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Science politique

Origine objet et méthode de la science politique

Section 1 : Les origines de la science politique


On peut distinguer en premier lieu le savoir politique et la science politique. Si l'on souhaite
recenser les auteurs qui ont apporté une contribution à l'analyse politique il faut citer Aristote,
Monresquieu... L'ensemble de ces auteurs ont apporté une connaissance spécifique des pratiques
politiques. « Mais si l'on prend comme critère de repérage l'émergence d'institutions de discussion
et de transmission d'une science politique et des travaux de science politique qui tendent à se
conformer aux critères modernes de la science alors il faut attendre la fin du 19ème pour voir
apparaître une série d'évolutions décisives dans les pays occidentaux et le milieu du 20ème pour
assister à une véritable professionnalisation de la discipline » Favre. La science politique est
certainement une des dernières sciences sociales à accéder à l'autonomie scientifique. On peut
évoquer pour expliquer cela la sensibilité de son domaine d'investigation. Cette autonomie ne doit
pas être considérée comme un acquis mais comme un enjeu, comme un objectif susceptible d'être
remis en cause. Cette remise en cause peut être faite de façon directe et de façon indirecte ce qui
montre la difficulté à donner des critère relatifs d'autonomie, d'indépendance. Elle peut être remise
en cause par le développement des activités de conseil en communication politique qui ont été très
tôt investies par des chercheurs spécialisés dans la réalisation des sondages. On voit surgir des
carrières hybrides à la fois savantes et militantes. La discipline réserve souvent à cette activité de
conseil en communication le terme de politologue en opposition au politiste plus soucieux de
scientificité. Il s'agit ici de politistes qui se transforment en politologues. La remise en cause de
cette autonomie faite de façon indirecte notamment par les usages politiques non contrôlés,
notamment par les usages politiques qui peuvent être faits des travaux de science politique.
L'internationaliste Hans Morgenthau a fondé la théorie réaliste, il dit que les relations
internationales se trouvent dans un état d'anarchie donc les états se livrent à des politiques de
puissance qui reposent sur la volonté de maximiser leur intérêt national. Le système international
ne peut se stabiliser qu'avec un équilibre des puissances. C'est une des théories utilisées par le
gouvernement américain pour justifier l'intervention au Viet-Nam or l'auteur a toujours critiqué
l'utilisation floue de la notion d'intérêt américain faite par Johnson. Pour Morgenthau le Viet-Nam
ne constituait pas un enjeu majeur. Les thèmes de recherche de la science politique et les enjeux
qu'ils soulèvent accroissent les difficultés de parvenir à une relative autonomie scientifique comme
l'illustre le lien historique qui l'unit au champ politique et au champ administratif.

Paragraphe 1 : L'émergence des sciences sociales


L'enjeu de la création des sciences sociale c'est l'émergence d'une « troisième culture »
entre la culture scientifique et la culture littéraire. Cette émergence passe par trois phases
essentielles.

A. Les premières théories sociales


L'enjeu de ces premières théories sociales était de se forger un espace de réflexion entre
la théologie et la théorie juridique. Les théoriciens sociaux considéraient que les réflexions sur
l'église et l'État occultaient la diversité et la complexité des rapports sociaux. Ces auteurs abordent
des questions qui sont fondamentalement politiques. Ces auteurs n'utilisent pas encore le terme
de société qui se stabilisera à la période suivante. Ils ont pour autre objectif de procéder à une
unification des savoirs mais également à se réhabiliter en reléguant les considérations purement
formelles ou esthétiques. L'un des points extrêmement important est que ces réflexions et ces
travaux prennent forme dans la majorité des cas sur la base de voyages hors du royaume français.
L'un des exemple les plus célèbre est celui de Voltaire qui va découvrir les travaux de l'école
empirique anglo-saxone. Il va rentrer en France convaincu de la nécessité de procéder à une
unification des savoirs et au développement de l'étude empirique, de l'apprentissage qui doit être
confié non pas à des écrivains mais à ce qu'il appelle des philosophes. L'apport de Voltaire est
décisif précisément parce qu'il essaie de créer une forme de position intermédiaire entre la
recherche de l'esprit et de l'érudition. Les premières théories sociales vont également s'appuyer
sur la philosophie morale dont les plus illustres représentants sont Pascal, Montaigne... qui dans
leurs ouvrages prenaient pour objet les styles de vie ou les arts de vivre. Ce terme de philosophie
morale est à prendre dans le sens d'étude de mœurs qui reposaient sur un certain nombre de
questions sur les agissements des individus. Les théoriciens sociaux reprennent cet héritage en
tentant de répondre à deux questions essentielles. Comment une société a-t-elle pu se développer
alors que les individus suivent leurs propres intérêts individuels ? Ni sujets d'un souverain, ni
pêcheur en quête de salut, les hommes sont mus par des comportements raisonnables par un
amour propre éclairé. Deux auteurs vont approfondir ces acquis, Montesquieu et Rousseau. Les
deux ouvrages fondamentaux de Montesquieu sont les Lettres Persanes et L'esprit des lois. Cet
ouvrage est intéressant par son objet, le sujet de cet ouvrage est immense, puisqu'il embrasse
toutes les institutions qui sont reçues parmi les hommes. Cet ouvrage repose sur une étude
empirique fondée sur la comparaison. Il est intéressant par son enjeu qui est de dévoiler l'esprit
des lois. Montesquieu réalise une synthèse entre les théories juridiques et les premières théories
sociales. Rousseau dans le Contrat social dit que les hommes se sont engagés pour vivre plus
libres et plus heureux dans la réalisation d'un pacte social par lequel ils s'engagent non pas à obéir
à un souverain mais à se conformer à la volonté générale. L'une des avancées majeures opérées
par Rousseau est l'idée que « la société diffère des individus qui la compose comme une
combinaison chimique diffère de ses éléments pris isolément », il faut selon lui étudier la société
par les hommes et les hommes par la société. Les théories sociales visent à dépasser les
approches juridique et théologique sans véritablement constituer une science empirique.
L'approche empirique relève encore de la simple distraction. Dans d'autres pays les avancées en
matière de sciences empiriques sont beaucoup plus rapides et certains philosophes se donnent
pour but de tenter d'appliquer la méthode du raisonnement expérimental à des questions morales.

B. La mathématisation des sciences sociales


Elle est alimentée par la révolution française qui charrie un véritable engouement pour
l'activé scientifique. Un certain nombre d'auteurs comme Condorcet souhaitent procéder à la
mathématisation des sciences sociales, terme qui tend à se stabiliser dés le débuts des années
1790. L'auteur qui ira le plus loin en cette voie c'est Conte. Les travaux de Conte ont un influence
considérable. Il apparaît au début de ses recherche admiratif des travaux de Montesquieu mais s'il
souligne la qualité descriptive des recherches de Montesquieu il lui reproche de ne pas avoir
suffisamment insister sur la notion de loi à tel point que selon Conte on ne peut découvrir aucun
ordre véritable dans la masse des faits accumulés par Montesquieu. On peut dire que dans ses
différents travaux il va accorder une position centrale à la théorie au risque d'un oubli de la
recherche empirique. Pour Conte la science sociale doit se donner pour objectif de découvrir des
lois susceptibles de transformer la société. Selon Conte l'esprit humain est parvenu à fonder la
physique céleste, la physique terrestre, il lui reste à découvrir les lois de la physique sociale. De
ces réflexions nait la théorie des trois états, théologique , métaphysique et positif. La science
sociale se voit dotée d'un objectif de régénération morale de la société. « il s'agit d'élever la
politique au rang des sciences de l'observation. »

C. La fondation des sciences sociales


Durkheim procède dans ses premiers travaux à une critique de la sociologie de Conte qui
est au final plus une philosophie assez indifférente aux faits de détail et à la recherche spécialisée.
L'une des contributions majeure de Durkheim à la sociologie est son rôle de chef d'école et de la
croyance de la commutativité du savoir en sciences sociales. La sociologie ne peut progresser que
par un effort collectif, c'est dans ce but qu'il créé une revue L'année sociologique. Le rôle de
Durkheim dans l'émergence des sciences sociales est au moins triple. Durkeim est le fondateur de
la méthode de recherche en sciences sociales. Il a contribué à définir l'objet des sciences sociales.
Il a lui-même réalisé des recherches fondatrices qui lui ont permis de mettre à l'épreuve les
méthodes, notamment celle des variations concomitantes dans Le suicide. Pour Durkheim un fait
social peut être définit comme toute manière de faire, fixée ou non susceptible d'exercer sur
l'individu une contrainte extérieure tout en ayant une existence propre indépendante de ses
manifestations individuelles. Pour lui la sociologie c'est la science des institutions. On reconnaît
une institution à son degré de généralité et à sa force contraignante. Durkheim vise à conférer à la
sociologie une véritable rigueur scientifique, il s'agit pour lui d'essayer d'établir une méthode
empirique sans sombrer dans le positivisme de Conte. La sociologie n'a pas à prendre parti entre
les grandes hypothèses qui divisent les métaphysicien, tout ce qu'elle demande qu'on lui accorde
c'est que le principe de causalité s'applique aux phénomènes sociaux. Selon Durkheim la première
règle de la méthode sociologique c'est de considérer les faits sociaux comme des choses. La
seule manière de dépasser les préjugés, les prénotions c'est de considérer les phénomènes
sociaux détachés des sujets conscients qui se les représentent. Il faut en quelque sorte les étudier
du dehors comme un observateur extérieur.
Weber est contemporain de Durkheim mais n'avait pas pour ambition de fonder une école
et il a développé une approche très prudente des sciences sociales. L'ambition de la sociologie
pour Weber c'est de comprendre, plus que d'expliquer les conduites humaines sans nier
l'importance des représentations politiques. La sociologie c'est pour lui une science qui se propose
de comprendre les activités humaines par l'interprétation et par là d'expliquer son déroulement et
ses effets. « Dans le cas des structures sociales nous sommes en mesure d'apporter par delà la
constatation de règles quelque chose de plus qui reste éternellement inaccessible à toute science
de la nature. Il s'agit de la compréhension du comportement des individus, mais cet acquis
supplémentaire est cependant payé chèrement car il est obtenu au prix du caractère
essentiellement hypothétique et fragmentaire des résultats auxquels on parvient par
l'interprétation » Weber. Il veut restituer le sens de la conduite des acteurs. En posant cet objectif il
considère que cette conduite n'est pas immédiatement intelligible. Ce qui le distingue de Durkheim
c'est la volonté de redonner leur signification aux pratiques des acteurs. Weber rappelle qu'il
n'existe pas un mais plusieurs types de capitalisme. Ce qui caractérise en propre le capitalisme
occidental c'est le lien intime qui unit le désir de profits d'une part et la discipline rationnelle mise
en œuvre pour l'obtenir d'autre part. Selon Weber c'est une certaine interprétation du
protestantisme qui a créé en Europe occidentale les dispositions favorisant l'émergence d'un
régime capitaliste. Au début de cet ouvrage Weber utilise les enquêtes statistiques et la méthode
des variations concomitantes. Pour résoudre le problème central du fait que l'objet de la sociologie
se sont les hommes en société le sociologue selon Durkheim n'a pas d'autre choix que de faire
une analyse comparative fondée sur la méthodes des variations concomitantes. « nous n'avons
qu'un moyen de démontrer qu'un phénomène est cause d'un autre c'est de comparer les cas où ils
sont simultanément présents ou absents et de chercher si les variations qu'ils présentent dans ces
différentes combinaisons témoignent que l'un dépend de l'autre. C'est la méthode qu'il utilise dans
le suicide en s'interrogeant sur les relations entre le taux de suicide et l'appartenance religieuse.
Weber reprend dans un premier temps cette approche et ses statistiques révèlent que les
protestants de certaines églises concentrent en moyenne un pourcentage important de la richesse
des nations. Mais à la différence de Durkheim il ne considère pas les statistiques comme un
instrument d'explication décisif. Ce qui l'intéresse se sont les relations entre différentes valeurs,
entre différentes représentations du monde, celles qui lient l'éthique protestante et l'esprit
capitaliste. Ce que tente de démontrer Weber c'est que c'est l'éthique protestante qui est à l'origine
de cette prédisposition au capitalisme car elle enjoint au croyant d'adopter un comportement
d'ascétique, c'est-à-dire de travailler rationnellement en vue du profit sans pour autant dépenser ce
profit. Cette attitude est un des élément nécessaires au développement du capitalisme industriel
car elle est synonyme de réinvestissement permanent du profit non consommé. Le sociologue
précise que l'on ne peut déduire l'émergence du capitalisme uniquement des croyances
religieuses mais il remarque cependant la pertinence de cette affinité élective entre l'éthique
protestante et l'esprit du capitalisme. Il a une approche prudente de la recherche des causes en
sciences sociales et plus précisément l'analyse des régularité de certains des phénomènes
sociaux doit être en permanence contrôlée par l'analyse du contexte historique. On retrouve cette
prudence dans l'un des système d'interprétation qu'il a développé, les types-idéaux. Se sont des
outils qui permettent de rendre l'histoire intelligible en la classant. L'une des typologie les plus
célèbre est celle des types de légitimité. Il distingue trois types-idéaux de légitimité sur lesquels se
fondent les entreprises de domination politique. Se sont la légitimité traditionnelle qui se justifie par
référence au passé et à la coutume, elle est fondée sur la croyance dans le caractère sacré des
traditions. La légitimité charismatique, qui se justifie par la vertu quasi-magique que possède un
chef ou plus exactement qui lui est prêtée par ceux qui le suivent. La légitimité de nature
rationnelle légale qui se justifie par la loi et les règlements. Ces différents types existent rarement à
l'état pur et il écrit que la majorité écrasante des formations de domination représentent une
combinaison ou un état de transition entre plusieurs de ces types.

Paragraphe 2 : Les conditions d'apparition de la science politique


La science politique va bénéficier de l'apport des différentes sciences sociales mais son
institutionnalisation est également profondément liée à deux processus historiques fondamentaux
qui structurent l'histoire des sociétés occidentales, d'une part le processus de démocratisation
politique et d'autre part le processus de bureaucratisation administrative. La naissance de la
science politique est liée au développement des régimes démocratiques et singulièrement à
l'apparition de nouveaux droits qui autorisent une réflexion critique et distanciée sur l'activité
politique. Dans l'analyse des démocraties, on s'expose à la censure. Dans le même sens
l'apparition des partis politiques à la suite de la mise en place du suffrage universel contribue à
alimenter une demande d'analyse politique via des groupes de réflexion qui contribuent à
développer une réflexion sur l'activité politique. L'évolution la plus déterminante sera celle liée à la
bureaucratisation administrative. Les effets du développement des administrations moderne sur la
science politique ont été variables selon les pays. L'exemple le plus ancien c'est celui de la Prusse
en raison du rôle joué dés le 18ème par les caméralistes, qui visent à former les nouveaux corps
de fonctionnaires, cette science camérale contribue à faire émerger un savoir spécialisé sur
l'administration mais aussi sur les arts de gouverner. Autre exemple celui des États-Unis où on
assiste au développement d'une science de l'administration qui a pu apparaître comme une
tentative de résoudre le problème de corruption des autorités administratives locales. C'est-à-dire
l'absence de différenciation entre le champs administratif et le champ politique. Dans l'une des
premières revues de science politique américaine un chercheur écrit en 1889 un article dans
lequel il estime qu'il faut « une science de l'administration pour assurer la démarche cohérente du
gouvernement, rationaliser son action et purifier son organisation ». En France c'est dans le
contexte du début des années 1870 qu'est créé l'ancêtre de l'institut d'étude politique de Paris,
l'école libre des sciences politiques. Cette école se donne pour but la réhabilitation des élites
françaises mais elle est aussi une institution scientifique qui va développer un certain nombre de
revues qui publient un certain nombre d'articles de précurseurs de la science politique et
notamment ceux de Ostrogorski. Le point commun de ces évolutions c'est qu'elles contribuent à
développer des recherches politiques et administratives et elles révèlent également qu'il ne s'agit
plus seulement de débattre des finalités de l'action politique, il faut mettre en œuvre des moyens
efficaces d'action sociale et politique. C'est un des enseignants de l'école libre des sciences
politiques Siegfried qui est considéré comme un des fondateurs de la science politique française.
Siegfried est l'un des premiers chercheurs a introduire un certain nombre de méthodes
empruntées aux règles de la méthode sociologique parmi lesquelles celle des variations
concomitantes. Il est les premier à proposer une tentative d'explication des comportements
électoraux. Ce tableau politique de la France de l'Ouest est un travail d'exploitation de statistiques
qui porte sur 8 années de recherches et accompagné par une enquête ethnographique qui n'a pas
d'équivalent en France à cette époque, elle va rester ignorée pendant environ 30 ans. Le
renforcement de l'autonomie de la science politique survient à la fin de la Seconde Guerre
mondiale avec le développement d'une école française de sociologie électorale. Cette autonomie
apparaît de façon symbolique au début des années 1970 avec la création d'une agrégation
spécifique de science politique.

Section 2 : L'objet et les méthodes


Un certain nombre de politistes estiment qu'il n'y a pas d'objet. On trouve la science
politique comme science du pouvoir ou comme science de l'État. La première approche est
extensive, très vaste. Elle débouche sur un objet quasiment sans frontières. Inversement voir la
science politique comme science de l'État est une approche restrictive et quelque peut
ethnocentrique. On peut prendre la définition de Voutat qui dit que « le politique peut être pensé
comme un univers institué dans lequel se déploient des pratiques reconnues et désignées comme
politiques et un aspect de la vie sociale qui excède les frontières de cet univers. » La première
partie de la définition renvoie à une approche institutionnelle du politique. Dans cette approche
l'enjeu est de comprendre l'apparition de rôles spécialisés de gouvernement. C'est l'approche
retenue par Jacques Lagroye. Selon lui on peut parler d'activité politique quand des membres de
la société parviennent à contraindre tous les autres à régler leurs différents selon des procédures
imposées. Il conclut, c'est dans cette prétention à obtenir de tous obéissance que nous
reconnaissons par définition l'apparition de rôles politiques dans l'organisation des sociétés.
Progressivement ces rôles politiques vont se différencier, se spécialiser et se professionnaliser.
Apparaît au terme de cette définition un des enjeux majeurs de la science politique, avec
l'apparition de l'État et du champ politique (espace de concurrence dont l'enjeu est précisément la
conquête des pouvoirs d'État) émergent des activités politiques stricto-sensus liées à l'exercice du
pouvoir d'État. Mais il existe également des mécanismes de politisation beaucoup plus diffus et par
conséquent plus difficiles d'accès. Ils concernent des activités qui sont orientées politiquement et
qui ont très souvent pour objet d'influencer les pouvoirs d'État. L'un des enjeux est de comprendre
les mécanismes de politisation qui sont à l'œuvre, c'est-à-dire les mécanismes de requalification
d'enjeux qui ne sont pas à priori considérés comme politiques. Il existe également tout un
ensemble de rapports au politique que l'on qualifie de rapports ordinaires, populaires au politique,
qui sont souvent très éloignés des enjeux institutionnels mais qui constituent pourtant des
problèmes politiques de premier ordre. On ne comprend rien au phénomène d'abstentionnisme
électoral si on ne réfléchi pas pourquoi un certain nombre d'individus ne s'inscrivent pas sur les
listes électorales.
En matière de technique de recherche les politistes recourent à l'ensemble des instruments
disponibles en matière de sciences humaines et sociales. Les enquêtes sur archives, les enquêtes
statistiques, les enquêtes ethnographiques. Du point de vue de la méthode la science politique
implique une approche multidisciplinaire parce que son objet renvoie à des enjeux susceptibles de
relever de sciences diverses. L'un des enjeux de la science politique est par cette approche
multidisciplinaire de fédérer des savoirs qui sont souvent considérés comme antagonistes.
L'opposition entre philosophie et sociologie peut être aisément dépassée si l'on s'attache comme
l'a fait Skinner à proposer, à développer une histoire sociale des idées politiques. Du point de vue
de la méthode on se donnera trois consignes. La première sera de mettre en relations les
représentations et les pratiques sociales, politiques et voir comment les idées peuvent influer sur
les pratiques par exemple en matière d'action publique. Deuxièmement on s'efforcera d'adopter
une approche comparative pour éviter le risque d'ethnocentrisme. Troisièmement on accordera
une importance particulière au contexte historique. L'une des idées majeures développées est que
les sciences sociales ne peuvent se départir d'un ancrage commun au cour historique du monde
(Passeron). La production de concepts et de théories en sciences sociales est par nature
imparfaite, elle doit se réfèrer toujours à un contexte historique spécifique. La généralisation des
sciences sociales doit toujours être rapportée à des contextes historiques spécifiques.

Section 3 : Un terrain d'analyse fertile : L'antiquité gréco-romaine


Les exemples d'Athènes et de Rome fournissent des éléments d'information intéressants
sur les modalités d'organisation de l'activité politique. L'ère de la démocratie athénienne illustre
pas excellence la volonté de maintenir un rapport populaire au politique, la volonté de lutter contre
toute forme de professionnalisation de l'activité politique et administrative. La période romaine est
intéressante en ce qu'elle voit l'émergence d'une ébauche de dépatrimonialisation du pouvoir mais
également elle voit l'émergence de formes très institutionnalisées d'organisations administratives.

Paragraphe 1 : Aux fondements du processus de démocratisation :


l'isegoria athénienne
La Grèce est considérée comme le berceau de la démocratie, qui est l'art de parvenir à la
décision grâce la discussion publique puis d'obéir à ces décisions comme conditions nécessaires à
une existence sociale civilisée. Les deux caractéristiques majeures de la démocratie athénienne
c'est que c'est d'une part une démocratie directe et d'autre part c'est un régime politique qui tente
de conjurer le risque de professionnalisation de l'activité politique.
Par démocratie directe il faut entendre une démocratie de face à face marquée par l'oralité,
une démocratie qui n'est pas médiatisée. Se sont les athéniens réunis en assemblée qui décident
de la guerre et de paix, des traités, des finances... Par ailleurs le principe d'isegoria, le droit de
tous à s'exprimer devant l'assemblée visait à garantir la participation de l'ensemble des citoyens.
En théorie tout citoyen avait une égale possibilité de prendre la parole à l'assemblée mais
également de soumettre un projet de décret. Ce droit est limité en pratique par deux éléments.
Premièrement les effets sociaux de censure devant la prise de parole publique mais également en
raison de l'édiction d'une mesure (graphe paranomon) qui permet de revenir et d'invalider une
proposition d'un citoyen votée par l'assemblée. Cette mesure peut être intentée à n'importe quel
citoyen et peut aboutir à des sanctions sévères. La sévérité de cette peine tient à la représentation
athénienne du rôle du peuple, peuple « qui ne peut jamais avoir tort et prendra indubitablement la
bonne décision si le problème lui est correctement posé, sinon c'est qu'il a été abusé par des
orateurs fourbes et corrompus. Deuxièmement la volonté de lutter contre la professionnalisation du
politique qui apparaît dans le tirage au sort et le principe de rotation des charges publique. Il faut
se souvenir que la plupart des charges de magistrats à Athènes et notamment celle qui concerne
la Boulê sont attribuées par tirage au sort. Dans un ouvrage fondamental, intitulé Principe du
gouvernement .. Mamin rappelle que l'un des fondements de l'utilisation du tirage au sort repose
sur l'idée que toute fonction politique ou administrative pouvait être exercée par des non-
spécialistes. Ce privilège accordé au tirage au sort est lié à la crainte de ce qu'on pourrait appeler
les effets sélectifs de l'élection, élections qui introduisent un critère de choix. On retrouve cette
idée du caractère oligarchique de l'élection sur un certain nombre d'auteurs. Il y a des exceptions,
les généraux sont élus par les citoyens et dont l'action est sous le contrôle permanent de
l'assemblée. Le principe de rotation des charges s'applique en vertu du principe que « l'une des
formes de liberté est de commander et d'obéir tour à tour. » Ces pratiques politiques prennent
forme dans des territoires relativement modestes dans lesquelles les citoyens sont en contact
direct avec l'action publique mais dans lesquels l'accès à la citoyenneté est interdit aux femmes,
aux esclaves et aux étrangers.

Paragraphe 2 : L'esquisse d'une légitimité rationnelle-légale : le legs


juridique romain
Le processus de démocratisation est remis en cause sous la période romaine, y compris
sous la période républicaine, la réalité du pouvoir est concentrée dans les mains de magistrats
qui sont placés sous le contrôle du sénat et dont les membres sont tous représentants
d'une noblesse foncière que l'on qualifie de nobilitas. En outre les fonctions publiques font l'objet
d'une lutte acharnée du fait notamment de leur nombre extrêmement restreint. Ces charges de
magistrats contribuent à accroitre le prestige social des familles les plus puissantes. Les
oligarques romains écrit Veyne n'étaient ni des hommes de devoir ni de grands serviteurs de la
république, leur point d'honneur était de parvenir aux magistratures les plus élevées. Autrement dit
derrière l'idée d'une constitution mixte, équilibrée apparaît une république censitaire. Seuls les
magistrats disposaient de l'initiative législative à l'assemblée. La période romaine est plus
intéressante pour le politiste parce qu'elle esquisse un type de légitimité qui va au delà de la
légitimité charismatique et dans laquelle on retrouve des éléments propres à la légitimité
rationnelle-légale. On doit cette évolution au fait que la république romaine se donne pour objectif
d'imposer des institutions universelles s'appuyant sur la force du droit. Ce droit romain va se
développer de façon extrêmement progressive et ne sera codifié que relativement tardivement
sous l'influence de l'empereur Justinien. La période est également intéressante en raison de
l'organisation administrative mise en place sous la période impériale. On assiste à cette époque à
la mise en place d'une organisation territoriale extrêmement rigoureuse, la mise en application du
principe de hiérarchie administrative mais également de l'émergence d'une doctrine de l'État
comme personne juridique et abstraite. Apparaît une forme de dépatrimonialisation du pouvoir.
Selon Veyne on assiste en pratique à une séparation de l'appareil d'état et de la personne des
princes. La seule exception réside dans le fait que certains empereurs romains se sont transmis
« un énorme patrimoine personnel mais dont ils ont fait un usage politique ». En cela on peut les
considérer comme des évergètes d'État, se sont des notables qui font des dons à la collectivité.
Pour le reste s'étaient des magistrats. On trouve là selon lui une différence capitale avec les
royaumes de la Grèce ancienne, l'empereur à la différence des rois grecs qui pouvaient léguer leur
terre à qui ils voulaient n'avait pas de droit de désigner par testament son successeur. Il y a donc
des éléments qui tendent à préfigurer le processus de dépatrimonialisation du pouvoir. La question
qui n'est pas posée à cette époque est celle du territoire.

