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Chap 17 

: Les politiques de lutte contre les inégalités : (1956). Les inégalités se réduisent aussi du fait de l’inflation, qui « fait
changer la richesse de mains » (Keynes).
Une inégalité est une différence entre les individus dans l’accès à des -Mais depuis les 1980s-1990s, les dispersions de salaire et la concentration
ressources socio-économiques valorisées, impliquant une hiérarchisation des patrimoines augmentent de nouveau. Les inégalités mondiales
sociale. Les inégalités économiques touchent les revenus, les patrimoines, diminuent du fait de la croissance des PED, mais elles s’accentuent au sein
les niveaux de vie, et les inégalités sociales un champ plus large. des pays ; la mondialisation, le progrès technique, la financiarisation de
l’économie, le « principe de rareté » du fait de l’accroissement
I- La lutte contre l’inégalité de revenu et de patrimoine : démographique bénéficient aux travailleurs qualifiés et aux détenteurs de
capital.
A) La réduction des inégalités de condition sur la longue période
B) L’action sur les revenus primaires (lutte en amont) :
et leur remontée récente :
-La politique des revenus : l’Etat peut fixer les salaires de la fonction
-Les contemporains prennent vite conscience des transformations radicales
publique, des professions de santé, des agriculteurs, du SMIC et minimas
à l’œuvre dans la société industrielle. Malthus (1798) voit dans la
sociaux. Il réduit ainsi les disparités de revenu dans l’économie
surpopulation une menace au processus d’accumulation, Ricardo (1817)
-La taxation du patrimoine : taxe foncière, taxe d’habitation, droits de
développe le « principe de rareté ». Le prolétariat industriel entassé dans les
succession, impôt de solidarité sur la fortune (ISF, 1989).
taudis devient croissant, leur condition existentielle misérable, comme le
montre Villermé dans son Tableau de l’état physique et moral des ouvriers
C) La redistribution verticale (lutte en aval) :
employés dans les manufactures (1840). Les inégalités s’accroissent
→Les prélèvements contribuent pour 1/3 à la réduction des inégalités (en
jusqu’aux 1870s : alors que la croissance s’accélère, les salaires stagnent, et
c’est donc les détenteurs de capital (industriels, propriétaires fonciers) qui grande partie grâce à l’IRPP), les prestations pour les 2/3
en profitent. Les mouvements révolutionnaires grondent, animés par les -Taxation des hauts revenus : les impôts progressifs réduisent le plus les
mantras de K. Marx (1848), qui voit à terme l’effondrement du capitalisme. inégalités, car ils ont un effet « statique » (resserrent l’éventail des revenus)
Mais les inégalités se réduisent petit à petit à partir de 1870, avant que les et « dynamique » (limite l’accumulation future). L’IRPP est défini par des
chocs exogènes des guerres et du krach de 1929 et les chocs exogènes taux marginaux de taxation associés à différentes « tranche » de revenus ; sa
fiscaux (impôt sur les successions le 25 février 1901, impôt sur le revenu progressivité a été mise à mal ces dernières années (même si Hollande s’est
avec la loi Caillaux le 15 juillet 1914) ne détruisent le capital. engagé à créer une nouvelle tranche au taux marginal de 75%). Plus
-Les Trente Glorieuses insufflent un air d’optimisme : les inégalités seraient encore : Landais, Saez et Piketty montrent dans Pour une révolution
spontanément amenées à diminuer dans les étapes avancées du fiscale (2011) que les plus fortunés ont des prélèvements dégressifs et
développement du capitalisme, conformément à la courbe de Kuznets proportionnellement inférieurs à ceux des 10% les moins bien lotis.
(1955). Et Krugman de parler de « Grande compression » des salaires. -Soutien aux bas revenus : les prélèvements opérés servent à financer les
Solow développait les conditions d’un « sentier de croissance équilibré » prestations sociales « en espèce » et les prestations sociales « en nature ».
II- Les débats sur ces luttes : C) Réformes ou révolution fiscale ?
