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Livre premier : se porter

Notre poids dans la gravité

Miguel et son frère Amandio sur la lota de Setủbal : tous les deux bien d’aplomb ;
Miguel avait porté sur la tête toute la matinée pas son frère. La différence d’ouverture
de thorax est flagrante.

207
I. 1 - Premiers balbutiements sur l’aplomb
Un peu de la physiologie qu’ils m’ont fait découvrir.
"La vérité que cherche Maxence n'est pas une vérité d'école.
Elle ne s'apprend ni dans les bibliothèques ni dans les laboratoires.
C'est une vérité vivante, qu'il faut sentir en même temps qu'on la comprend."
Paul Bourget 1
Pour avancer dans les différents arts de transporter les charges sur soi, il me paraît
important de reprendre toute la partie physiologique que j'avais développée dans mon premier
travail sur le transport des charges sur la tête, de manière à pouvoir comparer le bien-fondé
des différents modes de transport et leur technique respective. À force de travailler, tout l'être
est ouvert aux petites choses, même les plus infimes, qui peuvent apporter un détail
supplémentaire et parfois si enrichissant pour une sensation profonde et le perfectionnement
d'un art. Au fur et à mesure de ce résumé de physiologie, j’ajouterai ce que j'ai récolté petit à
petit depuis et nous l’approfondirons au cours de toutes ces pages.
Je prendrai mes exemples surtout parmi les descarregadores de peixe de Setúbal. C'est
un hommage que je tiens à leur rendre. Mais tous les dos de porteurs sur la tête sont presque
identiques, qu'ils soient d'Afrique ou d'Inde, du nord du Portugal, d'Aveiro, des Açores, de
Madère ou de Setúbal. On pourrait même ajouter que tous les dos humains, s'ils ne sont pas
endommagés, sont construits, en gros, de la même manière avec simplement des différences
morphologiques que le Pr. Delmas classait en trois catégories qui m’ont ouvert bien des
horizons et permis des synthèses intéressantes. Simplement, certaines formes de vie et
certains métiers entretiennent cette morphologie et son fonctionnement normal, d’autres
l’endommagent. Après bien des années d'observation on pourrait dire que les manuels sont
souvent mieux conservés que ceux qui passent leur vie, mal assis, à leur bureau. Mais, ceux
qui étaient bien assis à leur bureau du temps de nos grands pères conservaient fort tard, une
morphologique bien meilleure que celle des jeunes de maintenant. Il faut remarquer que ce
n'est pas une question de strate sociale, c’est une question d’aplomb : j'ai vu, au Portugal, de
très beaux patrons ! Wilfred Thesiger, comme moi, l’avait remarqué : "Maziad sortit pour nous
accueillir. Il était de petite taille, assez fort mais d’un port si droit qu’il émanait aussitôt de sa personne,
une impression de dignité et d’autorité."2 J’ai repéré cela aussi, souvent, sur la lota.
Cette recherche a été poursuivie, évidemment, avec Miguel, qui repère immédiatement
ce que je ne "pige" pas... puisqu'il sent tous ces travaux qu'il a pratiqués toute sa vie et dont il
se sert encore parfois en choisissant toujours ce qui lui coûtera le moins ("nâo custa nada !").
Il sait me montrer, puis me faire voir, puis me faire faire en me guidant de sa voix rauque et
de ses bourrades. Mais, comment peut-on essayer d'être un bon ethnographe, si on garde la
"peau fragile" et le moindre mouvement d'amour-propre, d'orgueil, d’ego ? L'initiation n'a
jamais été chose facile et douce ! C’est ce contre quoi se heurtait Iyengar quand il nous
fustigeait en disant 3: "Vos cerveaux sont piqués par le dard empoisonnés du scorpion - le scorpion
est la vanité. "

1
Bourget Paul, 1919, préface à Psichari Ernest, Le voyage du Centurion, Conard p.XXV
2
Thesiger Wilfred,1983, Les Arabes des marais : Tigre et Euphrate, Plon, Terre Humaine, p.20.
3
Perez-Christiaens Noëlle (recueillis par), 1976, B.K.S. Iyengar, Etincelles de Divinité, P 107

208
L’Aplomb

La ligne générale
La grande ligne qui se dégage lorsqu'on les observe statiques - et qu'on a la chance de
voir la tête fémorale sur la radio - ce qui n'est pas souvent le cas - est que le point de la tête où
est placé la charge est exactement au-dessus de la tête fémorale. Quelle que soit la position de
la jambe, c'est le bassin qui lui transmet le poids du tronc et de ce qu'il porte. Cette ligne
verticale arrive sur les talons, presque à l'arrière du pied ; en aucun cas, elle n'aboutit sur la
voûte plantaire, sinon le poids l’écraserait, ce qui est le cas pour nous, puisqu’on nous
apprend que le poids doit être ‘réparti’ sur tout le pied.

Décembre 1982,
Miguel à la radio
de l’hôpital de
Setúbal.
Il y a une ligne
verticale à bien
repérer sur la
première photo,
et, sur la seconde,
cette même ligne
qu’on voit bien au
cou et à la couture
du pantalon.
Il y a aussi une ligne
horizontale parallèle
au sol, qui semble
parallèle aux côtes.

Quand les vertèbres sont équilibrées sur un bassin


Miguel : radio de l’hôpital de Setúbal, Noël 1982 bien placé, les plis du ventre sont horizontaux et
symétriques. Troia (Portugal) 23. 7. 90

209
La cambrure
Tous sont cambrés, plus ou moins, mais plutôt plus que moins. Jamais, ils ne sont
décambrés, selon la trop fameuse bascule du bassin en rétro-version, qui nous abîme tous
depuis plus d’une soixantaine d’années. Il y a toujours une cambrure, très basse, dont le
sommet se place, le plus souvent, entre la première sacrée et la cinquième lombaire, parfois la
quatrième, jamais à L3 ni à la taille ou plus haut comme on la trouve dans les civilisations
industrialisées, depuis quelques années, et dans certains traités de physiologie articulaire.

Eduardo,
Notre
n° 311, et
le calque
de sa
radio
lombaire.

La lumière
du fond
apparaît en
œilleton de
lumière dans
le creux de la
cambrure
d’Eduardo!
15. 7. 83
Tuneca, notre 315 à droite et le calque de sa radio lombaire et Eduardo,
deux descarregadores qui m’ont beaucoup aidée. Quinto do Meio 15.7. 83

"L'aspect cunéiforme à
base antérieure des
vertèbres lombaires n'est
constant dans toutes les
races qu'au niveau de
L5... La quatrième et la
cinquième lombaires sont
avant tout les vertèbres
de la station érigée." (Pr.
A. Delmas : Variations
numériques etc...)
voir p. 138

Miguel en 1983 Calque du rachis lombaire de Miguel, notre n° 302 ; j’ai du


faire des erreurs : il n’a pas le disque L5-L4 pincé.
210
"L'augmentation numérique des
éléments de la colonne lombaire
associée à la projection à la verticale
de la partie supérieure du tronc a pour
effet d'augmenter la hauteur du rachis
lombaire, et de l'enrouler en arrière,
phénomène qui entraîne l'apparition
d'une courbure caractéristique, mais
d'amplitude variable, la courbure
lombaire." (Pr. A. Delmas : Attitude
érigée et types rachidiens de statique
corporelle)
"La courbure lombaire (est) considérée
à juste titre comme une caractéristique
humaine... elle signifie... le
redressement du tronc sur le rachis."
(idem). (Voir aussi p. 138)

Eduardo et Miguel de profil ;


Eduardo est carbonique, sa
cambrure est plus marquée que
celle de Miguel qui est
phosphorique. Voir un calque de
certaines cambrures comparées p.
304.

Miguel danse, Juin 1986 Les appareils de radio étaient très vétustes, il a fallu
faire trois radio pour te ter d’avoir toute la colonne
De cette cambrure profonde monte - on‘lisible’.
aimerait dire du
Calque jaillit - un
rachis très de
dorsal long dos,de
Miguel parfois
profil.
presque droit, parfois légèrement voûté. Cette voûte
J’ai se placemal
certainement le relevé
plus la
souvent autour de la
11è dorsale.

211
cinquième dorsale, voire la septième ce qui permet aux omoplates de tomber en arrière, au
point de paraître presque se toucher. Cela laisse aux bras et aux épaules une liberté d'action
incroyable, quand on voit la carrure de certains de ces hommes. Leurs bras sont fermes et
relaxés le plus souvent ; ils sont souples comme ceux d'un enfant, leurs épaules n’en limitant
pas le mouvement. Miracle enviable, du fait du travail d’adaptation constant du cou à la
charge, ils n'ont jamais cette fameuse bosse de bison, si inélégante à la base de la nuque.

Le sacrum est ant-éversé, et aidé de la 5è lombaire son plateau


forme la cambrure. La colonne vertébrale repart en arrière dès la
4è lombaire formant un ‘arbre droit’ jusqu’à la voûte dorsale. En
levant les bras, aucune fausse ‘cambrure’ ne se forme en dorsales.
C’était à Noël 1982, Miguel avait 50 ans, cela faisait 31 ans qu’il était descarregador
Les appareils de radiographie étaient vétustes. Pour avoir toute la hauteur de la colonne
relativement lisible, il a fallu faire trois clichés qui ne sont pas très clairs ; c’est d’eux que j’ai
tiré ces calques, en prenant sur chacun ce qui était le plus visible ; ce n’est pas parfait, mais
c’est déjà beaucoup mieux que rien et cela nous aide très bien à comprendre comment devrait
être notre propre colonne vertébrale si nous étions en bon état. Je veux dire vers quelle forme
de colonne vertébrale nous devrons tendre si nous voulons récupérer de la santé, et vivre au
mieux le plus longtemps possible. Le système nerveux central est dans le canal rachidien et le
cerveau dans la boîte crânienne. L’aplomb du canal rachidien dépend de la position des
vertèbres et celui du crâne de la position que nous lui laissons prendre sur les cervicales.

212
La cage thoracique

"Il faut apprendre à l’œil à regarder"


Chardin

Quand j'ai connu Miguel, j'ai été effrayée des conditions dans lesquelles lui et ses
camarades travaillaient l'hiver : il pointait tôt le matin - en ce temps-là, je crois me souvenir
qu'il se levait à 5h en été et à 6h en hiver, plus tard il s’est levé à 2h 1/2 !- Ils travaillaient à
décharger par tous les temps, en hiver, avec souvent un vent glacial, les pieds mal préservés
par de mauvaises chaussures, pataugeant dans l'eau froide, et les mains toutes gourdes tant
elles travaillaient dans la glace pilée. Au même moment, j'avais déniché, au cimetière, une
espèce de décharge où les pieuses femmes jetaient les bouquets fanés, mais où, aussi, étaient
déposées les petites caisses dans lesquelles avaient été réunis les os de ceux sur la tombe
desquels personne ne venait plus prier : on pouvait donc récupérer leur place pour y mettre un
nouveau venu. "Nous nous suivons tous", dit-on ici. Dans cet endroit qui, pour moi, était
surtout un lieu de recherche anatomique, j'étais tombée sur les vertèbres lombaires d'un
homme - de plusieurs même - toutes rongées et collées d'arthrose et de rhumatisme : de leur
temps, la plupart des hommes pauvres travaillaient à décharger les bateaux et comme les quais
n'étaient pas encore faits - ils ont été commencés en 1934-35 - ils allaient jusqu’aux bateaux,
le pantalon retroussé, trempés jusqu’au nombril et même plus haut à la moindre vague. Pour
minimiser les dégâts, à tour de rôle, ils faisaient le va-et-vient entre le bateau et la plage, où ils
passaient la canastra qu'ils transportaient sur la tête d'un autre qui, lui, ce jour-là, faisait le va-
et-vient entre la plage et l'usine de conserves.

Azulejos de la praça (marché) de


Setúbal : celui qui, dans l’eau, arrive
vers nous va passer sa canastra sur la
tête de celui qui l’attend sur la berge et
qui, aujourd’hui, n’ira pas dans l’eau ;
il fera le reste du trajet jusqu’à l’usine,
dont revient en tenant la canastra vide
sur la tête, celui de droite, parce que
c’est plus facile à porter ainsi. Ces
azulejos sont de 1929 ; ils étaient
encore tous nu-pieds et le resteront
jusqu’après 1960 et même plus tard.

213
J'avais donc vu, touché, bien observé les effets de l'humidité sur les vertèbres
lombaires. Miguel n'est jamais entré dans l'eau, il a commencé à travailler en 1951, mais la
pluie, le brouillard, les embruns, le vent de mer, tout cela ne devait pas être meilleur pour ses
os. L'hiver 1983, il était déjà mon mari, puisque les taureaux d'Alcochete nous avaient mariés
au mois d'août précédent ; j'avais donc pensé que des sous-vêtements Damart seraient le
meilleur cadeau à lui faire et j'avais acheté des T-shirts bleu marine qui lui allaient fort bien.
Quelques années après, il a fallu en acheter des nouveaux, mais la forme du décolleté avait été
changée entre temps et le biais qui entoure l'encolure remontait sur son cou ; sur le mien, en
ce temps-là, il n'y avait pas de problème.
C'est alors que j'avais écrit à Damart en expliquant que le décolleté n°2 (à gauche)
allait très bien pour les intellectuels qui sont voûtés et ont le sternum vertical, mais ne vont
pas du tout sur les manuels qui ont le dos plat et la poitrine très bombée avec un sternum
oblique. Pour eux le décolleté n°1 (à droite) est bon : chez eux, les coutures d'épaules se
placent bien plus en arrière. C'est ainsi que l'année suivante Damart, qui m’avait répondu qu’il
en serait tenu compte, a sorti des décolletés ouverts en V qui vont bien à tout le monde !

n° 2 n° 1
Les deux décolletés de Damart.
C'est touché du doigt, avec cette expérience - et d'autres - que chez ces manuels le dos
est resté étroit, comme celui des enfants, tandis que le devant est "ouvert", épanoui : les bras
tombant bien en arrière de l'arrondi des côtes sur les côtés. C'est vrai pour beaucoup de
manuels, pas pour tous, tandis que c'est universellement vrai pour tous ceux et celles qui
transportent leurs charges sur la tête. C’était, la forme normale du thorax il y a encore peu.
Autre expérience du même genre : Les robres d’été sans manches, celles qui ont une
patte large comme la main sur les épaules. Celles qu’on achète à Paris, même dans les bonnes
maisons, ont un dos très large, un devant étroit et il manque, pour nous maintenant, comme un
quartier de lune de tissu aux emmanchures. Celles que j’ai acheté 5 euros, l’été 2006, au
marché de la Xépa le dimanche matin à Setúbal sont parfaites !

214
Dos plat et étroit

Sur la lota de Setúbal : le dos et


les bras de "Bigotes" le 6. I. 83

‘Bigotes’, sur la lota de Setủbal en


1983 : poitrine très ouverte et longue
ligne du tronc devant et derrière.

Le dos du "14" vu de profil le 24. 12. 83 Tuneca de face et Edouardo de dos sur la lota
de Setúbal en 1985. O mudo (le muet) finit de
monter l’escalier du quai.

215
António Varino charge Miguel

Zéca de face et Cesa de dos Miguel remonte à la maison, juillet 1984

A Mandalay, sur l’Irrawaddy j’ai vu le système de déchargement des bateaux qui a


existé à Setúbal du temps du père de Miguel : les paniers de poissons passent directement
d’une tête sur l’autre, sans toucher le sol ! (Arte, 19.10.07, 19 heures).

216
Le Professeur Delmas a pu constater sur mes radios, l'horizontalité de la première
paire de côtes de ceux qui portent sur la tête, comme de toutes celles qui s’accrochent au
sternum. Il l'a vu sur Miguel lui-même, quand nous sommes allés tous les deux lui rendre
visite à la Faculté de Médecine, en 1986, comme je l’ai déjà raconté. La gymnastique
quotidienne du port sur la tête paraît conserver éternellement à ses adeptes une forme jeune
de la colonne vertébrale et donc aussi de la cage thoracique. La Princesse du Bénin, princesse
et ancien mannequin, expliquait dans une émission télévisée qu’elle était très droite parce
qu’elle avait toujours porté sur la tête.4

Miguel, été 1989 et son rachis dorsal d’après ses radios de Noël 1982 : Colonne vertébrale très peu voûtée,
clavicules horizontales, sternum bien oblique.

Joâo salta, caixa de35 Kgs de poisson sur la tête et Porto, Marché Bolhâo, août 1982, une
Encardinho, cesto de 50 kgs, à la lota de Setúbal. corbeille pleine de choux.

4
Perez-Christiaens Noëlle, 1980, Le bâillement, une thérapeutique naturelle, Paris, Chiron, p.27

217
Quand je suis arrivée à Setúbal, il y avait encore des mannequins anciens pour présenter la lingerie. Sur
celui-ci on voit nettement la hauteur des seins due au dos très peu voûté qui permet un thorax très bombé,
un sternum oblique. Dans le dos, la bande du soutient gorge reste très basse. Août 1984.

Quand la cage thoracique (la


colonne dorsale) est restée très peu
voûtée, le devant de la cage est très
bombé, et le sternum est très
oblique. Miguel, à Paris, en mars 1987.

Au contraire, quand la colonne


dorsale est très voûtée, le devant de la
cage thoracique, le sternum, est
vertical… et c’est tellement contraire
au vrai équilibre humain qu’Iyengar
disait : « Les omoplates d’un dos qui
n’est pas juste sont comme des œufs :
vous devez couper les œufs" ! Le Dr
Fischer, p.284, montre un petit
appareil qui, déjà de son temps, était
proposé pour corriger ce défaut que,
maintenant, on préconise sur les
mannequins !
(publicité pour le 5 de Chanel)

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Le cou, la nuque

La nuque est allongée, dégagée, ce qui leur donne à tous, petits ou grands, gros ou
minces, jeunes ou plus âgés, un port princier. Ceci m'intéressait tout particulièrement. En
effet, dans la boite crânienne est logé le cerveau. La nature l'a équilibré dans un certain
aplomb, flottant dans un liquide protecteur, le liquide céphalo-rachidien, ne touchant ni aux os
du front, ni à ceux de l'occiput. Dans le travail énorme de yoga que j'avais fait avec B.K.S.
Iyengar, il insistait sur ce même aplomb de la tête, pour que le cerveau ne touche à rien, qu'il
soit libre, de manière à pouvoir se reposer. Et voici que je retrouvais ce même port de tête sur
ces gens calmes, sereins, paisibles, toujours prêts à rire ou à sourire, des gens détendus,
malgré de très importantes difficultés de vie.

Le très joli mannequin qui Maria Theresa, Impératrice, Constable, tête de jeune fille vue de
présentait un collier de perle Reine de Bohème et de Hongrie, dos… vers 1806 collection
dans une vieille bijouterie de Archiduchesse d’Autriche, par particulière ; on remarquera la
Setúbal en 1982. Andreas Möller, 1727 (Vienne colonne cervicale en creux entre les
Kunsthistorisches Museum). deux muscles cervicaux.
Il y eut même, à ce sujet, une bonne plaisanterie, que je livre ici sans malice, ni
mauvaise intention, simplement parce qu'elle montre à quel point nous sommes tous
préformés par nos études et les images qu'elles ont introduites dans nos mécanismes
cérébraux. Dans les hôpitaux portugais, comme dans les français et peut-être bien d'autres, un
cou lordosé, est dit normal, c'est-à-dire que pour être sain, le cou devrait être cambré : la
nuque devrait être creuse ; un cou droit est taxé de l'épithète dégradante de "pathologique".
Tous les cous d'enfants sont droits, de même que tous les cous d'Africains, tous ceux des
Indiens - et je parle de gens de la campagne, non de ceux qui, comme nous, se déforment sur
les bancs des collèges ou des Grandes Écoles - donc tous les cous droits, dont les vertèbres
sont alignées exactement selon ce que la nature a inscrit dans leurs surfaces articulaires... tous
ces cous-là, qui ne souffrent pas, seraient pathologiques !
Tandis que les nôtres, nous qui avons la chance d'avoir la nuque creuse et d'en souffrir,
au point d'y passer souvent la main, les nôtres seraient normaux ! Quel est le médecin qui
oserait dire, à l'heure actuelle, que le port sur la tête conserve les courbures naturelles, ou
encore, qu'il conserve à la colonne vertébrale une forme de jeunesse ? Les esprits sont
tellement habitués à penser l'inverse, qu'il se ferait "sortir". Et pourtant, sur les tableaux
anatomiques anciens qui sont encore (1983) dans les hôpitaux portugais, ou dans les librairies
médicales françaises, c'est ainsi que la nuque et les vertèbres cervicales sont présentées.
Cependant, pour dire toute la vérité, j’ai rencontré à Guérande un vieux médecin qui
avait connu beaucoup de paludiers et de paludières. Il affirmait que le transport des charges

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sur la tête, bien fait, c’est-à-dire bien reçu des anciens qui l’ont pratiqué longtemps, était un
très bon exercice et ne pouvait en aucun cas endommager ni le cou ni la base du dos.
Faut-il oser aller plus loin ?
Lorsqu'on regarde ces gens, on est tenté de les classer, un peu arbitrairement peut-être,
dans deux types : Il y a les carboniques, ceux qui ont une carrure carrée ; ils sont forts, parfois
gros et en imposent par leur solidité. Il y a aussi un autre type, les phosphoriques, longs,
minces, souples, quel que soit l'âge et la force de la personne. Ces gens qui travaillent
beaucoup physiquement ont développé un instinct de protection, une espèce de tour de main
de manière à ne pas s'endommager. Ils sont à eux-mêmes, en effet, leur principal instrument
de travail, pour ne pas dire leur unique trésor. Eh bien ! on dirait que la nuque de ceux que
nous avons appelés les longs-minces, a tellement peur de se creuser sous la charge qu'elle se
courbe légèrement, comme par antidote, au moment où la charge arrive sur la tête, et elle reste
dans cette attitude de protection pendant tout le temps où elle est chargée. On dirait que ces
nuques sentent que le poids risque de les creuser, et de leur donner "le coup du lapin" - bien
connu dans les accidents de voiture, et tellement pernicieux qu'on nous oblige à avoir des
appuis-tête -. Rien qu'en regardant les radios, je sais à quel type humain ils appartiennent. Et
ceci est vrai même quand il s'agit d'un homme comme Miguel, qui approche de la soixantaine.

