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FRANCK LOZAC’H

PIÈCES COURTES 78-82


AVANT-PROPOS

Je me suis aperçu que je possédais un assez grand nombre de pièces


poétiques écrites au fil de ces trente dernières années qui répondaient
maladroitement à la définition que l’on attribue aux sonnets. Ils étaient
des sortes de canards boiteux faisant parfois 12 vers, parfois 16, 15 ou
13. Je ne puis prétendre que la volonté de l’instant, sous la mise de
l’inspiration était de produire toutefois un véritable sonnet. C’est ainsi
que s’offre la possibilité des morceaux.

Les alexandrins s’accumulent, le mouvement commence à apparaître,


la rime conseille tel choix, puis le poète décide de cesser ou d’aller
outre, prétendant que l’instant est venu d’achever, ou encore de
poursuivre au-delà. Le fragment se situe en deçà, plus loin parfois.

Décider d’un sonnet et s’imposer cette loi tandis que l’objectif n’est
pas encore situé ni la quantité nécessaire pour l’application de ses forces
prétendue est parfois audacieux. Le contenu lui-même offre des
possibilités de développements, d’extractions de telle ou telle idée, et la
métrique à 14 s’en trouve étonnamment bouleversée.

2
Je ne dirais pas que ces poèmes sont des sonnets ratés, des produits de
second ordre. Non, ils représentent les tentatives autres qui balancent de
12 à 16 et forment toutefois des pièces courtes.

Je voyais dans le Livre des sonnets un système structuré assez rapide,


de constructions identiques, à l’allure directive. Je crois apercevoir dans
Pièces courtes le penchant féminin à l’ouvrage de rigueur, c’est-à-dire
une note d’audace, de légèreté et un soupçon de parfum aérien. J’espère
en ce sens que les deux volumes présentés simultanément pourront
s’apparenter à une sorte de couple homme/femme, - risques, sérieux,
forces de la pensée, et mouvements, légèreté, amabilité.

Franck Lozac’h

3
L’Huile fraîche

Le rêveur

L'œil voilé par l'azur qu'une lente descente


Éblouirait encore d'une clarté funèbre,
Prolonge une lugubre vision diurne entre
Les larges ifs plantés dans le lieu des ténèbres
Et succombe lentement, ô parabole magique,
À ce fade désespoir du paysage blêmi.
Comme buvant, perdu cette froideur de site
Que le maître du temps éloigne et abolit,
Il luit, rêveur ailé ! D'une pupille morne
Voit les tristes lueurs qui au lointain s'endorment.
La paupière que le ciel imperceptible bat
Couvre la pâle image, et le rêveur s'en va.

4
Je t'écris

Je t'écris sur un lit tumultueux


Où ta hanche féconde la mienne.
Au firmament jusques aux cieux
Que ta taille m'entraîne ! ...

Par les couleurs vives de l'automne,


Que le givre recouvre les toits !
Je voudrais tant que tu chantonnes,
L'espérance folle d'autrefois !

Mon vieil amour défunt encore


Comme respirant une ombrelle
Sur les chemins déflore
La bouche frêle que j'aime ! ...

Délicate quand comblée de soupirs,


Ton corps enfin se déchaîne.
C'est l'éternité ou le plaisir,
Oh ! Qu'il s'en souvienne ! ... Etc.

5
Langueur a dû

Langueur a dû
Par temps de pénitence
Aux offres défendues
Trembler de jouissances,

Car résident en ce lieu


Sous quelques alcools divers
Une terre feue
Brille par mon hiver.

En cela malheureux
D'allégresses perdues,
Quitte vite, grand pieux
Les sombres détresses,

Et bois aux coupes d'or


Le breuvage divin
Pour endiabler ce corps
De plaisirs malsains, etc.

6
Comme un bruissement d'aile

Comme un bruissement d'aile posée sur l'endormie


Qui joue dans la pénombre à miroiter son vol,
Espiègle et bombinant, virevoltant ici
Embrasse la charmante, la caresse et la frôle ;

Comme des satins clairs qui jailliraient d'aimer


Sur le sein délicat ou la gorge sensible ;
Des rires confus offrant à des bouches rosées
L'apparat éclatant des demoiselles dignes ;

Comme une attente encore que celui-ci refuse


Car des calices d'or donnés au cœur d'argent
Échappent toutefois aux sanguinaires muses
Pour les blondes moissons de son stérile enfant.

7
Qui donc du cerveau

Qui donc du cerveau infécond que l'esprit aime


Fait jaillir des monstruosités et des charmes ?
Quel humain, quelle bête à l'étincelle suprême
Proposerait le diamant comme la flamme ?

Ce rarissime exploit en qui vit la nature


Et croît à chaque instant, diadème nouveau,
Rassemble les méfaits en sublime mixture,
Et grave son empreinte sur le cœur de mon sceau.

Qu'un Dieu, un jour superbe, couronne ma faible tête


De cascades de lauriers pour ces œuvres stériles !
Pour descendre mon âme au niveau de vos bêtes
Aurait-il vu en moi un serviteur débile ?

La nuit, la nuit obscure foudroie contre mes tempes


Des feux bouleversants détruisant mon salut.
Ces douleurs incisives, ces souffrances latentes
Me condamnent à la mort, moi qui ne parle plus.

8
Offert aux rêveries

Offert aux rêveries d'un suicide, regardant


L'astre décliner lentement dans les cieux,
Ton ombre veut maudire ce paysage odieux.

L'éveil d'un chant difforme, excessif pour ton corps


Qu'on oublie TOUJOURS, solitaire des nuits, des jours
N'est qu'un refrain perdu quand ton crachat s'endort...

Et lourde d'amertume, l'âme chancelle au vent,


Suit indolente et faible les noirs frissons d'hiver,
Suit la flamme douceâtre qui brille dans les temps !

Ô l'oeil fécond tourné vers les vives ténèbres,


L'amour endeuillé, ivre sur tes lèvres détruites
Pousse un convoi royal, majestueux, funèbre !

9
Salue la saison souveraine

Salue la saison souveraine de nos rustiques


Frayeurs qui échappent aux puissants Dieux, misérable
Plaideur ! Vois jaillir par cette source magique
Les méandres sublimes et les vœux regrettables !

Tremper dans les lacunes des gloires et des esprits


Quand l'automne a brûlé l'exil et les grandeurs ?
Ce jeu s'avère vaincu par son ombre anoblie,
Il s'étend faiblement sacré de sa candeur.

De l'attente maudite couchée sur ses lueurs


Et qu'un vent indécis transforme en ses alois,
Où seraient-ils, pauvre âme, les bruissements du cœur
S'il vomissait, s'il recrachait l'ignoble loi ?

10
Que sa puanteur, que son ombre

Que sa puanteur, que son ombre


Abondant en flots clairs, dégagent une
Torpeur poreuse...

Oh ! Que princières en la dégradante cité


Et libres en leur devoir, elles découvrent
Un mince pistil de gloire ! ...

Que pour les joutes subies en la raison nouvelle,


Un parlement capture ses fruits mûrs et vermeils !

Car j'obtins sur la lie par-delà le drame furtif,


Les rutilements d'une horreur et des souffrances
Pour les râles.

Oh ! Combien monstrueuse dans sa vétusté


Cette orgie maléfique offrit de danses sublimes !
Belles femmes, qu'un seul sourire ranime
Aurons-nous de frêles et verdoyantes pensées ?

11
Neige d'écume

Les ondes avancées recouvrent


Le mouvement des vagues
Comme un lacet éternel à la poupe des vaisseaux.
Le bruit lointain promu
Contemple deux êtres
Qu'un naufrage ancien semblait enjamber.

L'instant chimérique sur l'aquarelle des mers


Peint l'immortel aveu
Puis l'écume pacifique
Resplendit dans les rais, les éclairs.

Vent, houle tapageuse, flot grinçant


L'ancre mouille le sable, les airs.
Sur les rochers miroitent les algues mortes,
Gémit la douleur exquise.

La grâce recommencée, les hurlements successifs,


S'éteignent dans la grandeur de la marée.

12
Lentement

Comme lentement
Il redescend
Souffrant,

Aux nuits futures


Que rien ne dure
Sanglant.

L'avidité veule
Pour qu'il pleure
Tremblant,

Use des blessures


Et des morsures
De son chant...

13
L'orgasme dans les nébuleuses

L'orgasme dans les nébuleuses pleure son automne,


Le fruit se décompose sur les filantes orgues.

Le délabrement de l'Antique Cité,


Jadis l'acteur jouait sur la place publique.

Le conseil déplorable et avide de luxes proscrits.

L'enfance transposée sur d’irradiantes pénombres.

Échappé des miroirs rutilants, - l'amour.

La folle servitude pour les malheureuses chaleurs,


Et la science périclite dans l'orage des ténèbres.

Exposée aux sulfures des milices,


Recherchant la faille du labyrinthe inconnu,
Quelle voix pour échapper au monde inhumain ?

14
Sache...

Sache...

Les chairs des lignes promenées


En cercles vibrants, et l'oracle
Caressant le sol nu de ton espace.

Tu modules la granitique fonction


De l'Ange ou du Météore.

Cristaux de gaze enveloppés d'atomes,


Ô substances épurées et soleils de neige !

Mais ta bouche trousse l'innocence


Comme tu contribues au sens crayeux !

Impossible chimère inviolée en ce terme,


Scabreuses fioritures et pensées interdites,
C'est de ton nom que naîtra l'évidence.

15
Silence

Par cette heure solennelle, en cet endroit superbe,


Je ranime l'espoir, cause de mon remords,
Je te salue, Seigneur. Agenouillé sur l'herbe,
Je prie confusément pour le repos des morts.

Là, nu devant mon Dieu dans l'ultime détresse,


Pour l'œuvre de souffrances de son fils détrôné,
Je supplie mains offertes le germe des faiblesses
Qui grandit quelquefois dans les cœurs fortunés.

Mais dans ta bouche, aucun murmure qui ne s'exhale !


Aux puissances extrêmes invoquant le pardon,
Qui donc parmi les ombres, au plus pur de son âme
Entendrait une plainte pour implorer ton nom ?

16
Enchaîné

Enchaîné sous des monstres d'or et d'écume


Quand des trompettes argentées sonnent le tocsin
Et fuyant l'infortune chère, reflétée
Par des prismes, aquarelles, et devins ;

Langueur de son être proposée en ce siècle


Où se fondent les mornes reflets bleus de l'été,
Qu'il compte les sentiments de ses frayeurs
D'horizons lugubres jamais dépeints !

Qu'il vante le prompt éloge des ressemblances


Accrochées tristement à de vaines survivances,
Le poète, que la brise jamais ne retient
Sur le cœur horrifié qui fut toujours sien !

17
Que tu proposes nue

Que tu proposes nue


À ma souffrance ancienne
Fruits, délices conçus
Avec liqueurs suprêmes,

Lentement de l'éclat
Reposé sur un cœur
Un souffle poussera
Cris sublimes et candeurs...

Perdue une seconde,


Dans ce combat royal,
Ma faiblesse profonde,
Ô destinée fatale !

S'émancipe quelque peu...


Semble vivre et se meurt
Dans la lueur du soir,
Et chasse mon désespoir !

18
Des candeurs endiablées

Des candeurs endiablées sur des sourires immondes


Qu'on respire presque nu, boursouflé de chaleurs,
Quand un Dieu inhumain par sa verve féconde
Supplie jusqu'à la mort dans l'effroi des douleurs.

Et des pistils de haine, des sermons crucifiés


Que je bafoue la nuit dans le sel de mes pleurs !
Et d'infectes bavures, des taches répétées
Putréfient tout travail et toute odeur meilleure !

Ce sont des voix affreuses qui conspirent en ma tête,


Une saison chargée de splendides oraisons.
Elles arrachent et dégorgent la misérable bête,
Et avancent terribles aux creux de ma raison !

19
Ô si pure et si loin

Ô si pure et si loin qu'une lueur m'émeut !


Hélas ! Belle sous le doux bercement de la fleur,
Je vis la merveilleuse dans les antiques feux,
Une pâle beauté saignante de douleurs.

Telle défaite de l'éternel complice encore !


Lourde de somnolence, ô baisers de saveurs,
Maint drame répété en mon cœur à éclore !
Et l'œil pour les substances divines et les douceurs.

Se pose sur l'inconnue, le blond désir rêvé !


C'est le terrible aveu, terme clair de l'espoir.
Enivré de nature, je croyais voir couler
Sur votre bouche rouge la blancheur d'un cristal.

20
Le Germe et La Semence

Venise

Et dans ce lieu fétide où dorment des gondoles,


L'eau morne et transparente fut raison de soupirs,
Ô sanglots répétés et si mouvantes violes,
Contre un ciel de grisailles qui voulait s'obscurcir.

Des barques s'étiraient sur l'étendue. Nos rêves


Profonds comme l'amour s'inclinaient lentement,
Et penchaient plus encore par le vent qui soulève,
Tremblaient, espoirs perdus, bercés au gré du temps.

Et toi ma calme sœur, tu chantais ma faiblesse


Lorsqu'un vol de corbeaux foudroya le vrai ciel.
Pour noircir les souffrances d'une odieuse paresse,
Je vis dans tes yeux clairs les rayons d'un soleil,

D'un soleil pâlissant, or, rouge et fatigué


Qui semblait se mourir à l'orée de tes yeux.
J'y trouvais un déluge de larmes délaissées
Croyant à l'avenir de nos étés heureux !

21
Énorme sacrifice

Énorme sacrifice voué aux maléfices,


Aux regards flamboyants des Dieux ! Et mémorable
Faiblesse qui suait l'alcool quand les prémices
Et les regards livides scrutaient le misérable !

Ô rappel éternel d'une souffrance vaine


Qui, métamorphosée par le jeu des amours,
Crachait et vomissait ses labeurs et ses peines,
Qui était désespoir et désespoir toujours !

Candeur dans l'étroite et affreuse liaison


Quand serpents et venins se pâmaient dans son âme,
Quand meurtres et fureurs, lugubres tentations
Se mêlaient dignement au parfum de la femme !

Et le cœur qui s'engouffre dans les chaudes ténèbres,


Et les lèvres tétant le sang des assassins,
Bouillons d'écumes et soufre en ces veillées funèbres,
Ô la chair déchirée dans ses noirs intestins !

22
Prolongement

Avec ce pâle essai, le sourire enfantin


Propose d'une plume un clair regard éteint,
Mais son âme obscurcie par de sombres ténèbres
Achève noires ses stances dans sa chambre funèbre.

Ce jeu tel un sépulcre baigné par ses lumières,


Amas de morts qui tremble d'une main cavalière,
Prolonge dans mes veines le pur sang des apôtres ...
Sont-ce pensées déçues où le génie se vautre ?

Mais j'entends supplier maint rêve bestial


Déployé sous un joug ombrageux !

Qu'il dérive
Ignoble frère, au jet d'écume et d'ombre
Que d'un regard malsain lèche la croix des autres !

23
Ta main alanguie

Ta main alanguie, profusion de saveurs,


Qui contemple la nuit, désinvolte froidure,
Ta main a délaissé sur le drap amoureux
Les stigmates profonds de ses sombres morsures !

Et cette nonchalance abattue, aigre ou vile,


Décline lentement dans ses douleurs dorées.
Ses souffrances sont grâces et ses pensées occultes !

La survivance s'éteint, antique et froissée


Pareille au vieil orage sur nos murs tapissés.

Je te goûte, fruit mûr, palme, je te caresse.


J'ondule, ô mon silence, parmi tant de furies,
Luxure de mes nuits qui te désintéressent !

24
La vieille maîtresse

Quand respirant encore sa poitrine, soumise !


De tes yeux couleront les tristesses du soir ;
Quand de vives querelles, des sanglots et des crises
Viendront s'imprégner sur ton fétide mouchoir ;

Quand vieillie et défaite sous son joug inhumain,


Tu trembleras de honte par ses peines, obscurcie ;
Suppliante, à genoux et joignant les deux mains,
Tu diras des mots tendres pour consoler tes nuits ;

Alors femme fatidique, o cœur égaré !


Sur mon sein balbutiant de confuses paroles,
Baisant et implorant d'autres chaleurs rêvées
Alors tu tomberas dans mes extases molles !

Et ta bouche et ta lèvre pour des plaisirs encore


Viendront sucer mon sang, délice de mon cœur !
Et impure et esclave, oubliant le remords,
Tu dormiras repue, voluptueuse sœur !

25
Du démoniaque héros

Du démoniaque héros
Naquit qu'enfin je pleure
Dégustant l'outrance d'un tombeau
En signe d'éternelle demeure,

Que je sais séraphin parfois résigné


Est ombre de pâles roses et ombre encore.
Au minuit du pétale déployé
Tel aspergeant le langoureux soupir,

Viole d'une flore ou violon ahuri !,


Dégage le parfum désirable et détruit :
Au vase résigné tombent fleurs et jasmins
Que son sanglot transportait un matin !

26
Hanté et songeur

Hanté et songeur d'une tenture nue


Dont l'orgueil s'extasie encore
Se vit crouler ou qu'il s'exténue
Par maints rêves, un légitime remords :

Apparue et défaite telle en chevelure


Qui en ses âges parfois m'envahit
Acclamée de soi-même en voilures,
Ô miroir jadis dans son minuit,

Vagabonde à la mémoire de l'œil


Comme de mousseline sertie au passage
Pareil du drame parfumé de deuil
S'éloigna à jamais du mince paysage.

27
Que tu proposes nue
À Sandrine

Que tu proposes nue


À ma souffrance ancienne
Fruits et délices conçus
Avec liqueurs suprêmes,

Lentement de l'éclat
Reposé sur un coeur
Un pur souffle unira
Cris sublimes et candeurs !

Éloignée une seconde


De ce combat royal
Ma faiblesse profonde
De sa pensée fatale

S'émancipe peu à peu...


Semble revivre et meurt
Dans les lueurs du soir,
Et chasse mon désespoir !

28
Éloignement

Folle aimée qui d'une jouissance


Offre des fruits langoureux,
Oserai-je te parler
Quand résonne ce cœur pluvieux ?

L'enchanteresse s'éloigne
Au plus profond du corps
Elle désire, elle décline
Dans ses cheveux soyeux
Sa délivrance la tord,
Le sommeil est cherché.

La jambe longue, la jambe fine


Posée sur le bord du lit
S'étale dans un rêve
Tout imprégné de fleurs.

La pâle, l'amoureuse encore,


Sur le drap bleu s'est endormie.

29
Nord

Le suc de l'aube au talisman du soir ;


L'union des métaphores sous le péché véniel :
Le duel soumis dans les carcans résignés,
Et par l'évidence, l'insigne d'une croix.
Le déroulement des âmes que transportent
Les salives de l'homme encore révolté.

Sur les contreforts de l'espace, le mot d'ordre émis


Même contre la charpente des poussières d'orgueil :
Pillages, contractions logiques et courses équivoques
- Là, les soubassements déduisent encore.

La répulsion se réduit dans l'hélice,


Des pertes d'acier en pente douce, et l'éloignement.

30
Baveuses tuileries

Les baveuses tuileries de boulets et d'ivrognes


Et là-bas accoudés sur la cambrure des pôles
Les désinvoltes gels de nos traces passées.

Et le feu des accords prostitués


Pareils aux salubres explosions
Des suffrages anciens.

Mais non ! Car rustique, vibrante c'est son écume


Jetée aux visages fatidiques de la cité.

Quoi ! L'évidence s'éternise (Je revois l'hiver)


Et meurt inlassablement sur les toits dévêtus ?

Oublions l'onde et les dieux et les vierges,


La sinistre envolée compromise par les spectres,
Et nage - être indigne,
Succombe à la nécessité !

Quatre sangsues, des mages - brisure d'un rêve


Je me souviens, mais femme, n'en parlons plus.

31
Chanson

Ô cuirasses de porc
Dédicaces baroques
Vieilleries sommaires
Femmes tentaculaires

Engin détroussé
Et fileuse démise
Succursale crispée
Dans la nuit promise

Geste de la bouche
Canevas de vin
Troubadours qui volent
Qui plongent ! et des mouches

Brillantes dans les cieux


Des morts putréfiés
Tombés pour nos aïeux
Dans le trou plombé.

32
Même rêverie

Dans mon rêve épuré, je discerne ton nom.


Déjà je sais ton chant, ta voix et ta beauté,
Et le regard d'amour qui enroule tes bras.

J'entends frémir mon heure si grave si ténébreuse


Que l'instant et l'histoire encenseront encore.

Et j'embrasse l'enfant, fruit de nos voluptés,


Et je dors lentement à l'ombre de mon ombre.
Je me plais à vêtir les paroles qui fuient.

Patience et sagesse, dévouement et supplice,


Et délires et délices et salive et amour !
Les années passeront comme un souffle inhumain.

Je contemple la vie et l'orgueil de ces transes,


La chaude montée au cœur qui est rose et bleue,
Car j'éprouve en moi-même le désir de survivre
Pour rester allongé presque mort en nous deux.

33
Offert aux rêveries

Offert aux rêveries d'un suicide ; regardant


L'astre pur décliner lentement dans les cieux ;
L'ombre maudit ce paysage mélodieux !

L'éveil d'un chant difforme, excessif à ton corps


Qu'on oublie toujours, solitaire des nuits, des jours,
Est refrain modulé quand ton crachat s'endort.

Mais lourde d'amertume, l'âme chancelle au vent,


Suit indolente et perdue les noirs froids d'hiver,
Suit la flamme douceâtre qui brille dans le temps.

Alors mon œil tourné vers les vives ténèbres


Et l'amour craquelé sur tes lèvres détruites
Poussent un convoi royal, majestueux, funèbre.

34
L'ange mort

L'ange mort en son rêve a déformé l'image.


L'insondable dort à l'intérieur du Moi.
Il mire la tremblante sans crainte, sous ce toit :

"Oui, du plus haut que resplendiront ces tourments,


La force est rythme long ! Sous ce regard obscur,
L'oraison découvre son firmament et pleure
Dictant sa loi sur le point le plus pur !"

Les ailes tout ouvertes, ô le sourire aimé


Propose en maints regards la souffrance du monde.
La beauté endormie, les nymphes amusées
Qui dansent lentement au rythme de leurs ors
Dans l'assistance s'essaient à la nouvelle ronde.

L'Ange mort en son rêve sur son étoile dort

35
Le stérile hiver

Le stérile hiver glace d'un geste royal


La source limpide et claire que ma lèvre embrasse,
Alors le fort déluge d'un roulis infernal
Sur le front enivré de songes se fracasse.

Vils de douleurs, et de violentes pensées,


Des rapaces s'en viennent s'abattre sur mon toit.
Leurs serres ensanglantées dans ma chair déchirée
Arrachent à mon esprit d'impénétrables lois.

Là-bas le Néant absolu, dévastateur


Voudrait bien m'engloutir dans sa ténèbre immonde.
À son service, tous ses démons provocateurs
Jetteraient ma raison dans des caves profondes etc.

36
Immolée sur les plaies

Immolée sur les plaies sanguinaires des suicides,


Soulevée par la pure vengeance des Dieux marins
Dans sa candeur, violée aux furies de ses eaux
Rejetée par les vents sous les courants torrides
Même dans la bravoure, la vague rejette l'épave.

Mais affreuse et tremblante presque morte déjà ivre


Dans les excès de fièvre sous l'ardeur de l'été
Transparente parfois mais libre sur les mers
Ô Beauté vénérée derrière les larges terres
Mon âme désinvolte, accablée de remords
Quand sur toi le malheur, repose, que faut-il faire ?

Alors vers quels plaisirs dans l'univers fangeux


Faiblesse de conquêtes, ô sœur de l'infini
Détourner de ce joug, l'impossible grandeur ?
Règne, siècle, frayeur ! Âme promise, que faire ?

37
J'ai dû aimer

J'ai dû aimer sous d'autres cieux,


Mais je ne sais plus quel matin,
Agile et noble comme le feu
La beauté au regard divin.

C'était désir stérile mêlé de grâces


Que l'ivresse emplissait sans grandeur ;
Quand l'âme libre enfin s'efface,
L'amour de Dieu devient pêcheur.

Quiconque use de ses ongles sur sa peau


Et comprime son souffle dans l'abus,
Vrai, bannira l'horrible fardeau
De l'acte facile sur le corps nu.

