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u e nce
séq La fiction pour interroger le réel

p. 56-75

•La nuit, tout est possible


O Comment le récit fait-il de la nuit un cadre favorable au surgissement
de la peur et du fantastique ?

Objectifs Entrer dans la séquence p. 59


• Lire des récits fantastiques variés.
• Analyser un motif récurrent dans les récits fantastiques :
la nuit.
Racontez vos rêves
1. Les personnages, les péripéties et leur enchaînement
Présentation de la séquence appartiennent au monde irrationnel du rêve ou du cauche-
mar. L’un des personnages se met « à hurler à la lune »,
Cette séquence invite à découvrir des textes narratifs
comme un chien ou un loup, l’autre court « à quatre
relevant du fantastique et à comprendre comment le
pattes », et le visage du chauffeur est « un cône blanc
récit fantastique interroge le statut et les limites du
terminé par un tentacule rouge sang ». Le narrateur se
réel. Elle s’inscrit donc dans le questionnement du
persuade qu’il rêve (l. 15) mais c’est « en vain » qu’il désire
programme « La fiction pour interroger le réel ». En
se réveiller et il dit être devenu « l’un des habitants de cet
effet, le genre fantastique, en interrogeant les doutes
univers cauchemardesque » (l. 18-19).
que le réel peut susciter, vise à remettre en question
2. La seule explication rationnelle qu’on peut donner à ce
notre perception du monde qui nous entoure. Les
passage est que les dernières lignes n’expriment pas la
extraits étudiés permettront d’étudier différents
nouvelle vie du narrateur mais la poursuite de son cauche-
aspects du fantastique en tant que genre et registre,
mar : un rêve dans le rêve. Seul le réveil lui permettra
et de proposer aux élèves des textes de difficultés
d’échapper à ce cauchemar, s’il se réveille…
variables.
3. Les élèves pourront tenter de se remémorer leurs rêves
Bibliographie et de les écrire en acceptant l’incohérence, l’irrationnel.
S’ils inventent un rêve, ils chercheront à travailler l’ab-
• Tzvetan Todorov, Introduction à la littérature fantastique
sence de logique entre les péripéties.
[1970], Le Seuil, « Points Essais », 2015.
• Pierre-Georges Castex, Le Conte fantastique en France, de
Nodier à Maupassant, José Corti, 1951. Explorez le vocabulaire de la nuit
• Pierre-Georges Castex, Anthologie du conte fantastique 4. Ce défi permettra d’explorer le vocabulaire de la nuit
français [1947], José Corti, 2004. et d’entrer de façon ludique dans la séquence. Le défi
devrait ne pas durer très longtemps et l’activité pourra
Sites à consulter déboucher sur une mise en commun des réponses et la
• http://www.espacefrancais.com/inventer-un-recit- création d’un petit lexique, qui pourra être exploité dans
fantastique la suite de la séquence.
• http://www.bnf.fr/fr/collections_et_services/anx_biblios_
litt/a.biblio_romantisme_frenetique.html
• http://www.clioetcalliope.com/cont/fantastique/
fantastique.htm
© Éditions Belin, 2016

34 3. La nuit, tout est possible


nuages sont eux aussi personnifiés dans « leur fuite affolée »
Lecture 1 p. 60-61 (l. 16). Cette vie prêtée à la tempête contribue à rendre l’en-
vironnement hostile et inquiétant pour le lecteur et souligne
Une sorcière inquiétante aussi la volonté farouche de Véronique qui l’affronte sans
faiblir.
5. La péripétie se déroule la « nuit » à « onze heures » comme
Objectif l’indiquent « les grondements sourds du bourdon » (l. 5-6),
• Étudier un cadre spatio-temporel propice à la description lui aussi personnifié et inquiétant. Les rues de la ville sont
fantastique.
« désertes » (l. 4) et les personnages s’éloignent de la ville –
le narrateur recourt à une ellipse – pour se trouver dans les
« bordières » (l. 14). Le rite qui doit permettre à Véronique de
O En quoi le cadre nocturne permet-il le récit retrouver Anselme n’est pas précisément situé puisque nous
d’événements surnaturels ? savons juste par la vieille femme que « nous y sommes »
(l. 34), sans plus de précisions.
E. T. A Hoffmann (1776-1822), écrivain mais aussi compo- Si Véronique se sent « tout à fait d’aplomb » (l.3) en dépit
siteur, est célèbre notamment pour ses contes comme de l’environnement hostile et se sent assez forte pour
« L’Homme au sable » ou ses romans comme Le Chat Murr. « mépris[er] les mugissements de la tempête » et affronter
Il illustre le romantisme allemand et ce qu’on a nommé « le « les paquets de pluie » elle finit par « trembl[er] de peur »
réalisme fantastique ». Il a suscité l’admiration d’écrivains (l. 12) puis a « le souffle coupé » (l. 24). Son désir de retrou-
français comme Théophile Gautier ou George Sand. Conte ver Anselme la fait résister et « elle se raidit de toutes ses
fantastique et roman d’amour, Le Vase d’or mêle onirisme, forces » (l. 26) même si elle a l’impression d’être attaquée
romantisme et merveilleux. Cette première lecture sera par un monstre griffu qui veut « lui lacérer les entrailles ». Le
l’occasion d’étudier un des auteurs précurseurs du genre cadre spatio-temporel finit donc par terrifier Véronique qui
fantastique en Europe, qui influencera beaucoup les écri- cependant trouve la force de surmonter sa terreur.
vains français.
Une scène fantastique ou surnaturelle ?
Découvrir le texte 6. Le narrateur construit son personnage par divers procé-
dés. Il lui donne d’abord des noms qui insistent sur sa
1. On pourra proposer les titres suivants :
vieillesse : « la vieille Lise », « la vieille ». Elle est aussi « la
– paragraphe 1 : Véronique brave la nuit ;
mère Rauer », nomination assez familière. Elle est associée
– paragraphe 2 : Une vieille sorcière ;
à des accessoires étranges comme « un chaudron, un trépied
– paragraphe 3 : Un chat maléfique ;
et une bêche » (l. 13) : le chaudron peut rappeler la marmite
– paragraphe 4 : L’exorcisme.
des sorcières. Le narrateur insiste sur l’énergie qui l’habite
en dépit de sa vieillesse mais signale aussi que sa main est
Analyser et interpréter le texte « glacée » (l. 11) sans justifications. Elle marche « à grands
Une terrible nuit pas » (l. 19) et parle avec autorité aussi bien à son chat (l. 19)
2. Le narrateur est externe et n’est donc pas un personnage qu’à Véronique (l. 29-33). Le narrateur lui attribue un chat
du récit. Le groupe nominal « la nuit fatidique » (l. 1) installe capable de produire « des éclairs bleuâtres » et des « lueurs
la situation dans le drame et l’inquiétude. Le narrateur crée phosphorescentes » (l. 21-22) et indique qu’elle prononce
un horizon d’attente en construisant un environnement « d’étranges formules d’exorcisme ». Sans utiliser le mot,
hostile et des personnages aux étranges pouvoirs : la vieille le narrateur donne à la vieille femme tous les traits d’une
Lise et le chat. Les curieux événements du troisième para- sorcière, familière du monde surnaturel.
graphe soutiennent cette dramatisation. 7. Lise domine Véronique tout au long de l’extrait par son
3. Si l’action se déroule la nuit, le champ lexical de la nuit autorité en « saisissant de sa main glacée Véronique » (l. 11)
reste discret. On relève : « la nuit fatidique » (l. 1), « randon- et en lui donnant « à porter un lourd panier » (l. 12). Véro-
née nocturne » (l. 3) « les coups de onze heures » (l. 6), « nuit nique, qui a besoin d’elle, obéit et la suit en dépit de sa peur
propice » (l. 11), « nuages ténébreux » (l. 16), « obscurité et s’abandonne à Lise et à ses pouvoirs surnaturels.
impénétrable » (l. 17). Grâce aux adjectifs « fatidique » 8. Le chat, le « matou » (l. 9) est omniprésent dans ces lignes
et « propice », la nuit devient inquiétante et chargée de et c’est lui qui a des pouvoirs étonnants voire surnaturels
mystère. « Ténébreux » et « impénétrable » rappellent que puisqu’il obéit à la vieille, il est son « garçon » (l. 19) et
la nuit est noire et sans lune pour l’éclairer. surtout il produit « des éclairs bleuâtres » (l. 20) et lance
4. « La tempête » s’impose des lignes 4 à 18. Elle est si « des lueurs phosphorescentes » (l. 22) « dans un crépite-
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forte que le narrateur la transforme hyperboliquement en ment d’étincelles » (l. 21-22). Et enfin, « sa queue lanc[e]
« ouragan ». Le narrateur, grâce à la personnification, la des étincelles qui form[ent] un cercle de feu ». Le narrateur
rend menaçante avec « ses hurlements de rage » (l. 15). Les décrit ces événements sans jamais introduire d’incertitude.

