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Encyclopédie Médico-Chirurgicale 37-200-B-10

37-200-B-10

Classifications en psychiatrie de l’enfant


C Bursztejn
B Golse
R Misès
Résumé. – Depuis les années 1980, les différents systèmes de classification psychiatrique ont connu de
nombreux remaniements qui ont affecté la terminologie et, plus encore, la manière de concevoir et de
regrouper les entités qui constituent le champ de la psychiatrie. La psychiatrie de l’enfant, elle-même en
pleine évolution, n’a pas été épargnée par ces multiples changements terminologiques et conceptuels.
Cet article se propose de comparer la présentation de la psychatrie de l’enfant dans : la CIM-10, le DSM-IV et
la CFTMEA.
© 2003 Editions Scientifiques et Médicales Elsevier SAS. Tous droits réservés.

Mots-clés : classifications psychiatriques, nosographie, CIM 10, DSM-IV, CFTMEA, psychopathologie de


l’enfant.

Introduction d’un diagnostic contribue à fixer des processus pathologiques


encore peu structurés. Les inconvénients potentiels, ou même les
La question des classifications est aussi ancienne que la psychiatrie dangers de « l’étiquetage », existent bien réellement. On cite
elle-même. Comme dans d’autres domaines, la démarche de souvent, à ce sujet, les études sur l’effet « Pygmalion », biais positif
connaissance des premiers aliénistes a en effet débuté par un ou négatif du jugement sur le comportement ou les performances
regroupement et un classement des individus placés sous leur d’un sujet quel que soit son âge, lorsque l’examinateur possède
responsabilité. Par la suite, c’est souvent à travers de nouvelles une information préalable sur lui [1, 17]. Ce risque est accru par la
propositions nosographiques que différents auteurs ont cherché à situation clinique en psychiatrie de l’enfant : même s’il présente
traduire leurs conceptions de la pathologie mentale. Parallèlement, des symptômes témoignant d’une évidente souffrance, l’enfant est
dès la fin du XIXe siècle s’est manifesté le souci de disposer d’une rarement lui-même porteur d’une plainte ou d’une demande. En
classification unifiée [11]. C’est de ce double mouvement que résulte fait, c’est en grande partie à travers le discours de l’entourage que
la complexité de la situation actuelle. Nous allons l’envisager, en le praticien va former son jugement clinique et c’est toujours à un
ayant en vue les problèmes spécifiques que pose la nosographie en groupe familial qu’il est confronté. Les exemples abondent de
psychiatrie de l’enfant. situations dans lesquelles l’attribution d’une étiquette plus ou
Parler de classification, implique une réflexion épistémologique sur moins sophistiquée à un comportement a pu empêcher tout accès
le statut des signes (sémiologie) et de leurs groupements (syndrome, à une compréhension de sa signification psychologique, par
maladie) dans le champ de la psychiatrie. Il faut rappeler aussi l’entourage.
qu’aucune classification et même aucune sémiologie ne saurait être Les critiques à l’égard des classifications doivent donc être
indemne de préconceptions théoriques et idéologiques. Certains sérieusement prises en considération et être rappelées pour mettre
auteurs adoptent, sans arrière-pensée, un modèle médical et
en garde contre les possibles mésusages qu’on peut en faire.
défendent une approche supposée objective, reposant sur
Cependant, une forme ou une autre de classification apparaît
l’observation du comportement ; ceux pour qui, au contraire, la
incontournable dès lors que l’on cherche à regrouper son expérience
clinique inclut la prise en compte de l’inconscient et de ses effets,
insistent sur les dimensions subjectives et intersubjectives de toute clinique et théoriser sa propre pratique, et plus encore, si l’on a
clinique. l’intention de communiquer avec d’autres collègues. De plus, la
psychiatrie de l’enfant, autant que la psychiatrie de l’adulte, a besoin
En deçà même de cette réflexion, développée dans d’autres articles
de développer sa recherche et, pour cela, des regroupements et des
de cet ouvrage [9, 16], il faut s’arrêter un instant sur la question
définitions précises des cas sont indispensables.
préalable de l’intérêt, mais aussi des éventuels effets négatifs d’une
classification psychiatrique chez l’enfant. L’utilité d’une approche
nosographique est, en effet, mise en doute par nombre de
psychiatres d’enfants qui y voient même le risque que l’attribution Classifications et leur évolution

Il existe plusieurs systèmes de classifications psychiatriques qui ont,


jusqu’à une époque récente, connu des évolutions parallèles et
Claude Bursztejn : Professeur, service psychothérapique pour enfants et adolescents, unité de soins de
l’Elsau, 15, rue Cranach, 67200 Strasbourg, France.
indépendantes. Cependant, on note depuis quelques années des
Bernard Golse : Professeur, unité de psychiatrie de l’enfant, hôpital Necker-Enfants malades, 149-161, rue influences réciproques entre la classification américaine et celle de
de Sèvres, 75015 Paris, France.
Roger Misès : Professeur de psychiatrie de l’enfance et de l’adolescent. Université Paris-Sud (UFR Kremlin-
l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui tendent à se
Bicêtre), Fondation vallée, 7, rue Benserade, 94257 Gentilly cedex, France. rapprocher.

Toute référence à cet article doit porter la mention : Bursztejn C, Golse B et Misès R. Classifications en psychiatrie de l’enfant. Encycl Méd Chir (Editions Scientifiques et Médicales Elsevier SAS, Paris, tous droits réservés),
Psychiatrie/Pédopsychiatrie, 37-200-B-10, 2003, 9 p.