Mais la beauté en fruit lubrique


Métamorphose son idéal
Sous les saccades rythmiques
De son galeux caporal !

38
Éloignée mais si proche

Éloignée mais si proche


Par le rêve qui te ressemble,
De l'âme quand tu approches
C'est tout un corps qui tremble ...

Ne connaissant le triste émoi,


Tu avances insolente sœur
Et me parles maintes fois
Sans savoir ma douleur.

Pour ma faiblesse extrême,


Voici ces quelques vers.
Affreuses lignes ou diadème ?
Qu'importe ! Puisque je t'aime !

39
Ne veux-tu pas, mon âme

Ne veux-tu pas, mon âme, sur la couche béante


Comme un désir sans fin activer mon ardeur,
Respirer contre moi la sensation latente
Dont disposent la nuit les raretés du cœur ?

Dehors, tout est sinistre. Tout arbre semble mort.


Si ce n'était la brise tourmentée par ce vide,
Tout le peuple agonise et la foule s'endort.

Je n'aime point courir sur les murs de la ville,


Aspect trop délabré des cités reconstruites.
Le ventre s'y resserre à chaque instant fébrile !

Reste là dans mes bras. Oublions les douleurs


Qui couvrant nos orgasmes maintes fois avortés
Rappellent au masque noir la marque des splendeurs.

40
L'insatisfaite

Là, des larmes d'argent sur ta bouche se frôlent ! ...


Qu'est-ce pour la lueur étrange, l'amertume ?
Doucement, elle s'enfuit, lentement, elle s'envole,
Et s'en va se coucher, ô lys qui se consume !

Par ce sommeil, la chevelure se déploie,


Et s'étale pesante sur l'oreiller des songes,
Par ce mélange occulte, tu gouttes quelques fois
À la beauté exquise ou au mal qui te ronge ! ...

Alors nue de caresses dans ce lit embaumé


Une terrible loi dort paisible, la Nuit !
Ce fruit chargé de musc et de molles odeurs,
Brûle de jouissances en poses inassouvies.

41
Sous l'effroi imposé

Sous l'effroi imposé en ma triste retraite,


Tu te plais à vêtir sur des ors transparents
De pures sauvageries pour t'instruire de la fête,
Des chevaliers de guerre ou de vrais combattants.

Et tandis que survole l'éclat incestueux


Par des nuées d'étoiles évasives parfois
De leurs obscurs complots, j'entends battre, ô bête,
Le tambour étriqué de ton unique foi.

Je sais sous la morsure le venin capiteux


Monter en longs sanglots aux douleurs de ma tête
Et jamais je ne puis bannir ces propres maux
Dont tu uses pour moi comme d'une tempête.

C'est de l'assassinat ! Trop soumis à ce Temple,


Le dire prononcé profane des frayeurs !
Et le crime éternel, supplice des aveux,
Résonne dans la tombe étroite de mon cœur.

42
Alors que l'heure consume

Alors que l'heure consume sa lumière dernière


Et que de tous ses feux maintes fois obscurcis,
Il naît près de son lit la rumeur incendiaire ;
Alors que l'heure est infime, vengeresse en ses nuits,

Détruit la fleur de l'âge aux croyances divines,


On entendrait hurler tel vieux rêve ennuyeux
Son exploit tortionnaire, porteur des airs sublimes ;
Le chant maudit et rance a sonné dans le creux.

L'âme meurtrie, trouée jusques en ces méandres


Abdique tel un charnier de sa sanglante mort,
Poussant encore le chant de l'agonie des cendres
Est ombre inanimée dans le lit de son sort.

43
Sublimes pâmoisons

Sublimes pâmoisons agrémentées de fiel,


L'heure les a abolies en ces vases étrusques !
J'invoquerai l'idiome au plus loin de ses mains
Qui converge superbe, tel un rayon oblique ! ...

Et caduque et troublante, astre de l'ère nouvelle


Poursuivit par des monstres et des miroirs déchus,
La sentence tuera les raisons les plus frêles,
Lapidera l'affreuse destinée reçue !

Au profond, en lui-même, de fourberies flambées,


La saveur suppliait les ombres délavées ;
Il gonflera encore à travers les solstices,
Ce fourbe et cet ingrat puisqu'il est tant aimé !

44
Dialogue nocturne

Si je change ? Qui me fuit pour un sourire divin ?


On me frappe. Le subtil se confond sur les joues ...
Suprême dédicace au parfum défendu, - l'Ange !

Habits de beauté et marches vieillissantes, Lui !


Pourquoi en son nom languir sur folies ? Ne sais.
Puis il répète : je ne suis que ce que tu es !

Étrange bête et maléfice, noble ennemi,


Tes paroles étonnent les plis de mon front. Tu ris ?
Tu sondes mon esprit pour le péché véniel ...

Suppose l'innocence et descends en Moi. Quoi !


Les voix sont obscurcies pour ce regard sauvage ?
Si, tu changes. Qui te fuit pour un sourire divin ?

45
Alors tu te réveilles

Alors tu te réveilles, ô beau corps de déesse !


Tu cherches mes désirs comblés par les tourments.
La pointe de ton sein sevré de sang se dresse,
Mon admirable amie et mon sublime amant !

Si mon ventre s'éteint, j'appelle tes lueurs.


Je jouis de l'incomparable volupté
De rester en moi-même et d'être un autre ailleurs,
De créer un génie aux plaisirs insensés !

Je verrouille ta chair, la place du bonheur.


Je dors paisiblement dans le cœur des Aimées.
J'invoque ta richesse, ta sublime saveur,
Ta substance promise, et ton nectar sacré !

46
Bravoure d'une croyance

Bravoure d'une croyance, tu jettes tes falots !


Mais que puis-je inventer aux succès de l'histoire ?
Des ruines, précipices toujours offensés.
Entends le premier vol exploser au miroir !
Oui, soumis au reflet de son incertitude,
Il tire le holà de ses fraîcheurs antiques ! ...

Et les hordes fourbues ? Le pendant moribond ?


Des traces qui ondulent sur des transes d'hier ...
Longtemps l'exil au point du jour fut résolu.

Encore de la nuance, - aigles, mages crispés,


Si le venin à la raison cherche à souffrir,
Deviendra-t-il le Saint sous le vent engouffré
Qui tordra le suaire de son trône accablé ?

47
Puisant d'une main vaine

Puisant d'une main vaine et lasse


La nonchalance temporelle, l'homme indécis
Lorsque l'automne enfin s'efface
Il croit oublier les saintes pierres de ses nuits.

Mais morose ou hagard, vrai homme


Qui d'un œil tourmenté plane sur le néant
Avant qu'insouciance ne se forme
Il faudra entraîner la plume avec le vent.

Que l'impuissance cerne ton front


Une heureuse volupté accompagne tes pleurs
Homme égaré, sans cœur sans don
Tu dors triste et perdu dans cette noire demeure.

Ni distance ni règle absolue


Gravitant tel l'espoir sur ta face à aimer
Ne récolterait une mûre
Pauvre homme, homme solitaire, ta lutte est à changer.

48
Les cors sonnent

Les cors sonnent


Au creux des accords
Car l'été bourdonne

Aux prés explosés


Pour l'éternité
Des luxes affamés.

Tu persifles encore ?
Écoute l'assemblée
Cinglant leurs huées ! ...

Bath ! Vraiment c'est terrible !


Le peuple est méchant, etc.
Est-ce ma faute à moi ?
Je te suis sans te voir.

49
Le Manuscrit inachevé

Vision divine

En guise de croyance, une force à adorer.


L'être de Lumière qui ordonne.
Le flux de l'amour et le tourbillon lumineux
Immuables dans toute leur sérénité.
Vif et semble renaître à chaque instant,
L’Être s'éclaire de ses pensées.

Les ondes soufflées de vie à ma face.


Vent de joie inépuisable qui s'accélère.
Parfaite éternité, souveraineté divine.

Le raisonnement vif comme l'éclair :


Les images de mon enfance filent, sont lues.
Étapes de mon enfance. Procès libérateur.

Dieu : "Retourne d'où tu t'en viens."


Le passage dans le tunnel étroit. Retour.
L'immense faiblesse à réintégrer son corps.

50
Tant de peines

Tant de peines éclatent en plein front


Qui murmure les douleurs et les souffrances ;
L'agneau pur, les cohortes d'esprits
Font saigner ton image
Avec des rires de toute beauté.

En tout lieu, la promiscuité des anges


Et l'âme traversée et bue
- Luttes éternelles - semblent exister
Contre ton propre langage.

Des graines de cultures et des infortunes,


- Mélange -
Où s'amenuisent les distinctions de la forme ?

51
Ces marais livides

Ces marais livides, ta puanteur te défend de les aimer.


Les précieux brillants rayonnent de mille défauts.
Quant au luxe des femmes, l'orgueil t'en a détourné.

J'assassine la clarté des soleils pour elle-même.


Dans l'alcool, l'esprit me pénètre
Et l'aura s'endort.

À défigurer la beauté
Qui m'éloigne de ma compagne.
Les sens se libèrent
Puis s’amollissent sur des édredons.

On me reproche de rechercher le scandale


Mais ma folie est saine,
Je retourne à l'idée de nature.

52
Le Moût et Le Froment

Id ! (idées) :

Toutes les peines reçues en plein front, toutes !


Et les cordes pour resserrer le cœur, les cordes !

Des vérités mêlées à de superbes mensonges :


Les voix grincent dans mon crâne.

La solitude tourmente les pauvres âmes.


- Enfin, j'ai cru entendre distinctement.

L'envoûtement est spectaculaire,


Sache le désarroi, sale nègre !

La pensée se met en éveil,


Ils bondissent nus et s'agrippent aux hanches.
Des frissons éternels puis leurs rires sournois !

Ils avancent dans les rêves qu'ils revêtent !


Lavage de la cervelle et maléfices affreux.

53
Chute

Ton violet canonique


Sur l'écharpe des eaux
En rotations rythmiques
Lèche ses grands sanglots !

C'est ta voix qui s'épuise !


Maudis l'enchantement
Lui qui hante à sa guise
Miroirs, éclatements.

Mais les soleils se mirent,


Tu sembles l'oublier !
En cascades, respire
Ton azur détesté !

Horreurs de la saison,
Le vice est dans tes nus !
Afin que ta raison
Au cœur ne parle plus !

54
Amours enivrées

Invite les solstices d'or submergés


Pour haïr les latrines puantes,
Et les clystères en feu odorant
Auront tôt fait les distingués !

Les fiords nacreux des alcooliques


Dans des bruits et des cuistres humants
Suspendent déjà les chimériques
Pensées des trônes renversants.

L'auréole des saints ainsi saillie


Et mise dans les rencards étroits
Butte contre les empires vomis.

Lorsque le lieu rêvé qu'ils déclarent


Jouit du solide emploi,
C'est la bouche aimée du soir
Qui rit et rote parfois !

55
Ombres qui blanchissent

Ombres qui blanchissent le deuil


De voilures obscures,
Et souffles transparents dans les
Noirceurs de la vie.

Les stridents crépitements d'un


Feu jamais éteint,
Et les chaleurs refroidies sous
Les claies de l'hiver.

Valeurs innées pour l'alchimique nature.


Vrais, des chocs sous des sommeils de pluies.

L'heure puis l'orage indéterminés :


Miroirs de paraboles lentement dressées.
Tu longes les murs et les charpentes de bois,
Plus loin l'apparition du fer et de l'acier.

Et pourtant ce demain est déjà à sa place,


Ce demain regretté et ce demain subi !

56
Mue

Limon posé sur les cendres de mes pères,


Le cri de l'homme sous les masses de la terre.

Tu gardes l'enchantement pour l'écho.


Un grabat de pierres maudit
L'effigie de son Prince.

Je détruis la valeur et l'estime des bourreaux.


Poussif démantèlement,
Clairon de chocs
Contre les cathédrales
Dont les fondements nagent dans les bras
De la cité.

Les violons crispent l'archet,


La crécelle mugit dans ses cérémonies
Et vante un liquide jaunâtre
Expulsé en saccades honteuses.

L'eau retourne au limon.

57
Voici mes tragédies

Voici mes tragédies et puis voici mon rire


Ne laissez pas tomber en si piteuses mains
Le savoir d'un géant perdu dans son empire
Ne laissez pas la mort s'emparer du malin.

Que la plus belle voix, sœur et mère des apôtres


Acclame tristement l'hymne et le chant du maître
Et chante d'un air vainqueur les bienfaits du grand prêtre
Chante à l'enterrement suivi par tous les autres.

Car je veux qu'en ce jour l'immortel apprenti


Regagne ses grands cieux escorté de ses anges
Triomphe de son génie acclamé de louanges
Et encore s'en retourne où certains sont partis.

58
Fantaisie macabre

Je t'en supplie, meurs ou d'envie trébuche là.


L'orgueil d'entendre au long souci les mots venus
Par la fenêtre à peine ouverte, à demi-nu,
Je ne puis plus. Rentre chez toi dans l'au-delà.

Moissonneur de tristes idées, bats la retraite.


Mais c'est ta peur qui te fait taire, ange perdu.
Car tu as honte face au grand homme, le grand poète.
Je le redis : paix en mon âme. Est-ce entendu ?

J'en ai assez de ce tapage du Mal ici.


Ce que je veux : la liberté tant désirée.
La fin des morts, de leur ravage jusqu'à minuit.
Je veux la paix, la paix toujours tant méritée.

59
Chanson

Les masses d'épines affaiblissent mon corps


Car je suis mort
Le sang a moussé dans mes veines
J'ai tant de peines
Un flot de déchets et de rejets
Il pleut de la boue
Des larmes sur les joues
Des vents tournent dans le cœur
Hélas ! J'ai peur
La rose s'épanouit vers les cimes et les œillets
Embaume les feux follets
Les airs lyriques et les musiques les cors et les cymbales
Les tourbillons de mes violons
Et ma harpe, je m'échappe
À reculons.

60
Vainqueur

Vainqueur d'une tâche abolie


Heurtée, meurtrie dans de mauvais songes
Pour une cuisse légère s'éprit
De plaisirs malsains qui déjà le rongent.

Philtres divins, liqueurs suaves des chairs


Quand des violons, des séraphins rêveurs
Nus, reprenaient en cœur
Les danses sacrées et glorieuses des pères.

Enfant, les sons luttèrent avec mon destin


Luttèrent, heureux dignitaires
D'un vent ou d'une transe méconnus
Ils prêchèrent les instances suprêmes.

Dans le silence irréel des morts


Sous la plume vive sans mémoire
Tandis qu'un ange puissant dort
Me viennent des rimes dérisoires.

61
Pour Guillaume

Les coups de pistolet, les décharges électriques


Ont ligoté mon cœur. Qu'ils se mettent à l'écart.
Mes espoirs lointains passent par les chemins tragiques.
Les boches ont fusillé dans la nuit déjà noire.

Des boulets de canons enterrent les soldats


Du régiment vingt-trois. Et les infirmiers pansent
Mon cheval. Mon crâne est bandé, je n'écris pas.
Que j'ai des maux de tête au fond de l'ambulance !

Là-bas les tirs des mitrailleuses crient : au suivant.


On nous apporte à boire. La cantinière à poil
Verse la ration du rhum dans des tasses si sales,
Oh ! Si sales qu'on dirait qu'on a pissé dedans.

J'ai toujours mal au cul. Je veux rentrer de suite


Dans mon ancien quartier. Que sept femmes m'invitent
À venir les baiser. Mon Lou, mon cœur s'effrite.
Pardonne-moi, je voudrais tant de retrouver.

62
La femme adultère

Voici ma hanche, voici mon sexe, voici mon sein.


Ne laissez ces trésors en si piteuses mains.
Oui, tâtez les contours des grâces délicates,
Tâtez toute la nuit jusqu'aux aurores, demain.

Voici les clés du maître et voici le chemin.


Je vous le donne en mille, choisissez l'ouverture.
Pétrissez, malaxez car ceci est mon bien.
Je vous donne le tout du moment que ça dure.

Mon mari, mon mari n'est plus aux grands exploits.


Et sa puissance a fui, il ne reste que moi.
Je saigne chaque nuit pour un plaisir nouveau.
Qui voudrait, qui voudrait de mon cul pas trop gros ?

Je meurs d'impatience, j'ai tant besoin de toi.


Baise-moi toute nue, baise-moi sans souffrance.
Je veux le grand vertige et le ciel d'autrefois,
La violence de l'orgasme dans le plus pur émoi.

63
Éloigné des douleurs

Éloigné des douleurs que le repos apaise,


Plusieurs fois dans la nuit, je me dois de vieillir
Avec de vagues tâches qui jamais ne me plaisent,
Tant l'Art est difficile, que pourrais-je cueillir ?

Je m'y astreins pourtant moi, artisan en chambre.


Si le travail m'est cher, je tombe dans le doute.
Personne non jamais ne sait ce qu'il en coûte
À l'esprit fatigué des vers qui se démembrent !

Je me flatte pourtant d'y risquer ma jeunesse.


Perdu et sans rigueur que reste-t-il à faire ?
Attendre patiemment que le génie se dresse,
Ou pleurer sur son sort que le Néant éclaire ?

64
Le Croît et La Portée

Le messie vénal

Descends de ton jardin de délices


Comme fleur étalant ses pétales dorés,
Le monde est peut-être propice
Aux puanteurs détournées !

Prends la haine et le mal et la honte,


Le stupide combat imposé à chaque heure :
Car c'est sur toi que l'idiot compte
Pour éclairer son affreuse demeure.

Le gain est la seule vengeance terrestre !


Il faut presser la bourse de son contenu,
Tout extirper à la plus vile des pauvresses
Et voler à l'idiot son jaunet défendu !

65
Exploit désuni

Exploit désuni, c'est septembre


Glacé et importent, crieur et maniaque.
Les fautes portées puis écrasées
Sous les casques des chevaliers.
On transpose le mal dans les mansardes.

Tu pleures !

Œuvre, libations, crédule le rêveur,


Et demain pour ta rengaine, l'enjeu !
Ignobles détracteurs des vieilleries moqueuses !
J'ordonne le pardon. Qui parle de guerres ?

L'ombre décline par-delà les commentaires ailés.


Justifie les charniers de la bêtise humaine,
Et de la grave trahison, réinvente le talisman.

La course est perdue !

66
Musique

Spectacle, car violons et arpèges


Grinçaient de nobles accords
À l'instant divin,
Quand le soleil est prêt à se lever,
Quand la blancheur résiste encore.

Des envolées sublimes


Montées à l'assaut des empires et des ciels
Soufflaient leurs cascades de monstres.

Ils sont encore mouvements inconnus


Que le compositeur pose sur ses oreilles !

Pour quelques notes funèbres,


Qui enchante les tourments de nos remords ?
Est-ce vous Brahms qui encensez toujours ?
Qui régalez le mort,
Est-ce toi, mon imagination fertile ?

67
Dans les sombres demeures

Dans les sombres demeures où rêvent les comparses


Comme des souffles amers éveillant la chaleur,
Ils viennent respirer et nourrir des douleurs.
Le commun des mortels en ignore la trace.

Dispendieux en accords, en chastes entrevues,


Ils encombrent mes nuits de souffrances profondes,
Et si ce n'est l'esprit décrié qu'ils fécondent
Qu'est-ce pour moi, mon cœur, leurs constantes venues ?

Je sais la liberté de l'âme purifiée.


Tapis dans l'ombre ils rient de leur propre bêtise.
Je sais que ma pensée espère les humilier
Dans l'infecte néant que leur esprit attise.

68
Des candeurs endiablées

Des candeurs endiablées sous un sourire immonde


Qu'on respire presque nu, boursouflé de chaleurs,
Et qu'un dieu inhumain par sa verve féconde
Dicte jusqu'à la mort sous l'effroi des douleurs.

Et des pistils de haines, des sermons crucifiés,


Que je bafoue la nuit dans des larmes et des pleurs,
Et d'infectes bavures, des taches répétées
Purifient tout travail et toute œuvre meilleurs.

Alors des voix affreuses conspirent dans ma tête,


La raison est chargée de splendides oraisons,
Ils arrachent, ils égorgent la misérable bête,
Et avancent horribles au creux de ma raison.

69
Loufoqueries mythologiques

Bel ordre et vraie conquête en ce temple promis.


Oui, aux dieux tout-puissants, que ton offrande est sûre.
Je te donne ton nom : Aga - Agamemnon
Ta vengeance est certaine et ta victoire est pure.

Oreste bien aimé brûlera ta mémoire


D'encens et de douceurs posés sur le tombeau.
Les prières des chœurs, les autels et la gloire
Chanteront les prouesses en cité d'Ilion.

L'abominable meurtre d'un sacrement divin


Quand sur toi-même le glaive resplendissant se pose !
Demi-dieu immolé par ce coup assassin,
Clytemnestre à présent tout près de toi repose.

70
Fonction du poète

Enraciné sous les nombres d'or et d'écume


Quand des trompettes argentées sonnent le tocsin !
Ou fuyant l'infortune chère et reflétée
Par des prismes, aquarelles et devins ;

Langueurs de tout son être proposées en ce siècle,


Où se fondent les mornes reflets de l'été ;
Qu'il conte les sentiments de ses frayeurs
D'horizons lugubres jamais dépeints.

Qu'il vante le prompt déluge des ressemblances


Accrochées tristement à de vaines survivances ;
Que la brise silencieuse toujours se souvienne
De la douleur horrible qui fut jadis la sienne.

71
Le Poète

Enraciné sous les nombres d'or et d'écume


Quand des trompettes argentées ont sonné le tocsin !
Ou fuyant l'infortune chère et reflétée
Par des prismes, aquarelles et des devins ;

Langueurs de tout son être proposées en ce siècle,


Où se fondent les mornes reflets de l'été ;
Qu'il conte les sentiments de ses frayeurs
D'horizons lugubres jamais dépeints.

Qu'il vante le prompt déluge des ressemblances


Accrochées tristement à de vaines survivances.
La brise silencieuse jamais ne se retient
Sur le cœur horrifié qui fut toujours sien.

72
Dans les clartés funèbres

Dans les clartés funèbres où crimes et pardons


Se mélangent sans cesse au rythme des raisons,
Dans cet amas confus, terrible et tortionnaire,
C'est le ciel qui bénit et la mer qui vénère !

C'est l'homme uni encore aux meurtres, aux châtiments,


Qu'une voix quelquefois appelle prestement
Pour changer son erreur en doutes répétés,
Pour voir briller en lui l'automne des idées.

Fier dans sa démarche, insoucieux du sort


Vivant dans les pénombres où tout espoir s'endort
Calmement il chemine sans lumière et sans foi,
Ayant peur de mourir pour un quelconque émoi.

Si homme solitaire tu entendais mon nom


Qui fait trembler la chair et crouler les maisons,
Ho ! Tu ne serais plus palpitant de faiblesse
Quand une idée de mort en ton âme s'empresse !

73
J'ai dû aimer

J'ai dû aimer sous d'autres cieux,


Je ne sais plus quel matin,
Agile et noble comme le feu,
La beauté au regard divin.

C'était désir stérile mêlé de grâces


Que l'ivresse emplissait de grandeur.
Quand l'âme libérée s'efface,
L'amour-Dieu devient pécheur.

Quiconque use ses ongles sur sa peau


Et conspire son souffle dans l'abus
Vrai, bannira l'horrible fardeau
De l'acte facile sur le corps nu.

Mais la pure beauté devient lubrique,


Elle métamorphose son idéal
Sous les saccades rythmiques
De son piteux caporal.

74
Humant la sève

Humant la sève continuelle,


Au minuit éclairé, il s'endort.
Les lyres reposées s'en mêlent,
Mais il s'engourdit, fait le mort.

Sous la lumière divine d'un ange,


Désireux d'inventer un rêve,
Puisque aucun bruit ne le dérange,
Il accorde aux Muses une trêve.

Par ce vrai repos demandé,


Il ordonne d'autres sourires.
Comme sa requête est refusée,
Il se doit encore de maudire.

75
Des répugnances en mai

Des répugnances en mai


Que nul homme ne peut défendre
Et des soupirs défunts
Aux bras lancés des élégantes.

