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Introduction à la macroéconomie

En plus des fonctions d’allocation des ressources (distribution des


biens et services collectifs), et de redistribution des revenus (subventions
des prix des produits de première nécessité…), l’état assume également la
fonction de régulation de l’activité économique. Cette dernière fonction
est particulièrement controversée par la théorie néoclassique. La
régulation de l’activité économique par l’Etat revient à justifier
l’interventionnisme public pour soutenir la croissance économique et
l’emploi. L’idée sous-jacente est qu’en période de récession : (sous-
utilisation des capacités productives) l’accroissement des dépenses
publiques est de nature à stimuler la production en compensant la
faiblesse des dépenses privées (dépenses de consommation et
d’investissement). La politique budgétaire est ainsi érigée en un
instrument privilégié de politique économique.

C’est à J. M. Keynes que l’on doit la justification de cette politique


interventionniste. En effet, dans son célèbre ouvrage, la théorie générale
de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, il a mis l’accent sur le sous-
emploi, ses causes et les remèdes que les pouvoirs publics peuvent y
apporter. Parmi ceux-ci, il a, utilisé la notion de multiplicateur pour
justifier les effets positifs d’une politique de travaux publics sur l’activité
et l’emploi.

Toutefois, suite aux difficultés apparues à la suite des deux chocs


pétroliers, on a assisté à la remise en cause des politiques d’inspiration
Keynésienne par l’école néoclassique d’obédéience libérale

Ce cours de macroéconomie portera uniquement sur la théorie


Keynésienne.

Dans ce cours l’analyse macroéconomique Keynésienne


concernera l’étude du niveau de l’équilibre macroéconomique à l’échelle
d’une nation.
Elle cherche à montrer que selon le niveau auquel l’offre et la
demande globales s’égalisent, un niveau d’équilibre macroéconomique
est possible. La nature de cet équilibre (plein-emploi,, sous-emploi ou
sur-emploi) permet de connaître, si les ressources de l’économie en
capital et travail sont rationnellement utilisées ou bien gaspillées.
Chapitre II : La fonction d’investissement (I) :

Nous venons d’étudier le comportement de la fonction de


consommation (aspect demande) nous allons nous situer maintenant du
côté de la sphère productive pour étudier la fonction d’investissement
(aspect offre).

Dans l’analyse macroéconomique Keynésienne l’investissement


constitue la deuxième composante de la demande globale,
(mais D = C + I + X).
X : exportations
Ce chapitre portera sur :
- la fonction Keynésienne d’investissement et ses limites ;
- La relation revenu et l’investissement.
section I la fonction Keynésienne d’investissement et ses limites.

D’une manière générale, la notion d’investissement recouvre deux


significations différentes :
→Les achats d’actifs financiers : actions, obligation et titres
de tout genre. Les titres en question peuvent parvenir de nouvelles
émissions ou achetés de seconde main en bourse.
→Les achats d’actifs réels ou de capitaux notamment des
machines et outillages qui sont des produits pouvant servir à la
production d’autres produits. Les biens capitaux peuvent eux aussi, être
achetés neufs ou d’occasion.

L’achat d’actif financier ou de matériel d’occasion non


importé ne constitue pas un investissement nouveau pour l’économie
dans son ensemble car la vente d’un titre ou d’un matériel d’occasion
représente pour le vendeur un désinvestissement égal à l’investissement
de l’acheteur donc au niveau macro-économique, il n’y a pas une
augmentation d’investissement. Il en est de même pour l’achat d’un actif
financier.
L’analyse Keynésienne concerne l’investissement
additionnel (machines, outillage, immeuble etc.…) permettant de réaliser
une production supplémentaire et créer de nouveaux emplois au sein
d’une nation.
Pour que l’économie considérée dans son ensemble
investisse au cours d’une période donnée, il faut que les entrepreneurs
espèrent obtenir un taux de rémunération plus élevée des biens capitaux
nouveaux qu’ils envisagent d’acheter que toute autre forme d’actifs
disponibles. Si par exemple un entrepreneur estime qu’une nouvelle
machine lui rapportera 10% du capital investi et qu’il peut obtenir 12%
en achetant des titres, il est bien clair qu’il renoncera à son investissement
en matériel. Le raisonnement est vrai que l’investisseur utilise ses fonds
propres ou qu’il les emprunte.

