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États-Unis-Chine : un conflit commercial de première ampleur - Le Blog du CEPII 08/11/2018 18'13

Billet
12 octobre 2018

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États-Unis-Chine : un conflit commercial


de première ampleur
Le conflit commercial entre les États-Unis et la Chine s’est aggravé
avec l’entrée en vigueur de nouvelles taxes douanières sur 260
milliards de dollars de biens chinois et américains. Les impacts en
seront multiples au niveau mondial.
Ce texte est tiré d’une interview de Vittorio De Filippis, publiée le 24 septembre 2018
dans Libération.
Par Sébastien Jean
Billet du 12 octobre 2018

La dernière décision de Trump, celle du 17 septembre, intervient après plusieurs autres


mesures protectionnistes. La première, en mars, a concerné une cinquantaine de
milliards de dollars d’importation dans l’acier et l’aluminium tous exportateurs confondus,
puis une autre cinquantaine de milliards d’importations en provenance de Chine au cours
de l’été, soit une centaine de milliards de dollars en tout. On pouvait alors relativiser en
considérant que ce n’était finalement qu’un demi-point de PIB des États-Unis. Mais
aujourd’hui, l’ensemble des importations surtaxées représente 300 milliards de dollars,
soit 13 % des importations américaines et environ 1,5 % du PIB, chiffres considérables.
La moitié des importations américaines en provenance de Chine sont surtaxées. En guise
de rétorsion, la Chine vient d’annoncer qu’elle taxerait 60 milliards de dollars de produits
américains, en plus des 50 milliards déjà taxés cet été en réponse aux premières
mesures américaines. Cela représente plus des deux tiers des importations chinoises en
provenance des États-Unis.
L’objectif de Trump : résister à la concurrence stratégique que représente désormais
la Chine

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Ce qui est ahurissant dans ce conflit, c’est que Donald Trump n’a jamais spécifié de façon
cohérente quelles sont les concessions qu’il recherche et qu’il considérerait comme
suffisantes. Son obsession, c’est la baisse du déficit commercial vis-à-vis de la Chine.
Mais ce déficit a une racine macroéconomique : les États-Unis n’épargnent pas assez et
consomment au-dessus de leurs moyens. Trump prétend rapatrier, grâce à ces mesures,
une part de production industrielle aux États-Unis. Et de fait, les mesures dans la
sidérurgie et l’aluminium ont provoqué une reprise d’investissement dans ce secteur.
Mais, en l’occurrence, les pertes dans d’autres secteurs risquent d’être beaucoup plus
importantes que les gains escomptés. Plus fondamentalement, l’objectif américain est de
résister à la concurrence stratégique que représente désormais la Chine, et le fait que
son économie est étroitement coordonnée par l’Etat et le Parti. La conséquence est
qu’elle subventionne massivement ces entreprises dans les secteurs prioritaires, même si
c’est de façon diffuse et souvent indirecte.

Les États-Unis craignent surtout de se faire dépasser par la Chine dans des secteurs de
pointe. Ils cherchent à réagir à cette menace tant qu’il est encore temps. C’est une
préoccupation aussi géopolitique qu’économique, ce qui passe par la nécessité, pour
Washington, de rétablir une concurrence équitable en obtenant de la Chine qu’elle limite
ses subventions à son industrie.
L’impact de cette surtaxation pour l’économie américaine ?

Il n’existe pas encore de données sur l’impact de ces mesures. Mais cela aura un effet
sur le pouvoir d’achat des ménages américains. En clair, les produits made in China de
grande consommation vont coûter plus cher aux Américains. Ce qui pourrait, in fine,
avoir un impact sur l’inflation américaine. Cette taxe supplémentaire ne va pas être
payée par les Chinois, mais bien par les ménages américains. Ce n’est pas parce qu’on
instaure des surtaxes sur les importations que celles-ci s’arrêtent du jour au lendemain.
Sur les 200 milliards de surtaxes annoncées par l’administration Trump, 50 milliards
concernent des produits de grande consommation. Il y aura aussi des retombées sur les
coûts de production des entreprises américaines qui utilisent des pièces et composants
chinois. Enfin, les représailles chinoises vont faire perdre des débouchés aux entreprises
américaines. Tout ceci va créer de l’incertitude qui pourrait se traduire par un gel des
investissements… Les cours boursiers peuvent aussi en pâtir, et cet impact est celui qui
risque de se matérialiser le plus immédiatement.
Le risque pour la Chine de perdre des débouchés

