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u e nce
séq La fiction pour interroger le réel

p. 32-55

•Personnages mystérieux
O Comment un auteur rend-il un personnage de roman mystérieux et nous
donne-t-il envie d’en savoir plus sur lui ?

Objectifs Entrer dans la séquence p. 35


• Étudier comment se construit un portrait de personnage
dans le roman.
• Comprendre la place et les fonctions du portrait dans le
Devinez qui je suis
roman. Cette activité d’entrée en matière, conçue autour du prin-
cipe du portrait chinois, permet une première approche
Présentation de la séquence orale du portrait littéraire. À partir d’indices conçus en
groupe, les élèves seront amenés à faire deviner au reste
Le groupement de textes de cette séquence entend
de la classe le portrait de femme qu’ils auront choisi. Cela
aborder le portrait de personnage dans le roman.
permet de percevoir d’emblée l’importance des images
Il permettra d’étudier les différents procédés
littéraires dans un portrait, de la comparaison à la méta-
romanesques par lesquels un écrivain crée du
phore, en même temps que la filiation étroite qui existe
mystère autour de ses personnages. Les extraits
entre peinture et littérature. En effet, les indices pourront
retenus relèvent du romantisme ou du réalisme,
porter sur les couleurs, les formes, ou encore sur un senti-
et s’étendent du xixe au xxie siècle. Cette variété
ment ou une impression ressentis par les élèves. Enfin, le
permet de mettre en évidence la diversité des
principe des devinettes met en lumière concrètement ce
manières de susciter le trouble chez le lecteur, mais
qu’un portrait peut avoir d’énigmatique.
aussi de souligner la persistance de traits récurrents
dans l’art du portrait littéraire. D’un point de vue
anthropologique, la séquence se veut une invitation Rédigez un portrait
à questionner notre rapport à l’autre, en ce qu’il Il ne s’agit évidemment pas, en ce début de séquence, de
représente toujours plus ou moins une terra incognita, faire écrire un portrait très détaillé. Cette petite activité
à travers sa représentation artistique. Elle se rattache d’écriture est une invitation à mettre en place un cadre
ainsi directement au questionnement des nouveaux narratif sommaire dans lequel va s’insérer un bref portrait
programmes en 4e, « La fiction pour interroger le réel » de personnage. On invitera les élèves à se concentrer sur
(« Regarder le monde, inventer des mondes »). l’atmosphère mystérieuse (par exemple une ambiance
nocturne, un endroit désert…) et sur un ou deux traits
Bibliographie précis du personnage qui contribuent à le rendre intrigant
• Pascale Dubus, Qu’est-ce qu’un portrait ?, L’Insolite, « L’art (ses manières d’agir ou de parler, sa manière de se vêtir…).
en perspective », 2006.
• Le Portrait, textes regroupés par Joseph-Marc Bailbé,
Presses universitaires de Rouen, 1995.

Site à consulter
• Dossier pédagogique et thématique « Le Portrait » sur le
site de la BnF : http://classes.bnf.fr/portrait
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20 2. Personnages mystérieux
le visage est « pâle », « les lèvres […] décolorées », les joues
Lecture 1 p. 36-37 « blêmes ».
3. Ce portrait est particulièrement précis comme le montre
Un étrange vieillard l’abondance des détails physiques et des adjectifs qualificatifs.
4. Deux couleurs dominent la description : le « noir » de la
robe et du bonnet, et le « blanc » de la peau et des cheveux
Objectif du vieillard. L’impression qui s’en dégage est assez sinistre,
• Découvrir les caractéristiques d’un portrait réaliste. et cette pâleur du vieil homme renvoie en creux à l’absence
de vie. L’image n’est donc guère positive.
5. Par la minutie des détails, mais aussi par le contraste
des couleurs pareil à un clair-obscur, ce portrait renvoie à
O Comment Balzac crée-t-il une énigme à partir la peinture qui connaît une longue tradition du portrait.
d’un portrait réaliste ? D’ailleurs, l’auteur fait explicitement référence à cet art en
évoquant le tableau de Gérard Dow, Le Peseur d’or, mais aussi
Cet extrait est un passage situé au début du roman La Peau en évoquant le « peintre » et ses « coups de pinceaux » aux
de Chagrin d’Honoré de Balzac. Par son intrigue, ce roman lignes 26 et 28.
relève du romantisme, Balzac souhaitant, ainsi qu’il l’écrit
lui-même, faire « se dérouler dans le Paris de 1830 un Un personnage symbolique
conte oriental des mille et une nuits ». L’histoire repose sur
l’opposition entre une vie intense et brève guidée par le 6. a. La négation « ne…plus » et la préposition « sans » sont
désir, et une longévité triste qu’offre une vie durant laquelle répétées deux fois chacune.
on aura renoncé à satisfaire ses désirs. Dans sa préface de b. Le vieillard est privé de « jouissances » et de « douleur »,
1831, Balzac expose son esthétique réaliste qui consiste à de « plaisirs » et d’ « illusions ». En somme, il ne ressent plus
« reproduire la nature par la pensée ». L’étude du portrait de guère de sentiments, n’éprouve pas de satisfaction ni ne
l’antiquaire se veut une initiation au portrait réaliste, dans rêve. Le vieillard semble donc étranger à ce qui caractérise
lequel on pourra analyser les procédés utilisés pour créer la vie humaine. Cela laisse à penser qu’il a mené une vie
du mystère. faite de renoncement aux désirs.
7. Les termes « mystérieux », « étrange », « fantasques »
renvoient au monde du rêve et de l’illusion. En les utilisant,
Découvrir le texte l’auteur contribue à rendre irréaliste cet être énigmatique
1. D’après l’étymologie grecque, douteuse mais poétique, et à donner l’impression d’une apparition fantastique, peut-
« Méphistophélès » signifierait « celui qui n’aime pas la être d’un rêve ou d’un cauchemar éveillé. Cela renvoie à
Lumière ». Méphistophélès est un démon, rendu célèbre par l’univers du conte.
l’écrivain romantique allemand Goethe, qui incarne le mal 8. Il compare le vieillard à Dieu lui-même à travers l’expres-
et la tentation, et renvoie donc, symboliquement, à l’obs- sion « le Père Éternel », et de façon totalement inverse au
curité. L’atmosphère qui se dégage du portrait peut être en démon « Méphistophélès », image du mal et du diable. Il
conséquence fantastique. souligne ainsi l’ambiguïté du vieillard : incarne-t-il le Bien
ou le Mal ?
Analyser et interpréter le texte
Un portrait physique détaillé S’exprimer à l’écrit
2. a. L’apparence générale du vieil homme est méticuleu- Écrire un dialogue
sement décrite, l’auteur utilisant abondamment le champ 9. Cet exercice d’écriture vise à exploiter l’interprétation de
lexical du corps. Il dépeint ses membres (« le bras », l. 7), et la description du vieillard qui a été faite à travers le question-
son « visage » (l. 17) fait l’objet d’une attention particulière, naire, afin d’en déduire des caractéristiques psychologiques,
avec les « mèches de ses cheveux » (l. 4), la « barbe » (l. 10), et de les inclure dans un dialogue. On pourra rappeler au
les « lèvres » (l. 14), le « front » (l. 17), les « joues » (l. 17) ou préalable les caractéristiques d’un dialogue : marques de para-
encore les « yeux » (l. 19). graphes, tirets, guillemets, verbes introducteurs ou incises…
b. Chaque partie du corps est caractérisée à l’aide de
nombreux adjectifs. La maigreur le définit plutôt bien : il
est « petit […] sec et maigre » (l. 1), ses joues sont « creuses », Bilan
ses lèvres « minces », le visage est « étroit » et ses bras Cette description relève certes du réalisme par l’abondance
« décharné[s] » (l. 7). L’autre caractéristique principale est sa et la minutie des détails, aussi bien dans les formes que dans
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pâleur, qui renvoie à sa vieillesse, également visible à travers les couleurs. Toutefois, les jeux de contraste ou encore les
les rides, mais aussi à une vie menée loin de la lumière comparaisons avec des êtres surnaturels contribuent à faire
du jour : ses cheveux sont « blancs » (l. 4), tout comme son du personnage dépeint une sorte d’apparition fantastique
visage, la barbe est « grise et taillée en pointe » (l. 10-11) ; qui rappelle également l’univers du conte.