150 573 EMC [295]


37-200-B-10 Classifications en psychiatrie de l’enfant Psychiatrie/Pédopsychiatrie

DSM-III ET IV
Tableau I. – DSM-IV. Troubles diagnostiqués habituellement au cours
Jusqu’à sa troisième édition, le Manuel Diagnostique et Statistique de l’enfance ou de l’adolescence.
des Troubles Mentaux édité par l’Association psychiatrique
américaine n’était qu’un simple glossaire, peu diffusé en dehors des Retard mental
États-Unis. Le DSM [ 2 ] -III a fait rupture par rapport aux - Léger
classifications antérieures en introduisant deux changements - Moyen
fondamentaux : - Grave
- Profond
– d’une part, chaque entité pathologique décrite a été définie par
un ensemble de critères exprimés en termes de comportement, dans Troubles des acquisitions scolaires
l’intention d’améliorer la fidélité interjuges ; - Trouble de la lecture
– d’autre part, la terminologie a été modifiée dans plusieurs - Trouble des mathématiques
- Trouble de l’écriture
domaines. Le changement le plus connu est l’élimination des notions
de névrose, de psychose et de troubles réactionnels qui constituaient, Troubles moteurs
jusque-là, les axes de référence de la psychopathologie.
- Trouble du développement de la coordination
Ces changements terminologiques ont concerné le champ de la
pédopsychiatrie : des termes nouveaux ont été introduits : « troubles Troubles de la communication
globaux du développement » (pervasive developmental disorders, - Trouble expressif du langage
mieux traduit ultérieurement par troubles envahissants du - Trouble du langage mixte réceptif-expressif
développement) désignant les psychoses spécifiques de l’enfance ; - Trouble phonologique
« trouble déficitaire de l’attention », correspondant à l’instabilité - Bégaiement
psychomotrice des auteurs français ; « angoisse de séparation », Troubles envahissants du développement
jusque-là concept psychopathologique, repris en tant que syndrome.
- Trouble autistique
Après une édition réussie (DSM-III R 1987) une quatrième édition - Syndrome de Rett
plus profondément modifiée a été publiée en 1994. - Trouble désintégratif de l’enfance
- Syndrome d’Asperger
¶ Psychopathologie de l’enfant dans le DSM-IV [4, 18]
Déficit de l’attention et comportement perturbateur
Le DSM-III et IV consacre à l’enfant un chapitre « troubles, - Trouble du déficit de l’attention et hyperactivité :
habituellement diagnostiqués au cours de l’enfance et de - type combiné ;
l’adolescence » ; celui-ci comporte dix sections (tableau I). Par - type inattentif ;
rapport au DSM-III, les différences sont nombreuses. Les troubles - type hyperactif-impulsif.
- Trouble de la conduite :
de l’identité sexuelle qui figuraient dans les chapitres consacrés à
- trouble opposition-provocation
l’enfant du DSM-III sont désormais regroupés avec l’ensemble des
troubles sexuels de l’adulte. La plupart des autres changements vont Troubles de l’alimentation
dans le sens d’un rapprochement avec la classification de l’OMS - Pica
CIM-10. C’est le cas notamment pour les troubles envahissants du - Trouble rumination
développement : ce chapitre reprend à quelques détails près, la - Trouble de l’alimentation du nourrisson
CIM-10 et les critères sont formulés de façon très similaire. En
Tics
revanche, il persiste encore des différences notables dans la
description des troubles des conduites et des troubles du déficit de - Syndrome de Tourette
l’attention. - Tic moteur ou vocal chronique
- Tic transitoire
En dehors de ces catégories spécifiques, les autres chapitres du DSM
s’appliquent indépendamment de l’âge (des indications sur les Troubles de l’élimination
modifications des critères en fonction de l’âge sont données pour - Encoprésie
certains syndromes, par exemple les troubles dépressifs). - Énurésie
Le DSM-III a apporté une autre innovation : un système multiaxial
Autres troubles de l’enfance et de l’adolescence
dont le développement s’est poursuivi dans les versions suivantes.
Dans le DSM-IV les cinq axes sont formulés ainsi : - Trouble de l’anxiété de séparation

- Mutisme sélectif
– axe I :
- Trouble réactionnel de l’attachement
• troubles cliniques ;
- Trouble mouvements stéréotypés
• autres situations pouvant faire l’objet d’un examen clinique ;
– axe II : CIM-10 [7, 18]

• troubles de la personnalité ; La Classification Internationale des Maladies de l’OMS (CIM [en


• retard mental ; anglais : International Classification of Diseases] ou ICD) est
l’héritière de l’ancien projet de classification « universelle ».
– axe III : affections médicales générales ; Rappelons que, la CIM-9 (1975) avait introduit quelques nouvelles
– axe IV : problèmes psychosociaux et environnementaux ; entités pour la psychiatrie de l’enfant :
– axe V : évaluation globale du fonctionnement. – les psychoses spécifiques de l’enfance (dont l’autisme infantile) ;
L’accent est ainsi mis sur la nécessité de prendre en considération – les troubles de l’affectivité spécifiques de l’enfance ;
d’autres aspects que le diagnostic catégoriel pour évaluer la situation
d’un patient. C’est important aussi pour l’enfant, chez qui les – l’instabilité de l’enfance.
caractéristiques de l’environnement familial et social comme les Le chapitre 5 de la dixième version de la classification de l’OMS
pathologies médicales sont particulièrement importantes à (CIM-10), tout en tenant compte des classifications en usage dans
considérer. D’autres classifications ont d’ailleurs suivi cette différents pays, a été visiblement très influencée par les innovations
démarche multiaxiale. terminologiques et la conception générale du DSM-III. Cependant,

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Psychiatrie/Pédopsychiatrie Classifications en psychiatrie de l’enfant 37-200-B-10

