Vous êtes sur la page 1sur 11

Histoire médiévale, par Franck Mercier.

Introduction à l’Europe médiévale (XIIIe - XVe siècle) -


Cours de Jean-Charles Galli.

La vision péjorative du Moyen-Âge est entretenue par le discours médiatique, qui utilise à outrance le terme de moyenâgeux (pour
qualifier des cas très divers comme l’effondrement d’un État ou bien le retour à l’intégrisme religieux).
Faut-il dynamiter le mythe de la renaissance pour faire briller la période médiévale ? La Renaissance a été conceptualisée plus
particulièrement au XIXe siècle, avec la caractérisation de la Renaissance italienne, qui a été étendu à l’ensemble de l’Europe : La
renaissance européenne. Jules Michelet (1798-1874) et Jacob Burckhardt (1818-1887) ont participé à ancré dans le monde savant le terme
ainsi que la période. Civilisations de la renaissance, de l’allemand : « Le voile qui enveloppait les esprits était un tissu de foi et de préjugés,
d’ignorance et d’illusions. C’est l’Italie qui, la première, déchira ce voile.

Le livre de Johan Huizinga (1872-1945) L’automne du Moyen-Age, Harlem, 1919, sera traduit en Français en 1932, à Paris, sous le titre
suivant : Le déclin du Moyen-Âge. Ici, les deux derniers siècles du Moyen-Âge sont synonymes de déclin. Effectivement, pour qu’il y ait une
« renaissance », il faut qu’il y ait une mort du monde ancien, mais celle-ci n’arrive pas ; Les XII, XIV et XVe siècle sont au contraire des
temps de bond en avant de la civilisation européenne, tremplin nécessaire pour la renaissance. Huizinga met surtout en avant
« l’imbrication intime du Moyen-Âge et de la Renaissance » (Jacques Le Goff). Pourtant, il y a toujours une résistance surprenante du
mythe de la Renaissance. Comment l’expliquer ? Le Moyen-Âge fantasmatique opposé à la Renaissance assume aujourd'hui une fonction
importante dans notre représentation du monde, de la place qu’occupe notre société dans l’histoire. Le Moyen-Age constitue un
repoussoir qui permet à notre société de se rassurer sur sa propre modernité, de croire à l’idée de progrès. Et tout cela en dépit des
dérives totalitaires du XIXe siècle. Le Moyen-Âge permet d’oublier les travers, les errances de notre propre société, qui préfère se référer
aux mythes de la Renaissance. Pourtant, le Moyen-Âge a vu l’invention du papier, des lunettes, des universités, des banques, des notaires,
de l’arbre généalogique…

Le cours concernera seulement l’Europe occidentale, espace qui est pourtant difficile à délimiter, car il n’a pas de frontières précises. Les
États-Nations n’existent pas, ni au début, ni à la fin du Moyen-Âge. La Chrétienté est un espace politico-religieux qui est appelé à se
confondre avec le monde connu, donc elle n’a pas de frontières par définition. Les limites de cet espace sont mouvantes au cours de la
période considérée. Le Christianisme s’impose en Europe occidentale. C’est une conception romaine du christianisme qui s’impose en
Europe occidentale. Cet espace théologico-politique rencontre des difficultés, il commence à éclater à la fin du Moyen-Âge : La Papauté
s’affaiblit au fur et à mesure que les monarchies territoriales gagnent de plus en plus de pouvoirs, sans que l’on puisse parler d’État-
Nations. Nous nous intéresserons à la puissance de l’Eglise et de la Papauté, à celle de l’Empire. Il y a également les monarchies
territoriales, comme les possessions des Plantagenets, ainsi que la France des capétiens.

Thème I - L’apogée de l’Europe féodale ?


Chapitre I - L’Eglise, institution dominante du féodalisme ?
Peut-on parler de religions au Moyen-Âge ? Non, il faut au contraire le bannir, du moins dans le contexte médiéval. La religion constitue
une invention du XVIIe siècle, au moment où le christianisme se trouve contesté dans son statut d’idéologie dominante. La religion devient
une sphère autonome après le XVIIIe siècle, intéresse l’individu et concerne son domaine privé. Ainsi, la religion résulte d’un libre choix de
la conscience individuelle. On va pouvoir isoler dans la société le domaine de la religion, de la foi.

Cette conception moderne de la religion est difficile de la plaquer sur l’Occident médiéval, pour le comprendre. Le mot religion existe à
l’époque médiévale, sous le terme latin de re-ligere le plus souvent. Ce terme qualifie une réalité différente de celle que l’on entend à
partir du XVIIIe siècle. Le terme de religion s’applique uniquement à l’ordre et à la vie monastique. Le mot religere signifie relier, recréer le
lien entre le croyant et Dieu. La fides médiévale pourrait être traduit par la foi. Mais la fides désigne en réalité ce qui est indispensable à
la réalisation d’un contrat. C’est cette fides qui est invoqué pour les relations de féodalité. Au Moyen-Age, on est chrétien car on nait en
chrétienté ; Il n’y a aucun choix dans la religion, c’est une forte identité héritée, marquant l’appartenance à la société.

La religion, au sens moderne du terme, n’existe pas au Moyen-Age.

Une définition anthropologique : « Un imaginaire social qui contribue, par la représentation (mentale, rituelle, imagée) d’un ailleurs qu’on
peut nommer le divin, à ordonner et à légitimer les relations des hommes entre eux. »

L’organisme central qui façonne cet imaginaire est l’Eglise. L’Eglise est l’institution qui contrôle et dirige la société, qui permet de légitimer
les relations sociales. Elle a notamment le contrôle du temps -elle impose sa manière de compter le temps qui passe, elle contrôle le
temps quotidien, le temps du travail et celui de la fête ; Elle détermine le temps historique et à une conception linéaire de l’Histoire : De
l’Eden au Jugement Dernier- ainsi que, dans une moindre mesure, l’espace -avec les paroisses, les évêchés, les cimetières -. L’Eglise prend
en charge toutes les étapes de la vie individuelle. Elle possède également un monopole sur l’éducation des esprits. Le mot Eglise - Ekklesia
pour les grecs, Ecclesia pour les latins- a trois sens distincts : La communauté des croyants, des baptisés. Elle a ainsi le sens d’assemblée.
Elle a ensuite défini le nom de l’édifice dans lequel les fidèles célébraient le culte. Ensuite, le terme d’ecclesia désigne une partie des
croyants, que l’on appelle couramment les clercs. A partir du XIe siècle, le terme latin d’Ecclesia va être réservé au clergé, tandis que
d’autres termes vont être utilisés pour qualifier la communauté des chrétiens.

Rennes 2 - L2 Histoire 1
1 - Une église unitaire et hiérarchisée :
Le pape n’était que l’évêque de Rome pendant tout le Haut Moyen-Âge. Il disposait d’une proéminence sur les autres évêques, mais elle
était surtout honorifique, symbolique, sans contenu politique réel. L’un des principaux effets de la Réforme grégorienne a précisément été
de transformé l’Eglise une véritable institution, avec une division beaucoup plus stricte entre les clercs et les laïcs (met fin au nicolaïsme et
à la simonie). Le pape s’impose comme le chef incontestable, la tête de l’Eglise suite à cette Réforme. La titulature (l’ensemble des titres
accordés à une personne) du Pape évolue. Il s’est longtemps présenté comme le successeur de l’apôtre Pierre, premier évêque de Rome. Il
s’est aussi présenté comme le vicaire de Pierre. Puis, à partir du XIIe siècle, on voit apparaitre une autre notion, celle de vicaire du Christ et
cette appellation se substitue à celle du vicaire de Pierre.

Le Pape Innocent III (1198-1216) est considéré comme le Pape le plus puissant du Moyen-Âge. L’expression de Vicaire du Christ (vicarius
Christi) s’impose, sans que le Pape renonce à son titre de vicaire de Pierre. Il lie ainsi un lien privilégié et unique avec le Christ, avec Dieu,
qui légitime sa suprématie et son pouvoir. La Plenitudo potestatis -La plénitude de puissance- désigne le pouvoir suprême au-delà duquel il
n’y a personne (excepté Dieu). Cela donne au Pape la pleine puissance sur l’Eglise, et sa structure, ayant une puissance s’étendant
jusqu’aux pouvoirs temporels.

La sophistication de la curie pontificale est autre manifestation de l’accroissement de la puissance papale. La curie pontificale désigne la
cour, qualifiée de curie. La curie romaine se compose principalement de ceux que l’on appelle les cardinaux. Ce sont des prélats d’un
niveau supérieur qui, à partir de la réforme grégorienne, deviennent les principaux éléments de la puissance papale. La curie pontificale
apparait très en avance sur les autres monarchies de son temps. C’est une structure monarchique très en avance sur les autres cours, avec
notamment de très grandes avancées en matière d’administration. C’est une cour qui est pour une part itinérante. La chancellerie
pontificale a pour fonction principale de promulguer et de conserver les décisions qui dépendent uniquement du Pape (par exemple la
canonisation). Les décrétales (ou les bulles pontificales) sont des lettres pontificales. La curie possède un certain nombre de tribunaux : Le
Pape est apte à rendre la justice, mais il est lui-même injustifiable ! La Rote est le tribunal suprême de l’Eglise, pour juger ; L’autre service
judiciaire est la pénitencerie, chargé d’absoudre les fautes des membres de l’Eglise.

A partir d’Innocent III, la papauté réclame d’intervenir dans les affaires temporelles, en s’arrogant le droit de juger les rois et les princes
ainsi que l’Empereur, en cas de péchés, lorsqu’ils ne répondent pas aux exigences chrétiennes. Ce principe de « Ratione peccati » est très
utilisé par les différents papes, pour disqualifier tous les actes qui sont hostiles à sa politique. Il peut user de sanction comme
l’excommunication (individuelle ou collective !). En 1200, Innocent III excommunie tout le Royaume de France suite à la volonté de
Philippe-Auguste de rompre son mariage pour des raisons politiques.

La Chambre apostolique se charge des finances de la papauté ; La fiscalité pontificale repose sur le clergé -un évêque doit s’acquitter d’une
certaine somme à son entrée en fonction- ; C’est un service très performant et largement en avance sur les autres monarchies
européennes.

Tous ces services sont pourvus d’un personnel spécialisé, mais c’est sans doute le service fiscal (la chambre apostolique) qui mobilise le
plus de monde, parce que la papauté développe ses besoins de richesses. La Papauté réussit à partir du XIIIe siècle à accroitre ses revenus.
L’argument de Croisades est un moyen parmi d’autre d’installer une fiscalité permanente ! En 1199, Innocent III décrète une taxe
spéciale - la décime -, prélevant un dixième de tous les revenus ecclésiastiques, destinée officiellement à financer la croisade. Or, le décime
a continué d’exister et d’être perçu même après la croisade.