En mars 1987 Miguel explique : "Le cou ne doit pas se laisser incurver, il ne doit pas
plier vers l’arrière comme je fais avec mon poignet ; il doit rester droit et s’étirer"

L’important est de ne pas faire de fixation sur ce qui n’est plus tout à fait
correct dans ce cou, mais de bien voir la protection qu’il se donne en
s’arquant dans les hautes cervicales. On ne voit pas le crâne plus haut à
cause de la baretina et du chapeu. En effet, pour être sûre d’avoir une vision
la plus exacte possible de leur colonne, il fallait qu’ils ne se sentent pas gênés
à l’hôpital. J‘avais donc demandé qu’on les radiographie dans leur costume
et leur attitude de travail ; Miguel avait, lors de la radiographie, une
vingtaine de kilos sur la tête, posés au-dessus de ce qu’il mettait tous les
jours pour la protéger. On remarquera également que l’articulation de
l’épaule est très en arrière, presque sur le même plan que la colonne. (1982)

Haut du bras

Des nuques instinctivement intelligentes, qui ont si peur de se laisser creuser par le poids... et on apprend
encore, à la Faculté, qu'un cou normal est un cou lordosé !
Il est vrai que les médecins voient rarement, en consultation, des gens bien portants; ce
sont ceux qui souffrent qu'ils radiographient ! Mais nous avons vu, à Vila nova de Gaia, que
les paysans qui avaient un cou encore en bon état, pouvaient cependant souffrir.

220
Il s’agit d’un des
marnotes des salines
d’Aveiro, notre n° 11. A
gauche, son cou quand il
n’est pas chargé ; à
droite, il est chargé et son
bras est monté pour tenir
la canastra dans laquelle,
à l’hôpital, on a placé 2
sacs de 10 kgs de sel. On
voit nettement comment
le cou se protège contre le
‘coup du lapin’.

Quand on réapprend à porter sur la tête, on apprend à étirer toute la colonne vertébrale y
compris la nuque (on ne peut pas étirer une nuque cambrée !). Cet étirement, dans son
mouvement ascendant de tout le dos, allonge les lombes (qui ne peuvent s’allonger qu’au-
dessus d’un bassin anté-versé), protège la cage thoracique et le cou. C’est ce qu’Iyengar
m’avait enseigné : "Comme un serpent, la colonne doit être mue d’un bout à l’autre ; quand la tête
avance, le mouvement est donné jusqu’à la queue".5 Dans le port sur la tête c’est l’inverse, c’est
d’en bas que démarre l’étirement qui va jusqu’au crâne. C'est bien un cou droit du reste, que
décrit le Docteur Michel Sakka6 dans ses recherches! C'est ainsi que je le vois sur les radios
des personnes qui portent sur la tête et même de beaucoup d'autres qui ne souffrent pas.
Il est droit, mais pas vertical : il suit la ligne des hautes dorsales et la prolonge. Le cou
est droit, et la charge le fait jouer là où il s'articule sur la cage thoracique : l'articulation
cervico-dorsale est très mobile. Ces gens, lorsqu'ils regardent en bas, baissent les yeux, mais
pas la tête ; ils ont gardé une acuité visuelle et une grande mobilité des muscles oculomoteurs.
Le cou est très mobile aussi à son articulation sur le crâne (sous-occipitale).
Il est à noter que dans cette position de la tête, la pomme d'Adam n'apparaît pas ; on
serait tenté de dire qu'il n'y en a pas. Mais elle existe, puisque dès que les jeunes prennent une
position avachie et que la nuque se creuse, elle apparaît.
Les descarregadores travaillent beaucoup et avec beaucoup de courage ; parfois, c'est
à la course qu'il faut décharger... parfois deux caisses atterrissent sur une même tête tant il
faut se dépêcher ; c'est alors 50 à 60 kg dont le cou doit assumer le transport. (Il n'y a plus
personne qui porte sur la tête, ni à la lota ni à la praça de Setúbal, depuis 1994, sauf, parfois,
quand on le rencontre à la lota, Manel l’homme dont l'alcunho (le surnom) est Varino7.)
Le cou : oui, c'est bien lui le grand responsable ; cela ne paraît pas évident quand on
n'a pas porté soi-même ou lorsqu'on croit encore qu'il faut immobiliser tête et cou pour que la
charge ne tombe pas. Au contraire, il faut une mobilité et une attention extraordinaire de
l'articulation sous-occipitale et de tout le cou qui place la tête sous la charge juste comme il
faut pour rattraper sans cesse l'équilibre : on marche, on vit, on respire et la charge bouge. Ou
bien elle tombe parce que son "centre" ne tombe plus au "centre" de la tête, ou bien les
muscles de la nuque auxquels répondent tous ceux des gouttières dorsales et lombaires
jusqu’au sacrum, placent la tête à l'endroit où la charge va tomber. Alors, elle reste sur la tête,
mais le jeu se rejoue à chaque pas. On peut aussi tenir la charge d'un bras, mais, même si
l'épaule est bien placée et le bras relaxé, il se fatigue vite ; on marche difficilement et le
souffle est court quand on met les deux bras en l'air. De plus, toute cette gymnastique, ce
massage profond du dos le garde souple à ne pas croire. Mais si on tient la charge, la
gymnastique n’existe plus. J'ai demandé un jour à Miguel si c'était lui qui plaçait la tête à
tout instant dans différentes positions ou si c'était le cou qui agissait tout seul. "C'est le cou,
5
Perez-Christiaens Noëlle (recueillis par), 1976, B.K.S. Iyengar, Sparks of Divinity, D 8, et plus loin X 198
6
cf chapitre "mes locomotives", p.113
7
Eté 2004, on me dit qu’il est mort.

221
pour équilibrer", m'a-t-il répondu. "Ne contractez pas le cerveau quand vous vous étirez "
recommande Iyengar. Quand j'étais en Afrique, le frère de Kouka m'avait dit en me voyant
rigidifier mon cou "Il ne faut pas se rengorger, c'est le cou qui assure la charge." La nuance est
difficile à saisir au début. Toujours au Burkina Faso, j'avais vu une des nièces de Kouka, alors
petite fille de huit ans, revenir par un sentier très étroit, avec un bidon d'huile sur la tête : une
charge difficile à porter, lourde, plus haute que large, et liquide qui plus est. Ses petits pieds
quittaient souvent le sentier et entraient carrément dans les bordures d'arachides pour éviter au
bidon de tomber : on se place à l'endroit où la charge va tomber pour que, le poids rencontrant
un support, l'équilibre soit sauvé. Plus la charge est haute, plus il y a de déport, et plus c’est
difficile..
Un peu d'anatomie du cou
Le cou est fait de deux parties : d'une part l'articulation sous-occipitale qui est chargée
de placer la tête dans toutes les positions qu'elle a besoin d'adopter ; et d'autre part, le reste des
cervicales, depuis le dessous de la seconde cervicale jusqu'à leur insertion sur les dorsales.
La sous-occipitale est essentiellement faite de la première vertèbre cervicale, "C 1",
dont les articulations très lâches sont très fragiles, mais en même temps peuvent répondre à
tous les besoins de la tête :
- "C1" s’articule avec le crâne et son articulation du dessous avec "C2" .
- "C2" est un pivot, un axe dont l'articulation du dessus (avec "C1") est également très
lâche. Par contre, le dessous de "C2", ses surfaces articulaires, font partie du reste du cou et
n'ont plus que peu de mobilité.

C2
C1

C2

En effet, "cou", vient d'une racine indo-européenne KWEL, qui comporte une idée de
circuler, de tourner. D'elle vient, en sanskrit, la racine CAR : marcher, circuler, paître; et le
mot "cakra" (pron. tchakra) : roue, cercle, disque, roue du potier, tour, moulin à huile, cycle,
mouvement circulaire. - En grec, cette racine i-e a donné "polos" : pivot, pôle. De "polos", le
français a fait : pôle et poulie, et le latin a fait "collum" : le cou, pivot de la tête.
Si le sens étymologique de "cou" est pivot, il est évident que cette partie du rachis ne
peut être naturellement incurvée (lordosée) : comment peut-on envisager que quelque chose
puisse pivoter sur un axe faussé sans se gripper ? Un pivot est un axe, et un axe ne saurait être
courbe. Un cou en bon état, tel que nous pouvons l'observer encore à l'heure actuelle, sur les
anciens traités, sur les enfants et sur toutes les personnes qui portent sur la tête habituellement,
est droit. Droit ne veut pas dire vertical ! Les cervicales sont alignées, elles sont posées le long
d’une ligne droite. Cette ligne n’est verticale que s'il n'y a pas de voûte dorsale. Les cervicales
suivent normalement la ligne créée par les hautes dorsales, celle qui, du point culminant (D5
ou D7) monte vers le crâne. Plus les dorsales sont voûtées, plus la ligne du cou est oblique ;
plus le dos est droit et moins la ligne des cervicales s'écarte de la verticale.

222
Miguel regarde les tuiles verticales du second étage d’une maison de Sesimbra Ici, c’est à Tolède, à
en juillet 1985. Si on observe bien son cou, on sent que le crâne s’est articulé Noël 1985. Il regarde le
sur l’articulation sous-occipitale sans avoir imprimé une courbe creuse à la plafond, et le cou s’est
nuque, vers C3 ou C4, ou même plus bas. Le cou est droit. très peu arqué.

Le cou est droit ; la


tête est relevée grâce
à l’articulation de C1
sur C2 ; le reste du
cou est resté aligné.
Photo de couverture
d’un livre de
G.Médioni sur la
mésothérapie

Fauconnier,
agenda de
l’IMA 2005 : le
cou est droit.

Toute la colonne vertébrale, cambrure comprise, participe au transport des charges.


Dans le port sur la tête, toute la colonne vertébrale, abandonnée à la gravité et étirée à contre-
poids, garde la charge en équilibre.
Dans le transport des charges, toute la colonne vertébrale, abandonnée à la gravité et étirée à
contre-poids préserve son intégrité.
On entre alors peu à peu dans le génie du port sur la tête, dans le miracle qu'il opère
pour l'équilibre de la colonne vertébrale : non seulement le cou mobilise la tête pour la placer
sous la charge, mais encore tous les muscles des gouttières dorsales (tout le dos) s'ajustent en
contrepoids dans un mouvement souple et efficace pour se placer sous le cou. Nous verrons
un peu plus loin la protection que donne à la colonne vertébrale les muscles antérieurs et
postérieurs du tronc, ce que la physiologie nomme soit les extenseurs du tronc, soit les
érecteurs du tronc ; ce que nous appelons, dans l’ISA, "corselet". C’est ce qu’Iyengar
enseigne : "Comme un serpent, la colonne doit être mue d’un bout à l’autre ; quand la tête avance, le

223
mouvement est donné jusqu’à la queue", nous l’avons dit un peu plus haut, mais dans le port sur
l tête, c’est d’en bas que démarre l‘étirement qui monte jusqu’au crâne.
C'est alors seulement qu'on peut comprendre, non pas dans sa tête, mais par les
sensations ressenties, le rôle de la cambrure : c'est en elle que s'enracine la colonne ; c'est
d'elle que jaillit le tronc vertébral, qui tout entier, se met au service de la personne et donc de
la charge qu'elle transporte, de quelque façon que ce soit, sur la tête, les épaules ou au bout
des bras. Pour Iyengar la tête entraîne tout, pour Miguel l’extension part de la cambrure.
Ajoutons cependant, qu'il s'agit de la vraie cambrure, en basses lombaires et non de
celle qui se place parfois en 3è lombaire, ou celle qui se dessine à la taille, à la jonction dorso-
lombaire ou même parfois plus haut et qui, elles, sont anti-anatomique. Lorsque le bassin est
rétro-versé, il n'y a plus que peu de cambrure. Pour ne pas marcher à quatre pattes, on est
alors obligé de créer une cambrure, complètement artificielle, à la taille ou souvent même plus
haute, du côté de "D7-D8". On voit alors un bassin immense et un dos qui se réduit au buste.
Cette forme anatomique que l'on voit beaucoup en ce moment est "difforme" et engendre
beaucoup de problèmes de santé, en particulier des accouchements précoce ou des problèmes
urinaires ou encore des inflammations de la prostate, des problèmes de respiration et de
hanches...
Un mot sur les épaules

La liberté de l'épaule se joue à l'omoplate ; la liberté de celle-ci est fonction de la


position des vertèbres dorsales : plus le dos est voûté, plus les mouvements de l'épaule sont
limités. Le dos très allongé des gens qui portent sur la tête, une voûte dorsale peu existante,
leur conservent une ampleur de geste, une liberté du bras très intéressante. Le bras se lève
depuis sa tête humérale sans entraîner avec lui tout le système de la ceinture scapulaire :
l'omoplate est à sa place, elle suit très peu les mouvements du bras... mais elle n'est pas
soudée : le membre antérieur commence à la tête humérale et non, comme dans nos
civilisations - sorties de l'aplomb et donc crispées - à l'omoplate : celle-ci est libre mais quitte
peu sa place près de la colonne vertébrale.

Miguel a 73 ans ; il déblayait des


La grand’mère de notre vieille amie Marie briques fin septembre 2005.
Maisondieu. La ligne du devant est très longue et Omoplates près de la colonne
les épaules sont placées bien en arrière. vertébrale.

224
‘Le Déluge’ de Giulio
Carpioni (1613-1679) ;
détail.

Une dernière précision sur la liberté de l'épaule : l'omoplate, avons-nous dit se place en
fonction de la position des dorsales ; mais celles-ci dépendent souvent de la forme de la
cambrure ! Un dos sans cambrure est forcément un dos voûté qui ne laissera que peu de
liberté aux épaules et donc aux bras.
Tout ceci est vrai, surtout pour nous. Les gens d’aplomb n'ont pas l'habitude de laisser
tomber vers l'avant leurs omoplates ; même voûtés, ce que je peux voir au marché par
exemple, ils gardent une liberté de l'épaule qui étonne : ce n'est pas une souplesse, c'est une
liberté d'articulation jouant normalement, sans fatigue inutile du trapèze. Nous allons y
revenir un peu plus loin.

Les deux sœurs Williams présentent leur coupe au public. On remarquera que les omoplates sont restées
très proches de la colonne vertébrale, les épaules sont restées relaxées, ce qui a permis aux bras de se lever
depuis l’articulation humero-scapulaire, sans entraîner la montée des omoplates. On voit le creux du haut
du bras, ce qu’Iyengar demandait sous le nom de ‘dot’. (The Sunday Times Culture, 24.6.04, p.55)

8
Perez-Christiaens Noëlle, 1979, Ainsi parlait B.K.S.Itengar, Paris, Institut BKS Iyengar , ch. sur les ‘dots’

225
Dans leurs azulejos, les Portugais nous montrent le port habituel des humains non encore sortis de
l’aplomb normal du mammifère humain à travers la vie quotidienne des paysans ou des pêcheurs. En
haut des hommes rentrent au port : debout de face, poitrine ouverte et longue ; de dos ou de profil bien
penchés depuis les têtes de fémurs. En bas, la queue à la fontaine des femmes qui vont repartir avec le
cantaro sur la tête. Entre les deux elles auront tissé entre leurs doigts une rodilha (chiffon) pour faire une
rodela, un bourrelet rond qui leur protègera le cuir chevelu ; on dit aussi une sogra (belle-mère), montrant
bien, que c’est la bru qui était chargée de la provision d’eau de la maison. Elles sont toutes d’aplomb.

La rodilha

226
Les yeux9
Les yeux sont-ils condamnés à regarder droit devant eux, au loin l'horizon ?
Certainement pas, ils doivent impérativement regarder où on va et où les pieds vont se poser
pour éviter tout accident, et puis aussi ce qui risque d’arriver par la droite ou la gauche.
Les muscles oculomoteurs se réveillent et placent le globe oculaire dans la direction
voulue comme ils le font naturellement encore chez les enfants. Au lieu de laisser les yeux
immobiles dans les orbites et de bouger la tête pour les placer face à l'objet à voir, la personne
qui porte, ne pouvant baisser la tête, garde l'habitude de la mobilité du regard, ce qui
économise le travail des cervicales.
Les yeux gardent leur mobilité dans des orbites replacées juste où il faut pour abriter le
regard du fait de la position juste du crâne. Les nerfs sensitifs de la vue retrouvent (s'ils
l'avaient perdue) une subtilité de ton, d'intensité de vibration de formes ou de couleurs que
perdent ceux qui vivent dans un faux aplomb du crâne, avec la ligne auriculo-nasale
horizontale ou inclinée dans le mauvais sens : le nez en l'air, comme on le voit si souvent
maintenant.

Quand la tête est bien


posée, les muscles
oculo-moteurs
peuvent travailler.
C’est la seule
manière normale de
regarder pour
traverser une rue ou
descendre du trottoir
quand on a une
charge sur la tête.

Mosaïque d’El Jem, en Tunisie. bien repérer


les yeux Film de Stéphane Breton : ‘Le ciel dans un jardin’. FR5
25. 2.06.

9
Perez-Christiaens Noëlle, 1977, Les yeux, agents de dispersion ou d’intégration, Paris, Institut B.K.S.Iyengar

227
Dans l’aplomb le poids tombe toujours tout seul aux talons
J’avais bien remarqué qu’ils avaient tous le poids aux talons, mais je n’avais pas
repéré qu’ils ne le mettaient pas. Je ne savais pas encore que c’était la position du bassin qui
avait pour résultat de descendre le poids au bon endroit des pieds : aux talons. Je n’avais pas
remarqué non plus qu’ils paraissaient ‘debout assis’ ou ‘marchant assis’. Cela ne me sautera
aux yeux que l’été 2004, c’était pourtant visible !
La camioneta de la fabrica La Regina, sur la
lota de Setúbal en 1983, belle cambrure,
ischions très hauts et poids aux talons.

Sur la lota de Setúbal


le 30.3.83, Fernando,
le capatas (capitaine)
de l’équipe de
Miguel, Il est comme
‘debout-assis’.
Zé quatremelo vient
vers nous et, au fond,
je crois reconnaître
la chemise de Manel
Padaia.

Mosaïque de la fouille de la Via Dogana à Faenza, Vè s. d.c. Le poids est sur le Maternité dan, Côte
talon de la jambe d’appuie dont le genou est souple. In :Archeo, marso 2006. d’Ivoire, XXe. Musée
Les Blancs du Quai Branly supp.
Moussis, 18. 3. 07, n° 2170, juin 2006.
le Carnaval de
Stavelot en
Belgique. Le poids
est posé aux talons,
c’est visible.

La marque des
boulangers ‘le
fournil de Pierre’ ;
poids aux talons.

228
Lors d’une fête à Aveiro, Miguel debout sur une barque de moliceiros (ceux qui récoltaient les algues pour
servir d’engrais) mange debout, bien d’aplomb sur ses talons.

On remarque que cet


homme est parfaitement
d’aplomb : le poids est sur
le pied arrière, la cambrure
est basse, les épaules sont
‘ouvertes’, la poitrine est un
peu affaissée ; ligne
auriculo-nasale presque
bonne. Ce n’est pourtant
pas un manuel, c’est un
avocat-
journaliste !(C.M.16.8.06)

Ces deux ‘lions’ du Sporting de Lisbonne sont d’aplomb, avec le poids aux talons et le bassin anté-versé :
les genoux sont allongés mais non tendus. A Bola,15. 8. 06

229
Miguel nous apprend à mettre la grande ceinture de flanelle des forcados. Pour plus de détails voir à
cinta, p. 1813. On, notera qu’il est toujours d’aplomb, avec le bassin anté-versé et le poids aux talons,
même quand il se penche en arrière. Il est du reste incapable de mettre son bassin en rétro-version, on
ne lui a jamais appris à coller les ‘reins’ au sol ou à ‘rentrer le ventre’ ! Ainsi ses ligaments lombaires
n’ont jamais été distendus !
Les pêcheurs et les paysans mettaient aussi une cinta noire qui montait moins haut sur le tronc.
- Comment le tronc, maintenu dans une telle gaine aurait-il pu inventer de se courber ? Il ne pouvait
que s’articuler à l’articulation du tronc sur les têtes fémorales et ainsi sauvegarder l’intégrité de la
colonne vertébrale.
- Il y a eu plusieurs démonstrations, c’est pourquoi Miguel est tantôt tête nue, tantôt avec le barrete vert
à revers rouge du monde des paysans ; pour les pêcheurs, la cinta et le barrete sont noirs.

230
Notre propre poids dans la gravité
"La nature existe indépendamment de toute philosophie."
Rappoport 10

Le premier poids que nous ayons à porter, c'est le nôtre : celui de nos os, celui de notre
chair, de nos organes. Avant même de transporter un quelconque fardeau, où que nous soyons
et où que nous allions, nous transportons le poids que nous avons ; et plus nous sommes
pesants, plus grand est le risque pour notre colonne vertébrale, nos articulations et les
articulations de nos jambes, pour l’aplomb des os du pied (voûte plantaire, hallux-valgus),
avec une mention spéciale pour l'articulation du tronc sur la jambe, la coxo-fémorale et le col
du fémur, et celle du genou qui est fragile.