seule la version destinée à la recherche comporte des critères


analogues à ceux du DSM. Dans la version de base, pour chaque Tableau II. – CIM-10. Chapitre V (extraits).
item sont données des descriptions cliniques accompagnées de Retard mental
directives pour le diagnostic.
F 70 Retard mental léger
F 71 Retard mental modéré
¶ Psychopathologie de l’enfant dans la CIM-10 F 72 Retard mental sévère
F 73 Retard mental profond
Il faut rappeler que la classification psychiatrique de l’OMS
correspond en fait au chapitre V « Troubles mentaux et troubles du Troubles du développement psychologique
comportement » d’une classification générale de l’ensemble des
F 80 Troubles spécifiques du dévelop- - Trouble spécifique de l’articula- F 80.0
pathologies et causes de mortalité. pement de la parole et du langage tion
Le chapitre 5 de la CIM-10 ne comporte que deux sections - Trouble du langage type F 80.1
expressif
spécifiquement dédiées à l’enfant : les « troubles du développement
- Trouble du langage type réceptif F 80.2
psychologique » et les « troubles du comportement et troubles - Aphasie acquise avec épilepsie F 80.3
émotionnels apparaissant habituellement dans l’enfance » – le retard
F 81 Troubles spécifiques des acquisi- - Trouble spécifique de la lecture F 81.0
mental étant traité dans un chapitre autonome (tableau II). tions scolaires - Trouble spécifique de l’ortho- F 81.1
Les troubles du développement psychologique incluent les troubles graphe
envahissants du développement. Pour ce dernier chapitre, la CIM-10 - Trouble spécifique de l’arithmé- F 81.2
tique
a repris la terminologie et la conception d’ensemble du DSM-III et
- Trouble mixte F 81.3
du DSM-III R. Cependant, alors que le DSM-III-R ne différenciait
que le trouble autistique et le trouble envahissant du développement F 82 Troubles spécifiques du dévelop-
pement moteur
non spécifié, la CIM-10 a introduit, à côté du trouble autistique,
plusieurs catégories qui ne figuraient dans aucune classification F 83 Troubles spécifiques mixtes du
psychiatrique jusque-là : le trouble hyperkinétique avec retard développement
mental et mouvements stéréotypés, le syndrome de Rett, ainsi que F 84 Troubles envahissants du dévelop- - Trouble autistique F 84.0
le syndrome d’Asperger. Ces deux derniers items ont été repris par pement - Trouble autistique atypique F 84.1
les DSM-IV. - Syndrome de Rett F 84.2
- Autre trouble désintégratif de F 84.3
Le chapitre « Troubles du comportement et troubles émotionnels l’enfance
apparaissant habituellement dans l’enfance », reprend, avec des - Trouble hyperkinétique avec F 84.4
regroupements différents, une grande partie des items du DSM-III retard mental et mouvements
stéréotypés
et du DSM-III R. Cependant, si on retrouve le « trouble hyperactif
- Syndrome d’Asperger F 84.5
avec déficit de l’attention », la CIM-10 introduit une catégorie
spécifique pour les « troubles hyperkinétiques associés à des troubles Troubles du comportement et troubles émotionnels apparaissant habituellement
des conduites ». dans l’enfance

Les « troubles des conduites » sont subdivisés d’une manière F 90 Troubles hyperkinétiques - Perturbation de l’activité et de F 90.0
l’attention
différente de celle adoptée dans le DSM-IV ; en outre, la CIM-10 a
- Trouble hyperkinétique et F 90.1
introduit un groupe supplémentaire : les « troubles mixtes des trouble des conduites
conduites et des émotions » dans lesquels sont individualisés, en
F 91 Troubles des conduites - Limité au milieu familial F 91.0
particulier, les « troubles des conduites avec dépression », catégorie
- Type mal socialisé F 91.1
qui n’est pas reprise dans le DSM-IV. - Type socialisé F 91.2
On peut noter aussi qu’on ne retrouve ni les « troubles de - Trouble oppositionnel avec pro- F 91.3
l’alimentation », ni les « troubles du sommeil » dans les chapitres vocation
consacrés à l’enfance (ils sont situés dans d’autres chapitres de la F 92 Troubles mixtes des conduites et - Trouble des conduites avec F 92.0
classification). des émotions dépression
- Autres F 92.8
Enfin, la CIM-10 maintient, contrairement au DSM-IV, un chapitre
traitant les aspects particuliers des troubles anxieux au cours de F 93 Troubles émotionnels débutant - Angoisse de séparation F 93.0
spécifiquement dans l’enfance - Trouble anxieux phobique de F 93.1
l’enfance sous le terme de « troubles émotionnels apparaissant l’enfance
spécifiquement dans l’enfance ». - Anxiété sociale F 93.2
Bien que cela apparaisse moins explicite que pour les DSM-III et IV, - Rivalité fraternelle F 93.3
la CIM-10 peut faire l’objet d’une utilisation multiaxiale, dans la F 94 Troubles du fonctionnement social - Mutisme électif F 94.0
mesure où les systèmes de recueil permettent d’associer plusieurs - Trouble réactionnel de l’attache- F 94.1
codes y compris s’ils figurent dans différents chapitres. Il est ainsi ment
possible d’utiliser des codes correspondant à des pathologies - Trouble de l’attachement avec F 94.2
désinhibition
somatiques ainsi que les « codes Z » du chapitre XXI : « Facteurs
influant sur l’état de santé et motifs de recours aux services de F 95 Tics - Tic transitoire F 95.0
santé », parmi lesquels sont citées des situations psychosociales, - Tic moteur ou vocal chronique F 95.1
- Syndrome de Gilles de Tourette F 95.2
importantes pour la pédopsychiatrie.
F 98 Autres troubles du comportement - Énurésie non organique F 98.0
et troubles émotionnels apparais- - Encoprésie non organique F 98.1
CLASSIFICATION FRANCOPHONE DES TROUBLES sant habituellement dans l’enfance - Trouble de l’alimentation F 98.2
MENTAUX DE L’ENFANT ET DE L’ADOLESCENT - Pica F 98.3
- Mouvements stéréotypés F 98.4
Seule classification spécifique à l’enfant et à l’adolescent, la - Bégaiement F 98.5
Classification Francophone des Troubles Mentaux de l’Enfant et de - Bredouillement F 98.6
l’Adolescent (CFTMEA) – publiée en 1988 sous la direction de
R. Misès – correspond à la mise en forme d’une tradition La liste des termes proposés est assortie d’un glossaire donnant une
nosographique qui s’est élaborée au cours du développement de la brève description de chaque catégorie, ainsi que des équivalences
pédopsychiatrie dans notre pays au cours des années 1960-1970, et avec les termes de la CIM-10.
qu’on trouvait déjà représentée dans la classification développée par La CFTMEA, classification de référence pour le recueil des
le centre Alfred Binet à Paris. statistiques des secteurs de psychiatrie infantojuvénile, fait l’objet

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37-200-B-10 Classifications en psychiatrie de l’enfant Psychiatrie/Pédopsychiatrie

Tableau III. – Classification française des troubles mentaux de l’enfant et de l’adolescent (CFTMEA).

