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Gédéon se marie / Benjamin

Rabier

Source gallica.bnf.fr / Médiathèques de La Roche-sur-Yon Agglomération


. Gédéon se marie / Benjamin Rabier. 1934.

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Quand la niche fut installée près de
la clairière, on songea à l'aménager. Sur
les tas de détritus et de ferraille on
trouva un gril, une trompe d'automobile,
un tuyau de poêle et une boîte de bota-
niste amateur.
Le tuyau fut placé sur le toit pour

aérer l'appartement; à la gauche de


l'entrée, en guise de sonnette, on accrocha
la tromped'automobile, le gril servit
de fermeture et la boîte d'entomologiste
qu'on suspendit à une branche, devint un
confortable garde-manger.
Sosthène s'était ménagé un terrier
tout près de la demeure de son vieux
camarade.

Gédéon était chez lui. Ilpouvait recevoir amis et connaissances dans son home
qu'il avait baptisé «Villa des Courants d'air ».
Un jour que Gédéon prenait le frais
dans la prairie, il fut soudainement
accosté par un pivert, une belette et un
lapereau. Le trio le mit au courant des
déprédations et des actes de banditisme
commis par un certain chenapan du
nom de Laridon.
maison.
lorsqu'ils aperçurent le bandit en train d'enfouir le magot de Désirée au pied de sa
Sans perdre une seconde, et avant que
le dénicheur eût pu reprendre ses sens,
le sac était ficelé d'une main ferme par
Laréglisse.
On appela la chèvre Amélie, qui
chargea le sac sur son échine et tout
le monde suivit Gédéon.

Où le canard ?.
lesmenait-il Tout simplement au domicile de Laridon.
Voici la pensée du canard. Laridon a dit à son fils:
— Va porter ce sac à la maison. Eh bien, c'est nous qui allons le porter; et au

trouvera.
une patte cassée et desgrains
de plomb dans le flanc.
-
Gédéon.
Au secours, dit-elle à

grand Dieu
- Que vous est-il arrivé,
!
— Je suis blessée, gémit la pauvre cane, un chasseur vient de tirer sur moi.
— Où souffrez-vous?

sur les bords de l'eau, Gédéon chargea la


pauvre cane sur son dos et la transporta
de l'autre côté de l'étang. Puis, clopin-
clopant, il la véhicula jusqu'à son propre
domicile. Arrivé là, il fit appeler un pivert,

qui, avec son bec, retira les méchants


grains de plomb.
Au" moyen d'un ruban trouvé
dans l'herbe, Sosthène, sur-le-champ
accouru, ligota la patte blessée.
Ces premiers soins terminés, tous
deux transportèrent la malade sur un petit lit aménagé le long de la cabane du
canard.
bientôt une solide amitié unit les trois bons camarades qu'ils étaient devenus.
Tous les matins, ils se livraient à de délicieuses promenades dans les environs,
longeant les petits ruisseaux peuplés de bergeronnettes ou traversant les taillis aux
enivrantes senteurs.
Un jour qu'ils s'étaient arrêtés sur la crête d'un haut talus pour mieux admirer le

paysage, ils assistèrent à un formidable ouragan qui, en trombe, passait sur le pays.
Jamais de mémoire d'homme, pareil cataclysme ne s'était abattu sur la contrée.
par les fenêtres ouvertes. Un malheureux chat de gouttière, enlevé comme une
plume par le vent, tomba dans
le pétrin du boulanger, tandis
qu'une cage, habitée par un
couple de serins, termina son
voyage aérien en tombant sur
l'édredon d'une vieille paysanne
qui prenait son petit déjeuner
du matin dans son lit.

