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REVUE D'HTSTOIRE POPULAIRE

L E N U M E R O: 2 0 F B I M E S T R I ENLO14 - M A R S - A V R I 1
L9 8 4

'''-...

, . t' i,^ rt,tuf,,i,/,. t t

DANS CE NUMERO LE BRACONNAGEEN SOLOGNEAU SIECLEDERNIER


par Marickeet PierreAucante lp. 21!l
LA VIE DANS LES CAMPAGNESNÎMOISES
DANS L'ANTIOUITE
( 3 " s i è c l ea v . l 1 . ,s i è c l ea p r è sJ . C )
parJean-LucFiches @. 271
1947 : LE DEPARTDES MINISTRESCOMMUNISTES
par ThierryPaquot (p. 1 ) UN ALMANACHSAISIEN1872 EN BOURBONNAIS (p. 3a)
TEMOIGNAGF:ONZEJOURSD'EXODE (p. 8) LE PETIT TAILLEURD'AMPLEPUIS:
BARTHELEMYTHIMONNIER,
MYSTERESET FÊTESRELIGIEUSES inventeurmalheureuxde la machineà coudre
A TA FIN DU MOYENAGE par Y.-F.Livian ( p .3 5 )
par MaguyGallet-Villechange (p. 9)
LESCHRONIOUES
LE CANULARDU TAPINAGILE par ThierryPaquot (p.38)
par MichèleBelle (p.14) Télévision
LA DECOUVERTE ARCHEOLOGIOUE
DE GLOZEL par MichelSerceau (p. 8)
Mystificationou réalité ? Expositions
par SylvieFournet 1 p .1 5 ) par SylvieFournet 1 p .a 1 )
EDITORIAL

ÇAVRÛgIE Revuebimestrielle
d'histoirepopulaire
Les historienssont desgensdangereux.Ils sont capablesde tout <'hanbouler.Ilsdoivent êtrediri-
gés.
N. Khrouchtchev. 1956

Numéro14 L'un des rôles de notre revue, souventlié d'ailleurs à la remiseen lumièredes vérita-
bles acteursde I'histoire, est de rectifier et de combattre dans le domaine historique
mars-avril1984 toutes les fausseslégendes,déformations, mystificationset omissions,d'autant plus
graves si elles sont volontaires.
Publicationdes
On aura lu par exempleà ce propos I'article sur "les colonnesinfernalesde 1794"
EditionsFloréal
(Govroche4/5); tout récemmentaussi,dans le n' 13, "Charles Martel" et "Les sol-
BP 872 dats de I'AN II" ont été I'occasionde dénoncer les légendeset de replacersous leur
27008Evreuxcedex véritable éclairage ces héros historiques.
Dépôt : 41, rue de la Harpe Dans ce numéro 14, pas de dénonciationde faux propos. Une mise au point, toute-
téI. : (32)33.22.33 fois, en ce qui concernele départ des ministres communistes en 1947. Evénement politi-
que et historique qui a connu bien des interprétations.
Ici, il faut bien dire qu'au panthéondes falsificateursde I'histoire, les communistes
Directeur de la publication : ont une bonne place. On n'en serapas surprissi on se souvientdu propos du pourtant
Jean SANDRIN libéral Khrouchtchev : "...Les historiensdoivent être dirigés." ; si on se souvient de
Rédacteuren chef : I'adage : "La fin justifie les moyens."
D'où une remise en ordre permanente des événementset des individus, afin de les
Hervé LUXARDO
ramener "dans le sensde I'histoire" - un sensasseztortueux parfois ! Ainsi d'une édi-
avec le concours de Michèle Belle tion à I'autre d'un même ouvragedes faits et des gensdisparaissent-ils. En 1975,Pierre
Directeur administratif : Daix est gommé de la dernière édition des "Bataillons de la Jeunêsse"d'Ouzoulies
Ceorges PELLETIER alors qu'il était clairement cité aux côtés de Fabien dans la parution précédente.
Certaines périodes, comme I'avant-guerre, sont manifestementtraitéesavec un souci
Fabrication et maquette : de propagande qui prime sur toute vérité historique. Par exemple, au sujet des pactes
Ceorges POTVIN germano-soviétiques, on s'en tient obstinémentà la version d'un unique pacte de non
agresssion.Nulle mention des pactes territoriaux de septembre 1939 (partage de la
Avec la collaboration
Pologne et annexion des Pays baltes)et de juin 1940(sur la Roumanie).On cherchera
pour ce numéro
en vain la moindre trace du pétrole, du blé, de I'acier,... venduspar I'URSS au Reich
de Maricke et Pierre Aucante, nazi ! Quant à I'agressionsoviétiquecontre la Finlande (décembre1939)elle est quali-
Michèle Belle, Sylvie Fournet, fiée de "défensive !" Le gouvernementlégal finlandais de l'époque étant social-
Jean-Luc Fiches, démocrate,on le qualifie de "fascite."
Maguy Gallet-Villechange,
Y-F. Livian, Thierry Paquot, En 1943, dans la conclusion de ses mémoires, le "dissident" Victor Serge écrit,
Michel Serceau qu' "il ne faut jamais renoncer à défendre I'homme contre les systèmesqui planifient
I'anéantissement de I'individu." Ce n'est pas notre rôle d'analyserle systèmecommu-
niste ; mais c'est notre rôle de défendre I'histoire - nous voulons dire : la vérité -
Commissionparitaire: 64185 contre la tentative de falsification.
LS.S.N. : 02.42-9705 9"rr *k

