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Les Polluants Organiques Persistants (POPs):


Dioxines & Furanes

1. Définitions et Origines

Les POPs (dont le representant le plus célèbre est la famille des dioxines/furanes) sont des
molécules complexes, lesquelles, contrairement aux autres polluants atmospheriques, ne
sont pas définies à partir de leur nature chimique mais à partir de 4 proprietés qui sont les
suivantes :

- la toxicité,
- la persistance dans l'environnement,
- la bioaccumulation,
- le transport longue durée.

Les dioxines et les furanes sont emis majoritairement par:


- Tous les processus de combustion dans lesquels on retrouve du chlore :
Actuellement, les principales sources d’emission des dioxines sont l’incineration des déchets
et la metallurgie. Ces deux sources seraient à l’origine d’au moins 50% des emissions en
France. Dans ce processus on note aussi, la siderurgie (agglomération de minerai de fer,
production d’acier, etc.), les cimenteries, la combustion industrielle de bois et de charbon, la
circulation routière et même les cigarettes.
- L’industrie de la papeterie et du blanchiment de la pâte a papier.
- L’industrie chimique fabriquant des composés chlorés (pesticides, herbicides, etc.).
- Les emissions des moteurs automobiles.
- L'activite volcanique, les feux de foreêts, certains micro-organismes et la combustion
residentielle du bois produisent des dioxines.

La structure de la molécule de dioxine se base sur le rapprochement de 2 noyaux


benzéniques reliés par 2 atomes d'oxygène et seulement un atome d'oxygène pour la
molécule de furane. (Cf. molécules ci-dessous).

Ces molecules organochlorées comportent un très grand nombre d'isomères (210 dont 75
sont des PCDD et 135 des PCDF). Seul 17 "congénères" de dioxines et furanes ont ainsi été
retenus comme particulièrement toxiques, la plus toxique étant la 2,3,7,8
TetraChloroDibenzoDioxine (dioxine de Seveso*) considerée comme un agent cancérogène.
Les positions numerotées peuvent être occupées par des atomes d'hydrogène ou de chlore.
Les composés PCDD et PCDF (molécules ci-dessus) présentent une grande stabilité chimique
qui augmente avec le nombre d'atome de chlore. Cette augmentation s'accompagnant d'une
diminution de la toxicité.

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a- DIOXINE DE SEVESO (TCDD) : Polychlorodibenzoparadioxine

b- FURANE (PCDF) : Polychlorodibenzofurane

Tableau des Congénères associés d'un facteur de toxicité ITEF NATO de 1988

- Les congénères sont des substances chimiquement voisines.


- La TEF (toxic equivalent factor) est défini pour chaque substance par rapport au congénère le
plus toxique, ici le 2,3,7,8-TCDD. Donc l’OCDD est 1000 à 10000 fois moins toxique que le
2,3,7,8-TCDD.
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2. Toxicité
Afin de pouvoir caractériser la charge toxique liée aux dioxines, un indicateur a été
développé au niveau international, le total d’équivalent toxique (TEQ). A chaque congénère
est ainsi attribué un coefficient de toxicité, qui a été évalué en comparent l’activité du
composé à celle de la 2,3,7,8 TCDD évalué à 1. L’équivalent toxique d’un mélange de
congénères (TEQ) est obtenu en faisant la somme des teneurs des 17 composés les plus
toxiques, multipliées par leurs coefficients de toxicité respectifs.

L’organisation mondiale de la santé (OMS) préconise une dose maximale admissible de 10


picogrammes (pg) TEQ/jour/kg de poids corporel. Un picogramme représente 10-12
gramme.

Les dioxines et les furanes ont une très grande stabilité chimique et thermique (jusqu’à
900°C environ). Ces substances sont lipophiles et se concentrent au long de la chaîne
alimentaire notamment dans les graisses et le lait..

Les dioxines se forment, à doses infinitesimales, au cours des réactions de combustion à


partir de composés chlorés et de composés aromatiques (precurseurs tels que
PolyChloroPhenols (PCP) ou PolyChloroBiphenyls (PCB)) et en présence d'oxygène, de
vapeur d'eau et d'HCl.