3. La nuit, tout est possible 35


Le chat donne au texte, bien plus que la vieille femme qui sion d’étudier un point de vue interne, propice aux doutes
pourrait profiter de la naïveté de Véronique, un caractère et permettant au lecteur de s’identifier plus facilement.
surnaturel et non pas fantastique. Le narrateur, Théodore, raconte le séjour qu’il a passé en
Normandie avec plusieurs de ses amis. Le premier soir, après
S’exprimer à l’écrit qu’ils sont arrivés exténués, le narrateur gagne sa chambre.
Réécrire un passage
À titre de corrigé, on pourra proposer la réécriture suivante,
Découvrir le texte
qui adopte le point de vue de Véronique. L’horreur que 1. La scène est racontée à la première personne du singu-
peut susciter la vieille est davantage exprimée en passant lier car cela permet au lecteur de s’identifier au narrateur,
à un narrateur interne mais la nouvelle narratrice ignore de partager ce qu’il voit selon un point de vue restrictif.
véritablement la tempête et ne s’attarde donc pas sur sa Le point de vue interne permet au doute de s’installer et
description. au lecteur de frissonner avec le personnage. Le récit aurait
« Encouragé par la certitude de retrouver Anselme grâce pu être mené par un narrateur extérieur mais n’aurait pas
aux pouvoirs de la vieille Lise, je surmontais la peur de cette eu la même force. On n’aurait pas pu savoir par exemple
randonnée nocturne et j’allais à grands pas. Le vent, la pluie, que les personnages qui s’animent sont d’une époque bien
rien ne m’arrêtait. Onze heures sonnaient quand j’arrivai antérieure à celle du personnage qui les voit s’animer… Par
enfin devant la maison de la mère Rauer. Elle me vit aussitôt ailleurs, les commentaires du narrateur n’auraient pas eu la
et descendit avec son chat. Elle avait un lourd panier qu’elle même valeur, puisqu’ils ne seraient pas dictés par la peur.
me donna à porter. Je sentis sa main glacée me saisir et je me
mis à trembler de peur mais il n’était plus temps de reculer. Analyser et interpréter le texte
Elle seule pouvait avec son chaudron et ses pouvoirs me Une étrange nuit
rendre mon Anselme ; elle me l’avait promis. »
2. a. Dès la 1re ligne, le narrateur informe que ses amis et
lui-même sont « harassés » et ont une forte envie de dormir.
Bilan b. L’épuisement du narrateur peut évidemment expliquer
Le narrateur invite à croire au caractère surnaturel des certain trouble de la perception ou un endormissement
événements à venir parce que les personnages eux-mêmes immédiat, et faire hésiter entre ces deux hypothèses.
y croient mais surtout parce que le texte démontre à travers 3. Ce sont « les prunelles » et « les lèvres » (l. 25-26) des
les « performances » du chat que la vieille a bien ces fameux personnages représentés sur les tableaux qui s’animent.
pouvoirs. On peut penser que ces deux éléments du visage sont les
outils de la communication, comme s’ils voulaient parler
Pour bien écrire au narrateur.
De nombreux verbes ont leur infinitif en -ger : ménager, déména- 4. Le feu d’abord éclaire suffisamment la chambre mais en
ger, emménager, manger, démanger, engager, mélanger, louanger, même temps sa lumière donne une couleur « rougeâtre »
rédiger, venger, propager, partager, longer, submerger, ravager, (l. 17) à ce qu’il éclaire. Quand il prend, selon le narra-
soulager, etc.
teur lui-même, « un étrange degré d’activité » (l. 23) pour
bien éclairer les tableaux, il confirme au narrateur que les
portraits sont « la réalité » (l. 25) et éclaire le lecteur…

Du frisson à la terreur
Lecture 2 p. 62-63
5. Le narrateur signale sa peur dès le troisième paragraphe
par une comparaison usuelle (« trembler comme la feuille »,

Une terreur insurmontable l. 11) et l’emploi du groupe nominal « sottes frayeurs ».


