissandre le 27 novembre 2003 à Antananarivo -
sous la conduite de M. Jean-Marie Rakotovao, Directeur de l’Information et du Suivi-
Evaluation au MAEP, et de M. Randrianiriana Henri Auguste, Chef du Service de la
Banque de Données de la DISE – pour leurs commentaires utiles et pertinents qui ont
permis de finaliser le rapport.

i
RÉSUMÉ
Le rapport fournit une analyse intégrée de la situation d’insécurité alimentaire (IA) à
Madagascar, basée sur les données les plus récentes - aussi bien qualitatives que
quantitatives - provenant de toutes les sources principales d’information disponibles. Il
vise à apporter un maximum d’éléments permettant de répondre aux questions-clés qui
conduiront à la prise de décision, puis à la mise en œuvre d’interventions pour réduire
l’insécurité alimentaire, dans le cadre fourni par le Document de Stratégie de Réduction
de la Pauvreté (DSRP) et le Plan d’Action pour le Développement Rural (PADR) :

• Combien de personnes sont affectées par l’IA?


• Qui sont-elles?
• Où sont-elles localisées?
• Pourquoi sont-elles affectées?
• Comment améliorer leur situation?

MÉTHODOLOGIE ET DONNÉES

Le rapport adopte une démarche méthodologique inspirée du schéma causal de l’IA


issu des concepts définis par une initiative inter-institutions qui vise à promouvoir
les Systèmes d’Information et de Cartographie sur l’Insécurité Alimentaire et la
Vulnérabilité (SICIAV). Le cadre méthodologique place l’analyse de l’IA dans une
démarche conceptuelle qui intègre les facteurs pertinents aux niveaux macroéconomique
et communautaire des ménages et des individus et utilise le concept de vulnérabilité pour
donner une dimension dynamique à l’analyse. Ce concept de vulnérabilité fournit les
outils permettant à la fois de prévoir les situations de crises alimentaires par
l’analyse de la capacité de réponse des groupes de population identifiés comme étant les
plus vulnérables à des chocs récurrents (sécheresses, cyclones), et d’éviter l’apparition
de ces crises par l’identification des groupes les plus vulnérables et la conception et la
mise en œuvre d’interventions propres à renforcer leurs moyens d’existence.

L’analyse se fonde principalement sur les données primaires issues du Recensement des
Communes de 2001 (RC 2001) et de l’Enquête Permanente auprès des Ménages (EPM)
effectuée la même année, auxquelles s’ajoutent des informations issues d’un bon nombre
d’études sur les questions liées à l’IA, ses manifestations et ses déterminants à
Madagascar. Le RC 2001 fournit une base de données unique à Madagascar et en
Afrique sub-saharienne de par son niveau de ventilation et le grand nombre de
variables pertinentes pour analyser l’IA. Les données ont en effet été collectées au
niveau des fivondronana (111) et des communes (1391) par l’équipe du programme Ilo de
l’Université de Cornell, concepteur et maître d’œuvre de ces enquêtes, en collaboration
avec le Centre National de Recherche Appliquée au Développement Rural (FOFIFA) et
l’Institut National de la Statistique (INSTAT). D’autres données primaires ont été
utilisées pour l’analyse, telles que celles résultant des enquêtes post-crise de novembre
2002 et des visites provinciales effectuées par les consultantes de la FAO en mars 2003.

iii
Dans le RC, l’ampleur de l’IA au niveau de chaque commune est estimée par un groupe
de discussion communal (GDC) qui évalue, de manière consensuelle, la proportion de
ménages touchés par l’IA chronique (IAC) et temporaire ou saisonnière (IAT ou IAS).
L’estimation est basée sur la perception du GDC et non sur des mesures objectives. La
qualité de l’estimation est garantie par le soin apporté à la préparation de l’enquête, à la
collecte et au traitement des données et à la sélection des membres du GDC, choisis pour
leur capacité à représenter les différents segments de la population (tenant compte de
l’ethnicité, genre, âge, occupation, etc.) et leur connaissance de la commune.

L’un des avantages de l’approche adoptée pour estimer l’incidence de l’IA dans le
RC est qu’elle fournit un indicateur synthétique de l’IA qui intègre un grand
nombre des facteurs déterminants de l’IA. Les approches basées sur des mesures
objectives de l’IA nécessitent de faire appel à plusieurs indicateurs pour refléter le
caractère multidimensionnel de la sécurité alimentaire, avec la difficulté bien connue de
hiérarchiser ces indicateurs ou d’attribuer un poids à chacun d’entre eux si l’on veut
disposer d’un indice unique pour comparer la situation de différents groupes de
population ou en mesurer l’évolution au cours du temps.

L’approche est aussi intéressante parce qu’elle fournit des données à un niveau de
désagrégation inhabituellement fin qui permet de distinguer des variations très
importantes entre les communes dans la prévalence de l’IA (voir les cartes de l’IA
chronique et saisonnière où la prévalence de l’IA varie pratiquement de 0 à 100%!) Ces
résultats plaident en faveur d’actions ciblées en direction des groupes les plus
touchés par l’IA et soulignent l’importance de disposer d’informations précises sur
leurs caractéristiques et leur localisation. De fortes différences entre les communes
sont aussi notées au niveau des facteurs associés aux causes de l’IA, montrant la
nécessité de programmes d’intervention suffisamment flexibles pour répondre aux
besoins spécifiques locaux.

Ces contrastes ne sont généralement pas visibles au niveau de désagrégation auquel on


travaille habituellement avec les données émanant d’enquêtes du type «Budget
Consommation » (souvent le deuxième niveau de découpage administratif), ce qui tend à
faire croire que la prévalence de l’IA entre les zones ou les groupes de population est
beaucoup plus homogène qu’en réalité.

Les données collectées au niveau de chaque commune lors du RC 2001 sur un grand
nombre de variables relatives aux ressources disponibles dans la commune, à l’accès aux
moyens de production, aux services de base, aux marchés, aux rendements et risques de
production, etc., fournissent des informations précieuses sur les mécanismes responsables
de l’IA et de la pauvreté et permettent d’en identifier les déterminants clés.

SITUATION DE L’IA : NOMBRE, LOCALISATION, ÉVOLUTION PASSÉE ET


FUTURE

D’après le RC, plus de la moitié de la population malgache, soit environ dix millions
de personnes, sont victimes de l’I A de manière chronique ou temporaire.

iv
En ce qui concerne l’Insécurité alimentaire chronique (IAC), environ 1 600 000
personnes en sont victimes dans le pays, dont plus de 600 000 personnes dans la seule
province de Fianarantsoa (qui se situe au premier rang des provinces en termes de
nombre de personnes les plus démunies), et 100 000 personnes dans la capitale du pays,
ce qui signifie que l’IAC est aussi très présente dans les zones urbaines et plus
particulièrement dans la ville d’Antananarivo.

Environ la moitié de la population malgache est victime de l’Insécurité alimentaire


temporaire (IAT) ou saisonnière (IAS) qui se manifeste principalement suivant le
rythme de la production agricole. Ce caractère saisonnier se traduit par des périodes de
soudure qui durent en moyenne quatre mois. La période la plus difficile va
généralement de janvier à mars, lorsque seulement 12% du riz est récolté au niveau
national, avec des spécificités régionales au début et à la fin de ces périodes de soudure.

L’IAT est répandue dans tout le pays avec, en règle générale, une concentration des
groupes vulnérables dans les zones périphériques où les terres sont moins fertiles. La
majorité des personnes souffrant de l’IAT se trouve dans les provinces de Fianarantsoa et
d’Antananarivo. Des taux de prévalence alarmants sont relevés au sud-est de
Fianarantsoa ainsi qu’au sud de la province de Toamasina. Les résultats obtenus
suggèrent des interventions différentes en termes de ciblage selon qu’ils sont exprimés en
nombre de personnes victimes de l’IA (identification de zones avec nombre élevé de
personnes cibles) ou taux de prévalence (localisation des zones où l’IA affecte une
fraction importante de la population).

Les études existantes sur la malnutrition et la pauvreté confirment la prévalence élevée de


l’IA mesurée par le RC 2001 et la localisation des zones les plus touchées. Selon l’EPM
2001, environ 70% (69,6%) de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et les
analyses montrent que Fianarantsoa, Toamasina et Antananarivo sont les provinces où
vivent le plus grand nombre de pauvres. La prévalence de la pauvreté est restée au même
niveau, puisqu’elle était déjà estimée à 70% (70,4%) en 1993. Une amélioration
immédiate est peu probable, l’enquête menée pour mesurer l’impact de la crise de 2002
ayant montré que la majorité de la population a subi une détérioration de son niveau de
vie et que les effets négatifs continueront à se faire sentir dans les années à venir.

D’après l’enquête MICS 2000, près de la moitié des enfants malgaches souffre d’un
retard de croissance. Celui-ci a légèrement baissé chez les enfants de moins de 5 ans
depuis le début des années 90, tombant de 51% en 1992 à 50% en 1995 et 49% en 2000.

Selon la FAO, qui se fonde sur les bilans alimentaires établis au niveau national, la
proportion de personnes sous-alimentées est estimée à 36% de la population totale pour la
période 1999-2001, soit une prévalence similaire à celle mesurée pour la période 1990-
92, période de référence utilisée pour mesurer le nombre des sous-alimentés au Sommet
Mondial de l’Alimentation (SMA) en 1996.

v
LES GROUPES VULNÉRABLES

Certaines caractéristiques liées à la vulnérabilité sont généralisables d’une région à


l’autre: en milieu rural, les groupes les plus vulnérables sont les petits agriculteurs, les
ménages où le chef de famille n’a reçu aucune instruction, les ménages composés de
nombreuses personnes, les ménages constitués de personnes âgées, les paysans sans
terres, et une partie des producteurs de produits d’exportation qui subissent les variations
de prix sur les marchés internationaux. En milieu urbain, les groupes les plus touchés sont
les sans-emplois et les sans-abris. Au-delà de ces classifications, les groupes les plus
affectés sont cependant les femmes et les enfants de moins de cinq ans.

La grande vulnérabilité des femmes apparaît à travers les indicateurs sanitaires,


nutritionnels et socio-économiques. Les Enquêtes de démographie et santé montrent un
état de santé alarmant chez les mères. En 1997, 42% des mères étaient atteintes d’anémie,
avec une prévalence plus élevée chez les mères sans instruction, tandis que le quart des
bébés malgaches souffrait d’insuffisance pondérale avec des taux particulièrement élevés
dans les Provinces de Fianarantsoa, Toamasina et Toliara. Ces chiffres sont
particulièrement inquiétants car il est établi que des jeunes filles mal nourries ont une
probabilité élevée de donner naissance à leur tour à des enfants mal nourris.

L’Indice sexo-spécifique de développement humain, construit à partir de l’Indice de


développement humain sur la base de variables relatives à l’espérance de vie à la
naissance, à la scolarisation, à l’alphabétisation et au revenu, reflète les différences
importantes qui régissent les conditions de vie des hommes et des femmes. En ce qui
concerne les revenus, celui perçu par les hommes est en moyenne de 10% supérieur à
celui des femmes.

LES DÉTERMINANTS DE L’IA

Les tendances observées dans la disponibilité des aliments reflètent l’inefficacité des
politiques antérieures visant à éliminer les principales contraintes dans le domaine
de l’agriculture, en particulier :

- la faible productivité de la riziculture ;


- l’accès réglementé à la terre avec différents modes de faire-valoir inefficaces;
- l’accès très limité au crédit, aux équipements agricoles et aux intrants agricoles;
- le niveau d’équipement dérisoire des agriculteurs ;
- l’accès irrégulier à la main-d’œuvre ;
- les problèmes d’insécurité limitant les initiatives d'investissement;
- la faible maîtrise de l’eau ;
- un encadrement souvent inexistant.

Dans le domaine de l’environnement, l’appauvrissement des sols et la pratique du tavy


(culture sur brûlis) et de l’agriculture itinérante ont contribué à aggraver la situation. Ces
pratiques illustrent le conflit pouvant exister entre les stratégies adoptées par les

vi
ménages pour assurer leur survie et les objectifs de préservation de
l’environnement.

En ce qui concerne l’accès aux aliments, les facteurs démographiques exacerbent les
problèmes fonciers, déjà importants, dans les campagnes malgaches. L’éloignement
des marchés, le mauvais état des routes et les coûts de transport trop élevés qui en
résultent sont également parmi les causes d’une prévalence élevée d’IA.

Quant à l’utilisation des aliments, la forte prédominance du riz dans les trois-quarts
des communes et de mauvaises habitudes alimentaires contribuent à expliquer l’état
nutritionnel assez alarmant de la population. Le riz, qui constitue la nourriture de
base de la grande majorité des ménages malgaches, est en effet trop souvent considéré
comme suffisant au détriment de compléments nutritifs importants tels que les légumes.
La situation n’est toutefois pas très différente en termes de diversification alimentaire
dans la Province de Toliara, au sud-ouest du pays, où les habitants consomment plus de
manioc, de maïs, de patates douces et autres produits spécifiques aux zones arides. Dans
les régions les plus reculées, l’accès limité à l’eau potable et le poids de tabous
traditionnels contribuent à l’insécurité alimentaire généralisée. La promotion de
changements est rendue difficile par le faible niveau d’instruction des habitants de ces
régions.

Parmi les facteurs conjoncturels, ce sont les catastrophes naturelles qui représentent
le plus grand facteur de risque. La fréquence des cyclones et des inondations dans la
partie orientale de l’île rend cette région plus vulnérable à des pertes de récoltes. Les
données du RC mettent en évidence le fait que, contrairement aux idées reçues, les
sécheresses ne frappent pas uniquement la partie orientale du pays mais aussi un
nombre important d’autres communes malgaches, même si c’est dans la province de
Toliara qu’elles font le plus de dégâts. Les invasions acridiennes représentaient un danger
dans toutes les régions de l’île jusqu’en 2001, année où elles ont commencé à être mieux
maîtrisées. Les maladies phytosanitaires et autres épidémies touchant le bétail sont
aussi une plaie que les paysans malgaches ont à subir indépendamment de leur province
de résidence.

Les fluctuations des prix constituent un problème dans toutes les provinces du point de
vue tant du consommateur que du producteur. Les variations des prix agricoles sont en
effet considérées comme la principale cause de la détérioration des niveaux de vie au
cours des dernières années dans plus des trois-quarts des communes. La crise
politique de 2002 a causé une flambée sans précédent des prix à la consommation.

LES MÉCANISMES DE GESTION DES RISQUES

Pour faire face à ces risques, les ménages ont recours à des mécanismes de prévention en
amont, c'est-à-dire précédant le choc, ainsi qu’à des instruments propres à lutter, en aval,
contre les effets du choc.

vii
Les communes malgaches disposent de peu d’accès aux services financiers. Ceux-ci
sont en effet majoritairement concentrés dans la province d’Antananarivo. Plusieurs
contraintes les empêchent d’étendre leur présence dans les campagnes, en particulier :

- l’enclavement de la plupart des communes présente un facteur de risque important


aux yeux des institutions financières ;
- le faible niveau d’instruction des paysans, ainsi que des expériences antérieures
malheureuses en termes d’emprunt, rendent ceux-ci méfiants vis-à-vis des
institutions de crédit ;
- les paysans malgaches sont connus pour leur individualisme, ce qui constitue un
handicap dans l’adoption des programmes proposés dans le cadre du Projet de
Soutien au Développement Rural (PSDR), le regroupement en associations
constituant l’une des conditions pour l’obtention des aides proposées.

Cette méfiance et cet individualisme du paysan malgache, et peut-être aussi la difficulté


de considérer un futur en commun, expliquent en partie pourquoi il y a si peu
d’organisations paysannes. Celles-ci, surtout présentes dans la province
d’Antananarivo, sont en nombre quasiment négligeable ailleurs. Au niveau
communautaire, les paysans les plus pauvres bénéficient du système d’entraide. Les
communes qui ont des greniers communautaires sont moins vulnérables car elles ont ainsi
la possibilité de mieux gérer leur stock de riz. Malheureusement, ces communes sont très
rares. Lorsque des services de santé et d’éducation sont disponibles au niveau
communautaire, il existe des variations en termes de qualité et d’accès à ces services. En
effet, les membres les plus démunis d’une communauté sont souvent exclus de ces
services faute de moyens financiers mais aussi, dans le cas des soins de santé, faute
d’informations sur la gratuité récente de certains services.

Au niveau des ménages, les périodes de soudure sont caractérisées par l’adoption de
stratégies de survie, notamment la réduction du nombre de repas quotidiens. Le
recours à l’emprunt auprès de proches ou au crédit auprès des commerçants du village
est fréquent, poussant souvent ces ménages dans un cercle vicieux d’endettement qui peut
aller jusqu’à la perte de terres cultivables hypothéquées. Pour ne pas sombrer dans ces
situations, il existe certes des stratégies de diversification des revenus où les projets
de développement peuvent jouer un grand rôle. Toutefois, ceux-ci ont généralement
peu d’impact sur les familles les plus démunies parce qu’ils tendent à s’implanter
dans les zones accessibles par voie routière. Or, c’est dans les régions les plus
reculées que l’on trouve les populations les plus vulnérables.

INTÉRÊT DU RAPPORT, CONTRIBUTION À LA MISE EN PLACE


D’INTERVENTIONS ET SUGGESTIONS FINALES

La valeur ajoutée du rapport réside principalement dans :

- une analyse intégrée de l’IA, à l’intention de tous les acteurs concernés par l’IA et
la pauvreté aux niveaux national et local, selon différentes perspectives qui se
complètent et s’imbriquent (mesure de la pauvreté selon les EPM, perception de

viii
l’insécurité alimentaire selon les groupes villageois du RC, mesures du statut
nutritionnel selon le MICS, indicateur de sous-alimentation selon la FAO) qui
contribuera à créer un consensus sur les priorités à adresser pour réduire le nombre
des victimes de l’IA ;
- le regroupement et la mise à disposition des données et informations les plus
pertinentes et les plus récentes pour comprendre et mesurer l’IA, étapes
indispensables pour concevoir et mettre en œuvre des politiques, programmes et
interventions visant à réduire l’insécurité alimentaire ;
- les suggestions faites pour réduire l’IA dans le cadre des stratégies proposées dans
le Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté (DSRP) et du Plan d’Action
pour le Développement Rural (PADR) ;
- la contribution potentielle des résultats obtenus à la mise en oeuvre des plans
d’action du DSRP et PADR, notamment par l’identification des zones et des
populations vulnérables (qui permettra de mieux cibler les actions) et la mise en
place d’un système d’information sur le développement rural.

Pour la grande majorité des GDC, les priorités de développement sont l’agriculture et le
transport. Presque la moitié des GDC ont indiqué le développement du secteur
agricole comme étant la première ou seconde priorité. Des analyses ont montré que
pour un pays comme Madagascar où la grande majorité des groupes vulnérables
dépendent de l’agriculture pour leur subsistance, une croissance tendant à réduire l’IA et
la pauvreté passe nécessairement par l’amélioration de la productivité dans le secteur
agricole. L’amélioration des conditions de transport constitue aussi l’un des moteurs du
processus de développement, de meilleures routes entraînant non seulement une baisse
des coûts de transaction mais aussi une circulation plus rapide des produits et, de façon
plus générale, un accès plus large aux services sociaux et à l’information.

Même si les secteurs sociaux, tels que la santé et l’éducation, ont obtenu moins de voix
dans le choix des GDC, les expériences de certains pays d’Asie du Sud-Est montrent que
l’éducation et la santé pour tous constituent les conditions sine qua non d’une lutte
plus efficace contre la pauvreté. Il faut donc travailler sur plusieurs fronts et assurer
une synergie entre ces différents secteurs.

Dans la liste des suggestions finales, il est proposé de mettre en œuvre des actions qui
ciblent directement les femmes, car elles constituent un pilier central dans la lutte
contre l’insécurité alimentaire tout en contribuant activement au processus de
croissance économique. Des études effectuées par l’Institut International de Recherche
sur les Politiques Alimentaires (IFPRI), qui est le principal organisme international de
recherche sur les questions de politiques alimentaires, ont en effet montré que l’éducation
des femmes est un facteur crucial de réduction de la malnutrition. L’IFPRI a prouvé
également qu’en réduisant les disparités hommes-femmes, on favoriserait la productivité
agricole et la croissance économique en général.

Le rapport pose ensuite la question de la mobilité de la population comme outil de lutte


contre l’insécurité alimentaire. Faut-il la promouvoir? A l’heure actuelle, les provinces
enregistrant le plus grand nombre de départs sont aussi celles qui ont les plus fortes

ix
concentrations de familles pauvres. Les gens partent non seulement des régions de
Fianarantsoa et de Toliara, mais aussi de certaines parties de la province d’Antananarivo.
La plupart des migrants vont vers le nord pour y travailler en tant que salariés agricoles.
Cependant, s’il faut pousser à la mobilité, un certain nombre de facteurs doivent être pris
en considération pour préserver l’environnement. De plus, il importe de souligner que la
migration ne constitue pas en soi un substitut à des programmes de développement.
Bon nombre de problèmes peuvent trouver des solutions à travers des programmes
d’action spécifiques aux régions. Ainsi, certaines zones de la province de Toliara sont
trop arides pour baser leur développement sur l’agriculture, tandis que des communes de
la province de Fianarantsoa souffrent de la division excessive de leurs rizières du fait des
règles d’héritage en vigueur. Il est clair que même si ces problèmes sont tous deux de
type agricole, des solutions différentes doivent être envisagées.

Le rapport plaide aussi en faveur de la mise en place de mesures permettant de réagir


plus rapidement face aux dégâts causés par les catastrophes naturelles et souligne
l’importance d’une volonté politique affichée de lutte contre les pratiques
traditionnelles qui accentuent l’insécurité alimentaire. Les coûts générés par ces
pratiques qui persistent dans le domaine de l’alimentation sont proportionnellement
démesurées en ce qui concerne les ménages pauvres.

L’Etat peut également contribuer à la réduction de l’IA par des incitations à la mise
en place d’institutions financières dans les campagnes, à la création de routes et à
l’amélioration du système éducatif dans les campagnes.

Enfin, pour que les politiques et programmes d’action contre l’insécurité alimentaire et la
vulnérabilité puissent se mettre en place avec le soutien de toute la population malgache,
il est nécessaire de sensibiliser les classes privilégiées sur la nécessité de soutenir les
politiques sociales, par solidarité mais aussi parce qu’elles sont indispensables au
processus de croissance.

En guise de dernier message, le rapport souligne la nécessité de cibler avant tout les
groupes les plus vulnérables en adoptant des approches réellement participatives
pour répondre à leurs priorités, en renforçant leurs moyens de subsistance et en
encourageant la diversification de leurs activités. Sans une telle démarche, atteindre
l’objectif de réduire les taux de pauvreté de moitié d’ici 2013, objectif fixé par le
gouvernement dans le DSRP, paraît peu probable.

x
LISTE DES SIGLES
ADEFI Action pour le Développement et le FInancement des micro-entreprises
AECA Association d’Epargne et de Crédit Autogérée
BAD Banque Africaine de Développement
BM Banque Mondiale
CARE Cooperative for Assistance and Relief Everywhere
CCA Common Country Assessment (Bilan commun de pays)
CECAM Caisse d’Epargne et de Crédit Agricole Mutuel
CHD Centre Hospitalier de District
CIDST Centre d’Information et de Documentation Scientifique et Technique
CIRAD Centre de coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le
Développement
CNCC Comité National de Commercialisation du Café à Madagascar
CRED Centre for Research on the Epidemiology of Disasters
CRENI Centre de Récupération et d’Education Nutritionnelle Intensive
CRESAN Crédit d’Appui au Secteur Santé
CRESED Crédit d’Appui au Secteur Education
CRS Catholic Relief Services
CSB Centre de Santé de Base
CUS Centre Urbain Secondaire
DDSS Direction de la Démographie et de la Statistique Sociale
DIANA Région de DIégo, Ambanja, Nosy-Be et Ambilobe
DIRDS Direction Interrégionale pour le Développement Sanitaire
DIRESEB Direction de l’Enseignement Secondaire et de l’Education de Base
DISE Direction de l’Information et du Suivi-Evaluation
DSM Direction de la Statistique des Ménages
DSRP Document de Stratégie pour la Réduction de la Pauvreté
ECPC Enquête Communale Post-Crise
EDS Enquête Démographie et Sanitaire
EFEN Equipe Féminine d’Education Nutritionnelle
ENA Entreprise Non-Agricole
ENDS Enquête Nationale Démographique et Sanitaire
EPM Enquête Permanente auprès des Ménages
EPP Equipe Permanente de Pilotage
EPP Ecole Primaire Publique
FAO Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture
FCE Fianarantsoa Côte-Est
FER Fonds d’Entretien Routier
FID Fonds d’Intervention pour le Développement
FMI Fonds Monétaire International
FMG Franc Malgache
FOFIFA Centre National de Recherche Appliquée au Développement Rural (Foibe
Fikarohana momba ny Fampandrosoana)
FTM Foibe Tao-saritanin’i Madagasikara (Institut Géographique et
Hydrographique National)

xi
GAIN Groupe d’Action Intersectoriel pour la Nutrition
GCU Grand Centre Urbain
GCV Grenier Communautaire Villageois
GDC Groupe de Discussion Communal
GSE Groupe Socio-Economique
GTC Groupe Thématique Central
GTDR Groupe de Travail pour le Développement Rural
HAB Hôpital Amis des Bébés
HIMO Haute Intensité de Main-d’Oeuvre
IA Insécurité Alimentaire
IAC Insécurité Alimentaire Chronique
IAS Insécurité Alimentaire Saisonnière
IAT Insécurité Alimentaire Temporaire
IDH Indicateur de Développement Humain
IEC Information-Education-Communication
IFPRI Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires
IMC Indice de Masse Corporelle
INSTAT Institut National de la Statistique
IPC Indice des Prix à la Consommation
IPPTE Initiative pour les Pays Pauvres Très Endettés
ISDH Indicateur Sexo-spécifique de Développement Humain
JIRAMA Jiro sy Rano Malagasy (Eau et Electricité de Madagascar)
Kcal Kilocalorie
MAEP Ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche
MICS Multiple Indicators Cluster survey (Enquête par Grappe à Indicateurs
Multiples)
MINAGRI Ministère de l’Agriculture
MIT Moyen Intermédiaire de Transport
NAC Nutrition à Assise Communautaire
OCDE Organisme de Coopération et de Développement Economique
OMS Organisation Mondiale de la Santé
ONG Organisation Non-Gouvernementale
OP Organisation Paysanne
OPA Organisation Professionnelle Agricole
PADR Plan d’Action pour le Développement Rural
PAM Programme Alimentaire Mondial
PANAGED Plan d’Action National Genre et Développement
PIB Produit Intérieur Brut
PIP Programme d’Investissement Public
PNSAE Programme National de Sécurité Alimentaire Elargie
PNUD Programme des Nations Unies pour le Développement
PNVA Programme National de Vulgarisation Agricole
PPI Programme de Réhabilitation des Périmètres Irrigués
PPN Produit de Première Nécessité
PSDR Projet de Soutien au Développement Rural
PTMR Programme de Transport en Milieu Rural

xii
PTT Poste et Télécommunications
RC Recensement des Communes
RIR Réseau d’Information Rurale
RNDH Rapport National sur le Développement Humain
SAP Système d’Alerte Précoce
SAVA Région de Sambava, Antalaha, Vohémar et Andapa
SEECALINE Surveillance et Education des Ecoles et de la Communauté en
Alimentation et Nutrition
SIAR Système d’Information Agricole Régional
SIC Système d’Information Communal
SICIAV Système d’Information et de Cartographie sur l’Insécurité Alimentaire et
la Vulnérabilité
SIDA Syndrome d’Immuno-Déficience Acquise
SIG Système d’Information Géographique
SIR Système d’Information Régional
SIRCAT Système d’Information sur les Risques et Catastrophes
SIRSA Système d’Information Rural et de Sécurité Alimentaire
SMA Sommet Mondial de l’Alimentation
SNUT Service de Nutrition
SRI Système de Riziculture Intensive
SSD Service de Santé de District
TIAVO Tahiry Ifamonjena Amin’ny Vola
TBS Tableau de Bord Social
TNS Taux Net de Scolarisation
UE Union Européenne
UNICEF Fonds des Nations Unies pour l’Enfance
USAID United States Agency for International Development (Agence Américaine
pour le Développement International)
VAM Vulnerability Analysis and Mapping

xiii
xiv
TABLES DES MATIERES

INTRODUCTION............................................................................................................. 1

MÉTHODOLOGIE ET DONNÉES................................................................................ 3

Une démarche méthodologique inspirée du schéma causal de l’IA issu des concepts promus par
SICIAV .......................................................................................................................................................... 3

Données: le Recensement des communes de 2001 et les autres enquêtes ................................................. 6

Essai de quantification de l’IA : la voix aux populations communales .................................................. 12

Liste des indicateurs utilisés pour l’analyse de la vulnérabilité à l’IA ................................................... 17

SITUATION DE L’IA : NOMBRE, LOCALISATION, EVOLUTION PASSÉE ET


FUTURE .......................................................................................................................... 23

Combien de personnes souffrent de l’IA ?................................................................................................ 23

Où se trouvent les personnes victimes de l’IAC ? .................................................................................... 28

Comparaisons avec les analyses de la pauvreté et les données sur la malnutrition des enfants........... 40

Evolution passée de la malnutrition et de la pauvreté ............................................................................. 42

Evolution future de la pauvreté ................................................................................................................. 44

QUELS SONT LES GROUPES VULNÉRABLES ?............................................................................... 48

QUELS SONT LES GROUPES VULNÉRABLES ?............................................................................... 49

La vulnérabilité dans les documents officiels ........................................................................................... 49

La vulnérabilité: profils tirés des études existantes ................................................................................. 50

Les disparités hommes/femmes : une analyse basée sur plusieurs indicateurs ..................................... 54

POURQUOI CES GROUPES SONT-ILS VULNÉRABLES ? .................................. 65

Disponibilité des aliments........................................................................................................................... 65

Accessibilité ................................................................................................................................................. 74

Utilisation des aliments............................................................................................................................... 82

Les facteurs conjoncturels influencent la disponibilité, l’accessibilité et l’utilisation des aliments. .... 85

Les chocs de caractère familial sont d’importants déterminants de l’aggravation des trois aspects de
la vulnérabilité à l’IA.................................................................................................................................. 88
Les crises politiques précipitent des couches entières de la population dans l’IA et la pauvreté......... 89

QUELS SONT LES MÉCANISMES DE GESTION DES RISQUES ? .................... 91


Les mécanismes de gestion des risques en amont (ou avant les chocs)................................................... 91

Les mécanismes de gestion des risques en aval (après crise)................................................................... 94

Quelles politiques et actions de mitigation de la vulnérabilité à l’IA ont-elles été mises en œuvre
jusqu’à présent ? ......................................................................................................................................... 98

INTÉRÊT DU RAPPORT, CONTRIBUTION À LA MISE EN PLACE


D’INTERVENTIONS ET SUGGESTIONS FINALES............................................. 103

Intérêt du rapport ..................................................................................................................................... 103

Contribution au document de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP) : Comment le


rapport peut-il aider à la mise en œuvre des plans d’action du DSRP en matière de sécurité
alimentaire et de lutte contre la malnutrition ?...................................................................................... 104

La mise en place d’un système d’information sur le développement rural dans le PADR, et comment
le rapport peut y contribuer ?.................................................................................................................. 107

Suggestions finales .................................................................................................................................... 109

CONCLUSION.............................................................................................................. 119

BIBLIOGRAPHIE ........................................................................................................ 121

LISTE DES TABLEAUX

Tableau 1 : Perception de l’IA par les GDC lors du RC et par les ménages lors de l’EPM (% de
ménages affectés) ................................................................................................................................. 9
Tableau 2 : Représentativité des participants aux GDC ......................................................................... 10
Tableau 3 : Profil des informateurs clés rencontrés dans les provinces................................................. 12
Tableau 4 : Catégorisation de la population en fonction de la situation alimentaire............................ 13
Tableau 5 : Pourcentage de ménages agricoles pratiquant des cultures spécifiques (%)..................... 14
Tableau 6 : Pourcentage médian de l’autoconsommation par culture.................................................. 14
Tableau 7 : Importance de l’IAC et de l’IAT aux niveaux provincial et national, d’après les
estimations des GDC ......................................................................................................................... 24
Tableau 8 : Nombre de mois de soudure à Madagascar d’après les déclarations des GDC................. 27
Tableau 9 : Pouvoir d’achat du salaire agricole en équivalent de riz (kg de riz) .................................. 28
Tableau 10 : Caractéristiques des terres par quintile de pauvreté......................................................... 29
Tableau 11 : Taux d’IA dans les régions de la Province d’Antananarivo............................................. 32
Tableau 12 : Taux d’IA dans les régions de la Province de Fianarantsoa ............................................. 34
Tableau 13 : Taux d’IA dans les régions de la Province de Toamasina ................................................. 36
Tableau 14 : Taux d’IA dans les régions de la Province de Mahajanga ................................................ 37
Tableau 15 : Taux d’IA dans les régions de la Province de Toliara ....................................................... 38
Tableau 16 : Taux d’IA dans les régions de la Province d’Antsiranana ................................................ 39
Tableau 17 : Comparaison entre la contribution de chacune des provinces à l’IA et à la pauvreté
selon le RC et l’EPM ......................................................................................................................... 41
Tableau 18 : Evolution de la pauvreté au niveau provincial entre 1993 et 2001 ................................... 44
Tableau 19 : Les groupes vulnérables selon le DSRP .............................................................................. 50
Tableau 20 : Pauvreté et caractéristiques du chef de ménage................................................................. 52
Tableau 21 : Situation de pauvreté selon le genre et la situation matrimoniale du chef de ménage.... 55
Tableau 22 : Salaires agricoles au niveau provincial et national en janvier/mars 2001 ....................... 56
Tableau 23 : Indicateurs de développement humain en 1999 ................................................................. 57
Tableau 24 : Répartition (en %) des naissances survenues au cours de l’année précédant l’enquête
selon l’estimation par la mère de la grosseur de l’enfant à la naissance, Madagascar, 2000...... 60
Tableau 25 : Pourcentage de femmes mariées ou en union âgées de 15 à 49 ans qui utilisent
actuellement (ou dont le partenaire utilise) une méthode contraceptive, par caractère
sociodémographique et selon la méthode contraceptive, Madagascar, 2000................................ 62
Tableau 26 : Représentativité hommes/femmes aux postes d’élus communaux ................................... 63
Tableau 27 : Evolution de la production vivrière..................................................................................... 65
Tableau 28 : Production de paddy............................................................................................................. 66
Tableau 29 : Contraintes à l’augmentation de la productivité agricole (d’après la perception des
ménages de l’EPM 2001)................................................................................................................... 68
Tableau 30 : Terres agricoles par quintile de pauvreté des propriétaires ............................................. 68
Tableau 31 : Utilisation de la main-d'œuvre (% de parcelles par type de main-d'œuvre) ................... 70
Tableau 32 : Confiance dans le système judiciaire................................................................................... 71
Tableau 33 : Evolution de la fertilité des sols par quintile de pauvreté ................................................. 72
Tableau 34 : Situation spatiale de l'irrigation des rizières par région agro-écologique (moyenne
simple non pondérée par la superficie )........................................................................................... 73
Tableau 35 : Institutions financières mutualistes..................................................................................... 76
Tableau 36 : Pauvreté, productivité, usages d'intrants et éloignement.................................................. 78
Tableau 37 : Sources de revenus par province - Niveaux (en FMG) et composition des revenus (%) 81
Tableau 38 : Pauvreté et éloignement ....................................................................................................... 81
Tableau 39 : Les dix principales catastrophes naturelles de 1968 à 1999 .............................................. 85
Tableau 40 : Pourcentage des communes touchées par les cataclysmes ................................................ 87
Tableau 41 : Causes de la baisse des revenus par rapport à il y a cinq ans, d’après la perception des
GDC (% des communes)................................................................................................................... 88
Tableau 42 : Présence d’une organisation paysanne ............................................................................... 92
Tableau 43 : Diversification des activités des ménages - Pourcentage de ménages par quintile de
pauvreté et par type de source de revenu........................................................................................ 94
Tableau 44 : Pourcentage des communes enregistrant un phénomène de migration (par nombre de
personnes par an) .............................................................................................................................. 97
Tableau 45: Province d’origine des migrants dans les communes.......................................................... 97
Tableau 46 : Evolution de la situation de santé/éducation (% des communes) ..................................... 98
Tableau 47 : Taux bruts et nets de scolarisation ...................................................................................... 99
Tableau 48 : Mise en place d’un système d’information sur le développement rural selon la vision du
PADR................................................................................................................................................ 107
Tableau 49 : Les priorités pour le développement selon les GDC (Sept-nov 2001)............................ 109
Tableau 50 : Temps moyen d’accès à différents services et marchés, tous moyens de transport confondus (en
heures) ............................................................................................................................................... 110
Tableau 51 : Impact des coûts de transport............................................................................................ 111
Tableau 52 : Evolution de la situation santé/éducation (% des communes) ........................................ 112

LISTE DES FIGURES

Figure 1 : Evolution des indicateurs de malnutrition chez les enfants de moins de 5 ans en 2000 ...... 42
Figure 2 : Disparités des salaires entre hommes et femmes, d’octobre-décembre 2000 à juillet-
septembre 2001 .................................................................................................................................. 56
Figure 3 : Evolution de la cécité nocturne chez les femmes enceintes de 1997 à 2000, selon les
provinces, Madagascar, 2000............................................................................................................ 59
LISTE DES SCHEMAS

Schéma 1 : Cadre conceptuel d’analyse de la sécurité alimentaire .......................................................... 4


Schéma 2 : Facteurs structurels et conjoncturels influençant la vulnérabilité à l’insécurité
alimentaire ......................................................................................................................................... 16

LISTE DES CARTES

Carte 1 : Durée de la période de soudure ................................................................................................. 26


Carte 2 : Prévalence de l’insécurité........................................................................................................... 46
Carte 3 : Prévalence de l’insécurité alimentaire saisonnière................................................................... 47
Carte 4 : Prévalence de l’insécurité alimentaire chronique et saisonnière ............................................ 48
Carte 5 : Productivité rizicole .................................................................................................................... 67
Carte 6 : Enclavement et accès .................................................................................................................. 80

LISTE DES ENCADRES

Encadré 1 : L’expérience de la vulnérabilité des femmes seules chefs de ménage à travers l’histoire de
Mme Soafina ...................................................................................................................................... 55
Encadré 2 : De faibles niveaux d’instruction contribuent à freiner la lutte contre l’IA
à Masomeloka .................................................................................................................................... 84
Encadré 3 : Les actions de sécurité alimentaire du DSRP .................................................................... 105
Encadré 4 : Les actions de lutte contre la malnutrition......................................................................... 106
INTRODUCTION
En 1996, les Chefs d’Etat et de Gouvernement réunis à Rome lors du Sommet Mondial
de l’Alimentation (SMA) s’engageaient à éradiquer la faim et la malnutrition dans le long
terme, et à réduire de moitié le nombre des personnes sous-alimentées (estimé à 840
millions par la FAO) d'ici 2015 :

«Nous proclamons notre volonté politique et notre engagement commun et


national de parvenir à la sécurité alimentaire pour tous et de déployer un effort
constant afin d'éradiquer la faim dans tous les pays et, dans l'immédiat, de réduire
de moitié le nombre des personnes sous-alimentées d'ici à 2015 au plus tard.»