Lors de l'incinération des déchets ménagers, les dioxines sont détruites à très haute
temperature, lors de la combustion par le respect des critères de temps ("plus de 2s a
850°C").

A basse température ou dans les zones de refroidissements des fumées (à environ 350°C)
une reformation, "synthèse de NOVO", se produit à partir des radicaux organiques. Ces
molécules sont soit détruites par un système catalytique, soit elles sont en général detectées
au niveau des particules solides (car elles s'adsorbent sur ces dernieres [très souvent des
charbons actifs]) qui sont à leur tour captées en partie, par le système de dépoussierage des
fumées. Peu volatiles, elles sont dispersées dans l'atmosphère sous forme de trés petites
particules pouvant être transportées sur de longues distances par les courants
atmosphériques.

En sortie d'incinérateur, les concentrations émises dans les fumées avant traitement des
dioxines dépendent des conditions d'incineration du four (température, temps de séjour,
encrassement) et sont de l'ordre de 1 à 10 ng/Nm3.

Depuis le 28 decembre 2005, chaque installation doit avoir des emissions de dioxines
inférieures à 0,1 ng/m3. A partir de cette date, les emissions de dioxines doivent être
inférieures a 17 g/an.

3. Effets sur la santé


Les dioxines et furanes ne présentent pas de toxicité aiguë importante mais une toxicité à
faible dose chronique. Les polluants émis lors de l’incinération des déchets vont entrer au
contact de l’homme selon des voies variées :

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– Cutanée (contact de la peau avec le sol ou de la poussière).


– Respiratoire (inhalation de poussières ou de gaz. Mineur (5%) comparée a
l'exposition alimentaire),
– Digestive (apport négligeable par l'eau du fait du caractère hydrophobe des dioxines
et furanes, apport majoritaire (95%) par ingestion de graisses animales,

De part leur nature persistante (temps de demi-vie d'environ 7 ans dans le corps humain),
ces molécules présentent des effets toxiques sur la sante humaine associés à une vaste
gamme d'effets nuisibles : dégradation du système immunitaire, effets sur la reproduction et
sur le développement et propriétés cancérigènes.
Chez l'Homme, des expositions à court terme à de fortes doses peuvent être à l'origine de
lesions cutanées et d'une altération du systeme hépatique. Un risque augmenté de diabète
ainsi qu'une augmentation de la mortalité cardiovasculaire ont egalement été signalés chez
les sujets très exposés.

D’après l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) les principaux faits sont :

Les dioxines constituent un groupe de composés chimiquement apparentés qui sont des
polluants organiques persistants dans l’environnement.

Dans le monde entier, les dioxines sont présentes dans l’environnement et elles
s’accumulent dans la chaîne alimentaire, principalement dans les graisses animales.

Plus de 90% de l’exposition humaine passe par l’alimentation, principalement la viande,


les produits laitiers, les poissons et les fruits de mer. De nombreuses autorités nationales ont
mis en place des programmes pour surveiller l’approvisionnement alimentaire.

Les dioxines sont très toxiques et peuvent provoquer des problèmes au niveau de la
procréation, du développement, léser le système immunitaire, interférer avec le système
hormonal et causer des cancers.

En raison de l’omniprésence des dioxines, tous les êtres humains sont confrontés à une
exposition de fond qui ne devrait pas avoir d’effet sur la santé. Néanmoins, en raison de leur
potentiel toxique élevé, il faut faire des efforts pour réduire les niveaux actuels de
l’exposition de fond.

La prévention ou la diminution de l’exposition de l’être humain marchent le mieux en


prenant des mesures à la source, c’est-à-dire en instaurant un contrôle rigoureux des
processus industriels pour réduire la formation de dioxines.

4. Effets sur l’environnement


Ces molécules sont très stables chimiquement, peu biod&gradables. Elles présentent donc un
potentiel important d’accumulation dans les sols, les sédiments et les tissus organiques.

