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Approche psychopathologique
et psychanalytique des enfants surdoués
G. Bleandonu, O. Revol

Les enfants surdoués sont l’objet d’un intérêt grandissant. Alors qu’ils sont destinés à faire partie des élites
intellectuelles, un tiers d’entre eux se retrouvent en grandes difficultés scolaires ou en échec si on ne leur
vient pas en aide. Le diagnostic ne peut être établi avec certitude sans la passation de tests d’intelligence.
On insiste de nos jours moins sur les performances que sur la particularité du profil intellectuel. Les
surdoués peuvent être atteints par n’importe quel trouble mental, mais la fréquence des troubles n’est pas
la même que pour les autres enfants. En outre, ces troubles sont nuancés par les caractéristiques affectives
et intellectuelles de ces enfants. On rencontre surtout des difficultés scolaires et des troubles des
apprentissages, de l’hyperactivité et de l’opposition, des troubles émotionnels (anxiété et dépression). La
psychanalyse classique ne s’est guère intéressée à ce genre d’enfants. Mais la notion de mentalisation
permet de renouveler une compréhension en passe d’être dominée par les sciences cognitives. Il faut
insister sur le fait que de nombreux enfants surdoués sont en bonne santé mentale et qu’ils tirent profit de
leur haut potentiel intellectuel pour réussir brillamment leurs études. Les professionnels sont
indispensables lorsque la douance s’associe à d’autres troubles. La combinaison avec des pathologies
limites ou narcissiques alimente les débats sur l’origine organique ou psychique des troubles. La meilleure
approche est multifactorielle. Les professionnels disposent ainsi de réponses, soit thérapeutiques : conseil,
guidance, psychothérapies ou rééducations, soit pédagogiques : saut de classe, enrichissement des
programmes ou classes spéciales. Encore faut-il appréhender l’enfant dans sa globalité et ne pas se
contenter de la seule évaluation du quotient intellectuel.
© 2006 Elsevier SAS. Tous droits réservés.

Mots clés : Surdoué ; Définition ; Repérage ; Psychopathologie ; Psychanalyse ; Aide

Plan continuum qui nous fait passer insensiblement vers le besoin


d’un diagnostic et d’une aide spécialisée. Les enfants surdoués
ont été essentiellement étudiés par des psychologues [1] .
¶ Introduction 1
L’identification de la douance nécessite la passation de tests
¶ Historique 1 psychologiques. Les sciences cognitives se sont naturellement
¶ Définition et qualification 2 intéressées aux enfants surdoués qui offrent une sorte d’effet
¶ Repérage de la douance 2 grossissant pour certains aspects de la cognition. La psychana-
lyse a aussi son mot à dire car les motivations et l’organisation
¶ Tests psychologiques 3
de la personnalité jouent un rôle dans la cognition. Un intérêt
¶ Motifs de consultation spécifiques 3 marqué pour les enfants surdoués s’est manifesté en France ces
Difficultés et retards scolaires 3 dernières années. Il est dû d’abord à l’action militante d’asso-
Hyperactivité et opposition 4 ciations constituées par les parents de ces enfants. Elles sont peu
Troubles émotionnels 4 représentatives par leur nombre d’adhérents, mais elles sont
Anorexie mentale 4 arrivées à se faire entendre des pouvoirs publics. Les médias
Troubles du sommeil 4 (surtout les magazines et la télévision) ont fourni ces dernières
¶ Approche psychanalytique 4 années des dossiers et des témoignages. Cette effervescence
médiatique contraste avec la quasi-absence de travaux scientifi-
¶ Comment aider les surdoués en difficulté ? 5
ques sur le sujet [2].
¶ Conclusion 6

■ Historique
■ Introduction Il n’en va pas de même dans d’autres pays. On peut faire
Les professionnels de la santé mentale s’intéressent aux remonter les débuts de cette notion au XIXe siècle lorsque
enfants surdoués pour plusieurs raisons. Ceux-ci peuvent Galton entreprit une étude scientifique des individus excep-
connaître de sérieuses difficultés à l’école alors qu’ils paraissent tionnels qu’on qualifie de « génies ». Il s’aperçut qu’il y avait
destinés par leurs capacités intellectuelles à fournir les meilleurs beaucoup de personnes remarquables dans la famille des génies.
élèves. Ces difficultés nécessitent une démarche psychopatholo- Il en conclut que le génie était héréditaire. Galton fit aussi un
gique relativement nouvelle puisque nous sommes face à un apport décisif aux mesures quantitatives. Il rendit possible

