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Glottophobie : comment le français "sans accent" est devenu la norme

Comment le français "sans accent" est-il devenu la norme dans l’Histoire ?

Avant le XVIIIe siècle, la question ne se pose pas. Le royaume de France est constitué de
provinces extrêmement diverses avec des statuts très différents les unes par rapport aux
autres. Plusieurs sont réputées étrangères et disposent de très fortes autonomies. Le fait qu’on
n’y parle pas français et qu’on y utilise d’autres langues est alors considéré comme banal.

Au XVIe siècle, le français n’était parlé que dans la région parisienne et ses alentours. Il était
à peu près totalement inconnu ailleurs à l’oral.

L’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539 ne cherchait pas à imposer le français mais


seulement à mettre en place l’utilisation d’une langue, écrite et parlée, compréhensible par les
administrés et les justiciables. Et tout au long du XVIe siècle, cette ordonnance a été comprise
comme prescrivant qu’on utilise la langue locale. Et finalement à cette époque, le latin a été
remplacé par l’occitan, le breton, le provençal, le gascon...

Progressivement, le français a été imposé comme langue de l’écrit et uniquement comme


langue de l’écrit. Personne ne le parlait et cela ne venait à l’idée de personne de le parler. Tout
le monde trouvait normal que chacun parle sa langue.

Le français, comme langue écrite, est mis en place à partir du XVIIe siècle, avec la création
notamment en 1635 de l’Académie française, chargée d’élaborer une langue normative, une
langue de pouvoir. Cela a conduit à une généralisation de l’usage du français par les
aristocrates de la Cour, au XVIIIe siècle

Pour combattre le latin et pour affirmer le pouvoir du roi, à la place du pouvoir de l’église, le
français est alors imposé dans les textes juridiques et administratifs.

A quelle époque le français s’est-il répandu, en tant que langue parlée ?

A la Révolution française, la grande bourgeoisie, la partie les plus aisée du tiers état, prend le
pouvoir à la place de l’aristocratie. Et comme la Révolution, évidemment, se déroule
principalement dans la capitale, c’est donc la grande bourgeoisie "parisienne", qui prend le
pouvoir, avec l’aide de certains aristocrates "éclairés", comme Mirabeau et de membres du
clergé, comme l’Abbé Grégoire. La grande bourgeoisie parisienne prend le pouvoir en
récupérant parmi ses attributs, la langue française.

Une deuxième étape intervient lors de la mise en place du régime de la Terreur, à partir de
1793. La Révolution se transforme en dictature, en écrasant les "fédéralistes", les Girondins,
ceux qui voulaient une France unie dans sa diversité.

Les Jacobins, pour une France très centralisée, avec pour modèle - le modèle parisien -
prennent alors le pouvoir, avec la volonté de faire de la langue française, un outil
emblématique pour unifier le pays, en lui donnant une même langue, une seule et même
langue.
Par la loi, le français est imposé et les autres langues sont interdites. Une série de dispositions
sont prises en 1793 et 1794, en relation avec le rapport de l’Abbé Grégoire sur la nécessité de
l’éradication de ce qu’ils appelaient à l’époque les dialectes et les patois, sur la nécessité
d’universaliser l’usage de la langue française.

C’est un outil de pouvoir et un outil pour mettre en place une certaine forme d’unification
nationale. Au lieu de former un pays constitué d’entités, de composantes ayant leurs
particularités, leurs différences, la décision est prise de l’uniformiser, au détriment des
provinces, qu’on a appelé ensuite les régions, et au détriment de leurs langues.

Mais pendant très longtemps encore, les langues régionales restent majoritaires. Le français
n’est utilisé que comme langue seconde, notamment dans les grandes villes, par les classes
aisées, par les personnes ayant fait des études, dans son bassin historique, le bassin parisien
élargi à Orléans et la vallée de la Loire.

Il faudra un siècle et demi, jusqu’au début du XXe siècle, par la force et par la pression pour
décourager les populations de parler leurs langues - avec parfois des interdictions - et pour les
convaincre de passer au français, pour la promotion ou la réussite sociale de leurs enfants.

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