Ha ! D'atroces morsures
Vagabondant dans les neiges oubliées
Ce sont de noires défenses
Pour des membres extasiés.

À l'insouciance d'un fait


Les corps muselaient d'horribles candeurs
Les vagues réelles se mêlaient
Dans des bruits frêles et tapageurs.

76
Vécu

Point d'un instantané gauche


Et des chemises, des irisées
Volant l'insecte damné.

Les nouveau-nés sous les


Morts ; et les vieillards pourrissant
Dans les marées du métier.

Calques, ponctués de cadavres


Encyclopédie rectifiée
Car l'interligne nous échappe,
Puis des valeurs pensées.

Nous n'agirons que tard dans la nuit


Car sanglante, la vie nous a usés.

77
Chanson

Ruinés comme des Santals de compassions,


C'est l'heure !
Minuit le vrai y jase pour tous,
Minuit s'écœure !

Paillards et ventrus à l'ombre des sibylles,


Un comble !
Malodorants et juteux, ils miment
Le farouche graisseux !

Loin, égaré dans les escarmouches


L'œil intérieur
Ne répond que sa haine et sa crainte,
C'est la paix du rieur !

78
Parfums d’apaisement

Diadème de joie

Diadème de joie aux claires lueurs du jour


Qu'un Dieu d'amour peut à loisir perpétuer,
J'entends gémir une étonnante course pour
Penser au jeu charnel toujours renouvelé.

Mais si le pur Éthique accroche à mes neurones


Des traces folles aujourd'hui déjà défendues,
J'aimerais que ton âme recouverte d'axiomes
Priât dans une belle plainte les hommages tus.

De puissantes louanges sur la bague promise


S'exercent en mon esprit pour des renommées.
Les ignobles faiseurs en leur sein nous prédisent
Des orgasmes nouveaux dans la chair des aimées.

Leurs missions se cachent dans d'horribles mensonges,


Des propos exprimés, extirpés de leurs voix.
Jamais je ne saurais pour une chair qui ronge
Ses orgueil et amour les chemins de ce roi.

79
La nymphe envolée

Mais souvenez-vous de l'étrange conquête


Que l'inconstance des dieux plaça parmi nous ?
Au travers des montagnes sublimes et secrètes
Une nymphe égarée était là à genoux.

Dans ses yeux bleuis la souffrance punissait


L'insouciance étroite qui unit deux beaux corps.
Elle pourchassait nos péchés, nous pleurait encore
Comme les repentirs d'un Dieu qui dirait : "Jamais !"

... Elle sanglote belle et sous la large robe


Parsemée çà et là des voiles les plus fous
Quand un doux vent coquin la soulève et l'envole
Pour montrer à nos yeux ce qu'elle a de plus doux !

Hélas, aimée de tous, qu'un superbe regard


Veille encore resplendir en mon âme éperdue !
Cela ne sera plus ! Jamais ! Jamais ! Trop tard
Je t'aurais espéré à mon bras, toi qui fus !

80
Gamineries

Là dans leurs gorges sèches, les retombées du rire


Flagellent d'une corde douteuse mon plaisir ;
Elles s'apprêtent par des sourires niais et hautains
À se tordre des hanches ou à bomber des seins :

Des propos prononcés dans le criard espace


Acclament fiers et désinvoltes des renommées !
- Ces pubères ingénues belles, piteuses ou grasses
Pleureront dès demain leur folie offensée.

Bath ! De ces drôleries, sachons baisser le masque


Pour un visage crispé, exalté de sanguin,
Oublions l'amertume, son goût léger et flasque
Puisque la candeur est le propre de leurs fins !

81
Into imself resolved etc.

Lourdement vide comme un pur carcan de labeur


Je dirais en son nom exploser de vraies pluies,
Car l'ondulation expire et se fait peur
Dans la satiété désinvolte qui fuit.

Malgré l'expérience, la honte vit encore


Dans le rutilement de son pur vers instruit.
Le cataclysme éteint souffle et supplie son mort
Dans la fécondité des parchemins prescrits.

Et par la nonchalance ne sachant où se perdre,


Il conçoit comme lui la claire statue de pierre.
L'aversion de chair et l'oraison de marbre
En suppliant s'exposent dans le beau cimetière.

82
Quand par la mégarde

Quand par la mégarde intime d'un Dieu


Le fils honteux resplendit en ce soleil terne,
On entend au loin des bruits mélodieux
Pousser vacants et mornes et qui déjà le cernent.

Ils dominent dans la folle transhumance passée


La saveur exquise de l'été ravageur.
Sais-tu, vraie ennemie, l'outrance chargée
Des fruits lourds et juteux pour le porteur ?

Mais ta voix endiablée des rires anciens


Secoue et brunit l'ange de tes songes,
Et regards de fauve pour le joug des tiens
Tu te complais allègre dans mes mensonges.

Pourtant las de la désuétude des aimées,


J'obtiens le meurtre, sentence soufreuse,
Je côtoie l'accalmie désirée,
Alors je sais ton mal, noble pleureuse...

83
Les rêves

Les rêves, et de la musique encore


Toujours de la musique dans le corps
Des carillons, des glas et des cloches
Des cloches et des horloges dans mon cœur.

L'étrange musique remplit de mystères


Le magicien, l'alchimiste en un cœur
Le travail d'une année, une misère
Et le viol des autres et je demeure.

La grande messe, la messe énorme


Je confesse la poussée de mes formes
Le pape et le roi et l'archevêque aussi
L'envie énorme qui pousse au lit.

L'élasticité d'un membre gigantesque


L'essor gigantesque et désespéré
Gonflé et terrible, il voudrait presque
En finir et se voir l'arracher.

84
Savoir

Quel astre, quelle valeur, quelle inconstance


Posés sur nous, diadème lépreux
Miroitent dans les reflets de la souffrance
Quand l'esprit le plus pur est sans feux ?

Pourquoi plus encore les futurs mensonges


Où l'assidu exploite son chagrin ?
Pourquoi se couvrir de bonheur et d'autres songes ?
Pourquoi l'infini s'élève souverain ?

Cette folie éclate encore


Comme l'ivresse du regard et du temps.
De couleur brune, édulcorée ou mâte,
Ce sont peut-être des veines où coule le sang !

85
Au cap de l'espérance

Au cap de l'espérance
La saison terminée,
Et pour un pas de danse
Je vois mon aimée...

La beauté de ses yeux


Dans ce doux cœur, hormis
Au détroit amoureux
Contemple et se plie ! ...

Le sein sur la chemise


Blonde profusion,
Regarde ma soumise
Ô désillusion !

La fatigue voulue
Au gré de mes penchants
Dans mon âme perdue
Toi qui as aimé tant.

86
C'est lui le vrai poète

C'est lui le vrai poète qui s'en vient pas à pas


C'est lui le gros bonhomme qui s'annonce tout bas
Il faut le reconnaître l'homme désiré
Il progresse un peu plus quand la mort n'y est pas

Il sera la mémoire des peuples délaissés


Il sera le flambeau qui s'enflamme déjà
Il faut le retrouver l'enfant déshérité
Il faut l'aimer d'amour car il n'est pas ingrat,

Elle est déjà connue la jolie femme aimée


Elle danse chaque nuit dans le creux de ses bras
On ne peut l'oublier je sais où la trouver
Fabienne est mon amour qui me suce des fois

Elle baise toutes les nuits la salope à brouter


Elle chauffe le pénis de ses ongles parfois
Ho ! Que sa langue est fine, le chat est à bouffer
Elle jouit chaque nuit et s'endort contre moi.

87
La Racine et La Source

Sous le ciel

Sous le ciel découvrant les nuées boréales


J’entends le cri plaintif et déchirant des voix,
Ces lutteurs éternels qui toujours aux abois
Ont un pied dans la tombe et l’autre dans le Mal.

J’écoute malheureux comme un enfant sans sein


La complainte de l’homme attisée par son feu.
Mais j’entends aussi le chevalier valeureux
Qui promet à l’infortunée sa blanche main.

Cette nuit est étrange et par trop tourmentée.


L’homme y mène ses pas dans la noire solitude.
Sans jamais y penser et sans aucun prélude
Il voudrait convoiter la nature étoilée.

88
Description

Elle avait la beauté qui aujourd’hui s’est tue :


Elle avait la finesse de la douce romaine,
Le corps éblouissant de l’antique statue,
La chevelure nacrée et le sourire des reines.

Ses poses nonchalantes égayaient mon regard,


Ses lèvres sensuelles appelaient à l’amour.
Malgré mes remontrances et mes nombreux discours,
On restait éveillés toutes les nuits, très tard.

Et l’air toujours vainqueur des courageux soldats,


Elle dégustait les fruits qui lui étaient si chers
Une soirée d’amour, un plaisir, un combat
Dans l’épaisse moiteur des chaudes atmosphères.

89
J’ai gravé sur le tronc nos noms et nos amours
Qui croîtront à l’envie de l’écorce nouvelle.

Ronsard

Les amants

Nous aurons un grand lit rempli de roses rouges,


Des fleurs pour admirer tes poses languissantes,
Nous aurons des odeurs fortes et enivrantes
Qui charmeront ta chair qui doucement s’entrouvre.

Nous aurons le soleil des matins printaniers


Qui brûlant puissamment par sa verve nature
Offrira ses rayons lumineux en pâture
Pour caresser tes gestes et mourir tes baisers.

Et nous aurons encore de superbes extases


Parsemées de moiteurs et de cris et de joies
Nous aurons la folie de l’amour qui embrase
Ton corps de souveraine soupirant quelquefois.

90
Puis nous prierons les Anges animés de vigueur
Qui, redonnant la vie à nos cœurs en détresse,
Enflammeront nos mains dans un feu de tendresse
Quand le mois de décembre n’aura plus de couleurs.

91
L’angoisse

L’angoisse nous assaille et agrippe nos cœurs,


Fatidique Serpent qui entoure sa proie.
Nous parcourons avec cette ancestrale peur
Le chemin de la vie qui nous mène au trépas.

Sa présence est constante, et nous demandons grâce.


Avec quelques plaisirs, on cherche à l’oublier.
Mais elle est toujours là à poursuivre nos traces.
Chaque jour, elle s’est un peu plus approchée.

D’un coup elle bondit comme un tigre féroce


Et déchire nos corps de ses cruelles dents.
Elle déguste la chair de nos souffrances atroces
Et se délecte encore de nos cris de mourants !

92
L’obsession

Pour oublier ses puissantes lueurs vermeilles


Il faut connaître la mort douce et pénétrante,
Ou le noir enfer, un monde artificiel
Qui dégagerait de vraies douleurs suffocantes.

Trois heures de matin sonnent : elle est toujours là.


Et son visage brille dans cette nuit obscure.
Je veux fermer les yeux mais mon cœur encore bat,
Pulsations d’agité devant sa parure...

Enfin la fatigue a pénétré tout mon être,


Mon malheur s’est calmé, et doucement je rêve.
Non ! Cauchemar ! Cauchemar ! Encore elle prête
Son visage de reine. Je suis maudit ! ... J’en crève ! ...

93
La fuite

J’irai demain, si Dieu m’accorde son pardon


Respirer l’herbe folle et la douceur des roses ;
Je m’en irai jouer des airs d’accordéon,
Ou encore, je ne sais, de bien plus belles choses !

Je m’en irai, comme je suis venu : sans bruit,


Et, répandrai des métamorphoses nombreuses
Dans ce pays où seul le grand phare reluit ;
Je partirai avec ma jeunesse conteuse.

Il est dit que là-bas les peupliers sont verts ;


Il est dit, je le crois, que le ciel pour Azur
Accorde ses lyres avec ses gouffres amers :
C’est pourquoi je partirai cueillir ses fruits mûrs.

Oui, je veux m’enivrer des chaleurs éternelles,


Des soleils, des amours et des vagues mouvantes,
Des miroirs d’Émeraude et du vol des abeilles,
Des rivages chargés de merveilles troublantes.

94
À Baudelaire

Les cours sont différentes, mais les monarques restent


Mortels, éblouissants dans leur clarté funèbre.
Ils viennent surgissant de leurs noires ténèbres.
Hélas ! On les acclame comme l’affreuse peste.

Pourtant un jour l’homme reconnaît son feu père


Comme le créateur de choses bien nouvelles
Et son âme s’exalte, et lentement s’élève.
Souvent, trop tard, le poète gît dans la terre...

On l’encense de gloire et de chants en latin.


Mais qu’importe ! Il divague pour des pays lointains
Adieu, angoisse, spleen et bijoux très sonores !
Tout là-haut, dans les airs, ses autres frères l’honorent.

95
Spleen

Mais que recherches-tu, ô mon âme indolente ?


Veux-tu chérir l’amour et ses formes diverses,
Sa chevelure de lionne ou ses seins de déesse ?
Préfères-tu écrire tes poésies latentes ?

Aimerais-tu trembler sous l’œil hagard du vin,


Puis dormir sagement d’un bon sommeil paisible ?
Veux-tu l’amour, ce soir ? Son objet accessible ?
Dis-moi veux-tu vraiment quelque chose de divin ?

Je veux mourir en paix, tranquille et solitaire


Je veux trouver la mort. L’âme enfin libérée,
Je m’en irai voler dans ce monde insensé
De bonheur, de bonheur, plus haut dans les éthers.

96
Quelle fraîcheur

Quelle fraîcheur donnes-tu dans l’ombre de ce rien ?


Silence du plaisir et chair épanouie
Quelle pâleur de l’ombre éclaires-tu accalmie ?
Portes-tu de ces fruits sur le bord de tes seins ?

Mais si pâle et si muette, dormeuse de mes songes,


Par le souffle azuré aspirant la splendeur,
Agite ses pulsions aux rythmes de son cœur ! ...
Et l’esprit vagissant au murmure replonge ! ...

L’extase d’un feuillage ! Le pur ravissement


Plonge le rescapé aux affres de l’amour !
Tu es belle, ô Sandrine, tu tires ton penchant.
Tu berces ton nectar et clames mon retour.

Fraîche, désaltérée, l’extase d’un bonheur


Telle la source pensive expulse ses passions.
Ma puissance sacrée acclame les honneurs
De feux étincelants, les foyers de pâmoison.

97
Superbe créature

Je veux songer à toi, superbe créature.


Je vois devant mes yeux se dresser un soleil.
Je vois devant mes yeux les fruits de la nature,
Tant de grappes fleuries à la clarté vermeille !

Oui je vois dans mon cœur brûler une lumière


Qui pourrait éblouir telle la lueur divine.
Je vois encore ta bouche, ta bouche qui me fascine,
Et ce corps nonchalant qui quémande prière !

Oui, je vois tes bijoux, tes poses langoureuses,


La blancheur de tes dents et ton corps de déesse.
Alors je vois ces mains qui déjà me caressent
Et s’empressent d’aimer, ô Divine amoureuse !

98
Folie démoniaque

Surhumain, ce travail, éreintant et mortel !


Son crâne bat toujours à un rythme infernal.
La mort a entendu, elle déchire le ciel.
Au-dessous des charognes, sont les puants chacals.

Tremblements, pulsations, la cervelle bouillonne.


L’angoisse, la névrose accélèrent le cœur.
On entendrait hurler la gueule de la lionne
Qui sent se profiler les ombres de la peur.

Ho ! Les Dieux se déchaînent ! L’espace est en la furie !


La nature regorge d’averses démoniaques !
Et le monde se meurt ! La force est à l’esprit !
La douleur est cinglante, affreuse et acariâtre !

99
Supplication

Vous dont la chair soudain a conquis mon esprit,


Plus belle que la perle dans le pur firmament,
Vous dont le cœur hélas n’a point vu mon penchant,
Revenez près de moi en rêve cette nuit !

Venez, venez hanter l’immense solitude


Comme un soupir plaintif dans un désert sans fin,
Venez pour mon orgueil aimer mes lendemains
Dans le calme orageux de mes noires habitudes.

Vous pourrez verdir ma campagne grisonnante


Par des lueurs nuptiales et des feux endiablés.
Parfumez votre chair, enivrez-vous, beauté,
Et transformez mon ciel par vos pensées aimantes.

Faites, je vous prie, qu’une pâle lumière


Sous vos rayons massifs et d’argent irisés
Soit un soleil plus vif dans le ciel constellé
Comme un pur diamant éclaté de matière !

100
L’ambivalence aiguë

L’ambivalence aiguë de certains phénomènes


La carence étroite de l’expression humaine
Se rient passablement
De l’homme qui sommeille.

Qui se souvient de la fameuse protectrice


Criant un soir ou l’autre
L’absolue bêtise de nos cinq sens ?

La justice n’est qu’ignorance,


La vérité, un pas vers la connaissance.

Je sais quelque philosophie


Quelques axiomes incompris
Et l’espoir qui travaille
Les pensées de la vie.

101
Elle coule dans le sang

Elle coule dans le sang au plus profond du cœur.


Sa folie dit : Amour.
Et j’ai vu le flambeau ardent de son honneur
Projeter l’or superbe dans le feu des parures.

Ce sont des diamants !


Extrême délicatesse !
Mais sa démarche est souple ! ...

J’incline un dernier chant. Le corps est retenu.


Ici repose la grâce, le métier d’antan.
Et la sublime extase
Divague dans les nuages
Et s’abandonne au vent.

Oh ! L’énergie fertile sous les profondes eaux


Refoule le pur nectar et le cristal de l’onde
Dans l’âme dévoilée de sa sueur amère !

102
Des tornades démentielles

Des tornades démentielles plus fortes que l’espérance


Ont déchiré mon ciel. Que je meure maintenant,
Moi, poltron condamné !

Et des anges enragés plus puissants que le feu !


Elle, ma persévérance a voulu s’opposer
Plus rare qu’un drame amer !

Ouragan et cyclones, ignobles cataclysmes !


Mais quelle lutte, ô mon Dieu ?
Ces atroces batailles ! ...
Ô les forces invisibles !

J’ai quémandé les saints et j’ai prié encore.


Et nul pour me répondre.
Le ventre dans la terre, j’ai supplié toujours
Il n’y eut que ma voix !

Je me suis effondré.
J’ai crié mon espoir et j’ai crié ma peur.

103
J’aime l’intelligence

J’aime l’intelligence, l’exactitude des formes


La pureté de l’œil, son génie incompris.

Oui, tout se fait plus lourd que l’existence brumeuse,


Et la mort vient frapper par son glas éternel !

“ J’appelle la beauté, et je pleure tout bas ”.


“ J’appelle le renouveau, et il chante pour moi ”.

J’ai dit la perfection, mais personne n’écouta.


J’ai pensé le sauveur, ils haussèrent les bras.

Qu’importe après tout, le géant s’immortalise


Ô l’océan drapé va recouvrir le monde !
Ô la vague immortelle !

104
Parler d’extravagance et de mots incompris !
Quelle amère tristesse !

L’esprit est gémissant, il rit et il se meurt.

L’esprit est gémissant, il rit et il se meurt.

105
Les arbres là-bas

Les arbres là-bas meurent,


Et l’onde est pétillante.
L’étoile est superbe et s’anime de grandeur,
Elle goûte calmement au plaisir du repos.

Je vois l’aube soyeuse,


Une ombre molle et folle a perdu son odeur
Nacrée et frénétique.

Je ressens la terreur.
Qui changera le monde en sa terrible Loi ?

C’est une joie féconde rêvant dans le soupir,


Comme pour remercier la cruauté amère.

Comme pour remercier la cruauté amère.

106
Où dorment les colombes ?

Où dorment les colombes ?


Un glas plus fort que lourd exploite sa censure.

Le ciel s’est déchargé de papillons légers,


Il touche tout à coup la pellicule du songe.

Tranquille, le cœur ! Car je sais les senteurs


Déployer l’auréole dans le clair printanier.

Où pleurent les images ?


On voit passer l’amour et le plaisir d’aimer,
Les écumes fumantes.

J’ai vu passer la mousse assoiffée de douceurs


Où chante le cristal. Déjà, il carillonne.

Si le jet écumeux se projette dans l’œil,


Je ne pourrais plus voir.

107
Toi, mon sol rocailleux

Toi, mon sol rocailleux, te voilà si fertile !


Petite graine infime, ô toi qui te vautrais
Dans la source limpide !
L’arbuste dérisoire, les fruits à déguster !

Mais à qui est mon âme ? À qui cette puissance ?


Cette force divine explose dans mon cœur ! ...
Pulsion, explosion !

Délices de la plume ! Parlez, Seigneur, parlez !


Espérons une attente dans les bras du meilleur !

Danse inquiétante ! Qui régira mon âme,


L’insouciante bornée et l’honneur de ce traître ?
Qui m’aime, me comprend ? Et brille dans ton être ?

108
C’est un berceau de cendres

C’est un berceau de cendres.


La contorsion du souffle expulse la renommée.

Ô Muse, ma complice ! La chaleur de son drap.


Cet enfant étonné devant la compassion
Allège la pensée et déride le front.

Le ciel si caverneux a perdu sa blancheur,


Et le sein désarmé bat son pavillon noir.

Des ailes encore, toujours pour un immense honneur.


Je rejette l’aptitude de l’esprit aux miroirs.

C’est un spleen plus léger que la course d’un enfant.


L’espoir regarde l’orient,
Sa crainte est dans l’attente.

109
Le Messie

Titube et marche encore : ton étoile est au loin.


Tu dis : mes pieds sanglotent ? Mais que m’importe ! Marche !
Marche encore et toujours. La lueur du matin
Saura bien t’indiquer la voie du Patriarche.

Obéis, c’est un ordre ! Je suis Dieu, je le veux.


Mes disciples obéissent, je le veux, obéis.
Mais je ferai de toi un être valeureux.
Oui, tu seras très grand : un sublime génie.

Marche, et prie mon âme troublée. Marche, j’ai dit.


Aime-moi, je le veux : tu sauveras tes frères.
Montre-leur le chemin et lave leurs esprits
Va, car on te connaîtra sur cette terre entière.

110
Correspondances

Ô quinze, éclats divins de ses soleils mystiques,


Face claire et voilée des rayons primitifs !
Huit bleu noir, démoniaque dans des regards tragiques,
Une plante scabreuse dans mon esprit craintif !

Sept, beau tapis de riches couleurs aiguisées


Éclatées, explosantes en flammes convergentes ;
Fuite putride qui annonce l’arrivée
Des ailes enivrées et des bougies dansantes ;

Dix, calme plat, amour et douceur de survivre,


Égalité certaine, et faible bachelier ;
Dix-sept, violacé par les levées des givres,
Belle note que j’aime, ma note préférée.

111
Éloignez-vous

Oui ! Éloignez-vous de la mort sinistre


Et de son joug infernal dans la nuit ;
Chassez donc les poètes et les artistes
Avec pleurs et cavalcades qui suivent

Déployez vos ailes vers la raison


La vie, la famille et le simple rêve ;
Dégustez son corps avec la passion
De l’amour fougueux et des rouges lèvres.

Les blés flamboyants et la fenaison


Décrivent le cycle nuptial et rient
Car dans la farandole, leurs chansons
Ont les joies du bonheur qui toujours luisent.

112
La chambre

Que pouvais-je apprécier dans cette chambre


Lugubre ? Ses bibelots ou sa vaste armoire ?
Son odeur pénétrante, son parfum ou son ambre ?
Non ; peut-être était-ce une impression de gloire ! ...

La glace reflétant une image étonnante :


Un Dieu, un Demi-dieu au visage éclairé,
Un bonheur, un amour et des joies luxuriantes,
Des poses languissantes, sensuelles et osées,

Des bijoux, des amphores, des potiches et du vin


Des reins, des déesses, et des ombres troublantes
Un regard, des désirs, le tout encore lointain
Et la richesse qui, dans l’infini, s’implante...

113
Que sont-ils devenus ?

Que sont-ils devenus tous ces astres dansants


Dans la lumière jaunâtre du vrai ciel d’aujourd’hui ?
Ont-ils perdu leur flamme dans un dernier relent ?
Sont-ils allés mourir dans l’inconnu qui luit ?

Très souvent, quand la nuit se fait claire scintillent


Dans l’espace limpide des astres ténébreux
Observant les superbes pépites qui brillent
Avec l’admiration d’un tendre amoureux !

Vénus ! Ô déesse de mes pensées morbides,


Désespoir et angoisse se déploient en mon cœur !
Des images noircies sur un chemin putride
Consument les reliefs d’un sordide malheur !