(Source : SMA, 13-17 novembre 1996, Déclaration de Rome sur la sécurité


alimentaire mondiale, para.2.
Cet engagement a été réaffirmé lors du Sommet tenu cinq ans plus tard à Rome. L’objectif de
réduire la faim et la malnutrition a également été incorporé au premier des Objectifs du
Millenium pour le développement lors du Sommet du Millénium en 2000, indiquant sans
équivoque l’importance de la sécurité alimentaire dans un cadre de développement général.

Dans le Plan d’action du Sommet qui reprenait les engagements pour assurer une sécurité
alimentaire durable, les gouvernements reconnaissaient l’importance de disposer d’informations
pertinentes et fiables et, à cette fin, convenaient de mettre en place des systèmes nationaux
d’information :

«…les gouvernements, en collaboration avec tous les acteurs de la société civile,


selon qu'il conviendra, établiront et mettront à jour périodiquement, en cas de
besoin, un système national d'information et de cartographie sur l'insécurité
alimentaire et la vulnérabilité, indiquant les zones et les populations (y compris au
niveau local) souffrant ou risquant de souffrir de faim et de malnutrition, ainsi que
les facteurs d'insécurité alimentaire, en tirant le meilleur parti possible des données
existantes et d'autres systèmes d'information, afin d'éviter tout chevauchement
d'efforts, …».

(Source : Plan d’action du SMA, objectif 2.2)

L’objectif de ce rapport est de mettre à la disposition de tous un état des lieux de la


situation de l’insécurité alimentaire (IA) à Madagascar se basant sur les données les plus
récentes, en particulier celles du Recensement des communes de 2001 (RC), une enquête
remarquable conçue et menée par l’Université de Cornell en collaboration avec le Centre
national de recherche appliquée au développement rural (FOFIFA) et l’Institut national
de statistique (INSTAT). Cette dernière fournit notamment des données sur l’ampleur de
l’IA et des facteurs associés aux causes tant au niveau national qu’à celui de la commune.
Cet état des lieux est complété par une analyse de certaines sections de l’Enquête
prioritaire auprès des ménages (EPM) de 2001 ainsi que d’autres sources secondaires
validées par des visites de terrain tant au niveau des communes que des fivondronana et
des chefs-lieux de province.

1
Le rapport cherche tout particulièrement à estimer la proportion et le nombre de ménages
et de personnes incapables de subvenir à leurs besoins alimentaires, de manière chronique
ou temporaire, à identifier les groupes les plus vulnérables et leur localisation, à
comprendre ce qui détermine leur situation et à suggérer des solutions pour améliorer leur
condition.

Le rapport a été préparé dans le cadre d’un projet financé par l’Union européenne (UE) et
mis en œuvre par le Secrétariat du SICIAV, situé au siège de l’Organisation des Nations
Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) à Rome. SICIAV est une initiative
inter-institutions qui vise à promouvoir les Systèmes d’information et de cartographie sur
l’insécurité alimentaire et la vulnérabilité. Elle a démarré en 1997 à la suite du Sommet
mondial de l’alimentation (SMA) par la création d’un groupe de travail inter-institutions
(GTI-SICIAV) qui réunit aujourd’hui 31 institutions membres appartenant aux
organismes d’aide bilatérale et d’assistance technique, aux organisations des Nations
Unies et de Bretton-Woods, aux organisations internationales pour la recherche agricole,
aux organisations non gouvernementales internationales et aux organisations régionales.

A Madagascar, au-delà des mots et des analyses, un trajet de quelques heures sur le Canal
des Pangalanes dans le sud-est du pays, l’une des régions les plus démunies du pays,
suffit à comprendre les effets dévastateurs de la pauvreté et de la malnutrition sur ses
habitants et à en constater le coût en termes de qualité de vie et parfois de
dignité humaine. Les tableaux qui se présentent aux yeux des visiteurs sont ceux de
petites pirogues de fortune transportant à leur bord des personnes aux corps minces
couverts de haillons, le visage résigné parfois éclairé d’un sourire édenté, de femmes
coupant les via, plantes poussant au bord du canal pour en faire le repas de la journée,
d’enfants au ventre ballonné.

Le rapport est structuré comme suit :

- le chapitre 1 présente la méthodologie et les données ;


- le chapitre 2 expose la situation de l’IA, ce qui comprend la quantification, la
localisation et l’évolution passée et future des personnes victimes de l’IA ou
susceptibles de le devenir ;
- le chapitre 3 enchaîne sur l’identification des groupes les plus vulnérables ;
- le chapitre 4 analyse les déterminants de la vulnérabilité à travers la
disponibilité des aliments, leur accessibilité physique et monétaire et leur
utilisation par les ménages ;
- le chapitre 5 explore les mécanismes de gestion des risques avant et après les
chocs ;
- enfin, le chapitre 6 souligne la contribution du rapport aux analyses de l’IA, son
apport quant à la mise en place d’interventions et fait des propositions pouvant
contribuer à réduire l’IA.

2
MÉTHODOLOGIE ET DONNÉES
Une démarche méthodologique inspirée du schéma causal de l’IA issu
des concepts promus par SICIAV
Le concept de sécurité alimentaire a considérablement évolué depuis sa création. En
effet, dans les années 50, la sécurité alimentaire se référait directement au stock
alimentaire alors qu’aujourd’hui elle est fonction non seulement de la disponibilité
alimentaire mais aussi de l’accès aux aliments et de leur utilisation, selon la définition
proposée lors du Sommet Mondial de l’Alimentation (SMA) en 1996 :

«La sécurité alimentaire existe lorsque tous les individus ont, à tout moment, un accès
physique et économique à une alimentation suffisante, saine et nutritive leur
permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires
pour mener une vie saine et active.»
(Source : Plan d’action du SMA, para.2).

Selon le cadre analytique SICIAV repris ci-dessous, le statut nutritionnel est la variable
résultant de la situation de sécurité alimentaire, directement déterminée par la
consommation alimentaire et l’état de santé. La consommation alimentaire, mesurée par
rapport aux besoins en énergie (mesurés en calories), en protéines et en micronutrients,
doit être adéquate en quantité et en qualité pour couvrir les fonctions de base du corps
humain et les besoins liés à la croissance et aux activités. L’insécurité alimentaire existe
quand il y malnutrition suite à l’indisponibilité physique de vivre, au manque d’accès
économique ou social aux vivres ou à l’utilisation inadéquate des aliments.

L'IA résulte de toute une série de facteurs qui agissent et inter-agissent au niveau
international, national et communautaire des ménages et des individus et dont
l’importance relative varie non seulement selon les pays et l’appartenance sociale mais
aussi dans le temps. Ces facteurs, repris dans le schéma 1, appartiennent aux domaines
suivants :
• le contexte politique, socio-économique, civil, institutionnel et culturel ;
• l'économie alimentaire (disponibilité alimentaire et accès) ;
• les stratégies de survie des ménages ;
• la santé et l'hygiène (pratiques de soins).
Le contexte politique et socio-économique est important tant au niveau national que
régional. Au niveau national, les variables clés sont la population, l’éducation, la situation
macroéconomique, les politiques mises en oeuvre, les ressources naturelles, le secteur
agricole et la situation des marchés. Au niveau régional, ce sont les caractéristiques des
ménages, leurs sources de revenus et les attitudes culturelles qui sont mises en avant.

3
Le contexte politique et socio-économique influence aussi la disponibilité des stocks
d’aliments, leur stabilité et leur utilisation. La disponibilité de la nourriture dépend du
niveau et de l’évolution de la production ainsi que de celui des importations. Ce facteur
est en interaction avec la stabilité des stocks influencée elle-même par la variabilité de la
production des cultures vivrières, par les revenus, les marchés et l’accès aux
infrastructures sociales. De même, l’accès à la nourriture est conditionné par le niveau du
pouvoir d’achat, le degré d’intégration des marchés ainsi que de leur facilité d’accès.

Le contexte politique et socio-économique détermine enfin les conditions sanitaires et


hygiéniques. Les pratiques de soins comprennent les soins de l’enfant, les programmes
d’éducation nutritionnelle, les habitudes alimentaires et la répartition des aliments au sein
des ménages. Les standards sanitaires, quant à eux, regroupent les questions d’hygiène, la
qualité de l’eau et de la nourriture.

La disponibilité et l’accès à la nourriture, de même que la nature des services de soins,


influent à leur tour sur la consommation d’aliments tandis que les conditions sanitaires et
hygiéniques définissent l’utilisation de la nourriture. C’est ensuite la combinaison du
niveau de consommation de nourriture et de son utilisation par le corps humain qui
détermine l’état nutritionnel.

Ce rapport est basé sur le cadre analytique proposé par SICIAV. Il est adapté aux
conditions spécifiques de Madagascar tout en tenant compte des données disponibles et
accessibles.

Schéma 1 : Cadre conceptuel d’analyse de la sécurité alimentaire

Cadre conceptuel pour analyser la sécurité alimentaire

NIVEAUX INTERNATIONAL, N ATIONAL, RÉGION AL


ET COMMUNAUT AIRE MÉNAGES INDIVIDUEL

Environnement socio-
économique, politique, civil, Economie
institutionnel et culturel alimentaire STRATÉGIES
D’EXISTENCE
DES MÉNAGES,
DISPONIBILITÉ BIENS ET CONSOMMA-
Population ALIMENTAIRE ACTIVITÉS TION
Education ALIMENTAIRE
(tendances, niveau,
Apport
Conditions macro- variations) ACCÈS À
Production alimentaire énergétique
économiques, y compris: L’ALIMENTATION
Importations alimentaires DES MÉNAGES Ingestion
Echanges internationaux Utilisation d’éléments
Politiques et lois Stocks Pratiques de soins nutritifs
Soins aux enfants
Ressources naturelles
Pratiques d’allaitement
Services de base Connaissances Etat
ACCÈS
Conditions du marché (tendances, niveau, nutritionnelles
nutritionnel
Technologies variations) Préparation alimentaire
Production alimentaire Habitudes alimentaires
Climat Distribution des aliments
Pouvoir d’achat Utilisation
Moyens de subsistance Intégration des marchés au sein du ménage des
Institutions sociales Accès aux marchés aliments
Santé et hygiène
Attitudes culturelles et genre Droits sociaux par le
Pratiques de soins
corps
Hygiène
Qualité de l’eau État de
Assainissement santé
Qualité et salubrité des
aliments

4
La vulnérabilité d’un individu, d’un ménage ou d’une communauté à
l’IA est fonction de l’exposition aux chocs exogènes et de la capacité à y
faire face au fil du temps

Le concept de vulnérabilité donne une dimension dynamique à l’analyse de l’IA. Il


permet de prévoir et d’éviter les situations de crises alimentaires en fournissant les outils
pour :
- identifier les groupes les plus vulnérables ;
- analyser la capacité de réponse des individus, ménages ou groupes de
population identifiés comme étant les plus vulnérables à des chocs récurrents
(sécheresses, cyclones), ce qui est indispensable aux actions de prévention ;
- concevoir des interventions adaptées qui renforcent leurs moyens d’existence.

La vulnérabilité d’une personne, d’un ménage ou d’une communauté à l’IA fait


référence à sa susceptibilité et à sa fragilité par rapport à l’insécurité alimentaire. Elle
traduit une absence de sécurité, l’impossibilité de satisfaire les besoins de base et d’avoir
un impact sur les décisions politiques. Le degré de vulnérabilité est fonction de
l’exposition aux facteurs de risques et de la capacité de la personne, du ménage ou de la
communauté à affronter les situations de crise. Des personnes ou groupes de personnes
sont estimés vulnérables s’ils sont exposés à des chocs tels que les ressources et les
stratégies dont ils disposent ne leur permettent pas d’y faire face, ce qui les précipitent
dans l’IA.

On distingue deux catégories de chocs. Il y a, d’une part, les chocs qui touchent toute une
communauté, une région ou même un pays, comme les catastrophes naturelles et les
crises économiques et, d’autre part, les chocs spécifiques à un ménage donné, tels que la
maladie ou le décès d’un membre de la famille. Les premiers sont appelés chocs
covariants et les seconds chocs idiosyncrasiques.

Les données du RC permettent de confirmer les relations de causalité


mais pas de les quantifier

La plupart des analyses relatives à l’IA, de même que la situation nutritionnelle dans le
pays, ont jusqu’ici été basées sur des enquêtes nationales avec des données ne pouvant
être utilisées qu’au niveau national ou provincial. Les données du RC représentent une
amélioration notable puisqu’elles permettent des analyses au niveau communautaire pour
l’ensemble du pays. Il est toutefois important de souligner que si les données du RC
permettent de confirmer les relations de causalité à un niveau très fin, relations établies à
partir de la connaissance approfondie du contexte malgache et de toutes les sources
d’information disponibles (en particulier l’Enquête Permanente auprès des Ménages
(EPM) de 2001, les Enquêtes Communales Post-Crise (ECPC) de 2002 et les visites
effectuées dans les provinces entre février et mars 2003), elles ne permettent cependant
pas de les quantifier, ce qui constitue une limitation importante.

5
Données: le Recensement des communes de 2001 et les autres enquêtes

Le Recensement des Communes (RC) de 2001: une enquête unique en


son genre et qui a fait ses preuves en tant qu’outil d’aide à la décision

La préparation du RC a duré plusieurs mois et a bénéficié de l’appui technique


d’experts des Universités de Cornell et d’Oxford
Le RC effectué en 2001 à Madagascar a eu comme objectif de collecter des informations
multisectorielles sur chacune des communes malgaches dans le cadre des travaux de
l’Université de Cornell pour aider à la prise de décisions économiques. Il est unique en
son genre en Afrique et, au moment de sa mise en oeuvre, parmi les pays en voie de
développement, seuls l’Indonésie et le Népal bénéficiaient d’une source d’information
aussi complète. Le recensement est le résultat d’une collaboration entre le FOFIFA, le
Centre national de recherche appliquée au développement, l’INSTAT, l’Institut national
de statistiques, l’Université de Cornell aux Etats-Unis et l’Université d’Oxford en
Grande-Bretagne. La phase de préparation de l’enquête a duré plusieurs mois. Les
questionnaires ont été testés dans plusieurs communes rurales avant de démarrer
l’enquête.

Le projet a aussi bénéficié d’une collaboration avec FTM, l’agence gouvernementale de


cartographie. En effet, à la suite des réformes des délimitations administratives, les
firaisana sont devenus des communes, avec des changements en termes de délimitation
géographique. Le programme Ilo a collaboré avec FTM pour l’élaboration des nouvelles
délimitations, condition nécessaire à la cartographie des données.

Le questionnaire comprend 19 pages et couvre 14 thèmes, notamment :


- les caractéristiques générales de la commune ;
- les caractéristiques physiques, administratives et socio-économiques ;
- les prix des produits de base, des terrains et des intrants agricoles ;
- les risques qui menacent la production (catastrophes naturelles) et l'insécurité
physique ;
- l'histoire de la commune ;
- les problèmes de gestion du terroir ;
- les problèmes relatifs à la propriété foncière, la production agricole, le bétail
et la pêche, l'écologie, le transport, le capital social, le bien-être, le budget de
la commune et la santé.

Le RC de 2001 est officiellement reconnu comme une base de données d’exception


Des propositions d’actualisation des cartes de pauvreté basées sur les données de 1993
seront faites en utilisant comme base de données le RC de 2001 ainsi que le Recensement
général de la population prévu sous peu. La référence au RC comme base d’actualisation
des cartes de pauvreté indique à quel point celui-ci est reconnu comme une source
d’informations d’exception par le Gouvernement malgache. Par ailleurs, dans un contexte
de valorisation des prises d’initiative au niveau communal, l’opinion des Groupes de
Discussion Communaux (GDC) mériterait un respect particulier.

6
Le RC contient les seules données exhaustives à ce niveau désagrégé à Madagascar. Le
niveau de désagrégation allant jusqu’à la plus petite unité administrative, la commune
(Madagascar compte 1 392 communes) représente un atout important pour la mise en
oeuvre des politiques, atout reconnu par les plus hautes instances politiques du pays: les
collaborateurs du Vice Premier Ministre ont demandé à obtenir une copie de la base de
données regroupant les informations principales sur chaque commune de Madagascar.
Les mêmes données ont ensuite été transmises au Président de la République lui-même
afin de lui permettre de disposer de fiches contenant des résumés des données
caractérisant les communes avant chaque visite.

Une méthode participative présentant des avantages et des inconvénients


Le recrutement des 100 enquêteurs qui ont collecté les données a fait l’objet d’une
sélection rigoureuse. Dans la mesure du possible, chaque équipe provinciale comprenait
en majorité des personnes originaires de la région afin de faciliter le contact dans les
communes. Les équipes ont ensuite bénéficié d’une formation complète. Etant donné
l’état des route et la situation enclavée de la plupart des communes, les enquêteurs ont été
pourvus de bicyclettes afin de faciliter les trajets dans les zones où les taxis-brousse sont
rares. Beaucoup de trajets se sont aussi effectués en camion, charrette ou pirogue. Pour
des raisons de sécurité et aussi de méthodologie, les enquêteurs ont été répartis par équipe
de deux. Les enquêtes ont été effectuées entre septembre et décembre 2001 avant le
démarrage des élections présidentielles.

Au démarrage du RC, des visites de courtoisie ont eu lieu auprès des autorités
provinciales afin de leur expliquer les objectifs du recensement et s’assurer de leur
soutien. A l’issue de ces rencontres, une lettre d’introduction signée par le gouverneur de
province a été distribuée aux enquêteurs afin de faciliter leur travail dans les communes.
En parallèle aux équipes réparties au niveau des communes, des enquêteurs étaient
chargés de collecter des informations auprès des services décentralisés de l’Etat dans tous
les chefs-lieux de province et les fivondronana.

Les enquêteurs ont passé en moyenne trois jours dans chaque commune. A leur arrivée,
ils devaient rencontrer les autorités communales afin d’expliquer les objectifs de leur
visite. Les différents tests effectués avant le démarrage de l’enquête ont mis en évidence
la difficulté d’obtenir des données fiables et précises de la part d’individus isolés sur tous
les secteurs couverts par l’enquête. Aussi a-t-il été décidé d’opter pour la méthode des
Groupes de Discussion Communaux (GDC) qui consiste à rassembler un ensemble de
personnes aussi représentatives que possible de la population locale et de leur poser des
questions dont les réponses ne sont acceptées que lorsqu’il y a un consensus général. Les
GDC étaient composés de 7 à 12 personnes. Au total, les informations définitives ont été
recueillies auprès de 11 807 personnes comprenant des maires, des agents communaux,
des médecins, des instructeurs, des représentants des services administratifs, des mères de
famille ainsi que des agriculteurs à temps partiel ou complet.

7
La méthode des GDC est généralement utilisée dans les enquêtes où la démarche se veut
participative. L’idée consiste à rassembler les participants et à s’assurer que tous
participent à la discussion. Dans le cadre du RC, les séances étaient conduites par deux
enquêteurs. L’un d’entre eux se chargeait de poser les questions et d’animer le groupe
tandis que le second s’occupait de prendre des notes et d’observer les participants. Du fait
de sa position de recul, ce dernier pouvait intervenir lorsqu’il constatait que l’un ou
plusieurs des participants ne se sentaient pas en confiance pour répondre aux questions.
Les séances pouvaient durer de deux heures et demi à quatre heures.

Les données obtenues sont basées sur la perception des GDC plutôt que sur des mesures
objectives. Le sérieux apporté par le chef d’équipe régional et le superviseur provincial à
la définition des méthodes pour collecter les données, établir les questionnaires, former
des enquêteurs, effectuer les contrôles à deux niveaux et analyser les résultats, ont permis
de limiter l’arbitraire des réponses à un degré compatible avec l’utilisation qui est faite
des données. Ceci est confirmé par des analyses croisées avec les résultats d’autres
enquêtes.

L’apport principal du RC à l’analyse de l’IA a été de fournir des informations sur


l’ensemble du pays en vue de localiser les zones où les taux de vulnérabilité à l’IA sont
les plus importants à un niveau de désagrégation impossible à obtenir par des enquêtes
classiques. Par la suite, la mise sous format SIG de ces données a permis de les
cartographier. L’estimation fournie par les GDC fournit un indicateur unique intégrant la
plupart des dimensions de l’IA alors qu’une approche basée sur des indicateurs objectifs
nécessiterait de faire appel à une suite d’indicateurs, pour tenir compte du caractère
multi-dimensionnel de l’IA, et d’attribuer un poids à chacun d’entre-eux.

La méthodologie d’estimation par les groupes villageois est-elle fiable ?

La prise en compte des estimations subjectives dans l’analyse de la pauvreté est


désormais généralement reconnue par les experts comme étant un outil valable d’analyse
(Chambers 2003; Kanbur 2003; Ravallion 2003; Thorbecke 2003). En 2002, une
conférence spéciale sur les méthodes quantitatives et qualitatives a été organisée à
l’Université de Cornell sous l’égide de Ravi Kanbur, économiste responsable de la
préparation du rapport sur la pauvreté dans le monde en 2000/1, à laquelle participaient
des experts internationaux en matière d’analyse quantitative et qualitative de la pauvreté1.
Ceux-ci se sont tous mis d’accord sur la validité et l’intérêt/complémentarité des deux
types de méthodologie concernant l’analyse du bien-être dans les pays en voie de
développement. Cette reconnaissance constitue un grand pas dans un domaine
généralement dominé par des économistes adeptes des méthodes quantitatives. Ces
assertions ont ensuite été validées par des exemples pris dans le cadre d’études effectuées
dans plusieurs pays. Une conférence de suivi est prévue en mai prochain.

1
Erick Thorbeck, l’un des créateurs des mesures quantitatives les plus utilisées de la pauvreté FGT en a fait
partie ainsi que Robert Chambers, considéré comme le précurseur des méthodes participatives.

8
Dans le cadre de Madagascar, outre le RC, l’EPM 2001 contenait aussi un module intitulé
«Enquête subjective de niveau de vie». Ce module rassemble des questions sur la
perception des ménages au sujet d’une série d’indicateurs de bien-être. En ce qui
concerne l’alimentation, les questions suivantes ont été posées :
Concernant vos dépenses sur l’alimentation, considérez-vous qu’elles sont :
- insuffisantes pour subvenir aux besoins du ménage?
- juste assez pour subvenir aux besoins du ménage?
- plus que suffisantes pour subvenir aux besoins du ménage?

Comme indiqué au tableau 1, les résultats sur la hiérarchisation des provinces selon la
gravité des problèmes d’IA présentent des similarités importantes dans le cas des
provinces les plus touchées et de celle la moins touchée. En effet, les réponses des GDC
dans le cas du RC et des ménages pour l’EPM identifient les provinces de Fianarantsoa et
de Toamasina comme étant les plus touchées par l’IA et la province de Toliara comme
étant celle qui possède les taux d’IA les moins élevés.

Tableau 1 : Perception de l’IA par les GDC lors du RC et par les ménages lors de l’EPM (% de
ménages affectés)
IAC IAT IA totale* Perception de Rang Rang EPM
Province pondérée RC pondérée RC 2001 l’IA RC 2001 2001
2001 RC 2001 EPM 2001
Niveau national 8 44 52 53
Fianarantsoa 13 49 62 61 1 1
Toamasina 9 53 62 65 2 2
Antananarivo 7 43 50 45 3 5
Mahajanga 7 39 45 48 4 4
Toliara 6 33 39 44 6 6
Antsiranana 2 42 44 53 5 3
Sources : RC 2001 et EPM 2001.
IA totale = IAC + IAT

Une étude de la Banque Mondiale (Lokshin, Umapathi et al, 2004) s’est donnée comme
objectif d’analyser la correspondance entre les indicateurs de bien-être de l’EPM 2001
basés sur des mesures objectives de dépenses des ménages et ceux basés sur les
perceptions subjectives. Grâce à l’utilisation de techniques statistiques appropriées, les
analyses montrent la validité des deux types d’indicateurs même si le résultat conduit à
l’identification de différents types de ménages vulnérables. L’étude conclut à la validité
des méthodes basées sur la perception.

On constate toutefois des divergences qui s’expliquent (a) par la différence entre les
questions posées, (b) par les différents profils des répondants et (c) par le contexte dans
lequel les enquêtes ont été menées. Ces mêmes facteurs expliquent également les
différences observées entre les résultats obtenus en analysant les données du RC et ceux
de la carte de la pauvreté effectuée par l’INSTAT avec l’appui de la Banque Mondiale et
la collaboration de CARE sur la base des données de l’EPM 1993 et le Recensement de la
population de la même année.

9
La fiabilité des données dépend en grande partie de la représentativité des répondants.
Sur les 11 807 personnes qui ont participé aux discussions (Tableau 2), à peu près un tiers
travaille dans les bureaux communaux, un tiers sont des agriculteurs et le reste est partagé
entre le personnel de santé, d’éducation, services décentralisés, etc.

Tableau 2 : Représentativité des participants aux GDC


Occupation/Organisation Pourcentage des répondants
Communes 36
Agriculteurs 29
Centres de santé 9
Ecoles 6
Mères de famille 4
Retraités 4
Services décentralisés 4
Commerçants 4
Autres 3
ONG/ Eglises 3
Total 100
Source : RC 2001

L’EPM de 20012

L’EPM de 2001 fait suite à une série d'enquêtes auprès des ménages malgaches
conduites en 1993, 1997 et 1999 par l'Institut national de la statistique (INSTAT). A
l’instar des autres enquêtes, elle vise à évaluer les conditions de vie des ménages et met à
la disposition des dirigeants et acteurs intéressés des informations multi-thèmes. Avec un
échantillon d’environ 5 000 ménages, les résultats de l'EPM sont représentatifs au niveau
national. L'EPM 2001 fournit des informations sur le profil de la consommation des
ménages malgaches, le niveau et la structure des revenus, la santé, l'éducation, l'emploi,
les conditions d'habitation, les performances des entreprises individuelles non agricoles et
les activités agricoles.

Concernant ce dernier thème, l'EPM 2001 se distingue des versions précédentes par une
section sur l'agriculture plus détaillée permettant d'appréhender la situation des intrants et
des productions agricoles ainsi que le contexte de la production des ménages. L'intérêt de
ces données réside dans le fait qu’il s’agit de la première enquête fournissant des données
détaillées sur le secteur agricole depuis le recensement agricole.

2
Pour disposer des données, contacter la Direction de la Statistiques des Ménages à l’INSTAT, Bureau
101, Anosy.

10
Les Enquêtes Communales Post-Crise (ECPC) de 2002 : un dispositif de
suivi des effets socio-économiques de la crise politique

Les élections présidentielles de décembre 2001 ont abouti à une situation de crise
politique qui a entraîné des grèves et des blocages ou destructions de routes et ponts qui
ont paralysé l’économie du pays. Afin de mesurer l’impact de la crise auprès des
communes, le Programme Ilo de l’Université de Cornell, en collaboration avec le
FOFIFA et l'INSTAT, a établi un système de suivi. Les premières enquêtes ont été
effectuées au cœur de la crise, aux mois de mai et juin 2002. Seule une sélection de
communes situées dans trois provinces sur six ont pu être couvertes du fait des difficultés
de déplacement et du climat d’insécurité qui régnait dans le pays. Les données ont ensuite
été rapidement exploitées et communiquées aux différentes parties prenantes y compris la
société civile.

Toujours dans l’optique de contribuer à la prise de décision, l’équipe du programme Ilo a


contribué à la préparation du rapport présenté par le Gouvernement à la Réunion des amis
de Madagascar qui a eu lieu à Paris en juillet 2002, à la suite de laquelle des fonds ont été
alloués à la réhabilitation de l’économie malgache.

L'enquête post-crise de novembre 2002 constitue le deuxième volet de l’initiative


d’évaluation des effets de la crise. Effectuée quelques mois après la normalisation de la
situation politique, cette enquête avait pour objectif d'estimer la situation d'après crise
dans les secteurs économiques et sociaux, et plus particulièrement de mesurer l’impact
des mesures gouvernementales d'atténuation des effets de la crise sur les secteurs sociaux
(santé et éducation)3. Elle a été conduite auprès de 150 communes réparties entre les six
provinces et représentatives au niveau national, dans 368 écoles primaires et 150 centres
de santé. Cette enquête se place dans la continuité du RC de 2001 et offre les mêmes
garanties de sérieux dans sa mise en oeuvre. En outre, l’élaboration des questionnaires a
impliqué plus de personnes ressources travaillant dans des programmes, tels que le
CRESAN et le CRESED. Par conséquent, les données issues de ces enquêtes possèdent
une dimension opérationnelle sans équivalent.

Les résultats de l’analyse préliminaire des données ont été présentés lors d’une rencontre
publique en janvier 2003 à laquelle ont assisté des décideurs et des techniciens clés issus
de différents ministères et agences de coopération bilatérale et multilatérale. Ces analyses
ont par la suite contribué à la conception de programmes d’aide d’urgence pour les
populations les plus vulnérables à la crise politique.

3
Les résultats sont disponibles à travers une série de «policy briefs» sur les impacts de la crise (voir le site
www.ilo.cornell.edu).

11
Les deux principaux objectifs des visites provinciales : informer les
parties prenantes aux niveaux décentralisés de l’initiative SICIAV et
tendre à mieux comprendre les spécificités régionales de l’IA

Dans le cadre de la préparation de ce rapport, chaque province a été visitée entre février
et mars 2003. Ces visites avaient deux principaux objectifs :

- faire le point des systèmes d’information relatifs à l’IA existant dans la province,
leurs contraintes et leur potentiel ;
- mieux comprendre les spécificités régionales de la vulnérabilité à l’insécurité
alimentaire ainsi que ses déterminants. Pour cela, les informateurs ont été
sélectionnés à quatre niveaux: délégation spéciale, services déconcentrés de
l’Etat, communes et partenaires techniques.

Outre des entretiens individuels, trois groupes de discussion ont été mis en place, ce qui
signifie un total de 105 personnes rencontrées. Le tableau 3 présente le profil des
informateurs. On notera que 36% d’entre eux appartenaient à des institutions publiques,
le reste étant constitué de personnes travaillant au sein d’ONG ou projets de
développement, et même de simples citoyens. Cette diversité a permis d’aborder
différentes perspectives pour discuter des problèmes d’insécurité alimentaire.

Tableau 3 : Profil des informateurs clés rencontrés dans les provinces


Institutions/Provinces Antsiranana Fianarantsoa Mahajanga Toamasina* Toliara* Total
Institutions publiques 6 5 6 14 7 38

ONG, projets 6 8 6 32 15 67
et citoyens ordinaires

Total 12 13 12 46 22 105
*Provinces où des discussions avec des GDC ont été effectuées.

Essai de quantification de l’IA : la voix aux populations communales

L’insécurité alimentaire se manifeste sous deux aspects : un aspect


chronique et un aspect temporaire ou saisonnier.

La quantification de l’insécurité alimentaire chronique (IAC) et de l’insécurité


alimentaire temporaire (IAT), en tant que deux phénomènes distincts, est basée sur
les questions du RC.
La quantification de l’IA effectuée dans ce rapport est basée sur les concepts utilisés lors
du RC en 2001. Il a été demandé aux GDC d’estimer l’incidence de l’IAC et de l’IAT
dans leur commune, en cherchant à atteindre un consensus sur les chiffres donnés par les
différents intervenants. L’IAC fait référence à l’incapacité d’un individu à satisfaire ses

12
besoins minimaux quotidiens de nourriture pendant la plus grande partie de l’année.
L’IAT concerne la situation où un individu perd temporairement la capacité d’assurer ses
besoins quotidiens en nourriture du fait d’une crise momentanée spécifique au ménage ou
de facteurs saisonniers affectant toute la communauté.

L’exploitation de ces définitions se fait sur la base des réponses aux questions suivantes
tirées du questionnaire du RC.
Tableau 4 : Catégorisation de la population en fonction de la situation alimentaire
Question L.6. D'après vous, quelle proportion de la population fait partie de:
Pourcentage (%)
A. Ceux qui n’ont pas de problème pour avoir assez à manger même pendant une année
mauvaise?

B. Ceux qui n’ont pas de problème pour avoir assez à manger pendant toute l'année pour une
année normale (=une année sans cyclone, sécheresse, grande inondation ou maladie) mais
des problèmes pendant des années mauvaises?
C. Ceux qui ont des problèmes pour avoir assez à manger temporairement ou
saisonnièrement?

D. Ceux qui sont complètement démunis (problème pour avoir assez à manger pendant toute
l'année)?

Total 100

L’analyse de l’IA présentée dans ce rapport est centrée sur les groupes vulnérables
identifiés à travers les réponses aux points C et D de la question L.6 (Tableau 4). Il est
important de noter que la formulation de la question, de même que le soin apporté à ce
que les groupes identifiés à travers les questions A, B, C et D totalisent 100% de la
population, permettent de distinguer entre les groupes souffrant d’IAC et d’IAT.

L’une des principales questions méthodologiques qu’il convient d’examiner dans le cadre
de l’utilisation des données du RC concerne la comparabilité des estimations des taux
d’incidence de l’IA d’une région à l’autre. En effet, pour pouvoir aborder la question des
priorités d’intervention basées sur les estimations fournies dans ce rapport, il a fallu
examiner les divergences éventuelles dans la conception de l’IA par les GDC.

Il est largement admis que le riz constitue un aliment de base dans la plupart des régions
de Madagascar. Les visites provinciales établies au cours de la préparation de ce rapport
et l’examen des données issues du RC 2001 et de l’EPM 2001 ont permis de confirmer
que c’est effectivement le cas. La prépondérance du riz remonte au moins au XVIIIe
siècle à Madagascar. En effet, Andrianamponimerina, le noir unificateur de l’île, aurait
semble-t-il basé sa politique de gouvernance sur l’allocation de rizières à ses sujets
(Caillet, 1974). Cependant, des cas d’exception existent dans certaines parties de la
province de Toliara où le manioc et le maïs prédominent dans les habitudes alimentaires
de la population.

Le tableau 5 indique qu’environ 86% des ménages agricoles malgaches cultivent du riz et
ce, quel que soit leur groupe d’appartenance dans la hiérarchisation des revenus.
Autrement dit, toutes classes sociales confondues, le riz reste l’aliment principal des
malgaches. Le riz représente aussi la principale culture en terme de surface cultivée dans

13
72% des communes malgaches. Les exceptions comprennent les Régions de la SAVA
(Sambava, Antalaha, Vohémar et Andapa), de la DIANA (Diégo, Ambanja, Nosy-Be et
Ambilobe), de Toamasina et du Sud-est où les cultures d’exportation prédominent. Par
contre, on constate que la première place est prise par les cultures vivrières autres que le
riz dans les Régions de l’Anosy et du Sud-ouest du pays (Randrianarisoa, 2003).
Tableau 5 : Pourcentage de ménages agricoles pratiquant des cultures spécifiques (%)
Total Q1 Q2 Q3 Q4 Q5
Paddy 86 86 86 84 88 86
Maïs 29 30 30 33 26 25
Autres céréales 1 0 1 0 1 2
Manioc 54 52 56 58 52 46
Pommes de terre 8 10 11 7 5 7
Patates douces 16 13 18 16 20 13
Autres tubercules 2 1 1 2 1 3
Arachides 7 7 6 8 6 9
Haricots 16 13 16 17 15 20
Autres légumineuses 5 5 7 4 4 4
Légumes 8 2 9 9 9 15
Fruits 10 10 10 9 10 9
Cultures de rente 21 27 21 18 19 18
Indice de diversification 2,6 2,6 2,7 2,7 2,6 2,6
Source : Calculs sur la base de l’EPM 2001, INSTAT-DSM
*Q1: quintile le plus pauvre; Q5: quintile le plus riche
(in Bart Minten , Production agricole, surplus agricole commercialisé et pauvreté, Conférence Agriculture et pauvreté, mars 2003)

Les données présentées dans le tableau 6 montrent aussi que les ménages produisent
essentiellement du riz pour leurs propres besoins, puisque 68% de la production de paddy
est auto-consommée. Les patates douces, le manioc et le maïs sont aussi largement auto-
consommées, soit respectivement 75%, 67% et 62% de leurs productions, contre
seulement 6% de la production de légumes.

Tableau 6 : Pourcentage médian de l’autoconsommation par culture


%
Paddy 68
Maïs 67
Autres céréales 0
Manioc 62
Pommes de terre 40
Patates douces 75
Tubercules 83
Arachides 23
Haricots 33
Autres légumineuses 40
Légumes 6
Fruits 33
Cultures de rente 0
Source : Calculs sur la base de l’EPM 2001, INSTAT-DSM
*Q1: quintile le plus pauvre; Q5: quintile le plus riche
(in Bart Minten, Production agricole, surplus agricole commercialisé et pauvreté, Conférence Agriculture et pauvreté, mars 2003)

14
La vulnérabilité à l’insécurité alimentaire est définie comme la
combinaison des facteurs déterminants de l’IA.

Dans un pays comme Madagascar où 85% de la population vit dans les zones rurales, les
manifestations de l’insécurité alimentaire sont fortement liées aux saisons agricoles. Les
périodes de récolte correspondent généralement à des périodes d’abondance durant
lesquelles les ménages ne peuvent ou ne veulent pas nécessairement faire des provisions
pour les périodes de soudure.

En plus de sa dimension saisonnière, la vulnérabilité dépend d’un ensemble de facteurs


structurels et conjoncturels, repris dans le schéma 2, influençant la disponibilité,
l’accessibilité et l’utilisation de la nourriture au niveau de la communauté et du ménage.
Ces facteurs sont à leur tour placés dans un contexte macroéconomique et politique
national et international.