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l’étude statistique des corrélations entre les différences indivi- en se servant d’un néologisme : « douance ». En pratique, on
duelles L’intérêt pour les génies a laissé place à celui pour les peut dire aussi bien : doué, surdoué intellectuellement précoce
enfants surdoués au début du XXe siècle. Tout a commencé avec ou à haut potentiel. Il convient de différencier les enfants
la mise au point en France par Binet et Simon d’une échelle surdoués des enfants prodiges qui disposent d’un niveau
pour mesurer l’intelligence. Terman, un psychologue américain, d’aptitude exceptionnel, mais dans un seul domaine. Les
révisa le test et l’adapta pour son pays sous l’appellation surdoués ne sont pas des génies qui, grâce à des capacités
« Stanford-Binet ». Lorsque les États-Unis se lancèrent dans la extraordinaires, réalisent des inventions, des créations ou des
Première Guerre mondiale, Terman réussit à faire utiliser le test entreprises bénéficiant d’une reconnaissance universelle.
à très grande échelle pour sélectionner les combattants. Terman Notons que l’opinion américaine rassemble les talentueux et
entreprit ensuite une fabuleuse recherche sur les enfants les surdoués dans une même catégorie [7]. Le surdoué américain
surdoués [3] . Il sélectionna une importante cohorte (1 500) doit disposer d’un QI très élevé et faire preuve d’un talent dans
d’enfants dont le quotient intellectuel (QI) atteignait ou un ou plusieurs domaines. La notion d’intelligence multiple
dépassait 140. Il la compara à un groupe témoin. Les premiers avancée par Gardner amène à considérer aussi les performances
résultats furent publiés en 1925. Les sujets furent de nouveau et les talents en matière sociale, émotive et pratique. Cela nous
testés à plusieurs reprises jusqu’en 1947. L’étude se poursuivit conduit à insister sur la distinction entre créatif et créateur. Si
après le départ à la retraite de Terman et même après son décès. les surdoués se révèlent souvent créatifs, ils se contentent en
La dernière collecte qui date de 1994 concernait des sujets âgés général de devenir des experts à l’âge adulte (la cohorte de
en moyenne de 78 ans. Terman n’a comporté presque aucun créateur).
Des enseignants et des pédagogues en Europe comme aux On insiste sur le fait que l’enfant surdoué n’est pas un enfant
États-Unis n’avaient pas attendu les résultats de la recherche forcé. La précocité intellectuelle peut être l’indice d’un don
scientifique pour venir en aide aux surdoués en difficulté. Une naturel, mais aussi le signe d’un forçage (le forçage désigne la
nouvelle étape fut franchie avec la création d’associations culture des plantes que l’on fait pousser hors saison ou en
nationales en faveur de ces enfants. La consécration vint en dehors de leur lieu naturel). On a souvent suspecté les parents
1947 avec l’apparition d’une association internationale baptisée d’enfants surdoués ou prodiges d’avoir « forcé » l’enfant par leur
Mensa et dont le siège se situe en Grande-Bretagne. Elle éducation. La question est complexe car des travaux ont montré
regroupe des personnes ayant un QI égal ou supérieur à 132 au qu’il existe un lien entre la réussite de l’enfant et l’investisse-
test de Wechsler. L’inspiration se déclare généreuse : « détecter ment des parents. Mais les enfants auxquels on ne laisse aucune
l’intelligence et favoriser son développement pour le bénéfice de autonomie dans leur domaine de prédilection cessent de
l’humanité ». Les deux guerres mondiales au XXe siècle ont poursuivre l’excellence dès qu’ils peuvent se soustraire à
suscité ou favorisé des recherches et des innovations en faveur l’emprise parentale.
des surdoués. On a voulu, soit répondre au désir de justice On admet que le seul critère indiscutable pour qualifier ce
sociale dans les masses, soit compenser les pertes en dirigeants genre d’enfant se situe dans le QI. La notion de surdoué implique
et en chercheurs. On a établi un parallèle entre la manière de l’idée qu’à partir d’un seuil, l’augmentation produit un changement
traiter les surdoués et celle de traiter les élites. Toutes les qualitatif. Mais la fixation de ce seuil reste affaire de convention.
époques ont besoin d’élites et les jeunes surdoués apparaissent La limite la plus souvent retenue est celle de 130. La fixation de
