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Initiation aux sciences sociales : fiches du cours

Initiation aux sciences sociales


Fiches du cours

Introduction du cours

-C'est plutôt en distinguant les méthodes qu'en distinguant les objets que l'on peut se
faire une idée de ce qui différencie les sciences dures des sciences humaines et
sociales.

-6 domaines des sciences humaines et sociales :


1) Sciences historiques
2) La géographie
3) Les sciences économiques
4) Les sciences du langage et de la communication
5) Les psychologies
6) Les sciences de la société

I) Notion d'épistémologie générale (épistémologie : science qui


étudie l'histoire, les principes et les méthodes des sciences)

1.1Une première caractéristique de la scientificité

-La science est « objective »


-La science a vocation à être générale
-Elle parle de faits solidement établis
-Elle suppose l'observation
-Elle procède expérimentalement
-Elle procède démonstrativement
-Elle effectue des mesures
-Elle manipule des nombres ou du moins des symboles
-Elle est connaissances des « causes »

-Les mathématiques sont une science à part car ils ne se soucient pas des causes,
n'effectuent pas de mesures, ni d'observation ni d'expérimentation et ne parlent
d'aucuns faits.

-Il faudra donc distinguer sciences expérimentales (astronomie, branches de la


physique qui remplissent les précédents critères) et les sciences non expérimentales.

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-Les sciences humaines et sociales ne satisfont pas tous les critères mais certains
d'entre eux.
-Il existe des disciplines qui ne sont pas des sciences comme l'astrologie ou la
psychanalyse qui revendiquent le statut de science en affirmant correspondre aux
critères énumérés.

-Il ne suffit pas de prétendre satisfaire à un critère de scientificité pour y satisfaire


réellement.

1.2Vérité et scientificité

-L'astrologie ne peut constituer une science parce que son affirmation fondamentale
que la position des astres influence les événements est tout simplement fausse.

-Mais ce n'est pas la vérité qui définit la scientificité.

1.2.1 Un coup d’œil sur l'histoire de la physique

-Au cours de son histoire, la physique a connu des révolutions, c'est à dire l'abandon a
peu près complet de certaines théories, remplacées par des théories rivales. (Galilée et
Descartes : 17ème siècle, Renaissance)

-Exemple du principe d'inertie formulé par Newton :


« Tout corps persévère dans l'état de repos ou de mouvement uniforme en ligne droite
dans lequel il se trouve à moins que quelque force n'agisse sur lui, et ne le contraigne
à changer d'état. »

-Cette formule concentre les révolutions qu ont pu avoir lieu en physique : elle
affirme que les modifications du mouvement ne sont jamais dues à la spontanéité d'un
corps, mais uniquement aux causes extérieures (forces).

-Exemple plus précis de réfutation expérimentale d'une loi scientifique :


Aristote affirmait que la vitesse d'une chute libre est proportionnelle au poids du
corps qui chute.
Galilée parviendra à montrer empiriquement cette affirmation est fausse. Il prouvera
que ce n'est pas la différence de poids des corps qui modifie la vitesse mais l'air qui
freine la chute des corps de façon différente.

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1.2.2 Conséquences pour notre analyse

-Une loi peut être une loi scientifique et être fausse.

-C'est l'histoire des sciences qui nous apprend qu'une théorie ou qu'une loi peut être
scientifique sans être vraie, même si la démonstration de leur fausseté peut se faire
attendre pendant des siècles.

-C'est l'expérience qui nous apprend que les lois scientifiques que nous testons sont
erronées.

-La dichotomie scientifique/non-scientifique ne recouvre pas la dichotomie vrai/faux.


Il faut nous intéresser pour définir la sciences aux questions de méthodes plutôt
qu'aux résultats.

-Pour prouver qu'elle est une science, l'astrologie doit être capable de définir
clairement sa démarche scientifique.

1.3Qu'est-ce qui rend une démarche scientifique ?

1.3.1 Première tentative, « inductiviste »

-2ème moité du 19è siècle.

-Être capable de généraliser une observation pour en faire une loi. L'induction est une
opération logique qui déduit une proposition générale à partir de propositions
particulières.

-Différence entre observation et expérimentation : dans l'observation le chercheur


n'intervient pas.

-Mais faiblesse de l'induction, c'est à dire que tirer une loi générale à partir de
propositions particulières est contestable.

