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ANNDER-2462; No. of Pages 9 ARTICLE IN PRESS


Annales de dermatologie et de vénéréologie (2018) xxx, xxx—xxx

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EXPERTISE MÉDICALE CONTINUE EN DERMATOLOGIE /Bases fondamentales

Barrière épidermique夽
The epidermal barrier

R. Abdayem , M. Haftek ∗

EA4169 « Aspects fondamentaux, cliniques et thérapeutiques de la fonction barrière


cutanée », SFR Lyon-Est Santé, Inserm US 7, CNRS UMS 3453, Faculté de médecine et de
pharmacie, Université Lyon 1, 8, avenue Rockefeller, 69373 Lyon, France

MOTS CLÉS Résumé La peau joue le rôle d’interface entre l’organisme et son milieu environnant.
Barrière cutanée ; L’épiderme, la couche la plus superficielle de la peau, assure essentiellement cette fonction
Épiderme ; de protection interactive. La barrière épidermique peut être sous-divisée en trois systèmes
Photoprotection ; de défense : la barrière photoprotectrice ; la barrière immunitaire ; la barrière physique
Stratum corneum et chimique de la couche cornée. Afin de se protéger des rayonnements ultraviolets nocifs,
l’épiderme dispose de facteurs d’absorption tels la mélanine, produite par les mélanocytes,
et l’acide urocanique — un produit de dégradation de la filaggrine. Le système épidermique
de défense immunitaire comprend un versant inné, rapide mais non spécifique, et la réponse
adaptative, systémique et spécifique d’antigène, initiée par les cellules de Langerhans. Le
produit de la différenciation terminale des kératinocytes épidermiques, le stratum corneum,
assure la fonction essentielle de barrière physique et chimique de perméabilité. Cette couche
cornée est constituée de cornéocytes, dotés d’enveloppes cornifiées et liés entre eux par des
cornéodesmosomes, et de la matrice extracellulaire lipidique organisée en feuillets. La bar-
rière épidermique, en constant renouvellement, se caractérise par une très grande capacité
d’adaptation aux conditions changeantes de l’environnement.
© 2017 Publié par Elsevier Masson SAS.

DOI de l’article original : http://dx.doi.org/10.1016/S2211-0380(15)65708-8.


夽 Cet article est paru initialement dans l’EMC (Elsevier Masson SAS, Paris), Cosmétologie et Dermatologie esthétique 2015;10(1):1—7
[Article 50-020-B-10]. Nous remercions la rédaction de l’EMC—Cosmétologie et Dermatologie esthétique pour son aimable autorisation de
reproduction.
∗ Auteur correspondant.

Adresse e-mail : marek.haftek@univ-lyon1.fr (M. Haftek).


https://doi.org/10.1016/j.annder.2017.12.001
0151-9638/© 2017 Publié par Elsevier Masson SAS.

Pour citer cet article : Abdayem R, Haftek M. Barrière épidermique. Ann Dermatol Venereol (2018),
https://doi.org/10.1016/j.annder.2017.12.001
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2 R. Abdayem, M. Haftek

KEYWORDS Abstract The skin acts as an interface between the body and its surrounding environment.
Skin barrier; The epidermis, the surface layer of the skin, is chiefly responsible for this interactive protective
Epidermis; function. The epidermal barrier may be subdivided into three defensive systems: the photo-
Photoprotection; protective barrier, the immune barrier, and the physical and chemical barrier of the stratum
Stratum corneum corneum or horny layer. To protect against harmful ultraviolet radiation, the epidermis has
absorption factors such as melanin, produced by melanocytes, and urocanic acid, which is a
degradation product of filaggrin. The epidermal immune defence system comprises an innate
component, which is rapid but non-specific, together with adaptive response, which is systemic
and antigen-specific, initiated by Langerhans cells. The stratum corneum, derived from ter-
minal differentiation of epidermal keratinocytes, plays a key role as a physical and chemical
permeability barrier. This horny layer is made up of corneocytes, covered with horny enve-
lopes and linked to one another by corneodesmosomes and by extracellular matrix sheets. The
epidermal barrier, which is constantly being renewed, is characterised by its extremely great
capacity of adaptation to changing conditions in the environment.
© 2017 Published by Elsevier Masson SAS.