comme un vivier [4]. ce seuil détermine la taille de la population et, par conséquent,
La fin de l’historique nous ramène en France. Julian de l’ampleur du recrutement pour les associations. Étant donné
Ajuriaguerra, qui termina sa carrière de psychiatre au collège de que la scolarité est obligatoire en France pour les enfants de 6 à
France, semble avoir été le premier à utiliser le mot « surdoué » 16 ans, l’effectif concerné serait de 200 000 enfants et adoles-
dans son Manuel de psychiatrie de l’enfant publié en 1970. Il avait cents [8]. Les associations en revendiquent plus du double [9].
trouvé son inspiration chez Terman et il avait adapté en français
l’expression « highly gifted ». Le terme fut connu du grand public
quand Chauvin publia en 1975 un livre de vulgarisation [5]. Par
la suite, l’intérêt pour les surdoués a surtout été entretenu par
■ Repérage de la douance
les associations qu’animent leurs parents et quelques profes- Il est difficile de présenter une liste de signes reconnus par
sionnels cooptés. La plus ancienne association fut fondée en tous. Les signes les plus en évidence viennent de la précocité
1971 à l’initiative de Terrassier, un conseiller d’orientation intellectuelle. Le repérage repose moins sur la présence de tel ou
scolaire et professionnelle [6]. tel symptôme car ils sont souvent banals, que sur leur coexis-
tence et sur la chronologie de leur apparition. Une anamnèse
■ Définition et qualification bien conduite permet généralement de retrouver les caractéris-
tiques du développement de l’enfant précoce. Le repérage peut
L‘abondance des appellations signale la complexité du sujet. être utile tout au long de la croissance. Il permet de prévenir la
L’Europe a préféré l’expression « high ability » qui signifie survenue de troubles du comportement en proposant aux
« aptitude élevée ». Une société savante dédiée à son étude parents de jeunes enfants difficiles des stratégies éducatives
s’intitule ainsi : « European Council for High Ability ». Le mot simples. La découverte de la précocité peut apporter une
« gifted » a été proposé aux États-Unis dans les années 1920 et explication à certains troubles d’adaptation rencontrés par des
il reste d’un usage bien plus répandu. C’est lui dont on se sert élèves en difficultés. Enfin, l’identification des profils intellec-
avec les moteurs de recherche sur internet et il figure dans le tuels propres aux enfants précoces permet aux enseignants et
titre de plusieurs revues spécialisées (Gifted Child Quaterly, Gifted aux parents de tenir compte de leurs particularités cognitives et
Child Today, Roeper Rewiew, Gifted Education International, Journal affectives [10].
for the Education of the Gifted, High Ability studies, etc.). En En parcourant la littérature, on dispose de plus de vingt
France, on l’a traduit par « surdoué ». L’adjectif désigne un critères pour repérer et identifier les surdoués. Ils n’ont pas tous
enfant dont l’efficience intellectuelle évaluée par des tests est la même pertinence. Il n’y pas de signe pathognomonique, de
supérieure à celle obtenue par la majorité des enfants de son liste sélective permettant d’affirmer avec certitude que tel enfant
âge. Certains ont jugé par la suite le terme « politiquement est surdoué. Mais le regroupement de plusieurs signes peut faire
incorrect » parce qu’il ferait état d’une supériorité et qu’il envisager un bilan psychologique. Toutefois, la confirmation de
produirait une confusion avec les enfants prodiges. Ils ont la douance n’est pas nécessaire si l’enfant va bien. Il devient
préféré mettre en avant la précocité intellectuelle d’où le sigle indispensable en cas d’échec scolaire remédiable, de détresse
« EIP ». L’intelligence de ces enfants se développe plus vite que affective ou de pathologie associée.
celle de la majorité des enfants de leur âge. On n’a pas manqué Plus l’enfant avance en âge, plus la douance devient recon-
de critiquer ce point de vue. En effet, rien ne garantit qu’à l’âge naissable. Voici les signes qui caractérisent plutôt l’enfant qui
adulte, ces individus conserveront des capacités supérieures à la commence le cycle primaire, en général vers l’âge de 6 ans :
moyenne. D’autres préfèrent la neutralité et parlent d’ « enfant • une grande énergie qui fait passer d’une activité à une autre
à haut potentiel ». Les Québécois ont évité toute connotation ou à mener de front deux activités ;

