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Cours d’été en Droit international & Relations internationales

Édition 2020

Institut de Formation des Ambassadeurs de la Jeunesse (I.F.A.J)

Cours de droit de la responsabilité internationale des États et des


Organisations internationales

Par M. Alexandre Negrus

Ambassadeurs de la Jeunesse - 31 Rue de Poissy, 75005 Paris - 03.85.51.27.78


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Les sources du droit international public

L’étude de la question des sources en droit international public est un préalable


indispensable. En effet, la mise en oeuvre de la responsabilité internationale est régie par des règles
de droit, lesquelles sont classifiées dans les différentes sources qui seront à l’étude dans ce cours.

Quelles sont les sources dont nous parlons ? En quoi ont-elles valeur de règle juridique ?
Avant de répondre à ces questions, convenons que ce sujet fait l’objet d’un débat doctrinal entre
juristes internationalistes qui n’ont pas la même approche en la matière. L’étude des sources en droit
international public ne repose que sur une approche théorique. Certains réfutent complètement ce
terme de « source », comme Serge Sur ou Jean Combacau. D’autres, au contraire, l’admettent, dont
Alain Pellet.

Une autre question légitime se pose : existe-t-il une hiérarchie des sources ? Cela ne semble
pas être véritablement le cas et c’est pour cela que leur étude est intéressante. L’article 38 du Statut
de la Cour internationale de justice énumère les règles applicables par la Cour, sans que cette
énumération ne soit définitive et auto-centrée. Cette liste non exhaustive laisse en effet la place à
l’étude d’autres sources, comme les actes unilatéraux des États et des organisations internationales,
la jurisprudence et les normes impératives (jus cogens) consacrées aux articles 53, 64 et 71 de la
Convention de Vienne de 1969 sur le droit des traités.

Nous allons donc étudier dans ce cours, dans un premier temps, les sources énumérées par
l’article 38§1 du Statut de la CIJ (I), puis, nous porterons une attention particulière sur les sources
qui ne sont pas mentionnées dans l’article 38 du statut de la CIJ (II).

I. Les sources codifiées

Au sein de l’article 38§1 du Statut de la CIJ, deux sous-catégories de sources sont à extraire.
Peut-être pouvons-nous voir en cela une « hiérarchie » des sources, qui s’opère naturellement ? La
question est ouverte, et les réponses peuvent varier d’un théoricien à l’autre. En effet, il faut
distinguer les sources dites primaires (A) des sources dites secondaires (B).

A. Les sources primaires

1. Les conventions internationales

Ici, il ne conviendra pas de se focaliser sur l’élaboration des traités ou sur l’effet de ceux-ci.
Historiquement, le traité, ou la convention, est le mode le plus ancien de création d’obligations
juridiques entre les États. C’est une source incontournable du droit international car le traité repose
sur la volonté des États, qui se mettent d’accord par voie de négociation sur des règles et principes à
respecter, qui engagent juridiquement chaque partie au traité. Le traité repose donc sur un «
volontarisme » des États, ce qui donne une force pertinente aux règles ainsi élaborées puisque par
principe, les États devront respecter les règles qu’ils ont eux-mêmes élaborées.

De manière très classique, le traité est défini comme étant un « accord constatant les
volontés concordantes de deux ou de plusieurs sujets de droit international et les liant par une
législation commune » (source : Larousse).
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Lorsque nous avons étudié, dans la première partie de l’introduction, la notion d’État, il a été
constaté que l’État est le principal sujet de droit international. Les traités reposent bien sur la
volonté des États, qui disposent d’une certaine liberté dans l’élaboration des règles et de leurs
engagements, sur la base de négociations. Mais le rôle du droit international est, là encore,
d’encadrer cette activité quelque peu normative. Des règles de droit encadrent ces traités et, pour
que cet encadrement soit le plus pertinent possible puis pour le rendre effectif, la Commission du
Droit International (ci-après « CDI »), organe des Nations Unies chargé de la codification et du
développement progressif du droit international, a mis par écrit un certain nombre de règles. Par
ailleurs, une grande Convention est à connaître s’agissant le droit des traités : il s’agit de la
Convention de Vienne du 23 mai 1969 sur le droit des traités (entrée en vigueur en 1980).

2. La coutume internationale

La définition juridique de la coutume internationale ne pose pas de véritable difficulté


puisqu’elle est basée sur deux éléments. Il s’agit de règles non écrites qui reposent sur :

- la pratique générale et cohérente des États ;


- l’opinio juris (la conviction d’être lié par une règle juridique).

La coutume a été une importante source de droit international pendant de très nombreuses
années. Elle s’est largement développée au Moyen-Âge pour régir les relations économiques entre
les États. Le droit de la guerre, aussi, a longtemps été basé sur la coutume internationale en la
matière. Mais le phénomène de codification ainsi que le développement progressif de plusieurs
sources écrites, dont les Traités ou Conventions, marque en quelque sorte une limitation progressive
de la place de la coutume en droit international. Cependant, le raisonnement doit être pragmatique
et dans le phénomène de mondialisation actuel, caractérisé par une instabilité incessante et dans le
cadre d’une société évolutive, il semble évident que la coutume garde une place encore largement
acceptée. Actuellement, la coutume prend une place prépondérante dans deux domaines, à savoir
dans le droit de la mer - bien que la Convention de Montego Bay fut adoptée en 1982 - et dans la
question des immunités de juridiction et d’exécution des États.

3. Les principes généraux de droit

L’article 38 du Statut de la CIJ fait référence aux principes généraux reconnus par les
nations civilisées (PGD). Ceux-ci sont donc « élevés » au rang des sources du droit international.