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La Chine va de fait taxer une moins grande valeur d’importations, d’autant qu’elle n’est
en conflit commercial qu’avec les États-Unis, alors que l’administration Trump a décidé,
ou menacé, de surtaxer d’autres partenaires. Pour la Chine, c’est la perte de débouchés
qui représente la principale menace. Il n’est pas exclu que cette perte engendre des
surcapacités de production et des baisses de prix. Augmenter des droits de douane
semble engendrer des réactions purement mécaniques sur le plan des effets
économiques… Là où la Chine perd des débouchés, d’autres fournisseurs peuvent tenter
d’y gagner des parts de marché. Mais s’il s’agit de ventes importantes, alors pour
répondre à cette nouvelle demande il faut que les fournisseurs alternatifs investissent.
Or, tout le monde manque de visibilité, personne ne peut dire combien de temps va
durer ce conflit… Ce contexte refroidit les projets d’investissement de pays tiers qui
voudraient prendre la place de la Chine.
Ce choc peut gripper le commerce mondial

Les répercussions directes affectent en premier lieu la Chine et les États-Unis. Le


commerce de marchandises entre ces deux puissances représentait moins de
650 milliards de dollars en 2017, soit à peine 3,6 % du commerce mondial. Mais le
commerce mondial est une sorte de toile de relations interdépendantes. Une grande
partie de ce que la Chine exporte vers les États-Unis utilise des pièces et composants qui
ont été fabriqués dans d’autres pays, asiatiques le plus souvent. Dans l’usine Asie, la
Chine joue le rôle de plateforme d’exportation. Les effets indirects sur le Japon, la Corée,
la Malaisie ou encore la Thaïlande pourraient donc être significatifs. En outre, si ce conflit
commercial prive de débouchés certaines industries chinoises, cela déprimera leurs prix.
La crise risque alors de se propager parce que les pays tiers et partenaires de la Chine
ne voudront pas être la variable d’ajustement de la production chinoise.
On l’a vu avec les mesures prises par les États-Unis sur l’acier et l’aluminium et la
décision de l’Union européenne de mettre en œuvre des mesures provisoires de
sauvegarde pour se protéger des effets indirects. L’Europe cherche ainsi à éviter que des
exportations de pays tiers, ne trouvant pas preneur aux États-Unis, ne viennent inonder
son marché. C’est une façon de prendre acte de cette contagion, avec d’ailleurs le risque
de l’entretenir.
Cette détérioration peut provoquer, par contagion, un effet négatif sur les places
financières

Effectivement, on peut craindre que les marchés boursiers passent d’une vision plutôt
positive à une autre négative. Dans cette hypothèse, si l’inversion devait être de grande
ampleur alors le choc financier ne manquerait pas d’avoir une incidence sur l’économie
mondiale. D’autant plus que les niveaux de valorisation des actions aux États-Unis sont
anormalement élevés. Elles sont donc vulnérables aux mauvaises nouvelles.
Actuellement, les conflits commerciaux sont l’un des principaux déterminants des
valorisations boursières.
Ces surtaxes décidées par Trump peuvent accélérer une remontée des taux d’intérêt
de la banque centrale des États-Unis

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Ce conflit commercial intervient au moment où la conduite de la politique monétaire de


la Fed est particulièrement difficile. L’incertitude est grande sur les déterminants
structurels de l’économie américaine, et donc sur la bonne conduite de la politique
monétaire. Or, ces taxes pourraient accélérer l’inflation. Si cela amenait la Fed à
accélérer le relèvement de ses taux d’intérêt, ce ne serait pas sans conséquences sur les
marchés financiers. C’est un sujet très sensible étant donné le niveau élevé de
l’endettement. En particulier, les entreprises de certains pays émergents sont exposées
par leur haut niveau d’endettement en dollars.
Les mesures de rétorsion possibles pour la Chine

La Chine ne pourra pas répondre proportionnellement à ce que va mettre en place


Donald Trump. Et c’est pour cette raison que ce dernier se sent en situation de force.
Mais la Chine sera peut-être plus résistante à ces dommages, à la fois parce que les
ajustements sont plus faciles avec une croissance annuelle de 6,5 %, et parce que son
régime non démocratique rend le pouvoir moins sensible à la mauvaise humeur de son
opinion publique. Par ailleurs, la Chine met en œuvre une relance fiscale et monétaire,
pour limiter l’impact négatif de la crise commerciale. D’autres leviers de réponse
économique existent, par exemple la taxation des exportations de terres rares ou des
pressions sur les entreprises américaines installées en Chine, mais la politique peut
fournir des moyens de pression plus efficaces, par exemple au travers du dossier nord-
coréen. Quant à utiliser l’arme de la dépréciation ou de la vente de bons du Trésor
américain, je n’y crois guère, dans l’immédiat en tout cas, cela présente trop
d’inconvénients pour la Chine.

https://www.liberation.fr/planete/2018/09/24/etats-unis-chine-nous-sommes-dans-un-
conflit-commercial-de-premiere-ampleur_1680957

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