@ Éditions Floréat
Tousdroitsde reproduction
desarticles MOTS CROISES DE GAVROCHE
et documentspubliés
V E R T I C A L E M E N T . - I . P a r t i e d e r é g a l e .-
strictementréservés. l l . C e q u ' u n F r a n ç a i ss u r l e d é p a r l d o i t f a i r e
Les manuscritsne sont pasrenvoyés. pour la patrie...Poinl de chule pour Napoléon
I l l a u M e x i q u e . P h o n : p e u l - ê t r e r é u s s i?
lll. Croient en la magie. - IV. Patrie d'une
Vénus célèbre. Le trésor à la mort de Louis
Imprimé en France
XlV. - V. Ornaient les uniformes napoléo-
Composition : Scoop PresseNormande niens. - Vl. lnterjection. Fondateur d'Albe,
à Evreux Lz Nouvelle-Calédonie, par exemple.
Impression : Imprimerie André VIl. Débul avril. Préparation des peaux en
b l a n c . - V l l I . A v a l s d e v a u x e n v a h i s .S o n t o u
Le Neubourg
se visilenl. - lX. A fichu la paix aux
Chouans, Vieux laid. - X, Vient d'une fève
pâr pour galetle des rois ! Arislo.
ILLUSTRATIONDE COUVERTUREI
Braconniersoccasionnels, lescultivateurs SOLUTION DU PROELEME PRECEDENT
étaientheureuxde prendre,au hasardde
la moissonou de la fenaison,un lièvreou
une perdrix.Les traitements chimiques,
les travaux mécaniquesont fait depuis
bien d'autresravages(gravuredu 19"siè-
cle, d'oprèsAdrien Marie) HORIZONTALEMENT. - l. Symbolise la
On lira en pages2l à26 notrearticlesur contrainte, la pression. Porta les empereurs,-
le braconnage 2. Manquaient de voix. - 3. Evacue. Agit en
en Sologneau 19. siècle. grognant, - 4. Immorlalisée dans I'Enkr de
Dante. Ne servir qu'à demi. - 5. Un dur !
P o u r d o u b l e . - 6 . S u p p o r t el a s c u l p t u r eo u l e
CREDITS PHOTOGRAPHIQUES: molard. Dans. - 7. Dès potron-minet, Cer-
laine cavalerie. - E. Va de la Tarenlaise au
RogerViollet,pages: 1, 2, 4, 9, 10, I I, Rhône. Congé phonétique. - 9. Ancienne
15, 16, 17, 19,20. I-esautresdocuments citadelle sur la Durance. 10. Outre-
sont la propriétédesauteursou provien- A t l a n t i q u e . C i n q p o u r I ' h i s t o i r ed e l a t e r r e . -
nent desarchivesdesEditionsFloréal. ll. Le plus souvenldistingué.
L'";*

Vincent Auriol, A. Tixier, Louis Jacquinot,AmbroiseCroizat(communiste); en 3u rang : Tanguy, René Pléven,E. Thomas, pierre-HenriTeitgen,CharlesTillon
( c o m m u n i s t e lF, r a n ç o i sB i l l o u x( c o m m u n i s t e )M, a r c e lP a u l{ c o m m u n i s t e )A. n d r é M a l r a u x ,J a c q u e sS o u s t e l l eR
, e n éP r i g e n t .

1
que les territoireslibérésde I'occupa-
I tion nazie par I'Armée Rouge restent
r dans la zone d'influence Soviétique,
sousla seuleconditionde I'organisation

LE DEPART d'élections démocratiques. Churchill


s'opposa vainement à ce partage de
fait de I'Europe.Cependanten octobre
1 9 4 4 , t l s ' é t a i t r e n d u à M o s c o ue t y

DESMINISTRES avait obtenu l'assuranceque la Grèce


serait libéréepar les troupes britanni-
ques en échangede quoi il laissaitla
Bulgariesous le contrôle des soviéti-

GOMMUNISTES
ques.
La DeuxièmeGuerremondialetermi-
née, le nouveau présidentdes Etats-
Unis, Harry Truman, se préoccupe
d'endiguer la poussée soviétique en
Europe.En Grèce il aide le gouverne-
1947 : les blessuresde la guerre ne peut imaginerà quel point I'expres- ment mis en placepar les Britanniques
sont longuesà cicatriser,le marchénoir sion passeraà la postéritéet la réalité à lutter contre l'insurrectiondes com-
fait toujours recette, la France se qu'elle désignepèseralourdementsur munistes.il veille à la "sécurité de la
reconstruitlaborieusement, lesouvriers le destin du monde. Une telle coupure Turquie" qui a une longue frontière
des grands centres industrielsdébor- ne se limite pas seulementau tracé a v e cI ' U R S S .
dent leurs directionssyndicaleset se d'une nouvellefrontière,elleest la mar- ll est préoccupépar la France,la Bel-
en grève, l'empirecolonialest
mettent.par que indélébiled'une oppositionentre gique, l'ltalie, tous ces Etats qui ont
secoué des émeutes; enfin la deux groupes de nations, entre deux dans leur propre gouvernementdes
guerre froide s'installe.Des caves de modes de vie, entre deux conceptions "agents de I'extérieur,des ennemis
Saint-Germain-des-Prés résonne un du monde,entredeux systèmesidéolo- infiltrés" : des ministrescommunistes.
sofo de trompette. Le jazz emplit giques.Deux blocs sont alorsformés : Ecoutonsle sous-secrétaire d'Etat amé-
I'atmosphèrede sa nostaloie. l'un, dominé par I'URSS comprend ricainAcheson: "En Franceavec cinq
I'Europeorientale; l'autre, sous ministrescommunistesdans le gouver-
influenceaméricaine,l'Europeocciden- nement dont I'un au ministèrede la
Le PGFà gauche ou à l'Est ? tale. Cette divisionrésultede la signa- Défense,avec lescommunistescontrô-
ture des accords de Yalta en février lant les plusgrandssyndicatset noyau-
Quand le Premierministre britanni- 1 9 4 5 . A l o r s , l e p r é s i d e n ta m é r i c a i n tant les usines et l'armée, avec près
que WinstonChurchilldéclarele 5 mars Rooseveltvoulaitobtenirde l'URSSde d'un tiers de l'électoratvotant commu-
'l
946 que "de Stettinsur la Baltique,à Staline I'assuranced'une intervention niste et avec des conditionséconomi-
Triestesur l'Adriatiqueun rideaude fer militairecontrele Japon.En échangede ques en constante aggravation, les
s'est abaisséà traversle continent", il cette promesse, Roosevelt acceptait Russes pourraientouvrir la trappe à
2 l9l7: lc déprt

t o u t m o m e n tq u ' i l sc h o i s i r a i e n t "l .l e s t
vrai que le succèsélectoraldu PCFen
novembre 1946 impressionne: avec
plus de 28 o/odes suffragesexprimés,
1 74 élus (en comptantles apparentés) -{
sur 544 députés,il est alorsle premier
parti de Francedevant les chrétiens-
démocratesdu MRP(26 0z6 des voix) et
s F I O( 1 8 o / od e s v o i x ) . . .
l e s s o c i a l i s t eS
Le secrétairegénéraldu PCF, Maurice
Thorezdans une interviewau Times{le
i
1 8 n o v e m b r e 1 9 4 6 ) , s o u h a i t ec o n -
vaincre l'opinion que le PCF est indé-
p e n d a nd t u P Cs o v i é t i q u e . ". .l e c h e m i n

I
est nécessairement différentpour cha-
que pays. Nous avons toujours pensé
et déclaré que le peuple de France,
riche d'une glorieusetradition,trouve-
rait lui-même sa voie vers plus de
démocratie,de progrès et de justice

