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Leviathan : Chapitre XXIX (Thomas Hobbes)

Presentation · May 2019


DOI: 10.13140/RG.2.2.14308.01928

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Giada Pistilli
Sorbonne Université
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Léviathan, Thomas Hobbes, 1651
CHAPITRE 29
« De ce qui affaiblit l’Etat ou tend à sa DISSOLUTION »
Vie : Les pages du Léviathan montrent clairement le moment historique difficile vécu par Hobbes
dans l’Angleterre du XVII siècle. Hobbes nait à Malmesbury le 5 avril du 1588, la même année où
la Reine Elisabeth Tudor refuse le mariage avec le roi d’Espagne, Philippe II, fils de Charles V. Les
années suivantes ont marqué l’entrée de l’Angleterre dans le scenario politique européen, plein de
guerres civiles et sanglants affrontements. Ces sont les lieux et la période où Hobbes étudie et
grandit.
Pendant toute la durée de sa vie, Hobbes fait trois grands voyages en Europe.
Il rencontre les grandes figures de la culture européenne de l'époque: Galilée et Descartes et le
cercle d'intellectuels réunis autour du jésuite Mersenne. Il adhère au matérialisme et mécanicisme
pendant sa permanence en Italie. Il bénéficie également du sujet de la mathématique, qui lui permet
de l’enseigner. Il se présent comme Euclide : pour lui, la philosophie doit absolument adopter une
rigueur géométrique.
Effectivement, sa méthode consiste en vouloir fonder la politique comme une science, en s’inspirant
à la révolution scientifique, en particulier celle de Galilée dans les sciences de la nature, c’est-à-dire
la méthode résolutive : dans un premier temps décomposer et résoudre les corps en leurs partis
constituants, et dans un second temps les reconstruire de manière synthétique. En appliquant ce
principe au Léviathan, il faut donc décomposer l’Etat par ses parties composantes et ensuite les
recomposer. L’idée de Hobbes est qu’on peut penser le corps politique comme une construction
dont les êtres humains sont la cause, et c’est parce que l’Etat est un artéfact de l’homme. La
politique est pensée comme une science qui part des faits, recherche les causes et déduit les effets.
Problématiques : la question que Hobbes se pose dans le chapitre qu’on va étudier est « comment
garantir la durabilité de l’Etat et donc éviter sa dissolution ? ». Puisque les êtres humains peuvent
souffrir de graves maladies à la fois internes et externes qui causent la mort, comment les
reconnaitre et les dégager ?
Thèse : Pour Hobbes, si un Etat se dissoudre, ce n’est pas des éventualités mais c’est la faute des
bases qui ont été mal faites, des gens qui ne savent pas construire un Etat. Les institutions peuvent
toujours remédier aux vices de la nature humaine. Au contraire, selon Strauss et Kant, quel que soit
la méchanceté des hommes ou leurs vices et perversités, on peut toujours construire un Etat de droit.
Tout le système philosophique et politique de Hobbes a pour ambition de penser les principes
rationnels d’une construction d’Etat qui permettrait d’éviter de façon certaine la dissolution dans la
guerre civile.
Enjeux : « Enjeu macro » → L'argument de Hobbes dans le livre 2, « De L’Etat », chevauche la
ligne entre la description et déduction philosophique d'un Commonwealth contractuel et la
prescription politique pour l'institution de la société idéale. Cette section du texte de Hobbes
s'intéresse aux détails de l'administration souveraine et à la structure du système juridique
léviathanien. Rattaché à la section précédente, il fournit un plan pour l'ingénierie d'une nouvelle
structure politique.
« Enjeu micro » → Skinner dans son article « Thomas Hobbes et la défense du pouvoir de facto »
nous explique qu’une des causes majeures de la dissolution des Etats est l’ambition des hommes
exclus du pouvoir politique qui s’efforcent de le gagner à nouveau. Par-dessus tout, Hobbes affirme
que l’objectif le plus élevé, dans une société politique, doit être de maintenir la sécurité, et
d’empêcher, même lorsqu’ils y sont passés par les motifs les plus élevés, de mettre en danger cette
sécurité.
Introduction : Je vais diviser le texte en suivant la composition naturelle du chapitre, donc on
commencera par une introduction sur la gravité de la dissolution de l’Etat, après on passera à la liste
des maladies qui causent cette dissolution et donc, en conclusion, ce qu’il faut faire pour éviter dites
maladies et ce qui légitime le pouvoir du souverain.
Tout d’abord, Hobbes ici nous rappelle que, par nature, l’homme tend à conserver sa vie en suivant
la loi naturelle, en sortant de l’état de nature et en cherchant à construire une stabilité bien ordonnée
par un souverain. Mais, puisque les êtres humains ne sont pas capables de s’organiser tous seuls, ils
nécessitent l’aide d’un « architecte », qui puisse aussi reconnaitre les infirmités de l’Etat et donc les
détourner pour éviter sa mort.
Il énonce en suite toutes ces infirmités qui peuvent causer la dissolution de l’Etat.
Hobbes relie cette dissolution du Commonwealth à un désordre intestinal parce que seulement les
hommes peuvent causer une véritable mort de l’Etat.
Hobbes compare une communauté conçue de manière défectueuse à une « procréation défectueuse
»: un défaut de naissance. Les différentes infirmités nuisibles sont celles qui ressemblent à une
maladie corporelle naturelle, et celles qui résultent d'une mauvaise procréation.