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• une grande curiosité qui pousse à poser beaucoup de ques- prévoir ce que l’enfant sera capable de faire par la suite. Il
tions, des questions souvent variées et originales ; pourra brillamment réussir, comme il pourra s’effondrer de
• une préférence pour le dialogue avec les adultes et le choix façon surprenante. Une autre indication peut être fournie par la
de camarades plus âgés ; comparaison entre le verbal et la performance. Il arrive que l’un
• un grand intérêt pour les livres et les encyclopédies, un attrait soit bien plus élevé que l’autre. La différence devient statisti-
pour les jeux compliqués, notamment ceux de stratégies ; quement significative lorsqu’elle est supérieure à 12. Plus l’écart
• le sens de l’humour ; se révèle important, plus le clinicien est amené à s’interroger sur
• l’apprentissage de la lecture seul (beaucoup le tiennent pour l’intégration de la personnalité.
le signe le plus important). Bien que l’évaluation du QI fasse l’objet d’un relatif consen-
On a proposé plus récemment des signes apparaissant dès la sus, on ne manque pas de rappeler son caractère relatif et
petite enfance : arbitraire. Les tests d’intelligence ne procèdent pas à de vérita-
• l’acquisition précoce des premiers mots et des premières bles mesures. Ils permettent seulement de situer les résultats
phrases (18 mois). À l’inverse, l’absence de parole jusqu’à d’un individu à l’intérieur de l’étalonnage d’une population. Le
2 ans et l’apparition soudaine de phrases bien construites ont psychologue qui pratique les tests peut faire varier les résultats
la même valeur. L’expérience du professionnel se révèle de 10 à 20 points de QI selon qu’il a mis l’enfant en confiance
surtout indispensable pour ce qui se situe à la limite entre la ou qu’il l’a stimulé. Il n’aboutit pas aux mêmes résultats en se
normalité et le pathologique ; servant de tests différents. Par ailleurs, on parle d’un « effet de
• une extrême sensibilité qui peut donner l’impression d’une tassement » pour les zones extrêmes, notamment pour les
immaturité affective. Elle provient d’un fonctionnement chiffres les plus élevés du QI.
intuitif renforcé par une étonnante mémoire qui permet de Ces dernières années, on a mis l’accent sur le fait que le
faire des observations perspicaces et profondes sur les états surdoué pense de façon différente au lieu d’insister sur ses
d’âme de l’entourage ; performances élevées [11]. Un nouveau test d’intelligence a été
• les troubles du comportement, notamment l’opposition ; mis au point par les Kaufmann aux États-Unis. Il a été construit
• les troubles émotionnels tels que l’anxiété et la dépression. à partir de la neuropsychologie et de la psychologie cognitive.
Il distingue deux grands types de processus mentaux : les
■ Tests psychologiques séquentiels et les simultanés au lieu de faire reposer les résultats
sur l’évaluation du verbal et de la performance. Les concepteurs
Le diagnostic ne peut être établi avec certitude sans la ont su innover sans rompre avec une tradition bien établie. Les
passation de tests d’intelligence. Il en existe plusieurs centaines, notes standards de leur échelle peuvent être transformées en QI
mais les plus utilisés se comptent sur les doigts d’une main. En de la même façon qu’avec l’échelle de Wechsler. Il existe une
pratique, on se sert des échelles d’intelligence de Wechsler : assez bonne corrélation entre le QI obtenu au K-ABC et celui
l’enfant passe un WISC entre 6 et 16 ans, un WIPSI entre 4 et obtenu au WISC.
6 ans et l’adulte un WAIS, parfois les matrices de Raven. Les L’enfant précoce privilégie une vision globale, simultanée au
résultats comportent trois chiffres : détriment d’une démarche séquentielle, analytique. Ceci
• le QI verbal ; explique le contraste entre l’extrême rapidité à trouver certaines
• le QI performance ; réponses et l’impossibilité à expliquer comment le bon résultat
• le QI total. a été obtenu. Le surdoué dispose de plus de capacités intellec-
Le QI total n’est pas la moyenne arithmétique des deux tuelles que la moyenne. Mais il pense surtout d’une autre
précédents, mais le résultat de leur combinaison. manière. Ses idées s’enchaînent à grande vitesse, ce qui engen-
La construction statistique donne 100 pour valeur moyenne dre de nombreuses associations. Cela aboutit à la création de
du QI. Si l’on représente la distribution du QI dans la popula- nombreux réseaux et le surdoué arrive à mener plusieurs lignes
tion générale, on obtient une courbe de Gauss ou courbe en de pensée à la fois. L’enfant surdoué dispose ainsi d’une
« cloche ». On considère l’intelligence comme moyenne ou mémoire de travail impressionnante. Il arrive à emmagasiner
normale entre 85 et 115. Cela concerne 68 % de la population deux fois plus de données qu’un enfant d’intelligence moyenne.
mais on sélectionne seulement 2,3 % de cette population avec Un clinicien averti ne fait pas reposer le diagnostic sur le seul
un QI égal ou supérieur à 130. Nous avons vu que c’est le seuil chiffre du QI. Il sait apprécier ce chiffre en tenant compte du
le plus souvent admis pour la douance. tableau clinique et du milieu dans lequel vit l’enfant. Il sait
Il faut signaler que nous pouvons disposer depuis juillet aussi que plus le tableau est complexe, plus il faut disposer des
2005 de la quatrième version du WISC. Il n’y aura pas de résultats d’un bilan psychologique complet. L’énoncé du chiffre
changement majeur puisque le QI total est conservé. Mais ne suffit pas. Il faut profiter de la rencontre pour clarifier et
l’introduction de nouveaux indices permettra de rendre ce déculpabiliser les relations entre les parents et l’enfant, entre les
calcul plus précis et de détailler, davantage le profil de l’enfant. enseignants et l’enfant.
Le WISC-IV repose sur 15 subtests : 10 sont conservés du
précédent et 5 sont nouveaux. Le grand changement se situe
dans l’abandon de la division en verbal et performance au profit ■ Motifs de consultation
de 4 indices :
• indice de compréhension ;
spécifiques
• indice de raisonnement perceptif ; Les surdoués peuvent être atteints par n’importe quel trouble
• indice de mémoire de travail ; psychiatrique. Mais la fréquence des troubles rencontrés n’est
• indice de traitement de vitesse. pas la même que chez les autres enfants. En outre, les patholo-
Il ne suffit pas de situer l’enfant sur une échelle d’intelligence gies sont nuancées par les caractéristiques affectives et intellec-
parce que des enfants avec des fonctionnements intellectuels tuelles de ces enfants. Le plus délicat consiste à départager ce
bien différents peuvent occuper la même place sur cette échelle. qui provient de la douance et ce qui est provoqué par des
Une indication de base tient à l’homogénéité ou l’hétérogénéité troubles associés.
des résultats. Le WISC comporte une dizaine d’épreuves.
L’enfant peut obtenir des résultats homogènes à toutes ces
épreuves (par exemple bien au-dessus de la moyenne) ou des
Difficultés et retards scolaires
résultats hétérogènes (par exemple une partie nettement C’est au sujet de l’école que le consultant est le plus souvent
au-dessus et une autre partie nettement au-dessous de la sollicité. On vient volontiers lui demander son avis sur un saut
moyenne). C’est tout à fait possible puisque le QI n’est pas une de classe. L’enfant a-t-il bien une intelligence supérieure à la
moyenne arithmétique. moyenne ? Une procédure a été proposée par Terrassier : le QI
Le QI signale un fonctionnement intellectuel d’autant mieux compensé. Un calcul simple permet de voir de quelles réserves
établi qu’il est homogène. Cela reflète une bonne intégration de intellectuelles l’enfant disposerait s’il se trouvait dans la classe
la personnalité. À l’inverse, un QI hétérogène ne permet pas de supérieure. Un autre cas de consultation : l’enfant a un bon

