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Histoire de l’Architecture page 1 Axel FORGET

Histoire de l’architecture
des XIXe et XXe siècles

I. Introduction – Aperçu des courants pré-XIXe siècle

Le style roman (VIIIe-Xe s.) :

Le style roman est caractérisé par la


voûte en plein cintre.
cintre Les édifices
romans, par l’utilisation de ce type
d’arcs, étaient plus sombres et plus
bas que les édifices des courants
suivants.

De plus les chapiteaux (au-dessus


(au des colonnes) étaient souvent illustrés de
bestiaires ou racontaient des histoires (religieuses).
(rel

Collégiale Sainte-Gertrude, Nivelles, XIe s. Collégiale Saint-Barthélemy,


Saint Liège, XIe s.
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Le style gothique (XIIe-XVIe s.) :

Bien que l’art gothique une révolution par rapport à l’art


roman, il tire son nom du peuple Goth. Les Italiens des
siècles suivants trouvaient en effet que l’art gothique était
une régression par rapport au style roman et lui
donnèrent son nom de manière péjorative.
péjorative.

Même si il a été utilisé bien avant, l’arc brisé (ou ogive) fait
partie des caractéristiques du gothique. Cependant, cet
art revoit la relation avec l’espace : les édifices, par le
recours de la voûte, vontt devenir de plus en plus hauts.
Afin de consolider les bâtiments, les architectes
architect ont
recours aux contreforts et aux arcs boutants.

Les constructions sont de plus en plus lumineuses & l’on


assiste, par l’usage notamment des rosaces, à de
véritables jeux de couleurs.

Notre-Dame de Paris Cathédrale de Reims

L’Architecture Renaissance (XVe-XVIIe s.) :

Le style Renaissance trouve ses origines en Italie où l’on souhaite un retour à


une norme qui fut, selon les Italiens, oubliée dans les exagérations et les
surcharges de l’art gothique. Le courant gagnera d’abord la France (lors des
batailles qui éclatèrent, sous François Ier, entre la France et l’Italie)
l’Italie avant de se
propager dans le reste de l’Europe.
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Les artistes Renaissance souhaitaient


un retour à l’Antiquité gréco-
romaine et utilisaient des techniques
architecturales de cette époque
comme les différentes colonnes
(dorique, ionique et corinthienne).
Cependant, ils ne souhaitaient pas
seulement rendre hommage à
l’Antiquité en la copiant, mais
désiraient la dépasser.

En France, les principales constructions Renaissance sont certains des


châteaux de la Loire. A la fin du XVIe siècle, les Français se détacheront de
leurs modèles italiens et créeront un véritable style Renaissance Français.

Le style renaissance est caractérisé par certains traits : retour à la symétrie et la


régularité (à l’opposé des exagérations gothiques), utilisation de techniques
tirées de l’Antiquité (comme la colonne ou le dôme), les constructions ne sont
plus seulement des palais ou des églises mais peuvent être des demeures
privées ou des places, effacement du vitrail, …

De plus, les façades des constructions renaissance seront de plus en plus


travaillées afin de montrer le prestige et la puissance de leurs possesseurs.
Plusieurs techniques seront ainsi (ré)utilisées : le bossage, la corniche est
travaillée, de petites fenêtres ponctuent les étages, les colonnes sont utilisées
en façade, tout comme la loggia (renfoncement en façade qui donne un
aspect de petite place couverte)….

Loggia dei Lanzi, Florence Château de Chambord


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L’Architecture Baroque (XVIe-fin XVIIIe s.) :

Tout comme le style Renaissance, le courant baroque


trouve ses origines en Italie avant de se propager au reste
de l’Europe. Ce courant a un but précis : par l’opulence
de ses formes, matières, couleurs et lumières, il désire
montrer un Etat et une Eglise tout-puissants.

Ici, tout est dans la surcharge : on multiplie les faux-


marbres, les stucs, les sculptures d’anges joufflus se
retrouvent partout, les nefs s’élargissent, les spirales
pullulent. Les fresques évoluent également : elles
couvrent les plafonds des édifices et n’hésite pas à les
« ouvrir » par la représentation de cieux qui se
trouveraient au-dessus de la construction ou simulent
des dômes ou autres pièces architecturales par
l’utilisation du trompe-l’œil. Les colonnes commencent à
tourner dans tous les sens, les toits prennent des formes
originales (ex. : toits en bulbe d’oignon), …

Les places publiques doivent également impressionner les étrangers qui


passent par là… On les rend gigantesques et ouvertes, on les décore de
fontaines impressionnantes, … (ex. : la Fontaine de Trevi, à Rome)

Palais Zwinger, Dresde

Baldaquin du Bernin, Saint-Pierre, Rome


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L’Architecture Classique (XVIIe s.) :

Le Classicisme est une réaction aux

Dôme des Invalides, Paris


extravagances du Baroque. Comme
pour la transition Gothique-
Renaissance, les esprits classiques vont
retourner aux sources pour y trouver
leur inspiration. Ici, les canons gréco-
romains deviennent des règles
contraignantes à respecter (aussi bien
dans l’architecture que dans la
littérature et les autres arts). Celles-ci
sont au service de l’Honnête Homme
et donne à l’étranger une image noble
du pouvoir.