1.3.2 L'induction du point de vue logique

-Une collection quelconque de propositions particulières ne suffit jamais à rendre


vraie une proposition universelle, à moins que cette collection ne constitue ce que
Descartes appelle une « énumération complète » de tous les cas possibles.

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Or, l'expérience nous démontre qu'il ne peut y avoir de chemin déductif (logique), qui
aille de l'expérience (toujours particulière) aux lois physiques (de formes
universelles).

1.3.3 Les faiblesse rédhibitoires de l'inductivisme

-Si nous voulons savoir si « tous les corbeaux sont noirs» est une loi de la nature,
autrement dit une proposition universelle, l'observation de nombreux corbeaux ne
suffit pas à nous l'assurer, car je ne pourrait jamais observer tous les corbeaux.

-Il n'y a donc pas de confirmation expérimentale au sens strict d'une loi.

1.3.4 Deuxième tentative « falsificationniste » (épistémologie de Karl


Popper, Philosophe autrichien, 19è siècle)

-Une proposition particulière peut prouver la fausseté mais non la vérité d'une
proposition universelle.

-La frontière entre science et non-science va passer par la capacité ou non des
différentes théories à se soumettre à des tests expérimentaux susceptibles de les
invalider.

1.3.5 L'expérience d'Eddington (voir cours)

1.3.6 Science et non-science

-A la différence des mathématiques, on peut dire que les sciences expérimentales


progressent par corrections successives d'erreurs, plutôt que par accumulation de
vérités.

-Seule la science se soumet à des tests expérimentaux dignes de ce nom, dans la


mesure où ces tests peuvent réfuter les théories scientifiques qui leurs sont soumises.

-Dans le cas de l'astrologie, la difficulté est de trouver des faits susceptibles de


constituer une réfutation de la théorie.

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1.4Un exemple de démarche scientifique : le cas de la psychanalyse

-Freud prétend construire une « science de l'inconscient »

-La psychanalyse est caractérisée par une très grande confusion théorique.

-Après les méthodes hypnotiques, Freud adoptera les idées générales de pulsion et de
refoulement pour expliquer la psyché humaine.

-Il adopte que la sexualité est derrière le fonctionnement du psychisme humain et que
l'origine des troubles psychiques est à rechercher dans l'enfance.

-Freud considère le psychisme humain non pas comme un théâtre lumineux de


conscience, mais comme un champ de forces psychiques opposées qui ne cessent de
se combattre.

-Il y a indiscutablement chez Freud une manière de penser sa propre discipline qui n'a
plus grand chose à voir avec l'image actuelle, voire avec la pratique actuelle de la
psychanalyse, qui est essentiellement devenue une discipline interprétative.

-Hypothèse de Freud : c'est parce qu'elle est refoulée, parce qu'elle ne peut pas se
satisfaire, que la pulsion devient pathogène.

-La psychanalyse qui se fit uniquement par la parole, consistera à vaincre ces
mécanismes de censure (ce qui suppose par exemple d'interpréter des rêves, des
lapsus) pour identifier et reconnaître la pulsion pathogène, espérant que sa simple
reconnaissance réglera le problème.

-Il en résulte que la maîtrise que nous pouvons avoir de nous-même est un leurre dans
la mesure où l'on ne peut pas maîtriser notre inconscient. Nous subissons plutôt que
nous agissons (en se basant sur la théorie de Freud).

1.4.2 Difficultés liées à l'hypothèse de l'inconscient

-Critique épistémologique : à peu près aucune des propositions théoriques de Freud


ne peuvent être testées expérimentalement. Cela tient aux principes de la théorie
même.

-Comment un psychanalyse peut-il être certain que l'interprétation qu'il propose d'un
rêve est la bonne ?

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-Si le patient accepte l'interprétation, c'est qu'elle est correcte. Mais comme le
refoulement est un refus d'admettre l'existence de désirs inavouables, le refus du
patient de reconnaître l'interprétation peut être le signe pour le thérapeute qu'il est sur
la bonne voie !

-Si comme selon Popper, le propre d'une science est d'être capable d'utiliser
l'expérience pour corriger ses erreurs, alors on peut dire que le mécanisme même du
refoulement conduira le spécialiste à une incapacité de savoir si son interprétation est
correcte ou non.