Les origines médiévales des États modernes


Relativement peu d'auteurs se sont intéressés à cette période. Il faut citer deux
précurseurs, Tocqueville mais aussi Marx pour qui la période médiévale revêtait un enjeu
spécifique dans l'histoire des États modernes. Cette intuition on la retrouve dans la critique du
pouvoir de Gotha dans lequel Marx insiste sur la grande diversité historique des formes d'États qui
interdit selon lui toute vision purement conceptuelle de L'état. En d'autres termes, l'État est une
construction historique qui varie selon les frontières. Surtout Marx se montre extrêmement attentif
aux conséquences de la féodalité. Dans les pays qui n'ont pas connu de période féodale l'État
n'apparait pas comme une fin en soit. Aux États-Unis la société bourgeoise n'a pas eu à surgir du
féodalisme. Donc l'État a été d'emblée soumis à la société civile. À l'inverse le processus de
différenciation de l'État que l'on voit par exemple apparaître en Prusse est directement lié à son
passé féodal. La période féodale apparaît décisive dans la mise en forme des États modernes en
occident. La société féodale a une confusion des fonctions, en une seule et même personne, le
seigneur qui gère son domaine comme sa maison. Il est chef de de guerre, juge et arbitre de ses
vassaux, mais également protecteur du clergé. La société féodale repose sur un contrat,
l'hommage vassalique, un lien de dépendance d'individu à individu qui entraine des obligations
mutuelles. La société féodale est une société d'ordres qui assigne à chaque groupe une fonction
spécifique. On voit apparaître à la période médiévale le processus d'accumulation des fonctions,
des ressources qui constituent le socle des États modernes. Les principales ressources sont les
ressources territoriales, financières, militaires et juridiques. Elles sont profondément
interdépendantes. Ce processus d'accumulation de ressources ne doit pas occulter certaines
évolutions de la pensée politique au Moyen-âge qui contribuent sous des formes diverses à
l'autonomisation progressive du champ politique notamment par rapport au pouvoir religieux mais
également au pouvoir impérial.

Section 1 : L'enjeu territorial


C'est la question essentielle qui se pose à cette époque, le territoire c'est l'un des critères
des États or la dynamique du système féodal doit être conçue comme une forme de concurrence
brutale entre seigneurs que le clergé tente de canaliser. Cette lutte territoriale doit beaucoup au
passage de la féodalité de bénéfice à la féodalité de fief. À partir du 7ème siècle les carolingiens
vont obliger ceux qui exerçaient l'autorité en leur nom à devenir leurs vassaux. L'essentiel de ce
contrat vassalique repose sur le service militaire, l'ost. De son côté le seigneur concède à son
vassal un bénéfice viager, souvent un domaine territorial. Ce principe qui devait consolider la
légitimité des rois carolingiens va en réalité contribuer à fragmenter la société féodale parce que
les vassaux vont progressivement considérer ce bénéfice comme un élément de leur patrimoine,
progressivement le vassal va exiger un fief en échange de sa loyauté. Les historiens considèrent
que ce qui était à l'origine une conséquence de la vassalité devient une fin en soit. D'ailleurs en
877 l'ordonnance de Quiezy sur Oise reconnaît le caractère héréditaire de la transmission des
fiefs. La conséquence de cette évolution c'est que l'on assiste à l'émergence de petites unités de
domination qui détiennent des pouvoirs étendus. Loyseau estime qu'à cette époque, début du
11ème siècle le pouvoir se trouve en propriété, il devient un patrimoine privé. Fragmentation à
laquelle s'ajoute l'instabilité de chaque unité de domination dont les frontières fluctuent au gré des
guerres mais aussi des mariages et des transmissions. Comment dans ce contexte apparait le
processus de monopolisation du territoire.

Paragraphe 1 : Le processus de monopolisation du territoire


Elias a tenté de restituer ce processus dans un ouvrage, La dynamique de l'occident. Ce
que cherche à comprendre Elias c'est le processus de centralisation du pouvoir. Cette évolution
repose selon lui sur la loi du monopole qui s'impose aux forces en présence. La dynamique
concurrentielle d'acquisition des territoires est subie par les forces en présence. Ne pas
entreprendre de conquérir un territoire c'est risquer de perdre son propre domaine. Cette évolution
se déroule du 12ème au 16ème siècle par le jeu des combats éliminatoires. Ces combats
éliminatoires se développent par l'éradication des petites seigneuries puis celle des dernières
maisons princières. Au point d'aboutissement de cette lutte « les luttes sociales n'ont plus pour
objectif le monopole de la domination mais l'accès à l'appareil administratif du monopole ».
autrement dit, au terme de ce processus n'est plus remise en cause la légitimité de l'État et de son
appareil administratif.

Paragraphe 2 : La phase de concurrence libre


À cette période les groupes féodaux ont l'allure d'États indépendants fermés à toute
influence extérieure. Bien évidemment le roi est en théorie placé au sommet de la hiérarchie
féodale parce que son autorité revêt un caractère sacré mais du point de vue territorial le roi doit
être considéré comme un seigneur parmi d'autres qui tente d'assurer l'indépendance de son
propre domaine. On aurait tort aujourd'hui de prêter au premier capétien l'ambition de construire
un état, ils sont à cette époque des rassembleurs de terres. Leur ambition est limitée par un
ensemble de puissances concurrentes au pouvoir extrêmement étendu. À cette époque deux rois
vont jouer un rôle décisif. La premier est Louis 6 qui va parvenir dans un premier temps à assurer
sa légitimité dans son propre domaine et constituer le noyau virtuel de cristallisation du royaume
de France. Le second est Philippe Auguste qui parvient à développer territorialement son domaine
et à éliminer quelques uns des adversaires les plus importants. À sa mort le domaine des
capétiens est quatre fois plus étendu qu'à son avènement. Pour Elias on ne saurait encore parler
d'un royaume cohérent mais plutôt d'un domaine dont les différents partis sont moins liés par des
dépendances réciproques que par la personne du propriétaire central. Cependant au terme de
cette première phase il ne reste que quatre maison susceptibles de déstabiliser le royaume, or à
cette époque va apparaître un processus de refragmentation liée à la pratique des apanages.

Paragraphe 3 : La période des apanages


Un mouvement de fragmentation d'ordre familial contrarie l'expansion territoriale. Les
principaux protagonistes de cet éclatement se sont les proches parents du seigneur central. Ce
terme d'apanage vient du latin et ce sont des portions du domaine royal qui sont données en fief
aux fils cadets des rois afin que l'absence d'héritage ne constitue pas pour eux un motif de révolte.
Cette pratique a été variable, ce que l'on sait c'est qu'à partir du début du 14ème on dénombre pas
moins de 9 comtés apanagés. Cette évolution va aboutir à la constitution de potenta locaux, de
seigneurs féodaux qui sont tous issus de la maison des capétiens. Si bien qu'au terme du règne
de Charles 7 il reste à côté de la maison de Paris 8 maisons capables de « jeter leurs forces dans
la lutte pour la domination. À l'exception de la maison de Bretagne tous les membres des autres
maisons sont des descendants ou parents d'apanagés ». Cette période est qualifiée par certains
historiens de nouvelle féodalité durant laquelle « les rois agissent en père de famille soucieux de
doter leurs enfants en souverains investis de la mission de restaurer le trône ». Il faut attendre le
règne de Louis 14 pour voir cette pratique totalement écartée par les monarques. C'est d'ailleurs
de la remise en cause de ce mode de dévolution du pouvoir que vont apparaître d'autres modes
de reproduction de nature « bureaucratique ». C'est un point que met en évidence Bourdieu dans
De la maison du roi à la raison d'État, il y critique le poids des structures de la parenté et la
menace que les guerres de palais font peser sur les dynasties qui favorise le développement de
formes d'autorités indépendantes de la parenté.

Paragraphe 4 : La victoire du monopole royal


La lutte territoriale change de niveau puisqu'elle oppose des unités de domination es tailles
plus importantes qui est incarnés par l'opposition entre François 1er et Charles Quint. Pour Elias la
création du royaume de France doit être considérée comme l'aboutissement de ces combats
éliminatoires et non comme une vision prophétique programmée à laquelle les souverains se
seraient conformés. Cette lutte s'accompagne de la concentration de deux types de ressources,
les ressources militaires et les ressources financières.

Section 2 : Les ressources militaires et financières


Ces ressources sont profondément interdépendantes.

Paragraphe 1 : Le monopole de la violence physique légitime


Weber fait de ce monopole le critère distinctif majeur de l'État, « nous entendons par État
une entreprise de caractère institutionnel lorsque et tant que sa direction administrative revendique
avec succès le monopole de la contrainte physique légitime. L'un des moyens de révéler ce
processus c'est d'étudier l'émergence d'une institution spécialement chargée d'assurer ce
monopole de la violence physique légitime. Ce processus s'opère en deux temps.

A. De l'effritement de l'hommage vassalique à la naissance des


compagnies
Cette première période correspond à peu près à la phase de concurrence libre. C'est très
largement la fragmentation du pouvoir qui contrarie la levée en masse d'une armée placée au
service du roi. De surcroit au sein même des seigneuries les service de l'ost est de moins en
moins respecté par les vassaux. Pour tenter de constituer cette armée permanente le souverain
dispose de trois leviers. D'abord celui de la sollicitation des villes qui constituent un nouveau vivier
de recrutement. Très rapidement les villes vont adopter une logique de défense propre aux fiefs
traditionnels et tendent à assumer en priorité la défense de leur propre territoire. Ensuite il y a
l'élargissement de l'obligation de service en utilisant la notion d'arrière-ban qui permet de
convoquer l'ensemble des sujets et non plus seulement les chevaliers. Ce second levier est
intéressant du point de vue numérique, son principal défaut est que les forces pêchaient par
manque d'expérience et de formation. Le troisième levier est celui de la rémunération ou la
possibilité de soudoyer les forces militaires afin de constituer des forces militaires au services des
souverains. Le problème de cet instrument est qu'il conduit à une forme de commercialisation de la
guerre puisque progressivement l'ensemble des seigneurs arrivent entourés de groupes de
mercenaires qu'ils rémunèrent eux-mêmes moyennant une somme versée par le roi. Les effets de
cette évolution sont extrêmement ambivalents puis qu'apparaissent à cette époque de nombreuse
compagnies informelles qui vivent uniquement de la guerre, ces mercenaires qui n'ont ni règles ni
codes sont près à tout instant à rompre l'éthique de la guerre mobilière. L'un des enjeux majeurs
est donc de parvenir à concilier la rémunération des soldat avec le contrôle de cette activité.

B. De la réorganisation des compagnies à l'émergence d'une armée


permanente
C'est très largement parce que la contrainte verrière est de plus en plus pesante que
l'impératif d'organisation apparaît de plus en plus important. Un ensemble de réformes voient le
jour durant le 14ème qui visent à encadrer le rôle de compagnies. L'un des premiers enjeux est de
tenter de sédentariser ces compagnies mais aussi de les casser dés la fin des conflits. La réforme
décisive survient sous le règne de Charles 7 qui tente de monopoliser l'activité militaire qui doit
être avant tout le fait du roi plutôt que celui des grands seigneurs. On peut dire de ce point de vue
que l'ordonnance de 1445 est le point de départ de l'institutionnalisation d'une armée permanente.
Cette ordonnance sédentarise les compagnies et institue une rémunération pour l'ensemble des
troupes militaires. Cette armée est mise à contribution très rapidement et n'est pas dissoute
pendant les trêves si bien qu'à la fin du 15ème siècle on estime que le souverain dispose d'une
armée permanente d'environ 20 000 hommes. Le monopole de la violence légitime est au terme
de cette évolution aux mains du souverain. On peut dire que la mise en place d'une armée
permanente survient essentiellement à deux conditions. La première c'est l'existence de structures
stables, régulières qui dépendent de la volonté des souverains de solder ces armées en temps de
guerre comme en temps de paix. Mais l'armée permanente est aussi un fait, une mentalité, elle
n'est pleinement introduite selon lui que lorsqu'une partie suffisamment importante de la jeune
population envisage une véritable carrière militaire avec le déracinement et la perte de liberté
potentielle qu'elle induit. Ce processus est lié au fait que la population considère cette institution
comme allant de soit. Pour entretenir cette armée il faut disposer de ressources conséquentes.

1. Le processus d'accumulation des ressources financières et la


naissance d'un impôt permanent
La légitimité de l'impôt est faible, ces prélèvements sont vécus comme de véritables
spoliations. Les rois s'exposent à de véritables soulèvements. L'impôt permanent va naitre de la
permanence de la guerre et notamment des effets de la guerre de 100 ans. Au 14ème se
multiplient des aides sur les faits de guerre. Cette évolution n'est pas permanente. Le premier
événement c'est la capture du roi Jean le Bon qui est fait prisonnier par les Anglais à Poitier et
pour la première fois dans l'histoire de France on fixe des contributions qui visent à payer la
rançon et cette rançon est fixée sur 6 années consécutives. Cette rançon est fixée sans le
consentement des assemblées. Cela reste prévu par le droit féodal. Dans la seconde moitié du
14ème siècle c'est la remise en cause ce cette institutionnalisation avec la démultiplication de
mouvements insurrectionnels notamment sous le règne de Charles 5 et Charles 6, mouvements
qui sont portés par le villes qui se révoltent contre la multiplication des impôts. Selon un des
spécialistes français de l'histoite fiscal ces événement s'expliquent dans une large mesure par « le
sursaut de l'opinion publique devant une institution l'impôt qu'elle sent devenir permanente et
qu'elle croit pouvoir rejeter. Le point de bascule décisif c'est le règne de Charles 7 puisqu'à partir
de 1439 il va prendre pour habitude de voter annuellement le principe d'un prélèvement, la taille
visant à couvrir les faits de guerre. Les résistances sont encore forte mais ce sont très largement
les victoires militaires de Charles 7 qui tendent à faire accepter la légitimité de cet impôt. À la fin du
15ème siècle le droit royal d'imposer sans requérir le consentement des États a triomphé.
L'explication par les victoire militaires est un peu courte, si les impôts se sont imposés c'est parce
que ce prélèvement est accompagné d'une redistribution au moins partielle dont bénéficient les
élites dirigeantes. Les impôts sont certes une contrainte mais se sont également des opportunités
nouvelles pour des acteurs qui vont investir les réseaux de l'État naissant. Du point de vue du
pouvoir central l'État n'est plus obligé de payer les services qu'on lui rend en distribuant une partie
de ses domaines territoriaux. Cette institution fiscale reste cependant précaire et très largement
patrimoniale. Elle fait l'objet de remises en cause souvent violentes parfois bien après la période
médiévale, c'est également une institution patrimoniale dans le sens où la distinction entre public
et privé n'est pas affirmé et qui repose sur la redistribution des recettes collectées selon le bon
pouvoir du souverain. Le commentaire de l'ambassadeur de Venise sur l'ampleur de cette
institution : « beaucoup de royaumes sont plus fertiles et plus riches que la France mais aucun
royaume n'est aussi uni. Cette obéissance du peuple a été nourrie par Charles 7 mais le roi
régnant (François 1er) peut se vanter d'avoir dépasser de loin tous ses prédécesseurs. Il se fait
verser pas ses sujets autant d'aides extraordinaires qu'il le veut, il réunit aux terres de la couronne
sans en rendre la moindre parcelle. »

Section 3 : le rôle du droit, le monopole de l'édiction des normes


Cet usage du droit dans la construction de l'État apparaît comme une trajectoire spécifique.
Ce processus prend forme sous la période médiévale sous l'influence de professionnels du droit
auxquels le souverain faut appel au sein de ses conseils puis au niveau territorial. Le rôle des
juristes est très important. Le problème majeur est la diversité des sources de droit.

Paragraphe 1 : Un travail pragmatique d'ajustement des sources


juridiques
Il prend appui sur le droit féodal, le droit romain et le droit canonique. Les juristes royaux
adoptent une position résolument pragmatique, ils adaptent en permanence les moyens juridiques
que leur offrent ces différents systèmes. Le droit qui est certainement le moins intéressant de ce
point de vue est un droit féodal qui est coutumier et porte essentiellement sur des questions
d'ordre privé liées à la gestion des fiefs. En revanche le droit romain et le droit canonique leur
fournissent de ressources de portée considérable. Le droit romain compilé dans le code du
Justinien est un droit extrêmement technique qui va servir la centralisation du régime
monarchique. Parmi les emprunts au droit romain on retrouve le principe de continuité de l'État ou
encore la notion d'utilité commune que l'on retrouve sous la forme de commun-profit. Le droit
canonique est une source d'inspiration considérable, ce qui à priori peut paraître paradoxal
puisque c'est un droit forgé par et pour l'église, inspiré du décret de Gratien et qui est inspiré par
l'idéal grégorien c'est-à-dire une méfiance prononcée à l'égard de tout droit laïque. L'héritage du
droit canonique apparaît essentiellement au niveau institutionnel puisque l'église développe des
modalités de gouvernement fondées sur des principes d'organisation qu'on retrouve aujourd'hui
dans les administrations modernes (principes de décentralisation, de déconcentration, de
subsidiarité, de hiérarchie...). Les légistes sont formés par les universités et participent à
l'autonomisation progressive du pouvoir royal vis à vis de l'autorité pontificale. Sous le règne de
Philippe le Bel les légistes médiévaux rappellent que le roi ne tient son royaume de personne sauf
de dieu ce qui exclut selon ces légistes toute forme de dépendance vis à vis du pape. Ce
renforcement du pouvoir royal s'opère au niveau du conseil du roi mais également au niveau
territorial (parlements...).

Paragraphe 2 : La lente gestation du pouvoir d'édiction royal


L'enjeu est l'édiction d'un ensemble de normes applicables à l'ensemble du territoire mais
aussi de sanctionner le manquement à ces règles. La lenteur du développement de ce pouvoir
tient à la résistence des coutumes que les légistes royaux tentent de simplifier et des limiter. En
pratique le roi use du ban royal par lequel il édicte des établissements qui impliquent durée et
stabilité de la règle de droit. Il doit en théorie obtenir l'assentiment de ces vassaux pour exercer ce
droit de ban mais dés le début du 13ème l'autorité royale n'a plus besoin de l'assentiment du
grand conseil pour faire respecter ses ordonnances.
Il fait insister sur le fait que la France apparaît comme un cas idéal-typique, mais que les
rythmes historiques d'étatisation sont extrêmement variables. L'Angleterre par exemple se dote
bien plus rapidement que la France d'institutions fiscales et judiciaires. Cette « avance » est liée à
un contexte historique dans le cadre duquel les combats éliminatoires sont moins prononcés et se
déroulent sur un territoire moins vaste. Dés 1100 il était clair qu'aucun conte ou baron n'avait
concentré entre ses mains assez de terres pour créer un gouvernement provincial autonome.
s'institue très rapidement au Royaume-Uni une administration légère illustrée par un système de
justice itinérante. Il ne faut pas négliger les questions politiques et plus exactement la contribution
spécifique de la pensée politique médiévale à la différenciation de l'ordre politique.

Section 4 : La progressive différenciation de l'ordre politique


Les dispositifs politiques mis en place ont eu une influence importante qui a souvent été
minimisée. La question du consentement populaire apparaît de façon extrêmement précoce dans
un certain nombre de pays, c'est le cas de l'Angleterre puisque la grande charte de 1215 reconnaît
le principe du consentement du parlement à l'impôt. Mais les expériences institutionnelles les plus
poussées apparaissent dans les républiques italiennes indépendantes du Moyen-âge qui pour
certaines retrouvent certaines des aspirations de la démocratie athénienne. L'institution du
Podesta par exemple illustre parfaitement cette créativité institutionnelle, c'est une personnalité
élue investie d'une autorité extrêmement étendue sur la cité et qui est conseillé par deux grands
conseils. L'originalité de cette fonction réside dans le fait que le Podesta est investi pour une durée
extrêmement courte (qui n'excède pas 6 mois) et qu'il est choisi en dehors de la cité qu'il
administre. On retrouve deux des principes qui fondaient la démocratie athénienne, le principe de
rotation des charges et celui des vertus pacificatrices de l'extériorité. On assiste également à la
diffusion de l'idée d'une nécessaire différenciation de l'ordre politique, de la reconnaissance d'un
espace politique relativement autonome. Cette évolution on la doit pour partie des ressortissants
des cités italiennes indépendantes parmi lesquels, Marsile de Padoue selon lequel le roi fonde sa
légitimité sur le consentement populaire ce qui suppose la mise en place d'une monarchie élective.
Deux de ses contemporains prolongent cette réflexion, le premier est Guillaume d'Occam qui
développe l'idée que la société est issue d'une volonté humaine, elle n'existe pas en d'autres
termes comme une donnée naturelle. De cette idée découle le constat que les gouvernements
varient selon les contextes historiques tout comme les pactes sur lesquels ils reposent. L'écossais
Duns Scott va plus loin en affirmant que les individus se rassemblent afin de se doter d'un pouvoir
à même d'assurer leur liberté. On assiste bien a des embryons de réflexion sur le contrat social qui
autonomise le champ politique par rapport au religieux. On résume souvent l'influence de ces
penseurs par la notion de via moderna qui préfigure l'autonomie du politique par rapport au
religieux mais également la reconnaissance du rôle de l'individu et de la raison. Ce qui apparaît en
germes par conséquent c'est d'une part c'est l'état de citoyenneté mais également L'état de contrat
de délégation, c'est-à-dire un ordre qui ne se confond plus avec la communauté des individus et
qui se réalise hors de celle-ci à travers leurs représentants.
Se sont bien les sociétés féodales au passé le plus ancien qui vont donner naissance aux
processus d'étatisation les plus poussés. Il reste que cette étatisation est inachevée et que c'est au
cours de la période moderne que se renforce la souveraineté des États.

Leçon 3 : Les ambivalences de l'État dynastique


Études des processus qui participent au renforcement du rôle des États et ceux qui en
freine le développement, la tension entre la légitimité traditionnelle et la légitimité rationnelle-
légale.

Section 1 : Les processus de consolidation de l'institution étatique


Trois processus contribuent à renforcer l'institution étatique sous la période moderne. Au
niveau politique d'abord on assiste à l'affirmation de la souveraineté des États selon une logique
particulière. Le second processus est de nature administrative, il renvoie à la consolidation des
institutions avec la consolidation d'instruments de nature bureaucratique. Enfin un processus de
nature sociale qui s'explique par le fait que le souverain recherche à équilibrer des tensions
sociales entre deux groupes concurrents que sont la noblesse déclinante et une bourgeoisie
corporatiste montante et qui est détentrice d'offices royaux.

Paragraphe 1 : La souveraineté comme enjeu politique


La souveraineté est considérée comme un des signes distinctifs des États. Elle fait exister
l'État comme une entité à laquelle tous les actes de puissance doivent être rapportés. Elle d'établie
sous la période moderne sous l'influence de jurisconsultes qui vont établir des actes de
souveraineté. Ils participent à un enjeu majeur de l'époque qui renvoie à l'impératif de
neutralisation des conflits religieux pour tenter d'imposer ce que l'on commence à dénommer la
raison d'État.

A. La souveraineté étatique, entre droit de guerre et pouvoir de


commandement législatif
La guerre est omniprésente sous la période moderne. L'historien français Corvisier a établi
qu'au 17ème les États européens connaissent la guerre deux années sur trois. L'historien
britannique Parker a montré que dans les premières années du 18ème les activités militaires de
l'État français accapare 75% de son budget. Les conflits changent d'échelle, au début des années
1680la France pouvait mobiliser une armée d'environ 240 000 hommes. Évidemment la levée en
masse de soldats entraine des effets immédiats sur le nombre morts. La guerre de 30 ans aurait
fait près de 2 000 000 de morts. Pour certains historiens comme Tilly la structure de l'État apparaît
essentiellement comme un produit secondaire des efforts des gouvernants pour acquérir les
moyens de la guerre. Les jurisconsultes vont formaliser un droit de guerre qui devient un vrai
attribut de la souveraineté étatique. Le traité de Charles Loyseau de 1609 fait de la guerre un des
actes de guerre l'un des actes de la souveraineté parmi faire loi, créer officier, arbitrer la paix et la
guerre, avoir le dernier ressort de la justice et forger monnaie. Les souverains vont en matière
militaire privilégier la lettre de commission à l'attribution d'offices. La lettre de commission est
révocable à tout moment, l'office en revanche va faire progressivement l'objet d'une
patrimonialisation. Ce que le souverain tente d'éviter par la lettre de commission c'est
l'appropriation privée de la force militaire qui est susceptible de renvoyer aux temps médiévaux.
Les jurisconsultes de cette époque vont jouer un rôle important dans l'affirmation du pouvoir
législatif des souverains. Parmi eux figure Bodin et les 6 livres de la république publiés en 1576.
l'essence de la souveraineté selon Bodin réside dans « la puissance de donner et de casser la loi
à tous en général et à certains en particulier. Mais cette puissance ce donner et de casser la loi
résulte de la volonté propre du souverain et non du consentement des sujets qui sont tenus à
l'obéissance. La souveraineté ce que l'on commence à appeler l'État résulte dans ce pouvoir
d'édiction des normes. On passe véritablement de la figure du roi juge à celle du roi législateur.
Les 6 livres de la république ont été publiés 4 ans après le massacre de la St Barthélémy, dans le
contexte conflictuel des guerres de religion.

B. Le neutralisation des conflits religieux et l'émergence de la raison


d'État
Les guerres de religions peuvent être considérée comme de véritables guerres civiles,
l'enjeu est de parvenir à pacifier le royaume, cette pacification passe par une distinction entre la
légitimité potentielle de la guerre extérieure et l'illégitimité des guerres civiles dans lesquelles on
inclut les guerre de nature religieuse. Au 16ème on assiste à des paix de religion qui ont une
caractéristique fondamentale de reposer une un engagement contractuel sanctionné par le
souverain. Auparavant les tentatives de dépassement des conflits religieux reposaient sur
l'organisation de colloques théologiques censés régler les conflits entre les différentes confessions
religieuses. À partir des paix de religion l'État impose des sanctions sévère au non respect de ces
paix de religion. Certains auteurs estiment qu'on peut y avoir l'une des causes majeures de
l'apparition des États modernes. Ces enjeux ne sont pas seulement théoriques. Ces paix de
religions s'imposent également sur le terrain sous l'action de professionnels du droit qui sont
chargés de faire respecter les engagements sanctionnés par le souverain. C'est notamment à la
suite de la paix d'Amboise en 1553* qu'apparaissent les premiers commissaires royaux qui sont
investis d'une mission de longue durée dans un ressort territorial précis. La question de la
souveraineté se pose également au niveau supra-national. On voit apparaître à cette époque la
construction d'un ordre international inter-étatique. Parallèlement à la construction de l'État comme
souverain dans ses propres frontières émerge le droit des gens qui porte sur les relations entre
États. L'un des auteurs qui exerce une influence décisive l'avocat Grotuis qui publie en 1625 Droit
de la guerre et de la paix qui revient sur la force obligatoire de ce droit des gens par la commune
volonté des peuples. La publication de cet ouvrage précède d'environ 20 ans la signature en 1648
des traités de Westphalie qui mettent fin à la guerre de 30 ans. Ces traités ont une double
dimension, on peut les considérer comme une paix de religion internationale. Les délégués de
Westphalie avaient écarté la question de la ** pour s'accorder sur un ensemble de propositions
relevant du vivre ensemble civil. Ces traités rejettent toute forme d'ingérence pontificale ou
impériale dans les affaires des États, ils reconnaissent l'égale souveraineté des États au niveau
international. Cette souveraineté est externe et interne. Selon le premier principe aucun État ne
reconnaît d'autorité au-dessus de lui et tout État reconnaît les autres États comme son égal. Le
principe de souveraineté interne selon lequel l'État dispose de l'autorité exclusive sur son territoire
et aucun État ne doit s'immiscer dans les affaires internes d'un autre État.