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fonctionnement intellectuel, mais l’enseignant le trouve un peu Anorexie mentale


immature. Arrivera-t-il à s’adapter au changement s’il saute une
classe ? La proportion des difficultés et des retards scolaires L’anorexie mentale survient surtout à l’adolescence. Les
augmente avec l’âge. Bien des enfants surdoués n’arrivent pas à anorexiques sont bien connues pour être de bonnes élèves parce
utiliser leur haut potentiel intellectuel à l’école et un tiers qu’elles surinvestissent la sphère intellectuelle. Mais la plupart
d’entre eux environ se retrouvent en situation d’échec en fin de des anorexiques ne doivent pas leur excellence scolaire à la
troisième. Ces difficultés relèvent de plusieurs causes qui douance, mais à leur travail scolaire acharné. Il arrive que des
peuvent s’entremêler et se renforcer [12] . La cause la plus surdouées fassent un épisode anorexique mais celui-ci fait suite
spécifique vient du décalage entre l’attente des enseignants qui en général à un épisode dépressif.
sont formés pour répondre aux besoins des élèves moyens et le
profil intellectuel particulier des surdoués. Les enseignants sont Troubles du sommeil
conduits à signaler un manque de méthode, une difficulté à
Il est rare que la douance soit évoquée à propos de troubles
soutenir l’effort dans les exercices proposés, un manque
du sommeil. Ils sont pourtant très fréquents. Diverses causes se
d’attention (pour les matières peu stimulantes). Une autre cause
succèdent avec l’âge. Chez le jeune enfant, l’anxiété qu’amplifie
se situe dans la plus grande fréquence chez les surdoués des
la surdouance peut rendre difficile la séparation nocturne. Plus
troubles des apprentissages tels que la dyslexie, la dysorthogra-
tard, l’enfant refuse d’aller au lit parce qu’il veut continuer à
phie ou une difficulté pour écrire. Enfin, les troubles du
explorer et à apprendre. Certains pensent que les phases du
comportement à type d’opposition et les troubles émotionnels
sommeil paradoxal seraient plus longues chez les surdoués que
comme l’anxiété rendent l’enfant plus difficile à supporter et à
dans la population générale.
gérer [13].

Hyperactivité et opposition ■ Approche psychanalytique


L’instabilité psychomotrice, qui a été médiatisée sous le label La psychanalyse s’est plutôt intéressée au fonctionnement
« hyperactivité », constitue aussi un motif fréquent de consulta- intellectuel global plutôt qu’à telle ou telle faculté, comme
tion. Dans le cas des surdoués, on insiste sur le fait que ce genre l’intelligence par exemple. En outre, les psychanalystes ont
d’enfant est très actif par nature, qu’il peut devenir hyperactif longtemps envisagé la pensée en tant que scène où pouvaient
s’il s’ennuie en classe. Il arrive à faire preuve d’une attention se manifester des pathologies mentales. Ils étudiaient seulement
forte et soutenue s’il est passionné par un sujet alors qu’il peut l’influence des pulsions et des conflits névrotiques sur les
devenir inactif si on l’oblige à participer. On envisagera la aberrations de la pensée. Ils ont insisté plus tard sur la résistance
douance comme une cause d’instabilité motrice si l’enfant est qu’elle apportait à l’intégration par le moi des fantasmes sexuels
devenu hyperactif à l’entrée en maternelle ou encore plus au et agressifs.
cours préparatoire alors qu’il reste calme à la maison. Cet aspect On ne trouve dans l’œuvre de Freud que des apports partiels
sélectif du trouble est facilement confirmé par les échelles de sur la pensée et l’intelligence. Il a d’abord situé l’origine de la
Conners. L’enfant obtient des chiffres voisins de la normale à curiosité intellectuelle dans une recherche concernant la
la maison alors qu’ils sont franchement anormaux à l’école. sexualité. C’est la sublimation des pulsions sexuelles qui fournit
L’opposition est un symptôme qui s’associe volontiers au l’énergie dont l’intelligence a besoin pour se développer. Par la
précédent. Elle peut s’exprimer dans le comportement avant suite, Freud a établi des fondements pour un art de penser qui