Introduction Barrière photoprotectrice


L’épiderme est un épithélium pavimenteux stratifié et Les rayonnements ultraviolets (UV) émis par le soleil sont
kératinisé composé majoritairement par les kératinocytes. divisés en trois catégories selon leur énergie. Les UVC
Il peut être divisé en quatre couches successives, classées (270—290 nm), les plus nocifs, sont arrêtés par la couche
suivant l’état de différenciation des cellules qui les consti- d’ozone dans la stratosphère. Les UVB (290—315 nm)
tuent. Le stratum basal est la couche la plus profonde sont responsables d’érythème cutané (coup de soleil) et
de l’épiderme, formée d’une assise de kératinocytes au induisent des mutations mais ne pénètrent pas au-delà
pouvoir germinatif, dont les cellules souches. Les cellules de l’épiderme. Le rayon d’action des UVA (315—400 nm)
filles, engagées dans la voie de différenciation terminale, atteint le derme superficiel. L’exposition répétée et pro-
quittent le compartiment basal et modifient leur expression longée aux UVA est responsable de l’élastose dermique et
génique [1,2]. Ainsi, la synthèse de nouvelles protéines, du vieillissement cutané photo-induit. Même si l’exposition
telles les kératines 1, 10 et 2, l’involucrine, la loricrine ou la aux rayons UV est indispensable pour la synthèse de la
profilaggrine, est engagée progressivement dans les couches vitamine D dans la peau, les effets nocifs sont nombreux
suivantes : le stratum spinosum puis le stratum granulosum. et nécessitent des systèmes endogènes de photoprotec-
Le produit final de la différenciation des kératinocytes, tion efficaces. La mélanine est un pigment synthétisé par
le stratum corneum, assure la fonction de barrière de les mélanocytes et transféré vers les kératinocytes, qui
perméabilité. Constituant l’interface entre l’organisme le retiennent dans leur cytoplasme au dessus des noyaux.
et l’environnement externe, le stratum corneum contrôle Le nombre très élevé de liaisons présentes dans ce poly-
les échanges hydriques entre ces deux milieux [3]. Cette mère d’indole et dans des produits intermédiaires dérivés
fonction est primordiale pour la survie de l’organisme dans de l’oxydation de la tyrosine confère à la mélanine son
l’environnement terrestre. Aussi, l’épiderme limite la dif- pouvoir absorbant des rayonnements [5]. Dans les peaux
fusion de beaucoup d’agents chimiques, de rayonnements noires, les grains de mélanine (mélanosomes) persistent
ultraviolets, et la pénétration des agents pathogènes. Les jusqu’à la couche cornée. En plus de la fonction photo-
bactéries, virus et champignons ne sont pas seulement protectrice, on prête aux mélanocytes beaucoup d’autres
bloqués physiquement à la surface de la peau, mais aussi fonctions régulatrices, y compris l’influence sur la qua-
confrontés à un panel de protéines antimicrobiennes lité de barrière du stratum corneum [6]. Par ailleurs, il
sécrétées par les cellules cutanées [4]. Deux populations existe d’autres molécules épidermiques endogènes, à part
des cellules dendritiques non épithéliales, les mélanocytes la mélanine, qui assurent la photoprotection, tel l’acide
dans le stratum basale et les cellules de Langerhans dans urocanique qui est un produit de dégradation de la filag-
le stratum spinosum, constituent respectivement deux grine [7].
barrières supplémentaires : une pigmentaire, photopro-
tectrice, et l’autre de sentinelles immunocompétentes
(immunité acquise) (Fig. 1).
Barrière immunitaire
Point fort La peau assure une barrière immunitaire à l’interface
La barrière épidermique comporte la barrière avec l’environnement. Le système immunitaire cutané
physique et chimique du stratum corneum (limitant est composé des éléments de réponse innée et
la perméabilité), une barrière photoprotectrice et une acquise/adaptative [8]. Le système immunitaire inné
barrière immunitaire. repose essentiellement sur les récepteurs Toll-like qui sont
exprimés à la fois par les cellules immunocompétentes