HL|
sociale". Pourtant quand le socialiste
LéonBlum (voirencadré)est chargéde
constituer le gouvernement, le 12
décembre, il n'y fait entrer que des
socialistes. Ce gouvernement était con-
sidérécommetransitoire,puisqu'ilétait L a c a m p a g n e c o m m u n i s t e e n 1 9 4 6 : i c i , à A u b e r v i l l i e r s ," f i e f " d e C h a r l e s T i l l o n .
le derniergouvernementprovisoirede
la France,avant l'installationde la qua-
trième République.
Les communistes facilitent ceDen-
Défensenationale,AmbroiseCroizatau
dant l'élection du socialiste Vincent LA POLITIOUE
Travail, Georges Marrane à la Santé
Auriol à la présidencede la Chambre publiqueet CharlesTillon à la Recons- ECONOMIOUE
des députés,puis le 16 janvierà la pré- DE LEONBIUM
truction.
sidencede la République. Devenuprési-
L'obtention du ministère de la Ouand Léon Blum accàde au pouvoir
dent, ce dernierdemandeau socialiste
Défenseest visiblementune sourcede le 13 décembre1946, il hérite d'une
Paul Ramadierde former le gouverne- grandesatisfactionpour le PCF; Jac-
ment. "Je rejetaile tripartisme{t) pour situation particuliàromenttragique quê
q u e sD u c l o s .l e 2 8 j a n v i e r n , e le cache décrit assez bien un rapport de 671
adopter une formule plus large, qui pas : "C'est le présidentLéonBlumqui pages connu sous le nom d'Inventaire
comprenaittous les partis, même les
de son propregré,en décembredernier, Schuman". Ce texte fait état de toutes
républicains indépendants et ne laissait les anomaliesrepérablesot proposodos
offrait le oortefeuillede la Défense
en dehors que les conservateursles moyens pour y remédier. Ainsi par
plus déclarés. Mais je réservai aux nationaleaux communistes.Telle est
l'exacte vérité. Personne ne saurait exemple, lo budgot de l'armée a gonflé
socialistesune positionnumériquequi de manière disproportionnéeau regard
faire ici l'injureau présidentLéon Blum
leur permettaitd'arbitrer.J'étais ainsi ( d e c r o i r e )q u ' i l a u r a i tp u a v o i ru n s e u l
dos nécossitésdo reconstruirel'écono-
aqsuréde n'êtreentraînéni à droite,ni à mie du pays. De même les charges de
gaucheet de maintenirla directiondon- instant l'idée de confier le portefeuille personnel de l'Etat qui roprésentaiont
de la Défense nationaleà un "parti 12,7 du budget en 1938, atteignent
née par Léon Blum, orientée vers la 25,6 Voen 1946. Les entreprisespubli-
nationalisteétranger".
lutte contre l'inflation à l'intérieuret quos sont subvantionnéeset le rapport
vers une entente étroite avec la préconisepour ces derniàresl'adoption
Grande-Bretagne pourgarantirla paix". "Les communistessont pour de "règles d'une sainegsstion", on pal-
Ramadierfait entrercinq communistes ticulier, veiller à no pas favoriser un
la présencefrançaise
au gouvernement: MauriceThorezest encadrementet une administrationplé-
ministred'Etat, FrancoisBillouxest à la en Extrême-Orient"(JacquesDuclosl thorique et inofficac€.
ll fallait assainirles financesde l'Etat.
Dès 1 945, des soulèvementsse pro- André Phillip, ministre des Finances
(1 ) Tripanisme : alliance gouvernementale entre duisent dans des coloniesde l'Empire accroît les contraintes dirigistes d'une
MRP, SFIO et PCF, en paniculier lors des gouver- français, alors rebaptisél'Union fran- part, et relèveles tarifs du secteurpublic
nements du général de Gaulle en 1944-45.
çaise: en Syrie, en Algérie(plus parti- d'autre part. Ce qui est contradictoire
culièrementdans le Constantinois). en avec la décisionde Léon Blum de baisser
Indochine.Les autorités,dont les com- les prix en "deux fois de 5 96". Rama-
V i n c e n l A u r i o l . M i n i s t r e s o c i a l i s t ee n 1 9 4 5 , i l s e r a dier succédant en janvier 1947 à Léon
élu premier présidenr de la lV. République en
munistes, ne comprennentqu'une Blum, poursuit la politiqu€ engagée.
1946. Son "Journal" est une précieuse source forme de dialogue: la répression.Ainsi Mais cela n'est pas aisé : en effet il faut
pour l'hisloire de cetle période. la guerre mondialeà peine terminée, contenirles prix et aussi les salaires,par
l'arméefrançaiseintervientpour "paci- ailleursil ost u?gentde réduireles dépen-
f ier" des régions entières. Le jour ses publiques(ce qui veut dire supprimer
même de son investiture,Paul Rama- 3OO OOO emplois sur les 1 2OO OOO
dier dans son discoursà I'Assemblée postes d'agents de I'Etatl.
rend hommage au courage et à ll est impossiblede mesurer l'impact
l'héroi'smede "nos" soldats luttant des mesures du gouvernement,car les
statistiques ns sont pas fiables: soit
sans rééerve contre les nationalistes elles concernent des produits introuva-
vietnamienstrès fortement encadrés bles sur le marché. soit elles ne rendent
par les communistes. Un tonnerre pas compt€ des mÔmesgroupesde pro-
d'applaudissements suit cette haran- duits d'une périodeà une autre. Ce qui
gue que tous les élus écoutentdebout, est certain c'ost la montée des revendi-
y comprisles communistes.ll est vrai cations populaires qui incontestable-
que lorsquecertainsévoquentdes tor- ment traduit une détérioration des condi-
tures commises par des soldats fran- tions de vie. La part des denrées ration-
n6es ne fait que baisseret celle des pro-
çais, l'Humanité explique que cela est duits des marchés,libreset clandestins,
de "la pure propagande"et qu'il s'agit ne fail quo croît?€.
en fait d'agissements"d'anciensSS ou
(bs m in istt,"/a cantm un istos 3