Corps : Un Léviathan malsain ou instable peut surgir: 1) si le souverain manque de pouvoir absolu;
2) si les actions sont déterminées comme bonnes ou mauvaises par chaque individu privé, plutôt que
par le droit civil; 3) si les sujets croient erronément que la conscience individuelle doit toujours
avoir préséance sur le devoir civil; 4) si les sujets gardent foi dans les phénomènes surnaturels,
plutôt que dans la doctrine instituée par le souverain (contestant ainsi l'autorité du souverain sur la
connaissance); 5) si le souverain est soumis aux lois qu'il crée; 6) si les sujets conservent un
sentiment de propriété individuelle sur les biens personnels, résistant ainsi à la prétention légitime
du souverain à toutes les propriétés du Commonwealth; 7) si les individus divisent le pouvoir
souverain entre eux; 8) si la république imite les gouvernements des autres nations; 9) si le
Commonwealth imite les Grecs et les Romains; 10) si le souverain divise l'autorité civile et
spirituelle ou religieuse; 11) si l’Etat a un gouvernement mixte de différents modes
d'administration; 12) si les finances sont trop concentrée en une personne privée; 13) si le souverain
est trop populaire; 14) si le Commonwealth a des dimensions excessives.
Les analogies avec le corps et les maladies humaines ne sont pas décrites par hasard : effectivement,
cela souligne la corrélation entre la vie du Commonwealth et l’importance des actions humaines. De
plus, Hobbes était très fasciné par les découvertes scientifiques du XVII siècle et aussi très proche
d’importants médecins comme William Harvey (découvreur de la circulation sanguine).

1) Institution imparfaite → Si la puissance exercée par l’Etat pour garantir la sûreté publique
est interprétée comme injuste, cela peut justifier la rébellion ? Jamais. Les rois qui ne
prévoient pas l’exercice de cette puissance sont ignorants et ça peut affaiblir l’Etat.
Monarchie et République, aucune différence (ex. Rome et Athènes).

2) Une des ce que Hobbes appelle les « doctrines séditieuses » → Les individus privés jugent
ce qui est bien et ce qui est mal et ils prétendent ainsi débattre ces questions dans la sphère
publique, et donc questionner le pouvoir de l’Etat et ses commandements. Dans l’état de
nature cela est possible car il n’y a pas de lois civiles. Mais quand ils deviennent citoyens, la
seule mesure des actions bonnes et mauvaises est la loi civile, son seul juge le législateur qui
représente l’Etat.