Ce poids évolue dans la gravité, celle qui se ressent sur la terre, et qu'on essaie de
visualiser par une ligne "verticale" qui, venant du cosmos nous traverse en nous fixant au sol
et continue vers le centre de la terre, l’"axe" dont me parlait Iyengar. C'est cette ligne que le
maçon vérifie avec le fil à plomb (le fils de Brahmā, le Créateur, en Inde!). Il dit alors que le
mur est d'aplomb. Cet équilibre est comme tous les équilibres, un point entre deux
déséquilibres, le point où le poids est le plus léger. On le découvre tout seul quand on est petit
et qu'on apprend à marcher. Si on l'a perdu, pour une raison quelconque, il est bien difficile à
retrouver tant les modes et les théories sont nombreuses qui nous aident à garder la sensation
fausse. Le retrouver après l’avoir perdu, signifie d'abord la prise de conscience de la sortie de
l'aplomb normal, puis la remise en question d'habitudes qui peuvent s'être installées en nous -
faussant tout - depuis bien des années, et qui, elles, nous paraissent ‘normales’.
Parmi les modes, on peut citer celle de copier les Américains, lors de la Libération.
Quand ils étaient assis, ils se mettaient les pieds sur une table basse, parfois leur bureau, ce
qui plaçait leur bassin en rétro-version, d'où la mode "haricot vert" de Dior qui faisait de nous
des arcs de cercle et de ses mannequins des êtres qui, toutes, souffraient atrocement du dos.
Le résultat de cette mode perdure encore aujourd'hui avec les Écoles du dos : couchés, elles
nous font plaquer "les reins" au sol pour ôter des tensions créées de toutes pièces par une autre
mode : vers les années 80 on nous a redonné la permission d'avoir de la poitrine et un joli
"popotin" ; une fois la cambrure ôtée, pour ce faire, il faut créer une sur-cambrure à la base de
la cage thoracique. Cette nouvelle mode a fait un bassin qui commence à la pointe des fesses
(basses) et monte en pente douce jusqu'à la taille et même plus haut ; et un tout petit buste.
Il y eut aussi la mode des jupes "tuyau de poêle" ou celle des jeans qui annihile toute
possibilité de fonctionner normalement pour l'articulation des hanches, obligeant les pauvres
jeunes que nous étions à inventer une autre manière de se baisser en arrondissant
complètement le dos. A ce sujet, j’ai eu une expérience intéressante : vers 1985-6, nous
déjeunions toujours, Miguel et moi, chez Xico : dans l’arrière boutique du café, Etelvina, son
épouse, servait des repas, presque toujours au même petit groupe. A côté de moi, tous les
hommes étaient bien assis et un jour, l’un d’eux s’assied avec le bassin rétro-versé. Je
m’inquiète…il venait d’acheter un jean ‘très cher’ et tous les plis qui se faisaient dans l’aine,
lorsqu’il s’asseyait, ne lui permettaient plus de poser son bassin normalement, comme il
l’avait toujours fait, en anté-version !

10
Rappoport Charles, 1929, Revue Marxiste p.554

231
Deux fausses positions modernes :

à droite : le mannequin a le bassin rétro-versé


et donc le pubis très en avant et en haut, ce qui
raccourcit l’espace abdominale et entraîne une
importante voûte dorsale, et le cou tiré en
avant.

à gauche : la cambrure en basses lombaires


s’est peu à peu effacée et une autre s’est
creusée à la taille, beaucoup plus haut, à un
endroit où rien, dans les pièces osseuses, n’est
préparé pour permettre une cambrure. Cet
angle est nocif. A cette hauteur du dos les
dorsales doivent s’aligner avec les hautes
lombaires et non se creuser. Cette fausse
cambrure est néfaste entr’autres pour tous les
nerfs du petit bassin qui sont ainsi pincés et ne
peuvent plus apporter l’énergie du rachis
central aux différents organes dont ils sont
chargés.

Parmi les théories, il y a celle que j'ai déjà citée : effacer la cambrure. On y a ajouté le
fait qu'on nous recommande de sentir le poids "réparti" sur tout le pied, corollaire du mauvais
aplomb du bassin. Celui-ci, placé en antéversion place les jambes en oblique et demande donc
une rotation différente à la tête fémorale dans le cotyle de l’os iliaque.
Des tas de théories sur la respiration sont maintenant divulguées un peu partout. Si
certaines techniques respiratoires peuvent être valables pour des êtres spéciaux - ténors de la
Scala de Milan, yogi dans leur grotte, soufi dans le désert - il n'a jamais été recommandé -
même en Inde - de les donner à tout un chacun, au contraire. Or le yoga et autres techniques
se sont répandues partout, créant parfois des désastres chez les personnes qui n'étaient pas
faites pour ce genre d'exercices. Certaines techniques peuvent être judicieuses, apprises sous
la direction d'un maître, un vrai, et elles deviennent pernicieuses sous celle de tous ces
"maîtraillons" qui ont fleuri partout, tant en Europe qu'en Inde-même, à la faveur de mai 68, et
qui exhibent des diplômes ! Comme si un diplôme était une preuve de sagesse !
Les manuels de physiologie ont également changé, probablement par volonté de
s'adapter à l'humain actuel, sans voir que l'aplomb de celui-ci, en Occident, avait peu à peu
changé et était souvent perdu. Les schémas et les dessins qu'on y découvre sont fort différents
- quant à l'aplomb de la colonne vertébrale et de l'être tout entier - de ceux des manuels
d'avant la guerre de 39-40.11
Alors une question se pose : est-ce maintenant, après des millénaires d’évolution, que
l'homo a enfin trouvé sa vraie position dans la gravité ou bien est-il sur une voie de garage par
rapport à tous ceux qui l'ont précédé sur terre ? Est-ce l'Occidental de maintenant qui a raison,
malgré ses tantes et ses cousins de la France profonde, ses amis de Crète, d'Espagne
populaire, d’Italie de la campagne, du Portugal rustique et pêcheur ? Ou au contraire, est-il en
train de se démolir complètement, créant des maux de dos inconnus de ses antécédents, des
maux de pieds jusqu'alors fort rares, des maux de hanches qu’il faut opérer ?

11
cf. le prologue : ‘Il y eut un avant, il y a un après’.

232
Quel dilemme ! Comment puis-je continuer à transmettre les techniques du yoga -
dont les postures ont été mises au point par des gens qui vivaient dans un certain aplomb que
nous n'avons plus... dont les techniques respiratoires ont été établies par des gens qui
respiraient normalement comme nous ne le faisons plus - Comment puis-je continuer
aveuglément et sans me poser de questions à transmettre ce que je crois avoir compris d'une
philosophie si profonde, si humaine, si spirituelle et en même temps si physiologique ?
C'est à ce moment précis que mon maître, B.K.S. Iyengar, m'a ouvert une porte, me
propulsant du même coup dans une recherche de tous les instants : "Ils ne sont pas sur l'axe !"
m'a t-il dit de mes élèves en 1972. C'est là que petit à petit, je me suis souvenue que dès 1959,
quand il me faisait travailler à Pune, il tirait toujours mon bassin en arrière pour me placer le
poids "à l'arrière du talon sur une surface grande comme un coin"12 ; il glissait son avant-pied sous
le mien pour me placer. C'est là que rouvrant les traités de physiologie modernes, j'y ai
découvert des descriptions qui ne concordaient pas du tout avec ce qu'il m'avait fait sentir.

Lors d’une fête au


Muséum d’Histoire
Naturelle de Cracovie en
1998, les archéologues
Jacob Radovčié, Milford
Wolpoff et Drazen
Polmykalo montrent un
squelette humain dont le
bassin est parfaitement
anté-versé,
Le plateau supérieur du
sacrum est très oblique.
La première paire de
côtes est horizontale ce
qui montre qu’il y a très
peu de voûte dorsale et
donc, au-dessus, un cou
droit. Bien repérer le bon
aplomb du crâne et celui
de la tête des trois
hommes.

Ce squelette, évidemment, a été remonté. Mais, à Cracovie, ceux qui l’ont remonté sont-ils déjà sortis de
l’aplomb ? Probablement pas puisque le squelette est présenté, pubis face au sol, comme ceux que je
verrai, bien plus tard au Portugal. Ceux qui remontent les squelettes les font comme ils se sentent !

En effet, Iyengar ne s’adressait jamais à la partie du cerveau intellectuelle, mais à la


partie sensorielle qui est souvent en léthargie chez nous. On nous apprend beaucoup de choses
en nous les expliquant ; lui, cherchait à me les faire sentir."L ‘intelligence seule ne résout rien,
disait-il : il faut l’observation. Alors seulement on peut utiliser le cerveau. Et encore : "Il faut que
l’intelligence envahisse tout le corps, que chaque parcelle devienne intelligente"13 et comme je
cherchais trop en surface - comme tous les élèves - cela a pris beaucoup de temps, comme
cela en demande beaucoup avec nos élèves actuels. Mais ne faut-il pas une vingtaine d’années
pour faire un bon médecin, un bon kinésithérapeute, un bon ostéopathe, un bon praticien ?
Alors pourquoi pas pour réveiller une partie du cerveau mise en sommeil depuis l’école ?
De là, toute cette suite de recherches et de travaux de terrain qui ne finira très
probablement jamais. Iyengar m’encouragea à beaucoup travailler par moi-même. Dès 1969 il
m’écrivait : "Ce n’est pas une perte si vous ne pouvez pas monter travailler avec moi à Gstaad. Après

12
Une petite pièce de monnaie grande comme un centime d’euro
13
Perez-Christiaens N. (recueillis par), 1976, B.K.S. Iyengar, Paris, Inst. B.K.S.Iyengar, D 12 et E 12

233
tout vous avez pris beaucoup d’entraînement de yoga d’une source extérieure (de lui, évidemment) ;
maintenant la lumière doit vous illuminer de l’intérieur par votre propre et constante recherche. Que
cette lumière vous illumine ! "
Donc, pour savoir comment porter notre propre poids, il faudrait déjà découvrir
comment la nature a fait évoluer les grands ancêtres des hommes actuels : recherches de
paléoanthropologie en comparaison avec celles d'ethnographie. C'est ce qui est apparu peu à
peu au cours de toutes ces années de "terrains" divers que j'ai résumés dans les pages qui
suivent. On y découvrira, j’espère, comment placer le poids de chaque os de chacun d'entre
nous, dans la gravité et comment retrouver la légèreté, comme le recommande Iyengar.

La colonne vertébrale est


bien dessinée : la
cambrure est basse, la
voûte dorsale minime, le
cou est droit. Il n’y a pas
de fausse cambrure à la
taille : les dorsales
s’alignent avec les hautes
lombaires jusqu’à une
légère voûte dorsale. Les
cervicales sont alignées
avec les hautes dorsales.
Larousse Médical illustré,
1924 p.5

Miguel, août 2003. Il faisait tellement chaud (c’était la Canicule) que Miguel avait ôté pantalon et chemise
et revêtu un short. Il avait 72 ans. On voit très nettement la forme de sa colonne vertébrale, où se place la
cambrure et les sacro-illiaques comme deux petites lignes et non deux points comme dans nos dos actuels.
On voit aussi, ce que j’appelle ‘le socle’ de la cage thoracique c’est-à-dire les lombaires qui sont alignées et
non ensellées comme le sont souvent les nôtres maintenant. Avec les yeux exercés comme je les ai
maintenant, je l’ai vu marcher : il semblait ‘marcher assis’ et cette réflexion nous a tous beaucoup aidé
dans les progrès que nous essayions de faire pour retrouver le vrai mécanisme de la marche.

C'est peut-être répondre un peu à M. Mauss et reprendre à notre compte une phrase du
commentaire de C. Lévi-Strauss qui écrivait :

234
"Personne, en vérité, n'a encore abordé cette tâche immense dont Mauss soulignait l'urgente
nécessité, à savoir, l'inventaire et la description de tous les usages que les hommes au cours de
l'Histoire et surtout à travers le monde ont fait et continuent à faire de leur corps."14

La colonne lombaire droite


au-dessus
d’une cambrure profonde :
c’est ce que j’appelle
‘le socle’
de la cage thoracique.

On nous montre généralement la petite statue paléolithique dite ‘la


dame de Sireuil’ de profil et cela permet d’apprécier sa profonde
cambrure. Ici, l’ancien Musée des Antiquités Nationales rebaptisé
Musée d’Archéologie Nationale nous la présente de trois quarts face
ce qui permet de voir la position du devant du bassin, c’est-à-dire du
ventre quand le bassin est anté-versé correctement.
Dans cette position du bassin, le plateau supérieur du sacrum est
très oblique et tombe au-dessus du pubis. On a une sensation extrême
de légèreté, comme si un rayon de gravité jaillissait du centre de la
terre et embrochait tout le tronc ; entrant par le pubis, il passe par le
plateau supérieur du sacrum, monte dans la colonne vertébrale,
aligne la nuque, sort par le point exact où on pose la charge quand on
porte sur la tête (le lotus aux mille pétales de l’Inde) et fuit au loin.
Dans cette position très souple et très allègre, il y a des muscles qui
travaillent tout seuls pour assurer la coaptation des têtes fémorales
dans les cotyles des os iliaques du bipède, d’autres qui, dans la
marche, maintiennent à chaque pas le poids sur la ligne médiane ; le
périnée est constamment ferme et soutient les organes du bassin.
C’est dans cette position que la nature a fait évoluer le mammifère
humain pour qu’il soit libre et en bonne santé aussi longtemps que
possible en travaillant souvent très dur ! C’est dans cette position de
notre squelette que nous devons tenter de rester - ou de revenir - pour
arriver à un âge avancé sans nous sentir vieux. Âgé mais pas vieux !
Ce n’est pas le travail qui tue, mais les faux mouvements et les fausses
positions !

14
Introduction de Lévi- Strauss à M.Mauss, 1968, Sociologie et anthropologie, PUF

235
La cambrure de certaines ‘déesses’ de la préhistoire
Affiche de l’exposition du
Musée du Tumulus de
Bougon sur les ‘déesses’
paléolithiques. On voit ici,
dans cette collection, que,
pour eux, la femme avait
toujours une cambrure
Gönnersdorf, profonde et basse.
Rhénanie, En bas, Pekama, Moravske
Allemagne Museum Anthropos, Brno.

Savignano,Italie. Lespugne, (Galerie La ‘polichinelle’, Grimaldi, Jolie cambrure : Vénus de


(Musée de paléontologie du Italie, (Musée de Saint- Willendorf. (Musée d’Histoire
préhistorique de Museum, Paris) Germani-en-Laye) Naturelle, Vienne)
Rome) On dirait le dos de Miguel !
236
Quand nous avons fait un saut en Turquie, en mai 2005, nous avons fait un séjour trop
court (hélas) au Musée d’Ankara où j’ai pu acheter des miniatures de ces merveilleuses
déesses-mères - ou Vénus - garantes de la fécondité de l’élément féminin de leur terre. L’une
d’elle est en train d’accoucher, assise, entre ses talons : la tête du bébé est par terre entre ses
pieds (il faut le savoir, sinon, on ne comprends pas que cette petite boule représente une tête
de bébé).Son ventre au lieu d’être une grosse boule, est une espèce de triangle de peau vidée
de son contenu. On ne peut pas être plus explicite ! Une autre tient son petit enfant dans le
bras droit. Une troisième est à plat ventre, je ne sais pas pourquoi ; mais Monique Auffret m’a
dit que c’était une position agréable quand on est enceinte. Enfin une dernière petite statue est
couchée, un peu sur le flan, un peu à plat ventre, avec un bon gros ventre bien rond. Ce qui
m’a le plus frappée, c’est que toutes ont une cambrure très profonde, extrêmement profonde,
même celle qui est couchée.

Incisions pariétales rupestres de la grotte de l’Addauta,


et de l’histoire
(Paleolithique-Supérieur). Musée Arch. Regionale Le chasseur, Musée d’Aquitaine, Bordeaux.
Palerme (in Archeo, April 1998, p. 120) Ils ont tous la
cambrure, quelque soit leur position !
237
Guide
Gallimar
d:
Grèce,
1994,
p. 93
Tripode hellénique
avec des Satyres.
On voit nettement
les bassins anté-
versés, la cambrure
basse suivie d’un
Ephèbe en bronze de Selinunte - 480-460 long dos sans Poséidon du Cap Artémisionet.
a.c. Museo Archeologico Regionale ‘trou’ en dorsales.
Palerme. (in Archeo April 1998, p. 124) Musée’ de Naples

Il s’agirait d’une princesse du


XVIIè ou du XVIIIè siècle. Petite
statue exposée au Musé des Arts
Premiers lors de l’exposition sur le
Bénin. Octobre 2007

238
Vraie et fausse place de la cambrure humaine naturelle.

Détail de ‘L’Heure du déjeuner’ de Timoléon


Lobrichon (1831-1914). Bonne cambrure.

Sur ce fauteuil de relaxation japonais Nais, la


cambrure de la personne qui se repose est
préservée. On ne voit pas son dos, mais la
position du bassin et la longueur du devant du
tronc en font foi.

Rui Costa, Portugais,


joueur à l’Inter de Milan
est voûté, mais d’aplomb,
cambrure basse. C.M 7.7.04

Affiche de la tourada du 26 septembre lors des fêtes de Les Romains appréciaient une jolie
Coruches en 2004. Il s’agit d’un campino, un de ces hommes qui chute de reins : mosaïque de la villa
surveillent, à cheval, les troupeaux de touros. Il est en costume romana del Casale di Piazza Armerina
de fête. On voit nettement la cambrure respectée quand ces en Sicile, 12. 2004
gens montent à cheval. Ce n’est pas la manière de monter
enseignée aux ‘gentils membres’ du club Med. et dans certains
manèges où on les fait décambrer complètement en s’asseyant
sur l’arrière des fesses, au détriment de l’assise, dite ‘assiette’.
239
Fausse
cambrure

Plateau
sacré

Sacro-
iliaques

Ici, cambrure basse, long dos peu voûté. Ici cambrure haute, dos court, bassin rétro-versé.

Sur cette couverture du journal Elle n° 2992 du 5 mai 2003, on voit nettement les
défauts que la mode imprime, à l’heure actuelle, à la colonne vertébrale féminine. Les deux
sacro-iliaques se dessinent nettement en creux, ce qui est juste. On voit également le sommet
du sacrum, mais au lieu d’être le lieu du départ de la cambrure, on le voit en saillie, en bosse!
Cependant il faut bien une cambrure : alors on la fait remonter jusqu’à la taille et même un
peu plus haut. C’est-à-dire que les épaules qui devraient se situer à l’arrière de la cambrure,
sur une ligne verticale, sont nettement en avant. Le poids est également en avant de sa juste
place et il écrase la voûte plantaire. Mais le pire, c’est qu’avec une telle forme de colonne
vertébrale qui ne respecte pas les disques, ceux-ci sont pincés à l’arrière. Les trous de
conjugaison par lesquels passent les nerfs rachidiens qui sortent de la moelle épinière et
devraient pouvoir transporter dans chaque organe l’influx nerveux qui transite à travers elle
depuis le cerveau, sont pincés, Miguel dirait : prisonniers.

Sacro-iliaques

Plateau supérieur
Les trous de conjugaison sont du sacrum qui, ici,
pincés dans toutes les vertèbres est en bosse
Début de page
qui correspondent à cette partie
noire sur la photo

240
La ‘cambrure’ haute (flèches rouges ici) qu’on donne maintenant à tous les mannequins est complètement
anti-anatomique : on la place à la jonction des lombaires et des dorsales, à un endroit où, dans les pièces
osseuses de la colonne vertébrale, il n’y a aucun moyen naturel de faire une cambrure. Pour la réaliser,
on force sur les ligaments, en compressant les disques à l’arrière ce qui est souvent pénible et provoque, la
plupart du temps, une compression des nerfs rachidiens à leur sortie des trous de conjugaison placés par
la nature entre chaque vertèbre.
De plus, cette fausse cambrure (flèches rouges ici) se place sur un bassin en mauvaise position sur
les têtes fémorales ce qui en use inutilement les cartilages et empêche le jeu naturel du bassin sur les
jambes (ou des jambes dans le bassin) lors de la marche, dans les flexions et donc aussi dans la position
assise.
La vraie cambrure, celle organisée par la nature lors de l’évolution de la quadrupédie vers
l’orthostatisme, la position bipède du mammifère humain, devrait se placer là où les pièces osseuses sont
préparées pour la provoquer naturellement, c’est-à-dire entre le sacrum et la cinquième lombaire, parfois
aussi à la base de la quatrième, donc à la jonction lombo-sacrée (ici flèches vertes).
Photo de gauche : Sport, le magazine sport free attitude n° 88, 7 avril 2006.

La Top Luciana : rétro-


version du bassin : pas de
cambrure au bon endroit,
fausse cambrure en
basses dorsales
(Match People fev.2006)

Ici cambrure
basse très
bien placée.

241
Tétu, 7. 06, p. 102 Ce sont deux bons ‘carboniques’, des mineurs Polonais ou Russes, je ne
sais plus. C’est une page d’un GEO qu’on m’a donnée il y a des années.

Têtu, 7. 06, p.155

Têtu, 7. 06, p.177

242
Le docteur Witkowski,15dans le chapitre de la description des organes génitaux montre,
un bassin exactement comme je pense qu’il devrait être toujours placé. C’est extraordinaire de
trouver cela après tant et tant de recherches : le pubis est exactement face au sol. Dans cette
position, les os de la symphyse pubienne soutiennent parfaitement bien les organes du bassin
et du petit bassin, à plus forte raison le bébé quand une femme est enceinte.
Witkowski, p. 59

Planche ‘découpée’ qu’on ouvre progressivement.

16 Dans ce ‘vieux bouquin’ sur les accouchements normaux ou difficiles


/ pp. 77, 12, 74, 135, 601
écrits par deux accoucheurs, on voit toujours - même en plein passage
de la tête du bébé - qu’en 1945, la cambrure profonde et basse paraissait
normale. Il s’agit de la 10è édition, les dessins sont donc antérieurs.
C’est très intéressant pour nous.

15
Witkowski, G.J.(sans date, 9è éd.)La génération humaine, avec 108 gravures dans le texte et trois planches
découpées et superposées en couleurs, A.Maloine, p.59
16
Dubrisay Louis, Jeannin Cyrille, 10è éd. 1945, Précis d’accouchement, Lamarre, Paris.

243
Le plateau supérieur
du sacrum est très
incliné, indiquant
une cambrure
profonde.

G.Roux, p. 68 et 69
Mon édition est la
seconde et date de
1941, du temps où
tout le monde était
encore d’aplomb : le
‘temps d’avant’.

Cette inclinaison du sacrum est l’indice d’une


cambrure profonde dont personne n’avait peur en
ce temps-là qui n’est pas si loin de nous ! Roux p.
356

Roux p. 545 d’après


Jeanbrau, lui-même
d’après Marion

Réduction d’une fracture de la colonne lombaire d’après Böhler. Roux, p. 195

244
17

Nu masculin de dos, photo Gruppo dei Tirannicidi. Maturi Bianca, 1958, Abdominaux longs
d’Albert Rudomine. Thérond Museo nazionale di Napoli Istituto geografico des Aborigènes.
Roger, 2000 Le nu, Paris, Chêne.
de Agostani - Novara. Abdominaux longs.
Silhouettes de danseurs- Tarquinies, tombe des
Ercole e Onfale Maturi Bianca, 1958, Museo nazionale bacchantes. Pallottino Massino, 1956, La peinture
di Napoli Istituto Geografico de Agostani - Novara étrusque, Skira, Suisse.