Paragraphe 2 : L'évolution administrative


L'appareil administratif de l'État français va se développer en deux temps, d'abord par un
développement des structures et fonctions administratives au 16ème et va aboutir dans un second
temps à une véritable monarchie administrative.
A. Le développement des structures et des fonctions administratives au
16ème
Du point de vue des structures les deux évolutions les plus importantes sont la création des
secrétaires d'État et d'autre part la mise en place dans les grandes régions du royaume des
gouverneurs, ou lieutenant généraux du roi. Comme le roi ces gouverneurs doivent disposer d'un
conseil composé notamment de gens de robe dont la présence devient indispensable pour traiter
les questions complexes de justice et de finances. En matière financière précisément est créé le
trésor de l'épargne qui va centraliser les finances du royaume puis en 1562 le surintendant des
finances qui va devenir un des postes les plus stratégiques au siècle suivant. on assiste également
au niveau des fonctions à l'apparition des offices royaux. Les charges publiques sont assurées soit
par des officier, titulaires d'un office soit par des commissaires porteurs d'une lettre de commission.
Les office vont de développer dans le champ judiciaire. Ces charges d'office sont fondées sur une
double ambivalence. La première est que il s'agit de titres publics qui sont fondés sur le principe
de vénalité mais également d'hérédité. Ces charges participent à l'institutionnalisation de l'État
mais donnent une autonomie considérable à leurs titulaires. Alors qu'elles sont fondées sur une
origine patrimoniales elles présentent des caractéristiques propres aux fonctions administratives
moderne car pour obtenir un office il ne suffit pas de disposer de ressources économiques
conséquentes, l'attribution d'un office repose en effet sur une forme d'examen qui évalue les
compétences des candidats dans différents domaines. Le pouvoir royal a tenté de se prémunir
contre le risque d'une trop grande autonomisation des offices en enquêtant sur la vie et les mœurs
du candidat, de s'assurer qu'il ait une naissance suffisante et l'enquête doit permettre d'écarter les
confessions réformées des charges publiques. On assiste à l'avènement d'un pouvoir nouveau qui
se développe autour des parlements.

B. La monarchie administrative, 17ème et 18ème siècles


Sur le plan des structures on assiste à une évolution progressive des secrétaires d'État
dont recrutement repose sur une logique intermédiaire entre la commission et l'office. En effet si la
charge de secrétaire d'État n'est pas vénale elle est cependant quasi-héréditaire le roi recourant à
l'époque à es lettres de survivance afn de permettre au fils d'un secrétaire d'État de succéder à
son père, c'est la raison pour laquelle se développent des dynasties de secrétaires d'État qui
suscite la colère de la haute noblesse qui dénonce un véritable despotisme ministériel. Chaque
innovation administrative fait surgir des conflits sociaux nouveau. La mise en place des intendant
suscitent les foudres des parlementaires, les officier s'inquiétant des charges dévolues aux
intendants au niveau territorial. Le 18ème voit l'invention de fonctions d'ingénieurs recrutés par des
écoles spécialisées et chargés de fonctions techniques. Les fonctions administratives évoluent
profondément avec l'apparition de ce qu'un juriste dénomme l'État de polices. Ce terme police
englobe des fonctions diverses, selon Delamarre « en quelque état que l'homme se trouve la
police veille continuellement à sa conservation et à lui procurer tous les biens qui lui sont utiles. La
police ainsi définie recouvre des fonctions extrêmement diverses qui vont au delà de la police pour
elle-même (maintien de l'ordre) ». On n'est proches de la mise en place de politiques publiques.
On assiste à la mise en œuvre de ce terme de police avec le développement d'une série de
politiques qui renvoient aux enjeux de Delamare. L'État de police apparaît également au niveau
social avec la création de l'hôpital général. Se développe également une police culturelle avec la
création de toute une série d'institutions (comédie française, l'opéra) qui traduisent la
transformation d'un mécénat royal auparavant privé en véritable mécénat public. Ce
développement des structures administratives résulte pour partie de la recherche par la royauté
d'un équilibre entre différents groupes sociaux concurrents.

Paragraphe 3 : La dynamique sociale : l'État dynastique entre noblesse


d'épée et bourgeoisie de robe
On peut reprendre l'hypothèse selon laquelle la consolidation administrative de l'État
français s'inscrit dans une savante exploitation de l'équilibre entre la bourgeoisie montante et la
noblesse, groupes qui ne font que très rarement cause commune contre l'autorité royale. Cet
équilibre des tensions passe par l'attribution de charges publiques. À cette époque le
développement de la commercialisation tend a donner un puissant avantage à la bourgeoisie
montante face à la haute noblesse déclinante. Cette bourgeoisie montante n'est pas une libre
bourgeoisie commerçante, c'est une bourgeoisie corporative. « le bourgeois traditionnel c'est un
mélange spécifique de rentiers et de fonctionnaires, c'est plus précisément un homme qui a acheté
avec son argent une charge gouvernementale ou qui l'a hérité de son père. Grâce à cette charge
gouvernementale il bénéficie d'un certain nombre de privilèges. Sous l'ancien régime cette
institution sociale qu'est le privilège est considérée comme légitime. Parallèlement on assiste à un
déclin tendanciel de la noblesse, en raison de la force des derniers combats éliminatoires et d'une
dépréciation de la monnaie. La noblesse qui ne vit que de ses terres ne peut augmenter ses
revenus et s'appauvrit. Selon Elias la bourgeoisie corporative dispose d'une puissance telle que le
souverain se placerait à sa merci si la noblesse et le clergé ne venaient à faire contrepoids à
l'influence de la bourgeoisie. La thèse d'Elias est que la création de la société de cour apparaît
comme une ultime tentative de rééquilibrage des tensions sociales au profit de la noblesse ou
plutôt de la haute noblesse.

II. l'institutionnalisation ambiguë


Certains auteurs refusent le terme d'État dynastique pour plusieurs raisons. La première
c'est que la notion de souveraineté demeure imprécise, la souveraineté n'est pas encadrée par le
droit et fait craindre des dérives absolutistes. Il y a deux principes de dévolution du pouvoir
(démocratique et dynastique) qui voués à contenir les intérêts de groupes antagonistes et qui au
final conduisent à l'effondrement du régime monarchique.

Paragraphe 1 : De la souveraineté à l'absolutisme monarchique


L'un des témoignages les plus symbolique de cette ambiguïté est l'interpellation par le
premier président du parlement de Paris, Harlay du souverain en 1003 « nous avons deux sortes
de lois, les unes sont les lois et ordonnances des rois, les autres sont les ordonnances du
royaume. Les secondes ne peuvent être violées sans révoquer en doute votre puissance et votre
souveraineté. » On est loin de la conception moderne de l'État de droit. Se sont les incursions du
roi hors des lois du royaume, la personnalisation du pouvoir et la théorisation de l'absolutisme
monarchique par Bossuet notamment qui vont faire surgir de profonds mécontentements qui se
manifestent sous des formes diverses. Celle des monarchomaques et celle des malcontents. Les
monarchomaques sont littéralement ceux qui combattent le monarque, ce sont essentiellement
des théoriciens protestants qui ne combattent pas la monarchie en tant que telle mais l'exercice
solitaire du pouvoir. L'un des plus connus est François Autran qui développe ses critiques dans un
ouvrage dans lequel il défend la nécessité de se dresser contre une nouvelle « tyrannie romaine »
assimilée à la puissance absolue et l'arbitraire du souverain. Les décisions royales selon lui sont
prises dans un contexte extrêmement personnalisé et varient selon le bon plaisir du roi et
l'influence de sa cours. Ces protestations sont aussi liées à l'exclusion progressive de cette
confession des offices royaux. L'enjeu est de parvenir à la réhabilitation des États généraux. Les
révoltes des malcontents, de la noblesse se multiplient aux 16ème et 17ème, parmi les mobiles ou
retrouve la défense du lignage, de l'honneur mais on voit également apparaître des revendication
plus politiques parmi lesquelles la volonté de combattre le bien public ou pour le salut du royaume.
Leur argument majeur est que l'absolutisme dénature profondément les traditions coutumières du
royaume mais on décèle des formes d'embryons de revendications plus modernes telles que le
droit des gouvernés à d'exprimés, à donner leur accord sur la manière dont ils sont régit et à
disposer de garanties contre l'arbitraire. Ces deux mouvements ne sont pas indépendants, pour la
raison qu'une partie de la noblesse se converti au 16ème au calvinisme. Ces deux mouvements
convergent vers la volonté du rassemblement des États généraux. Les malcontent, plaident
également pour un renforcement du rôle du conseil du roi dans lequel les grandes lignées de la
noblesse seraient équitablement représentées.
Paragraphe 2 : De la montée en puissance de la bourgeoisie de robe à
l'avènement de la société de cour
La multiplication des office est un moyen pour le souverain de se procurer de l'argent. La
contrepartie est qu'elle contribue à la formation d'un groupe social aux intérêts commun, la
bourgeoisie de robe. C'est donc un nouveau modèle d'excellence social qui tend à se créer. Le
juriste le Caron dès la fin du 16ème estime qu'il existe deux espèces de noblesse légitimes, celle
des armes d'une part et celle des lois d'autre part. La montée en puissance de cette bourgeoisie
de robe est indéniable, aux États généraux de 1614, 121 députés du tiers État sur 187
appartiennent à la bourgeoisie des offices royaux. Ce pouvoir social apparaît clairement dans
l'opposition à la création de l'institution des intendants qui apparaît comme une tentative de reprise
en main de leur pouvoir en matière de justice et de finances. La fronde parlementaire de 1649 a
précisément débuté par une soulèvement des cour souveraines avec la volonté de défendre ses
intérêts menacés. La montée en puissance de ces revendications aboutie à la création de la
société de cour, qui apparaît aux yeux d'Elias comme la seule configuration sociale susceptible de
garantir l'équilibre des tensions. La noblesse n'aurait jamais pu préserver le prestige et l'influence
sociale dont elle jouissait si elle n'avait pu bénéficier de la garantie d'un nouveau monopole qui lui
garantissait un niveau de vie conforme à son rang tout en la préservant de toute activité
bourgeoise. Ce monopole c'est précisément celui des charges diplomatiques et militaires qui sont
réservées progressivement à la haute noblesse à la cour royale. La période durant laquelle cet
équilibre est parfaitement maintenu est celle de Louis 14. le nouveau soulèvement parlementaire
qui éclate sous le règne de Louis 15 à l'occasion de ce soulèvement parlementaire le chancelier
nommé par le roi s'adresse de la manière suivante aux cours souveraines « le roi pèse vos
observations dans sa sagesse, s'il commande, vous lui devez la plus parfaite soumission, si vos
droits s'étendaient plus loin vous ne seriez plus ses officier mais ses maitres. » Face à la montée
en puissance de ces remontrances parlementaires Louis 16 évoque à la veille de la Révolution en
1788 la constitution d'une véritable démocratie de magistrats. Le parlement de Paris demande la
convocation des États généraux, il bénéficie de l'appuie du parti de Syèyès mais cet appui est
essentiellement tactique car il souhaite moins la convocation des États généraux que la création
d'une assemblée nationales et l'abolissions des privilèges royaux. La remise en cause des
privilèges vise la bourgeoisie corporative de robe. La révolution de 1789 sonne le glas de la
bourgeoisie de robe tout autant que la noblesse. Se sont des offices comme les charges de cour
qui sont au centre des revendications. Il y a l'avènement de la question nationale que doit
symboliser la création de l'assemblée souveraine. L'idée de nation on la retrouve dès la fin du
17ème mais elle entretient à cette époque des prétentions diverses à la représenter. Cette idée de
nation prend un sens tout à fait différent à la Révolution, ce n'est plus la personne du roi mais la
collectivité des citoyens qui devient le symbole de l'unité sociale mais aussi le siège de la
souveraineté. C'est la conception de Syéyès qui l'emporte sur celle de Rousseau. À l'inverse de
Rousseua qui dit que chaque individu devient une parcelle de la souveraineté Syéyès que la
nation est une entité distincte des individus qui la compose et qu'elle est donc en quelque sorte
supérieure, elle ne réside pas dans la personne de chaque citoyen mais dans l'être collectif qui
résulte de leur nombre. La puissance de l'État dans ce cas n'est que le prolongement de la
puissance ce la nation que l'on considère comme l'instituant originel. Le 19ème apparaît avant tout
comme l'affirmation de ces entités politiques que sont les États-nations

Leçon 4 : De l'État libéral à l'État providence


Certains auteurs considèrent que la passage de l'État libéral à l'État providence est marqué
par la reconnaissance de différents types de droits. L'ère de l'État libéral est marquée par la
consécration des droits civils, elle est illustrée par les proclamations de droits. L'ère de l'État
providence correspond à la reconnaissance progressive d'un ensemble de droits sociaux. Ces
droits sociaux sont directement liés à l'avènement de la société salariale. Entre ces deux périodes
sont reconnus de façon extrêmement progressive les droits politiques dans le cadre de réformes
électorales qui conduisent à l'avènement du suffrage universel.
Section 1 : l'État libéral
Les gouvernements représentatifs selon Manin sont fondés sur quatre caractéristiques
principales. La premier, les gouvernements sont désignés par élection à intervalles réguliers.
Seconde, les gouvernements conservent dans leurs décisions une certaine indépendance des avis
de leurs électeurs. Troisième, les gouvernés peuvent exprimer leur opinion sans que celle-ci ne
soit soumise au contrôle systématique des gouvernants. Quatrième, les décisions publiques sont
soumises à l'épreuve de la délibération. Les aspirations démocratiques qui ressurgissent avec le
parlementarisme libéral se démarquent profondément des expériences menées sous l'antiquité
grecque. Les gouvernements représentatifs qui se mettent en place en GB, EU et France reposent
en effet sur le principe de distinction, sur l'établissement de cens électoraux restreignant non
seulement l'accès au vote mais également l'accès aux mandats électoraux. Le parlementarisme
libéral c'est l'époque des démocraties censitaires. On peut appliquer les 4 principes. Le premier
c'est l'élection des gouvernants, les candidats s'appuient essentiellement sur des réseaux locaux
d'inter-connaissance, par conséquent dans le cadre de collèges électoraux restreints les relations
entre l'élu et l'électeur sont de nature individuelle. Le parlementarisme de ce point de vue c'est le
règne des notables, de personnes qui de par leur situation économique sont en mesure de diriger
un groupement sans rétribution et qui jouissent d'une estime sociale. Les élections ne servent qu'à
consacrer les leaders naturels du lieu. On retrouve le principe du cens électoral sous la révolution
française mais il demeure à un niveau relativement modeste et le corps électoral est constitué au
lendemain de la révolution de 4 millions de citoyens actifs. La première moitié du 19ème est
marqué en France par le renforcement de la logique censitaire. Sous la monarchie de juillet le
corps électoral pour les élections législatives s'élève à 250000 électeurs seulement. La majorité
des députés sont élus avec seulement 400 voix. La seule exception se sont les élections
municipales puisque les élections municipales permettent en abaissant le cens de rassembler près
de 2 000000 de personnes sous la monarchie de juillet et permettent au citoyen un certain
apprentissage. D'une façon générale les notables comptent et utilisent leurs ressources
personnelles pour développer des relations de nature clientellaire, essentiellement fondée sur la
distribution de biens privatifs destinées à créer de loyautés à leur propre personne. Le point le plus
important est que cet effet sélectif de l'élection est pleinement assumé, considéré comme légitime.
Le but de l'élection écrit Guizot est d'envoyer au centre de l'État les hommes les plus capables du
pays. C'est une manière de constituer la légitime aristocratie qu'accepte librement les peuple sur
qui doit s'exercer son pouvoir. Le second, les rapports entre le représenté et le représentant,
l'indépendance des gouvernants est extrêmement prononcée, dans ce système de membre du
parlement n'est pas considéré comme un porte parole des électeur mais comme un homme de
confiance. D'une façon générale le membre du parlement vote en fonction de ses convictions
personnelles et non en fonctions d'engagement souscrits en dehors du parlement. Cette liberté
parlementaire est extrêmement prononcée en Angleterre, on la retrouve en France, au nom de
l'idée qu'aucun échelon intermédiaire ne doit se constituer entre le citoyen et son représentant.
Deux lois importantes, loi s de 1810 qui soumet la création d'une association de plus de 20
personnes à une autorisation préalable et celle de 1834 qui alourdi les sanctions des citoyens
dans des associations non autorisées. C'est la dynamique électorale qui va progressivement
favoriser la création des partis politiques. Le troisième criète concernant l'opinion publique, on
constate un fort décalage entre l'opinion parlementaire et l'opinion publique en raisons de la
réduction de l'espace de la discussion publique à enceinte parlementaire et de la censure qui pèse
sur les activités de presse. En Angleterre cette évolution apparaît criante dans le développement
considérable des pétitions mais aussi des manifestations dont celle des suffragettes. En France on
voit se développer des sociétés d'aide à la presse dont l'objectif est de soutenir juridiquement et
financièrement les journaux frappés par la censure et les amendes. Le quatrième est l'épreuve de
la délibération, la discussion se déroule dans l'enceinte parlementaire et le député prend décision
en fonction de ce débat et non en fonction d'une ligne partisane.

Paragraphe 1 : Les fondements de l'État libéral


Walzer considère que l'État libéral est avant tout un art de la séparation.
A. Un art de la séparation
Le véritable creuset du libéralisme est le RU de la fin du 17ème notamment et de il peut
être illustré par l'œuvre considérable de Locke dont les principes se diffusent dans toute l'Europe.
À l'origine le libéralisme est un courant de pensée minoritaire dont l'une des prétentions est la
limitation du pouvoir monarchique. Le Bill of Rignts impose au souverain le contrôle du parlement
dans des domaines régaliens comme celui des impôts. La singularité du cas anglais tient à
l'ampleur et à la rapidité de la diffusion du libéralisme en matière politique mais également en
matière économique. Dans un ouvrage majeur La grande transformation, l'économiste Polanyi
estime qu'à partir des années 1820 sont posées les trois principes fondamentaux du libéralisme
économique, principes selon lesquels le travail doit trouver son prix sur le marché, la monnaie doit
être soumise à un mécanisme d'autorégulation et les denrées doivent être libres de circuler de
pays en pays sans obstacles ni préférences. Ce courant libéral est porté par les Whigs qui sont
d'ardents défenseurs des pouvoirs de la chambre des communes. La particularité du cas anglais
est que le libéralisme va se diffuser rapidement dans les milieux conservateurs. Dès le milieu des
années 1840 les principaux représentants du courant conservateur militent aux côtés des libéraux
pour l'abolissions des corn laws, ces lois sont abolies en 1846 et elles assuraient en Angleterre le
protectionnisme agricole, l'année suivante est créé le premier parti libéral. L'État libéral repose sur
la séparation des pouvoirs qui découle de la conception contractualiste de L'état. L'État ne doit pas
menacer les droits des citoyens et les pouvoirs doivent être équilibrés selon un principe de freins
et de contrepoids. L'État ne peut agir qu'en vertu d'une habilitation juridique. Séparation du champ
politique et du champ administratif, on voit apparaître un champ spécifique consacré aux
responsabilités de direction politique et des activités de gestion administrative qui en théories
incombent à des professionnels qualifiés. Le politique paré de la légitimité démocratique décide
des orientations et l'administration dotée d'une compétence professionnelle les met en œuvre. Il
s'agit d'une conception instrumentale de l'administration. La séparation entre l'État et le marché,
c'est la position que défendent les économiste classiques comme Smith, avec l'idée que le marché
est susceptible de s'autoréguler sous réserve du respect de 4 principes que sont la liberté, l'intérêt
individuel, la responsabilité et la concurrence et de deux institutions fondamentales que sont la
propriété privée et le contrat. Il est clair selon Smith « que chaque individu s'efforce
continuellement de trouver l'emploi de plus avantageux pour tout capital dont il peut disposer. Mais
l'étude de son propre avantage l'amène naturellement ou plutôt nécessairement à préférer l'emploi
qui est le plus avantageux pour la société. » Pour Smith l'État prend en charge des fonctions
régaliennes, et des investissements lourds et peu rentables, il s'agit pour l'État d'entretenir des
ouvrages dont une grande société retire d'immenses avantages mais qui sont de nature à ne
pouvoir être entrepris par un ou quelques particuliers. Attendu que pour ceci le profit ne saurait
jamais en rembourser la dépense. Polanyi s'oppose au principe de laisser faire, il est contre la
séparation entre l'État et le marché, le libéralisme économique repose sur la volonté d'instituer un
marché autorégulateur, il est vrai que ce système un fois réalisé a besoin de moins d'interventions
d'un certain type mais cela ne veut pas dire que les systèmes de marché et d'intervention
s'excluent mutuellement. Les tenants de l'économie libérale doivent réclamer pour que l'État
intervienne pour instituer le marché, il est en quelque sorte l'instituteur du marché. L'autre
caractéristique c'est la diffusion du principe des nationalités qui tente de s'inspirer du modèle de la
révolution française.

B. La diffusion du principe de nationalité


Le 19ème européen est considéré comme l'ère de la formation des identités nationales. Ce
processus est marqué par la formation de deux nations, l'Allemagne et l'Italie mais il est également
marqué par la création de nations par la désagrégation d'entités impériales (1867 : Autriche et
Hongrie). Au delà de cette apparente unité des difficultés considérables apparaissent dès lors que
l'on souhaite définir avec précision la nature de ces entités nationales. Car les critères
d'identification sont à l'époque extrêmement flous. L'identité nationale est mobilisable de façon
relativement simples lorsqu'elle prennent appui sur une institution étatique préexistante ou ayant
existé (dans le cas de la Pologne). Elle est favorisé par une volonté d'unification de la langue.
Dans la majorité des autres cas et singulièrement ceux de l'allemagne et de l'italie la référence au
principe d'identité doit essentiellement à la mobilisation d'élites culturelles et possédant une
tradition de littérature écrite. Le cas exemplaire est celui de l'italie, on estime qu'à l'occasion de la
création de l'italie seuls 2,5% de la population parlait italien d'où la formule d'Azeglio « nous avons
fait l'italie, il nous faut maintenant faire les italiens ». il y a une différence avec la formation d'un
État et celle d'une nation. Il y a une exception, la singularité de l'exemple irlandais, l'irlande
apparaît comme une nation sans État, il y a une mobilisation singulière de la confrérie républicaine
irlandaise qui est un mouvement populaire militant distant de la bourgeoisie qui milite pour
l'indépendance de l'irlande. Le paradoxe est que l'on a affaire à un nationalisme de masse à
l'époque du libéralisme triomphant. Il manquait à ce mouvement une solide organisation ouvrière
ou seulement l'aspiration d'une idéologie socialiste qui allait par la suite donner à la double volonté
de libération nationale et de transformation sociale une puissance redoutable. L'exemple irlandais
révèle qu'à cette époque les critère ethniques ou linguistiques ne sont pas activés pour définir les
contour de la nation irlandaise. D'un façon plus générale il faut marquer que la reconnaissance du
principe de nationalité ne s'accompagne pas nécessairement d'un processus de démocratisation
politique, au mieux le principe des nationalités est porté par des bourgeoisies libérales qui
défendent le principe d'une ouverture mesurée de l'acte électoral. Au pire la revendication des
identités nationales repose sur des politiques autoritaires dont l'illustration exemplaire est la
politique de russification menée par Alexandre III à partir des années 1880 qui remet en cause la
spécificité et les particularités d'États considérés comme ***. De façon plus indirecte les rares
guerres du 19ème en Europe contribuent à l'image de 1870 à la l'affirmation des contours des
nations. Il manque à cette époque un certain nombre d'institutions susceptibles de faire advenir les
identités nationales non pas par défaut par la vois de l'intégration sociale. Ces institutions se sont
les suffrage universel, le système d'éducation nationale mais également via des systèmes de
protections sociale. Ce principe des nationalité s'impose également au niveau international sous la
forme de ce que l'on qualifie de concert européen des nations qui est considéré comme un
véritable tournant dans l'histoire diplomatique, il s'impose à la suite du congrès de Vienne de 1815
qui marque le développement de la diplomatie entre les grandes puissances européennes. Ce
concert européen des nations avait pour but de réguler les conflits entre les puissances et
notamment les litiges frontaliers. Il s'appuyait sur les cycles de conférences afin de proscrire toute
intervention unilatérale de l'une des grandes puissance. Ce système de régulation a connu une
forme d'âge d'or pour décliner lentement dans la seconde moitié du 19ème. Les principes du
libéralisme se sont diffusés rapidement en Angleterre mais moins vite dans d'autres pays. Cela
permet de remettre en cause certaines pré notions sur le processus de bureaucratisation
administrative dont la France représente le modèle.

Paragraphe 2 : Une diffusion inégale


À deux niveaux. Le premier renvoie au rôle incertain conféré à l'administration. Le second
c'est l'ambivalence des intervention de l'État.