3) Doctrine incompatible avec la société civile → L’une des causes du désordre, de la guerre
civile et du retour à l'état de nature est le jugement privé du bien et du mal. De la liberté de
jugement des individus provient l'une des maladies de l’Etat les plus meurtrières: les
doctrines séditieuses qui sapent la primauté du droit civil, principe pour lequel la volonté du
souverain correspond nécessairement à celle de tous les affiliés. De la doctrine séditieuse de
la liberté de jugement vient une autre doctrine en contraste avec la société civile: celle qui
croit que toute action contraire à la conscience de l'homme est un péché. La conscience
individuelle, dans ce cas, coïnciderait avec la liberté de jugement et, comme le jugement
peut être erroné, la conscience peut aussi avoir tort. La liberté de jugement et la liberté de
conscience conduisent à l'état de la nature, à la condition où le droit civil n'existe pas. En ce
sens, nous pouvons estimer que les lois civiles créent non seulement l'opinion publique,
mais la conscience publique. La conscience et la faculté de jugement individuel de l'état de
nature sont remplacées par une « conscience d'état » qui ne comprend ni le jugement de
l'individu ni sa conscience privée.
Avant Hobbes, le rôle de la sémantique théologique traditionnelle était joué par l'idée de
Dieu, tandis que dans la construction politique et juridique hobbesienne, il est exercé par le
souverain. L'idée d'un représentant souverain s'avère indispensable à la construction d'un
ordre artificiel, d'un univers linguistique avant politique, qui a sa dernière référence au
souverain lui-même. De plus, les caractéristiques de la souveraineté expliquent les
caractéristiques de l'ordre dans l'état civil. Comme les attributs divins étaient essentiels pour
représenter l'ordre prémoderne, le souverain Hobbesien incarne les aspects essentiels, les
qualités spécifiques de l'ordre. (Thomas Hobbes, Modernità e teoria politica, Daniele Stasi)

4) Prétendre être inspiré → Ici Hobbes énonce que la foi et la sainteté, contrairement à ce qu'on
peut imaginer, ne proviennent pas directement de Dieu mais de « l'éducation, de la
discipline; de la rectification et autres moyens naturels » dans un moment spécifique jugé
opportun par Dieu même. Encore une fois, Hobbes nous rappelle qu'il ne faut pas tomber
dans le piège de croire que le jugement privé entre ce qui est bon et ce qui est mauvais
puisse aider le bon fonctionnement de l’Etat ; au contraire, cela « conduit à la dissolution de
tout gouvernement civil ».

5) Le souverain n'est jamais assujetti à la loi civile → avant d'aborder cette partie du texte,
quelques prémisses: partant du principe de liberté selon Hobbes, énoncé dans le chapitre
XXI « De la liberté des sujets », le freedom se traduit, tout d'abord, en liberté de mouvement
d'un corps. Encore une fois, Hobbes fond ses idées sur la mécanique et la physique des
corps. Car, il faut aussi rappeler que la définition d'un corps est une machine de passions en
mouvement, qui cesse d'exister lorsqu'il meurt. Donc les individus renoncent à leur liberté
par nécessité, afin de se ressembler et donner cette liberté à un souverain. Ainsi, rien de ce
que le souverain décidera à leur nom sera injuste.
Cela dit, le souverain en question ne peut pas être assujetti à la loi civile puisque c'est lui-
même qui la crée et qui la dirige, donc si nous imaginons un deuxième juge qui puisse donc
punir ou juger le souverain, cela impliquerait la création d'un deuxième souverain; et ainsi
de suite un troisième qui juge le deuxième etc., ce qui nous conduit inexorablement à
l'affaiblissement de l'Etat et, par conséquent, sa dissolution.
6) L'individu et la propriété privée absolue → Ici je reprends l’analyse de Norberto Bobbio
quand il explique que Hobbes nie la différence entre les sphères publiques et privées: une
fois l'Etat a été formé, la sphère des relations privées se jette dans le domaine des relations
publiques (ces relations qui lient le souverain aux citoyens).
Les hommes préfèrent s'éloigner de l'état de nature et faire partie du Commonwealth, parce
que dans la première il n'y a pas de lois appliquées par un pouvoir commun, nous sommes
dans une situation de bellum omnium contra omnes.
Le moyen légal de transférer son droit est le contrat: dans chaque contrat, la promesse de
confiance est l'alliance ou covenant.
De plus, selon Hobbes, le droit de propriété existe seulement dans l'État-même et par la
protection qui fait l'Etat: dans l'état de nature, les hommes ont un ius in omnia, c'est-à-dire
un droit sur toutes les choses et donc concrètement sur rien.
Ici Hobbes explique qu'une propriété privée absolue ne serait pas souhaitable parce que le
souverain ne pourrait pas y accéder et donc accomplir sa tâche de protection de ses citoyens
lorsqu'un péril se présente. Car si la propriété privée absolue exclut n'importe quelle
représentation sur les biens, le souverain sera incapable de les protéger et donc l'Etat se
dissoudra.