Les exagérations baroques exigent ici


une étude rationnelle : on respecte les
proportions et la symétrie, les lignes sont équilibrées et sobres. On présente
ainsi une architecture faite d’ordre et de raison dont le but sera de rayonner,
de marquer les étrangers. Même si les bâtiments sont impressionnants et ont
des tailles remarquables, les lignes restent simples et la courbe ne trouve plus
sa place. Les édifices religieux voient leur façade, faite de mansardes ou de
colonnes, dominée par un dôme afin de présenter au croyant un tout
harmonieux.

Les places publiques évoluent également : on retourne à un espace clos et


rectiligne, harmonieux (comme la place des Vosges à Paris)

Chapelle de la Sorbonne, Paris Château de Versailles


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L’Architecture Néoclassique (mi-XVIIIe-mi-XIXe s.) :

Le Néoclassicisme s’inspire également des architectures de l’Antiquité dans


lesquelles il puise certains de ses procédés afin de se mettre au service du
pouvoir. Il sera supplanté par les Romantiques & leurs réalisations
réalisati
néogothiques.

Il trouve ses origines dans les fouilles archéologiques de Pompéi ou encore


d’Herculanum qui remirent à la mode certaines des formes et des techniques
d’alors.

Le courant va donc puiser dans l’Antiquité ses grands principes : utilisation de


colonnes, de frontons,
frontons, harmonies dans les proportions. Il remet également à
l’honneur l’arc de triomphe ainsi que le portique : cette technique réside en la
construction de galeries ou d’espaces ouverts soutenus par des colonnes, des
piliers ou encore par des arcades.

Palais Kuskovo, Moscou Arc de Triomphe du Carrousel du Louvre, Paris

Bâtiment Ouest du National Gallery of Art, Washington DC


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II. Le Néogothique – mi-XVIIIe-XXe s.

Le style trouve ses origines dans le courant


Dessin de VIOLLET-LE-DUC représentant la cathédrale idéale

romantique qui se développe durant le XIXe


siècle. Bien qu’il ne soit pas totalement
abandonné après le XVIe siècle, le courant
gothique fait place peu à peu aux
mouvements vus plus tôt. Durant la seconde
moitié du XVIIIe siècle, un engouement pour
certaines formes médiévales se développe –
comme dans la littérature et la peinture
romantiques. A ses débuts, on voit plutôt
une réutilisation de certains procédés
gothiques plutôt qu’une réappropriation du
genre : apparition de pointes, de détails dits
gothiques dans certains salons, … Le style
profitera également des avancées de
l’histoire en tant que science.

En France, le néogothique est indissociable du nom d’Eugène VIOLLET-LE-DUC


qui consacra une partie de son œuvre à la restauration de bâtiments
médiévaux. L’œuvre de VIOLLET-LE-DUC est multiple : il accompagna ses
travaux de notes sur les différentes styles antérieurs – roman, gothique, … – et
restaura des bâtiments en y ajoutant et modifiant certains détails. Selon lui,
restaurer une construction ne signifiait pas seulement le remettre à neuf, mais
« le rétablir dans un état complet qui [pouvait] n’avoir jamais existé à un
moment donné ».
Palais de Westminster
En Angleterre, le style se
retrouve dans certains
bâtiments officiels
comme Palais de
Westminster (1840-
1867), où se trouve le
Parlement Anglais. Cette
construction est
dominée par sa célèbre
tour de l’Horloge et son
carillon (Big Ben).
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Détail de la façade de la Sagrada Familia


L’Espagne, elle, voit deux courants
néogothiques se côtoyer : la
restauration, avec, par exemple, celle la
Cathédrale Sainte-Marie
Marie de
d Burgos où se
trouve la tombe du Cid Compleanor ; la
création avec le projet toujours inachevé
de la Sagrada Familia, à Barcelone, dont
la construction, lancée en 1882,
1882 reste le
chef-d’œuvre
d’œuvre de l’architecte GAUDI (à
qui l’on doit également le Parc Guell, la
Casa Mila, …).. Bien que ses formes soient
inspirées de l’architecture gothique,
GAUDI a également voulu y ajouter
certains détails issus de la nature afin
que la construction semble sortir de
terre.

Le courant se développe à travers l’Europe, avec certaines différences


différen en
fonction des pays, mais trouve également une voie aux Etats-Unis
Etats avec, entre
autres, la construction de la cathédrale Saint-Patrick
Saint à New-York
York (1853-1878).

Cathédrale Saint-Patrick

Quel qu’en soit le pays, le courant sera déclaré comme étant originaire de
chacun voulant ainsi refléter de la puissance et l’importance de chacun des
pays.
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III. L’Eclectisme – 1860-1920.

L’Eclectisme n’est pas un courant en lui-même mais regroupe un certain


nombre de constructions différentes relevant de différents genres mais ayant
comme caractéristique commune de vouloir se référer, en les copiant et les
mélangeant, à des styles antérieurs. Il s’inscrit dans un mouvement de retour à
l’histoire (dans les différents modes artistiques).