6. Les mots utilisés par le narrateur visent d’abord à se
moquer de sa peur. « Trembler comme la feuille » (l. 11),
Objectifs « sottes frayeurs » (l. 12) signalent la volonté du narrateur
• Étudier le passage du réel au fantastique dans un récit. de nier sa peur. Une brutale évolution se produit quand
• Interpréter les doutes que la nuit suscite. il avoue « une terreur insurmontable » (l. 29). La peur se
traduit physiquement par un tremblement (l. 11) puis par
une impossibilité à maintenir une position stable puisque
son lit s’agite « comme une vague » (l. 15). Des manifes-
O Comment le narrateur passe-t-il du doute à la peur ? tations physiques assez stéréotypées se multiplient des
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lignes 28 à 31 (les cheveux qui se hérissent, les dents qui


Après avoir découvert les caractéristiques d’un cadre spatio-
s’entrechoquent, la sueur froide…).
temporel fantastique, le texte de Théophile Gautier, l’un des
maîtres du fantastique en France au xixe siècle, sera l’occa-

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7. Dans le champ lexical de la vue, on peut relever : « je ne
remarquai… » (l. 9), « je fermai bientôt les yeux » (l. 12-13), Lecture 3 p. 64-65
« voir » (l. 16), « distinguer » (l. 18), « lueur blafarde » (l. 23),
« je vis clairement » (l. 24). Le narrateur voit d’abord un décor
curieux (l. 4-8) puis décide de fermer les yeux et de se tour-
Rencontre avec un vampire
ner « du côté de la muraille » (l. 13). Après s’être retourné,
il distingue sans peine l’étonnante animation des visages. Objectifs
Le narrateur affirme que sa perception visuelle est parfaite • Comprendre le rythme d’un récit fantastique.
parce que « une lueur blafarde illumin[e] la chambre ». Les • Lire le récit d’une rencontre avec un vampire.
certitudes du narrateur ne paraissent cependant pas aussi
crédibles qu’il l’affirme. « Lueur blafarde » relève de l’oxy-
more. O Comment le récit s’accélère-t-il pour susciter l’effroi ?
8. La dernière phrase annonce un événement excep-
tionnel, extraordinaire au point qu’il sera au sens propre Bram Stoker (1847-1912) est connu pour avoir écrit le
« incroyable ». célèbre roman Dracula. Il s’inspire pour le personnage du
comte Dracula d’un personnage historique, Vlad III l’Empa-
S’exprimer à l’écrit leur. On pourra étudier cet extrait à la suite ou en préambule
Écrire la suite du texte du dossier EPI p. 76.
Cette activité a pour but de vérifier que les élèves ont
compris la dimension fantastique de l’extrait proposé, et Découvrir le texte
qu’ils sont capables d’en imaginer la suite. On pourra au 1. Les descriptions de vampires évoluent d’un pays à
préalable réfléchir en classe à différentes suites possibles, l’autre et d’une époque à une autre, mais des traits géné-
qui exploiteront les doutes du narrateur, et laisser les élèves raux peuvent être identifiés. Cette créature mort-vivante
libres de choisir la suite qu’ils préfèrent, avant de la rédiger est connue pour se nourrir du sang des vivants dès la nuit
en quelques lignes. En conclusion, on pourra faire lire la suite tombée, afin d’en tirer la force vitale qui lui permet de rester
du texte de Théophile Gautier pour comparer. immortelle. D’autres éléments indissociables sont le cercueil
dans lequel il se réfugie au lever du jour afin de trouver
Bilan repos. Le vampire possède enfin des canines pointues, ces
Les événements décrits par le narrateur tiennent du prodige dents lui servent à mordre ses victimes au cou et durant
et du surnaturel et jamais il ne les met en doute. On doit leur sommeil pour les vider de leur sang. On retrouve ces
cependant remarquer que l’éclairage du bougeoir, les reflets caractéristiques dans le portrait qui est fait du comte Dracula
rougeâtres et la lumière blafarde peuvent laisser le doute dans l’extrait.
s’insinuer chez le lecteur. De plus, c’est après avoir fermé les 2. A priori ce récit vise à inspirer la peur et l’horreur notam-
yeux – rappelons qu’il est harassé – qu’il sent son lit s’agi- ment avec l’évocation du sang et des « lèvres dégouttantes
ter « comme une vague ». Cet événement ne suscite, contre de sang ». Un lecteur moderne pourra se montrer plus
toute attente, aucun commentaire du narrateur, ni surprise critique voire amusé tant la figure du vampire nous est
ni peur. Cette absence d’explication et de réaction devrait devenue familière.
être prise comme un indice que ce qui suit est un cauchemar.
Analyser et interpréter le texte
L’histoire des mots Une scène d’action
« Terrifiant » ou « terroriser » sont des mots de la même famille
que « terreur ». 3. Le récit peut être découpé en plusieurs étapes, comme
suit :
– étape 1 (l. 1-14) : « Il lui avait saisi le cou » ;
– étape 2 (l. 14-22) : « comme nous faisions irruption » ;
– étape 3 (l. 22-37) : « [il] fondit sur nous », « [il] s’arrêta net » ;
– étape 4 (l. 38-49) : « nous nous précipitâmes ».
4. L’imparfait et le passé simple dominent cet extrait. Le
temps de la description (l’imparfait) permet de visualiser la
scène dans sa relative immobilité et le passé simple centre
l’intérêt sur la succession des actions en donnant un rythme
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haletant à l’action.
5. Le rythme des phrases croît jusqu’à la ligne 20 et imprime
au récit un rythme oppressant et inéluctable qui entraîne

3. La nuit, tout est possible 37


avec lui le lecteur. Après la ligne 20, le rythme des premières Histoire des mots
lignes va se répéter, avec les mêmes effets. Un médicament hypnotique est un médicament qui permet de
trouver le sommeil (synonyme de « somnifère »).
Un personnage effrayant
Pour bien écrire
6. Le portrait de Dracula est plus particulièrement brossé des Ambiguës, contiguës, exiguës.
lignes 15 à 20. Tout vise à le rendre effrayant. Le narrateur
le juge « diabolique », insiste sur ses « énormes narines » qui
s’animent de façon extraordinaire et surtout sur ses « lèvres
dégouttantes de sang » et ses dents, que la comparaison
avec « celles d’un fauve » rend plus effrayantes encore. On
retrouve chez Dracula les caractéristiques physiques tradi-
tionnelles du vampire (voir question 1).
Lecture 4 p. 66-67