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(cellules de Langerhans) et les kératinocytes [9]. En cas


de contact avec les éléments de surface des pathogènes,
les récepteurs Toll-like enclenchent la production des
molécules immunomodulatrices capables d’induire une
réaction inflammatoire. Cette réponse rapide est ensuite
complétée, voire amplifiée par une réaction immunitaire
ciblée, suite à la reconnaissance des motifs antigéniques
spécifiques de pathogène par les cellules immunocompé-
tentes. La réponse immunitaire adaptative est plus robuste
et spécifique. Les cellules de Langerhans, après avoir
capté le stimulus antigénique, migrent vers les ganglions
lymphatiques régionaux pour transmettre l’information
aux lymphocytes T et stimuler la production des cellules
effectrices spécifiques d’antigène. Elles assurent donc une
fonction de barrière immunitaire adaptative contre les
antigènes exogènes à la peau.

Point fort
Les fonctions photoprotectrice et immunitaire
de l’épiderme sont respectivement assurées par la
mélanine et l’acide transurocanique, d’une part, et les
cellules de Langerhans et les récepteurs « Toll-like »,
d’autre part.
Figure 1. La barrière épidermique. Représentation schématique
de la différenciation des kératinocytes (Kc) de l’épiderme et la
formation du stratum corneum (1). Cette couche cornée est compo-
sée par l’empilement de cellules mortes, liées entre elles par des
jonctions (cornéodesmosomes) (3) et une matrice lipidique intercel-
Barrière physique et chimique de la lulaire organisée en lamelles (aux propriétés hydrophobes) (2). Les
lipides sécrétés à l’interface entre les couches vivantes et le stra-
couche cornée tum corneum s’ajoutent aux autres éléments matriciels présents
entre les cellules nucléées. Grâce à sa structure et composition, la
Durant la phase terminale de leur différenciation, les kéra- couche cornée assure une barrière physique et chimique, limitant
tinocytes se transforment en cornéocytes. Ce passage se fait le passage d’eau et protégeant contre la pénétration de molé-
en plusieurs étapes : cules exogènes et de pathogènes. Deux populations des cellules
• les cellules dans les dernières assises du stratum granu- dendritiques non épithéliales, les mélanocytes (Mc) et les cellules
losum larguent plusieurs constituants dans les espaces de Langerhans (CL) participent, respectivement, aux deux bar-
intercellulaires ; rières supplémentaires au sein de l’épiderme: photoprotectrice et
• les cellules dégradent leurs organites et s’aplatissent tout immunitaire. 4. Stratum granulosum ; 5. matrice intercellulaire ;
6. stratum spinosum ; 7. stratum basale ; 8. membrane basale de
en formant des enveloppes cornifiées rigides ;
la jonction dermoépidermique.
• les jonctions intercellulaires sont réticulées à la péri-
phérie des cornéocytes, consolidant ainsi une structure
pluricellulaire stratifiée [10,11]. ses espaces intercellulaires sont remplis majoritairement
par des lipides structurés en multicouches. C’est précisé-
Le stratum corneum (10 à 20 ␮m d’épaisseur) est formé ment cette zone, appelée le stratum corneum compactum,
par empilement de 10 à 20 assises de kératinocytes morts, qui remplit la principale fonction de barrière hydrique et
les cornéocytes. Le stratum corneum est en renouvellement de perméabilité. Ensuite, dans le stratum corneum disjunc-
constant, la perte des cellules les plus externes par le phé- tum, les jonctions intercellulaires et les éléments de la
nomène de desquamation étant compensée par les mitoses matrice intercellulaire sont progressivement dégradés, ce
dans la couche basale et la kératinisation des cellules du qui amorce le processus de desquamation.
stratum granulosum. En moyenne, le stratum corneum nor- Plusieurs composantes cellulaires et matricielles sont
mal se renouvelle tous les 14 jours. indispensables pour que la fonction barrière du stratum cor-
Une barrière efficace du stratum corneum repose sur neum soit efficace.
une adéquate composition biochimique et structurale de ces
divers éléments constitutifs et se caractérise par une grande
interactivité par rapport aux influences de l’environnement. Cytosquelette des cornéocytes
L’architecture générale du stratum corneum ressemble à
celle d’un mur composé de briques et de ciment, repré- Les kératines sont les protéines les plus abondantes dans
sentés respectivement par les cornéocytes et les lipides les kératinocytes et constituent leur cytosquelette. On dis-
intercornéocytaires [12], bien que la situation soit, en réa- tingue deux familles de kératines : les kératines acides
lité, beaucoup plus complexe. codées par le chromosome 17q (K9 à K20) et les kératines
Ainsi, la partie profonde du stratum corneum est compo- neutres et basiques codées par le chromosome 12 (K1 à
sée des cornéocytes reliés par de nombreuses jonctions et K8). Des paires de kératines, une de chaque famille, sont