Parmi les

Opéra Garnier
courants qui
se disent
comme
héritiers des
préceptes de
l’Eclectisme
se retrouve le
style Second
Empire – ou
Napoléon III.
Ce courant
s’inspire de
différents
genres architecturaux allant de l’Antiquité jusqu’au style néoclassique. Le style
Second Empire se caractérise par un culte du luxe et du faste que l’on
retrouve dans les ornementations en relief et abondantes ainsi que par
l’utilisation de tentures somptueuses. De plus, dans le mobilier, le luxe
s’accompagne de détails, comme les franges, afin de cacher la moindre
boiserie. L’Opéra Garnier, inauguré en 1875, est un monument parisien qui
représente à merveille le style Second Empire. Il fut commandé par l’Empereur
Napoléon III et fut l’objet d’un concours d’où sortit gagnant le jeune Charles
GARNIER. Le but premier de celui-ci est que l’Opéra soit un lieu d’apparat, aussi
bien par son extérieur imposant (sensé imposer comme le fait la France à
l’époque) que pour son intérieur aux ornementations surabondantes :
dorures, reliefs, références à l’Empire, signature de l’auteur dans des
mosaïques, multitude de miroirs, … La société qui s’y rend veut être vue et
GARNIER réussit ce pari en y multipliant les inspirations comme le baroque et le
néoclassicisme italien.
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Le style Beaux-Arts se
trouve dans la lignée du
Second Empire mais ne
peut plus porter ce nom
car il se retrouve dans les
City Hall de San Francisco

monuments de la
Troisième République –
qui a participé au
renversement de l’Empire
en 1870. Il tire son nom
de l’Ecole des Beaux-Arts
de Paris qui est, à l’époque, l’institution de référence dans le milieu artistique
européen. Ce mouvement est paneuropéen mais se retrouve dans les pays
voisins à la France sous d’autres dénominations : style victorien en Angleterre,
style wilhelminien en Allemagne, … Il influencera également les architectes
américains à partir du milieu du XIXe siècle.

Ses caractéristiques sont,

Sacré-Coeur
comme pour les courants
éclectiques, principalement
basées sur une reprise
d’éléments des architectures
antérieures qu’il mélange :
néoroman, néogothique,
néoclassique, … Pourtant,
certains éléments lui sont
propres : utilisation de la
balustrade, de la colonne, du
pilastre – genre de colonne
encastrée dans un mur – recours aux grands escaliers ou à la polychromie
pour les façades, … De plus, les bâtiments publics, tout comme le style Second
Empire, doivent impressionner le visiteur et les constructions Beaux-Arts sont
monumentales et somptueuses. Parmi les constructions les plus connues de
Parlement de Budapest
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ce courant, on retrouve le Parlement de Budapest (1896), le City Hall de San


Francisco (1915) ou encore le Grand Palais de Paris (1900) ou le Sacré-Cœur
(1875-1919).

Pont de Garabit
La deuxième moitié du XIXe siècle voit également un autre courant éclectique
se développer. Cette architecture, dite d’ingénierie, ne puise pas dans les
mêmes références que le style Beaux-Arts ou le Second Empire, mais va plutôt
s’inspirer des avancées technologiques, aussi bien dans le domaine de la
sidérurgie que dans celui de la verrerie. Les constructions de ce courant
seront reconnues comme des prouesses techniques alliant le moderne de la
technologie à la notion de beauté et d’esthétique. Parmi ces architectes-
ingénieurs, on peut retrouver Gustave EIFFEL dont la société (Gustave EIFFEL &
Cie) a été l’initiatrice d’un certain nombre de projets : le Viaduc de Garabit
(France), la Gare de Budapest, le Pont Maria Pia (Portugal) sans oublier la
fameuse Tour Eiffel sensée couronner Paris lors de l’Exposition de 1889 ! De
l’autre côté de la Manche, Joseph Paxton innove également lors de
l’Exposition Universelle de 1851 avec son Crystal Palace, palais d’exposition fait
de fonte et de verre.

Gare de Budapest Crystal Palace


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IV. L’Ecole de Chicago & la Prairie School – 1870-1930.

Ce courant américain doit son


Flatiron Building, New-York

émergence et son développement


rapide à un gigantesque incendie qui
ravagea totalement un certain nombre
de quartiers de Chicago en octobre
1871. La reconstruction était nécessaire
& ces événements permirent à une
nouvelle approche de l’architecture
d’immeubles de se dégager. L’on misa
sur les nouvelles techniques et le fer
forgé, le ciment et l’acier furent élus par
l’Ecole de Chicago car ils étaient sensés
durer. L’on décida également de ne plus
construire des bâtiments dont les murs
seraient porteurs, mais d’avoir recours à
des dalles et de piliers dotant les
immeubles de véritables squelettes en
métal. Ces modifications structurelles
permirent à l’urbanisme de se
transformer également : l’on géra différemment l’implantation et la répartition
des bureaux, commerces, … et surtout, l’on se dirigea vers des constructions
verticales qui allaient déboucher sur les futurs gratte-ciels. En 1879 et 1885,
William LE BARON
JENNEY fait Auditorium Building, Chicago
construire à
Chicago les First
Leiter Building et
Home Insurance
Building. Le
second, haut de
42 mètres, est
considéré comme
le premier gratte-
ciel. Au sein de
cette « école » se
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succéderont plusieurs grands noms dans l’architecture américaine : Daniel


Burnham (à qui l’on doit le Flatiron1 Building, New-York ou le Carbide &
Carbon Building, Chicago), Adler ou encore Sullivan (l’on doit à ces deux
derniers l’Auditorium Building de Chicago).