de soldats vichyssois" toujours pré- furent de violentesattaguescontredes


sentsdans les troupesfrançaises,mais OUELOUESEVENEMENTS postes français sur divers points de
que celles-cine peuventêtre soupçon- EN 1947 l ' î l e .( . . . ) L ' é t a td e s i è g ea é t é p r o c l a m é .
nées de commettre de telles atrocités. Tous les partis français,de la France
La lutte armée du Viet-Minhest rare- 21 janvier : Vincent Auriol est élu prési- combattante aux communisteset au
ment citéedans la pressecommuniste. dent de la lVèmeRépublique. Le gouver- Parti des déshérités,ont affirmé leur
Le 9 février, l'éditorial de l'Humanité nement Blum démissionne.Herriot est fidélitéà la France.On a envoyélà-bas
rappellela politiquedu Parti: "ll faut élu à la présidence
de l'Assembléenatio-
nale.
une escadrilleet une compagnie de
sauvertout ce qui peut être sauvé, la 28 lanvier : Ramadierforme le gouver- Sénégalais."Ce consensusest-ildura-
cohésionde l'Union française,l'amitié nemenl. ble ? Le quotidienLe Mondedu 29 avril
des peuplescoloniauxpour la France, 24l6vnet : baisseautorilairedes prix de évoqueen premièrepage la possibilité
nos positions nationalesen Extrême- 5%. d'une rupturede la coalitiongouverne-
Orient". Le 4 mars, le Conseil des 12 mars: le présidentdes Etats-Unis mentale à propos de Madagascar.
ministres à l'unanimité réaffirme sa Truman prononce au Congrès un dis- Ou'en est-ilprécisémentà cette date ?
détermination à "n'épargner aucun coursdanslequelil définitles conditions
politiquesde l'aideaméricaine.
effort pour rétablirl'ordreet la sécurité Peu après les premièresmanifesta-
29 mars : insurrectionà Madagascar.
en Indochine",la guerrecolonialen'est tions, près de 3 OOO membres du
31 mars : créationdu "salaireminimum
aucunementremise en cause : c'est vital". MDRM sont arrêtés,dont deux dépu-
par la forceque la France"gardiennede 7 avril : de Gaullefonde le RPF. t é s : R a v o a h a n g ye t R a b é m a n a n j a r a .
la politiquegénéraledes Etats qui font 24 avÂl: électionsà la Sécuritésociale (LedéputémalgacheRasetaest alorsà
partie de l'Union" concèderaaux peu- 'l
(6O % environpour la CGTet 26 % à la Paris). Le 6 avril, le gouvernement
ples indochinois un statut d' "Etat CFTC)et aux Caissesd'allocations fami- demandela levéede leur immunitépar-
librement associé"... Pourtant quel- liales(62 % à la CGT et 25 96 oour la lementaire.Les ministrescommunistes
quesjoursaprèsle 1 1 mars,un incident cFTC). quittentimmédiatementla salledu con-
va ternir cette bonne entente: les 25 avril : début des grèves chez seil, afin de protester.Le 17, l'Huma-
Renault.
députéscommunisteset le ministrede 4 mai : les ministrescommunistessont
nité rapporte la position de Maurice
la Défensenationale,FrançoisBilloux, "invités" à quitter le gouvernement. Thorez: "S'il y a eu à Madagascardes
refusent de se lever pour saluer la 6 mai : la SFIOsoutientRamadierdans violences,des voies de fait, qu'on les
reprisede Nam-Dinhpar les blindésdu cetle décision. poursuiveconformémentaux lois,mais
généralLeclerc.Les injures pleuvent. iuin : vagues de grèves qui dureront qu'on ne mette pas en æuvre une pro-
'l
Le 8 mars, les élus communistes iusqu'en décembre et toucheront de cédurecontraireà l'esprit et à la lettre
s'abstiennentlors du vote de confiance nombreuxsecteursd'activités. de la Constitutionqui assureI'immunité
au sujet de la politiquegouvernemen- 19 décembre: scission syndicale, le aux représentants du peuple".
tale coloniale,mais les ministrescom- courant"Force Ouvrière"quitte la CGT Le 29 avril, I'Assembléenationale
et constituela CGT-FOautour de Léon
munistesdemeurentsolidairesdu gou- Jouhaux,violemmentanti-communiste. fixe au 6 mai le débat sur cette ques-
v e r n e m e n t . .D. e u xj o u r sp l u st a r d ,d a n s tion. Pourtantle mécontentementdes
u n g e s t e d ' a p a i s e m e n t ,J a c q u e s communistes ne s'accompagne pas
Duclos déclare: "Les communistes d'une menacede démission.ll est vrai
sont pour la présencede la Franceen que le PCFtient à "l'Empirefrançais".
Extrême-Orient".Les dirigeantset la autant qu'ils l'espéraientmais s'enç,a- même s'il souhaiteun assouplissement
presse communistes ne cessent de gent néanmoinsdans une guerre de du contrôle de la métropole.Vincent
répéterà qui veut l'entendreque Tho- guérilla,essayantde "libérer" une par- Auriol dans son journal, toujours à la
rez, vice-présidentdu Conseil, cinq tie du territoire; certainsmaquistien- date du 9 avril,écrit : "9h, Conseildes
jours après le vote des crédits, le 27 d r o n tj u s q u ' e nd é c e m b r e1 9 4 8 . L ' é t a t ministres(un débat s'instaureà propos
mars,signeavec Ramadierdes Instruc- majorfrançaisannonce89 OOOmorts, de Madagascar)il est impossiblede
tions à l'intention du nouveau haut- 1 O O0 0 0 v i c t i m e sd i r al e M D R M( M o u - laisserles grandessociétésde nationa-
commissaireen Indochine,le radical vement démocratiquede la rénovation lités diversesexploiterles indigènesde
Bollaert.qui remplacel'amirald'Argen- malgache).Le présidentde la Républi- l'î'le et réaliser de gros bénéfices
l i e ud é m i s s i o n n a i r e . que VincentAuriol note dans son jour- qu'ellesexportentsansrienfairepourle
Dans ces Instructions,les signataires nal : "Mercred9 i a v r i l .8 h 3 O .R a m a d i e r territoire.ll ne faut pas laisserconfon-
déclarentleur fidélité "aux basesde la m'informedes incidentsdes 29 et 3O dre I'action coloniale de civilisation
convention préliminairefranco- mars à Madagascar.lls sont bien plus a v e c l ' o p p r e s s i o nd ' u n c a p i t a l i s m e
vietnamiennedu 6 mars 'l 946, à la gravesqu'on ne I'avaitd'abordcru. Ce international."Et plus loin : "La France
condition que cette indépendancene
s ' e x e r c eq u e d a n s l e c a d r ed e I ' U n i o n
f r a n ç a i s e " .U n p e u p l u s l o i n l a m ê m e 'l
L a o r e m i è r e" c o n f é r e n c e "s u r l e s o r t d e l ' l n d o c h i n ea l i e ue n s e o t e m b r e 9 4 6 . O n v o i t i c i l ' a r r i v é ed e H o -
idée est reprise: "La Francepossède C h i - M i n he n F r a n c e .
en Indochinedes intérêtssur la défense
desquelsil ne lui est pas possiblede
transiger,ni de discuter". C'est clairet
net. Thorez en bon Dartisandes colo-
nies françaisesn'évoquemême pas le
chef des Viet-Minh,le communisteHo-
Chi-Minh...