7) La division des pouvoirs → Ici, en prenant comme référence le Chapitre XVIII « Des droits
des souverains d’institution », il faut d’abord rappeler que la mise en place de l'Etat absolu
est un acte essentiellement démocratique: c'est une multitude d'hommes qui détient le
pouvoir souverain et ils transfèrent dit pouvoir à un souverain – à travers une décision
majoritaire. Parmi les droits du souverain énumérés par Hobbes est particulièrement
important le droit à la censure, ce qui pose à nouveau le problème de la relation entre les
mots et les choses: les mots sont le son et le souffle et ils n'ont pas de pouvoir, mais ils sont
aussi les moyens avec lesquels les hommes construisent leur monde, leurs idées et leurs
raisonnements qui sont aussi le motif de l'action, parce que, écrit Hobbes dans le Chapitre 18
« les actions des hommes procèdent de leurs opinions »; Il est donc souhaitable que le
souverain dégage les idées nuisibles pour l'État.
Il ne faut pas oublier qu'après la mort du souverain britannique Jacques I, une série de
protestations ont éclatées contre le successeur Charles I pour sa politique autoritaire et
décisive. Il y avait une série de mouvements d'opposition, accusant le souverain de ne pas
respecter les droits du peuple consacrés en Common Law. C'est pendant cette période de
tensions sociales et politiques que Hobbes développe sa théorie d'une forte puissance
souveraine capable d'assurer l'ordre dans une société dominée par les passions. Dans une
lettre qui précède le livre de 1640 The Elements of Law natural and politic, Hobbes établit
une distinction entre le discours logique et le discours idéologique: dans le premier prévale
la raison, dans la seconde les passions. Ceux-ci, déchaînés avec le contraste entre souverain
et son opposition, ont perdu le sens de la justice.
Hobbes n'accepte pas la thèse qui fait la distinction entre les bonnes formes et les mauvaises
formes de gouvernance et la théorie mixte du gouvernement. Selon lui, ces deux thèses
dérivent des deux fondements de la souveraineté: l'absolutisme et l'indivisibilité.
Pour Hobbes, donc, le pouvoir souverain est absolu, sinon il ne peut pas être appelé
souverain. Dans d’autres théories du pouvoir absolu (entendu comme non limité par les lois
positives), comme celle de Jean Bodin, on voit des limites dans le pouvoir du souverain,
notamment dans le respect des lois naturelles et divines, et aussi dans le droit privé. Hobbes,
d'autre part, ne considère pas ces deux comme des limites. Ainsi, pour le sujet, les lois
auxquelles il est soumis doivent être strictement suivies, tandis que pour le souverain, ce
sont de simples règles de conduite.
Enfin, la puissance ne doit pas être divisée: Hobbes rejette catégoriquement la théorie de la
séparation des pouvoirs, d'une part pour des raisons historiques (la guerre civile qui se
déroule devant ses yeux est le résultat de la division des pouvoirs et la lutte pour le pouvoir
entre le roi et le Parlement), d’autre part parce que la puissance du souverain ne découle pas
de la somme de la puissance des sujets individuels, mais parce qu'il est la puissance de
chacun des sujets; et l'individu ne peut être divisé: tout homme exerce tout son pouvoir sur
toutes choses et, à travers le pacte qu'il signe avec le souverain, il transfère ce pouvoir à son
chef dans son unité et son intégrité.