Des résistances et des réactions hostiles ; Les goliards sont des clercs ayant fait des études, mais qui n’ont pas pu trouver de bénéfices
(poste) à la sortie de leurs études. Ces goliards se vengent, en écrivant de nombreux textes satiriques pour se moquer de la fiscalité
pontificale : Le Saint-Evangile selon le Marc-d’argent. Ils dénoncent la rapacité de l’Eglise, en trahissant certaines valeurs, dont celle de la
pauvreté. Pourtant, les écrits s’en prennent surtout à l’administration (la curie pontificale) plutôt que le Pape lui-même.

Au XIIe et XIIIe siècle, ce qui fonde la puissance pontificale, c’est qu’il peut se fonder sur le droit. L’Eglise devient l’institution dominante,
exclusive même, car elle fut pendant longtemps la seule puissance de faire la loi. Bien avant les rois, les papes sont les premiers à faire la
loi, à travers leurs décrétales, de leurs bulles. Ces décisions de papes ont valeur de normes à l’échelle de la chrétienté. On appelle cela la
renaissance du droit romain, que l’on situe dans le courant du XIIe siècle. Il s’agit du droit romain remanié, transformé. En redécouvrant le
droit romain, les juristes du Pape le transforment en l’adaptant au contexte où la chrétienté se renforce autour de la personne du Pape. Le
droit romano-canonique va donner lieu à un vaste ensemble textuel qui compose un organe complet auquel on donne le nom de Corpus
romano-canonique. Tous les textes formant le droit canon sont organiquement reliés les uns aux autres. Cela a permis de matrice à la
constitution législative des états modernes.

Les juristes vont fournir au Pape les moyens de penser la nature de leur propre pouvoir. Les juristes vont organiser et faciliter le transfert
de l’ensemble du dispositif juridique qui concernait les empereurs romains. Tout cela va être déplacé sur la figure du Pape ; Ainsi, les papes
vont devenir, sur le plan juridique, des équivalents de l’Empereur romain -désigné sous le titre de princeps-. Le Pape Innocent IV -1243 et
1254- va invoquer pour lui-même : « Quod principi placuit legis habet vigorem » - ce qui plait au prince a force de loi -Si tel est mon bon
plaisir. De plus, le Pape détient les archives de la loi écrite auprès de lui. Le Pape est la source animée de la loi -Lex animata-. Le droit
canonique se recentre sur le Pape.

La Majestas désigne la grandeur indépassable du pouvoir ; Elle désigne également la part du pouvoir qui doit rester inaccessible,
inatteignable. Elle correspond au ‘sanctuaire juridique’ du Prince. Cette majesté va de pair avec la souveraineté, mais elle ne se confond
pas avec elle. La majesté ne se laisse appréhender que de façon négative, que parce qui l’atteint, ce qui la lèse. Elle n’apparait qu’avec le
crime qui l’affecte, qui l’a met en cause : Avec le crime de lèse-majesté ! C’est qu’en l’atteignant, en la blessant, qu’on la fait apparaitre. Le
crime d’hérésie, concernant la foi, va compléter le crime de lèse-majesté.

Rennes 2 - L2 Histoire 2
Le Pape Alexandre III et sa décrétale « Aeterna incommutabilis » -1171- fût adressée au roi de Suède ; Le Pape interdisait au roi de Suède
de rendre un culte au roi Erik, en arguant du fait que le roi Erik était mort en état d’ébriété ! Cette lettre fonde le droit exclusif du Pape de
la canonisation des saints, et ce ne sont plus les évêques qui décident.

Sur le plan de l’élection du Pape, il y a de nombreuses évolutions. Pour rappel, le Pape est à la base l’évêque de Rome. Depuis le VIIIe siècle,
le Pape est élu par le clergé romain ; Puis il est produit des familles aristocratiques romaines, quand il n’est pas autoritairement désigné par
l’Empereur. Le point de l’élément laïc est donc déterminant dans le choix des papes. L’un des objectifs de la réforme grégorienne est de
dégager autant que possible l’élection du Pape de l’emprise des laïcs. Il faut séparer pour mieux organiser l’institution ecclésiastique. En
1059, l’élection du Pape est réservée uniquement aux cardinaux électeurs. En 1179, la Licet de vitanda est une constitution -promulgué lors
du Concile de Latran III- qui modifie le mode d’élection du Pape ; Il doit rassembler sur son nom une majorité des deux tiers du vote des
cardinaux. En 1274, les modalités de l’élection du Pape vont être modifiées pour assurer une meilleure continuité du pouvoir ; Il faut
réduire au maximum les délais de l’interrègne, le moment périlleux qui sépare la mort du Pape de l’élection de son successeur. Le record
de vacance pontificale a établi en 1268, avec la mort de Clément IV, où il a fallu attendre 36 mois pour trouver un nouveau pape. Il est mort
à Viterbe, et les cardinaux se sont réunis là-bas de 1268 à 1271. Le gouverneur de la ville de Viterbe a pris la décision d’enfermer les
cardinaux dans le palais de l’évêque. En 1269, il décide de retirer le toit du palais épiscopal pour accélérer la décision, sans effets. En 1274,
dans le cadre d’un concile, on instaura un conclave et une constitution Ubi periculum -là où est le danger-, instaurant un délai. Les
cardinaux doivent être reclus en dehors du reste du monde jusqu’à l’élection du nouveau Pape. Il y avait de nombreuses contraintes : Une
réduction des repas destinés aux cardinaux ; Il avait également une suspension des revenus perçu lors du conclave.

Des images, des symboles sont indispensables à la Papauté ; Elle s’est imposée comme une force, une institution capable de donner d’elle-
même de nombreuses représentations. Les papes empruntent beaucoup de choses aux empereurs romains beaucoup de représentations,
avec le port du manteau rouge par exemple. La summa parisiensis affirme que « le vrai empereur, c’est le pape ». La donation de
Constantin est un long document (datant du VIIIe siècle), attribué à l’empereur Constantin ; On lui attribue, de façon post-mortem et
factice, une donation le don au Pape de nombreux biens, que ça soit des terres aux alentours de Rome, mais également le port du manteau
rouge. Le pouvoir pontificale tire son origine de son élection, mais on affirme ensuite que le pouvoir du Pape découle de Dieu. Plusieurs
rituels d’intronisations ont lieu après son élection. Le Pape doit s’asseoir sur différents sièges, dont le siège « stercorata »,

2 - Encadrer la société - Puissance et renouvellement de la médiation ecclésiale.


L’Europe latine s’est transformée entre le XIe et le XIIIe siècle ; La médiation ecclésiale a évolué entre ces siècles. Au XII et XIII e siècle,
l’Eglise va renforcer son contrôle sur l’ensemble de la société, mais tout d’abord sur le clergé. Ce mouvement se prolonge au XIIIe siècle en
particulier sous le pontificat d’Innocent III notamment lors du concile de Latran IV (1215). Le Canon 13 pose comme principe qu’aucun
ordre religieux ne peut être crée sans aval de la papauté. De même, la papauté renforce son contrôle sur les conditions d’accès à la
sainteté : On ne peut plus devenir saint sans l’approbation de la papauté. On ne peut devenir saint qu’après une minutieuse enquête
contrôlée par le Pape appelé un procès en canonisation. La pression exercée sur le clergé va progressivement s’accentuer sur l’ensemble
de la société. Cela n’a pas été sans conséquences, par exemple avec la définition de l’hérésie. Cela passe par le développement et la
régulation de ce qu’on appelle les sacrements. Les grands sacrements de l’Eglise sont définis et organisés entre le XII et XIIIe siècle ; Le
clergé va concentrer de plus en plus de sacralités, lorsque se met en place une doctrine globale du sacrement.

Les sacrements tiennent une place fondamentale dans l’Eglise fait des rapports à Dieu. Les sacrements sont des signes sacrés dont l’origine
est attribuée au Christ ; Ils sont les instruments du Salut. Cela se traduit par des rites, des gestes liturgiques qui vont marquer des étapes
de la vie des fidèles, de leur naissance jusqu’à leur mort. Il y a 7 sacrements, on parle du septénaire des sacrements. L’Eglise fait comme si
ces sept sacrements avaient tjrs existé. En réalité, ils sont largement apparus au XIIe siècle. Le baptême et l’eucharistie étaient les premiers
sacrements. Le baptême est censé effacer le péché originel, et c’est grâce à lui que l’on s’agrège dans la communauté chrétienne. C’est le
signe qui institue l’appartenance à l’Eglise. Avant le XIIe siècle, le baptême était donné aux adultes, puis à partir du XIIe siècle, il est donné
aux enfants, quasiment immédiatement après leur naissance. Il y a une séparation très claire entre les clercs et les laïcs. Les parents ne
tiennent pas l’enfant, mais ce sont son parrain et sa marraine, destinés à devenir ses parents spirituels. En théorie, le sacrement de
baptême peut être donné par n’importe quel chrétien, il échappe théoriquement au contrôle du clergé, mais pas dans les faits.

Le sacrement de pénitence était un sacrement de réconciliation entre le fidèle et l’église. Elle va prendre la forme de la confessio, la
confession donc, qui est l’aveu de la faute. En l’échange de l’aveu, le prêtre accorde son absolution -le pardon de l’Eglise tout en fixant une
pénitence à accomplir, proportionnée à la faute avouée-. Tous les fidèles doivent se confesser au moins une fois par an. Cette pratique de
la confession secrète auriculaire -car la faute doit être chuchotée à l’oreille du prêtre-. Les premiers portraits personnalisés, prenant en
compte les traits personnels des individus, passe par le développement et la diffusion de la confession, impliquant un examen de
conscience. On se préoccupe à la fois de la faute et des intentions ; Cela permet une intériorisation de la loi. L’accent mis par l’Eglise sur la
nécessité de se confesser renforce le rôle du prêtre et celui de l’Eglise. L’aveu de la faute va devenir un élément nécessaire du salut. La
confession prend toute son importance avant de mourir. La confirmation est un sacrement impliquant une relation étroite entre le clergé
et les laïcs. Parvenus à l’adolescence, tous les chrétiens doivent recevoir la confirmation, avec l’apport d’une huile sainte sur le front des
enfants. L’ordination est un sacrement interne au clergé, où l’évêque accorde au futur prêtre le pouvoir d’exercer le sacerdoce. Sur le
mariage, tel qu’il est défini au XIIe siècle, ayant lieu entre un homme et une femme, nécessairement pensé comme monogamique. Ce lien
de mariage est posé comme indissoluble car s’étant déroulé devant Dieu. L’Eglise va encadrer de façon très précise les possibilités de
mariage entre les hommes et les femmes, en mettant toute une série d’interdits entre parents proches. Les interdits de parentés ont été
e degré e
étendus jusqu’au 7 , puis ils ont été réduit au 4 degré. Le mariage devient le seul moyen d’autoriser la procréation. Le mariage est une
union entre deux personnes, le prêtre s’interpose dans une position intermédiaire, pour garantir la réalisation du lien matrimonial. Mais
l’Eglise fait reposer la sacralité du mariage sur le consentement réciproque des époux. Cela réhabilite la femme, dont la volonté est prise en
compte, nécessaire même pour la validation du mariage. A l’approche de la mort, les mourants se font octroyer le sacrement d’extrême
onction, qui est destiné d’enlever les derniers restes du péché. Un malade est toujours représenté alité, première étape de la mort. Un
prêtre applique à différentes parties du corps une huile sainte. Au Moyen-Âge, on ne meurt pas seul, la solitude face à la mort est même
redoutée. L’importance de l’eucharistie est primordiale au Moyen-Âge. Le concile va faire obligation à tous les fidèles de communier, c'est-