17
Giner François, 2007, En Terre Aborigène, rencontre avec un monde ancien, Albin Michel, couverture,

245
Crèche de Nicolosi

Cet instrument de la famille des


musettes est la zampogna siciliène
Nous avons rencontré ce berger
bien d’aplomb à Catane, en Sicile,
le 24.12.04. L’instrument doit être
très ancien puisque nous l’avons
retrouvé sur les santons de la
crèche de Nicolosi le 28.12.04. On
la trouve aussi, jointe à une flute :
la ciaramelle, à Scapoli en Molisse

Au Musée des instruments de


musique de Bruxelles, tout près de
la gare centrale, il y a de
nombreux instruments de la
famille des musettes, qu’on
retrouve en Europe centrale ou
sur la côte atlantique sous
différents noms ; instruments
populaires ou de cour.

Encore un peuple
‘blanc’ qui est
d’aplomb : pêcheurs de
Syracuse (Sicile) que
Miguel est venu aider à
ôter les algues de leur
filet : tous les trois sont
d’aplomb.

246
Fresque
Minoenne

Encore le monde du poisson, évidemment, puisque Miguel


et moi étions à Catane, en Sicile, pour Noël 2004. C’est
l’ambiance de la pescheria, le grand marché au poisson :
tous d’aplomb avec des cambrures basses et profondes.

Cambrure perdue : des dorsales très


Cette publicité de Variance voûtées, un sternum vertical, résultat :
nous permet de voir une respiration incorrecte : ventrale.
pourquoi nous avons mal
au dos actuellement :
- Les deux flèches d’en bas
indiquent où devrait être
placées, la cambrure de
chacune des deux femmes.
- Les deux flèches du haut
font prendre conscience de
la hauteur où nous la
plaçons maintenant, à un
endroit où, dans la colonne
vertébrale toutes les pièces
osseuses sont parallèles. On
ne peut créer cette fausse
cambrure qu’en
comprimant les disques à
l’arrière. (Muteen, février
2005, p.12)

247
Palerme, Sicile, Pâques 2005; on repèrera que les
personnes sont assises en préservant leur
cambrure, ce qui est très important surtout avec
les secousses que reçoit le dos dans une charrette
ou même dans nos voitures modernes. Avant les
voitures, tous nos ancêtres allaient soit à cheval
soit en charrette et j’ai toujours vu tout le monde
assis de cette même manière.

Carl Moser (1873-1939 : Ortega Cano, à Dax en 1988 ne perd pas sa Giulio Cesare Procaccini
Bretonne préparant un cambrure devant le ‘péril latent’, la grande ligne (1574-1625)
filet. Musée départemental douce du devant du tronc indique qu’il n’y a pas
breton, Quimper de fausse cambrure dans le dos. (in Ducasse)

‘El Cordobés’ junior à Jaen. (C.M.10.9.06)

‘Over the top’ de Henry


Alken jr. (1810-1894).
Très bonne cambrure à
cheval.

248
Et si, dès maintenant, nous allions jeter un coup d’œil chez des gens restés peu ou si
peu touchés par les autres civilisations dont la nôtre. Comment sont-ils bâtis ? Sur le même
patron : un tronc et quatre membres, avec le bassin anté-versé, la cambrure juste au-dessus du
bassin ce qui place le poids aux talons ; un très long dos sans sur-cambrure ; l’articulation
coxo-fémorale n’a pas perdu l’habitude de la rotation du bassin sur les têtes des fémurs ; les
genoux sont souples. Tous s’inclinent, se penchent, mais ne se courbent pas…
Papouasie occidentale, ex
Irian-Jaya. Ils ont tous la
cambrure basse, bien à sa
place, le poids arrive
donc aux talons ; un long
dos sans sur-cambrure et
ils s’inclinent des coxo-
fémorales. Voyages Arev
2006.

Dès leur plus jeune âge,


femmes et petites filles
portent dans le dos le
filet, l’anse placée au-
dessus de la tête.
(Fr 25. 2. 06, film de
Stéphane Breton : ‘Le ciel
dans un jardin’.

Initiation chez les Pigmées-Mbuti National


Geographic - Portugal, setembro 2005,p. 92.
249
Les garçons ont un filet pendu au cou et
apprennent très tôt à tirer à l’arc. La femme,
porte, en plus, le filet féminin traditionnel
pendu à la tête par un bandeau. Ils sont tous
d’aplomb. (Stéphane Breton : ‘Le ciel dans un
jardin’. FR5 25. 2.06)

Des Sames (Lapons) en costumes traditionnels lors des


courses de rennes à Inari. Grands reportages, dossier
Laponie, n°b 132, janvier 1993, p.74.

250
Raphaël, en 1515, dans son Josué arrêtant le cours du
soleil, nous donne ici une leçon d’anatomie et d’aplomb
extraordinaire : cambrure profonde qui donnent des
fesses très hautes et rondes ; le bassin est très en arrière
ce qui transfère le poids sur le talon du pied gauche ; dos
solide de ceux que j’ai appelé les ‘carrés-trapus’, les bras
levés ne créent pas de fausse cambrure dans les dorsales.
Logia du Vatican. In Historia National Geographic n° 25,
p.51

Statue en marbre d’un Les quatre photos ci-


Apollon sauroktônos. Paris, dessous sont tirées de
Musée du Louvre l’Archeo italien d’avril
2006

Plâtre à partir d’une


matrice du tronc
d’Hermès. Policoro,
Museo Nazionale della
Siritide. p..91

Statue en bronze de
l’Apollon sauroktô-Nos,
340 a.c. Cleveland
Museumm of Art

Praxitèle fit la plupart de ses statues déhanchées, mais malgré tout on peut observer sur elles que le bassin
est bien ant-versé et que, donc, les ischions très hauts, donnent des fesses rondes et hautes, un dos et un
devant très longs, bien musclés, des poitrines ouvertes et aucun défaut dans la colonne vertébrale.

251
Avec l’exposition temporaire très
intéressante sur le travail de la
canapa (chanvre) dans la plaine
bolognèse du Pô. Le Musé de la
Civiltà contadina de Bentivoglio
édita, en 2003, un petit opuscule
initulé : ‘L’eleganza delle contadine’
(L’élégance des paysannes) dans
lequel des dessins et des photos de
vêtements, repris sur d’anciens
modèles, montrent le soin que ces
paysannes avaient d’elles-mêmes
pour se mettre en valeur dans ces
tissus de chanvre.

On remarquera que tous les mannequins - des mannequins modernes ! - sont d’aplomb. Les troncs sont
longs ce qui prouve s’il en était besoin que la cambrure est non seulement respectée, mais profonde. Les
poitrines sont ouvertes, les dos plats ce qui montrent que les omoplates de ces personnes étaient très
proches de la colonne vertébrale, ce qui permet aux épaules d’être loin en arrière. Quand on voit leurs
pieds, le poids arrive bien aux talons : Des beautés de mannequins…et donc de femmes !

"Il se tenait, à l’ordinaire, très droit, à la fois grave et bienveillant."18


En conclusion, comme le disait William, l’architecte jardinier19 "Il faut aller avec la
nature, si on va contre, on a trop de travail."

18
Soustelle Jacques, 1967, Les quatre soleils, Terre Humaine, Plomb, p.58
19
Émission ‘Silence, ça pousse’, du 24. 2. 07, sur FR 3 à 10.30.

252
Position correcte de la future mère dans la gravité
"Créer de l’espace apporte la précision ; la précision apporte la liberté ;
la liberté apporte la vérité (satya) ; la vérité est Dieu"
Iyengar, Etincelles de Divinité G 19

Avant de penser au poids dont nous surchargeons notre squelette en portant ou en


transportant des fardeaux, nous pourrions peut-être voir rapidement ce qu'il en est du poids
qu'impose une grossesse.
Une chose qui me frappe quand je vais dans des pays où une partie au moins de la
population est encore d'aplomb, c'est la manière dont le bébé est "porté" pendant la gestation.
Quand je vois les futures mamans en France - à Paris - je suis étonnée de la
gymnastique qu'on leur fait faire et de la manière dont on leur indique la position qu'elles
doivent prendre pour que tout - soit-disant - se passe bien. On leur fait perdre toute cambrure
en leur faisant placer le bassin en rétro-version pour coller les ‘reins’ au sol. Ainsi les
abdominaux raccourcis rapprochent le ventre de la poitrine et le tube digestif de la mère ainsi
que ses poumons sont compressés dans des espaces rendus intentionnellement exigus. Les
pauvres mères n'en peuvent plus et attendent impatiemment le moment où, enfin, elles
pourront arrêter de travailler pour se reposer et rester allongées. Certaines, même, restent
couchée durant toute la grossesse pour ne par perdre le cher petit œuf ; d'autres ont le
sphincter ligaturé pour la même raison. Nous avons beaucoup travaillé avec Monique Auffret
et Isabelle Sueur.20.
Isabelle à 9 mois de grossesse :
Virgile naîtra 15 jours après.
Elle est d’aplomb et a récupéré
un peu, pas assez, de cambrure,
depuis la naissance de Rodolf il
y a cinq ans, mais le manque de
vraie cambrure la fait se
pencher en avant.
Lors de sa première grossesse,
elle était arrivée en nous disant
: "J'ai l'impression que mon
bébé est en dehors du bassin",
Après un bon travail pour la
remettre d’aplomb "maintenant
disait-elle toute heureuse, il est
dedans !"
En comparaison, Virgile lui
parut très léger à porter. C’est
un gros progrès

8.11.97 : Rodolphe naîtra un mois plus 5 ans plus tard, janvier 2003, les jambes sont
tard. Le bassin d’Isabelle est anté-versé, beaucoup plus d’aplomb, le bassin est déjà beaucoup
mais elle n’a pas de cambrure et s’en fait mieux placé, et il n’y a plus de fausse cambrure en
une fausse à la base de la cage thoracique. basses dorsales ; Virgile va bientôt arriver.

20
Isabelle est partie, emportée par un grave cancer du sein en juin 2006

253
Lors de l'accouchement, la tête de l'enfant, en passant, modifie l'aplomb du bassin et le
place en rétroversion pour que la sortie soit libre. Si "la sortie est libre" dans cette position,
comment estimer qu'elle puisse se justifier debout, dans la verticale, tout au long de la
grossesse ? Dernièrement, une jeune femme nous disait : "J'avais l'impression que mon bébé était
en dehors du bassin, maintenant il est dedans !" Nous avons beaucoup travaillé pour l’aider à
retrouver une position plus juste de son bassin - le sien, qui n'est pas celui d’une autre ! - celle
de ses basses lombaires, pour retrouver sa propre cambrure, et l'allongement des autres
lombaires, L3 faisant déjà partie de l'arbre droit sur lequel s'accrochent les organes comme me
l’a écrit le Pr.A.Delmas. Une fois que chaque os eut retrouvé une position plus juste dans
l'espace, la matrice avait retrouvé la sienne et le bébé y était confortablement installé, sans
compter que la mère osait de nouveau se regarder dans la glace sans se trouver affreuse !

Sur le dessin de gauche, on voit le


bassin dans sa position normale,
avec la cambrure bien placée et la
symphyse pubienne bien en bas,
juste sous la tête du bébé.

Quand passe le bébé, il décambre sa


mère... dans la position qu’on
indique maintenant comme juste
tout au long de la grossesse. La
cambrure, à droite, est beaucoup
effacée.

Sur la première photo on voit où est placé normalement la symphyse pubienne et la cambrure ; sur la
seconde, dans quelle position rétro-versée la tête du bébé place le bassin quand elle passe (Dr.Fischer, p.l.16)
Ce bassin n’a pas assez roulé en avant autour des
têtes fémorales, mais il permet de comprendre
que, s’il l’était, les organes seraient supportés par
un plancher osseux, la symphyse pubienne. Si au
contraire, on le renverse (en rétro-version) il y a
un vide sous les organes. Dans cette position
anatomiquement anormale, la cambrure - la
vraie - disparaît, entraînant des maux de dos, de
"reins", des problèmes de digestion, une
respiration rabougrie, etc. Le pire est qu’elle
favorise l’arrivée de prématurés ; cela paraît
évident, puisqu’il n’y a pas de plancher osseux, ni
de plancher pelvien fort pour soutenir le poids du
bébé !

Si on regarde bien un squelette de bassin, on s'aperçoit que dans cette position rétro-
versée, le bassin présente, en bas, un vaste orifice. C'est dans cette position que, dans un
accouchement bien mené, la tête du bébé, en passant, va placer le bassin de la mère ! Il est
donc normal qu'en mettant volontairement le bassin dans cette position, le fœtus ait envie de
descendre trop tôt. Il n'y a rien, sous lui, pour le supporter (su-porter). Tandis que si on laisse
le bassin en anté-version - comme il doit l’être chez un mammifère humain non déformé - les
os de la symphyse pubienne de la mère et tous les ligaments et les muscles qui renforcent le
"plancher pelvien" peuvent fonctionner, sans compter tous les muscles qui viennent
s'accrocher sur les deux branches ischio-pubiennes du bassin. Il y a là toute une surface
portante qui aide la future mère à supporter le poids grandissant de son petit, à le bien porter
et à se bien porter elle-même. L'allégresse de la future naissance peut se donner libre cours,

254
d'autant que dans cette position naturelle, la femme peut allonger (esticar) tout son dos et
éviter ainsi ces terribles maux de "reins " dont beaucoup se plaignent maintenant. Pourquoi,
après la naissance, nos mères et les femmes qui sont encore d’aplomb n’ont pas à faire de
gymnastique pour renforcer le plancher pelvien et rééduquer les sphincters ?
Cette position des femmes enceintes - cette distance, par exemple, entre le nombril et
les seins - je l'ai particulièrement étudiée au Portugal, sur les Portugaises, mais aussi sur les
Gitanes : on sent que la mère a de l'espace pour respirer et que le bébé n'est pas comprimé. Du
reste, ne sont pas rares les femmes qui travaillent "jusqu'au bout" et ne s'arrêtent que "quand
le petit montre le bout de son nez". Et puis, elles reprennent tout de suite.
Je demandais à Germana qui allaitait, debout, sa toute petite lors du mariage de sa
sœur : "Mais comment fais-tu, tu n'as pas perdu la ligne et tu parais si forte ? " - "Tu veux savoir la
recette, me dit-elle dans son plus parfait français, j'arrosais encore mes champs de tomates la
veille de l'accouchement, et je ne me suis pour ainsi dire pas couché. Le bébé est arrivé et la vie a
repris aussitôt comme avant".
Le problème serait-il le même si, au lieu de "faire de la tomate" Germana était toute la
journée assise devant un ordinateur ? Je ne sais pas !

L’hôpital de Haikou, province de Hainan au sud de la


Chine organisa un concours de ventres peints pour les
futures mères ! On voit bien la cambrure conservée ce
qui permet la distance entre le ventre et les seins. On sent
qu’elles ont la place pour respirer. C.M.9. 8. 06, p.47

Germana, la fille de Carlos


" AldeiaGalega" lors du mariage de sa
plus jeune sœur. Jardia, 22. 8. 93

J'ai remarqué aussi, par le décolleté de la blouse croisée de sa mère, l'énorme ventre
que faisait un autre bébé prêt à arriver, on le sentait ‘collé au diaphragme’. Mais la cage
thoracique, au-dessus, était libre, la respiration facile du fait des dorsales très peu voûtées. La
femme était debout, bien d'aplomb et repassait ce qu'elle allait emporter à l'hôpital dès que le
bébé s'annoncerait.
Lors de notre visite, à Noël 2006, au théâtre d’Aspendos, près d’Antalya en Turquie,
j’ai vu dans le petit magasin régi par le Ministère de la culture, une petite statue de bronze
d’une femme nue, dite déesse, allaitant un bébé qu’elle tenait exactement comme Germana
tenait sa fille. Elle semblait être datée de 3000 ans avant J.C.

255
Presque bien d’aplomb :
Fêtes d’Alcácer do Sal début octobre 1991. poids aux talons, dos long
Repérer la distance entre L’année suivante, nous avons appris que le bébé et bébé presque bien à sa
le nombril et les seins : la était arrivé le lendemain. Bien observer la place dans le bassin ;
taille est encore bien manière de marcher de la jeune femme sur la mais le bassin ne doit pas
marquée : le bébé est première photo. C’était au petit troquet où nous être assez anté-versé
porté très bas parce que déjeunions tous les ans ; Elle a fait tout le puisque les trochanters ne
le bassin est bien anté- service ! sont pas au-dessus des
versé. Setủbal, 10. 8. 1990 Pêcheurs finlandais bien talons, et que le genoux
d’aplomb. Georges gauche est en rétroversion
Desneiges, page de garde.

256
Pas de vraie cambrure, fausse C’est presque parfait ! Ces trois femmes sont d'aplomb, le bébé est
cambrure à la taille = bassin Elle ne sent même pas bas, bien séparé de la poitrine. Celle de droite
rétro-versé : le poids du bébé le besoin de se pencher n'a pas le bassin assez anté-versé et le bébé
tire en avant les lombaires de en arrière. tire sur le dos dont la cambrure est remontée
sa mère qui se penche en (Gravidez e Parto, n° 10 à la taille : celle du milieu est parfaite: bon
arrière en contre-poids. 2003) aplomb, cambrure basse respectée.

Partout où les femmes sont encore d'aplomb, le bébé paraît être accroché très bas dans
l'utérus, simplement parce que celui-ci est placé plus bas. Le bassin étant passé entre les
cuisses, vers l'arrière, il est anté-versé, plus ou moins - mais parfois très fort selon les ethnies
et le type humain - Sous l'utérus il y a, ainsi, la symphyse pubienne. Le bébé est soutenu par
les os du bassin et ne tire pas en avant les lombaires de sa mère. Au marché de Setúbal, au
début de mes recherches, j'avais l'impression que toutes les femmes enceintes étaient prêtes à
accoucher tant leur bébé était placé bas par rapport à ce que je voyais à Paris.

Robe de grossesse à Sur ce long dos africain, c’est Bébé placé bas Denise, l’épouse de
Setúbal facile de comprendre où Ponte Delgada, Gerson Brenner :
devrait être placée la cambrure Sâo Miguel aux bassin bien placé, dos
chez nous. Açores, 26.12.96 long et bébé en place.

257
Setúbal, 22. 7. 90. Sâo, la ‘Medidas perfeitas’ : mesures Lors des fêtes das vindimas à
nièce de Miguel, fille aînée de parfaites : poitrine 86, ventre Palmela, en septembre 2003 l’une
Mercedes ; Thérèsa allait 150 et hanches 86. Mais ses des paysannes était enceinte. Son
naître quelques jours plus lombaires sont tirées en avant bassin est anté-versé, le bébé
tard. Repérer la distance par le poids ce qui l’incite à semble placé très bas. La femme,
entre les seins et le nombril, se pencher fort en arrière. vêtue comme au XXè siècle, tient
l’aplomb du bassin, la Gravidez e parto, ediçâo la faucille sur laquelle sont
cambrure respectée et especial 2003, n° 10, p.15 enfilées les doigtiers ; elle tient
l’aplomb sur les talons. aussi une petite botte de riz.

Pour moi, ce dos est presque Caricature : le bassin Affiche repérée à Orly en décembre
parfait : cambrure très basse et au- est anté-versé, la 2003. Le bassin est bien placé.
dessus, un long dos ; mais elle est cambrure respectée,
légèrement penchée en arrière : le et donc le poids tombe
ventre tire donc un peu sur le dos. aux talons. Gravidez e
parto, p. 14.
258
Planche
trouvée dans
les années 60 ;
elle doit dater
des années 30
La mère est
d’aplomb et le
bébé est placé
bas à nos yeux.

Quand le bassin est rétro-versé, le poids mal placé crée une ensellure, une lordose qui,
même si elle est basse, est fausse... et elle l'est d'autant plus que la plupart du temps la vraie
cambrure est collée et qu'une fausse courbe s'installe plus haut en lombaire. Alors le poids du
petit n'est plus du tout là où la nature l'a "prévu" si j'ose dire, il tire, il est en dehors de
l'aplomb, l'équilibre de tout le bâti de la mère est faussé. Sur ce dessin fait du temps où tout le
monde était encore d’aplomb, on peut remarquer que les fémurs ne sont pas verticaux ;
l’articulation de la hanche est plus en arrière dans la verticale, que celle du genou. La femme
n’est pas penchée en arrière.

Il s’agit de mannequins en terre cuite du Musée d’Anatomie de Même pour montrer un bébé dont
Modène où un médecin accoucheur a représenté, entre autres, la tête est mal placée lors de la
toutes les positions du bébé lors de la parturition. Ici, à gauche, la naissance, le médecin qui a réalisé
femme est primipare ; on a sorti l’utérus avec le bébé dont la tête ces mannequins montre le sacrum
est presque engagée. On voit que la femme est d’aplomb, le ventre de la maman très anté-versé.
est loin des seins, la mère a toute la place voulue pour respirer. La
position est la même à droite, la femme est multipare et les
muscles de son ventre sont distendus, mais elle est d’aplomb et le
thorax est bien ouvert. 259
Il y a également une très belle image de la position juste d’une femme gravide que le
docteur Witkowski présente21 dans un de ses nombreux ouvrages, à comparer avec cette
même femme juste au début de sa grossesse, présenté à la page précédente. La cambrure est
toujours placée juste au-dessus des fesses, c’est-à-dire juste après le sacrum. Le bassin n’a pas
changé de position malgré le poids et le volume de l’utérus qui évolue.

La cambrure se défait légèrement, poussée par la tête du bébé qui passe (p.190)

21
Witkowski, G.J.(sans date) La génération humaine, avec 108 gravures dans le texte et trois planches
découpées et superposées en couleurs, A.Maloine, pp. 168 et 167

260
Clotilde Courau. Elle est française, elle est jeune, mais il semble qu’elle Le mannequin Isabel Figueira
n’ait pas perdu l’aplomb de sorte que son bébé paraît être très bas à 7 mois et demi de grossesse.
placé, loin de la poitrine, ce qui lui laisse la possibilité de respirer C.M. 9. 8. 06, p.45
facilement.