2. Personnages mystérieux 21
Lecture de l’image Analyser et interpréter le texte
On retrouve les longues mèches de cheveux blancs, l’apparence
chétive du vieillard, les lèvres minces, la pâleur de son teint, mais
Une apparence troublante
aussi son regard pénétrant. La description de la boutique obscure, 2. Gwynplaine déclenche l’hilarité chez les gens non à grâce
plongée dans les ténèbres, dans l’extrait du roman, fait écho au à son esprit, mais à cause de son apparence monstrueuse,
fond noir du tableau qui crée un effet de contraste très vif avec la de ce sourire forcé gravé sur son visage qui est en fait une
blancheur du visage qui ressort particulièrement.
cicatrice qui donne l’impression qu’il rit en permanence :
« C’est en riant que Gwynplaine faisait rire », « On voyait
L’histoire des mots Gwynplaine, on se tenait les côtes […]. Il était le pôle opposé
Ce maquillage s’appelle le mascara.
du chagrin » (l. 5-6).
3. L’auteur utilise deux adjectifs pour qualifier le rire de
Pour bien écrire
Gwynplaine : « automatique » (l. 18) et « pétrifié » (l. 19). Ils
On écrit : « une tunique vert foncé », puisqu’il s’agit d’un adjectif
composé (il ne s’accorde donc pas). décrivent non seulement le caractère indélébile de ce rire,
mais ils laissent aussi entendre que ce rire ne dépend pas
de la volonté de Gwynplaine, et qu’il ne saurait donc pas
refléter ses sentiments réels.
4. Dans le reste du texte, le narrateur parle de « rictus »
(l. 20), de « convulsions de la bouche » (l. 20), d’« hilarité
Lecture 2 p. 38-39 des muscles » (l. 32). Ces termes ne sont pas positifs, les
deux premières expressions évoquant davantage une atroce
grimace qu’un sourire. La dernière renvoie quant à elle à la
L’homme derrière le monstre dimension mécanique du rire, réduit à une manifestation
purement physique, détachée de tout sentiment et dénuée
Objectif de cause.
• Comprendre la double dimension physique et morale 5. a. Hugo, grâce à une antithèse, oppose, lignes 13-14, le
du portrait. « dehors » (l’apparence de Gwynplaine) et le « dedans » (ce
qu’il ressent).
b. Les nombreuses phrases négatives montrent que cette
apparence rieuse de Gwynplaine n’est pas voulue par le
O Comment le portrait de Gwynplaine invite-t-il le jeune homme. Il s’agit d’une sorte de fatalité : quelque chose
lecteur à voir derrière les apparences ? qu’il ne souhaite pas mais à laquelle il ne peut échapper. Il
subit ce rire et est réduit à une sorte d’impuissance : « Gwyn-
L’Homme qui rit est l’avant-dernier roman de Victor Hugo. laine ne s’en mêlait pas. » (l. 13) ou « il ne pouvait l’en ôter »
Écrit en 1869, ce roman philosophique met en scène (l. 16).
des personnages évoluant dans l’Angleterre de la fin du
xviie siècle et du début du xviiie siècle. Ursus (ours, en latin) Des sentiments complexes
est un vagabond vêtu de peau d’ours qui vend des potions
6. Les termes « souffrance » (l. 29) et « colère » (l. 30)
à la foule, accompagné de son loup domestique Homo
peuvent être perçus comme des antonymes de « rire ». On
(homme, en latin). Ils recueillent Gwynplaine, un enfant de
en déduit que le rire permanent de Gwynplaine ne reflète
dix ans qui a été capturé et défiguré par des Comprachicos
pas exactement ce qu’il ressent.
(mot inventé par Hugo qui vient de l’espagnol comprar, ache-
7. a. Les deux premières phrases du troisième paragraphe
ter, et chicos, enfants). Alors qu’Ursus et Homo montrent
(« C’est en riant que Gwynplaine faisait rire. Et pourtant il ne
ce qu’il y a d’animalité dans l’homme et d’humanité chez
riait pas », l. 9) reposent sur un paradoxe. Un paradoxe est un
l’animal, Gwynplaine, lui, questionne le rapport entre huma-
être ou une chose qui paraissent défier la logique parce qu’ils
nité et monstruosité. Cet extrait met ainsi en évidence les
présentent des aspects contradictoires voire inconciliables.
deux principales facettes du portrait littéraire : description
Cela crée un effet de surprise chez le lecteur : comment
physique et description morale.
Gwynplaine peut-il rire et ne pas rire en même temps ?
b. Plusieurs formules du texte reposent sur le même prin-
Découvrir le texte cipe, qui vise à mettre en évidence la contradiction entre
1. Le titre du roman L’Homme qui rit laisse attendre un person- l’apparence et les sentiments réels de Gwynplaine : « s’il
nage positif et optimiste, incarnation de la bonne humeur et eût pleuré, il eût ri » (l. 32) ; « Qu’on se figure une tête de
de la joie de vivre. D’une certaine manière, on pourrait même Méduse, gaie » (l. 37).
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s’attendre à un roman comique. Après lecture de l’extrait, on 8. Les termes « étonnement », « souffrance », « colère » et
comprend qu’il n’en est rien, que le rire du personnage ne « pitié » montrent la diversité et la complexité des senti-
renvoie pas tant à son état d’esprit ou à son caractère qu’à un ments ressentis par Gwynplaine derrière le masque rieur et
trait purement physique : une cicatrice sur son visage. simplificateur de son visage.