-La guérison n'est pas non plus une preuve de scientificité. La médecine peut guérir,
mais n'est pas une science car un médecin peut guérir un malade sans avoir une
représentation théorique irréprochable de ce qui ne va pas chez lui.

-De plus la façon dont Freud décrit les forces qui rentrent en compte dans le conflit
psychique les fait ressembler à des acteurs conscients à part entière (ex : le « ça »
cherche à s'exprimer et donc à contourner la censure exercée sur certaines
représentations par le « Surmoi »). Bref, à des personnes et non à des constituants
infra-personnels d'une seule et unique personnalité.

-Pour toutes ces raisons :


Absence de contrôle expérimental digne de ce nom
Problèmes de cohérence liés à l'idée de « représentation inconsciente »
Hésitation entre une interprétation psychique et une interprétation somatique de la
conscience et de l'inconscient
= Les modèles freudiens de la psyché humaine sont d'une bien trop grande fragilité
théorique pour qu'on leur fasse réellement confiance.

1.4.3 Une épistémologie datée

-Freud avait une conception plutôt inductiviste et confirmationniste de la science,


c'est à dire une conception datée.

-La science que l'on prétend faire dépende de l'idée que l'on se fait de la science en
général.

-Pour la théorie confirmationniste, une accumulation d'expériences favorable est à


même de constituer pour une théorie scientifique, une confirmation directe.

-Selon Freud, il n'y aucune distinction à faire entre les sciences de la nature et les

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sciences de l'homme : les sources de savoir et les méthodes de recherche sont les
mêmes.

1.5Difficultés de l'épistémologie poppérienne

1.5.1 Vérité et exactitude

-La science ne cesse de faire des efforts pour se « rapprocher » de la vérité et son
existence ne se comprendrait même pas sans cet effort.

-Mais le fait qu'un modèle fonctionne pour certains usages n'implique pas qu'il est
vrai, ni même qu'il est proche de la vérité. Ainsi, la technique n'est pas la science,
cette dernière ne se contente pas de l'efficacité pratique.

-Prenons l'exemple en physique du fait que le poids soit le produit de la masse par
l'accélération : p=mg

-Rien ne nous le garantit par nos simples observations. C'est quelque chose que nous
devons penser, faute de pouvoir le constater.

1.5.2 Caractère inévitable des conjectures

-Pour comprendre comment la nature produit les effets que nous observons, nous
devons faire des conjectures sur son mécanisme intime.

-La description des lois de la nature ne peut-être faite que d'hypothèses.

-La science n'a pas seulement pour ambition de décrire les phénomènes, elle veut
aussi et surtout décrire les mécanismes qui les expliquent.

1.5.3 Toute théorie scientifique est-elle falsifiable ?

-Pas la théorie de l'évolution de Darwin, qui n'est pas réfutable expérimentalement,


mais qui est unanimement acceptée comme scientifique. Popper s'est donc trouvé
contrait de lui accorder un statut particulier.

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1.5.4 Est-il facile d'éliminer les conjectures fausses ?

-Il n'est pas possible de décider d'avance et de façon générale quand une hypothèse
théorique doit être définitivement rejetée. Il y bien souvent un nombre beaucoup trop
important de facteurs qui sont impliqués dans le résultat expérimental en apparence le
plus simple.

Points importants à retenir :

-La possibilité d'être une science pour une science humaine, dépend des possibilités
d'observation, de mesure, d'expérimentation. S'agissant du cas de l'homme, ces
problèmes deviennent très rapidement extrêmement complexes : les hommes
mentent, adaptent leur conduite, ne font pas preuve de la même régularité dans leurs
actions que les pierres qui tombent.

-La science que prétend faire un savant dépend entre autres, de l'épistémologie qu'il
professe. C'est-à-dire : de la conception qu'il a des sciences de la nature, et de la
conception qu'il du rapport entre les sciences de la nature et les sciences de l'homme.
(Par exemple, Freud revendiquait une continuité méthodologique entre les deux.)

2) La spécificité des sciences humaines et sociales.


I: Le modèle des sciences positive

2.1Durkheim et l'idée de « faits sociaux »

-Dans son ouvrage « la méthode sociologique », Durkheim part de la thèse suivant


laquelle les sciences se distinguent avant tout par leurs objets.

-Selon lui, la sociologie s'est constituée comme science à partir du moment où elle a
réussi à préciser ce qui constituait son « domaine propre ».

