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Notariat et autorité

Définitions

Les notaires, des professionnels de l’écrit, rédigeant des actes privés comme publics, compilent lois
et statuts, comptes-rendus des délibérations des conseils, documents judiciaires et financiers. Le
notariat : un office, c’est-à-dire une institutionnalisation, qui acquiert une autorité institutionnelle.
Autorité. Définition de l’auctoritas ; Dans la Rome républicaine, les deux notions d’auctoritas et
de potestas sont des termes-clés du droit public. Le détenteur de l’auctoritas, c’est celui qui est à la
source, qui inspire et guide par ses conseils, c’est aussi celui qui valide un acte et lui donne sa force,
prestige de l’institution ou prestige personnel. De son côté, la potestas – et l’imperium, qui en
constitue la plénitude au profit des plus hauts magistrats – est, au temps de la République, attachée
aux magistratures et consiste en un pouvoir d’ordonner, de juger, de contraindre. Le concept évolue
lorsque l’Église se l’approprie : le concept d’auctoritas, toujours significatif d’une prérogative ou
d’une primauté d’influence, s’est ainsi enrichi de tout le contenu de l’activité pastorale des évêques
et du pape.

Problématisation du sujet

Le sujet appelle une problématisation en termes de nuance et de mesure : la proximité des notaires
avec l’autorité est fonction de contextes, politiques, économiques, sociaux, et de la nature de
l’autorité en question. Eviter la problématique « En quoi », « Quels sont les liens » qui ne
problématisent rien. Par exemple : Comment les notaires deviennent au cours du XIIe au XIVe siècle
un rouage indispensable à l’économie de l’autorité dans les sociétés du Moyen-âge.

Penser à l’autorité des notaires eux-mêmes. La notion de délégation est centrale, par laquelle le
notaire acquiert son autorité. Le notariat comme relais de l’autorité, mais de laquelle ou desquels, et
comment ? L’autorité de l’écrit ne doit pas être oubliée, liée à l’autorité du droit savant romano-
canonique. Penser à l’auctorialité.

Plan détaillé

I. Le métier de notaire et l’autorité de l’écrit


A. Le notaire et la renaissance du droit romain
• Depuis le XIIème siècle, rédacteurs et authentificateurs des actes qu’ils produisent

o Disposent de la « publica fides » - autorité publique qui donne valeur probatoire au


document, un instrumentum publicum d’efficacité juridique immédiate reconnue par
l’autorité publique

▪ La notion de délégation d’autorité et le droit romain

▪ Un privilège impérial, rapidement adopté par la papauté en Italie.

o La notion d’authentification et d’authenticité

• Confrontation entre le droit coutumier et le droit romain par l’entremise des notaires, en
faveur de ce dernier – droit des princes, droit de l’Eglise.

▪ Favoriser la formalisation et la stabilisation des usages juridiques. La


fonction première du notaire est de transformer en écrit, rédigé selon des
formes précises qui leur donneront valeur légale, les affaires que lui
soumettent verbalement ses clients.

B. L’institutionalisation de l’office notarié


• Déshomogénéisation de ce milieu/ juristes et notaires se différencient. Idem différenciation
par rapport à une indifférence aux scriptores, iudices et notarii, presbiterii et notarii.

o Fréquentation d’une école de grammaire, puis formation auprès d’un notaire en


exercice. L’ars notariae, maîtrise de la rédaction notariale et de ses formulaires

o Examen auprès de l’Art (corporation) de la ville –

• Discipline universitaire en 1305 à Pérouse, à Bologne- l’ars notariae est l’égale de l’ars
dictaminis, art de composer un texte en prose, dans le respect de la rhétorique, naissance fin
du XIème en Italie.

o Associée à l’écriture épistolaire, mobilisée dans les chancelleries. Apogée communale


entre 1180-1230

o Etudes des compilations politiques et administratives, apprentissage de


« mécanismes de création d’un discours semi-formulaire » B. Grévin. Entre
reproduction de structures-clés et création littéraire.

C. Les notaires et la justice


• Le métier de greffier, réservé aux notaires

• L’acte du notaire sert de preuve en justice, rédigé selon un formulaire précis, et signé du
seing du notaire.

• L’inquisition

II. Le notaire dans la cité


A. L’émergence du pouvoir communal
• Un privilège impérial/ droit pontifical en Italie – délégués à certaines communes

• Avènement de la commune podestatale, au tournant des XIIe et XIIIe siècles, mise en place
de procédures de contrôle des actes internes à l’administration, et passage du librodocu-
mento aux registres sériels.
o Contrôle du groupe professionnel par l’investiture et par la promulgation de normes
encadrant son activité.
o Le notaire de la commune (« scriba communis ») n’est pas maître de ses brèves
comme il peut l’être dans son activité privée.
• Nommés par les conseils communaux, organisés en chancelleries en Italie depuis les années
1180 – dirigée par le « dictator communis » à partir du XIIIème siècle. Présents dans les
collèges consulaires en nombre