15
Schéma 2 : Facteurs structurels et conjoncturels influençant la vulnérabilité à l’insécurité
alimentaire

16
Liste des indicateurs utilisés pour l’analyse de la vulnérabilité à l’IA
Les indicateurs utilisés pour l’analyse de la vulnérabilité à l’IA, sélectionnés parmi les
variables du RC 2001, sont listés ci-dessous.

1. Les indicateurs cartographiés

SECTION I : INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE CHRONIQUE (IAC)


Carte I-1 Insécurité alimentaire chronique par province
Carte I-2 Insécurité alimentaire chronique par fivondronana
Carte I-3 Insécurité alimentaire chronique par commune
Carte I-4 Province de Fianarantsoa : fivondronana où la prévalence de l’insécurité alimentaire
chronique est la plus élevée
Carte I- 5 Province de Toamasina : fivondronana où l’insécurité alimentaire chronique est la
plus élevée
Carte I- 6 Province d’Antananarivo : fivondronana où l’insécurité alimentaire chronique est la
plus élevée
Carte I- 7 Province de Mahajanga : fivondronana où l’insécurité alimentaire chronique est la
plus élevée
Carte I- 8 Province de Toliara: fivondronana où l’insécurité alimentaire chronique est la plus
élevée
Carte I- 9 Province d’Antsiranana : fivondronana où l’insécurité alimentaire chronique est la
plus élevée
Carte I –10 Province de Fianarantsoa : communes où l’insécurité alimentaire chronique est la plus
élevée
Carte I- 11 Province de Toamasina : communes où l’insécurité alimentaire chronique est la plus
élevée
Carte I- 12 Province d’Antananarivo : communes où l’insécurité alimentaire chronique est la plus
élevée
Carte I- 13 Province de Mahajanga : communes où l’insécurité alimentaire chronique est la plus
élevée
Carte I- 14 Province de Toliara: communes où l’insécurité alimentaire chronique est la plus
élevée
Carte I- 15 Province d’Antsiranana : communes où l’insécurité alimentaire chronique est la plus
élevée

SECTION II : INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE TEMPORAIRE (IAT)


Carte II-1 Insécurité alimentaire temporaire par province
Carte II-2 Insécurité alimentaire temporaire par fivondronana
Carte II-2 Insécurité alimentaire temporaire par commune
Carte II-4 Province de Toamasina : fivondronana où l’insécurité alimentaire temporaire est la
plus élevée
Carte II-5 Province de Fianarantsoa : fivondronana où l’insécurité alimentaire temporaire est la
plus élevée
Carte II-6 Province d’Antananarivo : fivondronana où l’insécurité alimentaire temporaire est la
plus élevée
Carte II-7 Province d’Antsiranana : fivondronana où l’insécurité alimentaire temporaire est la
plus élevée
Carte II- 8 Province de Mahajanga : fivondronana où l’insécurité alimentaire temporaire est la
plus élevée
Carte II-9 Province de Toliara : fivondronana où l’insécurité alimentaire temporaire est la plus
élevée

17
Carte II–10 Province de Toamasina : communes où l’insécurité alimentaire temporaire est la plus
élevée
Carte II-11 Province de Fianarantsoa : communes où l’insécurité alimentaire temporaire est la
plus élevée
Carte II-12 Province d’Antananarivo : communes où l’insécurité alimentaire temporaire est la
plus élevée
Carte II-13 Province d’Antsiranana : communes où l’insécurité alimentaire temporaire est la plus
élevée
Carte II-14 Province de Mahajanga : communes où l’insécurité alimentaire temporaire est la plus
élevée
Carte II-15 Province de Toliara : communes où l’insécurité alimentaire temporaire est la plus
élevée

SECTION III : POPULATION


Carte III-1 Population totale par province
Carte III-2 Population totale par fivondronana
Carte III-3 Population totale par commune
Carte III-4 Densité de population par km² par province
Carte III-5 Densité de population par km² par fivondronana
Carte III-6 Densité de population par km² par commune

SECTION IV : PÉRIODES DE SOUDURE

SECTION V : ACCÈS À L’EAU POTABLE


Carte V-1 Pourcentage de communes avec accès à l'eau potable par province
Carte V-2 Pourcentage de communes avec accès à l'eau potable par fivondronana
Carte V-3 Communes avec accès à l'eau potable

SECTION VI : ACCÈS AUX MARCHÉS


Carte VI-1 Pourcentage de communes avec accès à un marché quotidien par province
Carte VI –2 Pourcentage de communes avec accès à un marché quotidien par fivondronana
Carte VI-3 Communes avec accès à un marché quotidien
Carte VI-4 Pourcentage de communes avec accès à un marché hebdomadaire par province
Carte VI-5 Pourcentage de communes avec accès à un marché hebdomadaire par fivondronana
Carte VI-6 Communes avec accès à un marché hebdomadaire
Carte VI-7 Pourcentage de communes avec accès à un marché saisonnier par province
Carte VI-8 Pourcentage de communes avec accès à un marché saisonnier par fivondronana
Carte VI-9 Communes avec accès à un marché saisonnier

SECTION VII : ACCÈS AUX INFRASTRUCTURES AGRICOLES


Carte VII-1 Pourcentage de communes avec accès à un grenier communautaire villageois (GCV)
par province
Carte VII-2 Pourcentage de communes avec accès à un GCV par fivondronana
Carte VII-3 Communes avec accès à un GCV
Carte VII-4 Pourcentage de communes avec accès à une décortiquerie par province
Carte VII-5 Pourcentage de communes avec accès à une décortiquerie par fivondronana
Carte VII-6 Communes avec accès à une décortiquerie
Carte VII-7 Pourcentage de communes avec accès à une rizerie par province
Carte VII-8 Pourcentage de communes avec accès à une rizerie par fivondronana
Carte VII-9 Communes avec accès à une rizerie

18
SECTION VIII : CHANGEMENT DE FERTILITÉ DES TERRES PAR RÉGION
AGRO-ÉCOLOGIQUE
Carte VIII-1 Evolution de la fertilité des rizières
Carte VIII-2 Evolution de la fertilité des tanety
Carte VIII-3 Utilisation d’engrais

SECTION IX : PRINCIPALES PRODUCTIONS AGRICOLES


Carte IX-1 Importance du riz
Carte IX-2 Produits les plus importants

SECTION X : RISQUES DE PRODUCTION


Carte X-1 Risques de production

Cartes accompagnant les analyses thématiques


REVENUS EXTRA-AGRICOLES DES MÉNAGES RURAUX ET PAUVRETÉ À
MADAGASCAR
Carte 1. Le secteur manufacturier et agroalimentaire

RISQUES, PRODUCTION AGRICOLE ET PAUVRETÉ À MADAGASCAR


Carte 1. Fréquence des cyclones entre 1998/1999 et 2000/2001
Carte 2. Fréquence des inondations entre 1998/1999 et 2000/2001
Carte 3. Fréquence des sécheresses entre 1998/1999 et 2000/2001
Carte 4. Fréquence des maladies phytosanitaires entre 1998/1999 et 2000/2001
Carte 5. Fréquence des invasions de criquets entre 1998/1999 et 2000/2001
Carte 6. L’insécurité à Madagascar
Carte 7. Répartition des points de vente d’intrants agricoles au niveau des communes
Carte 8. Répartition des institutions bancaires et des mutuelles d’épargne au niveau des
communes

LA VOIX DES CLIENTS : LES PRIORITÉS DE DÉVELOPPEMENT D'APRÈS


UNE APPROCHE PARTICIPATIVE

Carte 1. Les priorités de développement au niveau des fivondronana

19
2. Les indicateurs mis sous forme de tableaux

I – PRÉVALENCE DE L'INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE CHRONIQUE (IAC)


Tableau I-1 Classement par ordre d’importance aux niveaux national et des provinces
Tableau I-2 Classement par ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau I-3 Prévalence de l’insécurité alimentaire chronique dans la province de Fianarantsoa:
classement par ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau I-4 Prévalence de l’insécurité alimentaire chronique dans la province de Toamasina:
classement par ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau I-5 Prévalence de l’insécurité alimentaire chronique dans la province d’Antananarivo:
classement par ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau I-6 Prévalence de l’insécurité alimentaire chronique dans la province de Mahajanga:
classement par ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau I-7 Prévalence de l’insécurité alimentaire chronique dans la province de Toliara:
classement par ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau I-8 Prévalence de l’insécurité alimentaire chronique dans la province d’Antsiranana:
classement par ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau I-9 Prévalence de l’insécurité alimentaire chronique au niveau des communes

II – INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE TEMPORAIRE (IAT)

Tableau II –1 Prévalence de l’insécurité alimentaire temporaire: classement par ordre d’importance


aux niveaux national et des provinces
Tableau II-2 Prévalence de l’insécurité alimentaire temporaire: classement par ordre d’importance
au niveau des fivondronana
Tableau II-3 Prévalence de l’insécurité alimentaire temporaire dans la province de Toamasina:
classement par ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau II-4 Prévalence de l’insécurité alimentaire temporaire dans la province de Fianarantsoa:
classement par ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau II-5 Prévalence de l’insécurité alimentaire temporaire dans la province d’Antsiranana:
classement par ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau II-6 Prévalence de l’insécurité alimentaire temporaire dans la province d’Antananarivo:
classement par ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau II-7 Prévalence de l’insécurité alimentaire temporaire dans la province de Mahajanga:
classement par ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau II-8 Prévalence de l’insécurité alimentaire temporaire dans la province de Toliara:
classement par ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau II-9 Prévalence de l’insécurité alimentaire temporaire: classement par ordre d’importance
au niveau des communes
Tableau II-10 Prévalence de l’insécurité alimentaire temporaire dans la province de Toamasina:
classement par ordre d’importance au niveau des communes
Tableau II-11 Prévalence de l’insécurité alimentaire temporaire dans la province de Fianarantsoa:
classement par ordre d’importance au niveau des communes
Tableau II-12 Prévalence de l’insécurité alimentaire temporaire dans la province d’Antsiranana:
classement par ordre d’importance au niveau des communes
Tableau II-13 Prévalence de l’insécurité alimentaire temporaire dans la province d’Antananarivo:
classement par ordre d’importance au niveau des communes
Tableau II-14 Prévalence de l’insécurité alimentaire temporaire dans la province de Mahajanga:
classement par ordre d’importance au niveau des communes
Tableau II-15 Prévalence de l’insécurité alimentaire temporaire dans la province de Toliara:
classement par ordre d’importance au niveau des communes

20
III – POPULATION
Tableau III-1 Répartition de la population par ordre d’importance au niveau des provinces
Tableau III-2 Répartition de la population par ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau III-1 Répartition de la population par ordre d’importance au niveau des communes

IV – MARCHÉS
Tableau IV-1 Pourcentage de communes avec accès à un marché quotidien: classement par ordre
d’importance au niveau national et au niveau provincial
Tableau IV-2 Pourcentage de communes avec accès à un marché quotidien: classement par ordre
d’importance au niveau des fivondronana
Tableau IV-3 Pourcentage de communes avec accès à un marché quotidien dans la province de
Toliara: classement par ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau IV-4 Pourcentage de communes avec accès à un marché quotidien dans la province
d’Antananarivo: classement par ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau IV-5 Pourcentage de communes avec accès à un marché quotidien dans la province de
Fianarantsoa: classement par ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau IV-6 Pourcentage de communes avec accès à un marché quotidien dans la province de
Mahajanga: classement par ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau IV-7 Pourcentage de communes avec accès à un marché quotidien dans la province de
Toamasina: classement par ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau IV-8 Pourcentage de communes avec accès à un marché quotidien dans la province
d’Antsiranana: classement par ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau IV-9 Pourcentage de communes avec accès à un marché hebdomadaire: classement par
ordre d’importance au niveau national et au niveau provincial
Tableau IV-10 Pourcentage de communes avec accès à un marché hebdomadaire: classement par
ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau IV-11 Pourcentage de communes avec accès à un marché hebdomadaire dans la province de
Toliara: classement par ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau IV-12 Pourcentage de communes avec accès à un marché hebdomadaire dans la province
d’Antananarivo: classement par ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau IV-13 Pourcentage de communes avec accès à un marché hebdomadaire dans la province de
Fianarantsoa: classement par ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau IV-14 Pourcentage de communes avec accès à un marché hebdomadaire dans la province de
Mahajanga: classement par ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau IV-15 Pourcentage de communes avec accès à un marché hebdomadaire dans la province de
Toamasina: classement par ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau IV-16 Pourcentage de communes avec accès à un marché hebdomadaire dans la province
d’Antsiranana: classement par ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau IV-17 Pourcentage de communes avec accès à un marché saisonnier: classement par ordre
d’importance aux niveaux national et provincial
Tableau IV-18 Pourcentage de communes avec accès à un marché saisonnier: classement par ordre
d’importance au niveau des fivondronana
Tableau IV-19 Pourcentage de communes avec accès à un marché saisonnier dans la province de
Mahajanga: classement par ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau IV-20 Pourcentage de communes avec accès à un marché saisonnier dans la province
d’Antsiranana: classement par ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau IV-21 Pourcentage de communes avec accès à un marché saisonnier dans la province de
Toamasina: classement par ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau IV-22 Pourcentage de communes avec accès à un marché saisonnier dans la province
d’Antananarivo: classement par ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau IV-23 Pourcentage de communes avec accès à un marché saisonnier dans la province de
Toliara: classement par ordre d’importance au niveau des fivondronana
Tableau IV-24 Pourcentage de communes avec accès à un marché saisonnier dans la province de
Fianarantsoa: classement par ordre d’importance au niveau des fivondronana

21
22
SITUATION DE L’IA : NOMBRE, LOCALISATION,
EVOLUTION PASSÉE ET FUTURE
Combien de personnes souffrent de l’IA ?

Comment interpréter les données ?


Dans l’optique d’un meilleur ciblage des programmes de lutte contre la vulnérabilité à
l’insécurité alimentaire, il est important de faire la distinction entre, d’une part,
l’identification des zones à risques et, d’autre part, l’identification des groupes de
population les plus vulnérables. Ce chapitre vise à quantifier le nombre de personnes
victimes de l’IAC et de l’IAT et à identifier les zones où ces personnes sont les plus
concentrées ou les plus nombreuses.

Les estimations des taux de prévalence fournies dans ce chapitre sont basées sur le
nombre d’habitants communiqué par les autorités communales. Ces chiffres sont les plus
récents et proviennent de sources allant du recensement communal aux enquêtes
engagées par des projets de développement. Ces estimations aboutissent à un total de
20699 412 habitants pour tout Madagascar en 2001. Ce nombre est plus élevé que les
projections faites par l’INSTAT sur la base du recensement démographique de 1993.

Le choix a été fait de se bases sur les chiffres fournis par les autorités communales pour
les raisons suivantes :

- premièrement, toute l’enquête se basant sur les informations fournies par les
participants, il était justifié pour des raisons de cohérence d’utiliser aussi les
données de population fournie au même niveau ;
- deuxièmement, du fait de l’étendue du pays et des difficultés de
communication et de transport, il est plausible que le recensement
démographique national n’ait pas pu comptabiliser toute la population
malgache ;
- et enfin, étant donné que les résultats des analyses seront mis à la disposition
des autorités communales à la fin du travail, il est indispensable qu’elles
soient basées sur leurs propres estimations de la population.

23
Au total, l’IA concerne environ la moitié de la population malgache, soit environ dix
millions de personnes.

Tableau 7 : Importance de l’IAC et de l’IAT aux niveaux provincial et national, d’après les
estimations des GDC
IAC Pop/IAC Pop/IAC prov/ IAT Pop/ IAT Pop/IAT prov/
Province Population pondéré Pop/IAC pondéré Pop/IAT
totale (%) national (%) (%) national (%)
Fianarantsoa 4 789 541 13 608 751 37 49 2 361 244 26
Antananarivo 5 385 515 7 397 990 24 43 2 313 079 25
Toamasina 3 078 650 9 266 303 16 53 1 635 071 18
Toliara 3 128 128 6 191 129 11 33 1 033 221 11
Mahajanga 2 688 453 7 175 287 11 39 1 046 346 12
Antsiranana 1 629 125 2 25 251 2 42 684 395 8
Niveau national 20 699 412 8 1 664 711 100 44 9 073 356 100
Source : RC 2001

Les manifestations ainsi que les causes profondes et immédiates de l’IAC et de l’IAT
sont différentes et appellent souvent des politiques spécifiques pour y faire face. Les taux
de prévalence et le nombre de personnes touchées par ces deux types d’IA seront donc
examinés séparément. Les prévalences de l’IAC, IAT (ou IAS) et IAC et IAT au niveau
des communes sont représentées sur les cartes 1, 2 et 3 respectivement.

Environ 1 600 000 personnes sont victimes de l’IAC dans tout Madagascar dont plus
de 600 000 dans la province de Fianarantsoa.
Le tableau 7 indique qu’au niveau national, le taux d’incidence de l’IAC est de 8%, ce
qui donne un total de personnes victimes de l’IAC d’environ 1 600 000. Parmi ces
personnes, 37% vivent dans la Province de Fianarantsoa, les ramenant à un peu plus de
600 000. Vient ensuite la Province d’Antananarivo avec près du quart des plus démunis et
la Province de Toamasina qui abrite le huitième d’entre eux. Les Provinces de Toliara et
Mahajanga constituent chacune les lieux d’habitation d’environ 200 000 démunis,
autrement dit le tiers de celle de Fianarantsoa. En terme de taux d’incidence de l’IAC,
Fianarantsoa domine avec 13%, suivie par Toamasina avec 9%. Les taux sont à peu près
les mêmes dans les autres provinces, exceptée celle d’Antsiranana où le taux est estimé à
2%.

Presque la moitié de la population malgache est victime de l’IAT, la majorité se


trouvant dans les Provinces de Fianarantsoa et d’Antananarivo.
A l’exception d’Antsiranana, il y a plus d’un million de personnes souffrant de l’IAT
dans chacune des provinces. Fianarantsoa et Antananarivo se démarquent puisqu’elles
abritent chacune environ 2 300 000 personnes ayant des problèmes d’alimentation
pendant certaines périodes de l’année. Cependant, si l’on considère les taux de prévalence
provincial de l’IAT, Toamasina est la plus à plaindre avec 53% de sa population
vulnérable à des déficits alimentaires saisonniers. Fianarantsoa se trouve en deuxième

24
position avec près de la moitié de sa population victime de l’IAT (d’après l’évaluation
des GDC). Le tableau 7 montre que l’IAT est un phénomène présent dans toutes les
provinces, puisqu’elle atteint plus du tiers de leur population. Même Antsiranana qui
affichait un faible taux d’IAC, marque un taux d’IAT de 42%. Etant donné qu’environ
85% de la population vivent dans les campagnes et dépendent de l’agriculture, ces
chiffres indiquent que l’IA à Madagascar a un caractère fortement saisonnier.

Le caractère saisonnier de l’IA correspond à des périodes de soudure


qui durent en moyenne quatre mois.

La période la plus difficile va généralement de janvier à mars alors que seuls 12%
du riz sont récoltés au niveau national
Pour la plupart des malgaches, les périodes de soudure font référence à des périodes où
les habitants ont des difficultés à s’approvisionner en riz. Le riz, principale culture et
principale source de calories dans l'alimentation des habitants de l’île, avec 50% de la
ration moyenne dans le pays (Dostie, 1999, N°17), est cultivé dans presque toute l'île.
Semé au début de la saison des pluies, vers novembre, le riz est récolté dans une période
qui s'étend généralement de mars à août. Environ 70% de la récolte est toutefois semée
entre avril et juin et 12% de la production de paddy seulement est récoltée entre janvier et
mars (Randrianarisoa, 2003). Bien qu’il y ait des particularités régionales, il est
intéressant de mentionner le cas de deux régions qualifiées de greniers à riz du pays. Pour
la région de Marovoay, 67% du riz est récolté entre juillet et septembre (vary jeby), tandis
que dans la région du Lac Alaotra, plus de 91% est récolté entre avril et juin (vary
vakiambiaty) (Randrianarisoa, 2003).

Le manioc constitue après le riz une des principales sources de calories pour
les malgaches. Consommé frais ou sec, le manioc peut être cultivé dans toute l'île.
Toutefois, cycle de production, mode de consommation et productivité varient fortement
selon les régions. D'après Dostie et al. (1999), le cycle de production dure plus d'un an et
la production sur les Hauts-Plateaux de Fianarantsoa suffit juste à l'autoconsommation de
la zone avec un rendement de 7 à 10 tonnes à l'hectare. Le rendement est cependant plus
important dans la Province de Toliara.

25
Carte
Carte1
1:: Durée
Durée dede la
de la période soudure

période de soudure

D u r ée d e la p ér iod e
d e so u d u r e ( en m o is)
M o in s d e 3
4 -6
P lu s d e 6
N o D ata
26 L im it e F ar it an y (P r o v in ces)
L im ite d es R égio n s
Le début et la fin des périodes de soudure présentent des spécificités régionales.
La consommation calorique des ménages varie avec les saisons, même si le taux d’IAS y
est seulement de 10%, et est généralement plus faible durant la saison des pluies. Les
périodes de soudure coïncident souvent avec une récolte médiocre de riz et, en même
temps, avec une réduction de la consommation alimentaire des ménages. Le tableau 8
montre que la période de soudure dure en moyenne quatre mois et que la Province de
Fianarantsoa est celle où elle est la plus longue (un peu plus de cinq mois). La carte 1
illustre la durée de la période de soudure dans chacune des communes.

Tableau 8 : Nombre de mois de soudure à Madagascar d’après les déclarations des GDC
Moyenne Médiane
Antananarivo 4,4 4
Fianarantsoa 5,2 5
Toamasina 4,6 4
Mahajanga 3,9 4
Toliara 3,7 4
Antsiranana 4,1 4
Madagascar 4,4 4
Source : B. Minten, 2003, Production agricole, surplus agricole commercialisé et pauvreté, d'après le
Recensement des communes, Programme Ilo de l’Université de Cornell/FOFIFA/INSTAT, 2001.

Les périodes de soudure ne commencent pas toujours au même moment. Ainsi, les
difficultés alimentaires débutent aux mois de janvier et février dans la majeure partie de
la Province de Mahajanga alors qu’elles ne démarrent qu’en mars-avril dans la Province
d’Antsiranana. Mises à part quelques exceptions, mai et juin correspondent généralement
à une période faste pour plus de 85% des communes malgaches. De ce fait, la fête de
l’Indépendance du 26 juin correspond aux plus grandes festivités de toute l’île. En juillet-
août, la nourriture se fait rare à nouveau dans les communes situées au centre du pays,
dans la partie est de la Province de Toamasina et dans le Fivondronana de Toalagnaro au
sud-est. Pour les habitants de la Province d’Antananarivo et une grande partie de celle de
Fianarantsoa, les mois de septembre et octobre sont parmi les plus difficiles.

La longueur des périodes de soudure peut aussi être très différente entre deux régions
avoisinantes. Ainsi dans le corridor situé au centre de la Province de Fianarantsoa, du
côté de Tanala, il y a un ou deux mois de soudure par an alors que du côté de Betsileo,
celle-ci dure quatre à cinq mois. Même si, en général, 80% de la région de Betsileo
souffre pendant la période de soudure, la durée varie d’un groupe social à un autre. Il faut
aussi noter qu’il n’y a pas qu’une seule période de soudure dans l’année. En effet, dans
les communes du sud de la Province de Toamasina par exemple, l’année comprend deux
récoltes et deux périodes de soudure. Ces dernières correspondent aux mois de mars et
avril, lorsque le vary horaka ou la récolte de janvier et février est épuisée, et aux mois
d’octobre et novembre qui suivent le vary vato des mois de mai et juin.

27
Durant la période de soudure, le pouvoir d’achat des salariés agricoles, mesuré par
rapport au riz, se trouve diminué du tiers.
A Madagascar, comme dans beaucoup de pays en voie de développement, ceux dont le
revenu provient du salariat agricole sont souvent parmi les plus pauvres. Les salariés
agricoles ont souvent peu ou pas de terre (Minten, 2000, N°55). Théoriquement, pour
évaluer le pouvoir d’achat des salaires nominaux, il faudrait utiliser un indice composé
des prix d’un panier des produits locaux. Toutefois, ces données n’étant pas disponibles
à un niveau suffisamment ventilé dans le RC 2001, le salaire nominal a été divisé par le
prix du riz ainsi que par le prix de certains produits de première nécessité. Le tableau 9
présente les résultats en termes de pouvoir d’achat en équivalent de riz. Ainsi, pendant la
période de soudure, le salaire journalier vaut 2,9 kg de riz à l’échelle nationale, contre
une moyenne de 4,3 kg de riz en période de récolte. Compte tenu de la forte
augmentation du prix du riz en période de soudure, le pouvoir d’achat se trouve diminué
de plus de 30% entre la période de récolte et la période de soudure, ce qui explique
pourquoi les familles rurales qui dépendent uniquement du salaire agricole éprouvent de
grandes difficultés à nouer les deux bouts en période de soudure.

Une analyse au niveau provincial indique que ce sont les travailleurs agricoles dans les
Provinces de Fianarantsoa et Antananarivo (Tableau 9) qui ont le plus faible pouvoir
d’achat en période de soudure (équivalent à 2,4 kg de riz), alors que les habitants de la
Province d’Antsiranana possèdent le pouvoir d’achat le plus élevé, que ce soit durant la
période de soudure ou la période de la récolte (4,7 et 7,0 kg respectivement).

Tableau 9 : Pouvoir d’achat du salaire agricole en équivalent de riz (kg de riz)

Période de soudure Période de récolte


(oct-déc) (avr-juin)
Antananarivo 2,4 4,1
Fianarantsoa 2,4 3,7
Toamasina 2,7 3,9
Mahajanga 3,7 5,2
Toliara 3,4 4,3
Antsiranana 4,7 7,0
Total 2,9 4,4
Source : RC, Programme Ilo, Université de Cornell /FOFIFA/INSTAT, 2001

Où se trouvent les personnes victimes de l’IAC ?

Toutes provinces confondues, les groupes vulnérables sont localisés dans les zones
périphériques où les terres sont moins fertiles.
Les groupes vulnérables vivent souvent dans des zones périphériques où les terres sont
les moins productives, tels les flancs de colline (Minten, 2003). Le tableau 10 montre
qu’il y a presque 10% de plus de personnes du quintile le plus pauvre qui occupent les
flancs de colline et les sols limoneux, comparé au quintile le plus riche.

28
Tableau 10 : Caractéristiques des terres par quintile de pauvreté
% des parcelles Total Q1 Q2 Q3 Q4 Q5
Emplacement de la parcelle
Rizière de bas-fonds 33 31 34 33 33 33
Rizière en bas de colline 8 10 8 8 9 6
Rizière en terrasse 3 3 2 3 4 4

Partie en bas de colline 22 21 23 21 21 24


Flanc de colline 22 27 21 22 21 18

Sommet de colline 12 8 11 13 13 16

Total 100 100 100 100 100 100


Pente forte/très forte 7 9 8 7 6 5
Type de sols
Sablonneux 13 15 15 12 13 11
Argileux 28 24 30 24 30 33
Limoneux 21 24 20 24 20 16
Autre 15 13 16 14 13 17
Ne sait pas 23 25 18 26 24 23
Total 100 100 100 100 100 100
Source : Minten et Razafindraibe, 2003, d'après les calculs sur la base de l'EPM 2001, INSTAT/DSM.
*Q1: quintile le plus pauvre; Q5: quintile le plus riche

Dans les régions du sud-est de l’île se trouve le plus grand nombre de personnes
vivant dans le dénuement le plus total.
Parmi les 20 fivondronana où plus de 25 000 personnes souffrent de l’IAC, neuf se
trouvent dans la Province de Fianarantsoa, cinq dans celle de Tamatave, quatre dans celle
de Toamasina, un est localisé dans la Province de Mahajanga et le dernier dans la
Province de Toliara.

Les fivondronana fianarois où la situation est la plus alarmante sont les suivants :
Manakara, Ikongo, Farafangana, Fianarantsoa II, Nosy Varika, Mananajary, Ifanadiana,
Vangaindrano et Ambohimahasoa. En dehors de Fianarantsoa II, la localisation de ces
fivondronana correspond à la partie sud-est de la province.

A eux seuls, les fivondronana les plus vulnérables de la Province de Fianarantsoa


comptent plus d’un demi-million de victimes de l’IAC. La localisation des individus les
plus vulnérables à l’IAC et à l’IAT dans les régions du sud-est de l’île incite à penser que
ce sont les régions avec les facteurs tant structurels que conjoncturels les plus
défavorables, qui limitent la capacité des ménages à répondre aux chocs. On trouvera au
chapitre suivant les caractéristiques de ces groupes vulnérables. Il sera suivi par un
exposé des principaux déterminants de l’IA.

Dans la Province d’Antananarivo, les fivondronana les plus démunis sont les suivants : la
capitale et ses environs, Ambohidratrimo, Ankazobe et Antanifotsy. Dans la Province de
Toamasina, les taux d’IAC sont les plus élevés dans les Fivondronana d’Amparafaravola,
Moramanga, Mahanoro et Fenerive-Est. Dans celle de Toliara, c’est parmi les habitants

29
de Miandrivazo que l’on trouve le plus de personnes démunies et, dans la Province de
Mahajanga, c’est dans le Fivondronana de Mandritsara qu’il y a le plus de victimes de
l’IA.

Y a-t-il des similarités et des différences remarquables entre les fivondronana les plus
atteints par l’IA ? Peut-on avancer quelque hypothèse ? au niveau des priorités par
exemple ? ou des contraintes majeures ?

On constate une forte concentration des victimes de l’IA dans la Province de


Fianarantsoa.
Sur les 64 communes où la population souffrant de l’IAC est supérieure ou égale à
environ 5 000, 34 se situent dans la Province de Fianarantsoa. La plupart sont dans la
région du sud-est et dans la zone transitoire entre le sud-est et les hauts plateaux. Huit
communes se trouvent dans la Province de Toliara, 10 à Antananarivo, sept à Toamasina,
quatre à Mahajanga et une à Antsiranana.

Après la capitale qui rassemble le plus grand nombre de victimes, la Commune de


Sahavato dans le Fivondronana de Nosy-Varika et le Chef-lieu de la Province de Toliara
suivent en deuxième et troisième positions, avec environ 20 000 personnes victimes de
l’IAC. Encore une fois, même si le taux d’IAC y est seulement de 10%, c’est la plus
grande population de la Ville de Toliara qui la met au même rang que la Commune de
Sahavato dont le taux atteint 75%.

Un aspect à ne pas négliger : le caractère urbain de l’IA, puisque 100 000 personnes
victimes de l’IAC vivent dans la capitale
Un peu plus de 100 000 personnes sont victimes de l’IAC dans la Ville d’Antananarivo,
ce qui la place en première position sur la liste des communes avec le plus grand nombre
de victimes, malgré un taux d’activité économique plus élevé dans la Capitale comparé
aux autres régions, et un taux d’IAC estimé à seulement 10%.

Le fait que l’IA se manifeste aussi en zone urbaine n’est pas surprenant. La capitale a
déjà connu des situations qui, selon les définitions utilisées par certains experts, peuvent
être qualifiées de famine, comme en 1985-86 par exemple, durant la période qui a suivi la
libéralisation de la commercialisation du riz (Garenne, 2002). Une analyse des causes de
décès durant cette période a montré qu’environ 1,3 % de la population de la capitale est
morte des suites de malnutrition. La cause principale n’était pas le manque de
disponibilité des produits alimentaires mais plutôt l’incapacité des ménages les plus
pauvres à les acquérir, étant donné les augmentations des prix (le prix du riz avait
pratiquement triplé) suite à la politique gouvernementale de libéralisation du marché.

Il est vrai que pour l’instant, l’importance de la pauvreté en milieu rural justifie de
donner la priorité au développement agricole et aux mesures visant à réduire la
vulnérabilité dans les campagnes. Cependant, l’urbanisation croissante à Madagascar
comme ailleurs en Afrique, où selon les estimations récentes plus de la moitié de la
population tendrait à vivre dans les villes d’ici 2020, incite à se pencher sur l’IA en
milieu urbain aussi. Or, nos connaissances sur la pauvreté urbaine sont assez limitées.

30
Les populations urbaines sont composées de groupes hétérogènes, allant des plus riches
aux plus pauvres, illustrant ainsi des niveaux d’inégalité plus élevés que dans les
campagnes, et accentuant le besoin d’adopter d’autres types d’approches que le ciblage
géographique pour identifier les ménages et les individus touchés par l’IA.

Toliara : une province hors catégorie


Selon les estimations des groupes villageois communaux, Toliara est la province avec la
densité la moins élevée de personnes en IA, largement inférieure à celle des Provinces de
Fianarantsoa et de Toamasina. Cette situation peut paraître étonnante du fait de la
perception générale de Toliara comme étant la province la plus sujette aux famines.

Comment expliquer cette différence entre la perception extérieure, qui tend à considérer
que Toliara est la plus sujette à l’IA ou au moins parmi les provinces avec le taux de
prévalence le plus élevé de l’IA, et la perception des populations tuléariennes ? Les
éléments suivants pourraient contribuer à expliquer cette situation :

- le riz ne constitue pas la base de l’alimentation à Toliara : l’importance du


manioc et autres tubercules dans les habitudes alimentaires, contrairement à la
situation dans les autres provinces où le riz est la nourriture de base,
complique la comparaison entre la situation d’IA à Toliara et ailleurs. La
consommation limitée de riz pourrait conduire à la conclusion erronée que
l’IA est plus importante qu’ailleurs, si celle-ci est mesurée par rapport aux
disponibilités en riz, (conclusion favorisée par le fait que les stocks de
tubercules sont plus difficiles à évaluer que les stocks de riz). Contrairement à
ce qui est constaté dans les autres régions, il semblerait que c’est seulement
quand toutes les autres alternatives sont épuisées que les gens achètent du riz.
- les stratégies d’adaptation suffisent à faire face aux chocs d’envergure
habituelle : face à l’adversité, les habitants de ces régions arides ont
développé des stratégies d’adaptation efficaces, notamment en diversifiant
leur alimentation, qui suffisent à faire face à des chocs «de routine». De
janvier à août, les habitants consomment principalement du manioc, remplacé
par le maïs non moulu mélangé avec du lait pendant les moments difficiles. La
viande est généralement volontairement absente de l’alimentation de la
majorité des Antandroy et des Mahafaly. De septembre à début décembre,
c’est la consommation de pastèques, melons et raketa (cactus) qui prévaut.
Durant les années les plus sèches, l’absence de pluie empêche les pastèques de
pousser, mettant alors les habitants de cette province dans une situation
difficile. C’est seulement à ce moment-là que la situation est véritablement
considérée comme alarmante par les habitants et que les gens achètent du riz.
Ces capacités d’adaptation ne suffisent probablement pas quand les chocs (par
exemple les sécheresses) ont des amplitudes très fortes ou surviennent
plusieurs années de suite. On assiste alors à des famines.

La région de Toliara présente des spécificités intéressantes à décrire. Les croyances


traditionnelles dans l’Androy mettent en avant une hiérarchisation des priorités et des

31
valeurs, difficile à comprendre pour ceux qui viennent d’ailleurs. En effet, c’est la région
où la définition de la richesse se réfère au nombre de zébus possédés. Ceux-ci ne sont
généralement consommés qu’au moment des funérailles. Ces pratiques influencent la
situation de la sécurité alimentaire du ménage. Ainsi, dans une situation de difficulté
alimentaire, une famille propriétaire de plusieurs milliers de zébus, préfèrerait diminuer
sa consommation alimentaire plutôt que de se résoudre à en vendre quelques-uns afin de
subvenir aux besoins du ménage. Les zébus ne sont vendus qu’en dernier recours. Les
discussions ayant eu lieu auprès des jeunes de cette région ont révélé une certaine volonté
de changer ces pratiques. Cependant, les habitants restent encore très fortement
influencés par les patriarches pour qui ces traditions constituent le fondement même de
l’identité des Antandroy.

Un survol de l’IA dans les provinces


Cette section commente brièvement les résultats sur les taux d’incidence de l’IA en tenant
compte de la délimitation régionale au niveau de chaque province. Les cartes 2, 3 et 4
illustrent la prévalence de l’insécurité alimentaire chronique, saisonnière et totale au
niveau des communes. Pour de plus amples explications sur le pourquoi des divergences
en matière de prévalence de l’IA, il serait nécessaire d’effectuer un rapport plus détaillé
par province.

L’insécurité alimentaire dans la Province d’Antananarivo


Tableau 11 : Taux d’IA dans les régions de la Province d’Antananarivo
IA CHRONIQUE IA TEMPORAIRE
FIVONDRONANA REGION PONDEREE PONDEREE IA TOTALE
Manjakandriana Imerina Central 9,5 70,6 80,2
Ambatolampy Imerina Central 9,3 61,5 70,8
Andramasina Imerina Central 9,7 54,2 63,9
Antananarivo Renivohitra Imerina Central 10,0 45,0 55,0
Antananarivo Atsimondrano Imerina Central 13,2 37,3 50,5
Antananarivo Avaradrano Imerina Central 5,9 41,2 47,1
Ambohidratrimo Imerina Central 12,9 30,2 43,2
Ankazobe Imerina Central 11,0 31,7 42,6
Anjozorobe Imerina Central 8,6 27,0 35,6
Soavinandriana Itasy 0,1 74,2 74,3
Arivonimamo Itasy 0,5 73,4 73,9
Tsiroanomandidy Itasy 7,2 38,4 45,6
Miarinarivo Itasy 8,2 27,6 35,8
Fenoarivobe Itasy 2,5 22,7 25,2
Antanifotsy Vakinankaratra 8,3 50,7 58,9
Faratsiho Vakinankaratra 11,0 44,8 55,8
Antsirabe Ii Vakinankaratra 0,0 44,3 44,3
Betafo Vakinankaratra 1,5 31,8 33,2
Antsirabe Vakinankaratra 10,0 10,0 20,0

Les taux d’IA les plus élevés se trouvent dans les Régions de l’Imerina central et de
l’Itasy. Avec une moyenne de 42%, la Région du Vakinankaratra possède les taux les
plus bas.