Rennes 2 - L2 Histoire 3
à-dire recevoir l’eucharistie. L’eucharistie va devenir une sorte de « super sacrement ». Il devient le lieu privilégié de la rencontre et du
contact avec Dieu. Cela est le résultat d’un renversement doctrinal ayant eu lieu au Moyen-Age. La célébration eucharistique est encore
conçue comme un acte de mémoire, faisant référence au dernier repas du Christ. Au cours du XIe siècle, l’Eglise en est venue à adopter une
doctrine nouvelle, dite de la présence réelle. L’eucharistie n’est plus considérée comme un symbole ayant pour but de raviver la présence
du christ chez les croyants. Selon cette doctrine, le corps du Christ devient réellement présent dans l’hostie. Lors de la consécration de
l’hostie s’opère un miracle, une métamorphose qui veut que dans le vin et le pain, Dieu, le Christ se rende présent. Cette opération qui
consiste à rendre présent Dieu est appellée la transsubstantiation.

Le canon 1 de Latran IV expose une profession de foi, c'est-à-dire ce qu’il faut croire pour faire partie de l’Eglise. Il n’y a pas de salut en
dehors de l’Eglise. Seule l’église a les moyens de rendre Dieu présent via les prêtres et l’eucharistie. La petite élévation - prise l’hostie dans
la main gauche, au niveau de la poitrine, et bénissant de sa main droite. Le prêtre célèbre ainsi la messe, mais accompli par la seule force
de son verbe la transsubstantiation. Depuis le XIIIe siècle, seuls les prêtres ont le droit à l’eucharistie, en mangeant le corps du Christ et en
buvant le sang du Christ.

3 - Encadrer la pensée : le triomphe de la scolastique.


Au XIIe siècle, on relit et on découvre les textes attribués aux philosophes, notamment ceux d’Aristote. Cela est contemporain du
développement des villes et de l’apparition d’une caste d’intellectuels. Le savoir n’est plus confiné aux écoles monastiques mais migre vers
e
les villes (Paris) ou vers des écoles cathédrales, comme celle de Chartes. Au 12 siècle, la raison qui passe par le discours et la grammaire a
plus de pouvoir qu’avant. De nombreuses écoles vont ouvrir à paris et dans les environs et vont polémiquer dans le cadre de la
« révolution scolaire du XIIe siècle ». On va s’intéresser à la naissance des universités issues de cette révolution. Au début du XIIe siècle,
l’activité intellectuelle et enseignant va se développer de façon informelle autour de ces écoles : notamment des spécialistes du droit, de la
théologie, de la philosophie qui ouvrent leur écoles et cherchent à attirer des disciples. Ces premières écoles ne disposent pas encore de
locaux appropriés. Il n’y pas a pas encore de structures administratives et d’autorité académique capable de mettre en place des titres, des
fonctions. C’est juste fondé sur la capacité des intellectuels à attirer des disciples. Par exemple, Anselme de Laon (vu par Abélard).

Ce n’est que progressivement et notamment au XIIIe siècle que ces écoles organisées autour de la notoriété d’un maitre, vont se
structurer et s’organiser pour donner naissance à la première université, comme celle de Bologne., ou celle de Paris (ayant reçu ses
privilèges de Célestin III, mais aussi ceux de Philippe Auguste en 1200), Oxford (privilèges obtenus en 1214), Cambridge, Padoue, Toulouse,
Naples… L’université est l’une des créations originale de l’Occident.

La naissance des universités résulte d’un processus assez complexe qui trouve son origine dans le florissement des écoles cathédrales. Au
XIIIe siècle, on essaie de remettre à plat ce système. Après le XIIe siècle, époque pionnière des universités, on établit des cadres, statuts et
règlements. Cela commence par le terme même d’université, dérivé d’universitas, qui prend le sens juridique de communauté organisée
par rapport à un règlement. La notion d’université implique la notion d’unité, de solidarité entre ces membres, et suppose en même
temps la création d’une communauté autonome par rapport aux autres pouvoirs, par rapport aux pouvoirs civils et ecclésiastiques au 13e
siècle. C’est avant tout une corporation, placé sous l’autorité papale. Les universités sont composées en grandes parties de clercs. Les
universitaires parviennent à imposer l’idée que leur activité intellectuelle mérite une rémunération, ce qu’ils font en enseignant leur savoir
constitue un véritable travail. Par conséquence, l’université médiévale présente toutes les caractéristiques d’une corporation. L’université
dispose d’une autonomie juridictionnelle c'est-à-dire que les membres de l’université impliqués dans un délit sont jugés par l’université,
son recteur notamment. Elles disposent également d’un droit de grève et de sécession : L’université va tenter de s’accorder des droits, des
conditions d’accès à l’enseignement. Elles se dotent de sceaux, qui sont des marques d’existence juridique. Chaque université possède
aussi ses spécificités. A Bologne, ce sont les étudiants qui définissent les programmes d’enseignements, les salaires des maitres. A Bologne,
les étudiants ont l’ascendant sur les maitres, tandis que c’est le contraire à Paris.

A l’université de Paris, on peut étudier la médecine, le droit (civil et canon), la théologie, et la faculté des arts (libéraux) : Trivium :
Dialectique, rhétorique, grammaire. Quadrivium : géométrie, arithmétique, astronomie, musique. Cette distinction des savoirs et sa
hiérarchisation constitue une différence entre ces pratiques d’enseignements et celles qui s’étaient développés au XIIe siècle. L’université
de Paris n’a aucune présence bien définie dans la ville de Paris. Elle se distingue surtout par la présence de nombreuses corporations sur la
rive gauche de la Seine, au niveau du Quartier Latin. L’activité intellectuelle a contribué au prestige et au rayonnement de la ville de Paris.
Pierre Lombard et d’autres assurent le renom de la capitale dans toute l’Europe. Thomas d’Aquin venant d’Italie du Sud est allé étudier et
enseigner à l’université de Paris. Un cursus scolaire se met en place, mais peu d’étudiants passent la faculté d’arts, qui durait 5 ou 6 ans.
Les facultés supérieures de droit, théologie, médecine étaient plus longues, allant jusqu’à 15 ans d’études pour obtenir le doctorat. Les
universités médiévales ont aussi inventées les examens en créant un système de contrôle homogénéisé. Des textes de références sont
étudiés en cours : Les textes sacrés, mais également les commentaires faits par les pères de l’Eglise ; Cette forte présence du livre se traduit
par un forte représentatif. L’enseignement universitaire est tributaire du livre ; Son essor a entrainé une transformation de la relation au
livre, qui est devenue plus utilitariste, par rapport à l’utilisation du livre en milieu monastique. La disparition d’un livre pour des raisons
accidentelles est tjrs vécu comme un drame. L’épreuve de la disputatio s’impose au XIIIe siècle comme l’un des exercices les plus neufs de
l’enseignement universitaire. La dispute publique était le moment de l’examen où le candidat devait traiter d’une question selon l’art
disputatoire, en mêlant la dialectique et la rhétorique. Traditionnellement jusqu'au XIe siècle, on se contentait de poser une question
auquel on attendait une simple réponse, une simple définition. Le questionnement dialectique se substitue à la simple demande de
définition, on pose désormais une problématique, c’est ce qu’on appelle le sic et non, avant d’arriver à une détermination, permettant de
trouver la réponse. La dispute quodlibétique (a quolibet/de quolibet) ont lieu qu’une à deux fois dans l’année et s’ouvrent à un public plus
large que d’ordinaire. Le maitre qui se présente à cette épreuve ne maitrise pas la question, et c’est le public qui lui soumet une question.
La scholastique se conçoit comme un mode d’enquête, fondé sur la confrontation des idées avec une dimension de lutte et d’affrontement.
Les maitres sont appelés dominus par leurs étudiants, soit un équivalent du ‘dominus’ réservés aux seigneurs. Les maitres doivent séduire
leurs étudiants pour les garder auprès d’eux. Les règlements intérieurs recommandent aux maitres de se montrer doux et à l’écoute des
étudiants, et de tolérer les retards des étudiants. Au Moyen-Âge, les étudiants font encore très largement l’université ; Le respect des
convenances est réel mais ça n’empêche pas les étudiants d’interpeler leurs maitres ou pour négocier un compromis. A Bologne, où les

Rennes 2 - L2 Histoire 4
étudiants ont le pouvoir, à la fin du XIVe siècle, un d’eux a laissé des notes où il se souvenait de l’un de ses maitres. Ce maitre avait accepté
de remettre au lendemain son cours car les étudiants voulaient aller voir les filles lors d’un carnaval ! L’université de Naples est créée par
Fréderic II, qui en a besoin pour acquérir du prestige mais également pour pouvoir disposer de futurs fonctionnaires formés et diplômés.
Les universités sont des lieux où règnent une certaine liberté, et même une certaine liberté de penser. Le développement de la disputatio
autorise et favorise une certaine liberté de penser ; Une autorité peut tjrs être contredite par une autre. Certains maitres ont ainsi pu
exalter les vertus des divergences.

4- La cathédrale gothique : Un symbole de la puissance ecclésiale au XIIIe siècle.


Au XIIIe siècle, les églises urbaines montent en puissance, à commencer par les cathédrales, qui est l’Eglise appartenant à l’évêque. La
cathédrale tire son nom du trône sur lequel siège l’évêque : la cathedra. Elle fut l’occasion d’un renouveau stylistique, elle a également
permis à l’église de continuer à encadrer la société. La cathédrale est à la fois le symbole et le moyen de l’église pour encadrer la société,
permettant de symboliser la puissance ecclésiale. La cathédrale va aussi devenir le lieu privilégié où s’ordonne la relation entre les hommes
et Dieu, à partir des reliques. La pratique des sacrements, et notamment celui de l’eucharistie, va être sublimé par la magnificence de la
cathédrale.