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S’exprimer à l’oral Découvrir le texte
Mener un débat 1. Grigori Raspoutine (1869-1916) aurait eu le don de
9. Ce débat pourra être alimenté par des exemples tirés du guérir les malades. C’est ainsi qu’il devint le confident de
texte de Victor Hugo, ainsi que d’autres exemples littéraires l’épouse du tsar Nicolas II de Russie, exerçant par la suite
et constituera une bonne conclusion à l’étude de ce portrait. une forte influence sur la cour. Il a été assassiné par un jeune
prince, participant à une conjuration menée par ceux qui
accusaient le moine de trahir son pays, en pleine Première
Bilan
Guerre mondiale.
Derrière le monstre physique réduit à une seule et unique
expression faciale, se cache donc, malgré lui, un être humain
aux sentiments tout aussi variés et riches qu’un individu Analyser et interpréter le texte
ordinaire. Sa situation est donc rendue tragique, puisque les Un physique fascinant
hommes ne perçoivent que son apparence, et que le corps 2. a. Les principales caractéristiques de Raspoutine sont une
de Gwynplaine ne peut pas traduire ce qu’il ressent au plus maigreur étrange (« traits ravagés », « orbites caves », « joues
profond de son être. creuses », l. 4) et un aspect général négligé (« des mèches de
ses longs cheveux lui collaient aux tempes », l. 2).
Lecture de l’image b. Son air « harassé » (l. 1), sa « pâleur » qui prend une
La première illustration de Rochegrosse semble la plus proche
« teinte de cendre » (l. 1-2), ses « traits ravagés », sa « lassi-
de l’extrait choisi dans la mesure où celui-ci nous présente un
Gwynplaine monstre de foire. Sa condition d’enfant abandonné tude ardente » (l. 4-5) lui donnent une apparence maladive,
n’est donc guère enviable et ses vêtements ne sauraient guère être presque surnaturelle. Le personnage semble plus proche de
riches. Les bougies allumées en bas de l’illustration renvoient à la la mort que de la vie.
scène et au monde du spectacle auquel le jeune Gwynplaine va 3. Les rides « profondes et bizarres » sont « en forme
appartenir malgré lui. Le photogramme, quant à lui, nous montre de croix », rappelant sa fonction de pélerin et de moine
un Gwynplaine plus âgé, richement habillé, ayant sans doute
retrouvé en partie sa condition de noble (information qui nous mystique. On peut aussi y voir un signe funèbre, annoncia-
est donnée dans le résumé avant le texte), et dont la bouche ne teur de sa mort prochaine. L’ambiguïté se loge donc jusque
ressemble pas tant à un rictus qu’à une cicatrice. Toutefois, dans dans les traits de son visage.
cette deuxième illustration, on peut percevoir la réaction hilare du 4. Le narrateur accorde une importance particulière au regard
public à la vue du personnage. de Raspoutine. Il utilise une image pour le décrire : « deux
traits brûlants qui la traversaient de leur feu » (l. 31-32).
a. L’adjectif « brûlants », mais aussi le nom « feu », ou encore
l’adjectif « ardente » au début du texte appartiennent au
champ lexical de la chaleur.
Lecture 3 p. 40-41 b. Ils traduisent l’énergie vitale de Raspoutine qui n’est pour-
tant guère visible dans son apparence générale et contraste
ainsi avec le reste de la description, comme un feu qui couve
Un personnage ambivalent secrètement en lui. Le regard est ainsi une sorte de fenêtre
sur l’âme du personnage.

Objectif
Une personnalité ambiguë
• Analyser un portrait en action.
5. Les autres personnages semblent respecter Raspoutine
et placer beaucoup d’espoir en lui comme le montre leur
attitude : « fronts inclinés très bas et […] mains jointes ou
O Comment le narrateur rend-il la description de crispées en un geste de prière » (l. 8). Le moine les impres-
Raspoutine vivante et dynamique ? sionne également par son don comme le prouve le « long
murmure [qui] se propagea de bouche en bouche » (l. 24-25).
L’extrait présenté ici est issu d’un roman de l’écrivain et La réaction de Lise va dans le même sens, qui « baisse
grand reporter Joseph Kessel, Les Rois aveugles. Il s’agit les paupières » et ne parvient pas à soutenir le regard de
d’un récit historique qui retrace l’histoire de celui que l’on Raspoutine. Le charisme du personnage est donc mis en
surnomme « le moine fou » à la cour de Russie. Le portrait évidence par l’attitude des autres personnages à son égard :
de Raspoutine diffère des précédents en ce qu’il n’est pas le portrait se trouve indirectement enrichi.
mené de bout en bout par le narrateur. La caractérisation du 6. La plupart des verbes utilisés par Raspoutine dans le discours
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personnage passe en effet par des actions et des dialogues, direct sont conjugués au mode impératif : « Montre-moi »
ce qui contribue à rendre la description vivante. (l. 13), « Lâche-le » (l. 16), « Va-t’en » (l. 21). Cela révèle son
caractère autoritaire, puisqu’il ne cesse de donner des ordres.
Il exerce ainsi un fort ascendant sur les autres personnages.

2. Personnages mystérieux 23
7. a. Raspoutine utilise des métaphores animalières douce-
reuses pour s’adresser aux femmes : « ma colombe » (l. 13), Lecture 4 p. 43-44
« hirondelle » (l. 34).
b. Cela traduit une certaine volonté de séduction, voire
même une sensualité charnelle qui ne semble pourtant Mondo, un enfant insaisissable
guère compatible avec sa fonction de moine… L’image du
« feu » relevée précédemment traduit également le désir Objectif
charnel de Raspoutine pour les femmes. • Étudier le portrait d’un personnage apparaissant pour
8. Une phrase en particulier traduit bien l’ambiguïté du la première fois dans le récit.
personnage : « Si cette usure venait d’une nuit de débauche
ou de macération, il était impossible de le discerner. » Si
le narrateur ne tranche pas entre ces deux hypothèses
guère compatibles l’une avec l’autre, il laisse tout du moins O Comment le narrateur cherche-t-il à élucider
entendre que Raspoutine s’adonne régulièrement à la le mystère autour de Mondo ?
débauche et aux orgies, ce qui, là encore, peut surprendre,
de la part d’un homme d’Église. L’extrait suivant est issu d’un bref récit de Jean Marie Gustave
Le Clézio, prix Nobel de littérature, intitulé Mondo. Il met en
S’exprimer à l’écrit scène un enfant étrange dont on ne sait presque rien, mais
duquel émane une humanité débordante. Le texte présenté
Décrire un personnage dans le corpus est le tout début du récit. Le narrateur orga-
9. Cette activité a pour objectif de vérifier que les élèves ont nise la description de telle sorte qu’elle invite le lecteur à
compris ce qu’on entend par « portrait en action », et qu’ils se poser des questions plus qu’elle n’apporte de réponses.
peuvent décrire un personnage par ce biais.
Découvrir le texte
Bilan 1. Le mystère qui entoure le personnage, le cadre spatio-tempo-
Cet extrait nous permet de découvrir une autre manière de rel plutôt vague, l’utilisation du pronom « on » qui crée un
faire un portrait littéraire. Le portrait du personnage se fait certain effet d’oralité, peuvent faire penser à l’univers du conte.
de manière directe à travers ses actes et ses paroles, et non
plus seulement à travers la description du narrateur. Alter- Analyser et interpréter le texte
nant actions et dialogues, le lecteur déduit la personnalité
de Raspoutine de ses paroles et de ses gestes ou attitudes :
Les incertitudes du narrateur
il apparaît comme quelqu’un de charismatique, exerçant une 2. Le récit débute par le pronom indéfini « personne », ce qui
forte impression sur son entourage, mais aussi comme un traduit d’emblée le mystère qui entoure le personnage de
personnage autoritaire et ambigu, ne semblant pas avoir Mondo. Il souligne le manque d’informations sur le jeune garçon.
renoncé à ses désirs les plus charnels. 3. L’autre pronom indéfini récurrent dans le texte est le
« on », qui peut désigner les habitants de la ville où appa-
L’histoire des mots raît Mondo, en incluant le narrateur puisque celui-ci parle
Il existe plusieurs synonymes de « miracle », comme « merveille » de « notre ville » (l. 2). Il désigne donc un groupe impré-
ou « prodige ». cis de personnes, et d’une certaine manière le « on-dit », la
rumeur : « On ne savait rien de sa famille, ni de sa maison.
Lecture de l’image […] Toujours, quand on ne s’y attendait pas, quand on ne
1. L’acteur anglais Christopher Lee, spécialiste des films d’épou- pensait pas à lui… » (l. 8-10). C’est aussi une manière de
vante et célèbre interprète du comte Dracula, met ici en évidence, montrer que tout le monde connaît Mondo, que tout le
par son jeu, l’importance du regard ardent et pénétrant de Ras- monde a eu affaire à lui à un moment ou un autre.
poutine. Il donne un caractère surnaturel, voire halluciné au per-
sonnage. 4. On ne sait pas ce qui conduit Mondo dans la ville, comme
2. La jaquette est plutôt réussie dans la mesure où elle permet le soulignent les deux phrases suivantes : « Il était arrivé
d’identifier rapidement une des principales caractéristiques de un jour, par hasard, ici dans notre ville » (l. 1-2). Le groupe
Raspoutine, en même temps qu’elle révèle une certaine ambi- prépositionnel « par hasard » suggère qu’il n’y a pas de but
guïté chez le personnage. En effet, celui-ci paraît plutôt inquié- à la venue de Mondo dans cette ville précise. La forme inter-
tant, notamment à cause des effets de lumière : une partie de
son visage est orangée, renvoyant au feu, l’autre bleutée (couleur rogative dans « Qu’est-ce qu’il était venu faire ici, dans cette
froide) qui renvoie à son apparence maladive. Mais on laissera les ville ? » (l. 20) montre que le narrateur, qui n’est pas omnis-
élèves exprimer librement leur avis sur cette jaquette, du moment cient, ignore les motivations de Mondo.
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qu’ils justifient leur point de vue. 5. Le narrateur formule plusieurs hypothèses sur la famille
de Mondo, aux lignes 8-9 : « Peut-être qu’il n’en avait pas. »,
puis aux lignes 20-25 : « Peut-être qu’il était arrivé après
avoir voyagé longtemps dans la soute d’un cargo, ou dans