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nécessaires pour former des filaments intermédiaires L’acide transurocanique est connu pour son pouvoir pho-
(10 nm), qui participent à leur tour, sous forme des fais- toprotecteur par absorption des UVB [7]. Sa photoconversion
ceaux, à la protection de l’épiderme contre les stress isomérique en forme « cis » fait partie d’effets immuno-
mécaniques [13]. En effet, les cytosquelettes des cellules suppresseurs induits par l’exposition de la peau aux rayons
individuelles se trouvent interconnectés à travers des jonc- UV [19].
tions desmosomales en une suprastructure, ce qui confère à
l’épiderme une cohésion et une résistance élastique. Dans
le stratum corneum, les kératines représentent plus de 85 % Point fort
des protéines. Ce pourcentage élevé n’est pas seulement Les kératines forment le cytosquelette des
dû à une augmentation de la synthèse des kératines dans kératinocytes et constituent la famille majoritaire des
les couches vivantes supérieures mais aussi à leur relative protéines de l’épiderme. La filaggrine est synthétisée
résistance à la dégradation subie par d’autres protéines du plus tard durant la différenciation épidermique et
cytoplasme et des organites. L’attachement des filaments consolide les faisceaux des filaments de kératine.
de kératine à la périphérie des cornéocytes est renforcé Sa dégradation en acides aminés dans la couche
par les phénomènes de réticulation des enveloppes corni- cornée est à l’origine d’une capacité hygroscopique
fiées. Ainsi, le cytosquelette des cornéocytes participe à la importante des cornéocytes et contribue au pH bas de
fonction barrière épidermique de par sa contribution aux la surface cutanée.
propriétés mécaniques de la couche cornée [14,15].