A. Le rôle incertain de l'administration


Dans la conception générale le champ politique doit être distinct du champ administratif,
dans le cas français cette volonté de séparation est remise en cause dès le début de la période
révolutionnaire, la vénalité des charges est supprimée dans la nuit du 4 aout 1789. pour autant
cette première mesure n'est dpas le signe d'une véritable bureaucratisation de l'administration
pour deux raisons. La première est que les fonctionnaires sont dès le début des années 1790 élus
par les administrés. L'introduction du principe électif vient brouiller les frontières censées séparer
l'administration du politique. La seconde est la faiblesse des règles d'encadrement de
l'administration. L'administration est conçue sous la période révolutionnaire comme un rouage
neutre qui ne saurait causer de dommafges aux intérêts des citoyens. Les lois de 1790 consacre
l'irresponsabilité des fonctionnaires devant la justice ordinaire. Dans e courant du 19ème lé
développement de l'administration apparaît au niveau local. Cette expansion s'effectue sans que
des règles générales ne soient élaborées à l'exception d'une loi, la loi du 28 pluviôse an 8 qui
institue les préfets. L'autre évolution est la levée du principe d'élection des fonctionnaires. L'enjeu
de ces restructurations administratives n'est pas de créer un appareil administratif professionnalisé
mais plutôt de permettre une certaine efficacité dans l'action administrative. « il s'agit de
transmettre les ordres dans l'administration avec la rapidité du fluide électrique ». La
professionnalisation de l'administration est à cette époque peu développée et il y a une
démultiplication des surnuméraires, des employés administratifs dans statut et qui seront à
l'origine de la création des premiers syndicats en France. Le paradoxe provient du fait que la
France accuse un retard sérieux vis à vis d'un pays comme l'Angleterre, le rapport Treyvelan de
1855 fixe les règles d'organisation des services. En Prusse un statut de fonctionnaire est établi dès
1873, c'est incontestablement ce pays qui codifie le modèle de recrutement des fonctionnaires. En
France il faut attendre la fin des années 1880 pour que soit généralisée le concours, le statut
général de la fonction publique date de 1946. L'un des symbole criant de ce retard c'est l'absence
d'école de formation des élites administratives. L'ENA est fondée en 1945. la rupture majeure en la
matière s'opère à la fin du 19ème sous l'impulsion d'une école juridique, l'école du droit social qui
réunit des juristes auteur de Léon Duguit qui propose une nouvelle théorie de L'état, il propose
d'articuler l'action administrative autour du concept d'intérêt général, il récuse le concept de
puissance publique qui selon lui sert seulement à donner au pouvoir que les gouvernants exercent
de fait l'apparence d'un pouvoir de droit. L'État pour Duguit doit être considéré comme une entité
abstraite et l'action de l'État doit d'articuler autour d'une fédération de service public. « la
puissance publique ne peut se légitimer par son origine, mais seulement pas les services qu'elle
rend conformément à la règle de droit, il en résulte que l'État moderne apparaît de plus en plus
comme un groupe d'individus travaillant de concert sous la direction des gouvernants à la
réalisation de besoins matériels et moraux des participants. Ainsi à la notion de puissance publique
se substitue celle de service public. » Entre l'État régalien et la nation souveraine apparaît
l'administration comme une entité chargée de la réalisation de l'intérêt général. Cette évolution
s'insère dans la mise en place de l'État providence en France

B. Les interventions de l'État libéral


Dans le cas français le libéralisme économique s'est propagé de manière très progressive,
pourtant sous la révolution des mesures ont été prises qui jetaient les bases d'un libéralisme
économique. Ce qui est remis en cause à ce moment là se sont les monopoles corporatifs. Ce
démantèlement des survivances féodales est immédiatement assorti d'un certain nombre de
mesures qui visent à encadrer les pratiques commerciales. En dépit de ces évolutions les
historiens considèrent que la diffusion du libre échange en France a été extrêmement progressive.
Pourtant des les années 1840 un grand nombre d'économistes tentent de diffuser les idées
libérales des anti corn laws et luttent contre toute forme de protectionnisme revendiquant par là
même l'abolissions des barrières douanière. Guizot leur répond le 25 mars 1845 à la chambre des
députés, « je suis d'avis que le principe conservateur doit être appliqué aux intérêts industriels et
commerciaux comme aux intérêts sociaux. Je ne suis pas de ceux qui pensent qu'en matière
d'industrie et de commerce les intérêts existants doivent être livrés, exposés à la concurrence
extérieure et illimitée. »Le principe conservateur impose que ces secteurs soient protégés. Dans
un ouvrage de référence de Rosanvallon qualifie cette période de compromis protectionniste. La
seule exception qui confirme la règle se sont le début des années 1870. le libre échange au 19èmr
focalise les craintes d'un certain nombre de groupes sociaux en France. Cette crainte est avant
tout celle de la plupart des industriels de l'époque dont les premières associations professionnelle
se donnent pour but explicite de maintenir les droits de douane. L'ancêtre du MEDED créé en
1846à pour nom l'association pour la défense du travail national. Il y a une part dominante de
l'agriculture dans l'économie française, l'agriculture représente près de la moitié du revenu national
en France. L'instrument du protectionnisme c'est la politique douanière et ce n'est pas un hasard si
l'une des rares administrations structurée en encadrée par des règles à l'époque est
l'administration des douanes qui comporte plus de 30000 agents. Les droits de douanes se sont
environ 20% des revenus fiscaux de l'État français. Le protectionnisme est une spécificité
française et qui transcende la diversité des régimes politiques. En 1892 Méline va instaurer le
principe du double tarif douanier. L'État à cette époque est pour parties conservateur mais se veut
également propulsif. Cette dimension active du rôle de l'État apparaît dans la politique agricole
avec la création d'un ministère de l'agriculture en 1830et elle apparaît surtout dans le rôle de
grand entrepreneur que s'attribue l'État avec la création d'un ministère des travaux publics qui sera
à l'origine de la création des réseaux d'équipement fondamentaux pour le développement de
l'économie. En France on a un alliage entre une politique protectionniste des avis de l'extérieur et
interventionniste à l'intérieur. Les choses évoluent à partir des années 1870 sous l'influence d'une
évolution mondiale, cette « première mondialisation ». A cette époque l'internationalisation de
l'économie atteint dans le commerce et la circulation des capitaux un revenu qu'elle ne retrouvera
pas avant les années 1980 et du fait de l'importance de ces évolutions la France elle-même est
partiellement touchée par cette intensification des échanges. On le voit notamment dans le fait que
les tarifs douaniers ne parviennent pas à enrayer l'augmentation des importations en France. Au
début du 20-me les importations représentent environ 20% du PIB. L'une des évolutions les plus
profondes de l'époque, c'est le développement fulgurant des sociétés par action, du rôles des
places financières qui à l'époque sont considérées comme une véritable révolution. En 1875 le
ministre des finances français Say déclare que « le grand progrès de notre siècle est d'avoir si
bien combiné la propriété et le titre que le le titre est devenu identique à la propriété elle-même.
On envoie aujourd'hui dans une lettre de France en Angleterre et réciproquement les usines, les
chemins de fer, tout ce qui se concède en un mot ». On assiste à des délocalisations d'usine et
surtout le volume des investissements français à l'étranger représentaient à la veille de la PGM
près de 4% du revenu national ce qui est supérieur à ce que l'on connait aujourd'hui. Le
compromis protectionniste est également remis en cause par le développement du mouvement
socialiste et plus exactement l'internationalisation de ce mouvement. Le mouvement socialiste est
globalement favorable à la mondialisation est globalement aux effets migratoires considérables liés
à cette première mondialisation. Bien évidemment les socialistes comprenaient à l'époque que la
mobilité du travailleur était susceptible de menacer les emplois français mais elles voyaient à
terme dans ce mouvement des forces qui finiraient par renforcer la solidarité internationale de la
classe ouvrière. À cette fin est créée en 1900 l'association internationale pour la protection légale
des travailleurs. Cette association préfigure la création en 1919 de l'OIT. L'enjeu majeur pour les
courants socialistes de l'époque est résumé par une phrase de Jaurès de 1907 « le courant
socialiste est favorable à l'internationalisme qui harmonise les nations, qui entraine vers le haut les
droits sociaux ». La PGM met fin assez brutalement à ces évolutions internationalistes notamment
avec l'imposition progressive des passeport et des visas d'entrée qui deviennent indispensables
pour voyager. Par ailleurs la grande dépression des années 1930 est marquée dans certains pays
dont la France et la Belgique par l'expulsion des travailleurs étrangers tandis qu'une nouvelle
forme de nationalisme de nature raciale se développe dans certains pays comme l'Allemagne. En
matière sociale les États libéraux jouent aussi un rôle spécifiques, le modèle libéral repose sur un
État arbitre. L'intervention sociale des États libéraux est fondée sur trois principes fondamentaux.
Premier principe la question sociale est traitée sous l'angle de l'ordre public essentiellement, on
parle d'État gendarme. Le modèle de ce type d'intervention c'est le modèle britannique qui est
illustré par les lois sur les pauvres (pour laws) avec la création de maison de travail censées
regrouper les populations. Dans ce cadre le secours aux indigents n'apparait que comme la
contrepartie du travail qui leur est imposé. La seconde préoccupation est celle de l'hygiène
publique, c'est au nom de la lutte contre les fléaux sociaux, sanitaires notamment, que l'État doit
développer son action publique en créant des équipements spécifiques. La charité, on parle d'État
philanthropique, cette dernière préoccupation relève très souvent de la simple pétition de principe,
c'est le cas notamment en France puisque si le secours aux indigents est érigé au rang de dette
nationale sous la révolution peu de dispositifs sont mis en place pour le mettre en œuvre. La
même remarque vaut en matière de réglementation du droit du travail, il faut attendre 1841 en
France pour voir apparaître la première loi règlementant le travaille des enfants en France. Le
glissement de l'État libéral vers l'État providence va s'opérer à la suite du constat de la
paupérisation de la société, constat qui est aussi bien administratif que politique ou économique
puisqu'un certain nombre d'économistes libéraux vont tenter de mettre au jour la paupérisation
sociale et par conséquent de remettre en cause la théorie de la main invisible. Au 18ème les
libéraux défendaient une vision optimiste de l'économie, des auteurs comme Montesquieu
pouvaient déclarer « un pauvre n'est pas pauvre parce qu'il n'a rien mais parce qu'il ne travaille
pas ». A l'inverse un certain nombre d'économistes comme Say s'appuyaient sur l'exemple de
l'Angleterre pour montrer que la paupérisation se développait en dépit de la détention d'un travail
« un ouvrier selon la famille qu'il a et malgré des efforts souvent dignes de la plus haute estime ne
peut gagner en Angleterre que les ¾ ou la moitié de ses dépenses.

Section 2 : l'État providence


Le contexte d'émergence de la notion d'État providence est extrêmement complexe, la
notion est utilisée pour décrire des situations souvent dissemblables. L'un des premiers auteurs à
l'utiliser est Olivier penseur libéral qui a forgé ce thème sous le second empire pour tenter de
trouver une voie paulienne entre intervention étatique et individualisme. En Allemagne la notion
d'État social est essentiellement portée par les mouvements socialistes avec une connotation très
anti-libérale. En Angleterre la notion de welfare state est en liaison avec la pensée de Keynes. L'un
des points les plus significatif est que cette représentation d'État social va se développer jusque
dans les pays les plus libéraux, c'est le cas aux USA durant le Nex Deal. L'État providence peut
être considéré comme une institution inventée dans l'Europe occidentale qui se stabilise
relativement à partir des années 1920. ai cour de ces années est reconnu l'un des principe majeur
de l'État providence, le principe de l'assurance sociale au niveau national. La rupture majeure par
rapport à l'État libéral provient du fait que ces dispositifs de protection reposent sur l'édiction de
nouveaux droits sociaux qui ont pour but de fournir à la population des prestations sociales
standardisées. La légitimité de ces prestations repose sur le constat d'un impératif de protection de
la population contre un certain nombre de risques que son le risque vieillesse, le risque chômage
et accident de travail et le risque maladie. L'idée qui préside est que les population ne sauraient
être responsables de ces risques. Dans l'État libéral les populations aidées faisaient l'objet de
stigmatisation qui pouvait aller jusqu'à la perte de leurs droits civils et de leur droit de suffrage. Le
premier problème est celui des bénéficiaires de ces aides et plus précisément la délimitation du
périmètre de ces politiques sociales. Sur ce plan il est de coutume de distinguer deux modèles
entre un modèle dit « professionnel » et un modèle « universel ». Le système dit professionnel est
historiquement le premier à émerger en Allemagne. Ces réforme impulsée par Bismark repose sur
une logique professionnelle en ce qu'elle concerne une catégorie spécifique de la population que
sont les ouvrier qualifiés. Les droits sociaux contrairement au droit de vote se sont étendus du bas
vers le haut de l'échelle sociale. Cette réforme est illustrée par la promulgation de trois loi pour la
couverture des risque maladie, accident de travail et vieillesse. Ces assurances sont obligatoires.
L'Allemagne est un pays qui à cette époque est marqué par une forte montée en puissance des
théorie socialiste au sein de la classe moyenne à tel point que certains auteurs parlent de système
de protection contre les révolutions sociales. Au delà des droits nouveaux qui sont ouverts la
réforme allemande confie des responsabilités importantes aux ouvriers dans la gestion de ces
systèmes de protection sociale. L'autre hypothèse renvoie au processus de bureaucratisation et de
genèse des identités nationales. Le système de protection sociale allemand vise non seulement à
parachever l'unité nationale, objectif d'unification nationale que souligne Bismark dans son
discours au parlement de 1889 visant à défendre le projet de loi sur les retraites. Il s'agit de
renforcer le loyalisme à l'égard du Reich. Le système à un rôle d'unification symbolique mais vise
également à doter l'État bismarquien de ressource d'intervention des avis des états fédéraux. C'est
en effet la bureaucratie centrale qui va gérer les nouveaux régimes de protection sociale dont la
logique d'expansion s'achève en 1927 avec la loi sur l'assurance chômage. Le système de
protection universel tient son nom de l'ambition qu'il a à couvrir l'ensemble de la population. Ce
système apparaît dans des contextes nationaux qui sont marqués par la présence de compromis
entre les différents groupes sociaux ou culturel, par le dépassement des antagonismes sociaux
culturels? Ce système apparaît dans une premier temps au RU. La première loi sur les retraites en
1908 est issue de négociations entre le parti libéral et le parti travailliste créé en 1901. Cette
négociation est liée à nécessité pour les libéraux de prendre en compte la montée en puissance
électorale du travaillisme, mais également sur la progressivité de l'industrialisation au RU. Ces
premières tentatives britanniques trouvent leur point d'aboutissement dans les années 1940 avec
la tentative de mise en application des principes forgés par beveridge. Les autres pays qui ont
tenté de mettre en place ce système se sont les pays scandinaves et notamment la Suède. Dans
les pays scandinaves les compromis sont beaucoup plus incertains en raison d'un clivage profond
entre le monde urbain et le monde rural. Cette tension est illustrée par le développement des
partis agrariens. Les points de tension les plus vifs apparaissent entre les sociaux-démocrates
d'une part et des partis agrariens d'autre part. La mise en œuvre de politiques sociale renvoie au
fond même de leur programme politique. Au Danemark les sociaux démocrates doivent renoncer
en 1888 à leur projet de collectivisation des terres afin de forger une coalition avec le parti agrarien
pour assurer la mise en œuvre du principe de couverture du risque des retraites. C'est grâce à
cette coalition que la loi sur les retraites est votée en 1891. inversement en Finlande c'est la
radicalisation du mouvement ouvrier qui retarde considérablement la mise en place d'un système
de protection sociale. En Europe continentale les processus de création des États nation ont fait
surgir des clivages divers marqués par un fort degré de permanence. Il peut s'agir de résistance
sociale qui oppose par exemple ouvriers et patronat mais il peut s'agir également d'opposition de
nature culturelle. Ces oppositions culturelles se retrouvent dans des nations comme les Pays-Bas
ou la Belgique, dans ces pays le développement des mesures de développement social a épousé
les contours des clivages culturels, c'est-à-dire des divisions religieuses. On retrouve ce type de
structure en Belgique auxquelles se surajoute les clivages de nature linguistiques. Dans ces pays
on parle de systèmes de protection sociale pilarisés dont la nature tient au type de démocratie
dans lesquels ils prennent forme, démocraties que Lisphart a qualifié de démocratie consociative.
Ces démocraties apparaissent comme des associations d'associations. Cette fragmentation elle
contrarie la mise en place d'un système universel fondé sur un logique de citoyenneté. Il faut
toujours veiller à la dimension historique de ces évolutions. Les Pays-Bas sont devenus après la
SGM à un système de protection sociale de nature universelle. Il faut insister d'autre part sur les
modalités de diffusion au sein de l'Europe des principes de protection sociale. L'un des exemples
qui illustre le mieux la circulation de ces principes est celui des territoires annexés à la fin de la
PGM. Par exemple l'Alsace et la Lorraine qui bénéficient depuis les années 1880 du système de
protection sociale bismarkien. Ces territoires vont exercer une pressions sur le gouvernement
français afin qu'il développe un régime d'assurance sociale obligatoire. On assiste par conséquent
à une forme de territorialisation des droits sociaux qui tendent à s'institutionnaliser au gré de la
reconfiguration des frontières étatiques.

Paragraphe 1 : Les interventions sociales


Le rôle social de l'État providence c'est de compenser les tensions et les déséquilibres du
capitalisme industriel. L'État providence doit prendre des mesures correctrices afin de préserver la
cohésion sociale. Les systèmes de protection sociale se sont développés dans les 30 glorieuses,
période durant laquelle l'un des objectifs majeurs est la recherche du plein emplois. Ce plein
emploi est atteint en début de période en raison notamment de l'effort de reconstruction qui va
relancer des mouvements migratoires importants. C'est très largement la croissance économique
qui est en moyenne de 5% qui a permis un développement sans précédent des politiques sociales.
Les dépenses d'assurance sociale de l'Europe de l'ouest ont doublé entre 1950 et 1974, passant
environ de 9 à 19% du PIB. Ces politiques sociales dites aussi politiques de transfert ont pour
objectif de garantir des droits sociaux ou de ne pas faire exclusivement dépendre le bien-être des
individus des règles du marché. Les politiques sociales ont un objectif de démarchandisation, de
rendre le niveau de vie des individus relativement indépendants des forces du marché.

A. Les modèles de protection sociale


La typologie la plus communément admise est celle d'Esping Andersen. Il distingue trois
modèles de protection sociale. Le premier le modèle conservateur corporatiste, le modèle
professionnel dont le cas idéal-typique est l'Allemagne. Le second est le modèle libéral de
protection sociale, le modèle anglo-saxon, il est considéré comme le moins généreux. Le dernier
est le modèle social démocrate qui est le modèle des pays scandinaves, le plus généreux
socialement. Le modèle professionnel est financé essentiellement par des cotisations sociales. Le
modèle universel est essentiellement financé par l'impôt. Le régime conservateur corporatif repose
sur un système de cotisations sociale qui sont obligatoires, elles sont financées par les partenaires
sociaux, employeurs et salariés et elles sont proportionnelles au salaire. Dans ce système c'est la
performance sur le marché du travail, la situation dans l'emploi qui doit déterminé le niveau de
protection sociale offert à chaque bénéficiaire. Le degré de généralité de ce système dépend de la
capacité de la société à assurer le plein emplois ou des trajectoires professionnelles relativement
stables. Le régime libéral de protection sociale privilégie le rôle du marché dans l'allocation des
ressources sociales. Dans le régime libéral le rôle de l'État providence est résiduel. Les prestations
sociales doivent rester à un niveau très bas pour ne pas dissuader leurs bénéficiaires de revenir
sur le marché du travail. La plan beveridge repose sur le système des 3 U, unité, universalité,
uniformité. Il s'agit d'attribuer l'organisation de la protection sociale à un seul organisme. Le
système social doit couvrir l'ensemble de la population, elle refuse tout critère de distinction de
nature professionnelle. Chacun doit verser le même montant de cotisation et recevoir en retour le
même montant de prestations, tous deux d'un taux bas. Quant on parle de cotisation on fait
référence à l'impôt. C'est une universalité à minima qui implique le développement des assurances
privées ou des régimes de protection sociale d'entreprise. Le régime social démocrate est aussi
financé par l'impôt mais à des niveaux beaucoup plus élevés. Cette protection sociale est fondée
sur l'idée de la création d'une grande classe moyenne bénéficiant d'importants mécanismes de
redistribution sociale. Ces politiques sont extrêmement couteuses. La France est globalement
placé dans le modèle professionnel, le principe d'assurance sociale est apparu lentement. Ce
principe a été proposé par un certain nombre d'acteurs restés au 19ème relativement marginaux.
La crainte principale est que ce principe vienne s'opposer à celui de responsabilité individuelle. On
lui oppose fréquemment le principe de prévoyance. Cette logique assurancielle n'apparait qu'à la
fin du 19ème avec la législation sur les accidents du travail. Les lois de 1930 sur les assurances
sociales sont calquées sur le modèle bismarkien il y a en 1946 la mise en place d'un système de
sécurité sociale étendue. Ce plan de 1946 a été inspiré des travaux de Laroque est conçue
comme une contrepartie de l'effort de reconstruction exigé des travailleurs. Les droits sociaux sont
donc attachés au travail, sans faire directement appel au budget de l'État.

B. L'évolution des politiques sociales sous les 30 glorieuses


Les 30 glorieuses sont marquées par le développement des dépenses sociales dans les
pays scandinaves. À l'inverse, on assiste dans les régimes libéraux à un ciblage croissant des
dépenses sociales sur les publics les plus défavorisés, les prestations tendent à devenir de plus en
plus sélectives. Dans le cas français on assiste à un développement des prestations sociales qui
s'explique par l'amélioration de la couverture sociale mais aussi par le vieillissement progressif des
populations. D'une manière générale on peut dire que l'on a assisté sous les 30 glorieuses à un
accroissement des prélèvements obligatoires visant à financer les politiques sociales. Les
prélèvements obligatoires dans les pays de l'OCDE sont passés en 26% en moyenne en 1965 à
37% en 1985. Avec de grandes variations selon les régimes de protection sociale. En France se
sont les cotisations sociales qui expliquent pour une très large part l'augmentation des
prélèvements obligatoires. À partir du début des années 1980 les cotisations sociales dépassent
en volume les impôts d'État.

Paragraphe 2 : Les interventions économiques


Le développement économique de l'État est fondé sur l'idée que le libre jeu du marché ne
suffit pas à assurer l'expansion économique des nations. L'État doit veiller à ce que la croissance
soit régulière et il doit orienter le développement économique en atténuant les fluctuation
conjoncturelles des économie. Ce principe a été battu en brèche par le dérèglement du crédit et
des produits dérivés. Le développement de L'état s'est effectué à la fois en surface avec
l'élargissement du domaine d'intervention des administrations mais également en profondeur par
une transformation des taches administratives qui deviennent de plus des taches de gestion
directe des activités sociales. Cette double évolution est remarquable tant au niveau des politiques
que des méthodes.

A. Les politiques
On distingue traditionnellement deux types de politiques économiques. Les politiques de
régulation d'une part et d'intervention d'autre part. Les politiques de régulation visent à créer les
conditions d'une développement économique optimal en corrigeant les fluctuations du marché et
en veillant au maintient des grands équilibres économiques. Pour assurer cette politique de
régulation l'administration s'appuie sur un certain nombre d'instruments que son la monnaie, les
taux d'intérêts, le contrôle des prix et des salaires... Les économistes libéraux s'opposent à
l'utilisation des ces instruments parce que selon eux les déséquilibres qui apparaissent dans les
économies moderne sont corrigés par le marché. Ils sont de deux ordres. Soit les économies sont
confrontés à une offre excédentaire, soit inversement à une demande excédentaire, à une
abondance des liquidités. Dans le premier cas le retour à l'équilibre s'effectuera par une baisse de
prix au de phases de ressession qui entraineront des faillites et du chômage. Dans le second cas
ily aura de fortes inflations. Les économistes keynésiens considèrent que les États doivent réguler
voire tenter d'anticiper les soubresauts du marché. En mettant en œuvre des politiques que l'on
qualifie de contra-cycliques. En cas d'offre excédentaire l'État s'attachera à stimuler la demande à
l'aide de différents instruments, par exemple la baisse des impôts, l'augmentation des salaire ou la
baisse des taux d'intérêt. Il peut également utiliser sa propre demande. Par exemple en
augmentant les dépenses publiques ou en engageant un processus création monétaire. Il agira à
l'inverse en cas de demande excédentaire. Ces politiques sont qualifiées de conjoncturelles, elles
tentent d'agir sur les cycles économiques. Les politiques d'intervention tendent à agir sur les
structures mêmes de l'économie. Ces politiques structurelles sont illustrées en France par le
développement des grands projets industriels, projets d'intérêt national qui reposent sur des
stratégie qui sont à la jonction du développement industriel et du volontarisme technocratique. Ces
grands projets s'inscrivent dans une vision hiérarchisée des secteurs industriels qui distinguait des
secteurs dits de base et des secteurs dits dépendants. Les secteurs de base étaient censés
commander l'ensemble de la dynamique industrielle par leur effet d'entrainement. On parle
également d'entreprise stratégique et c'est autour de ces secteurs dit de base que se sont
développées les principales entreprises publiques en France. Ces secteurs de base se sont pour
une large part les secteurs situés en amont des cycles de protection, l'eau, les énergie, les
transport et les télécommunications. Ces secteurs peuvent également concerner des industries de
pointe à technologie avancée dans lesquelles les investissements et leur pérennisation dépasse
très largement les capacités d'investissement du secteur privé. On retrouve une intervention
massive de l'État qui donne naissance à des projets comme le domaine aéronautique.

B. Les méthodes
Deux types de méthodes sont utilisées par les États sous les 30 glorieuses en matière
économique. Se sont l'incitation d'une part et la gestion directe d'autre part. On retrouve parmi les
instruments utilisées à des fins incitatives la planification, elle est pensée dans le cadre d'une
économie libérale. Dans le cadre d'un système on retrouve des acteurs privés avec lesquels l'État
doit composer. La planification dans le cadre à un caractère incitatif et non pas impératif. Il s'agit
essentiellement d'orienter les attentes et les stratégies des différents acteurs sur la base de
concertations. Le second type de méthode incitative c'est la contractualisation qui est parfois
rapprochée de la planification. Cette contractualisation joue un rôle décisif dans le cadre du
développement des marchés publics. Ils sont utilisés à cette période à la fois comme un instrument
économique conjoncturel mais aussi dans une optique structurelle, c'est-à-dire pour atteindre un
certain nombre d'objectifs de politique industrielle. Le troisième type d'instrument se sont les
incitations financière par des subventions ou l'utilisation de l'outil fiscal. Le second type de
méthode c'est la gestion directe. L'administration a été sous la période de l'État providence
amenée à se substituer progressivement à l'initiative privée pour fournir directement un ensemble
de prestations et de services au public. C'est particulièrement vrai dans le cas français. Cette
extension c'est effectuée en 4 vagues successives. La première est liée au développement à la fin
du 20ème du socialisme municipal et apparition des premières régies. La seconde vague est liée à
la progression des partis d'inspiration socialiste dans les années 1930 et immédiatement après la
SGM. Cette montée en puissance des partis d'inspiration socialiste se traduit par la nationalisation
d'un certain nombre d'entreprises. Les conditions de nationalisations de ces activités sont inscrites
au préambule de la constitution de 1946 selon lequel « tout bien, toute entreprise dont
l'exploitation a ou acquiert les caractères d'un service public national ou d'un monopole de fait doit
devenir la propriété de la collectivité. La troisième c'est la nationalisation de grands projets
techniques. La quatrième vague correspond aux nationalisations de 1982 suite aux engagements
de la campagne électorale. Ces mesures aboutissent à donner à l'État la quasi-intégralité de la
maitrise du secteur bancaire. Ce développement de l'intervention publique s'est effectué selon des
logiques à peu près comparables, on retrouve une importance croissante des effectifs de la
fonction publique et développement substantiel de l'investissement public. L'autre évolution
caractéristique est que ces États se sont développés à partir d'un noyau dur d'activités pour
concerner progressivement la plupart des secteurs d'activité économique.
4 facteurs décisifs ont joué dans le développement des États providence. Le premier
facteur est d'ordre économique, l'État providence est le produit de la nécessité. Ils se sont
développés dans un contexte troublé, deux guerres mondiales, une crise économique, l'État
apparaît comme un ultime recours. Le second facteur est de nature politique, le développement
des États providence est lié à la montée en puissance d'organisations politiques de nature
socialistes qui sont apparues à la faveur des réformes électorales et de la conquête de nouvelles
libertés telles que la liberté syndicale. D'une façon plus générale la monté des États providence
doit beaucoup au passage du parlementarisme libéral à la démocratie de parti. Avec l'avènement
de la démocratie de partie le mode de sélection des gouvernants se transforme, on assiste à
l'élargissement des collèges électoraux et à la disparition des conditions censitaires pour accéder
à l'élection voire même l'instauration d'une indemnité parlementaire. Cette évolution entraine
l'apparition des partis de masse, au détriment des partis de cadre, c'est-à-dire des partis de
militants, la démocratie du parti c'est l'ère du militant. On voit apparaître progressivement
notamment en France une progressive stabilisation des comportements électoraux autour des
clivages issus de la recomposition de l'espace politique. Dans le cadre de la démocratie de parti
l'indépendance des élus est relative, parce que notamment dans les partis de masse apparaît la
notion de discipline partisane, les élus doivent inscrire leur action dans le cadre de l'offre
symbolique préalablement déterminé, le programme et prendre n considération le rôle des
militants avec lesquels cette offre a été le plus souvent négociée. Dans ce système l'opinion
publique déborde très largement les frontières de l'enceinte parlementaire, elle se structure autour
des clivages partisans qui sont eux-mêmes relayés par toute une série d'institutions que l'on
qualifie de relais d'opinion, la presse mais également les syndicats, les associations qui gravitent
autour des partis politiques. La discussion politique devient possible hors de l'enceinte
parlementaire. Il y a un certain nombre de courants idéologique qui va contribuer à renforcer la
légitimité de ses États providence. En France il faut mentionner l'influence considérable qu'a joué
le courant solidariste, il est composé d'économistes, de philosophes et il vise à élaborer une
nouvelle théorie des droits sociaux. C'est par ce courant que s'impose progressivement le principe
d'assurance sociale en France. Le courant qui joue un rôle majeur à partir des années 1940 c'est
la pensée keynésienne, elle confère une nouvelle légitimité à l'intervention publique en liant les
niveaux d'intervention économique et social. Elle fait le lien entre capital et travail. Cette théorie
keynésienne peut se résumer de la manière suivante « la classe ouvrière accepte de ne pas
contester les rapports de production en échange d'un État social redistributif et de l'existence d'un
système actif de négociation sociale. Pour Keynes c'est l'État qui en soutenant la demande globale
est le garant du plein emploi et son intervention est susceptible de créer les conditions de
l'équilibre économique. La quatrième facteur est un facteur juridique, c'est le développement
considérable des droits sociaux ou le passage des droits liberté aux droits-créance. L'ensemble
des processus décrits sont remis en cause dans le courant des années 1970 et 1980. on assiste à
une remise en cause à la fois du processus de bureaucratisation administrative mais également à
un certain nombre de limites du processus de démocratisation politique, des fondements de la
démocratie de parti.