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le dernier wagon d’un train de marchandises qui avait roulé Pour bien écrire
lentement à travers le pays, jour après jour, nuit après nuit. L’adjectif dérivé de « hasard » est « hasardeux/se », ce qui est un
Peut-être qu’il avait décidé de s’arrêter, quand il avait vu le moyen de se souvenir qu’il faut un -d à la fin du nom.
soleil et la mer, les villas blanches et les jardins de palmiers. »
Les trois phrases commencent par le même adverbe (« peut-
être »), qui traduit les incertitudes du narrateur sur le
personnage, sur son origine, sur la façon dont il est arrivé
en ville et sur ce qui l’a décidé à faire étape dans cette ville.
Lecture 5 p. 44-45

Un personnage impénétrable
6. Mondo est un personnage positif et affable, qui inspire
la confiance avec son « visage tout rond et tranquille, et de
Une nouvelle venue intrigante
beaux yeux noirs un peu obliques » (l. 3-4). Son attitude
face aux inconnus est avenante : « il vous regardait bien en Objectif
face, il souriait, et ses yeux étroits devenaient deux fentes • Découvrir un portrait de femme insaisissable.
brillantes » (l. 14-15). S’il inspire confiance, c’est aussi que
plusieurs éléments soulignent chez lui une maturité inhabi-
tuelle : ses cheveux d’un « brun cendré qui changeaient de
couleur selon la lumière, et qui paraissaient presque gris à
O Comment le narrateur met-il le caractère
fascinant de Louki ?
la tombée de la nuit » (l. 5-7) le vieillissent. « Il avait surtout
une élégance et une assurance que les enfants n’ont pas Dans le café de la jeunesse perdue est un roman du prix
d’ordinaire à cet âge » (l. 30-31). Cette description semble Nobel de littérature Patrick Modiano. Cet auteur s’est fait
conférer au personnage une sagesse extraordinaire que l’on connaître par un livre sur l’Occupation, Place de l’étoile.
n’attend pas chez un garçon de dix ans. L’extrait présenté ici figure au début du roman. Le narra-
7. Le fait que Mondo soit habillé « tous les jours de la même teur se souvient de la figure intrigante de Louki, une jeune
façon » (l. 12) et que son T-shirt soit « un peu trop grand femme à l’attitude mystérieuse qui semble vouloir échapper
pour lui » (l. 13) montrent que le jeune garçon est démuni, au regard. Il tente de reconstituer ses rencontres avec elle.
sans argent.
8. Vers la fin de l’extrait, la démarche silencieuse et « de
travers » de Mondo conduit le narrateur à la comparer à celle Découvrir le texte
d’un « chien » (l. 30). On peut y voir une image de l’errance, 1. Le titre Dans le café de la jeunesse perdue peut inspirer un
de l’abandon (on parle de chien errant, de chien perdu sans sentiment de nostalgie, voire de mélancolie, vis-à-vis d’un
collier) qui correspond bien à l’image de cet enfant qui paraît temps qui appartient définitivement à un passé lointain et
orphelin et sans domicile. révolu que l’on regrette déjà.
9. Mondo semble rechercher un contact humain, amical
et fraternel et plus précisément peut-être, un foyer et des Analyser et interpréter le texte
parents comme le laisse entendre sa question d’une franchise Un souvenir vivant
désarmante : « Est-ce que vous voulez m’adopter ? » (l. 18).
2. Aux lignes 18 à 20, le narrateur révèle explicitement sa
présence et son appartenance à l’histoire qu’il raconte en
S’exprimer à l’oral utilisant la première personne du singulier : « J’étais là, un
Décrire une rencontre soir où elle est entrée vers minuit et où il ne restait plus que
10. En demandant aux élèves de décrire un inconnu, on Tarzan, Fred, Zacharias et Mireille, assis à la même table. »
leur demande d’exploiter le vocabulaire du mystère et les 3. L’atmosphère du café est marquée par une certaine
procédés descriptifs comme la comparaison. Le texte de « étrangeté » (l. 12) qui semble venir de la « seule présence »
J. M. G. Le Clézio constitue en cela un bon support d’expres- de Louki. La comparaison « comme si elles les avait impré-
sion, sur lequel pourront s’appuyer les élèves. gnés tous de son parfum » montre bien que le mystère qui
se dégage du personnage féminin affecte non seulement le
lieu dans lequel elle se trouve mais aussi les autres person-
Bilan nages présents.
Mondo est un garçon hors du commun dans la mesure où il 4. Aux lignes 13 à 17, le narrateur utilise le présent pour
ne répond guère à l’idée que l’on peut se faire d’un enfant décrire Louki, alors que jusque-là il utilisait le passé : « De
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de dix ans. Si sa franchise sans fard le rattache à l’univers tous, c’est elle que l’on remarque d’abord. […] Elle se tient
de l’enfance, son attitude, son caractère insaisissable ou très droite, alors que les autres ont des postures relâchées,
encore sa maturité précoce en font une sorte de symbole celui qui s’appelle Fred, par exemple, s’est endormi la tête
de l’humanité. appuyée contre la banquette de moleskine et, visiblement,