Madagascarà feu et à sang

D a n sl a n u i td u 2 9 a u 3 O m a r s1 9 4 7 ,
une insurrectionarméeéclateà Mada-
gascarfaisantde très nombreusesvic-
t i m e s : e n v i r o n 5 5 0 E u r o p é e n se t
'|
9OO Malgaches.La rapidité,la vio-
lencede l'émeutepaniquentlesrespon-
sables locaux et surprennentles diri-
geants nationaux. lmmédiatementun
corps expéditionnaire de 18 O0O sol-
dats est envoyé pour mater les insur-
gés. Ces derniersn'ont pas été suivis
1947 : lc déptt

Ë
,tr f

ne resteraque si elleest humaine".Les la f ragilité du soutien communiste. Dès I 946. des mouvements revendicatifs
ministres communistes ne marquent GeorgetteElgeylzt relatecet épisode: éclatent. lls restent loutefois modérés, et c'est
dans fe 2. semestre de 1947 que les grèves
aucun désaccord,ils acceptent l'idée "Le vendredi25 avril,à quatreheures prendront leur réelle ampleur.
d " ' u n e m i s s i o n c i v i l i s a t r i c ep o u r l e
du matin, M. Ramadierréveillepar un
bien du peupleindigène". coup de téléphoneM. Marcel-Edmond PCF,suspects.La grèveelle-mêmeest
Naegelen.qui est un peu son confident. considéréecommenéfasteet antinatio-
ll lui demandede venir sur-le-champà nale, c'est "l'arme des trusts", ce
De "bons" ministres I'hôtel Matignon.M. Naegelennous a seraitle moyen de faire capoterle gou-
r é v é l é c e t t e c o n v e r s a t i o nj u s q u ' i c i vernementauquelle PCFappartient,ou
Cette disciplinegouvernementale ne inconnue: "Ramadierme déclaretout bien qu'il soutient.
semblepas pesanteaux communistes. d e g o : La vie quotidienneest particulière-
Paul Ramadierse souvient: "Pendant - V o i l àc e q u ej ' a i d é c i d é: n o u sa l l o n s ment difficilepourla grandemajoritéde
plusieurs semaines. la collaboration mettre les communisteshors du gou-
avec les ministrescommunistess'éta- vernement.
blit sans difficulté sérieuse, surtout En apparence,tout allait bien ; en ,,LECHEFLE PLUSAIME
grâceà la modérationet à la loyautéde fait, les communistescommençaientà DU PEUPTE
FRANçAIS"
Maurice Thorez. Non seulement, il m u l t i p l i e lre s c r i t i q u e s M
. ais Ramadier
porta en bien des circonstances des me le dit formellement.Des considéra- En 1939, Thorez déserts et gagne
jugementsde bon sensqui furentgéné- tions de politiqueétrangèrele détermi- I'URSS qui vient de signer, à la stupeur
ralement appréciés,mais quand des naient : générale,un pact6 de non-agressionet
questions délicates se posèrent, il - les Russes préparent un coup de des pactes commsrciauxavec l'Allema-
gno nazie, los pact€s gormano-
acceptaavec courageles décisionspri- force sur I'EuropeOccidentale.ll est
sovi6tiques. Pondant touto la Deuxiàme
ses en commun."Pour preuve,il donne très dangereuxd'avoir des représen- Guene mondiale. Thorez va rester à
quelquesexemplesdont I'un concerne tants de la Russieau seindu gouverne- Moscou, tandis que nombre de militants
urie revendication salariale,que le gou- m e n t . communistes, rostés on France, font
vernementunanimerefused'avaliser: Le même jour, M. Ramadierconvo- leurs preuves dans la clandostinitéot la
"Maurice Thorez.après avoir discuté, que aussi le ministrede l'lntérieur,M. lutto arméo... A la Libération, Maurice
s ' i n c l i n a .B i e n m i e u x , i l a c c e p t a d e Depreux: Thorez retrouve "naturellem€nt", la
défendrecette politiquedans un dis- - Si les communistespartent, y-a-t-il direction du parti apràs des meeting et
cours prononcéà Toulon.ll tint exacte- un risquede putsch ? des congràs dont "l'enthousiasme" a
ment paroleavec un couragecertain, Je l'ai rassuré, nous raconte M. été soigneusementpréparé. ll va alors
développerun culte de la personnalité,
contre les démagoguesde son propre Depreux.A mon avis, depuisle retour accoptant des qualificatifs comme "le
parti." de Thorez (3) et le désarmementdes chef aimé du Parti", "chef le plus aimé
Pourtant,après le désaccordà pro- milicespatriotiques,il n'y avait plus de du peuplede France" : ce culte du chef
pos de l'lndochineet maintenantavec dangercommuniste". lquelle coihcidencel! s'épanouit alors
l' " allaire" malgache, la rupture Cesdésaccordssur la politiqueétran- dans I'URSS de Staline. Ajoutons que
s'annonce.Ramadierest conscientde gèreseronten partieresponsables de la l'ltalie fasciste. l'Allemagnenazie et en
rupture qui sera inévitable après la général les partisans des dictateurs
grèvede la RégieRenault. nationalistes ont égaloment développé
un tel cult€.
Paul Ramadior.
Surnommé Pouren savoirpfus,lie : "Thorez: viesecÈte
"Ramadan" par
"Provocations hitléro-trotskystes et et viepublique",Ph.Robrieux, Fayard.
les chansonniers
quand il était gaullistes".
ministre du Ravi- Maurice Thorez à la tribune de l'Assemblée
taillement, c'est
lui qui, devenu
Depuisla Libération,les grèvessont
président du Con- rares et toujours condamnéespar le
sell sera le deus PCF et bien souvent par la SFIO.
ex machina du L'heureest à la reconstructionnatio-
départ des minis-
tres communistes nale, chacun doit s'associerà l'effort
de tous. C'est l'époque où Maurice
Thorezinvitelestravailleurs"à retrous-
ser leurs manches", Tous les mouve-
ments revendicatifssont, aux yeux du

RAMADIÈTE
par Bcn
{2} La R6publlquedes illusions,t. 1, Ed. Fayard,
P a r i s1 9 6 5 , p . 2 7 9 e t c . .
(3)MaitriceThorez,secrétairegénéraldu PCF,est
r e s t éd e 1 9 3 9 à 1 9 4 4 à M o s c o u .
dcs minist ?s communktes

Les mineurs en gràve. Les grèves qui ont com-


mencé en novembre,à la suite de manifestations
dégénéranten bagarres,à Marseille,gagnentrapi-
demenl toute la France. Le gouvernementSchu-
man rappellera80 OOOhommes à la disposition
du ministre de l'lntérieur,Jules Moch (Lire
" L ' , A u t o m n er o u g e " , d a n s l e n o 1 1 d u P e u p l e
Français).