7. Les marques de jugement du narrateur sont relative-


ment discrètes mais l’usage d’un certain lexique permet
de comprendre l’horreur qu’il lui inspire. Son visage est Une attaque redoutable
« diabolique » (l. 16), sa violence « terrible » (l. 21) et les
comparaisons soulignent le danger que Dracula représente : Objectifs
« comme des dagues » (l. 19), « comme celles d’un fauve » • Étudier un début de roman fantastique.
(l. 20). La seule marque de jugement véritablement explicite • Analyser un point de vue interne.
est « le monstre » (l. 24) puisque ce substantif caractérise
une « qualité » de Dracula plus que Dracula lui-même. Le
narrateur invite le lecteur à voir en Dracula un être maléfique
et monstrueux. O Quels sont les différents rôles du narrateur
interne dans le récit fantastique ?
8. On rencontre des adjectifs de couleur ou des substan-
tifs qui connotent une couleur. On peut être sensible à
Le texte de Jean-Claude Mourlevat, extrait de La Balafre,
l’insistance sur le noir, le blanc et le rouge. C’est d’abord
appartient à la littérature jeunesse contemporaine. Il
« la silhouette blanche » (l. 5) puis un homme « tout habillé
permettra d’étudier un texte plus accessible aux élèves, et
de noir » (l. 6). Lignes 10 et 11, on retrouve le blanc, « le
de comprendre la permanence de certains procédés et effets
sang et un mince filet rouge ». Plus loin, ce sont « les dents
du genre fantastique à travers les siècles. Dans ce roman, le
blanches » puis « les lèvres dégouttantes de sang » (l. 19-20).
jeune héros, est attaqué par un chien qui se jette sur la grille
« Un épais nuage noir » vient assombrir la pièce (l. 33). Enfin,
avec rage. Ses parents pensent qu’il a rêvé, car la maison est
des lignes 45 à 47, on retrouve la blancheur à travers le
abandonnée depuis des années. Olivier cherchera à élucider
visage « livide » que le narrateur met en relief en l’opposant
le mystère.
au « sang » et au « mince filet de sang ». Cette présence des
trois couleurs contribue à donner un certain relief à la scène
et crée au moins une atmosphère de violence et de conflit. Découvrir le texte
On peut les considérer comme symboliques du bien, du mal 1. Le narrateur décrit ainsi les caractéristiques des films
et de la violence. d’horreur : l’attaque est préparée par la mise en scène, le
héros est tranquille, un incident a lieu, la musique dramatise
S’exprimer à l’oral l’atmosphère et l’attaque se produit. Comme dans le film, le
héros vit une situation tranquille (l. 1-2), il est victime d’une
Mener un débat
attaque mais comme il le fait remarquer, rien ne l’a préparé
9. Les élèves réfléchiront au paradoxe qui consiste à éprou- à l’attaque : « il n’y a pas eu de musique » (l. 15).
ver du plaisir dans la peur. Certains rappelleront que ces 2. Olivier paraît un jeune homme tranquille, sensible à la
peurs sont vécues par procuration et qu’elles permettent nature, amateur de films d’horreur et qui se montre honnête
d’apprivoiser les peurs réelles. D’autres pourront consi- en avouant sa peur.
dérer que ces lectures sont malsaines, qu’elles perturbent
les lecteurs et que des émotions plus douces pourront au
contraire apaiser.
Analyser et interpréter le texte
Un narrateur averti
Bilan 3. La scène est racontée du point de vue du narrateur
interne, du héros. Ce point de vue facilite l’identification
Le narrateur réussit à rendre Dracula effrayant par son
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du lecteur au héros même s’il est aussi conscient de parta-


portrait (l. 15-20) mais également par ses actions (l. 6-15,
ger une subjectivité et non toute l’objectivité d’un narrateur
21-22) et enfin par sa disparition mystérieuse (l. 33-37).
externe. Rien dans cet extrait n’invite à douter du héros si
bien que la scène aurait pu être racontée par un narrateur

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externe, qui aurait pu d’ailleurs exploiter les ressources de « son pelage était rouge de sang ». On devine une telle rage,
la focalisation interne. une telle fureur qu’on en est effrayé et on s’interroge sur la
4. Dans le troisième paragraphe, le narrateur compare sa volonté de ce chien à attaquer l’adolescent.
situation à celle d’un héros de film d’horreur. La grande
différence, comme le souligne le narrateur, c’est qu’il ne vit S’exprimer à l’oral
pas « une fiction » (l. 14). Le lecteur sait bien que le héros
Reformuler un extrait de roman
vit lui aussi une fiction et qu’il accepte d’adhérer à l’illusion
romanesque. 10. On demande ici à l’élève de devenir conteur : on véri-
5. La mise en voix invite à la dramatisation distanciée de fiera qu’il est capable de créer la surprise et une atmosphère
l’extrait. Il faudra à la fois faire sentir une certaine montée de inquiétante, et de transmettre à l’auditoire un sentiment de
l’angoisse en même temps que sa caricature. Le but de cette frayeur.
pause est essentiellement de créer un effet d’attente chez le
lecteur. La phrase (« À la hauteur de ma tête ») qui précède Bilan
cette pause crée au moins un suspense et une inquiétude, Les points communs sont : une attaque surprise et mettant
et la description du film d’horreur type crée un plus grand en péril la vie de la victime, la peur, la nuit. Mais la situation
intérêt du lecteur mais peut aussi le rassurer par avance sur est cependant très différente, il n’y a pas de chien dans le
les suites de l’attaque. Plusieurs hypothèses sur la fonction film d’horreur, pas d’effets spéciaux ni de musique, et l’on
de cette pause sont donc acceptables. a conscience qu’il s’agit d’une fiction.
6. L’effet de surprise de l’attaque du chien tient justement
à un rejet des codes traditionnels visant à créer une montée Histoire des mots
de l’angoisse, une inquiétude. Les deux phrases « J’aurais pu Le verbe dérivé du latin fingere et signifiant « faire semblant » est
emprunter un autre chemin » et « Tout près » introduisent « feindre ».
cependant sans lourdeur une possible surprise ou une légère
inquiétude. Comme nous l’avons déjà remarqué, c’est la
pause narrative qui permet d’abord d’installer le suspense.
Des lignes 23 à 28, le lecteur peut se demander si le chien
parviendra à se jeter sur le héros. Ce suspense est toutefois
rapidement supprimé par le narrateur qui affirme qu’« il Vers d’autres lectures p. 68
n’avait aucune chance de la franchir, cette grille ».