-Un contemporain de Durkheim, Georg Simmel définit ce qui est pour lui le bon objet
d'étude de la sociologie. Il définit le « niveau du social » par la donation d'une forme
spécifique, résultant de l'association d'individus, à un contenu (la poursuite de
certains buts, certaines actions etc.)

-Mais Durkheim reproche à Simmel d'avoir mal abstrait ce qui constitue l'objet
d'étude de la sociologie.

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-Durkheim lui, définit le fait social comme un fait « socialement produit ou causé ».
Il y a fait social partout où l'influence de la société se donnera à lire de façon claire.

- « Il faut que les idées et les actions collectives soient différentes par nature de celles
qui ont leur origine dans la conscience individuelles et qu'elles soient en outre régies
par des lois spéciales. »

-Pour Simmel, l'aspect social de l'action ne fait que se greffer sur ses aspects
individuels, ou leur fournir un cadre, Durkheim lui, veut insister sur la possibilité de
mettre en évidence des faits qui seraient de part en part sociaux et qui n'existeraient
pas du tout sans la société.

-Pour Durkheim, il faut admettre que le tout n'est pas toujours égale à la somme des
parties.

-Pour Durkheim, le caractère distinctifs des phénomènes sociaux, c'est de s'imposer à


l'individu de l'extérieur, d'exercer sur lui une pression, d'être des contraintes (ex : la
morale, la religion, le droit dans leur pratique collective)

-Durkheim fait un choix holiste qui dénie toute pertinence méthodologique à


l'individualisme, au nom de la réalité propre du collectif.

-Il ne s'agit pas de dire qu'il n'y a de variations individuelles, mais que leur étendue
est restreinte.

-Durkheim accorde tellement de réalité à la société qu'on peut se demander dans


quelle mesure il reste encore de la place pour l'idée même de conduite individuelle, si
ce n'est en tant que variation à l'intérieur de cadres étroits et rigides.

2.2Questions de méthode holiste

-Pour Durkheim, l'observation, la collecte de faits et leur classification doit être une
primauté.

2.2.1 La critique de l'économie

-Durkheim reproche à l'économie politique de décrire plutôt ce qui devrait se


produire selon l'économiste, que ce qui se produit réellement.

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-Durkheim reproche aux économistes d'attribuer aux individus la caractéristique


d'être toujours rationnels dans leur fonctionnement (minimiser les pertes et maximiser
les profits) et de tenter de saisir au niveau individuel un phénomène social.

-3 considérations possibles sous lesquelles atomisme (niveau individuel) et holisme


(niveau du tout, de la société) peuvent s'opposer. :
1)Du point de vue de l'existence : holisme ontologique, accorde aux touts une réalité
en partie indépendante des éléments qui composent ce tout.
2)Du point de vue de la connaissance : holisme épistémologique, prône que la
connaissance du tout est en moins en partie indépendante de la connaissance des
parties.
3)Du point de vue de la méthode : holisme méthodologique, prône que nous avons
tout intérêt à envisager certains phénomènes de manière macroscopique étant
incapable de maîtriser suffisamment leur détail pour recomposer le fonctionnement
du tout à partir du fonctionnement de chacune des parties.

-L'individualisme méthodologique (atomisme) inclut la connaissance des relations


entre les parties des touts étudiés.

2.2.2 Qu'est-ce qu'un modèle ?

-Analyser un phénomène complexe, c'est le résoudre en éléments ; comprendre


comment fonctionne une horloge, c'est identifier le rôle de ses parties (engrenages,
ressorts) dans l'ensemble.

-Comprendre la société de même, ce devrait-être comprendre la contribution des


individus aux phénomènes sociaux.

-Ce qui nous empêche d'avoir une compréhension atomistique d'un tout aussi
complexe qu'une société, c'est le nombre astronomique d'éléments et la diversité de
leurs relations.

-Mais rien ne nous empêche ne pensée de construire des modèles réduits de ces
sociétés, de simplifier les données du problème, en sélectionnant quelques aspects
que nous souhaitons étudier et en partant d'hypothèses sur les éléments (les individus)
et leurs relations qui se recommandent avant tout pour leur simplicité et pour leur
maniabilité plutôt que pour leur exactitude.