Leçon 5 : La crise de la trajectoire institutionnelle


occidentale
Cette remise en cause apparaît en première analyse dans la diffusion de la notion de crise,
on parle de crise de l'État providence mais on évoque également une crise de la démocratie
représentative.

Section 1 : Une démocratisation politique contrariée


Les difficultés rencontrées par le processus de démocratisation politique apparaissent à
plusieurs niveaux. Le premier c'est le déclin tendanciel des modalités traditionnelles de
participation politique. L'autre élément c'est la relative standardisation des offres idéologiques.

Paragraphe 1 : Le déclin tendanciel des formes traditionnelles de


participation politique
Ce déclin apparaît aussi bien au niveau de l'acte électoral lui-même mais également au
sein de pratiques militantes traditionnelles.

A. Le retrait de l'acte électoral


Ce retrait pose des problèmes importants de légitimité démocratique apparaît dans la
montée en charge de l'abstentionnisme qui désigne précisément la non-participation au vote des
électeurs inscrits sur les listes électorales. D'une façon générale on assiste à une montée en
puissance de l'abstention à un double niveau. Elle se renforce dans le cadre des consultations les
moins attractives, c'est le cas par exemple des élections européennes. L'abstention apparaît
également dans des consultations qui sont généralement préservées de ce phénomène. L'élection
présidentielle en France de 2002 a constitué une rupture majeure avec un taux d'abstention
proche de 30%. Le principal parti ouvrier dans la période ouvrière est l'abstention. Cette montée
n'est pas linéaire et est marqué par une série de flux et de reflux. Les élections présidentielles de
2007 sont de ce point de vue apparues comme les élections du renouveau en matière
d'abstention. On a assisté à une régression de l'abstention et à une moindre dispersion des voies
au premier tour. La remobilisation des électeurs est du à la mobilisation des électrices et du
segment le plus âgé de la population, les jeunes et les ouvriers demeures encore à l'occasion de
cette élection les catégories les plus abstentionnistes. Les élections législatives et municipales qui
ont suivi ont eu des taux d'abstention importants. De nouvelles formes d'abstentionnisme comme
l'abstentionnisme dans le jeu, c'est un abstentionnisme qui participerai moins d'un sentiment
d'exclusion que d'un malaise et d'une difficulté de placement face à l'offre électorale proposée. Il
apparaît dans le fait que plus d'un abstentionniste sur 3 en 2002 déclare pourtant se sentir proche
d'un parti politique. Dans les années 1990 se sont développé un ensemble de substituts reposant
sur la volonté de développer des formes de démocratie participative. Les expériences les plus
poussées en matière de démocratie participative n'ont pas été menées dans les démocraties
occidentales mais essentiellement dans les pays d'Amérique latine. L'une des expériences les plus
poussée est le budget participatif mis en place au Brésil. Il est organisé autour de ce que l'on
appelle la pyramide participative qui est constituée au sommet par le pouvoir exécutif et à la base
par la population. Qui est subdivisée en deux niveaux, un niveau local (conseil de quartier) et un
niveau sectoriel thématique autour d'assemblées plénière. L'enjeu de ces expériences
participatives était d'une part de rompre avec les pratiques clientèlistes des dictatures militaires
mais surtout d'inverser les priorités c'est-à-dire favoriser la réappropriation par les habitants de
questions souvent techniques mais qui touchent à leurs intérêts fondamentaux. On trouve dans les
démocraties occidentales des dispositifs qui tentent de relancer la participation politique par
exemple les jurys de citoyens dans le cadre desquels il s'agit d'associer des groupes de citoyens à
la formulation d'un choix collectif. L'enjeu de ces jurys de citoyens c'est de rassembler et de faire
se rencontrer la parole citoyenne et les prises de position des experts. Ce système repose sur le
principe du tirage au sort. En France le développement de ces dispositifs est relativement limité et
il se heurte quasi-systématiquement aux revendications économiques des exécutifs locaux. Dans
certains cas les dispositifs de participation confèrent des pouvoirs étendus à leurs organisateurs.
De la même manière le dispositif de référendum décisionnel local est le seul instrument participatif
qui lie la consultation des citoyens et la décision locale. Cette procédure ne peut être engagée qu'à
l'initiative de l'exécutif local. Si les élus locaux sollicitent la participation des habitants ils ne
conçoivent pas nécessairement cette participation en lien avec la décision.

B. L'érosion du militantisme traditionnel


Elle apparaît dans un premier temps au niveau du militantisme partisan. On assiste dans le
cadre du parti socialiste au déclin de l'encrage social de cette organisation. Le succès électoral de
ce parti était précisément lié à sa capacité à drainer les réseaux militants associatifs et syndicaux
qui constituaient ses principaux viviers de militants. Se sont ces viviers militants qui se sont
progressivement asséchés avec plusieurs évolutions notables. Le déclin de l'engagement militant
du monde enseignant, l'éloignement progressif d'un certain nombre de syndicats, prise de distance
également du catholicisme social et de militant de partis d'extrême gauche. Cette perte de
distance, ce désancrage social apparaît également au sein du milieu associatif qui a défendu les
jeunes et les générations issues de l'immigration. L'une des conséquences de cette évolution est
le déclin de l'influence du PS dans les quartiers populaires et le succès obtenu dans ces mêmes
quartiers par les listes d'extrême gauche. Une analyse comparable peut être faite pour le PCF. On
assiste également à une érosion progressive du militantisme syndical. Cette érosion elle touche à
la fois les États à faible tradition syndicale mais aussi les pays à forte tradition syndicale par
exemple l'Allemagne. On note également un accroissement substantiel de l'abstentionnisme aux
élections professionnelles. On ne peut pas imputer aux organisations politiques traditionnelles la
totalité des causes de ce déclin. En réalité ce désencrage doit beaucoup aux transformations de
l'économie elle-même et notamment le fait de l'accroissement de la désindustrialisation et
l'évolution des sociétés occidentales vers des économies de service. On assiste à l'apparition de
deux mondes ouvriers, d'un côté celui dit des ouvriers à statut qui est un groupe syndiqué, politisé
et de l'autre un groupe d'ouvriers précarisés, les intérimaires permanents qui ont des trajectoires
professionnelles discontinues et qui constitue des générations d'ouvrier peu politisées et peu
syndiquées. On remarque également l'effritement des doubles appartenances, la double adhésion
à un PP et à un syndicat. On la constate aussi bien en France qu'en Angleterre avec la
« dépolitisation » des syndicats britanniques. Tout se passe comme-ci l'activité syndicale se
recentrait quasi-exclusivement sur le monde du travail. Pour illustrer cette thèse deux auteurs ont
proposé une hypothèse, l'hypothèse dite de la cartellisation des PP, selon laquelle les PP ont
tendance à se recentrer eux-mêmes uniquement sur les enjeux électoraux et sur la conquête du
pouvoir d'État, État qui leur fournit d'ailleurs aujourd'hui la majorité de leur financement. En France,
les adhésions ne représentent que 15% des ressources des PP. En se détachant de leur base
sociale ces partis tendent à perdre leur fonction de médiation faisant le lien entre gouvernants et
gouvernés. Il existe également des espaces de remobilisation politique, de nouveaux espaces
militants, se sont le militantisme dans les ONG, le développement de formes de syndicalisme
alternatif, le développement de mouvements de sans (sans papiers, sans logement... ) et plus
largement on a l'internationalisation progressive de ces formes de mobilisation. Le point commun
de ces mobilisation est qu'ils sont fondés sur un volonté de prise distance avec les appareils
politiques quels qu'ils soient. C'est ce que Renou appelle la volonté de désappareiller la politique.

Paragraphe 2 : La standardisation relative de l'offre idéologique


La standardisation relative de l'offre idéologique, le rétrécissement des répertoires
partisans se manifeste au moins à un double niveau. Le premier c'est celui du développement
considérable des techniques liées à la médiatisation croissante de l'activité politique. Le second
signe de cette standardisation c'est le succès d'une nouvelle forme de libéralisme vers lequel les
organisations politiques de droite mais également de gauche tendent progressivement à
converger.

A. Les effets de la médiatisation de l'activité politique


Triomphe du marketing politique. Cette évolution aurait pour effet de transformer les
organisation partisanes en partis attrape-tout. Cette évolution conduirait à la remise en cause des
clivages idéologiques traditionnels. On entre de ce que Manin nomme la démocratie du public.
L'élection des gouvernants dans la démocratie du public se traduit par la personnalisation extrême
du choix électoral, tout sa passe comme si la ressource partisane s'affaiblissait à mesure que se
développent les nouvelles techniques de communication politique. Avec le développement de ces
techniques de communication le candidat peut faire connaître sans passer pas la médiatisation
d'organisations militantes. Ces nouvelles techniques de communication exercent par ailleurs de
nouveaux effets sélectifs sur l'élection, les sondages d'opinion jouent un véritable rôle de primaires
électorales, ils plongent les démocraties contemporaines dans un État de campagne permanent.
Ces sondages peuvent contribuer à légitimer certaines candidatures mais également à disqualifier
d'autres candidatures. L'élu devient pour partie dépendant d'images qu'il doit en permanence
travailler. La démocratie du public c'est le règne de l'expert en communication qui encourage les
stratégies de distinction médiatique. L'opinion publique se développe autour de ces outils de
communication. Ce développement de la médiatisation a contribué à une forme de dépolitisation
progressive des activités électorales. Cette activité de médiatisation s'est développée aux USA
dans les années 1960, date à laquelle les conseillers en communication politique se déclarent
capables de fabriquer médiatiquement des présidentiables. en France l'acclimatation à la
médiatisation de l'activité politique est plus progressive en raison notamment d'une réticence à
considérer l'activité politique comme un espace marchant constitué de cibles à conquérir. Les
conseillers de médiatisation en France tentent de trouver des stratégies pour essayer de légitimer
leur activité. Ils vont s'appuyer sur une crise des démocraties contemporaines. L'activité de conseil
en communication politique s'appuie sur un rejet par la population de la politique traditionnelle et
de ses oppositions classiques. L'un des premiers consultants en communication politique, JM
Cotteret écrivait que la politique n'intéresse plus les français qui ne se reconnaissent plus dans les
querelles idéologiques droite-gauche. Or se développe de façon concomitante des technologies
susceptibles de développer les échanges entre gouvernants et gouvernés au premier rang
desquels la télévision. En s'appuyer sur ces nouveaux instruments de communication c'est réduire
la distance entre gouvernés et gouvernants. L'une des principales conséquence de cette activité
de conseil en communication politique est une forme de dépolitisation des démocraties
représentatives, les conseilles en communication plaidant pour la création de liens de proximité
voire d'affectivité avec les électeurs. On assiste au développement des intimités publiques. Au delà
de ces stratégies se sont les lieux d'émission des discours politiques qui doivent être
profondément reconsidérés. Les émissions non strictement politiques doivent se trouver au cœur
des communication des stratégies des hommes politiques. La télévision remplace la vie des gens,
c'est finalement ce qu'ils croient vivre. Il va bien falloir qu'au lieu de communication directe et de
meetings avec les militants on en arrive à d'autres systèmes de communication. Pour résumer on
peut dire que selon les conseillers en communication l'enjeu de la l'activité politique
contemporaine est moins de proposer un programme d'explication de l'offre électorale, en attirant
les électeurs sur le terrain des élus que de banaliser la position des élus en les plaçant au niveau
présupposé de l'électorat. Le but ultime étant de proposer une communication consensuelle, un
offre moins clivant. La standardisation est liée à une transformation profonde du champ de
l'information et à l'érosion progressive, la presse d'opinion. Ce mouvement s'est développé
initialement aux USA, il est passé par la remise en cause d'un des fondements de la pratique
journalistique que l'on qualifiait de doctrine de séparation de l'église et de l'État. Doctrine selon
laquelle finances et informations ne doivent pas sortir de leurs sphères spécifiques. À partir des
années 1990 les journaux américains doivent en moyenne 80% de leur revenu de leur publicité et
y consacre ¾ de leur espace rédactionnel. On voit se développer alors un mélange d'information
et de divertissement. Les conséquences de ces transformations sont ambivalentes, les organes de
presse sont devenus plus rentables financièrement alors même qu'ils tendaient à perdre une partie
de plus significative de leur lectorat. On retrouve cette logique dans les médias audiovisuels avec
des journaux de télévision qui ont des taux de rentabilité inversement proportionnels à leur
audience. C'est très largement le besoin d'attirer dans cesse de nouveaux annonceurs qui est à
l'origine de la démultiplication de l'espace destiné aux sotf news au détriments des hard news. Le
développement des techniques d'information et de communication a participé à la création de
nouveaux espaces d'opinion et à la démultiplication de supports revendiquant une nouvelle forme
d'indépendance éditoriale. On voit également apparaître une forme de convergence politique
autour de nouvelles offres idéologiques libérales.

B. L'émergence de nouvelles offres libérales


Cette émergence repose sur un double processus en partie contradictoire. d'un côté des
organisations politiques de droite tendent à réhabiliter le rôle de l'État à des fins de protection du
marché. D'un autre côté on voit des courants politiques de gauche qui progressivement
reconnaissent à priori la légitimité de l'économie de marché sur l'intervention publique. On assiste
dans les années 1980 à un ré-alignement des partis de gauche. À partir des années 1980 un
certain nombre de gouvernements de gauche vont s'orienter vers des politiques proches de celles
menées aux USA et GB. Par exemple en NZ. L'épicentre de ce recentrage se trouve aux USA et il
débute à la fin des années 1970 sous l'administration Carter. À cette époque dans un cadre
spécifique le gouvernement de Carter remet en cause le rôle de l'État dans l'intervention
économique mais aussi dans le domaine social. Le véritable tournant idéologique aux USA qui
apparaît en 1984 avec l'activisme croissant des nouveaux démocrates qui fondent de demacratic
leadership counsel. Il est fondé dans un contexte de défaite électoral qui est imputée au marquage
trop à gauche du parti démocrate. Ce nouveau conseil est créé par un gouverneur Clinton et Al
Gore. En 1990 Clinton en Gore publient une déclaration qui revient selon eux sur les enjeux
majeurs des nouvelles politiques progressistes. « il convient de briser les schémas binaires qui
dominent le pays, de dépasser les vieilles querelles partisanes en créant un mouvement centriste
progressiste nourri d'idées nouvelles enracinées dans les valeurs américaines traditionnelles. »
Dès 1980 deux députés travaillistes, Blair et Browm se rapprochent du DLC, ils réfléchissent à une
nouvelle offre idéologique, la troisième voie qui sera théorisée par Giddens dans « par delà la
gauche et la droite ». Progressivement cette volonté de rénovation se diffuse dans les pays
d'Europe continentale et notamment en Allemagne. La réorientation idéologique du SPD s'inscrit
cependant dans une temporalité plus longue. Le SPD est en effet l'un des premiers partis de
gauche en Europe continentale à avoir reconnu la légitimité du principe de l'économie de marché.
Cette reconnaissance a eu lieu en 1959 au congrès de Bad-Godesberg. Cependant lorsque les
socio-démorates allemands sont au pouvoir dans les années 1960 le fonctionnement du modèle
allemand reste profondément encré dans une logique keynésienne. Notamment en raison de la
puissance syndicale des classes ouvrières. Les socio-démocrates développent des politiques
économiques intégrant une dimension sociale, c'est-à-dure prenant en considération la question
de la demande. La véritable rupture survient avec l'accession à la chancellerie de Schoeder en
1998 qui impulse la réorientation du SPD. On assiste à la fin des années 1990 à un tournant
idéologique qui concerne les deux plus anciens partis de masse de l'Europe, qui apparaît dans la
signature en 1999 du manifeste Blair-Schoeder. Ce manifeste est important du point de vue des
offres idéologiques. Il est important pour au moins trois raisons. Il tend à accréditer la thèse d'une
démocratie délestée des anciens clivages idéologiques qui justifie une nouvelle stratégie
électorale. « la marque ce cette nouvelle approche c'est le nouveau centre en Allemagne et la
troisième voie en GB. Les citoyens ont abandonné depuis longtemps la représentation du monde
inspirée du dogme de la droite et de la gauche. C'est à ces gens là que les socio-démocrates
doivent aujourd'hui s'adresser. Le manifeste critique l'aspiration keynésienne des politiques
économiques des États providence. « la dépense publique a atteint des niveaux proches de
l'inacceptable, l'adoption de limites en matière d'imposition et de dépense oblige le secteur public à
se moderniser de façon radicale. Le manifeste confère à priori à l'économie de marché une
légitimité supérieure à celle de l'intervention publique. Par conséquent le rôle essentiel des
marchés doit être complété par l'action publique mais non pas entravé par elle. À partie du début
des années 1920 cette stratégie de recentrage va essaimer dans l'Europe et sera.... une sorte de
laboratoire d'idée et de réflexion destiné à diffuser les expériences de cette nouvelle gauche. Se
rallient à cette stratégie les socio-démocrates néerlandais mais aussi les responsables politiques
suédois. L'un des points d'aboutissement du recentrage de ces forces de gauche est
incontestablement l'avènement de gouvernements de coalition qui voient en Allemagne, en
Autriche, aux Pays-Bas, droite et gauche gouverner ensemble. À ce recentrage de la gauche
correspond le développement de nouvelles offres libérales à droite. Pour comprendre cette
évolution il faut rappeler l'élément fondamental qu'est la tenue en 1938 à Pris du colloque Walter
Lippman qui a pour but de remettre en cause le développement de l'interventionnisme étatique qui
apparaît y compris dans les États les plus libéraux. L'objet de ce colloque est de parvenir à édifier
une forme d'internationale libérale pour contrer le développement de l'internationale socialiste. À
l'époque la critique principale des participants au colloque porte sur les dysfonctionnement du
libéralisme classique. l »idée partagée par la majorité des participants du colloque est que le
socialisme s'est développé en profitant de la pétrification conservatrice du libéralisme traditionnel
qui a été mise au service des intérêts économiques des groupes dominants. L'enjeu est donc de
mettre en œuvre un nouvel interventionnisme dont le but est de rétablir sans cesse les conditions
de la libre concurrence menacée par des logiques sociales qui tendent à l'enrayer. Cette idée est
inspirée d'un courant qui est qualifié d'ordolibéralisme et qui sera lis en œuvre par des
responsables politiques tels que Ehrard. Ce courant de pensée joue un rôle décisif aux origines de
la construction de l'union européenne puisque c'est à l'influence de ce courant que l'on doit la
création d'un marché commun sur le principe de libre circulation et d'échanges. C'est également à
ce courant que l'on doit la mise en œuvre au niveau communautaire d'une politique
institutionnalisée de la concurrence. En contrepartie des français ont obtenu la PAC et la création
de la CECA et de l'embryon de ce qui deviendra EURATOM. L'ordolibéralisme est un mouvement
qui prône l'intervention forte de l'État pour assurer la concurrence au sein des économies de
marché. Aux EU c'est le néolibéralisme qui triomphe au début des années 1970 sous l'influence
des écrits de Hayek et notamment d'un ouvrage publié en 1973 « droit, législation et liberté ».
Dans cet ouvrage Hayek pose le principe de supériorité économique tant sur le plan économique
que sur le plan social. Le marché est décrit comme le moyen le plus juste et le plus efficace
d'harmonisation des comportements, notamment parce que les règles du marché sont considérées
comme impersonnelles, abstraites et objectives. Elles laissent donc les individus libres de choisir
les objectifs qu'ils se donnent et la valeur qu'ils accordent aux choses. L'un des points commun de
cette apparition de nouvelles offres libérales de gauche ou de droite est la remise en cause de
l'intervention publique et plus largement du processus de bureaucratisation administrative.

section 2 : Une bureaucratisation administrative contestée


Cette critique est au moins double. La remise en cause de la bureaucratisation vise en
premier premier lieu les interventions économiques et sociales des États providence. Elle repose
également sur l »idée d'une inefficacité structurelle de l'État qui devient une institution à réformer
une profondeur.

1. La remise en cause des interventions de l'État providence


Les États providence se sont structurés dans le cadre d'économies « nationales »
d'économies relativement fermées dont les pouvoirs publics pouvaient en partie maitriser les
variables. L'ouverture croissante des économies dès les années 1970 réduit de façon singulière la
marge de manœuvre des États. Encore convient-il de préciser que cette dynamique d'ouverture
des économies nationales est le fruit de décisions politiques. L'un des tous premiers exemple c'est
celui de la décision unilatérale de Nixon en 1971 de supprimer la convertibilité du dollar en or,
créant de ce fait un système monétaire fondé sur le flottement généralisé des monnaies. Les
crises économiques des années 1970 vont avoir un rôle de révélateur des difficultés rencontrées
par les États providence. Apparaît alors ce que l'on appelle des crises en ciseau. D'une part les
mesures économiques prises dans le cadre de ces crises dans une logique keynésienne sont
suspectées de favoriser l'inflation et de fragiliser les initiatives privées. D'autre part la crise
économique altère profondément les systèmes de protection sociale notamment dans les système
de type conservateur corporatiste. Le ralentissement de l'activité économique et l'accroissement
du chômage ont pour effet de freiner la progression des recettes fiscales et d'augmenter le poids
des dépenses sociales. C'est dans ce contexte critique que vont se déployer les théories
néolibérales. Ces théories néolibérales vont remettre en cause les politiques économiques
keynésiennes qu'elle soient de régulation ou d'intervention. Aux EU c'est la politique fiscale qui fait
l'objet d'une profonde remise en cause. Dès les années 1970 un certain nombre d'économistes
tentent de démontrer que la pression fiscale est au delà de certains seuils contre-productive pour
l'économie. Notamment en raison des effets dissuasifs qu'elle est susceptible d'avoir sur le
comportement des investisseurs. Dans ce contexte la baisse des impôts apparaît comme un
élément structurel de dynamisation de l'économie qui doit permettre la création de nouvelles
richesses nationales. De façon assez singulière on voit se développer les théorie de Friedman au
niveau de l'UE. L'idée majeure de Friedman représentant de l'école monétariste est que la
circulation excessive de monnaie tend à déprécier leur valeur et devient responsable d'une
inflation préjudiciable au développement de l'économie. Par conséquent la création monétaire doit
être contrôlée par une institution indépendante des États qui sont enclins à financer leur déficit par
la création monétaire. La création en 1998 de la BCE dotée d'un statut d'indépendance et
disposant du monopole de la création monétaire illustre symboliquement les théories de Friedman.
Cette orientation est confortée par le fait que l'action de la BCE repose sur un objectif inscrit dans
les traités de stabilité des prix. Cette politique de la BCE est donc inspirée par les théorie des
Friedman mais également par l'influence ordolibérale et le souvenir laissé par l'hyper-inflation dans
les années 1930 en Allemagne. L'enjeu est également par le maintien de taux d'intérêts élevés
d'attirer les capitaux internationaux voire de faire de l'euro une monnaie de réserve sur le marché
des changes. La contrepartie de cette politique qui a été critiquée par des ministres des finances
de l'eurogroup est que des taux d'intérêt élevés encourages l'épargne et tendent à amoindrir la
compétitivité des produits européens à l'exportation. Le renouvellement de l'offre libérale a tendu à
remettre en cause les politiques d'intervention. L'illustration la plus éloquente c'est le
développement des privatisations. Les années 1980 sont des années d'acclimatation aux
politiques de privatisations, les années 1990 étant la décénnie de leur extension. Une exception en
Europe confirme la règle, celle du RU qui dès le début des années 1990 avait privatisé la moitié de
son secteur public y compris des secteurs considérés comme stratégiques. En France les
premières lois de privatisation ont lieu en 1986 et elles s'amplifient à partir de 1993 pour concerner
les établissements bancaires, les compagnies d'assurance mais également de grandes
entreprises industrielles notamment dans le secteur automobile. Ce programme de privatisation a
connu une spectaculaire amplification sous le gouvernement Jospin entrainant une réduction
drastique du périmètre du service public. Ces privatisations portent en valeur sur un montant
supérieur au cumul du programme de privatisation des gouvernements Chirac et Balladur. Ce
mouvement continue sous l'influence de l'UE. Au delà des politiques économiques se sont les
politiques sociales qui font l'objet de nombreuses remises en cause. Les auteurs néolibéraux
rejettent l'intervention sociale des États et plaident pour un renforcement de l'offre assurantielle
fournie par le marché. Pour Friedman un État correctement géré ne doit pas parvenir à un niveau
de prélèvements obligatoires supérieur à 10% de son PIB. Plus singulière est la reconversion des
partis de gauche en matière de politique sociale qui découle de leur recentrage idéologique. L'idée
majeure de ces partis est de renoncer au caractère automatique des droits sociaux et
d'encourager en matière sociale comme ailleurs la responsabilité individuelle. Pour Giddens les
trois enjeux majeurs des nouveaux travaillistes sont « la flexibilité accrue du marché du travail, la
réforme des systèmes de protection sociale et l'encouragement à l'activité au détriment d'un
simple programme de redistribution. Ne fait plus partie de cette offre la question de la qualité, de la
nature de l'offre de travail créée dans le système économique mondialisé. L'idée est pour ces
partis d'activer les dépenses sociales.