-Il faut arbitrer entre équité et efficacité pour déterminer une « imposition
A) La politique des revenus : optimale » (Mirrlees, 1971). Le débat est aujourd’hui ranimé par la « TVA
Critiquée car il s’agit d’une intrusion de l’Etat sur le marché pour créer des sociale » : l’inflexion libérale prise dans les politiques économiques depuis
distorsions sur les prix (ex : SMIC, convoquer Pigou) les 1980s a conduit à l’idée selon laquelle les politiques de l’emploi se
devaient d’alléger les charges sociales des entreprises pour réduire le
B) La taxation des hauts revenus et du patrimoine : chômage structurel. Mais cette TVA sociale est fondamentalement
-Le « vote avec les pieds » (C. Tiebout) : inégalitaire (cf critique de L. Hoang-Ngoc, Vive l’impôt, 2007) car c’est un
 Evasion fiscale pour échapper à l’impôt (facteur K mobile), ce qui impôt indirect répercuté sur les prix et donc sur le consommateur lambda.
diminue les recettes fiscales et limite la capacité de financement des -En France, des réformes fiscales sont esquissées : le « pacte de
prestations sociales responsabilité et de solidarité » (F. Hollande, 31 décembre 2013).
 « Effet de substitution » (Laffer, 1979) -Piketty appelle lui à une « révolution fiscale » (2011) en proposant de
 Contestation au nom d’une « justice méritocratique » (G. Mankiw, fusionner l’IRPP et la CSG pour en faire un grand impôt progressif, de
« Defending the one percent », 2013) : fustige l’idée de taxer à des remplacer le « quotient familial » par un crédit d’impôt par enfant. Dans Le
taux « confiscatoires » (et en particulier le projet d’Hollande). Il Capital au 21e siècle (2013), il préconise de mettre en place sinon un impôt
reprendra l’argument de « Wilt Chamberlain » (R. Nozick) pour mondial, du moins une harmonisation fiscale européenne pour lutter contre
montrer que la distribution du revenu est juste dès lors qu’elle le dumping fiscal et les paradis fiscaux et dont les recettes serviraient à
respecte les contributions marginales sociales de chaque individu alimenter un véritable budget européen.

-Les effets sur l’offre de travail des prestations : III- La lutte contre les inégalités sociales :
-Désincitation au travail : la protection sociale maintient rationnellement au
chômage (J. Rueff prend l’exemple de l’allocation chômage en 1931). Un A) Des inégalités sociales plurielles :
des accusés est le RMI (créé en 1988 sous le gouvernement M. Rocard) car -Logement : mise en place des HBM avec la loi Siegfried (1894), puis des
il s’agissait d’une allocation différentielle et donc désincitative (taxation au allocations-logement (1e septembre 1948), puis politique d’urbanisation à
taux marginal de 100%). Les individus deviendraient des assistés. destination des ZUP (1958). Aujourd’hui on assiste à une nouvelle crise du
-Mais empiriquement on constate que les individus préfèrent retourner au logement, qui accroit encore les inégalités entre les possesseurs de
travail car cela leur donne un statut et une reconnaissance sociale de leur patrimoine dont le prix s’envole et les tranches les moins aisées. C’est le
utilité (A. Honneth, La lutte pour la reconnaissance, 2000). De plus, « principe de rareté » qu’applique Piketty à l’immobilier urbain (2013) du
l’assurance-chômage dégressive (plan Balladur, 1993), la « prime pour fait de la croissance démographique dans certains pays et des taux d’intérêt
l’emploi » (2001), d’inspiration anglo-saxonne et friedmanienne, puis le bas qui favorisent le crédit et la formation de bulles spéculatives
RSA (1e juin 2009), vont parer à cette limite : le premier offre une prime à immobilières
celui qui retourne au travail, le second incite à la reprise du travail car il est -Culturelles : convoquer P. Bourdieu, La distinction (1979) + chiffres
dégressif.