114
La douceur des sanglots

La douceur des sanglots, des longs cris et des râles


Tapissent le cerveau sacré de son génie.
Je hais ceux qui proclament : l’amour est jeu banal
Et déforme l’échelle subtile de l’esprit.

Dans l’extase troublante des corps à moitié chauds,


Bienheureux il dérive, vacillant et craintif.
Pour extraire du sublime ce qu’il fait de plus beau,
Les grandes émotions animent le pensif.

Quand le radeau dérive sur l’onde tourmentée,


Le nectar onctueux s’extirpe dans la nuit,
Et la plume scabreuse s’éprend de volupté
De bienfaits et de grâce en ses sombres écrits.

115
Chanson I

Que de souffrances !
Que de peines !
Quand l’espérance
S’en mêle !

Mon souffle court


Respire un cœur
Parler d’amour
Triste malheur !

La folle danse
D’un cœur en peine
Est espérance
Quand tu t’en mêles...

Que de carences
Dans tes je t’aime
Ô ma romance
Quand tu me traînes ! ...

116
L’effervescence

L’effervescence de ses yeux,


Où brille la beauté
Comme un beau matin tout bleu
S’est aujourd’hui apaisée

Dans les longs couloirs de la vie


La Mort a offert son pardon
Elle dort, elle rêve la nuit
La nuit s’est faite raison !

Le cœur, le cœur s’est égaré


Dans les méandres de la douleur !
La vie, la vie s’est apaisée,
Elle est morte sans frayeur !

Comme un beau matin tout bleu


Elle a ouvert les yeux
Aux ténèbres de la vie
Elle s’est endormie.

117
Le passé conjugué

Des vermisseaux peignent la lune


Des objets cyniques déposent
Dans le rencard de mon âme
Une clarté incandescente mais illuminée.

Des feux jadis gravitaient dans l’espace


Sous la folle traversée de la couleur
En détresse.

Jadis Prométhée gardé de ses deux saints


Forts en chair
Psalmodiait la croyance aux non initiés.
C’est vrai, c’était vrai jadis.
Mais le passé est mort !

118
Souvenances

Dans l’accalmie lointaine des pierres


L’or de ses cheveux embrasse mon soupir
Comme un vent léger qui gonfle la charnière
Et revêt de ciguë tout un noble désir

L’aube moussait des rayons d’argent ;


Et la jungle écarlate enfin brunissait
Sur ces feux de soleil bravant l’horizon.

Des rires d’enfant accompagnaient nos râles,


Nos regards languissaient dans nos yeux éperdus
Et toi jeune comme la rosée,
Belle comme une femme, tu poussais
D’adorables cris ailés par instants.

Au risque de se perdre, nous regagnâmes le chemin


Le vieux carrosse attendait le retour
Dans le siège usé tu me reparleras d’amour
Et j’exultais encore dans la douceur du matin.

119
Sous la tonnelle

Hier j’allais sous l’adorable tonnelle


Respirer l’encens et les choses muettes ;
J’étais baigné d’amour et de baisers confus,
J’embrassais une charmante soubrette
Et je disais : “ En veux-tu ? Toi non plus ? ”

C’est vrai, mais où était le mal ?


Où l’amoureux doit-il passer son sang
Si ce n’est dans le cœur de quelque enfance ?

Tout est bon dans ce monde de fleurs


La douce couleur de ses jours,
La bouche veut s’y abreuver
Alors, Seigneur, où sont les pécheurs ?

120
La cérémonie

La cérémonie triste comme les ténèbres,


A franchi le calme odieux des rires enfantins
Et penchant sa crinière blonde
Aux mansardes des greniers
Elle gesticule dans la mort de l’ignoble pécher !

Derrière la fenêtre où sèchent draps et serviettes


L’étonnante faiblesse de son corps assoiffé
Échoue dans un râle terrible, un râle inhumain !

La pluie disparaîtra, la meute abolira l’étrange clarté


Mais un vent fort comme Éole
Grave comme l’alcool
Soufflera désormais sur la honte de l’amitié !

121
Autre désir

Telle je la vis, trébuchant d’un œil niais sur sa lecture facile.


Mon ventre sécréta d’incroyables tourments,
Associant aux durs mensonges, toute l’âpre pureté de mes dires !

Alors dans sa bouche inerte, j’écrivis l’amour


Et le reste de mes notes s’envolèrent sur ses eaux ;
J’inventai d’adorables théorèmes
Où la puissance maîtrise les grands peuples,
Où la feuille embuée d’esprits clairs
Détruit enfin le gras brouillard

Et entre deux chemises, l’âme enfin libérée


Elle remercia le fort silence,
Et le poète tant aimé !

122
Prière et chanson

Car Dieu, si ton amour séduit tout amalgame


Si toutes les pâleurs s’accordent dans la lie
Si toi, plus fort que le Démon,
Tu vas et t’en retournes sur ton lit de roses
Alors, étonnant Seigneur, je ne suis plus :

Je n’aime que l’amour, son sein et ses formes


Sa douce protubérance, son sexe et son dos
Je n’aime que l’amour où tout ventre se veut câlin
Où tout cœur appelle l’amour ;

Je ne veux que l’amour, l’amour et pour toujours,


L’amour et encore et l’amour et toujours.
Je veux son corps Seigneur,
Son corps humblement.
Son corps Seigneur
Son corps... pour toujours !

123
Alexandra

J’ai vu s’épanouir
La femme aux douceurs tamisées
J’ai vu son sein promettre
Une fois, pour toujours,
La caresse des adorables péchés !

Elle parlait comme les statues,


Les statues qui vont en chantant
Qui vont comme les profondes inconnues
Humer la nuit de nos rêves d’antan

Elles se confondent dans la poussière


Et dans les astres de l’amour
Elles s’en viennent, comme des images

Et pour cela, Seigneur,


Ne les frappe pas
De ton impitoyable retour !

124
L’enfant

Dans l’onde écarlate, un talisman rougeoie


Et sa source baignée de marbre
Chavire vers les dernières nuances enrubannées de bleu.
Comme un vent d’embellie, la douceur de son souffle
A soulevé l’enfance ignorante et heureuse.
Sous ce soleil constellé de perles blanches
Puise de cette eau que le vagabond boit.

La nature active ses purs copeaux


La douceur de sa voix berce d’un son mélodieux
Les agissements des Dieux. Va, enfant
Car le bien résonne dans ton âme
Et le péché s’en sera que plus léger.

125
Sur un saule éduqué

Sous un saule éduqué


La croyance des baisers
Les suffrages anoblis,
L’amitié aussi.

Pareils à une voix nouvelle


Aux prairies éclairées d’étincelles
De sabotiers vont, hargneux, passants
Expulser la greffe sournoise.

Des chevaux au crin bien fait


A la croupe avantageuse
Récoltent les mots.

Pour d’autres faiblesses,


Pour des talents égarés,
Adieu les promesses
Des champs de l’été !

126
Son hiver maudit

Son hiver maudit l’ultime trace de mon labeur ;


Je brûle les instances des escapades inertes
Mais le Dieu acerbe des délires consécutifs
Entame mon salut et crache sur mon honneur.

Qu’un vent tourbillonne dans les espoirs sacro-saints


Et jette son glaive à la face rougie !
Car ces délicats méandres de tous côtés aguerris
Perturbent les remords désirés !

D’un instant l’adulte aux pauvres hommes,


Drame cerclé de couleurs étonnantes !
Prône sa cupidité au clan des bestialités,
Et les horribles dégoûts jouent là, dans son supplice ! ...
Comme une tornade déchirée en ces mots ;
Les traversées agitent des fanions bariolés
Et des gouffres plaignant sa force irréelle
Aggravent les maléfices de sa nuit : terrible orage !

127
Que serai-je en toi

Que serai-je sans toi dont le feu m’abandonne


Et qui cours se hisser aux fenêtres des Dieux ?
D’un glas intermittent, déjà j’entends que sonne
L’onction éternelle et son or merveilleux.

Pour cette vraie licence que mon être a conquis


La pure somnolence de mon sublime esprit
Chante, hume et s’élève dans les claires rumeurs
Pour le déferlement de nos deux cieux sans cœur.

Ô mon délire compris, bois le lait d’un nuage,


La potion exaltée aux risques des présages
Et donne à la clarté l’ange du renouveau,
La nuit où tu créas les filles de ta peau.

Le feu qui te consume sans faveur ni délice


Contre ton sein dressé, veut que tu accomplisses.
Ravage par ton sang les rages d’un Démon,
Irrigue ton Aimée des voix de la raison.

128
Aux soupentes des nuits

Aux soupentes des nuits mugissent les chaleurs ;


Des pluies de séraphins dans des luttes éternelles
Crient, vocifèrent, se tuent, ô crispante frayeur !
Eux les Anges gardiens combattent dans le ciel !

Et ces damnés abdiquent jouissant de leur mal,


Condamnant les mortels du plaisir nuptial ! ...
Ils putréfient les glaives de leur chair délabrée
Et vomissent et se soûlent en alcool frelaté.

Ces impurs de l’amour, ces farouches guerriers


Se transpercent, et s’accusent en viles atrocités,
Et tandis que leur jeu fini en carnaval
Ils se crèvent les yeux dans des joies triomphales !

129
Tu condamnes spirituel

Tu condamnes spirituel un nouveau mélange,


Mais tu gis là dans les entresols urbains.
Qu’est-ce à dire puisque l’odeur de la fange
Résiste là, te suis partout jusqu’en tes mains ?

Ah ! Républicain de cœur, fortune pour nous deux ! ...


Je sais l’amour que tu portes aux femmes, tes yeux
N’ont pu cacher les doux regards que tu tenais...

Mais bah ! Assez de paroles, je suis ton divin


Et je puis te proposer mes superbes vers,
Mais non ! Pas ma femme, espèce de sot, crétin !

La plus belle des substances ne peut échapper


Aux esprits élevés unis dans le devoir.
Je te somme un instant encore de m’écouter
Impotent, incapable, je t’offre le pouvoir.

130
La souffrance

La souffrance comporte toute cette multitude de chocs


Et va à l’agonie dans ses richesses neuves
Comme un spectacle affreux. Elle encense et s’accoutume
Au gré de ce délice étonnant, à de stériles saveurs.
À toi, les débordants, les seaux et les grèves !
À vous, immaculées, les richesses de ses yeux !
Et lui, dans ce savant mélange se tord de lassitudes...

D’un bond, l’éclipse disparaît et rejoint les autres pôles


Et les serviteurs, hilares et douteux, s’empoignent
À l’ombre de ce tumulte. Bêtes égarées, mal éteint !
Ha ! La dégénérescence, l’audace et son monde !
Allégé dans un sacrifice mortuaire,
Il tourne vos regards de pierre !

La course, honteuse de l’instant détourne le silence


Et de la mer, fille des tempêtes et des râles
Il acclame la destinée prochaine.

131
Les cernes de la fatigue

Les cernes de la fatigue éclaboussaient ton regard.


Le jeu en termes archaïques proposait les nuisances d’un soupir.
Et j’allais - car la tournure était désirée
Transposer les ondulations primaires
Et j’allai dans cette course immortelle
Suspendre ce ravage ténébreux, ce plissement éteint.

Le musée se gardait d’un extrême à l’autre


Et parmi cette somnolence qu’un Dieu avait fécondée
Les étincelles de la nuit illuminaient mon visage.
Le doute plus fort encore s’emplissait. Les funèbres pensées
Édifiaient des spectres en délire, avec morcellement de doutes !

Les gravures exposaient des casques fumants


Et des parties vacantes illuminaient les nuages d’un tableau
Cette puissance montait, périssait par les pentes de la justice
Et les constellations s’enhardissaient jour après jour.

132
L’imperceptible accord

L’imperceptible accord court sur ton corps démis,


L’implacable soleil brûle ses rayons neufs.
Je veux perpétuer sur ce sein, ô furie,
Les glaciers combatifs, l’espérance du veuf !

Car cette main déploie son regard passionné


Et souffle en son écume tous ses gestes sauveurs.
Elle condamne en ses fins l’univers assoiffé
Et les naufrages ultimes d’un rempart de douleurs !

Ho ! Traîtresse perfide en qui vont les aimées,


Sur sa jambe facile, moi méprisant son sort
J’invoque un cœur sanglant, ô combien admiré
Et je jette à sa face les cendres de sa mort ! ...

Dans la triste pâleur peuplée de nuits obscures


Ces graves inconstances, ces malheurs arrivés
Consument l’acte noble... le désir le plus pur !
Et promettent sans doute tant de haines passées.

133
J’invente la parabole

J’invente la parabole d’un astre dansant


Sa bouche est fine, ses yeux contemplateurs
J’invente une Circé au noble cœur
Qui se joue de l’amour en pensant.

Au gré du sable, Marie belle comme une statue


Amuse la compagnie avec des plumes
Et gesticule comme une enfant.

Anne, est la plus convaincante


Elle s’éprend d’adorables sujets
Elle analyse le dossier de mes pertes
Et m’appelle parfois “ Biquet ”.

Comment osez-vous, âme chère, âme tendre


Foudroyer de tels axiomes
Je suis poli mais cette cancìon
Me prend au cou, déjà je tremble.

134
Le Grain et Le Regain

Au lecteur

Tes mains tremblent encore et ton cœur palpite,


Un rythme infernal anime ton bateau,
Et la terreur qui résonne, facilite
La venue de l’angoisse qui ronge tes os.

Seuls le vin et l’amour, extases divines,


Allègent tes malheurs et ton pesant fardeau
Quand la nuit se fait froide, tu imagines
Des instants où tu trouverais le repos,

Des pays merveilleux où liqueurs et beautés


Deviendraient les plaisirs éternels de ce monde.
Mais regarde ! L’immensité est profonde
Pour ton malheur, tu ne sais pas même nager !

135
La belle amante

J’ai goûté hier encore aux plaisirs de sa chair,


Au souffle court et chaud de son haleine douce,
Et son corps assoiffé n’a plus aucun mystère
Depuis que j’ai passé quelques heures sur sa couche.

Elle a de doux bijoux où l’on peut s’endormir,


Des perles de l’orient nacrées et puis polies.
Elle a dans les cheveux des pierres et des saphirs,
L’or avec le diamant y sont assortis.

Elle parle avec des mots de tendresses exquises


Et ses longs doigts brûlants de braises éternelles
Embrasent des régions à son âme soumises,
Des régions découvertes par les anges du ciel.

Sa poitrine superbe m’arrache des soupirs


Des cris de joies d’amour, de puissantes caresses.
Et sa jambe serrée s’exalte de plaisir
Quand sauvagement contre moi, elle se presse.

136
I

Dans la nuit noire encore de tant de gens pressés


Blafarde par endroits de lumières tamisées
S’avance à grands pas, et semble possédée
La divine sultane, la chevelure bouclée

La démarche est alerte, les yeux sont noir velours


Le sein est haut placé telle l’antique statue
Je la vois traverser sublime cette rue
Comme les grandes reines circulent dans les cours

Et je la vois plus belle que l’étoile au couchant


Je la vois dans mes bras m’aimer avec douceur
Je la vois dans mes bras m’aimer avec ardeur
Je la vois dans un rêve me charmer pour mille ans.

137
II

Je rêve souvent de toi, de toi beauté des ondes


De ton corps éblouissant que Dieu a aimé.
J’entends tes cris aiguisés qui chantent en ce monde
Dix-huit ans de charme et de monstruosité.

Je dors avec mon cœur, et le sourire pensant


À Diane au bain ou à Vénus l’endormie.
Et la rate vulgaire et l’esprit nonchalant
Proclament la beauté de ma sublime amie.

Pour connaître les relents de ta volupté


J’implore le sacrifice de l’âme défunte.
Et la main tremblante et l’œil rempli de gaieté
Grandissent jusqu’au ciel pour entendre ta plainte...

138
Le fleuve

Elle court dans mon sang au plus profond du cœur.


Son immense folie me parle de lectures
Et j’ai vu le flambeau ardent de son honneur
Projeter l’or superbe sur la rouge tenture.

Ô les diamants ! L’extrême délicatesse !


Sa pensée assouplie a transformé l’arbuste.
Ô commissure sacrée, o volcan de détresses
S’abandonnant dans le combat des pauvres rustres.

J’incline un dernier chant : le corps est revenu.


Ici dorment la grâce et la maîtrise d’autan.
La sublimation, extase retenue,
S’évade dans les airs et cause avec le vent.

Le grand fleuve fertile brassant ses eaux profondes


Refoule le nectar et le fruit de sa mer
Et côtoie la rivière cristalline et les ondes
Dans l’âme dévoilée de sa sueur amère.

139
La danseuse

Elle rythmait la cadence avec des poses


Languissantes et osées qui allaient à ravir
Avec son visage d’ange, avec son sourire
Divins comme l’amour et purs comme les roses.

Elle dansait presque nue sous ces puissants néons


Qui offraient à ses cheveux de blanches couleurs,
Étonnantes parfois quand on aime son cœur ;
Elle dansait à merveille, de toutes les façons !

Elle dansait toute seule, sans aucun cavalier.


Mon âme exaltée se fit bientôt enivrante
Par son image belle qui arrivait troublante
Dans les sphères du désir à jamais étoilées.

140
Athéna

Pauvre bataille ! Tu as gagné le sort :


Les guerriers sont entre tes mains, tu vas les tuer !
Là-bas les trompettes de la sinistre mort
Perpétuent les chants dans les plaines et les blés.

Là-bas, déjà ! Les premières cavalcades !


Les valeureux chevaliers t’acclament. Ils vont
Épuiser leurs fureurs avec leurs hallebardes
Et souiller les rouges ventres de leurs éperons.

Athéna, où sont-ils les temps mémoriaux ?


Aurais-tu dans ta chair la gloire du combat ?
Ils viennent dans ton corps hurlant et heureux
Te faire l’amour avant de courir au trépas.

Ô criminelle ! Que les Dieux te pardonnent !


Tu es belle, je voudrais m’achever dans tes yeux.
Je t’acclame, ô ma reine, ô ma lionne,
Je suis soldat mais n’en suis pas moins amoureux !

141
Les repentirs des faux moines

Souvent quand la nuit noire voile ses trombes d’eau


Les litanies désespérantes des moines heureux
Circulent dans les chaînes, au plus profond des os
Comme la mélancolie dans les chants glorieux.

Les vices, les déboires, la haine des vauriens


Tels les Dieux-démons des antiques cités
Débarquent du bateau et saignent le grappin
Dans le cœur, dans les seins, dans les ongles et les pieds.

Des candides blasés, euphoriques à souhait


Chantent des Te Deum dans les bras de la vierge,
Dénonçant le péché, ô voleur des regrets,
Chacun dans ses mains jointes, un incroyable cierge.

Et nus dessous la toge, tachetée de sperme


Ils vont hideux, méchants comme d’anciens paillards
L’haleine putride de vin et le teint blême
Posséder l’ingénue dans les relents du soir.

142
À cette raison

Pour mon cœur qui s’écœure


Pour la nuit infinie
Pour cette main, pour ces seins
Et pour ma voix qui n’en finit pas.

Pour des lumières qui ont brillé dans mon ciel


Des étoiles filantes et des astres étonnants
Pour mon soleil perdu dans d’autres cœurs
Et pour toi qui vieillis avec le temps

Pour l’amour qui a pénétré cette chambre


Cet amour fou que tu chantes encore
Pour cet enfant, pour nos corps fatigués
Remercie encore la vie de t’avoir aimée.

Remercie l’espérance qui unit nos deux chairs


Qui nous observe encore dans les feuilles du vent
Remercie l’amour de nous avoir donné l’enfant
Remercie-le encore : l’on s’aimera longtemps.

143
Scène nocturne

Là-bas la nuit noire et glacée.


Les soleils s’éteignent un à un.
Sa main joliment gantée
Anime mon cœur au plus haut point.

Sa jambe alerte et fine


Dévoile ses perles blanches.
Ô beauté ! Reine divine
Déjà je fais souffrance.

Douce chevelure bouclée,


Combien de feux et de lueurs
Dansent sur ton sein tamisé
Quand l’amour nous fait chaleur ?

Déjà le songe s’évade …


Nuit, Amphore sinistre qui luit
Mon esprit douteux divague
Dans les relents de tes déboires.

144
Chanson d’enfant

Une araignée très petite


A tissé l’autre jour sa toile.
Dans le feu qui crépite
Resplendissent les étoiles

Inflammables peut-être !
Mais j’ai crié Gard !
Elle n’avait rien dans la tête
Et continuera au hasard.

J’avoue avoir eu très peur


Elle est vivante, tant mieux
Elle est belle et sa couleur
M’a rendu tout joyeux.

145
Tableau breton

Des fileuses débitent du coton,


Long fil blanc de la toile d’araignée.
Dans la cour, des airs de vieilles chansons
S’évadent des mémoires délaissées.

Toujours elles travaillent et encore et en vain


Sous les pâles lustres dansants.
Les convulsions des bouches et des mains
Tracent sur leur visage des sillons vivants.

La blanche robe tachée de boue


Se froisse et se refroisse, qu’importe !
L’usure des années a laissé des trous,
Pourraient y pénétrer des hordes.

Les fileurs débitent du coton


Long fil blanc de la toile d’araignée.
Dans la cour, des airs de vieilles chansons
S’évadent des mémoires délaissées.

146
À une voyante

Parlez-moi de moi, lui dis-je,


De mes passions, de mes procès,
De mes bonheurs, de mes litiges,
Des diamants et des regrets.

Racontez-moi Dieu et le vent,


Les anges et les démons,
Le rire de mon premier enfant.
Faites courber votre raison.

Dites si brille mon soleil,


Ce feu étrange de mon don.
De quelle couleur est mon vaste ciel ?
D’or et de sable, ce blason ?

Parlez, brave Dame, parlez.


Brisez les chaînes de l’inconnu.
Parlez, je baiserai vos pieds
Pour lire ce que nul n’a jamais lu !

147
Corpus Hypercubicus

Le ciel était brumeux, mais resplendissait d’aise.


Le marron s’accouplait à de pâles couleurs.
Des jaunes étonnants plus profonds que la braise
Firent naître tout au fond du pastel
Les contours de sa blondeur.

Vêtue de broderies, elle éclatait dans l’ombre


Son immense terre lui donnait la grandeur
De la Vierge éplorée, - je ne sais quelle splendeur !

Les yeux fixés au ciel, elle voit l’infortuné,


Un Christ cloué sur les cubes de mon songe
Et la pureté extrême où son regard le plonge
Semblait divine encore aux yeux contemplateurs !

Entendre dans l’ombre de son ombre


Grandie par la puissance bénie
L’extase s’éprend de sombres couleurs
Pour un Christ radieux, mais jauni !

148
Le Sac et La Cendre

Tu te repais, enfant

Tu te repais, enfant, dans ce démon sacré


Par les désirs subtils qu’un Dieu un jour créa.
Et sur le noir bitume, ta démarche tracée
Offre des jouissances au moindre de leurs pas.

Dans la laideur de ta chambre où tu poses nue


Pour quatre cliquetis de métal argenté
Tu t’étends sur le lit que les hommes remuent
Avec convulsions étranges et tourmentées.

Tu espères un cri d’orgasmes à chaque seconde.


Je vois dans tes yeux frêles le feu de ton malheur
Et ce débauché qui une nuit te féconde
Jouit des vicissitudes de ton labeur.

Mais ta cruelle chance est de ne point aimer


La solitude qui arrache nos douleurs,
Et ta joie suprême est de pouvoir te coucher
Sans détacher les noirs pétales de ta fleur.

149
Couleurs

Ô bleu, quand ton haleine vient frôler ma bouche,


Je bois le souffle court de ton pourpre éclatant !
Cette blancheur démesurée s’en va et touche
Ses folies. Hier encore vrombissaient des mouches.

Dans un dédale sirupeux où Marianne


Toute fière de ses alcooliques délaissés
Renvoyaient les mairies, les curés, les soutanes
Au crachat violent de l’unique amitié !

Ô le violet de mes songes chimériques !


Va : la mort s’implante dans le caveau des pauvres
Et la grâce onduleuse et toute frénétique
Se nourrit de noires gâteries et de guimauve.