• Les notaires sont de plus en plus nombreux – parallèle avec l’accroissement de l’appareil
documentaire communal/ activités marchandes

Le cas de Montpellier
• Au début du XIIe siècle, les juristes rédigent les documents communaux, en Italie, dans le
Midi de la France.

o Les notaires languedociens sont formés au contact de juristes magistri au XIIe siècle

o Gouvernement consulaire de Montpellier et ses célèbres statuts de 1204

▪ « Fonctionnarisation » du notariat recrutés annuellement, quand la


production et la validation par l’écrit tient une place croissante. Une « classe
politique ». Au XIVème siècle, circulation des notaires » entre les différents
offices de la ville de Montpellier

B. Les « Républiques de notaires »


• Regroupés au sein d’une corporation – un Art qui devient particulièrement puissant dans la
seconde moitié du XIIIe siècle, engagement de ses membres dans la vie politique urbaine
(Redon 1999)

o Dans les statuts communaux de Padoue de 1287, elle est en tête des processions

• Poids statistiques et présence dans les institutions communales

o Les « intellectuels du régime » du Popolo durant la deuxième


moitié du XIIIe siècle. (Francesconi, 2014)
▪ Demande exacerbée de documents servant à
prouver, contrôler, assurer la transparence des
gouvernements populaires
▪ Une concurrence avec les juges, plutôt associés à la
militia

o A Bologne, une « République des notaires » à partir du projet politique de Rolandino


Passaggeri, l’Art colonne vertébrale de la commune de 1280 au premier XIVème siècle
(Tamba 1998)

• Ils forment le personnel de l’administration communale8 et inventent la « révolution


documentaire » qui crée l’écrit documentaire public, à grande échelle, au tournant des
XIIe et XIIIe siècles.
o Idem, la rédaction des statuts

C. Auteur, Autorité et Pouvoir


• Un rôle social de traducteur du droit, de pédagogue, vulgarisateur des règles de
gouvernement. « Intellectuels intermédiaires » J. Verger

o Giovanni Villani, Nuova Cronica, rend hommage au chancelier Brunetto Latini, maître
des Florentins à l’art de bien parler, de conduire et gouverner notre république

▪ Voir la diffusion d’une scientia civilis, art de la politique, traités de bon


gouvernement et miroirs des princes.

• Emergence de l’humanisme au XIVème siècle dans le milieu des notaires ; lecture des œuvres
antiques etc.
• Des historiographes, de la part leur position, leur accès à la documentation communale. Idem
de part leurs liens aux instances communales.
▪ Cf. Rolandino de Padoue, et la tyrannie d’Ezzelino da Romano, en 126,
accepter comme histoire officielle de Padoue.

▪ Albertino Mussato, imitation de Lecerinis, tragédie de Sénèque, contre


Ezzelino da Romano

o Rapport entre conservation documentaire et production historiographique ; dans les


communes indépendantes, les chroniques sont rédigées par des membres des
chancelleries, dans les villes soumises à un Etat territorial, œuvres de notaires ayant
clientèles privées.
o Des registres conservés chez le notaire

III. Notariat et imperium


A. Notariat et pouvoir princier au XIIème siècle
• Création des notaires jurés par les pouvoirs princiers au milieu du XIIIème siècle.
• Remodelage de l’habitat autour du bourg et des réseaux notarials. Levée de l’impôts plus
aisé, contrôle des péages, l’espace urbain se polarise autour de centres dont l’une des
fonctions est l’écriture publique.

o Le relais de l’autorité politique dans l’espace urbain

o Contrôle du foncier – des échanges

o Contrôle des péages et de l’impôts

B. Les chancelleries royales, impériales, pontificales


C. Le cas du roi de France

• Ordonnance de Philippe le Hardi, 1281, 1'authentication des transactions auprès des tribu-
naux royaux/ prévôtés. Distinguer les clercs-notaires des simples scribes.
o Louis Carolus-Barre, une volonté du pouvoir royal de faire concurrence a la juridic-
tion de l'Eglise.
o Création des sceaux de juridiction royale, qui avaient pour but de faire concurrence
aux sceaux de l'officialité, dans les prévôtés royales, des bureaux d'écriture sur le
modele de ceux du tribunal episcopal.
▪ L'emploi de la langue vernaculaire au sein des prévôtés royales/ succès ra-
pide de la juridiction royale et décadence de la juridiction ecclésiastique.
• Le 21 mars 1301, une ordonnance de Philippe le Bel institua soixante clercs-notaires jures du
roi au Chatelet de Paris : premiers notaires royaux.
• Ordonnance de juillet 1304 « touchant les tabellions et les notaires », Philippe le Bel organisa
le notariat méridional et le déclara office royal.