C’est avec la reconstruction du chœur de l’église abbatiale de Saint-Denis (1130-1144), rebâti par son abbé, que ‘on voit les premières
manifestations des évolutions gothiques. L’abbaye de St Denis est installée à proximité de la capitale, et elle entretient des relations
étroites avec la monarchie française. C’est dans cette abbaye que les rois de France viennent chercher l’oriflamme, la bannière de
ralliement recherchée par les rois de France lors des départs à la guerre. Sous l’abbatiat de Suger, St Denis s’impose comme un lieu
politique important, servant notamment de nécropoles à la famille royale. L’abbé Suger (1091-1151) est l’un des grands ordonnateurs de
cette révolution gothique ; C’est un contemporain et un rival de Bernard de Clairvaux. Il fut élu abbé de Saint-Denis en 1122 ; Il fut
conseiller du roi Louis VI le Gros. Il va développer dans son abbaye des solutions esthétiques qui vont accélérer les mutations du style
roman en style gothique. Il va développer l’idée que Dieu est Lumière, il va donc transposer dans la pierre, donnant corps à cette théologie
de la lumière. L’abbé Suger expose les reliques de Saint-Denis dans le chœur, Saint-Denis qui passait pour être le premier évêque de Paris,
protecteur des rois de France et du Royaume. Pour mettre en valeur ces reliques, il décide le faire rentrer de la lumière dans le chœur, et
pour permettre la circulation des fidèles autour des reliques, il va décloisonner les chapelles rayonnantes qui tournent autour du chœur.
Suger crée un double déambulatoire autour du chœur, qui est soutenu par de fines colonnettes. Il va utiliser les croisées d’ogives pour
mieux soutenir les voutes. Le terme de gothique est apparu au XVe-XVIe siècle est apparu dans le cadre de la renaissance a d’emblée une
connotation péjorative, et repose sur un contresens historique. Dans le cas français, ce que les historiens de l’art, ce que les historiens
désignent comme le premier âge du gothique, correspond au développement de la monarchie capétienne. De 1140 à 1180 environ (début
du règne de Philippe Auguste), la plupart des évêchés vont se doter de cathédrales et vont reprendre le style développés par Suger à Saint-
Denis.

Une deuxième génération de cathédrales voit le jour entre la fin du XIIe et le milieu du XIIIe siècle : Bourges et Chartres (1195), Reims
(1217)… Cette floraison de la deuxième génération a lieu sous le règne de Philippe Auguste, qui règne de 1180 à 1223. Dans l’espace
français, le style gothique a progressé au même rythme que la construction de l’État monarchique. On voit ainsi l’influence grandissante du
roi de France dans le sud de la France (Clermont, Agen, Limoges…). Même hors du royaume de France, l’adoption du style gothique sert
souvent à exprimer une alliance politique avec le royaume de France. On parle de l’art gothique comme de l’opus francigenum, au XIIIe
siècle.

Les caractéristiques esthétiques et techniques du gothique sont l’emploi systématique de la croisée d’ogive, qui est déjà connue à l’époque
romane mais qui est généralisé. Cela permet de reporter le poids de la voute sur les murs extérieurs. Le système des arcs boutants va
permettre d’aller chercher le poids de la voute, de le transmettre à l’extérieur de l’édifice, vers des piliers qui font servir de contreforts.

On conçoit d’emblée des bâtiments gigantesques. En 1195, la nef de Notre Dame de Chartres culmine à 36,5 mètres. En 1211, la nef de
Reims culmine à 38 mètres. La cathédrale de Beauvais culmine à 48 mètres ! On ne pouvait aller guère au-delà pour les nefs, on a donc
misé sur la flèche de la cathédrale, qui atteint 142 mètres à Strasbourg ! On parle de gothisme rayonnant grâce à l’apparition de rosaces,
qui fleurissent notamment sur le transept. Le gothique se caractérise par la recherche de l’élévation et de l’utilisation de l’art vitral,
nécessaire pour donner la part belle à la lumière. C’est une cloison faite de verres teintés, qui sont parfois peints de traits monochromes à
la grisaille. D’étroites fenêtres espacées éclairent le chœur, puis la cathédrale devient, surtout de l’intérieur, un bâtiment de verre. Le vitrail
va se substitué à la peinture murale, qui va être réduit à la portion congrue. Le verre est créé à partir de sable et de cendre, qui apparait
aussi brillant que les pierres précieuses.

Le fait de penser les cathédrales comme des bibles sous forme de pierre et de verre sont des lieux communs. Les images bibliques ne sont
pas visibles pour la plupart des croyants. Les vitraux permettent de filtrer la lumière et de la transfigurer. A Chartres, on trouve plus de 70
verrières, couvrant une surface de 2600m² ; On admire le bleu de Chartres, qui doit sa réputation grâce à son excellente conservation. L’art
gothique ne cherche pas à cacher ses structures, elle les extériorise. Les architectes revendiquent le pouvoir de la science pour éclairer la
foi. E. Panofsky tente de rapprocher le style gothique aux types mentaux développés par la scolastique, avec le même principe qui
organisera les édifices et les discours. Le style de la cathédrale va s’étendre aux autres bâtiments religieux. L’organisation du travail devient
plus rationnelle, les corps de métiers travaillant sur les chantiers se subdivisent, révélant leur professionnalisme. De 1050 à 1350, on a
extrait et déplacé dans le Royaume de France des millions de tonne de pierre pour construire les 80 cathédrales du pays. Les pierres
étaient déplacés de leur lieu d’extraction jusqu’à leur lieu d’utilisation soit par des bœufs, soit par la voie fluviale. Le système du collier
d’épaule, complété par l’attelage en file permet aux chevaux de tirer des charges beaucoup plus lourdes, allant jusqu’à 2,5 tonnes. Le
compas permet d’avantage de précision dans le dessin et la conception des bâtiments, et les progrès des mathématiques permettent de
mieux répartir les charges. Certains bâtisseurs commencent à s’affirmer en tant qu’artistes ; Au XIIIe siècle, l’architecte est valorisé
idéologiquement et socialement comme artiste nécessaire à l’édification des cathédrales. Cette évolution transparait dans les
changements lexicaux. Les bâtisseurs de cathédrales sont tout d’abord décrit comme des cementarius, lathomus soit magister, termes
revoyant au travail de la pierre. Cet artisan de la pierre est reconnu comme architecte -architectus- ; La valorisation idéologique passe aussi

Rennes 2 - L2 Histoire 5
par l’effigie funéraire ; Pierre de Montreil fut autorisé à inscrire le nom de son prédécesseur Jean de Chelles dans une partie de la
cathédrale. Puis, les noms des architectes sont inscrits au niveau du labyrinthe. Hugues Libergier, architecte de la cathédrale de Rouen, est
représenté-ce n’est pas un portrait individualisé- ; Il est représenté avec ses attributs : Le bâton, la maquette de l’un des édifices qu’il a
conçu, ainsi que l’équerre et le compas. L’architecte devient un donneur d’ordre, avec la possibilité de s’éloigner du lieu de travail. Les
architectes peuvent mourir, mais ils laissent souvent des plans à leurs successeurs. Le camet de Villard d’Honnecourt désigne l’ensemble
des croquis représentant des éléments des édifices. Les évêques parviennent relativement facilement à trouver les fonds nécessaires pur
ces chantiers colossaux. Les dons sont soit individuels, ou bien le fait des corporations de métiers. Les chanoines sont des membres du
chapitre de la cathédrale, issus de la grande aristocratie, et ils bénéficient d’une puissance sociale et financière aussi puissante que celle
des princes laïcs ; Ils disposent notamment de nombreux revenus grâce aux terres seigneuriales. Les deux phénomènes, l’essor urbain et le
développement des cathédrales sont les manifestations du progrès techniques dans les campagnes, qui permettent un essor de la
production agricole.

Chapitre II - Les résistances et les limites de l’emprise de l’Eglise sur la société :


Même si l’Eglise est l’institution dominante sur la société, elle ne parvient pas à contrôler entièrement la société :

1 - De l’antijudaïsme à l’antisémitisme :
La recherche de l’unité de l’Eglise, autour de la papauté, est passée par la persécution des différences, avec la volonté d’exclure tous
ceux qui sont susceptibles de souiller ce corps uni, ou bien de l’affaiblir de ce cas. Parmi ces exclus, on comprend les juifs, les lépreux, les
hérétiques et les homosexuels. Les juifs sont perçus comme les plus dangereux, car ils sont très actifs dans de nombreux secteurs de la vie
économique et sociale de l’Europe, ils sont appréciés des rois et des princes qui utilisent leurs talents médicaux et économiques ; La société
les a souvent distingué, où ils sont très bien insérés et très peu stigmatisés. Les juifs ont continué de bénéficier du régime juridique romain
qui leur garantissait leur culture et leur intégrité. L’Eglise considère que les juifs doivent être protégés car ils sont présentés comme la
preuve vivante de l’existence, de l’historicité de Jésus et de Dieu. Ils partagent avec les chrétiens un ensemble de textes fondateurs
communs (notamment l’Ancien Testament). Le judaïsme est considéré comme une religion par l’Eglise, mais comme une position un peu
particulière. Des allégories de synagogues apparaissent sur les portails des églises chrétiennes, et même des vitraux. La synagogue est
présentée comme une figure féminine, qui a soit les yeux bandés ou fermés, possède une hampe avec un drapeau brisé. Les tables de loi
mosaïques figurent également souvent sur les représentations. Le judaïsme s’oppose au christianisme car ils ne reconnaissent pas Jésus
comme le messie attendu. Lorsque les lignes institutionnelles cherchent à conjoindre la société et l’identité chrétienne, la situation des
juifs va être plus difficile à tenir. La notion de chrétienté ne va plus encadrer les juifs ; La présence juive en Europe occidentale va se
reposer en des termes nouveaux, lourds de menaces. Quelle place attribuer à des gens qui sont dans la société, mais qui sont en même
temps hors de l’Eglise, à un moment où il est impossible de donner une définition laïque de l’église ? C’est aussi l’époque où l’on
considère qu’il n’y a pas de salut en dehors de l’Eglise. L’antijudaïsme traditionnel s’est muté en antisémitisme à partir du XIIe et XIIIe siècle.
C’est à partir de cette époque que les juifs sont considérés comme des auteurs de meurtres d’enfants chrétiens. Ce fantasme criminel est
attesté en Rhénanie, notamment lors de la seconde croisade de 1146. En France du Nord ou en Angleterre, ce fantasme ressurgit. Les juifs
sont perçus comme les ennemis intérieurs de la chrétienté ; Ils sont considérés comme impurs et menaçant de contaminer le reste de la
chrétienté. Ils sont accusés d’empoisonner les puits, de comploter avec les ennemis extérieurs de la chrétienté, notamment les musulmans.
En 1321, une rumeur se répand à Paris ; Les juifs et les lépreux se seraient entendus pour contaminer les puits pour mettre à mal la
chrétienté, sous la houlette d’un monarque musulman. On accuse aussi les juifs de détourner l’hostie à des fins de magie noire. Paolo
Uccello met en image cette profanation de l’hostie, symbole de l’unité de l’église.