e
Une girouette, arrachée de
son toit par la force de la
tempête, pénétra dans l'auberge
du Soleil d'Or et alla se poser sur la tête de madamel'auberaisie.
, ->C-" La
.',,,..,,. 8,'
pauvre
femme ne se doutait certes pas qu'un jour
,1
elle pourrait se promener sur la route en
indiquant à tous, passants et touristes, la ,

direction du vent.
Le chien de la receveuse des postes,
UIvc; crllen Gibassier, dont la laisse s'était accrochée au
manched'un parapluie, partit dans les airs
pour battre le record de la distance
Gédéon et Sosthène se doutaient
bien qu'il y avait « du Laridon »,
comme on dit, dans la disparition de
Virginie. Aussi, quand ils trouvèrent l'oeuf

- Mais c'est le
enrubanné.
ruban de Virginie, s'écria Sosthène.
— Pas de doute, reprit Gédéon, elle est emprisonnée chez le misérable. et il

nous faut la délivrer à tout prix.

Les deux amis se mirent au travail. Une demi-heure après, le tour était joué.
Sosthène avait agrandi le trou qui lui avait déjà servi pour dénicher le bas de
laine de Mme Désirée, et il l'avait prolongé jusqu'à la cuisine de Laridon, où il pensait

s'était pas trompé. Et deux minutes


que devait se trouver la jeune cane. Et il ne
avaient suffi à la pauvre Virginie pour qu'elle ait pris la clé des champs.
- parents.
à mes
Je suis de votre avis, répondit la douce Virginie. Venez demander ma patte
Ainsi fut fait.
1

Apres cette formalité d'usage, le mariage fut célébré et Virginie, toute heureuse,
devint madame Gédéon.
La nocefut des plus gaies. Les invités réclamèrent la chanson de la mariée et
Madame Gédéon dut s'exécuter à la grande satisfaction de l'assistance.
Elle roucoula une romance intitulée:
« La chaumière en fleurs » et fut très

applaudie par les convives qui reprirent le


refrain en chœur. Tout aurait été parfait
si le sanglier n'avait pas chanté faux et si
la chèvre avait chanté juste.
Un balfut
organisé le
soir à la clarté
des vers lui-
sants de la
prairie.
A minuit
tous les invités avaient regagné leur domicile, et la forêt reprenait son silencieux
recueillement.
Les nouveaux époux firent, suivant la
coutume, un voyage de noces en Italie. Ils
visitèrent Turin, Rome, Florence et Venise; et
cette randonnée terminée, ils reprirent le

t
chemin de la niche conjugale sur la porte
de laquelle ils avaient eu soin (avant leur
départ) de libeller « fermé pour cause de
mariage » en belles lettres bien apparentes.
Après ce voyage, commença pour les deux
époux une existence remplie de charme et
de sérénité.

qui manque à notre boriheïlYT'ïtT4*bien,c'est une


_n_-==''<'av'êvOus, Virginie, ce
binné dizaine de beaux petits canetons bien gais et bien portants.
Ce souhait fut vite
:
réalisé dans l'intérieur
de l'enseigne d'un cha-
pelier (vestige du dernier

-
ouragan) on déposa dix
œufs, et Virginie s'ins-
talla vite pour les
couver.
";'-.¡'4",,.
Vingt après,- dix petits canetons répondant aux noms de Caton,
un jours ',¥:,,,;:-';'¡;;"4:';}"
et .-..:.tr-"W;.-t=i.NiF'::""

Torcol, Plumeau, Clopin, Pattu, Becot, Duvet, Siméon, Clopant et Torchon naquirent
emplissant l'air parfumé des bois de leurs cris incessants et de leurs « coin-coin »
joyeux. Cinq minutes après leur naissance, ils traversaient l'étang voisin dans le
sillage de leur bonne maman.

LebonheurrégnaitdansleménageGédéon.
car Vorace, le vilain brochet, redoublait de cruautés envers eux.
Ils s'enplaignirent à Gédéon qui résolut d'en
finir une bonne fois avec ce redoutable monstre.
Notre brave canard se souvint des trois
ballons que Sosthène lui avait apportés lors de l'ouragan; et tout de suite, il élabora
un plan.
Dans le panier d'un pêcheur, il prit un bout de ligne terminé par un gros
hameçon. Sosthène, aussitôt requis, attacha les trois ballons à ce bout de ligne; puis

après avoir fixé à l'hameçon, en guise d'appât, une grassouillette grenouille, il alla
se promener sur la rivière traînant sa ligne au fil de l'eau.
Passant par là, le brochet bondit sur l'appât, l'avala. mais l'hameçon s'accrocha
à son gosier.