Si l’Ecole de Chicago est une architecture


fonctionnelle (Sullivan déclarera « Form
follows function2 »), son pendant dans
l’architecture résidentielle est le
mouvement de la Prairie School. Ce
Maison de la Cascade, WRIGHT, 1936-39

mouvement est indissociable du nom de


l’architecte Frank Lloyd WRIGHT qui donna,
par certaines de ses constructions, ses
lettres de noblesse aux Prairies Houses. La
ligne droite est, tout comme dans l’école
de Chicago, de vigueur, mais les
constructions se situeront dans un plan
horizontal et non vertical (comme c’est le
cas pour le gratte-ciel). Cette horizontalité
permet à l’architecte d’intégrer réellement
la maison d’habitation dans son environnement. Le choix de l’horizontalité est
sensé rappeler le paysage des Grandes Plaines (région du centre des Etats-
Unis et du Canada), ce qui donne son nom au mouvement. Les matériaux
choisis sont également
innovants et proches de ceux
utilisés dans les immeubles de
Musée Guggenheim, New-York,
Chicago : le béton & l’acier
venant s’ajouter aux matériaux
traditionnels comme le bois. La
fonction est, elle aussi, un
WRIGHT, 1956-59

élément majeur de ce
mouvement : la disposition, la
forme et la hauteur des pièces
dépendent de la lumière et
l’aération que l’on veut y donner ; la fonction des différentes pièces a
également un impact sur leurs formes (ce que WRIGHT appelle le style
organique).

1
Dont le nom signifie, en français, immeuble en forme de fer à repasser.
2
« La Forme suit la fonction » : les immeubles, dits fonctionnels, doivent leurs formes à l’utilité que l’on
souhaite leur donner.
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V. L’Art Nouveau – 1890-1915.

L’Art Nouveau apparaît à la fin du


XIXe siècle. Bien qu’il deviendra
très vite une référence, il s’éteindra
également très rapidement pour
laisser place dans les années 20 à
l’Art Déco. L’Art Nouveau, dans
Escalier de l’Hôtel Tassel, HORTA, Bruxelles

certains de ses concepts, est un


descendant du courant
britannique de l’Arts & Crafts3 qui
prônait un certain retour à
l’artisanat dans la réalisation de
pièces uniques ainsi qu’un certain
retour à la nature : les artisans
décidaient ainsi de retourner à la
campagne pour travailler, leurs
épouses de quitter le costume
londonien pour une tenue
« paysanne », certains prônaient une alimentation végétarienne, … D’un point-
de-vue architectural et plastique, l’Arts & Crafts met en scène une simplicité
allant parfois jusqu’au dépouillement – la beauté des objets devant suffire à
elle-même – et insère dans ses formes les végétaux et les animaux de manière
plus ou moins simplifiée et stylisée.

Carreau de céramique de style Arts & Crafts


L’Art Nouveau, tout comme l’Arts &
Crafts, s’oppose à l’industrialisation des
constructions et des techniques et à la
répétition des formes dans les
productions de l’époque. Face à la
rigidité de l’époque, le courant prône
un usage de la courbe, une utilisation
des couleurs, ainsi que des références
à la nature & aux volutes végétales et
animales. Il s’agit également d’un art
total : l’espace est pensé, tout comme
dans l’école de Chicago et la Prairie
School, de manière globale. Tout l’espace est occupé et vise à donner à

3
Que l’on pourrait traduire par Arts & Artisanats.
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l’homme moderne toutes les chances d’épanouissement grâce, entre autres,


à l’usage de la vie végétale et animale dans les objets quotidiens & les
moindres pièces d’architectures – escaliers, façades, …

En 1893, Victor HORTA fait ériger à


Bruxelles l’Hôtel Tassel, considéré
maintenant comme le premier bâtiment
Art Nouveau. Les courbes envahissent les
pièces de ferronnerie, les fresques ou
encore les vitraux, les meubles – tout
comme les tapis – sont conçus
spécialement pour pouvoir s’intégrer
dans les différentes pièces de l’habitation.

Tous les artistes Art Nouveau sont unis


par le même souci : créer un courant qui
trouverait son homogénéité dans la
Peinture de MUCHA

diversité. Chaque artiste est différent et


peut côtoyer les autres. De plus, l’Art
Nouveau est un mouvement artistique
représenté par des jeunes talents qui
souhaitent se démarquer de leur époque
où absolument tout est codifié. Les formes sont variées et parfois exagérées, la
femme est représentée partout et de manière érotique afin de s’opposer à
l’austérité de la fin du XIXe siècle !

Bouche de métro, GUIMARD, Paris


Les artistes Art Nouveau
souhaitent également unifier art &
vie. Pour ce faire, ils vont tout
d’abord lutter contre
l’industrialisation qui produit des
objets à la chaîne, leur retirant ainsi
toute identité particulière : l’Art
Nouveau devient un art total de
l’unique où chaque objet est
réalisé pour le bâtiment – et même
pour la pièce – dans lequel il se
trouvera. La lutte contre
l’industrialisation explique
également les références à la
nature que l’homme est en train
d’abandonner à cause de l’industrie. La nature permet également une
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expression de l’esthétique du beau, opposée à la répétition des produits


industriels. Enfin, le recours à des matériaux naturels, comme le bois ou la
pierre, alliés au fer & au verre suit également cette réflexion d’opposition.

L’Art Nouveau est un art urbain, clairement ancré dans la ville. Il rappelle à
l’homme moderne et citadin qu’il risque, s’il continue sur sa lancée, de se
couper de la nature. Bien que certains bâtiments Art Nouveau aient été
construits à la campagne, il s’agit essentiellement d’un art représenté dans des
commandes de bourgeois désirant faire construire leur hôtel particulier en
plein cœur de la ville. Le côté urbain et total du courant se retrouve
également dans certains mobiliers urbains comme les fameuses bouches de
métro d’Hector GUIMARD ou encore certains lampadaires.

Exemples de mobilier Art Nouveau


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VI. Le mouvement moderne et le Bauhaus – 1920-1940.