-Faisant cela, on construit un modèle du phénomène étudié, qui nous permet de tester
quelques hypothèses, et dont la relation exacte à la réalité peut-être par la suite

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évaluée et précisée.

-Il n'y a donc rien qui s'oppose en principe à ce qu'un économiste construise un
modèle fictif.

-L'économie manipule des abstractions dans la mesure même où elle manipule des
modèles, où elle modélise son objet d'étude pour en rendre certains aspects plus
lisibles.

-Durkheim refuse d'accorder une place aux hypothèses en science.

-Une bonne science pour Durkheim se passe un maximum d'hypothèses alors que
pour Popper et pour l'épistémologie contemporaine, c'est le trait fondamental d'une
science que d'être en premier lieu hypothétique.

2.3Les faits sociaux comme « choses » ; l'administration de la preuve

2.3.1 L'objectivité en sciences sociales

-L'objectivité en sciences sociales tiendra essentiellement à la capacité du savant à


considérer son objet du même œil froid et dépassionnée dont le minéralogiste
considère un bloc de schiste.

-Mais assimiler les faits sociaux à des choses c'est être capable d'éliminer de notre
considération tous les facteurs d'explication qui spontanément s'offrent à nus lorsque
nous envisageons des conduites.

-Durkheim se livre explicitement à une naturalisation du fait social, à une


externalisation du point de vue.

2.3.2 L'administration de la preuve : comment prouver l'existence de


faits sociaux

-Il ne peut y avoir d'expérimentation à l'échelle d'une société.

-Durkheim va donc utiliser la « méthode comparative », la « méthode des variations


concomitantes », qui consiste à partir de données statistiques de mettre en valeur la
covariance de ce que l'on souhaite expliquer (par ex le taux de suicide) et d'autres
facteurs auxquels sera attribué un rôle explicatif (ex : la religion).

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-Il est vrai que la simple covariance de deux phénomènes ne suffit pas à prouver
l'existence d'une relation causale entre les deux : il peut s'agir d'une simple causalité
sans corrélation.

-Mais même si la covariance des phénomène ne conduit pas directement à un rapport


de causalité, elle indique au moins que les deux phénomènes ne sont pas étrangers
l'un à l'autre. Au chercheur de se demander par la suite de quelle manière restituer la
causalité manquante.

2.4Un essai de cette méthode : l'analyse durkheimienne du suicide

2.4.1 Le caractère social du suicide

-La mise en évidence du caractère social du suicide autrement dit du suicide comme
« fait social », implique que ce phénomène n'est pas explicables par les seules causes
privées.

-D'après Durkheim : « Ce sont ces tendances de la collectivité qui, en pénétrant les


individus, les déterminent à se tuer. Quant aux événements privés qui passent
généralement pour être les causes du suicide, ils n'ont d'autres action que celle que
leur prêtent les dispositions morales de la victime, écho de l'état moral de la société. »

2.4.2 Les types de suicide

-Durkheim dégage essentiellement dont la variation fait varier le taux de suicide :


« intégration » et « régulation ».

-Mais Durkheim est critiqué dans son positionnement : sa définition dite « objective »
du suicide élimine tout ce qui pourrait se rapprocher d'une intention consciente de
l'acteur lui-même. Ce qui paraît difficile à envisager.

-Autre critique : difficulté de la constitution des données statistiques : en effet, les


religions, mais aussi les structures familiales peuvent influencer non seulement le
taux de suicide mais également le taux de déclaration de celui-ci. Ce qui signifie que
les statistiques peuvent-être biaisées avant même d'être constituées.

-De plus la définition très large du suicide de Durkheim englobe des conduites qui ne
sont habituellement pas catégorisées comme des suicides.

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2.4.3 La méthode en action

-Il n'est pas exclu que pour être plus rigoureuses, les sciences sociales doivent cesser
de vouloir ressembler à tout prix aux sciences de la nature.

2.5L'homo economicus

-Chez Durkheim, le fait que les faits sociaux s'imposent à l'individu entraîne que les
faits sociaux ne sont pas de nature à compléter mais plutôt à éliminer toute
explication qui adopterait le point de vue de l'individu.

2.5.1 La critique marxienne des « robinsonnades »

-La sociologie de Durkheim n'est pas la seule des sciences sociale qui soit contre un
parti pris individualiste. On peut en dire autant de l'économie, de la vision de la
société de Karl Marx. Même s'il existe des différences entre ce que Marx déclare faire
et ce qu'il fait réellement.

