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SÉQUENCE DE FRANÇAIS

1 BAC PRO

KNOCK,
Jules Romains, 1923.

Comédie ou tragédie ?

Supports : Texte intégral dans la version suivante : Knock, La


Bibliothèque Gallimard n°5, 1998 + DVD Knock, René Château
Vidéo, 2006.

Auteur : JC PETON (LP Camille JULLIAN, Marseille).

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Durée : 16 h (4 semaines).
FRANÇAIS SÉQUENCE : étude d’une œuvre théâtrale : KNOCK,
(et ECJS) Jules Romains, 1923 : comédie ou tragédie ?
Auteur : JC PETON (LP Camille JULLIAN, Marseille).
Durée : 16h (4 semaines).

1 BAC PRO OBJECTIF GÉNÉRAL DE LA SÉQUENCE : ÉTUDIER UNE


ŒUVRE THÉÂTRALE COMPLÈTE, AINSI QUE SON ADAPTATION
AU CINÉMA ; SAISIR L’ACTUALITÉ DE KNOCK, DONC SON
INTEMPORALITÉ.

 LECTURE PRÉALABLE PAR LES ÉLÈVES DU TEXTE INTÉGRAL


(PENDANT UNE PÉRIODE DE VACANCES).

Séance : Durée : Objectifs : Notions : Supports : Activités des


élèves :

1 1h -Comprendre le -Souvenirs de -Répondre à un


+ sens global de la lecture. contrôle de
1h pièce de théâtre. lecture noté (1h).
-Un charlatan. -Correction
-Le canular. collective
-L’antiphrase. immédiate.
-Analyser le titre et -Images (au -Analyser le titre.
le sous-titre. rétroprojecteur). -Analyser des
-Lire des images. images (affiches et
-Livre. Jaquettes).

2 2h -Visionner le film. -Film de Guy -Visionner le film


Lefranc : et repérer le travail
KNOCK, 1951 d’adaptation
(1h38mn40s). cinématographique
(changements
divers et ajouts
d’épisodes
visuels).

3 2h -Analyser le travail -La -Film de Guy -Comparer le film


d’adaptation propagande. Lefranc : au livre.
cinématographique. -Le symbole. KNOCK, 1951 -Analyser le
-La fable. (1h38mn40s). témoignage de
-Relire des images. -La démagogie. Louis Jouvet.
-Apprécier la -La comédie et -Témoignage de
dualité de la pièce, la tragédie. Louis Jouvet.
à la fois comédie et -La -Dissertation :
tragédie. dissertation : KNOCK, comédie
introduction, ou tragédie ?
développement
, conclusion.

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4 2h -Étudier deux -La scène -Livre pages -Lire les extraits.
extraits de d’exposition. 31 à 33 et 53 -Répondre à des
l’acte I. -Le cliché. à 58. questions.
-L’allitération.
-Le comique de
mots.

5 2h -Étudier deux -Les différentes -Livre pages -Lire les extraits.


extraits de formes de 102 à 109 et -Répondre à des
l’acte II. comique. 119 à 124. questions.
-La satire.

6 2h -Étudier deux -La mégalomanie. -Livre pages -Lire les extraits du


extraits de -Le lyrisme. 162, 163 et livre et les comparer
l’acte III et les -L’égocentrisme. 171 à 173. avec le film.
comparer avec -Les connotations. -Répondre à des
le dénouement -Film. questions.
du film.

7 2h -S’entraîner au - Sujet de - Répondre à des


BAC PRO. type BAC questions d’analyse, en
PRO, portant réutilisant ses acquis.
sur un extrait
de l’acte II, -Rédiger une lettre
scène 1. argumentative.

8 2h -Correction du -L’argumentation -Devoirs des -Corriger ses fautes de


sujet de type par l’ironie. élèves. syntaxe et
BAC PRO. -Exemple de d’orthographe.
-Bilan de rédaction.
KNOCK. -Tirer un bilan de la
pièce.

+ Sujet de type examen possible :

Sujet de BAC PRO 2004 portant sur l’astrologie (extrait théâtral de Fontenelle et
texte d’Albert Jacquard).

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Séquence : KNOCK, comédie ou tragédie ?
Cours :

Séance 1 :
 Correction du doc. 1 (contrôle de lecture) :
1. Résumé de la pièce de théâtre :
La pièce est découpée en 3 actes :
Acte I : le docteur Parpalaid vend son cabinet médical de Saint-Maurice au
docteur Knock. Tout l’acte est une scène d’exposition qui se passe autour d’une
vieille voiture déglinguée, symbole de la médiocre clientèle du cabinet. Grâce à
sa « méthode médicale entièrement neuve », Knock se vante qu’il va rendre ce
cabinet florissant et bien gagner sa vie.
Acte II : Knock s’installe au cabinet et donnent des consultations gratuites qui
attirent beaucoup de monde. Une galerie de personnages caricaturaux défile. Il
persuade tous ses patients successifs qu’ils sont gravement malades et qu’il leur
faut des soins longs et coûteux s’ils ne veulent pas mourir.
Acte III : trois mois après, le docteur Parpalaid revient et découvre que le village
s’est transformé en un vaste hôpital. Parpalaid est d’abord méfiant et accuse
Knock de charlatanerie. Mais à la fin, il se laisse convaincre qu’il est lui-même
malade. C’est le triomphe de Knock.
2. Le portrait moral du Docteur Knock :
Knock est un charlatan, un escroc, un arnaqueur : il manipule les gens pour leur
soutirer de l’argent.
3. L’attitude des autres personnages de la pièce de théâtre :
Les autres personnages de la pièce sont naïfs, crédules ; ils se laissent abuser par
Knock, comme « les moutons de Panurge ». Même le docteur Parpalaid, qui est
pourtant sceptique, se laisse finalement berner. Leur crédulité est inquiétante car
ils nous montrent combien on peut se laisser tromper facilement par un beau
parleur.
4. La visée argumentative de cette pièce :
Avant tout, cette pièce est basée sur le canular (= blague qui consiste à
persuader un naïf des choses les plus invraisemblables) ; plus sérieusement, elle
nous enseigne à nous méfier des bonimenteurs. Jules Romains dénonce le
danger que représentent les beaux parleurs prêts à nous duper, tels certains
leaders politiques démagogiques (en Italie par exemple, Mussolini est arrivé au
pouvoir en 1922, grâce à sa propagande fasciste).

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 Analyse orale :
5. Le titre de la pièce :
Dans les premiers brouillons de KNOCK, le personnage principal s’appelait
Lamendin (du nom d’un personnage de son roman Les Copains, auteurs de
blagues et de canulars) ; en quoi le nom « Knock » est-il plus parlant ?
→ « Knock » est un nom sonore, musical, frappant.
→ « To knock the door » = frapper à la porte, en Anglais ; le docteur Knock
est un personnage marquant, qui ne laisse pas indifférent, et dont le
patronyme est expressif, voire symbolique : ce personnage est dérangeant
car il nous rappelle par ses actes combien nous pouvons être crédules,
influençables ; c’est donc un intrus, un importun qui trouble notre
quiétude naïve.
Que pensez-vous du sous-titre de la pièce ?
« KNOCK ou le triomphe de la médecine » est un titre provocateur car
mensonger : ce n’est pas la médecine qui triomphe, mais le charlatanisme. Ce
titre est une blague, une antiphrase (= phrase ou expression qui exprime le
contraire de ce qu’on veut faire comprendre ; ce qui crée un effet comique, par
ironie).
6. Les images de KNOCK :
• Jaquette du DVD (2006) :
Illustration synthétique (le docteur en consultation, les personnages, le
thermomètre = symbole ou emblème de « la Lumière Médicale ») qui regroupe
les éléments de la pièce, en reproduisant l’une des affiches dessinées de 1951
(René Château Vidéo se targue d’être « la mémoire du cinéma français », et
édite de vieux films "dans leur jus"). Cette affiche est informative mais ne
renseigne pas autant sur le sens de la pièce que l’autre affiche de cinéma (NB).
• Première de couverture du livre (1998) :
Le dessin avec ses pointillés évoque le découpage d’un masque de carnaval ; ce
qui suggère la tromperie et la farce.
Les lunettes suggèrent la science, l’autorité (Louis Jouvet arbore des lunettes,
accessoire symbolique évident).
Les moustaches évoquent la mode des années 20, mais aussi le masque de
comédie.
Le gros nez rappelle les masques de la pantomime et de la Commedia dell’arte.
• Affiche théâtrale (1923) :
Cette affiche conçue pour la création de KNOCK en 1923 par Louis Jouvet,
renvoie à l’auscultation de la dame en noir (acte II, scène 4 p. 102 à 109). Elle
suggère l’aspect comique de la pièce (le comique de geste) en montrant le
docteur qui pèse sur le dos de la dame afin qu’elle se sente courbaturée (p. 104).