l’apparition du langage. L’aisance verbale peut se traduire par ne relevait plus seulement de la sublimation. Il a décrit les
une argumentation aussi serrée qu’irritante. Cette conduite se conséquences de la substitution du principe de réalité au
rencontre beaucoup plus souvent chez le garçon alors que la principe de plaisir. L’opposition entre principe de plaisir et
fille se plie de façon excessive aux attentes de l’entourage. principe de réalité se trouve en corrélation avec celle entre
processus primaire et processus secondaire. C’est ainsi que la
Troubles émotionnels plupart des activités intellectuelles se situent du côté du
processus secondaire et du principe de réalité.
On distingue, pour faciliter l’exposé, l’anxiété et les troubles L’intelligence joue un rôle dans toutes les étapes du dévelop-
de l’humeur, bien qu’ils soient fréquemment liés entre eux chez pement de l’enfant. Il n’est pas étonnant que les deux fonda-
l’enfant. trices de la psychanalyse des enfants aient enrichi la
L’anxiété semble présente chez tous les enfants surdoués. Une connaissance psychanalytique de l’intellect. Anna Freud, qui
grande intelligence accroît l’inquiétude parce qu’elle impose des avait d’abord travaillé comme institutrice, anima des groupes de
questionnements excessifs pour l’âge. Cela se traduit dès 3 ans recherches sur l’apport de la psychanalyse à la pédagogie. Par la
par des interrogations démesurées concernant la vie et la mort. suite, son école de pensée a localisé l’intelligence dans les
Plus tard, les préoccupations se saisissent des maladies, des fonctions autonomes du moi, dans la zone échappant au conflit
catastrophes planétaires, comme des drames familiaux. L’enfant psychique. À l’inverse, Melanie Klein a postulé l’existence d’une
garde le plus souvent ses craintes secrètes parce qu’il craint de pulsion épistémophilique et elle l’a liée à la symbolisation. Cela
paraître ridicule aux yeux des autres enfants ou d’inquiéter ses permit bien plus tard à Bion de proposer une théorie de la
parents. Un risque sérieux tient à la survenue d’idées obsédantes pensée où l’affect lié à la connaissance joue un rôle aussi
et de rituels. L’enfant sera soulagé de pouvoir parler de son important que l’amour et la haine [14].
trouble obsessionnel compulsif (TOC) à une personne qui ne le Les psychanalystes ne pouvaient ignorer la magistrale des-
juge pas et ne se moque pas de lui. cription faite par Piaget du développement de la pensée logique
Les troubles de l’humeur, notamment la dépression, se rencon- chez l’enfant. Ils devaient se situer vis-à-vis de la théorie de
trent souvent chez les surdoués. On sait depuis longtemps que l’apprentissage soutenue par le behaviorisme, puis des théories
l’ennui peut être un signe annonciateur ou le premier degré cognitivistes. On vit dans les années 1950 et 1960 apparaître
d’une dépression. Il faut être attentif à la dépression car les deux théories psychanalytiques de la pensée : celle de la
adultes hésitent encore à admettre ce vécu déroutant chez un psychologie du moi, en filiation avec Anna Freud, et celle de
enfant. La dépression peut prendre deux aspects à l’adolescence Melanie Klein et ses élèves reposant sur les relations d’objet.
du fait de la surdouance. Un adolescent surdoué se met à La psychologie du moi a conçu la pensée comme faisant
désinvestir l’école alors qu’il avait de bonnes notes jusque-là. À partie des fonctions autonomes du moi. Selon celle-ci, la pensée
l’inverse, un adolescent, bien que déprimé, arrive à maintenir subit assez peu l’influence des pulsions, et par conséquent, du
son investissement et il poursuit une assez bonne scolarité. conflit. Elle a décrit parmi les instruments de pensée : d’une
Enfin, l’hypomanie peut évoquer la douance par ses effets sur part, la régression contrôlée temporaire qui permet de conserver
l’intellect : capacité à se polariser, rapidité de la pensée. Mais l’épreuve de réalité et la fonction synthétique du moi, d’autre
cette impression ne dure pas et la souffrance dépressive sous- part, un style sélectif de pensée comme le traitement mathéma-
jacente réapparaît. tique. L’épreuve de réalité est conçue comme une action d’essai