Filaggrine Enveloppes cornifiées


La profilaggrine est l’une des protéines codées par le Durant la kératinisation, la membrane plasmique des kéra-
complexe de différenciation épidermique qui s’active à des tinocytes est remplacée par une monocouche de céramides
stades avancés de la kératinisation. Ce précurseur de la associés à une structure sous-jacente, connue sous le nom
filaggrine est stocké au niveau du stratum granulosum dans d’enveloppe cornifiée [20]. Les enveloppes cornifiées, de
les grains de kératohyaline (d’où le nom de cette couche épi- 5 à 10 nm d’épaisseur, sont relativement rigides, chimi-
dermique). La profilaggrine est un complexe protéique très quement stables et insolubles dans l’eau. Cette structure
phosphorylé d’environ 500 KDa conservant le domaine N- macromoléculaire est le fruit de la déposition et la réticula-
terminal (S100 calcium-binding domain), commun à d’autres tion de plusieurs protéines à la face interne de la membrane
molécules de cette famille comme la hornérine et la cellulaire et d’une monocouche d’hydroxycéramides-␻-
filaggrine 2, suivi du « domaine B » et d’une série de acétylés (qui remplacent les phospholipides) à la face
monomères de filaggrine. Lors de la transition entre le stra- externe [20—23]. Les protéines impliquées sont des mar-
tum granulosum et le stratum corneum, la profilaggrine est queurs de différenciation terminale de l’épiderme, comme
déphosphorylée et clivée par différentes enzymes, telles la loricrine, l’involucrine et des petites protéines riches en
la matriptase, la furine, la PACE4, en monomères de filag- domaine proline. La réticulation des protéines et des lipides
grine [16]. La filaggrine (37 KDa) est capable d’agréger les est catalysée par les transglutaminases 1, 3 et 5.
filaments intermédiaires de kératine, ce qui donne aux fais- Les jonctions intercellulaires présentes à la surface des
ceaux de ces filaments un aspect condensé et amorphe en cellules et les filaments de cytosquelette qui leur sont
microscopie électronique à transmission. De cette façon, la associés se trouvent piégés dans la matrice réticulée des
filaggrine participe au renforcement de la barrière méca- enveloppes cornifiées renforçant ainsi la structure géné-
nique des cornéocytes. Les autres fonctions de la filaggrine, rale de la couche cornée [15]. Par ailleurs, la monocouche
ou plutôt des produits de sa dégradation, sont aussi impor- des céramides à la surface des enveloppes sert de matrice
tantes. La dégradation commence par la conversion des pour l’accrochage et l’organisation moléculaire des lipides
résidus d’arginine en citruline, sur la filaggrine et les intercellulaires du stratum corneum, contribuant ainsi à la
filaments de kératines associés, par trois peptidylarginine formation du « ciment » hydrophobe de la barrière cornée.
désaminases (PAD 1 à 3) [17]. La désamination contri-
bue à la dissociation des complexes et facilite l’attaque
d’autres enzymes de clivage, telle la caspase 14 [18]. La Lipides intercellulaires
filaggrine est dégradée en acides aminés hydrophiles (gluta-
mine, histidine et arginine) ainsi que leurs dérivés désaminés Puisque les enveloppes cornifiées sont imperméables à la
(acide pyroglutamique, acide transurocanique, etc.). Les plupart des substances, la voie de pénétration principale
premiers participent à la rétention de l’eau à l’intérieur permettant de franchir le stratum corneum demeure la
des cornéocytes et jouent ainsi le rôle de facteurs naturels voie intercellulaire [12]. Les espaces intercellulaires du
d’hydratation (natural moisturizing factors [NMF]). Les NMF stratum corneum sont remplis de lipides sécrétés par les
intracellulaires présentent 20 à 30 % du poids sec du stra- kératinocytes de la couche granuleuse à l’interface entre
tum corneum. Étant majoritairement acides, ils contribuent l’épiderme vivant et la couche cornée. Les différentes
au potentiel hydrogène (pH) bas du stratum corneum avec espèces lipidiques s’auto-organisent en bicouches super-
son effet antimicrobien. Par ailleurs, les peptides issus de la posées parallèlement aux surfaces des cornéocytes. La
dégradation enzymatique de la filaggrine 2 et de la hornérine composition lipidique détermine la qualité d’organisation
possèdent, quant à eux, des propriétés bactéricides. lamellaire et constitue le facteur clé de la fonction barrière