-Marx (philosophe allemand 1818-1883) affirme que ce n'est pas la conscience des
hommes qui détermine leur être, mais leur être social qui détermine leur conscience.

-Pour Marx, ce qui est fondamental ce sont les « rapports de production », c'est-à-dire
les relations dans lesquelles entrent les hommes pour la production commune de leurs
moyens d'existence (agriculture, artisanat, l'industrie etc.)

-Pour Marx, l'économie est la science sociale fondamentale car ce qu'elle étudie
constitue la base de l'ensemble des rapports sociaux.

-Pour Marx, le moteur de l'histoire, c'est l'économie. Cela implique que les véritables
acteurs de l'histoire ne sont pas véritablement les individus, mais plutôt les « classes
sociales », au sens où un individu quelconque, avec une marge de liberté plus ou
moins étroite, n'est jamais que le représentant des idées, des intérêts, des possibilités
de sa propre classe sociale. C'est sa place dans le processus de production
(propriétaire d'une usine, simple ouvrier?) qui définit objectivement ses intérêts parce
qu'il définit objectivement les intérêts de la classe qui est la sienne.

-Selon Marx, les conduites des individus ne prennent de sens que dans un horizon
toujours déterminé d'avance par des conditions sociales antérieures, ou héritées, qui
elles-mêmes ne s'expliquent que pas la division du travail, elle même conditionnée

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par la nature du système productif (une société d'agriculteurs auto subsistants ne peut
avoir les mêmes institutions qu'une société industrielle).

-Ces conditions là échappent totalement à l'individu qui ne peut que les subir.

-Marx diagnostique un symptôme propre à une certaine époque : justement l'époque


où l'individu commence à définir effectivement une réalité, où il gagne de plus en
plus d'indépendance par rapport à son milieu social.

-Pour Marx, croire que l'homme individuel est une réalité éternelle, alors qu'à des
époques antérieures, l'individu ne se présente pas indépendant du groupe, c'est ce que
l'on appelle une idéologie : une représentation erronée de la réalité qui a pour cause
spécifique la situation historique et sociologique de celui qui la professe.

-On voit dans quel sens l'accusation Marxiste de l'individualisme méthodologique est
plus grave que celle de Durkheim : ce dernier n'est pas seulement une mauvaise
méthode d'un point de vue scientifique, il est en outre le véhicule inconscient
d'intérêts qui sont des intérêts de classe, et donc d'intérêts économiques.

2.5.2 Neutralité et objectivité

-La question même de savoir s'il est possible d'échapper à l'accusation idéologique se
pose.

-Si nous nommons « neutralité » ou « impartialité » l'absence totale d'intérêts à


défendre, on ne pourrait quasiment pas trouver de chercheur impartial.

-Cela n'est pas si grave car la neutralité n'est pas forcément une condition pour être
objectif.

-Il ne faut pas confondre les raisons pour lesquelles des propos sont tenus, des raisons
qui justifient ces propos.

-C'est la logique et la méthode qui peuvent prouver l'objectivité d'une thèse et non le
fait qu'elle soit idéologique ou non.

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2.5.3 L'idée de « micro-fondation »

-En économie, il est possible comme en biologie d'écarter l'idée holiste d'une
indépendance radicale des phénomènes globaux vis à vis des interactions locales

-Mais rien n'empêche, cela admis, de construire de modèles « micro-fondés » qui


postulent que les phénomènes globaux (macroscopiques) peuvent-être reconstruits
depuis la base individuelle (microscopique). Il sera possible ensuite de mesurer leur
écart avec la réalité.

2.5.4 La « théorie des jeux »

-Que l'on pourrait appeler « théorie des décisions interdépendantes ».

-Cette théorie tâche d'évaluer les conséquences du fait que les décisions d'un agent
(par ex, un agent économique) dépendent des décisions d'autres agents ou plus
précisément de ce qu'il sait au sujet des décisions de ces autres agents.

3) La spécificité des sciences humaines et sociales


II : un élargissement du concept de science ?

3.1« Sciences de la nature » et « sciences de la culture »

-Weber est méfiant envers le postulat de l'uniformité des méthodes des sciences de la
nature et des sciences de l'homme et de la société.