Ô l’arc-en-ciel fécond de mes tendres années !


Jadis j’aimais déjà la douceur de vos couches,
Mais le jardin du printemps s’en est emparé.
Couleurs, elles se sont envolées de ma bouche !

150
Oui, la gare immense

Oui, la gare immense dans son apothéose et


L’esprit dérangé ; là, un vulgaire créateur.
(Puissent ces paroles salubres apprécier
La bêtise chétive d’un faible prosateur...)

Je rêve de ce lieu où toute gloire se revêt


D’éloges enivrants dont on est obscurci...
Mais le talent d’un homme illustre si ce n’est
Fond dans ma bouche comme saveur qui s’enfuit.

La force cherchée d’un génie qui se présente


Invincible, immuable et immortel aussi
Offre à l’esprit critique les reflets de ses pertes
Que sa puissance innée dans le monde a soumis.

151
Mais pourquoi irions-nous

Mais pourquoi irions-nous dans l’antre de Juda,


Déflorer l’âme tendre des grandeurs de l’Olympe ?
Et par une force extrême brisant toute résistance
Allumer l’éblouissement de nos tendres soupirs ?

Qu’importent les méandres qui unissent deux êtres !


Car de sa voix suprême, l’amour vrai resplendit.
Et comme des lauriers sertissant nos deux têtes
Ils couronnent de joie nos blondes harmonies.

Ils vont, viennent et s’égarent pour des plaisirs primaires


Et rougissent de honte en coucheries immondes.
Ils clament les délices de nos ventres soumis.
N’est-il rien de plus doux, ô ma très chère, au monde ?

152
Fantaisie d’un soir

Dans cet adorable corsage,


Deux mamelles terrifiantes
Vous parlent de breuvage.

Elles exhibent des rouges bien dressés


À la langue hardie ou
À la lèvre assoiffée.

Elles portent leur désir


Sur vos yeux dévastateurs,
Elles parlent de douceurs et de plaisirs
Tout en vous montrant
Les puissantes rondeurs.

Je poserai ma main, mon cœur et mon cou


Sur votre sein, magnifique nourricière
S’écrie le subtil bébé
Dont le vice est de n’être qu’affamé.

153
Amertume et stances

Puisque l’amertume se confond en silence,


Puisque se volatilisent les dernières stances de l’esprit...

Comme un grand vent offrait son embellie


Nous décidâmes la basse réalité et moi
D’aller cueillir en ces rêves infinis
Les sublimes fraîcheurs d’une exaltante loi.

Les blondes beautés parsemées çà et là


Sur d’étonnantes voluptés nuptiales comme éperdues
Dans la mousse du doute en frissonnant ranimaient
Mon frêle espoir...

Je m’imagine allégé d’horribles souffrances.


Puisqu’un dieu malsain gravite en mon espace
J’invente la mort réelle - privilège de
L’être purifié qui peut pour l’élévation de son âme
S’engouffrer dans le couloir étroit de son regard !

154
Prière

Dans les profondeurs de la lumière


Il dort éternellement ;
Il supplie, supplie dans une prière
Mais personne ne l’entend.

Ô l’inertie bienveillante
Qui a vu briller la terreur !
Ô la douleur latente
Qui cause avec le cœur !

L’espérance à nu
Comme un corps étonné
Gît presque étendue,
Étendue à mes pieds.

155
Violence

Des écumes saignaient sous les violences d’un dieu,


Et de grands vents soufflaient une tornade immonde.
La houle était pesante dans ses frêles bateaux.
Cette mer effrayante était immensément profonde.

Des varechs luisaient sur des rivages bleus,


Des navires se tordaient dans une atroce ronde.
Souffrants, hagards comme des enfants torturés,
Ces esclaves enchaînés hurlaient sur les bords de l’océan.

Leur blessure crachait des orgasmes débités,


Et l’indomptable ennemi, puis puissante encore,
Prise de folie berçait mes bras
M’embrassait et se jetait à mes pieds.

156
Le Buis et Le Houx

Paysage champêtre

Le soir déjà tombait sur les blés flamboyants,


Le soleil se couchait au-delà des collines,
Les oiseaux voltigeaient vers les doux nids charmants
Poussant des cris plaintifs ou des chansons sublimes.

Et le ciel avançait sur son rouge écarlate


Pour annoncer la belle Vénus aux bergers.
Une épaisse fumée semblait sortir de l’âtre
Pour dire aux villageois : “ Est-ce l’heure du dîner ? ”

Moi, je restai allongé dans cette verdure


À contempler les étoiles du firmament.
J’écoutais s’endormir doucement la nature
Et j’aurais souhaité vivre au moins cent mille ans !

157
C’est un trou de verdure où coule une rivière

A. Rimbaud

Te souviens-tu encore, ô divine compagne


Le soleil était lourd sur la blonde campagne.
Le soir tombait déjà et mille feux brillaient
De lumière éblouie quand nos deux corps s’aimaient.

La chaleur forte encore d’un bel après-midi


Avait quelque peu émoussé nos appétits.
Alors nous caressions, première découverte
Nos chairs d’adolescents dans l’herbe folle et verte.

On tremblait effrayés comme on craint un malheur


(Qui du premier amour n’a pas connu la peur ?)
Maladroits, rougissants, mais que de doux moments
Allongés sur la mousse, caressés par le vent.

Oui, c’est là, lecteur, que je connus la folie,


La crainte de l’enfer unie au paradis ;
C’est là que je connus un de ces jours heureux
Bercé d’un souffle clair, ô combien merveilleux.

158
Rêve d’adolescence

Dégrafer son corsage et respirer ses seins,


Ho ! Le bonheur sublime de mes tendres pensées.
J’imagine mes mains doucement enlacer
Sa chevelure bouclée sur son beau corps lointain...

... Des rivages heureux, un soleil, des guitares,


Des Andalous chantant des airs démesurés,
Des sirènes nageant dans le songe du soir
Et mon cœur suppliant sa sublime beauté.

Puis un sable affiné de blondeurs taciturnes,


Nos deux corps alanguis sur la vague des mers
Des bouffées de chaleur dans un splendide hiver,
Des mensonges d’amour par les clartés de lunes...

159
II

Allons viens plus près, faisons l’amour doucement,


Oui, je caresserai ton corps avec tendresse.
Allons viens, faisons l’amour sans que l’on nous presse,
J’embrasserai tes lèvres jusqu’au soleil levant.

Baissons la lumière, je veux t’aimer dans la nuit.


J’allumerai ton corps avec mes lentes mains,
Je t’aimerai jusqu’à faire se dresser tes seins,
Je t’aimerai pour entendre gémir tes cris.

J’observerai ta chair quémandant le plaisir,


Et soupirer de joie, d’amour et de bonheur.
J’entendrai battre alors ta passion sur mon cœur
Comme possédée d’un incroyable désir.

160
III

Je voudrais dans ton sein creuser une falaise


Pour que tu te souviennes qu’un jour je t’ai aimée.
Je voudrais être la mer forte et agitée
Et brûler dans ton corps jusqu’aux dernières braises.

J’aimerais te tenir tendrement dans mes bras


Puis te serrer de force, ô vague déferlée
Par la marée montante et déjà déchaînée
Maîtresse des marins, des bateaux et des mâts.

J’aimerais entendre battre ton cœur sur mon cœur,


J’écouterais ce triste chant mélodieux
Animer d’un zéphyr ô combien chaleureux
Par une noire nuit, amie de la pudeur.

161
Les larmes du plaisir

Le corsage éclaté, le teint pâle : sultane.


Des torrents de larmes déferlent sur son front.
Elle exhibe, insouciante ses trésors et ses charmes
Sous la chaude moiteur de ces puissants néons.

Oui, pleure ! Pleure encore, o sublime femelle !


Je veux succomber à cette passivité.
Le bruit froissé de tes ongles sur la dentelle
Déjà murmure les râles de la volupté.

Courtisane, le cliquetis de tes colliers,


De tes purs saphirs et de tes diamants bercent
Mon âme ensommeillée comme sur un voilier :
J’approche respirer la blondeur de tes mèches...

Mystère de mille nuits, adorable rosée !


Ta campagne regorge de parfums odorants !
Je me prosterne devant toi, ma destinée
Dans l’orgasme des soupirs toujours enivrants !

162
Les courtisans et la belle

Quelquefois dans l’ombre étrange du carnaval


Se mêlent des troubadours aux sourires étonnés
Doucement ils approchent. Ils semblent apeurés
Par les couleurs de la fête et du festival.

Mais ils entrent dans cette danse tout de même


(Le terrible besoin de danser est leur maître !)
Ils apprennent les pas, ils apprennent le reste
Et pensent fortement : “ Que la reine s’en vienne ! ”

Car elle est belle, mais elle choisit son cavalier.


Tel est son privilège, - elle choisit qui lui plaît !
Elle le prend dans ses bras et dit : “ Je vous aimais
Depuis la nuit des temps, merveilleux cavalier. ”

163
Le dormeur

Un esprit confondu dans des miasmes morbides,


Un air putréfié de cadavres cyniques,
Une foi avortée quand des anges putrides
Déferlent en rythmes lents et en chants symboliques ;

Et des démons qui violent des enfants horrifiés,


De sinistres pastiches faits de noire couleur ;
Des seins déchiquetés aux anciennes beautés
Et des rires convulsifs qui aiment la pudeur ;

Des serpents acérés au sperme impétueux


Et des lames tranchantes sous une blanche gorge,
Tels sont les cauchemars qui harcèlent mon cœur
Quand le ciel se fait bas et quand la nuit se forge.

164
Je suis

Je suis le fou, l’alcoolique et le mal-aimé,


Mes pensées sont stupides et mes écrits sont pauvres.
Je me figure Ange dans des nuages oubliés.
Je sais, c’est idiot !, seule la croyance sauve ! ...

... Alors je m’emporte vers des pays sevrés,


Des pays dépourvus de l’esprit des humains ;
Des femmes sans égal exposent leurs baisers
À mon cœur enivré jusqu’au petit matin...

Et mon esprit s’envole comme un oiseau des mers.


Il va majestueux avec admiration,
Contempler les humains qui travaillent la terre
Et parfois se repose sur le toit des maisons.

165
Les spectres

Regardez-les, ils sont là et ils vous observent !


Dans beaucoup de maisons, ils jettent la pagaille,
De leur mort, ils renaissent du fond des entrailles
Telle la fertile graine que dans la terre on sème !

Ils sont là indolents aux blanchâtres habits


Dégustant le fruit sacré du bon vieux sommeil.
Quand approche la nuit, lentement ils s’éveillent,
Ils pétillent de joie, dansant autour des lits.

Touchant les bibelots ou déplaçant les meubles


Ils se cognent aux murs, leurs chaînes sont rouillées
Serpentant sous les poutres, les voilà amusés,
Mais ils ne sont pas fous et encore moins aveugles.

Parfois ils se transforment en insecte, en oiseau


Chant mélodieux, bourdonnement infernal.
Je suis sûr d’une chose : ils ne font jamais mal
Et leur âme légère n’est jamais en repos.

166
Dialogue avec l’au-delà

Il faut la tuer, l’ensevelir et l’oublier !


Cette femme est dangereuse, elle hante mes nuits.
Et son spectre en démence avance déchaîné,
Me foudroie, gesticule, poussant d’horribles cris.

Et comme un condamné supplie qu’on le délivre


Quand l’innocence n’a pas été reconnue,
Elle déplace les meubles, implore à moitié ivre
Pour me dire : “ Je le jure, je ne l’ai pas pendu.

Pourquoi l’avoir tué ? Mon fils était ma chair


Je l’aimais, lui m’aimait, et seule, la douce mort
A soulagé sa peine. N’est-ce pas assez clair ?
Allez le dire à tous pour qu’ils aient des remords. ”

167
Les fées

Les diamants, les émeraudes et les saphirs


Habillent votre grâce de clartés éternelles,
Et comme ces habits vous parent à ravir
Vous produisez dans cet azur des arcs-en-ciel !

Non ! Les nymphes d’hier n’égalent votre beauté,


La pureté des lèvres est un sublime charme,
Le pendentif qui s’étale de tous côtés
Déploie sur votre front la plus belle des larmes :

Fées à faire mourir ou à damner tous les dieux !


Hélas ! Vous regardez, c’est déjà vous aimer !
Encore, pour mon malheur, je relis dans vos yeux
La lueur d’un amour que j’avais tant pleuré !

Ha ! Quelle ingratitude pour le cœur et l’esprit !


Poètes, rêvons aux reines et aux déesses !
Leurs formes et leurs délires éblouissent nos nuits
Et enivrent nos corps de troublantes caresses !

168
Cette angoisse intrépide

Il me faut vous dire pour que mon cœur se soulage


Cette angoisse intrépide qui perturbe mes nuits,
Ses cris, ses agonies et ses sombres nuages
Qui font de l’existence une pénible vie.

La noire douleur s’agrippe au plus profond des draps


Et frappe l’insensé de blessures immortelles.
Sublime, elle utilise comme subtils appâts
La Beauté aux couleurs glacées et sensuelles.

Ses formes et ses contours tranchent le diamant :


L’impuissance du sage réside dans les mots,
Car elle use du rêve et nourrit ses relents
En des spasmes fétides sur des nuées de flots.

Un beau jour, la tempête emportant le destin


Détruira cette graine comme un vulgaire débris ;
De la haine envolée dans le petit matin,
Resurgira le souffle haletant de la vie.

169
Tableau citadin

La rue semble enfumée et l’atmosphère est lourde,


La pluie résonne sur le toit de la cité
Et la foule ahurie, comblée, à moitié sourde
Déploie des gestes lents, étonnants, compliqués.

Tout s’illumine enfin, le transport du néant


Déplace l’alcoolique, foudroie l’invertébré.
Dans le regard des hommes, et l’avenir des gens
Une fumée au loin paraît s’être apaisée.

Les boutiques aguichées en claires banderoles


Déforment l’œil passif du passant amusé.
Et il va, regimbant dans un feu de symboles
Animé d’un gauchiste ou d’un rapatrié.

Là-bas l’air pur et calme des immenses prairies


Dénote un charme fou au regard du lecteur.
Il s’évade et s’enfuit pour un bel infini
Emportant enivré les soupirs de ton cœur.

170
Complainte

Lourd est le soir éclaboussant ses mille triques


La pensée hivernale rassemble ses musées
Elle poursuit les pieds de son cœur fatigué
Ô l’apprenti maçon de cette Grèce antique.

Au bateau délavé des sabords importants


Lourd est le soir éclaboussant ses mille triques
Qui s’en va habiter faible ou tonitruant
Les golfes incertains, remplis ou illicites.

Perfide, bats encore car maudire mon Demain


- Lourd est le soir éclaboussant ses mille triques -
Où faisandent les grands poèmes de mes mains,
Je ne saurai jamais, ô savoureux cantique !

Et j’extrais d’une flamme envolée dans l’éclat


La folie des visions étranges et sans renom.
Lourd est le soir éclaboussant ses mille triques
Éclairant mon canon au son de sa musique !

171
Les femmes

Oui, j’avais en des temps de jeunesse absolue


Apeurer la pucelle avec des nouveaux mots
Et j’avais alerté un peu trop, un peu plus
La main divine de ma compagne en sanglots.

Les temps changent, et la honte a fait place à l’amour :


Le glaive de chacun n’a plus rien d’un malheur !
Si la femme jubile avec de longs discours,
Par le jeu du plaisir s’envole toute peur.

Dans l’extase sublime des monarques et des reines,


L’amoureux nonchalant se dispute son corps
Et malgré le dégoût ou la joie du blasphème,
Bienheureux il repose dans les draps qui l’honorent.

Mais je connais encore d’autres douceurs exquises :


Les femmes aux doux bijoux sublimes et mourantes,
Qui savent se faire chattes, délivrées et conquises
Quand la lampe blanchâtre se fait toute tremblante.

172
Psychanalyse

Pour fixer l’inconnu, ses morsures sacrées,


Pour glorifier le monde irréel et ses spasmes,
Il faudrait une Mort dans l’absence ondulée,
Il faudrait le désir et ses puissants fantasmes.

Dans le prélude freudien des sublimes choses,


La pureté des chairs ensoleille l’espace,
Le collant presque noir dévoile une peau rose
Dans la folie précoce et le désir fugace.

On voudrait dominer l’arriviste sanglant,


Dans la vieille Angleterre des saisons dépassées
Tandis que le désir se fait chaud et brûlant
La nuit, blonde d’Amour dresse le révolté.

173
Vérité

La colère achèvera ce ténébreux passage,


La gloire fortifiera la souffrance du monde,
Et dans la noire froideur des ondes du message
Le soleil tournera dans sa cyclade ronde.

Là, dans l’achèvement des trônes et des monarques


S’écoutent des mâtines au doux chuchotement.
Ils usent de l’insigne et certifient leur marque
Pour se soustraire au chant du triste apitoiement.

Quand la multitude d’étoiles bat de l’aile


Dans le vieux continent du plaisir délaissé,
Le traumatisme humain se fait doux et puis frêle
Et promet la saveur d’un merveilleux péché.

174
Le baiser

Sa bouche avide se jeta sur son cou,


Lécha tendrement sa divine compagne
Puis un baiser excitant, rempli de hargne
Fit monter le plaisir au fond de ses joues.

D’une main experte, il atteignit le sein,


Enfonça ses ongles fermes dans sa hanche.
Elle rythmait la caresse en cadence,
Écartant ses jambes sous ce soleil divin.

Sa source limpide coulait de joie, d’amour ;


Sa tête plongea dans sa fourrure de reine ;
Il but, l’assoiffé de cette eau que l’on aime
Parfumées de mille senteurs au fil des jours.

175
Nuits troublantes

Je vis dans un monde irréel


Peuplé de spectres inquiétants ;
Leurs corps encore chancellent
Au moindre de mes mouvements.

J’abdique et je m’insurge
Mais toujours dévorant ma nuit,
Ils se glissent dans mon refuge
Et sapent mon sommeil sans bruit.

J’ai peur : leur voile immense


M’enveloppe de toiles d’araignées.
Ils s’amusent avec des danses
Et ma tête se met à saigner.

J’appelle, je tremble, je crie.


Qui donc oserait venir ?
Le soir est sinistre, et l’on fuit
Ayant peur de mourir !

176
Dégoûts

L’œil approche, grand, démesuré : les places


Sont toujours offertes au serpent.
Les regards inquiets déroutants glacent
Le moucheron. Le pauvre insecte se fait rampant.

Plus loin, encore, là-bas, on aperçoit l’enfer


Son gouffre puant, encombré de chairs humaines
Ses relents de soufre, putride haleine,
Qui crispent mon ventre de ses spasmes amers.

Mais là-haut sur la colline, la délivrance,


Le soleil se couche, les dernières chaleurs de l’été
Réchauffent mon âme avec de douces romances :
Pour elles seules, je garde mon amitié.

177
Confirmation

Quand la mort sale et noire, par des forces


Suprêmes, fut décrétée en ces temps étranges,
L’auteur se noua de vermines atroces
Comme pour oublier la boue et la fange.

Le vin et la poésie coulèrent dans son cœur,


Et les fruits et le vent n’eurent aucun pareil.
Les vastes écrits propagèrent son malheur
Dans le bois dur, sous quelque couche vermeille.

Alors le Néant, l’Absolu, l’Infini,


Décrièrent des cercles comme à la surface de l’eau
Et son regard plus perçant que certaines pluies
Chargea la tremblante main en merveilleux mots.

Ô poètes, sang éclatant de la haute noblesse


Les tares des uns fertilisent le génie des autres.
Ô volupté des agonies ! Ô caresses !
Dans la mixture des Dieux, déjà on se vautre ! ...

178
J’invente

J’invente le remède pour soulager la peine,


Un remède sans joie, un remède sans cœur
Un remède idiot, quelque fois désenchanteur

Il parle d’amitié et d’espoir


De folles escapades, d’esprit libéré
Il parle de l’amour, de l’amour enivré

Est-ce toi mon cœur de toujours ?


Est-ce vous, rôdeurs éternels
Qui hantez les ténèbres de ma tour ?

Entends-tu le vent,
Le vent noble et fidèle ?
Entends-tu le vent ?

179
Rappels

Des vagues permanentes éclatent


Sous le ciel noir et tapageur
L’onde éparse dans la douceur
Essuie le soir, Agathe !

L’accalmie enfin reprend ses aises


Mais le soleil n’est plus qu’un astre mourant
Où parfois la mouette à l’aise
Vole grandiose, démesurément.

Rares, les rochers centenaires des Dieux


Se lavent et se relavent dans l’eau écarlate.
La résonance des troupes bleues
Affaiblit le vieillard porteur de frégates.

Quand tout n’est plus qu’un spectacle inhumain,


Quand le sort de l’esprit s’évade en fumée,
La faible carence de mes pauvres divins,
S’éclipse dans les ténèbres d’un vulgaire été.

180
Passion

“ Des sexes assoiffés de langueurs divines


Des râles insipides, là où tout n’est plus rien
Des passions endiablées d’esclaves de fortunes
Des déesses enflammées et des esprits perdus ”,

... Et cette main blanche recouvre le ventre


Ulcéré, venimeux, étonnamment jeune.
La pucelle jouit, exulte en cascades
Se prétend, se veut un peu moins seule ...

Laure, amie de la folie, Laure,


Évade-toi dans l’orgasme des douceurs.
Tout explose dans le jeu des méandres
Amante de toi-même, amante d’agonie !

181
Quelle pluie

Quelle est cette pluie qui doucement s’écoule


Sur le toit dévasté, hors de toute grandeur ?
Le temps va et gesticule dans les relents de la vie,
Le temps éloigne mon cœur des nobles agonies.

Dormeuse de mes songes, quand la mort


Remplira cette cage de morceaux abjects,
Quand le sort, horrible sans pardon
Balayera nos charmes d’Antan,

Alors, peut-être sous quelque contrée idéale,


La féconde imagination ranimera nos corps,
Et la braise ardente
Brûlera notre prochaine vigueur.

Ô dormeuse, taisons l’affreux supplice,


Ses cris démentiels et ses vastes calomnies,
Taisons, amour sublime, belle complice
L’angoisse terrible qui s’éprend de notre vie !

182
Dédicace

À la graine noire et froide


Aux fureurs des tombeaux
Au casque de la mort
Aux femmes, aux sanglots

Aux cordes lisses et tordues


Aux rencards de la nuit
A la mire en couleurs
Aux songes ébahis

À toi Cybèle, chante


Chante mon caveau
À toi, beauté plaignante
À toi, qui m’aimes déjà trop.

183
Rappel - Obstination - Demande

Quand il fait froid,


Et que tout n’est plus qu’un tas de débris
Une vague moussante appelle encore
D’incroyables tourments.

Le ventre se morfond dans de puissants péchés


Et inonde ma tristesse de désirs insensés,
Il irrigue mon sang avec des astres clairs.

Et ma peau et ma poitrine, mon cœur


Pareils à trois amis constellés d’amour
Prient dans la mort la nécessité de mon âme,

Prient la jouissance de mon ciel,


Prient toute la nuit et prient encore !

184
Autrefois

Elle courut vers moi


Comme un cygne sans fin
Dans le beau clair matin
La jupe dans ses lois

Elle disait : délicatesse


Au calme froid de l’hiver
Elle unissait la tendresse
Au sein lourd de sa mère

Puis l’oiseau doré


D’un soleil aux cent grâces
Dans les prés enchantés
Reconnut sa face

Elle partit un matin


Filant la noble tâche
Aux solstices des pins
D’un cœur qu’on amourache.

185
Interrogation

L’ignorance brûle le cœur


Comme un péché ardent.
Comprendre son divin,
Est-ce leurre en ce bas monde ?

Non, l’espoir peut-être !


Est-ce quintessence d’un savant présage ?
Allah, Dieu, Force, réponds-moi.

Où serait le bonheur sans effort ?


Sans grâce sublime,
Sans quelques maux ?
Éternité, entends-tu ? E TER NI TE !

Supposer une pseudo-sagesse


Est audace d’insensé !

Mais fuir cette pseudo-sagesse


Est sagesse, n’est-ce pas ?