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de la peau [24]. Dans le stratum corneum humain normal, les principaux facteurs de cohésion du stratum corneum et leur
lipides sont disposés sous forme de deux phases lamellaires dégradation constitue l’étape cruciale lors du processus phy-
coexistantes, une phase à périodicité longue et une phase à siologique de desquamation des cornéocytes à la surface de
périodicité courte, avec des distances de répétition respec- la peau.
tives, de l’ordre de 13 nm et de 6 nm [25,26]. La matrice
lipidique est principalement composée d’un mélange équi-
molaire de céramides (CER) (environ 50 % en poids), d’acides Peptides antimicrobiens
gras libres (environ 10 % en poids), de cholestérol (environ
20 % en poids) et de son dérivé, le sulfate de choles- Les peptides antimicrobiens font partie de la défense
térol (environ 5 %) [27—30]. Les CER jouent un rôle clé cutanée non spécifique [47]. Les plus importants peptides
dans le fonctionnement de la barrière cutanée [31]. Douze antimicrobiens du stratum corneum humain sont la pso-
sous-classes de CER, avec des chaînes de longueurs diffé- riasine (S100A7, RNase7 et human beta-defensins [hBD]
rentes, ont été identifiées à ce jour dans le stratum corneum 1-3) [48]. La plupart de ces peptides sont facilement induc-
humain [32,33]. En général, une réduction de la longueur de tibles lors de la rupture du stratum corneum et à la suite
chaîne des CER a un fort impact négatif sur l’organisation de contact avec les pathogènes ; certains, comme RNase 7,
lamellaire lipidique, et donc sur la perméabilité du stratum sont constitutifs [49]. Dans la peau humaine normale, la
corneum [34—36]. Chez les patients atteints de dermatite majeure partie des peptides antimicrobiens est synthétisée
atopique, une réduction de la longueur de chaîne des céra- par les kératinocytes, surtout dans le stratum granulosum,
mides est observée et est en lien avec l’altération de la où ils sont stockés dans les corps lamellaires et sécrétés
fonction barrière [37]. à l’interface stratum corneum/stratum granulosum [50].
Au sein même des feuillets lipidiques, à la température Les glandes sébacées et sudoripares ainsi que les masto-
de surface cutanée autour de 30 à 32 ◦ C, les têtes polaires cytes et les neutrophiles dermiques produisent aussi des
des CER présentent majoritairement une organisation laté- peptides antimicrobiens. Grâce à leur charge positive, cer-
rale orthorhombique (phase cristalline solide). Cependant, tains peptides antimicrobiens s’attachent et s’insèrent dans
les lipides peuvent aussi se trouver sous forme moins dense, les membranes des bactéries et des champignons chargées
dans un assemblage à motif hexagonal (gel de phase cristal- négativement, créant des pores et provoquant la lyse de
line) ou encore dans une phase plus fluide (la phase liquide), ces agents infectieux [51—53]. D’autres peptides antimicro-
qui sont les formes d’organisation moins pertinentes du biens, comme la psoriasine ou calprotectine, agissent par
point de vue de la fonction barrière [38—40]. Les lipides séquestration des éléments clés (Zn2+, Mn2 + ) des enzymes
en phase liquide sont observés en plus grand nombre dans utilisées par les pathogènes. Outre leur action directe, cer-
les couches les plus superficielles du stratum corneum, pro- tains peptides antimicrobiens possèdent aussi des propriétés
bablement à cause de l’incorporation du sébum sécrété par immunomodulatrices [54].
les glandes sébacées.