CFTMEA 2000 Correspondance CIM-10


• 1.00 Autisme infantile précoce - type Kanner F 84.0
• 1.01 Autres formes de l’autisme F 84.1
• 1.02 Psychose précoce déficitaire. Retard mental avec troubles autis- F 84.1 - F 84.8
tiques ou psychotiques
• 1.03 Syndrome d’Asperger F 84.5
1.0 Psychose précoces (troubles enva-
hissants du développement) • 1.04 Dysharmonies psychotiques F 84.8
• 1.05 Troubles désintégratifs de l’enfance F 84.3 - F 84.2
• 1.08 Autres psychoses précoces ou autres Troubles envahissants du F 84.8
développement
• 1.09 Psychoses précoces ou Troubles envahissants du développe- F 84.9
ment non spécifiés

• 1.10 Schizophrénie de l’enfant F 20


• 1.11 Troubles schizophréniques à l’adolescence F 20
1.1 Schizophrénies
1. Autisme et troubles 1.110 Aspects prodromiques
psychotiques 1.111 Schizophrénie avérée F20

1.2 Troubles délirants F 22

• 1.30 Trouble psychotique aigu polymorphe sans symptômes schi- F 23


zophréniques
1.3 Troubles psychotiques aigus • 1.31 Troubles psychotique aigu polymorphe avec symptômes schi- F 23
zophréniques
• 1.38 Autres

• 1.40 Psychoses dysthymiques de l’enfant F 25 - F 30 à 39


• 1.41 Troubles thymiques de l’adolescent F30 - F 31.0 à F 31.3 - F 31.6
1.4 Troubles thymiques
1.410 Épisode maniaque
1.411 Épisode dépressif

1.5 États dépressifs après épisode psychotique F 20.4

1.8 Autres troubles psychotiques

1.9 Troubles psychotiques non spécifiés

2.0 Troubles névrotiques à dominante anxieuse F 41

2.1 Troubles névrotiques à dominante hystérique F 44 - F 48.8

2.2 Troubles névrotiques à dominante phobique F 40 - F 93.1

2.3 Troubles névrotiques à dominante obsessionnelle F 42


2. Troubles névrotiques
2.4 Troubles névrotiques avec prédominance des inhibitions

2.5 Dépression névrotique F 32 - F 33

2.6 Caractères névrotiques, pathologies névrotiques de la personnalité F 60.9

2.7 Troubles névrotiques avec perturbations prédominantes des fonctions instrumentales

2.8 Autres

2.9 Troubles névrotiques non spécifiés F 49.9

3.0 Dysharmonies évolutives F 93 - F 94

3.1 Pathologies limites avec dominance des troubles de la personnalité F 94.2 - F 60.3

3.2 Pathologies limites avec dominance schizotypique F 21


3. Pathologies limites
3.3 Pathologies limites à dominante comportementale F 91 - F 60.2
Troubles de la personnalité
3.8 Autres pathologies limites

3.9 Pathologies limites non spécifiées

3.4 Dépressions liées à une pathologie limite F 92.20

d’un large consensus dans notre pays, comme l’ont montré plusieurs situent les symptômes. Il est demandé au clinicien de repérer, dans
enquêtes. Elle a été admise, conjointement à la CIM-10, comme la mesure du possible, les troubles présentés par l’enfant dans l’une
référence pour l’enregistrement du diagnostic longitudinal, dans le de ces catégories qui sont exclusives les unes des autres ; il peut
cadre du projet d’application du PMSI à la psychiatrie. ainsi considérer qu’il s’agit de variations de la normale.
La CFTMEA est également une classification multiaxale : à côté de Les autres catégories servent à noter des éléments descriptifs
l’axe I qui regroupe les catégories cliniques, elle propose sur l’axe II (troubles fonctionnels ou symptômes) qui peuvent s’inscrire dans
de coder des pathologies somatiques ou des situations familiales l’une des organisations structurales.
fréquemment associées aux troubles rencontrés chez l’enfant. L’axe 1 de la CFTMEA vient de connaître une révision importante
La CFTMEA s’appuie sur une réflexion psychopathologique inspirée [14]
; elle vise à une meilleure prise en compte de la pathologie du
de la psychanalyse. Elle privilégie la notion de structure bébé ainsi que de celle de l’adolescent, en même temps qu’une
psychopathologique. meilleure compatibilité avec la CIM-10.
Les quatre premiers chapitres (psychoses, troubles névrotiques, Cette quatrième révision dénommée CFTMEAR 2000 introduit
pathologies de la personnalité, troubles réactionnels) correspondent d’importantes innovations qui portent exclusivement sur l’axe I
au contexte d’organisation psychopathologique dans lequel se (tableau III).

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Psychiatrie/Pédopsychiatrie Classifications en psychiatrie de l’enfant 37-200-B-10

Tableau III. – (Suite) Classification française des troubles mentaux de l’enfant et de l’adolescent (CFTMEA).

CFTMEA 2000 Correspondance CIM-10


4.0 Dépression réactionnelle F 43.2

4. Troubles réactionnels 4.1 Manifestations réactionnelles F 43.2

4.2 Syndrome de stress post-traumatique F 43.1 - F 43.2

5.0 QI 50-69 • Déficiences harmoniques F 70


5.1 QI 35-49 • Déficiences dysharmoniques F 71
5. Déficiences mentales 5.2 QI 20-34 • Déficience avec polyhandicap sensoriel et/ou moteur F 72
5.3 QI < 20 • Démences F 73
5.4 QI non spécifié • Non spécifiée F 79

• 6.00 Troubles isolés de l’articulation F 80.0


• 6.01 Troubles du développement du langage F 80.1
6.010 Retard de parole
6.011 Retard (simple) de langage F 80.1
6.012 Dysphasie F 80.2
6.018 Autres troubles du développement du langage
6.0 Troubles de la parole
• 6.02 Aphasie acquise F 80.3
et du langage
6.020 Aphasie acquise avec épilepsie
6.028 Autres aphasies acquises
• 6.03 Mutisme F 94.0
6.030 Mutisme total
6.031 Mutisme sélectif
• 6.04 Bégaiement F 98.6
6. Troubles spécifiques du • 6.10 Troubles lexicographiques
développement et des fonctions
6.100 Dyslexie isolée F 81.0
instrumentales
6.101 Troubles de l’orthographe sans trouble de la lecture
6.1 Troubles cognitifs et des acquisi- 6.108 Autres troubles lexicographiques
tions scolaires • 6.11 Troubles spécifiques de l’arithmétique (dyscalculie) F 81.1
• 6.12 Troubles du raisonnement (dysharmonies cognitives)
• 6.13 Troubles de l’attention sans hyperkinésie
6.18 Autres troubles cognitifs et des acquisitions scolaires
6.19 Troubles cognitifs et des acquisitions scolaires non spécifiés

• 6.20 Retard psychomoteur (troubles spécifiques du développement F 82


moteur)
• 6.21 Tics F 95.2
6.2 Troubles psychomoteurs 6.210 Tics isolés
6.211 Maladie de Gilles de Tourette F 95.2
• 6.28 Autres troubles psychomoteurs
• 6.29 Troubles psychomoteurs non spécifiques