Celles-ci sont portugaises : les bébés nous paraissent placés très bas, mais ils sont à une place normale
quand les mères sont d’aplomb ce qui se voit au creux qu’elles ont à l’aine. Bien observer celle qui est
assise : le poids est resté au pubis, elle n’a pas perdu la cambrure et est à peine appuyée au dossier..
Gravidez et Parto, n°10, 2003

261
Carte postale ancienne du Marais vendéen : le
bébé est placé très bas.

Portrait des Arnolfini, Van Eyck 1434. Au XVè Corset de grossesse du temps de ma mère :
siècle, en Hollande, les femmes étaient d’aplomb vraie cambrure bien sauvegardée
début de page
et le bébé était donc porté très bas..
Londres Nat. Gallery

262
Caricature moderne de la
femme enceinte turque, on
voit nettement, la cambrure
basse, la grande ligne du
devant parallèle à celle du
dos, l’espace entre le bébé
et la cage thoracique.

Madonna del Parto, Piero della Francesca, vers 1450, fresque, Monterchi Caricature des conseils aux
(Arezzo), capella del Cimitero. passagers. AIR, revue de la
(Une vie de pain : faire, penser et dire le pain en Europe, sous la direction de compagnie d’aviation turque
Claude Macherel et Renaud Zeebroek, ed. Martial.) Onuair, n°30, p.119,
décembre 2006.

Nos mères portaient des gaines. Maintenant, on fait des petites bandes élastiques qui
se ferment par un velcro et qui soutiennent sans tenir trop chaud. Elles ressemblent à celles
que les Mexicains de la province d’Oaxaca mettent autour de leurs ‘reins’ et qui s’agrafent.
Les leurs ne sont pas élastiques, puisque leur ventre ne s’apprête pas à prendre du volume.
Elles remplacent les cintas, les grandes ceintures de flanelle noire, que mettaient tous les
paysans, encore au début du XXè siècle. (cf. chapitre ‘sarpail’p1813)

Théa Sawyer m’a apporté deux cintas que portent les paysans mexicains de la région d’Oaxaca. Il en
existe aussi pour les femmes, mais il n’y en avait plus dans le magasin quand elle y est allée en mai 2005.
La trame est de laine bleu foncé, je pense que la chaîne est faite de coton tant elles sont rigides. Une fois
tissée elles sont repliées en deux et cousues à la machine pour rigidifier encore plus ; longueur finie : 0,95 ;
largeur : l’une de 8, l’autre de 9 cms. Trois agrafes à un bout, à l’autre quatre fois trois ‘portes’, selon le
tour de taille.

263
Encore une question d'aplomb dans la gravité :
Parturientes
"Tradition au sens étymologique, veut dire transmission. "
A.et M.Varagnac22

Nous parlions avec Mercedes, la sœur de Miguel, de sa fille Paulinha qui est enceinte
et attend un garçon, ce que Miguel avait pronostiqué il y a déjà bien longtemps. Il se trompe
rarement ! Et elle se met à parler des accouchements du temps de leur mère : "Les femmes
accouchaient assises sur un panier renversé ou sur une caisse, dit-elle, et ainsi on a de la force pour
pousser. Couchée comme maintenant, on doit tout faire avec les reins, et c'est très pénible, on n'a pas
de force. Demande à Emilia, finit-elle par me dire, elle sait comment notre mère a accouché."

Vieux petit
banc
récupéré
par Miguel
à Setúbal.

Hier, Emilia, la sœur aînée, est venue nous chercher, Miguel et moi, pour aller tous les
trois au marché d'Azeitâo et elle me répondit : "Ma mère, comme les autres, a accouché assise.
Elle a eu même bien du mal à mettre le Miguel au monde, Ti Jaco (la parteira) lui disait de s'étendre
sur le lit, mais c'était beaucoup plus pénible et elle n'a pas voulu. Moi-même, continua-t-elle, j'ai mis
mon fils au monde assise : on mettait deux petits bancs, on s'asseyait une fesse sur chacun et le bébé
venait au milieu ; mon mari a assisté à la naissance" - "Oh !" dit Miguel - "Mais oui, continua-t-
elle, on ne voyait rien. On voyait le bébé arriver. J'ai vu la tête de mon bébé passer et je pleurais parce
qu'ill avait une ligne sur la tête et Ti Jaco m'a dit que c'était normal et qu'il était très beau." Et tout en
me racontant cela, elle s'est mise deux ou trois fois sur le côté de sa chaise en me montrant
qu'on aurait placé à côté, en biais, une autre chaise.
Et pourtant Miguel a vu sa mère étendue sur le lit "jambes écartées, avec Amandio au
milieu". "Va vite chercher Ti Jaco, lui a dit la voisine, et dis-lui que le petit frère est déjà là". Je
pense que sentant le bébé passer, elle s’était étendue. Emilia a rencontré un jour un voisin :
"Allez voir ma femme, elle ne sait pas bien quoi faire", lui dit-il et Emilia de me dire : "J'ai vite pris

22
Varagnasc André et Marthe, 1978, Les Traditions Populaires, Paris, PUF, p.5

264
une bassine et j'ai mis de l'eau à chauffer. Dans ce temps là, on baignait les bébés sitôt arrivés, ce n'est
pas comme maintenant où on les baigne le lendemain. Mais, je ne savais rien faire. Ti Jaco n'avait pas
de diplôme, elle faisait ça comme ça et elle faisait très bien ; elle prenait la tête du bébé et la tournait
pour que ses épaules passent, elle savait sans avoir jamais appris : dans ce quartier, elle a mis au
monde tous les enfants."
J’ai eu connaissance d’une autre parteira. C’est Maria Carminha Santos Viegas
Martins née en Mars 1936 qui m’en a parlé. Maria, notre Maria qui fut longtemps concierge à
Sainte Agnès, la salle des œuvres de saint François Xavier, est retournée à Olhâo, sa ville
natale, lors de la retraite d’Inocencio Martins, son mari, celui qui m’a appris les premiers
rudiments de portugais et est mort maintenant. La mère de Maria, Ilda dos Santos, avait
épousé Verissimo Viegas. Ce garçon était le fils de Maria do Carmo Viegas, l’épouse de
Verissimo Viegas, le cordonnier dont j’ai vu la maison rua Amirante Reis, tout près de la
travesa Amirante Reis où habite Maria, au numéro 10. C’est dans son échoppe que jouait
Maria quand elle était petite. Donc elle se rappelle très bien sa grand’mère, la parteira, qui l’a
en partie élevée et lui a raconté bien des détails sur les accouchements qu’elle pratiquait,
également en asseyant ses patientes. "Elle était très droite, me conte Maria, elle portait sur la tête.
En tant que parteira, elle cessa d’exercer vers 1945, elle était trop vieille."
Chez les Newar du Népal, les femmes accouchent à quatre pattes, la femme qui l’aide
se place derrière elle et va chercher le bébé sous le saree entre les cuises écartées. La femme
se mettait même la tête plus bas que le bassin.23
Lors de la tribune qu’Yves Coppens ouvre à différents chercheurs, il a fait venir, le
mardi 20.5.03, Julie Bouhallier (cf. p.339) qui a fait sa thèse sur le petit bassin de Lucy, (la
partie du bassin qu’on appelle "petit bassin") comparé à celui des femmes actuelles et à celui
des femelles chimpanzés. Ses conclusions étaient fort intéressantes : pour elle, les
australopithèques avaient un bassin presque comme celui des femmes actuelles et très loin de
celui de guenons qui, elles, accouchent en arrière des ischions. Mais, en ce qui concerne ce
chapitre, elle nous a montré un bassin présenté par Farabeuf, au XIXè siècle, d’après ceux
présentés par Kamina : ils sont parfaitement placés la symphyse pubienne face au sol. Et,
répondant à une question, elle a appuyé sur le fait que, pour elle, faire accoucher les femmes
en position couchée sur le dos est une hérésie, entre autres raisons parce que la gravité ne peut
plus agir et aider le fœtus à descendre.
Le Docteur G.J.Witkowski24, à la fin du XIXè siècle, s’est beaucoup intéressé à
l’accouchement. On peut trouver ses livres, mais ils sont si chers… parce que si vieux, que je
n’ai pas pu les acheter et aller en bibliothèque m’est bien difficile maintenant ; je ne peux
donc qu’en donner la liste relevée sur le net. Il manque les dates et souvent l’éditeur.
Dans un livre écrit par une femme et qui doit dater des environs de la guerre de 191425,
on voit l’accouchement assis, mais ici, il s’agit d’une espèce de fauteuil qui date du XVIè
siècle. On sait que la reine Marie Antoinette accouchait sur une soit disant ‘chaise percée’.

23
Documentaire ‘Bébés du monde’, TV 5 le 6.10.05, vers 15.30
24
Witkowski G.J. Histoire des accouchements chez tous les peuples (1880 ?)
Witkowski G.J. Accoucheurs et sages-femmes célèbres G.Steinheil
Witkowski G.J. Anecdotes et curiosités historiques sur les accouchements G.Steinheil
Witkowski G.J.Les accouchements à la cour G.Steinheil
25
Fischer Dr.: La Femme, Médecin du foyer, pp. 382 et 83

265
fauteuil pour accouchement usité au XVIè siècle "accouchement pratiqué sur le fauteuil" 26

Le docteur Bernadette Gasquet donne un siège


d’accouchement hollandais, ainsi que différentes
positions dans lesquelles les femmes de différentes
tribus accouchent. Bien-être et maternité Seci Paris
1998, p.303 et 294

Enseigne de sage-femme représentant le siège


d’accouchement, Musée G.Pitré, Palerme, 1.1.05

En Égypte, du temps de pharaons, les femmes accouchaient assises ; je l’ai repéré dans
le documentaire ‘Au temps des pharaons’, sur les ouvriers qui travaillaient au tombeau d’un
pharaon ; procès reconstitué grâce aux tablettes retrouvées du procès de ceux qui, en plus de
leur travail, pillaient les tombes de pharaons plus anciens. (FR5, 14.25,4. 4.07)..

26
d’après une gravure sur bois de 1528

266
Au Musée d’Ostie en Italie, la plaque funéraire de la sage-femme Scribonia, en terre cuite, représente une
scène d’accouchement. La parturiente est assise sur un fauteuil dont les bras lui permettent de s’agripper,
elle est maintenue sous les bras par une femme debout derrière elle et la sage-femme est devant elle, assise
sur un petit tabouret, du genre de ceux sur lesquels mon arrière grand’mère se posait les pieds. On
retrouve la scène du livre du Dr. Fischer.

La mère de Dyniosos accouche assise. Pisside romaine, vase destiné à contenir des objets précieux sacrés
ou profanes. Celle-ci vient d’Avorio, et date du Vè siècle d.c. Museo Civico Archeologico de Bologne.
8.4.05.

‘Ma’ Kouka, dont on entendra parler à différents endroits de ce travail, vient d’avoir
une jolie petite fille. Elle a accouché en Suisse, à l’hôpital de Fribourg. On l’a laissé marcher
autour du monitoring aussi longtemps qu’elle l’a voulu ; ainsi elle est restée dans la verticale
le plus longtemps possible. Et quand le bébé est arrivé, elle s’est assise, pas couchée et il n’y
avait pas d’étrier ; elle avait les jambes en bas, m’a-t-elle dit. Pour le second, elle a passé la
frontière et est venue en France. Le bébé est arrivé tout de suite.

267
Il y a, au Musée Guimet, un exemple d’accouchement debout, au Népal.

La reine Maya se tient à une


branche d’arbre et accouche
du futur Bouddha par le côté.
Délicieuse petite statue en
argent et turquoises du Népal.
Musée Guimet, Paris.

Dans un monastère du Śri Lanka, la naissance du Bouddha est représentée d’une


manière très pudique : La reine Maya est debout derrière un drap tendu qui la voile aux
regards curieux. Elle se tient à une branche d’arbre, au dessus d’elle.

Śri Lanka, temple de Mindegala 26.12.00. La reine Maya accouche debout, derrière un drap, en se tenant
à un arbre qu’elle fait non seulement fleurir, mais l’arbre est déjà plein de fruits

Accouchement de la Reine Maya. Le


petit Sidharta, futur Éveillé (Bouddha)
sort de son côté. Elle se tient à un
arbre. Détail d’un bas-relief en schiste,
Style gréco-buddhique. Arts de l’Asie
ancienne, tome I, l’Inde, M.Hallade,
PUF 1954, planche III, p. 23

On notera que pour les croyants, Jésus, le futur Oint (Christ), comme Sidharta, le
futur Bouddha, n’a pas ‘pu’ naître de la manière habituelle aux mammifères. La jeune femme
Marie (on dit vierge, en Hébreux) n’a pas été fécondée par Joseph, son mari, mais par

268
‘l’Esprit du Seigneur qui la couvrit de son ombre’ comme dans toutes les traditions de lois
maternelles qui datent d’avant la découverte de l’insémination par le mâle. Ce qui était normal
dans ces civilisations très anciennes est devenu besoin d’extra-naturel (surnaturel) dans les
nôtres ! C’est un thème très ancien repris aussi par la reine Hatshepsout en Égypte au sujet de
sa propre naissance. Ch. Deroches-Noblecourt a fait une très belle recherche à ce sujet.27

A Prambanan, ce merveilleux
temple hindou de Java, une
femme accouche à genoux, assise
sur ses talons.

La mère du Bouddha rêve


qu'elle est enceinte d'un
éléphant blanc. On
remarquera qu’elle a un
gros oreiller ; et, sur la
droite, elle accouche
debout en s’accrochant à
un arbre : le petit sort de
son côté droit. Stèle du
5ème siècle, conservé au
Musée de Sarnâth.

Les Maori accouchent accroupies. Les Kamayura d’Amazonie accouchent accroupies


et le bébé "tombe" directement sur le sol.28 Les Indiennes Zaparos qui vivent dans la forêt
amazonienne, en Équateur et au nord du Pérou, accouchent debout : la femme se place entre
deux poteaux, les bras en l’air (peut-être pour se tenir, on ne voyait pas bien) ; le bébé
"tombe" tout seul ! 29
Toutes ces positions utilisent la gravité pour aider le bébé à descendre et à passer le
plus facilement possible.
Dans la nuit du samedi 12.10.02 (mais je ne sais pas sur quelle chaîne) passait un film
sur une communauté de rabbins de Jérusalem. Une jeune femme disait: "quand le petit viendra,
j’irai m’asseoir sur les pierres." Il faudrait voir si les femmes accouchent assises dans cette
communauté et aussi savoir la valeur actuelle de la pierre dans ces communautés anciennes

27
Deroches Noblecourt Christiane, 2004, Le fabuleux héritage de l’Égypte, SW-Télémaque Paris, p.252 et sv.
28
F5, 23.2.05, 15.55, documentaire :‘Célébration’.
29
Arte, I9.4.99, documentaire
269
qu’on voit, dans la Bible, ériger des menhirs comme lieu de résidence du Dieu (corps du
Dieu) et un cromlech comme témoin des 12 tribus d’Israël.
"Selon la tradition hindoue, Aditi, la déesse terre des hymnes védiques, s’accroupit
pour donner naissance à sept enfants." 30

Accouchement à genoux Oaxaca, Parturientes ; celles-ci accouchent assises…toujours dans la


Mexique. La tête du bébé est visible verticale, ce qui aide le bébé à descendre vers la sortie. Art
entre les cuisses de la mère. précolombien. (Charrière, n° 27 et 28).

La déesse terre accouchant du premier être engendré. Codex Borbonicus p.13 (Bibliothèque de l’Assemblé
Nationale, Palais Bourbon, Paris. In Religions et Histoire n°7, mars-avril 2006, p. 47).

Jacques Soustelle indique, du reste, que "le verbe temo en aztèque, signifie à la fois
‘naître’ et ‘descendre’. "31

30
Shahkrukh Hussain, 1998, La grande déesse mère, p. 60, Albin Michel.
31
Soustelle Jacques, 1967, Les quatre soleils, Terre Humaine, Plomb, p.11

270
Le port du bébé pour l’allaiter
"Il n’est pas de culture authentique sans tradition"
A.et M.Varagnac32

Cette jeune femme a installé son petit exactement comme mon amie Madeleine
installait la sienne, à Ouahigouya en I981, pour lui donner le sein. Il faut absolument
préserver la future cambrure du bébé ou l’aider à se former. Dans cette position le nerf
rachidien de l’estomac est libre, aucun gaz ne se forme ; il n’y a donc pas de rototo. Il faut se
sortir de la tête que le bébé boit de l'air en tétant : ce n'est pas de l'air qu’il a dans l’estomac,
ce sont des gaz dus au pincement du nerf rachidien chargé d’apporter l’énergie à l’estomac.

On trouve aussi chez les antiquaires ou même


aux puces, des chaises plus basses que les normales
qui sont dites ‘chaises de nourrices’ ; elles sont
cependant plus hautes que les ‘caqueteuses’
qu’utilisaient mon arrière grand’mère à Brueil-en-
Vexin, quand elle s’asseyait près de l’âtre, la grande
cheminée, pour écosser les petits pois ou broder.

Madeleine, Ouahigouya, été 1981- et Noël 1981

32
Varagnac André et Marthe, 1978, Les traditions populaires PUF que sais-je, p.5

271
Le bébé est assis entre les jambes de la Ma grand’mère Perez tient ainsi Geneviève Meyer, une
mère et son dos est posé contre la petite cousine, en 1935 ; à côté d’elle, ses deux aînés : Jean
cuisse gauche ; son dos est "ouvert" et et Colette. Comme ce n'était pas pour l'allaiter, la tête de
non pas "fermé" et tout arrondi la petite pouvait être plus basse : les jambes de l’adulte se
comme lorsque les jeunes femmes sont légèrement écartées pour faire un petit creux où
d’aujourd’hui, donnent le sein. loger le bassin du bébé.

J’essaie de copier mon amie Madeleine : Ouahigouya, été 1981

A la fin du XIXè siècle, le docteur G.J.Witkowski33 s’est également occupé de


l’allaitement, des seins et même du corset.

33
Witkowski, G.J. Anecdotes historiques et religieuses sur les seins et l’allaitement, comprenant l’histoire du
décolletage et du corset, A. Maloine
Witkowski, G.J. Curiosités médicales littéraires et artistique sur les seins et l’allaitement, A.Maloine

272
Dans le vieux livre du Dr. Fischer, on voit la position préconisée au début du XXè
siècle pour l’allaitement : c’est bien la même : la mère est assise confortablement et bien
droite, elle a donc l’instinct de préserver la cambrure de son bébé

On voit nettement que le dos du bébé n’est jamais maintenu arrondi, au contraire on commence à lui
poser le dos dans la position que la mère garde pour elle-même Quand il est petit (à gauche) la mère se
cale le coude sur un coussin ; une fois grandie, assise sur la cuisse de sa mère, la petite arrive à hauteur du
sein. La position est dite‘défectueuse’ parce que la mère est mal installée, elle fatigue ses bras.

Elle tient son Jésus mort comme elle Isabelle et Virgile lors du séminaire de Juin 2003 ; Virgile a
le tenait pour téter, avec les genoux quatre mois. Nous avons mis des annuaires sous le pied pour
décalés pour bien soutenir la que la cuisse gauche soit plus haute que l’autre, mais nous
colonne vertébrale. avons oublié de soutenir le bras !

Voir aussi Kouka allaitant sa fille la nuit p. 486

273
Gerard David, 1450- 1523 : Yashoda et bébé Kķsna : Knud Agger : Le repas du soir (1937-39)
Repos dans la fuite en Égypte. Inde, XIV, XVème siècle ; Le bébé est bien posé, dos ‘ouvert’, mais
Musée du Prado. Metropolitan Muséum de la maman est inclinée en avant pour
New York descendre son sein à bonne hauteur.
Boesen Gudmund, 1966, Danish
Museums, Copenhagen. p. 201

Le docteur G.J.Witkowski34 indique cette même position avec le bébé très bien tenu,
mais on ne comprend pas pourquoi la mère a gardé l’habitude d’un pied plus haut que l’autre
bien que le petit ne soit pas posé sur ses cuisses.

Le Docteur écrit : ‘tiré de notre Cette femme Kirghizie s’y Déesse-Mère, VIè siècle avant J.C.
Histoire de l’accouchement chez prend exactement de la même Museo archeologico de Syracuse.
tous les peuples’. manière en ouvrant le dos de 12. 2004. Bien observer aussi les
son petit sur la cuisse gauche. pieds.
Terres d’aventure, le voyage à
pied 2005, p.129.

34
Witkowski G.J. Histoire des accouchements chez tous les peuples (1880 ?), p. 97

274
I. 2 - La position du mammifère humain
dans la gravité
D’après les documents d’avant

Bibliothèque, documents du XIXè et du XXè siècles

"...Présenter quelques remarques suggérées par la


confrontation des simples observations visuelles directes -
dont la valeur ne doit pas être méconnue - avec celles
obtenues par les méthodes plus proprement ‘physique’
d’investigation... "
Gérard de Vaucouleurs35

Du temps de mon grand père, c'est-à-dire fin du XIXe siècle, début du XXe, il y avait
déjà des livres de physiologie, et la photographie était née ; elle montre des gens d’avant
plantés sur leurs talons grâce à l’anté-version du bassin, dans un aplomb très différent de celui
que nous voyons maintenant, après, dans les grandes villes de France, mais qu'on trouve
encore couramment dans le fin fond de la France profonde et rurale, et même en plein Paris,
dans certains corps de métier manuels.
Et puis, il y a bien plus récentes, les encyclopédies familiales (ou non), médicales, les
dictionnaires souvent étrangers, qui illustrent par des dessins très bien faits ce qu'ils veulent
expliquer. Nous allons ainsi évoluer dans leurs représentations de la colonne vertébrale et
donc dans la sensation que ces gens en avaient ; nous observerons l’image que les humains
d’alors se donnaient d’eux-mêmes et nous pourrons nous faire une idée juste des différentes
attitudes ou positions qu’ils jugeaient physiologiquement correctes de manière à se "tenir
bien" et donc à être "bien élevées".
Dans un des livres que Miguel récupéra près des poubelles de son quartier à la fin de
l’année scolaire36, nous trouvons, un schéma du système nerveux présenté avec la forme que
lui impose la position des vertèbres des différents étages rachidiens ; en haut se trouve la
masse cérébrale dont la partie frontale présente une base horizontale ; c'est exactement ce que
disait B.K.S.Iyengar s’appuyant sur ses sensations. Par contre, le dessin de ce même cerveau
replacé dans la boite crânienne n'est plus juste ou plutôt n'est plus conforme au premier : le
visage est dessiné avec le nez trop relevé - quoique fort peu si on le compare à ce que nous

35
Vancouleurs Gérard de Physique de la planète Mars Paris, Albin-Michel 1951; avant-propos
36
Correia Monteiro J. Ciências geogràfico-naturais, 1° e 2° anos, Braga, sans date, p.255, 256 ; 257

275
voyons en 2005 dans le métro parisien ! Dans cette position crânienne, la base du cerveau
n'est plus horizontale mais légèrement - très légèrement - oblique et, toujours d'après
B.K.S.Iyengar, le cerveau vient buter contre l'occiput et n'est pas également baigné dans le
liquide céphalo-rachidien dans lequel il devrait nager sans toucher à quoi que ce soit, il se
fatigue,.

os centros nervosos

Sur les dessins anciens, le cou est droit et


le cerveau horizontal (p.256-257)

Entre les pages suivantes, est insérée une page en couleurs qui représente bien le
cerveau horizontal, résultat d'une position équilibrée de la boite crânienne sur des cervicales
bien alignées - ou presque - et non sur une nuque creuse. Cervicales elles-mêmes bien posées
sur les hautes dorsales. Ce n'est pas une position que l'on puisse inventer à moins d'avoir un
modèle sous les yeux et de ressentir en soi ce qu'on voit. Le dessinateur a dû se référer à des
radios et avoir lui-même la tête encore bien placée sur un cou bien droit, c'est-à-dire peu de
voûte dorsale.