2. Personnages mystérieux 25
il ne s’est pas rasé depuis plusieurs jours. » Le changement Lecture de l’image
de temps donne l’impression que la scène se déroule sous 1. Le personnage semble indifférent à ce qui l’entoure, concentré
les yeux du lecteur et que le narrateur revit littéralement la sur ses seules pensées, le regard fixé sur son café. La jeune femme
scène dont il a été témoin dans le passé. dégage une impression de grande solitude puisqu’aucune autre
présence humaine n’est visible dans le tableau. Cette impression
est accentuée par la chaise vide face à elle.
Une jeune femme fantomatique 2. Les couleurs un peu froides du tableau renforcent la mélancolie,
5. Les indications spatio-temporelles confèrent au person- l’absence de vie se dégage de cette scène qui se déroule dans un
nage un aspect fantomatique. Elle fait son entrée par « la « automate », c’est-à-dire un restaurant dont la nourriture est dis-
tribuée automatiquement par des machines. Le titre sous-entend
porte de l’ombre » (l. 2), s’installe toujours « au fond de la également la déshumanisation à l’œuvre chez les individus dans
salle », c’est-à-dire à l’écart. Le fait qu’on ne sache pas à nos sociétés modernes.
quelle heure la trouver, tantôt « très tôt le matin » (l. 7-8)
tantôt « vers minuit » (l. 8), autrement dit en dehors des Pour bien écrire
heures de forte affluence, la rend insaisissable, à la diffé- Le participe passé ne s’accorde pas car le COD est placé après
rence des autres habitués des lieux. l’auxiliaire : « Comme si elle avait imprégné les gens ».
6. Le narrateur recourt le plus souvent à l’imparfait qui a ici
souvent une valeur d’habitude. Les actions de Louki et des L’histoire des mots
autres personnages sont répétées, comme le soulignent par – « Mettre quelque chose à l’ombre » signifie mettre un objet en
exemple les indications de temps : « Les premiers temps, elle lieu sûr.
– « Mettre quelqu’un à l’ombre » signifie mettre un individu en
ne parlait à personne » (l. 3), ou : « Elle s’asseyait parfois à
prison.
leurs tables, mais, le plus souvent, elle était fidèle à sa place, – « Il y a une ombre au tableau » signifie qu’il y a un défaut qui
tout au fond » (l. 5-6). nuit à l’harmonie de l’ensemble.
7. La jeune femme contraste avec les autres personnages – « Faire de l’ombre à quelqu’un » signifie rendre quelqu’un jaloux
par son attitude très discrète, souvent dans l’ombre, en ou défiant, l’éclipser.
recul. « Elle se tient très droite, alors que les autres ont des – « Il n’y a pas l’ombre d’un doute » signifie qu’il n’y a aucun doute.
postures relâchées » (l. 14-15), ce qui peut traduire des
origines sociales différentes. D’autre part, « elle accrochait
mieux que les autres la lumière » (l. 13), manière de dire
que c’est elle qui attire les regards, que sa présence capte
davantage que les autres l’attention des personnes.
8. « Soulagée » (l. 24) de porter un nouveau prénom, Louki Histoire des arts p. 46-47
semble chercher à échapper à son passé. Le fait que le narra-
teur utilise les termes « se réfugiait », « fuir », « échapper à
un danger » (l. 25-26) laisse entendre que la jeune femme Portraits de dos ou l’art
est en péril. Cherche-t-elle à échapper à des proches ou,
pourquoi pas, à un mari violent ? du mystère
S’exprimer à l’oral Objectif
• Découvrir un motif majeur de l’art pictural du portrait.
Raconter un souvenir
9. On invitera les élèves à s’attacher à de petits détails qui
contribueront à forger l’atmosphère voulue (bruits, éclai- L’art japonisant
rage, météo…), à faire leur récit au passé mais aussi à utiliser Giuseppe de Nittis est un peintre d’origine italienne (1846-
lors de la description le présent comme dans le texte de 1884), ami de Manet et de Degas. Il fut un peintre de la vie
Modiano. moderne, intéressé par la vie parisienne et attentif aux modes
de son époque. Ainsi, il compte parmi les collectionneurs raffi-
Bilan nés d’objets japonais, aux côtés des frères Goncourt.
Le narrateur met en scène une jeune femme dont on ignore 1. Le modèle n’hésite pas à tourner le dos au spectateur.
jusqu’à l’identité réelle. Par petites touches successives, il Appuyée sur un divan, la jeune femme prend une pose plutôt
témoigne du mystère qui entoure le personnage. Ainsi sa lascive.
réaction quand on la surnomme Louki montre qu’elle semble 2. Plusieurs éléments évoquent la mode du japonisme :
soulagée. Sa manière d’être en retrait au café, de sortir aux l’éventail que tient le modèle, mais aussi le paravent plus
© Éditions Belin, 2016

heures les plus solitaires laissent deviner son attention à ne sombre à gauche du tableau, et bien sûr le somptueux
pas se faire remarquer. Enfin, le souvenir de Louki est telle- kimono orange aux motifs floraux, motifs que l’on retrouve
ment présent que lorsqu’il décrit son attitude, le narrateur d’ailleurs sur le paravent.
utilise le présent comme s’il la revoyait devant lui.

26
3. Le contraste des couleurs fait ressortir la vivacité du 13. Le livre, lui, en revanche, a un reflet ordinaire, inversé
kimono qui nous fascine d’autant plus que le visage du de son titre, ce qui accentue le caractère dérangeant de la
modèle n’est pas visible. Les couleurs apportent beaucoup représentation impossible de l’homme.
de luminosité à ce tableau de petit format. 14. Le livre représenté est Les Aventures d’Arthur Gordon Pym,
4. La jeune femme semble regarder vers le paravent, tout en roman d’aventure de l’écrivain américain Edgar Allan Poe
s’aérant distraitement à l’aide de l’éventail. Peut-être est-elle qui accumule les péripéties extraordinaires à la lisière du
plongée dans quelque rêverie exotique ? fantastique. Il y a donc une harmonie entre le sujet du livre
et la représentation non réaliste du modèle.
Le mystère dans la photographie 15. La Repoduction interdite peut être comprise comme une
5. Le chien regarde en direction du photographe et de l’ob- manière de nier le réalisme, c’est-à-dire la peinture conçue
jectif. Par la force des choses, il semble fixer le spectateur comme un miroir fidèle du réel. Mais le tableau a aussi
qui lui-même regarde la photographie. S’établit ainsi un jeu des enjeux plus philosophiques : en refusant de montrer le
de regard et de miroir amusant. visage de l’homme, Magritte nie en quelque sorte la possi-
6. Au second plan, un homme peint de dos, tandis qu’au bilité de le représenter, questionnant ainsi son existence, et
premier plan un badaud s’est arrêté, qui l’observe. Celui-ci l’opposition entre les apparences et la réalité.
est également de dos. Par conséquent, le spectateur qui
observe le peintre est lui-même observé par le spectateur Activités
de la photographie. Cet effet d’enchâssement produit un Constituer une galerie de portraits
comique de situation en soulignant la curiosité du passant,
Le dossier de la BnF sur l’art du portrait présente l’avantage
qui est aussi la disposition d’esprit propre à tout spectateur
d’être complet et de proposer de nombreuses ressources,
d’une œuvre d’art.
ainsi que des activités sur les œuvres littéraires et artis-
7. Le modèle du peintre est caché par sa propre silhouette.
tiques. Il pourra constituer un bon support pour l’ensemble
Toutefois, on peut distinguer le bout d’un banc public, et un
de la séquence.
pied de femme. Sur la toile, étrangement, on distingue un corps
de femme nue. Il y a peu de chance pour que le modèle soit
réellement dénudé. On comprend mieux la curiosité du passant.