Une scène essentielle L’univers fantastique


7. La nuit est d’emblée amicale et protectrice (l. 1) et puis
le narrateur n’y fait plus allusion jusque dans le dernier Objectif
paragraphe avec la remarque à propos d’une « lumière qui • Lire des récits fantastiques divers.
s’allumait à l’étage » (l. 33). C’est cette dernière remarque
qui donne toute son importance à la nuit. L’attaque n’en
est que plus effrayante, et elle permet de donner toute
son importance à cette lumière qui s’allume et qui s’éteint Les exercices proposés dans cette page permettent d’évaluer
aussitôt. Ainsi, un lien mystérieux s’est établi entre ces deux des compétences à l’écrit comme à l’oral ainsi que la capacité
événements, lien mystérieux qui sera sans doute lié à la à travailler seul ou en groupes, en autonomie ou sous la direc-
résolution du mystère. tion du professeur. On peut envisager l’utilisation des TICE
8. Le narrateur donne de lui-même l’image d’un adolescent pour rendre compte des lectures (Didapages, Power point).
de son époque, aimant les films d’horreur, mais aussi l’image
d’un jeune homme capable de se raisonner (l. 18-19). Aux Réécrire un passage
phrases exclamatives qui traduisent son émotion et sa Ce relevé pourra avoir été fait dans une lecture autonome.
panique, succèdent des phrases déclaratives plus élaborées On vérifiera la pertinence du relevé et on pourra justifier
qui suggèrent sa capacité à retrouver la maîtrise de lui-même le choix des passages en classe entière. Après ce relevé, on
(l. 21-22) et à décrire la scène avec précision (l. 23-32) en invitera les élèves à réécrire un récit de vampires en actua-
dépit de sa peur qui lui « gla[ce] le sang » (l. 30-31). lisant l’action et on évaluera la justesse et l’invention de
9. C’est d’abord la surprise de l’attaque qui effraie (l. 4-5) cette transposition.
mais c’est surtout à partir de la ligne 23 que l’attaque
devient particulièrement effrayante. Le narrateur signale Réécrire une nouvelle
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l’aspect inquiétant du chien avec « ses petits yeux serrés » La nouvelle se développe sur une trentaine de pages : ce
(l. 26) et « ses épaules puissantes (l. 27-28) mais plus encore relevé pourra être mené de façon autonome ou en classe
« sa frénésie » (l. 31) qui le conduit à se blesser et à souffrir : (on subdivise le texte et on met en commun les relevés des

3. La nuit, tout est possible 39


élèves). Hormis le nez, il n’y a guère que l’oreille que le
barbier aurait pu couper. On pourra reprendre le texte origi- Méthode p. 69
nal en remplaçant « nez » par « oreille » et vérifier si elle
paraît pertinente. Cet exercice permettra de se demander
pourquoi l’auteur a choisi cette partie du visage et non une Analyser un récit fantastique
autre. L’expression « se voir comme le nez au milieu de la
figure » peut apparaître comme une piste de réflexion : ce 1. Cette péripétie suscite l’amusement à la fois par les
qui est évident ne se voit plus. On pourra aussi rechercher commentaires du narrateur et l’attitude et les réactions
des expressions concernant le nez comme « avoir le nez fin », naïves des « polissons ».
« avoir un coup dans le nez » et des expressions concernant 2. L’apprenti qui a reçu la pierre pousse « un cri de douleur »
l’oreille comme « avoir l’oreille fine », « ce n’est pas tombé (l. 8), ce qui peut suggérer que la pierre n’a pas simple-
dans l’oreille d’un sourd », etc. ment rebondi sur la statue mais qu’elle a effectivement était
rejetée avec violence. Le commentaire du narrateur et son
Écrire une chronique de lecture « souhait » qu’il qualifie ironiquement de « charitable » ne
Dans cet exercice, on invite les élèves à prendre le parti de la peuvent sérieusement troubler le lecteur mais au contraire
bande dessinée contre celui du texte littéraire, mais l’inverse le rassurer.
est possible aussi. On évaluera la pertinence des arguments 3. Le narrateur est intérieur, a priori personnage de l’histoire
et des exemples et on demandera que la comparaison soit (« je fermai la fenêtre en riant de bon cœur », l. 12).
présente dans l’article et repose sur des passages précis. On 4. Le narrateur paraît digne de confiance par son statut de
invitera les élèves à utiliser le raisonnement concessif et la scientifique et surtout par son souci de rationalité.
rhétorique de l’éloge. 5. Le narrateur identifie d’abord les personnages comme
des « apprentis » (l. 4) puis en les considérant comme « [ses]
Faire un exposé sur une nouvelle deux polissons », il les caractérise affectueusement. Ils sont
présentés comme de gentils garçons naïfs et superstitieux
On attendra ici un résumé précis de la nouvelle choisie
que le narrateur ne prend pas au sérieux. Ainsi, le narrateur
par l’élève. On évaluera l’exploitation des connaissances
refuse d’introduire déjà un doute propre au fantastique.
acquises lors des différentes « lectures », ainsi que la capa-
6. Le cadre est réaliste comme dans toutes les nouvelles
cité de l’élève à montrer le caractère singulier du fantastique
fantastiques afin de donner aux événements qui vont suivre
de Cortázar.
un caractère naturel qui sera progressivement mis en doute.
7. La superstition des apprentis peut étonner mais le
À vous de créer narrateur souligne leur naïveté. Le seul élément qui puisse
Faire une fiche de lecture réellement étonner, c’est la violence du choc de la pierre sur
Les élèves doivent respecter les différentes étapes mais la tête de l’apprenti.
peuvent aussi s’en écarter pour proposer un autre type de 8. La statue a d’emblée un caractère surnaturel pour les
fiches. On invitera les élèves à s’inspirer de modèles choisis apprentis, qui « [prennent] la fuite à toutes jambes ».
au CDI ou sur de nombreux sites. On vérifiera que les élèves 9. Cette certitude est exprimée dans les paroles qu’ils
ne se contentent pas d’un copier/coller. prononcent : « C’est donc toi qui as cassé la jambe à Jean
Si les élèves choisissent un recueil de nouvelles, ils établiront Coll ! » et « Elle me l’a rejetée ».
une fiche sur l’une des nouvelles. 10. Le narrateur se moque des paroles des apprentis et ne
leur accorde aucun crédit.
Autres lectures possibles
11. Le narrateur contredit les apprentis par ses propres certi-
• Prosper Mérimée, Lokis [1869], Le Livre de Poche, 1995. tudes : « il était évident que la pierre avait rebondi sur le
• Prosper Mérimée, La Vénus d’Ille, suivi de La Chambre bleue métal » et « en riant de bon cœur », il montre qu’il n’accorde
[1837 et 1869], Le Livre de Poche Jeunesse, 2007. aucun crédit aux affirmations des apprentis. Il éloigne ainsi
• Guy de Maupassant, Contes du jour et de la nuit [1880], Le tous les doutes qui pourraient habiter les lecteurs.
Livre de poche, 1988. 12. Le dernier paragraphe a pour rôle à la fois de donner
• Edgar Allan Poe, Histoires extraordinaires [1856], Le Livre un caractère rassurant à l’extrait mais aussi de préparer le
de poche, 1994. dénouement de l’action.
• Dino Buzzati, Le K [1966], Pocket, 2004.
© Éditions Belin, 2016