la population: les villes ne sont pas


bienapprovisionnées et de nombreuses
denrées sont encore rationnées. Le
marchénoir fonctionneencoreplusque
durantI'occupation(4).A cette alimen-
tation défaillante,il convientd'ajouter
des conditions de logement souvent
plus que précaires,un confort inexis-
tant, des moyensde transportsinsuffi-
santset pour couronnerI'ensembleune
politiqueéconomiquestricte visant à
évitertout élaninflationniste(voirenca-
dré). Si le nombredes journéesde tra-
vail perduesdu fait des grèvesen 1 946
a été de 374 00O, en 1947 il sera de les trotskystes comme des "ennemis Thorezmanifestesa désapprobation de
2 3 3 6 1 O O O ,c ' e s t d i r e I ' a m p l e u rd u de la classeouvrière" et les ont même la politiqueéconomiquedu gouverne-
mécontentementet I'importancede la accusésd'être collaborateurs des hitlé- ment et marquesa solidaritéavec son
brèchedans le consensusnational. riens ! parti.ll demandequ'on adopteune nou-
Aux usines Renault, nationalisées Pendantce temps, les dirigeantsde velle politique tenant compte des
afin de sanctionnerleurpatronqui avait la CGT, Plaisancepour Renault et doléanced s e l a s e u l eC G T . L e 1 . , m a i
collaboréavec l'occupant,les commu- Henaff (secrétairegénéral de l'Union lors du Conseildes ministres,le secré-
nistesdominentle syndicatCGT. Celui- des syndicatsdes métauxlpourfendent taire nationaldu PCF réitèrela même
ci est majoritaireaux électionsprofes- les "provocateurshitléro-trotskystes à attitude.
s i o n n e l l eds' a v r i l1 9 4 5 ( 7 9 o / od e sv o i x la soldede De Gaulle"sansréussirpour Le 2 mai, sur les 30 O00 salariésde
contre 9 o/opour le syndicat chrétien autantà désamorcerle mouvementet à R e n a u l t ,1 2 6 7 1 v o t e n t p o u r l a p o u r -
cFTC). donnerà la CGT le premierrôledansles s u i t ed e l a g r è v e ,8 7 1 5 s o n t c o n t r e;
La CGT dirigele Comitéd'entreprise négociations avec la direction de les autress'abstiennent.Le lendemain,
et son appendice,le Comitémixte à la l'entreorise. à l'initiative de la CGT, un nouveau
production.La participation de la CGTà M a i s d e v a n t l ' a m p l e u rd u m o u v e - vote a lieu. Renversementtotal des
l a g e s t i o n d e l ' e n t r e p r i s es e v e u t ment. le bureaupolitiquedu PCFse voit résultats| 12 075 travailleursvotent
"loyale", plus encoreil s'agit pour elle obligerde critiquerouvertementla poli- la reprisedu travail contre 6 866 qui
de démontrerle bien-fondéde la natio- tique économiquedu gouvernementet désirentresteren grève.Le mouvement
nalisation. de prouver la rentabilité d'attaquer le blocagedes salairesqui s'effiloche.Un tract de la CGTdistribué
d'une entreprisepublique.Autant dire n'a pas conduit à une baissedes prix, le 1 3 mai interroge: "Toute l'usine
que chaque remousest percu comme mais au contrairea favoriséune dété- sera-t-ellearrêtéepar les agissements
u n " s a b o t a g e " . N é a n m o i n s l, e m e r - rioration"du pouvoird'achat des tra- d'une poignéede diviseurs? En voilà
credi 23 avril, les ouvriersdu secteur vailleurs".Le 3O avril à Matignon, assez! Nous voulons travailler libre-
Collas (boîtes de vitesse, direction, durant le conseil de cabinet. Maurice ment."
pignon) se réunissentafin d'élaborer
une listede revendications et chargeun
bureauélu de mener l'action. Le ven-
dredi 25 avril à 6h3O, un piquet de tA CGT CONTREtA GRÈVE
grève se tient à l'entréeet distribueun
tract émanant du "comité de grève" Pierre Bois, un des animateurs du midi, au meeting de la place Nationale,
qui invitele personnelà une Assemblée Comité de gràve, témoigno do l'action "qu'une poignée de gaullistes-
généraleà 8h. Au coursde ce meeting, de la CGT dans le numérode juin 1947 trotskystes-anarchistes avait voulu faire
de la ravue La Révolution Prolétariennne. sauterl'usine."
85 % des présentsvotent la grève. Le "La CGT ost contre la grève, car poul Les principesl€s plus élém€ntairesde
lundi 28 avril, la grève touche presque elle maintenant "la grève, c'est I'armo la démocratiesont foulés aux pieds. Au
tous lesateliers,un tract circulequi pré- des trusts". m€etingCGT, le mâme lundi 28 avril, les
cise : "Les organisationsdites ouvriè- Le premier iout, l'Humanité ne parle ouvriers du secteur Collas qui veulent
res non seulementne nous défendent pas de la grève. Encoreun de ces nom- prendre la parole, sont brutalement
pas, mais encore s'opposent à notre breux conflits que la bureaucratiesyndi- refoul6s, tandis que la voiture haut-
lutte. C'est à nous qu'il appartientde cale arrivera bien à étouffer... Le parleur s'éloign€ sous les huées de la
défendrenous-mêmesnos revendica- deuxième jour, la grève est définie foule. Au meetingde la CGT du mercredi
comme étant l'@uvro d'une poignéede 3O avril, dans l'île, uno opposition
t i o n s : 1) 1 0 F d e l ' h e u r es u r l e t a u x d e provocateurs, encoreplus brutalarepousgeles camara-
base; 2) Paiementintégraldes heures Chaquejour, un tract du syndicat des des du Comité de gràve qui voulaient
de grève.Seulel'actionpeut nous don- métaux est distribu6 pour discréditerle approcherdu micro pour parler.A I'AOC
ner satisfaction". L'Humanité ne parle Comité. ce "Comité de provocateurs". et à l'atelier 176 particuliàrôment,los
toujourspas. ce mouvementtouchant Les bonzss répandentles calomniesles cégétistos ss sont barricadés pour
pourtant massivementune des plus plus abjectes qui sont plus souvent d€s empôchertout contact avoc l'extérieur.
grossesusinesfrançaises! insinuationsque des affirmations,car ils Ouant aux nervis du PCF ils n'hésitent
Le 25 avril,les grévistesse heurtent sont incapablesde reprocherquoi que ce pas à insulteret brutalisorles grévistes.
soit aux membresdu Comité malgrétout La grève qui s'6tend oblige la secrion
à l'hostilitédes membresdu PCF, gui le mal qu'ils se donnent à constitusr
parfoisn'ont pas hésité à remettreen syndicale à se joindre au mouvement.
"leurs dossiers". C'est ainsi qu'ils se Evidemment, elle ne reconnaît pas la
m a r c h el e s m a c h i n e s . . . sont servis, pour discréditer le mouve- revendicationde 1O francs sur le taux de
Le 28, L'Humanité présente cette ment, d'un certain Salvade que le base. Devant le refus de la direction et
grèvecommele fait d'une "poignéede Comité de gràve n'a jamais connu. du gouvernemont d6 lâchor même les
trotskystes",condamnation sansappel Le citoyen Plaisance, apràs avoir misérables3 francs de prime que la sec-
puisque les communistesconsidèrent déclaré publiquementà Collas, le lundi tion syndicale revendique, celle-ci
matin 28, qu'il se pliait aux décisionsde appelleà un débrayaged'une heure."
( 4 ) V o i r L e P e u p l eF r a n ç a i sn o 1 0 : D u p a i n d u r
la majorité, n'hésitair pas à déclarer à
surla olanche.
6 197: b déptt