32
L’Imerina central, comme la quasi-totalité de la Province d’Antananarivo, se caractérise
par la prépondérance des cultures vivrières avec toujours en tête le riz, mais aussi les
pommes de terre, les haricots et les légumes. Les types de sol et les conditions
climatiques de la zone sont favorables à l’agriculture mais les rendements sont faibles.
C’est aussi une région où l’élevage de poulets est répandu et où le nombre des vaches
laitières augmente. Ces sources de revenus supplémentaires contribuent à l’amélioration
des standards de vie des habitants de la région mais l’IA est perçue comme étant
relativement élevée puisqu’elle concerne jusqu’à 80% de la population dans le
Fivondronana de Manjakandriana. La dimension saisonnière des problèmes alimentaires
y est particulièrement importante.

Les habitants de la Région de l’Itasy cultivent principalement du riz, du maïs, du manioc


et des arachides. Seule une petite partie des bas-fonds et tanety est exploitée. De plus,
comme dans le reste du pays, les moyens de travail sont restés rudimentaires. La pêche
sur le Lac d’Itasy pourrait aussi constituer une source de revenus supplémentaires mais,
de même que pour l’agriculture, les moyens de production sont artisanaux, limitant ainsi
la productivité. Pour illustrer les difficultés rencontrées par les populations locales dans le
Fivondronana de Soavinandriana, les GDR ont estimé que l’IA concernait plus des trois-
quarts de la population.

La Région du Vakinankaratra possède les taux d’IA les plus bas de la province. Elle est
caractérisée par la prédominance des cultures vivrières et maraîchères. Les cultures de
rente, telles que la canne à sucre ou le café, restent très limitées. On y produit aussi un
peu de blé et d’orge. La région bénéficie depuis plusieurs années d’opérations de
développement diversifiées et la culture attelée est généralement plus pratiquée
qu’ailleurs. En outre, c’est la région qui bénéficie davantage des retombées des industries
agro-alimentaires du pays. Si les taux d’IA sont moins élevés qu’ailleurs, l’exiguïté de la
taille des exploitations limite les possibilités de dégager un surplus significatif.

33
L’insécurité alimentaire dans la Province de Fianarantsoa
Tableau 12 : Taux d’IA dans les régions de la Province de Fianarantsoa
IA CHRONIQUE IA TEMPORAIRE
FIVONDRONANA REGION PONDÉRÉE PONDÉRÉE IA TOTALE
Ambatofinandrahana Amoron Mania 3,8 32,4 36,3
Ambositra Amoron Mania 5,9 31,8 37,7
Fandriana Amoron Mania 10,2 66,8 77,0
Manandriana Amoron Mania 11,1 45,6 56,8
Fianarantsoa I Haute Matsiatra 5,0 60,0 65,0
Ambalavao Haute Matsiatra 11,9 38,6 50,5
Ambohimahasoa Haute Matsiatra 12,0 38,9 50,9
Ikalamavony Haute Matsiatra 2,1 35,5 37,6
Fianarantsoa Ii Haute Matsiatra 12,6 49,0 61,6
Ihosy Horombe 7,0 31,6 38,6
Ivohibe Horombe 4,9 29,5 34,5
Iakora Horombe 8,8 39,7 48,4
Ifanadiana Sud-Est 24,6 61,7 86,3
Nosy Varika Sud-Est 18,7 49,4 68,1
Mananjary Sud-Est 14,8 64,3 79,1
Manakara Sud-Est 15,2 57,3 72,5
Ikongo Sud-Est 31,8 43,3 75,1
Vohipeno Sud-Est 8,7 53,7 62,4
Farafangana Sud-Est 11,9 55,7 67,6
Vangaindrano Sud-Est 10,3 41,8 52,1
Midongy Atsimo Sud-Est 12,4 47,7 60,2
Vondrozo Sud-Est 12,7 60,8 73,6
Befotaka Sud-Est 5,4 32,3 37,7

Les taux d’IA les plus élevés se trouvent dans la région du sud-est suivie par la Région de
la Haute Matsiatra et enfin par celle de l’Amoron’i Mania. La situation alarmante dans
les Fivondronana de Nosy-Varika et de Mananjary a déjà été discutée précédemment.

Dans le centre-sud de la province, la Région de la Haute Matsiatra possède une forte


potentialité rizicole, mais est caractérisée par un morcellement extrême des surfaces
cultivées. Cette contrainte, combinée à une insuffisance des mesures d’intensification des
activités agricoles, contribue sans doute à accroître les difficultés alimentaires d’une
population en forte croissance.

La Région Amoron’i Mania est caractérisée par l’exiguïté des terrains de culture dans la
région centrale et la surexploitation des espaces disponibles jusque sur les versants. Cette
situation engendre des paysages de rizières qui gravissent les pentes pour concurrencer
les terrasses de cultures sèches. Le riz reste la culture principale. Dans les Fivondronana
d'Ambositra et de Fandriana, la pisciculture est en train de se développer et l’artisanat
joue un rôle central dans l’amélioration des conditions de vie. Ces aspects contribuent
sans doute à faire de la région la zone la moins touchée par l’IA. Cependant, de fortes
variations existent, puisque le taux d’IA dans le Fivondronana de Fandriana est estimé à
77% contre 37% à Ambatofinandrahana.

34
La Région de l’Horombe regroupe les fivondronana à prédominance Bara.
Culturellement déjà plus proches des régions Androy de la Province de Toliara, on
remarque que l’IA est généralement perçue comme touchant environ un tiers de la
population, bien en deçà de la moyenne provinciale. Le cheptel bovin, pourtant
historiquement important dans la région, n’occupe semble-t-il plus une place
prépondérante dans les sources de revenus de la population. De plus, malgré la présence
du riz, du manioc, du maïs et de l’arachide, l’agriculture demeure marginale puisqu’il est
estimé que moins de 5% de la surface totale disponible est cultivée.

Le sud-est, d’une surface totale de 36 723 km², commence avec la Zone de Vatovavy qui
comprend les Fivondronana d’Ifanadiana, Ikongo, Nosy-Varika et Mananjary. Plus au
sud, se trouve la Région de Fitovinany composée de Manakara et Vohipeno, suivie de
Farafangana, Vondrozo, et enfin la Région Menanara des fivondronana de
Vangaindrano, Midongy Atsimo, Befotaka qui constituent les frontières avec le sud-
ouest. La région du sud-est est la plus peuplée de la Province de Fianarantsoa. La partie
qui va d’Ifanadiana à Vondrozo est caractérisée par une prédominance des cultures de
rente dont la nature exacte change au gré des intérêts du moment. Cependant, la majorité
des habitants de la région ne s’est pas encore remise de la chute des prix du café au début
des années 90. La baisse des prix agricoles est d’ailleurs généralement perçue comme
étant la cause principale de la dégradation des niveaux de vie dans la région.

Plus au sud, dans les Fivondronana de Befotaka et de Midongy Atsimo, les cultures
vivrières prédominent (riz de première et deuxième saisons, manioc, patate douce, maïs,
haricot et arachide) et les cultures de rente sont marginales. Le taux d’IA le plus faible de
la région, 37% en moyenne, est enregistré à Befotaka. Il cache toutefois des variations
importantes entre les différentes communes de la région. La différence entre ce taux et
celui enregistré dans le fivondronana voisin de Midongy Atsimo (60%) s’explique par les
spécificités en terme de productivité agricole et d’intégration aux marchés. Midongy est
situé entre Vangaindrano et Befotaka, dans une zone pratiquement inaccessible en saison
des pluies par la principale voie du sud-est et trop éloignée de celle du sud-ouest. Par
contre, même si le Fivondronana de Befotaka subit des problèmes d’accessibilité
identiques par la voie du sud-est, il est mieux relié à Betroka par une combinaison de
voies pédestres et de routes. Historiquement, le commerce s’est développé dans cette
région à travers ce circuit. De ce fait, on pourrait penser que c’est la meilleure intégration
au marché de certaines communes de Befotaka qui contribue à en faire le fivondronana le
mieux loti de la région en terme de sécurité alimentaire.

35
L’insécurité alimentaire dans la Province de Toamasina
Tableau 13 : Taux d’IA dans les régions de la Province de Toamasina
IA CHRONIQUE IA TEMPORAIRE
FIVONDRONANA REGION PONDERÉE PONDÉRÉE IA TOTALE
Amparafaravola Lac Alaotra 20,1 40,3 60,4
Ambatondrazaka Lac Alaotra 8,3 45,7 54,0
Andilamena Lac Alaotra 8,4 48,4 56,8
Vatomandry Mangoro 10,5 65,6 76,1
Mahanoro Mangoro 12,1 65,7 77,8
Marolambo Mangoro 5,5 82,2 87,7
Antanambao Manampotsy Mangoro 2,3 50,4 52,8
Moramanga Mangoro 16,8 48,2 65,0
Anosibe An'ala Mangoro 7,3 73,2 80,5
Toamasina I Toamasina 10,0 20,0 30,0
Sainte Marie Toamasina 0,0 86,0 86,0
Maroantsetra Toamasina 0,0 33,3 33,3
Mananara Nord Toamasina 0,0 48,9 48,9
Fenoarivo Toamasina 9,1 52,6 61,7
Brickaville Toamasina 5,0 45,3 50,3
Toamasina Ii Toamasina 5,5 51,7 57,3
Vavatenina Toamasina 7,8 59,2 67,0
Soanierana Ivongo Toamasina 3,1 71,3 74,4

Les taux les plus élevés d’IA se trouvent dans la Région de Mangoro. Dans les deux
autres régions, l’étendue de l’IA est à peu près la même. Les taux relativement élevés
d’IA dans le Lac Alaotra révèlent des inégalités assez importantes au sein d’une région
considérée comme l’un des greniers à riz du pays. Le Lac Alaotra fait partie des sept
régions agro-écologiques où les rendements en matière rizicole sont supérieurs à la
moyenne nationale de deux tonnes par hectare. Les rizières irriguées sont cependant
moins répandues que dans les six autres régions à fort rendement. Malgré ces limites en
terme de maîtrise de l’eau, les communes de la région exportent jusqu’à plus de la moitié
de leur production. Les taux importants d’IAS pourraient être dus à une mauvaise gestion
des flux saisonniers des produits vivriers au sein des ménages. Par ailleurs, les données
révèlent la faible disponibilité en infrastructures de stockage.

Les taux élevés d’IA dans les autres régions sont généralement dus à un accès limité à la
nourriture, aggravé par un enclavement généralisé durant la saison des pluies. De plus,
situées dans la partie est du pays, ces régions sont régulièrement victimes des inondations
et des cyclones. Le climat de désolation laissé par les derniers cyclones de cette année
suffisent pour illustrer toute la misère humaine qui en découle, aussi bien en matière d’IA
qu’en terme de santé, du fait de l’infection des sources d’eau résultant des inondations et
de la généralisation du paludisme, endémique dans ces régions au climat tropical humide.

36
L’insécurité alimentaire dans la Province de Mahajanga
Tableau 14 : Taux d’IA dans les régions de la Province de Mahajanga
IA CHRONIQUE IA TEMPORAIRE
FIVONDRONANA REGION PONDERÉE PONDÉRÉE IA TOTALE
Maevatanana Betsiboka 3,4 35,2 38,6
Tsaratanana Betsiboka 8,5 31,5 40,0
Kandreho Betsiboka 1,0 59,2 60,2
Mahajanga I Mahajanga 5,0 55,0 60,0
Soalala Mahajanga 4,3 65,0 69,3
Ambato-Boeni Mahajanga 4,0 33,5 37,4
Mitsinjo Mahajanga 2,9 34,0 36,9
Mahajanga Ii Mahajanga 6,4 37,7 44,0
Marovoay Marovoay 5,7 32,6 38,2
Besalampy Melaky 2,3 25,3 27,5
Antsalova Melaky 8,1 38,6 46,7
Maintirano Melaky 8,2 30,8 39,0
Morafenobe Melaky 0,5 86,6 87,1
Port_Berge Sofia 7,1 29,5 36,5
Mandritsara Sofia 11,6 25,3 36,9
Analalava Sofia 7,2 43,7 50,8
Befandriana-Nord Sofia 7,4 36,5 43,8
Antsohihy Sofia 4,1 39,2 43,3
Bealanana Sofia 1,9 30,7 32,6
Mampikony Sofia 21,8 34,8 56,6

La Région du Melaky enregitre les taux les plus élevés d’IA suivie par la Région de
Mahajanga, puis de Betsiboka. Marovoay possède l’un des taux les plus faibles expliqué
par les productions agricoles qui lui confère une position de grenier à riz du pays. C’est
une région excédentaire en production rizicole et qui se caractérise par un commerce du
riz très dynamique. Toutes les communes y possèdent une décortiquerie. Cependant, il
existe des diversités importantes au sein de la province de Mahajanga.
La région littorale comprend les Fivondronana de Mahajanga I et II, Marovoay,
Ambato-Boeni et Soalala, tandis que la région intérieure, celle de Maevatanana, qui
constitue une zone de transition sensible entre les hautes terres et les plaines littorales,
inclut les Fivondronana de Maevatanana, Kandreho et Tsaratanana. La région est
dominée par les cultures vivrières, dont le riz et le manioc. Le coton constitue une des
principales sources de revenus dans la Zone de Mahajanga II. Les difficultés récentes de
la filière du coton et les licenciements qui en ont découlé expliquent en partie les taux
élevés d’IA relevés dans cette zone.

Selon les informations provenant des autres régions de la province, les problèmes
principaux en matière d’alimentation se trouvent surtout au niveau de la qualité et non de
la quantité. Ainsi dans les Fivondronana d’Ambatomainty, Antsalova, Besalampy,
Maintirano et Morafenobe, qui sont parmi les plus enclavés du pays, le riz constituerait
pratiquement la seule composante des repas dans la majorité des ménages. De plus, la
région est connue pour la prévalence d’un certain nombre de tabous alimentaires dont
souffrent souvent les mères allaitantes et les enfants.

37
L’insécurité alimentaire dans la Province de Toliara
Tableau 15 : Taux d’IA dans les régions de la Province de Toliara
IA CHRONIQUE IA TEMPORAIRE
FIVONDRONANA REGION PONDERÉE PONDÉRÉE IA TOTALE
Betroka Horombe 1,5 15,7 17,2
Manja Menabe 16,1 28,0 44,1
Morondava Menabe 6,5 61,9 68,4
Mahabo Menabe 7,0 49,7 56,7
Belo-Sur-Tsiribihina Menabe 10,9 48,6 59,5
Miandrivazo Menabe 14,8 40,9 55,6
Tulear2 Sud-Ouest 3,7 33,0 36,7
Beroroha Sud-Ouest 2,7 34,0 36,7
Morombe Sud-Ouest 6,8 20,0 26,8
Ankazoabo Sud-Ouest 1,6 23,5 25,2
Betioky Sud-Ouest 4,7 31,3 35,9
Ampanihy Sud-Ouest 6,8 38,5 45,3
Sakaraha Sud-Ouest 4,0 40,0 44,0
Bekily Sud-Ouest 5,8 22,5 28,3
Tulear1 Sud-Ouest 10,0 40,0 50,0
Benenitra Sud-Ouest 3,9 38,7 42,7
Beloha Tolagnaro 24,0 38,4 62,4
Tsihombe Tolagnaro 0,0 19,9 19,9
Taolanaro Tolagnaro 2,5 22,5 25,0
Ambovombe Tolagnaro 1,6 15,6 17,2
Amboasary Atsimo Tolagnaro 3,5 39,9 43,4

Les particularités de la province ayant déjà été discutées plus haut, on ne trouvera ici
qu’un bref aperçu de la situation générale au niveau des différentes régions. Les taux
d’IA les plus élevés sont dans la Région du Menabe, suivie par le sud-ouest, les plus
faibles se trouvant dans la région de Taolanaro et Horombe. Les Fivondronana de Beloha,
Tsihombe et Ambovombe sont caractérisés par l’absence quasi totale du riz et la
prédominance de quatre cultures: maïs, manioc, patate et arachide. Par-contre, les
Fivondronana de Betroka, Bekily et Amboasary-Sud cultivent du riz en plus des autres
cultures vivrières. Il en est de même pour Taolagnaro qui possède l’un des rendements
rizicoles les plus élevés du pays. Cependant, la commercialisation du riz n’y est pas très
développée, comme l’indique la faible présence de décortiqueries (dans 5% des
communes seulement).

La Région du Menabe est constituée des Fivondronana de Morondava, Belo/Tsiribihina,


Mahabo, Miandrivazo et Manja. La majorité de la population est regroupée à Morondava
et Belo/Tsiribihina. Le profil des cultures est similaire aux autres régions, avec en plus les
activités portuaires, agro-industrielles et de pêche de Morondava. Cependant, les taux
relativement élevés d’IA enregistrés dans la région indiquent que la présence de ces
autres activités ne suffit pas à garantir aux ménages une situation plus favorable au
niveau de l’alimentation.

38
L’insécurité alimentaire dans la Province d’Antsiranana
Tableau 16 : Taux d’IA dans les régions de la Province d’Antsiranana
IA CHRONIQUE IA TEMPORAIRE
FIVONDRONANA REGION PONDERÉE PONDÉRÉE IA TOTALE
Antsiranana Ii Diana 0,6 22,1 22,7
Antsiranana I Diana 0,0 5,0 5,0
Ambilobe Diana 1,6 29,4 31,0
Nosibe Diana 0,5 28,0 28,5
Ambanja Diana 1,0 38,8 39,7
Antalaha Sava 2,8 61,0 63,8
Sambava Sava 2,4 37,7 40,2
Andapa Sava 2,6 52,6 55,2
Vohimarina Sava 0,9 57,9 58,8

La Province d’Antsiranana est la plus petite de toutes les provinces malgaches. Elle est
constituée de deux régions plus ou moins égales en surface : la Diana et la Sava. La
Région de Diana rassemble les Fivondronana d’Antsiranana I, Antsiranana II, Ambanja,
Ambilobe et Nosy-Be. Compte tenu de la pluviométrie, de ses vastes plaines fertiles, des
fleuves de Sambirano et de la Mahavavy et des sols d’origine volcanique de Nosy-Be et
de la Montagne d’Ambre, la Région de Diana possède un important potentiel
agronomique. Cependant, il est aussi estimé qu’une grande partie de ces terres a subi une
forte dégradation due aux feux de brousse et à l’érosion.

La Région de Sava regroupe les Fivondronana de Sambava, Antalaha, Vohémar et


Andapa. Isolée du reste du pays par des routes particulièrement difficiles, elle est
caractérisée par la prépondérance de la vanille et d’autres cultures de rente telles que le
café, le cacao, l’anacarde, la vanille, le poivre et l’ylang-ylang. Elle regroupe deux-tiers
de la population de la province. Les revenus tirés des cultures de rente représentent la
principale source de revenus dans la grande majorité des communes. Cependant, les taux
relativement élevés de personnes ayant des difficultés à subvenir à leurs besoins de base
de façon temporaire indiquent que l’existence de ces sources de revenus supplémentaires
ne suffit pas à assurer la sécurité alimentaire.

39
Comparaisons avec les analyses de la pauvreté et les données sur la
malnutrition des enfants
D’après l’Enquête MICS 2000, près de la moitié des enfants malgaches souffre d’un
retard de croissance.
Il est intéressant de croiser les résultats issus du RC avec ceux obtenus dans le cadre
d’autres études sur la pauvreté et la malnutrition pour mettre en avant toute similarité ou
différence, notamment lorsqu’il s’agit d’identifier les zones prioritaires.

L’Enquête Démographie et Santé (EDS) et l’Enquête par grappe à indicateurs multiples


(MICS : Multiple Indicator Cluster Survey) effectuées en 2000, constituent les
principales sources de données représentatives au niveau national en ce qui concerne les
aspects nutritionnels et sanitaires. Les résultats de l’analyse des données MICS montrent
que près de la moitié des enfants examinés présentent un retard de croissance, que 33%
souffrent d’insuffisance pondérale et que 14% des enfants sont émaciés (Ministère de la
Santé, 2002]. Le Rapport MICS montre aussi que la malnutrition affecte 42% des
femmes enceintes et allaitantes. En plus de ces données concernant les femmes et les
enfants, la mortalité hospitalière due à la malnutrition sévère est estimée à 26% en 2002.

Les résultats de l’EPM 2001 confirment que Fianarantsoa, Toamasina et


Antananarivo sont les provinces avec les taux les plus élevés de pauvreté
L’estimation de l’incidence de la pauvreté mentionnée jusqu’à présent dans les
documents officiels est tirée des enquêtes auprès des ménages. Cette estimation est basée
sur des pratiques internationales qui définissent les pauvres comme étant les individus
dont les ressources sont insuffisantes pour consommer une ration alimentaire de 2 133
calories par jour, le minimum estimé nécessaire par la FAO pour entretenir une vie
normale et active et prendre en charge les dépenses indispensables (habillement, soins
médicaux, etc.). En appliquant la définition sus-mentionnée, le seuil de pauvreté était
évalué à 988 600 FMG par an par individu en 2001. Cette même année, la proportion de
gens vivant en dessous de ce seuil de pauvreté était estimée à 70% (Madagascar, 2003).

En ce qui concerne la contribution des différentes provinces à l’IA et à la pauvreté, le


tableau 17 montre que, à l’instar du RC 2001, l’EPM 2001 conclut que plus du quart des
gens pauvres à Madagascar vivent dans la Province de Fianarantsoa, tandis qu’un
cinquième vit dans chacune des Provinces d’Antananarivo et de Toamasina. La
hiérarchisation est la même pour toutes les provinces quant à leur contribution respective
à l’IA et à la pauvreté, excepté pour Antananarivo et Toamasina qui s’échangent les
deuxième et troisième positions. En ce qui concerne les prévalences d’IA et de pauvreté,
il faut noter que les troisième et sixième positions sont inversées pour Toliara et
Antananarivo, selon que la classification est établie sur la base du RC ou de l’EPM.

40
Tableau 17 : Comparaison entre la contribution de chacune des provinces à l’IA et à la pauvreté
selon le RC et l’EPM
Analyse basée sur le RC 2001 Analyse basée sur l'EPM 2001
Population Contribution
Province vulnérable/Prov/Popul. Rang à la pauvreté Rang
vulnérable national (%) (%)
Fianarantsoa 28 1 26 1
Antananarivo 18 3 20 2
Toamasina 25 2 20 3
Toliara 11 4 16 4
Mahajanga 11 5 12 5
Antsiranana 7 6 8 6
Niveau National 100
Pop IA/Pop tot (%) Rang Incidence de la Rang
Province pauvreté (%)
Fianarantsoa 62 1 83 1
Toamasina 62 2 82 2
Toliara 39 6 76 3
Mahajanga 45 4 72 4
Antsiranana 44 5 69 5
Antananarivo 50 3 48 6
Niveau National 52 70

Les Provinces de Fianarantsoa et Toamasina possèdent les taux les plus élevés d’IA
selon le RC et de pauvreté selon l’EPM.
Les deux provinces avec les taux d’IA et de pauvreté les plus élevés sont Fianarantsoa et
Toamasina selon le RC et l’EPM, reflétant la forte corrélation qui existe entre la pauvreté
et l’IA. Mahajanga et Antsiranana occupent les quatrième et cinquième places selon les
deux enquêtes. Les résultats diffèrent quant à la position des provinces de Toliara et
d’Antananarivo. Alors que les résultats de l’EPM mettent Toliara en troisième position
avec 76% de taux de pauvreté, les données du RC la placent en dernier rang avec un taux
de prévalence de l’IA de 39%.

41
Evolution passée de la malnutrition et de la pauvreté

Depuis 1992, le retard de croissance et l’insuffisance pondérale ont légèrement


baissé chez les enfants de moins de 5 ans.
Dans le Rapport MICS 2000, une comparaison est faite des données anthropométriques
représentatives des enfants de moins de cinq ans tirées des Enquêtes EDS 92, MICS 95 et
EPM 2000. Les données de l’EDS 97 ont été exclues car l’échantillon était composé
d’enfants de moins de 35 mois, ce qui les rendait difficilement comparable. Le Rapport
MICS 2000 conclut que la prévalence de la malnutrition chronique est restée relativement
stable autour de 50%. L’insuffisance pondérale a légèrement diminué: de 39% en 1992,
elle est tombée à 34% en 1995 et à 31% en 2000.

Figure 1 : Evolution des indicateurs de malnutrition chez les enfants de moins de 5 ans en 2000

Le rapport conclut que l’objectif fixé lors du Sommet Mondial de l’Enfance, soit la
réduction de moitié de la malnutrition chez les enfants de moins de cinq ans entre 1990 et
2000, ne sera pas atteint pour Madagascar. Cependant, il rappelle aussi que les données
tirées des sites d’intervention communautaire montreraient une évolution différente. La
malnutrition aurait diminué de 10 à 15% dans les sites NAC (Source : SNUT/MinSan).
Néanmoins, ces données couvrent un nombre limité de sites et ne peuvent pas être
considérées comme représentatives du statut nutritionnel de l’ensemble des enfants
malgaches.

42
D’après les résultats des EPM, l’incidence de la pauvreté n’a pas diminué depuis
1993.
Du fait de l’utilisation de méthodes différentes, l’absence de données comparables au
cours des dernières années nous empêche de faire des affirmations certaines sur
l’évolution de l’IA. Néanmoins, les données de l’EPM 2001 directement relatives à l’IA
sont utiles pour donner une idée de la progression de l’IA.

Au niveau national, le taux de pauvreté en 2001 est resté comparable à celui mesuré en
1993, passant de 70,4% en 1993 à 69,6% en 2001. De même, l’intensité de la pauvreté est
restée plus ou moins la même, se situant aux alentours de 31-35%. Comme le montre le
tableau 18, l’incidence de la pauvreté a évolué de manière différente dans les six
provinces :

- la Province d’Antananarivo a vu sa situation s’améliorer progressivement avec


un taux de pauvreté passant de 63,4% en 1993 à 48,3% en 2001 ;
- la Province de Toliara suit un schéma qui correspond à la tendance nationale
avec une légère détérioration en 1997, un redressement en 1999 et une
amélioration notoire en 2001 ;
- dans la Province de Toamasina, après une légère amélioration, la situation
s'est aggravée en 2001 avec un taux de pauvreté égal au niveau de 1997 ;
- dans les Provinces de Fianarantsoa, Antsiranana et Mahajanga, la situation
s’est continuellement dégradée, avec toutefois une amélioration à Antsiranana
en 2001.

La majorité de la population a subi une détérioration de son niveau de vie à la suite


de la crise de 2002, dont les effets négatifs risquent de continuer à se faire sentir
dans les années à venir.
L’impact de la crise de 2002 continuera vraisemblablement à se faire sentir pendant les
années à venir. En effet, l’analyse des données collectées après la crise de novembre 2002
a montré que pour deux tiers des communes, la crise politique de 2002 a été le pire des
évènements subis au cours des 10 dernières années. En comparant les chiffres avec la
même période en 2001, 58% des communes ont mentionné une détérioration du revenu
moyen, et 83% des communes de Toliara et 67% de celles de Fianarantsoa n’ont pas
retrouvé leur niveau de novembre 2001.

43
Tableau 18 : Evolution de la pauvreté au niveau provincial entre 1993 et 2001

Incidence
1993 1997 1999 2001
Taux Rang Taux Rang Taux Rang Taux Rang
Antananarivo 63,4 5 61,8 6 57,1 6 48,3 6
Fianarantsoa 76,7 3 77,6 3 83,6 1 83,2 1
Toamasina 81,0 2 82,9 2 74,4 4 82,3 2
Mahajanga 47,9 6 68,5 5 70,7 5 72,4 4
Toliara 86,6 1 87,5 1 77,1 3 76,1 3
Antsiranana 69,0 4 71,1 4 81,4 2 69,2 5
Source : INSTAT/DSM

En ce qui concerne la sécurité alimentaire, la période de soudure a été plus longue en


2002. La proportion de ceux qui souffrent d’IAT a légèrement augmenté et celle des
personnes qui n’ont aucun problème d’alimentation a diminué de 3%. Ce phénomène
révèle une plus grande vulnérabilité de la couche moyenne de la population. Ces résultats
sont confirmés par d’autres indicateurs, comme la proportion de la population pouvant se
permettre de manger régulièrement de la viande. Cette proportion a diminué de 2% par
rapport au mois de novembre 2001, ce qui montre que la situation était loin d’être rétablie
renforce.

C’est dans la Province de Fianarantsoa que l’IAT a le plus augmenté, avec 4% de plus
qu’en novembre 2001. Pendant la crise, certains ménages ont vendu plus de riz que les
autres années afin de faire face à l’augmentation des produits de première nécessité
(PPN). Ces stratégies ont contribué à mettre cette catégorie de la population dans une
situation très précaire. Quelques mois après, la plupart ont été obligé de réduire la
consommation de nourriture ou d’utiliser d’autres stratégies, à savoir la vente de
biens personnels, tels que les zébus, ou la mise en location des terres. Environ 40% des
GDC ont estimé que le nombre de personnes endettées a augmenté cette année-là.

La crise a aussi causé un accroissement des inégalités entre riches et pauvres, même si les
mesures préconisées par le Gouvernement ont atténué les impacts négatifs de la baisse
des revenus sur l’accès aux services d’éducation et de santé. Plusieurs analyses ont
montré que les inégalités flagrantes ralentissent le processus de réduction de la pauvreté,
ce qui implique la prise en compte de ce problème sous toutes ses facettes si l’on veut
faire rapidement baisser les taux de pauvreté.

Evolution future de la pauvreté


D’après le DSRP, réduire de moitié la pauvreté d’ici 2013 est possible à condition
d’assurer un taux de croissance économique moyen de 8% et de trouver une source
de financement pour prendre en charge la moitié des fonds estimés nécessaires.
Comme de nombreux pays, Madagascar s’est fixé comme objectif de réduire de moitié la
pauvreté d’ici 2015, soit moins de 35%, ce qui représente l’un des Objectifs de
Développement du Millénaire. Le Gouvernement a même prévu dans le Document de

44
Stratégie de Réduction de la Pauvreté (DSRP) de dépasser cet objectif et de réduire de
moitié le taux de pauvreté d’ici 2013, dans le cadre de son programme de développement
rapide et durable. Les projections ont montré qu’il faudra assurer un taux de croissance
économique moyen d’au moins 8% par an pour atteindre cet objectif.

Pour l’instant, les projections macroéconomiques cohérentes avec la stratégie de


réduction de pauvreté prévoient une hausse du PIB par habitant de 5,2% par an. Ces
projections sont basées sur des hypothèses de taux d’investissements internes publics et
privés élevés et des investissements étrangers, le taux d’investissement moyen nécessaire
étant de 21% du PIB. Le défi pour atteindre l’objectif fixé de réduction de la pauvreté est
de trouver les ressources pour financer le coût de l’opération estimé à 25 272 milliards de
FMG, soit 3,9 milliards de dollars EU. Plus de la moitié du financement reste encore à
trouver.

Comme indiqué préalablement dans le schéma de causalité sur la démarche


méthodologique, l’IA est le résultat de la combinaison d’un grand nombre de facteurs
agissant aux niveaux macroéconomique et communautaire des ménages et des individus.
Réduire les taux de prévalence de la pauvreté nécessite donc l’adoption de politiques
appropriées dans les secteurs clés.

45
Carte 2 : Prévalence
Carte 2 : Prévalence de l’insécurité

de l’insécurité

% d e m én ages af f ect és
p a r l 'i n s é c u r i t é a l i m e n t a i r e
ch r on iq u e
0 -5
6 -10
11 -20
21 -40
40 -65
66 -80
N o D at a
46 L i m it e F a r i t an y ( P r o v in ces)
L i m it e d es R égio n s
Carte 3 : Prévalence de l’insécurité alimentaire saisonnière

Carte 3 : Prévalence
de l’insécurité

% d e m én ag es a f f ect és
p a r l 'i n s é c u r i t é a l i m e n t a i r e
sa i so n n i èr e
0 - 15
16 - 30
31 - 50
51 - 70
76 - 85
86 - 100
N o D at a

L i m i t e F a r i t a n y ( P r o v i n c es)
L i m i t e d es R égi o n s
47
Carte 4 : Prévalence de
l’insécurité alimentaire
chronique et
Carte 4 : Prévalence de l’insécurité alimentaire chronique et saisonnière

% d e m én a g es a f f ec t és
p a r l 'i n s é c u r i t é a l i m e n t a i r e
c h r o n i q u e et sa i so n n i èr e
0 - 30
31 - 40
41 - 50
51 - 65
66 - 75
76 - 100
N o D at a

L i m i t e F a r i t an y ( P r o v i n c es)
48 L i m i t e d es R ég i o n s
QUELS SONT LES GROUPES VULNÉRABLES ?
Au niveau méthodologique, l’identification des groupes vulnérables se fait à partir de
données relatives aux ménages ou aux individus. Or, mises à part les études sur la
nutrition, il n’existe pas d’analyse spécifique se rapportant directement à l’IA. Etant
donné la forte corrélation existant entre la pauvreté et l’IA, ce chapitre tente de donner
une vue d’ensemble des catégories de groupes vulnérables en se basant sur les données
relatives à la pauvreté issues des EPMs ou autres études qualitatives plus spécifiques à
une région ou à une province.

La vulnérabilité dans les documents officiels


Selon un rapport du Ministère de la population, 1 647 000 ménages sur 2 028 000, soit
81% de la population totale, étaient vulnérables à l’IA en août 1987. La population de
Madagascar était alors estimée à 10 500 000 habitants. Ce rapport souligne l’aggravation
progressive de la vulnérabilité dans le pays et l’attribue à la politique d’ajustement
structurel mise en place par le Gouvernement dans les années 1980.

Le DSRP utilise aussi le concept de vulnérabilité par rapport à la pauvreté. Les groupes
vulnérables y sont classifiés selon le type de risques. Ceux-ci sont divisés entre risques
économiques, sociaux et environnementaux. Cette classification par type de risques
permet de distinguer des politiques différentes selon la nature des causes de la
vulnérabilité.

Les groupes vulnérables dans les zones urbaines et rurales sont indiqués au tableau 19.
Les catégories citées sont assez vastes et ne sont pas spécifiques à l’IA. Par exemple,
elles regroupent, au niveau rural, les exploitants agricoles de produits de rente, les petits
exploitants agricoles et les victimes des cataclysmes naturels. Les exploitants du sud sont
aussi classifiés parmi les plus vulnérables du fait des sécheresses. Le tableau indique
aussi les groupes vulnérables en zones urbaines composés d’ouvriers, de petits
fonctionnaires et d’employés des zones franches. Aussi bien en milieu rural qu’en milieu
urbain, les femmes allaitantes et les enfants jusqu’à cinq ans sont considérés comme étant
les plus vulnérables à la malnutrition.

49
Tableau 19 : Les groupes vulnérables selon le DSRP
Risques Types de risques Groupes vulnérables
Economiques Insuffisance de revenu en milieu Exploitants agricoles : produits de rente
urbain ou rural Petits exploitants agricoles (<0,34 ha / tête)
Exploitants agricoles victimes de cataclysmes
naturels
Employés ouvriers
Petits fonctionnaires (urbain)
Sous-emploi ou perte d’emploi Employés de zones franches
Travailleurs sans contrat formel
Travailleurs victimes de la récession
Main-d’œuvre non qualifiée (rurale)
Non respect du droit
Sociaux Malnutrition Enfants de 0 à 5 ans
Femmes allaitantes et enceintes
Non scolarisation et abandon Enfants scolarisables de 6 à 15 ans
scolaire
Analphabétisme Population en milieu rural et femmes
Maladies: Enfants de 0 à 3 ans
Paludisme
Insuffisance respiratoire
aiguë
Diarrhée
Marginalisation Personnes âgées
Personnes handicapées
Familles vivant dans les rues
Femmes rurales et chefs de ménage
Environnementaux et Sécheresse et famine Exploitants agricoles du sud
catastrophes Cyclones et inondations Petits exploitants agricoles: est, sud-est, sud-ouest
naturelles Dégradation environnementale Petits exploitants agricoles: Hauts plateaux, sud-
ouest, ouest

La vulnérabilité: profils tirés des études existantes

Les caractéristiques des ménages vulnérables varient peu d’une région à une autre.
Des études ayant eu pour objectif de révéler des spécificités régionales ont pour la plupart
mis en lumière des aspects qui pourraient être communs à toutes les couches défavorisées
de la population, quel que soit leur lieu de résidence. Ainsi, d’après Lupo, (Lupo, 1999),
le mot «vulnérable» exprime la fragilité financière et le danger constant de tomber dans la
pauvreté, surtout dans le sud malgache. Ainsi, en cas de choc, le ménage court le grand
risque de tomber dans la pauvreté. Autrement dit, «tout se passerait bien s’il n’y avait pas
les situations imprévues». Cette caractéristique pourrait être commune à beaucoup de
ménages, quelle que soit leur province de résidence.

En étudiant le cas des groupes vulnérables de la capitale, Comode (Comode, 1999, N°58)
identifie les caractéristiques suivantes :

50
- la taille des ménages : une famille avec beaucoup de bouches à nourrir est
exposée à la vulnérabilité car les dépenses d’alimentation, qui sont lourdes et
renforcent les déficits budgétaires, occupent plus de 70% des dépenses ;
- le recours aux usuriers : l’effet de cet acte de désespoir se fait sentir dans la
région d’Ankazomanga lorsque par exemple certains ménages font cuire du
riz dans des kapoak’4 parce que les marmites ont été saisies par les usuriers ;
- les parents célibataires : la famille est plus fragile et le revenu se retrouve
réduit de moitié après le départ de l’autre parent, ce qui entraîne une plus forte
probabilité de tomber dans la pauvreté ;
- la prostitution : elle constitue souvent le recours des femmes ayant peu
d’instruction et ne s’accompagne pas, dans la plupart des cas, de mesures de
protection contre les maladies sexuellement transmissibles.

Les petits agriculteurs


La politique de libéralisation des prix a eu comme objectif d’augmenter les prix au
producteur et, de ce fait, a entraîné une croissance agricole et une augmentation des
niveaux de vie des agriculteurs. Cependant, la plupart des petits agriculteurs à
Madagascar achètent plus qu’ils ne vendent de riz. Par conséquent, comme montré dans
une étude menée par Barrett (Barrett, 1997), le processus de libéralisation s’est traduit par
une diminution de leur bien-être. La pauvreté des exploitants agricoles est confirmée par
les derniers résultats publiés par l’INSTAT indiquant que près de 63% d’entre eux vivent
dans la précarité (voir tableau 20).