Hannah Arendt, dans son livre Les Origines du totalitarisme (1951) a proposé de distinguer l’antisémitisme, datant du XIXe siècle de
l’antijudaïsme traditionnel, d’origine religieuse, qui doit son origine à l’opposition entre deux fois. On voit se mettre en place à partir de la
fin du XIe des procédures des distinctions non seulement religieux, mais déjà physique. Pierre le vénérable, abbé de Cluny, vient infléchir la
polémique anti judaïque dans un sens beaucoup plus agressif. Les juifs ne sont plus seulement les déicides, on les présente également
comme des parasites économiques. Pierre le Vénérable en arrive même à se demander si avec les juifs il a à faire à des hommes ou bien à
des bêtes. Les premières caricatures antijuives apparaissent souvent en marge des manuscrits. Le juif est représenté de profil, avec un nez
d’aigle, crochu. Il s’agit de représentations marginales au début.

Au XIIIe et au XIVe siècle, on va moins bruler les juifs plutôt que leurs livres sacrés. Le Talmud symbolise la foi juive, il est considéré comme
l’autre Bible. Le Talmud est une compilation de textes de lois juifs. Ce livre a focalisé l’hostilité contre les juifs, pour mieux les séparés. En
1240, les livres du Talmud sont confisqués sur ordre du roi Saint-Louis. Un procès est mené contre le Talmud. Il est brulé en place publique
à deux reprises à deux reprises, en 1242 et en 1244. Ce brûlement du Talmud marque le passage d’une société relativement tolérante à
une société plus fermée, qui affirme haut et fort qu’elle est chrétienne et uniquement chrétienne. La montée de l’intolérance va
dégrader la situation des juifs, ils deviennent notamment les cibles privilégiés des émeutes populaires ; Ils sont même utilisés par les
pouvoir temporels comme boucs émissaires. Ils ont parfois dû porter des vêtements infamants, et ils doivent habiter des quartiers réservés.

La Papauté n’a jamais cessé de condamner les persécutions et les pogroms contre les juifs. Elle a même été jusqu’) accueillir sur ses terres
les communautés juives, qui avaient été forcés de forcés de quitter les États européens. La place que l’Eglise accorde aux juifs reste très
marginale : L’Eglise veut également les tenir à l’écart du reste de la société, les maintenir dans une situation d’infériorité. L’Eglise a
encouragé une série de mesures discriminatoires, qui a écarter les juifs du reste de la société. Ce processus de ségrégation a contribué à les
marginaliser d’avantages, ils étaient de plus en plus vulnérables aux persécutions. Le concile de Latran IV a comme l’interdiction d’exercer
un emploi public (d’autorité) et l’Eglise leur interdit de sortir dans les rues pendant les jours d’anniversaires de la passion du Christ. Le
canon 68 impose aux juifs le port d’un vêtement distinctif, sous la forme d’une marque ronde (la rouelle), qui était de plus souvent de
couleur jaune (également la couleur des prostituées, du mensonge et de l’infamie).

L’Eglise n’est pas la seule autorité à organiser la ségrégation des juifs ; D’autres pouvoirs ont intérêts à exercer une pression sur les juifs en
les distinguant, et c’est notamment le cas des pouvoirs princiers. Le Roi de France interdit aux juifs d’employer un sceau (permettant

Rennes 2 - L2 Histoire 6
d’authentifier des actes) à partir du 1204, revenant à les priver d’identité juridique. La pression fiscale est renforcée sur les sujets juifs,
notamment parce que le roi de France n’est pas capable de prélever un impôt direct sur le reste de la population. Ce processus d’exclusion
a des effets cumulatifs. D’abord sporadique, l’exclusion devient quasi-systématiques au XIIe siècle : Les juifs sont privés des moyens de
subsistances les plus ‘honorables’ de la société. Ils sont chargés soit du ramassage d’ordres soit en manipulant de l’argent, notamment via
les prêts à intérêt, voire d’usure. Les autorités cantonnent les juifs dans des quartiers spécifiques, les ghettos. Le premier ghetto juif fut
créé à Spire en 1084 par l’évêque de la ville, pour permettre aux juifs d’échapper à « l’insolence du peuple ». Le premier ghetto juif du
royaume de France est celui de Perpignan en 1243. Les juifs sont également séparés des chrétiens via les cimetières. A la fin du Moyen-
Âge, les communautés juives d’Europe sont frappées d’expulsion et d’exclusion des royaumes, notamment le 17 septembre 1374, où le roi
promulgue une ordonnance d’expulsion de tous les juifs du royaume. Le royaume de France se revendique comme une terre sainte, pure,
et donc les juifs doivent être expulsés. L’État qui se construit au XIVe siècle a assimilé l’Eglise. Le roi de France est considéré comme le roi
Très-Chrétien.

2 - La lutte contre l’hérésie :


La stigmatisation progressive des juifs s’inscrit dans une conjoncture plus large d’exclusion, qui inclut également les lépreux et les
hérétiques. Ils sont perçus comme une menace à l’unité chrétienne, une menace qui doit être combattue. L’Eglise affirme que de nouvelles
hérésies apparaissent au XIIIe siècle, mais ce sont des hérésies ‘savantes’, concernant des lettrés, et même des clercs ! A la fin du XIIe siècle,
l’hérésie va changer de forme, devenant populaires. L’Église s’intérresse de plus près à la vie religieuse et aux croyances des fidèles, et elle
croit ainsi découvrir des déviances incroyables. Face à ce qui est perçu comme un nouveau danger, l’Eglise va apporter une double réponse :
une coercitive, avec un combat mené contre l’hérésie, et une réponse plus persuasive, par la prédication d’apostolat, à travers les ordres
mendiants.

A partir de 1170, différents mouvements religieux se développent, se réclament de l’Evangile et revendiquant la transmission de la parole
de Dieu pour le peuple. C’est notamment le cas du mouvement Vaudois, aussi qualifié sous l’expression de « pauvres de Lyon » fondé par
Valdès, qui prennent pour modèle la vie apostolique, une pauvreté volontaire et de la prédication ; Ce mouvement, qui avait reçu le
soutien de l’évêque de Lyon, a pourtant été refoulé dans l’hérésie lors du concile de Vérone en 1184.

Le mouvement hérétique le plus important est le catharisme, qui prend fore dans une grande vague de contestation, qui a touché le sud du
royaume de France, la Rhénanie et le nord de l’Italie. Le catharisme est un phénomène historique très complexe : Il existait effectivement
une dissidence, une résistance, mais elle est très mal connue car on ne la connait que sous le prisme de ses détracteurs, notamment l’Eglise.
C’est pourquoi Marie Zemer parle « d’opacité de l’hérésie ». C’est pourquoi il est difficile de se faire une idée exacte des hérétiques, car ils
ne sont connus que du point de vue de leurs adversaires. Cette opacité est parfois si forte qu’elle est impénétrable. Non seulement, le
regard des histoiriens peut être biaisé à cause des sources cléricales, qui ont une vision très élaboré des hérésies. En tant qu’institution,
l’Eglise a souvent attribué une cohérence doctrinale, structurelle que les hérésies n’avaient pas forcement !

Les cathares, ou les albigeois sont présentés comme des chrétiens qui rejetteraient le monde visible comme non conforme aux évangiles.
Ils sont considérés comme des manichéens. On leur prêtre des croyances en des formes de résurrection étranges, comme la
métempsychose, une réincarnation dans un autre corps, animal ou humain. On peut donc considérer le catharisme comme une
construction rhétorique, une polémique bâti par l’Eglise pour lui permettre d’atteindre l’unité et de faire bloc contre une institution
concurrente. L’hérésie n’est rien d’autre que ce qui est désigné comme hérétique par l’Eglise.

Le terme d’albigeois est utilisé lors de la croisade menée par Innocent III, en 1209, pour venir à bout de l’hérésie cathare. Cette croisade a
permis un rattachement de ces territoires sous l’autorité du royaume de France. L’Eglise constate qu’elle ne peut pas seulement utiliser la
violence militaire pour lutter contre l’hérésie. Il y a également un volet persuasif, développant une autre manière de communiquer, en
mettant en œuvre une pastorale fondé sur la prédication. Cette volonté de séduire par la parole va se faire grâce à la création d’ordres
religieux originaux : Les ordres mendiants, mais également un volet plus répressif : l’Inquisition.

L’ordre dominicain va se spécialiser dans la prédication puis dans l’Inquisition. Aux XIe et XIIe siècle, le monachisme est rural et autarcique.
Entrer au monastère permettait de concilier le retrait du monde et la conversion dans un certain statut social. Ce monachisme constituait
un modèle efficace : Au XIIe siècle, l’urbanisation a mis à mal ce modèle. Les ordres monastiques traditionnels ont eu du mal a apporté des
réponses satisfaisantes à ce contexte. C’est à ce moment qu’apparaissent les ordres mendiants. Il y a d’abord les Frères prêcheurs, où
Dominicains, crées en 1205, par Dominique de Guzman, où la prédication est considéré comme un rempart contre l’hérésie. L’autre ordre
mendiant qui voit le jour est l’ordre Franciscain (les frères mineurs), mené par François d’Assise. Après quelques hésitations, la Papauté
approuve ces démarches et canonise les fondateurs de ces ordres. Les dominicains et les franciscains constituent le fer de lance des ordres
mendiants. Ils vont prôner la nécessité de la pauvreté. François d’Assise en fait l’idéal de son apostolat, tandis que Dominique de Guzman a
insisté sur la nécessité d’une pauvreté volontaire et individuelle. Ces ordres accordent la priorité à la prédication et dans la pratique de la
confession. Ces ordres se sont appliqués à donner leur ordre une formation intellectuelle et scolastique dans le cadre de leur propres
écoles et universités. Fondés pour être des soldats du Christ, les franciscains et les dominicains dépendant uniquement et directement de
la papauté. Ils vivent de la charité publique et ne possèdent donc pas de terres à exploiter - à la différence du monachisme clunisien-. Les
frères mendiants vivent dans des couvents ouverts sur la société. La notion de « clôture monastiques » est donc remise en cause. Les
moines y entre, en sorte, ils sont donc inscrits dans le monde, impliqués dans celui-ci. Ils évoluent au contact des nouvelles catégories
peuplant le monde urbain qui se développe alors. Ces dominicains exercent sur les populations une influence par leur apostolat, par leurs
sermons et leurs modes de vie. On a par exemple cette bulle pontificale d’Innocent IV, qui date du 11 mai 1252, demandant aux
dominicains de Narbonne de poursuivre les hérétiques en leur confiant de Negotium Fiedei (l’affaire de la foi). Une juridiction nait alors :
l’inquisition. Dès le concile de Latran III, en 1179, l’hérésie est prise comme un acte de dissidence, invitant à l’excommunication. En 1184,
une décrétale est prise à Vérone marque une étape importante de la création de l’Inquisition, où la répression doit être prise à l’échelle de
la chrétienté. C’est également le cas du canon 3 de Latran IV, qui obligeait les fidèles à dénoncer les suspects d’hérésies. Grégoire IX codifie
ce qu’est l’Inquisition dans les années 1230, dont l’affaire est d’enquêter sur la foi. Ainsi, l’Inquisition, avant d’être une institution, est une
procédure juridique. L’Inquisition recherche et détecte les hérétiques du mouvement, et de leur prouver leur erreur. Une fois la faute