40
6.
Vocabulaire p. 70
Langage familier Langage courant Langage soutenu
avoir les trembler comme perdre son sang-
Les mots de la ville chocottes, avoir
la trouille, avoir le
une feuille, avoir des
sueurs froides, avoir
froid, être tétanisé
de peur, avoir le
et de la poésie trouillomètre à zéro la chair de poule,
avoir les jambes
souffle coupé

coupées, avoir la
Objectifs gorge sèche, claquer
• Enrichir son vocabulaire lié à la nuit. des dents
• Connaître le vocabulaire du fantastique.
Identifier le registre fantastique
7. a.
S’approprier le vocabulaire de la nuit Certitude Texte 1 : « cette apparition eut
quelque chose de magique »
1. a. Nuit nocturne ; opacité opaque ; nuage
Texte 2 : « inquiet d’être seul dans le
nuageux ; lune lunaire ; crépuscule crépusculaire ;
bois », « un frisson me saisit »
sépulcre sépulcral ; brume brumeux.
b. 1. De l’obscurité opaque sortait une voix sépulcrale. 2. Le Incertitude Texte 1 : « aurait sans doute tremblé »,
« qui semblait être »
ciel nuageux donnait une atmosphère lunaire à la campagne.
3. La lumière était crépusculaire. 4. La montagne brumeuse Texte 2 : « un étrange frisson »,
disparaissait dans la nuit. « apeuré sans raison », « il me sembla »
2. Hypnose, hypnotiser, hypnotique ; somme, somnoler, Émotions et Texte 1 : « quelque chose de
ensommeillé ; assoupissement, s’assoupir, assoupi. impressions magique », « tremblé »
3. a. Ténèbres clarté Texte 2 : « angoisse », « apeuré »
Lumineux sombre b. L’apparition aurait sans doute fait trembler l’homme le
Opaque limpide plus intrépide, égaré, seul dans ce bois profond. Il me sembla
Aurore crépuscule qu’elle était déjà tout près de moi, tout près, à me toucher.
b. Sombre : ténébreux, obscur, funèbre, sinistre. Un étrange frisson me saisit, un frisson d’angoisse. Je trem-
Lumineux : éclatant, illuminé, éblouissant, rayonnant. blai de tout mon corps, j’étais tétanisé de peur, je ne pouvais
c. Une éclatante obscurité ; un sinistre rayonnement ; des faire plus un pas et l’étrange apparition, qui paraissait main-
ténèbres éblouissantes ; de funèbres illuminations. tenant être une femme avança vers moi une longue main
d. 1. Une éclatante obscurité tombait du ciel. 2. Un sinistre blanche.
rayonnement émanait de sa personne. 3. Des ténèbres
éblouissantes nous plongèrent dans une terreur insur-
montable. 4. L’enterrement se déroulait sous de funèbres À vous d’écrire
illuminations. 8. Les élèves s’inspireront des textes de la séquence, tant
pour les péripéties que pour le vocabulaire. Ils choisiront
Exprimer la peur plutôt un narrateur interne.
4. a. On peut classer ces mots dans cet ordre, de la peur
modérée à une peur très forte : appréhension > inquiétude >
crainte > angoisse > effroi > terreur.
b. 1. Avant d’entrer dans la forêt, elle éprouva une certaine
appréhension. 2. Dans la nuit la plus noire, surgit un chien
aboyant et bavant qui provoqua un véritable effroi. 3. Devant
cet abominable spectacle, la terreur l’envahit.
5. a. Appréhensif, inquiet, craintif, angoissant, effrayant,
terrifiant.
b. Appréhender, inquiéter, craindre, angoisser, effrayer,
terrifier.
c. 1. Il était si craintif que tout le terrifiait. 2. La nuit l’angois-
sait, elle était pour lui effrayante. 3. Elle était si inquiète,
© Éditions Belin, 2016

si appréhensive d’un danger qu’elle refusait de quitter sa


maison. 4. Il savait parfaitement terrifier son auditoire,
quand il racontait d’angoissantes histoires fantastiques.

3. La nuit, tout est possible 41


doucement au fond de l’eau et la soulevait ensuite pour la
Grammaire p. 71 laisser retomber.
La suppression des modalisateurs ôte le doute mais le
phénomène reste cependant si étonnant que l’étrange ne
Les modalisateurs pour disparaît pas avec les modalisateurs.
nuancer un énoncé 5. Dictée préparée
a. Vocabulaire du récit fantastique : « apparition », « éclat
Objectif singulier », « plus que je ne saurais dire », « en toute hâte »,
• Repérer et employer des modalisateurs. « disparut aussitôt ».

Identifier le sens des modalisateurs


1.
Modalisateurs de certitude Modalisateurs d’incertitude S’exprimer à l’oral p. 72
sans aucun doute, affirmer, avoir l’air, étrange, douter,
assurer, certainement, évident, probablement, avoir le
incontestablement, il est sûr sentiment, inexplicable, Mettre en scène un récit
que, de toute évidence
fantastique
sembler, se demander,
probable, croire, à ce qu’on dit,
possible, il se peut que
L’enjeu de cet atelier est d’inviter les élèves à comprendre
2.
le rôle et le travail du metteur en scène mais aussi à prati-
Adjectifs évident, étrange, possible quer un exercice de réécriture, qui visera à faire prendre
Adverbes certainement, conscience des procédés propres à chaque genre (la descrip-
incontestablement, tion dans la nouvelle et le roman, le jeu et l’interprétation
probablement des comédiens au théâtre…).
Locutions sans aucun doute, de toute Après le choix du texte, il conviendra de déterminer les
évidence, à ce qu’on dit rôles de chacun : création collective ou sous la direction d’un
metteur en scène plus directif, etc. S’il semble que le texte le
Verbes affirmer, assurer, avoir l’air,
douter, sembler, se demander, plus propice à ce travail soit celui de Bram Stoker, on pourra
croire bien évidemment utiliser chacun des textes, voire propo-
ser la lecture d’autres extraits de romans ou de nouvelles
Tournures impersonnelles il est sûr que, il se peut que
fantastiques.
Ce travail pourrait être mené avec les professeurs d’arts plas-
Employer les modalisateurs tiques et de musique.
3. Le texte 1 exploite les modalisateurs qui sont absents
du texte 2. Le rôle des modalisateurs est d’introduire une
incertitude quant à la décision du narrateur. Compétences
D1, 2, 3 • S’exprimer de façon maîtrisée en s’adressant à un
4. 1. Seuls les yeux étaient étrangement fixes. Mais comme il auditoire.
la regardait avec insistance au moyen de son télescope, il vit • Mobiliser son imagination et sa créativité au service d’un projet
se lever dans les yeux d’Olympia d’humides rayons de lune. collectif.
Si la scène tient encore au fantastique ou à l’étrange,
la suppression des modalisateurs invite à la crédibilité du
narrateur.
2. Le grand jour venu, je marchai à l’église d’un pas si léger
que j’étais soutenu en l’air. J’avais des ailes aux épaules :
j’étais un ange.
La suppression des modalisateurs ne modifie guère
l’appréciation du texte : l’envol, la métamorphose en ange
sont tellement surnaturels qu’on ne peut interpréter ces
© Éditions Belin, 2016

pouvoirs et cette métamorphose que comme un désir et


non comme une réalité.
3. La barque faisait des embardées gigantesques, touchant
tour à tour les deux berges du fleuve ; puis un être l’attirait