4
Boîte de fer blanc normalement utilisée pour mesurer les quantités de riz ou autres produits vendus sur le
marché.

51
Tableau 20 : Pauvreté et caractéristiques du chef de ménage
Pourcentage Pop. Taux d’incidence Part de pauvres
(%) (P0) (%)
Genre du chef de ménage
Masculin 84,9 69,7 85,0
Féminin 15,1 69,2 15,0

Age du chef de ménage


0-24 5,4 65,8 5,1
25-44 51,9 70,2 52,3
45-64 35,9 70,0 36,1
Plus de 64 6,9 66,2 6,5

Education du chef de ménage


Aucun 36,0 85,0 43,9
Primaire 47,7 71,3 48,8
Secondaire et Université 16,3 31,1 7,2

Groupe Socio-économique du chef de


ménage
Exploitant agricole 62,7 86,1 77,4
Eleveur/Pêcheur 2,3 79,5 2,6
Entrepreneur agricole 2,9 47,4 1,9
Commerçant/services 5,9 32,6 2,8
Travailleur salarié 5,0 16,7 1,2
Ouvrier 13,5 40,2 7,8
Travailleur rural Non-qualifié 2,4 74,7 2,5
Travailleur urbain non-qualifié 1,3 44,7 0,8
Autres 4,0 48,0 2,7
Source : INSTAT/DSM, 2001

Les ménages où le chef de famille n’a reçu aucune éducation.


Les analyses de l’INSTAT ont aussi montré que l’incidence de la pauvreté diminue
lorsque le niveau d’éducation du chef de famille augmente. Ainsi, alors que 85% des
ménages dont le chef n’a reçu aucune instruction sont pauvres.

Les ménages de grande taille


D’après les résultats de l’EPM 2001 et 2002, plus la taille des ménages est grande, plus la
pauvreté est élevée. Les données de l’EPM 2001 montrent aussi que le rapport de
dépendance, c’est-à-dire entre le nombre d’actifs et d’inactifs au sein du ménage, est
corrélé avec la pauvreté. Dans la recherche des liens de causalité, il est important de tenir
compte du fait que le regroupement des ménages constitue une stratégie de survie qui
permet des économies d’échelle importantes, et que la situation évolue dans le temps: les
enfants deviendront à leur tour des actifs, ce qui explique pourquoi les ménages ruraux
considèrent les enfants comme une richesse pour assurer la main-d’œuvre future. Les
enfants sont aussi un signe de fertilité qui assure un statut respectable à la mère de
famille.

52
Les ménages à la tête desquels se trouvent des personnes âgées
Lockshin et al (2004) ont analysé les estimations subjectives des problèmes d’IA par les
ménages et ont trouvé que ceux-ci identifient les ménages à la tête desquels se trouvent
des personnes âgées comme étant les plus pauvres. Cependant, si l’on se réfère aux
mesures objectives de la consommation, seul un tiers de ceux-ci sont considérés comme
étant particulièrement démunis.

Les paysans sans terre


Les paysans sans terre sont parmi les plus démunis de leur communauté. Ils travaillent
comme journaliers pour des salaires très faibles et n’ont pas la possibilité d’acquérir le
surplus de liquidités nécessaire aux dépenses de la vie courante. Posséder, ne serait-ce
qu’un petit lopin de terre, est assez commun à Madagascar, et ceux qui en sont exclus
sont pour la plupart des descendants d’anciens esclaves victimes de discrimination au
sein de leurs ethnies respectives. En effet, de par le passé, les esclaves se sont trouvés
dans l’incapacité d’acheter des terres et pouvaient au mieux louer des parcelles auprès de
leurs maîtres. Or, l’accès à la terre est essentiel pour la sécurité alimentaire.

Hormis les raisons d’ordre historique, il arrive aussi que des paysans aient perdu leurs
terres à la suite de problèmes financiers. Des dépenses de santé ou des funérailles les ont
forcés à hypothéquer leurs biens, les privant de ce fait de leur principal moyen de
production. La durée de ce type d’hypothèque augmente souvent parce que les ménages
nécessiteux ont besoin de plus de temps pour rembourser leurs prêts. Dans les cas
extrêmes, certaines familles se trouvent forcées de vendre définitivement leurs terres,
s’enfonçant ainsi davantage dans la pauvreté.

Les producteurs de produits d’exportation : une amélioration du niveau de vie


durable ?
Les produits du secteur primaire représentaient 72% des exportations de Madagascar en
2001 (Commodities, 2001). Ceux-ci comprennent principalement la vanille, le girofle, les
crevettes, le sucre et le café. Ces produits sont sujets à des fluctuations de prix
principalement déterminées par les marchés internationaux. Toutefois, les prix des
cultures de rente connaissent de fortes variations aussi bien à la hausse qu’à la baisse. Par
exemple, les prix de la vanille ont augmenté de 600% entre 1997 et 2001, après avoir
connu une chute spectaculaire des prix entre 1995 et 1996. De plus, la vulnérabilité de ce
type de cultures face aux catastrophes naturelles, ainsi que les problèmes de respect des
normes de qualité de même que la concurrence accrue avec l’Indonésie, pourraient
bientôt constituer une menace pour les producteurs malgaches. Les prix FOB de la vanille
ont chuté de 100-120 dollars EU /kg en 2002 alors qu’ils étaient de 200 dollars EU /kg en
2001.

De même, en 2001, les prix du girofle étaient à 500% plus élevés que l’année précédente.
Suite à cette augmentation, l’intérêt pour le girofle a augmenté auprès des paysans.
Cependant, la crise politique de 2002 et les perturbations au niveau du transport routier
qui l’ont accompagnée ont exacerbé l’effet de la variation des cours internationaux sur les

53
prix producteurs du girofle. Ces variations compliquent les décisions des paysans quant
aux cultures à adopter pour diversifier leurs sources de revenus.

Par contre, les prix du café ont subi une baisse de plus de 50%, rendant la filière peu
intéressante pour les opérateurs privés à Madagascar et a, de ce fait, entraîné une chute
des exportations (Banque Mondiale, 2003). Si le café constituait une source de revenus
importante pour les paysans de la partie est de l’île dans les années 70, la situation est
différente aujourd’hui. Face aux pays tels que le Brésil ou le Vietnam, la production
malgache est insignifiante. De plus, les prix du café sont tellement bas ces dernières
années que beaucoup de paysans se sont désintéressés de cette culture. Les projets mis en
place par le Comité National de Commercialisation du Café (CNCC) tentent de changer
cette situation par des programmes de revitalisation de la filière.

Les disparités hommes/femmes : une analyse basée sur plusieurs


indicateurs

Selon les analyses tirées des enquêtes quantitatives, les inégalités hommes/femmes
seraient relativement faibles.
Les femmes constituent un élément clé dans la lutte contre l’IA. Les disparités entre
hommes et femmes seraient relativement faibles à Madagascar selon les analyses sur la
pauvreté. On étudiera ci-après leur étendue dans le cadre des indicateurs de
développement humain, des taux de pauvreté et des niveaux de salaires dans les zones
rurales où sont concentrés plus de trois-quarts des pauvres.

Des taux de pauvreté plus ou moins égaux entre les ménages menés par les hommes
et ceux menés par les femmes
Utilisant les derniers résultats sur la pauvreté, le DSRP affirme que 19% des foyers
malgaches sont dirigés par les femmes et que ceux-ci ont un niveau de vie semblable à
ceux dirigés par les hommes. En effet, les chiffres indiquent que, si en 1993 les ménages
menés par des femmes étaient plus pauvres que ceux menés par des hommes, la situation
s’est équilibrée en 1999 et en 2001 (Tableau 21).

Les analyses montrent en fait que les ménages dirigés par des femmes divorcées ou
veuves sont plus pauvres que ceux dirigés par des femmes mariées ou célibataires, les
femmes célibataires s’en sortant toutefois moins bien que les femmes mariées chefs de
ménage. Ces résultats indiquent que ce n’est pas seulement le sexe du chef du ménage qui
détermine le bien-être de la famille mais la combinaison d’un certain nombre de
caractéristiques telles que l’historique de la situation matrimoniale du foyer, son niveau
d’éducation, etc. La situation défavorisée des femmes veuves ou divorcées reflète
probablement la perte définitive du conjoint et de sa contribution au bien-être du ménage
tandis qu’il est plausible qu’une partie des ménages dirigés par des femmes mariées ou
célibataires bénéficient de transferts de la part d’un homme absent.

54
Tableau 21 : Situation de pauvreté selon le genre et la situation matrimoniale du chef de ménage
Incidence de pauvreté Intensité
1993 1997 1999 2001 1993 1997 1999 2001
Genre du chef de ménage
Masculin 69,7 73,4 71,6 69,7 31,9 35,3 34,7 34,7
Féminin 73,9 74,6 71,5 69,2 34,0 37,5 35,5 35,5
Situation matrimoniale du chef de ménage ( femme)
Mariée 64,0 76,5 58,1 38,7 39,6 27,8
Divorcée ou veuve 74,5 74,3 72,6 32,8 36,1 34,8
Célibataire 54,2 67,7 60,6 22,4 32,9 31,0
Source : INSTAT/EPM 1993, 1997, 1999 et 2001

L’exemple de Mme Soafina dans l’encadré 1 ci-dessous illustre les difficultés auxquelles
font face les femmes seules à la tête d’un ménage.

Encadré 1 : L’expérience de la vulnérabilité des femmes seules chefs de ménage à travers l’histoire de
Mme Soafina

Mme SOAFINA habite à Masomeloka, une commune située à l’extrême sud de la province de
Toamasina, dans le fivondronana de Mahanoro. Le mari de Mme Soafina est décédé depuis quelques
années, de même que son père. Son fils aîné de 17 ans travaille comme domestique à Mananjary.
Mais cela fait longtemps qu’elle n’a pas eu de ses nouvelles. Ses autres fils doivent travailler comme
salariés agricoles et ses filles sont trop jeunes pour contribuer aux besoins monétaires du ménage. De
ce fait, personne n’est disponible pour travailler dans la rizière de la famille. Or, Mme Soaofina n’a pas
assez d’argent pour payer des journaliers. De ce fait, ces derniers ne disposent pas de stock de riz. Ils
ne peuvent pas non plus acheter suffisamment de riz sur le marché puisque leurs salaires de
journaliers sont très faibles. Les hommes sont payés 3 000 FMG par jour et les femmes 2000 FMG. Or,
il y a aussi les autres produits de première nécessité qu’il faut acheter.

Pendant les périodes les plus difficiles de l’année, les fruits à pain et les bananes sont récoltés alors
qu’ils sont encore verts et n’arrivent jamais à maturité. En avril, les difficultés atteignent leur paroxysme
et comme d’autres paysans pauvres dans leur village, ils se contentent de manger des plantes qui
poussent au bord du canal (appelées via). Soixante à 70% des habitants de la commune vivent ainsi.
Les difficultés financières de la famille ont été exacerbées par le fait que l’une des filles de Mme
Soafina a eu un enfant hors mariage, ce qui a entraîné une charge supplémentaire pour le ménage.
Ce cas est assez commun dans la région. Le planning familial n’est pas encore répandu. Ceci est en
partie dû à l’analphabétisme d’une grande partie de la population.

Mme Soafina n’a pas le temps de penser à l’avenir. Elle doit toujours essayer de trouver à manger au
jour le jour pour sa famille. Ils restent souvent dans l’obscurité le soir venu car le peu d’argent dont ils
disposent ne suffit pas pour acheter de quoi s’éclairer. Elle ne sait pas trop quel âge elle a. Elle en
paraît 50 même si du fait de l’âge de son aîné et un mariage très jeune, elle doit avoir 35 ans au
maximum.

55
Des inégalités hommes-femmes au niveau des salaires agricoles d’environ 10%
L’analyse des données sur les salaires agricoles issues du RC 2001 montre qu’il existe
une différence entre genres au niveau des salaires dans la plupart des communes. Comme
le montre la figure 2, les hommes reçoivent en moyenne 10% de plus que les femmes.
Ces inégalités apparaissent relativement peu élevées par rapport à ce qui est observé au
niveau international où plusieurs études ont montré que, à un niveau de compétence et
d’expérience égales, les salaires des femmes sont en moyenne 20% moins élevés que
ceux des hommes. Cette moyenne peut couvrir des différences beaucoup plus importantes
comme celles observées dans la Commune de Masomeloka (voir encadré 1).

Figure 2 : Disparités des salaires entre hommes et femmes, d’octobre-décembre 2000 à juillet-
septembre 2001

7800

7600
7400
7200
7000

6800
6600
6400
6200
Oct -Déc 0 0 J anv-M ars 0 1 Avril-J uin 0 1 J uil-Sep t 0 1

Homme Fe mme

Source : Recensement des communes, Programme Ilo, Université de Cornell/FOFIFA/INSTAT, 2001

Ces disparités existent dans toutes les provinces de Madagascar, excepté dans celle de
Toamasina (Tableau 22). Il faut noter que les valeurs présentées dans ce tableau se
réfèrent aux salaires médians et, de ce fait, ne sont pas influencées par les valeurs
extrêmes qui caractériseraient les variations salariales au niveau des communes. En outre,
ajoutons qu’en moyenne 16% des salaires sont payés en nature. Les disparités de salaires
s’expliquent en partie par la différence existant au niveau de la nature du travail agricole
effectué respectivement par les hommes et par les femmes. Ainsi, dans les étapes de la
culture du riz, les femmes effectuent les travaux de repiquage tandis que les hommes sont
responsables du labour des champs.
Tableau 22 : Salaires agricoles au niveau provincial et national en janvier/mars 2001
Homme Femme
(FMG/jour) (FMG/jour)
Médian Médian
Antananarivo 6 000 5 500
Fianarantsoa 4500 4 000
Toamasina 6 000 6 000
Mahajanga 8 500 7 500
Toliara 7 000 6 000
Antsiranana 15 000 12 500
Total 6 000 5 775
Source : Recensement des communes, Programme Ilo, Université de Cornell/FOFIFA/INSTAT, 2001

56
Les indices de développement humain indiquent des disparités hommes/femmes
L’Indice de Développement Humain (IDH) est un indicateur composite constitué de
variables indiquant l’espérance de vie à la naissance, la scolarisation, l’alphabétisation et
le revenu. L’Indicateur Sexo-spécifique de Développement Humain (ISDH) est construit
à partir de l’IDH, mais il tient compte des disparités sociologiques entre hommes et
femmes. De ce fait, l’écart entre les deux indicateurs représente les inégalités
hommes/femmes au niveau de l’espérance de vie, de l’éducation et des revenus.

Le tableau 23 montre que l’ISDH est de 0,493 au niveau national, soit nettement inférieur
à l’IDH qui est de 0,515. On retrouve cette différence dans toutes les provinces. C’est
dans les Provinces de Fianarantsoa et de Toliara que l’ISDH est le plus faible. On
constate aussi que l’ISDH est de 0,354 en milieu rural contre 0,596 en milieu urbain,
indiquant ainsi que les femmes rurales sont plus mal loties que leurs homologues en
milieu urbain.

Tableau 23 : Indicateurs de développement humain en 1999


Indicateur Antananarivo Fianarantsoa Toamasina Mahajanga Toliara Antsiranana Madagascar
IDH 0,515 0,356 0,427 0,383 0,382 0,444 0,481
ISDH 0,493 0,333 0,405 0,362 0,360 0,424 0,460
Milieu ISDH
Urbain 0,596
Rural 0,354

Source : RNDH 2000

Un état de santé alarmant chez les mères selon les enquêtes de


démographie et santé

Les données sanitaires et nutritionnelles reflètent les conditions de vie peu


satisfaisantes des femmes: en 1997, 42% des mères étaient atteintes d’anémie. Cette
prévalence est plus élevée chez les mères sans instruction.
La capacité de porter un enfant et de le mettre au monde constitue l’une des différences
fondamentales entre hommes et femmes. Cependant, la maternité et la fragilité physique
qu’elle occasionne mettent la femme dans une situation de plus grande vulnérabilité face
aux maladies. Parmi ces maladies, on retrouve l’anémie principalement due à des
carences en nutriments et, en particulier, au manque de fer. Utilisant les données de
l’EDS 1997, le Rapport MICS 2000 montre que le taux de prévalence de l’anémie atteint
42% chez les mères. Elle se présente sous forme légère pour 30% d’entre elles, sous
forme modérée pour 11% et sous forme sévère pour 1%. Par ailleurs, la prévalence de
l’anémie modérée ou sévère est plus élevée chez les mères sans instruction, chez qui elle
atteint 15%, que chez celles qui ont atteint le niveau secondaire ou plus, chez qui elle
atteint 9%. Les femmes en milieu rural sont aussi plus vulnérables puisque 12% des

57
mères y présentaient une anémie modérée ou sévère, contre à peine 4% dans la capitale.
L’anémie prévaut davantage chez les femmes enceintes car 22% d’entre elles présentent
une anémie modérée ou sévère; chez les femmes qui ne sont pas enceintes, le taux de
prévalence est de 10%.

La cécité nocturne constitue l’une des manifestations de la carence nutritionnelle des


mères. La figure 3 indique que le taux de prévalence de la cécité nocturne chez les mères
a augmenté de 3% en 1997 à 11% en 2000. On retrouve cette forte augmentation dans
toutes les provinces, exceptée celle de Toamasina. Toliara est la province la plus touchée,
avec 24% des mères victimes de cécité nocturne en 2000. Le Rapport MICS 2000
maintient que cette carence en micro-nutriments qui se manifeste sous la forme de cécité
nocturne est principalement due aux facteurs suivants :

- apport insuffisant en aliments ;


- tabous alimentaires ;
- pratiques alimentaires non adéquates ;
- insécurité alimentaire ;
- insalubrité de leur environnement ;
- et maladies infectieuses (parasitoses, etc.) aggravant l’état de déplétion en
nutriments durant la grossesse.

La pauvreté des ménages et la surcharge de travail des mères tendent à aggraver leur
situation. Ces données soulignent la nécessité d’adopter une approche genre dans
l’analyse de l’IA.

58
Figure 3 : Evolution de la cécité nocturne chez les femmes enceintes de 1997 à 2000, selon les
provinces, Madagascar, 2000

Source : Santé maternelle et infantile, Célestine Rabialahy, rapport MICS 2000

Des jeunes filles carencées vont donner naissance à leur tour à des enfants atteints
de dénutrition; or un quart des bébés malgaches souffre d’insuffisance pondérale
dont les taux sont particulièrement élevés dans les Provinces de Fianarantsoa,
Toamasina et Toliara.
Le Rapport MICS 2000 analyse les données sur l’insuffisance pondérale d’après les
estimations d’un échantillon de mères. Les résultats sont indiqués au tableau 24 qui
montre qu’au niveau national, 25% des bébés sont plus petits que la moyenne ou même
très petits. L’insuffisance pondérale est un problème qui est présent aussi bien dans les
zones rurales qu’urbaines. Ainsi, le taux de prévalence est estimé à presque 13% dans la
capitale alors qu’il atteint 9% en milieu rural. Au niveau provincial, c’est dans la
Province de Fianarantsoa que les taux d’insuffisance pondérale sont les plus inquiétants
puisque 13% des enfants qui y naissent sont très petits. Pour les enfants plus petits que la
moyenne, c’est la Province de Toamasina qui arrive en premier rang. D’après
l’estimation des mères, 27% des bébés se retrouvent dans cette catégorie. Toliara suit de
près avec un quart des nouveaux-nés considérés comme mal nourris. C’est dans les
Provinces d’Antananarivo et Antsiranana que l’on trouve les taux de bébés les plus gros,
en ligne avec les analyses de la pauvreté qui les placent comme les provinces les moins
pauvres de Madagascar.

59
Encore une fois, on constate que toutes provinces confondues, le niveau d’éducation de la
mère contribue à améliorer la situation puisque presque 12% des enfants nés de mères
sans aucune instruction sont très petits alors que chez les mères qui ont fréquenté une
école secondaire et plus, ce taux n’atteint que 7%.

Tableau 24 : Répartition (en %) des naissances survenues au cours de l’année précédant l’enquête
selon l’estimation par la mère de la grosseur de l’enfant à la naissance, Madagascar, 2000
Très Plus gros que Moyen Plus petit que Très NSP ND
Province gros la moyenne la moyenne petit
Antananarivo 16 32,3 32,3 11,1 7,4 0,5 -
Fianarantsoa 17,6 20,6 36,6 9,5 13,4 - 2,3
Toamasina 15,3 18,4 33,7 27 6,1 - -
Mahajanga 16,1 30,3 27,7 14,2 11,6 - -
Toliara 10,5 28,3 27,4 24,9 8,4 - 0,4
Antsiranana 16,8 37,4 22,4 13,1 9,3 - 0,9
Milieu de résidence
Capitale 18,2 21,8 12,7 - -
Autre urbain 17,1 24 7,4 - 0,6
Rural 15 28,4 9,4 0,2 0,6
Education de la mère
Aucune 12,9 25,2 32 18 11,7 - 0,5
Primaire 17,7 28,5 29,3 15,3 8,4 0,3 0,6
Secondaire et plus 13,5 28,7 34,7 14,7 7,2 - 1,2
NSP - - - - - - -
ND - - - - - - -
Total 15,4 27,5 31,1 15,9 9,2 0,1 0,6
Source : Soins prénatals et à la naissance, Hélène Razanatsoarilala, Rapport MICS 2000

Les taux d’insuffisance pondérale sont particulièrement inquiétants parce qu’ils


contribuent à la transmission intergénérationnelle de la pauvreté. Il y a en effet une
interrelation entre le faible poids à la naissance et la malnutrition chronique chez les
enfants. Un mauvais état nutritionnel dans les premières années de la vie entraîne des
insuffisances qui se perpétuent durant le restant de la vie et se manifeste par les difficultés
que rencontre l’enfant à développer le maximum de ses potentialités. Dans le cas des
enfants de sexe féminin, cette condition ne s’arrête pas là car les jeunes filles carencées
vont donner naissance à leur tour à des nouveaux-nés de faible poids.

60
Un regard sur l’empowerment des femmes montre l’existence de fortes disparités.

La complexité des rapports genre rend difficile la possibilité de tirer des conclusions
à partir des indicateurs quantitatifs disponibles.
Malgré l’apparition d’indicateurs tels que l’ISDH, certaines analyses montrent qu’il est
impossible de quantifier les disparités genre. Ainsi, Saith et Harris-White (Saith, 1997)
examinent 24 indicateurs qui incluent des indicateurs composites ainsi que des mesures
spécifiques à la santé, l’éducation et la nutrition, et concluent que la plupart sous-estiment
l’étendue des inégalités entre hommes et femmes. D’après eux, il faudrait analyser
plusieurs indicateurs et non pas affirmer l’absence ou l’existence de disparités genre au
sens large en se basant uniquement sur un nombre restreint d’indicateurs. Le choix doit
être fait après l’identification d’indicateurs spécifiques au contexte social examiné.

Ces auteurs pensent que les indicateurs composites sont biaisés car l’allocation des
facteurs multiplicatifs aux différents composants se fait de façon aléatoire. Ils pensent
qu’il est important de compléter l’analyse des indicateurs quantitatifs par un examen plus
détaillé des déterminants des disparités genre au niveau institutionnel. Par ailleurs, il est
maintenant largement reconnu que la plupart des manifestations de ces disparités ont pour
origine des inégalités en termes de «pouvoirs», ce qui a entraîné l’apparition d’une
littérature spécialisée sur la notion d’empowerment. C’est une notion qui est difficile à
définir mais qui pourrait se comprendre comme l’augmentation de la capacité de prise de
décision. De ce fait, Kabeer (Kabeer, 1997) et d’autres féministes favorisent l’analyse
d’indicateurs opérationnels qui traduisent les progrès effectués en matière de politiques
de promotion de la femme. Parmi ces indicateurs, on trouve l’utilisation des moyens de
contraception et la participation des femmes aux postes de décision politique. Etant donné
l’influence de l’empowerment des femmes sur les variables structurelles qui déterminent
l’insécurité alimentaire au niveau communautaire, du ménage et des individus, ces
indicateurs seront examinés à tour de rôle.

La taille de la famille est fortement corrélée à la pauvreté, mais le faible taux


d’utilisation de méthodes de contraception moderne illustre le faible pouvoir de
décision des femmes à Madagascar.
L’utilisation de moyens de contraception constitue l’un des indicateurs de l’emprise des
femmes sur leur vie. Les résultats du Rapport MICS 2000 sur l’utilisation de méthodes
contraceptives sont présentés au tableau 25.

61
Tableau 25 : Pourcentage de femmes mariées ou en union âgées de 15 à 49 ans qui utilisent
actuellement (ou dont le partenaire utilise) une méthode contraceptive, par caractère
sociodémographique et selon la méthode contraceptive, Madagascar, 2000
Pas de N'importe N'importe quelle N'importe Effectif des
méthode quelle méthode méthode quelle femmes
moderne traditionnelle méthode
Niveau d'instruction
Aucun 94,7 3,5 1,7 5,3 1 239
Primaire 83,2 10,8 5,8 16,8 2 360
Secondaire ou + 61,6 23,3 14,8 38,5 1 107
NSP 0 0 0 0 0
ND 100 0 0 0 3
81,2 11,8 6,9 18,8 4 709

Milieu de résidence
Capitale 44,6 31,8 22,8 55,4 289
Autre urbain 71,7 18,2 9,9 28,3 781
Rural 86,1 8,8 4,9 13,9 3 639
Source : Planification familiale, Claude, Rapport MICS 2000

Le tableau 25 indique que seuls 19% des couples en union utilisent des moyens de
contraception. Parmi ceux-ci, 12% utilisent des méthodes modernes. La différence entre
le comportement des habitants de la capitale et ceux des zones rurales est énorme puisque
64% des premiers utilisent des moyens de contraception contre seulement 14% en milieu
rural. Ces taux relativement faibles d’utilisation du planning familial est dû à des
contraintes aussi bien du côté de l’offre de services que du côté des clients, demandeurs
et utilisateurs de ces services.

Seuls trois pour cent des maires sont des femmes, montrant ainsi une très faible
représentativité de celles-ci au niveau du pouvoir politique.
Le tableau 26 indique une très faible représentativité des femmes au niveau des autorités
locales. En effet, au niveau national, seuls 3% des maires et des adjoints au maire sont
des femmes. Comme discuté précédemment, les femmes jouent un rôle décisif dans la
sécurité alimentaire et il est important de mettre en œuvre des politiques qui leur
permettent de jouer ce rôle avec un impact optimal sur la sécurité alimentaire, notamment
en améliorant le niveau d’éducation des filles (suite au constant de la corrélation inverse
entre niveau d’éducation des mères et malnutrition des enfants) et en assurant que les
besoins nutritionnels et sanitaires spécifiques des femmes enceintes et allaitantes soient
couverts. . Renforcer la représentation des femmes au niveau des instances de décision
contribueraient à concevoir et mettre en place les mesures et programmes appropriés.

En ce qui concerne les taux de femmes maires et femmes adjoints au maire confondus,
c’est la Province d’Antananarivo qui est la plus progressiste. Les Provinces de
Fianarantsoa et Toamasina possèdent les pourcentages de femmes maires les plus élevés
mais sont aussi les plus touchées par l’IA. Les Provinces d’Antsiranana et de Toliara
possèdent les taux de femmes maires les plus faibles. Antsiranana amorce un
changement, puisque 6% des adjoints au maire sont des femmes, alors qu’il n’y en a
quasiment aucune dans la Province de Toliara.

62
Tableau 26 : Représentativité hommes/femmes aux postes d’élus communaux
Antananarivo Fianarantsoa Toamasina Mahajanga Toliara Antsiranana Madagascar

Maires
Homme 96,93 95,29 96,53 97,37 98,33 99,21 96,96
Femme 3,07 4,71 3,47 2,63 1,67 0,79 3,04
100 100,00 100,00 100,00 100,00 100,00 100,00
Adjoint au maire
Homme 92,64 98,06 97,99 95,24 100,00 94,44 96,64
Femme 7,36 1,94 2,01 4,76 0,00 5,56 3,36
100,00 100,00 100,00 100,00 100,00 100,00 100,00
Source : Recensement des communes, Université de Cornell/FOFIFA/INSTAT 2001

63
64
POURQUOI CES GROUPES SONT-ILS
VULNÉRABLES ?
Comme discuté précédemment, la vulnérabilité à l’IA est le résultat d’une combinaison
de facteurs structurels et conjoncturels qui influencent la disponibilité, l’accessibilité et
l’utilisation des aliments.

Disponibilité des aliments

Tendances dans la disponibilité des aliments


En termes d'occupation des surfaces agricoles, les cultures vivrières sont les plus
répandues dans toute l'île. Le riz est la culture la plus commune, sauf dans le sud. Les
cultures d'exportation (vanille, café, girofle, etc.) sont principalement localisées sur la
côte orientale de l'île. Leur importance se mesure en termes de superficies cultivées et de
revenus générés.

La production des cultures vivrières est stagnante et tend même à diminuer dans le temps.
L'année 2001 a été, comme on peut le constater à travers les taux de croissance de la
production vivrière (Tableau 27), une bonne année agricole avec une production de paddy
en hausse de 7%.

Tableau 27 : Evolution de la production vivrière


Indice de la production vivrière Taux de croissance annuel (%)
1998 1999 2000 2001 1998 1999 2000 2001
Cultures vivrières 101,4 105,3 103,1 106,4 -2,5 3,9 -2,1 3,2
Paddy 99,2 104,2 100,6 108,0 -4,3 5,0 -3,5 7,3
Manioc frais 104,7 106,9 106,9 105,2 -0,2 2,0 0,0 -1,6
Maïs grain sec 89,9 101,4 98,6 104,1 -12,9 12,9 -2,8 5,6
Patate douce 101,2 103,4 101,6 104,0 0,2 2,2 -1,7 2,3
Pomme de terre 101,7 105,3 103,9 106,7 0,4 3,6 -1,3 2,7
Haricot sec 108,3 111,3 111,3 112,9 2,9 2,8 0,0 1,4
Pois du cap 108,3 111,1 104,2 102,8 -2,5 2,6 -6,2 -1,4
(1) Les quantités de référence Qo pour l'année de base est la moyenne des productions pour les données 1994 à 1997.
(2) Le prix de référence Po pour l'année de base est la moyenne des prix par produit pour les années 1996 et 1997
(3) L'indice est un indice des quantités de type Laspeyres dont la formule générique est la suivante:
I = (QtPo / QoPo)*100
(4) Le taux de croissance donne la variation d'une année par rapport à la précédente; il est égal à [(indice année t / indice année t-1) -
1]*100
Source : Annuaire des statistiques agricoles 2000

Le tableau 28 décrit l'évolution de la production par fivondronana et des disponibilités en


riz par tête. Un diagnostic de la filière (Dabat, 2000) avance que l'offre nationale ne suffit
pas à satisfaire la demande et que les importations ont couvert près de 10% de la
demande. Les rendements restent faibles et ne dépassent en moyenne pas les trois tonnes
à l'hectare en riziculture aquatique. Les rendements sont encore plus médiocres en

65
riziculture pluviale ou de tavy. La carte 5 présente la productivité rizicole au niveau des
communes.
Tableau 28 : Production de paddy
Production en 2001 Rendement médian
Région
en tonne (SSA, MINAGRI) en kg par ha
Vakinankaratra 177 150 2 915
Sud Ouest 57 280 1 600
Itasy 156 200 3 000
Marovoay 51 800 2 250
Lac Alaotra 304 040 3 000
Haute Matsiatra 140 500 2 200
Toamasina 193 045 1 500
Menabe 68 520 2 000
Sofia 308 350 2 000
Amoron'i Mania 99 950 2 000
DIANA 123 810 2 090
SAVA 136 200 1 300
Imerina Centrale 227 500 2 500
Mangoro 208 980 2 000
Mahajanga 86 940 2 000
Betsiboka 48 245 2 000
Melaky 63 760 1 700
Horombe 46 900 2 000
Sud Est 144 090 1 500
Taolanaro 19 210 2 500
Madagascar 2 662 470 2 000
Source : Recensement des communes, Programme Ilo, Université de Cornell/FOFIFA/INSTAT, 2001

Ainsi, entre 1990 et 2001, la production rizicole n’a augmenté que de 1% par an, celle du
manioc de 2% et celle du maïs de 1%. Le pays importe environ 2 500 tonnes de riz par
an, mais cela n’a pu freiner la baisse de disponibilité de ce produit, soit de 140
kg/personne en 1990 à 112 kg/personne en 2001 (CCA, Madagascar, 2003).

Faible productivité dans la production rizicole


L'insuffisance de la production pour satisfaire la demande en riz et le faible niveau des
rendements rizicoles dénotent la faible productivité de l'agriculture malgache. L'EPM
2001 a recensé les facteurs que les ménages ont considéré comme des contraintes à
l'augmentation de leur productivité dans l'agriculture. Comme indiqué au tableau 29, ces
facteurs sont liés à (a) des problèmes d’accès à la terre, (b) des contraintes d’accès au
crédit et aux intrants agricoles et enfin, et (c) des moyens de production rudimentaires.

66
Carte 5 : Productivité
rizicole
Carte 5 : Productivité rizicole

R en d em en t en K g p ar H a
0 -600
601 -1400
1401 -2300
2301 -3800
3801 -12000
12001 -38000
N o D ata
L im it e F ar it an y ( P r o v in ces)
L im it e d es R égio n s

67
Tableau 29 : Contraintes à l’augmentation de la productivité agricole (d’après la perception des
ménages de l’EPM 2001)
Contraintes % des ménages ayant estimé les contraintes
suivantes importantes ou très importantes
Accès à la terre 67
Accès au crédit 59
Conflits fonciers et insécurité foncière 49
Accès aux équipements agricoles (charrues, etc.) 46
Accès aux zébus pour le travail du sol 39
Accès à la main-d’œuvre 37
Dégradation des infrastructures hydrauliques liée à 30
des problèmes environnementaux
Accès aux intrants agricoles (engrais, etc.) 29
Accès aux zébus pour le fumier 25
Ensablement des zones de culture 19
Source : Calculs d’après l’EPM 2001, INSTAT-DSM

Accès réglementé à la terre avec différents modes de faire-valoir


Pour 67% des ménages, l'accès à la terre constitue le principal facteur de blocage d'une
hausse de la productivité agricole. Les superficies des exploitations agricoles malgaches
sont parmi les plus faibles, tant au niveau de l'Afrique qu'au niveau mondial (Minten,
2003). A Madagascar comme ailleurs, l’IA et la pauvreté sont une fonction directe de la
taille des exploitations. Les exploitations deviennent plus petites à mesure que les
ménages entrent dans la catégorie des vulnérables. Comme l’indique le tableau 30, la
superficie moyenne de l’exploitation des plus riches est de presque quatre fois celle des
pauvres. Par ailleurs, seulement 27% des terres sont titrées sur tout le territoire national,
un pourcentage considéré comme surestimé, si l’on ne considère que les titres vraiment
formels.

Tableau 30 : Terres agricoles par quintile de pauvreté des propriétaires


Unité Total Q1 Q2 Q3 Q4 Q5
Taille de l'exploitation par Moyenne 253 123 162 207 399 449
ménage (are)
Médiane 100 67 80 100 135 100
Surface par tête (are) Moyenne 66 20 30 49 92 176
Médiane 20 11 16 23 31 33
Superficie de rizière par tête Moyenne 27 7 11 24 32 76
(are)
Médiane 5 2 3 6 10 6
Superficie de tanety par tête Moyenne 37 12 17 24 58 96
(are)
Médiane 6 3 5 7 10 6
Taille d'une parcelle (are) Médiane 20 15 15 25 25 30
Propriétaires en milieu rural % 88 92 89 90 86 79
Source : Minten et Razafindraibe (2003) d’après des calculs sur la base de l'EPM 2001, INSTAT/DSM
* Q1: quintile le plus pauvre; Q5: quintile le plus riche

68
Les terres disponibles pour l'agriculture sont naturellement limitées par le relief et
d'autres conditions géographiques.

Le manque de dynamisme du marché de la terre donne peu de possibilités aux ménages


des petits exploitants ou d'immigrants d'avoir accès à la terre à travers l'acquisition par
achat. Les terres s'acquièrent le plus souvent par héritage. Les parcelles de culture
deviennent ainsi de plus en plus petites, car elles sont subdivisées de génération en
génération. Les modes de faire-valoir indirects (fermage et métayage) sont des systèmes
qui diminuent les disponibilités au niveau des ménages, car une partie de la récolte est
due aux propriétaires, La pression démographique aggrave la situation puisque les terres
agricoles les plus productives se raréfient et les terres marginales sont mises en culture
avec une productivité moindre.

Faible accès aux équipements et aux intrants agricoles


L'accès aux équipements agricoles s'avère aussi être un blocage important pour plus de
45% des ménages concernés par la production agricole. Par ailleurs, environ 30% des
ménages voient dans le faible accès aux intrants agricoles, tels que les engrais, pesticides
et autres, un blocage pour une meilleure performance dans leurs activités. Il faut ajouter
qu'outre les questions d'accessibilité physique à ces intrants (17% des communes
seulement ont accès à un point de vente d'intrants agricoles d'après le RC 2001), leurs
prix sont aussi souvent hors de portée des paysans. Ces derniers n'appliquent donc parfois
que des doses de produits phytosanitaires et fertilisants inférieures des normes, ou n'ont
recours à la fertilisation que sur une partie seulement de leurs terres, ce qui aboutit aux
faibles niveaux de production obtenus. En 2001, environ 30% des parcelles ont bénéficié
d'une fertilisation organique et 6% d'une fertilisation chimique (EPM 2001). En outre, il
est à noter que seuls 22% des agriculteurs utilisaient des intrants en 1997 contre 17% en
1999. Seulement 6% avaient bénéficié des services de vulgarisation agricole en 1999.
Dans la plupart des cas, le faible niveau d’organisation des paysans les empêche de s’unir
pour amortir les coûts.

Faible niveau d’équipement des agriculteurs malgaches


Le tracteur est utilisé par moins de 1% des ménages agricoles, la houe rotative/sarcleuse
par 14% et la charrue par 33%. Ce très faible taux d’équipement est considéré comme un
problème important par près de la moitié des agriculteurs malgaches. De plus, malgré
l’importance de ce problème, il n’existe jusqu’à présent aucun véritable projet ou action
de vaste portée visant à améliorer la mécanisation de l’agriculture. Certains praticiens
considèrent qu’il est temps de chercher des solutions pour la fabrication locale de ces
outils à coûts réduits.