Vorace était bien pris. Que vouliez-vous qu'il fît? suspendu à ses trois ballons
qui, remplis de gaz, nageaient calmement sur l'eau?
— Qu'il mourût.
C'est ce qu'il fit; et ce fut jour de fête tout au fond de l'étang.
Vorace fut recueilli par un pêcheur et, le
lendemain, on retrouva sa méprisable carcasse au
fond d'une boîte à ordures.
Mais que fait donc, assis dans la poussière
sur le bord de la route, notre ami Laréglisse?

Sous la direction de
Gédéon, il confectionne
simplement avec du
goudron bien frais la
maquette d'un petit
poulet; et il y colle des
plumes.
célébrée par une grande féte foraine au cours de laquelle se produisirent les plus
belles attractions du monde entier.
,--',,"'rf.'
le chien. Grognard qui est heureux de venir te demander des comptes.
- Entendu, Cambouis, passe-moi la cartouche.

Grognard prit l'engin et s'enfuit à toutes pattes.


Boum!!! Une terrible détonation retentit, et l'explosion réduisit enmiettes le camion,
projetant dans l'espace le malheureux chauffeur et tout le chargement de la voiture.
- -

de la
Un gros porctomba, avec pas mal d'objets divers, dans le fauteuil du Vicomte
Courtille que la Comtesse de Rimitro attendait pour prendre le thé.
fantastique. Avec peine réussit à
il

ramener sur la rive sa ligne et sa


prise.

- C'est un porc de l'année,


s'exclama-t-il, joyeux; cela vaut
mieux qu'un petit goujon et même
qu'une grosse ablette.
Cependant, au milieu de la route que des ouvriers débarrassaient des débris
de l'automobile, un petit tas de matières calcinées se détachait. C'était tout ce
qui restait de Grognard. Pauvre bête, finir ainsi après avoir fait le tour du

monde. Le Destin a de ces fantaisies!.


Gédéon chargea Laréglisse d'enlever ces cendres poussiéreuses pour les inhumer
dans un coin de prairie. On creusa la terre, et ce qui restait de la pauvre victime fut
déposé au fond du trou.
Gédéon, Virginie et ses enfants, flanqués de Sosthène, se retirèrent après avoir
dit l'adieu d'usage à celui que la Jalousie et l'Envie avaient égaré.
— Pauvre Grognard,
dit Gédéon, je te pardonne,
dors en paix et que la
terre te soit légère.
Et l'horizon réapparais-
sait sans un point noir.
Le ciel était radieux et

rempli de chants d'oiseaux.


Quelques petits nuages blancs couraientsurtazur. --p- - '_--,',"'- .-..r.,---.,_.-",.
Gédéon et Virginie encourageaient les jeux et les sports, grandes et saines joies
de l'Enfance.
enthousiaste animait toute la jeunesse de l'endroit.
Une émulation joyeuse et
nrix ardemment disDutés échurent au vainqueur. Et les deux époux
pratiquèrent
ne.*
la Charité qui met
dans les cœurs
tant de joies.
Aucune infortune
ne fut laissée
dans l'oubli et le
malheur, ne pou-
vant s'acclimater
dans ce pays de
Cocagne, alla
chercher infortune
ailleurs.
Visitant les
malades, apportant
à chacun des
consolations et des gâteries, Gédéon et Virginie étendirent leur bonté sur tous les êtres
qui
qui les entouraient, bonté qui tombait sur tous comme une rosée bienfaisante et
joie de le faire.
leur donnait, à eux, cette joie profonde de faire le Bien pour la seule