186
Les taquineries paresseuses

De taquineries paresseuses en monde immortel,


L’esprit se joue d’incroyables pensées
Et le sourire enfantin des tendres années
Pleure la valse des mots et le dur labeur
Des espaces ténébreux ; le cœur est ahuri,
Et décroît dans les vagues passées.
Le silence pèse comme un panier de couleuvres,
La mort vicieuse vous arrache un dernier cri.
L’aurore semble stupide, la lune violette
Hume un rayon terrien, mais le désespoir brûle
Votre sang, vos mains cachent vos yeux qui pleurent.

De taquineries paresseuses en monde immortel,


L’esprit se joue d’incroyables pensées.

187
Paysage dérivé

Quand dardent les rayons sur le sol montagneux,


Et que de tous côtés des nuées fastidieuses
Arrachent au lys du temps une sève tremblante,
Je me plais à rêver d’astres lustrés
Aux farandoles inertes qui frôlent des frissons
À tous les saints hors de leur enveloppe charnelle.

Et j’échappe malgré moi, dans un sourire narquois


Aux ultimes facéties d’un peuple en délire
Où le jasmin unit ses maigres fadeurs
Où le dernier torrent rattrape son troupeau.

Puis des cris de dépravé me ramènent à la fraîcheur


- Je reste calmement
Dans la lourde atmosphère ténébreuse.
Le rêve s’efface petit à petit
Le cauchemar réapparaît avec la nuit.

188
14

Quatorze ! Les feux éclatent sous les destinées


Et des troupes d’insouciants exposent leurs baisers
Aux tuileries immondes d’esprits neufs.
Des défilés grotesques vampent les mérites de
Quelques sots ! Qu’importe : les cordes de la vie
Ignorent la bêtise des années prétentieuses.
Le long des mugissements, des cohortes de troubles
Exploitent les licences des rencards. Je jouis
De cette faveur à ausculter le vrai, et j’oublie
Le frappement hideux de cette race perdue.
Leur diamant : un faux. Je tue. L’absolue gravité
Dans ma licencieuse existence, je crève ses
Boutons honteux où le sang des femmes cherche
La caresse. Je crache sur la dentelle de ces songes.
Je crache. Quatorze.

189
Le Lin et La Laine

Les repentirs du fantasme

Ton sommeil est un port qui rêve d'inconstances


De vagues démentielles et d'hommes révoltés
Qui rêve d'esclavage et de noires délivrances
Qui rêve de fureurs et d'amours exaltées.

Quand nue, sur ton grand lit, tu caresses tes hanches


Devant tes yeux défilent des puissances dressées
Et des corps chauds, brûlants d'un feu insoupçonné
Propagent leurs sueurs et les substances blanches.

Tu soupires doucement pour supplier le ciel


En extases divines et en plaisirs nouveaux.
Des vagues flamboyantes s'évadent démentielles,
Tu les implores encore gémissant tes sanglots.

Comme un tigre d'ébène, ton cœur en feu s'enflamme


Éloignant la pudeur de cette chambre vide,
Des torrents de remords viennent gonfler tes larmes
Et courent se jeter dans les bras du suicide...

190
Quand caressée

Quand caressée par les vagues de la vaste mer


Ton buste se pavane dans les douceurs de l'onde,
Dans mon esprit défilent des images amères
Dont les vastes clartés éternelles et profondes

Entraînent ma pensée vers des plaisirs charnels :


Je revois ta beauté, ton sublime regard
Qui espère avec un œil discret et espiègle
Son amant désiré et toujours en retard.

Je revois ton regard briller d'une indicible


Lueur ; la mâle volupté respire encore
Le souffle et les désirs et les puissants efforts
Quand je mourrais en toi, ô maîtresse gracile...

191
Oui, qu'il serait doux

Oui, qu'il serait doux de voguer mon tendre amour


Sur l'immensité comme deux êtres perdus.
De partir quelque part, qu'importe ! pour toujours
Dans les bras divins de la sauvage étendue.

De partir quelques heures, quelque temps, je ne sais !


Pour échouer sur les vagues de l'Océan.
Nos deux corps emportés par le Vent de la paix
Laisseraient nos deux cœurs s'aimer tranquillement.

Alors ton sein ambré posé sur mon épaule


Chanterait le bonheur de deux âmes lointaines,
Chanterait le bonheur de deux êtres qui s'aiment
Les yeux cherchant toujours l'aventure vers les pôles !

192
Pourquoi ces fleurs insolites

Pourquoi ces fleurs insolites, mon tendre amour ?


Est-ce ta raison d'aimer qui parle en ce monde ?
Ou la joie d'exister souveraine et profonde
Qui te dit d'embrasser, et d'embrasser toujours ?

Ho ! Qu'importe ! C'est la passion, voilà tout !


Ce feu étrange qui brille par-delà les lumières,
Qui gouverne le cœur des humains,
Cette force indomptable t'ordonne d'exister, d'exister !

Ha ! Qu'importe les jours tristes, les jours de pluie !


Qu'importe les peines ! Qu'importe les naufrages !
Nous nous aimons, voilà tout.

Nous nous aimons par-delà les terres, par-delà les océans,


Nous nous aimons de pure folie, nous nous aimons grandement !

À bas les commérages, les faux secrets et les serments !


À bas la mascarade et la méchanceté humaine !
Aimons-nous, mon amour, aimons-nous tendrement.

193
Aube campagnarde

Le matin se levait sur les dernières étoiles,


L'aube avait revêtu son manteau éclatant.
Derrière la multitude de ses immenses voiles,
Un soleil jaune apparaissait de temps en temps.

Le berger se couchait là-bas sur la colline,


Et les premiers fantômes de la brume légère
Taquinaient le verger et les tendres ramilles.
Loin, la rouge cité se vautrait incendiaire.

Nous deux, amants dans la rosée encore heureuse


Dégustions calmement le bonheur d'un lever,
Et comme ta main était douce et amoureuse
Je l'ai tenue avec tendresse pour l'embrasser.

Ha ! Le temps où l'amour enflammait nos regards !


Ha ! Les yeux enivrés qui se parlaient au cœur !
Que ce fut le matin ou le très jeune soir,
Nous étions enlacés pour un autre bonheur !

12 avril 1978/ 15 novembre 1998

194
La chanson des amoureux

Oui, je te construirai une jolie chaumière


Avec du bois d'Orient et des métaux précieux,
Et tout près passera une douce rivière
Grouillante de truites ou de chants mélodieux ;

Nous aurons des aurores et des fleurs et des roses,


Le muguet poussera sous tes pieds frais en mai ;
Nous aurons des aurores, de pures métamorphoses,
Qui s'épanouiront dans nos cœurs à jamais.

Et nous aurons la lune, les étoiles pour dormir,


De claires pluies d'orages viendront nous réveiller,
Un feu de bois ranimera notre désir
Quand nos corps alanguis se seront fatigués.

Un soleil éclatant frappera aux fenêtres


Pour nous annoncer la bienvenue du printemps.
Il dira à l'oreille : le pur enfant va naître.
Vous devez vous aimer jusqu'à la fin des temps.

4 janvier 1978/ 15 janvier 2000

195
Finalement la main

Finalement la main s'est posée sur mon cœur,


Ho ! Geste dédaigneux qu'ont les amants lassés !
Subtile et fine, majestueuse dans la grandeur
Elle atteignait l'ultime rempart de mes flans...

J'aimais encore la délicatesse de sa peau


Et ses longs doigts fébriles, caresses nonchalantes ;
Quand son haleine douce parlait à demi-mot,
On aurait dit un ange aérien et tremblant ;

De la douceur, de la douceur, sublime amour !


Ta lèvre se nourrit de baisers ? Patience...
La nuit ira mourir dans les senteurs du jour
Pour l'immense bonheur de notre impertinence.

196
Délicieuse enfant

Délicieuse enfant, ingénue à souhait


La chevelure tombant sur ses douces épaules
J'observe ses mains qui maladroitement frôlent
Mon visage charmé mais rempli de regrets.

Ses petits seins sont faits de candeurs juvéniles


Et son sourire clair brille d'un bel éclat.

Je regarde ses griffes qui s'avancent vers moi


Comme la mort approche d'un condamné fébrile.

Et d'un coup, avec rage, elle se jette sur moi


Elle me mord, me brûle de ses baisers ardents.
Elle dévore l'animal plaintif, encore tremblant
Comme un félin dévore avec avidité
Sa proie.

10 janvier 1978//31 décembre 1998

197
Encore l'amour

On est bien. Les deux corps enlacés du printemps


Ne bougent plus comme pour retenir l'amour
Si ce n'est la douceur de quelque nouveau vent
Qui berce tes cheveux pour te jouer un tour.

Les sauvages se sont repus de délivrance,


Et le lit, champ de bataille tant désœuvré
A conservé le souffle lent de la cadence
De nos folles cavalcades au rythme endiablé.

Le jour se lève. Au loin, un nuage menteur


Annonce un clair matin tout palpitant de grâce,
Et le brillant rayon qui blanchit la couleur
Contemple le spectacle dans notre triste glace.

Puis des mains mécaniques vont caresser encore


Des rondeurs fatiguées et des formes oblongues.
L'habitude s'épuise, elle s'unit à l'effort
Pour retenir la nuit ou la rendre plus longue.

198
La statue du jardin

... La paresse des yeux, l'offrande d'un doigt pur


Sur une onde sacrée où végète un copeau ;
...Pareille à la beauté qui en mille ans procure
La douceur de l'encens, des parfums, des sanglots.

... Pareille à son amour en sublimes festins


Qui va et s'abandonne sur les drapés du lit,
Elle déguste alanguie les joies de mon jardin
Et désire embrasser la tiédeur de mes nuits.

Ô grande dame, romaine ou grecque que cela fut


Jamais un feu si chaste dans mon cœur ne brûla.
Ô grande dame, même parmi les disparues
Sa nonchalance exquise jamais ne s'exalta !

Prions, prions encore, remercions le Seigneur


Pour ces nobles statues qui gouvernent les hommes ;
Jamais magnificence n'exaltera un cœur
Même pour le plus délicieux des sommes.

23 avril 1978/31 décembre 1998

199
Légère comme un oiseau
Elle poursuit mon sort.
Au clapotis de l'eau,
Je l'entendrais encore...

Par les cieux brûlants


Par les cieux glacés
Elle liquéfie mon sang
Au rythme cadencé.

Brise cruelle, ho ! la rigueur


Quand doucement elle se presse
La tête claire
Collée contre mon cœur

Et moi, le radeau aux mille péchés


Moi le lent poète, toujours fatigué
J'exprime ma langueur
Et vais me perdre dans sa terreur !

19 mai 1978/ 28 juin 2000

200
Dans la chair du Subtil

Dans les vagues torpeurs de la tragique nuit


Circulent des idées constellées de grandeur
Qui vont sur le cristal éclatées en chaleur
Avec des chants sublimes, des rouges ou des envies.

A peine les fantasmes ont-ils ouvert les yeux


Que les discours boiteux répudiant les femmes
Imprègnent son doux front de perles et de larmes
Et transforment l'horreur en chant mélodieux.

La dérive et le corps, tout s'anime dans l'Un :


Les mots lancés et durs embrassent le péril,
Le cœur veut s'animer pour l'amour de son sein
Puis il va divaguer dans la chair du Subtil.

Février 1978/ 6 décembre 1998

201
Elle avait la douceur

Elle avait la douceur des femmes d'autrefois,


Des belles Lavalois aux parures sonores ;
Elle était la grâce et le maintien qui honorent
La noblesse de robe ou encore le bourgeois.

Ses blanches mains habillées par le diamant


Conservaient toutefois la pure délicatesse ;
Ses gestes nonchalants soulevés par le vent
S'imprégnaient de soleil et de tendres caresses.

Et lorsque sa démarche se déplaçait alerte


L'on pouvait admirer sous cette robe blanche
Ses jambes sans pareil, sublimes découvertes,
Filant comme un soupir sur le dédain des hanches.

10 janvier 1978/15 janvier 2000

202
J'ai en des temps anciens

J'ai en des temps anciens aimé la blonde élite


Venue de la froideur pour défaire l'Orientale.
Sa démarche sacrée rappelait Aphrodite,
Elle enflammait ma chair de longs cris et de râles.

Quand l'esclave allongée sur le lit du sommeil


Libérait sa beauté dans l'âme du Néant,
L'extase s'envolait pour un doux fruit vermeil
Embaumée de senteurs dans l'ivresse du vent.

Ho ! La chair explorée et le repos épris !


La douce volupté se déploie en fumée
Et la sage lueur qui veille en mon esprit
Exalte le Seigneur au nom de la beauté.

24 février 1978/ 8 décembre 1998

203
Les vieux amants

Après la noire tourmente et les feux de l'orage,


La nuit tiède viendra adoucir nos deux cœurs.
Après le souffle ténébreux du ciel, les fleurs
Viendront s'épanouir dans l'espoir qui soulage.

Après les déluges, les tempêtes, les marées,


La mer calme et profonde bercera nos deux âmes.
Sans un récif, sans un rocher, sans une larme
Nos corps vieillis s'aimeront dans des draps brodés.

Et nos bouches trembleront de joie et d'espoirs


Et nos mains animées par la grandeur divine
Caresseront un corps qui constamment fascine
Les yeux, sublimes lueurs, des amants d'un soir.

7 janvier 1978/ 8 décembre 1998

204
Est-elle brune, blonde ou rousse ? - Je l'ignore.
Son nom, je me souviens qu'il est doux et sonore
Comme ceux des aimés que la vie exila.

Mon rêve familier Paul Verlaine

Je fais souvent ce rêve cotonneux, capricieux


À la fois où gravitent des beautés éternelles,
Blondes ou brunes, qu'importe ! Elles forment une ronde
Et promènent la grâce de leurs corps merveilleux.

Elles promènent la gloire de leurs maris défunts


Comme aux temps oubliés de Morphée ou d'Ulysse.
Leurs sublimes regards pénétrants et factices
Embaument de bonheur mon cœur au plus haut point.

Un vieux château abrite ces destinées lointaines


Entouré de forêts et d'oiseaux ; mille fleurs
Taquinent l'herbe verte en foison de couleurs
Et redonnent l'espoir au solitaire en peine.

28 septembre 1977/15 décembre 1998

205
Le square À Rimbaud

Les galonnés débonnaires dans le square


S'amusent à patte mouche et à des jeux idiots.
La lourdeur de leur rire les rend presque hagards
Et la flamme appauvrie brille dans leurs cerveaux.

Plus loin, d'autres querelles et d'autres propos :


Ca batifole des dents, des mains et des gestes
Et quand la bêtise s'unit à leur ergot
On dirait la ringardise de certaines vieilles fresques.

Les gosses sont armés de bâtons cloutés


Et jouent au mort avec d'affreux cris perçants,
Et là-bas des veuves exposent leur chasteté :
C'est un affreux chantage pour les vieux conquérants.

Ho ! Seigneur, hors de moi ce paysage honteux.


Je recherche la rose, le cristal de l'orient.
Je rejette ce monde atroce et paresseux
Qui se doit de mourir avant bien peu de temps.

22 avril 1978/ 21 janvier 1999

206
L'ange gardien

L'oiseau pose sa tête sur mon cou éclatant.


Il va, s'étale un peu, revient, s'étire et dort.
Comme un ange du ciel qui brûle le chiendent,
Il patrouille mon âme et redresse mes tords.

Plus loin, dans les confins de mes sphères oubliées


On entend des conseils : c'est bien lui qui me parle
Et les sinistres nuits s'étalent bariolées
Et rempliront demain de chefs-d’œuvre mes malles !

Ô le phare de mes songes, des impossibles rêves !


L'emblème fatidique qui repose sur moi !
La folie des relents et des immenses trêves !
J'observe son étoile qui préside ma Loi.

Sa barrière éternelle commande mon armée,


Son sourire de soleil règne sur mon cœur.
Je conçois son amour, ses espoirs divulgués
Qui répandent leur joie pour un parfait bonheur.

2 mai 1978/ 11 novembre 1999

207
Quand une pâle lueur à l'Orient se lève
Quand la porte du jour vogue et pareille au rêve
Commencera à s'entrouvrir et blanchie l'horizon

Victor Hugo

La comptine de la Nuit

La nuit est malheureuse quand le Jour ennemi


Pointe ses rayons dans la nature endormie
Vers le petit matin, elle s'en va pleurer
Et le soleil essuie ses larmes de rosée.

Car l'ombre est son royaume et seule la triste lune


Allonge ses nuages avec de blanches plumes.
Parfois toutes les deux racontent des histoires
Au poète inspiré en mal de désespoir.

Comment ne pas l'aimer cette sublime ?


Elle soulage les maux dans le souffle du vent.
Ô l'unique compagne qui toujours me comprend !
Ô nuit ! Ma douce amie pour le reste des temps !

208
Déception

L'ombre de ses lèvres miroite dans la Nuit ;


Un parapluie dans le coin regarde mélancolique
L'extrême profusion de deux corps amollis ;
La carence étonnante de sa sueur
Fit paître en moi un sexe assoiffé.

Je voulais tordre de nouveaux nuages.


L'espoir du poète n'est-il pas d'être aimé ?
Ho ! La vierge apeurée et compatissante,
Elle garda la honte tranquille à ses pieds.

Point de râles, point d'agonies, point d'estampes.


Un sein mal formé et la lumière s'éteint...
On eût cru quelque statue, quelque plastique
Aux yeux avides mais au cœur incertain.

Ho ! La déception plus forte que le rêve !


L'impuissante délicatesse libère le désespoir.
J'ai cru en la fougue de ses lèvres,
Je n'ai vu que deux cercles scintiller dans le noir.
9 mai 1978

209
Impression triste

Encore un triste jour où flottent des pendus ;


Je vois des cirrhosés à la peau tendre et moite
S'extasier encore à l'ombre des frégates
Et prendre les chemins des sombres étendues.

Dans les noirs précipices, jamais fort cataclysme


Par excès de l'orage, sous des vents mugissants
N'eut osé enflammer la folie d'un lyrisme
Détruisant des églises, arrachant des enfants.

Pourquoi escalader la colline détruite


Quand le mal né encense la douleur en ses bras ?
Et pourquoi ces extases détestables et gratuites
Quand la douleur résonne au plus profond du Moi ?

Et je divague encore moi l'impuissant verbeux


Dans la forêt sinistre abondante de pluies
Vers l'horrible méandre, débonnaire rose et bleu
Où s'écoulent les chants de ma lâche agonie.

210
Sous la treille enivrée

C'est le mois de septembre et sa saison finie,


Son soleil nonchalant, paresseux à midi.
La vigne forte encore de ses grappes tombantes,
Embaume son été de senteurs enivrantes.

C'est là que se reposent sous la treille parfumée


Les pensées vagabondes et ô combien lointaines
D'un esprit insouciant qui s'en va où l'entraînent
Les images plaintives, sublimes ou rêvées ;

Et parfois se déroule l'enchantement unique


De curieux dessins car sous ses yeux mi-clos
Des femmes merveilleuses à la superbe peau
Ondulent de leurs corps en cadences rythmiques.

211
Les indéfinis

Comme un blanc goéland dans un air de folie


Comme un jardin d'été où dansent des enfants
Comme un cœur incompris qui vogue dans le Vent
Comme une flamme lente qui se meurt maintenant

Comme un soleil sans fin où brillent des colombes


Comme l'infinité des vagues immortelles
Comme un soldat qui se bat et qui tombe
Comme un bleu diapré qui encercle le ciel

Comme un amour gisant sur la verte esplanade


Qui supplie les années de le garder encore
Comme une chair d'extase qui supplie et renaît
Comme un couple enlacé pour une éternité

212
Prophétie d'une mère

Oui, sa gloire immortelle mugira sous mon ventre.


Ni la vaste folie dans les bras de l'enfer
Ni l'immonde déluge ni la sinistre trempe
Ne sauront dévaster les relents de ma chair.

Et le peuple à genoux pour prier le génie


Optera pour son choix l'angoisse et le malheur,
Et les terribles flots des puissantes furies
Emporteront la mort qui brûlera son cœur.

J'annonce le malade qui s'étend sur son front,


La sinistre insomnie et la froide blessure,
J'annonce la bataille et le terrible affront
Qui brûle sous le masque de sa grande parure.

213
Tableau

Des platanes feuillus, quelques maisons hantées


Des squares étriqués, deux ou trois bêtes fauves
Là des passants s'en vont avides et décidés
Retrouver la tiédeur de la demeure mauve.

La rumeur, l'éclairage et le bruit se mélangent.


La cuisine est proprette ; un bon goût dans la gorge
Et quelque tintamarre éblouissant qui range
La mémoire délaissée dans le safran et l'orge.

Plus loin, c'est le salon et la peinture des chambres,


Jaune tapisserie et puis rouges pensées ;
Ce sont des silhouettes accrochées qui se cambrent
Comme pour rappeler le bonheur d'un été.

D'autres chansons, d'autres papiers et d'autres mœurs ;


Et les jeunes esprits craintifs et apeurés
Plaqués dans les fauteuils vibrent pour les malheurs
Et acclament l'écran et les noires destinées !

214
Ivresse

Ivresse, quand tu nous emportes, temps heureux !


Tous les Dumas et Sartre s'éloignent en fumée
Et le bateau dérive dans mon âme envolée.
Ils témoignent (d'univers trop belliqueux !)

Ah ! Chants du futur, reviendrez-vous en Mai ?


Le désespoir et l'alcoolique sont bien de mèche.
Malgré les doléances et les sombres regrets
De plus en plus, ils agrandissent ma triste brèche.

Ho ! Vapeurs nuptiales, pays clairs et châteaux !


Les relents de ce magnanime désespéré
Baignent son tendre amour de fureurs déchaînées
Et déjà pansent les douleurs de son tombeau.

215
Hommage à une sainte oubliée

Parfois quand le ciel se ternit de noirs flocons,


J'admire son image qui éclaire mes murs
Et je dis à mon cœur : " Puisque tu l'aimes, allons
Retrouver sa beauté ornée de sa parure. "

Les morsures humaines ont entaillé son corps


De larges plaies béantes et de douleurs sanglantes.
L'œil maudit déferla sur sa sinistre mort
Pour peut-être exciter quelques peines troublantes.

Pourquoi, Seigneur, son mythe a-t-il donc disparu ?


Fut-elle belle, déesse ou reine, dites-le-moi ?
Sa jeunesse et son front sont à présent perdus
Et gisent pour le mieux auprès de votre roi.

216
L'antisémite

Petite, mesquine et laide, l'œil à la loupe, elle marche.


" Tous ces êtres maudits se valent dans le feu
À la pâleur éteinte des nobles Patriarches. "
Le goût de son haleine est âpre et sirupeux.

Des jointures osseuses lui servent de monture


Et pour toute beauté la maigreur de ses jambes.
Elle déploie la bêtise en sinistres blessures
Et fait croire alentour que son âme s'enflamme !

Quel détestable jeu ! Quelle obséquieuse amie !


Son cœur est tatoué à la pierre de Dachau
Et sa haine féconde se transforme en furie
Quand cette bouche arrache ses pitoyables mots.

Oh ! L’effroyable peste ! L'ignoble mascarade !


Sur ses lèvres fiévreuses poussent des fruits gâtés.
Elle supplie, elle dénonce les noires jérémiades
Mais sous sa cape rouge est un couteau caché !

24 avril 1978/15 novembre 1999

217
Néron

Je viole les enfants sur des couches exquises,


Ô rouges floraisons, abominables cris.
Je piétine leur Dieu, j'ai toujours la main mise
Sur des monceaux d'argent, - je prends quand j'ai envie.

Je vomis sur la Bible et sur les Écritures.


Mon venin puant souille les cavernes étroites
Des femmes suppliant dans leur sombre luxure,
Cette main vicieuse est rugueuse et puis moite.

Je détruis la Lumière, j'empale les Disciples


Je pends les seins des femmes et les viscères des hommes
Je suis le précurseur d'une race multiple
Je serai le Premier dans la cité de Rome.

23 mai 1978/11 novembre 1998

218
À Van Goth

Un fou encore a tendu sa toile


De langes multicolores et d'infortunes aussi.
Au-delà des forêts, dans le cœur des étoiles
J'ai lu dans ses yeux clairs le bonheur adouci.

Il était fou, c'est vrai !