69
Accès irrégulier à la main-d’oeuvre
Plus de 35% des ménages de l'EPM 2001 ont signalé l'accès à la main-d'œuvre comme un
facteur limitant la hausse de la productivité agricole. Les caractéristiques périodiques et
irrégulières de l'offre de travail disponible sur le marché peuvent être mentionnées
comme étant à la source de ce constat. Des facteurs comme l'insécurité et le mauvais état
des routes limitent en effet la mobilité des travailleurs agricoles. Les considérations sur
les coûts engendrés par l'utilisation d'une main-d'œuvre salariée amènent aussi les
ménages à utiliser moins de travailleurs salariés alors que leur productivité est supérieure
aux autres types de main-d'œuvre (familiale, d'entraide) (Tableau 31).

Tableau 31 : Utilisation de la main-d'œuvre (% de parcelles par type de main-d'œuvre)


Recours à main-d’œuvre salariée Recours à l’entraide
Quintile le plus pauvre 17 42
2ème quintile 25 47
3ème quintile 21 47
4ème quintile 27 47
Quintile le plus riche 40 36
Total 25 45
Source : RC 2001

Problèmes d’insécurité limitant les initiatives d'investissement


Les mauvaises conditions de sécurité que 27% des communes voient persister dans leur
milieu handicapent aussi la croissance de la production agricole. En effet, les producteurs
limitent leurs initiatives d'investissement de peur des pertes considérables que pourraient
occasionner les vols et autres actes de banditisme. Ainsi, environ 65% des ménages
pensent qu'une amélioration de la sécurité de leurs biens est importante et 16% estiment
que cette amélioration est primordiale pour améliorer leurs conditions de vie (EPM,
2001).

En 2001, la moitié des communes a classé la situation de la sécurité comme étant


moyenne, 19-21% l’ont considérée comme modérément mauvaise ou modérément bonne,
et le reste l’ont perçue comme étant soit très mauvaise soit très bonne. La distribution
géographique des classements subjectifs conduit à penser que ce sont les communes de
l’ouest avec une faible densité de la population qui se sentent les moins en sécurité. Les
populations rurales ont peu de confiance dans le système judiciaire. Ceci est illustré par
les résultats sur la perception de la conséquence de la capture d’un voleur de zébus. Au
niveau national, 27% des communes pensent qu’il est improbable qu’une fois attrapé, un
voleur de zébus soit envoyé en prison et y reste (voir tableau 32). Seulement 46% des
populations rurales ont confiance dans le système judiciaire. En observant les données de
plus près, on remarque de fortes disparités régionales. A Antsiranana, 12% des
communes seulement ont répondu positivement à cette question. Par-contre, dans la
Province d’Antananarivo, 88% de la population fait confiance au système judiciaire.

70
Tableau 32 : Confiance dans le système judiciaire
Réponses des GDC à la question : «Supposons qu’un grand voleur de zébus soit capturé, serait-il envoyé
en prison et y resterait il ?»
Pourcentage Très certainement Certainement Peut-être Probablement Non Total

Antananarivo 46 42 12 0 100
Fianarantsoa 17 37 17 29 100
Toamasina 37 19 11 33 100
Mahajanga 21 8 54 17 100
Toliara 8 25 50 17 100
Antsiranana 0 12 21 67 100
Madagascar 22 24 27 27 100
Source : Enquête après crise 2002, Programme Ilo, Université de Cornell

Faible maîtrise de l’eau


L'accès à une infrastructure d'irrigation améliorée pourrait être un moyen de réduire les
risques de production dans la riziculture irriguée. Ces risques changent suivant les
différents types d'infrastructure d'irrigation: 22% des parcelles rizicoles ayant accès aux
barrages n'ont eu aucun problème face aux 11% qui dépendent de l'eau en provenance
d’une source naturelle.

Cependant, il est surprenant de noter le pourcentage d’agriculteurs qui signalent des


problèmes d’eau, même pour les parcelles qui bénéficient d’infrastructures d’irrigation
améliorées. Ceci illustre le mauvais état des infrastructures d’irrigation à Madagascar. Le
type de problèmes d’irrigation varie en fonction du type d’infrastructure. Les parcelles
reliées à un barrage subissent relativement plus de problèmes d’inondation alors que les
parcelles reliées à d’autres infrastructures d’irrigation ont plus de problèmes de
sécheresse.

Faible niveau d’encadrement


L’absence de techniciens agricoles limite les progrès effectués en agriculture. Du temps
du PNVA (Programme National de Vulgarisation Agricole), la plupart des communes
disposait d’un vulgarisateur. Il s’agissait d’un technicien recruté sur place et non d’un
agronome de formation. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, au détriment des régions à forte
potentialité. Par exemple, dans certaines communes du Fivondronana de Mahanoro
situées au sud de la Province de Toamasina qui ont d’énormes potentialités agricoles, la
grande majorité des paysans vit dans le dénuement total du fait de leur incapacité à
appliquer des techniques de culture efficace. A Masomeloka, en particulier, malgré les
produits phytosanitaires fournis par le maire de façon ponctuelle, le faible niveau
d’instruction des paysans les empêche d’en comprendre l’application et par conséquent
d’en bénéficier.

71
Dégradation de la fertilité des sols
La baisse de fertilité des sols est un constat au niveau de presque toutes les terres
agricoles de Madagascar. Si l’on compare cette situation à celle d’il y a dix ans, 42% des
parcelles de bas-fonds et 48% des parcelles de rizières sont moins fertiles (tableau 33).
On remarque que le maintien de la fertilité des sols est un enjeu plus important pour les
groupes les plus pauvres pour augmenter leur production car les dégradations sont plus
significatives à mesure que les groupes sont plus pauvres.

Tableau 33 : Evolution de la fertilité des sols par quintile de pauvreté


% de ménages Total Q1 Q2 Q3 Q4 Q5
Bas-fonds

Amélioration 12 12 9 15 13 13
Pas de changement 40 34 40 38 42 47
26 26 27 27 23 27
Moindre dégradation
Dégradation significative 16 21 18 16 15 9
Non applicable 6 7 6 5 6 5
Total 100 100 100 100 100 100

Tanety
Amélioration 10 7 8 13 12 9
Pas de changement 35 28 32 32 40 47
25 27 29 26 21 18
Moindre dégradation
Dégradation significative 23 29 25 21 19 19
Non applicable 7 8 5 7 8 7
Total 100 100 100 100 100 100
Source : Minten et Ralison d'après des calculs sur la base de l'EPM 200: INSTAT-DSM
*Q : quintile des plus pauvres; Q5 : quintile des plus riches

D'après l'évaluation des groupes de discussion communaux du RC de 2001, les Provinces


d'Antsiranana et de Mahajanga ont connu les baisses de fertilité des rizières les plus
marquées. Par contre, la côte est ressent fortement une baisse de la fertilité des tanety, en
raison notamment des pratiques culturales de brûlis comme le tavy.

Outre une baisse de fertilité des terres agricoles, les dégradations environnementales
entraînent l'érosion des versants et l'ensablement des bas-fonds. La dégradation des
infrastructures hydrauliques est fortement ressentie par environ 30% des ménages comme
une contrainte importante à l`augmentation de la productivité agricole tandis que 20% des
ménages doivent faire face à l'ensablement des zones de culture. Ces contraintes, qui
débouchent sur une mauvaise maîtrise de l'eau, ne peuvent que générer une production
d'un niveau très faible. En tant que zone de production importante, la région du nord-
ouest est particulièrement affectée (Tableau 34).

72
Tableau 34 : Situation spatiale de l'irrigation des rizières par région agro-écologique (moyenne
simple non pondérée par la superficie )
Pourcentage de communes ayant des rizières avec une plus ou moins Rendement
bonne maîtrise d'eau médian en
Régions 0 – 1% 1 – 10% 10 – 20% 20 – 40% Plus de 40% kg/ha
Vakinankaratra 10,3 12,0 27,5 34,4 15,5 2 915
Sud-ouest 81,5 2,9 0,9 4,8 9,7 1 600
Itasy 18,3 11,2 14,0 33,8 22,5 3 000
Marovoay 58,3 0,0 0,0 16,6 25,0 2 250
Lac Alaotra 48,7 7,3 19,5 9,7 14,6 3 000
Haute Matsiatra 3,9 14,4 14,4 22,3 44,7 2 200
Toamasina 70,0 15,5 7,7 6,6 0,0 1 500
Menabe 72,5 0,0 1,9 1,9 23,5 2 000
Sofia 65,9 6,5 2,2 10,9 14,2 2 000
Amoron'i Mania 3,7 7,5 7,5 35,8 45,2 2 000
Diana 74,5 9,8 1,9 3,9 9,8 2 090
Sava 60,8 16,2 4,0 6,7 12,1 1 300
Imerina Centrale 22,9 9,1 11,4 18,3 38,1 2 500
Mangoro 75,6 8,1 2,7 5,4 8,1 2 000
Mahajanga 70,9 9,6 0,0 6,4 12,9 2 000
Betsiboka 100,0 0,0 0,0 0,0 0,0 2 000
Melaky 92,8 0,0 0,0 3,5 3,5 1 700
Horombe 43,1 11,3 2,2 18,1 25,0 2 000
Sud Est 67,7 11,0 4,3 8,6 8,1 1 500
Taolanaro 76,9 0,0 1,5 1,5 20,0 2 500
Madagascar 54,4 8,8 6,6 12,5 17,5 2 000
Source : Randrianarisoa 2003, d'après le Recensement des communes, Programme Ilo, Université de
Cornell / FOFIFA / INSTAT, 2001

Le tavy et l’agriculture itinérante


Le tavy (culture sur brûlis), perçu tant comme un problème environnemental que de
sécurité alimentaire, n'est pas économiquement viable. Cependant, les paysans la
pratiquent dans la mesure où il apporte des avantages à court terme. Les méfaits à moyen
terme sont cependant connus de tous: dégradation des ressources naturelles, érosion,
augmentation des mauvaises herbes, hausse de la quantité de main-d'œuvre requise, perte
de productivité.

L’agriculture itinérante constitue une autre pratique commune des paysans dans la partie
est de l’île. Ainsi, à Masomeloka par exemple, commune où les habitants pratiquent
l’agriculture itinérante, ceux-ci se nomadisent par nécessité car, d’une part, les terres à
cultiver sont de plus en plus rares et, d’autre part, ce type de vie leur permet de fuir les
obligations administratives et communautaires modernes.

Préservation de l’environnement et stratégie de survie


Dans la région Betsimisaraka, l’une des solutions aux problèmes des populations les plus
vulnérables est de créer des sources de revenus pérennes à travers l’année. La vente de
produits en raphia constituait une source de revenus importante dans cette région.
Cependant, cette activité est de moins en moins sûre depuis qu’il est nécessaire d’obtenir

73
une autorisation du Service des Eaux et Forêts pour la commercialisation des produits
dérivés du raphia considéré maintenant comme une espèce protégée.

Des conflits se produisent aussi fréquemment entre les populations rurales et les autorités
publiques dans les villages proches des parcs naturels. Ces conflits sont dus non
seulement aux pratiques de tavy interdites par la loi, mais aussi à l’interdiction d’accès à
toute ressource se situant dans ces parcs. Dans beaucoup de zones, ceci constitue une
atteinte aux moyens de subsistance des groupes vulnérables puisque ce qui est maintenant
considéré comme zone protégée était une zone de cueillette communautaire à laquelle
avaient droit les couches les plus défavorisées des villages avoisinants.

Accessibilité

Les politiques antérieures du Gouvernement


De 1960 à 1972, le Gouvernement faisait partie de la Zone Franc et l’économie était
fortement dominée par la France. Les taux de change de la monnaie et la politique
monétaire étaient déterminés par le Trésor français. Madagascar a quitté la Zone franc en
1973, après la chute de Philibert Tsiranana. Après deux années d’instabilité politique,
Didier Ratsiraka est devenu président en 1975, démarrant vingt ans de socialisme. Des
entreprises d’Etat sont créées, la politique d’investissement à outrance règne. Au niveau
de l’agriculture, la Direction du ravitaillement est créée afin de contrôler les échanges de
produits alimentaires entre les différentes régions.

En 1980, le niveau de la dette extérieure est devenu trop élevé. Dans l’incapacité
d’honorer ses remboursements, le Gouvernement fait alors appel au FMI et le programme
de stabilisation est lancé. Il inclut des mesures de réduction des dépenses publiques et la
fin des mesures indirectes de subvention aux dépenses d’alimentation des ménages
urbains. C’est aussi le démarrage du PNVA qui a obtenu des résultats positifs mais force
est de constater que la situation de l’agriculture malgache ne s’est pas améliorée.

A la suite de la nationalisation de grandes entreprises de distribution françaises, les


services décentralisés de la Direction du ravitaillement au niveau des chefs-lieux de
province ont été amenés à jouer un rôle essentiel dans la gestion des quotas de riz et
autres PPN alloués aux différents fivondronana de leur circonscription. Dans le climat de
pénurie des PPN qui caractérisait les années 80, les manifestations de la population
étaient fréquentes contre des rations jugées trop petites, ou encore contre des dirigeants
jugés corrompus lors de la distribution des quotas (Robson, 1988).

Des réformes structurelles furent adoptées dès 1986. Le contrôle des prix est levé et le
processus de démantèlement du monopole de l’Etat dans certains domaines de
l’économie est amorcé et un début de croissance se précise. Albert Zafy monte au pouvoir
en 1992. La libéralisation de l’économie se poursuit. En 1994, le Franc malgache est
dévalué de façon draconienne. Cependant, très vite, différents indicateurs montrent une
situation économique alarmante. Le retour de Didier Ratsiraka au pouvoir en 1997 se

74
caractérise par un taux de croissance de 3,7%, pour la première fois au-dessus du taux de
croissance de la population. Le Gouvernement se donne comme objectif principal la
réduction de la pauvreté. Des années d’embellie s’ensuivent mais la croissance reste
limitée aux zones urbaines. Dans les zones rurales, la situation reste inchangée. Les taux
de pauvreté stagnent et les nouvelles politiques agricoles tardent à être mises en oeuvre.

En décembre 2001, à la suite des élections présidentielles dont les résultats ont été
disputés entre MM. Ratsiraka et Ravalomanana, commence une période de crise qui
aboutit à l’investiture de M. Ravalomanana. En matière de politique économique, les
grandes lignes de l’ancien Gouvernement sont maintenues mais de nouvelles directives
sont prises en matière de lutte contre la corruption. Le Gouvernement poursuit
l’élaboration du DSRP. De même, le Plan d’Action pour le Développement Rural
(PADR) est maintenu. Cependant, celui-ci n’est pas encore tout à fait opérationnel.

Un faible accès au crédit


Une enquête menée en 1990 a montré que plus de la moitié des ménages pauvres
empruntent de l’argent pour pouvoir faire face aux achats de plants et autres intrants
agricoles. Cependant, pour la grande majorité d’entre eux, ces prêts sont utilisés en
priorité pour les urgences d’ordre familial (Zeller, 1993). Il s’agit essentiellement de prêts
informels effectués auprès d’amis et de membres de la famille.

Dans le cas des ménages pauvres, ces dépenses de base sont des conditions nécessaires à
leur capacité d’investissement. Un travailleur mal nourri ne pourra pas travailler de façon
efficace. De même, sans la capacité d’utiliser ces emprunts pour des dépenses de
consommation, les ménages se retrouveraient dans l’obligation de vendre des biens
productifs, ce qui les pousserait encore plus dans un processus d’appauvrissement à long
terme.

Cependant, des données plus récentes montrent qu’une petite proportion des ménages
seulement peut avoir recours aux emprunts. Ainsi les institutions mutualistes de micro-
finance comptaient environ 117 000 adhérents et enregistraient 26 350 crédits en cours
(soit 22,5% des adhérents) en 2001 (tableau 35). Le faible accès au crédit est d'un certain
point de vue relié au paramètre précédent de faible accès à la terre. Le foncier constitue
en effet, dans la majorité des cas, une garantie clé pour accéder au crédit. Un autre constat
est également celui de la faible couverture nationale des institutions de crédit: 23% des
communes malgaches ont accès à un organisme financier et de crédit mais celles-ci sont
pour la plupart recensées dans le centre du pays. Ce taux est très faible étant donné le rôle
primordial que joue la micro-finance dans la réduction de la pauvreté, non seulement par
le biais des investissements productifs et par l’accès au capital, mais aussi à travers une
meilleure gestion des stocks des ménages qui entraîne une diminution des problèmes
d’insécurité alimentaire (Zeller, 1998; Zeller, 1993). Les banques, qui sont presque toutes
concentrées dans les zones urbaines et semi-urbaines, n'offrent ni services ni formules à
la portée des ménages pauvres.

75
Tableau 35 : Institutions financières mutualistes
1999* 2000** 2001**
Nombre de caisses 262 336 363
Nombre d'adhérents 54 946 91 954 116 977
Fonds propres 3 584 495 21 092 758 29 177 711
En cours de dépôts 10 044 461 34 008 601 55 749 418
Total ressources internes 13 628 956 73 426 505 84 947 128
Nombre des crédits en cours 17 195 20 492 26 350
Montant des crédits en cours 18 957 994 43 066 907 46 301 210
* : AECA, TIAVO,CECAM, OTIV
** : AECA, TIAVO,CECAM, OTIV, ADEFI
Source : Annuaire des statistiques agricoles 2001

La démographie et les problèmes fonciers


Le problème démographique est souvent perçu comme étant l’un des déterminants
principaux de l’IA à Madagascar. Cependant, ce type de problème ne signifie pas qu’il
n’y ait plus de possibilités d’extension des terres cultivables. Ainsi, on estime que sur le
total de 570 000 km2 de terres disponibles, environ 16% peuvent être utilisées pour
l'agriculture, soit environ 9,3 millions d'hectares, alors que la superficie effectivement
cultivée est estimée à seulement 2,5 millions d'hectares (Minten et Ralison, 2003). De
même, 75% des communes pensent que l'extension des bas-fonds et des tanety est encore
possible. Les GDC en sont convaincus dans la quasi-totalité des communes fianaroises et
dans plus du tiers des communes tamataviennes. Etant donné que ce sont les provinces
avec les taux d’IA les plus élevés, on est amené à conclure que l’intensification ne soit
pas la seule réponse pour augmenter la production agricole. Cependant, une stratégie
d’extension ne marcherait qu’accompagnée d’investissements dans le secteur routier et
d’amélioration de la productivité agricole. De plus, des mesures d’extension imposent
qu’une attention particulière soit accordée à la biodiversité.

Il existe aussi des spécificités provinciales au niveau de la pression sur les terres. Ainsi,
par exemple, dans la province de Fianaranstoa, la division des terres en parcelles de plus
en plus petites à la suite d’héritages successifs entraîne souvent des dégradations de
niveau de vie importantes pour les héritiers, les poussant souvent à immigrer. Ainsi, dans
le corridor séparant la région Betsileo de la région Tanala, la forêt est sous pression du
fait de l’immigration croissante des habitants des villages avoisinants vers les espaces
libres de la forêt. Cette pratique présente une menace pour la conservation de
l’environnement et, à terme, pour la sécurité alimentaire de la région.

76
Des coûts de transport élevés et des marchés trop éloignés
L’accès aux marchés est l’un des facteurs contribuant à combattre la pauvreté et la
vulnérabilité. A Madagascar, l'éloignement handicape fortement les communautés rurales
et entraîne des coûts supplémentaires qui se répercutent sur les coûts de production et sur
le niveau de productivité. Pour aller des communes vers le centre urbain le plus proche, il
faut aux habitants de la commune payer 57 000 FMG en moyenne et faire un trajet d’au
moins 19 heures, tous moyens de transport confondus (Stifel, 2003). Ceci dénote le
mauvais état des infrastructures de transport dans l'île. La carte 6 indique la durée du
trajet jusqu’au marché le plus proche.

Les conséquences sont multiples et se répercutent sur la productivité agricole des


ménages ruraux. Le tableau 36 montre le changement dans les valeurs des différentes
variables en fonction de l'éloignement. Les zones les plus éloignées comptent visiblement
plus de pauvres. La part de l'autoconsommation alimentaire augmente du fait que les
marchés ne sont pas toujours accessibles pour vendre la production et acheter les vivres,
ce qui favorise la production pour la consommation propre. Les rendements agricoles
diminuent fortement en raison de l'éloignement. Barrett (Barrett, 1994) fournit une des
explications du phénomène en arguant qu'à mesure que les parcelles diminuent de taille,
leur productivité augmente. D'autre part, l'usage de fertilisants baisse considérablement
avec l'éloignement, ce qui s’expliquent notamment par l’augmentation des prix des
engrais chimiques avec l’éloignement. Plus de 25% de ménages ruraux agricoles dans les
deux quintiles les moins éloignés les utilisent contre moins de 5% des ménages dans les
quintiles les plus éloignés5.

5
Le faible niveau des rendements agricoles dans les régions éloignées pourrait aussi découler du fait que les terres proches des centres
urbains sont plus fertiles (raison pour laquelle d'ailleurs elles ont été les premières à être mises en valeur) que celles éloignées
(Krugman, 1999) mais aucune étude n'a encore établi de relation entre ces faits à Madagascar.

77
Tableau 36 : Pauvreté, productivité, usages d'intrants et éloignement

Quintiles Durée du trajet Part de Rendement Quantité Quantité moyenne


vers le centre l'autoconsommation médian moyenne de de fertilisant
urbain dans la du riz en kg fertilisant organique par
le plus proche (en consommation par are chimique par parcelle (kg/are)
heures) alimentaire (%) parcelle (kg/are)
Indice d'éloignement
Le plus proche 3,38 15,6 35,0 0,36 9,95
2 5,32 35,2 25,0 0,44 2,19
3 10,03 40,3 19,5 0,08 1,29
4 17,63 43,3 16,7 0,13 0,44
Le plus éloigné 21,51 42,1 16,7 0,04 0,23

Indice de durée du trajet vers le centre urbain le plus proche


Le plus proche 0,90 19,7 28,0 0,28 7,59
2 3,40 37,1 27,0 0,48 3,49
3 8,77 37,8 16,0 0,10 0,45
4 16,17 41,4 18,6 0,01 0,13
Le plus éloigné 32,15 41,9 18,8 0,10 0,19

Total 10,99 35,3 22,7 0,21 2,54


Source : Stifel et al, 2003a

Des routes en mauvais état


Le mauvais état des infrastructures routières est une contrainte générale au niveau
national. Elle est cependant plus notable dans la province de Fianarantsoa car cette
province est une grande productrice de produits agricoles périssables. Par exemple, le
blocage fréquent de la RN3 à Vohiparara en saison des pluies a entraîné la perte de plus
de 30 tonnes de tomates qui n’ont pu atteindre leurs marchés de destination. Quand aux
zones déficitaires, elles souffrent de la difficulté inverse, c’est-à-dire qu’il est difficile de
se procurer des produits car les marchés sont difficiles d’accès. Il y a en effet des
problèmes d’enclavement inter-fivondronana et intra-fivondronana.

Les effets pervers de l’isolement


L’enclavement entraîne une certaine méfiance face aux actions de développement. Du
fait de l’absence de communication avec le monde extérieur, les populations des zones
isolées se souviennent encore d’anciennes actions du pouvoir colonial et confondent les
actes de développement avec les actes de répression. Dans ces régions, ce sont les
Tangalamena qui règnent et tout changement est perçu avec beaucoup de méfiance, y
compris quand ce changement est promu dans le cadre d’un projet de développement.
Dans le cas où certains projets émettent le souhait de s’installer dans la région, les
habitants apparaissent méfiants. Dans ces cas-là, l’Eglise est en mesure de jouer un rôle
positif d’intermédiaire entre les habitants et les projets. Ainsi, dans la région de
Mahanoro, il a fallu du temps pour que les techniciens du café du CNCC soient bien
acceptés par les paysans. Malgré ces blocages, certains observateurs constatent que les
attitudes commencent à changer avec l’augmentation du nombre de projets de
développement.

78
Des revenus trop faibles
Le niveau des revenus des ménages (tableau 37) explique aussi leur faible accessibilité
aux services, marchés et aliments. Un revenu permettant seulement la survie est un frein
puissant à l’initiative et à la propension à prendre des risques, ce qui tend à accroître la
vulnérabilité des groupes les plus démunis.

79
Carte 6 :
Carte 6 : Enclavement et accès
Enclavement et accès

D u r ée d u t r ajet ( en m in u t es)
0 -20
21 -40
41 -60
61 -100
101 -150
151 -220
N o D ata
L im it e F ar it an y ( P r o v in ces)
L im it e d es R égio n s

80
Tableau 37 : Sources de revenus par province - Niveaux (en FMG) et composition des revenus (%)
Revenu agricole (FMG) Revenu extra-agricole (FMG) Total (FMG)
Antananarivo
CUS 1,5 2,2 3,7
Rural 2,0 2,7 4,7
Fianarantsoa
CUS 0,7 3,1 3,8
Rural 1,9 0,8 2,7
Toamasina
CUS 1,5 1,7 3,2
Rural 2,4 0,6 3,0
Mahajanga
CUS 3,8 2,1 5,9
Rural 2,4 0,6 3,0
Toliara
CUS 1,5 2,9 4,4
Rural 3,6 0,8 4,4
Antsiranana
CUS 3,2 4,0 7,2
Rural 5,0 0,9 5,9

Total 2,5 1,7 4,2


CUS 1,9 2,6 4,5
Rural 2,8 1,1 3,9
Source : Calculs sur la base de l’EPM 2001, INSTAT/DSM

Le niveau de pauvreté des ménages, de même que leur niveau de vulnérabilité, augmente
avec l'éloignement (tableau 38). Environ la moitié de la population du quintile le moins
isolé est pauvre d'après la classification de l'INSTAT, contre plus de 85% de la
population du quintile le plus isolé.

Tableau 38 : Pauvreté et éloignement


Quintiles Durée du trajet vers le centre urbain Part de pauvres dans la population (%)
le plus proche (en heures)
Indice d'éloignement
Le plus proche 3,38 47,8
2 5,32 75,2
3 10,03 85,6
4 17,63 89,7
Le plus éloigné 21,51 86,6

Indice de durée du trajet vers le centre urbain le plus proche


Le plus proche 0,90 53,6
2 3,40 76,9
3 8,77 85,3
4 16,17 85,3
Le plus éloigné 32,15 85,5

Total 10,99 77,0


Source : Stifel et al., 2003

81
Utilisation des aliments

Une homogénéité des habitudes alimentaires malgré quelques exceptions régionales


Comme il a été dit précédemment, le riz est l’aliment principal des malgaches. La
Province de Toliara présente une exception car, en moyenne, 38% des rations caloriques
sont fournies par le manioc et le maïs (MINAGRI, 1997). Les habitants des communes de
la partie ouest de la province ne consomment du riz que de façon occasionnelle. Par
contre, dans les régions de Morondava, Mahabo et Morombe, les gens consomment
principalement du riz. Si c’était traditionnellement le cas dans la Région de Taolagnaro,
la limite posée par les marécages et la pression de démographique sont en train de
changer les habitudes alimentaires des habitants de la région. Ceux-ci consomment de
plus en plus de tubercules. Manger des tubercules au repas du soir était autrefois une
humiliation, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

Dans la zone Vezo, les gens se nourrissent principalement de manioc et de poissons.


Pendant les mois les plus difficiles de l’année, c’est-à-dire d’octobre à décembre, certains
villages de pécheurs ont difficilement accès au manioc. L’éloignement des marchés dû à
l’absence de routes praticables en est la principale cause. Ce sont ceux qui possèdent une
charrette qui assurent la distribution du manioc auprès des autres villageois. Cependant, il
arrive que les prix du manioc soient tellement élevés que les plus pauvres n’ont pas les
moyens de consommer autre chose que du poisson.

Pour la Province de Fianarantsoa, le manioc représente aussi un aspect important de


l’alimentation des populations locales. Il constitue à lui seul le quart des rations
caloriques (MINAGRI, 1997). Pourtant, dans la plupart des cas, il n’y a pas
d’accompagnement avec ces aliments secondaires, ce qui engendre une carence en
vitamines et en calcium (surtout avec le manioc).

En moyenne, la ration calorique des ménages agricoles, provenant essentiellement de


l’autoconsommation, est évaluée à près de 2 000 calories par personne par jour, ce qui est
inférieur aux besoins par jour. Les produits céréaliers et les féculents constituent la base
énergétique de l’alimentation et que les produits d’origine animale, sources de protéines
et de fer sont moins consommés. Les corps gras, qui sont nécessaires au métabolisme des
vitamines dont le corps a besoin, sont rarement consommés et les fruits et légumes sont
quasi-inexistants dans les régimes alimentaires en milieu rural (CCA, Madagascar, 2003).
Ce sont souvent les femmes et les enfants qui sont victimes des tabous alimentaires dictés
par les traditions. L’interdiction de manger du porc qui touche tous les membres de
certaines ethnies est une exception.

82
Accès limité à l’eau potable
En 2002, 29% de la population avaient accès à l'eau potable. En 2001, ce taux tombait à
27% et se répartissait comme suit: 67% en milieu urbain et 12% en milieu rural, ce qui
classe Madagascar parmi les pays les plus en retard dans ce domaine. En 2000, seuls 24%
des ménages (dont 59% en milieu urbain et 10% en milieu rural) avaient accès à l’eau
potable. Ce taux était de 32,53% à Antananarivo et 33% à Toliara. Pour les Provinces de
Fianarantsoa et de Toamasina, ils étaient respectivement de 10 et 14%. La population
rurale s’approvisionne principalement dans les rivières, sources et lacs.

La nécessité de chercher de l’eau crée un détournement des bras valides des activités
agricoles ou de pêche. Les données SAP de 2002 pour la zone de Bekily montrent que sur
cinq bras valides, deux sont occupés à chercher l’eau. Il arrive que l’on doive parcourir
jusqu’à 15 km pour en trouver. L’insuffisance en eau crée aussi d’autres tensions sur les
habitants de l’Androy. En effet, en période de soudure, le budget des ménages doit se
diviser entre la nourriture et l’eau. Ceux qui possèdent une charrette sont moins
vulnérables que les autres étant donné qu’ils peuvent rapporter beaucoup plus d’eau
qu’ils n’en ont besoin et revendre le surplus. La situation reste difficile malgré la
construction de pipelines avec un financement du Japon. Cependant, il semblerait qu’à
certains endroits, l’eau est vendue jusqu’à 750FMG par seau, bien au-delà du prix de
revient auquel il devrait normalement se vendre selon les termes du projet au départ.

Le poids des traditions


La pratique du système de dons et de dons en retour apparaît dans plusieurs circonstances
de la vie traditionnelle: funérailles, circoncisions, naissances, mariages, etc. A ces
occasions, tous les ménages doivent participer aux frais. La participation peut se faire à
travers soit une cotisation monétaire obligatoire, soit un apport en nature. Ces dons
amortissent les dépenses de la famille concernée, mais cette dernière doit savoir qu’elle
sera un jour redevable aux donateurs pour des occasions analogues. C’est en quelque
sorte le dépannage immédiat d’un côté, et le réservoir pour l’avenir de l’autre. C’est une
autre forme d’entraide.

Les pratiques funéraires sont encore plus coûteuses dans l’Androy puisqu’elles
impliquent que la famille du défunt doit s’occuper de nourrir tous les invités aux fêtes
funéraires qui peuvent durer des semaines entières. A cette occasion, tous les zébus du
défunt sont sacrifiés mais les repas impliquent aussi la consommation de riz, manioc ou
maïs qui aurait pu nourrir la famille directe pendant une période plus longue.

En outre, les données SAP indiquent que la surproduction dont font état certaines
communes de l’Androy montre que les problèmes de vulnérabilité à l’insécurité
alimentaire dans la région ne sont pas uniquement dus à une insuffisance en produits
vivriers. La région de l’Androy est connue pour produire des patates douces et du maïs en
quantités suffisamment importantes pour permettre d’alimenter la région et même
exporter ailleurs. Cependant, ces produits ne contribuent pas autant qu’ils le pourraient à
alléger les problèmes alimentaires durant les périodes de soudure. D’autres types de

83
contraintes font que ces surproductions ne sont pas toujours bien exploitées. En guise
d’exemple, la région est excédentaire en patates douces qui, séchées, pourraient se
conserver longtemps et être consommées tout au long de l’année. Or, dans beaucoup de
villages de l’Androy, cette pratique n’est pas utilisée en raison de la conviction que
sécher des patates douces provoque le malheur.

Le monde rural est très mal organisé. La notion d’un destin commun est encore peu
répandue. Par ailleurs, certains observateurs pensent que les choix politiques des
populations locales ne sont pas toujours les meilleurs pour le développement de la région.
Ces constats sont basés sur le fait que les élus locaux ne luttent pas contre les pratiques
traditionnelles, même si celles-ci représentent l’une des causes des problèmes d’insécurité
alimentaire de la région.

Faible niveau d’instruction


Le faible niveau d’instruction de la population limite la portée des programmes de
développement du fait des difficultés de communication. L’encadré 2 illustre ce problème
à travers le cas de la Commune de Masomeloka.

Encadré 2 : De faibles niveaux d’instruction contribuent à freiner la lutte contre l’IA à Masomeloka

A Masomeloka, commune de Mahanoro, la faiblesse du niveau d’instruction est


alarmante. Par exemple, sur 136 personnes recrutées comme agents mobiles par la
Mairie de Masomeloka, seuls 4 sont lettrées. Les programmes d’éducation nutritionnelle
s’avèrent souvent mal adaptés aux populations les plus démunies. La majorité des
paysans vivent en dehors des villages pour fuir les obligations telles que les contributions
réclaméees pour envoyer les enfants à l’école ou encore participer aux programmes de
SEECALINE. A 20-30 km de Masomeloka, les gens vivent dans des conditions
primitives. Beaucoup ne sont jamais allés à Masomeloka et ont peur d’y aller.

Les séances de SEECALINE ne sont pas toujours fréquentées par les mères qui vont
vaquer à leurs occupations dans la forêt et ne reviennent pas assister aux réunions. Dans
certaines communes, les centres SEECALINE distribuent de la farine. Ceux-ci sont plus
fréquentés.

84
Les facteurs conjoncturels influencent la disponibilité, l’accessibilité et
l’utilisation des aliments.
Madagascar est un pays fréquemment exposé à des catastrophes naturelles. La mise en
place d’actions et de systèmes d’information visant à limiter les dégâts causés par ces
catastrophes est récente. Le tableau 39 montre que, sur une période de 30 ans (1968 à
1999), il a été estimé que les cyclones et les sécheresses ont causé plus de 1 000 morts et
la destruction du logement d’environ 445 000 personnes avec des dégâts d’une valeur de
plus d’un milliard de dollars (CRED, 2000).

Tableau 39 : Les dix principales catastrophes naturelles de 1968 à 1999


Catastrophes naturelles Date Nombre de morts Nombre de victimes
Cyclone tropical 2 février 1994 304 357 217
Famine 15 mars 1992 200 -
Cyclone tropical 13 janvier 1994 200 540 043
Cyclone tropical 24 janvier 1997 140 600 000
Cyclone tropical 20 décembre 1981 107 168 000
Cyclone tropical 14 février 1972 91 2 510 056
Sécheresse 1981 - 1 000 000
Sécheresse 22 mai 1992 - 950 000
Cyclone tropical 10 janvier 1976 16 508 876
Sécheresse 16 décembre 1990 - 250 000
Source : EM-DAT, Données internationales sur les cataclysmes, OFDA/CRED, Université Catholique de
Louvain, Bruxelles, Belgique.

Pendant cette période, le sud du pays a souffert de cinq sécheresses qui ont abouti à une
situation de famine. L’année 1992 est considérée comme étant la plus dévastatrice
puisque officiellement 200 personnes sont mortes de faim. La situation s’est aggravée les
deux années suivantes avec des invasions de criquets.

Douze pour cent des communes ont subi les cyclones deux années sur trois entre
1998 et 2001.
Seule une minorité de communes a connu un cyclone trois années de suite et 12% des
communes ont subi ce cataclysme au moins deux années sur trois entre 1998 et 2001. Les
régions orientales sont plus fréquemment touchées que les autres parties du pays. Les
communes situées dans ces régions ont connu le passage d'un cyclone au moins une fois
tous les trois ans. C'est également là où l’on cultive la plupart des cultures de rente
(vanille, café, girofle, etc.). Les cyclones perturbent le niveau de production des cultures
de rente et entraînent des fluctuations importantes au niveau des prix. En 2000-01 par
exemple, suite au passage d'un cyclone dans une partie de la région nord-ouest, la récolte
de la vanille à Antalaha a été détruite, ce qui a entraîné une hausse du cours de la vanille
dans les Villes d'Andapa et de Sambava.

85
Les inondations affectent surtout l’est de l’île.
Les inondations affectent toutes les provinces, avec un taux plus élevé dans la partie
orientale de l'île. Au cours des trois années pour lesquelles on dispose de données, le sud
de la Province de Fianarantsoa a présenté la plus grande proportion de communes ayant
souffert d'inondations. La situation a connu une amélioration à partir de 1998 où le taux
de communes inondées est tombé de 69% en 1998-99 à 35% en 2000-01.

La sécheresse touche toutes les provinces, même si sa prévalence est plus élevée dans
la Province de Toliara.
Dans la partie méridionale du pays, des communes souffrent régulièrement de la
sécheresse mais les données montrent que des régions est et ouest connaissent également
ce fléau. En 1998-99, la Province de Toliara détenait le record de communes présentant
des problèmes liés à la sécheresse (52%). A la fin de 2002, la région de l'Androy a connu
une grande sécheresse qui s’est traduite par une période de soudure plus longue que
d'ordinaire : il a fallu tirer la sonnette d’alarme pour l’éventualité d’un kéré (famine). La
sécheresse sévit également sur les hautes terres centrales bien que la fréquence ait
diminué au cours des dernières années Par contre, dans les autres provinces, ce fléau a
augmenté ces dernières années. En 2000-01, par ordre d'importance, les proportions les
plus élevées de communes victimes de la sécheresse ont été localisées dans les Provinces
d'Antsiranana (39%) et de Fianarantsoa (35%).

