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Section 1 : L’effet relatif du contrat.

En principe, le contrat n’a pas d’effet obligatoire vis-à-vis des tiers, car nul ne peut être
engagé par un acte auquel il n’est pas partie. Exceptionnellement, un contrat peut avoir un
effet obligatoire sur des personnes autres que les parties : la seule véritable exception est
constituée par la stipulation pour autrui.

§1 : Le principe de l’effet relatif.


Ce principe est longtemps apparu comme la conséquence logique du principe d’autonomie de
la volonté : la volonté des parties ne peut créer d’obligations qu’entre elles, car on ne peut être
créancier ou débiteur que si on l’a voulu.

On s’interroge aujourd’hui sur les notions de parties et de tiers. Selon la conception retenue
des parties à un contrat, le principe d’effet relatif varie. On ne peut plus considérer le contrat
comme une bulle intéressant ses seuls auteurs en raison de la complexification des rapports
sociaux et des figures contractuelles.

A/ La signification du principe de l’effet relatif.

Les effets obligatoires du contrat ne s’imposent qu’aux parties =  le contrat ne peut ni nuire, ni
profiter aux tiers. Il peut avoir des répercussions sur eux, mais ne peut ni créer d’obligations à
leur charge ni indirectement de droits à leur profit. Le contrat ne peut ni rendre un tiers
débiteur, ni le rendre créancier.

B/ La portée du principe : la distinction des parties et des tiers.

Le contrat ne crée d’obligations qu’entre les parties.

Conception classique : seules sont parties au contrat les personnes qui l’ont voulu. (notion
étroite).

Deux présentations possibles :

– les tiers sont tout ceux qui n’ont pas exprimé leur volonté. C’est donc une catégorie
résiduelle et hétérogène : il est impossible de dégager une règle qui s’applique à tous les tiers.

– entre les parties et les tiers, on trouve des catégories intermédiaires de personnes qui ne sont
plus tout à fait des tiers, mais pas vraiment des parties non plus.

Conception renouvelée : on a proposé d’élargir la notion de parties. L’intérêt de cet


élargissement est de permettre de ne laisser subsister que deux catégories : les parties et les
tiers.

1) La notion de parties.

a_ La conception étroite.
La notion de base : les parties sont les personnes qui ont voulu et conclu le contrat. C’était la
traduction de l’idée que pour être tenu d’une obligation, il fallait l’avoir voulu. Le critère de
cette conception étroite est donc la volonté.

Les personnes représentées sont assimilés aux parties : si la volonté de conclure le contrat
existe pour les cas de représentation conventionnelle (contrat de mandat), elle n’existe pas
dans la représentation légale (mineur,…).

Les successeurs des parties leur sont aussi assimilés = les ayants-cause universels ou à titre
universel.

En principe, ils deviennent parties au contrat conclu par le défunt si ce contrat était en cours
lors du décès : ils deviennent donc débiteurs ou créanciers à sa place (art. 1122 du code civil).
Il s’agit de l’effet d’une règle successorale qui veut que « les héritiers continuent la personne
du défunt » , et qui se produit en dehors de leur volonté d’être parties à ce contrat, même s’ils
en ignoraient l’existence.

Exceptions : – il est possible de prévoir dans le contrat que la mort de l’une des parties met fin
au contrat.

– les contrats conclus intuitu personae prennent fin, sans qu’il soit utile de le préciser dans une
clause, à la mort de l’une des parties. Ex : contrat de mandat, de travail,…

Dans la conception classique, sont parties au contrat les personnes qui l’ont conclu soit
personnellement, soit par l’intermédiaire d’un représentants, et leurs successeurs.

b_ La conception large.

La proposition : pour Ghestin, la notion de parties doit inclure toutes les personnes liées avec
leur consentement effectif par les effets obligatoires du contrat. Cette définition englobe les
parties au moment de la formation du contrat (directement ou représentées) et les parties au
moment de l’exécution du contrat = des personnes qui étaient initialement des tiers mais qui
ont acquis la qualité de parties au stade de l’exécution (hypothèses des héritiers ou de la
personne ayant conclu une cession de contrat avec l’une des parties). La qualité de partie
repose donc sur le critère de la volonté de se soumettre à l’effet obligatoire du contrat.
Corrélativement, sont donc des tiers toutes les personnes liées par les effets du contrat même
si elles n’y ont pas consentis. Dans le cas d’une cession légale de contrat, le cessionnaire
resterait un tiers.