Rennes 2 - L2 Histoire 7
reconnue, l’Inquisition veut que les hérétiques se repentent. Le but de l’inquisiteur n’est pas d’éliminer physiquement l’hérétique mais de
le ramener dans le giron de la foi. Lorsque l’hérétique est déclaré opiniâtre, il est remis à la juridiction séculière, devant la juridiction civile
qui décide de sa sanction : la peine de mort le plus souvent. Cette juridiction est tout d’abord confiée aux évêques avant d’être confiés aux
ordres mendiants. Cette juridiction va être étendue à toute la chrétienté progressivement. Dès 1204, l’Inquisition s’implante dans le nord
du royaume de France avec l’aval de Saint Louis. Le contexte vague et flou a permis des débordements, des brutalités, menées notamment
par Robert de Bougre. Dans le sud, l’Inquisition s’intègre durablement. L’activité inquisitoriale a énormément recours à l’écrit, constituant
la mémoire de de la juridiction. L’inquisition atteint sa forme classique au XIIIe siècle. Elle va perfectionner un type nouveau de procédure,
d’origine romano-canonique, c’est elle qui agit « ex officio ». Il peut agir sur la base d’une simple dénonciation anonyme, où à partir de la
parole publique (la fama) qui est sollicité par le juge qui peut débuter son enquête. Dans ce système, la procédure judiciaire tourne le dos
au système accusatoire. Dans ce dernier, il y a trois personnes : Un juge, un accusateur et un accusé.

3- La géométrie religieuse du monde :


Il est évident pour la pensée médiévale comme la pensée moderne que le Monde (Cosmos : la Terre et l’Univers) est une création divine.
Diviser est le geste créateur par excellence, est un geste de puissance. Dans les représentations picturales, Dieu sépare la terre et les eaux
puis il remplit le monde qu’il a créé. La création de l’homme et de la femme figure également. Sur le dernier registre, Dieu apparait en
e
souverain en majesté, lors du 7 jour, lorsqu’il se repose. Il s’avère pourtant impossible de décrire le monde de façon totale, car sa
connaissance totale appartient à Dieu. Dans le meilleur des cas, on peut donner du monde qu’un reflet.

Ce qui est connu sous le nom de géographie aujourd’hui figure dans les cours universitaires sous les noms de géométrie ou
d’astronomie. A la fin du Moyen-Âge, à partir du XIV et du XV, une science propre de l’espace terrestre en même temps que se développe
le désir de mesure cet espace. Cela passe notamment par le développement de la cartographie. Dieu est souvent représenté avec un
compas, tel un grand architecte. La métaphore de l’œuf a permis d’expliquer le monde. Selon Bède le Vénérable, autour de la terre se
trouve de l’eau comme le blanc se trouve autour du jaune ; La membrane est symbolisée par l’air entourant l’eau et le feu prend la place
de la coquille. La Terre est perçue comme située au centre de l’Univers. La conception médiévale de l’Univers est donc géocentrique. La
Terre se trouve au centre de l’Univers car elle entretient un lien privilégié avec Dieu, car elle est le lieu du salut. L'Univers est considéré
comme fini, clos sur lui-même jusqu'à la Fin du Monde. Dieu est représenté comme étant un Dieu architecte. Dieu en tant que créateur du
Monde trace un cercle à l'aide d'un compas. Dans le même temps, Dieu n'est pas lui-même contenu dans les limites de l'Univers. Il la
domine entièrement, il dépasse cette création et n'y est pas enfermé. La découverte d'un nouveau continent inconnu des anciens apparaît
e
difficilement envisageable. À la fin du XV siècle, les premiers explorateurs dans l'Atlantique ont du mal à prendre conscience qu'il puisse y
avoir un autre continent. Cela est difficilement envisageable dans un mode de pensée considéré comme conçu, clos. Penser que le
e
Nouveau Monde puisse surgir du Néant est difficilement envisageable au XV siècle. Ils ont eu d'autant plus de mal à prendre la conscience
de leur découverte car ils étaient enfermés dans le modèle standard d'un cosmos infini mais conçu.

L'Homme est lui-même constitué des quatre éléments. D'ailleurs selon Honorius d’Autun, dans son Elucidarium, soutient que « l'homme a
de la terre (chair), de l'eau (sang), de l'air (souffle), du feu (chaleur). Sa tête est ronde comme une sphère céleste, ses yeux brillent comme
les deux luminaires du ciel». Cela procède d'une analogie, une conception relativement neuve. Cette idée de l'homme microcosme est
e
présente dès le XI siècle comme nous pouvons le voir dans la représentation d’Hildegarde de Bringues.

Comment représente-t-on le cœur de l’univers, qui est la Terre ? Il y a deux grandes traditions pour représenter l’espace terrestre.
La première est héritée de la géographie antique, des géographes gréco-romains (Strabon, Boèce, Ptolémée…). Depuis le Ve siècle, la
représentation de la Terre fait les frais d’un véritable bricolage intellectuel, avec de nombreuses contradictions. Les cartes médiévales
reflètent les deux traditions. Elles sont souvent centrées sur la méditerranée, qui sont les centres de la connaissance grecs et romains. La
ville sainte de Jérusalem apparait comme le centre du monde. La Terre est représenté par un cercle, avec une barre représentant la
méditerranée ; Jérusalem est située au centre du cercle. Ce qui se situe en haut de la carte se situe l’est. L’ouest se trouve en bas, tandis
que le Nord se trouve à gauche et le sud à droite. Au sujet du statut véritable de ces objets géographiques, c'est que ces images de l'espace
terrestre n'ont pas pour fonction de représenter la forme réelle ou supposée de la Terre. La géographie est une science impossible. À
défaut, on va en donner une image, un reflet, de sorte que ces cartes sont surtout des représentations schématiques du Monde. Certaines
de ces représentations remplissaient une fonction purement administrative. Elle constitue d'abord des images idéologiques et même
théologiques. La représentation du Monde en T traduit surtout cette idée d'universalité. Le Monde est unique, unifié car il est une
représentation du Christ. Le Monde est une image parfaite de son créateur.

Chapitre III- Mutations des pouvoirs « politiques » au XIIIe siècle


L'idée d'empire reste fondamentalement associée à l'idée que l'Empereur détient un pouvoir supérieur, sacré qui est reçu
directement de Dieu. D'autre part, l'idée d'empire est attachée à l'idée d'universalité. De tous les empereurs, c'est Otton III qui a poussé le
plus loin le principe de l'imitation des empereurs romains au point de s'installer à Rome ! Dans un certain nombre de représentations,
l'empereur est représenté sur un trône de manière frontale et supérieur aux autres éléments. La présence de tentures et de voiles
marquent le côté caché du pouvoir impérial. L'empereur tient le Globe dans sa main, comme dans la tradition romaine (Cosmokrator).
Enfin, l'Empereur apparaît avec un manteau, le rouge, la pourpre et le vert qui constituent les couleurs impériales.
Il reste que la restauration de l'Empire souffre cependant d'une forte imitation de ce que faisait l'Empire romain. Le pouvoir des
Empereurs ne s'étend que sur un espace géographique associé à trois éléments : Le royaume de Germanie, des quatre duchés historiques
et de territoires progressivement conquis à l'est de l'Europe. Le royaume d'Italie qui correspond au nord de la péninsule italienne, le
royaume de Toscane complété par le royaume de Sicile (île et sud de l'Italie). Le royaume d'Arles, de Bourgogne situé à l'est du Rhône
incluant la Bourgogne, les Alpes, la Savoie et le comté de Provence. Sur cette base l'empire médiéval va se construire. Il est qualifié par les
historiens de « romano-germanique » puisqu'il repose sur l' « Allemagne et l'Italie ».
e
Aux XII-XIII siècles, l'Empire des Hohenstaufen consacrent beaucoup d'énergie à tenter de maîtriser les forces centrifuges au
centre de l'Italie. L'empereur est élu par les grands seigneurs de l’Empire. La couronne impériale fait l'objet d'une élection. L'Empire se

Rennes 2 - L2 Histoire 8
distingue des autres monarchies qui mettent en place des logiques de transmission héréditaires du pouvoir. Les souverains impériaux ne
sont pas parvenus à imposer ce principe de succession. Lorsque l'empereur meurt, on procède à une élection. Certains grands seigneurs du
royaume de Germanie détiennent la prérogative de participer à l'élection de l'Empereur. Ce sont des princes-électeurs. Ces princes-
électeurs se réunissent en assemblée, la Diète. Cette assemblée comporte aussi bien des princes ecclésiastiques que des princes laïques.
Cette assemblée procède à l'élection d'un roi, le roi de Germanie qui est ensuite sacré et couronné en tant que roi des Romains à Aix-la-
Chapelle. On parle du roi des romains, le rex romanorum. Le candidat doit si possible se faire couronner à Rome par le pape, sur le modèle
de Charlemagne. Mais ce mode d'élection n'a pas empêché les successions dynastiques. Certaines grandes familles sont parvenues à
conserver la couronne sur plusieurs générations. C'est le cas de la famille des Saliens (1024-1125). Dans le même temps, des rivalités sont
exploitées pour affaiblir le pouvoir impérial. Cette couronne impériale est passée à partir de 1134 aux Hohenstaufen.