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permettant d’économiser de l’énergie psychique. Au fur et à individu et la vitesse moyenne de croissance mentale de son
mesure que ces actions expérimentales sont internalisées, les groupe d’âge. Le débile mental ne se développe pas de la même
contradictions logiques sont éliminées [15-17]. manière que l’enfant normal. De façon plus précise, il se
L’école kleinienne a pris un tournant lorsque des élèves développe à des vitesses différentes selon les secteurs psycho-
éminents ont cherché à traiter des troubles de la pensée, biologiques. Il existe ainsi une hétérochronie entre la croissance
notamment chez des schizophrènes. Bion a réussi à élaborer une du corps et celle de l’esprit. Terrrassier a repris plus tard cette
théorie de la pensée qui a été adoptée par tous les kleiniens. Le notion pour la transposer aux surdoués. Il a changé l’appella-
devenir de la pensée dépend de la capacité du bébé à supporter tion et il a parlé d’un « syndrome de dyssynchronie ». [18]
la frustration. S’il ne la supporte pas du tout, il se contente Celle-ci se manifeste sous deux aspects : au sein de la personne
d’évacuer son vécu insupportable par identification projective. surdouée et dans ses relations sociales avec l’environnement. En
Le bébé n’arrive à développer un appareil à penser que si ses ce qui concerne le décalage interne, il apparaît le plus souvent
projections sont transformées en partie par son entourage,
entre le développement psychomoteur et le développement
notamment grâce à la « rêverie maternelle ». Il réussit ainsi à
intellectuel de l’enfant surdoué. Grossièrement, la tête avance
intérioriser un objet capable de contenir ses projections, de leur
plus vite que le corps. Ainsi l’enfant se met-il à parler avant de
donner sens et de les modifier avant de les retourner. Bion a
fourni la notion de contenant psychique. Il a aussi fait place, marcher ou apprend-il très vite à lire alors qu’il peine à
dans les affects de base, à la connaissance à côté de l’amour et apprendre à écrire. Un autre décalage bien connu concerne
de la haine. l’intellect et l’affectif. Autrement dit, l’immaturité affective fait
On a fait un rapprochement entre le psychisme de certains le pendant à la brillance de l’intelligence. Le même raisonne-
surdoués et des mécanismes de défense comme l’intellectualisa- ment sert à expliquer les difficultés de la vie sociale mais il
tion et la rationalisation. Lorsque le sujet parle de son vécu et paraît moins convaincant. L’esprit de l’enfant surdoué se
des ses conflits, il cherche à maîtriser ses émotions et ses développe plus vite que celui de la moyenne des autres enfants.
sentiments. La pensée abstraite prend le pas sur l’émergence et Il subirait un préjudice par rapport à cette moyenne plus
la reconnaissance des affects, elle peut ainsi les tenir à distance appréciée par les enseignants. L’enfant surdoué serait ainsi
ou leur attribuer une justification d’ordre rationnel et moral à contraint à la distraction pour se défendre contre l’ennui
la place du jeu de l’inconscient. De nos jours, la mentalisation engendré par une ambiance peu stimulante.
permet de renouveler la donne et d’apporter un contrepoids à Terrassier a décrit un « syndrome », c’est-à-dire un ensemble
l’approche cognitiviste. Elle désigne l’activité mise en œuvre de symptômes pouvant s’observer dans plusieurs états patholo-
pour transformer les excitations venues du corps en un contenu giques. Il n’en soutient pas moins que la dyssynchronie ne
mental symbolisé. Elle constitue une tâche complexe et perma- semble pas faire partie de la psychopathologie. Il rejette toute
nente pour produire et entretenir des contenus psychiques parenté avec la « dysharmonie évolutive » qui implique un
préconscients. Certains ont cherché à combiner la mentalisation trouble profond de la personnalité. Cela mérite discussion. La
avec la théorie de l’esprit, c’est-à-dire le fait d’attribuer des états
notion de dysharmonie d’évolution provient d’Anna Freud qui
mentaux à autrui et de leur donner un sens. Une grande
avait mis en évidence chez certains enfants des lignes de
intelligence ne s’accompagne pas automatiquement d’une
développement non harmonisées. Cette notion a été reprise en
bonne mentalisation. Elle peut même conduire à son contraire :
France par Misès afin d’insister sur le dynamisme et la com-
la pensée opératoire. Alors même qu’elle paraît avoir réussi à
maîtriser la vie intérieure, des manifestations psychosomatiques plexité des états limites dans l’enfance. La question reste
viennent attester des carences dans l’intégration de la psyché ouverte puisque les enfants surdoués nous confrontent au
avec le soma. paradoxe de l’élite fragile.
Lors des consultations psychiatriques, on rencontre beaucoup
plus de troubles dans le registre névrotique avec les enfants qui
paraissent surdoués. Il est malaisé d’expliquer ce constat. Si les ■ Comment aider les surdoués
surdoués paraissent mieux armés que la moyenne pour éviter les
troubles psychotiques, les plus perturbés d’entre eux se situent en difficulté ?
à la limite entre névrose et psychose. Il semble que les difficul-
tés d’adaptation augmentent au fur et à mesure que le niveau Il est difficile de traiter ce sujet sans soulever la passion car,
intellectuel s’élève. Les enfants dont le QI atteint 160 ont soit on se sent personnellement concerné et on prend le parti
tendance à s’isoler des autres enfants et à moins bien s’adapter de ce genre d’enfant, soit on conserve un certain recul et on
socialement. La situation la plus délicate à apprécier se produit risque l’opprobre des militants. Nombre d’enfants surdoués sont
lorsqu’un enfant à haut potentiel développe un trouble de la en bonne santé mentale et tirent avantage de leur haut poten-
personnalité. L’enfant utilise sa grande intelligence pour mettre tiel dans leurs études. En ce qui concerne la scolarité, il semble
en jeu des stratégies destinées à éviter l’impact de la souffrance qu’on puisse distinguer leur destinée en trois tiers : un tiers de
psychique ou l’effet des pulsions destructrices. Le surdoué peut réussite, un tiers de résultats moyens et un tiers de difficultés
arriver à masquer sa perturbation profonde en devenant une sérieuses et d’échecs.
personnalité « comme si », surtout si l’entourage est rassuré ou Nous ne disposons pas de statistiques concernant l’ensemble
valorisé par ce type de personnalité d’emprunt. Lorsque l’enfant de la population. Il existe un biais pour les extrapolations
est testé, il conserve souvent un QI verbal impressionnant face puisque les associations recrutent de façon presque exclusive du
à un QI performance bien moyen ou à la limite de la normale. côté des précoces dont le psychisme est perturbé et qui peinent
Certains enfants, en raison de leur vive sensibilité et de leur ou ne suivent pas en classe. Ce biais se retrouve aussi chez les
intelligence suractivée, ressentent tôt les besoins et les failles de
professionnels de la santé car une proportion notable d’entre
leurs parents. Ils s’y adaptent un peu trop, à leurs dépens. Ils
eux ont des enfants précoces ou ont été eux-mêmes des enfants
apprennent à dissimuler des sentiments intenses mais réprouvés
précoces.
comme la colère, le désespoir, la jalousie ou la peur. Ces
sentiments pourront ressurgir si des circonstances éprouvantes Notons la relative nouveauté de ce genre de consultations. Il
se produisent parce qu’ils ne sont pas intégrés à leur ne sera jamais question de guérir un enfant de sa douance. En
personnalité. revanche, il sera peut-être utile de proposer des conseils aux
En terminant, il nous reste à aborder la notion de dyssynchro- parents, des mesures thérapeutiques comme une psychothérapie
nie parce qu’elle est avancée comme explication unique des ou une rééducation ou de favoriser des réponses pédagogiques.
difficultés rencontrées par les associations en faveur des En ce qui concerne la scolarité, les réponses se résument à une
surdoués. De quoi s’agit-il ? Au début des années 1960, Zazzo triade dont on a usé de toutes les combinaisons :
avait rafraîchi l’approche de la débilité mentale. Il avait proposé • accélération du cursus ;
de considérer le QI, non plus comme un quotient d’âge, mais • enrichissement des programmes ;
comme le rapport entre la vitesse de croissance mentale d’un • regroupement des élèves dans des classes spéciales.