Bibliographie

CHASTANG, Pierre. Chapitre 4. Composer et tenir les livres (2) : de l’écrit notarial à l’écrit
bureaucratique In: La ville, le gouvernement et l’écrit à Montpellier (XIIe-XIVe siècle): Essai d'histoire
sociale. Paris: Éditions de la Sorbonne, 2013
Gian Giacomo Fissore, « Alle origini del documento comunale : i rapporti fra i notai e l’istituzione »,
Civiltà comunale : libro, scrittura, documento, Gênes, 1989, p. 104-128.

G. Tambia, Una corporazione per il potere : il notariato a Bologna in età communale, Bologne, 1998 :
id. Rolandino e l’ars notaria da Bologna all’Europa, Atti… Milano, 2002

M. Zabbia, « La formation et la culture des notaires », in Cultures italiennes, I, Heullant-Donat (dir.),


Paris, 2000

P. Cammarosano, Italia medievale, Struttura e geografie delle fonti scritte, Rome, 1991

M. Allingri, « L’activité des notaires siennois, fin XIIIe – début XIVe siècle », Notariorum… Florence,
2018

P. Racine, « Le notaire au service de l’Etat communal italien (XIIe-XIIIe) » in Les serviteurs de l’Etat au
Moyen-âge, Paris, 1998

Didier Lett (sous la direction de), La confection des statuts dans les sociétés méditerranéennes de
l'Occident, XIIe-XVe siècle. Statuts, écritures et pratiques sociales I, Paris Publications de la Sorbonne /
Centro europeo di ricerche medievali, 2017

Id. « La langue du témoin sous la plume du notaire : témoignages oraux et rédaction de procès de
canonisation au début du XIVe siècle »
Armand Jamme, « Formes et enjeux d’une mémoire de l’autorité : l’État pontifical et sa construction
scripturaire aux XIIIe et XIVe siècles »
Partie pédagogique

Choix du niveau/ du thème : Une transcription pédagogique en classe de cinquième. Thème 2 -


Société, Église et pouvoir politique dans l’occident féodal (XIe -XVe siècles) semble particulièrement
indiquée. « L’intitulé du thème marque l’introduction du concept de « société » dans le parcours de
l’élève. Il s’agit donc de montrer comment l’ensemble de la population se trouve partie prenante
d’une organisation qui est celle de la féodalité, mais aussi comment, au sein de cette société féodale,
s’affirment d’autres rapports sociaux avec la société urbaine et comment les Capétiens, en
s’appuyant sur la féodalité et sur l’Église, entament la construction de l’État moderne »

L’institution du notariat est à la croisée de cette problématique d’enseignement, l’entrée à travers


l’économie médiévale par le notariat permet de comprendre comment la société féodale, et son
économie à la plus-value essentiellement agricole, évolue sous l’effet de l’expansion économique et
de la croissance urbaine, modifiant les rapports sociaux en profondeur. Elle offre par ailleurs un point
d’observation sur la restauration de l’autorité monarchique sous l’égide des Capétiens et la
construction d’un embryon d’Etat français, autre point-clé du programme. Enfin, en tant qu’office
transversal, crucial aussi bien à l’ordre laïc qu’à l’ordre clérical, l’étude du notariat médiéval permet
de replacer l’Eglise à sa juste place dans la société féodale, en évitant l’écueil vers lequel la
sécularisation des sociétés modernes guide l’enseignement, la placer dans un « monde de la
religion » séparé et abstrait.

Problématique d’enseignement : il s’agit de montrer que la société féodale médiévale n’est d’abord
pas une société uniquement fondée sur la domination des bellatores, sur les autres classes sociales,
mais une société aux structures complexes, nourrie de droit, appuyé sur l’écrit, le registre, l’archive.
Mais encore de montrer que cette société est n’est pas monolithique mais inscrite dans des
dynamiques de longue durée etc.

Notions et connaissances/ compétences

Villes/communes

Economie rurale

Etat/ Droit etc.

Archives

« Analyser et comprendre un document »

« S’informer dans le monde du numérique » à travers l’exploration d’archives notariales numérisées

Organisation de la séance

1. A l’intérieur d’une séance consacrée à la croissance urbaine aux XIIe et XIIIe siècles. À la fin
de notre période, on estime que les urbains représentent 20% de la population européenne,
regroupés surtout en Italie du Nord, en Flandre, dans l’axe rhénan et au sein du royaume de
France.

2. Négociation de chartes/ franchises, voire constitution en « commune » qui s’administre elle-


même et où s’affirme le groupe social des gens de droit, juristes et notaires.

3. Document étudié : extraits pertinents de statuts de Marseille, de Montpellier par exemple.


Questions pour une reprise
• Rappel sur l’auctoritas

o Question sur l’autorité de l’écrit/ la révolution de l’écrit

o Quelle est la différence entre un notaire et un tabellion ?

• Question sur les notaires de l’inquisition

o A rapprocher de l’autorité de l’écrit

• Quid de l’autorité religieuse, à différencier de l’autorité de l’Eglise comme institution/


gouvernement ? Est-ce que les notaires y jouent un rôle de relais ?

o Les procès en canonisation. D. Lett

o A rapprocher de l’autorité de l’écrit

• J. Goody, La literacy

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