Les invasions de criquets sont un problème particulièrement grave dans les


communes de Toliara, Antsiranana et Mahajanga.
A la fin des années 90, les invasions acridiennes constituaient l’un des obstacles les plus
dramatiques à la production agricole à Madagascar : en 1998-99, elles représentaient un
problème à l'échelle nationale, n'épargnant qu'une infime partie située dans la partie
orientale de l'île. Le problème a été le plus durement ressenti à Toliara où 80% des
communes ont été envahies. Malgré une amélioration dans les interventions du
Gouvernement et des agences de développement pour la prévention de leur propagation,
en 2000/01 les criquets étaient encore présents dans la Province d'Antsiranana, dans la
partie nord-ouest de Mahajanga et dans la partie méridionale de Toliara où ils ont envahi
respectivement 36% et 12% des communes. Ailleurs, moins de 5% des communes étaient
touchées. On note une certaine amélioration dans la partie occidentale du pays car la
fréquence des invasions acridiennes s’est espacée.

86
Les maladies phytosanitaires, les pluies tardives et les ponts et routes coupées sont
un problème commun à toutes les provinces et nuisent plus à la production agricole
que les cyclones, les sécheresses et les invasions acridiennes.
Le tableau 40 révèle que malgré la forte médiatisation des cyclones, sécheresses et
invasions acridiennes, ce sont les maladies phytosanitaires, les pluies tardives et les ponts
ou routes coupés qui nuisent le plus souvent à la production agricole.

Tableau 40 : Pourcentage des communes touchées par les cataclysmes


Saison agricole
2000/01 1999/00 1998/99
Cyclone 7 26 30
Inondation 29 45 43
Pont ou route coupés 33 43 42
Sécheresse 25 39 41
Attaque de charançons 35 39 41
Epidémie de rouille de café 18 18 18
Autres maladies des récoltes 55 58 57
Grêle 9 17 18
Criquets 9 22 47
Pluies arrivant trop tard 34 50 53
Pluies arrivant trop tôt 14 17 11
Source : Recensement des communes, Programme Ilo, Université de Cornell/FOFIFA/INSTAT, 2001

Il n'existe aucune région géographique qui se démarque des autres au sujet des maladies
phytosanitaires car ces dernières semblent constituer un problème pour tout le pays. A
l’exception d'Antananarivo et de Fianarantsoa, le taux des communes qui en sont
affectées dans les autres provinces a atteint 60 à 75% de 1998/99 à 2000/01. Ces
dernières années, 34% des communes étaient victimes de pluies tardives (Tableau 40) .

D’après les groupes villageois communaux (GDC) et les analyses quantitatives, ce


sont les fluctuations des prix agricoles qui sont les principaux déterminants de l’IA.
En dehors des catastrophes naturelles, ce sont les fluctuations de prix qui sont le
déterminant principal de l’IA. L’analyse de l’IFPRI et du FOFIFA (1998) a mis en
évidence le fait que ce sont principalement les fluctuations de prix du riz local, en
particulier dans les régions avec un accès difficile aux infrastructures, qui sont les plus
directement associées à l’IA. Malgré des variations régionales importantes, la récolte de
riz principale est généralement faite entre mars et août et les prix du riz sont au plus bas
au mois de mai. Après la récolte, les prix atteignent un pic aux mois de février-mars et
restent élevés jusqu’à la prochaine récolte. Les variations de prix dans les zones rurales
sont trois fois plus élevées que dans les zones urbaines (Minten et Randrianarisoa, 1997).

Il apparaît que dans les provinces où les problèmes d’insécurité alimentaire sont les plus
élevés (Fianarantsoa et Toamasina), les baisses de revenus sont causées par les
fluctuations des prix agricoles et la forte prévalence des catastrophes naturelles. Le
tableau 41 indique que les GDC pensent généralement ainsi dans presque 70% des
communes, sauf dans 82% des communes fianaroises et dans 59% de celles de la
Province de Toamasina.

87
Tableau 41 : Causes de la baisse des revenus par rapport à il y a cinq ans, d’après la perception des
GDC (% des communes)
Variations des Catastrophes naturelles Autres raisons
prix agricoles
Madagascar 60 10 31
Antananarivo 40 10 50
Fianarantsoa 82 3 15
Toamasina 59 19 22
Mahajanga 24 14 62
Toliara 43 7 50
Antsiranana 47 17 36
Source : Recensement des communes, Programme Ilo, Université de Cornell/FOFIFA/INSTAT, 2001

Les effets néfastes des fluctuations de prix ont été exacerbés en 2002. Par rapport à
novembre 2001, le revenu moyen a diminué dans la majorité des communes. C’est dans
les Provinces de Toliara et Fianarantsoa que l’on trouve la plus grande proportion de
communes souffrant d’une réduction marquée du revenu moyen.

Dans 94% des communes de Fianarantsoa qui ont subi une baisse des revenus, la raison
la plus citée est la diminution des revenus agricoles, ce que confirment 83% des GDC
d’Antsiranana. La même raison est citée dans au moins un tiers des communes des autres
provinces. Les facteurs suivants expliquent ce résultat :

- tout d’abord, la quantité de riz commercialisée a diminué par rapport à l’année


précédente ;
- ensuite, les prix des produits de base, tels que le riz, ont connu une baisse dans
certaines régions ;
- enfin, les prix des produits de rente sont en baisse par rapport à 2001. Par
exemple, le prix du girofle a chuté de façon spectaculaire. En effet, celui-ci se
vendait à 45 000 FMG le kg en 2001 alors qu’il était à 5 000 FMG le kg en
2002. Quant à la Province d’Antsiranana, les prix de la vanille en 2002 étaient
environ 25% inférieurs à ceux de 2001.

Les chocs de caractère familial sont d’importants déterminants de


l’aggravation des trois aspects de la vulnérabilité à l’IA.
Les analyses sur la pauvreté montrent toutes que ce sont les chocs de caractère familial,
tels que les maladies ou décès, qui précipitent les ménages dans la pauvreté. La spirale ne
peut ensuite être brisée en raison de l’absence de mécanismes pouvant leur venir en aide.
La perte du revenu du chef de famille est la cause principale de la paupérisation des
ménages vulnérables.

88
Les crises politiques précipitent des couches entières de la population
dans l’IA et la pauvreté.
C’est un fait notoire que le niveau de vie de la majorité de la population a chuté par
rapport au début des années 70. Il est généralement accepté que l’appauvrissement d’une
couche de la population malgache s’est accéléré avec les politiques d’ajustement
structurel des années 80. La crise politique de 2002 n’a fait qu’empirer les conditions de
vie des ménages et les effets cumulatifs, un an après la fin de la crise, sont encore
difficiles à estimer.

89
90
QUELS SONT LES MÉCANISMES DE GESTION DES
RISQUES ?

Les mécanismes de gestion des risques en amont (ou avant les chocs)

Les services disponibles au niveau communautaire

Les services financiers restent l’apanage des couches aisées.


Les banques et caisses d'épargne sont des institutions qui sont en mesure d’atténuer
l'impact des chocs qui menacent les moyens d’existence à travers l'octroi de crédits. Les
caisses d'épargne travaillent en coordination avec la poste pour mobiliser l'épargne des
petits porteurs. Les banques opérationnelles sur le territoire malgache sont au nombre de
sept :
- la Bankin'ny Tantsaha Mpamokatra – Bank of Africa (BTM-BOA), qui travaille
le plus au niveau du monde rural ;
- la Banky Fampandrosoana ny Varotra – Société Générale (BFV-SG) ;
- la Banque Nationale pour l'Industrie – Crédit Lyonnais (BNI-CL) ;
- la State Bank of Mauritius (SBM) ;
- la Banque Malgache de l’Océan Indien (BMOI)
- l'Union Commercial Bank (UCB) ;
- la Compagnie Malgache de Banque (CMB), seule banque nationale implantée
en 2003 à Antananarivo et qui en est encore à ses débuts.

Toutefois, ces banques, à ce jour, n'ont pas effectivement contribué à mettre en place ce
filet de sécurité pour les groupes vulnérables, leurs services étant exclusivement réservés
aux couches aisées de la population.

Les services de micro-finance sont assurés par des institutions mutualistes d'épargne et
de crédit. Cependant, malgré une politique d’extension qui vise à atteindre les couches
paysannes, ces institutions sont encore en majorité à forte dominance urbaine ou encore
composées de membres provenant du fonctionnariat. Un partenariat avec le Projet de
Soutien au Développement Rural (PSDR) devrait pouvoir les aider à atteindre les
paysans. Les ruraux sont encore méfiants à s’organiser et à ouvrir un compte épargne
commun afin de pouvoir bénéficier de l’aide du PSDR. De plus, la mauvaise expérience
de la plupart d’entre eux avec la BTM dans les années 80 est restée gravée dans les
mémoires.

91
Seulement la moitié des communes (51%) sont pourvues d’organisations paysannes,
Antananarivo étant une exception puisque dans les trois-quarts des communes, les
paysans sont organisés.
La répartition géographique des organisations paysannes suit à peu près le même schéma
que celle des institutions financières. Seules 51% des communes en possèdent au moins
une. Comme illustré au tableau 42, dans trois provinces sur six, les organisations
paysannes n’existent que dans moins de la moitié des communes, ce qui reflète un faible
taux de gestion collective du risque à Madagascar. Les données indiquent aussi que c’est
dans la Province d’Antananarivo que le monde paysan est le plus organisé puisque près
de trois-quarts de ses communes possèdent un groupement de paysans. Par ailleurs, les
discussions ayant eu lieu avec des personnes impliquées dans le renforcement des
capacités des organisations paysannes révèlent aussi que le manque de confiance entre les
paysans freine leur regroupement au sein de puissantes organisations. Leur méfiance
naturelle se trouve renforcée par des actes de corruption vécus dans le passé qui
expliquent le scepticisme des paysans face au regroupement.

Tableau 42 : Présence d’une organisation paysanne


% de communes avec une organisation paysanne
Antananarivo 73
Fianarantsoa 51
Toamasina 45
Mahajanga 41
Toliara 40
Antsiranana 52
Madagascar 51
Source : Recensement des communes, Programme Ilo, Université de Cornell/FOFIFA/INSTAT, 2001

Les greniers communautaires villageois (GCV) sont surtout présents dans l’Imerina
Les GCV sont l’une des initiatives pouvant avoir un impact sur les disponibilités
alimentaires et les revenus des ménages à travers une meilleure gestion des stocks
alimentaires. Ces unités sont surtout implantées dans les Régions de l'Itasy,
Vakinankaratra, Amoron'i Mania, Imerina centrale et du Sud-est et totalisent plus de 92%
des GCV sur le sol malgache. Etabli sur la base du Recensement des communes de 2001,
ce chiffre s'explique par le fait que ces régions reçoivent un appui technique de la part de
l'Etat, de projets de développement et d’ONG surtout visible au niveau communal
(Randrianarisoa, 2003). L'étude s'y rapportant mentionne aussi ces trois finalités du GCV:

1) le regroupement des ventes pour les producteurs leur permettant d'avoir une
force de négociation relativement forte vis-à-vis des acheteurs ;
2) le décalage des ventes vers des périodes plus propices, les producteurs
bénéficiant de plus-values en provenance du stockage ;
3) l'accès à un financement intermédiaire pour les cultures de contre-saison sans
recourir à la vente du paddy. Les revenus issus de la vente des cultures de
contre-saison sont ensuite utilisés pour rembourser le crédit GCV, puis le
paddy stocké.

92
L’existence de GCV est un atout pour diminuer la vulnérabilité à l’IA et peut servir
d’indicateur pour évaluer le degré de vulnérabilité.

L’entraide est une source de main-d’oeuvre pour les ménages défavorisés.


L’entraide peut se caractériser par des échanges de main-d’œuvre et d’outils (zébus,
charrue, etc.) entre paysans pour alléger les problèmes de préparation de leurs terres. Elle
peut aussi prendre la forme de prise en charge par le fokonolona des individus en
détresse, des personnes sans famille, etc. L’entraide obéit à des règles de réciprocité
d’échanges. La personne ayant reçu de l’aide doit rester disponible à tout moment.

Les services publics sont peu utilisés du fait de contraintes financières, de sentiments
d’exclusion et de la qualité variable des centres de santé et des écoles.
Du côté de l’offre, les inégalités spatiales dans la distribution de mécanismes de gestion
du risque sont en partie dues à des coûts de transport élevés et à une faible densité de
population qui pourraient limiter les perspectives de profit des fournisseurs privés.

Du côté de la demande, la disponibilité de ces services ne signifie pas pour autant accès
ou utilisation égale par tous les agriculteurs, pour des raisons de faible pouvoir d’achat
mais aussi du faible niveau d’investissement. Parmi les causes les plus citées pour le
faible taux d’investissement, on retrouve les problèmes de sécurisation foncière et la peur
du changement. De plus, il est certain que le faible niveau d’éducation des agriculteurs
limite leur capacité à comprendre les procédures nécessaires à une démarche telle qu’une
demande de crédit.

En outre, si les centres de santé de base (CSB) sont présents sur tout le territoire, les
services offerts varient énormément en particulier en termes de personnel médical.
L’absence de médecins qualifiés dans les centres de santé devient un facteur de
vulnérabilité. Les situations où le personnel non qualifié se charge des attributions qui ne
sont pas les siennes sont légion (la sage-femme qui fait tout dans le centre de santé depuis
le départ du médecin). Il en est de même pour les écoles publiques où l’enseignement est
souvent perçu comme étant de moindre qualité.

Les stratégies des ménages

La diversification des revenus atténue les risques : 40 % des revenus en zone rurale
proviennent d’activités extra-agricoles et les revenus les plus élevés sont observés
chez les ménages qui diversifient le plus leurs sources de revenu.
Dans les zones rurales et centres urbains secondaires de Madagascar, le revenu des
ménages se décompose en revenu agricole à hauteur de 60% et en revenu extra-agricole
issu du salariat, agricole ou non, des transferts reçus, et du revenu des entreprises non
agricoles pour le reste (Randrianarison, 2003). Lapenu et Zeller (Lapenu, 1998) ont
montré que la diversification des sources de revenu des ménages ruraux malgaches, outre
l'avantage qu'elle procure en termes de hausse des revenus, engendre une diminution des

93
risques auxquels les ménages sont exposés. On constate en effet que les ménages qui
diversifient leurs sources de revenu gagnent plus que ceux qui sont cantonnés à une seule
source, notamment l'agriculture (tableau 43).

Tableau 43 : Diversification des activités des ménages - Pourcentage de ménages par quintile de
pauvreté et par type de source de revenu
Sources de revenu Q1 Q2 Q3 Q4 Q5 Total Revenu (106fmg)
Agriculture 72,5 63,8 59,4 44,7 22,3 49,6 3,1
Agriculture et salariat 10,8 11,4 10,6 8,3 8,9 9,8 5,8
Agriculture et ENA 8,4 11,6 10,4 10,1 8,7 9,9 3,1
Agriculture, salariat et ENA 1,3 2,3 0,9 1,2 3,5 1,9 7,2
Salariat et ENA 1,0 1,2 2,6 4,9 8,7 4,1 6,0
Salariat 0,8 5,2 8,6 16,6 29,5 13,8 6,0
ENA 2,5 2,9 5,3 9,4 13,4 7,4 1,9
Source : Randrianarison, 2003 d'après des calculs sur la base de l’EPM 2001, INSTAT/DSM
* Q1 à Q5: du quintile le plus pauvre au quintile le plus riche de la population

Il faut préciser que les individus les plus vulnérables (individus appartenant aux ménages
pauvres sans éducation, aux ménages dirigés par les femmes, personnes âgées et enfants,
habitant dans les zones éloignées et d'insécurité) ont moins de chance d'avoir accès aux
secteurs les plus rémunérateurs (Randrianarison, 2003). Si l’on investissait dans
l'éducation et l'amélioration des infrastructures, on ouvrirait l’accès à des activités
pouvant diminuer les risques d'insécurité alimentaire.

L’importance des sources de revenus non agricoles est confirmée par les données post-
crise de novembre 2002. Environ 32% des communes citent l’augmentation de leur
dépendance sur des sources de revenus non agricoles comme un des principaux moyens
qu’elles ont utilisé pour mieux affronter la crise.

Sur la côte est, la pêche est également une source de revenus non négligeable malgré les
moyens rudimentaires dont disposent les villageois. Cependant, les plus pauvres doivent
souvent se partager un filet à plusieurs limitant ainsi les quantités rapportées au foyer.
Cependant, les villageois se plaignent de la diminution de la quantité de poissons qu’ils
ramassent du fait du piratage des eaux par de grands bateaux amarrés au large des côtes
malgaches.

Les mécanismes de gestion des risques en aval (après crise)

Les systèmes d’entraide informels au niveau communautaire

Les ménages les plus pauvres s’engouffrent dans un cercle d’endettement sans fin
Ce sont surtout les familles aisées (dans les villages, les commerçants) qui prêtent aux
ménages vulnérables. Cette pratique de crédit n’est pas gratuite : les commerçants prêtent
des sommes d’argent ou des produits en nature dans des périodes difficiles (maladies,

94
décès, période de soudure, etc.), à condition que les emprunteurs aient la volonté de les
rembourser avec des intérêts, en argent ou en nature au moment de la récolte. Les
modalités de remboursement sont fixées au moment de l’emprunt. Dans la plupart des
cas, ces facilités de crédit ne constituent qu’un répit de court terme car c’est souvent le
début d’un endettement sans fin.

Le cercle vicieux de la dette et de l’insécurité alimentaire est en partie dû au phénomène


de vente et d’achat des producteurs de riz. Fréquemment, ceux-ci vendent le riz en
période de récolte afin d’obtenir des liquidités qui servent à faire face aux dépenses
quotidiennes. Toutefois, en période de soudure, les même ménages se trouvent obligés de
racheter du riz au prix fort.

Le ziva et le fihavanana sont des soupapes de sécurité traditionnelles qui ont eu du


mal à résister à la crise de 2002.
Le ziva, ou système de parenté à plaisanterie, allie des ethnies d’origines différentes qui
se soutiennent mutuellement. Une telle pratique joue en faveur des groupes démunis et
vulnérables qui sont ainsi assurés de ne pas être rejetés. C’est un système qui représente
une soupape de sécurité non négligeable en milieu rural et évite le phénomène des sans
abris constaté dans les zones urbaines. Les données du RC de 2001 montrent qu’il
n’existe en effet pas de sans-abris en milieu rural. De même, le fatidrà (pacte de sang)
crée des liens très étroits entre les individus qui acceptent de se considérer comme frères
et sœurs et de s’entraider en cas de besoin.

Théoriquement, le fihavanana malgache dicte des mécanismes de soutien au niveau


familial et communautaire sur lesquels les ménages en difficulté peuvent compter.
Cependant, l’efficacité de ce type de soutien communautaire risque d’être remise en
cause pour deux raisons principales :

- premièrement, les circuits communautaires de mise en commun des ressources


ne peuvent pas protéger contre les risques de production auxquels toute la
communauté est exposée. En effet, le bon fonctionnement et la longévité
financière de ce type de système devraient reposer sur la diversification des
risques. Par conséquent, pour être efficace, les groupes d’assurance devraient
impliquer non seulement des membres provenant des zones urbaines mais
également ceux des zones rurales. Si cette condition n’est pas satisfaite, les
systèmes informels ne protégent que contre les risques encourus au niveau
individuel (Binswanger et Rosenzweig, 1986). Or, seules les institutions
financières formelles ont les moyens de répartir les risques entre les différents
types de membres ;
- deuxièmement, les résultats issus des données d’après-crise à Madagascar
tendent à faire croire que les derniers mois de difficulté ont quelque peu érodé
les mécanismes de cohésion sociale. En effet, il semblerait que du fait de la
plus grande vulnérabilité des couches plus aisées de la population après une
crise qui a duré huit mois, celles-ci seraient plus réticentes à se départir de leur
épargne.

95
Les actions mises en oeuvre au sein des ménages

La diminution de la quantité de nourriture consommée et la substitution du riz par


le manioc et autres tubercules
A la suite d’un choc important, beaucoup de ménages réagissent en premier lieu par la
réduction de la quantité de nourriture consommée. Certains vont jusqu’à diminuer le
nombre de repas de trois repas par jour à un seul repas. Les substituts deviennent alors
monnaie courante et les ménages se rabattent davantage sur le manioc, le maïs et les
patates douces. Les cultivateurs de la région de Betroka et Bekily pratiquent une
extension importante de leurs champs de manioc afin d’approvisionner le sud et les autres
zones déficitaires en riz. La circulation transrégionale de manioc sec allège les
problèmes d’insécurité alimentaire dans les autres régions (Dostie, 1999).

La mise en location des terres, la vente de biens personnels et les vols de cultures
sont des recours de dernier ressort.
La mise en location des terres est une stratégie de survie importante pour les ménages
vulnérables. Cette pratique permet de combler le manque de liquidités. Les difficultés
financières rampantes sont illustrées par le plus grand nombre de ménages qui se sont
endettés en 2002. En effet, 37% des communes estiment qu’il y a eu plus de personnes
endettées cette année-là par rapport à l’année précédente.

La vente des biens personnels était la stratégie la plus utilisée lors de la crise de 2002. Il
s’agit essentiellement de zébus ou de volailles. Cependant, il semble qu’il n’y ait eu
aucune augmentation de la vente de terres à ce moment-là, ce qui signifie que cette
stratégie est utilisée en dernier recours.

Les vols de culture créent une incertitude permanente quant au volume exact des
récoltes. Dans le sud-est de l’île, les gens volent des bananes, des patates douces ou
même de la canne à sucre pour éviter la faim. Ce sont les plus démunis qui ont recours à
ces actes. Pendant la période de soudure, certains n’ont même pas le minimum pour
acheter du manioc. Dans les régions où prédominent les cultures de rente, les actes de
banditisme, tels que les vols de vanille verte encore sur pied, abondent.

La migration: le plus grand nombre de départs a lieu dans les Provinces de


Fianarantsoa, Toliara et Antananarivo.
Les données du RC 2001 montrent que les travailleurs migrent des régions avec le plus
faible pouvoir d’achat vers les zones où les conditions sont meilleures. Ainsi, environ
30% des communes dans les Provinces d’Antananarivo, Fianarantsoa et Toliara déclarent
qu’elles n’enregistrent aucun migrant, un pourcentage largement au-dessus du taux des
nouvelles arrivées dans les autres provinces (Tableau 44).

96
Tableau 44 : Pourcentage des communes enregistrant un phénomène de migration (par nombre de
personnes par an)
Personne <10 pers. 10-50 pers. >50 pers.
Antananarivo 28 34 21 16
Fianarantsoa 29 47 19 5
Toamasina 13 45 29 12
Mahajanga 14 49 31 6
Toliara 35 41 17 7
Antsiranana 16 45 29 10
Total 24 43 23 9
Source : Recensement des communes, Programme Ilo, Université de Cornell/FOFIFA/INSTAT, 2001

Dans le cas où il y a migration dans une commune, une question de suivi a été posée sur la
province d’origine des migrants (Tableau 45). Les provinces les plus citées ont été celles
de Fianarantsoa (39% des réponses), d’Antananarivo (25%) et de Toliara (13%). Ces
déclarations d’ordre qualitatif confirment les flux migratoires établis depuis des décennies.

Tableau 45: Province d’origine des migrants dans les communes


%
Antananarivo 25
Fianarantsoa 39
Toamasina 8
Mahajanga 8
Toliara 13
Antsiranana 6
Total 100
Source : Recensement des communes, Programme Ilo, Université de Cornell/FOFIFA/INSTAT, 2001

L’immigration vers la Ville de Toliara s’avère être l’une des principales stratégies
utilisées par des personnes originaires de l’Androy pour obtenir des revenus
supplémentaires. Ils deviennent alors tireurs de pousse-pousse ou encore gardiens.
Souvent, les revenus tirés de ces activités sont utilisés pour l’acquisition de nouvelles
têtes de zébus.

La migration tend à bénéficier aux régions de départ mais explique en partie


l’aggravation de la pression démographique sur les stocks alimentaires de certaines
régions telle que la Haute Matsiatra dans la Province de Fianarantsoa. En effet, les
habitants de cette région ne sont pas de grands migrants, ce qui constitue l’une des
principales causes de l’insécurité alimentaire puisque, d’après l’estimation des agents de
la Direction de l’Agriculture, la consommation n’est suffisante que cinq mois sur 12 alors
que cette partie de la Province de Fianarantsoa est pourtant considérée comme mieux
lotie par les paysans des régions avoisinantes.

97
Quelles politiques et actions de mitigation de la vulnérabilité à l’IA ont-
elles été mises en œuvre jusqu’à présent ?

Malgré des améliorations dans le domaine de la santé et de l’éducation, la


prolifération du nombre de victimes de l’IA conduit à un constat d’échec des
politiques adoptées au cours de la dernière décennie.
Les politiques adoptées lors des décennies précédentes n’ont pas abouti à une
amélioration des conditions de vie. En ce qui concerne le secteur de l’éducation, les
résultats sont mitigés malgré une hausse des taux de scolarisation. En effet, la
malgachisation de l’enseignement et les incertitudes du programme scolaire ont entraîné
une diminution de la qualité de l’enseignement. Les politiques dans le domaine de la
santé ont abouti à la mise en place de Centres de santé de base (CSB) dans chaque
commune et l’affectation de médecins dans des postes reculés; néanmoins, les
conséquences néfastes de la grippe, qui a décimé les régions centrales de la Province de
Fianarantsoa pendant les deux derniers mois de la crise de 2002, ont illustré la faiblesse
du système de santé.

Le temps d’accès aux différents services publics varie selon leur taux de couverture.
Ainsi, pendant la saison des pluies, il faut un quart d’heure en moyenne pour accéder à un
CSB. Cette durée varie peu selon les provinces. Par contre, le temps d’accès à un hôpital
est de huit heures et demie en moyenne mais ceci varie encore fortement selon la
province. Presque toutes les communes possèdent au moins une école primaire et il faut
moins de dix minutes pour y accéder durant la saison des pluies. Cependant, les disparités
sont très fortes au niveau des écoles secondaires de premier et de second cycles. Au
niveau national, il faut quatre heures en moyenne pour accéder à une école secondaire de
premier cycle.

Tableau 46 : Evolution de la situation de santé/éducation (% des communes)


Par rapport à il y a 5 ans Education Santé
Nettement améliorée 14 12
S’est améliorée 54 60
Egale 14 16
Moins bonne 12 7
Beaucoup moins bonne 4 5
Non applicable 2 2
Total 100 100
Source : Recensement des Communes, Programme Ilo, Université de Cornell/FOFIFA/INSTAT, 2001

Plus récemment, les politiques définies dans les secteurs de l’éducation et de la santé
après la crise de 2002 ont eu comme objectif de réduire les impacts négatifs de la baisse
des revenus des ménages sur l'accès aux services sociaux. Ainsi, les élèves du primaire
dans le secteur public ont été exemptés du paiement des frais de scolarité pour l'année
scolaire 2002-2003. Le coût de certains soins dans les CSB ont été annulés et quelques
services des hôpitaux sont devenus gratuits. Les effets de ces politiques ont été positifs: le
taux brut de scolarisation au niveau du primaire a connu une hausse de plus de 10 points

98
de pourcentage entre 2001-2002 et 2002-2003 (tableau 47) et la fréquentation des CSB
n'a nullement diminué. Ces retombées positives auraient pu continuer à se faire sentir
jusqu’à aujourd’hui si les cyclones du début de l’année 2004 n’avaient pas ravagé une
forte majorité des salles de classe, soulignant l’insuffisance de l’attention accordée à la
qualité des infrastructures.

Tableau 47 : Taux bruts et nets de scolarisation


2001-2002 2002-2003
Primaire
TBS 112,3 122,8
TNS 64,9 72,1
Secondaire du 1er cycle
TBS 32 36,2
TNS 11,9 16,3
Secondaire du 2nd cycle
TBS 14,8 21,8
TNS 4,1 6,5
Source : INSTAT-DSM, EPM, 2002

La sécurité sociale est quasiment inexistante, et des structures parallèles à l’Etat


prolifèrent et contribuent à la réduction de la malnutrition, malgré la rigidité de
certaines structures qui gagnerait à être améliorée.
Les politiques de sécurité sociale sont quasiment inexistantes puisque seuls 5 à 7% de la
population bénéficie du dispositif de protection sociale. Les interventions en cours
demeurent des mesures d’atténuation plutôt que de prévention et ne donnent pas de
solutions durables aux situations de précarité des couches vulnérables. Les actions
parallèles financées par les organismes internationaux à travers le Fonds d’intervention
pour le développement (FID) et la Surveillance et éducation des écoles et de la
communauté en alimentation et nutrition élargie (SEECALINE), en partenariat avec les
ONG, apportent souvent une aide importante aux communautés d’implantation.
Cependant, ces programmes amènent à se poser des questions en matière de gouvernance
puisque ces organismes sont des entités quasiment indépendantes de l’Etat. Là où les
autorités locales et les services déconcentrés de l’Etat ne sont pas impliqués, ces
programmes créent des tensions entre les fonctionnaires qui disposent de peu de moyens
pour effectuer leur travail, et les agents des ONG qui ont souvent plus de moyens.

Par ailleurs, malgré la forte contribution de programmes, tels que SEECALINE, à la


réduction des taux de malnutrition dans les sites concernés, les structures rigides de
certains des projets proposés ralentissent leur efficacité. Par exemple, les règlements de
SEECALINE stipulent que les frais de transport doivent être identiques pour tous les
fivondronana d’une même province. Or, certaines communes sont plus enclavées que
d’autres et nécessiteraient donc des frais de transport plus élevés. Pour cette raison, les
aides d’urgence destinées à certaines communes de Nosy-Varika sont restées bloquées
pendant plusieurs mois en 2003 car aucun transporteur ne pouvait les prendre en charge
aux prix indiqués. On a donc dû faire parvenir les dons aux populations concernées à dos
d’homme.

99
A l’exception de projets tels que le FCE de Fianarantsoa, il n’existe pas de réel
programme de développement spécifique à chaque province.
La province est la plus grande entité administrative des structures décentralisées. Au
cours des dernières années, son statut est passé de faritany à province autonome pour être
maintenant considérée comme une délégation spéciale. Avant la crise politique de 2002,
chaque province disposait d’un mini-gouvernement responsable de la politique de
développement provincial. Les changements qui se sont opérés depuis ont laissé un flou
dans les véritables attributions de cette structure, malgré la poursuite de certaines
initiatives démarrées lors du régime précédent.

Parmi celles-ci, le projet FCE, qui concerne le train reliant la Ville de Fianarantsoa à celle
de Manakara, est l’un des meilleurs exemples d’action de développement régional
puisque le train, en dehors du fait qu’il représente une des bases principales du
développement de la région, a un impact très important sur la sécurité alimentaire. Sans le
train, plus de 100 000 personnes se retrouveraient sans revenus car pratiquement tous les
fruits de la région sont commercialisés grâce au train. L’absence du train augmente aussi
les prix des produits de première nécessité (PPN) car les coûts de transport sont plus
élevés.

L’absence de ce type de programmes dans les autres provinces est essentiellement dû au


manque de ressources et de personnes ayant suffisamment d’influence auprès des
donateurs pour faire avancer un programme. En effet, malgré l’existence d’un
enthousiasme certain parmi les groupements existants au niveau provincial, il y a
relativement peu de fonds alloués pour implanter d’importants programmes de
développement spécifiques à leur région.

Les maires et les services déconcentrés jouent un rôle marginal dans le


développement depuis l’abrogation des fonds de 302 millions FMG.
Madagascar compte 111 fivondronana. Ces entités administratives regroupent
territorialement plusieurs communes. En résumé, le faritany ou la province autonome
regroupe plusieurs sous-préfectures, une sous-préfecture regroupe plusieurs fivondronana
et le fivondronana regroupe plusieurs communes. A la fin du régime précédent, le
fivondronana constituait encore le niveau territorial de travail de la plupart des
départements ministériels (Ministère des finances et de l’économie, 1999). A ce titre,
chacun des 111 fivondronana disposait d’un fonds spécial de 302 millions FMG à investir
dans leurs communes. L’allocation de ces fonds était décidée lors d’une réunion au chef-
lieu des fivondronana à laquelle théoriquement tous les maires et directeurs des services
déconcentrés de l’Etat devaient être invités. Cependant, du fait de l’isolement d’un grand
nombre de communes, le sort de ces fonds était souvent décidé en comité restreint. Il y a
en outre eu des rumeurs de corruption à plusieurs endroits au sujet de l’utilisation de ce
budget.

Le manque de coordination entre les différentes actions entreprises se fait aussi sentir au
niveau des régions. Dans la Province de Fianarantsoa, la culture de contre-saison et la

100
rizi-pisciculture ont été lancées depuis 1997 dans la Région de la Haute Matsiatra et
devaient pouvoir subvenir aux besoins de la région. Toutefois, les difficultés de
communication entre les différentes communes ont fait subsister les problèmes
d’insécurité alimentaire.

Les communes ont souvent eu peu de moyens pour élaborer ne serait-ce même
qu’un plan de développement communal.
La commune est la plus petite entité administrative. Elle est elle-même constituée de
plusieurs fokontany, c’est-à-dire de simples délimitations géographiques sans existence
administrative. Les textes législatifs de 1998 délèguent aux communes la responsabilité
de gérer leurs ressources naturelles et de définir leur programme de développement. Les
communes peuvent aussi passer des contrats avec les organismes partenaires pour la mise
en oeuvre de leurs projets.

La politique actuelle du Gouvernement vise à promouvoir un développement basé sur les


actions de proximité. Dans ce cadre, les communes sont mises en avant comme étant la
base même d’une telle politique. De même, les partenaires au développement, tels que le
PNUD et la Banque mondiale (BM) ont récemment misé sur le renforcement des
capacités des communes.

En pratique, la majorité des communes n’a pas encore élaboré un Plan communal de
développement nécessaire à l’obtention d’aides et de projets de développement auprès
des principaux partenaires. Ce retard est souvent dû à une insuffisance de moyens
financiers et de ressources humaines appropriées.

101
102
INTÉRÊT DU RAPPORT, CONTRIBUTION À LA
MISE EN PLACE D’INTERVENTIONS ET
SUGGESTIONS FINALES

Intérêt du rapport
Par rapport aux études récemment produites sur des thèmes associés à l’IA et à la
pauvreté, l’intérêt de ce rapport se situe principalement dans :

- une analyse intégrée de l’IA, à l’intention de tous les acteurs concernés par
l’IA et la pauvreté aux niveaux national et local, d’une analyse intégrée de
l’IA selon différentes perspectives qui se complètent et s’imbriquent (mesure
de la pauvreté selon les EPM, perception de l’insécurité alimentaire selon les
groupes villageois du RC, mesures du statut nutritionnel selon le MICS,
indicateur de sous-alimentation selon la FAO) qui contribuera à créer un
consensus sur les priorités tendant à réduire le nombre des victimes de l’IA ;
- le regroupement et la mise à disposition des données et informations les plus
pertinentes et les plus récentes pour comprendre et mesurer l’IA, étapes
indispensables pour concevoir et mettre en œuvre des politiques, programmes
et interventions visant à réduire l’insécurité alimentaire ;
- les suggestions faites pour réduire l’IA dans le cadre des stratégies proposées
dans le Document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP) et du Plan
d’action pour le développement rural (PADR) ;
- la contribution potentielle à la mise en oeuvre des plans d’action du DSRP et
PADR, notamment par l’identification des zones et des populations
vulnérables (qui permettra de mieux cibler les actions) et la mise en place d’un
système d’information sur le développement rural.

103
Contribution au document de stratégie pour la réduction de la pauvreté
(DSRP) : Comment le rapport peut-il aider à la mise en œuvre des plans
d’action du DSRP en matière de sécurité alimentaire et de lutte contre
la malnutrition ?
Stimulé par la possibilité de bénéficier de prêts à des conditions avantageuses de la part
des institutions de Bretton Woods, le Gouvernement malgache a pris la décision
d’élaborer le DSRP vers le début des années 2000. La finalisation du document
intermédiaire a permis à Madagascar de bénéficier du premier financement de ’Initiative
en faveur des pays pauvres très endettés (IPPTE). A la suite d’un processus de
consultation participatif au niveau national et provincial, le document a maintenant été
finalisé; celui-ci comporte trois axes stratégiques, 15 programmes et 90 sous-
programmes. Les axes stratégiques son les suivants :
- restaurer un Etat de droit et une société bien administrée ;
- promouvoir une croissance économique à base sociale très élargie ;
- développer des systèmes visant à sécuriser les personnes grâce à une protection
matérielle et sociale élargie.

Un plan de redressement de l’économie couvrant la période 2002-2005 a été établi. Le


DSRP traduit la volonté politique d’accélérer le développement pour aboutir à la
réduction de moitié de la pauvreté d’ici 2013.

La sécurité alimentaire et la lutte contre la malnutrition figurent parmi les sous-


programmes du DSRP. Les détails des actions prévues sont exposés dans les encadrés
suivants. En effet, dans le cas précis de l’IA et de la malnutrition, la stratégie envisagée
couvre tous les aspects multisectoriels. Dans le cadre du programme d’actions concernant
les facteurs agricoles et conjoncturels dont l’objectif est d’atteindre la sécurité
alimentaire, la discussion sur les déterminants de la vulnérabilité à l’IA et les cartes
fournies en annexes de ce rapport peuvent contribuer à apporter des précisions
importantes sur la répartition géographique de ces variables.

104
Encadré 3 : Les actions de sécurité alimentaire du DSRP

Sur le plan sécurité alimentaire

Les maladies animales et les problèmes d’ordre phytosanitaire figurent parmi les causes majeures de
l’insécurité alimentaire. Leur contrôle sera opérationnel à travers :
- le renforcement du partenariat avec les responsables des contrôles aux frontières et avec le secteur privé
pour ne pas introduire de nouvelles maladies sur le territoire national et réduire les cas de maladies
dominantes ;
- la surveillance phytosanitaire contre la dissémination des organismes nuisibles aux cultures qui sera
renforcée par le contrôle effectif des importations et exportations de matériels végétaux pour maîtriser les
maladies et ennemis des cultures ;
- l’adoption de plans de lutte appropriés.

La lutte contre l'insécurité alimentaire constitue un objectif majeur. Ainsi la stabilité des
approvisionnements doit-elle être assurée aussi bien dans l'espace que dans le temps. L'impraticabilité des
axes de desserte, notamment des pistes rurales, handicape les zones de production et pénalise ainsi la
rémunération des productions rurales. En outre, l'approvisionnement en intrants, en matériels et en produits
de première nécessité en est entravé.