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• Affiche cinématographique (1951) :
Cette affiche insiste davantage sur l’aspect inquiétant de la pièce ; elle évoque la
tirade de l’acte III (p. 162, 163) où le docteur Knock laisse transparaître sa folie
des grandeurs. L’acteur fétiche de cette œuvre, Louis Jouvet, est représenté avec
un regard terrifiant et une attitude résolue, dominant la ville de son ombre
maléfique (il masque la lumière, tel un monstre prêt à s’abattre sur la ville ; cf
« le vol noir des corbeaux sur nos plaines » du Chant des Partisans).
 Mussolini adorait fanfaronner dans cette posture arrogante et caporaliste à la
fin de ses discours, lorsqu’il mesurait par les applaudissements le pouvoir qu’il
exerçait sur les foules fanatisées !
Le regard de vautour (dur et perçant) évoque aussi Hitler.

Séance 2 :
Visionnage du film (durée ≈ 1h39).

Séance 3 :
 Analyse orale :
7. L’adaptation cinématographique :
Le film ajoute des éléments à la pièce ; lesquels ? Ces ajouts vous semblent-ils
intéressants ou superflus ?
→ L’arrivée de Knock en train, à la gare : un début classique,
l’entrée du personnage principal (acte I).
→ Le jeu avec la pluie et le parapluie de Mme Parpalaid :
l’impossibilité de monter la capote renforce l’idée selon
laquelle la voiture de Parpalaid ne vaut vraiment rien (acte I) !
→ Le roulement de tambour au marché qui annonce le début de
« l’âge médical » à Saint-Maurice (acte II).
→ L’épisode de la fanfare, qui n’existe pas dans la pièce
originelle, témoigne du parfait fonctionnement de la méthode
de Knock : un musicien s’en va (malade ?), un autre revient
(guéri ?) pour le remplacer. Cela atteste du triomphe de « l’âge
médical » (acte II).
En outre, la musique entraînante jouée par la fanfare évoque les
musiques de parade qu’affectionnaient les dictatures totalitaires
(fascisme, nazisme et stalinisme).
→ Parpalaid rate le bus, ce qui montre combien il est dépassé par
la modernité, « has-been ». De plus, ce bus bondé symbolise ce

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qu’est devenu la clientèle médicale de Saint-Maurice, grâce à
l’action de Knock (acte III).
→ Le personnel médical de l’hôtel en rang, en uniformes et au
garde-à-vous, pour accueillir le docteur Knock ; cela témoigne
du système "totalitaire" qui a été mise en place (acte III).
 Le film change aussi l’ordre d’apparition des personnages dans l’acte II : le
tambour de ville, l’instituteur Bernard, le pharmacien Mousquet, la dame en
noir, la dame en violet puis les deux gars dans la pièce ; l’instituteur Bernard, le
pharmacien Mousquet, le tambour de ville, la dame en noir, la dame en violet
puis les deux gars dans le film. Ce changement nous montre la technique de
manipulation mentale de Knock dans sa généalogie, qu’on peut résumer ainsi :
A. Susciter un malaise (avec la propagande).
B. S’appuyer sur des complices.
C. Se présenter comme le sauveur.
Cette méthodologie est hélas encore d’actualité dans les sectes et dans certains
partis politiques extrémistes.
Conclusion : les ajouts et les transformations cinématographiques renforcent la
pièce : le réalisateur du film, Guy Lefranc, utilise les moyens du cinéma
(multiplication des acteurs impossible au théâtre, changements de décors…)
pour adapter l’œuvre à son époque, sans la trahir.
 Toute mise en scène est une interprétation de l’œuvre, qu’elle soit théâtrale
ou filmique.
L’acteur Louis Jouvet incarne-t-il bien l’idée que vous vous faisiez du
personnage ?
→ Diction chevrotante et très théâtrale (Jouvet « théâtralise » son
personnage, suggérant ainsi que Knock se met en scène comme
un acteur, qu’il joue donc un rôle, qu’il est dans le simulacre, le
leurre, la duplicité) ; voix hypnotique (comparable à celle de
Hitler ou d’autres démagogues beaux parleurs).
→ Regard fixant et inquiétant, que remarque d’ailleurs Parpalaid
dans l’acte III : ce regard charismatique suffit à déstabiliser les
interlocuteurs de Knock, et il en joue (Mussolini et Hitler
avaient beaucoup de charisme personnel, ce qui explique en
partie la fascination qu’ils exercèrent sur leurs adeptes).
→ Jeu avec les lunettes, qui sont un symbole de la science et du
pouvoir de Knock.
 Le rôle de Knock est emblématique de l’art de Jouvet : il l’a créé en 1923 et
l’a encore joué dans le film de 1951.
Cependant, le film insiste peut-être davantage sur le côté noir de la pièce, que
sur son aspect comique (la IIème Guerre mondiale est passée par là !)

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8. KNOCK, comédie ou tragédie ?

 Distribuer document de la séance 3.


La comparaison des deux affiches confirme le jugement précédent : l’affiche de
1923 tire le film vers son côté drôle, farcesque ; alors que l’affiche de 1951 tire
le film vers son côté obscur, inquiétant.
La dualité de la pièce apparaît très bien dans le témoignage que fournit Jouvet,
de sa conversation avec Pitoëff (cf doc).
► Expliquez le point de vue de George Pitoëff : qu’est-ce qui peut l’amener à
penser que cette pièce est « l'affreuse tragédie de notre époque qui
s'exprime... » ?
Ce jugement date de 1923 : Mussolini a obtenu le pouvoir en Italie (1922), les
Bolcheviks en Russie (devenue URSS en 1922). Pitoëff est sans doute conscient
du danger que représentent ces régimes qui endoctrinent leurs peuples.
Il interprète KNOCK comme une fable tragique, qui évoque implicitement les
maux du XXème siècle.
Pitoëff estime que cette pièce est « macabre » car il devine vraisemblablement la
montée des dictatures mortifères derrière la métaphore médicale !
► En quoi la réplique de Knock à la dame en noir est-elle à la fois comique –
comme l’affirme Louis Jouvet – et tragique – comme le dit George Pitoëff – ?
Cette réplique (p. 104) est évidemment comique. On rit de la niaiserie de la
dame en noir qui se fait berner par Knock, sans soupçonner l’absurdité de la
question du médecin : comment pourrait-il deviner en l’auscultant qu’elle est
tombée ou non d’une échelle lorsqu’elle était petite ?... On s’amuse toujours de
la victime d’un canular, et de la bêtise des autres en général.
En même temps, cette réplique a une dimension tragique : si la dame en noir est
si crédule, alors on peut tout lui faire croire et tout lui faire faire (malgré son
avarice, elle va se laisser détrousser par Knock). C’est ainsi que certains se
laissent abuser par la publicité ou des vendeurs sans scrupule ; certains croient
aux complots (cf les fameux « Protocoles des Sages de Sion », faux antisémites
odieux mais toujours publiés), ou aux promesses électorales délirantes de
n’importe quel démagogue !
La crédulité dont chacun de nous peut-être victime à un moment ou à un autre
est certes cocasse si elle est bénigne, mais elle peut aussi être dangereuse si
elle se répand dans le champ politique et si elle devient collective (cf la montée
du nazisme dans l’Allemagne des années 30).
La leçon de KNOCK, c’est que cette pièce nous incite à réfléchir, à faire
preuve d’esprit critique, et à nous méfier des séductions publicitaires,
politiques ou religieuses.

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► Alors, cette oeuvre théâtrale est-elle une comédie, une tragédie ou les deux
à la fois ?
C'est à vous de le dire.
Argumentez votre réponse en analysant des éléments extraits de la pièce ou du
film.
 30 à 40 lignes attendues, à débuter en classe et à finir à la maison (DM).

Sujet de dissertation littéraire classique, qui propose de choisir entre 2 thèses


opposées, ou de proposer une synthèse des deux.
⇒ Plan en 3 étapes : Introduction / développement / conclusion.
• L’introduction présente le thème, et elle pose une problématique.
• Le développement est en 2 ou 3 parties, la dernière partie étant la plus
proche de l’avis personnel. Chaque argument s’appuie sur l’analyse
d’exemples extraits du texte ou du film.
• La conclusion propose l’avis personnel, et elle élargit éventuellement le
sujet.

Séance 4 :
 Questions au tableau, travail sur le livre.
9. Étude d’un extrait du début de l’acte I (pages 31 à 33) :
→ Le démarrage de la voiture, de « Je mets en marche ? » (p. 31) à « Nous
marchons » (p.33).
• Où se situe ce passage ? Expliquez la situation.
Cet extrait se situe au début de la pièce : tout l’acte I est une scène d’exposition
unique qui se déroule autour d’une vieille automobile à bout de course et qui ne
démarre pas. Pourtant, M. et Mme Parpalaid tentent encore d’en vanter les
mérites à Knock qui reste muet.
• Montrez que la conversation de Monsieur et Madame
Parpalaid est ridicule. Quel est son enjeu ?
Monsieur et Madame Parpalaid s’efforcent de parler un beau langage, celui de la
conversation mondaine. Ils abordent des sujets élevés : la littérature, la beauté du
paysage, le confort bourgeois de leur voiture. Ils essaient vainement de passer
pour des gens raffinés et se tournent en fait en ridicule ! Mme Parpalaid
s’exprime avec des clichés éculés tels que : « le paysage est délicieux », « c’est
un enchantement »… Monsieur Parpalaid est fier d’annoncer qu’il a écrit un
« sonnet de quatorze vers », alors que les sonnets ont tous quatorze vers ! Leur
langage témoigne de leur bêtise et de leur fatuité.