276
J'ai trouvé une "Anatomie descriptive et dissection" 37 ; sous prétexte d’indiquer la
place des organes dans le ventre, on nous montre une colonne vertébrale très cambrée en bas,
entre sacrum et L5 ; L4 sert de base à l'arbre droit, qui présente une voûte dorsale quasi nulle,
mais qui devra revenir un peu vers l'avant dans les hautes dorsales.

page 529 page 440 page41


Toujours pour présenter les organes du bas ventre, nous avons un sacrum très anté-
versé et en corollaire, une paroi abdominale inclinée, un peu comme si elle devait passer entre
les cuisses ; la même impression se dégage du schéma de la page 529 : la symphyse pubienne
est très basse, à la page 440
Le cœur est présenté dans une cage thoracique peu voûtée à l'arrière et relativement
bombée à l'avant, au sternum. Au-dessus de ces dorsales peu voûtées, les cervicales montent
droites (pas verticales) dans un jeu de poids et de contrepoids absolument naturel. La première
paire de côtes est horizontale (cf.p.41)
Le Dr. Fort a écrit ce traité en 1887, c'était une des années où mon grand-père, Albert
Christiaens, finissait ses études à la ‘Fac.Pharm.’ de Lille ; ce n’est pas vieux ! Il est mort en
1938 : il a donc poursuivit ses recherches de chimie durant le premier quart du XXè siècle

Quand on regarde le thorax de cet enfant, sa forme


saute aux yeux, on le voit très ouvert ce qui prouve
un dos sans presque de voûte dorsale ; ses côtes sont
horizontales, et pas seulement la première paire ! La
date ? Le médecin ressemble à ceux qui
m’auscultaient quand j’avais cet âge. Je pense
qu’étant d’aplomb nous avions encore cette forme de
thorax avant la guerre de 1939.
Vincent Pierre, 1965, Sciences Naturelles (classe de 3è),
Vuibert Paris, p.139.

A l'autre bout du siècle l’aînée de ses petites filles poursuit les siennes. Dans les foires
du Portugal, une marque de matelas distribue le dessin de ce que doit être une bonne colonne
vertébrale, bien équilibrée, et qui donc doit se reposer, la nuit sur les dits-matelas !
Pour notre œil de fin du XXème siècle, ce dessin est très étonnant, énergétique si l'on
peut dire, tant il est beau et incite non pas à se redresser, mais à s'étirer, à s'allonger ! Sacrum
très anté-versé, cambrure en S1- L5 et qui se termine à la base de L4 ; hautes lombaires et
dorsales très allongées et suivant une ligne droite jusqu'à D4 qui marque le début d'une légère

37
Fort J.A. 1887 anatomie descriptive et dissection Paris ,.

277
voûte, les cervicales s'étirent sur une ligne droite et le cerveau est placé bien horizontalement.
Un peu plus d'un siècle seulement séparent ces schémas !…et ils se ressemblent tellement !

Publicité des matelas Toile d’A.Wiertz, milieu du XIXè s. Enciclopedia Sopena, p.332
38
Dans mon Enciclopedia Sopena en deux volumes , même dessin, en gros même forme
générale de colonne vertébrale à la lettre N (pour système nerveux) : sacrum très anté-versé,
hautes lombaires et basses dorsales allongées sur une ligne droite (pas verticale), légère voûte
dorsale en D6 – D7, des cervicales sur une ligne droite, verticale même.
Clavicules
même enciclopedia horizontales
p.372 et très long
tronc.
Dessin pris
dans un
livre
d’hygiène
familiale
des
environs de
1880 :
clavicules
horizontales
La même encyclopédie, au mot "anatomie", montre un schéma général de la colonne et
de la cage thoracique dans lequel la première paire de côte est quasi horizontale et le sternum
très bombé.
Dans un tout petit livre portugais d’ensino primário d’Antonio Figueirinhas , Sciências
naturais, les clavicules sont horizontales et même si nous ne les voyons pas nettement, la
longueur du tronc et particulièrement de l’espace entre les poumons et le ventre, nous le
montre bien.39

38
Barcelona, 1935 (un genre de gros Larousse en deux volumes) , p. 372
39
Figueirinhas Antonio , Sciências naturais Porto (vers 1910) p.98

278
. Chez une brocanteuse de San Giovani de Bologne40, j’ai trouvé un vieux petit bouquin
de médecine familiale, édité en 1966 par le Club des amis du livre, sous le titre de
"l’Encyclopédie Médicale Pratique", puis il a été traduit en italien par A.Gonnelli et édité en
1975 par A.Mondadari, à Milan sous le titre de "Il che cos’è della medicina" ; mon édition
date de 1988. Sous prétexte de nous expliquer différentes choses, le Tome II est illustré de
dessins très intéressants pour nous : sur le squelette où est indiquée la place de la rate, on voit
une omoplate placée d’une manière incroyablement en arrière, près de la colonne vertébrale
(page 41) et sur celui qui indique la place de l’estomac, les clavicules sont horizontales (page
103) ; en expliquant la péritonite, on nous dessine une colonne vertébrale très bien cambrée et
des hautes lombaires alignées avec les dorsales sans cambrure mal placée ni fausse cambrure
(on croirait voir la radio de Miguel ! (page 64) ; enfin, en nous parlant d’utérus, on nous
montre des bassins parfaitement bien placés dans l’aplomb, avec des sacrums très bien anté-
versés (page 123)

J’ai aussi trouvé un autre vieux bouquin dont les premières pages ont disparu ; en
lisant la préface on apprend que le titre en était : "La Femme, Médecin du Foyer" et qu’il a été
40
Il che cos’è della medicina traduit en italien par A.Gonnelli 1975, 1988, Milan, A.Mondadari, l’Encyclopédie
Médicale Pratique 1966, ed. Les Amis du livre ;

279
écrit par une femme, le Docteur Fischer.41 J’ai la couverture de la seconde partie qui
s’intitule : "L’enfant "..Dans le texte on annonce une quatrième partie que je n’ai pas ; par
contre j’ai la troisième partie : "Premiers soins - Soins aux malades - Plantes médicinale" qui
comporte 1101 pages, sans compter la table des matières, celle des planches etc. Un énorme
travail qui nous livre des trésors ! Des vues générales de l’homme et de la femme, le bassin
avec la symphyse pubienne absolument en bas et, fait rare, un petit ‘appareil, genre petit
corset pour redresser le dos’ etc...
Inséré dans le livre, il y a une double page représentant l’homme et la femme qui me
semble venir d’un autre ouvrage, mais doit dater des mêmes années. Sur les illustrations les
femmes sont en robes longues, ce qui tendrait à donner comme date d’édition le début du XXè
siècle, avant la guerre de 1914 ; mais la couverture de la seconde partie montre une femme en
robe courte et un homme à moustache qui me font penser à papa et maman s’occupant de ma
sœur. Cependant ici, la grande sœur, à côté du bébé, a une petite robe taille basse qui rappelle
la robe de fiançailles de ma mère en 1924. Quand j’avais l’âge de cette petite fille, la mode
avait déjà changé. Je ne peux pas en dire plus et me contente d’en donner des reproductions.

"Poitrine à conformation normale"(Fischer 2), "Poitrine mal faite avec sillon cutané" à la taille
p.163. et clavicules déjà légèrement obliques ; le bassin
n’est pas bien antéversé (Fischer 3), p.165.

41
Fischer Dr. Anna, 1949, La Femme, Médecin du foyer, Comptoir international du livre , VI-1138 p. Traduit
par le Dr. Louise Azéma - Préface du Dr. Ernest Bonnayre - Nlle. Éd. mise au point par le Dr. P.Feles.
A la B.N.existe une édition de 1905, Paris E.Posselt, VIII 874 p.

280
Bassins anté-versés, troncs longs et thorax ouverts ; poids aux talons

281
Sur ces écorchés, on voit encore mieux la Muscles superficiels, vues antérieure et postérieure ; bien
position des bassins en antéversion, celle repérer les abdominaux, dits maintenant ‘plaque de
des thorax et des abdominaux tout en chocolat’, tout en longueur.
longueur tant sur lui que sur elle ; poids
aux talons.

Bassin de femme : on repèrera la position du On voit bien la position horizontale des


sacrum et de son plateau ; on observera également clavicules. J’ai une radio de Miguel
l’anté-version du bassin qui place le pubis face au exactement comme ce dessin, et je m’étonnais
sol. La cinquième lombaire a été dessinée à sa de ce que ses côtes ne soient pas horizontales.
place sur le sacrum p. 9 Mais j’ai compris quand j’ai pris conscience
que pour nous radiographier, on nous fait
coller le thorax à la plaque ce qui nous fait
pencher le thorax en avant. La première paire
de côtes, ici, est donc horizontale ainsi que les
autres qui sont toutes parallèles, p.5.

282
(fig.1 et 2)

"Modèle de jeune femme avec dos bien Une ligne verticale dessinée par l’auteur
conformé et attitude normale du corps". qui tombe sur la voûte plantaire montre la
On remarque les omoplates très proches fausse position de la jeune femme qui a la
de la colonne vertébrale, la place de la poitrine affaissée, les dorsales voûtées et le
taille, et bien en dessous, la cambrure cou tiré en avant… comme nous le voyons
avec les sacro-illiaques marquées par tellement en ce moment, p.162
deux petites barres. p. 161

"Pour remédier à la saillie des omoplates, nous préconisons l’appareil de Bovier. On y adjoindra le
massage du dos et la gymnastique afin d’obvier à la cause de l’attitude vicieuse" En ces temps-là on savait
d’une part que le poids ne doit pas arriver sur la voûte plantaire, ce qu’on a oublié maintenant en disant
qu’il faut ‘répartir le poids’, et d’autre part que si les omoplates tombent en avant, entraînant les bras,
cela vient d’une voûte dorsale trop importante, et on y remédiait. p. 464

283
²

La planche 23, p. 480, a pour titre : "ablutions" et on y voit des femmes malades et des soignantes,
inclinées uniquement aux hanches, sans aucune flexion du thorax sur le ventre:

284
Le schéma42 suivants, tiré de l'anatomie en poche de V. Pauchet et S. Dupret, (dans
laquelle je me suis plongée dès mon retour d’Inde en 1959) montrent, aussi, un aplomb du cou
et de la tête normal il n'y a encore que quelques années, mais progressivement il se perd,
maintenant, dans les civilisations industrialisées. C'est cet aplomb qu'entretient le port sur la
tête, c'est celui qu'on peut voir, observer, étudier non seulement sur ceux qui portent encore
sur la tête, mais aussi sur ceux qui, sans porter, ne l'ont pas perdu, tout particulièrement sur
toutes les photos de famille de toutes nos familles, et même bien d’autres !

De même, j'ai pu photographier une grande planche anatomique pendue à un mur


d'hôpital portugais, dans les années 80 ; même schéma général avec cette simple remarque : la
cambrure est encore plus prononcée que sur les autres, la nuque est droite, le sternum est très
bombé ce qui montre que les côtes sont horizontales. Le schéma est quasi le même,
photographié dans une encyclopédie portugaise à l'usage des familles et qui date de ces toutes
dernières années.

Hospital enciclopedia

42
Pauchet V. et. Dupret S. 1959 Anatomie en poche, Paris,. Doin pl. 70

285
Ginette Guédu m’a donné le Larousse médical illustré de sa tante qui mourut à plus de
100 an ; il est de 1924 - année du mariage de ma mère - Entre les pages 210 et 211 est insérée
une page en couleurs sur laquelle il y a le schéma général d’une colonne vertébrale qui est
sensiblement le même : cambrure basse, peu de voûte dorsale et des cervicales droites.

286
Toujours dans la même ligne de recherche, on m'a prêté un livre intitulé : "La médecine
nouvelle, Traité théorique et Pratique de médecine et de pharmacie usuelle, d'hygiène et de médecine
légale" par le Docteur Dubois ; c'en était la 126è édition. C'est tout ce que j'en sais, il n'y a pas
de date, les premières pages étant manquantes. Mais, par le texte et le contenu des pages, leur
couleur, la fragilité du papier vieilli, on voit qu'il s'agit d'un livre du début du XXe siècle très
probablement. C’est tellement rare de tomber sur de telles reliques, que j’en donne ici les
couvertures et les avis importants

287
Le schéma général du squelette est le même, le cou est droit, mais là un détail - qui
n'en est pas un ! - saute aux yeux : le poids est aux talons (fig. VI et VII) partout, que l'homme
soit dessiné avec des muscles ou simplement avec ses os.

Dans la fig. I, on voit nettement


l'anté-version du bassin qui laisse
toute leur place aux organes. Sur
le squelette VII les genoux sont en
bonne position, légèrement
pointés en avant, mais la
symphyse pubienne est trop
haute, le basin n’est pas assez
antéversé.

Dans un livre relativement récent de P.Vincent 43 on trouve une position juste du crâne
et du cerveau placé dedans :

Trois dessins de 1980, c’est tout récent ! Ils présentent le crâne dans un aplomb juste, celui qui permet au
cerveau d’être placé dans l’espace comme sur les dessins, bien horizontalement ; cela lui permet de flotter
en équilibre dans le liquide céphalo-rachidien.

43
Vincent P.1980 Le corps humain, Paris,Vuibert

288
J'ai trouvé aussi la traduction en portugais d'un petit livre de Raymond Dextreit : "A
coluna vertebral das crianças e dos adultos" et si je ne suis pas toujours d'accord avec les
exercices de gymnastique. que l'auteur indique, le dessin de la colonne vertébrale de la page 4
est encore dans la même ligne : cambrure basse, voûte dorsale un peu plus prononcée, et la
colonne cervicale, peut-être un peu courbe mais si peu..

La couverture de ce tout petit livre

La page 4

289
Larousse médical illustré, Paris, 1924, p. 288

Sciências naturais, p.14

290
Miguel a trouvé à la brocante organisée rue Cler, fin avril 2004, un Traité d’Anatomie
en deux volumes44. Comme il s’agit de la 2è édition, on peut penser que la 1ère date du début
du XXè siècle ou de la fin du XIXè. Il est passé au moins dans deux mains qui ont laissé leur
nom et la date de leur achat, je pense ; le premier est un Henri Chanvil, 2bis square du
Croisic, Paris, 1° novembre 1911…mais le mois de novembre est écrit comme le faisait ma
grand’mère Christiaens, avec un 9bre (neuf, nove) qui date du temps où l’année commençait
en Mars ! Elle écrivait aussi le mois de septembre avec un 7bre (sept)! Le second étudiant qui
a laissé sa trace est un J.Cirou Rochefort, 8 Bd Voltaire, 30 décembre. 1959. Il y a des
schémas magnifiques avec des sacrums très anté-versés, des colonnes lombaires jaillissant
toutes droites de cette cambrure profonde, suivies par des dorsales, elles aussi, en enfilades
sans presque de voûte dorsale et, évidemment, au-dessus, des cous droits ;..on dirait les radios
des descarregadores de peixe de Setủbal et tout particulièrement celle de Miguel. .

Sacrum très anté-versé, dont l’angle idéal


est mesuré selon le sexe : plus cambré chez
la f emme et moins chez l’homme,
pourquoi ? Lombaires jaillissant tout droit
sur la même ligne que les dorsales,
clavicules horizontales de même que les
côtes, ce qui donne un thorax très bombé,
une colonne dorsale peu voûté et un cou
droit.

44
Testut et Jacob 1909 Traité d’Anatomie Topographique 2è ed. revue, corrigée et augmentée, Paris, Doin,

291
Thiers : Les forgerons de la coutellerie : on voit le bassin anté-versé. Le coutelier de droite est incliné
depuis les hanches ; celui de gauche a le poids aux talons.

Triptyque de Santa Clara-a-Velha. On remarque ce que


Région bordelaise : un tonnelier, maintenant on nomme ‘les tablettes de chocolat’ sur
cambrure basse poids aux talons, l’abdomen du Christ. Même mort, les troncs restaient
liberté de l’épaule. longs ; les clavicules sont horizontales. Hist. da Arte em
Portugal n°10, 1986 p.165

292
Quand, à Noël 2003, nous sommes allés au
Levante espagnol, nous avons fait un saut à
Murcia et tout particulièrement au Musée de la
ville dans lequel une salle est réservée à un
collège très ancien : le colegio de la Merced dans
lequel, furtivement, j’ai pris la photo de
l’écorché : on constatera que toutes les côtes qui
s’accrochent au sternum sont horizontales.

Deux planches du Petit Larousse


illustré de 1959 ou 60. En ce temps-là,
on savait encore qu’un homme bien
fait avait des dorsales peu voûtées et
donc les côtes et les clavicules
horizontales. A la suite, le cou est droit
comme on le voit sur le dessin, mais la
tête est déjà trop redressée à la sous-
occipitale. Ce qui ne se voit pas ici, le
thorax ne peut avoir cette position
dans la gravité que si la cambrure est
préservée et tout le tronc posé
d’aplomb soit sur les jambes, soit sur
le siège.

293
Aux fêtes de Noël 2004, nous étions en Sicile, à Catane. Là, dans un de ces petits magasins qui vendent
des objets pour touristes, nous avons trouvé ce squelette. Il ne sont pas en os mais en résine, modelée
sur un vrai squelette, remonté comme ne peuvent le faire que ceux qui sont encore d’aplomb. Or en
Sicile et même en Italie en général, bien des gens le sont encore. On repèrera que les côtes sont
horizontales, c’est ce qui nous intéresse le plus !

Leonardo da Vinci est arrivé à la Renaissance, alors que l’anatomie enseignée de son
temps relevait encore des prescriptions de l’Église qui interdisait de toucher les cadavres.
Comme ce qu’on lui avait appris ne lui paraissait pas conforme à ce qu’il voyait, il s’est
débrouillé pour en voler, la nuit, de manière à pouvoir les disséquer à son aise et approcher de
plus près la réalité et la beauté de la ’mécanique humaine’. Il a donc ainsi bouleversé
l’enseignement traditionnel en se heurtant aux sommités de son temps, avec les difficultés
qu’on peut penser ! Quand on a travaillé avec le Professeur Delmas et pris conscience de ce
que peut apporter une dissection bien faite, on peut comprendre ce que le grand Léonard,
prenant la suite des médecins de langue arabe, a apporté à la médecine, depuis le XVIè siècle
jusqu’à maintenant. L’Université de Bologne, dans sa section de Chirurgie et d’Anatomie a
organisé en février 2005, une exposition sur les travaux du grand génie et de ses successeurs.
Stefano Lenzi nous y a emmené le 4 février 2005. Les photocopies de la page suivante sont
prises dans un ouvrage acheté lors de notre visite ; on y verra confirmation de ce que nous
avons observé et tenté de montrer dans ce travail. 45

45
Cianchi Marco, 1997, Leonardo, Anatomia, Giunti, p.14

294
Ici, on voit la cambrure profonde et basse, et donc l’anté- A propos de la place de certains organes,
version du bassin. On voit aussi l’horizontalité des côtes. p.51 on prend conscience de la profondeur de
la cambrure vue de profil. p. 38

Croquis de Leonardo en vue Les côtes sont horizontales, p.14


d’une de ses toiles. p.14

Le cou est une partie de la


colonne vertébrale droite, p.18

295
Visite avec le groupe de
Modène au Musée
d’Histoire Naturelle de la
ville, 27. 11. 05

Sur ces squelettes qui ont


encore leurs cartilages
costaux, ce qui prouve
qu’ils n’ont pas été
remontés artificiellement,
on repèrera que les côtes, et
pas uniquement la première
paire, sont horizontales. Le
bassin est bien placé ; On
voit que le sacrum est très
anté-versé ce qui indique la
cambrure profonde ; du
reste on peut vérifier que la
symphyse pubienne fait
face au sol et que les
ischions sont ‘relevés’.

296
sternum

En détaillant l’épaule, on nous montre un côté de la cage thoracique : on prend une nouvelle fois
conscience que lorsque tout le monde était d’aplomb, on dessinait très oblique le sternum et
horizontales les côtes qui s’y accrochent. Rouvière tome II p. 81et 85

Pierre Jakez-Hélias46, à propos du vêtement des femmes, explique, à sa manière leur


aplomb : Il donne d’abord, la sémiologie de la jupe "l’habit faisait le moine ", écrit-il : velours
jusqu’ici, ou plus haut jusqu’aux reins : fortunes différentes ; celle des broderies : hiérarchie
des fortunes ; et celle des coiffes. Puis il décrit sa mère se ‘coiffant’ : "C’est le moment, écrit-il,
de dresser autour du peigne courbe recouvert d’un ruban de velours, la première pièce de la coiffe…
haut trapèze qui doit fermer par derrière la gouttière blanche bien empesée qui est la coiffe proprement
dite… doit être absolument d’aplomb, et pour obtenir ce résultat, il faut plus d’habileté qu’on ne croit",
mais il faut surtout avoir l’aplomb de la tête avec la ligne auriculo-nasale descendante. "A la
génération précédente, quand la coiffe n’avait pas plus de huit ou dix centimètres de hauteur (elle va
monter jusqu’à trente-deux centimètres) on jugeait de son aplomb d’après le tortillon de fil qui la
terminait par le haut… Si la coiffe est légèrement de travers, les hommes n’y prêteront peut-être pas
attention, mais toutes les femmes s’en apercevront aussitôt. Humiliation…"

Les deux pièces de la coiffe Jeanne Guégen de Loctudy met sa coiffe pour nous montrer
bigoudène ; photo prise chez la comment on s’y prend pour qu’elle soit bien d’aplomb. Elle est
brodeuse Nadine Chaminan à assise d’aplomb, ne s’appuie pas au dossier de la chaise et ne se
Île Tudy fait pas de fausse cambrure en dorsale en levant les bras.