• 7.00 Hyperkinésie avec troubles de l’attention F 90


7.0 Troubles hyperkinétiques
• 7.08 Autres troubles hyperkinétiques F 90.8

• 7.10 Anorexie mentale F 50.0


7.100 Anorexie mentale restrictive
7.101 Anorexie mentale boulimique
• 7.11 Anorexie mentale atypique F 50.1
7.1 Troubles des conduites alimen- • 7.12 Boulimie F 50.2
taires • 7.13 Boulimie atypique F 50.3
• 7.14 Troubles des conduites alimentaires du nourrisson et de l’enfant F 98.2
• 7.15 Troubles alimentaires du nouveau-né F 98.2
• 7.18 Autres troubles des conduites alimentaires F 98.2
• 7.19 Troubles des conduites alimentaires non spécifiés

7.2 Conduites suicidaires

7.3 Troubles liés à l’usage de drogues ou d’alcool


7. Troubles des conduites et des
comportements 7.4 Troubles de l’angoisse de séparation F 93.0

• 7.50 Troubles de l’identité sexuelle F 64.2


• 7.51 Troubles de la préférence sexuelle F 65
7.5 Troubles de l’identité et des
conduites sexuelles • 7.52 Manifestations en rapport avec des préoccupations excessives
concernant le développement sexuel et son orientation
• 7.58 Autres troubles des conduites sexuelles

7.6 Phobies scolaires

• 7.70 Pyromanie F 63.1


• 7.71 Kleptomanie F 63.2
• 7.72 Trichotillomanie F 63.3
7.7 Autres troubles caractérisés des • 7.73 Fugues F 91.2
conduites • 7.74 Violence contre les personnes F 91.1
• 7.75 Conduites à risques
• 7.76 Errance
• 7.78 Autres troubles caractérisés des conduites F 91.8

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37-200-B-10 Classifications en psychiatrie de l’enfant Psychiatrie/Pédopsychiatrie

Tableau III. – (Suite) Classification française des troubles mentaux de l’enfant et de l’adolescent (CFTMEA).

CFTMEA 2000 Correspondance CIM-10


8.0 Affections psychosomatiques F 45.0 - F 45.1 - F 45.9

8.1 Troubles psychofonctionnels F 45.3 - F 45.4 - F 45.8

8.2 Troubles hypocondriaques F 45.2

8.3 Énurésie F 98.0


8. Troubles à expression
8.4 Encoprésie F 98.1
somatique
8.5 Troubles du sommeil F 51

8.6 Retard de croissance psychogène

8.8 Autres troubles à expression somatique

8.9 Troubles à expression somatique non spécifiés

9.0 Angoisses, rituels, peurs

9.1 Moments dépressifs

9.2 Conduites d’opposition

9.3 Conduites d’isolement

9. Variations de la normale 9.4 Difficultés scolaires non classables dans les catégories précédentes

9.5 Retards ou régressions transitoires

9.6 Aspects originaux de la personnalité

9.8 Autres

9.9 Non spécifiés

Au chapitre 1, l’intitulé de la catégorie psychoses précoces porte Il s’agit en effet de permettre au clinicien un repérage clinique plus
désormais la mention conjointe Troubles envahissants du facile et plus congruent, compte tenu de l’évolution des
développement ; cela souligne la similitude des cas recouvrant ces connaissances dans ce champ et de rendre possible le classement
deux dénominations ; mais cela sans modifier la perspective d’un certain nombre de situations qui ne trouvent pas leur place au
multifactorielle offerte, du point de vue étiologique, par la sein de l’axe général.
classification française. Figurent aussi, dans la nouvelle version, le La psychiatrie du bébé et la psychopathologie précoce ont ceci de
syndrome d’Asperger et les troubles désintégratifs de l’enfance. particulier qu’elles imposent de centrer le regard sémiologique
Dans le cadre des schizophrénies, d’importantes précisions simultanément sur le bébé lui-même, mais aussi sur la nature du
concernent ces troubles à l’adolescence. Enfin, une sous-catégorie lien entre le bébé et l’adulte qui dispense les soins et enfin sur
détaillée des troubles thymiques apparaît, dans la mesure où ces l’adulte de référence (soit sur l’environnement relationnel de
derniers obèrent temporairement le rapport au réel et s’associent, l’enfant).
souvent chez l’adolescent, à des manifestations psychotiques. Alors que la clinique du bébé et du lien nécessitent une codification
Le chapitre 3 introduit une sous-catégorie à dominante spécifique en axe I (axe I bébé), les particularités de l’environnement
comportementale : elle est destinée aux nombreux cas où peuvent être codées en se servant de l’axe II de la classification
l’organisation limite s’exprime, surtout chez l’adolescent, par des générale dans la mesure où les notions de stress traumatique, de
troubles des conduites. carence, de maltraitance et de parents en grande souffrance par
Le chapitre 4 se voit doté d’une sous-catégorie : syndrome de stress exemple s’y trouvent déjà prises en compte.
post-traumatique. Certaines situations pourront nécessiter un double codage, voire
Le chapitre 7 répond aux orientations, de plus en plus répandues, plus, pour l’enfant (en axe I bébé), ainsi qu’une cotation (en axe I
qui valorisent les expressions comportementales. Cependant, la général) correspondant à la problématique des adultes qui lui
classification française impose de n’utiliser cette rubrique, en dispensent les soins (« caregivers »).
catégorie principale, que dans les cas où l’étude clinique permet On remarque que la notion de stress apparaît à la fois en axe I bébé
d’écarter une pathologie sous-jacente qui commande le classement (en tant que possible facteur étiologique principal) et en axe II
prioritaire dans l’une des quatre premières catégories de l’axe I : (comme facteur associé).
dans cette éventualité, l’expression comportementale apparaît en Certains chapitres de la psychopathologie du bébé ne font pas
catégorie complémentaire. encore l’objet d’un consensus absolu entre les différents cliniciens et
D’autres innovations concernent les correspondances entre la les propositions énoncées ci-dessous ne constituent donc qu’un
CFTMEA et la CIM-10 : elles figurent désormais dans le glossaire matériau initial qui demande à être progressivement affiné, voire
avec chacune des sous-catégories de l’axe I. Les conceptions remanié, en fonction des avancées qui ne pourront manquer d’avoir
différentes qui spécifient respectivement la CIM-10 et la CFTMEA lieu dans ce domaine au cours des années à venir.
2000 n’ont pas toujours permis de strictes équivalences, néanmoins
des progrès importants ont été réalisés dans les correspondances Deux remarques à propos de l’axe I
proposées. Les troubles de l’attachement n’ont pas été retenus comme rubrique
classificatoire.
¶ Axe I bébé (compléments de l’axe I général) On sait en effet qu’en dépit du profond renouveau théorique qu’a
Un certain nombre de situations psychopathologiques concernant le apporté la théorie de Bowlby, les différents types de schémas
très jeune enfant sont déjà répertoriées et donc classables au sein d’attachement qui ont été décrits (attachement secure, attachement
des différents chapitres de la classification générale, mais les insecure, attachement évitant, attachement désorganisé) apparaissent
développements récents de la psychiatrie du bébé rendent nécessaire davantage comme des catégories expérimentales que comme des
la création d’une section spécifique pour les troubles du très jeune catégories étroitement corrélées avec tel ou tel profil
enfant (0 à 3 ans). psychopathologique.