2. L'impératif de modernisation de L'état


Les politiques de modernisation de l'État se sont particulièrement développées à partir des
années au 1980 au point que des directions ministérielles ont été créées afin d'assurer la mise en
œuvre de ces politiques. Ces politiques se sont développées sous l'influence des théories
néolibérales et notamment d'une école, l'école du choix public. La remise en cause du processus
de bureaucratisation administrative est aussi le fait d'une partie de la gauche, et notamment de la
deuxième gauche représentée par Rocard ou Rosanvallon. Deuxième gauche qui développe une
critique de la bureaucratie sans pour autant considéré le marché comme un substitut idéal. Cette
deuxième gauche défend le rôle du tiers-secteur, de l'ensemble des groupes sociaux dont la
création résulte de la libre initiative des individus. Ce tiers-secteur échapperait à la logique du profit
mais également à celle de le bureaucratisation incarnée par les États totalitaires et elle
constituerait un moyen de gestion idéale des des services d'intérêt collectif, l'administration ne
conservant que les taches qu'elle est à même de mettre en œuvre le plus efficacement selon le
principe de subsidiarité. Les politiques de modernisation de l'État se divisent grossièrement en
deux types. D'une part apparaissent des politiques manageriales inspirées des théorie anglo-
saxonne de la nouvelle théorie de management public. La seconde revoie à des réformes plus
institutionnelles sans nécessairement emprunter la voie de la gestion privée. Les réformes
managériale visent à transposer dans le fonctionnement même de l'État des pratiques utilisées
dans les services privés. Le niveau le plus extrême de ces politiques est celui de la suppression
des effectifs. L'État qui est allé le plus loin dans cette politique est la nouvelle-Zélande dans les
années 1980 et qui a divisé à trois en une dizaine d'années le nombre de ses fonctionnaires.
D'une façon plus générale le principal grief émis par les théoriciens du nouveau management
public à l'encontre de la bureaucratisation est de n'être soumis à aucun moyen de contrôle qualité-
prix. Cette idée est l'une de celles défendues par l'école du choix public dont le plus important
représentant est James Niskanen. Pour ces théoriciens les interventions publiques ne s'expliquent
pas par la quête de l'intérêt général mais avant tout par les profits qu'en retirent un certain nombre
de groupes sociaux parmi lesquels les élus mais également les fonctionnaires qui se conduisant
en acteurs rationnels cherchent en permanence à maximiser leurs propres ressources. Elle érige
le citoyen au rang de consommateur de services ce qui implique la mise en place d'une évaluation
systématique de toute dépense publique en termes de cout-bénéfices. De ce point de viue l'un des
États qui est allée le plus loin est le RU avec le lancement en 1988 dans le cadre duquel il est
demandé aux fonctionnaires de se sentir redevables au près des usagers ocnsidérés comme des
individus se trouvant face aux prestations de l'État comme un client face à une entreprise. Sont
créés à cet effet des agences exécutives qui sont pilotées par un directeur en grande majorité
recruté hors de la fonction publique nommé pour 5 ans et responsable individuellement des
performances de son agence sur la base d'un contrat signé avec l'administration. On retrouve ici
une mesure transversale qui est le transfert de la mise en œuvre des politiques publiques à des
structures indépendantes ou décentralisées. C'est ce que les théoriciens du choix public dénomme
la dissociations des responsabilité stratégiques et opérationnelles. Ces politiques managériales ont
été accueillies et évaluées de façon diverses. Pour certains auteurs ces politiques de
modernisation ont pu avoir un effet positif notamment au niveau de la clarification des objectifs des
administrations et diffusion au sein de l'administration d'une culture de projet. Cette évolution
positive suppose un préalable, une condition, une véritable délibération contradictoire entre élus,
fonctionnaires et managers. Notamment pour prendre en compte la spécificité des enjeux du
secteur public. D'autres travaux plus critiques ont insisté sur les risques liés à la diffusion d'une
pure et simple culture du chiffre au sein des administrations et notamment au sein des
administrations régaliennes. Le parti conservateur britannique a qualifié le gouvernement de Blair
de control freek en raison de la lourdeur du dispositif d'évaluation institué. La seconde catégorie
sont les politiques institutionnelles, on retrouve dans le cas de ces politiques des actions qui visent
à renforcer la participation des fonctionnaires au fonctionnement de leur service, mais surtout c'est
la mise en avant de l'impératif de transparence administrative. Cet impératif s'est développé y
compris dans les États considérés comme les plus bureaucratiques. Cet impératif de transparence
est incarné par la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec
l'administration et l'arrêt CE 29 avril 2002 qui reconnaît le caractère de liberté publique la liberté
d'accès aux documents publics. C'est dans le cadre de cette évolution que le CE a saisi la CJCE
sur la question de la confidentialité des zones de disséminations des OGM. Dans un arrêt de
février 2009 la CJCE a estimé que la sécurité des biens ne pouvait justifier l'absence de
communication aux citoyen des informations sur la localisation de ces zones. Il existe au sein de
l'administration des zonées étendues de confidentialité, liée notamment aux politiques de sécurité
mais l'impératif de transparence administrative a connu des évolutions profondes liées à la
transformation du rôle des administrations. Par exemple le développement des fonctions de
médiation ou le développement considérable de l'administration électronique. D'une façon
générale on assiste progressivement à ce que Bezes dénomme la financiarisation de la question
administrative, à l'orientation managériale des réformes de l'administration. En 2005 le
gouvernement de Villepin a attribué le porte-feuille de la réforme de l'etart au ministère des
finances alors qu'il avait été toujours placé sous l'autorité du ministère de la fonction publique. Au
début des années 2000 l'OCDE publiait un rapport mettant en garde les responsables politiques
en insistant sur le danger que les facteurs qui constituent pas leur ensemble ce qui est
caractéristique des services publics ne fasse l'objet d'aucune restriction ou soit tout simplement
considéré comme un problème de bureaucratie qui doit être réformé. Pour prendre la mesure de
l'évolution du rôle des États il est aujourd'hui indispensable d'insérer la variable internationale.

Section 3 : L'autonomie relative des États sur la scène internationale

1. L'hypothèse d'érosion de la souveraineté étatique


Cette hypothèse est développée essentiellement par deux courants, l'approche libérale qui
estime que l'on assiste à une dynamique institutionnelle d'érosion de la souveraineté des États,
cette approche défend l'idée que se développe des interventions de nature multilatérale
susceptibles le cas échéant d'éroder la souveraineté des États. Une seconde école qualifiée de
transnationaliste considère que la mondialisation participe à la création d'acteurs nouveaux
transnationaux qui remettent en cause les politiques publiques nationales

a. la dynamique institutionnelle : l'approche libérale


Les États sont confrontés sous la période contemporaine à l'aunomisation d'acteurs qui
encadrent leurs interventions. Il s'agit essentiellement des organisations internationales. Ce
développe également l'action des CT qui tendent ) contourner les États par le bas. L'idée majeure
de l'approche libérale est que les relations internationales peuvent être organisées, régulées. Elles
peuvent faire émerger de véritables politiques publiques internationales. Les organisations
internationales peuvent exercer de véritables contraintes sur leurs États membres. En d'autres
termes on peut assister à une forme de transfert du monopole de la contrainte. Par exemple
l'organe de règlement des différends de l'OMC peut imposer des taxes à des pays qui
contreviendraient au principe de libre échange en matière commerciale. Parallèlement au
développement de ces organisations internationales au niveau mondial ou régional on assiste à
une très forte territorialisation de l'intervention publique y compris dans les États les plus
centralisés comme la France qui a constitutionnalisé le principe de décentralisation. Cette
dynamique de territorialisation a pu prendre la forme dans certains pays d'un quasi-fédéralisme.
L'un des points intéressent est que les dynamique d'internationalisation et des territorialisation
tendent à d'entretenir mutuellement. C'est que montre le cas de l'UE. La formation de l'UE
constitue pour les régions et les villes une source de nouvelles possibilités d'intervention. Les
ressources qu'offre l'UE aux CT sont nombreuses. De façon précoce les villes et les régions se
sont structurées en groupes d'intérêt pour peser sur les décisions de l'UE. Les villes européennes
ont fondé des réseaux d'intervention, le groupe eurocités par exemple créé en 1986 qui ont limité
pour la mise en place et le maintien de programme spécifiques d'initiatives communautaires.
Certaines villes ont installé de véritables délégations à Bruxelles. Par ailleurs le comité des régions
est jne institution qui a été créée par les Lander allemands. Dans certains lander allemands ont été
mise en place des administrations spécialisées sur les questions européennes à tel point que
certains auteurs y voient des formes d'échelon déconcentré de la commission. Or la commission
européenne a expressément encouragé la mise en place de ces réseaux afin de bénéficier
d'informations, de favoriser les interactions transnationales et de trouver des relais compensant la
faiblesse numérique de sa propre administration.

b. Les processus informels : les approches transnationales


L'idée fondamentale de ces approches est que l'interdépendance croissante des relations
internationales tend à remettre en cause les sentiments d'appartenance et notamment le sentiment
d'identification nationale. Ce sentiment tient à devenir un lien d'allégeance parmi d'autres. Les
citoyens peuvent nouer des relations à travers des organisations de la société civile internationale,
au travers de mouvement confessionnels ou diasporiques qui tendent à se structurer avec
l'accélération des échanges internationaux. La période contemporaine voit pour de multiples
raisons ces relations s'accélérer et s'intensifier. La scène internationale est devenue multicentrée,
les États subissant en permanence la pression d'acteurs et de flux transnationaux de différentes
natures. Le monde des États doit par conséquent composer avec ce nouveau monde multicentré.
Pour Burton le fondement des relations internationales ne réside pas dans la puissance mais dans
les communications qui tendent à s'accélérer. Ce qui caractérise la scène internationale c'est
l'intensification des échanges entre les acteurs qui fait qu'un phénomène se produisant en un point
peut facilement s'étendre à tous les autres. Ce modèle s'oppose au modèle dit des boules de
billard. Selon ce modèle les États apparaissent comme des entités fermée, homogènes qui
s'entrechoquent sur la scène internationale. On assisterait aujourd'hui à émergence d'acteur
globaux qui se jouant des frontières nationales influencent en profondeur la politique des États. La
exemple la montée en puissance considérable des FMN qui est mesurable par l'évaluation des
investissements directs à l'étranger. Ces investissements se sont particulièrement développés
dans les années 1990 et 2000 pour atteindre le chiffre record en 2007 de 1833 milliard de dollars.
Le nombre de FMN des années 1970 aux années 2000 est passé de 7000 environ à 80000 en
2007. ce développement des FMN tend à placer au cœur des enjeux économiques la recherche
de la compétitivité. Selon lui on serait passés d'un configuration internationale dans le cadre de
laquelle domine la question de l'échange des biens et des services à une configuration
multinationale marquée par la mobilité de la production des biens et des services. Dans la
configuration internationale c'est l'équilibre de la finance commerciale d'un pays qui constitue le
facteur primordial. Dans la configuration multinationale c'est l'augmentation de la part de marché
d'un produit donné au niveau mondial qui constitue le critère majeur et qui explique en partie la
reconfiguration de l'intervention des États autour de la promotion des champions nationaux, de
firmes implantées nationalement mais devant se positionner au niveau international.

2. L'hypothèse de résistance des États : l'approche réaliste


Cette approche est fondée sur 4 principes desquels découlent 4 conséquences logiques.
Premier principe, le système international est caractérisé par un état d'anarchie, il n'existe aucune
autorité supranationale susceptible d'empêcher le recours à la violence armée. Second principe
des acteurs principaux des relations internationales sont des groupes de conflits et plus
précisément des États nations organisés territorialement. Troisième principe, les États nation
cherchent à maximiser leur intérêt nationale sur la base de politiques de puissance. Quatrième
principe, seul un équilibre entre ces politiques de puissance peut assurer un ordre nécessairement
précaire des relations internationales. De ces 4 principes découlent 4 conséquences logiques.
D'abord la guerre apparaît commun instrument légitime des relations internationales, c'est une
réalisation des relations politiques par d'autres moyens. C'est en quelque sorte un droit à l'excès
reconnu aux politiques. Ensuite les organisation internationales ne sont pas des organisations
autonomes car elles agissent par l'intermédiaire des États. Les ONG sont considérés comme des
acteur secondaires voire instrumentalisables. Ensuite les éventuels succès du droit international
sont fonction de leur conformité aux intérêts des États les plus puissants. Enfin, la politique
extérieure prime sur la politique intérieure, elle prime également sur les politiques économiques.
Les réalistes parlent de haute politique. La prise en compte de l'opinion publique est un obstacle à
bonne conduite des relations diplomatiques.

Leçon 6 : La reconversion des politiques économiques : La


notion « d'État régulateur » en questions
L'intensification des échanges économiques sur la scène mondiale a produit sur les États
des effets contradictoires. Il est possible de dire que les États ont subi une érosion particulièrement
marquée de leur souveraineté en matière financière. Dans le domaine commercial inversement on
voit apparaître des formes de résistance qui entraves le multilatéralisme, le développement de
politiques sous l'impulsion d'organisation internationales. Le domaine monétaire est hybride
puisqu'il est caractérisé à la fois par la libéralisation des échanges monétaires mais parallèlement
ce domaine monétaire est marqué par des interventions des États de façon plus ou moins directe,
politiques de change, intervention sur les taux d'intérêt.

Section 1 : Les enjeux monétaires et financiers


Ils sont marqués par une série de déséquilibres majeurs. Déséquilibres majeurs qui
fournissent des arguments inédits à la théorie libérale, qui se prononce en faveur d'un
renforcement de la régulation internationale, de la création de politique financières et monétaires
mondiales ou régionales.

1. Les déséquilibres des systèmes monétaires et financiers


internationaux
Deux sources de déséquilibre apparaissent au niveau des systèmes monétaires et
financiers internationaux. Le premier porte sur la balance de paiement des États, l'ensemble des
flux économique que les résidents d'un État entretiennent avec le reste du monde. Ce déséquilibre
résulte directement de la très faible coordination des politiques monétaires des États. La seconde
source de déséquilibre est liée à l'extension considérable du rôle des acteurs financiers
transnationaux dont l'intervention a des effets sur la souveraineté des États. De ce point de vue on
peut dire qu'en matière financière c'est l'approche transnationale que semble la plus pertinente
même si se sont les États qui ont autorisé ces acteurs financiers transnationaux.

a. Des relations asymétriques


Les politiques monétaires contemporaine ne peut être comprises sans rappeler le système
qui prévalait au lendemain de la SGM. Il s'agissait du système de Breton Woods qui a réuni une
quarantaine d'États qui ont établis un certain nombre de principes afin de stabiliser les échanges
commerciaux internationaux et d'éviter que se produise une crise aussi importante que celle de
1929. Dedans figurait le principe de la stabilité du taux de change et par ailleurs le principe de la
convertibilité d'une seule monnaie en or, le dollar. Dans ce cadre c'est la monnaie américaine qui
devient la monnaie d'échange mais elle est convertible en or. À cette époque les EU disposaient
des ¾ des réserves mondiales d'or. Le 15 aout 1971 Nixon met fin à ce système en suspendant le
convertibilité du dollar en or, décision qui sera entérinée en 1976 à l'occasion des accords de la
Jamaïque qui instituent un système flottant de devises. Cette décision est liée à la dégradation de
la situation économique des EU dans le contexte d'intensification de la guerre au Veit-Nam. La
politique de création monétaire qui visait à répondre à ces problèmes a entrainé une dévalorisation
de la monnaie et surtout à encourager les États à convertir leurs réserves de dollar en or. Lorsque
la pression n'a plus été supportable Nixon a décidé de fermer le robinet de l'or. La diffusion des
principes du consensus du Washington mais également l'intensification des échanges ont
provoqué une forme de division du travail, une spécialisation des politiques économiques.
Théorisé par Ricardo et Samuelson. Cette spécialisation des politiques économiques a abouti a
des stratégies de développement que l'on peut classer en trois catégories. La première est celle
de voie anglo-saxonne du capitalisme financiarisé, catégorie dans laquelle on retrouve les Eu et le
RU mais également des pays qui se sont inscrits plus récemment dans cette logique financière
comme l'Irlande ou l'Espagne. La seconde catégorie peut être qualifiée de trajectoire mercantiliste
des pays à bas de main d'œuvre. Se sont des politiques fondées essentiellement sur l'exportation
dont la Chine est le symbole, mais également la Corée du sud. Il est intéressant de constater que
les États occidentaux qui s'inscrivent dans cette voie doivent souvent consentir en raison des
tensions liées à la mondialisation à une forme prononcée de modération salariale et à une remise
en cause des politiques sociales des États providence. Cette évolution est illustrée par
l'Allemagne, pays dans lequel l'on a assisté dans les années 2000 à une véritable glaciation
salariale. La part salariale est passée de 66% en 2000 à 62% en 2007. la troisième catégorie est
un stratégie qui repose sur un renouveau des États rentiers, d'États disposant d'importantes
réserves de ressources naturelles, pays qui bénéficie de l'industrialisation des pays émergeant. Le
déséquilibre majeur apparaît entre les EU et la Chine. Le secteur financier joue un rôle
fondamental dans la politique économique américaine, ce rôle est important tant au niveau interne
qu'au niveau international. Au niveau interne il joue un rôle décisif de soutien à la consommation
qui représente près de 70% du PIB aux EU. Soutien à la consommation d'autant plus important
qu'il se déroule dans un contexte de déflation salariale liée à la désindustrialisation mais aussi à la
productivité. Au niveau international le secteur financier joue un rôle capital car il doit compenser le
déficit cumulé de la balance des paiements américaine. Ce déficit est lié au très haut niveau
d'endettement de l'ensemble des acteurs économiques. Les EU doivent donc attirer des capitaux
étrangers pour compenser le très faible taux d'épargne national. L'épargne étrangère entre 2000 et
2005 a atteint le niveau de 50% de l'épargne disponible aux EU. Ce taux très élevé est lié aux
effets de l'entrée de la Chine dans l'OMC et également aux deux interventions américaines en
Afghanistan et en Irak. Ces deux interventions accroissent le déficit commercial et le déficit
budgétaire. Le FMI estime que les EU captent environ 50% de l'épargne au niveau mondial. Cette
stratégie a été choisie par le RU qui joue aujourd'hui un rôle d'intermédiation financière en attirant
lui aussi des flux de capitaux qu'il transforme en actifs financiers complexes. Cette stratégie abouti
à des résultats comparables à ceux observés aux EU, l'emploi manufacturier y a ainsi baisé de
30% entre 1998 et 2007. On note également un accroissement très important du déficit
commercial. La part du RU dans le commerce mondial a été divisée par deux entre ces deux
dates. Cette stratégie est risquée dans la mesure où si le pays devient moins attractif au niveau
international le déficit commercial n'est plus compensé et l'on assiste à une crise de la balance des
paiements. Les EU ont pu maintenir cette stratégie notamment dans les années grâce à l'achat
massif par les pays asiatiques de bons du trésor américain. Ces achats massifs ont permis de
maintenir des taux d'intérêts bas et par conséquent de maintenir le niveau de consommation aux
États-Unis favorisé par l'endettement. Les pays asiatiques ont également accumulé dans des
proportions considérables des réserves de change en dollar. En quatre années seulement 8 pays
d'Asie ont plus que doublé leur réserve de change en dollar. Ces États globalement pauvres
socialement sont devenus les créanciers de l'État le plus riche économiquement dans la période
contemporaine. Cette évolution entraine un certain nombre d'effets pervers car l'argent qui est mis
en réserve par les pays asiatiques n'est pas investi dans des projets de développement interne
dans des pays qui souffrent souvent d'un déficit d'infrastructures collectives. D'autre part ce
déséquilibre tend à renforcer la dynamique d'endettement d'États qui comme les EU disposent de
taux d'intérêts extrêmement attractifs. C'est l'un des changements majeurs par rapport au système
de Bretton Woods. La situation économique internationale se déroule dans un contexte
structurellement déflationniste. L'inflation est contenue à la fois par la compétitivité et par la
politique monétaire de ces pays qui permettent aux EU de bénéficier de taux d'intérêt très faibles.
La raison principale de cette reconversion est la crise internationale des devises de 1997, l'une
des crises les plus importante qui a commencé en Thaïlande puis en Russie puis se terminer en
Argentine avec des effets sociaux extrêmement importants. La stratégie mercantiliste repose pour
nombre de ces pays sur la volonté d'accumuler des réserves de change en dollar pour le cas
échéant, en cas d'attaque spéculative sur leur monnaie pouvoir racheter avec ces dollars leur
propre monnaie. Mais l'autre phase du problème est de maintenir un taux de change suffisamment
faible pour consacrer leur compétitivité à l'exportation. C'est la raison pour laquelle par exemple la
Chine refuse partiellement le système instauré par les accords de la Jamaïque et ancre sa devise
au dollar. En conclusion le système monétaire international est caractérisé par une absence de
coordination des politiques monétaires qui maintiennent les déséquilibres économiques
internationaux.

b. L'autonomie croissante des acteurs financiers transnationaux


Ces acteurs financiers transnationaux se sont essentiellement les banques
d'investissement, les fonds d'investissement, se sont aussi le développement des agences de
notations qui évaluent les risques de différents actifs. Ces acteurs ont bénéficié de l'accroissement
du rôle joué par les paradis fiscaux. Ces acteurs peuvent on raison de la souveraineté des États
en raison notamment de l'importance des positions qu'ils prennent sur les marchés financiers
monétaires et financiers. Ces interventions reposent sur des techniques complexes mais les deux
principales sont l'effet de levier d'une part et les ventes à découvert d'autre part. L'effet de levier
permet d'accroitre la rentabilité d'un placement en augmentant le volume de l'endettement. La
vente à découvert c'est une forme de spéculation fondée sur le pari que les prix d'une action, d'une
obligation ou que la valeur d'une monnaie vont baisser. Ces ventes à découvert se font à partir de
titre empruntés. (voir document). L'intérêt de l'effet de levier est de pouvoir libérer des fonds
propres et répéter les opérations. La vente à découvert est risquée, sont apparus des nouveaux
produis d'assurance, les produits dérivés, dans le cadre de la souscription de ces produits
d'assurance des acteurs financiers s'engagent à couvrir les pertes éventuelles liées aux paris
spéculatifs. Le problème majeur c'est que les pertes sont potentiellement illimitées. L'autre
problème est que les acteurs financiers qui proposent ces assurances n'ont pas toujours les
contraintes de fonds propres que les autorités internationales exigent des banques. Lorsque
survient un évènement de crédit les établissements vendeurs de produits de couverture peuvent
se révéler insolvables. C'est ce qui s'est produit avec AIG qui avait proposé des produits
d'assurance sur les Subprimes à un certain nombre de partenaires financiers dont de grandes
banques d'investissement. Le risque de perturbations des relations économiques internationales
est démultiplié quand les ventes à découvert s'appuient sur un effet de levier. L'exemple le plus
connu est celui de la spéculation de Soros sur la livre sterling. Au début des années 1990 le
directeur de la FED Greenspan maintien une politique monétaire d'expansive pour lutter contre la
crise des caisses d'épargnes. La conséquence est que le dollar subissait une dévaluation et
notamment par rapport au Mark allemand. Or le système monétaire européen imposait des
marges de manœuvre étroites entre les monnaie européennes et le Mark. Elles restreignaient leur
fluctuation. La dévaluation du dollar pesait fortement sur les pays exportateurs, et notamment du
RU qui n'avait pas encore amorcé totalement son tournant vers la stratégie de financiarisation.
Pour maintenir le régime de change la bundesbank devait accepter de soutenir la livre sterling par
exemple en achetant de la livre avec des marks. Soros a fait le pari que l'Allemagne refuserait ce
soutient au RU. Et à partir du moment où sa conviction a été établie il décide d'enclencher le pari
spéculatif. Les fonds spéculatifs apparaissent comme des détecteurs de failles dans les
économies qu'ils tentent par leurs pratiques spéculatives d'amplifier ou de faire advenir. En 1992
Soros emprunte au près des banques d'investissement des lignes de crédits pour 15milliards de
dollar de livres sterling afin d'acheter du mark. En clair Soros vend des livres sterling à découvert
sur la base d'un endettement. La stratégie réussit puisqu'en deux semaines la banque d'Angleterre
dépense 50 milliards de dollar pour défendre sa monnaie. L'échec de cette stratégie attise la
spéculation et en contexte de crise économique la banque centrale ne peut pas utiliser son dernier
instrument qui est la hausse des taux d'intérêt. Après trois journées d'intense spéculation la livre
sort du système européen et se déprécie de 11% par rapport au Mark. Soros empoche 1 milliard
de dollar. L'un des enseignements que l'on peut tirer est que l'affirmation selon laquelle les fonds
spéculatifs ne sont que des gérants d'actifs qui lubrifient les marchés en apportant de la liquidité
est fausse. Les fonds spéculatifs peuvent entrainer le marché dans un sens propice à leurs
intérêts. Certains économistes libéraux considèrent que l'intervention spéculative sur la livre a
permis de restituer une certaine forme de compétitivité au RU. En réalité l'action des fonds
spéculatifs peut entrainer des conséquences sociales beaucoup plus lourdes. C'est précisément le
scénario qui est advenu dans la crise de 1997. Cette crise de 1997 a son épicentre en Thaïlande,
ce pays a connu dans les années 1990 un taux de croissance extrêmement fort qui a entrainé un
développement de l'économie thaïlandaise mais également une augmentation des salaires, une
hausse des importations et par conséquent une perte de compétitivité économique au regard des
fonds d'investissement. Dans ce contexte la demande de monnaie thaïlandaise chute
considérablement, les investisseurs se dirigeant vers des pays plus compétitifs. Le seul moyen
pour la banque centrale d'enrayer cette chute c'est de racheter sa monnaie en utilisant des
réserves de dollar, mais ces réserves sont d'une importance relative. Le gouvernement choisi de
ne rien faire. Les effets de la spéculations sont ici extrêmement puissant la monnaie sera dévaluée
de moitié et cette crise s'est rapidement étendue à l'ensemble de l'Asie du sud est les
investisseurs craignant la dévaluation de l'ensemble des monnaies de ces pays. Ce sont ces
évènements qui entrainent la reconfiguration de l'économie de ces pays en un modèle
mercantiliste. Les interventions des fonds spéculatifs l'intervention des fonds spéculatif comporte
des dangers en ce qu'elle est susceptible de comporter des risques systémiques. Un premier
avertissement était intervenu avec la faillite du fonds spéculatif LTCM en 1998 qui a obligé la FED
à baisser ses taux d'intérêt. La faillite du fond Carlyle en 2007 a mis en faillite la banque ***. Les
risques se sont diffusés en raison de l'élargissement progressif de la clientèle des fonds
spéculatifs. À l'origine ces fonds géraient essentiellement les fortunes individuelles les plus
importantes or progressivement les investisseurs institutionnels ont engagé leurs fonds dans un
certain nombre de fonds spéculatifs. Il en est résulté des pertes importantes le plus connu étant le
fonds Calpers qui a perdu 20% de ses actifs. Les fonds spéculatifs ne seraient rien sans les
établissements bancaires qui les alimentent en liquidités. Or ces établissements bancaires ont
développé une technique dite de titrisation qui est une activité qui permet de reconditionner des
crédits et de les sortir de son bilan bancaire pour les vendre à des acteurs tiers. Les banques
d'investissements ont augmenté la probabilité des risques systémiques en pratiquant par ailleurs le
trading sur fonds propres, ont spéculé sur les propres titres qu'elles reconditionnaient. On retrouve
des asymétries d'information sur les marchés financiers parce que les banques d'investissement
apparaissent à la fois comme juges et parties. Elles spéculent sur des produits qu'elles ont elles
mêmes reconditionnées. Ces banques rémunèrent pat ailleurs les agences de notation chargées
d'évaluer la qualité ***. ces établissements bancaires constituent de véritables oligopole sur les
marchés financiers, des concentrations extrêmes, et ils disposent d'un pouvoir de marché sur
certains segments du crédit et notamment sur celui des produits dérivés. C'est ce qui explique
l'argument utilisé par ces acteurs selon lequel ces entités sont trop importantes pour faire faillite.