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Le but de ce dialogue stérile est de « meubler » la conversation, puisque Knock
se tait, tout en masquant par leurs bavardages les problèmes mécaniques de la
voiture qu’ils espèrent encore lui vendre.
 L’auteur nous signale ainsi que le beau langage est celui de l’arnaque et de
l’hypocrisie !
• Qu’est-ce que le nom « Parpalaid » suggère ?
C’est un patronyme aux sonorités ridicules. « Parpalaid » renvoie à « laid »,
« niais », « balai » (comme dans une voiture-balai), « baudet »… L’allitération
en [p] suggère la lourdeur, le bégaiement ou le radotage. Ce nom convient bien
au caractère du personnage.
• Qu’est-ce que l’automobile symbolise ?
L’automobile symbolise son propriétaire : dépassée, obsolète et inefficace. Elle
symbolise aussi la médiocre clientèle médicale de Saint-Maurice que Parpalaid a
vendue à Knock.
En outre, elle atteste de la modernité de la pièce qui évoque le monde
contemporain ; et son démarrage aléatoire installe la pièce dans le gag comique,
la farce.
10. Étude d’un extrait de la fin de l’acte I (pages 53 à 58) :
→ Les étranges questions de Knock, de « Est-ce qu’il y a un tambour dans
la ville ? » (p. 53) à « En somme l’âge médical peut commencer » (p.
58).
• En quoi les questions de Knock à Parpalaid sont-elles
surprenantes ?
Ces questions ne portent pas du tout sur l’état sanitaire de la population comme
on pourrait s’y attendre de la part d’un médecin consciencieux.
Knock s’intéresse successivement au «tambour de ville » (vecteur de la
publicité), à la richesse de la population, à son degré d’activité, à sa pratique
religieuse et politique, à ses vices, à la fréquence des adultères et au poids des
sciences occultes.
• Quel est le but de ce questionnement ?
Grâce aux réponses de Parpalaid, Knock voit se dessiner le profil d’une
population aisée, qui s’ennuie sans doute (pas de vices) et facilement
influençable (pas de « contre-feux », pour parler comme Bourdieu !) ; il a trouvé
la cible idéale pour mener à bien ses projets (comme un vendeur qui cible sa
clientèle après un sondage ou une étude de marketing).
• Expliquez la dernière phrase de cet extrait : « En somme l’âge
médical peut commencer ».
Cette phrase annonce la suite (actes II et III). Elle crée un suspense, une attente,
puisque le spectateur ignore encore en quoi consiste « l’âge médical ».

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• Quelle question de Knock vous semble la plus comique ?
Relevez-la et justifiez votre réponse.
La réplique p. 56 est très drôle, lorsque Knock interroge le docteur sur les vices
pratiqués à Saint-Maurice : « Opium, cocaïne, messes noires, sodomie,
convictions politiques ? » L’alliance « sodomie, convictions politiques » relève
du comique de mots, d’autant plus que c’est associé à la drogue et à la
sorcellerie. Les idées politiques seraient-elles un vice ?...
 Questions subsidiaires et orales sur l’ensemble de l’acte I :
• Analysez la répartition de la parole entre les personnages : qui
parle le plus au début de l’acte I ? Et à la fin de l’acte I ?
Qu’est-ce que cela suggère ?
Au début de l’acte I, le docteur Knock est quasiment muet ; à la fin, c’est lui qui
parle le plus. Ce changement montre la prise de pouvoir progressive de Knock :
il devient le personnage dominant.
 Au théâtre, la domination passe par la parole : celui qui s’exprime le plus
s’impose aux autres.
• Quel est le ton des répliques des Parpalaid au début de l’acte
I ? Et à la fin de l’acte ? Analysez de même le ton des
répliques de Knock.
Au début de l’acte I, les Parpalaid s’expriment avec assurance ; puis les étranges
questions de Knock les déstabilisent. Leur ton évolue de la certitude vers
l’inquiétude.
De même, le ton des répliques de Knock varie : au début, il exprime son
mécontentement à l’idée de s’être fait rouler ; puis la découverte progressive de
la situation le rend de plus en plus joyeux et impatient d’arriver. Il évolue ainsi
de l’irritation à la jubilation.
→ Ce retournement/cette inversion témoigne de la montée en puissance de
Knock, qui passe de dominé à dominant.

Séance 5 :
 Questions au tableau, travail sur le livre.
11. Étude de la scène 4, acte II (pages 102 à 109) :
→ La consultation de la dame en noir.
• Où se situe ce passage ? Expliquez la situation.
Ce passage se situe dans l’acte II ou Knock s’installe à Saint-Maurice et
expérimente sa méthode médicale. Dans la scène 1 de l’acte II, le docteur Knock
a payé le tambour de ville pour annoncer à la population qu’il offrait des
consultations gratuites. La première cliente à se présenter est la dame en noir :
une paysanne très avare.

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• Les formes de comique présentes dans cet extrait sont : le
comique de mots, le comique de gestes, le comique de situation
et le comique de caractère. Donnez un exemple significatif
pour chacune de ces formes de comique.
►Le comique de caractère : la dame en noir est d’une crédulité confondante de
bêtise ; elle gobe tout ce que lui dit Knock. Son avarice est comique aussi : elle
aimerait être soignée plus « grossièrement » pour « guérir à moins cher ».
►Le comique de gestes : Knock lui fait tirer la langue, la palpe dans tous les
sens, lui presse les reins (jeu de scène= pantomime ; attitude outrée, ridicule).
►Le comique de mots : certaines répliques sont savoureuses, comme :
« Remarquez que vous ne mourrez pas du jour au lendemain. Vous pouvez
attendre. » On peut aussi évoquer la grossièreté du langage de la Dame en noir,
émaillé de fautes de syntaxe et d’expressions populaires : « Ça se peut
bien...Vous ne pourriez pas me guérir à moins cher ? »
►Le comique de situation : Knock évalue le prix de ses prestations médicales
à : « deux cochons et deux veaux » ; ce qui paraîtrait grotesque à un vrai
médecin.
→ 4 aspects du comique sont donc présents dans cet extrait (il manque juste le
comique de répétition pour que le tableau soit complet : cette pièce a tout d’une
brillante comédie).
• En quoi cet extrait prouve-t-il bien que Knock n’est qu’un
charlatan ?
Knock manipule totalement la Dame en noir, usant de son prestige de médecin
pour lui faire croire qu’elle est gravement malade, alors qu’elle est juste
fatiguée. Il pousse l’escroquerie jusqu’à la persuader qu’elle a chuté d’une
échelle étant petite, ce qu’aucune auscultation ne pourrait laisser deviner !
Knock s’intéresse surtout au patrimoine de sa patiente, dont il compte lui
extorquer une partie.
12. Étude de la scène 6, acte II (pages 119 à 124) :
→ La consultation des deux gars du village.
• Quelle autre forme de comique apparaît dans la succession des
consultations au cours de l’acte II ?
Le comique de répétitions : tous les personnages qui défilent en consultation
sont influençables et ridicules. Avec chacun, Knock utilise la même méthode et
obtient les mêmes résultats ; ce qui redouble le comique.
• La satire consiste à se moquer des vices de son époque ; de
quoi cette pièce fait-elle la satire ?
Cette pièce est une satire de la crédulité des gens qui sont comme des pantins
manipulés par Knock. C’est une satire de la puissance des médecins,
incompétents ou sans scrupule. Elle se moque aussi de la peur des maladies
(hygiénisme moderne) qui affaiblit le sens critique des hommes, ainsi que des
techniques de marketing que Knock utilise abondamment dans son escroquerie.

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• Cette dernière consultation est-elle aussi drôle que les
précédentes ? Sinon, expliquez pourquoi.
Dans cette scène, Knock se retrouve face à deux gars qui veulent le chahuter. Au
début, Knock ne veut pas les recevoir ensemble, alors qu’ils insistent pour
entrer ; à la fin, Knock veut les retenir, tandis qu’ils cherchent à s’enfuir. En
effet, Knock les a effrayés pour faire taire leurs moqueries : ses sous-entendus
suggèrent à l’un des deux qu’il va mourir bientôt, ce qui les terrifie.
Cette scène montre Knock qui apeure ses patients pour les dominer ; il ne leur
propose aucun traitement, alors qu’ils sont peut-être réellement malades
(alcoolisme).
Le rire est grinçant : doit-on s’amuser de la scène ou au contraire s’en
inquiéter ?
La pièce ne permet pas de trancher l’ambiguïté ; au contraire, elle joue sur les
deux côtés à la fois : le comique et le tragique sont concomitants.