8) Imitation des nations voisines → comme l'homme est une machine de passions toujours en
mouvement, c'est normal qu'il désire toujours le nouveau. Donc l'homme a tendance à
désirer ce que le pays à coté détient, mais le droit public peut nous aider, dans ce cas-là, à
mettre en évidence la difficulté d'émulation d'une forme de gouvernement ou d'une forme
d'Etat étrangère: en fait, dits systèmes sont difficilement détachables d'un Etat pour être
ensuite établis dans un autre Etat, car chaque population doit faire sa propre expérience
historique et donc politique.

9) Tyrannophobie → Hobbes se pose une question: mais si le mauvais souverain n'agit pas
conformément aux lois et il abuse de son pouvoir, quand est-ce qu'on peut parler d'abus de
pouvoir, sachant que le pouvoir du souverain est illimité?
Lui-même répond qu'il n'y a pas de critère objectif pour distinguer le bon roi du mauvais roi,
parce que les jugements sont des expressions purement subjectives (comme on a vu tout à
l’heure) en fonction des avis que chacun de nous possède, et à son tour les vues personnelles
sont dues au fait qu'il n'y a pas de base rationnelle pour distinguer le bien du mal - tout
critère dérive de la passion et non de la raison.
Il continue avec la distinction des rois et des tyrans. La différence, explique-t-il dans son
livre De Cive, est passionnelle et pas rationnelle. Si le roi avait un pouvoir limité par rapport
au tyran, il ne pourrait pas être appelé roi; mais si sa puissance devient illimitée alors il y a
une distinction entre le roi et le tyran; autrement dit, le roi est un souverain qui a notre
approbation, le tyran est un roi qui ne l'a pas. Si la puissance n'a pas de limites, nous ne
pouvons pas parler d'un souverain caractérisé par un excès de pouvoir.
La tyrannie n'est pas une forme de gouvernement en soi, mais une monarchie désagréable
pour ses sujets: le nom de la tyrannie, comme Hobbes décrit dans le Chapitre XIX du
Léviathan, n’est rien de plus qu'un synonyme de souveraineté, utilisé lorsqu’on n’est pas
contents de la monarchie. Fidèle à sa conviction que « les hommes sont utilisés pour
signifier non seulement le nom des choses, mais, ensemble, même leurs passions », Hobbes
croit que les mots « royaume » et « tyrannie » expriment simplement des opinions
différentes sur la puissance d'un et il ramène ainsi aux écrivains grecs et romains de la
tyrannie condamnée sur la base de leurs motivations politiques: comme il écrit dans son
livre « De Cive », à cause de l'habitude de vivre dans des gouvernements populaires ou
nobles, ils ont commencé à détester la monarchie sous toutes ses formes. À travers le pacte
entre citoyens et souverain, chaque individu autorise chaque action du souverain, ce qui
donne vie à ce grand Léviathan lequel, seul, a le droit et la justice, et donc le bien et le mal;
en l'absence de toute autorité ou référence externe, il n'est pas possible de juger les actions
du souverain et de définir son pouvoir comme une tyrannie. De cette façon, l'individu est
privé des moyens conceptuels et juridiques à opposer le pouvoir souverain en fomentant
même des rébellions ou arroger le pouvoir de tuer le tyran, par opposition au bon monarque:
il est très dangereux de tolérer « une haine professée pour la tyrannie », parce que cela
signifie tolérer « une haine pour l'état en général d'où vient le germe de la sédition ».
Une fois comprise la distinction entre roi et tyran, on passe à celle entre puissance
temporelle est spirituelle, que Hobbes ici appelle « ghostly » (littéralement « fantomatique »,
« spectral ») pour remarquer son sens péjoratif. Tout d'abord, il faut rappeler que Hobbes
accuse le pape d'avoir à plusieurs reprises renversé le champ du pouvoir temporel. Cette «
invasion de terrain » a rendu particulièrement difficile la préservation des droits et de la
dignité de la couronne anglaise. D'où sa réaction et pensée sur la question. Deuxièmement,
comme on l'a plusieurs fois souligné, le pouvoir su souverain ne peut pas être limité par
n'importe quel autre pouvoir.
La distinction entre le temporel et le spirituel est donc presque nulle, mais ils sont
néanmoins deux royaumes, amenant chaque sujet sous deux maîtres. Le pouvoir spirituel, en
revendiquant le droit de déclarer ce qui est un péché, revendique implicitement le droit de
déclarer ce qu'est la loi; mais le pouvoir civil revendique aussi le droit de déclarer ce qu'est
la loi; ainsi chaque sujet doit obéir à deux maîtres, voulant tous deux que leurs
commandements soient observés comme une loi, ce qui est impossible.