Barrière des jonctions serrées


Point fort
La matrice lipidique de la couche cornée est Des études récentes ont suggéré l’implication des jonctions
constituée d’un mélange équimolaire des CER, acides serrées de la couche granuleuse dans la fonction barrière
gras libres et cholestérol. Les CER à longues chaînes cutanée, d’une part, comme barrière secondaire et, d’autre
sont indispensables à la bonne structuration de la part, à cause de leur participation à la formation du stratum
phase lamellaire des lipides intercornéocytaires, et corneum [55,56].
donc au fonctionnement efficace de la barrière de Les jonctions serrées sont des points de rapprochement
perméabilité. très étroits entre les feuillets membranaires externes des
deux cellules voisines. Au niveau moléculaire, les jonctions
serrées sont composées de protéines transmembranaires
spécifiques, comme l’occludine, les claudines, Crumb ou
JAM, et des protéines cytoplasmiques (ZO-1, −2, ZONAB,
Cornéodesmosomes Sec6/8) liées au cytosquelette d’actine [57,58]. Comme les
cornéodesmosomes, les jonctions serrées se trouvent réti-
Les jonctions intercellulaires sont indispensables pour le bon culées lors de la kératinisation et persistent sous forme de
fonctionnement des tissus épithéliaux. Les desmosomes, points de fusion entre les enveloppes cornifiées des cornéo-
associés au cytosquelette de kératines, sont les jonctions cytes du stratum corneum [59]. Ces attaches intercellulaires
mécaniques les plus nombreuses et les plus solides dans participent non seulement à la consolidation du stratum cor-
l’épiderme. Lors de la kératinisation, leur nombre, taille neum mais aussi subdivisent les espaces intercellulaires dans
et composition évoluent [41,42]. La transition entre stra- la couche cornée. Cette compartimentation semble être
tum granulosum et stratum corneum est accompagnée par importante dans la régulation de la desquamation et, par
l’incorporation dans la partie extracellulaire des desmo- conséquent, pour l’homéostasie de la barrière cutanée.
somes d’une protéine nouvelle, la cornéodesmosine [43,44]. Chez l’homme, plusieurs travaux ont décrit la présence
Cette modification biochimique explique le changement des protéines et des structures de jonctions serrées au
d’aspect morphologique et des propriétés mécaniques de niveau du stratum granulosum [57,60,61]. Certaines de
la jonction qui, dans le stratum corneum, est appelée cor- ces études montrent que les jonctions serrées épider-
néodesmosome [45,46]. Les cornéodesmosomes sont des miques constituent une barrière contre la perméabilité des

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Figure 2. Hiérarchie des constituants de la barrière épidermique. pH : potentiel hydrogène.