– Au niveau de l’atmosphère, les dioxines émises peuvent être transportées sur de


longue distance. Du fait de la forme particulaire prédominante des dioxines (et non
sous forme gazeuse), les retombées atmosphériques des substances contaminent de
facon privilegiée les sols et les végétaux plutot que l’air et ce sur de longue distance.

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– Au niveau des sols, les dioxines semblent peu migrer en profondeur, (à 95% dans les
10 premiers centimètres de profondeur des sols cultivés ou paturés; temps de demi
vie d'une dizaine d'année).
– Les dioxines se deposent egalement à la surface des feuilles des végétaux,
contaminant alors les animaux herbivores.
– Au niveau des eaux, les dioxines s’associent alors rapidement à des particules en
suspension et sédimentent. Les niveaux de dioxines dans l’eau sont généralement très
faibles, voire négligeables car les dioxines sont lipophiles : taux généralement non
détectables (inf. à 1 pg/l).

5. Réduction des dioxines et furanes


a. Procédé Non destructif

Le système le plus couramment utilisé pour le traitement des dioxines et furanes consiste à
filtrer les fumées sèches sur charbons actifs. Cette technique est fort appréciée en raison de
son coût d'investissement modeste. Les charbons actifs ont néanmoins un inconvénient
majeur : ils ne détruisent pas les dioxines, mais se contentent de les piéger.
La solution « normale » consistera, lorsqu'ils ne sont pas mélangés aux autres résidus, à
incinérer les charbons contaminés dans une UIDIS (Usines d'incinération de déchets
industriels spéciaux), ou à défaut, à les mettre en décharge de classe 1. Or il s'agit dans les
deux cas d'une opération coûteuse et régulière. La mise en décharge s'apparente en outre à
un simple transfert de pol1ution, car les dioxines sont conservées.

b. Procédés destructifs

Deux familles de procédés permettent de réduire tout en détruisant les dioxines et furanes.
Chacune d'elle permet d'atteindre le seuil réglementaire en vigueur pour les installations
nouvelles d'incinération d'ordures ménagères, à savoir un maximum de 0,1 nanogramme
TEQ par m3.

– Destruction catalytique humide

Ce procédé breveté par la société LAB, consiste à injecter avec les réactifs de la deuxième
tour de lavage humide des gaz (laveur neutre) du charbon actif du commerce, sélectionné
dans une gamme de produits spécifiques riches en catalyseurs. Les PCDD/PCDF sont dans un
premier temps absorbés par le liquide, puis par le charbon actif (chaque grain de charbon est
au centre d'une goutte d'eau). Ensuite s'amorce sur les sites actifs du charbon une réaction
catalytique qui détruit les liaisons benzéniques des molécules de PCDD/PCDF. Seule
exception, les dioxines particulaires sont arrêtées en sortie du laveur par un traitement des
poussières par venturi filtrant. Elles sont alors traitées avec les eaux de lavage, et piégées
dans le gâteau de filtration.

– Réduction catalytique sélective (SCR)

La première vocation de ce procédé est de traiter les NOx. Les coûts d'investissement et
d'exploitation de ce procédé sont élevés. Le procédé vient en principe compléter un système
de traitement de fumées humide. Il consiste à injecter de l'ammoniac dans les gaz en amont

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d'un réacteur. Celui-ci contient plusieurs couches de catalyseurs au contact desquels s'opère
la réduction des NOx en azote et en eau, et parallèlement l'oxydation des PCDD/PCDF. Ces
réactions sont optimisées à une température de 250 à 350°C, selon la qualité du gaz, ce qui
nécessite leur réchauffement après la première phase du traitement.
Les avantages indéniables de cette technique sont que ses performances permettent de
respecter les réglementations les plus strictes pour les NOx et les dioxines (< 70
mgNO2/Nm3, < 0,1 ng TEQ/Nm3) et qu'elle ne produit aucun rejet solide. Toutefois, le
renouvèlement des catalyseurs tous les 4 à 5 ans augmente le coût de cette technique.
On notera que la quantité de catalyseurs nécessaires à la réduction des NOx est très
inférieure à celles utilisées pour l'oxydation des PCDD/PCDF. Autrement dit, le traitement
simultané des dioxines implique un volume de l'installation plus important.

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