Psychiatrie/Pédopsychiatrie 5
37-200-A-20 ¶ Approche psychopathologique et psychanalytique des enfants surdoués

■ Conclusion ■ Références
.

Insistons en terminant sur les caractéristiques paradoxales de [1] Bleandonu G. Les enfants intellectuellement précoces. « Que sais-je? ».
cette petite partie de la population. Il ne fait pas de doute Paris: PUF; 2004.
qu’elle est destinée à faire partie des élites intellectuelles. Mais, [2] Lautrey J. Étude de la recherche sur la précocité intellectuelle. Psychol
pendant ce temps, les associations réclament en leur faveur des Fr 2004;49(n°3).
[3] Terman LM. Genetic studies of genius. Vol. I-II-III-IV-V. Stanford
mesures pédagogiques analogues à celles dont bénéficient les
University Press; 2000.
débiles mentaux, les handicapés. Par ailleurs, la coexistence de
[4] de Craecker R. Les enfants intellectuellement doués. Paris: PUF; 1951.
la douance avec des pathologies limites ou narcissiques nous [5] Chauvin R. Les surdoués. Paris: Stock; 1975.
ramène au cœur d’un débat qui agite la pédopsychiatrie à [6] Terrassier JC, Gouillou P. Le guide pratique de l’enfant surdoué. Paris:
l’époque des classifications internationales, notamment du ESF; 2001.
DSM-IV : le « tout organique » ou le « tout psychique ». [7] Winner E. Surdoués : mythes et réalités. Paris: Aubier; 1997.
Il semble que sur trois demandes adressées pour motif de [8] Delaubier JP. « La scolarisation des élèves intellectuellement préco-
précocité intellectuelle, une seule correspondrait bien à cette ces ». Rapport à M. le Ministre de l’Éducation Nationale, Janvier 2002.
cause. Il est plus facile pour des parents et, parfois pour des [9] Cote S. Doué, surdoué, précoce. L’enfant prometteur et l’école. Paris:
enseignants, de croire que les difficultés de l’enfant sont liées à Albin Michel; 2002.
quelque chose qu’il aurait en plus de la moyenne, à quelque [10] Revol O, Louis J, Fourneret P. L’enfant précoce : signes particuliers.
chose apportée par la distribution génétique, plutôt qu’à une Neuropsychiatr Enf Adolesc 2004;52:148-53.
souffrance psychique, à une problématique relationnelle [11] Siaud-Facchin J. L’enfant surdoué. L’aider à grandir, à réussir. Paris:
provoquée ou favorisée par une caractéristique innée [19]. Un Odile Jacob; 2002.
haut potentiel intellectuel va souvent de pair avec une fragilité [12] Ada A. Le livre de l’enfant doué. Paris: Solar; 1999.
narcissique. [13] Revol O, Louis J, Fourneret P. Les troubles du comportement de
Les professionnels sont utiles lorsque la précocité intellec- l’enfant précoce. ANAE 2002;67:1-4.
tuelle s’accompagne de difficultés affectives et cognitives. Ils [14] Despinoy M. Comprendre et soigner l’enfant en échec scolaire. Paris:
Dunod; 2004.
apparaissent indispensables quand la douance s’associe à
[15] Rosen V. Abstract thinking and objects relations. J Am Psychoanal
d’autres difficultés : troubles des apprentissages, troubles
Assoc 1958;6:653.
émotionnels et troubles du comportement. En cas de troubles [16] Szekely L. Symposium: the psychoanalytic study of thinking. Int
légers, l’identification de la douance permet de sensibiliser les J Psychoanal 1962;43:297.
parents et les enseignants au profil particulier de chaque enfant. [17] Silverman M. Intelligence and adaptation. Psychoanal Q 1983;52:452.
Cela permet aussi d’utiliser de façon adéquate la panoplie [18] Terrassier JC. Les enfants surdoués ou la précocité embarrassante.
thérapeutique existante. Un premier centre de références pour Paris: ESF; 1999.
les enfants surdoués est disponible depuis peu à Rennes. Il faut [19] Grubar JC, Duyme M, Cote S. La précocité intellectuelle : de la mytho-
espérer qu’il y en aura d’autres. L’objectif est que les différences logie à la génétique. Liège: Mardaga; 1997.
de ces enfants soient une source de richesse et d’épanouisse- [20] Tordjman S. Enfants surdoués en diffıculté. Rennes: Presses Universi-
ment et non d’échec et de rejet [20]. taires de Rennes; 2005.

G. Bleandonu, Pédopsychiatre (gbleandonu@caramail.com).


18, allée du Vallon, 69570 Dardilly, France.
O. Revol, Pédopsychiatre.
Hôpital neurologique, Service de psychiatrie de l’enfant, 59, boulevard Pinel, 69003 Lyon, France.

Toute référence à cet article doit porter la mention : Bleandonu G., Revol O. Approche psychopathologique et psychanalytique des enfants surdoués. EMC
(Elsevier SAS, Paris), Psychiatrie/Pédopsychiatrie, 37-200-A-20, 2006.

Disponibles sur www.emc-consulte.com


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