Le 1 5 mai, un accordest conclu sur vient au nom du. parti communiste,il


une prime de 1 6O0 F et une avance réaffirmeles divergencesmais conclut
remboursable de 90O F, ainsi : "Oui. en dépit de tout, nous LE DÉCRET
vous aiderons,quelleque soit la conclu- Le lundi 5 mai au matin, excoptionnel-
sion politiquede ce débat (applaudisse- lement le Journal Officiel paraît, ll con-
Le départ des communistes ments à l'extrême-gauche, à gaucheet tient le décret "portant modificationde
au centre). Nous vous aideronsparce la compositiondu gouvernementet dési-
Le 1" mai, le Conseildes ministres que nous avons le souci de l'intérêt gnation de ministresintérimaires" :
c o m m e n c éà 2 1 h , n e f i n i t q u ' a u xa l e n - national". Le présidentde la République,
tours de minuit. ll ne porta que sur la Vu les articles45 et 46 de la Constitu-
Le dimanche4 au matin, la séance tion de la Républiquefrançaise;
question des salaires. Les ministres est ouverte, le vote a lieu : 186 voix Vu fe décret en date du 22 janviet
communistesaffirment la faillite de la contre (cellesdes communisteset des 1947 portant nominationdes membres
politiqueéconomiqueinspiréepar Léon apparentés.ministres compris), 36O du gouvernement;
Blum et invitent leurs collèguesà y voix pour et le resteen abstention. Vu la communicationà lui faito le 4
substituer une autre politique. Mais "Cette fois. écrit P. Ramadier,les mai 1947 par laquelleM. PaulRamadier,
durant la discussion,il n'est pas fait président du Conseil des ministres, lui
ministrescommunistesvotent contrele
mentiond'une éventuelledémission.Le fait connaîtreles modificationsqu'il pro-
gouvernement.Je leur demande leur posed'apporterà la compositiondu gou-
communiquédu Conseildes ministres démission.lls la refusent.Aussitôt je
précise: "La politiquedes salaireset vernement,
me rends à l'Elyséeet je proposeau Décrète :
,desprix pratiquéepar le gouvernement présidentde la République de remplacer Article premier. - Les fonctions de
a fait I'objet des délibérations du Con- les ministres communistes.Le prési- MM. Maurice Thorez, ministre d'Etat.
seil.Cette politiquen'ayantplus réalisé d e n tm ' a p p r o u v e " . vice-présidentdu Conseil; FrançoisBil-
l ' u n a n i m i t éd u C a b i n e t ,i l a é t é d é c i d é A 2 1 h l 5 , l e C a b i n e at u c o m p l e ts e loux, ministre de la Défense nationale;
que le présidentdu Conseil,investide réunità l'hôtel Matignon; la séanceva Ambroise Croizat, ministre du Travail et
la confiancede l'Assembléenationale de la Sécurité sociale ; Charles Tillon.
durer à peine trente minutes: le com- ministre de la Reconstruction et de
par le vote du 21 janvier,présenterait à muniqué exprime bien I'atmosphère
nouveau demain son programme I'Urbanisme. sont considéréescomme
tenduede cette réunion: "Le président ayant pris fin à la suite du vote qu'ils ont
devant le Parlementet lui demanderait du Conseil a pris acte du vote des émis à l'Assemblée nationale le 4 mai
de se prononcersur ce programme". ministres communistes à la séance 1947.
Vincent Auriol consigne dans son tenue ce matin à l'Assembléenationale Article 2. - M. Yvon Delbos.ministre
Journal: "A la sortie,je retiensun ins- et constatéque ce vote constituaitun d'Etat, est chargé de l'intérim du minis-
tant Maurice Thorez et je lui dis : gestede rupturede la solidaritégouver- tère de la Défensenationale.
"Vous avez été très courageux de M. Robert Lacoste.ministrede la Pro-
nementale.ll a remerciéles ministres duction industrielle,est chargé de l'inté-
façon permanenteet à plusieursrepri- c o m m u n i s t e sd u c o n c o u r s q u ' i l s l u i
ses vous vous êtes jeté dans la mêlée. rim du ministèredu Travailet ds la Sécu-
avaientapporté". rité sociale.
Faites-le encore,je vous en prieau nom Le lundi 5 mai, le décret paraît au M. Jules Moch, ministre des Travaux
de la Nation,au nom de la République. Journal Officiel. La radio et la presse publicset das Transports,est chargé de
Trèsému, rouge.il me dit : "Je ne peux écrite relatentet commententl'événe- l'intérim du ministèrede la Reconstruc-
plus rien.J'ai fait tout ce quej'ai pu. Je tion ot de l'Urbanisme.
ment. R. Pannequin,ancien commu-
suis maintenantau bout de mon rou- Article 3. - Les attributions délé-
niste, relatecomment la base ouvrière guées à M. Maurice Thorez, ministre
leau.Et à ce momentj'ai vu des larmes
communiste.reçutla nouvelle: "Ce fut d'Etat, vice-président du Conseil, en
danssesyeux, Je saisque ce que nous dans la salle, une explosionde joie !
faisonsest très grave, mais je vous le matièro de fonction publique et de
Tout le monde applaudit,on se leva et réforme administrative par le décret
répète, je suis au bout de mon
" on se mit à rire. Les ministrescommu- no 47-292 du 19 février 1947 sont, à
rouleau. nistess'étaientdéclaréssolidairesdes titre provisoile, dél6guées dans les
Le 2 mai, Ramadier présente sa grévistesde chez Renault. La lourde mêmesconditionsà M. Pierre-Henri Teit-
requêteaprès avoir exposé les motifs hypothèqueétait levée.Ce seraitpour gen, ministre d'Etat, vice-présidentdu
de ce conflit. ll est amené à poser la quelques-uns Conseil.
la fin desvoituresnoiresà. Article 4. - Le présent décret sera
questionde confiance: "Le problème
cocardestricoloreset des chauffeurs publié au Journal Officiel de la Républi-
de la souverainetéde l'Assembléeest stylés. Mais quel soulagementpour
posé, et aussi celui de la solidarité que française.
tous ! René(il s'agit de RenéCamphin
. . 2 1 j a n v i e rj,' a i d i t q u e
m i n i s t é r i e l l e .l e qui annonçala nouvellelors d'une réu-
Fait à Paris,le 4 mai 1947.
cette solidaritéétait notre loi. ll ne peut nion) nous expliqua combien il était
en être autrement. ll n'en sera pas important pour I'avenirque les minis-
autrement". Jacques Duclos, inter- tres communistesaientété révoqués- se généraliseront, en touchantà tour de
et par des socialistes- plutôt que rôle la plupart des secteursd'activité.
Charles Tillon. Ouvrier breton, devenu svndicaliste d'avoir dû démissionner."
agissant et militant communiste avanl la guerre, il Le PCFet la CGT,afin de ne pas perdre
eut une belle action de résistant. Député, maire GeorgesMarranen'étant pas député leur crédit et leur puissance,devront
d'Aubervilliers, deux fois ministre, il ne supporta et n'ayantdonc pas voté contrele gou- progressivement s'éloignerdu gouver-
pas les brimades "staliniennes" du "clan Thorez"
et cessa de militer au PCF en 1952.
vernementn'était pas concernépar le nementet agirnon plusen partide gou-
décret, mais il envoya sa lettre de vernement,mais d'opposition.
démissionle lundi après-midi.Ainsi le Le changement d'attitude du PCF
gouvernementn'avait plus de commu- devient évident lorsqu'il s'oppose au
nistes, mais il continuaquelquesmois P l a nM a r s h a l l .l s ' a g i td ' u n p l a nd ' a i d e s
encoreà avoir l'appuicritiquedu PCF. accordéespar lesAméricainsà qui veut
Le 4 mai, avantle vote, JacquesDuclos y souscrire (I'URSShésitera quelque
avaitdéclaré: "Le PC,qu'il soit ou qu'il temps à accepter,avant de refuseren
ne soit pas au gouvernement, se consi- dénonçant "l'ingérence de l'lmpéria-
dèrera comme un parti de gouverne- l i s m ea m é r i c a i n " . . . )C. e p l a nd é b u t el e
ment". 'l
3 avril 948 et prend fin le 30 juin
Georges Cogniot, dans L'Humanité 1 9 5 2 ; i f d i s t r i b u e r1
a2 3 8 5 , 2 m i l l i o n s
du 6 mai, notait que son partiétait "un de dollars(auxquelsil faut ajouter52O
parti responsable". Le 8, à Nîmes, millionsde dollarsd'aidesintérimaires)
MauriceThorezdéclara: "Nous revien- à une vingtained'Etats.La Francerece-
drons au gouvernementparce que le vra 21 0z6du total, dont 90 0z6sont en
peuplenous approuved'avoir défendu fait un don et le solderemboursable en
ses intérêtset ceux de la République." trente-cinqans au taux d'intérêt déri-
Danslesmoisqui suivront,lesgrèves soirede 2,5 Tol'an. La principalecondi-
dcs m I nistres cam m u niatea 7