L’architecture moderne, comme les autres courants précédemment vus, se


veut en opposition à ce qui a été fait juste avant. Les architectes de ce courant
prônent un retour aux lignes géométriques simples – par opposition aux
volutes de l’Art Nouveau – des décors minimalistes ainsi qu’à une domination
de la fonction dans le choix des volumes. Aux exagérations des courants
précédents se trouve confronté un certain rationalisme. Le mouvement
moderne s’inscrit alors dans la lignée des courants qui ont misé sur les
développements techniques en utilisant le fer ou encore le béton comme
élément architectural à part entière.

En 1919, est créé en Allemagne le BAUHAUS4, institut des arts & métiers, par
Walter GROPIUS. Le nom de Bauhaus a très vite désigné le mouvement
architectural développé & enseigné au sein de ses locaux ainsi que le courant
artistique lié à ce dernier. Y enseigneront plusieurs grands noms dans le
domaine des arts comme les peintres KLEE ou KANDINSKY. GROPIUS est un des
pionniers de l’architecture moderne dont il posera certaines bases. Aux
préceptes de cet institut adhéreront plus d’un grand nom des arts du XXe
siècle. Cependant, le BAUHAUS de Berlin5 fermera ses portes en 1933 par

Bauhaus, GROPIUS, Dessau

4
Qui signifie littéralement « maison du bâtiment, du bâtir ».
5
Initialement créé à Weimar, le Bauhaus déménagera vers Dessau-Roslau, puis à Berlin.
Histoire de l’Architecture page 18 Axel FORGET

décision des nazis – qui trouvaient « dans le Bauhaus l'expression la plus


parfaite d'un art dégénéré » – et plus d’un de ses enseignants quittera
l’Allemagne nazie pour se réfugier aux Etats-Unis qu’ils imprégneront des
avancées faites au Bauhaus durant un peu moins de 20 ans, influençant
considérablement le style international.

En France, LE CORBUSIER jeta les bases


du mouvement puriste, versant
français – d’une certaine façon – du
modernisme. Bien qu’il le critique en
Eglise Saint-Pierre, LE CORBUSIER, Firminy

certains points, LE CORBUSIER établit


certains rapports entre son travail
architectural & le courant cubiste.
Selon lui, « les œuvres sont rendues
lisibles par des formes simples et
dépouillées, organisées en
constructions ordonnées,
génératrices d'harmonie ». Ses
premières constructions optent pour
une forme rectiligne. Il rêve
d’urbanisme et réalise des unités
d’habitation aux formes droites & dépouillées. En 1927, il pose les bases d’une
architecture moderne qui doit, selon lui, respecter 5 points : le TOIT-TERRASSE
qui implique de renoncer au toit en pente et qui, devenu par la sorte
accessible, pouvait servir de solarium, de terrain de sport ou de piscine ou
encore de jardin ; le PLAN LIBRE qui supprime les murs porteurs et qui libère
l'espace ; la FENÊTRE EN LONGUEUR qui devient possible, comme le plan libre,
grâce aux structures poteaux-dalles ; la FAÇADE LIBRE, grâce, entre autres, aux
poteaux mis en retrait par rapport aux façades, la façade devient une fine
couche faite de murs légers et de baies ; les PILOTIS grâce auxquels le rez-de-
chaussée est transformé en un espace dégagé permettant la déambulation,
le jardin pouvant parfois passer sous le bâtiment.
Villa Savoye, LE CORBUSIER
Histoire de l’Architecture page 19 Axel FORGET

VII. L’Art Déco – 1920-1940.

Dans la continuation de l’Art Nouveau & à la

Toit du Chrysler Building, New-York


suite de la Première Guerre Mondiale apparaît
un mouvement artistique qui va toucher tous
les arts. Au
u sortir de la guerre, plus d’une ville
européenne, détruite durant le conflit, doit être
reconstruite. Un style fait alors son apparition,
puisant ses inspirations dans de nouvelles
formes artistiques comme le cubisme ainsi que,
dans ses premiers temps, dans
d l’Art Nouveau :
l’Art Déco.

L’Art Déco va très vite abandonner la courbe et


va présenter des lignes épurées et simples : les
volutes de l’Art Nouveau sont vite
abandonnées, et le courant opte pour des
formes parallélépipédiques dont les angles
sont vifs
fs ou arrondis. On fait également
régulièrement recours au cercle et à
l’octogone.

Ce courant va également tenter d’insérer, dans


ses constructions, des éléments liés au
possesseur du bâtiment : ainsi, le toit du
Chrysler Building g de New-York
New est sensé
représenter une succession de pare-chocs.
pare

L’Art Déco s’inspire également du


mouvement d’émancipation des femmes et
Entrée de l’Empire State Buliding, NY

présente souvent dans ses motifs la figure de


la garçonne – figure de mode et de vie d’une
femme qui est libre et autonome, qui travaille
et prend du bon temps, qui conduit, fume et
se moque du qu’en-dira-t--on. De plus, il
s’ajoute à certains mouvements –
contrairement à l’Art Nouveau – qui préconise
une fabrication de masse et industrielle, offrant
ainsii au client un design de masse.
Histoire de l’Architecture page 20 Axel FORGET

Les constructions Art


Déco prônent les
nouveaux matériaux,
comme le béton, sensés
rappeler les constructions
massives des siècles
précédents. Le recours à la
forme géométrique sous
tous ses aspects : les
corniches et les linteaux
de fenêtre6 sont ornées de
bas-reliefs géométriques,
les bâtiments se parent de
Façade du Grand Rex, Paris

lignes droites sensées


représenter les rayons du
soleil, … De plus, les gratte-
ciel sont faits de formes
empilées de manière
décroissante.