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Psychiatrie/Pédopsychiatrie Classifications en psychiatrie de l’enfant 37-200-B-10

Autrement dit encore, certains enfants à l’attachement secure nombre d’experts. La compétence de ces spécialistes n’empêche pas
peuvent fort bien présenter des troubles du développement l’influence de facteurs idéologiques, culturels ou des modalités
psychique alors que certains enfants insecure ou évitants en situation d’exercice professionnel qui diffèrent d’un pays à l’autre : on n’a
d’évaluation peuvent fort bien fonctionner de manière cliniquement probablement pas la même perception des troubles psychotiques ou
satisfaisante. autistiques selon que l’on voit les patients ponctuellement dans le
Seul le schéma de type désorganisé semble actuellement témoigner cadre d’un examen d’évaluation, qu’on les suit en psychothérapie
d’un risque potentiel de dysfonctionnement clinique. ou qu’on les voit quotidiennement dans le cadre d’un hôpital de
jour. La validation proprement dite des catégories est, comme le
Les troubles de l’identité de genre n’ont pas non plus été retenus, étant
rappellent Dugas et Zann [8], une démarche complexe qui fait appel
donné la difficulté pour les repérer avant l’âge de 3 ans.
à la fois à une validation interne (cohérence des symptômes –
En dépit des résultats énoncés par certaines études, la majorité des appréciée, notamment, à l’aide de méthodes statistiques – analyse
cliniciens actuels met en effet en doute la possibilité même de parler de cluster – qui étudient la corrélation des symptômes sur de grands
de troubles de l’identité de genre chez l’enfant préœdipien. groupes) et à une validation externe (données épidémiologiques,
À cette époque de la vie, seuls seraient déjà repérables d’éventuels études longitudinales, études génétiques des agrégats familiaux,
facteurs de risque dont la description et la valeur prédictive sont, à études biologiques etc). Les recherches de ce type restent encore peu
l’heure actuelle encore, fortement sujets à caution. nombreuses.
On signale dans l’axe I de la classification générale, au niveau de la
rubrique « troubles de l’identité de genre », que des précurseurs PERSPECTIVE CATÉGORIELLE OU DIMENSIONNELLE
peuvent éventuellement être pris en compte et cotés avant l’âge de
3 ans cf Annexe. Les classifications actuelles privilégient la catégorisation de
syndromes, c’est-à-dire qu’elles considèrent le champ de la
psychopathologie comme formé d’entités cohérentes, exclusives les
unes des autres, selon le modèle médical des entités morbides
Problèmes posés par les classifications (maladies). Or, le point de vue dimensionnel, autre alternative de la
actuelles réflexion nosographique [11, 15] est particulièrement important à
prendre en considération pour l’enfant. La plupart des troubles
décrits impliquent la référence au développement : soit que le
INSTABILITÉ DES SYSTÈMES CLASSIFICATOIRES symptôme ne prenne valeur qu’à la condition de tenir compte du
En 15 ans, trois versions du DSM et une version de la classification développement normal (par exemple les manifestations phobiques),
de l’OMS ont été publiées, avec des différences portant sur la soit que ce que l’on considère comme symptôme corresponde à un
terminologie, ainsi que sur l’extension des catégories (modifications écart, par rapport à une norme développementale. Il en est ainsi, en
des critères). Ainsi dans une étude de Volkmar et al [19] les critères particulier, pour les troubles du développement du langage oral ou
du DSM-III, du DSM-III R et de la CIM-10 ont été appliqués à un écrit, ou pour le trouble hyperkinétique dont les différents
même groupe de patients présentant des troubles envahissants du symptômes (inattention, hyperactivité, impulsivité) sont à évaluer,
développement : le DSM-III-R attribuait le diagnostic d’autisme à en tenant compte de l’âge. L’utilisation, comme critère diagnostique,
25 % de sujets de plus que les deux autres classifications. On d’un écart statistique par rapport à la moyenne, n’est qu’une
comprend que de telles différences rendent difficiles la comparaison convention transformant un paramètre dimensionnel, se situant
de recherches faites à quelques années de distance. donc dans un continuum, en un critère catégoriel créant, plus ou
moins artificiellement, une discontinuité.