-L'homme ne serait pas un objet de science comme un autre, et cela avant tout du fait
de son caractère d'être conscient, qui rendrait ses actions d'un tout autre type que celle
des choses naturelles.

-Du coup les deux types de sciences n'auraient pas le même but : si les sciences de la
nature visent à expliquer les phénomènes naturels, les sciences humaines visent à
comprendre les conduites humaines.

-Les hommes peuvent-être irrationnels, car ils peuvent parfois ne pas évaluer les
dangers de leur conduite.

-Alors que dans les sciences de la nature, les objets étudiés agissent simplement en

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fonction des lois qui les régissent génériquement, et certainement pas en fonction de
buts qui leurs sont propres.

3.1.1 Spécificité des « sciences de la culture »

-Comme l'écrit Raymond Aron (dans « les étapes de la pensée sociologique ») les
caractères distinctifs des sciences de la culture sont au nombre de 3 :
Ces sciences sont :
Compréhensives
Historiques
Elles portent sur la culture

-Le caractère « finalisé » (animé par un but) des conduites humaines les rend
déchiffrables pour les observateurs humains.

-Ce type d'intelligibilité ne s'adresse qu'à des phénomènes individuels. C'est la


conduite singulière d'un individu que je puis dire que je comprends. Le caractère de
généralité de la science de la nature ne se retrouve donc pas ici.

-Si le chercheur doit évidemment chercher à éviter de laisser s'immiscer ses propres
jugements de valeur dans son travail (pour ne pas perdre son objectivité), les valeurs
des agents qu'il étudie ne peuvent pas être laissées de côté.

-Les êtres humains donnent des buts à leurs actions, c'est ce qui les rend rationnelles.
Mais parfois, nos actions nous dépassent (phobies, peurs) nous n'agissons alors pas de
la façon dont nous pensons qu'elle est la meilleure.

-Par conséquent, une compréhension des actions humaines ne peut pas se faire par les
seuls moyens de la science « objective » la plus dure, si celle-ci, comme le souhait
Durkheim doit éliminer tout ce qui ressemble à une intention, surtout consciente.

-Au contraire même, de la compréhension de l'action humaine dépend le sens que


l'action a pour l'agent.

-Le champ des sciences humaines est donc spécifique car il se distingue par la
volonté de prendre en compte exactement ce que la science de la nature se doit
d'éliminer : l'idée que les choses étudiées (ici les hommes) agissent en fonction de
buts, de motifs, de raisons qui échappent à la simple causalité naturelle mécanique.

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-Les sciences humaines doivent donc être « compréhensives » et pas seulement


« explicatives ». Elle doivent être historiques ( ce qui est contraire à une forme de
« généralité » qui est propre aux sciences de la nature). Enfin, elles imposent aux
chercheurs la prise en compte de la culture des hommes.

-Le travail du sociologue requiert donc, non un jugement de valeurs, mais un


« rapport aux valeurs », indispensable pour sélectionner dans l'immensité des données
disponibles, ce qui est pertinent au vu des groupes humains que l'on étudie.

- On « explique » les sciences de la nature, on « comprend » les sciences de l'esprit.


Mais la « compréhension » a-t-elle un caractère scientifique?
L'interprétation des conduites humaines n'est-elle pas vouée à fournir des résultats
plutôt « vraisemblables » que vrais ? Comment éliminer les interprétations erronées ?

3.2L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme

-Sous le titre « l'Ethique protestante et l'esprit du capitalisme », Weber publie en


1904-1905 son étude fondatrice.

-Il 'agit d'analyser la formation du capitalisme moderne, transformation jugée majeure


pour les pays d'Europe occidentale.

-La thèse est la suivante :


Il y a un « esprit capitaliste » formé par un certain rapport à la richesse (qui a pour
résultat son accumulation) et au travail (travailler plus...), et cet esprit capitaliste s'est
développé à la faveur de l'éthique protestante, plus particulièrement de l'éthique
puritaine.

-La tentative de Weber est donc de chercher dans la religion l'une des causes d'un
bouleversement social et économique considérable, puisqu'il définit en grande partie
notre modernité.

-On peut retenir de la doctrine calviniste 2 traits pertinents pour cette question :
1) La doctrine de prédestination : le salut de chaque individu est fixé à l'avance
par Dieu indépendamment des œuvres de l'individu.
2) La doctrine qui veut que l'action humaine doit se comprendre comme une
célébration à la gloire de Dieu et comme la tâche de réaliser Ses
commandements sur Terre.