Même si les formes géométriques présentes sont simples et épurées, le


mobilier Art Déco présente des décorations raffinées et luxueuses. Tout
comme l’Art Nouveau, les références aux règnes animal et végétal sont
établies, mais en le faisant de manière plus simplifiée et stylisée. Les surfaces
présentent également

Foyer du Strand Palace Hotel, Londres


de la dorure ou sont
laquées. De plus, on
voit incrustées sur le
mobilier des
plaquettes de métal,
d’ivoire ou encore de
nacre. L’Art Déco a
aussi tendance à
surcharger, voire à
étouffer, l’intérieur : les
bois sont teintés de
diverses couleurs –
rouge, vert, bleu, … – et les tapis sont remplis de motifs qui, bien qu’étant
stylisés, se répètent à outrance et rende l’intérieur lourd.

6
Dessus de fenêtre.
Histoire de l’Architecture page 21 Axel FORGET

VIII. L’Architecture Totalitaire – 1920-1953.

Le terme d’architecture
totalitaire désigne
l’architecture des régimes
Théâtre de l’Armée Rouge, Moscou

dictatoriaux qui ont


ponctué l’histoire de la
première moitié du XXe
siècle, à savoir le nazisme,
le fascisme italien ainsi
que la dictature
stalinienne. L’architecture
totalitaire prend ses
sources dans l’Italie des
années 1920 durant lesquelles le fascisme se développe. Certaines de ses
idées se répandent en Allemagne nazie et en Russie Communiste. Tout
comme son apparition est liée à l’émergence des totalitarismes européens,
son déclin accompagne la chute de ceux-ci en Allemagne et en Italie en
1945, et la mort de Joseph STALINE en 1953. Dans les points communs entre
ces différents styles, on peut également trouver des références au néo-
classique ou à l’époque gréco-romaine, et cette volonté d’illustrer la puissance
du régime par l’architecture imposante. Les constructions totalitaires doivent
également montrer certaines valeurs des régimes comme l’ordre ou l’accord

Illustration représentant le Palais des Soviets, Moscou


d’une nation autour d’une idée.
Certains qualifieront cette
architecture de propagande
architecturale. Cependant, les
bâtiments du courant totalitaire
présentent des caractéristiques
communes, telles les références
au néo-classique, à ceux des
constructions réalisées dans les
démocraties occidentales, ce qui
fait que ce courant fut également
qualifié de « style des années 30 ».

En URSS, le style devient vraiment


totalitaire avec l’arrivée au pouvoir
de Joseph STALINE et se développe
dans les années 30. L’architecture
Histoire de l’Architecture page 22 Axel FORGET

s’inspire des styles antérieurs comme l’Art Déco ou le Néoclassique, et


présente des formes

Novococum, G. TERRAGNI, Côme


hautes et droites,
rectangulaires, aux balcons
et aux colonnes ornées.
Très vite, le pouvoir
décidera que les
constructions ne seront
plus des faits isolés, mais
des plans de secteur :
transformer des quartiers
entiers afin de transformer
l’urbanisme général des
villes – en effaçant ainsi les
références à l’Empire – aménagement de structures imposantes – comme le
métro de Moscou – utilisation d’éléments de constructions modernes et peu
coûteux pour lutter contre la crise du logement ou encore construction de
villes nouvelles. Enfin, les constructions variaient en fonction de la classe
sociale de leurs futurs acquéreurs : l’extérieur des bâtiments devait renseigner
sur qui vivait à l’intérieur ! Parmi les projets de STALINE, on doit citer celui des 7
Sœurs pour lequel devaient être construits 7 bâtiments imposants aux formes
similaires (lignes droites, bâtiments hauts et larges, surmontés par une flèche)
ainsi qu’une 8e construction : le Palais des Soviets qui devait faire 315 mètres
de haut et qui devait être surmonté d’une statue de LÉNINE haute de 100
mètres !

Maison du Fascisme, Côme


L’architecture
fasciste, elle, était
divisée en deux
branches
distinctes : le
7
modernisme et
une branche plus
conservatrice. Le
premier prône
une utilisation du
décor minimaliste
et de la ligne
droite. Il est donc,
même si les

7
Ce courant est également présent dans des pays démocratiques.
Histoire de l’Architecture page 23 Axel FORGET

bâtiments peuvent être imposants, un style que l’on peut considérer,


visuellement, comme minimaliste. De plus, il rallie certains des préceptes des
fonctionnalistes.

En Allemagne, HITLER est un fervent admirateur de l’Empire Romain, allant


considérer le peuple romain comme étant un des premiers peuples aryens !
Cette admiration explique pourquoi le Führer souhaita que l’architecture
nazie s’inspire du style de l’Empire Romain auquel il ajouta des influences du
néoclassicisme et de l’Art Déco. HITLER, tout comme STALINE, rêvait également
d’urbanisme et souhaitait raser des villes, comme Berlin, pour y reconstruire
des bâtiments d’habitation pour les familles allemandes, des bâtiments
administratifs représentant la grandeur du Reich, et des bâtiments privés afin
que les grandes sociétés y installent leurs bureaux. S’inspirant toujours de
l’Antiquité Romaine, HITLER fit construire des stades, des théâtres en plein air et
des tribunes publiques – comme celle de Nuremberg où se réunissait chaque
année le parti nazi – sensés représenter l’adhésion du peuple à un projet
collectif.

