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PRINCIPES DE LA LIBRE APPROPRIATION DE

NEGATIVLAND.
http://www.negativland.com/riaa/tenets.html
Première publication dans : NegativLand, Fair Use : The Story of the Letter U and the Numeral 2, Seeland MediaMedia,
1995

LA LIBRE APPROPRIATION EST INEVITABLE dès l’instant où une population


bombardée de médias électroniques rencontre des machines qui l’encouragent à les capturer.

ARTISTES, notre travail consiste, entre autres, à prendre, déplacer et réutiliser des morceaux
d’éléments d’informations disponibles publiquement et qui influencent le public, parce que
ces médias envahissent notre environnement et qu’ils affectent notre conscience. Dans notre
société, les médias qui nous entourent sont aussi accessibles et aussi valables comme sujet de
l’art, que la nature elle-même.

ARTISTES, ni le coût prohibitif des frais d’accès, ni la paralysie qu’on nous impose en nous
refusant des autorisations chaque fois que notre nouveau contexte n’est pas favorable aux
échantillonnages que nous choisissons, ne doivent nous empêcher de nous référer au monde
des médias qui nous entoure et d’en renvoyer une nouvelle image.

NOS APPROPRIATIONS sont multiples, transformatives, et fragmentaires de nature ; elles


ne concernent jamais une œuvre dans sa totalité.

NOTRE TRAVAIL constitue un « tout » original et authentique car il est beaucoup plus que
la somme de ses samples. Il ne s’agit pas de « contrebande » , de « piraterie » ou de
« contrefaçon » effectuée dans le but d’exploiter le potentiel commercial des sujets que l’on
s’approprie. La loi doit réussir à faire la distinction enter but économique et but artistique.

IL N’Y A PAS D’EFFET NEGATIF DEMONTRABLE sur la valeur commerciale des


œuvres originales auxquels nous faisons des emprunts, ni sur le statut culturel ou les revenus
des artistes qui les ont créées.
Faire références à une œuvre de façon fragmentaire a au moins autant de chances d’avoir des
répercussions positives dans les domaines concernés. (Le sampling des rappeurs a joué un
grand role dans le retour de James Brown sur la scène musicale, et il les a poursuivis en
justice !)

LE BESOIN DE FAIRE quelque chose à partir d’autres choses est un élan artistiquement
valable, socialement sain et tout à fait traditionnel, qui n’a été criminalisé que récemment afin
d’imposer financièrement cette pratique ( ou de l’empêcher qand elle devient gênante). Ces
cadenas privés qu’on a posés sur tous les mass-média ont produit une culture de masse
presque complétement « professionnelle », formalisée et presque totalement protégée de toute
forme de critique directe formulée de bas en haut et qu’elle n’approuve pas.

LES TRIBUNAUX suivent souvent le principe selon lequel « l’usage à but lucratif ne peut
être loyal ». Or ce principe, appliqué de façon irréfléchie et inappropriée represente un
véritable préjudice pour le combat que doit mener l’art d’aujourd’hui s’il veut survivre.
Travailler avec un média –n’importe quel média- coûte cher. Créer, dupliquer et distribuer
quoi que ce soit demande des investissements substantiels en temps et en produit
manufacturés. L’application trop rapide qu’une utilisation à but non commerciale et loyal
ignore que, dans la réalité, les artistes, quoi qu’ils aient choisi de faire, ont besoin de vivre et
de financer leur travail grâce à un juste retour de leurs investissements, comme tout le monde.
La règle du « tant que ça ne rapporte pas d’argent », qui est appliqué actuellement aboutit à ce
que seuls les gens qui en ont les moyens financiers peuvent « faire de l’art » de façon honnête.
Si la société accorde de la valeur au côté impertinent et transformateur des travaux honnêtes et
critiques qui s’épanouissent sur le terreau de la pensée indépendante, la loi ne devrait pas
étouffer dans l’œuf de telles œuvres en rendant impossible leur survie économique au sein de
notre marché libre.

NOUS CROYONS que la liberté artistiques de tous fait plus pour la santé sociale que les
revenus supplémentaires dérivés du paiement de droits d’auteurs qui met en place une Police
de l’art et crée un climat de surveillance culturelle généralisée. Quelle qu’ait été la valeur
initiale de nos lois sur le copyright, elles sont maintenant clairement subverties chaque fois
qu’on les utilise pour censurer des œuvres qui déplaisent, pour nier le besoin qu’a le public de
réutiliser et refaçonner l’information, et pour engranger des revenus purement opportunistes à
partir de toute utilisation publique d’un matériel culturel publié et donc, en fait, déjà
accessible à tous. La constitution américaine montre clairement qu’à l’origine, la législation
sur le copyright visait le bien public et non privé. Personne ne devrait pouvoir revendiquer le
contrôle privé du processus créatif. C’est la lutte de l’art contre le commerce, une lutte dans
laquelle il s’agit finalement de savoir lequel des deux ouvre la voie à l’autre.