10) Gouvernement mixte : Les principales critiques de Hobbes soulignent la fonction principale
de l'État et ses différents organes, notamment : la puissance de lever l’impôt correspond à sa
fonction nutritive ; la puissance de diriger et de commander correspond à sa faculté motrice ;
la puissance de faire des lois correspond à sa faculté rationnelle. La critique était dirigée
contre la monarchie anglaise comme une forme de gouvernement qui combinait la
monarchie, l'aristocratie et la démocratie.
Dans un pays où le monarque décide, les magistrats administrent la justice et l'assemblée
décide en matière d’impôts, le citoyen sera soumis à trois pouvoirs et en cas de conflit entre
eux il subira toutes les conséquences. De plus, comme il réaffirme à plusieurs reprises dans
le Léviathan, le gouvernement mixte génère des factions qui ne mènent pas à la stabilité
politique mais à la guerre civile. Hobbes explique clairement dans cette partie du texte que si
le pouvoir est divisé en trois, le citoyen ne sera pas sujet à un souverain mais bien trois, ce
qui peut générer désordre et la dissolution de l’Etat.

11) Besoin d’argent → Ensuite, parmi les maladies moins dangereuses pour l’Etat, Hobbes
commence par nous expliquer comment le manque d’argent puisse parfois justifier
l’utilisation de la force exercée par le souverain pour obtenir les finances nécessaires, mais
cela est permis seulement quand l’utilisation du pouvoir de la loi ne fonctionne pas ou ne
suffit pas. Autrement, l’Etat périra comme un corps qui souffre d’une fièvre mortelle.

12) Monopole absolu → Lié à la question de l’argent, ici Hobbes compare la pleurésie (une
maladie découverte pendant son époque avec la circulation sanguine) avec la dangereuse
concentration de richesse dans les mains d’un seul individu ou un petit groupe privé, ce que,
comme une concentration de sang, peut causer une inflammation mortelle et la mort de
l’Etat.

13) Popularité excessive → quand un sujet est très populaire et l’Etat ne peut pas vérifier sa
loyauté, il devient dangereux pour la vie de l’Etat car il peut détourner le peuple et son
obéissance aux lois civiles.
La popularité d'un sujet est donc une maladie dangereuse, parce que le peuple, qui doit
gouverner par l'autorité du souverain, est détourné de son obéissance aux lois par l'homme
ambitieux et par sa réputation, le suivant sans rien savoir de son caractère ou de ses projets.
Ce danger devient encore plus grand quand il se produit au sein d’un gouvernement
démocratiquement élu.