2. Une régulation internationale défaillante

a. La démultiplication des crises internationales


Les pratiques précitées des acteurs financiers ont été à l'origine autorisées par les États. Et
singulièrement par les États qui ont opté pour une stratégie financiarisée. Aux EU l'année 199 a
été marquée par l'abrogation du glass steagall act qui était une mesure instituée sous le new deal
qui visait à séparer les bznque d'investissements des banques de dépôt pour éviter qu'un risque
systémique ne se propage aux épargnants. Cela a favorisé la création de groupes financiers de
taille critique. À partir des années 1980 une association de banquiers ISDA a exercé un puissant
Lobbiing pour empêcher la régulation du secteur des produits dérivés. Cela explique que ce
marché soit négocié sans régulation, se sont des marchés de gré à gré. L'absence de régulation
est également illustré par l'emprise croissante dans les relations internationales économiques des
paradis fiscaux. Un certain nombre d'administrations aux EU ont plaidé au milieu des années 1990
par exemple le GAO pour une régulation plus poussée des produits dérivés. Face à cette
demande de régulation l'ISDA va triompher et Greenspan a fondé sa décision sur l'autorégulation
des marchés financiers. L'autre limite apparaît dans l'absence d'intervention des banques
centrales. Tout ce passe comme si les banques centrales et notamment la BCE étaient restées
calées sur le modèle de Bretton Woods, focalisé essentiellement sur le risque d'inflation des biens
et des services. Les banques centrales ont été incapables de détecter la formation des bulles
spéculatives et l'ampleur inédite des liquidités mobilisées via les fonds spéculatifs. Il faut rappeler
que les États qui défendaient la thèse friedmannienne de lutte contre l'inflation par le contrôle de la
masse monétaire sont aujourd'hui les États qui pratiquent de la façon la plus poussée la création
monétaire. Cette création monétaire est très largement improductive puisqu'elle vise
essentiellement à maintenir les taux d'intérêt à des niveaux peu élevés alors même que le bilan
des banques centrales se dégrade dans des proportions considérables. Au niveau international les
règles mises en place par la banques de règlements internationaux (BRI) sont apparues en
décalage avec des crises monétaires et financières des dernières années puisque les règles de
Bale ont du être adaptées à la suite de la crise des devises, sont entrées en vigueur en 2006 pur
être directement confrontées à la crise des subprimes. La régulation passe pour les différents
intervenant passe par des mesures applicables au différents acteurs ayant une part de
responsabilité dans les crises internationales. Les premières mesures concernent les
établissements bancaires. Parmi ces mesures figure notamment la volonté de limiter la titrisation,
les banques doivent revenir au modèle bancaire traditionnel et conserver les emprunts jusqu'à leur
terme. L'autre mesure concerne les traders, et notamment l'idée d'instaurer des malus en cas de
perte financière, pour limiter la prise de risque et des prises de positions trop importantes. Il y a
des mesures concernant les fonds spéculatifs, l'une des idées évoquée est la nécessité
d'enregistrement des fonds spéculatifs mais également l'imposition d'un niveau minimal d'un
niveau de ressources propres afin d'éviter que leurs défaillances ne se répercute sur les banques.
La troisième idée concerne est le rôle que les banques centrales sont susceptibles de jouer sans
la détection des bulles spéculatives, dans les nouvelles formes d'inflation caractéristiques du
système financier contemporain. Pour un certain nombre d'autres économistes cette mesure est
difficilement applicable car le repérage des bulles spéculative est un instrument trop tardif. Il
propose un autre type de mesure, qui consiste à procéder à ce qu'il dénomme un dédoublement
de la politique monétaire, il s'agirait de maintenir des taux d'intérêt relativement bas pour les
acteurs de l'économie réelle, et de maintenir des taux d'intérêt élevés pour contenir les activités
purement spéculatives. Et notamment pour limiter la formation de nouvelles bulles dans un
contexte de crise. En l'absence d'une telle politique le banquier central est obligé de maintenir des
taux d'intérêt peu élevés.

b. les enjeux du multilatéralisme monétaire


Les politiques monétaires contemporaines voient se démultiplier des accords de
coopération entre différents États au niveau régional, des accords de coopération semblent
accréditer la thèse libérale. Ces accords on les voit apparaître dans les pays asiatiques autour de
la Chine dans les Pays de l'ASEAN, en Amérique latine et également entre pays du sud. Certains
auteurs considèrent que cette régionalisation des politiques monétaires permettrait un
rééquilibrage des relations économiques. Or l'exemple de la zone euro rappelle la difficulté
d'intégrer des politiques monétaires sans coordonner les politique budgétaires. La zone euro se
caractérise par un modèle hybride entre une coopération entre États pour les politiques
budgétaires extrêmement souple et une véritable fédération pour la monnaie. Cette opposition
entre une logique inter-étatique et une logique fédérale fait naitre des déséquilibres au sein des
pays de la zone euro. Ce décalage a favorisé les stratégies d'endettement de ces pays qu'elles
soient de nature publique ou privée. Pour dépasser ce paradoxe un certain nombre d'auteurs
militent pour la création de monnaies de réserve internationales. Cette monnaie internationale ne
doit pas être indexée sur la puissance des États, elle est assez différentes des droits de tirage
spéciaux du FMI puisqu'ils sont accordés en fonction de la puissance de chaque État au sein du
FMI. Le principe de cette monnaie de réserve internationale c'est de jouer un rôle d'amortisseur
des crises monétaires et financières et de stabilisateur dans un contexte monétaire marqué par
une très forte volatilité. Il s'agit de conserver une réserve monétaire bénéficiant d'un taux fixe
permettant de se protéger contre la volatilité des taux de change. Il s'agit plus profondément de
reconnaître à la monnaie un statut de bien public et non de simple marchandise et de la considérer
comme un élément vital de développement des échanges économiques.
Section 2 : Enjeux commerciaux
Les politiques au niveau international laissent apparaître sous une apparence de
multilatéralisme d'une part de nombreuses asymétries entre pays développés et pays en
développement et d'autre part des politiques économiques fondées sur un degré d'ouverture très
sélectif. On assiste en matière commerciale à un retour des États notamment depuis la montée en
charge depuis les années 2000 des pays émergeants.

1 : L'enlisement du multilatéralisme
Les difficultés qui apparaissent au niveau du commerce international peuvent apparaitre
paradoxales dans la mesure ou il s'agit du domaine précisément caractérisé par un fort
multilatéralisme. Il est incarné par l'OMC qui dispose d'instruments contraignants tel que l'organe
de règlement des différends. Au niveau régional on assiste à la démultiplication d'accords de
coopération entre États. Les politiques commerciales font apparaître de nombreux déséquilibres et
de nombreuses tensions qui culminent en 2003 avec la rupture du cycle de négociation de l'OMC,
le cycle de DOHA. Parallèlement on assiste au cour des années 2000 à l'apparition de critiques du
consensus de Washington et ces critiques on les retrouve parfois même au sein même des
institutions (BM, FMI, OCDE) qui en on été longtemps les plus vives partisanes.

a. Un développement économique improbable : les désillusions du cycle


de l'Uruguay à la rupture du cycle de Doha
L'histoire générale des négociations commerciales révèle la nature asymétrique des
relations entre États ou plus exactement le rôle déterminant de la maitrise des agendas de ces
négociations par les pays développés. Les cycles de négociation du GATT se sont très
progressivement élargis mais ont systématiquement retardés l'ouverture de secteurs jugés
prioritaires par les pays en développement. Parmi ces secteurs on peut en citer deux, le textile et
l'agriculture. Le domaine du textile a valeur d'exemple car l'accès aux marchés occidentaux a
longtemps été conditionné à un accord, dénommé accords ***, cet accord multifibre obligeait les
pays en développement à négocier bilatéralement des quotas fixant un seuil maximal d'exportation
dans les pays développés sans exiger pour autant de réciprocité de la part des États développés.
Le cycle de l'Uruguay qui va donner naissance à l'OMC avait fait naitre l'espoir d'un rééquilibrage
dans la mesure où il prévoyait des réductions d'obstacles tarifaires aussi bien en matière
industrielle qu'en matière agricole. Les évaluations de ce cycle économique ont fait apparaître
qu'un réalité l'essentiel des gains économiques de ce cycle se répartissaient entre les pays
développés et les pays en développement disposant de fortes capacités d'exportation. En
revanche certaines régions ont accusé des pertes. L'une des rares avancées en matière de
multilatéralisme est la signature d'un accord dans le domaine du textile qui conduit en 2005 à
l'abrogation de l'accord multifibre, à la libéralisation intégrale du secteur. L'un des raisons majeures
du déséquilibre entre pays développés et pays en développement est le maintien de droits de
douane élevés mais surtout la politique de subvention des pays développés notamment à leurs
agricultures. Cette politique de subvention concernent environ 50% de la production agricole. Le
cycle de Doha lancé au début des années 2000 visait à lever les doutes des pays émergeant et
des pays en développement. En réalité ces négociations ont fait émerger une contestation
profonde relayée par la Chine et par l'Inde qui s'est matérialisée par leur retrait de la conférence
ministérielle de l'OMC en septembre 2003. Les différends avec les pays développés portaient sur
deux plans. Le premier différend portait sur le domaine agricole et notamment sur le refus par les
pays occidentaux d'instaurer un mécanisme de protection qui visait notamment à protéger les
petites exploitations agricoles. Il s'agissait d'augmenter les droits de douane sur les produits
susceptibles de nuire à cette culture vivrière. Les EU en 2002 venaient de relever le seuil de leurs
subventions agricoles par le Farm Bill et que l'année suivante, en 2003 la PAC de l'UE maintenait
à niveau à peu près constant ses subventions. Ces subventions ont pour effet de fausser la
concurrence en amont de l'intervention de l'OMC. L'exemple le plus souvent cité est celui du
coton, qui gonfle artificiellement l'offre sur les marchés internationaux et des primes à l'exportation.
D'une façon plus générale il faut noter que la politique de soutien des agricultures occidentales
tend a annuler les effets de l'aide publique au développement pour les pays du sud. On est dans
un rapport de 1 à 6. le second point de tension en 2003 renvoie aux accords internationaux sur la
protection des accords intellectuels. L'enjeu initial de ces accords était de définir un régime de
propriété intellectuelle compatible avec les principes du commerce international. Le risque majeur
pour les pays en développement est un renforcement des droits sur la propriété intellectuelle et
l'accroissement de l'écart technologique entre pays du nord et du sud, écart qui peut avoir des
conséquences extrêmement lourds dans des domaines tels qui ceux de la santé publique. Ces
accords permettaient notamment aux pays en développement d'acquérir des licences en matière
de médicaments mais restreignait les possibilités de commerces de médicaments générique entre
pays du sud, les États qui ne disposaient pas de capacités de production suffisante se voyaient
dans l'impossibilité de se fournir en médicaments. Ces restrictions ont donné une vives opposition
entre l'OMC et l'OMS notamment dans le cadre de la pandémie du SIDA qui abouti sur la
possibilité pour les pays du sud d'importer des médicaments. L'échec du cycle de Doha a pu être
considéré comme une opportunité pour ouvrir une discussion sur les modalités de mise en œuvre
du commerce international. Cette échec a eu pour effet pervers d'entrainer la prolifération de
traités bilatéraux qu'on développés les États occidentaux, les EU via les accords de libre échange
et l'UE via les Accords de partenariat économique. Ces accords ont parfois pour effet de renforcer
les exigences de libéralisation dans les domaines couverts par l'OMC. On le voit notamment dans
le cadre des premiers traités signés par les EU qui sont souvent qualifiés d'accords ADPIC-plus,
c'est le cas notamment de l'accord entre les EU et la Jordanie qui a entrainé une augmentation du
cout de l'accès aux soins et aux médicaments en raison de dispositions contraignantes telle que
celle dite de l'exclusivité des données qui bloque pour une durée déterminée la mise sur le marché
de médicaments génériques. L'ensemble de ces évolutions et notamment la remise en cause du
multilatéralimse commercial par les pays en développement on fait sortir des critiques sur le
principe du consensus en Washington.

b. La fragilisation du consensus de Washington


Les premières critiques ont tendues à faire porter la responsabilité des échecs du
consensus de Washington sur les États et plus précisément au protectionnisme des États
développés et dans les pays en développement à la captation des bénéfices de ces réformes par
des élites restreintes. À partir des années 2000 cependant un certain nombre d'analyse vont
remettre en cause la légitimité même d'une approche centrée sur la libéralisation comme principe
cardinal de développement économique. L'exemple qui est le plus cité est celui de l'Amérique
latine qui a constitué dès les années 1970 un véritable laboratoire pour la mise en application des
principes du consensus de Washington. Or comme l'on rappelé un certain nombre d'auteurs le
continent sud américain et les pays qui le compose est caractérisé par une croissance souvent
faible, une forte montée des inégalités et surtout une très grande vulnérabilité face à
l'internationalisation de la crise économique. L'une de critiques les plus vives est celle d'un
économiste de la BM, Zagha qui dans un rapport daté de 2005 insistait sur les limites des
politiques menées par la BM et le FMI parmi lesquelles il rescençait la sous-estimation des risques
de la mondialisation financière ou encore le billet anti-pauvres du commerce international. La
mondialisation devait selon lui opérer une transition régulatrice. Un certain nombre d'économistes
du FMI ont récemment admis qu'il n'existait pas en matière économique de politique univoque et
son analyse insistait notamment sur la nécessité de réintroduire du politique dans l'économie. Ces
évolutions donnent lieu à des échanges surréalistes. Les politiques économiques ont essayées de
transposer les règles de gestion occidentales aux pays en développement en se concentrant
notamment sur la lutte contre l'inflation en considérant notamment que cette inflation était le
révélateur d'un volume de dépenses supérieur au recettes fiscales et à l'aide extérieure d'autre
part. Cette transpositions quasi-mécanique a parfois donné lieu a des oppositions frontales entre
les FMI et la BM. La BM par exemple s'est opposée dans les années 1990 à la libéralisation du
secteur financier en Éthiopie et s'est substitué au FMI en triplant son aide au gouvernement
éthiopien. L'une des questions majeures en matière de multilatéralisme commercial est celle des
effets sociaux de la libéralisation des échanges commerciaux. L'exemple de l'abrogation de
l'accord multifibre est symbolique de ce point de vue, en théorie en levant le principe des quotas
l'ouverture des marchés occidentaux offre de nouvelles possibilités aux pays en développement.
En pratique il faut naitre de nouvelles distorsions liées aux écarts des capacités de production
entre les différents pays en développement. Certains pays d'Afrique du nord reconnaissent
notamment que la concurrence asiatique abouti à une situation plus déséquilibrée que celle
prévalent avec les accords multifibre, les quotas assuraient un débouché minimal pour la
production textile de ces pays. La vulnérabilité des pays en développement tient aussi à la
faiblesse de leurs ressources fiscales et au fait que les droits de douanes constituent l'essentiel de
ces ressources. On assiste dans les années 2000 à une reformulation intellectuelle des enjeux du
commerce international. Le commerce et l'investissement ont toujours une importance cruciale
pour la croissance économique mais le défi majeur consiste à mener la libéralisation d'une façon
qui stimule le développement durable et qui fasse augmenter les revenus de ceux qui se trouvent
en bas et au milieu de l'échelle. La difficulté majeure provient selon Stiglitz de la nécessité de
réhabiliter l'intervention publique notamment en rappelant le rôle de la demande tout en dépassant
le simple échelon étatique. Ce défi est limité par l'ouverture économique sélective des États
développés, sélectivité renforcée depuis la montée en puissance des pays en développement.

2. Une ouverture économique sélective


Les FMN ont incontestablement contribué à éroder la souveraineté des États ne serai-ce
qu'en imposant des nouvelles contraintes sur la politique nationale de l'emploi ou sur les politiques
budgétaires. Les États conservent cependant une marge de manœuvre substantielle qui peut se
manifester essentiellement dans les pays du nord sous des formes défensives par le contrôle de
secteurs considérés comme stratégiques soit sous des formes offensives par la création de
nouvelles entités publiques qui prennent par directement aux nouvelles lignes économiques
internationales. Les politiques étatiques défensives visent à protéger certains secteurs des
investisseurs étrangers. Ambiguïté de ces politique réside dans l'imprécision de la définition
d'entreprise stratégique dont la définition semble varier au gré des circonstances. On voit se
former avec ce retour des États des sortes de coalitions de causes entre les États les les FMN
jugées stratégiques. Il ne s'agit pas d'imposer à ces entreprises une politique économique ou de
l'orienter mais de les aider et de les ériger au rang de champions nationaux sur les marchés
internationaux. Ces stratégies défensives visent à répondre à des stratégies offensives qui sont en
majorité le fait de pays émergeant. Ces offensives s'appuient sur un acteur nouveau, les fonds
souverains. Ces fonds souverains sont des fonds d'investissement publics possédés par un
gouvernement national et qui gère la plupart du temps des actifs de long terme. Leurs ressources
proviennent soit d'un excédant commercial lié à la vente de réserves de matières premières
(Russie, pétromonarchies, Norvège...), les ressources peuvent également provenir de la vigueur
des exportations qui permet l'accumulation de réserves monétaires. L'ensemble des sommes
gérées par ces fonds souverains était estimé avant la crise à environ 3000 milliards de dollar. Les
craintes émises par les pays occidentaux sont essentiellement liées aux risques d'acquisition par
ces fonds d'entreprises jugées stratégiques pouvant remettre en cause l'intérêt national
notamment en matière énergétique, en matière d'armement et plus généralement dans le domaine
de la recherche et des avancées technologiques. Le paradoxe majeur est que l'apport de certains
fonds souverains s'est révélé parfois déterminant dans le cadre de la crise de liquidités bancaires
liée à l'éclatement de la bulle des crédits immobiliers américains. Les États auxquels le
gouvernement américain a opposé la notion d'intérêt stratégique lorsqu'ils souhaitaient acquérir
des entreprises sont ceux qui ont participé à la recapitalisation des banques américaines. Un
certain nombre de responsables nationaux considérant que les fonds souverains peuvent offrir des
possibilités aux pays occidentaux notamment parce qu'ils offrent une épargne de long terme. Un
certain nombre d'États tentent pas conséquent de s'appuyer sur ces fonds en conditionnant leur
participation à un double principe de transparence, par exemple absence de visée géopolitique,
absence de transferts de technologie et principe de réciprocité qui renvoie à l'idée d'obtenir en
contrepartie de l'accueil de ces fonds souverains la libéralisation de certains secteurs du pays
détenteur de ce fonds. Un certain nombre d'États ont mis en place de quasi fonds souverains,
comme l'illustre la création du fonds d'investissement stratégique, il y a l'idée d'un retour de l'État
mais essentiellement dans une politique d'offre en reléguant très largement le second volet des
politiques keynésiennes qui était le volet de la demande.
Leçon 7 : La réforme des politiques sociales
Les modèles de protection sociales sont confrontées à des évolutions communes qui
affectent leurs principes de fonctionnement. Ces évolutions dessinent les contours d'une nouvelle
question sociale. En enjeux sociaux restent sous l'influence des États nation, les politiques
sociales sont des politiques qui sont confrontées à une très lente internationalisation. En quelque
sorte la question sociale s'est en quelque sorte détachée des enjeux économiques.

Section 1 : La nouvelle question sociale


La nécessité d'adaptation des systèmes de protection sociale n'est pas uniquement liée au
processus de mondialisation de l'économie. Cette nécessaire adaptation a entrainé la remise en
cause des principes traditionnels d'intervention des États providence. Elle a pu faire surgir des
pistes alternatives de réforme des politiques sociales.

Paragraphe 1 : La nécessité d'adaptation des systèmes de protection


sociale
La crise économique des années 1970 et l'ouverture des économies liées à la
mondialisation ont contribué à affecter les systèmes de protection sociale et notamment les plus
anciens. L'internationalisation des économies a accru la compétition sur les cout, notamment
salariaux mais elle a aussi attisé la concurrence fiscale entre les États, ce qui conduit à la une
pression à la baisse des prélèvements obligatoires. Au delà de ces évolutions les politiques
sociales sont confrontées à trois transformations fond qui soulèvent des interrogations quant à leur
pérennisation. La première évolution est de nature démographique qui a trait au vieillissement des
populations occidentales. Dans le cas de l'UE entre 1985 et 2005 la part des personnes âgées de
65 ans et plus et passée de 13 à 17% et de façon concomitante la part des jeunes de moins de 15
ans est passée de 19,5 à 16%. On assiste à une forme de crise démographique en ciseau
caractérisée par l'augmentation du nombre des individus ayant dépassé l'âge de travailler et la
diminution du nombre des futurs cotisants au système de protection sociale. Cette évolution est
liée à un taux de fécondité extrêmement bas parfois inférieur au seuil de renouvellement des
générations. Deux conséquences majeures, l'augmentation du poids de retraites et
l'accroissement des prestations de santé et des nouveaux risques liés à la dépendance. La
seconde évolution renvoie à l'éclatement des structures familiales qui se traduit par l'augmentation
du nombre d'individus vivant seuls et de l'augmentation des familles mono-parentales. Les familles
mono-parentales progressent en 1986 et 1996 et UE de 64%. cette évolution doit être considérée
comme un fait social majeur mais également comme un défi au système de protection sociale. Car
les familles mono-parentales sont particulièrement exposées au risque de précarisation sociale. La
troisième évolution c'est l'essor de l'emploi féminin notamment dans les pays d'europe du nord.
Cette transformation de fond doit être considérée avec prudence parce que l'emploi féminin est
caractérisé par un fort taux de travail à temps partiel qui est en majorité subi et non pas choisi. Les
premières deux évolutions majeures font peser une pression financière forte sur les régimes de
retraite et de santé qui sont les deux plus gros postes de dépenses sociales. Elles font également
apparaître une nouvelle problématique des risques sociaux qui se sont déplacés très largement
vers les jeunes et vers les familles mono-parentales.

Paragraphe 2 : L'inflexion des politiques sociales


Les politiques sociales sont longtemps restées dépendantes de la culture d'intervention de
leur pays d'origine. C'est la dépendance au chemin. Progressivement cependant en liaison
notamment avec le recentrage de l'offre idéologique on a assiste à une relative convergence de
ces régimes de protection vers le modèle libéral.

A. Des réformes singulières


Dans les systèmes libéraux de protection sociale l'enjeu principal a été la diminution des
couts afin de réduire les déficits. Dans le système libéral les politiques sociales sont
majoritairement financées par les impôts. Les dépenses sociales constituent un problème
directement posé au budget de l'État. Ces politiques ont donc entrainé une moindre générosité
sociale et ont contribué au développement du rôle du marché dans la protection sociale. Enfin on a
vu réapparaitre un certain nombre de dispositifs inspirés de lois sur les pauvres parmi lesquelles le
ciblage des prestations sur le plus démunis. Ce ciblage des prestations est conditionné à la
volonté constatée par l'État d'une réinsertion sur le marché du travail. En conclusion l'ensemble de
ces politiques n'ont fait que renforcer la dimension résiduelle du système de protection sociale.
Dans le cas de pays sociaux-démocrates, les pays d'Europe du nord notamment les systèmes de
protections sociale ont été extrêmement affectés par les crises économiques et notamment par
celle du début des années 1990. dans un premier temps ces pays ont réagit en s'appuyant sur des
politiques traditionnelles d'emplois publics, c'est le cas de la Suède notamment qui va opter pour
cette politique jusqu'au début des années 1990, période durant laquelle le pays va voir se creuser
de façon considérable son déficit public et surtout va voir apparaître une forte inflation. Au début
des années 1990 de façon tout à fait inédite le gouvernement suédois opte pour des mesures
radicales de gèle des salaires, de réduction des dépenses sociales assortis d'une politique de
rigueur monétaire. Dans les systèmes corporatistes les deux problèmes majeurs sont le poids
supposé excessif des cotisations sociales et la limitation de la couverture sociale aux seuls
assurés sociaux ce qui renforce les processus d'exclusion sociale. En effet dans un système où
l'accès aux droits sociaux est fondée sur le travail l'exclusion du marché du travail est redoublée
par une exclusion du système de protection sociale. Les réformes qui ont été mises en œuvre ont
été contre productives, il s'est agit notamment la réduction de la demande d'emploi en tentant de
contenir par exemple la montée en puissance de l'emploi féminin ou en insistant les travailleurs
vieillissant à partir en préretraite, ces politiques sont contribué à restreindre la population active et
à accroitre la pression sur le systèmes de protections sociale. Il y a eu augmentation des
cotisations sociale qui ne peut se concevoir que dans le cadre d'une politique sociale coordonnée
au niveau supranational. L'absence de politique sociale supranationale a pour effet inévitable
d'accroitre la compétitivité entre les États sur la base de stratégies de dumping social fondée sur la
réduction des cotisations sociales. Les réformes des politiques sociales s'inscrivent dans l'histoire
des États providence.