1- Les derniers feux de l'universalisme impérial : l'empire des Hohenstaufen


C'est cette famille qui pour l'essentiel a exercé l'essentiel du pouvoir impérial. Cette famille fonde sa puissance dans le royaume de
Germanie, se concentre en Souabe et en Franconie. C'est dans cette partie que se concentrent les parties militaires et matérielles de cette
famille. Le berceau originel de cette famille est le château de Waibligen. C'est de ce nom qu'est dérivé le nom des Gibelins. Les partisans de
l'Empereur vont s'appeler d'ailleurs les Gibelins Ils vont s'opposer à un pouvoir pontifical que l'on appelle les Guelfes. Effectivement,
l'affirmation d'une véritable monarchie pontificale va heurter violemment les intérêts de l'Empire. Pour une part, l'histoire de l'Empire sous
les Hohenstaufen se résume à une confrontation souvent violente avec la Papauté. Leur règne se consacre à la restauration de la puissance
impériale qui passe par l'affaiblissement de la Papauté.
er
- Qu'est-ce que l'Empire sous Frédéric I Barberousse ?
Fréderic Ier Barberousse est l'un des grands empereurs germaniques. Il a été élu empereur en 1152 et lorsqu'il accède au titre impérial, le
er
Saint-Empire germanique n'est plus ce qu'il a été en termes de puissance. Frédéric I développe un programme politique en déployant une
intense activité militaire mais aussi en menant une lutte contre la Papauté (la Ligue des villes lombardes). Sur le plan militaire, Frédéric
Barberousse a multiplié les interventions en Italie qui a tenté de réduire à néant la Papauté comme avec la destruction de la ville de Milan
en 1166. Face aux visées dominatrices de Barberousse, sa légitimité passe par le fait qu'il est issu de la volonté de Dieu. Il s'agit de revenir à
une conception traditionnelle de la royauté. Propagande et action militaire se rejoignent dans l'opération de croisade à laquelle l'Empereur
participe en 1189 : reprendre Jérusalem aux Musulmans qui venaient de la conquérir. Il s'agit de réactiver la monarchie sacrée. C'est ainsi
que dans la Diète de Mayence en 1188, l'Empereur place l'Empire officiellement sous la domination du Christ lui-même et non du Pape. Il
meurt en 1190.

Fréderic II de Hohenstaufen a développé et repris la politique de restauration et d’exaltation de la politique impériale, initialement
entreprise par Fréderic Ier Barberousse. Il nait à Ancône (Italie) en 1194, fils de l’Empereur Henri VI et de Constance de Sicile. Il est entré
dans la légende car il est enfant-toi abandonné qui a reconquis un empire qui s’étend de la Sicile à la Baltique. Le problème est que son
père n’a pas réussi à transformer l’Empire en une monarchie héréditaire. A la mort de son père, Fréderic II n’a que 3 ans et ne peut
succéder à son père. Sa mère a juste le temps de le faire élire roi de Sicile, avant de mourir à son tour en 1198. Le royaume de Sicile s’étend
sur l’actuelle Sicile ainsi que le bas de la botte italienne. Le royaume est sous tutelle papale, puisque Fréderic est mineur. En 1208, Fréderic
est déclaré majeur par Innocent III ; Fréderic de Sicile s’emploie donc à restaurer l’autorité de la monarchie dans le royaume. L’objectif de
la diplomatie pontificale est pourtant d’éviter qu’un Empire se constitue au détriment des territoires pontificaux, qui seraient pris en étau
entre les deux territoires. Le pape a proposé un candidat : Otton IV. Le nouvel empereur entre en conflit avec la papauté, donc la papauté
cherche à utiliser Fréderic pour contrer ce nouvel adversaire, avec l’appui de Philippe Auguste. Le Pape réussit à faire élire Fréderic roi des
romains. Otton IV est vite éliminé du jeu politique car il est vaincu à Bouvines en 1214. Fréderic est couronné de la main du pape Honorius
III. Une fois empereur, en 1220, Frédéric II va se préoccuper à consolider son pouvoir en Sicile tout en reprenant à son compte l’idée
impériale, universel, s’attirant par la même les foudres de la papauté.

Le royaume de Sicile devient rapidement l’un des mieux administré de l’Europe, grâce à des réformes administratives, à l’image del Castel
del monte (au XIIIe siècle). Le royaume de Germanie est rentré dans une phase de féodalisation
assez active au XIIIe siècle. Le pouvoir royal en Germanie est finalement assez faible. Il
constitue le support territorial de l’Empereur, même si la réalité du pouvoir s’exerce dans
le royaume de Sicile. Il participe à une croisade en 1228 (elle est quasiment obligatoire car
il aspire à diriger la Chrétienté). Son projet est longtemps différé en raison de l’opposition
de la Papauté. Fréderic II s’empare de Jérusalem par la voie diplomatique, notamment
grâce à sa connaissance de l’arabe qui lui permet de traiter directement avec le Sultan
d’Egypte, qui est proéminent sur la Syrie. Il revient en Sicile en 1230, auréolé du prestige
de croisé, il donne une nouvelle orientation au pouvoir impérial. En aout 1231, il réunit
dans l’un de ses châteaux méridionaux ses barons et des gens d’Eglise pour y promulguer les
constitutions de Melfi qui sont un ensemble de lois placés sous le signe du droit romain, influencé par le droit canonique (on parle de droit
romano-canonique). Les premières lois traitent de la question de l’hérésie. Toute révolte contre le pouvoir impérial sera perçue comme de
l’hérésie ; L’hérésie devient alors un crime de lèse-majesté, attentant à la majesté divine et humaine de l’Empereur. Fréderic II ne distingue
par l’Empire et la Chrétienté. On ne peut pas parler d’État ni d’État Nation car il s’agit d’un pouvoir qui réfléchit à l’échelle de la chrétienté.
Ernst Kantorowicz avait commencé son étude historique par une biographie portant sur l’Empereur Fréderic II (1927). Son ouvrage Les
deux corps du roi. Essai sur la théologie politique au Moyen Age (1957), Gallimard, Paris, 1989. A partir de 1230, se constitue
progressivement un dédoublement de la personne impériale. Des légendes tendent à présenter Fréderic II comme l’empereur de la fin des
temps, qui brisera l’arrogance de la papauté. Fréderic II est excommunié à plusieurs reprises, il est représenté comme l’Antéchrist par la
papauté ; Pourtant, ses partisans le présente comme un nouveau messie. Dans les cercles rapprochés du pouvoir, à la cour de la Palerme,
on voit se développer un culte, une sorte d’idéologie souveraine opérant une divinisation de l’État. On assiste à un retour de l’art statuaire
antique, en l’adaptant à l’usage de Fréderic II. Il fait frapper des monnaies d’or à son effigie (Augustale, frappés en 1231). On a parfois
voulu faire passer Fréderic II comme le fondateur d’un premier État laïc qui aurait été coupé de la papauté ; On assiste pourtant à une
sacralisation de la de l’État impérial. Il prend modèle sur la monarchie pontificale, d’où tire leur origine les lois contre l’hérésie. Fréderic II
fut sans doute le dernier empereur universel. Après sa mort, le rêve impérial connait un échec dont il ne remettra jamais.

Rennes 2 - L2 Histoire 9
Les héritiers de Fréderic II furent très rapidement balayés par la papauté avec l’aide de Charles Ier d’Anjou. Les papes ont tout mis en
œuvre pour empêcher la reconstruction de la puissance des Hohenstaufen. La papauté impose Charles Ier d’Anjou (frère de Louis IX) a été
encouragé par la papauté et a tenté la conquête militaire de la Sicile grâce au soutien financier des guelfes, les banquiers de la papauté, lui
permettant de rassembler une armée puissante. Le 26 février 1266, Charles Ier d’Anjou vainc militairement et tue Manfred à la bataille de
Bénévent. Le petit-fils de Fréderic II, Conradin est battu militairement et exécuté à Naples en 1268. A partir de ce moment et jusqu’à la fin
du XIIIe siècle, les angevins ont fondé une dynastie royale en Sicile. Le pouvoir impérial ne se remet jamais de la perte du royaume de Sicile,
et le pouvoir impérial demeure uniquement en Germanie ; Le titre d’Empereur va se vider de sa substance, l’Empereur n’exerce plus qu’un
pouvoir faible, où sa puissance dépend de son assise territoriale.

2 - Les monarchies féodales et princières.


En marge du conflit entre la papauté et l’Empire, les royautés de l’Europe du Sud et du Nord-Ouest (France et Angleterre) ont suivi une
évolution originale. Les rois vont s’assurer une position féodale dominante avant de construire ce qui ressemble plus ou moins à un État.

I - Le royaume de France : les capétiens :

Au moment de l’effacement du pouvoir carolingien, une seule monarchie a subsisté : les capétiens. Leur pouvoir ne s’exerce que dans le
domaine royal. La légitimité de ces premiers rois capétiens n’est pas parfaitement établie : les premiers monarques éprouvent le besoin de
faire sacrer leurs fils de leur vivant. Malgré tout, seuls ces rois sont sacrés. Ils se posent en garant de la légitimité t de la sacralité du pouvoir,
se posant également en garant de la justice et de la paix. Ils se posent sur la sacralité de leur pouvoir pour faire reconnaitre leur position
exceptionnelle dans le royaume et vont transformer la monarchie féodale en institution supérieur aux autres institutions féodales qui va se
révéler plus puissance que l’Empire au XIIIe siècle. Au XIIe siècle, la monarchie se trouve en position de combattre contre la monarchie
anglo-normande (autour de la dynastie des Plantagenets). Cette monarchie anglo-normande réussit à partir du milieu du XIIe siècle à
associer le royaume de d’Angleterre et des territoires continentaux dans le royaume de France (Normandie, Maine, Poitou, Aquitain,
Auvergne et Guyenne). Le XIIIe siècle est marqué par l’affrontement les rois capétiens et les rois Plantagenets pour le contrôle de ces terres.
En Europe de l’ouest, les deux monarchies féodales s’orientent vers la guerre. Au début du XIIIe siècle, sous le règne de Philippe II dit
Auguste (1180-1223), cette rivalité commence à tourner à l’avantage des capétiens, notamment après la mort de Richard cœur de Lion en
1199. Il réussit à prendre l’avantage, moins par la guerre que par la diplomatie et l’utilisation des instruments de la monarchie féodale. Il
exploite les faiblesses et les erreurs de Richard Cœur de Lion. Son frère, Jean sans Terre est un roi Plantagenet, a perdu un certain nombre
de territoires sur le continent ; Il a concédé la Normandie à Philippe-Auguste et a eu des difficultés à conserver ses positions du Maine et de
l’Auvergne. Cette guerre opposant la couronne française et la couronne anglaise n’a pas lieu entre deux États-Nations constitués. La
conflictualité a lieu entre des royaumes et des alliances dynastiques. Le 27 juillet 1214, Philippe Auguste parvient à défaire une puissante
coalition rassemblée autour de Jean Sans Terre, du comte de Flandres ainsi qu’Otton IV. Philippe Auguste réussit à conquérir la Normandie,
tandis que Jean Sans Terre est refoulé dans la partie anglaise de son royaume.