L’énigme surréaliste
Une vue étrange Vers d’autres lectures p. 48

8. Les couleurs dominantes du tableau sont le brun et l’ocre


pour l’intérieur de la pièce et les jambes de la jeune femme,
et surtout le bleu qui tire tantôt vers le gris tantôt vers le vert. La double vie des personnages
9. Le ciel, la mer, mais aussi les tentures et la robe de la
jeune femme partagent les mêmes teintes, ce qui crée une
de fiction
harmonie et trace une certaine continuité, un prolongement
entre ces différents éléments. La fenêtre joue d’ailleurs le Objectif
rôle d’un tableau dans le tableau. • Découvrir d’autres personnages énigmatiques.
10. Les voilages ondulent, comme sous l’effet d’une légère
brise qui évoque les ondulations à la surface de l’eau que
l’on peut observer par l’encadrement de la fenêtre. La jeune Rédiger une quatrième de couverture
femme nous introduit donc à la contemplation du paysage. Cette activité pourra être appliquée au roman d’Alexandre
11. Une atmosphère paisible, de contemplation se dégage Dumas ou à tout autre roman. Elle fait appel aux qualités de
de cette scène quotidienne, mais également une certaine synthèse et de rédaction des élèves. On attend donc d’eux
sensualité : les voilages et les couleurs jouent sur les effets qu’ils préparent au brouillon un résumé de l’œuvre (diffé-
de transparence. Une certaine étrangeté propre au surréa- rentes étapes, éléments à révéler ou non…), puis qu’ils le
lisme émane enfin de ce tableau, comme le montre le niveau mettent au propre en faisant en sorte de donner envie de lire.
de l’eau, qui semble arriver directement à la fenêtre, sans
effet de perspective. Imaginer un dialogue
Après lecture du roman de Stevenson, les élèves seront à
Une réflexion impossible
même de cerner la double personnalité du personnage prin-
12. Si le personnage de ce tableau est si énigmatique, c’est cipal. Cet exercice d’invention fera appel à l’imagination des
© Éditions Belin, 2016

qu’il défie les lois de la physique et de la logique. En effet, élèves et pourra donner lieu à un travail collectif, dans lequel
son reflet, au lieu de nous montrer le visage de l’homme une partie de la classe prendra en charge la personnalité du
peint comme cela devrait être le cas, ne fait que reproduire Dr Jekyll, l’autre partie celle de Mister Hyde.
la vision de dos que l’on en a déjà.

2. Personnages mystérieux 27
Réaliser l’interview d’un personnage 6. Félicité est pieuse, très économe, et soigneuse dans son
Ce roman pour la jeunesse de Pierre Véry pourra faire l’objet travail. Elle semble très réservée, toujours sur la retenue.
de discussions en classe après la lecture, afin de préparer le 7. Pour décrire les habits de Félicité, l’auteur utilise notam-
travail d’oral. On pourra également exploiter les personnages ment des adjectifs de couleur (« gris », « rouge »).
de ce roman afin de réaliser leur interview dans le cadre de 8. D’origine sociale modeste, Félicité est une servante. Sa
l’activité d’expression orale page 52. condition est rendue visible par ses actions, la modestie de ses
repas, mais aussi par ses vêtements qui n’ont rien de luxueux.
9. Le narrateur semble omniscient dans la mesure où il connaît
Créer une ouverture le passé de Félicité (« À vingt-cinq ans »), ses pensées et ses
On fera appel ici à la créativité des élèves, qui pourront intentions (« pour ne pas manquer la messe »), mais aussi celles
constituer des groupes pour réaliser des couvertures origi- des autres personnages (« le désespoir des autres servantes »).
nales. On rappellera les éléments principaux à faire apparaître 10. Le personnage est comparé à une « femme en bois »,
sur une couverture : nom de l’auteur, titre, éditeur, illustration c’est-à-dire un mannequin articulé ou un automate, ce qui
(qui pourra être incitative, mystérieuse, explicite…). permet d’insister sur sa déshumanisation, dans la mesure
où il n’est pas fait état de ses sentiments ou de ses désirs.
À vous de créer Sa vie semble réglée par ses actions répétitives au service
Réaliser une double carte d’identité de sa maîtresse.
11. La maigreur et la vieillesse prématurée de Félicité semblent
Dans le prolongement des activités proposées sur cette page,
les conséquences d’une vie dévouée à un labeur acharné.
cet atelier pourra se faire en groupes ou individuellement et
12. Flaubert veut susciter la pitié chez le lecteur en nous
faire l’objet d’un travail préparatoire en classe ou non. L’exercice
décrivant cette vie dénuée de joie. Le nom du personnage
vise à exploiter le vocabulaire du mystère et de la description:
apparaît à cet égard ironique, puisque la félicité signifie un
les élèves pourront donc s’appuyer sur les « mémos » de la
bonheur extrême…
séquence, ainsi que sur la page Vocabulaire (p. 50).

Méthode p. 49
Vocabulaire p. 50

Analyser un portrait littéraire Les mots de la description


et du mystère
Cette méthode peut être particulièrement intéressante pour
aborder l’étude du portrait réaliste dans le texte de Balzac extrait
de La Peau de chagrin. Elle pourra servir d’aide pour l’ensemble Objectifs
• Connaître les mots du mystère.
de la séquence aux élèves en difficulté, le texte de Flaubert • Savoir décrire un personnage.
présentant en peu de lignes plusieurs caractéristiques centrales
d’un portrait littéraire (description physique, morale…).
Nous proposons ici des exercices sur la description du visage en
1. Le lecteur éprouve une certaine empathie à l’égard de la lien avec le portrait littéraire, ainsi que des exercices centrés sur
servante décrite par Flaubert, voire de la pitié devant cette l’expression de la fascination et du mystère. Il s’agit d’enrichir
existence « automatique » vouée au travail et dépourvue, le lexique des élèves en vue des exercices d’écriture.
semble-t-il, de plaisirs et de petites joies au quotidien.
2. Le portrait paraît réaliste grâce à l’abondance des détails Décrire un visage
de la description (aussi bien dans les vêtements que dans 1.
le caractère et les habitudes du personnage), mais aussi par
Lèvres charnues, ourlées
son ancrage dans une situation spatio-temporelle qui est
Nez aquilin, épaté, retroussé
vraisemblable.
3. Le temps le plus utilisé est l’imparfait de l’indicatif, à Teint blafard, blême, mat
valeur d’habitude. Yeux globuleux
4. Les verbes surlignés en vert sont des verbes d’action qui Oreilles décollées
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montrent les activités quotidiennes de Félicité. Front bombé, ridé, fuyant


5. Les principales caractéristiques du personnage sont sa Cheveux clairsemés
maigreur et sa vieillesse prématurée. Sourcils broussailleux