La promotion du transport rural est prise en considération dans le Programme de transport en milieu rural
(PTMR) dont les stratégies consistent à: (i) mettre en place une cellule de coordination du transport rural,
(ii) intégrer les moyens intermédiaires de transport (MIT), (iii) impliquer les collectivités décentralisées, et
(iv) améliorer les infrastructures de transport. Un accent particulier sera apporté au désenclavement des
zones de production par la réhabilitation et l’entretien des pistes rurales. Les voies de communication
susceptibles d'être réhabilitées seront classées afin de pouvoir appuyer leur réhabilitation et leurs modalités
d'entretien, soit au niveau national, soit au niveau provincial ou communal. Au moins 10% du budget
annuel du FER seront affectés à la réfection et à l’entretien des routes rurales. (Cf. Partie infrastructure de
base).

Pour faire face aux situations d'urgence (cyclones, sécheresse, invasion acridienne, épidémies animales et
problèmes d’ordre phytosanitaire, etc.), les systèmes de prévision, de surveillance des catastrophes
naturelles et d'alerte ainsi que les capacités d'intervention des collectivités locales et des organisations
paysannes seront renforcés. La stratégie nationale de gestion des risques et catastrophes sera mise en
œuvre.

La situation alimentaire se détériore après les fréquents passages de la sécheresse et des cyclones que
connaît le pays. La mise en place d’un fonds d’urgence facilement mobilisable permettant une évaluation
immédiate des dégâts subis, un soutien et appui aux populations démunies, une fourniture d’urgence
d’intrants agricoles ou une provocation de pluies artificielles, sera primordiale pour faire face à une relance
immédiate du secteur agricole. Les activités de développement seront orientées essentiellement au
renforcement de la capacité de réponse des paysans (pré-positionnement des semences, GCV, etc.). En
outre, la collaboration des ONG intervenant dans les opérations d’urgence et la structure régionale de la
gestion des risques et catastrophes seront à améliorer pour une meilleure coordination des activités
(distribution de semences, réhabilitation des infrastructures hydro-agricoles par HIMO).
Source : DSRP, p.86

En ce qui concerne la lutte contre la malnutrition, la quantification et la localisation


géographique des victimes de l’IA fournies au chapitre 3 pourraient contribuer à
identifier les zones prioritaires. Les actions listées dans l’encadré 4 sont exhaustives.
Cependant, malgré un ciblage justifié des femmes et des enfants, elles gagneraient à être

105
encore plus spécifiques en matière d’allocation des ressources à accorder en premier lieu
aux groupes les plus démunis.

Encadré 4 : Les actions de lutte contre la malnutrition


5.3.2.2 Lutte contre la malnutrition

Pour améliorer la prise en charge de la mère et de l’enfant mal nourri, les actions suivantes seront prévues :
i) chaque Centre hospitalier de district non pourvu auparavant sera doté d’un Centre de récupération et
d’éducation nutritionnelle intensive (CRENI) ;
ii) les CRENI existants seront redynamisés ;
iii) les Centres de santé de bases (CSB) localisés dans les zones à haut risque de malnutrition seront
pourvus de Centres de récupération et d’éducation nutritionnelle jour; ceux où ils étaient non
fonctionnels seront revitalisés ;
iv) des Centres de récupération et d’éducation nutritionnelle ambulatoires seront créés au niveau des
communes ;
v) les divers centres de formation sanitaire seront dotés en médicaments tandis que des campagnes de
sensibilisation seront organisées pour lutter contre les carences en micronutriments ;
vi) les modules Allaitement maternel exclusif et Bébé kangourou seront mis en place ;
vii) les responsables des Hôpitaux amis des bébés (HAB) et ceux des lieux de travail amis des bébés seront
formés ;
viii) les équipes féminines d’éducation nutritionnelle (EFEN) seront redynamisées ;
ix) la Politique nationale alimentaire et nutritionnelle sera réactualisée en vue de l’élaboration d’une
Politique nationale de nutrition ;
x) les membres du Groupe d’action intersectoriel de la nutrition (GAIN) seront recyclés périodiquement ;
xi) un stock de sécurité de denrées alimentaires (exemple le BP5) sera constitué pour faire face à
d’éventuelles catastrophes ;
xii) un système d’exploitation des données sera mis en place à tous les niveaux de structure communautaire.

Les impacts et résultats attendus seront les suivants :

- le pourcentage de la malnutrition chez les enfants de 0 à 3 ans passera de 48% en 2000 à 36% en 2005 ;
- la mortalité hospitalière par malnutrition sévère passera de 26% en 2002 à 15% en 2005 ;
- les 111 centres de district seront dotés de CRENI fonctionnels en 2005 ;
- 100% de CRENI seront sans rupture de stock en 2005 ;
- 90% des enfants de 6 à 59 mois auront reçu de la vitamine A en 2005 ;
- 75 SSD disposeront d’une équipe de formateurs en 2005 ;
- 96 HAB seront fonctionnels en 2005.
Source : DSRP, p.110.

Sur la base des données et analyses effectuées, et à la lumière des axes stratégiques
annoncés dans le DSRP et le PADR, ce rapport offre des recommandations sur la mise en
oeuvre des programmes de lutte contre l’IA. Ces recommandations concernent l’approche

106
et la démarche générale et n’ont pas pour ambition de se substituer à des analyses
sectorielles plus étoffées.

La mise en place d’un système d’information sur le développement


rural dans le PADR, et comment le rapport peut y contribuer ?

Les missions provinciales effectuées dans le cadre de la préparation de ce rapport ont


permis de constater qu’il y a un besoin énorme en matière d’information au niveau
décentralisé. Le PADR a fait le même constat et a élaboré un programme d’actions repris
pour y remédier (Tableau 48). Cependant, dans la majorité des cas, les services
déconcentrés de l’Etat ne possèdent pas les moyens d’être opérationnels et souffrent
d’une grande démotivation du personnel. La mise en oeuvre des actions recensées
nécessiterait énormément de ressources. En attendant la mise en place de systèmes
d’information coûteux en termes de temps et d’argent, il est essentiel de promouvoir des
actions simples à mettre en place dans le court terme. Ce genre d’actions pourrait se faire
sous la forme d’un renforcement ou d’une amélioration d’initiatives tels que les Systèmes
d’information régionaux (SIR) qui regroupent un consortium des principales parties
prenantes en matière de développement rural au niveau des régions, ou encore les
Systèmes d’information communale (SIC) mis en oeuvre par SIRCAT.

Tableau 48 : Mise en place d’un système d’information sur le développement rural selon la vision du
PADR

Programme 1.1.2 : Mise en place d'un système d'information sur le développement rural
R3 Formation en collecte des données pour leur uniformisation
R3 Mise en place d'antennes RIR dans chaque fivondronana
R2 Extension des observatoires des filières
C4/5 Constitution d'une banque de données régionale pour le développement rural
R9 Mise en place d'un Centre régional de statistiques et de banque de données dans chaque fivondronana et
commune
R1 Renforcement du système de collecte des données au niveau de la base
R1 Actualisation de la monographie de la région
R7 Mise en place de banques de données des travaux de recherche et d'expérimentation
R3 Mise en place d’un système de collecte de bases de données statistiques opérationnel
C2 Mise en réseau de Systèmes d'informations agricoles régionales/SIAR (observatoires)
C2 Mise en réseau et mise à jour des bases de données
C3 Informatisation des archives des Services de domaines et de la topographie
C7 Mise à jour et mise à disposition facile des bases de données en matière d'irrigation
C4/5 Etude et mise en place d'un système régional efficace de collecte, de traitement et de diffusion de données
informationnelles avec clarification des missions et dotation de ressources aux observatoires (SIAR, RIAR)
C2 Appui aux médias existants (presse, radio rurale, manifestations agricoles, etc.)
C2 Mise en place d'un Système d'informations agricoles (offres, demandes, prix, normes, qualités...)
R9 Installation de radios de proximité (radiom-paritra) dans chaque fivondronana
R9 Création d’un Centre de documentation par fivondronana
R8 Extension des radios rurales et des moyens de communication de masse
R3 Promotion de la radio de proximité et mise en place de radio-télévisions régionales
R3 Opération postes radio et télévision
R3 Dotation de matériels audio-scripto-visuels pour chaque commune
R3 Réhabilitation ou création des Halls d'Informations
R3 Mise en place d'un réseau mercurial et d'information agricole régionale

107
R6 Production, exploitation, collecte d'informations et dotation complémentaire en outils (système d'informations
géographiques)
R1 Recherche de financement pour la mise en place d'un observatoire
C1 Elaboration et mise en œuvre d’un système commun de suivi/évaluation des projets
R1 Mise en place d'une Cellule de communication GTDR pour une coordination régionale des services
décentralisés avec les autres membres
C1 Renforcement du système IEC pour la diffusion, l'application et le respect des textes en vigueur (charge
de l'environnement, GELOSE’POLFOR, etc.)
C1 Constitution et mise en place de la Chambre d'agriculture dans les régions de production pour servir de
plate-forme de concertation et de coordination entre les opérateurs et les paysans, pour la collecte et la
gestion des données informationnelles pour l'IEC
R8 Mise en place d’une Chambre d'agriculture pour servir de plate-forme de concertation des paysans et de
développement du partenariat par l’organisation de la collecte, du traitement, de l'analyse, de l'exploitation
et de la validation des directives
R5 Redynamisation de la Chambre de commerce et interaction avec la Chambre d'agriculture à créer
R6 Plate-forme de concertation et d'échanges d'informations à travers le Tranoben'ny Tantsaha

C4/5 Multiplication des Tranoben'ny Tantsaha


R1 Développement de IEC et renforcement desTantsaha Vaovao
R1 Mise en place de structures d'échanges de technologie entre les régions
C1 Mise en place d'un système d'IEC en matière de police sanitaire et opération de sensibilisation des paysans
pour se constituer en OP dans le but d'installer une structure d'entr'aide
C2 Mise en place d’un organe de coordination et de concertation de tous les partenaires du développement
rural
R8 Mise en place d'une plate-forme de concertation et de coordination des activités des différentes institutions
d'assistance et d'appui (ONG, privés, etc.)
R1 Mise en place d'un système de suivi-évaluation des projets
C1 Redynamisation de la fonction de coordination et de centralisation des banques de données de la
recherche en collaboration avec le CIDST
R4 Mise en place d'une plate-forme de concertation entre les acteurs de développement rural en matière de
protection
des végétaux
R10 Collecte de données environnementales
R10 Mise en place radio et presse rurales
R10 Création Tranon’ny Tantsaha (Chambre d’agriculture)
R10 Rendre disponible au niveau de la région les données météo
R10 Opération de recensement des volailles et autres
R10 Mise en place d’un système de collecte et de diffusion de données statistiques opérationnel (bovin)
R10 IEC à l’encontre des tabous en matière d’élevage de petits ruminants
R10 Mise en place d’une Chambre des métiers (artisanat)

Au niveau provincial, les décideurs se plaignent de ne pas être parmi les premiers
destinataires de rapports concernant leurs provinces. Etant donné l’engagement du
Gouvernement à poursuivre une politique de décentralisation effective, il serait utile
d’instaurer des règles simples de diffusion des rapports aux structures décentralisées par
les ministères et autres partenaires engagés dans le développement. L’accès à
l’information constitue une condition sine qua non à la définition et à l’exécution des
programmes.

Il faut bien entendu une réflexion plus approfondie sur les rôles et la nature des systèmes
d’information à promouvoir. Quelle que soit la forme que prendront ces systèmes
d’information, il est impératif d’agir sur la culture du pays face à l’information et de
favoriser les échanges et la circulation des nouvelles.

108
Suggestions finales

Selon les groupes de discussion communaux (GDC), les priorités de


développement sont l’agriculture et les transports.

Les résultats sur les priorités de développement, basés sur les opinions des GDC du
Recensement des communes de 2001, sont sans ambiguïté: d’abord l’agriculture et les
transports suivis par la sécurité et les secteurs sociaux. Au niveau national, l’agriculture,
les transports et la sécurité arrivent aux premiers rangs, avec respectivement 27%, 26% et
15% des GDC ayant opté pour leur primauté. Ainsi, le développement du secteur agricole
arrive au premier ou au deuxième rang dans 45% des communes. L’amélioration des
conditions de transport est placée dans le même ordre d’importance puisque pour 42%
des communes, le secteur des transports est classé priorité numéro un ou deux. En fin de
liste, on trouve les secteurs santé, éducation et eau qui représentent la priorité de
développement pour respectivement 14%, 10% et 6% des communes (Tableau 49).

Tableau 49 : Les priorités pour le développement selon les GDC (Sept-nov 2001)
Priorités d’intervention du Gouvernement % des Communes
1. Agriculture 27
2. Transport 26
3. Sécurité 15
4. Santé 14
5. Education 10
6. Eau 6
7. Environnement 2
Total 100
Source : Recensement des communes, Programme Ilo, Université de Cornell/FOFIFA/INSTAT, 2001

Il existe des disparités spatiales en ce qui concerne les secteurs prioritaires. En matière de
surface occupée, les fivondronana où la sécurité est le secteur prioritaire occupent la plus
grande partie du territoire malgache. Viennent ensuite l’agriculture et les transports. Il
existe aussi clairement des tendances régionales dans les priorités. La région orientale
réclame une amélioration de la situation des transports, la région centrale des
investissements dans l’agriculture et la région occidentale une diminution de l’insécurité.

Les transports jouent un rôle important dans le développement rural et la lutte contre la
pauvreté (Banque mondiale, 1994). C’est principalement dans la partie orientale du pays
que le développement des transports figure au premier rang. En l’absence d’études plus
précises sur une classification des axes requérant une intervention immédiate, ces
résultats indiquent que les problèmes de transport les plus graves sont concentrés dans la
région qui va de Taolanaro à Toamasina, à l’exception du tronçon Manakara-
Vangaindrano. C’est aussi le cas d’une majeure partie de la Sava. Mais en règle générale,
pour 33% des communes qui n’ont pas accès à une route nationale, les transports
constituent la priorité numéro un. Il en va de même pour 30% des communes qui n’ont
pas accès à une route provinciale.

109
Les statistiques relatives au transport expliquent très bien pourquoi les communes
choisissent ce secteur comme prioritaire. Durant la saison des pluies, dans environ la
moitié des communes, les déplacements vers les services et marchés se font
principalement en camion ou en voiture bâchée, et dans plus du tiers de celles-ci, les gens
se déplacent à pied. Il faut toutefois en moyenne dix heures pour accéder à un arrêt de
taxi brousse ou à une gare ferroviaire. Cette moyenne reflète la situation dans les
Provinces de Fianarantsoa, Toamasina et Toliara. En revanche, il faut huit heures dans la
Province d’Antsiranana, vingt heures dans la Province de Mahajanga, et trois heures dans
la Province d’Antananarivo (Tableau 50).

Tableau 50 : Temps moyen d’accès à différents services et marchés, tous moyens de transport confondus (en
heures)
Services et marchés Madagascar Antananarivo Fianarantsoa Toamasina Mahajanga Toliara Antsiranana
Arrêt de taxi brousse 10 3 9 9 20 10 8
Marché journalier 8 4 5 8 19 8 9
Service de vulgarisation agricole 12 3 9 9 23 15 9
Source : Recensement des communes, Université de Cornell, 2001

En ce qui concerne l’accès aux marchés journaliers, on retrouve des disparités dans les
Provinces de Toamasina, de Toliara et d’Antsiranana, où le temps d’accès est deux fois
plus élevé que la moyenne de quatre heures relative à la Province d’Antananarivo ; ce
temps est cinq fois plus élevé dans la Province de Mahajanga. Dans le cas des services
de vulgarisation agricole, il faut douze heures en moyenne au niveau national, avec des
extrêmes qui vont de trois heures dans la Province d’Antananarivo à 23 heures dans la
Province de Mahajanga.

L’importance des secteurs agricoles et des transports dans le processus


de développement
Etant donné les objectifs de développement et de réduction de la pauvreté, les GDC ont-
ils raison d’insister sur le développement de l’agriculture et l’amélioration des transports?
Pour la période 1997-2000, le pays a connu un taux de croissance annuel moyen de 4,3%.
Cependant, cette croissance a bénéficié principalement aux villes des Provinces
d’Antananarivo, Mahajanga et Toliara, alors que seules les zones rurales d’Antananarivo
et d’Antsiranana ont connu une baisse de la pauvreté (INSTAT, 2002).

Entre 1999 et 2001, l’incidence de la pauvreté a diminué de 2,1% dans le monde; elle a
été significative dans les pays de l’Asie du Sud-Est et en Inde et a prouvé que ce n’est pas
seulement la croissance qui compte mais la structure de la croissance. Une croissance
basée essentiellement sur le secteur manufacturier a très peu d’effets sur la réduction de
la pauvreté (Ravallion et Datt, 1999; Timmer, 1997). Seule une croissance du secteur
agricole réduit incontestablement la pauvreté rurale et urbaine. Les effets de la
croissance agricole sur la réduction de la pauvreté sont essentiellement indirects. En effet,
la croissance des revenus des paysans moyens qui possèdent les ressources nécessaires
pour participer à la croissance entraîne une création d’emplois assez importante pour les
paysans pauvres qui travaillent pour eux. De plus, pour un emploi créé directement dans
le secteur agricole, deux à trois emplois sont créés dans le secteur non-agricole (Mellor et
Ranade, 2002).

110
Une amélioration du niveau de vie des ménages pauvres permettrait de réduire la part de
l’alimentation dans leur budget de consommation. La résolution des problèmes
d’insécurité alimentaire passe par une augmentation de la productivité dans le secteur
agricole qui devrait, à son tour, entraîner une hausse de l’offre de produits vivriers. Or,
une augmentation importante de l’offre de produits vivriers passe par le biais de
l’adoption de nouvelles technologies. Lesdites technologies sont le fruit du soutien du
Gouvernement à la recherche et aux investissements dans les infrastructures (irrigation,
routes) indispensables au secteur agricole. Une fois les besoins de base assurés, la
diversité de la consommation des ménages et leurs effets multiplicateurs stimuleront les
autres secteurs de l’économie.

Cependant, l’importance de l’agriculture ne devrait pas pousser à croire qu’elle est la clé
de tous les problèmes d’insécurité alimentaire à Madagascar. En effet, comme le prouve
une analyse effectuée dans les hautes terres malgaches, une augmentation du rendement,
c’est-à-dire de la productivité marginale de la terre, n’entraîne pas forcément une
réduction de la pauvreté par une hausse de la productivité marginale du travail
(Randrianarisoa, 2003).

Le Gouvernement actuel donne la priorité aux transports. Il est clair, selon les résultats du
RC de 2001, que ces efforts seront considérés les bienvenus par les communautés rurales.
Les bénéfices créés par la construction de routes sont multiples et des données récentes
sont maintenant disponibles pour mieux les quantifier. Dans le domaine de l’agriculture,
le tableau 51 ci-dessous montre que les rendements de riz ont doublé dans les régions
moins éloignées comparées à celles plus distantes. Les mêmes résultats ont été obtenus
pour les autres cultures. Il a aussi été prouvé que ce sont les zones les plus éloignées et les
plus inaccessibles qui sont touchées le plus par les problèmes d’insécurité (Fafchamps et
Moser, 2002). La crise politique a montré les effets des coûts du transport sur l’utilisation
des services de santé. Les coûts de transport diminuent les visites auprès des centres de
santé de 40% à cause d’un problème d’offre (les médicaments n’arrivent plus) et de
demande (les gens qui habitent plus loin sont plus pauvres).

Tableau 51 : Impact des coûts de transport


Quintile % pauvres Rendement du riz (kg/ha)
d’éloignement
Plus proche 52 3 500
2ième 79 2 500
3ième 88 1 950
4ième 90 1 670
Plus éloigné 91 1 670
Source : EPM 2001, INSTAT

Des études montrent les liens directs entre les problèmes routiers et les autres secteurs de
l’économie, indiquant de ce fait les effets multiplicateurs que l’amélioration des
infrastructures entraînerait pour le secteur de l’agriculture. Cependant, s’il est établi que
les routes génèrent des effets positifs sur les activités économiques et sociales, le niveau
exact à partir duquel celles-ci peuvent sortir toute une zone de la pauvreté reste difficile à
démontrer.

111
Le développement des secteurs sociaux est nécessaire au processus de
réduction de la pauvreté.

Même si la priorité accordée aux secteurs sociaux est moindre que pour les deux premiers
secteurs, elle n’en reste pas moins importante (Tableau 52).

Tableau 52 : Evolution de la situation santé/éducation (% des communes)

Par rapport à il y a 5 ans Education Santé


Nettement améliorée 14 12
S’est améliorée 54 60
Egale 14 16
Moins bonne 12 7
Beaucoup moins bonne 4 5
Non applicable 2 2
Total 100 100
Source : Recensement des communes, Université de Cornell, 2001

La moindre importance donnée aux secteurs de la santé et de l’éducation pourrait


s’expliquer par l’amélioration de la situation ces dernières années. En réalité, comme le
montre le tableau 51, environ 70% des communes déclarent que la situation de la santé et
de l’éducation s’est améliorée pendant les cinq dernières années (tableau 51). Cependant,
la perception d’une amélioration ne signifie pas que la qualité des services offerts soit
bonne. Grâce à des projets tels que le CRESAN et le CRESED, il est maintenant acquis
que chaque commune malgache possède au moins un centre de santé de base (CSB) et
une école primaire publique (EPP). Cependant, comme dit précédemment, la qualité de
ces services varie énormément d’un endroit à un autre. Pour que les investissements
puissent porter leurs fruits, il reste un effort supplémentaire à faire au niveau de
l’amélioration de la qualité des services offerts ainsi qu’à celui de la longévité des
bâtiments face aux cyclones.

Les pays qui ont expérimenté les taux de réduction de la pauvreté les plus élevés sont
ceux qui ont utilisé une stratégie qui combine les deux aspects suivants: d’une part, la
promotion d’activités qui requièrent une utilisation intensive de l’élément que les pauvres
possèdent le plus en abondance, c’est-à-dire leur force de travail et, d’autre part, l’accès
des pauvres aux services de santé et d’éducation de base (Banque mondiale, 1990 et
2000; Anand et Sen, 1996).

112
Les femmes : un pilier central dans la lutte contre l’insécurité
alimentaire

L’éducation des femmes est le facteur le plus important dans la réduction de la


malnutrition.
Plusieurs études ont montré les bienfaits des programmes éducatifs centrés sur les
femmes et sur la situation nutritionnelle des enfants. Une analyse des facteurs
déterminants de la malnutrition a montré que c’est le niveau d’éducation des femmes qui
contribue le plus à la réduction de la malnutrition (43%). Les améliorations dans l’accès
à la nourriture arrivent en seconde position car elles représentent 26% des facteurs
expliquant la réduction de la malnutrition (Smith et Haddad, 2000).

Quisumbing (2000) a montré à plusieurs reprises que la femme s’avère être la clé de la
sécurité alimentaire. Les programmes à mettre en place consisteraient à améliorer la
nutrition maternelle, à créer les conditions favorables à une croissance normale des
adolescentes et surtout à investir non seulement dans le domaine de l’éducation mais
aussi dans l’amélioration des connaissances des bonnes habitudes alimentaires.
L’avantage des interventions en matière d’éducation réside dans leurs effets
multisectoriels. En effet, des mères plus instruites et mieux nourries ont des enfants bien
portants. De même, une meilleure qualité de l’éducation entraîne de meilleures pratiques
nutritionnelles et sanitaires, ainsi qu’une bonne maîtrise de la production de nourriture.

Réduire les disparités hommes-femmes entraîne une hausse de la productivité


agricole et des taux de croissance économique plus élevés.
Réduire les disparités hommes-femmes est une nécessité pour obtenir un meilleur
fonctionnement de l’économie. En plus des effets positifs de l’éducation montrés
précédemment, favoriser un meilleur accès des femmes aux ressources productives,
surtout dans le domaine de l’agriculture, constitue un apport considérable au processus de
croissance. Dans le cadre de l’Afrique sub-saharienne, Blackden et al (1998) font
référence à des études quantifiant ces liens à partir de données obtenues dans les années
90. Ainsi, au Burkina Faso, réallouer des ressources précédemment destinées aux terres
cultivées par les hommes, à celles cultivées par les femmes au sein du même ménage,
peut contribuer à augmenter la production de 10 à 20%. Au Kenya, offrir le même niveau
d’intrants agricoles et d’éducation aux femmes et aux hommes peut augmenter la
production des femmes de 20% et plus. En Zambie, si les femmes bénéficiaient du même
niveau de capital que les hommes en terme d’intrants agricoles et de terres cultivables, la
production totale pourrait augmenter de 15%.

113
Promouvoir la mobilité de la population

Madagascar a connu des vagues de migrations successives au cours de son histoire.


La population malgache est le résultat d’un processus de migrations indonésiennes,
polynésiennes et africaines. Les parties est et ouest de l’île sont séparées par des
montagnes qui atteignent entre 800 et 2 800 m d’altitude, ce qui n’a pas empêché les
échanges de s’effectuer alors que le sud a longtemps été isolé du reste du pays du fait de
ses paysages semi-désertiques. Dès le XVIème siècle, des petites monarchies sont
apparues et les guerres fréquentes entre tribus voisines ont limité les migrations
volontaires. L’unification d’une grande partie de l’île par les Rois Andrianampoinimerina
et Radama I au XIXème siècle a permis une plus grande sécurité sur les routes et, de ce
fait, une hausse des migrations.

La période qui a suivi l’unification s’est caractérisée par trois types de migrations
(Deschamps, 1959, Godefroit 1989). D’une part, la plupart des soldats merinas envoyés
dans les provinces ont fini par s’y installer et épouser des femmes de ces régions. D’autre
part, des groupes désireux de garder leur indépendance face à la domination Merina se
sont enfuis vers des endroits reculés. Et enfin, la plus importante vague de migrations est
apparue avec l’arrivée d’européens et créoles venus investir dans les plantations de café,
vanille, canne à sucre et girofle dans le nord-est du pays. Les salaires proposés ont attiré
des travailleurs en provenance principalement du sud-est de l’île : des Antemoro et des
Antsesaka pour la plupart. Les liens historiques entre ces derniers et les tribus du nord ont
facilité leur intégration dans la région, alors que les merina étaient encore perçus comme
des envahisseurs. D’ailleurs, de nos jours, ce sont ces liens qui expliquent en grande
partie les conditions d’accès à la terre par les migrants.

En 1896, Madagascar devient une colonie française et l’administration coloniale renforce


l’unification politique de l’île. Des routes et des systèmes ferroviaires sont construits.
Cependant, d’après Deschamps (1959), ce ne sont pas ces moyens de transport modernes
qui ont développé la mobilité de la population mais plutôt l’attrait des travaux rémunérés
dans les plantations. Par ailleurs, l’obligation de payer des taxes s’est trouvée être une
incitation à travailler comme salarié. Parmi les nouveaux migrants se trouvaient des
esclaves récemment libérés et à la recherche de meilleures conditions de vie.

Pour beaucoup, la migration constituait la seule possibilité d’échapper à un contexte


social contraignant dans leurs régions d’origine. En effet, la fierté entraînée par des
rivalités entre différents clans limitait les échanges de main-d’oeuvre salariée, alors que la
cohésion entre personnes du même clan impliquait un système d’entraide où les
paiements d’ordre monétaire n’étaient pas de rigueur. De ce fait, la migration représentait
une façon de s’intégrer à l’économie monétaire naissante (Deschamps, Godefroit,
Raison).

114
L’incitation à la mobilité : une nécessité aujourd’hui ?
La répartition spatiale de la population est actuellement une question importante puisque
50% de la population occupe 10% de la surface totale de l’île (Ministère de la population,
1998). Les trois-quarts de la population vivent dans les parties centrale et orientale de
l’île, où se trouvent seulement 15% des terres cultivables. Le chapitre sur le nombre et la
répartition géographique des victimes de l’IA a mis en relief l’existence de poches de
pauvreté. Certains fivondronana ont des taux de prévalence de l’IA très élevés ne
concerne qu’un nombre très faible de personnes. Ce type de situation pourrait être
indicatif d’une possibilité d’incitation à des mouvements de populations des zones les
plus exposées aux risques structurels et conjoncturels vers les zones plus favorisées.

Le Gouvernement malgache a essayé à plusieurs reprises de promouvoir des mouvements


migratoires vers l’ouest du pays puisque 44% des terres cultivables s’y trouvent. Ces
initiatives se sont soldées par un échec. Les raisons de cet échec ont été identifiées
comme suit :

- manque de fonds pour mettre en place une véritable politique de développement


territorial ;
- insécurité due à des vols de zébus fréquents dans ces régions ;
- insécurité dans la propriété des terres ;
- conflits entre fermiers et éleveurs sur l’utilisation des terres ;
- manque d’infrastructures ;
- et manque de cohésion sociale parmi les nouveaux migrants.

Si la migration pouvait constituer une des solutions à adopter, celle-ci devrait être
accompagnée de mesures visant à réduire les effets pervers potentiels. En effet, la
migration peut contribuer à alléger les problèmes environnementaux dans les régions de
départ grâce à une baisse de la pression démographique. Cependant, les régions de
destination peuvent se retrouver surpeuplées, ce qui risque de créer des dégradations de
l’environnement et des conflits fonciers parmi les paysans. De plus, la migration ne
saurait se substituer à des politiques réelles de développement. Elle représente une
solution potentielle uniquement dans les zones arides, telles que certaines parties de
l’Androy.

Des interventions plus rapides, face aux dégâts causés par les
catastrophes naturelles

Comme le prévoit le DSRP, les autorités publiques devraient réagir plus rapidement à la
détresse qui suit les catastrophes naturelles. La lenteur des interventions constitue le débat
d’une spirale de la pauvreté difficile à maîtriser. Par exemple, en 2000, les Cyclones
Eline et Gloria ont frappé juste avant le mois de mars, celui de la récolte. C’est la période
d’angoisse des paysans car la fin de la saison des cyclones approche en même temps que
la récolte du riz. Deux mois après le cyclone, rien n’avait encore été fait car personne
n’avait fait de véritable demande d’aide. De ce fait, le Gouvernement n’est pas intervenu.

115
Malgré la fréquence des cyclones, le manque de préparation des différents intervenants
est alarmant. Les routes ou ponts coupés ne sont toujours pas réparés. La réhabilitation
de la route d’Ikongo, par exemple, n’a eu lieu qu’en octobre 2002.

De plus, les aides en provenance des organismes internationaux annoncées au moment


des catastrophes mettent du temps avant d’arriver à destination. Par exemple, le fonds
d’aide pour le cyclone de la BAD annoncé en 2000 n’est toujours pas opérationnel trois
ans après. Il est à espérer que la situation change, et que les actions d’urgence à mettre en
place pendant les éventuels cyclones de 2004 soient suivies assez rapidement par la
réparation des infrastructures endommagées.

Une volonté politique affichée de lutte contre les pratiques


traditionnelles qui contribuent à l’insécurité alimentaire

Les autorités publiques ont un rôle à jouer dans la régulation des pratiques traditionnelles
qui accentuent les problèmes d’insécurité alimentaire. C’est le cas des sacrifices de zébus
qui entraînent un appauvrissement des couches les plus défavorisées de la population. Le
maintien des traditions est une attitude de repli à laquelle font recours ceux à qui ces
pratiques bénéficient en terme de pouvoir. Dans ce cas, l’intervention des dirigeants
politiques est essentielle pour changer le comportement des populations locales. Des
exemples de prises de position courageuses pour limiter les dégâts causés par ces
pratiques existent. C’est le cas du maire de Tolongoina, une petite commune située au
centre-est de la province de Fianarantsoa. Celui-ci a limité les sacrifices à seulement deux
mois de l’année. En dehors de ces mois-là, la pratique est considérée comme illégale. La
population s’est trouvée obligée d’obéir au nouveau règlement.

Des incitations à la mise en place d’institutions financières

L’Etat aurait un rôle à jouer dans la minimisation des coûts fixes d’installation des
institutions financières dans les différentes régions du pays. Ce type de politique
impliquerait la construction de routes - ce qui figure déjà parmi les priorités du
Gouvernement - mais aussi la mise en place de mesures complémentaires visant, d’une
part, à faciliter l’utilisation de ces services par les paysans et, d’autre part, à retenir le
personnel de ces établissements dans ces régions.

Les classes privilégiées devraient être sensibilisées sur la nécessité de


politiques sociales pouvant aussi contribuer à la croissance.

Les politiques sociales sont souvent perçues par des membres des classes privilégiées
comme étant des dépenses non productives. Afin de s’assurer de la cohésion de tous les
membres de la société en matière de lutte contre la pauvreté, et plus particulièrement de
l’IA, il est important d’effectuer une campagne de sensibilisation sur les bienfaits
économiques occasionnés par des politiques sociales visant à soutenir la croissance. En

116
effet, l’amélioration des conditions de santé et de nutrition engendre, entre autres, les
effets positifs suivants :

• une amélioration de la productivité et des revenus des travailleurs contribuant à


une hausse de la performance de l’économie en général ;
• une meilleure capacité d’apprentissage des enfants pour obtenir des travailleurs
plus qualifiés sur le marché du travail.

Par ailleurs, l’augmentation du niveau de vie des ménages et des réserves de sécurité pour
faire face aux chocs réduit leur vulnérabilité et leur permet d’envisager des
investissements plus productifs considérés auparavant comme trop risqués. Encore une
fois, lorsque la productivité des agriculteurs ou autres catégories de la population
s’améliore, c’est en général l’économie toute entière qui en bénéficie.

Un dernier message : cibler en priorité les groupes les plus vulnérables


et adopter des approches réellement participatives

La priorité à donner aux couches les plus démunies de la population est celle de réduire le
taux de pauvreté de moitié d’ici 2013, condition essentielle pour atteindre les objectifs
fixés par le Gouvernement. Madagascar fait partie des pays où les dépenses de santé
favorisent les riches plus que les pauvres. Ainsi, près de 30% des dépenses de santé sont
destinées au quintile le plus riche contre à peine 10% en faveur du quintile le plus pauvre.
Un meilleur ciblage des groupes les plus vulnérables aurait des effets très positifs en
termes de sécurité alimentaire grâce à une augmentation de la productivité permettant
ainsi de contribuer plus activement à l’économie.

117
118
CONCLUSION
Dans ce rapport, on s’est efforcé de comprendre et de documenter la situation de ceux
qui, jour après jour, doivent incessamment lutter pour assurer à eux-mêmes et à leur
famille des besoins minimaux en nourriture. On s’est penché sur les questions clés
permettant de mieux comprendre la gravité de la situation, sur les raisons pour lesquelles
ces familles sont victimes de l’IA et sur les actions qui pourraient améliorer le lot
quotidien de millions de femmes, d’hommes et d’enfants à Madagascar.

L’analyse a confirmé que l’IA :


- touche plus de la moitié de la population de manière chronique ou saisonnière ;
- est répandue dans toutes les provinces mais avec des intensités variables ;
- concerne les ménages ruraux mais aussi urbains ;
- affecte de manière disproportionnée les femmes et les enfants de moins de cinq
ans, ce qui se traduit par des taux de malnutrition inacceptables qui mettent en
danger leur bien-être, leur santé et même leur survie ;
- en milieu rural, concerne surtout les petits agriculteurs n’ayant pas accès aux
moyens de production et ceux qui sont dépourvus de terres ;
- serait moindre si l’on investissait en priorité dans l’agriculture et les
communications, tel que cela est perçu par les Groupes de discussion
communaux;
- serait moins dramatique si les prix offerts aux producteurs sur les marchés
subissaient moins de variations.

Les résultats ont été atteints essentiellement grâce à l’analyse directe des données issues
du RC 2001, une source exceptionnelle d’information sur l’IA, complétée par la prise en
compte des données de l’EPM 2001 et des études existantes.

Les visites sur le terrain ont mis en avant les besoins énormes en matière d’information
pour améliorer la prise de décision au niveau central et décentralisé. En attendant la mise
en place de systèmes d’information coûteux en temps et en argent, il est essentiel de
promouvoir des actions simples à mettre en place dans le court terme.

Les stratégies élaborées dans le cadre du PADR, en particulier celles concernant le


développement d’une synergie entre les différents acteurs impliqués dans le
développement rural, doivent être mises en œuvre sans plus attendre, afin de créer les
conditions nécessaires pour atteindre les objectifs de sécurité alimentaire.

La mise en oeuvre des programmes définis dans le cadre du DSRP est handicapée par le
manque de ressources: le budget de l’Etat accusait déjà un manque de l’ordre de 50%
pour la période s’étalant jusqu’en 2006. La dernière visite du Chef du Gouvernement à
Paris, où il a été félicité pour les énormes progrès effectués en un an afin de redresser
l’économie, laisse espérer que des ressources supplémentaires seront disponibles

119
rapidement. En effet, le Gouvernement ne peut s’atteler seul à la lutte contre l’insécurité
alimentaire et la pauvreté. En plus du soutien de toutes les catégories de la population
malgache, il lui faut aussi l’aide des pays développés qui, il faut rappeler, se sont engagés
à affecter davantage de crédits aux programmes de coopération, afin de contribuer à
atteindre les objectifs du Millénaire d’ici 2015.

Ce rapport plaide encore une fois en faveur de l’utilisation d’approches qui favorisent la
participation véritable des ménages et populations à la recherche de solutions adaptées
pour réduire l’IA en renforçant leurs moyens de subsistance et en diversifiant leurs
activités. L’expérience a montré que les programmes établis avec la participation des
bénéficiaires sont plus efficaces que ceux qui sont imposés. Le DSRP prévoit d’ailleurs
de mettre en place des mécanismes permettant aux populations concernées de participer
réellement au choix des investissements à réaliser dans leur zone et de les responsabiliser
quant à la réalisation des interventions, leur entretien et leur bon fonctionnement. Ce
document souligne que la participation des bénéficiaires est indispensable à tous les
stades des projets (identification, formulation, financement, mise en place,
fonctionnement).

Pour terminer, il est souhaité que le travail accompli contribuera à améliorer la situation
de la sécurité alimentaire des millions de malgaches qui luttent quotidiennement pour
assurer leurs besoins vitaux en matière d’alimentation, tout en permettant un meilleur
ciblage des personnes vulnérables et une meilleure définition de la priorité à donner aux
interventions pour réduire l’IA avec la participation active des bénéficiaires. En
particulier, il est espéré que, dans un futur assez proche, le paysage de désolation qui
règne actuellement sur le Canal des Pangalanes sera transformé en un paysage
d’abondance où il fait bon vivre et où les mères enfantent des enfants bien nourris, où des
jeunes filles mettront à leur tour au monde les futures générations de malgaches pour
lesquelles les problèmes d’insécurité alimentaire ne seront qu’un souvenir du passé.

120
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