Ce raisonnement s’applique à un seul entrepreneur comme à


tous les entrepreneurs.

Il apparaît dès lors, en première approximation, que la


décision d’investissement dépend d’une comparaison entre le taux de
rendement des différents actifs réels et financiers possibles.

Dans son analyse de l’investissement Keynes privilégiait le


taux d’intérêt comme déterminant fondamental. Les analyses qui ont
succédés ont ajouté d’autres variables tout aussi déterminantes comme le
niveau du revenu global dans l’économie. Le niveau des profits
escomptés par les entrepreneurs, stock de capital déjà existant etc.…

1.1- Les déterminants de l’investissement :


Pour Keynes, l’investissement dépend de la comparaison de deux
variables :
→Le taux d’intérêt (i) ;
→Le taux de rentabilité escomptée (ou efficacité marginale du capital (e))

Dans son analyse de la fonction d’investissement, Keynes privilégiait le


taux d’intérêt comme déterminant fondamental.

Les analyses postes Keynésiennes ont ajouté d’autres déterminants


comme l’innovation technique, les anticipations des entrepreneurs, le
niveau des profits dans l’économie, le niveau du revenu général, le stock
de capital déjà existant, etc.…

1.1.1- Le rôle du taux d’intérêt (i) :

Keynes s’est basé sur le comportement de l’entrepreneur (analyse


microéconomique) pour soutenir que l’investissement global
(macroéconomique) est fonction du niveau du taux d’intérêt.

Ainsi, l’entrepreneur qui compte investir se livre au préalable


à une comparaison entre le taux d’intérêt à payer (ou à gagner) pour les
fonds nécessaires à cet Investissement et la rentabilité attendue du même
investissement.
Par conséquent, l’investissement dans une économie est une
fonction décroissante du taux d’intérêt :

I = I(i) avec I’(I) 0

1.1.2- Le concept d’efficacité marginale du capital :


L’efficacité marginale du capital est le taux de rendement escompté
(espéré) d’un investissement supplémentaire durant la durée de son
utilisation dans le processus de production (durée de vie).
Le détermination de l’efficacité marginale d’un investissement
notée (e) découle du calcul du placement de l’argent.

a- Cas du placement : Soit une somme d’argent (S) placée auprès


d’une banque par exemple pour une durée d’une année (n=1) à un taux
d’intérêt (i). La valeur de ce capital à la fin de l’année sera égale à :
R1 = S + Si
= S(1 + i)
si la durée de placement est deux années (n=2) :
R2 = R1(1+i)
= S(1+i)(1+i)
= S(1+i)2
si la durée de placement est de 3 années (n=3) :
R3 = R2(1+i) = S(1+i)(1+i)(1+i)
= S(1+I)3

Dans le cas général d’un dépôt de plusieurs années (n=n), la valeur du


capital à la fin de la durée du placement (échéance) sera :
Rn = S(1+i)n
Rn : la somme initial + les intérêts produits au cours de la période.

Exemple sur le taux d’intérêt :


Dans le cadre d’un prêt étudiant, il vous est possible d’emprunter
50.000dh au taux d’intérêt annuel de 8 %. Ce prêt vous est accordé pour
3 ans à l’issue desquels vous devez rembourser le principal et payer
l’intérêt.

Vous envisagez d’employer ces fonds pour acheter des obligations


en contre partie d’un intérêt annuel de 15%, si la conjoncture boursière
est favorable, le cas échant vous gardez votre argent (thésaurisez votre
argent).