B. La libéralisation tendancielle des régimes de protection sociale


Ce glissement apparaît essentiellement à trois niveau, la réduction, la fiscalisation et
l'activation des dépenses sociales. Le premier objectif est l'impératif de réduction des dépenses
qui apparaît dans des mesures aussi diverses que la réduction du niveau des prestations, ou dans
l'augmentation de la part des dépenses laissées aux usagers ou encore la restriction des
conditions d'éligibilité aux prestations. Cette volonté de réduction se diffuse dans l'ensemble des
États occidentaux y compris dans les régime sociaux-démocrates de protection sociale. Ces
régimes reposent essentiellement sur un financement sur l'impôt. De ce point de vue c'est
l'exemple de la suède qui traduit la rupture la plus profonde en matière de politique sociale. Cette
rupture apparaît essentiellement à deux niveau, d'abord la transformation du système
d'indemnisation qui jusqu'au début des années 1990 était financé par l'État via les impôts. Une
première rupture survient au début des années 1990 lorsque le gouvernement décide de baisser
temporairement les niveaux d'allocation. La seconde rupture apparaît avec le retour du parti
conservateur en 2006 et la volonté de renforcer la contributivité de la prestations, le lien entre la
cotisation et la prestions sociale. L'enjeu de ce glissement est en réalité un véritable
désengagement de l'État de la protection chômage. Le but étant de faire passer la part du
financement de l'État à environ 50%. le seconde évolution est la volonté du gouvernement suédois
de développer des politiques d'allègement de la fiscalité tant sur les entreprises que sur les
revenus, or la fiscalité constituait la base et la conditions même de financement du système de
protection sociale suédois. Second objectif la fiscalisation des dépenses sociales dans les États
conservateurs corporatistes. En France cette rupture s'opère sous le gouvernement Rocard avec
la généralisation de la CSG qui est devenu le premier impôt direct en France qui assure à elle
seule près de 20% des dépenses sociales. L'un des pays qui a été le plus loin est l'Allemagne. Elle
a joué un rôle précurseur en instituant un impôt écologique sur les activités polluantes en 1998 qui
a servi à abonder le système de protection social. La rupture majeure survient en 2006 avec la
création de la TVA sociale censée se substituer aux cotisations d'assurance chômage. L'un des
enjeux majeurs est d'alléger le cout du travail sur les entreprises. Cette stratégie présente le risque
de placer les recettes fiscales ainsi générées sous la dépendance directe des États. Faire appel au
budget de l'État est inévitablement subordonné l'efficacité de la politique sociale à des
considérations purement financières. En d'autres termes la fiscalisation contribue à la banalisation
des recettes sociales. Alors que les cotisations sont pré-affectées à un objectif spécifique. Dans la
seconde moitié des années 2000 la réduction du déficit budgétaire a conduit le gouvernement
allemand à affecter le hausse de la TVA a hauteur d'un tiers seulement au financement de la
baisse des taux de cotisation. Les deux tiers restant étant affectés au budget fédéral. Cette
fiscalisation des dépenses sociales repose sur une nouvelle forme de compromis, qu'il décrit
« tandis que l'on garantie aux entrepreneurs qu'il n'y aura pas d'augmentation de leurs cotisations
sociales les syndicats de salariés acceptent une baisse programmées des prestations d'assurance
sociale en échange de la prise en charge par l'État et par les impôts des prestations non-
contributives. Il s'agit de mieux distinguer ce qui relève de l'assurance sociale et ce qui doit relever
de la solidarité nationale. Les risque majeur au delà des risques de pur financement est d'assister
à une forme de dualisation de la protection sociale et à une séparation étanche entre les individus
relevant du système de l'assurance ayant suffisamment contribué pour relever des prestations
sociales et ceux qui relèvent de la solidarité nationale qui ne peuvent compter que sur les
prestations non-contributives qui sont de surcroit attribuées sous conditions de ressources. Dans
le cadre de la politique d'activation il s'agit moins de fournir un revenu de remplacement que
d'inciter au retour sur le marché du travail. Se sont des politiques inspirées par la logique de l'offre
qui comportent des degré de contraintes différents selon les pays. Une sociologue finlandaise à
présenté une typologie de ces formes d'activation. Elle distingue à deux extrêmes, l'approche de
l'activation par les opportunité, une forme qui donne la possibilité aux chômeurs de suivre une
formation ou d'occuper des emplois protégés. À l'autre extrême il y a l'activation par la sanction, il
s'agit de conditionner l'attribution de la prestation à la volonté effective des individus de réinsérer le
marché du travail. Il existe une approche intermédiaire, une approche fondée sur les incitations et
qui repose sur les instruments de nature fiscale qui vise à rendre le travail plus avantageux que les
prestations. Les pays scandinaves ont dans un premier temps utilisé la méthode d'activation par
opportunité, progressivement ils ont évolué en appliquant des méthodes d'activation par la
sanction. Cette évolution concerne en théorie les modèles qui étaient les plus généreux, cette
méthode se retrouve également dans les pays anglo-saxons et elle s'inscrit dans le recentrage de
l'offre des partis de gauche. La loi sur l'emploi de 1996 promulguée sous le mandat de Clinton, se
caractérise notamment par le transfert par le gouvernement fédéral des programmes d'assistance
aux États fédérés. Ces mesures doivent aboutir à ce que la moitié des bénéficiaires aient retrouvé
un emploi dans les deux, les allocations ne pouvant être versées que sur une période maximale de
5 ans. On retrouve la même évolution sous le mandat de Blair avec la volonté de rendre le travail
payant notamment en réduisant les prestations sociales fin que leur niveau soit inférieur au plus
bas salaire. Dans un pays comme la France on assistait notamment dans les années 1990 à une
combinaison de l'ensemble de ces méthodes, activation par la sanction avec l'instauration d'une
dégressivité de l'allocation chômage en 1992, mais ces politiques se sont aussi appuyée sur des
méthodes par opportunité, par exemple les emplois jeunes. Gouvernement Jospin qui a également
procédé à une activation par l'incitation qui doit rendre l'activité rémunérée plus attractive que les
prestations sociales. C'est l'objet de la prime pour l'emploi. D'une façon générale les politiques
sociales ont tendu à s'adapter à la logique de l'offre afin de garantir aux économies nationales une
plus forte compétitivité mais également afin de parvenir d'accéder à des financement abordables
de dettes publiques qui sont mises sur les marchés financiers.

C. Des pistes de réformes alternatives


L'un des enjeux majoritairement partagés par les États occidentaux est celui de la
combinaison entre la flexibilité et la sécurité des parcours professionnels. On a vu que cet objectif
pouvait être remis en cause par l'érosion de l'universalité des prestations d'une part (cas de la
Suède) et d'autre part par les risques liés à une fiscalisation des dépenses sociales non-contrôlée.
Un certain nombre d'auteur proposent des pistes de réforme alternatives, c'est le cas d'Esping
Andersen qui a proposé un certain nombre de pistes notamment pour dégager de nouvelles
marges de manœuvre budgétaire. Parmi les méthode figure notamment la nécessité d'agir sur le
niveau de l'emploi féminin, il rappelle notamment qu'il existe un fort écart entre les pays du nord et
les pays du sud de l'Europe. Les femmes contribuant dans les pays scandinaves à près de la
moitié des ressources des ménages. En parvenant le taux d'emplois féminin dans certains pays
Andersen considère que des gains potentiels de l'ordre de 10-12% pourraient être collectés en
ressources fiscales. Cela suppose l'amélioration de la qualité de l'emploi féminin. On pourrait
prolonger cette idée en rappelant qu'un autre source de revenu potentiel pour l'État réside dans
l'alignement des salaires de femmes sur ceux des hommes, puisque l'écart en Europe est de
l'ordre de 25%. la seconde piste de réforme proposée est la réduction de la pauvreté infantile, les
États providence ont essentiellement compté sur des politiques scolaires pour résorber les écarts
entre les niveaux de vie, or ces politiques demeurent insuffisantes parce qu'elles ne permettent
pas de réduire les inégalité intra-familiales. Pour éviter un accroissement de ces écarts entre les
niveaux de vie l'une des solutions consiste selon lui au développement de programmes de prise en
charge de la pauvreté infantile au début du processus de scolarité. Pour étayer cette hypothèse il
s'appuie sur une étude comparative réalisée dans les années 2000 et dont le but était de comparer
les effets de l'origine social sur le niveau scolaire de plusieurs cohortes de générations. L'étude
portait sur trois pays nordiques et sur trois autres pays, l'Allemagne, RU et EU. Pour ces trois
derniers pays Andersen constate que les phénomènes d'héritage social se répètent de cohortes en
cohortes y compris pour celles nées après les années 1970. L'incidence des origine sociales n'y a
pas diminué au cours des 50 dernières années. Dans les pays nordiques en revanche la
corrélation entre milieu social et résultats scolaires à nettement diminué et singulièrement au sein
de la cohorte la plus jeune, la première à avoir bénéficié d'une prise en charge universelle. Dans la
cohorte la plus jeune, un enfant Danois né de parents peu qualifiés a deux fois plus de chances
d'aller au lycée que ceux issus de la cohorte la plus ancienne, et 4 fois plus que son homologue
américain ou allemand. Parmi cette prise en charge précoce figure le développement de crèches
ou d'établissements pré-scolaires, cette amélioration de la prise en charge des enfants exerçant
par ailleurs des effets positifs sur l'emploi féminin. L'intérêt de ce type de propositions réside dans
la mutualisation des réformes proposées mais également dans le dépassement du clivage
traditionnel entre intervention publique et intervention privée. Au niveau international on constate
une difficulté d'internationalisation des politiques sociales.

Section 2 : L'improbable internationalisation des politiques sociales


Dans le contexte de mondialisation économique c'est l'impératif de compétitivité qui tend à
freiner la définition de règles sociales minimales au niveau supranational. Il existe cependant un
certain nombre de politiques qui visent à une certaines internationalisation de l'action sociale. Ces
politiques se développent soit au niveau mondial soit au niveau régional.

Paragraphe 1 : La mondialisation embryonnaire des politiques sociales


L'une des évolutions les plus intéressante en matière sociale est la montée en charge
progressive d'une politique mondiale de l'alimentation et plus précisément de la formalisation
progressive d'un droit à l'alimentation.

A. L'institutionnalisation progressive du droit à l'alimentation


Cet exemple pose la question du multilatéralisme en matière sociale. Le droit à
l'alimentation s'inscrit dans un processus d'universalisation plus générale des droits de l'homme
puisqu'il est reconnu par la DDH de 1948 et par les pactes sur les droits sociaux et économiques
de 1966. se sont des traités ratifiés par près de 150 États. Ce droit est cependant resté très
longtemps au niveau de macro-principes. La mise à l'agenda des organisations internationales du
droit à l'alimentation tient très largement à la mobilisation des ONG qui militent pour l'élaboration
d'un code international de bonne conduite en matière alimentaire comportant une dimension
contraignante. Cette pression est consacrée par la reconnaissance de ce droit à l'alimentation à
l'occasion du sommet sur l'alimentation de 1996 mais surtout du sommet du millénaire dans lequel
l'objectif est fixé de diminuer de moitié la faim d'ici 2015. Ces initiatives vont être relayées par les
travaux du rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l'alimentation, « le droit à
l'alimentation est avant tout le droit d'être en mesure de se nourrir dans la dignité, il inclut le droit
d'avoir accès aux ressources et aux moyens d'assurer et de produire sa propre subsistance, c'est-
à-dire l'accès aux terres mais aussi l'accès aux semences, le libre accès aux zones de pêche
traditionnelles et enfin le droit d'accès à l'eau potable. Le droit à l'alimentation s'appuie par ailleurs
sur un certain nombre d'instruments qui tendent à le rendre effectif instruments parmi lesquels les
directives volontaires sur le droit à l'alimentation émises par la FAO. L'enjeu est de proposer aux
État des mesures leur permettant de mettre en œuvre ce droit à l'alimentation. Jusqu'à présent les
effets ont été limités. Ces limites apparaissent à des niveaux très divers. En premier lieu le nombre
global de sous-alimentés à augmenté de plusieurs dizaines de millions, et concerne aujourd'hui
environ 1 milliard de personnes cette sous-alimentation est inégalement répartie
géographiquement mais a pour particularité de toucher en priorité les enfants d'une part et les
femmes d'autres part, femmes qui dans certains pays rencontrent des difficultés dans l'accès à
l'exploitation des terres. L'accroissement des mouvements migratoires directement liés à la fin en
raison de la dégradation des terres notamment dans les pays en développement? Le cas de
l'Afrique est symbolique mais c'est également le cas pour une large partie du continent asiatique.
Pour comprendre les causes de cet échec il faut revenir sur les pratiques de l'ensemble des actes
de la scène mondiale. Au niveau des organisations internationales il existe des oppositions entre
d'une part un certain nombre d'organisations qui à l'image de la FAO, le PAM, l'UNICEF,
promeuvent avec un certain nombre d'ONG le droit à l'alimentation et qui s'opposent de l'autre aux
institutions défendant les principe du consensus de Washington parmi lesquels le FMI, l'OMC et
sur certains domaines la banque mondiale. Certaines de ces politiques vont à l'encontre de la
résolution adoptée par l'assemblée générale des Nations Unies du 18 décembre 2007 dans
laquelle elle demande à la banque mondiale et au FMI d'éviter toute action susceptible d'avoir des
effets néfastes sur le droit à l'alimentation. Cette évolution contradictoire se retrouve à L'état pur
dans le cadre des réformes foncières mises en œuvre au niveau international. Par exemple en
mars 2006 le gouvernement brésilien avait organisé un sommet avec la FAO sur la réforme agraire
et de développement durable. À l'occasion de cette conférence une centaine d'États ont reconnu
qu'un moyen d'assurer la réalisation du droit à l'alimentation était de mettre une place une réforme
foncière permettant d'assurer le développement de l'agriculture traditionnelle et familiale. Or de
façon concomitante la banque mondiale proposait des modèles de réforme privilégiant le rôle du
marché. Ces politiques ne sont pas parvenues à rééquilibrer la possession des terres. Des limites
sont liées aux politiques des États c'est notamment les subventions à l'exportation accordées aux
agriculteurs des pays occidentaux et ont des effets sur les agricultures des pays en
développement. C'est aussi le cas des choix effectués par un certain nombre d'États de
développer des cultures de biocarburant notamment celles qui s'appuient sur des denrées
alimentaires fondamentales. La FAO rappelle que 200kg de mais suffisent à nourrir une personne
pendant un an lorsqu'elle ne permet de produire que 50L de carburant. Certaines FMN dans le
domaine de l'agroalimentaire par exemple c'est le haut degré de concentration économique qui
abouti a créer des situations d'oligopole sur l'ensemble de la chaine alimentaire. Une dizaine de
FMN contrôlent aujourd'hui plus du tiers du marché des semences. L'un des effets de ces
situations est que les FMN du secteur alimentaire concentrent leurs investissements sur les
cultures les plus importantes à leurs yeux, celles concernant le commerce des États occidentaux.
La FAO préconise donc le développement de programmes publics d'investissement permettant de
développer une approche endogène des problèmes liés aux pays en développement. Des
remarques similaires pourraient être émises dans le secteur de l'eau. Les institutions de Bretton
Woods ont également favorisé la participation du secteur privé dans le domaine de l'eau qui a été
dans certains pays posé comme une condition préalable à l'octroie de prêts et de subventions. On
a assisté avec ces réformes à des gains d'efficacité technique mais avec une contrepartie
importante, l'augmentation forte des tarifs qui a rendu cette ressource vitale inaccessible aux
foyers les plus pauvres. Se renchérissement a provoqué dans certains pays de véritables
émeutes, notamment dans la ville de Cochabamba en Bolivie. Au niveau des FMN la mise en
application du droit à l'alimentation pourrait s'appuyer sur les normes édictées par le conseil
économique et social de l'ONU en 2003, sur la responsabilité en matière des droits de l'homme
des sociétés transnationales. La mise en application peut être également liée à la combinaison des
pratiques des différents acteurs mentionnés. L'exemple est celui de l'acquisition de terres à grande
échelle par un certain nombre de pays du sud ou par de grands fonds d'investissement privés.
C'est pour le nouveau rapporteur du droit à l'alimentation l'un des enjeux les plus importants pour
la mise en œuvre du droit à l'alimentation qui est lié essentiellement au fait que 60% des terres
cultivables en Asie sont déjà utilisé ce qui explique l'intérêt pour les terres latino-américaines ou de
certains pays africains. Se ces politiques privaient les populations locales d'un accès
indispensable à leur propre subsistance il porterait atteinte au droit à l'alimentation. En dépit de
ces limites un certain nombre d'évolutions ont pu être constatées dans un certain nombre de pays.
La mise en œuvre dépend de la manière dont les États se saisissent des normes édictées par
l'ONU. Or certains pays notamment des pays émergeant ont constitutionnalisé ce droit à
l'alimentation mais aussi créé des institutions spécifiques pour en assurer la mise en œuvre. C'est
incontestablement le Brésil qui apparaît le plus avancé sur ce plan avec le lancement d'un
programme au début des années 2000 dit faim 0. Ce programme repose sur un conseil national de
sécurité alimentaire qui comprend des membres du gouvernement mais des organisation non-
gouvernementales ainsi que des représentants des organisations internationales. Cette politique
s'est progressivement diffusée dans des pays de l'Amérique latine, la Bolivie, le Guatemala mais
aussi dans un certain nombre de pays africains comme le Mozambique en s'appuyant sur une
ONH brésilienne participant au conseil national de sécurité alimentaire. Dans les pays qui ont
constitutionnalisé un certain nombre d'arrêt ont été rendu qui tendent à consolider le droit à
l'alimentation. Une notion tend à prolonger ce droit qui est celle de souveraineté alimentaire qui est
défendu par un certain nombre d'ONG parmi lesquelles Via Campesina dont le but est de s'inscrire
dans la mobilisation des pays émergeant, de remettre en cause les accords sur l'agriculture
négociés à l'OMC. Ce principe doit en priorité en s'opposant au libre échange généralisé favoriser
la production locale mais également favoriser l'accès des femmes aux ressources agricoles. Cette
notion de souveraineté alimentaire n'est pas anti-commerciale mais s'oppose à la priorité donnée
aux exportations et au dumping sur les marchés locaux qui détruisent les moyens de subsistance
des habitants. Il faut souligner qu'un certain nombre d'organisations régionales tentent de mettre
en application ce principe de souveraineté alimentaire, c'est le cas en Afrique du CEDEA qui en
janvier 2005 a adopté une politique agricole dont le but est de garantir la souveraineté alimentaire
de la région.

B. Le projet d'une gouvernance mondiale des migrations


C'est un enjeu extrêmement important mais également un enjeu qui a des difficultés à
s'internationaliser. Les migrations sont un enjeu politique fondamental, selon l'ONU les migrants
sont des personnes nées hors de leur pays de résidence qui ne sont pas nécessairement
étrangers s'ils ont acquis la nationalité de leur pays d'accueil. En 2005 le nombre de migrants
s'élevait à 190 millions soit 3% de la population et c'est un nombre qui progresse plus rapidement
que l'accroissement de la population. Sur ces 190 millions 115 millions concerne les pays
développés, 75 les pays en développement. L'Europe et les EU rassemblent plus de la moitié des
migrations mais l'on note une forte immigration dans les pays asiatiques et entre les pays du sud.
La cause de cette forte migration est essentiellement la persistance de fractures économiques et
sociales. Comme le rappelle Badie l'acte de migrer est avant tout chargé d'un imaginaire nourri de
différentiels et de décalages de toutes sortes. Or ces décalages tendent à se multiplier, un
pourcentage croissant de la population vivant dans les pays en développement alors que la
richesse est dans les pays développés. Dans les pays en développement une part croissante de la
population est concentrée dans les villes, villes qui pour certaines sont en État de véritable
explosion démographique. Ce phénomène est illustré par le développement de mégalopoles de
plus de 8 millions d'habitants voire des hyper-villes en Asie notamment de plus de 20 millions
d'habitants. Or la concentration de la pauvreté dans ces villes et le développement des logements
informels est susceptible de constituer de nouvelles prédispositions à l'immigration. Selon l'ONU
la population des bidonville croit dans le monde de 25 millions par ans. L'un de problèmes majeurs
des États occidentaux notamment européens mais aussi d'économies avancées comme le Japon
est un problème de vieillissement démographique. À l'horizon 2030 dans la plupart des pays
européens le seul facteur de croissance de la population active ne peut être que l'immigration. Si
le Japon veut maintenir le niveau actuel de sa population active d'ici à 2050 il lui faudra accueillir
une migration équivalente à 30% de sa population active actuelle. La question migratoire est
sensible notamment en contexte de crise économique où de dégradation de la qualité de l'offre
d'emplois parce qu'elle soulève notamment la question de la mise en concurrence entre nationaux
et étrangers pour l'accès à cet emploi. Or des recherches nombreuses ont montré que le lien entre
l'augmentation de l'immigration et le taux de chômage n'est pas attesté y compris dans des États
d'accueil qui recourent fortement à l'immigration. L'exemple de l'Itale qui avait au début des
années 2000 un taux de chômage de 10% qui a été ramené à 6% en 2007, or sur cette période le
solde migratoire est passé de +49000 à +347000. Le cas de l'Espagne est encore plus significatif,
11% en 2000 ramené à 8,5 en 2006 alors que le nombre d'immigrés en Espagne à quasiment
doublé sur la période. L'immigration est une question sensible parce qu'elle touche au fondement
même de l'institution étatique. Ces limites sont redoublées par la fragmentation des institutions
internationales en charge des questions migratoires. L'ONU ne dispose pas d'agence spécialisée
sur l'immigration, c'est partagé entre le HCR et l'OIT. Les difficultés d'internationalisation sont aussi
liées à l'absence de volonté politique. Le symbole de cette absence est l'échec de la convention
des Nations Unies de 1990 sur le droit des travailleurs migrants. Cette convention n'a été ratifiée
qu'en 2003 et au 1er janvier 2008 seuls une trentaine d'États l'avait signée. Cette convention tend
à formaliser un statut de migrant qui est susceptible d'ouvrir des droits aux travailleurs sans
papiers. L'enjeu est d'ériger l'immigration au rang de bien public mondial, c'est-à-dure reconnaître
la contribution de l'immigration à la production de richesses collectives. Dans un rapport de 2006 la
banque mondiale à estimé que l'augmentation de la main d'œuvre des pays industrialisé lié à
l'immigration a dégagé un revenu supplémentaire évalué à environ 160 milliards de dollar soit
d'avantage que les gains liés à la libéralisation du commerce. Ces suggestions laissent en
suspend la question de l'exode des compétences des pays de départ.

Paragraphe 2 : L'hypothèse régionale


On a vu qu'un certain nombre de mesures pouvaient tentées d'être développées au niveau
régional. Cette question apparaît et soulève des débats souvent complexes au niveau de l'UE.

A. Les incertitudes de la politique sociale européenne


Les difficultés d'élaboration de politiques sociales au niveau européen sont pour la
première évidente, l'UE n'a pas de compétence directe en matière de politique de l'emploi, elle
relève principalement de la compétence des États membres. Cependant elle dispose d'un certain
nombre de levier qui lui permettent d'influer sur le cours des politiques sociales. Ces leviers sont
de nature économique, juridique et politique. En matière économique la commission européenne
dispose de deux éléments transversaux, le premier est le fonds social européen créé dans les
années 1950 et dont le but est d'améliorer les possibilités d'emploi des travailleurs. Ce fonds
repose sur le principe du co-financement. Il est fondé essentiellement sur un objectif de
convergence selon lequel la grande majorité des crédits doivent être attribué aux régions de l'UE
dont le PIB est inférieur à 75% de la moyenne communautaire. Les 20% restant sont destinées à
l'ensemble des régions de l'UE. Le montant total du FSE est de 75 milliards d'euro ce qui est
assez peu surtout dans le contexte de l'élargissement. Le fonds européen d'ajustement à la
mondialisation a été mis en place en 2006 afin de remédier aux effets de la mondialisation des
échanges et notamment de la déstructuration des activités économiques les moins compétitives.
Son objectif est de venir en aide aux travailleurs touchés par les délocalisations. Son budget est
réduit, 500 millions d'euro mais sa création atteste de la prise en considération des risques. Des
instruments juridiques, ils sont illustrés par l'influence croissante de la charte européenne sur les
droits fondamentaux. Le débat juridique porte sur la nature directement exécutoire de ces droits et
sur leur éventuelle faiblesse par rapport à des droits liberté. Ce débat renvoie largement à la
question de la compatibilité entre un processus de construction initialement centré sur la création
d'un marché commun et la défense de droits sociaux construits dans le cadre de frontières
nationales. Dans les années 1990 la CJCE a contribué à la préservation des régimes collectifs
obligatoires de sécurité sociale. Les règles de concurrence ne peuvent être invoquer pour justifier
de quitter les régime d'assurance nationaux obligatoires. Ces arrêts étaient rendus dans le cadre
d'une forte concentration du marché des assurances privées. En 1997 le traité d'Amsterdam a
posé les bases de la méthode ouverte de coordination qui concerne la politique de l'emploi au
niveau de l'UE. Ce traité ne remet pas en cause le fait que les politiques de l'emploi relèvent des
États mais confère à la commission européenne une mission de coordination des politiques de
l'emploi. C'est dans ce cadre qu'en 2000 la stratégie de Lisbonne a fixé un certain nombre
d'objectifs en matière notamment de taux d'emplois. Ces instruments de coordination existent mais
en réalité relèvent plus d'une logique de comparaison entre pays Plutôt que d'une politique
intégrée en raison de l'absence de principes contraignants. La nécessité de relance des politiques
sociales au niveau européen est réapparu au milieu des années 2000 dans le contexte du refus du
traité modificatif par la France et les Pays-Bas ais aussi ce l'élargissement à de nouveaux pays au
profils socio-économiques très différents. Dans l'UE à 247 la proportion de ménages pauvres varie
du simple au double. Parallèlement le 9 février 2005 une communication de la commission
reconnaissait qu'un nombre encore élevé de personne demeurent en grande difficultés et
n'accèdent ni à l'emploi ni à la protection minimum nationale en matière de ressources. On peut
voir dans cette communication une critique ce la stratégie de Lisbonne privilégiant les politiques de
l'emploi sur la base de l'activation. Or les politiques d'activation sont certes parvenues à faire
croitre de façon substantielle le taux d'emplois mais elle s'est heurtée à la dégradation progressive
de la qualité de l'offre de travail lié précisément à la désindustrialisation et à la reconversion autour
d'une économie centrée sur les services. Les 30 janvier 2008 dans une communication au conseil
et au parlement la commission européenne reconnaissait qu'une croissance vigoureuse et la
création d'emploi n'améliore pas automatiquement la situation des personnes les plus en marge de
nos sociétés. Environ 8% des citoyens de l'UE courent un risque de pauvreté alors même qu'ils ont
un emplois. Les années 2000 ont été marquées par l'inscription des régimes complémentaires de
couverture de risque santé et de risque vieillesse dans une logique de remarchandisation. Le 6
juin 2003 l'UE a définitivement adopté une directive destinée à encadrer l'activité des institutions
de retraite professionnelle. Certains politistes voient dans cette directive la base de la formation de
fond de pensions européens. De son côté la CJCE a participé à la consécration du droit de
mobilité des patients et des professionnels de la santé soulevant des débats sur la question des
conditions sociales de l'accès aux soins, notamment pour les nouveaux États membres de l'UE.
Débat autour du risque de fuite des professions hospitalières de leur pays d'origine. Ces questions
dépendent très largement de la manière dont les États transposent les directives et plus
précisément de la manière dont ces directives sont adaptées à leur propre trajectoire de politique
sociale. On assiste également au phénomène de sub-nationalisation des politiques sociales. On
assiste au sein de l'UE à une territorialisation des politiques sociales, ce mouvement renvoie aux
politiques de décentralisation de politiques sociales initialement placées sous l'égide de l'État.
L'enjeu est de procéder à un transfert de compétences tout en déconnectant le transfert de
charges ou plus exactement le transfert des ressources, il s'agit de moduler les ressource
financières en fonction des résultats obtenus par les échelons locaux en matière sociale. Sur ce
plan ce sont l'Allemagne et l'italie qui sont allés le plus loin en instaurant notamment des pacte de
stabilité budgétaire au niveau local, ce que certains auteurs qualifient de stratégie de
décentralisation de la pénurie. Cette dynamique est susceptible de rejoindre celle de constitution
d'un marché transnational de l'assurance. La Lombardie par exemple a instauré dans certains
secteurs à la fin des années 1990 une logique concurrentielle entre fournisseurs publics et
fournisseurs arbitré par le choix des patients.

B. Une politique migratoire sous dépendance étatique