Mais c'est si bon d'être fou parfois.
Alors j'ai inventé deux ailes blanches
Et je me suis engouffré dans le vent.

Les nuages dansaient sur les montagnes, les rêtres


Et les anges étaient du voyage.
C'était merveilleusement limpide.

Au réveil, la tête me faisait mal.


J'avais trop bu encore, ce soir-là.

Au matin, je remis mes sandales.


Je l'ai suivi, marchant dans ses pas.

22 mai 1978/ 28 juin 2000

219
Pastorale

J'ai rejeté les faibles fioritures et ses bagues dorées,


J'ai rejeté le masque et ses carmins débraillés.
J'ai réinventé l'amour,
Il n'était plus dans mon cœur.
J'ai créé d'autres couleurs
Plus belles que l'amitié.

J'ai souffert le malheur,


Le malheur pour l'humanité.
Mais personne n'entend ma voix,
Aussi je me cache parfois.

Je prie très fortement, d'avantage encore


Je prie pour l'amour et le bonheur des peuples,
Je prie et je prie encore.

220
La Manne et La Rosée

Orgie

Des sexes assoiffés de noires perversités


Des râles insipides quand l'orgasme n'est pas
Des passions nourries d'esclaves d'infortune
Des jouissances avides de tortures et d'horreurs

Et tremblante la main qui recouvre le ventre


Ulcérée, contractée, étonnement livide
La pucelle expire sous de nouveaux fléaux
Gémit, supplie et prie, se veut un peu moins seule...

Orgasmes infinis et plaisirs de la nuit !


Implorant, quémandant des vices et des douceurs
Tout s'éclaire dans le jeu inouï des douleurs
Toi l'amante d'un soir, l'amante d'agonie !

221
Il pénètre l'amante

Il pénètre l'amante jouissant d'un triste sort,


Les deux mains sur les hanches en regardant son dos.
Le vit droit s'introduit dans les voies de l'effort,
- On entend s'extasier les gorges de l'écho.

Tout semble si facile, même les derniers cris !


La matrice reçoit, se relâche tranquille ;
Palpitent ses deux seins et chante l'agonie
Comme pour approuver cette tombe fragile...

Lui gémit doucement, et il étreint encore ;


Les doigts fébriles approchent de la chaude fourrure
Regorgeant de printemps, diadème du corps.
Il s'enfonce lentement dans la blonde parure.

Puis tout s'estompe dans le dernier gémissement,


La sublime liqueur réchauffe son orgasme.
Il jouit dans l'extase d'un vaste firmament
Semblant remercier l'Au-delà pour ses spasmes.

222
De l'effroi imposé...

De l'effroi imposé en ma triste retraite,


Tu te plais à vêtir sur des ors transparents
Les noires sauvageries pour t'instruire de la fête
Des chevaliers de guerre ou d'anciens combattants.

Tandis que l'éclat vole dans la sinistre tête


Vers des nuées d'étoiles évasives parfois,
Pour le complot obscur, j'entends gémir, ô bête,
Le tambour étriqué de ton unique foi.

Je sais dans le mouroir le venin capiteux


Monter en longs sanglots aux malheurs des conquêtes.
Jamais je ne pourrai bannir ces sombres maux
Don malgré moi tu uses comme vaine tempête !

C'est de l'assassinat infligé dans ce Temple !


Les propos prononcés profanent des frayeurs !
O crimes éternels ! Je supplie et contemple
Les tombes délabrées qui remplissent mon cœur !

223
Le funeste festin

Dans la miséricorde où parfois il s'éteint


Tel un vain Dieu dans les pénombres de la Mort,
Je le sais indulgent, il va et se retient.
Son malheur est gravé et son supplice est fort.

Mais il arpente comme un chien recouvrant sa piste


Les senteurs embaumées des sources éphémères.
Il se donne en entier...Ô Seigneur, il existe !
Ta justice de haine le cache sous la terre !

Qui le reconnaîtrait pour cet exil nouveau ?


Caché, honteux, tremblant dans ce monde incertain
Il gémit, il supplie recouvert de sanglots
Condamné par ses Pères au funeste festin.

224
Gammes classiques

Par la grâce des Dieux, qui donc vous fait pâlir ?


Puisez jusqu'en vos larmes l'intraitable vengeance
Et détrôner ce roi ivre de puissance.
Par de subtils tourments, entraînez votre cœur
Qui fera de Néron l'invincible vainqueur.
Ne craignez, certes pas, l'ennemi si farouche.
Il dort auprès de moi dans la maudite couche.
Par le sein de sa mère, il veut déjà l'Empire.
Mais je plais au Seigneur : il repose et soupire.
Et sa sublime amante le remplit de naufrages.
Burrhus entre mes draps, éloigné du rivage,
Dort ; faut-il, Seigneur, craindre le tyran de sitôt ?
Par des soins attachants, j'ai enivré son âme.
Et ses ébats fiévreux de plaisirs et de charmes
Ont su le conquérir au péril de ma vie.
Je veux vous le donner. Là ma tache est finie.

225
Collages

Un souffle est à passer

Un souffle est à passer, alors la toison rose


Égaie d'un doux parfum le tourbillon morose
Respiré ce matin. Déjà, je me sens ivre ...

Tu titubes et trébuches sur ce corps qui se forme,


Qui va et s'abandonne à l'envie de revivre ...
La chair est sur la chair faite de métamorphoses !

Et la femme, cet amas ! Ô les frais mouvements


Imperceptibles presque d'une main jamais lasse !
Ô soupirs confondus dans l'éveil des aurores !
La bouche, le trou béant des sublimes extases !
Râles, gémissements avec des cris obscurs !

Baise la lèvre rouge comme un vin de saveur !


J'oublierai par tes yeux noirs les ténèbres mêmes...
Apaise mon chagrin affreusement déçu...
Sorti est le poème par les frissons perçus !
Je serai lourd d'ennui, de silence et de peines.

226
De Mézan à Auteuil

De Mézan à Auteuil en passant par Compiègne


Je bois le vin nouveau mon verre a éclaté
Je ne chanterai plus Que les femmes sont belles
Mon regard est voilé mon sexe est fatigué.

Pourtant dis-nous dis-nous vainqueur des eaux usées


As-tu aimé le vin du Rhône et des Rhénanes
Maintenant que ta panse l'a joliment pissé.

Mes amis mes frères mes conquêtes mes idylles


Je ne bois plus de vin. J'ai mal à la prostate
Si la douleur est mère de la vie monastique
Mon sexe est rabougri et ma fin est tragique.

Avec Septembre et Pampres à la rime malheureuse


Je ne suis plus de ceux qui aiment à s'amuser
Venez plus près de moi O mes belles pleureuses
Apollinaire s'ennuie son coeur est épuisé.

227
Oui, j'aime tous les vins

Oui, j'aime tous les vins vaillants comme la femme.


Mon verre tremble soucieux des plaisirs éphémères.
Mon ivresse, tu glisses amoureuse des âmes !
Saoule mais sans orgasme, tu sais si bien me plaire !

Séduit à la lumière noyée de mon esprit,


Je danse comme un ange regorgeant de supplices.
Je m'abandonne libre, ou martyre en sursis,
Je m'endors ivre mort ensanglanté de vices !

Et la saveur du vin coule dans mes entrailles !


Je bois à la fortune grisé de vin nouveau.
Je ne suis qu'un pantin sans vaillance ni travail.
Ô Seigneur, suis-je bête ? Reconnais-tu ces mots ?

Mes paroles s'épuisent vers cinq heures du matin


Dans cette fange orale de mon génie minable
J'ai honte, alors je me couche complètement plein.
Seigneur, pardonne-moi tous ces écrits passables.

228
Épître à Isabelle

Je m'endors chaque nuit sans cœur et sans espoir.


Mon amour, pour combien de temps es-tu partie ?
Devant mes yeux sans joie l'horizon est blafard
Éventé, enlaidi par des anges maudits.

La ronde de la Mort me souffle l'avenir.


Elle me ment tout le temps : ce sont des rigolos.
Ils taquinent et s'amusent et taquinent et cuisinent,
Et mon cœur malheureux a de méchants sanglots !

Je pense encore à toi, et je sais m'abstenir


De courir la pucelle ou la fille facile.
Je me masturbe au bain et je rêve de toi,
Et je compte les jours, les années et les mois.

229
L'automne

L'automne a perdu ses rires d'adolescent


Printemps mon enfance vous souvenez-vous
De mes jeux de mes joies de mes rêves d'insouciance
Le temps a cassé mes jouets
L'hiver demain viendra à pas de loup.

Sénile et grisonnant la barbe sèche


Je caresserai ces poils blancs de vieillesse
Et peut-être Printemps je penserai à vous.

Aux femmes aux amis aux œuvres à achever


Mais la lassitude et les combats perdus
Feront trembler la plume qui court sur le papier.

Oui, grand-père amusé des plaisirs défendus


Je penserai encore aux femmes jolies et belles
Un regard d'impuissant un sourire pour leur cul
Je me dirai : vieillard, adieu la bagatelle !

230
Je te donne le fruit

Je te donne le fruit, une orange glacée.


Frétillent mes narines avec l'acidité.
Je croque à pleines dents. La pulpe a éclaté.
Saigne la sève rouge sur ma lèvre exaltée.

La fraîcheur d'un goût âcre, jouissance bienheureuse,


Ton sexe couvert de poils est pareil à la pomme !
Mon nez entre tes fesses ne saurait me suffire :
Ouvre des demi-lunes pour mon humble plaisir !

Ton odeur se dégage intimement vers moi.


Ô parfums sans pudeur qui s'évaporent encore !

Mon pénis tout raidi irait au trou des fesses.


Je saurais échanger mon âme de poète,
Pour prendre et pénétrer ma sublime maîtresse !

231
Indistinctement a dû

Indistinctement a dû
Par le plaisir qui se balance
La bouche anale repue
Engorger de pénis en transe !

Ou choisir le mirliton, le bananier !


Blanc, jaune, noir sans importance !
Passez plaquez la main au panier,
Jolie doudou est en démence !

Très loin des cocotiers heureux,


Le nègre énorme plus me suffit !
Martiniquaise, où est le sorcier furieux ?
Sur l'île là-bas, pas dans mon lit !

232
Mais tu travailles encore

Mais tu travailles encore à me rendre captif !


Ma soumission vaine à la lumière torve
Enduit mes pauvres yeux de ce métal fictif !
Je veux rêver de l'imaginaire qui dort ! ...

Je recherche l'espoir de retrouver la vie,


L'unique, la terrestre, avec l'homme et la chair.
Les ébats impossibles de la muse alanguie
M'éloignent de ce monde par tes subtils éclairs.

Le besoin de renaître m'éveille tout à coup


Sur le sol pur et ferme pour mes pas accomplis !
Hélas je tâte en vain les masses qui m'entourent !
Ô fantômes de guerre qui écoutez mes cris !

Ma faudra-t-il supplier cette mort


De me laisser en paix ? Car je n'existe pas !
Sans un sanglot, sans un répit, sans un remords
Chaque jour davantage, un peu plus on me tue !

233
Losanges

La très belle

Viens plus près ma très belle car tu sais que je t'aime.


Et je veux sur ton corps apaiser mes baisers
Plus rugueux et plus secs que le tigre cruel
Aux amants fatigués, le vice est toléré !

Alors dans la souffrance de la couche secrète,


Je brûlerai tes seins de morsures enflammées
Pour voir si la succion de mes dents indiscrètes
A ton cœur trop éteint saura le ranimer !

Mes ongles sont des lames étincelantes ! ...


Dans ta chair impie, je saurai les enfoncer.
Tons sang roule sur tes reins, saccades brillantes
Et rouges, mon lion sensuel et indompté !

234
Mon ange, fuis

Mon ange, fuis cette alcôve impure


Et grise-toi dans les roulis des mers
Qui laveront ta sanglante blessure.

Mon cœur veut s'y mouiller


Et accrocher son ancre
Sur l'océan de ses papiers.

Ange, les poèmes des grands flots


Inonderont la mémoire vierge
Sous l'œil brillant des falots.

C'est la nuit que je veux te rompre,


Navire sillonnant les mers avides,
Ô bains des marées toujours prompts !

Pour chasser la souffrance vomie


Et la noyer dans son triste corps
Moi pauvre marin au sein endormi.

235
Ô cent mille agneaux

Ô cent mille agneaux


Filant la laine étrange
Du sol gras
La posant sur leur dos.

Polissant leurs fronts rouges


De vingt-quatre tourmentes
Les bergers sillonnent
Les routes blanches.

Y a-t-il la source pure


Bourrée de noirs excréments ?
Et taches ! Et taches !
Mortes dans les vils sacrements !

Les loups en deuil fuient


Les torses velus des brebis sanglantes,
Et nourrices et règles de la soif ! Amen !

236
Cent millions de mystères

Cent millions de mystères


Je rêve encore de vous
Des anges descendus de l'éther
Et posés sur mes genoux.

De la femme adultère
Chantant dansant sur les écrans
De ma destinée princière
Qui s'érige lentement, lentement.

Je me fortifie avec le courage des luttes


Coups de poings et rouges au cœur
Ensanglanté mort abattu je culbute
Je tournoie poète dans mes vastes éclairs.

237
Momie d'ébène

Momie d'ébène
Stigmates de quatre mille ans
Masque d'ivoire
Pour mes yeux étincelants
D'or de diamants
De pierreries bizarres,

Tu revis, tu te lèves,
Tu déplaces le sarcophage
Tu t'avances mécaniquement.

Ma muse aux seins glacés


Souris un peu
J'ai tant de craintes dans ces pyramides,
Temple de la mort absolue !

238
Dormeurs ailés

Dormeurs ailés, n'accablez pas le jeune poète


Qui fond en rêve de neige sur des empreintes
Oubliées, invisibles.

Mais sa candeur déjà est admirée


Au soleil bourré de faisceaux étranges,
Rayons de haine des mauvais anges ! ...

Fumées exquises et enflammées,


Voilà je souffre sur mes brouillards envolés !
Déjà vous me comprenez !

Mon architecture enfantine


S'écroule sous les ricanements de la jeunesse !

Je construirai le théâtre de cire,


Le cirque où le rire est de pierre,
Maison de bonheur pour la postérité ! ...

239
Magnifique mais qui

Magnifique mais qui sans l'espoir de leur plaire


Je peux signifier que l'exil est présent.
Pour la tiédeur amère de ma faible cervelle,
Le bruit sourd et confus se lève lentement.

Accroché à l'ennui par le Néant superbe,


Le souvenir s'observe oublié de nos sangs.
Radieux mais sans gloire, il n'a pas su leur plaire
Quand l'heure sonna de fuir inexorablement.

Hélas, je me souviens que je ne savais faire


Par ce poème absurde un pastiche évident.
Mais ma force est si belle que le génie déterre
Les fruits mûrs et pensés du Nouveau Testament.

Dans la tombe s'exhale nulle odeur de péché,


Nulle chair putride qui encore se décompose.
Je voudrais bien séduire sous cette terre fraîche
De pelles encombrées l'éclat pur qui se glose.

240
Prière

- Je vous supplie, Seigneur, de m'aimer un instant.


Je suis le pauvre votre au sourire inconnu.
Mon histoire est sans gloire, j'avance et je suis nu.
Les odeurs de la chair nenni avant printemps.

- Fils sublime, fils sublime, que ne veux-tu partir ?


Confiance ! La chance te sourira enfin.
Mais qu'attends-tu encore ? Que je fasse souffrir ?
Le jeune homme est si beau, bénissons le gredin.

- Je ne suis que misère, et poète, et je danse.


Je bombe un torse étroit dans les boîtes de nuit.
Ma demeure est ma chambre, ô poète maudit.
Jamais un cri d'espoir, jamais de délivrance.

N'accablez pas, Seigneur, de douleurs excessives


Le poète impuissant qui crache sur l'ennui.
Mon histoire est demain, je quitte la patrie.
Partisans de souffrance, serai-je à l'agonie ?

241
Alangui dans ma fange

Alangui dans ma fange, sublime aux élixirs,


Je parfume le corps des superbes déesses.
Avec trois cris d'aveux de mort et de souffrance,
J'élève l'insoumis hors de l'insouciance...

Pardonnez ces fruits secs sans jus, sans jouissance,


Je fais ce que je peux, le poète est petit.
Critiquez, critiquez, il vous croit c'est sa chance
Il se trompe parfois, sa vie n'a pas de prix.

Vous êtes lassé de ce monde que je propose,


Vaine inspiration et attaques superbes.
Oui, je suis fatigué, cela est peu de chose.

T'as qu'à écrire mieux, poète de misère !

Et c'est ma faute, hélas ! Mon Dieu m'a oublié


Mon divin, aidez-moi, je ne suis qu'un poète
Mes ardeurs sont en cire, mon sexe est replié.

242
Au ciel, les yeux levés

Au ciel, les yeux levés, je demande la grâce.


Je veux la liberté, liberté, où es-tu ?

La Mort avec ses proies ! La Mort et ses rapaces !


Qui pourrais-je prier ? Le serais-je écouté ?

Pourtant je le sais bien que des oiseaux hagards


Planent virilement au-dessus des humains,
Que les races et les vols annoncent leurs espoirs.
Je suis seul et je crie, personne ne m'entend !

Et là-bas, dans les airs, c'est un autre mélange ;


Je t'aime, ma beauté, je t'aime mon amant.
Nous saurons nous unir, nous ferons beau ménage.
Attends le beau poète, danseuse aux seins charmants.

Que dis-tu, Isabelle, douce fille au cul blanc ?


Veux-tu chérir encore l'horrible personnage
Qui se rit bien de toi sous ses gémissements ?

243
C'est la voix de la femme

C'est la voix de la femme qui a chanté la guerre,


Le combat inhumain si cruel pour l'extase.
Je condamne l'exil et l'oubli de la chair.
Je sillonne les airs dans mon ivresse, hélas !

Je ne veux pas de voiles ni de blancheurs qui dansent


Ni cet écho céleste ni l'oubli de l'azur.
Qu'ai-je à perdre sinon le hasard et la chance ?
Des espoirs pour la belle si éloignée, si pure ?

Ô fantôme gazé qu'en ma nuit je dispose


D'un éclair d'évidence sous ma mémoire sourde,
Pourront-ils resplendir pour un meilleur promis ?

Je me sens observer par la mort qui me juge


Qui tire les flambeaux des poitrines enflammées.
Moi, air pur, je voltige parmi les oiseaux ivres
Mais je meurs résidu d'un aileron brûlé !

244
Le primesautier

J'ai volé sept fois l'orange de puberté


Au secours mes douleurs, mes femmes et mon élite
Approchez vendez-moi, je suis hermaphrodite
Voici trois francs de sang et mon fruit est payé.

Mon sexe consume encore ses souffrances latentes


Pendez-vous à mon cou
Cacherez-vous vos seins
Car l'envie me démange
La nature est cigale
Elle chante mon besoin.

Une souris trottine dans la chambre à coucher


Grignote ô la souris, le sexe est fatigué
Guili, guili, guili, le gland est chatouillé.

Explose, ô le bouchon de champagne bouché


Car vin mousseux et sperme nouveau sont tirés
Bois donc petite fille au goulot des léchées.

245
Animalités

Je ne veux pas te déplaire


Mon biquet silencieux
À cette seule fin, j'espère
Sortir des lèvres un petit son heureux.

Bouffées d'air pur je respire


L'odeur sonore qui m'a
Je l'avoue sans dégâts
Gonflé les bronches de soupirs.

Mes couettes chatouillent


Sans chevelure déployée
Ton rose coquin et les...
Ô mon bichon choyé.

Souris mon petit loup


Je n'ai pas su défaire
Sans rire d'affaire
Le pénis tout mou.

246
Louanges

J'ai mal

J'ai mal au sein gauche


Recouvert d'une peau cachant le cœur
Le téton rouge sang érecté
Est sucé par ma langue, par ma bouche

Ravageurs les sens sont apaisés


Le poème est éjaculé
Avec quelques gouttes de pleurs.

Au poème nouveau-né
Cette mère en moi-même
S'enrichit d'un savoir intérieur
Lait de son fœtus engorgé.

Dans sa panse dans son ventre


Il se glose rit ricane
Et bat des mains le gros bébé
Qui nourrit sa mère assoiffée !

247
Étude sinistre ou vile

Étude sinistre ou vile de ton maître en délire,


Ne sais-tu pas, folie, quelles heures d'élévation
Attendent patiemment l'ange ailé de soupirs
Dans les méandres infimes de ton obstination ?

Je sais l'homme têtu parfois m'appartenir


Gâchant tout son génie pour un vœu humiliant,
La conquête de soi pour enfin en finir
Et gagner le combat au destin éreintant.

Moi je perds des années à jouer de la lyre.


Le poème est médiocre, achevons la bêtise !
Parfois je pleure de honte, parfois je fais sourire,
Mais je poursuis l'écrit que la pensée attise !

248
Le jeune homme est un mystère

Le jeune homme est un mystère


Que meurent les contradictions
Je m'enfonce sous terre
Le cataclysme est perdition.

Ma lueur bleue, viens que je t'élève


À trente miles au-dessus des mers
Dans mes élans, mes pauvres rêves
S'écroulent en pâles chimères.

Ha ! Qu'une flamme enfin sacrée


Celle de Dieu par exemple
Me réchauffe de la tête aux pieds
Par un sublime mélange.

Je me trompe sous la quiétude des cieux


Je ne volerai pas bel ange
Mon esprit mon plan verbeux
Roule dans des fanges étranges.

249
Transfert sexuel

Cœur d'amour implanté en mon âme


Sensibilité sexuelle, j'écris des poèmes
Je transpose : mon vit tendu en cervelle
S'érecte pour le câlin platonique de la femme.

Sur la page blanche, il éjacule ses désirs


Fou d'amour il trouve sa compensation.

Assez de ces fesses rondes à rentrer à sortir


En moi-même j'exploite un plaisir sans flammes.

J'ouvre un recueil : le fantasme d'une belle


M'apparaît ; impossible merveille à ne prendre jamais.

Hélas les heures s'enfuient. Ne suis-je donc pas seul ?


À poursuivre ainsi je jouis dans l'exil
Mais voltigent autour de moi les oiseaux parfaits,
Ailes blanches du puceau satisfait.

250
Je m'accoutume au sexe las
Abattu, terrorisé ; le plaisir a fui.

251
Légèreté

La jeunette blanche vêtue


Se jette dans les airs
À la conquête d'un orgasme aperçu.

C'était un mirage
Rempli de soupirs
Elle bat de l'aile avec rage
Et maudit de ne pas jouir.

Si Demoiselle dans mes bras bercés


Vous vous fussiez enfermée
Comme un oiseau dans sa cage
Je vous eusse libérée
Et votre orgasme chanteur
Eut été bien meilleur.

252
Quand marchent les oiseaux

Quand marchent les oiseaux dans les sentiers de glace


Quand les femmes s'accouplent sur des duvets de luxe
Les vaches maudissent l'herbe qui n'est pas grasse
Je suis un rigolo je suis un rigolo.

Il est toujours désespérant


D'être bête et stérile
Depuis le début du mois - rien
Le Néant de l'idiotie laisse ses empreintes.

Bertha ma grosse Bertha


Rumine ta langue dans ma bouche
Tortille ta chair pâteuse
Bétail heureux accouplons-nous
J'en oublierai peut-être mes conneries.

Poésie crasseuse relents d'ignorance


Vers d'autres inspirations s'il vous plaît.

253
Les Interdits

Le Londres de mon âme

À la pâleur triste et mélancolique


J’entends le chant mélodieux du cygne
Qui pousse ses litanies exquises
Qui glisse sur les vagues de la Tamise

Un vieux Londres tout encombré de gris


De traînées blanches de brouillards endormis
M’enveloppe de larmes et de pleurs alanguis
Tandis que je traverse le pont de Brodwy

Je déambule dans ce cafard aux lumières noires


Éveillé par les vagues néons de la nuit
J’allume une cigarette et la fumée s’enfuit
Dans l’épais brouillard traversé un soir.

Je me suis perdu dans ce vieux Londres de Bakanal


Et je poursuis une silhouette qui geint et qui râle
C’est un moi-même qui dans la brume pousse un cri
Le cri de désespoir de l’homme seul sans ami.