Séance 6 :
 Questions au tableau, travail comparatif sur le livre et le film.
13. Étude de la tirade de la scène 6, acte III (pages 162, 163) :
La mégalomanie du docteur Knock.
 Film (1.24.25 → 1.26.15)
• La mégalomanie est une forme de délire psychiatrique qu’on
peut traduire par la folie des grandeurs. En quoi cette tirade
manifeste-t-elle l’aspect mégalomaniaque du docteur Knock ?
C’est dans cette tirade que Knock révèle sa vraie nature : lui, qui est d’ordinaire
rationnel et froid, se laisse emporter par sa mégalomanie. Il ne contrôle plus son
ego boursouflé. Il se compare à un artiste, voire même à Dieu : « Le canton fait
place à une sorte de firmament dont je suis le créateur continuel ».
 La mégalomanie est l’apanage de beaucoup de tyrans qui se croient investis
d’une mission sacrée : Mussolini, Hitler, Staline, Mao, Ceausescu furent de
grands mégalomanes, ainsi que Kim Il-Song dont le fils Kim Jong-Il gouverne
toujours la Corée du Nord.
• Montrez que ce texte est lyrique.
Le lyrisme (expression des émotions personnelles) apparaît à travers le juron
initial : « Parbleu ! » qui traduit la passion (point d’exclamation), les
métaphores (« le feu souterrain de notre art » p. 162), les répétitions (« Songez
que… » → fébrilité), et l’omniprésence du « je » qui témoigne de
l’égocentrisme de Knock.
• Vulgairement, que suggère la fin de la tirade ?
Une chute qui relève du comique scatologique : les 250 thermomètres pénétrant
à l’unisson 250 derrières… Faut-il faire un dessin ?

13
• Comment le cinéaste traduit-il en images la mégalomanie de
Knock ?
La caméra suit le regard de Knock (caméra subjective) et plonge à travers la
fenêtre, dans le panorama. Puis des images de malades se superposent en fondus
enchaînés, tandis que la voix hors champ de Knock récite la tirade. Cette
succession d’images mentales (On voit littéralement dans sa tête !) constitue un
catalogue des disciples de Knock.

14. Étude de la scène finale de l’acte III (scène 9, pages 171 à 173) :
Un dénouement inquiétant.
 Fin du film.
• Que se passe-t-il dans cette scène ?
Parpalaid, le dernier résistant, finit par se laisser persuader qu’il est souffrant ;
Knock a réussi à le vaincre en jouant sur la paranoïa du médecin, sur sa hantise
des maladies (on songe au Rhinocéros de Ionesco, sauf que Bérenger ne capitule
pas).
• Quelle réplique comique de cette scène confirme que la
mégalomanie de Knock est absolue ?
Réplique p. 171, 172 : Parpalaid parle du magnétisme que Knock exerce sur lui,
de son « admirable » capacité de persuasion ; et celui-ci répond qu’il ne peut pas
s’empêcher de faire un « diagnostic » lorsqu’il observe quelqu’un, à tel point
qu’il « évite de se regarder dans la glace » ! Cette réplique montre que Knock
finit par croire à ce qu’il dit : sa manipulation fonctionne tellement bien qu’il en
en arrive à se persuader de sa valeur ; il devient lui-même une victime crédule
de sa mégalomanie !
• La didascalie finale indique que la pièce s’achève sur un défilé
« au sein de la Lumière Médicale » ; page 159, on apprend que
la « Lumière Médicale » est « riche en rayons verts et violets ».
Que symbolise cette lumière, et quelles connotations peut-on
prêter à sa couleur ?
Cette lumière qui envahit la scène symbolise la victoire totale et définitive de
Knock.
Le violet est une couleur cadavérique, et le vert est la couleur de la pourriture.
Ces connotations mortuaires suggèrent la mort de tout esprit critique, de toute
résistance à l’emprise de Knock. La crédulité maladive s’est répandue dans tout
le corps social, tel un cancer généralisé.
On pense au surnom attribué au nazisme : « la peste brune ».
• Expliquez le caractère tragique de ce dénouement ?
Ce dénouement est tragique de façon métaphorique : il n’y a pas mort
d’homme, mais c’est l’intelligence humaine qui s’éteint avec la reddition de
Parpalaid.

14
• En quoi le dénouement du film est-il plus inquiétant que celui
de la pièce elle-même ?
La pièce s’achève sur un défilé, ce qui pourrait avoir la dimension comique
d’une pantomime ; le film se termine sur l’infirmier Scipion (Jean Carmet) qui
secoue mécaniquement le thermomètre qu’il va donner à Parpalaid. Le cadre est
resserré sur ce personnage inexpressif, déshumanisé, qui ressemble à un robot,
tandis que les gestes scandent un compte à rebours final : celui de la fin de la
liberté, de l’esprit critique, de l’individualité, de l’Humanité qui s’évanouissent
dans le délire collectif et mégalomaniaque du docteur Knock.
 Questions subsidiaires.
• Quels aspects du totalitarisme apparaissent à l’écran ?
Le portrait de Knock au mur de la chambre ⇒ propagande et culte du chef.
Personnel au garde-à-vous ⇒ discipline absolue.

• Le film insiste davantage sur l’aspect tragique de cette pièce


que ne le faisait la mise en scène de 1923. Comment expliquez-
vous cela ?
En 1923, le communisme soviétique ou le fascisme italien pouvaient faire peur,
mais ils n’atteignaient pas l’horreur que le nazisme allemand a inspiré après la
découverte de la Shoah.
Après 1945, la propagande totalitaire inquiète davantage.

Séance 7 :
Évaluation de type BAC PRO (2h) portant sur la scène 1, acte II (pages 85 à 88).

Séance 8 :
Correction de l’évaluation précédente.
15. Bilan de l’étude de KNOCK :
Cette pièce est une argumentation par l’ironie : Jules Romains se moque de la
crédulité humaine pour mieux la dénoncer.
Son ironie s’attaque aussi à la puissance des médecins et des spécialistes en
général qui nous abusent avec leur jargon technique et obscur.
De même, il incite à se méfier des beaux parleurs, des tribuns, des rhéteurs des
publicistes et autres propagandistes prompts à nous embobiner.
Il dénonce enfin la mégalomanie qui guette souvent les hommes de pouvoir.
La satire est à la fois comique (elle fait rire) et sérieuse (elle pointe les tares de
notre époque) ; ce qui incite le lecteur ou le spectateur à penser par lui-même,
c’est-à-dire à renouer avec le salutaire démon socratique !

15
Nom : Date :

Prénom : Classe :

THÉÂTRE : Knock, Jules Romains, 1923.

Contrôle de lecture :
Répondez sur cette feuille aux quatre consignes suivantes, en
utilisant vos souvenirs de lecture :

1. Résumez la pièce de théâtre : que raconte-t-elle ?


(5 points)

2. Dressez le portrait moral du Docteur Knock : en quoi ce personnage est-il


dangereux ?
(5 points)

16
3. Analysez les réactions des autres personnages de la pièce de théâtre : en
quoi leur attitude vis-à-vis de Knock est-elle inquiétante ?
(5 points)

4. Quelle est la visée argumentative de cette pièce ? Autrement dit : quel


message implicite véhicule-t-elle ? Justifiez votre réponse.
(5 points)

17
Jacquette du DVD (2006).
Copie d’une des affiches du film (1951).

18
Première de couverture (1998).

19
Affiche théâtrale (1923).

20
Affiche du film (1951).

21
Les affiches de KNOCK

Affiche théâtrale (1923).

Affiche du film (1951).

22
KNOCK, comédie ou tragédie ?
Avant même d'être joué, Knock a suscité des interprétations
très différentes. Un souvenir de Louis Jouvet peut servir
d'exemple. C'est lui qui a monté Knock pour la première fois.
Sa mise en scène et son jeu d'acteur insistaient sur les aspects
comiques de la pièce. Au cours des répétitions, un autre
metteur en scène, Georges Pitoëff, lui a dit qu'il n'était pas
d'accord :
« Lorsque nous répétions Knock, mes camarades et moi, le
cher Georges Pitoëff m'avait demandé de prendre connaissance
de la pièce. Il vint me voir le lendemain de sa lecture en me
suppliant de la lui céder. Dans un flot de paroles éloquentes, et
qui m'auraient presque convaincu si je n'avais été engagé déjà
dans le travail, il m'expliqua le tragique de Knock et
l'impossibilité pour moi de monter cette oeuvre. "C'est, me dit-
il, l'affreuse tragédie de notre époque qui s'exprime... il y a là
une horreur magnifique... c'est une pièce macabre." Mais, lui
dis-je, il y a tout de même des traits comiques certains... Quand
Knock demande à la dame en noir si elle n'est jamais tombée
d'une échelle étant petite, c'est une réplique comique !...
"Absolument pas, me dit-il, absolument pas !" »
Louis Jouvet, Témoignages sur le théâtre, 1952.