PRISE EN COMPTE PARTIELLE DES ASPECTS


SPÉCIFIQUES DE LA PSYCHOPATHOLOGIE DE L’ENFANT PROBLÈME DE LA COMORBIDITÉ
La position de principe du DSM comme de la CIM-10, qui L’axe dimensionnel de la psychopathologie amène aussi à évoquer
recommandent d’utiliser, chaque fois que possible, les mêmes la notion de pluridimensionnalité de certaines pathologies, dont la
catégories et les mêmes critères chez l’enfant et chez l’adulte, va à notion de comorbidité – conçue comme la juxtaposition de
contre-courant des travaux visant à individualiser les aspects les phénomènes pathologiques indépendants – ne rend que
plus spécifiques de la psychopathologie de l’enfant. Elle conduit à partiellement compte. Lorsque l’on constate qu’un retard mental
n’envisager la pathologie de l’enfant qu’à travers la pathologie coexiste dans deux tiers des cas d’autisme infantile, ne doit-on pas
adulte : ainsi, dans les travaux récents, la dépression, les troubles considérer que l’on a affaire à une pathologie pluridimensionnelle
obsessionnels, les troubles anxieux sont abordés chez l’enfant à plutôt que de se contenter de signaler l’association de deux
partir de critères adultes. Cette approche tend à privilégier les syndromes (autisme et retard mental) ?
manifestations cliniques qui, au cours de l’enfance, annoncent une De même, les études épidémiologiques montrent que dans un grand
pathologie au long cours, au détriment d’autres aspects non moins nombre de cas, le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité
importants, qui sont liés au développement. est associé à d’autres symptômes :
Parmi les domaines propres à l’enfance, la pathologie du nourrisson – des troubles des apprentissages (retard de langage, dysphasie) ou
est particulièrement mal étudiée par l’ensemble des classifications du langage écrit, retrouvés dans près 50 % des cas ;
actuelles. De nouvelles classifications ont été proposées pour cet âge
(voir proposition sur l’axe 1 bébé). – des troubles du comportement, notamment le trouble
oppositionnel, ainsi que des troubles des conduites. Dans l’étude de
Les spécificités de la pathologie à l’adolescence étaient également
Biederman et al [5] la coexistence de troubles oppositionnels atteint
insuffisamment envisagées par les classifications disponibles
65 % de cas ;
jusqu’ici. Les modifications introduites dans la version révisée de la
CFTMEA visent à corriger cette insuffisance. – enfin, dans 25 % à 30 % des cas, on signale l’association de
troubles émotionnels : troubles anxieux (anxiété généralisée ou
phobie) ou troubles dépressifs.
VALIDITÉ DES DIAGNOSTICS Ces données posent la question de l’homogénéité du syndrome
Comme le rappellent Pull et al [16], la construction des DSM-III et IV hyperkinétique tel que le délimitent les classifications actuelles. En
a privilégié l’établissement de critères assurant une amélioration de d’autres termes, est-il justifié de considérer le syndrome
la fidélité interjuges. Mais cela ne résout pas la question de la hyperkinétique comme une entité spécifique et cohérente,
validité des critères ni celle des catégories définies par cette susceptible d’être associée à d’autres pathologies supposées
classification. Celle-ci repose avant tout sur le consensus d’un certain indépendantes, comme le suggère la présentation issue du DSM ?

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37-200-B-10 Classifications en psychiatrie de l’enfant Psychiatrie/Pédopsychiatrie

N’est-il pas plus pertinent du point de vue clinique de considérer De nombreuses recherches sont actuellement en cours pour préciser
qu’à côté des cas d’hyperactivité « pure », relativement minoritaires, ou affiner les limites de ces groupes d’enfants dont le devenir ne
il existe d’autres cas dans lesquels une agitation instable vient peut bien sûr être prédit ou figé dans une annonce qui ne viendrait
s’intégrer à un tableau clinique de troubles du comportement ou de que cristalliser le risque évoqué.
troubles anxieux, voire dépressifs ? Un certain nombre de symptômes – dont les regroupements peuvent
être variables d’un enfant à un autre – doivent ici avoir valeur
d’appel.
HÉTÉROGÉNÉITÉ DE LA PATHOLOGIE PSYCHIATRIQUE
À titre d’exemples, on cite :
Le DSM-IV comme la CIM-10 sont des classifications dites
syndromiques, c’est-à dire qu’en les rangeant sous le même terme – l’évitement ou la perte du regard. Les conduites de détournement
« trouble » (disorder), elles tendent à mettre sur le même plan des du regard peuvent avoir la même valeur en privilégiant l’utilisation
manifestations de nature très hétérogène : du regard périphérique au détriment du regard central (angoisse
d’être pénétré par le regard d’autrui) ;
– des organisations pathologiques comme l’autisme ou la – le maintien au-delà de plusieurs semaines d’un regard adhésif en
schizophrénie ; bidimensionalité sans acquisition stable d’un regard pénétrant en
– des déficiences des acquisitions scolaires dans lesquelles il reste tridimensionalité ;
difficile de dissocier la part de retard de développement, de – une insomnie précoce, parfois massive en temps et calme (sans
pathologies, et de facteurs socioculturels ou pédagogiques ; appel vis-à-vis de la présence de l’adulte) ;
– des situations relationnelles comme la rivalité fraternelle (item de – une anorexie primaire grave ;
la CIM-10) ; – des phénomènes cliniques de pseudosurdité. Des cris monotones,
– des conduites déviantes, pour lesquelles intervient une monocordes et sans valeur relationnelle ou significative repérable ;
multiplicité de facteurs relationnels et sociaux. – l’absence d’instauration de l’angoisse de l’étranger autour du 8e
Ces catégories, juxtaposées et critérisées toutes sur le même mode, mois de vie ;
sont implicitement abordées selon un modèle médical dont la – des phobies multiples, variables, insolites et parfois intenses ;
pertinence est à discuter. – un évitement ou un retrait relationnel (en excluant les évitements
Il faut noter, cependant, l’innovation intéressante apportée par le ou les retraits observés en cas de dépression, d’asthénie ou de
DSM-IV qui propose des codes supplémentaires, non critérisés, pour douleur physique) ;
un certain nombre de « situations pouvant faire l’objet d’un examen – des troubles du tonus (en hyper- ou en hypo-) sans cause
clinique » (par exemple, les abus sexuels, les maltraitances, les neuropédiatrique reconnue.
conduites antisociales, les problèmes scolaires, les problèmes
C’est le regroupement et le maintien conjoint dans le temps d’un
relationnels, etc).
certain nombre de ces symptômes qui doivent attirer l’attention du
clinicien.
Conclusion Dépressions du bébé
« Les dépressions du bébé peuvent être liées à des situations de
Les classifications constituent un cadre dont dépendent nos capacités de carence relationnelle quantitative ou qualitative » (M Ainsworth).
perception et de discrimination : le clinicien – particulièrement s’il est
En cas de carence relationnelle qualitative, on inclut ici les situations
débutant – tend à ne retenir de la réalité clinique que ce qu’il peut
de « syndrome du comportement vide » et celles de « dépression
nommer et à négliger ce qu’il ne peut placer sous une étiquette
blanche » décrites par L Kreisler en fonction de la date de survenue
préexistante. En d’autres termes, la nosographie tend à créer les objets
et de la durée de la situation carentielle.
de la clinique.
Le DSM-III et IV énoncent dans leur préambule des mises en garde. Il Parmi les symptômes devant faire évoquer une organisation
est souligné, notamment, que l’usage approprié de cette classification dépressive chez le bébé, on peut citer :
nécessite une formation clinique spécialisée. Cette mise en garde paraît – l’atonie psychique : manque du tonus vital qui imprègne
plus que jamais nécessaire, surtout dans le domaine de la psychiatrie de normalement le fonctionnement psychique du bébé avec absence de
l’enfant dont l’enseignement, variable d’un pays à l’autre – et même curiosité et d’ouverture envers le monde des objets et envers le corps
dans notre pays d’une faculté à l’autre – reste assez limité. Des propre (absence d’instauration ou extinction progressive des
professionnels insuffisamment expérimentés (médecins généralistes, autoérotismes) ;
pédiatres ou autres acteurs « primaires » de santé) risquent de délivrer – le retrait interactif qui correspond à une absence d’engagement
des diagnostics et des traitements, à partir de l’application mécanique dans l’échange relationnel ;
des critères du DSM ou de la CIM. On peut d’ailleurs observer que la
– le ralentissement psychomoteur avec mouvements répétitifs et
CIM-10, comme le DSM depuis sa troisième édition, sont présentés
partiels, s’interrompant avant d’avoir atteint leur but et avec une
sous forme de manuels très complets sans doute promis à devenir des
lenteur prédominant sur les racines tandis que les extrémités
supports majeurs de l’enseignement et de la pratique clinique.
conservent une motricité déliée (à la différence du ralentissement
On peut donc conclure que les classifications sont un outil utile sans
asthénique) ;
doute, mais peut-être à ne pas mettre entre toutes les mains et dont
l’abus pourrait être dangereux pour la santé ! – des troubles psychosomatiques d’appel ou d’épuisement : au
début de l’épisode dépressif, on a le sentiment que les divers
troubles fonctionnels de l’enfant visent à réanimer l’environnement
Annexe : et à solliciter son attention tandis qu’à l’issue d’une certaine période
d’évolution, les défenses recrutées sont débordées et les troubles
Propositions pour l’axe I bébé fonctionnels de l’enfant traduisent alors un débordement et un
effondrement de son équilibre psychosomatique;
Bébés à risque autistique ou psychotique
– l’absence de structuration de l’angoisse de l’étranger.
Il s’agit de bébés dont le repérage précoce est essentiel pour les
activités de prévention dans la mesure où ce sont des enfants dont Bébés à risque d’évolution dysharmonique
le développement semble présenter des zones de vulnérabilité ou À l’heure actuelle, il s’agit ici d’un cadre d’attente dont la pertinence
de fragilité susceptibles de les faire s’engager dans un est encore sujette à caution puisqu’il paraît difficile d’affirmer la
fonctionnement ou une organisation de type autistique ou filiation nosologique entre ces tableaux cliniques et le groupe des
psychotique. pathologies limites ultérieures.