Tribune Zeppelin, Nuremberg


Histoire de l’Architecture page 24 Axel FORGET

IX. Le Style International – 1920-1980.

Le Style International est un courant qui

Philadelphia Saving Fund Society


s’est développé dans le monde entier et
qui est dans la lignée des traditions du
BAUHAUS, des idées du Mouvement
Moderne ainsi que des matériaux et
techniques de constructions
américaines à base de verre et d’acier.
De plus, le Style International se veut en
décallage par rapport aux styles du
passé. Pour ce faire, les architectes
mettent en valeur les volumes des
constructions grâce à des surfaces
extérieures lisses et sobres, sans
ornementation ou décoration inutile. Ils
souhaitent également utiliser toutes les
possiblités qu’offrent la régularité et les
matériaux modernes comme le verre et
le béton. Il est également un témoin
révélateur des Trente Glorieuses8.

Les réalisations les plus marquantes du courant sont essentiellement visibles


aux Etats-Unis. Bien que ces constructions présentent des formes différentes
et sont des constructions très diverses, toutes retrouvent leur parenté par les
éléments cités au-dessus :
recours à la ligne droite,
sobriété, utilisation du
verre, de l’acier ou
Siège de l’ONU, New-York

encore du béton. Le
fonctionnalisme est
également une source
d’inspiration dans le
choix des architectes et
les constructions sont
produites en fonction de
ce qu’il y sera fait plus tard. Ainsi, le siège de l’ONU, New-York, voit ses
différents bâtiments séparés en fonction de leurs fonctions.
8
Période prospérité économique allant de 1945 à 1973 qui, dans les pays développés, a permis le passage à la
société de consommation.
Histoire de l’Architecture page 25 Axel FORGET

X. Le Brutalisme – 1950-1970.

Le nom de brutalisme a
été créé dans les années
50 par des architectes
anglais et tire son nom du
béton brut que LE
UCSD’s Geisel Library

CORBUSIER considérait
comme son matériau de
prédilection.

Les bâtiments brutalistes


sont composés de formes
géométriques anguleuses qui sont répétées à travers le bâtiment et qui
gardent souvent l’empreinte du coffrage9. Les constructions de ce courant ne
présentaient pas de fioritures et prônaient également une certaine sobriété et
une apparence extérieure massive. Bien que son nom soit tiré du béton, le
courant présente également d’autres matériaux de construction comme la
brique, le verre, l’acier ou encore le gabion10.

XI. L’Architecture High-Tech – à partir de 1970.

Hearst Tower, New-York


L’Architecture High-Tech se trouve dans le
prolongement des styles modernes précédents
dans la reprise de la ligne et des matériaux
modernes. Cependant, elle se démarque de ceux-
ci par une utilisation d’éléments industriels et
technologiques pour la construction de bâtiments
– qu’ils soient destinés au logement, à
l’administration ou encore à des musées. Apparue
dans les années 70, elle semblera peiner face à
l’émergence du post-modernisme dans les années
80 et reprendra un nouvel essor durant la
dernière décennie du XXe siècle.

9
Coffre dans lequel le béton brut était coulé afin de lui donner sa forme.
10
Sorte de casier fait de fils de fer tressés contenant, le plus souvent, des pierres.
Histoire de l’Architecture page 26 Axel FORGET

Les constructions high-tech ont en commun de mettre en avant – voire de


glorifier – les éléments techniques et fonctionnels et d’utiliser des éléments
préfabriqués. Les murs de verre sont de plus en plus utilisés et de nouvelles
techniques le concernant sont créées, comme celle du verre extérieur
attaché.

Les éléments techniques –


structure porteuse, système de
ventilation, … – ne sont plus
cachés comme c’était le cas
précédemment. Que du
contraire ! La façade d’une
construction high-tech ne doit
plus être lisse et opaque, mais
affiche sans honte ce qui
constitue le technique du
bâtiment. Ainsi, le Centre
Pompidou de Paris n’hésite pas à
arborer fièrement sur sa façade
les conduits de ventilation ainsi
que les ascenseurs ! Ce procédé
Centre Georges Pompidou, Paris

permettait, outre de changer


l’aspect esthétique des
constructions, de libérer un
maximum d’espace intérieur. La
Tour HSBC de Hong Kong offre
une autre conception de l’espace
intérieur qui doit être libéré. Ici, les
espaces intérieurs sont ouverts et
les niveaux sont facilement
accessibles. Le but était que l’on associe l’intérieur à la fonction première du
bâtiment, c’est-à-dire aux fonctions d’une banque. Les bâtiment high-tech
présentent également fréquemment l’utilisation du mur-rideau en verre qui
permettent également une transparence et une visibilité des matériaux et
éléments de construction.

Une des raisons pour lesquelles le high-tech met en scène ce qui n’est pas
montré est liée à l’utopie d’améliorer le monde grâce à la technologie. De
plus, les architectes high-tech souhaitaient montrer un espace qui
correspondait à l’époque industrielle dans laquelle nous vivons et transformer
ainsi une esthétique civile en une nouvelle qui incluerait les éléments
industriels là où on les aurait peu ou pas attendus – musées, …
Histoire de l’Architecture page 27 Axel FORGET

XII. Le Postmodernisme – à partir de 1970.

L’architecture postmoderne se veut

Teatro del Mondo, théâtre flottant d’Aldo ROSSI, Venise


en opposition aux styles antérieurs et
en particulier au mouvement
moderne. Cette nouvelle architecture
réintroduit l’éclectisme dans ses
conceptions artistiques. Bien que les
architectes recherchent l’originalité et
souhaitent créer de nouvelles formes,
ils ne nient pas le passé & insèrent
dans leurs constructions des éléments
architecturaux et décoratifs issus de
l’art classique comme les colonnes ou
les frontons en se replongeant et en
maîtrisant l’histoire et les techniques
des arts. La reprise des anciens se
retrouve également dans la
recherche de symétrie et d’équilibre des constructions du postmodernisme.