La critique : pour Aubert, cette conception élargie consacre des distorsions de qualification
difficilement explicables. Elle aboutit à opposer des situations de droit semblables : suite à
une cession conventionnelle, le cessionnaire devient partie car il l’a voulu ; suite à une cession
légale, le cessionnaire reste un tiers faute d’y avoir consenti. Or, ils sont tous les deux soumis
à la force obligatoire du contrat postérieurement à sa conclusion.

Deux déductions possibles :  – la distinction proposée est inopportune : on revient à une


conception classique.

– on déduit des critiques que cette nouvelle conception élargie de la notion de partie est juste
dans son principe, mais discutable dans ses critères. Elle ne va pas assez loin dans l’abandon
d’une conception strictement volontariste du contrat. Toutes les critiques d’Aubert tombent si
on ne se focalise pas exclusivement sur la volonté comme critère de la notion de partie au
contrat.

La nouvelle proposition : à côté de la volonté, la loi tient aujourd’hui une grande place dans le
contrat : le juge ou la loi greffent de nouvelles obligations au contrat, en plus de celles qui ont
été voulues par les parties. La force obligatoire n’est plus fondée sur la volonté mais sur la loi.

Il est donc possible d’admettre que l’on puisse être partie au contrat par l’effet de sa volonté,
ou par l’effet de la loi. Les parties au moment de la formation :    – par l’effet de leur volonté :
les personnes qui ont conclu le contrat soit directement, soit par l’intermédiaire d’un
représentant conventionnel (mandat,…).

– par l’effet de la loi : les personnes légalement représentées sans qu’il y ait volonté de leur
part (mineur, majeur incapable,…)

Les parties au moment de l’exécution : – par l’effet de leur volonté : la personne substituée à
l’une des parties par l’effet d’une cession conventionnelle de contrat.

– par l’effet de la loi : les successeurs (loi successorale) et les personnes substituées à l’une
des parties par l’effet d’une cession légale du contrat initial.

La réponse de Ghestin : un seul critère de la qualité de parties est maintenu = celui de la


volonté. La qualité de parties est réservée aux « personnes qui ont conclu le contrat par un
accord de volontés ou qui ont acquis le droit de le modifier ou d’y mettre fin par un autre
accords de volontés ». Il propose de réformer l’art. 1134 : « les conventions légalement
formées tiennent lieu de lois à ceux qui les ont faites, et à ceux qui leur sont assimilés ou
substitués ».

2) La notion de tiers.

a_ La conception classique.

Elle distingue les :  – véritables tiers = les personnes totalement étrangères au contrat et aux
parties, qui n’ont donc aucun lien de droit avec elles (penitus extranei) = catégorie résiduelle
qui exclue les parties et la catégorie suivante.

– personnes qui ne sont pas vraiment tiers : une catégorie intermédiaire de personnes pas
parties au contrat, mais pas entièrement étrangères à celles-ci = créanciers chirographaires et
ayants-cause à titre particulier.

b_ La conception renouvelée.

Elle permet d’inclure la catégorie intermédiaire dans celle des tiers.

Sera tiers toute personne qui n’est pas soumise à l’effet obligatoire du contrat par l’effet de sa
volonté ou de la loi : on trouve : – les penitus extranei.

– les créanciers chirographaires de l’une des parties. Ils disposent seulement d’un droit de
gage général (ils ne sont pas munis de sûreté) sur le patrimoine de leur débiteur (art. 2092 du
code civil). Ils sont indirectement concernés par les contrats conclus par leur débiteur dans la
mesure où ils modifient son patrimoine. Ces contrats ne sont que des faits pour les créanciers
chirographaires et leur sont donc opposables. Mais, ils demeurent des tiers car ces contrats ne
vont produire aucun effet obligatoire entre eux : ils ne sont pas liés par ces contrats.

– les ayants-cause à titre particulier de l’une des parties : ce sont les personnes qui ont acquis
un droit ou un bien de l’un des contractants. Après la vente d’un fonds de commerce,
l’acquéreur de ce fonds le revend à un tiers qui est son « ayant-cause à titre particulier ».

En principe, cet ayant-cause n’est pas tenu d’exécuter le contrat conclu par son auteur avant la
transmission, car il n’est qu’un tiers vis-à-vis des obligations que son auteur lui a transféré.

La conception classique admet une limite quand le contrat conclu antérieurement à la revente
du bien, est constitutif de droit réel. Ex : le nouveau propriétaire d’un terrain ne pourra pas
remettre en cause la servitude de passage consentie sur ce terrain et devra respecter
l’engagement pris par le précédent propriétaire. L’ayant-cause à titre particulier doit respecter
le droit réel, non pas parce qu’il est soumis à l’effet obligatoire du contrat précédent, mais
parce que ce contrat et le droit réel qu’il a créé lui sont opposables. Il reste tiers, mais le
contrat lui est opposable.