1. Expliquez le point de vue de George Pitoëff : qu’est-ce qui peut


l’amener à penser que cette pièce est « l'affreuse tragédie de notre
époque qui s'exprime... » ?

2. En quoi la réplique de Knock à la dame en noir est-elle à la fois


comique – comme l’affirme Louis Jouvet – et tragique – comme le dit
George Pitoëff – ?

3. Alors, cette oeuvre théâtrale est-elle une comédie, une tragédie ou les
deux à la fois ?
C'est à vous de le dire.
Argumentez votre réponse en analysant des éléments extraits de la pièce
ou du film.

23
KNOCK, comédie ou tragédie ?
ÉLÉMENTS DE CORRIGÉ
Sujet de dissertation littéraire classique, qui donne à choisir entre 2 thèses
opposées, ou propose de réaliser une synthèse des deux.

⇒ Plan en 3 étapes : Introduction / développement / conclusion.


• L’introduction présente le thème, et elle pose une problématique.
Avec KNOCK, Jules Romains rédige en 1923 une oeuvre théâtrale très
intéressante car elle mêle des éléments comiques à des éléments tragiques ; de
sorte qu’il apparaît légitime de se poser la question de savoir ce qu’elle est
réellement. Ce débat est ancien puisqu’il opposait déjà Jouvet à Pitoëff, deux
illustres metteurs en scène des années 1920.
Alors, cette pièce est-elle une comédie ou une tragédie ?

• Le développement est en 2 ou 3 parties, la dernière partie étant la plus


proche de l’avis personnel. Chaque argument s’appuie sur l’analyse
d’exemples extraits du texte ou du film.
1. Une vraie comédie :
→ Le canular, la farce, les gags.
→ Les différentes formes de comique : gestes (pantomime), mots
(langage familier ou insensé), caractère (des personnages naïfs
et caricaturaux)…
2. Une tragédie moderne :
→ Un mégalomane impitoyable.
→ Un dénouement terrifiant : la mort de l’esprit critique.
3. Une pièce à double face :
→ Une argumentation par l’ironie (cf Voltaire).
→ Une satire efficace : hilarante et terrifiante.
• La conclusion propose l’avis personnel, et elle élargit éventuellement le
sujet.
Il n’y a jamais loin du rire aux larmes. « Je me presse de rire de tout, de peur
d’être obligé d’en pleurer » écrivait Beaumarchais dans Le Barbier de Séville.
C’est là ce que confirme KNOCK ; il suffit de peu pour que le rire bascule dans
le tragique.
L’ironie est une arme excellente pour dénoncer les maux de notre temps, car
elle désarme l’adversaire et le vainc plus sûrement que la colère ; Voltaire
connaissait déjà la force décapante de la dérision, qu’il utilisait pour tourner
en ridicule « toutes les têtes de l’hydre du fanatisme ». « Écrasez l’infâme ! »

24
Bac Pro – Sujet de Français
(Devoir en classe : 2h)
Apprenant que le docteur Knock offre des consultations médicales gratuites le
lundi matin, le tambour de ville lui en demande une.
KNOCK. — […] De quoi souffrez-vous ?
LE TAMBOUR. — Attendez que je réfléchisse ! (Il rit.) Voilà. Quand j'ai dîné, il y a des
fois que je sens une espèce de démangeaison ici. (Il montre le haut de son épigastre1) Ça me
chatouille, ou plutôt, ça me grattouille.
KNOCK, d'un air de profonde concentration. — Attention. Ne confondons pas. Est-ce que
ça vous chatouille, ou est-ce que ça vous grattouille ?
LE TAMBOUR. — Ça me grattouille. (Il médite.) Mais ça me chatouille bien un peu aussi.
KNOCK. — Désignez-moi exactement l'endroit.
LE TAMBOUR. — Par ici.
KNOCK. — Par ici... où cela, par ici ?
LE TAMBOUR. — Là. Ou peut-être là... Entre les deux.
KNOCK. — Juste entre les deux ?... Est-ce que ça ne serait pas plutôt un rien à gauche, là,
où je mets mon doigt ?
LE TAMBOUR. — Il me semble bien.
KNOCK. — Ça vous fait mal quand j'enfonce mon doigt ?
LE TAMBOUR. — Oui, on dirait que ça me fait mal.
KNOCK. — Ah ! Ah ! (Il médite d'un air sombre.) Est-ce que ça ne vous grattouille pas
davantage quand vous avez mangé de la tête de veau à la vinaigrette ?
LE TAMBOUR. — Je n'en mange jamais. Mais il me semble que si j'en mangeais,
effectivement, ça me grattouillerait plus.
KNOCK. — Ah ! Ah ! Très important. Ah ! Ah ! Quel âge avez-vous ?
LE TAMBOUR. — Cinquante et un, dans mes cinquante-deux.
KNOCK. — Plus près de cinquante-deux ou de cinquante et un ?
LE TAMBOUR, il se trouble peu à peu. – Plus près de cinquante-deux. Je les aurai fin
novembre.
KNOCK, lui mettant la main sur l'épaule. – Mon ami, faites votre travail aujourd'hui
comme d'habitude. Ce soir, couchez-vous de bonne heure. Demain matin, gardez le lit. Je
passerai vous voir. Pour vous, mes visites seront gratuites. Mais ne le dites pas. C'est une
faveur.
LE TAMBOUR, avec anxiété. – Vous êtes trop bon, docteur. Mais c'est donc grave, ce que
j'ai ?
KNOCK. — Ce n'est peut-être pas encore très grave. Il était temps de vous soigner. Vous
fumez ?
LE TAMBOUR, tirant son mouchoir. — Non, je chique.
KNOCK. — Défense absolue de chiquer. Vous aimez le vin ?
LE TAMBOUR. — J'en bois raisonnablement.
KNOCK. — Plus une goutte de vin. Vous êtes marié ?
LE TAMBOUR. — Oui, docteur.
Le Tambour s'essuie le front.
KNOCK. — Sagesse totale de ce côté-là, hein ?

25
LE TAMBOUR. — Je puis manger ?
KNOCK. — Aujourd'hui, comme vous travaillez, prenez un peu de potage. Demain, nous
en viendrons à des restrictions plus sérieuses, Pour l'instant, tenez-vous-en à ce que je vous
ai dit.
LE TAMBOUR, s'essuie à nouveau. – Vous ne croyez pas qu'il vaudrait mieux que je me
couche tout de suite ? Je ne me sens réellement pas à mon aise.
KNOCK, ouvrant la porte. – Gardez-vous-en bien ! Dans votre cas, il est mauvais d'aller se
mettre au lit entre le lever et le coucher du soleil. Faites vos annonces comme si de rien
n'était, et attendez tranquillement jusqu'à ce soir.
Le Tambour sort. Knock le reconduit.
Épigastre1 : région du ventre située entre les côtes et l'estomac.
.
KNOCK, acte II, scène 1, Jules Romains, 1923.

I. Compétences de lecture (10 points) :


1. Quelles formes de comique sont présentes dans cet extrait ? Citez
un exemple significatif pour chacune de ces formes de comique,
et expliquez-en la drôlerie.
(3 points)

2. En quoi cet extrait montre-t-il que Knock n’est qu’un charlatan ?


(2 points)

3. Qu’y a-t-il d’inquiétant dans la façon dont le tambour se laisse


manipuler ?
(2 points)

4. De quoi ce texte fait-il la satire ? Justifiez votre réponse.


(3 points)

II. Compétences d’écriture (10 points) :


Un directeur de théâtre local placarde des affiches dans la ville
pour demander au public de choisir une œuvre qu’il voudrait voir
jouer durant la saison théâtrale suivante.
Écrivez une lettre d’une trentaine de lignes à ce directeur pour lui
recommander KNOCK de Jules Romains.

26
Vous argumenterez votre propos en montrant les multiples
intérêts que présente cette pièce pour des spectateurs de notre
époque.
Bac Pro – Sujet de Français
(Devoir en classe : 2h)
CORRIGÉ

III. Compétences de lecture (10 points) :


5. Quelles formes de comique sont présentes dans cet extrait ? Citez un
exemple significatif pour chacune de ces formes de comique, et expliquez-en
la drôlerie.
(3 points)
►Le comique de caractère : le tambour de ville est un personnage naïf jusqu’à la
bêtise ; il gobe tout ce que lui dit Knock. Il est très influençable et respectueux de
la prétendue science de Knock, sans aucun esprit critique.
►Le comique de gestes : Knock enfonce le doigt dans le ventre du tambour, ce
qui provoque sa douleur immédiate. L’homme se trouble alors puis s’essuie le
front à deux reprises (cf. les didascalies) : ces signes d’anxiété montrent qu’il est
en train de se persuader qu’il est gravement malade.
►Le comique de mots : Le tambour a un langage maladroit : « Il y a des fois que
je sens… » et insensé : « ça me chatouille ou plutôt, ça me gratouille. » Quelle est
la différence entre les deux ?