28
2. 1. ardente ; 2. impassible ; 3. funèbre ; 4. effaré.
Repérer des expansions du nom
Exprimer le mystère et la fascination 1. 1. Il m’empruntait souvent la serviette bleue que j’apportais.
3. 2. Emma était la camarade la plus sympathique de ma classe.
Synonymes d’« énigmatique » Antonymes 3. Lors du carnaval, chacun portait un intrigant masque de fête.
d’« énigmatique » 4. À Venise, des gens arboraient un loup noir au nez crochu.
5. Voici l’étroite rue où j’habite.
hermétique, ténébreux, nébuleux, limpide, clair,
bizarre, sibyllin, inextricable, secret, compréhensible,
2. a. 1. Un membre [de la société secrète que j’ai infiltrée]
inconnaissable, obscur, impénétrable transparent, évident s’est confié à moi. 2. L’[étonnante] histoire [qu’il m’a racon-
tée] vaut le détour ! 3. Son nez [rouge], truffe ronde et
4. comique, trônait au milieu [de son visage enfariné]. 4. Il avait
Sibyllin adjectif dérivé du nom d’une prophétesse à l’habitude de passer sa main tremblante dans ses cheveux
laquelle on attribuait le don de prévoir l’avenir. [broussailleux], crinière indisciplinée et sale. 5. La silhouette
Nébuleux adjectif emprunté au latin nebulosus (« où il [furtive] [que j’avais aperçue] disparut à nouveau.
y a du brouillard ») et qui signifie « difficile à comprendre ». b. La phrase initiale est plus intéressante car plus riche de
Bizarre adjectif emprunté à l’italien bizarro (« coléreux », détails et parle davantage à l’imagination du lecteur.
« extravagant »). 3. a. – « Ce nom » : « de Bergotte » (groupe prépositionnel) ;
Saugrenu adjectif provenant de « saugreneux » (« piquant, – « bruit » : « d’un revolver qu’on aurait déchargé sur moi »
salé »), d’où son sens actuel : « qui surprend par son étrangeté ». (groupe prépositionnel) ;
5. a. inexplicable • indéchiffrable • incompréhensible • insai- – « revolver » : « qu’on aurait déchargé sur moi » (proposition
sissable • indéfinissable • indiscernable. subordonnée relative) ;
b. Pour cet exercice d’écriture, on pourra aider les élèves – « contenance » : « bonne » (adjectif) ;
en leur donnant une liste de mots pouvant qualifier une – « prestidigitateurs » : « qu’on aperçoit intacts » (proposition
silhouette : démarche, déambuler, dégaine… subordonnée relative) ;
6. – « homme » : « jeune » (adjectif), « rude » (adjectif), « petit »
Synonymes Antonymes (adjectif), « râblé et myope » (adjectif), « à nez rouge en
de « fascinant » de « fascinant » forme de coquille de colimaçon » (groupe prépositionnel) ;
charismatique, enchanteur, insignifiant, banal, – « nez » : « rouge » (adjectif), « en forme de coquille de coli-
ensorcelant, envoûtant, conventionnel, médiocre, maçon » (groupe prépositionnel) ;
magnétique, subjuguant, commun, insipide, quelconque – « forme » : « de coquille de colimaçon » (groupe préposi-
troublant, passionnant tionnel) ;
7. Ce professeur à l’apparence insipide, sans grand relief, et – « coquille » : « de colimaçon » (groupe prépositionnel).
pour tout dire d’humanité médiocre dans la vie de tous les b. Les expansions du nom enrichissent et précisent la
jours, se muait sur une estrade en un orateur envoûtant. description du personnage. Elles permettent ainsi de mieux
Son regard magnétique fascinait son auditoire littéralement se le représenter.
ensorcelé par son charisme.
Employer des expansions du nom
4. On attend ici des élèves qu’ils sachent compléter des
noms par des expansions. Il sera possible d’ajouter d’autres
expansions pour renforcer l’effet recherché.
Grammaire p. 51 5. Dictée préparée
Adjectifs : jeune, mêmes, bleus, ombrés, noirs, mêmes, pâles,
deux, courte, bouclée, molle.
Les expansions du nom Groupes prépositionnels : de seize ans, de cils, de plus, de
la sœur, du frère.

Objectifs
• Identifier les groupes syntaxiques.
• Identifier les classes de mots.
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La séquence sur le portrait littéraire nous invite, assez


logiquement, à travailler sur les expansions du nom qui
permettent de faire des descriptions plus détaillées et
précises des personnages.

2. Personnages mystérieux 29
Dictée complémentaire Étape 3 •Jouer l’interview
L’interprétation de l’interview devant la classe se fera après
En face, hâve, la moustache déteinte et tombante, le nez
répétitions et concertations au sein du groupe. Les critères
affalé dans deux grandes rides découragées qui descendent
d’évaluation pourront être les suivants :
jusqu’au menton, un individu maigre avale au hasard avec des
– ton adopté ;
clapotements dans les joues. Ses mains osseuses, aux ongles
– respect de la vie et des informations concernant le personnage ;
sales, affectent par moments des gestes arrondis auxquels
– impression de mystère qui se dégage des questions-
nuisent l’élimage des manches et l’absence de linge : sa voix
réponses.
est prétentieuse au début des phrases et humble à la fin,
comme si chacune d’elles subissait les outrages de la destinée.
Luc Durtain, Douze cent mille, 1922, Gallimard. Étape 4 •Faire un compte rendu à l’oral
Cette dernière étape pourra conclure l’activité et faire travail-
ler cette compétence des programmes.
À vous d’écrire !
Cette activité d’écriture permet de réinvestir le vocabu-
laire de la description vu à la page précédente, mais aussi Compétences
D1, 2, 5 • S’exprimer de façon maîtrisée en s’adressant à un
d’enrichir une description ou un portrait par l’utilisation des
auditoire.
diverses expansions du nom. • Utiliser de façon réfléchie des outils de recherche, notamment
sur Internet.
• Mobiliser son imagination et sa créativité au service d’un projet
collectif.

S’exprimer à l’oral p. 52

Réaliser l’interview d’un S’exprimer à l’écrit p. 53

personnage énigmatique
Cette activité permet aux élèves de jouer avec les implicites
Rédiger le portrait d’un
et les sous-entendus afin de s’approprier la manière de faire personnage à partir d’une image
naître l’ambiguïté et le mystère. Il ne faudra pas hésiter à
jouer des attitudes et des inflexions de voix pour accentuer Cette activité vient conclure l’étude du portrait en littéra-
l’effet recherché. ture. Elle permettra aux élèves de réinvestir les différents
éléments qui composent un portrait (description physique,
morale, etc.), mais aussi les outils privilégiés d’une descrip-
Étape 1 • Bien choisir son personnage tion enrichie (expansions du nom, vocabulaire…). La lecture
On pourra aiguiller les élèves en leur donnant par avance du texte devant la classe pourra être suivie d’un échange
une liste de personnages, classés selon le domaine auquel avec le reste de la classe pour savoir par exemple sur quels
ils appartiennent : éléments ceux-ci auraient insisté.
Cinéma : M le maudit, Docteur Caligari, Dark Vador, E.T… Dans l’étape 2, on veillera tout particulièrement à ce que
Littérature : Severus Rogue, M. Rochester (Jane Eyre)… le portrait soit organisé selon un ordre précis. On pourra
Histoire : Jack l’Éventreur, Raspoutine, Vlad III l’Empaleur, également suggérer, pour les élèves plus avancés, de réaliser
François Ravaillac… un portrait en action, en mettant le personnage représenté
On veillera à ce que les élèves mènent des recherches en situation d’interagir avec d’autres personnages ou avec
précises afin de pouvoir alimenter au mieux le travail d’oral. son environnement.

Étape 2 • Préparer l’interview Compétences


Pour connaître les caractéristiques précises d’une interview D1 • Composer un portrait organisé à partir de consignes.
• Utiliser le vocabulaire de la description et du mystère.
journalistique, on invitera les élèves à en lire et en regarder • Retravailler son texte pour l’améliorer.
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en ligne, à prendre des notes pour s’en inspirer (ton, type de


questions posées, etc). On pourra leur suggérer de dresser
une liste de mots de vocabulaire en lien avec le mystère, à
utiliser dans les questions et/ou les réponses.