Les rois Plantagenets vont mener tout au long du XIIIe siècle une politique ruineuse pour tenter de reconquérir les territoires perdus. Cette
politique va les obliger à augmenter les ressources de la royauté. La politique de reconquête est amorcée par Jean, et a entrainé une
surexploitation des ressources de l’Angleterre. Au début du XIIIe siècle, dans un contexte financier et militaire difficile que la monarchie a
inventé la conception moderne de l’impôt direct. Jean Sans Terre a établi le prélèvement d’une taxe proportionnelle aux revenus de ces
sujets, cette taxe étant établie à titre exceptionnel mais est devenue progressivement la norme. Le modèle de Jean réside dans l’Eglise qui
avait déjà créé le dixième pour les croisades de 1168 et 1188. En 1207, Jean lève le treizième sur une population élargie. Il s’agit d’un impôt
consenti, qui doit être négocié et qui est justifié par une nécessité. Le problème majeur est qu’il faut le consentement des sujets pour que
cet impôt devienne permanent. L’étape du consentement ne sera pas franchie par Jean, qui va s’attirer l’hostilité de l’Eglise et de
l’aristocratie qui se révolte en 1215. Les barons, soutenus par l’Eglise, réussissent à obtenir du roi une concession : la Magna Carta, qui est
une charte garantissant des privilèges, concédée le 15 juin 1215. Elle concerne tous les hommes libres. Au XVIIe siècle, l’Habeas Corpus
fonde la liberté des sujets face à l’arbitraire royal et est directement influencé par la Magna Carta. L’idée que le roi doit rester soumis à la
loi -même si il en est éventuellement la source-, trouve son origine dans le droit romain revisité par les légistes médiévaux.

A partir de 1225, les anglais ne sont plus suffisamment puissants pour lutter contre la Magna Carta. L’importance de ce texte est également
liée à l’émergence progressive d’une nouvelle institution qui va jouer un rôle important, qui va se mettre en place dans le 13ème, c’est le
Parlement. En 1215, les révoltés prétendaient s’exprimer au nom de toute la communauté politique. Progressivement, on va assister à la
naissance d’un Parlement anglais qui s’est posé en interlocuteur privilégié du roi. La nécessité de négocier l’impôt se trouve à l’origine de la
création du parlement. Celui-ci est au départ seulement un conseil royale élargi qui est convoqué par le roi. Ces réunions sont au départ
irrégulière, le système du parlement va se stabiliser dans la seconde moitié du XIIIe siècle, la composition du Parlement est encore variable
mais on y trouve des représentants de l’aristocratie, de l’Eglise et des villes. Certains des membres du parlement sont directement nommés
par le roi par le moyen d’un ordre, les lords. Mais la majorité de ses membres sont élus : ce sont les communes. La nouveauté est que les
élus représentent ceux qui les ont élus, ils jouissent donc d’un pouvoir considérable, d’engager leurs mandants comme si ceux-ci agissaient
en personnes. On crée une nouvelle relation politique ou une personne élue représente une collectivité. Ce que les rois anglais veulent est
que nul ne puisse refuser de payer une taxe dont la levée a été acceptée par le Parlement. Le rôle du Parlement ne s’arrête pas là. Un
véritable dialogue va se constituer entre le pouvoir royal et la société politique. Le Parlement présente des pétitions au roi et à son conseil.
Le XIIIe siècle anglais marque la constitution d’une société politique croissante. Le pouvoir royal anglais a réussi à accroitre ses
prélèvements sur ses sujets. Le petit royaume d’Angleterre se relève plus avancé que le vaste royaume de France à la fin du XIIIe siècle,
notamment grâce à son parlement et à son efficacité administrative et la négociation de l’impôt. C’est cette supériorité organisationnelle
qui explique en partie les premiers succès anglais lors de la Guerre de Cent-Ans.

Rennes 2 - L2 Histoire
10
La royauté capétienne ne cesse de renforcer son autorité, elle le renforce grâce à l’affirmation selon laquelle le roi de France est empereur
en son royaume. Cette expression est utilisée pour la première fois dans la bulle pontificale Par venerabilem. On veut affirmer par-là que le
roi n’a pas de supérieur (ni l’Empereur, ni le Pape), qu’il est souverain à l’intérieur d’un territoire qui est borné par des limites. La
monarchie conquiert le midi à la faveur de la croisade contre les albigeois. La puissance du pouvoir capétien se mesure à l’autorité de Louis
IX, qui sera canonisé à la fin du XIIIe siècle. Le règne de ce monarque représente l’apogée de la monarchie capétienne. Il associe son nom à
plusieurs croisades, marques de sa piété. Sa religiosité est volontairement souffrante. Pour couronner cette identification du roi au Christ,
e
on raconte que Louis IX est mort à lors de la 8 croisade, sur un lit de cendres. La sacralisation de la monarchie capétienne trouve son
apogée avec la canonisation du Louis IX en 1297. Il y eu plusieurs tentatives auparavant, ce fut le cas de Philippe II Auguste, dont la
naissance avait été considéré comme un miracle. Ça a été le cas aussi pour Philippe III, mort en croisade en Aragon. La canonisation de
Louis IX représente l’aboutissement d’un programme politique de canonisation des rois capétiens. Tous les successeurs de Louis IX, même
les Valois utiliseront la figure sainte de Louis IX pour légitimer leur pouvoir. Le roi est représenté avec deux sceptres : La main de Justice et
le sceptre supplanté d’une fleur de lys. On insiste sur la capacité de Louis IX de mettre au pas les grands seigneurs du royaume, à travers de
la justice notamment. On met en exergue le procès d’Enguerrand de Coucy, seigneur accusé d’avoir fait capturé et exécuté trois enfants
nobles qui auraient été surpris sur ses terres. L’affaire est portée en appel devant le roi Louis IX. Il a fait condamner Enguerrand de Coucy,
d’abord à mort puis condamner à payer une amende considérable. Il devait également se rendre en pèlerinage en Terre Sainte.

Les pouvoirs du roi sont délégués à certains de ses représentants : les baillis au nord et les sénéchaux au sud du royaume. Grâce à cette
délégation, les capétiens peuvent mieux contrôler leur royaume. ‘L’Etat’ n’est pas né dans l’ensemble de l’Europe au même rythme. Après
1250, l’Empire perd considérablement sa puissance étatique, au profit des États Pontificaux, de la France et de l’Angleterre :

Chapitre IV - Mondes ruraux, mondes urbains :


1- XIIIe siècle : les fragilités de l’expansion :
L’Europe semble attendre un certain équilibre, capable de nourrir l’essentiel de sa population. Le XIIIe siècle est donc celui d’une relative
prospérité, où la terre constitue la principale richesse du monde médiévale. Les grandes famines disparaissent, même si des situations de
disettes peuvent avoir lieu, mais cela peut être évité grâce à des importations de régions plus fertiles. En 1217, une disette frappe l’Ouest
de l’Empire mais elle est vite enrayée par l’importation de céréales du reste de l’Empire. Ce recul de la malnutrition est la conséquence de
l’extension des surfaces agricoles, extension perceptible au XIIIe siècle. La forte croissance agricole est doublée d’une forte croissance
démographique. Les rendements ont nettement augmenté ; Sur l’abbaye de Vaux de Cernay (Beauce), en 1297, on note un rendement de
7/1 pour les blés d’hiver et de 5/1 pour l’avoine. Le secret de la croissance agricole réside dans le perfectionnement de l’outillage agricole,
avec … Le monde universitaire ne se relève que peu soucieux des sciences appliqués.
C’est au XIIIe siècle que le papier supplante le parchemin ; La charte de Fréderic II, rédigée sur papier en 1222, illustre l’utilisation
croissante de ce nouveau matériau.
L’activité textile correspond à la forme la plus évolué de la production artisanale médiévale. Elle présente toutes les caractéristiques d’un
secteur proto industriel, correspondant à l’essor du textile et de la draperie de luxe. De nouveaux outils apparaissent, comme des machines
à pédale, ou du filage au rouet. Les femmes sont souvent représentées en train de filer. On assiste donc à une tentative de rationalisation
de la production. Ces inventions se répandent assez lentement car leur diffusion rencontre des résistances. La société traditionnelle est
réticence à voir s’introduire et se développer ses nouvelles techniques de production. A l’échelle locale, la production textile se trouve
fragmenter dans le temps et dans l’espace, car le processus de fabrication d’un drap est réparti en plusieurs corps de métier, et plusieurs
lieux. L’essor de la draperie de luxe concerne deux régions favorisées par l’abondance de la main d’œuvre : les Flandres, ainsi que le nord
de l’Italie. Le commerce local échappe pourtant aux historiens car il ne laisse pas de traces documentaires ; Le luxe se manifeste à travers le
jeu des couleurs du luxe (rouge et bleu).

Un commerce au long court se développe également, à une autre échelle géographique. L’Occident tend à se décloisonner en multipliant
les échanges internationaux, avec des rapports avec la Russie et la Chine ! C’est à partir de la Crimée que débute la route de la soie. Le
grand commerce est dominé par les marchands italiens et allemands. La Hanse regroupe un certain nombre de villes (70 villes) ; Le
développement des foires souligne les progrès sur cette période ; On les trouve à l’échelle locale, régionale et européenne. Le cycle des
foires L’une des principales ressources des monarques anglais est le commerce de la laine, permettant aux rois de lever des taxes à de
nombreux moments. Des agents sont chargés de contrôler la qualité des marchandises et le respect de certaines normes. Les foires de
Champagne ont décliné au XIVe siècle, notamment à cause du développement de la draperie italien, concurrençant celle des Flandres. Les
voies terrestres déclinent au profit des voies maritimes. Le déclin des foires peut être aussi imputé au développement d’une économie plus
moderne, plus financière et monétarisée.

C’est à partir du XIIIe siècle que l’Europe cherche à extraire de façon plus importante ses ressources du sous-sol. L’endettement commence
à se développer au XIIIe siècle en touchant toutes les couches de la société. Les banques comme Peruzzi ou Bardi font faillite après les
multiples insolvabilités de leurs clients (les monarques principalement). Les gros d’argent permettent aux marchands de s’acquitter de
deniers. La frappe de l’or revient en force en Occident, notamment à Florence et à Gênes (le florin d’or, mis en place en 1252). L’Ecu d’or se
développe dans le royaume de France entre 1266 et 1270. Le ducat est associé à la ville de Venise. Les pièces d’or constituent plus des
instruments de prestige, comme insignes du pouvoir, plutôt qu’outil monétaire, outil d’échange. L’or reste un matériau assez rare, les
principales sources d’approvisionnement sont lointaines, puis elles sont contrôlées par des puissances islamiques. Il y a par exemple l’or de
Saba (filons d’Ethiopie) et l’or de Ghana. L’argent devient omniprésent dans la société, de sorte qu’il contribue à creuser le fossé entre les
riches et les pauvres, entre les créanciers et les débiteurs. De plus en plus de mercenaires sont engagés par les monarques. Les
réformateurs religieux se situent par rapport à l’argent. François d’Assise est le fils d’un marchand, mais il veut se détacher de ce milieu. La
valorisation de la pauvreté par l’idéal franciscain représente envers l’argent. La cupidité (l’avaricia) se substitue par rapport à un ordre
péché, l’orgueil (la superbias), et une littérature se développe pour critiquer l’argent et les gens qui en tirent profit. La bonne richesse fait
preuve de prodigalité tandis que la mauvaise richesse et celle que l’on ne montre pas.

Rennes 2 - L2 Histoire
11