6. En quoi cet extrait montre-t-il que Knock n’est qu’un charlatan ?


(2 points)
Cet extrait montre la charlatanerie à l’œuvre car Knock persuade le tambour qu’il
est malade ; il arrive même à le convaincre qu’il a une maladie très originale car
elle lui interdit de « se mettre au lit entre le lever et le coucher du soleil » ! Bien
qu’énorme, le canular réussit à duper le tambour. Knock exploite la crédulité du
tambour à son propre profit : il ne l’envoie au lit qu’après que le tambour ait passé
son annonce (la propagande médicale). C’est bien cela un charlatan : quelqu’un
qui abuse de la naïveté d’autrui à des fins personnelles.

7. Qu’y a-t-il d’inquiétant dans la façon dont le tambour se laisse manipuler ?


(2 points)
Le tambour est d’une crédulité totale : il gobe les absurdités que lui dit Knock ;
cette attitude excessivement naïve est très inquiétante car elle nous rappelle que
chacun d’entre nous peut l’être tout autant à un moment ou à un autre.
La chance de gagner le gros lot du LOTO est quasiment nulle, et pourtant des
millions de Français jouent chaque semaine ! La publicité nous séduit, même
inconsciemment : aucune lessive ne lave « plus blanc que blanc » ! Les voyants et
les marabouts drainent des sommes colossales ! Certains démagogues politiques

27
recueillent beaucoup de suffrages en vantant des solutions débiles pour sortir de la
crise de l’emploi !...

28
8. De quoi ce texte fait-il la satire ? Justifiez votre réponse.
(3 points)
Ce texte est la satire de la crédulité du tambour qui est comme un pantin manipulé
par Knock. C’est aussi une satire des beaux parleurs, qui abusent de la faiblesse
des gens. De plus, il se moque aussi de la peur des maladies qui affaiblit le sens
critique du tambour.

IV. Compétences d’écriture (10 points) :


Un directeur de théâtre local placarde des affiches dans la ville pour
demander au public de choisir une œuvre qu’il voudrait voir jouer durant la
saison théâtrale suivante.
Écrivez une lettre d’une trentaine de lignes à ce directeur pour lui
recommander KNOCK de Jules Romains.
Vous argumenterez votre propos en montrant les multiples intérêts que
présente cette pièce pour des spectateurs de notre époque.

1. Analyser le sujet : une lettre à un directeur de théâtre.


Recommander KNOCK ⇒ trouver des arguments pour justifier l’intérêt de cette pièce
à l’heure actuelle, donc par rapport au fonctionnement de notre société.
Rechercher des idées : 2 grandes parties : faire rire et inciter à réfléchir.
1) Faire rire : pièce drôle (exemples : les consultations
successives).
Notre époque a besoin de rire, et elle aime ça (succès des
humoristes, des canulars…)
2) Faire réfléchir : fable philosophique ; les apparences peuvent
être trompeuses ; se méfier des beaux parleurs, de la séduction
publicitaire, des démagogues, des prosélytes sectaires... Ne pas
relâcher sa vigilance et son esprit critique, afin de ne pas être
la victime de n’importe quel profiteur…
Notre époque a besoin de ça, car l’inquiétude généralisée face à
un avenir incertain nous rend plus crédules.
2. Faire un plan : classer / ordonner les arguments (idées + exemples) donc les
paragraphes du + faible au + fort.
3. Rédiger : forme de la lettre à respecter (en-tête, formules de politesse au début et à la
prise de congés) + corps de la lettre = argumentation rédigée selon le plan qui est au
brouillon.

4. Se relire… plusieurs fois !

29
Une lettre possible

À l’attention de Monsieur X
Directeur du théâtre Y

Marseille, le…

Cher Monsieur,

Votre campagne d’affichage m’a vivement interpellé, car je trouve très


intéressante votre idée de solliciter le public pour choisir votre future
programmation. En tant qu’amateur de théâtre, je déplore en effet qu’on ne
m’ait jamais interrogé sur mes goûts et mes opinions à ce sujet. Voilà une
lacune que votre initiative va enfin combler !
Alors, puisque vous souhaiter mon avis, permettez-moi de vous
recommander KNOCK de Jules Romains. Cette pièce n’a pas été jouée
depuis fort longtemps, alors qu’elle me semble tout à fait d’actualité : elle est
à la fois drôle et intelligente ; et s’il y a deux choses dont notre époque a
vraiment besoin, c’est bien de ça : du rire et de la réflexion.
Vous connaissez certainement la brillante satire qu’est KNOCK. Le
canular est certes énorme, mais on en rit beaucoup, même si on a du mal à
croire que ce charlatan de docteur Knock puisse tromper autant de monde,
sans que personne ne lui résiste…
Mais il y arrive ! Tous succombent, face à son charisme pernicieux : le
tambour se fait manipuler, mais aussi la dame en noir qui accepte de se
laisser dépouiller malgré son avarice… Même le docteur Parpalaid se laisse
finalement berner malgré ses soupçons. Le comique de répétition – si cher à
Molière – est très efficace dans cette pièce qui nous présente une galerie de
personnages peut-être caricaturaux mais très drôles.
On rit aussi beaucoup du comique de gestes et du comique de mots. Il y a des
jeux de scènes et des répliques que ne renierait aucun des humoristes les plus
fameux aujourd’hui. Vous vous souvenez certainement de cette réplique
hilarante du docteur Knock : « Est-ce que ça vous chatouille, ou est-ce que ça
vous gratouille ? »
De nos jours, alors que le marasme règne à cause du chômage et de la misère,
les possibilités de se divertir et de se dérider sont toujours les bienvenues.
Notre époque est inquiète face à l’avenir : il faut nous faire rire pour nous

30
distraire du pessimisme ambiant. En choisissant de monter KNOCK lors de
votre prochaine saison théâtrale, vous nous en offririez l’opportunité.
En outre, vous donneriez certainement à beaucoup de nos concitoyens
l’occasion de se poser des questions. En effet, cette pièce est riche sur le plan
des idées : voir comment tous les personnages se laissent abuser et manipuler
par Knock ne peut que nous inciter à réfléchir sur nos propres crédulités.
Cette pièce est une fable tragique où l’on assiste à la défaite de l’intelligence
face à la séduction et au charisme de Knock. Elle enseigne à se méfier des
beaux parleurs et des bonimenteurs dont le but est de nous duper. C’est donc
une invitation à la suspicion et à l’esprit de résistance.
Si les Allemands avaient connu KNOCK en 1933, peut-être n’auraient-ils
pas succombé aussi aisément à la mégalomanie démentielle d’Adolf Hitler ?
Peut-être aussi qu’on se serait davantage méfié de Staline ? L’esprit doit
rester critique et vigilant vis-à-vis de la propagande, du culte de la
personnalité et des engouements de masse. Et c’est une naïveté de se croire à
l’abri des tentations totalitaires aujourd’hui, car les charlatans pullulent
encore à notre époque.
Dans cette pièce, la médecine n’est qu’une métaphore : le docteur Knock
aurait pu tout aussi bien être politicien, publiciste ou astrologue… De nos
jours, il y a tant de manipulateurs qui jouent avec nos désirs ou nos peurs
pour nous faire croire n’importe quoi : « Votez pour moi et je vous promets
des lendemains qui chantent… », « Restez éternellement jeune et jolie grâce
à la crème de beauté X… », «Votre avenir sera radieux : amour, voyage,
richesse… », « Allons, faites moi confiance, vous ne serez pas déçu… » Pas
déçu peut-être, abusé certainement ! Le mot est poli…
Chez les Grecs anciens, le théâtre tragique donnait l’occasion de se purifier
le cerveau de toutes les passions malsaines ; le grand Aristote appelait cela la
« catharsis ». Je suis certain que KNOCK pourrait jouer ce rôle salutaire et
nécessaire à l’époque actuelle, et je souhaite sincèrement vous en avoir
convaincu !

Espérant que mon opinion vous aura intéressé, je vous prie d’agréer,
Monsieur le directeur, l’expression de mes salutations distinguées.

Un amateur de théâtre

31
BACCALAURÉAT PROFESSIONNEL ÉPREUVE DE
FRANÇAIS
SESSION 2004 - MÉTROPOLE
Coefficient 3 - Durée : 2H 30

TEXTE 1

Monsieur de la Forest et Florice, la fille de l'Astrologue, désirent se marier. Mais une comète vient de
passer dans le ciel... Une comète est un astre qui, en se rapprochant du soleil, fait apparaître une
chevelure et une queue s'étirant dans la direction opposée au soleil. Son passage, alors considéré
comme signe de malheur, suscitait de grandes frayeurs collectives.

Scène IV

M. de la Forest, Florice, l'Astrologue, Mathurin, Françoise (1)

L'ASTROLOGUE
Que de fléaux pour l'année prochaine ! Que d'orages ! Que de famines ! Que de pestes ! Que de
guerres !

MATHURIN
Bon ! Voilà qui est fort propre à mettre dans mon Almanach (2). J'attrape toujours quelque
chose.