46
Jakez-Hélias Pierre, 1975, Le Cheval d’orgueil, Plon, Terre Humaine, poche, p.469 à 474

297
Le dos droit de Jeanne qui, après
avoir assuré une première pièce
noire, accroche le dos de la coiffe,
puis la grande partie de devant,
très amidonnée et repassée de
multiples fois.

Michel Bolzer de Plomelen. Sous


nos yeux, il amidonne et repasse
une coiffe ancienne. Il est assis
bien droit, sans s’appuyer, avec
les épaules en arrière. Pour
regarder ce qu’il fait, il ne baisse
que la tête, pas le thorax.

Les hommes portaient sur la tête ; pas les femmes puisqu’elles avaient à préserver la
verticale, l’aplomb de ce "haut tuyau de toile ou de mousseline empesée " et cela suffisait à les
aider à rester droites et étirées, comme il l’explique si bien : "Si les femmes tiennent à leur
habillement de tête… c’est parce qu’elles savent fort bien qu’il les avantage… il les oblige à se tenir
droite, après les avoir obligées à se ‘coiffer’ dans le plein sens du terme…" Il parle aussi de la nuque
qui est si jolie quand elle n’est pas creuse, lordosée diraient les kinésithérapeutes, mais bien
droite, longue, érigée : Les jeunes filles "accusent le décolleté du gilet par derrière, pour dégager la
ligne du cou "…
Et puis, il jauge l’élégance apprêtée des femmes qui viennent du bourg et sont à la
mode artificielle, dictée par les couturiers et "ont l’air bien mal fagotées à côté des élégantes
bigoudènes toutes voiles dehors…" ; il la compare avec celle des paysannes de son pays : "et, de
fait, les quelques femmes qui se mettront plus tard à la mode de la ville, la quarantaine en vue…
n’arriveront jamais à atteindre, même à grands frais, la plus modeste élégance alors que sous la coiffe,
leur port et leur démarche en imposait d’emblée. La coiffe donnait le même port de reine que celui
de tous ceux qui portent sur la tête ! Il insiste donc aussi sur la démarche…la marche !

L’allure des Bigoudènes

298
La position du mammifère "homo"dans la gravité,
le "mode d'emploi" de la mécanique humaine,
et la "psychologie" des articulations.
Fénelon parlait de la ‘machine’ ou de la ‘mécanique’ humaine,
si extraordinaire qu’elle révélait la grandeur de Dieu

Il genio di Leonardo alla scoperta della meravigliosa macchina del corpo umano’ 47

Après tout ce parcours, où en sommes nous arrivés ? Nous resterait-il comme le disent
J.Cuisenier et M.Segalen48 à "lier le recueil de données à des hypothèses sans lesquelles
l’investigation resterait aveugle, esquisser des propositions théoriques qu’un corps de données
rigoureusement constituées pourrait vérifier ou infirmer " ? Je crois que c’est ce que nous venons de
réaliser et qu‘il n’y a plus qu’à mettre ce corps d’expériences en pratique.
Jusque vers le milieu du XXème siècle, l'image qu'on nous donnait du squelette
humain, de l'humain en général, de sa position dans l'espace, provenait de sensations diverses
: tous les humains étant d'aplomb, il se dégageait de l'ensemble une image générale que les
dessinateurs rendaient et qu’ils nous redonnent maintenant. Et comme eux-mêmes étaient
d'aplomb, ils pouvaient se regarder, se sentir et traduire ces sensations dans leurs dessins.
Cet ensemble de documents anatomiques, auxquels viendront s’en ajouter d’autres de
toute première importance au cours du livre IV, est suffisant pour nous montrer la différence
qui existe entre la vision et la sensation de l'homme d'avant les années 1960 et celles qu'on a
maintenant. Celle d'avant est tout à fait corroborée par ce que découvrait le Professeur
A.Delmas dans ses recherches d'anatomie comparée sur les cadavres qu'il avait à sa
disposition à la Faculté de Médecine. Tous les prédécesseurs du monde soignant actuels
partaient de la réalité concrète, vue, sentie, exprimée à partir du réel. Depuis un certain
moment, vers 1960 (1950 ?), la tendance s'est inversée, et de grandes théories sont nées
auxquelles il a fallu faire "coller" l'humain. Au lieu que les théories soient issues de l'humain
observé et décrit, il faut, maintenant, que l'humain rentre de gré ou de force dans le schéma
intellectuel élaboré à partir de théories ; il faut que l'animal se plie à l'intellect... et on voit les
résultats sur son équilibre, tant physiologique que psychique !
En ouvrant certains traités d'anatomie ou de physiologie actuels, et donc d’après, on
pourra trouver de nombreux exemples des aberrations intellectuelles de maintenant. Je n'en
donnerai qu'un exemple, le plus saisissant, le plus poussé dans ces élucubrations sur la forme
que devrait avoir la colonne vertébrale humaine.49
Il ne s'agit pas d'une médisance, mais d'une photocopie prise dans le livre d'un
spécialiste, un médecin souvent considéré par beaucoup comme un grand spécialiste de la
colonne vertébrale. Je ne dis pas que ce schéma mental a été créé pour démolir la race
blanche, mais le résultat est le même : l'intention était de soigner mais à partir d'une base
intellectuelle non vérifiée sur le terrain et même infirmer par lui. J’ai vu le résultat sur
différentes patientes de ce ‘grand’ spécialiste ; c’était piteux ! Les pauvres femmes !
Ce dessin est le schéma de "colonne vertébrale humaine " idéale que donne le Dr. Sananès.

Voir notre page 2056.

47
Cianchi Marco, 1997, Leonardo, Anatomia, Giunti
48
Cuisenier J. et Segalen M. 1986 Ethnologie de la France PUF (que sais-je) 1986, p.63
49
Perez-Christiaens Noëlle 1984 Pathologie du yoga, supp. 6 : La bascule du bassin, une catastrophe Paris.
Institut BKS Iyengar

299
50

Quand j’ai vu ce dessin de colonne vertébrale, je pensais que le dr. Sananès voulait expliquer
comment il ne fallait jamais placer sa propre colonne : cambrure toute défaite, bassin rétro-versé, c’est-à-
dire en ‘bascule du bassin’. Ces basses vertèbres lombaires, dessinées parallèles (ce qu’elles ne sont pas)
sont prêtes à glisser les unes sur les autres vers l’avant. Ces disques lombaires, parallèles, et donc pincés
en avant, sont prêts à laisser s’échapper vers l’arrière et les trous de conjugaison, leur noyau central,
provoquant des hernies discales. En un mot, ce dessin est, en pire, ce qu’on pourrait peut être voir sur la
radio de quelqu’un qui a déjà une ou plusieurs hernies discales... encore que le sacrum soit exagérément
placé avec son plateau supérieur face au ciel, et la grande branche de la facette articulaire sacro-iliaque
verticale au lieu d’être horizontale comme elle devrait l’être sur un bassin en bon état. Or ce dessin est, au
contraire, l’image que ce spécialiste, se fait d’une colonne vertébrale en bon état.

Quand je l’ai montré à Miguel pour voir ce qu’il en pensait, pas une minute il n’a pu penser qu’il
s’agissait d’une colonne humaine. Il a donc tourné le livre de manière à mettre la colonne vertébrale
horizontale, l’a longuement observée et m’a dit : "c’est curieux pour une colonne vertébrale de chien !" Il
ne lui est jamais venu à l’idée que cela pouvait être une colonne vertébrale humaine ! Mais entre le rachis
d’un quadrupède et celui d’un bipède, il y a eu des transformations osseuses qui se sont opérées surtout
dans la partie lombaire, l’exposant aux pires ennuis (dont nous souffrons maintenant), si nous oublions de
respecter cette évolution naturelle ou si nous allons à l’encontre, comme le fait ce dessin. L’évolution ne
revient jamais sur ses pas, comme le précisent tous les archéo-anthropoloques. Le rachis de l’homo
évoluera au cours des prochains millénaires, mais plus jamais il ne sera sans cambrure.

A comparer avec le résultat des recherches sur des cadavres éviscérés du Dr. Delmas :
"On sait que la station verticale, apanage de notre espèce, est réalisée en grande partie par
l'apparition de la courbure lombaire, absente ou peu prononcée encore chez les autres primates. Aussi
les marques de son existence ont-elles été recherchées avec soin sur les squelettes humains
préhistoriques ou pré-humains dans l'intention de s'assurer que leurs possesseurs avaient acquis ce
caractère : se tenir debout." (Valeur fonctionnelle de certaines vertèbres dans la posture, I960)

50
Sananès Roland et Sebban Daniel N.,1988, L’homéopathie avec le sourire : Bloqués du dos, redressez-vous!
Burning Bush Ltd./TF1 s.a.

300
Quand Miguel et moi avons vu cet instrument, rue Cler, en
décembre 2006, le micro annonçait un ‘arc d’élongation’.
Déjà le mot fait mal aux oreilles : quand on se fait une
élongation, on souffre ! Et nous nous demandions comment
faire pour bien allonger le dos en ce servant de cet outil :
assis dans le creux ? C’est bien bas et ne pourait étirer que
le haut des dorsales. Couché sur le dos sur le grand côté ?

De même, il n’y aurait que les dorsales et on risquerait bien de


se faire une fausse cambrure. Alors nous avons pris la publicité
et vu ! L’‘arc’ défait complètement la cambrure ! Oui, on risque
bien une élongation et un glissement en 5è, avec ce ‘produit’
qui a reçu une médaille d’argent au concours Lépine 2004!

Il y a longtemps déjà j’ai vu une portugaise, marchande de fleurs qui, étant restée
longtemps à Paris, avait pris cette position, en faisant beaucoup d’efforts… elle souffrait
énormément du dos… et me disait que c’est parce qu’elle avait porté sur la tête pendant toute
sa jeunesse ! Elle était toute voûtée et respirait, évidemment très mal, mais se croyait fort
élégante et à la dernière mode ! Elle était tombée dans le panneau de la mode alors que celles
qui ont porté sur la tête et sont restées d’aplomb, très droites, très belles, respirent
parfaitement bien et ne souffrent aucunement ni du cou ni du dos!
Jean Louis Etienne, le médecin grand explorateur des pôles, disait : "L’homme s’est
peu à peu coupé de son lien nourricier avec la nature " et on en voit les résultats tant sur lui
même que sur ce qu’il fait sur son environnement!51
Dans le petit livre tellement pratique : Lucy retrouvée52, Brigitte Senut (que j'aime
beaucoup), elle qui fouille très souvent, c’est-à-dire qu’elle vit le plus souvent sur ‘le terrain’,
fait un travail excellent. C’est elle qui a découvert Orrorin Tugenensis et parle évidemment
de la colonne vertébrale. Elle dit, entre autres, "les courbures de la colonne vertébrale au nombre
de quatre chez l'homme et de deux chez le singe"53. Il y en a qui n’en veulent plus et d’autres qui
en voient beaucoup !
Pour ma part, j’ai longuement observé les singes de différents zoos européens, de
parcs animaliers de Belgique et de Hollande. Nous avons fait le voyage de Kalimantan pour
voir de près et presque vivre avec les orangs-outangs, j’ai porté différents singes sur ma
hanche en les caressant pour observer leur rachis ; j’ai même vécu tout un après-midi avec un
bébé gorille agrippé à moi comme à sa mère. Miguel avait un Capucin, quand je l’ai connu :
j’ai palpé beaucoup de leur rachis, je n'ai jamais vu qu'une très longue courbure, comme une
grande voûte qui démarrait de la pointe du bas du sacrum et finissait au crâne. Évidemment, le
cou peut se cambrer, mais ce n'est pas sa position habituelle. Quant aux ‘homo’, jusqu'à
présent, on les présentait avec trois courbures rachidiennes : la cambrure lombaire, la voûte
dorsale et la courbure cervicale. Après avoir longuement travaillé avec des paysans - et même
d'autres - des personnes qui transportent leurs charges sur la tête et même des parisiens qui
n'ont jamais souffert du cou, je n'ai jamais rencontré comme "normale" la courbure cervicale.
Donc, pour moi, il n'y avait dans le rachis humain que deux courbures : la cambrure lombaire
et la voûte dorsale. Où peut-on bien caser ou dénicher la quatrième ? Peut-être parle-t-elle de
la courbe du sacrum ?

51
Figaro Magazine du 8. 10. 2005, p.81
52
Brigitte Senut,1994, Lucy retrouvée, Paris, Flammarion.
53
Idem p. 148

301
Mais voici que paraît un nouveau petit bouquin54 très bien fait, qui véhicule de
nombreuses informations et j’y retrouve les quatre courbures de la colonne vertébrale. C’est
bien le sacrum qui est considéré comme la quatrième courbe rachidienne "qui la rendent plus
souple et plus à même de s’adapter à la station debout prolongée…" Plus à même de rester debout
peut-être, mais pas plus souple : le sacrum est soudé ! Les singes sont infiniment plus souples
que nous !
Accompagnant ce texte, il y a une copie du
tableau du pr. Yves Coppens (cf. P.163) dont
nous avons parlé plus haut ! Le squelette
humain est toujours en faux aplomb : le bassin
est en rétroversion, le pubis ne fait pas face au
sol et, évidemment, les têtes humérales ne
peuvent pas transmettre le poids du tronc aux
talons ; là il arrive sur les voûtes plantaires,
avec le risque constant de les affaisser ;
l’articulation des genoux est en hyper-
extension, elle devrait présenter un petit angle
en avant. Les cervicales sont creuses alors
qu’elles sont alignées sur une ligne droite
quand on observe bien leur anatomie et leur
physiologie. Si on le regarde bien, il est
vraiment très laid ! Quant au squelette du
simien, aucun singe même ceux qui arrivent à
marcher sur deux pattes ne sont dans cette
position : leur bassin n’est jamais dans cet axe
très rétro-versé, même quand ils sont assis par
terre : le bassin est toujours anté-versé ! De
même, les os des jambes ne sont jamais aussi
allongées et l’angle entre le bassin et la cuisse
est toujours très fermé. Et puis, le sacrum
simien n’est jamais courbe, les vertèbres
coccygiennes sont alignées avec les sacrées sur
une ligne, tandis qu’ici, il y a un semblant de
queue (que les grands singes ont perdue) qui
n’existe jamais sur aucun de leurs squelettes !

C’est très important de prendre conscience de tout cela, quand nous voulons étudier
des techniques étrangères - danse africaine, samba brésilienne, tango argentin, yoga, judo, tout
ce qui nous vient de l’Inde, du Japon, de Chine, de Corée, etc., d'aller à la source même de la
technique, c'est-à-dire de recevoir cet enseignement de gens du cru et qui ont travaillé
sérieusement avec un vrai maître et non des Blancs qui nous les transmettent. Je suis, je crois,
la seule à avoir enseigné le yoga sans décambrer ; et encore, je n'avais pas compris à quel
point le bassin devait être anté-versé pour que le squelette soit conservé dans sa position juste.
Tous les Blancs partent, depuis une cinquantaine d'années au moins, avec l'idée que
nous sommes trop cambrés et donc qu'il faut nous décambrer ; et c’est sur cette certitude
basique qu’ils vont recevoir une technique... qu'ils déforment, évidemment, conformément à
l'idée qu'ils ont... et non en en observant les moindres détails.
Or des gens, comme les Indiens, les Africains, les Brésiliens - qui n'ont pas ces "idées"
dans leur conscient ou leur subconscient - n'ont pas l'idée de défaire la cambrure à tout prix.
Ils sont cambrés, et dansent comme ils sont.
Voyons cela en détail dans les chapitres suivants55 :

54
Seinandre Érick, 2004, Les origines de l’homme, avant et après Lucy, Larousse, petite encyclopédie
55
Perez-Christiaens Noëlle et Le Poullias Dominique 1984 De l’allure, de l’allant, du bien-être ? retrouvez
votre vraie cambrure Paris ISA

302
Le bassin
"Nous devons changer notre approche vis à vis de Dieu et de la technique
… il faut pouvoir se mettre à la place d’un incroyant
pour parler de Dieu ( La Transcendance)"
Vaillant
Ce que Vaillant disait en ce qui concerne la Transcendance, est valable pour
nous : nous devons changer notre approche de la gravité et donc de l’aplomb, de la
position de la colonne vertébrale, de la respiration etc. et nous mettre à la place de ceux
qui ont appris dans des bouquins, pour leur expliquer ce que nous voyons sur le terrain !

Une fois bien observé le squelette tel que le voyaient ceux qui, au lieu de partir de
données intellectuelles partaient de la réalité concrète, nous pouvons constater, avec eux, que
la position du bassin dans l'espace est anté-versée, parfois très fort, parfois moins, selon les
ethnies et les individus.
J’ai relevé le calque du rachis lombaire de trois paysans
açoriens qui portent sur la tête ; j’ai fait coïncider le plateau
supérieur de leur sacrum. On voit alors des cambrures
profondes mais différentes. en vert Ana Béla, en rouge Antonio
et en rose Abel. Été 1982.

Les suricates peuvent se mettre


debout en gardant les aines, les
genoux et les chevilles très fléchis :
sans cambrure, ces flexions sont
indispensables à l’équilibre.

Grands
reportages
n° 132, janv.
1993, p.44.

C'est lui qui transmet le poids du tronc aux jambes et cette transmission se fait, dans la
bipédie confortable, grâce à une cambrure. Il y a des petits animaux, par exemple les
suricates, qui peuvent se redresser sur leurs pattes de derrière pour mieux voir loin, mais ils ne
marchent pas. Il y a des ours dressés qui marchent sur leurs deux pieds, mais dès qu'on leur
redonne la liberté d'aller à leur train, ils se remettent à quatre pattes, de même que les singes
dans les cirques. Les nasiques et les macaques jeunes font parfois quelques pas debout sur
leurs deux pieds, parce que la souplesse de leur âge le leur permet, mais cela ne dure pas ; le
makikata de Madagascar va en sautant sur ses deux pieds, en faisant des bonds de côté. Nous
parlerons plus loin des bonobos à propos de la marche. Mais la bipédie qui est celle du
mammifère humain ne peut avoir lieu et être confortable qu'avec une cambrure entre le
sacrum et la 5ème lombaire et parfois la 4ème et ceci grâce à un sacrum très anté-versé et dont

303
le plateau supérieur, incliné vers l'arrière, se trouve dans une position très oblique. Le
Pr.Delmas écrit : "l’homo a enroulé sa colonne vertébrale !"
Cette anté-version, je l'observe depuis des années. Quelque chose me paraît
maintenant évident et je cherche si l'un des grands anatomistes du passé, ou un de ces grands
maîtres de la physiologie moderne aurait eu les mêmes résultats que les miens dans ses
observations. Malheureusement, ce qui me semble être la réalité n'a jamais encore frappé
personne, du moins je ne l'ai vu écrit nulle part. Ce fait, m’incite à livrer ici, sur la pointe des
pieds, le fruit d'années d'observation assidue et continue sur la position des mammifères dans
l'espace. Il me semble que la position du bassin humain est sensiblement la même que celle
des autres mammifères. La forme des ailes iliaques varie selon les espèces, celle du sacrum
aussi... on pourrait même dire selon les individus, c'est un fait certain ; le sacrum humain s'est
arrondi et passe entre les fesses, les petites vertèbres coccygiennes étant carrément entre les
deux fesses, prêtes à se démettre si on tombe brusquement assis par terre. Mais, par rapport au
sol, le haut du sacrum est dans la même situation que celui de n'importe quel mammifère, à
quelques millimètres près. Il est certain que la 1ère sacrée des simiens, nos ancêtres, a été
"arrachée" comme le dit le professeur Delmas, pour faire une 5ème lombaire humaine et que
celle-ci a pris la forme d'un coin ; il est non moins certain que la première sacrée humaine
s'est écrasée à l'arrière permettant ainsi la cambrure ; tout ceci est vu, bien vu et noté. Mais ce
qui m'importe de remarquer ici, c'est que la position du basin humain, dans l'espace, semble
sensiblement la même que celle des autres mammifères : la symphyse pubienne est face au sol
Dans l'évolution humaine, les fémurs ont pris une position plus verticale ; les
lombaires se sont transformées de telle sorte que la cambrure s’est placée petit à petit
permettant ainsi une position ‘confortable et stable’ dans une certaine verticale (c’est ce que
demande Patānjali pour les postures du yoga56) mais il me semble que la situation du bassin
est restée la même ; la forme du bassin a changé, mais sa position dans l’espace semble ne pas
avoir bougé : ça a bougé en-dessous et au-dessus. Une telle étude est évidemment très difficile
à envisager à l'heure actuelle, puisque le courant intellectuel va vers une annihilation, un
effacement le plus complet possible de la cambrure en "verticalisant" le sacrum, c'est-à-dire
en plaçant le bassin en rétroversion.
De toutes façons, les apophyses transverses du sacrum se sont élargies et ont
légèrement changé d’axe de manière qu’une fois le mammifère redressé, la 5è lombaire ne
puisse pas glisser vers l’avant. En verticalisant le sacrum, cette transformation importante
devient presque inutile, et la 5è lombaire peut glisser.
Lorsqu'on regarde bien le squelette du bassin, on s'aperçoit que, pour que les organes
aient sous eux, pour les soutenir, un plancher osseux, c'est en anté-version que le bassin doit
être placé : le pubis sert alors de plancher osseux. En rétroversion, il se passe une chose très
grave : l'arrière des vertèbres modifiées pour la cambrure - S1-L5, parfois la base de L4 - est
ouvert ce qui empêche les surfaces articulaires de faire leur office : elles ne peuvent pas éviter
un glissement de L5 sur S1 ni des disques intervertébraux de la cambrure. Pourquoi,
maintenant, y a-t-il tellement de hernies discales alors que la vie est moins dure qu’avant?
Assis en voiture, sur une moto ou une bicyclette, sur un cheval ou un âne la position
assise devrait être la même : bassin anté-versé et poids sur le pubis.
Il ne faut donc pas s'étonner de trouver une cambrure forte et un bassin bien anté-versé
chez les porteurs, hommes et femmes ; ils ont gardé, sans le savoir, des formes et des
possibilités très jeunes, une légèreté, une agilité qui déconcerte d'abord, puis enthousiasme. Si
seulement nous pouvions récupérer tout cela, pense-t-on !