Déterminer le résultat final de cette opération pour les deux


éventualités envisagées ?
→ Calcul du remboursement au bout de 3 ans
R3=50.000(1,08)3=62.985,6dh.
→ Calcul du rendement R’3=50.000(1,15)3=76.043,75dh donc le profit
= 76.043,75 – 62.985,6 = 13.058,15dh
→ Si les fonds ne sont pas utilisés la perte sera
P = 50.000 – 62.985,6 = -12.985,5dh

b- Cas de l’investissement :
Supposons maintenant un entrepreneur qui veut procéder à un
investissement d’une somme d’argent (S) et qui projette de réaliser au
total une somme R1 (somme initiale + profits réalisés) au bout de la
première année qui est en même temps la durée de vie de
l’investissement.
Quelle est l’efficacité marginale du capital investi ?
La réponse découle du raisonnement du placement d’où l’on peut déduire
le taux de rendement (efficacité marginale du capital) :
R1 = S (1 + e)
⇒ S = R1/(1+e)
Si la durée de vie de l’investissement est de 2 ans et les résultats
escomptés sont de R1 la première année et R2 la deuxième année, le taux
de rendement se déduira de la relation :
S = R1/(1+e) + R2/(1+e)2
Si l’on généralise pour porter la durée de l’investissement à plusieurs
années (n), le taux de rendement découlera de l’équation suivante :
S = R1 + R2 + R3 + … + Rn =
2 3
1+e (1+e) (1+e) (1+e)n
n

Σ Rj .
J=1 (1+e)j

Application

Supposons le coût d’un capital investi de S=1000 Unités monétaires, et sa


durée de vie est d’une année et que son rendement attendu pour l’année
est de R1=1150, on a alors S= R1 .
1+e
⇒ S(1+e) = R1
⇒ e = R1 - S = 1150 – 1000 = 15%
S 1000
1.2- L’analyse post-Keynésienne de la fonction
d’investissement :

Les analyses critiques de’ la fonction Keynésienne


d’investissement ont formulé d’autres déterminants agissant sur le
comportement des entrepreneurs :
→L’innovation : Lorsque le système productif découvre de
nouveaux procédés de fabrication ou de gestion, tels un appareillage
automatique, ou l’outil informatique, les entreprises sont appelées à
adopter ces nouveaux procédés pour éviter des retards vis à vis des
concurrents ;
→Les anticipations : L’optimisme ou le pessimisme des
entrepreneurs à l’égard de la conjoncture : la formation d’un nouveau
gouvernement, bonne ou mauvaise année agricole ;
→Le niveau des profits : Les recherches empiriques ont montré que
des niveaux élevés de profit incitent les entreprises à investir par la
pratique de l’autofinancement.

SECTION II : La relation revenu (Y) – investissement (I)

Cette section se limite à l’examen des concepts du multiplicateur


composé et d’accélérateur.

2.1- Le multiplicateur composé :

La relation Y et I suppose ici que l’on distingue dans


l’investissement global ; l’investissement autonome (exogène) Ia et
l’investissement induit (endogène) Ij.
Donc : I = Ia + Ij
Avec j propension marginale à investir du revenu.
Ainsi on peut écrire :

I = Ia + j Y

La prise en considération de l’investissement induit et la propension


marginale à investir conduit à donner une nouvelle définition de
l’équilibre :
Y=D=C+I
Y = cY + b + Ia + jY
Où b et c Y représentent la C autonome et induite et Ia et jY
l’investissement autonome et l’investissement induit.
En supposant b constant, on peut écrire que la variation de V résulte des
éléments suivants :
∆ Y = c∆ Y +∆ Ia + j∆ Y
En divisant par ∆ Y on aura
1 = C + ∆ Ia + j
∆Y
1-C-j = ∆ Ia
∆Y
Or : K = ∆ Y ⇒
∆ Ia
K=∆ Y = 1 = 1 .
∆ Ia 1-c-j s-j

Trois cas sont possibles :


→ s=j ⇒ S=I
→ sS < j ⇒ S<I ⇒ endettement de l’économie
→ s>j ⇒ S>I ⇒ capacité de financement excède les besoins
de l’économie

2.2- Le mécanisme de l’accélérateur :

Ce mécanisme permet d’étudier le lien entre le revenu global et


l’investissement via la demande de biens de consommation. Autrement
dit, il s’intéresse à l’effet exercé par la modification de la demande
globale de biens de consommation sur le niveau de l’investissement dans
une économie.