M. DE LA FOREST
Monsieur, que voulez-vous dire ?

L'ASTROLOGUE
Ah ! Mon pauvre M. de la Forest, des feux allumés dans l'air, des queues épouvantables qui
tiennent la cinquième partie d'un grand cercle ; ou, afin que vous m'entendiez mieux, des
queues qui ont plus de quinze arpents de long.

MATHURIN
Des queues qui ont quinze arpents de long, ma chère Françoise ! Je n'oublierai pas celui-ci.

M. DE LA FOREST
Monsieur, expliquez-vous donc plus nettement, s'il vous plaît ; nous voilà tous alarmés sans
savoir de quoi.

L'ASTROLOGUE
Tout est perdu. Je viens de voir une affreuse Comète qui passe sur nos têtes.

32
M. DE LA FOREST
Hé bien, il faut la laisser passer.

L'ASTROLOGUE
Comment ! la laisser passer ! Oui, de par le diable, il faut la laisser passer ; mais elle ne passera
pas sans nous le faire savoir. Que je te plains, pauvre genre humain !

FLORICE
Hé ! Mon père, de quoi est-il tant à plaindre ?

L'ASTROLOGUE
Jamais le Ciel ne versa sur lui de si malignes influences. C'est mille fois pis que si Saturne et la
Lune étaient conjoints, ou que Mars et Mercure fussent en aspect sextil (3). Ne songez pas à
vous marier, M. de la Forest; voici un temps trop funeste (4).

M. DE LA FOREST
Quoi, Monsieur, parce qu'il paraît une Comète ?

L'ASTROLOGUE
Tant que la Comète durera, ou qu'il restera dans le Ciel le moindre morceau de sa queue, soyez
bien sûr que vous n'épouserez point ma fille.

M. DE LA FOREST
Ne m'avez-vous pas engagé votre parole ?

L'ASTROLOGUE
Oh ! La Comète la rétracte.

FLORICE
Mon père, songez-vous bien?...

L'ASTROLOGUE
Taisez-vous, petite impertinente, à qui une Comète n'est pas capable d'ôter la démangeaison de
se marier.

M. DE LA FOREST
Hélas! Monsieur, croyez-vous tout de bon que les Astres s'inquiètent de notre mariage ? Vous
leur donnez bien de la pratique, si vous voulez qu'ils se mêlent de tous les menus tracas
qui occupent les hommes.

L'ASTROLOGUE
Que voulez-vous dire ? Ce grand livre du Ciel, imprimé en caractères de feu, ne contient-il pas
les destinées de tous les hommes ?

M. DE LA FOREST
Permettez-moi de vous dire que ce grand livre n'est pas fort aisé à déchiffrer, et qu'avec toutes

33
vos lunettes, vous avez bien de la peine à en lire quelques mots.

L'ASTROLOGUE
Non, ce n'est pas pour vous sans doute qu'il est écrit. Il n'appartient qu'à nous, descendants du
fameux Nostradamus, de développer ces mystères. À quoi serviraient, à votre avis, tous ces
aspects des Astres, sextil, trin et quadrat ? À quoi serviraient ces conjonctions, ces oppositions,
ces stations, ces directions, ces rétrogradations ?

MATURIN, prenant ses tablettes


Mettons ceci sur nos tablettes. La peste, que me voilà riche !

M. DE LA FOREST
Tout cela sert à faire rouler les Planètes dans le ciel, et à les faire aller et venir. Elles vont leur
train, et nous laissent aller le nôtre.

L'ASTROLOGUE
Il suffit de vous faire regarder une Comète pour vous confondre. Sa figure extraordinaire, sa
lumière rougeâtre, cette queue, cette barbe, cette chevelure, tout cela ne vous inspire-t-il pas
naturellement de la frayeur ?

M. DE LA FOREST
À moi ? non. Je trouve cela fort beau ; c'est un nouvel Astre dont le Ciel nous favorise. Et
pourquoi ne veut-on pas croire qu'il nous annonce par là quelque bonheur ? N'y a-t-il pas
présentement mille gens heureux qui ont autant de droit de remercier la Comète de leur félicité,
que les malheureux ont droit de se prendre à elle de leur infortune ?

L'ASTROLOGUE
Pour vous, M. de La Forest, vous n'aurez pas de remerciement à lui faire, et vous ne vous
moquerez pas d'elle entre les bras de ma fille.

M. DE LA FOREST
Mais, Monsieur, écoutez-moi, je vous en conjure ; et rendons-nous un peu de justice. Sommes-
nous des gens si importants, que nous puissions nous imaginer que le Ciel fasse pour nous la
dépense d'une Comète ? Si elle avait à menacer quelqu'un, au lieu que je suis persuadé qu'elle
ne menace personne, serait-ce vous et moi qu'elle menacerait ? Voilà un feu plus gros que toute
la terre qui s'allume dans le Ciel, et pourquoi cela ? pour empêcher le mariage de Mademoiselle
Florice et de moi.

L'ASTROLOGUE
Taisez-vous, petit esprit ; car je sens que ma bile s'échauffe ; et si jamais...

M. DE LA FOREST
Je cède, puisqu'il le faut ; mais enfin...

L'ASTROLOGUE
Et dites-moi, a-t-on jamais vu de comète, sans qu'il soit arrivé de grands malheurs ?

34
M. DE LA FOREST
Si vous voulez bien que je vous réponde, ne m'avouerez-vous pas qu'il est bien arrivé de grands
malheurs sans Comète, ou plutôt qu'ils sont presque tous arrivés sans Comète ? Pourquoi les
uns sont-ils annoncés, lorsque d'autres, et même plus considérables, ne le sont pas ? Quand il
n'y a point de Comète, il faut bien que l'on s'en passe, et que l'on croie que tout est arrivé selon
l'ordre naturel ; mais dès que le hasard veut qu'il en paraisse une, c'est justement elle qu'on rend
responsable de tout le mal.

Fontenelle, La Comète, comédie, 1681.

1. Mathurin, Françoise : valet et servante de l'Astrologue.


2. almanach : calendrier, souvent illustré, comportant des indications d'ordre varié. (météorologie,
astronomie, cuisine, médecine, astrologie, etc.)
3. sextil : termes du vocabulaire de l'astrologie servant à préciser la position des astres (voir aussi
"trin, "quadrat").
4. funeste : qui apporte le malheur.

TEXTE 2

Partout s'étalent les horoscopes ; toutes les revues lues dans les antichambres des médecins ou
les salons d'attente des coiffeurs prodiguent de bons conseils permettant à chacun de gérer sa
carrière ou ses amours en fonction de la position de Vénus ou de Jupiter à l'instant de sa
naissance.

Chacun pourrait savoir qu'il ne s'agit que d'affirmations dépourvues de la moindre justification ;
elles ne font que ressasser de vieilles recettes datant de la décadence de Rome ou du Moyen-
Âge sans tenir compte du fait que, depuis, les positions des astres ont changé. Les
constellations que les Anciens distinguaient dans le ciel, capricorne, bélier ou taureau, nous
savons maintenant qu'elles ne résultent que d'effets d'optique ; les étoiles qui paraissent proches
sur la voûte céleste sont en réalité très éloignées dans l'espace. Personne ne devrait apporter la
moindre attention à ces élucubrations, pas plus qu'aux prédictions (1) de Malachie ou de
Nostradamus rédigées en termes si obscurs que toutes les interprétations sont possibles.
Pourtant, le commerce des prédictions reste florissant. La période du passage d'un millénaire au
suivant provoque une véritable éruption d'obscurantisme (2), comme si la présence de trois
zéros dans la numérotation d'une année avait un sens concret, alors qu'elle résulte de notre
façon arbitraire d'écrire les nombres avec des chiffres ! Jamais autant de voyants ne nous ont
décrit avec autant de détails les catastrophes à venir !

À vrai dire, peu de lecteurs de ces inepties sont vraiment dupes. La plupart jouent à se faire
peur ou à trouver dans les astres la cause possible de leurs échecs en amour ; ils n'y sont pour
rien, ce qui est rassurant. Année après année, les mêmes voyants célèbres font part le 1er
janvier de leurs prédictions. Tous les auditeurs ou lecteurs peuvent constater que celles du 1er
janvier précédent ne se sont pas réalisées. Mais cette évidence n'enlève rien à l'aplomb de ces
"voyants", ni au tirage de leurs livres. Cette permanence de leur public est signe d'une écoute
plus amusée qu'intéressée.

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Albert JACQUARD, À toi qui n'es pas encore né(e), 2000.

1. prédictions : annonces de l'avenir.


2. éruption d'obscurantisme : arrivée brutale et massive d'idées et d'attitudes opposées à la raison et à
l'instruction.

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I - COMPÉTENCES DE LECTURE (10 points) :
1 - Texte 1 :

Pourquoi l'Astrologue s'oppose-t-il au mariage de sa fille ?

Comment le personnage de l'Astrologue est-il rendu ridicule ? Vous justifierez votre réponse

Par une étude précise des répliques de l'Astrologue et des répliques de Mathurin (propos tenus,

vocabulaire utilisé, ton, ponctuation, etc.)