56
Perez-Christiaens Noëlle (recueillis par), 1976, B.K.S. Iyengar, Spark of Divinity, Paris, Institut B.K.S.Iyengar
J 59.

304
Quelques autres exemples de cambrures correctes

Lisbonne, mercado au débarcadère des bateaux sur le Tage, 1990… 2005, cela n’existe plus

Roger Rieu, paysan de Salau,


Italie, région de Rieti, Août 1982 : la poitrine très ouverte induit petit village des Pyrénées, 18.II.90
une colonne vertébrale peu voûtée et donc un bassin antéversé, ce
qui amène automatiquement le poids aux talons. (cl. G. Guédu ) Berger sicilien (guide Hachette, p. 14)
La jeune ‘cavaleira’ Sonia Matias nous donne ici différents exemples de positions d’aplomb
lors la fête d’Alcácer do Sal, au sud de Setúbal, en Octobre 2003.

305
Devant l’arène, un ancien forcado,
bien d’aplomb, poids aux talons,
poitrine arrondie dans les deux sens.
Il a une cambrure profonde.
Dans la cocheira (l’écurie) de l’arène, elle parle, dans la position que, du temps de mon père, on
appelait : ‘repos’… en appuie sur le talon du pied droit.
fin de page minutes après, elle a revêtu la casaca, verte aujourd’hui, et parle avec celui qui confectionne
Quelques
les farpas. Même position sur le talon gauche. Devant elle son moço, l’employé qui veille sur elle, et deux
enfants qui viennent la féliciter.
Enfin la voilà dans l’arène, assise bien droite, sur son cheval, bassin anté-versé, donc cambrure
profonde. Face à la porte du toril, ils attendent la sortie du taureau : observer les oreilles du cheval !

306
J.Breughel - Baleu
Kunsthistorischen
Museum, Wien.

Fresques de Santorin Batoni, Kunsthistorischen Museum,


Wien. La voûte dorsale est
grande, mais la cambrure est là.

307
La Nena, ‘l’épouse du Pô’, était passeuse. Née le 24 septembre 1913 dans le village de Salvatonica di
Bondeno (Ferrare), elle est morte le 5 janvier 1986. Elle avait appris le métier avec son père, pêcheur et
passeur qui faisait traverser le Pô à ceux qui devaient aller travailler sur l’autre berge. On remarquera
qu’elle a une jolie cambrure, qu’elle se baisse uniquement depuis les coxo-fémorales, sans affaisser la
poitrine sur le ventre, qu’elle garde sa cambrure même quand elle tire fort en arrière pour lever le carlet.
(Documentation prise dans la brochure collective faite à l’occasion d’une exposition organisée à Ferrare)

Henri II, roi


de France
par François
Clouet
(1505-1572),
Musée du
Louvre.

Égypte ancienne : statue


en ivoire d’un homme Un gardien de
vêtu d’un schenti. On la porte royale
observera la longue ligne du rempart
du devant montrant des sud de la
abdominaux faits en capitale hittite,
longueur et non comme Hattuşa
on nous les fabrique l’actuelle
maintenant, en Boğazkale, en
rapprochant le thorax du Turquie : tête
bassin. Cela montre aussi bien posée,
que la cambrure est long tronc,
respectée. (Histoire de la cambrure et
mode, sans indication de poids aux
provenance). talons.

308
Pourrions-nous vérifier tout cela à la lumière des
fouilles ?

Fouilles de sauvetage à Faenza : 5 squelettes trouvés pétrifiés ce qui ne laisse aucun doute de la forme des
corps lors de l’enterrement : cambrure basse et profonde, peu de voûte dorsale et cou droit. On les date
du IIIème millénaire avant J.C.

Emprunte d’une femme prise dans la cendre de Pompéi. On voit nettement la position anté-vesée du
bassin (cambrure et aines fermées). Autre empreinte du haut du corps. On voit bien la position de la
tête sur un cou droit.

309
Les fouilles réalisées dans la petite île de Florès, ont mis au jour une autre ‘humanité’
qui dû arriver à Florès vers 800.000 ans57 et a perduré jusqu’à 18.000 ans b.c. selon GEO
ou12.000 ans selon d’autres chercheurs. Il s’agit du certain nombre d’os de différents
individus, dont une petite bonne femme presque entière, bâtie tout à fait comme nous, mais ne
dépassant pas I.20 mètre.

Dans le dernier de ces cours au


Collège de France, le 30 mars
2005, le Pr ; Yves Coppens parla
de ses isolats qui favorisent soit le
gigantisme de certains êtres, soit,
au contraire, leur réduction à des
tailles très petites par rapport à
l'ancêtre. Prenant ses exemples
dans le pléistocène, il dit : "Ces
transformations se font vite, très
vite dans ces milieux isolés du reste
de l'évolution, et il reprenait un peu
plus tard "et ça se fait à très grande
vitesse.…quelques millénaires !"
C’est probablement ce qui est
arrivé pour les homo de l’île de
Florès.

La taille des Hobbits


comparée à la nôtre.

Il y eu de grandes discussions entre savants pour déterminé s’il s’agissait d’homos


erectus ou d’homos sapiens. Finalement la conclusion est que si le cerveau de Flo est organisé
d’une manière très différente du nôtre, ces humains sont des sapiens. Pour Dean Falk,58 “Il
cervello del piccolo uomo di Florès, pur piccolo, si era evoluto in modo del tutto diverso dal nostro, con i
circuiti nervosi completamente riorganizzati.” Mais elle avait une cambrure comme la nôtre.

Ici, il ne s’agit pas de fouilles. Le père Pecoraro a vu un autre spécimen “d’humanité”


ou de “pré-humanité”, un yeren, dans les monts Gonga, mais cette fois-ci plus grand que nous,
Constantin de Slizewicz en parle et le cite59 : “…Une énorme tête surgit du milieu des bambous ;
face plate, longue chevelure tombant bien plus bas que les épaules et séparée par une raie toute droite,
le tout couleur café crème. Sa taille ? Je n’ai pu voir que son buste dépassant les bambous, et sa tête
m’a semblé avoir au moins une fois et demi les dimensions de la mienne. A cette altitude les bambous
ayant près de deux mètres, l’animal pouvait bien atteindre pas loin de deux mètres cinquante…La ‘bête’
me fixait et moi…je la regardais perplexe !” De la manière rapide dont il se relève, on voit bien
qu’il s’agit d’un bipède ‘confortable’ et qu’il a donc, lui aussi, comme nous, une cambrure.
Cela ressemble à l’Almasty vu par le Dr.Marie-Jeanne Kaufman60.

57
Coppens Yves, 2006, Histoire de l’homme et changements climatiques, Fayard, p.51
58
GEO n° 16, aprile 2007, p. 24// RTP2, 23.7.07, 17.15, document. ’Humanos minusculos os Hobbits de Flores.’
59
Slizewicz Constantin de, 2007, Les peuples oubliés du Tibet, Perrin, p. 224
60
Kaufman Marie-Jeanne, juin 1991, L’Almasty, Yéti du Caucase, Dossier de l’archéologie

310
Tombe d’un archer
découverte à Kerma, en
Nubie, et datée
d’environ 2.300 b.c. On
remarque que les os du
corps sont en
connexion ce qui est
très important pour
nous : le cou est droit ;
les côtes sont
horizontales et
l’articulation sacro-
lombaire n’est pas
arrondie bien que
l’homme soit couchée
61 en position dite fœtale.

"Un groupe d’archéologues a découvert récemment près de la ville de Xincheng dans


la province de Henan, en Chine, un squelette de plus de 2000 ans qui appartient à la dynastie
Chang , peut-être à un monarque ou a l’un de ses familiers puisque dans ce lieu furent enterrés
plus d’une vingtaine de rois de cette dynastie archaïque chinoise. Dans les environs on a
trouvé également des squelettes de chevaux " notait le Correio da Manha du 26.9.02. Ce qui
est très intéressant dans ces fouilles quand on trouve un squelette qui n’a pas été bougé depuis
son enterrement, c’est qu’on peut y voir nettement la forme du personnage presque encore
vivant ! Celui-ci a une cambrure très prononcée…qu’on peut deviner, puisque la pointe du
sacrum et les ischions sont cachés. Il semble bien qu’il n’ait pas eu de voûte dorsale ; les
clavicules sont horizontales… et si je dis qu’il avait le cou droit, on m’accusera d’extrapoler,
alors je me tais !

Squelette chinois de plus de 2000 ans,


le bassin est anté-versé dans sa gangue
de terre.

61
Honegger Mathieu, Kerma en Nubie, Dossiers d’Archéologie n°306, septembre 2005, p.52

311
Ötzi

Öetz

Umhause
n

Massif de
l’Öetzal

Bolzano

La région où Ötzi s’était enfui, il y a des millénaires, au début de l’âge du cuivre

Dans la vallée de l’Ötztal, au tout début de l’âge du cuivre il y a 5300 ans, vivait une
communauté de bergers - comme encore maintenant - dont un représentant nous a été
miraculeusement rendu par un glacier en 199I. (Voir aussi p.1338).

312
Ötz

Massif
de
l’Ötztal

Vallée
de la
Senales

Erika et Helmut
Simon lors de leur
découverte d’Ötzi
en 1991 ; étaient-ils
en Autriche ou en
Italie ?

62

C'est-à-dire qu'il vivait sur les Alpes et y chassait au IVème millénaire avant notre ère,
entre l’an 3.300 et l’an 3150, à l’époque que les archéologues nomment "bronze supérieur
récent". Sensiblement à la même époque, les Mésopotamiens commençaient à inventer les
premiers signes de comptabilité qui donneront l’écriture ; apparaissaient les premières
dynasties égyptiennes. Nous avons eu la chance qu'il réapparaisse à plat ventre, c'est-à-dire

62
Gasperis Roberto de, Guide d’Italie : Vénétie, Trentin-Haut-Adige 4 ; Commissariat du Tourisme, Rome

313
que nous qui ne sommes pas assez spécialisés pour avoir le droit à un contact direct avec sa
momie, avons pu voir, grâce aux photos passées dans les journaux, la forme congelée de la
colonne vertébrale d’Ötsi. Ce qui en ressort est magnifique et à comparer avec les radios que
j‘ai vues couramment dans mes différents "terrains" européens : une cambrure basse et
profonde, un très long dos avec peu de voûte dorsale et un cou droit.63

Ötzi

Comme c'était un homme long et mince, je crois sincèrement qu'il aurait pu presque
troquer ses radios contre celles de Miguel ; la comparaison est étonnante de ressemblance !
Évidemment, une étude vertèbre par vertèbre serait très intéressante, mais il faut nous
résoudre à ne pas pouvoir travailler directement sur Ötzi, je ne suis pas spécialiste. J’aime
travailler sur le "vivant"; André Varagnac et André Leroi-Gourhan m’ont éduquée à faire des
aller et retour entre les vivants actuels et l’archéologie. Ötzi nous est arrivé presque vivant, en

63
Pour d’autres choses sur Ötsi, voir pages 1301 et 2259

314
chair et en os, avec ses outils et sa cape de paille. Les bergers des montagnes portugaises
portent encore croça e capuz de junco (cape et capuche de paille) ! Celle d’Ötzi est en herbe,
pas en paille. Curieux, n'est-ce pas ? Lui était berger dans les Alpes, beaucoup plus au Nord et
à l'Est que les nôtres qui vivent au sud des Pyrénées. Quand nous sommes allés à Vienne le
17.3.03, au Völkerkunde Museum nous avons vu une cape d’herbe dans la section consacrée
au Japon !

Croça e capucha de junco fêtes de Viana de castelo, 23. 8. 97 Japon

Reconstitution d’Ötzi

Il est apparu dans les Alpes, entre l’Autriche et


l’Italie, entre le refuge de Similaun et le col de Tisen,
au bord du glacier du Niederjochferner ‘entre le
versant abrupt qui mène vers Sénales et la dorsale
glaciaire en pente plus douce dans le Niedertal qui
mène en direction de Vent dans l’Ötztal’…mais à 92
mètres du côté italien. Il est resté en Autriche à
l’Institut Archéologique d’Innsbruck jusqu’à ce que
la ville de Bolsano ait fini de préparer un musée et
une chambre froide pour le recevoir.

315
Vallée
de
l’Otzal

Bolzen =
Bolzano

Ferrare

Cento

Modène

Bologne

316
En Mai 2002, lors d’un séjour de travail en Italie, Stefano nous a emmenés à
Bolzano64, pour voir notre homme de près. Stefano habite à Renazzo (dans le dialecte du pays,
les 2 z se prononcent comme nos 2 s ou notre ç) à quelques kilomètres de Cento, le centre
d’un triangle Bologne-Modene-Ferrare. En voiture, on va prendre le train à Ferrare. On,
pique-nique dans le train et on arrive directement à Bolzano. Émerveillement : un Musée
magnifique, très pédagogique dont on sort avec une toute autre idée des hommes de la proto-
histoire : Ötzi était très confortablement vêtu : un slip du genre de ceux que portent à l’heure
actuelle les Indiens traditionnels sous la dotee, fait d’une simple bande d’étoffe passée devant
et derrière dans une ceinture ; le sien était en peau ; de longues jambières maintenues par une
patte à la ceinture dans laquelle était passée la bande de cuir-slip, on pourrait dire un porte-
jartelles avant la lettre ! Un manteau bien chaud et un bonnet en peau d’ours.

Il portait aussi des chaussures bourrées de foin. Les Sami et les Niensi du Grand Nord
mettent aussi de l’herbe dans leurs bottes de peau de rennes, cela tient plus chaud que nos
chaussettes de laine65 ! Pendant la guerre, nous avions de la paille dans nos sabots et on dit
encore, des gens riches qu’ils ont du foin dans leurs bottes (le foin était plus cher et plus doux
que la paille sous le pied). Il avait sur lui, dans une poche longue et étroite cousue à sa
ceinture - comme celle qu’on vent maintenant aux rayons de voyage des grands magasins
pour cacher l’argent ! - une lamelle de silex - notre canif ou notre opinel ; une alêne - notre
petite trousse de couture ; de l’amadou qui servait à allumer le feu avec une étincelle jaillie
d’un silex sur une pyrite de fer - mon grand père avait encore un briquet à amadou. C’est ce
qu’emportent avec eux les Bochimans et les Himba quand ils partent pour plusieurs jours à la
chasse !

Mon grand père Christiaens avait un briquet à amadou comme celui-ci

Il avait aussi quelques remèdes. Quand je pars en terrain avec Miguel, j’aurais
presque pu troquer mon sac contre le sien ! Il y a plus de 5.000 ans.

Il est dans une chambre froide sur laquelle donne une petite fenêtre par laquelle nous
pouvons le voir comme si nous regardions quelqu’un dormir tout près de nous.

64
Toutes les reproductions sont tirées d’un livret achetées au Musée, ainsi que toutes les cartes postales. Le
Musée a bien voulu aussi nous prêter des diapos pour cette thèse à condition que je porte la mention
suivante : Museo Archeologico dell’Alto Adige, Bolzano, www.iceman.it,foto Augustin Ochsenreiter,
Marco Samadelli e/à Dr. Paul Gostner
65
Documentaire du 1.10.05 sur F5 à 15 heures ‘Les enfants de la neige et de la glace’

317
La cage
thoracique
d’Ötsi avec
la flèche
encore
fichée dans
un os.

Sur sa radio, ses côtes sont parallèles ; ses clavicules ne sont pas horizontales : il est
resté longtemps sur le ventre et le poids de la glace a aplati sa cage thoracique - quand le
médecin a fait faire une radio à Miguel, lors d’une bronchite, comme on fait coller le thorax à
la plaque, Miguel n’a pas non plus, sur ce cliché, la première paire de côtes horizontale ! …

Mais c’est avec le torse très ouvert, des clavicules horizontales et le poids aux talons
que le dessinateur autrichien ou italien l’a représenté, ça ne pouvait pas être autrement !

Carte postale éditée par le Musée

Costume reconstitué d’un massip (valet ou


domestique) bergsoniens (Périgord) vers
1425. Les chausses sont liées au braiel, la
ceinture des braies au moyen d’une
aiguillette qui passe par un œillet ménagé
à l’extrémité de la pointe de la chausse. On
notera le temps qu’ont duré ces
‘chausses’ et l’espace où on les retrouve :
Ötsi c’est le milieu du 4è millénaire avant
notre aire et on rencontre les chausses
populaires jusqu’au milieu du 15è siècle de
notre ère. Ötsi vivait dans les Alpes ; le
Périgord est à l’ouest du Massif Central !
(Histoire et images médiévales, n° 12, fév.
Mars 2007, p.78).

318
Il avait avec lui sa hache, de celles qu’on voit gravées sur les menhirs et qui
représentaient un de leurs dieux, peut-être celui de l’orage qui fend nuées et arbres quand la
foudre tombe dessus. Cette hache est un des objets qui a permis de le dater.

Ötzi

Sur des diapos qui passent sans cesse au Musée, on voit beaucoup de détails dont, pour
nous, la cambrure, le long dos et la nuque toute droite, la voûte plantaire très prononcée et les
orteils "aérés" etc. On a retrouvé dans son chausson, un de ses ongles. Il semble qu’il avait
été soumis à un stress pendant quelque temps avant de fuir. Est-ce dans cette peur qu’il a fui
en emportant un arc en cours de fabrication et ce qu’il fallait pour le bander et terminer ses
flèches ? Touché par une flèche dans le dos, il est tombé à plat ventre…ou bien il s’est couché
sur le ventre pour dormir avec l’espoir d’une guérison ; si sa musculature cervicale avait eu
coutume d’une colonne cervicale lordosée, sa tête se serait posée autrement sur la dalle où on
l’a retrouvé. C’est tout dernièrement qu’on a découvert, grâce à un appareil de radiologie
encore plus performant, la flèche fichée dans son thorax, les spécialistes pensaient qu’il était
tombé ou s’était endormi sur le côté et que c’est le glacier, en avançant, qui l’avait poussé sur
le ventre. De toutes façons, sa nuque est droite et sa cambrure basse et profonde, c’est ce qui
nous intéresse…

Ötsi

319
Mais, Tom Loy, médecin australien a trouvé des traces de sang sur sa hache et ses
vêtements… sang appartenant à quatre personnes ; il se serait donc battu avec trois personnes
avant de mourir, probablement d’épuisement avec la flèche fichée dans le dos, entre deux
côtes.66
Voulant tenter d’en apprendre plus sur lui, nous sommes allés en Autriche à Pâques
2003 et avons fait un saut à Innsbruck où Ötsi était resté longtemps et avait été longuement
étudié à l’Institut archéologique, avant que le Musée de Bolsano (Bolsen en allemand) ne
puisse le recevoir et le conserver confortablement. Mais, pour des profanes comme nous, il
n’y a rien, nulle part, ni à Vienne, ni à Insbruck, qui puisse donner une idée quelconque sur
lui.
Par contre, il y a la vallée de l’Ötzal et le village de Öetz. Mais ce n’est pas là qu’on
peut trouver des renseignements. C’est, dans cette même vallée, dans un village un peu plus
loin, Umhausen, où on a reconstitué un village comme aurait pu être celui de l’âge où vécu
notre homme. Malheureusement il n’est ouvert qu’à partir du mois de mai, nous n’avons donc
pu rapporter que le prospectus découvert ailleurs et qui donne une idée assez sympathique du
village.

66
Figaro, 24. 11. 05, p.16

320
La hutte d’Ötzi

Four
céramique
Four à pain

Statue Menhir et allée


menhir couverte

321
Arequipa (Pérou)
En allant au Pérou, à Noël 2002, nous nous sommes arrêtés à Arequipa pour voir les
momies que le dégel occasionné par le Niňo avait fait apparaître. Lors de catastrophes
naturelles, pour tenter d’apaiser les Apu, divinités des montagnes, les prêtres inca leur
offraient, des jeunes filles d’une très grande beauté, vouées à cet effet dès leur naissance. Cela
fait penser aux taureaux de lide actuels…et plus récemment mais plus loin de nous, le Christ
tel que le présente le Nouveau Testament. Les rituels duraient plusieurs jours et se terminaient
à plus de 6000 mètres d’altitude. Les filles étaient droguées très probablement à la coca, ces
feuilles qui, à l’heure actuelle, font encore partie et de la vie courante et des rituels
autochtones. Et, pour éviter que sorties de ce sommeil artificiel elles ne souffrent inutilement,
on leur donnait un coup de grâce à l’aide d’une masse étoilée. Assises en tailleur, elles
tombaient et on n’y touchait plus ; simplement, on les recouvrait. Elles ont donc été enterrées
tout recroquevillées sur elles-mêmes, de sorte que leur colonne vertébrale est courbée, on ne
peut pas voir la forme de leur cambrure…même la petite Juanita qui est apparue en parfait
état dans son fardo de manteaux de laine. Donc pour ce qui nous intéresse ici, nous n’avons
pu observer que la colonne vertébrale d’Ötzi..

Juanita, la jeune fille la mieux conservée des 18 retrouvées jusqu’ici sur les hauts sommets des Andes

322
Las Palmas de la Grande Canarie
Mais, au Musée de las Palmas de la Gran Canaria (Grande Canarie), des squelettes
de momies sont visibles. En effet, le sol a conservé les enveloppes de tissu, les os, les
ligaments et souvent la chair dans un état sinon parfait, du moins qui permet d’étudier ce
qu’on ne peut plus voir dans les terrains dans lesquels tout a été détruit par les éléments ou par
des fouilles sauvages.

Dans une vitrine il y


en a plusieurs
pendus par le
sommet de la tête.
On peut ainsi
vérifier la position
qu’ils avaient de leur
vivant. On voit
nettement la position
très anté-versée du
bassin, la cambrure
profonde, la position
des côtes.

Ils ont encore leurs


disques intercostaux
et celui de droite a
gardé ses cartilages
costaux originels.

C’est la première fois que je


voyais des cartilages costaux
ailleurs que sur une radio !
C’est si rare !

De profil, il est encore plus facile de


constater la forme de la cambrure
basse suivie d’un long dos sans fausse
cambrure plus haut dans les dorsales.

323

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