CCL : seront tiers au contrat : – les personnes non soumises à son effet obligatoires, mais
auxquelles le contrat est seulement opposable (penitus extranei, créanciers chirographaires, et
ayant-cause à titre particulier).

– les personnes soumises à l’effet obligatoire du contrat alors qu’elles ne l’ont pas voulues et
que la loi ne le prévoit pas. Pour elles, il y aura une vraie exception au principe d’effet relatif :
il s’agit des bénéficiaires des stipulations pour autrui.
Section 2 : L’opposabilité du contrat.
§1 : La règle de l’opposabilité du contrat.

Les droits réels sont opposables erga omnès.

Les droits personnels (rapports d’obligation) sont traditionnellement présentés en fonction de


leur caractère obligatoire. Mais l’obligation et le contrat sont tout de même opposables.

A/ Le contrat opposable aux tiers.

1) Les contrats ayant fait naître un droit réel.

Le contrat constitutif de droit réel est opposable aux tiers : l’une des parties peut s’en
prévaloir contre eux. Ils doivent le respecter = personne ne peut porter atteinte à un contrat de
vente en prétendant ignorer la transmission. Il s’agit plus de l’inopposabilité du droit réel que
du contrat.

2) La responsabilité du tiers complice de la violation d’une obligation contractuelle.

Les tiers ne peuvent pas prétendre ignorer un contrat qui aurait fait naître des créances. Ils ne
peuvent conclure avec le débiteur des contrats incompatibles avec un premier contrat, c’est-à-
dire qui empêcherait le débiteur de bien exécuter ce premier contrat. Sinon, il se rend
complice de la violation d’une obligation contractuelle, à condition qu’il ai connu l’existence
du contrat précédent. L’existence de ce premier contrat lui est donc bien opposable.

B/ Le contrat est opposable aux tiers.

Ils peuvent en invoquer l’existence ou l’inexécution, qu’ils peuvent prouver par tous moyens
(pour eux = un fait).
3.      Les ayants cause à titre particulier.

Définition= celui qui reçoit de son auteur un bien ou un droit déterminé (ex : un
acheteur). Le cessionnaire d'une créance.

QUID d'un contrat conclu par leu auteur et qui entretient un lien étroit avec le
bien ou le droit qui leur a été transmis (ex : 1 contrat de vente avec des travaux
commencés)

L'auteur et l'ayant cause peuvent se mettre d'accord pour transmettre les


effets du contrat.

QUID s'ils n'ont rien prévu : la réponse va varier selon que le contrat litigieux fait
naître des droits ou des obligations à l'égard de l'ayant cause à titre particulier.

Il y a création de droits relatifs au bien transmis.

Ex : achat d'un immeuble, et cet immeuble est grevé par une servitude de passage
(droit de passer sur le terrain d'autrui). Le nouvel acheteur pourra revendiquer le droit
de passage.

Ex : une personne va acheter un bien, en même temps que le bien, elle va
recevoir l'action en responsabilité en cas de défaut du produit contre le fabriquant (=
responsabilité du fait des produits défectueux).

L'ayant cause à titre particulier récupèrent les droits attachés à la chose en vertu de
la théorie de l'accessoire.   Les droits sont l'accessoire de la chose.

Les obligations relatives au droit transmis : l'ayant cause peut-il être tenu
d'obligation qu'il n'a pas lui-même contracté (l'obligation contractée par l'auteur) ?

Non : effet relatif au contrat, un tiers ne peut pas être tenu par un contrat qu'il n'avait
pas conclu.

La transmission des obligations est possible si l'ayant cause accepte.

Exception en cas de servitude : l'acquéreur du bien grevé sera tenu de la servitude.

Servitude : on ne peut pas transmettre plus de droits que l'on en a soi-même.

Parfois le législateur intervient sur la transmission des obligations à l'ayant cause.

Hypothèse de la cession d'un bien avec contrat de bail : l'acheteur doit


continuer le bail jusqu'à son terme.

En cas de cession d'entreprise : le nouvel acquéreur doit continuer les


contrats de travail en cours.
  Parfois problème de sécurité juridique par rapport à la transmission.

Les ayants causes récupèrent les droits attachés aux biens transmis mais par
les obligations.

Conclusion  :

Le contrat n'a pas d'effet obligatoire qu'à l'égard des parties. Le contrat ne peut pas
être ignoré aux tiers, il leur est opposable.