14) Grandeur excessive d’une ville et la liberté de polémiquer → cette maladie est reliée au
problème du financement, car une grande armée nécessite beaucoup d’argent pour se
maintenir. Aussi, la liberté de polémiquer le souverain peut causer un mélange dangereux
entre les pensées des individus et la loi civile. De plus, à travers des analogies des maladies
du corps comme la boulimie, Hobbes définit comme une des causes de la dissolution de
l’Etat la faim insatiable de pouvoir et élargissement des frontières.
[La plupart des commentateurs sont maintenant d'accord avec un argument avancé dans les années
1960 par le philosophe politique Leo Strauss. Hobbes s'inspire à la conception d'une science
mécaniste, qui fonctionne de manière déductive à partir des principes premiers, en exposant ses
idées sur la nature humaine. La science lui fournit une méthode distinctive et quelques métaphores
et comparaisons mémorables. Ce qu'il ne fournit pas - et ne pourrait pas, étant donné l'état
rudimentaire de la physiologie et de la psychologie à l'époque de Hobbes - sont des idées décisives
ou substantielles sur ce qu'est vraiment la nature humaine. Ces idées sont peut-être venues, comme
le prétend Hobbes, de l'auto-analyse.]
Conclusion : En conclusion, pour Hobbes ce qui légitime en dernier terme le souverain et son
pouvoir est la victoire d’une guerre, donc si l’Etat est gagné par les ennemis, ce dernier se dissout.
Car le droit de conquête est un titre valable à gouverner. Pour Hobbes, celui qui se montre capable
d’assurer la protection des personnes démontre suffisamment qu’il doit être obéi (voici la « relation
mutuelle » entre protection et obéissance). Assurer la protection c’est la tâche essentielle de l’Etat,
seule possibilité étant en bellum omnium contra omnes et donc retour à l’état de nature.
Comme un corps qui a besoin de mouvement pour être en vie, l’Etat, privé de son souverain, perd
son âme et donc son essence et capacité de mouvement. Sans son âme, l’Etat cesse d’exister.
Puisque l’homme cherche à survivre et à garder sa vie intacte, il protègera le monarque qui lui
garantira protection.
YALE à Par rapport au sens de sécurité, je me permets de faire un parallélisme avec le sentiment
de sécurité et de peur qu’on ressent aujourd’hui dans nos sociétés contemporaines.
Il y a quelques semaines, un article scientifique de l’Université de Yale est sorti avec comme objet
une expérience en psychologie sur le sentiment de sécurité et de peur des citoyens américains.
Plusieurs études ont montré que, lorsque les chercheurs en sciences sociales font appel à des sujets
expérimentaux libéraux pour penser à leur propre mort ou les faire se sentir menacés, certains
gauchistes adoptent des valeurs plus conservatrices.
Ce phénomène s'est produit après le 11 septembre - les chercheurs ont constaté qu'il y avait un «
très fort changement conservateur » aux Etats-Unis après les attaques, avec plus de libéraux
soutenant le président républicain George W. Bush et favorisant les dépenses militaires. « Les gens
embrassent le conservatisme politique (au moins en partie) parce qu'il sert à réduire la peur,
l'anxiété et l'incertitude, à éviter le changement, la perturbation et l'ambiguïté, et à expliquer,
ordonner et justifier l'inégalité entre les groupes et les individus. » John A. Bargh, le scientifique qui
a conduit les tests, affirme dans son livre que ces résultats ne sont qu'un exemple de la façon dont
les humains vivent encore avec les « leçons durement gagnées » de l'évolution. « Le moteur
fondamental de la sécurité physique est un héritage puissant de notre passé évolutionnaire », écrit-
il. « Il exerce une influence envahissante sur l'esprit alors qu'il navigue et répond à la vie moderne,
souvent de manière surprenante – comme, par exemple, pour qui vous votez. »
(http://www.businessinsider.fr/us/how-to-turn-conservatives-liberal-john-bargh-psychology-2017-
10/)

Cela démontre, comment insistait Hobbes dans son Léviathan, l’importance de se sentir en sécurité
lorsqu’on vit dans une société organisée, aujourd’hui comme au XVII siècle. [Après tout, le
Léviathan ne fut écrit que « pour mettre devant les yeux des hommes la relation mutuelle qui existe
entre protection et obéissance ».]

Giada PISTILLI

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