L’investissement concerné ici est provoqué par la variation du


revenu global, il est appelé investissement induit.

Le mécanisme fut présenté par AFTALLON en 1913 sur l’exemple


restreint de l’industrie du textile. Il a été étendu par la suite à l’analyse de
l’investissement d’une manière générale par les néo-Keynésiens.

2.2.1- Les hypothèse du mécanisme :

La mise en œuvre du mécanisme d’accélérateur exige un nombre


de conditions que doit remplir l’économie considérée :
Le plein emploi du facteur capital et sous-emplois du facteur travail
(chômage) ;
L’amortissement du capital est constant ;
La rigidité (constance) de la combinaison productive : toutes
augmentation de la production implique une augmentation
proportionnelle du capital (donc (K/Y) constant), c’est-à-dire si pour
produire 100, il faut un capital de 1000 (1000/100 = 10%), et pour
produire 1000, il faut un capital de 10.000 (10.000/1000 = 10%).

Ce le suppose l’absence du progrès technique et l’absence de rendement


d’échelle
→ΔY=ΔD (⇒ qu’il n’y a pas de fuite au circuit économique)

2.2.2- Application :
Soit une économie où existe un stock de bien d’équipement de
1000UM (K=1000), ce capital fournit un produit de 100 (Y=100).
On constate qu’il existe un rapport entre le capital et le produit de 1000 à
100 ou de 10 à 1, le coefficient d’accélération (accélérateur) K/Y=10.

Le stock de capital existant dans l’économie est amortissable sur


une durée de 20 ans.

Compte tenu de ces hypothèses, étudions les conséquences de la


modification de la demande globale de consommation sur les besoins en
investissement, c’est-à-dire, sur l’investissement qui sera induit par la
variation de la demande consommation (les deux premières colonnes
données).
Demande Stock de K Demade de K Amortissemen Demande totale en I
Période globale des biens ∆ D nécessaire nouveau t (I nouveau + I
de C (K/Y=10 K=10Y) (I induit) 1000/20=50 ancien)
1 100 - 1000 - 50 50
2 105 5 1050 50 50 100
3 110 5 1100 50 50 100
4 130 20 1300 200 50 250
5 135 5 1350 50 50 100
6 135 0 1350 00 50 50
7 150 -5 1300 -50 50 00
COMMENTAIRE :

Au terme de la période II, l’accroissement de la demande de 5 (soit


5%) a entraîné un accroissement de l’investissement induit de 50 (soit
5% également).

On constate que, lorsque la demande varie au même rythme


(période 1, 2, 3), l’investissement induit varie également au même
rythme.

Une accélération dans la variation de demande provoque une


accélération de même rythme de l’investissement induit (période 4), donc
le mécanisme d’accélération est apparent.

Lorsque l’accroissement de la demande ralentit (périodes 5 et 6),


l’investissement induit baisse en valeur absolue et devient nul lorsque la
demande stagne. Le mécanisme d’accélération joue ici à la baisse.

Enfin, lorsque la demande baisse en valeur absolue (période 7),


l’investissement induit est négatif. Cela signifie que l’économie dispose
désormais d’un stock de capital qui excède les besoins. Une réduction de
cet excédent se fait par le non remplacement des équipements
complètement dépréciés (c’est-à-dire par le non amortissement), donc la
demande totale du capital est nulle.