B) L’offre de services publics (éducation) : -Aux Etats-Unis, les 25 gestionnaires de hedge funds les mieux payés ont
Plan Langevin-Wallon (1947) : réaffirmer le principe méritocratique. Pour gagné 14 milliards de dollars en 2006, cad 3 fois le salaire accumulé des 80
augmenter le niveau de qualification, on prolonge les études avec la loi 000 enseignants de la ville de New York.
Berthouin (1959) : scolarité obligatoire à 16ans. Puis loi Fouchet (1963) -10% de la population mondiale détenait plus de 82% du patrimoine privé
pour la création des CES, puis loi Haby (1975) qui crée le collège unique et mondial en 2010, dont 43% pour les 1% les plus riches (indice de Gini de
supprime les classes de transition. Puis scolarisation de masse sous les 0,881)
socialistes (100 000 étudiants en 1950, 2,4 millions en 2014). Mais cette -Les ménages du premier décile consacrent 11% de leur revenu au paiement
démocratisation n’a pas supprimé les inégalités sociales : 50% des prépas de la TVA, contre seulement 6% pour le dernier
sont des enfants de cadre, 5% d’ouvriers. -Le « pacte de responsabilité et de solidarité » annoncé par F. Hollande le
31 décembre 2013 vise à alléger de 30 milliards d’euros les impôts et les
C) Les politiques de discrimination positive : cotisations sociales patronales
-Inspirée par Rawls, elle vise à rétablir l’égalité des chances compromise -Les prix à l’achat du logement ont été multipliés par 2,5 depuis 1996, les
par les pratiques racistes (Etats-Unis) ou corriger les inégalités socio- loyers ont augmenté 2 fois plus vite que l’inflation au cours des 30 dernières
économiques (France). Aux USA, affirmative action (1960s) sous L.B années
Johnson. En France, elles naissent dans les 1980s : ZEP en 1981 (A. -En 2008, 50% des agriculteurs ont lu au moins un livre, contre 90% des
Savary), loi du 10 juillet 1987 (6% handicapés), loi du 6 juin 2000 (parité CPIS. 9% des ouvriers et des agriculteurs contre 49% des cadres sont allés
homme/femme des parlementaires), admission à Sciences Po pour les ZEP au théâtre.
(R. Descoings, 2001), HALDE en 2004.
-Mais ces politiques sont critiquées : on exacerbe la différence de l’individu Citations :
(S. Paugam et la « disqualification », 1988) ce qui altère encore davantage -« Growth is a rising tide that lifts all boats  » (J-F Kennedy, 1963)
son intégration économique et sociale. A-M Le Pourhiet (1998) dénonce la -Le système de prélèvement pris dans son ensemble est «  légèrement
création d’une catégorie de profiteurs et d’assistés. Et surtout, on conteste progressif jusqu’au niveau des «  classes moyennes », puis devient
l’efficacité : les ZEP n’ont pas modifié la tendance à la hiérarchisation franchement régressif au sein des 5% les plus riches – et surtout à
sociale en France (E. Maurin, La nouvelle société française, 2002). Il l’intérieur des 1% les plus riches  » (C. Landais, E. Saez et T. Piketty,
faudrait peut-être agir à la source des inégalités en suivant l’expérience du Pour une révolution fiscale. Un impôt sur le revenu pour le 21 e siècle
« Perry Preschol Programm  » (1962). (2011).
-« Utiliser la force du gouvernement pour s’emparer d’une part si
Chiffres : importante du fruit du travail de quelqu’un d’autre est injuste, même si cela
salaire moyen des cadres est décidé par une majorité de citoyens » (G. Mankiw, « Defending the one
-Le rapport passe de 4,54 en 1870 à 3,33 en
salaires moyen des ouvriers percent », 2013)
1950 puis 2,87 en 1994) selon Piketty dans L’économie des inégalités -« La véritable fonction de la TVA est de faire financer la charge publique
(2004) par les gueux après avoir rétabli les privilèges fiscaux des rentiers » (L.
Hoang-Ngoc, Vive l’impôt, 2007). [cf chiffres TVA]

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