(3 points)

2 - Texte 1 :

Quel point de vue Monsieur de la Forest oppose-t-il à celui de l'Astrologue ?

Sans recopier le texte, vous reformulerez deux de ses arguments.

(3 points)

3 - Texte 1 et texte 2 :

Quelle est la thèse soutenue par Albert Jacquard ?

Vous direz en quoi ces deux textes, à deux siècles de distance, poursuivent le même but.

(4 points)

II - COMPÉTENCES D'ÉCRITURE (10 points) :


Un de vos camarades, amateur d'horoscopes, vous fait part de ses inquiétudes au sujet de l'avenir
et de son désir de consulter une voyante ou un astrologue. Dans une réponse argumentée, vous
tentez de l'en dissuader en tournant ces "prédictions" en dérision et en lui montrant le manque de
fondement ainsi que les dangers de ces croyances (vous éviterez le langage familier ; votre réponse
sera d'une quarantaine de lignes).

N.B. : Afin de respecter les règles de confidentialité, votre texte ne révélera ni votre identité, ni le lieu où il est
écrit.

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Éléments de corrigé :
Texte 1: La Comète, Fontenelle.

Texte 2 : À toi qui n'es pas encore né(e), Albert Jacquard.

1 - Compétences de lecture (10 points) :


1- Texte 1 :

Pourquoi l'Astrologue s'oppose-t-il au mariage de sa fille ?

Comment le personnage de l'Astrologue est-il rendu ridicule ? Vous justifierez votre réponse
par une étude précise des répliques de l'Astrologue et des répliques de Mathurin (propos tenus,
vocabulaire utilisé, ton, ponctuation, etc.) (3 points)

L'Astrologue s'oppose au mariage de sa fille Florice en raison du présage funeste apporté


selon lui par le passage d'une comète.

Ce personnage est rendu ridicule par les propos qu'il tient, par le contraste entre la solennité
qu'il donne à ses déclarations et la futilité de leur contenu. En effet, l'Astrologue donne à ses
propos une grandiloquence, une emphase remarquables. Tous les malheurs du monde défilent dans
sa bouche : « fléaux...orages...famines...pestes...guerres » (1.1 à 3). Sa parole procède par
anaphores « Que de... »), par accumulation, par hyperbole « tout est perdu » 1.17); elle est
caractérisée par de nombreuses exclamations (1.1 à 4, 1.20 à 23) et interrogations (1.46 à 48, 1.56
à 60, 1.70, 1.97). Ces procédés visent à saisir les autres personnages, à les convaincre, à les
pétrifier d'émotion et de crainte. Mais ceux-ci résistent et ne se laissent pas impressionner. Obligé
d'aller plus loin dans ses explications et donc de dévoiler les fondements de sa « science »,
l'Astrologue délivre un discours creux. Les mots savants, le jargon (1.7 à 11, 1.25 à 30, 1.54 à 60),
cachent mal le vide des propos. Il n'y a pas d'argumentation fondée. L'Astrologue lui-même
explique que les mots seuls, par leur existence, garantissent la vérité de sa « science» (1. 56 à 60).
Au total, le personnage suffisant du début se révèle bien dépourvu. Il passe de l'emphase initiale
« Tout est perdu... » 1.17, « Que je te plains pauvre genre humain ! » 1.22 et 23) à une posture
agressive et menaçante. Le « pauvre M.de la Forest » (1.7) est écrasé de mépris « Taisez-vous,
petit esprit » (1.93) dès lors qu'il cherche à contester le grand homme. Le grand savant capable de
lire « le grand livre du ciel, imprimé en caractère de feu » (1.46 et 47) devient un petit personnage
dont « la bile s'échauffe » (1.93). Cette évolution qui porte la dynamique même de la scène fait de
l'Astrologue un personnage ridicule et peu sympathique.

Mathurin, préoccupé de noter les propos de son maître, commente et duplique, en langage
simple et populaire, les déclarations grandiloquentes de l'Astrologue soulignant par là leur aspect
excessif et outrancier. Le calme de Mathurin, son absence d'inquiétude, ses propos pragmatiques,
soulignent a contrario la fébrilité et la peur irraisonnée de l'Astrologue. Figure de bouffon,
burlesque, le personnage de Mathurin contribue ainsi à mettre en relief le ridicule de son maître et
donc à discréditer ses propos.

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2- Texte 1 :

Quel point de vue Monsieur de la Forest oppose-t-il à celui de l'Astrologue ? Sans recopier le
texte, vous reformulerez deux de ses arguments.

(3 points)

Aux propos obscurantistes et pompeux de l'Astrologue s'oppose l'attitude modeste, sereine,


fondée sur le bon sens et sur la raison, de M. de la Forest. Au début, il parle peu, écoute, cherche à
comprendre; c'est la curiosité qui l'anime : « Que voulez-vous dire ? » (1.6), « expliquez-vous
donc plus nettement, s'il vous plaît» (1.14 et 15). Mais ses répliques, au début très courtes,
s'étoffent au fur et à mesure que celles de l'astrologue se réduisent. Ainsi, c'est un point de vue
construit, rigoureux, raisonné, qu'il développe en plusieurs moments :

- la subjectivité des interprétations : ce qui effraie les uns peut réjouir les autres; il n'y a pas de
science possible des signes puisque chacun projette ses humeurs sur le monde (1.71 à 78).

- la disproportion entre les faits, l'absence de rapport entre les causes et les conséquences
prétendues : entre le mouvement des astres et le mariage de M. de la Forest, quel rapport peut-il y
avoir ? (1.83 à 92).

- l'absence de logique : l'observation montre que les malheurs arrivent, avec ou sans comète;
lorsqu'il n'y a pas de comète on dit que c'est naturel, lorsqu'il y a une comète on la met en
accusation; le lien causal n'est nullement établi par les faits (1. 98 à 108).

3- Texte 1 et texte 2 :

Quelle est la thèse soutenue par Albert Jacquard ? Vous direz en quoi ces deux textes, à deux
siècles de distance, poursuivent le même but.

(4 points)

Albert Jacquard soutient que l'astrologie est une imposture, une fausse science, aux
origines archaïques. Pour lui, la croyance en l'astrologie et autres superstitions, malgré leurs
contradictions foncières, tient à un sentiment de crainte devant l'avenir, au besoin des hommes de
trouver des explications rassurantes à leurs interrogations.

A. Jacquard est dans le droit fil de la position développée par M.de la Forest dans le texte
de Fontenelle. Il préconise lui aussi l'observation des faits contre les affirmations dogmatiques.
Les deux mettent en avant les contradictions de ces fausses sciences, leur inefficacité pratique. Les
deux s'intéressent aux motivations des croyants : lire « les destinées de tous les hommes» (texte J,
1. 48), « [jouer] à se faire peur... trouver dans les astres la cause possible [de nos] échecs en
amour» (texte II, 1.16). l1s mettent en lumière ce qui motive les charlatans qui prospèrent dans cet
univers de l'irrationnel : la volonté de pouvoir pour« les descendants de Nostradamus» (texte 1,
1.53 à 56) , le goût de la réussite commerciale pour les modernes voyants ou astrologues évoqués
par A. Jacquard, que l'on devine attentifs à leur image ( « [leur] aplomb ») et au« tirage de leurs
livres ».

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À deux siècles de distance, par des écrits de nature différente, Fontenelle et A. Jacquard se
relaient dans le même combat, celui de la raison contre la croyance; c'est aussi une affirmation de
la confiance dans l'intelligence de l'homme, une protestation contre la démission devant les
gourous et autres manipulateurs des consciences qui tablent sur la peur, sur l'ignorance de leurs
congénères pour asseoir leur propre pouvoir. La bataille initiée par les philosophes des Lumières
continue.

II - Compétences d'écriture (10 points) :


Un de vos camarades, amateur d'horoscopes, vous fait part de ses inquiétudes au sujet de
l'avenir et de son désir de consulter une voyante ou un astrologue. Dans une réponse
argumentée, vous tentez de l'en dissuader en tournant ces « prédictions» en dérision et en lui
montrant le manque de fondement ainsi que les dangers de ces croyances (vous éviterez le
langage familier; votre réponse sera d'une quarantaine de lignes).

Quelques critères d'évaluation :

- respect de la longueur : «une quarantaine de lignes».

- qualité de l'expression (syntaxe, orthographe, richesse du vocabulaire), graphie et présentation.

- respect de la situation de communication : l'écrit attendu a la forme d'une réponse adressée


directement à un destinataire connu, «écrit oralisé » (énonciation à la première personne,
destinataire désigné par «tu»).

- développement d'une argumentation (présence d'arguments et d'exemples, organisation et


progression de l'argumentation, articulation et enchaînement des arguments, pertinence des
arguments...)

- langage simple et accessible, sans registre familier.

- valorisation de l'implication de l'émetteur (« tourner en dérision », conviction, expression


personnelle...)

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