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Psychiatrie/Pédopsychiatrie Classifications en psychiatrie de l’enfant 37-200-B-10

Ces enfants se voient rangés sous la rubrique « MultiSystem de manière globale. Elles peuvent être ou non une réponse à une
Developmental Disorders » (MSDD) dans la classification « 0 to 3». psychopathologie parentale. Dans le premier cas, elles ont une
On y inclut les enfants présentant des atteintes sévères, mais non valeur conflictuelle, dans le second cas un fondement
totales, de la capacité à engager une relation émotionnelle ou sociale, développemental.
des atteintes marquées de la faculté d’établir, de maintenir ou de
développer certaines formes de communication (gestuelle, Retards d’acquisition divers (dans le champ du développement
symbolique et verbale), des dysfonctionnements significatifs dans le psychomoteur, langagier, cognitif...)
traitement des diverses informations sensorielles (auditives, Se reporter à la catégorie 6 de l’axe I général.
visuospatiales, tactiles, proprioceptives ou vestibulaires par
exemple). Troubles des grandes fonctions psychosomatiques (sommeil,
alimentation)
États de stress
Rubrique à prendre en compte quand les troubles fonctionnels
Dans le cadre de l’axe I (bébé), on prend ici en considération les considérés ne s’intègrent pas dans un tableau dépressif caractérisé.
états de stress semblant intervenir en tant que facteur étiologique
principal et non pas seulement en tant que facteur associé (alors Distorsions du lien
codé sur l’axe II).
Suspectés devant des remémorations plus ou moins angoissées, des On ne peut pas décrire, dans l’absolu, une qualité du lien qui serait
cauchemars répétitifs, un comportement de détresse à l’occasion dite « normale ». Seuls comptent en fait les aspects dynamique,
d’un rappel du traumatisme ou des reviviscences imprévisibles, on ouvert et créatif du lien parent-enfant et notamment du lien mère-
prend en compte comme critère d’inclusion une baisse de réactivité enfant dont il importe ainsi de prendre en compte de nombreuses
ou une entrave au rythme du développement sur l’un au moins des possibilités de variations de la normale.
critères suivants : accentuation du retrait social, restriction du champ La pathologie du lien renvoie à un double registre, qualitatif et
des affects, régressions temporaires diverses, diminution ou quantitatif.
réduction des activités ludiques habituelles. Le registre quantitatif des distorsions du lien implique l’idée qu’une
Sont également considérés comme critères d’inclusion, différents modalité particulière du lien devient prévalente, répétitive et
symptômes d’augmentation de la vigilance (terreurs nocturnes, monotone, imprégnant la relation adulte-enfant de telle sorte que
difficultés d’endormissement, réveils nocturnes, troubles de celle-ci se fige en perdant alors tout degré de souplesse et de liberté.
l’attention et de la concentration, hypervigilance et réactions de À titre d’exemples, on retiend pour l’instant les rubriques suivantes :
sursaut), ainsi que l’apparition soudaine ou progressive de
symptômes qui n’existaient pas avant l’événement traumatique – variations de la normale ;
(agressivité, peurs, angoisses...). – contrôle intrusif ;
– relation adhésive ;
Hypermaturité et hyperprécocité pathologiques
Celles-ci peuvent concerner tout ou partie des registres cognitif, – troubles de la régulation (hypersensible, sous-réactive, impulsive,
émotionnel ou social du développement de l’enfant. Elles peuvent autre) ;
se développer en secteurs (problèmes des surdons) ou, au contraire, – relation chaotique (désorganisée, inclassable).

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