Qu’entend-on exactement par ces termes ? Plusieurs interprétations ont été faites et peuvent
varier d’une jurisprudence à l’autre, d’un traité à l’autre. Dans l’affaire du Lotus en 1927, la CPJI a
défini les PGD comme « l’ensemble des règles de droit régissant les rapportants internationaux ».
Cette définition, trop vague, est à lire avec une Convention de La Haye de 1907 affirmant que les
PGD sont « des règles fondamentales du droit international qui n’ont ni valeur coutumière, ni valeur
conventionnelle, dérivant alors des usages établis entre nations civilisées en raison d’une exigence
de conscience publique ».

Il est très compliqué d’admettre ces PGD comme étant une catégorie juridique à part entière
et indépendante de toute autre norme. Il faut alors prendre en considération ces PGD, qui
s’apparentent à des pratiques généralement acceptées par les États, mais il faut surtout les lire en
complément des autres sources. Peut-être faut-il considérer ces PGD comme étant de la coutume
internationale ? Certains juristes sont de cet avis, dont G. Scelle.
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B. Les sources secondaires

1. Les décisions judiciaires

L’article 59 du Statut de la CIJ dispose « la décision de la Cour n’est obligatoire que pour les
parties en litige et dans le cas qui a été décidé ». En somme, les décisions de justice ne s’imposent
pas aux juges. Ces derniers restent souverains et ils ne sont pas liés par les décisions antérieures. Si
les décisions de justices sont considérées comme une source en droit international public, c’est
parce qu’elles peuvent être lues/vues comme une source d’inspiration, aussi bien pour les juges eux-
mêmes que pour le codificateur, voire d’autres sujets de droit international.

2. La doctrine

La doctrine en droit international public est d’une importance capitale. Je regrette, à titre
personnel, que la doctrine ne soit pas suffisamment valorisée et prise en considération par la France.
D’autres États, dont nos voisins occidentaux, ont une politique beaucoup plus valorisatrice du
« monde » de la recherche scientifique, notamment dans les sciences sociales qui incluent le droit.
Le développement et le soutien à la recherche sont des étapes nécessaires dans un processus de
mondialisation qui fait appel à de plus en plus de compétences techniques et à des capacités
prospectivistes.

La doctrine a toute sa place dans l’étude des sources du droit international.

II. Les autres sources

A. Le jus cogens

Cette notion, d’une importance capitale dans la question de la responsabilité internationale


des États, est définie à l’article 53 du Traité de Vienne de 1969 :

« Aux fins de la présente Convention, une norme impérative de droit international général est
une norme acceptée et reconnue par la communauté internationale des États dans son
ensemble en tant que norme à laquelle aucune dérogation n’est permise et qui ne peut être
modifiée que par une nouvelle norme du droit international général ayant le même caractère
».

Peu de temps après cette définition conventionnelle, un grand arrêt a été rendu par la CIJ
dans l’affaire Barceolona Traction du 5 février 1970, où la Cour affirme qu’ « une distinction doit
être établie entre les obligations des États envers la communauté internationale dans son ensemble
et celles qui naissent vis-à-vis d’un autre État dans le cadre de la protection diplomatique ». Le
terme de jus cogens n’est pas mentionné mais la CIJ n’a pas manqué d’en faire une référence en
substance, en écrivant le terme « obligations erga omnes », c’est-à-dire les obligations à l’égard de
tous.

Si théoriquement il n’y a pas de véritable hiérarchie des sources, on peut très certainement
parler de hiérarchie des normes sans la moindre difficulté, tant cette notion a une valeur forte et
contraignante. Assurément, les normes de jus cogens s’appliquent à tous les États, directement et
sans leur consentement.

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Il est vrai qu’employer le terme « imposer » semble fort. Cependant, celui-ci est à relativiser
puisque certes, les normes de jus cogens s’appliquent directement aux États sans leur consentement,
mais il faut remarquer que ces normes concernent de grands principes généralement acceptés et qui
ne posent pas de difficultés quant à leur légitimité. Il est ici question d’interdictions qui font
largement consensus, comme par exemple l’interdiction des crimes d’agression, des crimes contre
l’humanité, l’interdiction de pratiquer la torture ou encore le droit à l’autodétermination.

B. Les avis consultatifs de la CIJ

Références :

- Article 96§1 de la Charte des Nations Unies : « l’Assemblée Générale ou le Conseil de


sécurité peut demander à la Cour internationale de justice un avis consultatif sur toute question
juridique » ;

- Article 96§2 de la Charte des Nations Unies : « tous autres organes de l’Organisation et
institutions spécialisées qui peuvent, à un moment quelconque, recevoir de l’Assemblée générale
une autorisation à cet effet ont également le droit de demander à la Cour des avis consultatifs sur
des questions juridiques qui se poseraient dans le cadre de leur activité ».

Les avis consultatifs de la CIJ n’ont pas d’effet contraignant, contrairement aux arrêts, mais
ont une valeur importante, selon les avis, selon qu’ils sont le reflet d’une coutume largement
reconnue ou non. Un organe ou une institution peut demander un avis, mais ce sera ensuite à l’entité
de décider de la suite, dans le sens où elle peut suivre ce qui est mentionné dans l’avis ou non. Cela
n’enlève rien à la valeur juridique des avis consultatifs qui sont, sans le moindre doute, des bases
textuelles d’une haute importance dans l’équilibre des rapports diplomatiques et des relations
internationales. Un des avis les plus connus est l’avis consultatif de 2004 demandé par l’Assemblée
générale des Nations Unies à la CIJ sur « les conséquences juridiques de l’édification d’un mur dans
le territoire palestinien occupé », où la CIJ a répondu que l’édification de ce mur était illégale. 


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