254
Roulis de sperme

Roulis de sperme entre ses cuisses possessives


Perversion du mal des femmes en chaleur,
La flamme de l’ardeur dans ton cœur s'est éteinte,
Tu meurs de jouissance, o ma sublime ingrate !

Fesses, rebondissez en gloussements stériles !


Écartez les soupirs timides et languissants !
Jetez vos formes dans les souffrances fébriles !
Unissez le vice à vos charnels mouvements !

Le vit se travaille avec application,


Adorez-le, agenouillez-vous, o mes très belles !

Et quand bien assombries par la pâleur clémente


S’échapperont de vos bouches des rumeurs félines,
Humiliées, honteuses cachant votre pudeur
Dans le drap bleu et rose, vous pleurerez de gène
Ô beautés aux fesses écrasées, frappées,
Laissant échapper le venin du sperme refroidi !

255
Gémissements

Il entra dans ma chambre par les lueurs nocturnes,


La tapisserie se déroulait sous mes yeux bleus.
Et c’était Michel Ange uni au Père Heureux.
Un Léonard brûlait la mèche, j’étais taciturne.

Je pensais encore aux épreuves, aux secousses,


Agitations malignes, sataniques ou bestiales.
Mon cœur est un tombeau où les femmes se couchent,
Je n’ai point vu d’éclipse ni de nuits boréales.

Mon amour s’est enfui pendant des décennies.


Voilà déjà mille ans que j’espère ton âme.
Ne sais-tu femme indigne quel jeu, ou quel drame,
Je joue personnage burlesque vaincu des infamies ?

Je t’aime, je te veux et te désire,


Hélas mollement car mon sexe se lasse.
De demain en demain en demain, ce plaisir
Le connaîtrai-je enfin, toi dont le corps me fâche ?

256
Minuit en cette heure

Minuit en cette heure accoutumée


Toutes les possessions admises par un seul
Le nocturne effet tout simplement.

Vois ma chienne d’ordre, toujours Toi


Abrutissement des tombes
Et si je te désirais, image rare.

Roule, pellicule dans mes bras


Maigreur sans catastrophe
Sexe doux et gentil, roule en moi.

Et si je ne t’aimais pas
Affaire de fiancé
Tu me fais une peine immense
Glissades spirituelles, actes contrôlés.

257
Anges sanglants

Anges sanglants, j’ai pleuré tant de larmes !


Mon cœur est rouge, ombres méchantes !
Cessez ces bruits sonores, fontaine de pus, vacarmes,
Démons sataniques, haleines purulentes !

Aurais-je Seigneur une heure de paix ?


Au paradis là-haut les anges agenouillés
Prient la mort de la guerre.
Quand sonnera la nuit, la dernière ?

Jamais ! Car tu es mauvais parmi tes frères :


Un poète ça se soigne avec brutalité.
Je veux tordre ton âme, l’inspiration est à violer,
Jette ton génie sur la feuille féconde
Et produits, hurle, crie, venge-toi,
Maudis ton mauvais sort, ta terrible destinée,
Poète possédé par les relents de la mort !

258
II

Ou baigne-toi dans le futur


Espère un meilleur exil,
Meurs dans un vagin, membre viril,
Connais le plaisir de la femme qui jouit !

Je ne puis oublier les cruelles souffrances


Imposées par tes élus qui sont à me hanter.
J’appelle le sauveur : une nuit de délivrance
Seul, seul, sans personne à mes côtés.

259
Destin

Un vieux poète récite


Ses vers mécaniquement.

Il n’a jamais plu à personne


C’est un vieux con en somme.

Dans la tristesse de sa nuit


Il s’enferme et il écrit
Des refrains d’amour
Aux putains qu’il baise le jour.

Un vieux poète solitaire


Attend la mort son triste sort
Attend que la muse l’entraîne
Dans le Néant de la Géhenne.

260
Red Brain

Intelligence, au marteau et à la pioche


Travaille cerveau alourdi d’ignorance,
Oui, unissez-vous dans le même combat !

Ma mémoire a conquis les fronts des vengeances,


Dans ses haines froides elle a terrorisé l’ennemi
Il ne reste que des feux de bataille
Et les drapeaux sont détruits.

Le tombeau est une terre farouche


Où les cendres des morts vivants vivent encore
Et s’activent malignement
Sur les jambes du Christ
La Mort pince les omoplates et les seins allaitants.

Sur mon ventre


Grouillez vermines puantes.
Dans mes déchets harmonieux
Le ver roule et se délecte de mets.

261
Morbide

Les malédictions éclatent dans ma chambre


Et j’aime à la fureur quand la haine me manque
Jouer de la crécelle comme un vieux saltimbanque
Unissant le son criard à sa médiocre vie.

Que m’importe de mourir,


De plonger dans ce cauchemar béant !
Vers les ivresses lointaines de mon ciel, quelles fuites ?
Je vais divaguant comme un squelette sans chair.

Sans patrie, sans femme, sans espoir


L’œil torve rivé sur l’horloge de la Mort
Et j’entends le choc des pas des fossoyeurs
Et les pelletées de terre recouvrir mon corps.

Je m’entasse dans ce tombeau étroit


Froid comme la pierre où il fait bon vivre
Moi le damné dans mon Néant je respire,
La lourde dalle de marbre est un plaisir toit.

262
Mouvements

Des foules de morts


Je cours, je m’écroule
J’avance encore
Je tombe, je roule.

Des vagues de filles


Et leurs cheveux d’or
Sont des rayons de soleils
Qui filent dans le vent.

... Et je m’emporte
Dans la brise du printemps
Dans la folie de mes vingt ans
Bercée par nos jeunes élans.

Des rêves de remords


Des tristes sorts
Des espoirs enfuis
Dans les nuits de la vie.

263
À une maîtresse

Que renaissent les inviolables effets


La nature a mis tant d’années
À détruire le génie qui perçait,
Finissons-en s’il te plaît.

Ou qu’une dent blessant ma bouche


Me tire le cri du baiser affreux
Allongeons-nous unis sur ta couche
Vampire assoiffé au sourire vicieux.

Métamorphosé en bête carnassière


Peut-être en toi serai-je une vipère
Gluante dans ta fange épaisse.

Mais maudissons le sort de l’horrible espèce.

264
Ombres bleues

Ne veux-tu point, chère âme,

Ne veux-tu point, chère âme,


Sevrer ton exquise insouciance
À l'élixir de la vie ?

Oublier le savoir
De la mort éternelle
Sur l'enfance qui s'enfuit ?

Je me nourrirai
Des excréments les plus purs,
A la Lumière qui me poursuit.

J'étalerai mes noirceurs


Dans les puanteurs du Mal,
Je tacherai ton noble corps
De laideurs inouïes.

265
Pailleté d'étincelles

Pailleté d'étincelles
C'est ton corps qui se meurt
Tandis que les ombres humaines
Disparaissent à mes yeux.

Dans la chaleur torride


D'une sublime nuit
Un orgasme m'attend
Pour des plaisirs meilleurs.

Je veux frotter ma lèvre


À ta bouche ébahie
Et lécher la substance
Qui perle sur ton cœur.

266
Hérodiade

Déchets harmonieux.

Mes vains désordres sont prodigues


Sur ma parure de reine.

Le mat éclat
Sous mes yeux sans soupir,
Sans larme prodiguée
Reflète une lueur cachée
Intime dans mon âme de désirs.

Oui, ignorante servante


Qui déroule ma traîne,
Ô boucles d'or
Qu'en tes mains, tu etc.

267
Plaies immondes

Plaies immondes gavées de pus


Déchets verdâtres
Roulant sur les chairs
Roses et pures,

Je préfère
L'odeur puante
Des règles rougeâtres !

Je préfère
Leurs bouches ouvertes
Saignant leurs coulées d'orgueil !

Ô gouttes, liquide d'amour,


Je vous propose ma langue
Et longtemps j'irai lécher
Les lèvres
De vos sexes ébahis.

268
Soumets-toi à ma foi

Soumets-toi à ma foi,
Observe-moi médiocre,
Ma faste lumière d'ocre
T'impose le génie d'un roi !

Tu rampes crépuscule sans éclair.


Aube miraculeuse, je t'éveille.
Je te chasse de l'ignorant sommeil,
Où ton âme se repaissait toutefois.

Bondis en paraboles étranges


Et saisis la connaissance vermeille.
Dans la course infinie des anges,
Tu toucheras à mon feu éternel.

269
Belle fille

Belle fille, jusqu'au bout


Vous devez le sucer
Et obtenir du sexe
Quelques gouttes léchées.

Que sa salive sublime


Coule dans votre bouche.
Il n'est rien de honteux
D'un mari sur sa couche.

Implorez à genoux
La puissance du mâle.
Offrez vos lèvres roses
Aux soupirs et aux râles.

270
Un instant

Un instant de délire
Est permis par les Dieux.
Laissez vos formes moites
S'évader jusqu'aux cieux.

Mais comme il sera dur


À la vierge féconde !
De subir du viril
Sa partie la plus longue.

En elle, comme un rempart


Qu'est l'hymen intouché
Elle devra recevoir
Un pénis, chevauchée.

271
Prières/Phrases/Exil

C'est le même sort

C'est le même sort aux dés pipés


Il n'y a pas de chance hasardeuse
Il n'y a pas de destin sans Dieu
Tout doit être accompli. Va au Néant.

C'est bien là-haut que tout est prévu


Par la Force-Dieu et tous ses anges
Lui, lumineux assis dans l'arc-en-ciel
Lui qui jette ses rayons pour régir l'homme.

Petit Dieu mouvement perpétuel


Composé de deux boules jaunes ou blanches
S'irradiant toutes deux dans le sens inverse,
Ne veux-tu pas chasser les mauvaises ombres
Qui toujours gravitent autour de mon âme ?

272
Magiciens de la rime

Magiciens de la rime,
J'ai profité de vous, je l'avoue.
Tous vos chiffres cachés, invisibles,
Je les ai imités.

Mauvais copieur,
À l'école des génies :
Pour l'enfance imbécile,
L'étude est revêche !

Innocence s'oppose à connaissance,


Et naïveté à savoir.
J'ai compté comme Le Petit Poucet
Vos syllabes
Sur les cinq doigts de la main.

273
Simulacres de plaisir

Simulacres de plaisir
Je l'entends geindre ses soupirs
Effleurés par sa bouche
Qui me cherche et m'aspire.

Je te donnerai longtemps
Le baiser de l'amant enivré
Par les salives et les parfums
De tes lèvres retroussées.

Le jupon ne saurait me suffire


L'ombre de ta noire dentelle
Est un lieu sombre sans espoir.

J'enfoncerai mes ongles mouillés


Dans ta vaste chevelure
Pour changer ce pluvieux printemps
En gerbe multicolore d'été.

274
Riant si clair

Riant si clair à la lune


Drapée blanche
Ou de mousselines apparue

Fille à la jambe jaune


Voltigeant à la joie de la danse
Comme si Prince vu

Dans l'ombre du rêve imaginaire


Soufflé par le soupir de la brise.

Puis toi glissant hors de tes habits


Et nue et rose aux fesses
D'un tracé joli.

Courbée et gracieuse
Par le corps qui s'anime
Mais lui dans la secousse du sommeil
Te tue dans le rêve enfoui.

275
Absence d'espace

Absence d'espace,
L'envoûtement est encombré
Toujours de sombres morts.
L'ombre secoue son sort
Dans les néants des cathédrales
Et ses catacombes sordides
Accablées de noirs cadavres
Dansent à la gloire de Satan.

Encombrez-moi ombres funestes


De vos sales maléfices !
Possédez-moi spectres et ogresses
Dans ces nuits de sacrifices !

Je chanterai l'horreur du Noir,


Je hurlerai le plaisir du crime.

Eux spectres l'envoûtent


L'enfant purifié !

276
Toi, glaciale chasteté

Toi, glaciale chasteté,


Un sexe tendu sans plaisir
Analement enfoncé
Ne put te faire languir.

Mais délire ! Voici que Sodome,


Guerrier d'amour agenouillé
Culbute la gamine chatouillée
Dans un élan que personne

Pas même le Vice déglandé


Ne saurait mieux te prendre
Aux fesses rondelettes écartées
Allant et venant pour se répandre.

277
Avec comme pur dépucelage

Avec comme pur dépucelage


Rien qu'un pénis aux cieux
Du plaisir rien ne se dégage
Qu'un peu de sperme poisseux.

Sexe tout jutant par-derrière


Si tu le prends si tu en jouis
Coquine glousse et accélère
Serre ces larges fesses rebondies.

Timides on va redescendre
Dans le Néant de ta chambre.

Toujours tendu qu'il m'apparaisse


Entre tes mains quand tu le presses.

278
Sachet d’herbes

Ta beauté

Ta beauté a vingt ans


Et je l’implore
En suppliant

Ton corps a désiré


Mes larmes belles
Pour te prier

Dans le feu de l’enfer


J’invite mes fantasmes
Pour faire jouir
Tous tes orgasmes

Dans les cris de la guerre


J’implore ton Dieu d’aimer
Nos corps
Et d’abolir les cruautés.

279
J’ai connu

J’ai connu la torture


Infligée par la Mort
J’ai subi les blessures
Frappant mon triste corps

J’ai hurlé les morsures


Saignant mon triste sort
J’ai crié les brisures
Tuant mes ailes d’or

Mais la torture explose


Vaine métamorphose
D’un coeur baigné de roses
Et atteint son horreur.

280
Sueurs sacrées

Ombre d'or

Ombre d'or
Délire d'extase
Au feu bleu qui s'embrase,
Meurent nos amours topaze.

L'âme belle rêve d'exil


Du coeur blême
Qui toujours sème
Pur son sublime.

Sombre mort
Soupir de femme
La fleur feue s'évade,
Pleure et s'enflamme.

Larmes, douleurs subtiles


Fiels ou malheurs
La foi décline
Dans sa stupeur.

281
D'une nuit presque nue

D'une nuit presque nue


Accumulant tes songes
Dans les rêves insensés
Que mon âme prolonge,

J'étais à te savoir
Par tes cris qui s'élèvent
J'étais à t'ignorer
Dans le noir qui s'achève.

Tu étais chatte ou louve


Câline ou indomptée
Tu étais femme qui couve
Ses plaisirs à violer.

282
Fille rêvée de ma jouissance

Tes délires hurlent


L'envie d'un désir.

À toujours te morfondre
Tu roules sous les ombres.

Ne sais-tu point
Que l'orgasme
S'obtient dans le fantasme
De mes puissantes nuits ?

Espère encore le drap moite


Et la saveur d'un doigt court !
Jouis toujours de mon soupir
Toi qui veux à ta chair m'unir.

283
Ombre d'azur

Ombre d'azur toujours


Vous soupirez d'amour ;
Ombre de mort encore
Vous priez mes remords.

N'ai-je point dans l'espoir


Exprimé toute gloire ?
N'ai-je point au soupir
Offert tous mes désirs ?

Sombres purs à jamais


Tombez : je me défais ;
Tombes d'or cet exil
Je m'en vais dans mon île.

Vous criez mon départ,


Désir d'espoir hagard ?
Vous implorez ma mort ?
Craignez ; je tue mon corps.

284
Cent fois la mort

Cent fois la mort dans les plaisirs


infinis, dans les désirs interdits
Et chaque fois la même chose,
le Néant qui s'oublie, évanoui.

Cent fois ta bouche rose offrant


ses plaisirs vils de fille-enfant
Et chaque fois tes lèvres rouges
tes jambes bougent, corps délirant.

À toujours recommencer, à toujours


se faire rougir,
À toujours faire éclater les premiers
flux du vrai soupir,
À toujours vouloir mentir, à toujours
se redonner,
À toujours se désirer dans les
mensonges du délire.

285
Les ombres mortes

Les ombres mortes encombrent


mon âme possédée.

Les folles ombres, catacombes,


de mes amours déchirées.

Les pleurs de tes larmes belles,


ô ma maîtresse désirée.

Les cris, les sanglots infidèles


de tes plaisirs oubliés.

Mon cœur, mon âme rebelle


et ma mémoire ont regretté

Les siècles, les villes sans celles


que tant d'histoires ont espéré.

286
Douleurs extrêmes

Je me souviens encore

Je me souviens encore de ces jeux enfantins,


Quand les rayons perlaient sous la blanche lumière
Quand la douceur du ciel irriguait le matin,
Cette joie turbulente des jeunesses premières.

À l’ombre des grands chênes nous échangions des mots,


Et je prenais ta main, insouciante fillette.
Je te donnais l’amour comme on fait la cueillette
De la rose épineuse auprès du clair roseau.

Mais l’été a passé, et le printemps n’est plus.


Les belles m’ont griffé de leur amour déçu,
Et je souffre en silence d’un passé qui a fui,
Je me souviens encore de l’enfance enfouie.

287
Consacrant mon génie

Consacrant mon génie au sublime délire,


J’exprime par le vice les horreurs du Néant.
J’expulse par le sexe l’atrocité d’écrire
D’une plume juteuse les ébats d’un Géant.

Au fantasme érecté prenant un cent de vierges,


La jouissance infinie, invisible péché,
Sciemment le convulse à la lueur des cierges
Dans l’église bénie où vint le débauché.

Mais Dieu par sa justice rendant grâce au plus pur


Envoya aux enfers le maudit horrifié,
Le maître des lieux refuse que l’on injure
La face virginale de son fils crucifié.

288
La pureté et le venin

Je ne puis concevoir,
Les monstruosités
Qui ont accablé
Mas vastes douleurs internes.

Dieu, saura-t-il enfin


L’horreur de l’envoûtement
Qu’impuissant et stérile
Je ne pouvais chasser ?

Ô mélange divin
Comment oser confondre
La pureté et le venin
Dans vos cieux blancs et sombres ?

Je demande à savoir
Sous la nuit de clarté
Pourquoi l’esprit ailé
Dans le mal a pu se morfondre !

289
Possédés

Possédés par Satan


Ils offraient encore
Une croupe tendue
Exposée à tout corps ;

Ils recevraient en eux


Cette sanglante peine
De voir le sperme couler
Pour la belle des reines.

Imposez-leur le vice
De l’excrément honteux
C’est à coups de salive,
De jets, de jute pisseux

Qu’ils lécheraient jouissifs


L’ordure et le crasseux
Dans leurs bouches sublimes
Pour un orgasme heureux.

290
Esclaves

Flagellés et jouissants
Leur souffrance sexuelle,
Ils hurlent en érectant
Un pénis démentiel.

Des testicules bas


Qu’on pince et qu’on harcèle ;
Des coups de fouets très durs
Sur l’anus et les fesses.

Entendez-les gémir
Et pleurer leurs désirs
Et supplier encore
Qu’on les prenne par l’arrière.

291
Vierges - Mode d’emploi

Analement vierge
Ustensiles et méthodes
Banales rythmiques
Cierges enfouis
Dans naturel et physique.

Vierge buccale
Au profond de la gorge
Aspire le sexe mâle.

Vierge manuelle
Englue tes doigts de sperme.

Vierge pédesque
Ton pied plaqué
Contre l’orgasme

292
Ha !

Ha ! Que n’ai-je souffert ces horribles tortures !


Que n’ai-je supplié la fin de mes blessures !
Les Esprits s’acharnaient à détruire ce corps
Qui quémandait en vain espoir et réconfort !

Le Mal fut ténébreux et Satan fut sublime ;


Je subissais le vice, purifié et victime ;
J’ai invoqué le Christ de se manifester
Et contre ses silences, j’ai osé protester.

J’ai juré, j’ai promis la mort de ce Divin


De ne jamais jouir de son pain, de son vin.
Mais parmi tant d’impies s’exhalait cette extase
Qui revenait toujours comme un rêve qui s’évade …

L’injustice est dorée et son cœur est superbe ;


Mais sublime est l’Idée qui engendre le Verbe.
Elle impose à ses Saints de nous indemniser,
Et pour tous nos malheurs nous doit rebaptiser.

293
Supplique

Oui, j’implore, Seigneur, la fin des injustices !


Vous devez imposer la mort de mes supplices.
Vous devez me jurer de m’aimer plus encore,
Et d’une ère nouvelle succomber à vos torts.
De mes nombreux soupirs, hélas priant en vain
J’ai demandé, Seigneur, sans espoir d’un demain,
J’ai quémandé toujours vous appelant sans cesse
D’éloigner de mon cœur les malheurs qui me blessent !
Mais que faut-il encore ? Faut-il que dans la haine
Cette bouche chargée pleure toute sa peine ?
Il est vrai, tant de fois insensible à mes mots,
Votre force invincible m’infligea tous ces maux.

294
L’esprit n’espérait plus

L’esprit n’espérait plus le désir du supplice


Il ne se voulait plus torturé par la Mort ;
Il suppliait en vain la fin d’un sacrifice,
Hurlant toute sa peine dans les cris du remords.

Il implorait en vain de cesser la violence


À ce Dieu qui promet amour et délivrance ;
Il quémandait la fin dans un dernier effort,
Crucifié par le Mal qui fit frapper son corps.

Dans l’horreur de ses râles, il crachait ses détresses


Crispant sa faible chair déchirée de caresses.
Il priait, poings tendus, le droit aux repentirs
S’accusant en enfer d’avoir joui ses plaisirs.

295
La beauté était nue

La beauté était nue et connaissant mon corps,


Elle proposait sublime pour l’amour de l’effort
Les poses langoureuses qui offraient à ses charmes
Le plaisir ingénu d’une pucelle en larmes.

Elle se laissait aimer jouissant à son aise


Pour les soupirs profonds que nos deux chairs apaisent.
À la pointe d’un sein dressé et rougissant,
Elle donnait le calice d’un alcool enivrant.

Et mon cœur s’engouffrait dans ses douceurs rondes.


Quand mes yeux respiraient cette senteur blonde,
C’était comme un zéphyr, un printemps de jeunesse,
Sa fleur épanouie nourrie de mes caresses.

296
Chanson de la bergère

Il fleure bon ton sein blanc


Dans les rondeurs de ton printemps
Il fleure bon ton sein blanc
Pour les douceurs de tes amants

Elles sont blanches tes cuisses


Sous ton jupon affolant
Elles sont blanches tes cuisses
Fille rousse au teint charmant

Il est doux sur tes lèvres


Bergère au troupeau chantant
Il est doux sur tes lèvres
De boire ta bouche en s’enivrant.

297
L’image d’antan

Je voudrais par ma voix t’exprimer mon désir,


T’exprimer le besoin d’entre tes bras mourir.
Saurais-je sur ce cœur faire pleurer mes amours
Qui d’espoirs en années supplient en un toujours ?

J’attends éperdument la lueur de tes yeux


Qui soumise à ton corps veut un regard précieux.
Je pleure infiniment l’insensible candeur
De ton corps juvénile qui refuse mon cœur.

Je respire parfois l’essence de ta rose,


Dans le rêve inspiré d’une beauté éclose
Hélas le génie s’acharne le plus souvent
À m’en faire retourner à l’image d’antan.

298
Délivrance

Insensible à l’ortie plantée dans ta nature,


Je gémis sur ton sein ta sublime blessure ;
Conquise par l’amour et le rêve tremblant
Ta torture est divine, et ton cœur enivrant.

Oui, je veux par ton don obtenir délivrance


D’une vierge ingénue ou d’un fou en démence,
Je veux par le plaisir brûlant de tous nos feux
La joie d’un sang immense éclairant nos adieux.

Il me faudra, ma belle, m’extirper de ton corps


Et nier à jamais le bonheur dans l’effort.
Je me vois, dès demain oublier les naufrages
Et chasser de mon âme le plus beau pucelage.

299
TABLE DES MATIERES

OUVRAGES AYANT PARTICIPE

A LA COMPOSITION DE CETTE ANTHOLOGIE

L’Huile fraîche
Le Germe et La Semence
Le Manuscrit inachevé
Le Moût et Le Froment
Le Croît et La Portée
Parfums d’apaisement
La Racine et La Source
Le Grain et Le Regain
Le Sac et La Cendre
Le Buis et Le Houx
Le Lin et La Laine
La Manne et La Rosée
Collages
Losanges

300
Louanges
Les Interdits
Ombres bleues
Prières/Phrases/Exil
Sachets d’herbes
Sueurs sacrées
Douleurs extrêmes

301

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