42
8. a. La ville, cette nuit, était tranquille ; un vent du sud
S’exprimer à l’écrit p. 73 réchauffait les rues et les promeneurs semblaient apaisés
et heureux. Certains riaient, d’autres bavardaient genti-
Écrire le début d’une nouvelle ment, des couples amoureux s’étreignaient tendrement. Je
marchais moi aussi d’un pas lent mais je me sentais un peu
fantastique esseulé malgré tout.
b. En passant devant une porte à demi ouverte, j’entendis
Cette activité a pour but de faire réfléchir les élèves à ce un bruit qui ressemblait à un craquement d’os, une faible
qui contribue au registre fantastique, en se concentrant lueur apparaissait au fond du couloir.
sur l’étape initiale d’une nouvelle fantastique. Il s’agira
également de vérifier que les élèves ont compris les carac- Compétences
téristiques usuelles du cadre spatio-temporel d’un récit D1 • Mettre en réseau des mots.
fantastique. On pourra s’appuyer sur le corrigé ci-dessous • Analyser le sens des mots.
pour aider les élèves à rédiger leur propre début de nouvelle.

Étape 1 • Déterminer le cadre


de la nouvelle
Les élèves pourront notamment s’inspirer des premières
lignes des textes 2 et 4. Faire le point p. 74-75

Étape 2 • Faire parler le narrateur


Il s’agit dans cette étape de se familiariser avec la rhéto- 2. Lire et comprendre un récit
rique du récit fantastique. On pourra proposer les phrases fantastique
suivantes, en plus des textes de la séquence. 6. L’action se situe la nuit. Cette période, comme l’ont montré
3. – Il me semblait que la lune avait pris une dimension tous les textes de la séquence, est propice à l’inquiétude et
anormale, comme si elle se rapprochait de la terre. au surgissement d’événements difficiles à interpréter. Elle
– L’opacité de la nuit paraissait inhabituelle et propice aux entraîne parfois une perte de lucidité du narrateur ou du
apparitions les plus terrifiantes. personnage.
– Je crus qu’un être ou une force invisible voulait me saisir 7. Entre les personnages, on distingue le chasseur – qui
la main et m’entraîner vers des profondeurs inconnues. est également le narrateur interne –, le paysan, le garde-
4. Je courais à perdre haleine au milieu d’insondables chasse et sa famille ainsi que le chien, puis « un être » à « la
ténèbres, il me semblait qu’une insurmontable frayeur tête blanche avec des yeux lumineux » (l. 23-24). Le chien
montait en moi et qu’elle me jetterait au sol, offert au contribue à la montée de la peur par ses hurlements, et
monstre qui paraissait courir à grands pas dans l’immensité « cette bête […] ren[d] fous » (l. 9) les personnages si bien
qui me séparait encore de lui. que le paysan jette « l’animal dehors » (l. 13). Le chien est
donc rapidement exclu de l’action et n’occupe plus de place
Étape 3 • Créer une atmosphère dès la ligne 14. Dès la ligne 16 et jusqu’à la ligne 26, les
et enclencher l’action personnages sentent la présence d’ « un être » qui paraît
vouloir entrer dans la maison. Sa description menée par le
5. 1. Soudain, un nuage se déchira laissant paraître une lune
narrateur évoque un fantôme, que le garde-chasse vise en
monstrueuse. 2. J’entendis un drôle de bruit qui résonnait
tirant sur la « tête blanche » dès son apparition « contre la
dans les murs de ma chambre. 3. Il semblait que la route
vitre du judas » (l. 23).
s’enfonçait un peu plus à chaque pas.
8. Dans l’action, le narrateur n’a aucun rôle particulier, il
6. 1. Le chien hurlait comme un enfant en proie à la plus
est figé par la peur, comme les autres personnages (« nous
grande douleur. 2. J’entendis un bruit qui ressemblait à un
restions immobiles, livides »). Dans la narration, c’est lui qui
craquement d’os. 3. Ses dents, comme les crocs d’un chien
raconte les différentes étapes de l’action et qui, surtout,
féroce, s’enfonçaient dans son cou. 5. Comme si un tremble-
rappelle comment la peur s’intensifie et se propage à tous
ment de terre avait envahi ma chambre, le lit se mit à bouger.
les personnages qui sont « crispés dans un affolement indi-
6. La main qui s’approchait avait l’air d’un tentacule vivant.
cible » (l. 36-37).
7. Voici des exemples de personnifications qui associent
9. Dès les premières lignes, la peur est pour le narrateur
les noms et les verbes proposés : le vent hurle ; la porte
© Éditions Belin, 2016

« épouvantable », quelques lignes plus loin (l. 15) la peur


grince ; la nuit grimace ; les nuages courent ; le sang pleure ;
s’intensifie puisque le « silence [est] plus terrifiant encore »
la maison se plaint ; la pluie fouette ; le lit geint ; le couteau
pour tous les personnages. Le narrateur et les person-
caresse ; le feu tremble.
nages deviennent « insensés » (l. 20) quand ils perçoivent