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Initiation aux sciences sociales : fiches du cours

-Le capitalisme émane d'un certain rapport à la richesse.

-Le catholicisme traditionnel rend la recherche du profit d'abord condamnable, puis


tolérable.

-Chez Luther, pour le chrétien réformé, il s'agissait de s'accommoder de sa besogne.

-Mais dans le protestantisme ascétique ultérieur (comme le calvinisme, le piétisme


etc.), le métier va devenir le lieu même de la réalisation de « l'appel » religieux, et
l'accumulation du profit, d'une façon paradoxale, l'une des voies privilégiées de
l'ascèse.

-Pour Weber, le fait que les calvinistes, sont damnés ou sauvés sans qu'ils n'y puissent
rien, crée un sentiment d'isolement intérieur inouï de l'individu.
Mais comment être sûr que l'on est élu ? La réussite en est un signe : le contrôle de
ses richesses, pour accéder à l' « état de grâce ». Ceci par une mise en œuvre
rationnelle de l'existence tout entière, rapportée à la volonté de Dieu.

-A l'inverse, « l'aversion envers le travail » est le « symptôme de l'absence d'état de


grâce ».

3.3La méthode de Max Weber

-Le souci de Weber part de faits statistiquement établis : succès incontestable du


capitalisme aux Etats-Unis, et en Allemagne, les protestants « travaillent plus et
gagnent plus ».

-Weber va créer un « idéal-type » d'homme : type construit d'un certain type de


croyant.

3.3.1 La sociologie comme science « compréhensive »

-Weber tend à « expliquer causalement » (trouver des causes) et « comprendre par


interpréation ».

-Mais l'établissement d'une causalité n'a pas un effet de loi, puisque chaque action à
expliquer est particulière.

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-En sociologie, les lois peuvent constituer un moyen, mais non un but, dans la mesure
où celle-ci traite de réalités historiques qui échappent au fait de l'indéfiniment
répétable.

-Weber tentera de donner un sens, d'interpréter, l'activité de l'individu (activité :


partout où un sens est visé par l'agent lui-même).

-Mais est-il possible d'être certain d'être parvenu ) la bonne interprétation ?

-En effet, une activité données peut être interpréter de différentes manières sans
pouvoir en isoler une plus vraie que les autres : ce qui n'est pas le cas dans les
sciences dures.

3.3.2 Typologie des déterminants de l'activité sociale

Voir cours pages 204 à 206

3.4Popper et la méthode des sciences sociales

-Popper plaide pour la « modélisation en sciences « sociales, telle qu'elle a lieu en


économie.
-
Popper affirme que pour comprendre un individu, il faut prendre en compte la
situation dans laquelle il se trouve, et la compréhension sera dite « objective » si l'ion
parvient à construire un modèle de l'action comme objectivement appropriée à la
situation.

3.5Conclusion : herméneutique et science exacte

(herméneutique : science de l'interprétation)

3.5.1 L'opposition Durkheim/Weber comme question

-Durkheim : holisme
-Weber !: individualisme
-Opposition entre fait social, et action sociale, entre explication et compréhension.,
entre société et individu, entre causes et raisons etc.

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3.5.2 Le séparatisme méthodologique comme idéologie

-La méthode des sciences naturelles doit se taire là où la vie individuelle, de l'être
personnel, du libre arbitre commence.

-La promotion d'une méthode basée sur la compréhension apparaît en opposition à


l'explication des sciences de la nature.

3.5.3 Max Weber fut-il un « séparatiste méthodologique » ?

-la « sociologie de la compréhension » de Weber implique-t-elle une évacuation de la


mise en évidence de lois comme dans les sciences de la nature ?
Non, pour Weber, l'utilisation de lois constitue un moyen pour la sociologie.

-Mais comme les sciences de la nature, les sciences de la culture se doivent de


rechercher les causes. Mais ce qui les différencie, est le caractère interprétatif de la
démarche des sciences de la nature.

3.5.4 Deux épistémologies différentes de la science de la nature

-Ce qui oppose Weber et Durkheim n'est pas le « scientisme » et le « naturalisme »


d'un coté et le refus du scientisme et du naturalisme de l'autre.

-la compréhension ne peut pas être exclue de l'étude des sciences de la nature.

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