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Dissertation sur le roman élaborée en commun

Sujet : Un roman peut-il nous donner à voir la réalité mieux que nous ne
la voyons dans la vie ?

Nos vies sont parfois si agitées, si foisonnantes, et nous y


sommes si impliqués, que nous peinons à les comprendre. Si nous
lisons des romans, c'est peut-être justement dans l'espoir de nous y
retrouver en partie et de contempler un reflet de nos existences.
Mais n'est-ce pas illusoire ? Un roman peut-il vraiment nous donner
à voir la réalité mieux que nous ne la voyons dans la vie ? Nous
montrerons qu'à priori un roman présente plutôt une image
trompeuse et déformée de la réalité puis nous étudierons en quoi un
roman peut pourtant enrichir notre regard sur la vie.

Par définition, le roman est une œuvre d'imagination et les


personnages de roman n'existent pas. D’ailleurs, un grand nombre
de romans ne racontent pas des histoires données pour vraies mais
des histoires merveilleuses teintées de beaucoup d’éléments de
surnaturel : ni les lieux ni les personnages ne sont vraisemblables.
On songe par exemple à Harry Potter ou à Alice au pays des
merveilles, dont l’héroïne grandit et rétrécit ou parle avec des
animaux. Même dans des romans réalistes, comme L'œuvre d'Emile
zola, il y a toujours une grande part de fiction : Claude Lantier n'est
pas un peintre qui a existé ; on ne peut voir ses œuvres dans aucun
musée. Tout roman contient donc une touche d’imagination et prend
ses distances avec la réalité.
Quand le roman prend comme référence le réel, il ne peut
l’appréhender dans sa totalité, et ne peut donc pas le représenter
parfaitement. Car la vie présente un spectacle divers, multiple,
dispersé. Le roman doit donc nécessairement simplifier, déformer,
trier, choisir, pour mettre en valeur certains personnages ou
certains événements, et rendre ainsi le récit attractif. Le romancier
est, par exemple, conduit à exagérer certains traits de caractère
pour souligner des contrastes. Dans Les Misérables, L’Evêque Myriel
est la bonté même telle qu’on ne la rencontre pas dans la réalité,
tandis que Thénardier est l’incarnation de la méchanceté. Le roman
de Victor Hugo multiplie par ailleurs les coïncidences
extraordinaires. Dans L’œuvre, Zola ne peut pas peindre tout le
milieu artistique parisien ; il construit donc artificiellement quelques
personnages représentatifs (un écrivain, trois peintres représentatifs
chacun d’un courant, un sculpteur). Le roman est finalement un
miroir déformant de la réalité.

Le roman ne peut donc prétendre à nous donner une vision


exacte de la réalité. Pourtant, il peut sans doute nous aider à mieux
la regarder, à mieux la comprendre.

Le roman, grâce aux déformations qu’il opère, grâce aux


variations de points de vue qu’il autorise, peut nous donner à voir la
vie sous un angle que la réalité ne nous offre jamais : il peut
raconter toute une destinée de la naissance à la mort et montrer un
personnage dans tous les milieux qu’il fréquente, dans tous les
aspects de sa vie. Rares sont dans la réalité les occasions de
connaître une personne aussi complètement qu’un personnage de
Roman. Claude Lantier par exemple est vu dans son atelier, dans
son intimité amoureuse, en compagnie de ses amis. Il est vu de
l’intérieur, puisque ses pensées sont souvent relatées mais aussi du
point de vue de Christine. Le roman permet donc une approche très
riche et très complète de la vie. Aucune circonstance ne peut nous
offrir un tel point de vue.
Non seulement le roman nous présente sur la vie humaine
un point de vue privilégié, mais il peut aussi nous donner accès à
des expériences multiples, qu'une seule vie ne peut pas donner
l'occasion de connaître. Il peut nous faire découvrir des milieux
sociaux qui ne sont pas les nôtres, des cultures que nous n'aurons
pas l'occasion de fréquenter et il peut même, dans le cas du roman
historique, nous transporter dans le passé. C'est ce que disait
Diderot dans son éloge du romancier anglais Richardson : " un
roman permet de parcourir dans l’intervalle de quelques heures un
grand nombre de situations que la vie la plus longue offre à peine
dans toute sa durée". Germinal de Zola, par exemple, nous fait
pénétrer au cœur d'une famille de mineurs dans le nord de la
France à la fin du 19ème siecle, Quant au roman Les Cavaliers, de
Joseph Kessel, il nous fait connaître les cultures de l'Afghanistan.
Enfin, si le roman doit trancher dans la réalité, opérer des
choix, des regroupements, simplifier parfois, c'est pour mieux faire
ressortir les significations. De même qu'un enseignant doit parfois
schématiser, simplifier pour faire connaître une loi physique, le
romancier simplifie, rapproche des événements pour faire percevoir
la logique a l'œuvre dans une existence. Dans la vie, le suicide d'une
personne est souvent une énigme et surprend même son entourage.
Dans L'œuvre, l'ensemble des événements choisis par Zola dans la
vie de son héros et rapprochés par la narration (la mort du fils, le
mépris au salon, le dernier dîner chez Sandoz), expliquent le suicide
de Claude.

Le roman n’est donc pas l’image exacte de la réalité. Il n’en a


ni la possibilité, ni parfois l’ambition. Le roman est toujours une
représentation artificielle de la vie, une illusion. Mais cette
représentation est plus expressive que la réalité et nous permet
donc de la déchiffrer, de la regarder à distance, de la connaître, de
l’étudier. Un petit peu comme le microscope ou le scanner du
scientifique, il nous dévoile ce que nous ne voyons pas à l’œil nu.

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