30
Faire le point p. 55 Évaluation complémentaire
On pourra proposer l’évaluation complémentaire aux pages
L’extrait choisi pour l’évaluation est un texte tiré des Misé- suivantes, à partir du portrait d’une femme mystérieuse.
rables de Victor Hugo. Les élèves seront ainsi en terrain
connu, puisqu’un texte de L’Homme qui rit a été étudié lors
de la séquence. L’extrait met en scène le Père Madeleine. 1. Comprendre un portrait
Derrière ce nom se cache en réalité Jean Valjean, ancien 1. Le narrateur appartient à l’histoire qu’il raconte, comme
bagnard qui tente de se racheter et d’échapper à son passé. le souligne l’utilisation importante de la première personne
du singulier. Celui-ci raconte des événements passés et
2. Lire et comprendre un portrait plus particulièrement son souvenir d’une jeune femme :
« Je racontai alors la singulière impression que me fit cette
littéraire femme ».
6. Le personnage est désigné de plusieurs façons : « un 2. Il se dégage de ce portrait une atmosphère mystérieuse,
homme, un inconnu » (l. 1), « l’auteur de ce procédé » (l. 4), notamment à cause du champ lexical de l’étrangeté : « une
« cet homme » (l. 18), « le Père Madeleine » (l. 21). impression singulière », « cette femme étrange », « passa
7. Ces différentes désignations ne nous apprennent pas comme par miracle »… On oscille entre « rêve » et « réel »
grand chose sur ce personnage et contribuent à renforcer sans bien savoir ce qui relève de l’un ou de l’autre.
le mystère autour de son identité. Son nom est donné à la 3. Le narrateur utilise deux comparaisons : « cette femme
fin de l’extrait seulement, suscitant ainsi des effets d’attente blanche et légère comme une ombre » et « pareille à une
chez le lecteur désireux d’en apprendre davantage sur son de ces fées qui se penchent au bord des torrents ». Ces
compte. comparaisons soulignent le caractère quasi fantomatique
8. a. Plusieurs phrases montrent que l’on ne sait presque de la jeune femme assimilée à une apparition surnaturelle.
rien du personnage : « De son origine, on ne savait rien ; de 4. Le narrateur décrit une première fois la jeune femme
ses commencements, peu de choses » ; « On contait qu’il et « son visage calme et doux, quoique pâle et amaigri par
était venu dans la ville avec fort peu d’argent » ; « on n’avait la souffrance », ou encore son « visage si défait et si triste
pas songé à lui demander son passeport ». aujourd’hui ». Même s’il se dégage un certain charme de la
b. Le pronom utilisé est le pronom indéfini « on » qui renvoie jeune femme, elle apparaît comme fébrile et affaiblie. Aussi
ici aux habitants de la petite ville dans sa globalité, et d’une cette description contraste-t-elle avec la suivante : « joyeuse,
certaine manière la rumeur. rougissante et couronnée de fleurs, emportée au milieu des
9. Ce qui permet au personnage de conserver son identité parfums et de la musique dans quelque valse langoureuse ou
secrète en arrivant en ville est l’incendie duquel il a sauvé quelque galop bondissant ». À la pâleur maladive s’oppose
les deux enfants du capitaine de gendarmerie. donc une impression de santé (« rougissante ») et d’énergie
10. Les principales caractéristiques morales du personnage « bondissant[e] ». Cette différence peut s’expliquer par la
sont son ingéniosité (en tant qu’inventeur d’un procédé « souffrance » que relève le narrateur.
révolutionnaire), son esprit d’entreprise, sa générosité désin- 5. Le narrateur semble connaître la jeune femme mais il n’en
téressée (il sauve des enfants d’un incendie, et « avait tout a pas la certitude comme le révèle notamment les phrases
fait riche autour de lui ») et son goût du secret et du mystère. interrogatives : « où cela ? je n’en savais plus rien ; à quelle
11. À son arrivée en ville, le père Madeleine semble de époque ? il m’était impossible de le dire ». C’est davantage
condition modeste comme le souligne la négation restric- une conviction ou une impression fugitive, qu’un fait établi
tive : « il n’avait que les vêtements, la tournure et le langage comme le souligne la comparaison : « c’était une vision, un
d’un ouvrier » (l. 13-14), alors qu’au moment du récit il est rêve, un écho de ma mémoire […] qui m’échappait comme
devenu « riche » (l. 4). si j’eusse voulu saisir une vapeur ». Cette information accen-
tue le mystère, et rend l’apparition de la jeune femme plus
3. Réécrire un texte en changeant de évanescente encore.
point de vue
12. On pourra ajouter les consignes suivantes pour aider 2. Décrire un personnage
les élèves :
6. On pourra suggérer aux élèves de maintenir le doute entre
S’agissant du récit d’un événement révolu, vous utiliserez
rêve et réalité et d’utiliser à profit le champ lexical de l’oni-
de manière privilégiée les temps du passé. Toutefois, en ce
risme pour décrire la jeune femme plus en détails.
qui concerne l’apparition du père Madeleine, vous pourrez
utiliser le présent afin d’accentuer le saisissement et la forte
© Éditions Belin, 2016

impression qu’il vous a faite.

2. Personnages mystérieux 31
Nom :

Prénom :

Classe :

évaluation

Je racontai alors la singulière impression que me fit cette femme


blanche et légère comme une ombre, marchant au bord de l’abîme sans
plus paraître s’en inquiéter que si elle appartenait déjà à un autre monde.
En la voyant s’approcher, je me rangeai contre la muraille afin d’occuper
5 le moins de place possible. Alfred voulut la faire passer seule ; mais elle
refusa de quitter son bras, de sorte que nous nous trouvâmes un instant
à trois sur une largeur de deux pieds tout au plus : mais cet instant fut
prompt1 comme un éclair ; cette femme étrange, pareille à une de ces
fées qui se penchent au bord des torrents et font flotter leur écharpe
10 dans l’écume des cascades, s’inclina sur le précipice et passa comme
par miracle, mais pas si rapidement encore que je ne pusse entrevoir
son visage calme et doux, quoique pâle et amaigri par la souffrance.
Alors il me sembla que ce n’était point la première fois que je voyais
cette figure ; il s’éveilla dans mon esprit un souvenir vague d’une autre
15 époque, une réminiscence2 de salons, de bals, de fêtes ; il me semblait
que j’avais connu cette femme au visage si défait3 et si triste aujourd’hui,
joyeuse, rougissante et couronnée de fleurs, emportée au milieu des
parfums et de la musique dans quelque valse langoureuse4 ou quelque
galop bondissant : où cela ? je n’en savais plus rien ; à quelle époque ? il
20 m’était impossible de le dire : c’était une vision, un rêve, un écho de ma
mémoire, qui n’avait rien de précis et de réel et qui m’échappait comme
si j’eusse voulu saisir une vapeur. Je revins en me promettant de la revoir,
dussé-je être indiscret pour parvenir à ce but […].
Alexandre Dumas, Pauline, chapitre 1, 1838.

1. Prompt : rapide. 2. Réminiscence : souvenir vague. 3. Défait : usé. 4. Langoureuse :


tendre.

1. Comprendre un portrait

1. Le narrateur appartient-il à l’histoire qu’il raconte ? Justifiez votre réponse.


© Éditions Belin, 2016

•••
2. Quelle atmosphère se dégage de ce portrait ? Quels éléments du texte vous ont permis de répondre ?

3. Quelles comparaisons le narrateur utilise-t-il pour décrire la jeune femme ? Sur quels aspects insistent-elles ?

4. Comparez les deux descriptions que le narrateur fait de la jeune femme et plus particulièrement de son
visage et de son attitude. Expliquez la différence.

5. Le narrateur connaît-il la jeune femme ? Qu’apporte cette information au portrait ? Justifiez votre réponse.

2. Décrire un personnage

6. Alors que vous êtes obnubilé(e) par cette rencontre, la jeune femme vous apparaît en rêve durant votre
sommeil le soir même. Décrivez cette deuxième apparition.
© Éditions Belin, 2016

2. Personnages mystérieux

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