3. La nuit, tout est possible 43


la présence d’ « un être ». « Au fracas du coup de fusil », le
narrateur se sent « prêt à mourir de peur » (l. 34). Enfin, la
Évaluation complémentaire
peur gagne tous les personnages, qui sont « crispés dans un On pourra proposer l’évaluation complémentaire aux pages
affolement indicible » (l. 36-37). La peur progresse à mesure suivantes, dans la continuité de cette séquence. Au registre
que la difficulté à trouver les mots grandit : « nous restâmes fantastique étudié dans les textes de la séquence, s’ajoute
là jusqu’à l’aurore, incapables […] de dire un mot » (l. 35-36). ici le registre burlesque, propre au romancier et nouvelliste
10. Le narrateur est « contaminé » par la peur du garde- russe Nicolas Gogol.
chasse craignant le retour du fantôme. Mais ce sont les
hurlements du chien associés à « l’angoisse d’un rêve » qui
déclenchent véritablement la peur du narrateur et qui le 1. Comprendre un début de nouvelle
rend « fou ». Cette peur augmente avec la perception d’« un fantastique
être » puis surtout au « fracas du coup de fusil ». Il reste 1. Dès la première ligne, le narrateur donne une date précise
enfin dans « un affolement indicible ». Des causes précises (« le 25 mars »), des indications de lieux réalistes précis (« à
sont donc à l’origine de la peur du narrateur, mais en même Petersbourg », « avenue Voznéssenki »). Cette attention à
temps – hormis le coup de fusil –, elles restent énigmatiques. donner un cadre réaliste à des événements « étranges » (l. 1)
11. Pour le garde-chasse et sa famille, le surnaturel est est un invariant du récit fantastique.
accepté et présent dès le début du récit. Le narrateur 2. Les personnages de la nouvelle sont d’une classe sociale
commence à adhérer à cette perception du monde avec populaire. Yakovlévitch est « barbier ». Sa femme et lui-
l’apparition de « l’être » et la description qu’il en propose même paraissent pittoresques dans leur relation et leur
ne cherche en rien à donner une explication rationnelle. La langage et le caractère dominateur de la femme se manifeste
paralysie qui s’abat sur lui (l. 35-37) montre encore qu’il dès le début du récit (l. 7-8), ce qui constitue un élément
accepte le passage au surnaturel. burlesque. La femme brosse un portrait peu élogieux de son
12. Jamais le narrateur ne cherche à expliquer rationnelle- mari qu’elle considère comme un « coquin, ivrogne ».
ment les craintes du garde-chasse et à le convaincre que les 3. Le narrateur ne retarde guère l’apparition du « nez »
fantômes n’existent pas. Il ne cherche pas non plus d’explica- puisque celui-ci est découvert au bout de quelques lignes,
tion rationnelle à l’être et le modalisateur « sembla » (l. 18), ce qui évoque aussitôt le titre de la nouvelle et donc son rôle
la comparaison « comme ferait un enfant avec son ongle » essentiel au cœur du récit.
(l. 22), la description de la tête (l. 23-25) contribuent plutôt 4. Si la présence du nez dans le pain est incongrue, elle
à faire accepter l’irrationnel. n’a rien de surnaturelle et même se trouve rationnellement
expliquée par l’hypothèse de l’épouse du barbier : « – À qui,
3. Écrire une suite de texte bête féroce, as-tu coupé le nez comme cela ? s’écria-t-elle
avec colère. Coquin, ivrogne, je te dénoncerai moi-même à la
13. On pourra faire lire la suite du texte de Maupassant, afin
police. Brigand que tu es ! J’ai déjà ouï dire à trois personnes
de la comparer avec les productions des élèves :
que tu avais l’habitude, en faisant la barbe, de tirer si fort
Au pied du mur, contre la porte, le vieux chien gisait, la les nez, qu’ils avaient peine à rester en place. »
gueule brisée d’une balle. 5. C’est l’adjectif « étrange » qui donne toute son importance
Il était sorti de la cour en creusant un trou sous une palis- à la 1re phrase. Cet adjectif introduit immédiatement un
sade. doute propre au récit fantastique et prévient – en quelque
L’homme au visage brun se tut ; puis il ajouta : sorte – que les lignes du registre comique qui ouvrent le
– Cette nuit-là pourtant, je ne courus aucun danger ; récit doivent être elles aussi mises en doute par le lecteur.
mais j’aimerais mieux recommencer toutes les heures où
j’ai affronté les plus terribles périls, que la seule minute du 2. Écrire une suite de texte
coup de fusil sur la tête barbue du judas. 6. Les élèves devront respecter les modalités narratives. Ils
pourront simplement proposer une explication à la présence
incongrue du nez, imaginer la réaction de Kovaliov quand
il découvrira qu’il n’a plus son nez, ou proposer d’autres
événements fantastiques qui viendront s’ajouter à celui-ci.
© Éditions Belin, 2016

44
Nom :

Prénom :

Classe :

évaluation

Le nez

Le 25 mars, un événement tout à fait étrange s’est produit à Péters-


bourg. Le barbier Ivan Iakovlévitch, demeurant avenue Voznéssenki […]
s’éveilla d’assez bonne heure et sentit l’odeur du pain chaud. Se soulevant
à demi sur son lit, il vit que son épouse, une dame assez respectable et
5 qui appréciait beaucoup le café, retirait des pains du four.
– Aujourd’hui, Prascovia Ossipovna, je ne prendrai pas de café, dit
Ivan Iakovlévitch ; je mangerai plutôt du pain chaud et de l’oignon […]
« Qu’il mange du pain, l’imbécile, se dit en elle-même la digne
matrone, ce n’en est que mieux pour moi, j’aurai un peu plus de café. »
10 Et elle jeta un pain sur la table.
Ivan Iakovlievitch, par respect pour les convenances, endossa un
vêtement par-dessus sa chemise et, ayant pris place à table, posa devant
lui deux oignons et du sel ; puis, s’emparant d’un couteau, il se mit en
devoir de couper le pain. L’ayant divisé en deux, il jeta un regard dans
15 l’intérieur et aperçut avec surprise quelque chose de blanc. Il y plongea
avec précaution le couteau, y enfonça un doigt :
« C’est solide ! fit-il à part soi, qu’est-ce que cela pourrait bien être ? »
Il enfonça encore une fois les doigts et en retira… un nez !…
Les bras lui en tombèrent, il se mit à se frotter les yeux, à le tâter :
20 c’était en effet un nez et au surplus, lui semblait-il, un nez connu. La
terreur se peignit sur la figure d’Ivan Iakovlievitch. Mais cette terreur
n’était rien en comparaison de l’indignation qui s’empara de son épouse.
– À qui, bête féroce, as-tu coupé le nez comme cela ? s’écria-t-elle avec
colère. Coquin, ivrogne, je te dénoncerai moi-même à la police. Brigand
25 que tu es ! J’ai déjà ouï dire à trois personnes que tu avais l’habitude, en
faisant la barbe, de tirer si fort les nez, qu’ils avaient peine à rester en place.
Mais Ivan Iakovlievitch était plus mort que vif. Il avait enfin reconnu,
dans ce nez, le propre nez de l’assesseur de collège Kovaliov, à qui il faisait
la barbe tous les mercredis et dimanches.
Nicolas Gogol, « Le Nez », Nouvelles de Pétersbourg, 1836.

1. Comprendre un début de nouvelle fantastique


1. Montrez que le narrateur donne au cadre spatio-temporel un caractère réaliste.
© Éditions Belin, 2016

•••

3. La nuit, tout est possible


2. Qu’est-ce qui caractérise les personnages de la nouvelle ?

3. Comment la découverte du nez est-elle amenée par le narrateur ?

4. Ce nez a-t-il ici un caractère surnaturel ? Justifiez.

5. Quelle importance peut-on accorder à la première phrase ?

2. Écrire une suite de texte


6. Imaginez la suite immédiate de ce texte, en vous appuyant sur les indices étudiés dans le texte (registre
burlesque et fantastique, caractère des personnages…).

© Éditions Belin, 2016

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