solutés ioniques. Ainsi, les jonctions serrées maintiennent réactive (inflammation) ou pathologique (psoriasis). Cela
le gradient calcique, indispensable à la formation des jonc- démontre la capacité importante de l’épiderme à res-
tions cellulaires dans l’épiderme vivant. Ce même gradient tituer la couche cornée et sa fonction de barrière
est aussi impliqué dans la formation de la barrière pri- (Fig. 2).
maire lipidique du stratum corneum. En effet, l’exocytose L’homéostasie épidermique en général et le renou-
des corps lamellaires à travers les pôles apicaux des kéra- vellement constant du stratum corneum en particulier
tinocytes du stratum granulosum dépend de l’abrogation nécessitent aussi la mise en place du processus de des-
du gradient calcique, par exemple lors de la rupture de quamation hautement régulé. Les cornéocytes doivent
la couche cornée [62]. Les jonctions serrées, distribuées s’accumuler à la surface épidermique dans certaines situa-
autour des kératinocytes du stratum granulosum contribuent tions, ou desquamer plus rapidement dans d’autres, tout
à la polarisation de ces derniers et à la sécrétion orientée en conservant intacte la fonction essentielle de barrière.
des lipides [56]. La cohésion entre les cornéocytes dépend principalement
de la présence des cornéodesmosomes [64]. La dégrada-
tion ordonnée de ces jonctions intervient sous l’action des
Fonctionnement de la barrière enzymes protéolytiques extracellulaires, telles les kalli-
épidermique kréines (KLK 5, 7, 8, 14, etc.), et intracellulaires, comme
les cathepsines (C, D, E, L, L2, etc.). L’activité pro-
Le bon fonctionnement de la barrière épidermique repose téolytique est, à son tour, contrôlée par les inhibiteurs
sur sa structuration morphologique correcte et sa compo- protéiques spécifiques (LEKTI −1, −2, SLPI, elafin, A2ML1,
sition biochimique adéquate. Les conditions changeantes cystatines M/E, A, etc.) mais aussi par le précurseur de
de l’environnement nécessitent une haute adaptabilité de cholestérol (sulfate de cholestérol converti par stéroïde
cette structure d’interface. Cette aptitude à évoluer est sulfatase) et le pH [46,65]. Par ailleurs, la distribution
rendue possible grâce au renouvellement constant du stra- spatiale des molécules interagissant dans l’espace inter-
tum corneum et à la capacité de l’épiderme à réagir cornéocytaire est modulée par la présence plus ou moins
à des situations de rupture accidentelle de la barrière. importante des résidus des jonctions serrées qui cloi-
En effet, tout changement de perméabilité du stratum sonnent cet espace en sous-compartiments [59]. D’autres
corneum est perçu par les couches vivantes et résulte enzymes cataboliques sont aussi présentes dans le stra-
en réaction proliférative compensatoire des kératinocytes tum corneum et contribuent à son évolution naturelle.
basaux [63]. Aussi, toute perte d’étanchéité du stratum cor- Les glycosidases convertissent les glycosylcéramides (bêta-
neum, qui modifie le gradient calcique naturel, entraîne la glucocérébrosidase) et la sphingomyéline (sphingomyélinase
mise en œuvre instantanée du système des jonctions ser- acide), sécrétés par les kératinocytes du stratum granulo-
rées dans le stratum granulosum. La barrière secondaire sum, en céramides, indispensables pour la structuration des
des jonctions serrées, complétée et renforcée, participe à lipides intercornéocytaires ; elles dégradent aussi les gly-
l’orientation polaire de l’excrétion massive du contenu des cannes des glycoprotéines jonctionnelles, facilitant l’action
corps lamellaires et à la reconstitution rapide de la bar- des protéases [66]. La lipase acide, phospholipase A2 et
rière lipidique à l’interface avec le stratum corneum. On triacylglycérolipase permettent la conversion des phospho-
estime que 1,2 cornéocytes sont formés toutes les 24 heures lipides membranaires et triglycérides en acides gras libres et
dans l’épiderme normal. Ce chiffre peut facilement tri- glycérol [67], contribuant ainsi à l’acidification du stratum
pler lors des situations d’hyperprolifération kératinocytaire corneum.

Pour citer cet article : Abdayem R, Haftek M. Barrière épidermique. Ann Dermatol Venereol (2018),
https://doi.org/10.1016/j.annder.2017.12.001
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Barrière épidermique 7

Les différents acteurs actifs chimiquement dans la [8] Medzhitov R, Janeway Jr C. Innate immunity. Engl N J Med
couche cornée (lipides, peptides et protéines structurelles, 2000;343:338—44.
enzymes et leurs inhibiteurs, etc.) sont sécrétés dans les [9] Mempel M, Voelcker V, Kollisch G, Plank C, Rad R, Gerhard M.
espaces intercellulaires à l’interface entre stratum granu- Toll-like receptor expression in human keratinocytes: nuclear
factor kappaB controlled gene activation by Staphylococcus
losum et stratum corneum par le système tubulovésiculaire
aureus is toll-like receptor 2 but not toll-like receptor 4 or pla-
d’origine golgienne (corps ou granules lamellaires, kérati-
telet activating factor receptor dependent. J Invest Dermatol
nosomes). Empaquetage séparé et gradient de pH jouent 2003;121:1389—90.
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dans les couches lipidiques et réagissant par renflement [15] Haftek M, Serre G, Mils V, Thivolet J. Immunocytochemical
à l’augmentation de l’humidité ambiante peuvent être evidence for a possible role of cross-linked keratinocyte enve-
visualisées en microscopie électronique [70]. L’eau étant lopes in stratum corneum cohesion. J Histochem Cytochem
indispensable pour l’activité enzymatique et sa régula- 1991;39:1531—8.
tion par le pH, on comprend alors aisément les relations [16] Sandilands A, Sutherland C, Irvine AD, McLean WH. Filaggrin in
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Barrière épidermique 9

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