Le mouvement postmoderne, dans ses différentes formes – peinture,


architecture ou encore littérature – tient également à présenter un collage
d’éléments hétéroclites,
suivant par là-même les
influences du courant
Arènes de Picasso, logements de M. NUNEZ, Noisy-le-Grand

surréaliste. Selon les


théoriciens, coller des
genres totalement
différents – un western
mêlé de conte de fées
et de vaudeville, par
exemple – permet à
l’artiste de représenter
une réalité qui,
maintenant, est
considérée comme
complexe. Ce collage
permet également
d’effacer la hiérachie
entre un art de l’élite et
Histoire de l’Architecture page 28 Axel FORGET

une culture populaire. Ainsi, WARHOL transforme des figures populaires – de


Marilyn MONROE aux boîtes de soupe CAMPBELL – en art au sens noble.

Un des reproches
les plus fréquents
faits au
postmodernisme est
sa volonté de se
plier aux impératifs
du marketing. En
effet, l’artiste
Université de Musique, STIRLING, Stuttgart

postmoderne se
décentre, ainsi que
son esthétique, de
l’interprétation de
son œuvre mais
laisse ce « travail » au
public qu’il met au
centre de son
œuvre tout en
donnant une place
importante à
l’interprétation de chacun. De plus, l’artiste adopte une attitude dite ironique
en assumant la possibilité que son œuvre puisse irriter et déplaire ! Les
postmodernes sont ainsi d’habiles jongleurs qui font revivre des codes
traditionnels dits sérieux tout en évitant de se prendre au sérieux et en évitant
également de tomber dans la gaudriole ou la dérision.

XIII. Le Déconstructivisme – à partir de 1990.

Le Déconstructivisme est, comme


le postmodernisme, en
opposition aux mouvements
modernes rationnels. Par contre,
Vitra Design Museum

lui, se veut en rupture totale avec


les courants du XXe siècle mais
souhaite également une rupture
avec le passé – alors que
postmodernisme puisait dans le
Histoire de l’Architecture page 29 Axel FORGET

passé certaines de ses théories.

L’architecture déconstructiviste est déraisonnable et joue avec la ligne. Les

Musée Royal de l’Ontario


murs se retrouvent
penchés, les sols
inclinés, les poteaux
et colonnes ne sont
pas droits, … Le
bâtiment se voit
ainsi « malmené » et
les visiteurs perdus
face à ces bâtimens
sans dessus dessous.
Les lignes et les
formes utilisées dans
des configurations
originales donnent au courant un esprit de mouvement, de désiquilibre. Dans
certains de ses principes, l’artiste est influencé par les courants picturaux
abstraits qui marient les formes et les couleurs dans des alliances inattendues,
en optant, entre autres, pour des
procédés comme le collage. Enfin, les
architectes transforment les éléments
classiques, comme l’escalier ou la
passerelle, pour permettre la circulation à
travers et en dehors du bâtiment et
multiplier ainsi les angles sous lesquels
on peut le regarder.

Les constructions deviennent ainsi


l’expression de la liberté de l’artiste qui se
moque de tous les carcans intellectuels,
Blue Tower, New-York

plastiques et formels. De plus, la critique


des systèmes précédents n’est pas dans
le simple but de critiquer et de détruire,
mais plutôt dans celui de créer du neuf,
de l’inédit. Grâce à cette libération des
esprits, l’espace s’ouvre à nouveau et
devient autre, et les bâtiments tentent de témoigner d’une ville et d’une
société où les conflits et les dilemmes sont monnaies courantes. Enfin, tout
comme le postmodernisme, le déconstructivisme tient à choquer et dérouter
l’œil qui découvre ses constructions et lui apprendre ainsi de nouvelles façons
de voir et concevoir l’espace et le bâtiment.
Histoire de l’Architecture page 30 Axel FORGET

XIV. La Blob Architecture – à partir de 1990.

Le mot blob venant de l’anglais


et signifiant « tache » ou encore
« goutte », la blob architecture
désignera un courant où les
bâtiments présentent une
forme molle et bombée.
Certains la qualifient également
d’organique – au sens de
vivant et non comme
l’architecture fonctionnelle et
organique de WRIGHT. Ce
City Hall, Londres

courant voit ses bâtiments


comme un dialogue entre la
construction et la nature – que
l’on retrouve dans ses formes :
les constructions ressemblent à des organismes géants dotés d’enveloppe
extérieure ou encore à des galets. De plus, la ligne et l’angle ont tendance à
disparaître au bénéfice d’un aspect sinueux où la courbe et l’asymétrie sont
reines. La blob architecture doit beaucoup au développement des logiciels
qui permettent de mieux concevoir et « tester » les différents volumes et les
possibilités diverses qu’offre l’architecture. L’informatique permit alors de
quitter la ligne droite ainsi que les verticalité et horizontalité alors maîtresses
de l’architecture.

The Sage Gateshead, Grande-Bretagne