tion pour recevoirce prêt était I'obliga- l'année, le PCF déclencherade nom- le ministre de l'lntérieur,Jules Moch,
tion faite aux Etatseuropéensde coor- breusesgrèves très violenteset criti- créateurdes CRS. par ces cris : "Heil
donnerleurspolitiqueséconomiqueset querainlassablement lesdécisionsgou- Hitler", "salaud", "canaille", "assas-
d'harmoniserles modalitésde rembour- vernementales, invectivantses anciens sin"... Thorez interrompra François
sement. alliés. Mitterrand.jeune ministredes Anciens
ConstatantI'hésitationsoviétiqueet RobertSchuman,nouveauprésident Combattants,en lui déclarant: "Provo-
I'accueilplutôtfavorableque la Pologne du Conseil.seraapostrophépar Duclos cateur, vous parlezcomme Goering".
et la Tchécoslovaquieréservaientau en ces termes : "Voilà le boche !". Les La liste des invectivesest longue...
planMarshall,le PCFs'apprêteà soute- élus communistesaccueilleront,dans
nir le planaméricain.Pourtant,L'Huma- l'hémicyclede la Chambredes députés, ThierryPAOUOT
nité du 26 juin intituleun compterendu
de l'interventionde MauriceThorezau
congrèsdu PCFde Strasbourg"Le plan
Marshall: un piègeoccidental".Le len- Le parti communiste françaisjustifie sa politique
demain, un démenti est publié, indi-
quant qu'il "s'agit d'une erreur", et devant les "partis frères"
Thorezajoute : "Nous sentonstrop nos
pour créer des difficul- J. DUCLOS : "- D'accordavec le rap- parti d'opposition ? Je n'ai jamais lu ce
responsabilités port Jdanov (...). On nous reprochede mot dans les discoursde Thorezni dans
tés entre les alliéset le relèvementde ne pas avoir suffisamment démasqué ceux de Duclos depuisle mois de mai.
notre pays". Mais très vite, cette auprès des mass€s le plan Marshall. DUCLOS:- Aussitôt après notre sor-
acceptationse métamorphoseen son C'est par défaut de courag€ quo nous tis du gouvernomentil y a eu un certain
contraire,accompagnéd'une agressi- aurions cédé aux manaces de la r6ac- flottement, c'est oxact.
vité verbale: le plan Marshalldevient tion. Admettons que l'éloignem€nt dos JDANOV: - Lorsqu'un parti com-
un instrumentde dominationimpéria- communistes du gouvernement n'aiÎ prend qu'il s'sst trompé, il doit ls dire
liste, les socialistesdeviennent des pas été un lait de politiqueintérieure(.. .l urbi et orbi. Vous ne l'avez pas fait.
"valets" au service de cette grande mais une conséquencede la pression DUcLos: - Nous avons dit qu'aucun
des Américains.Mais nous l'avons souli- gouvernemontno pout servir les intérôts
puissance; le PCF,à nouveause range
du peuple sans les communistes. A
au côtéde I'URSS. notre dernisrComit6 central,nous avons
dénoncé los hésitations ot nous avons
décidé de les coriger. Le Parti rédigera
Le rappel à l'ordre de Moscou une résolutiondont le t€xte n'6tait pas
encore prôt au moment de notre départ.
D u 2 2 a u 2 7 s e p t e m b r e1 9 4 7 , e n Le CC a décidé de prendredes mesures
Pologne,à SzlanskaPoreba,se déroule afin quo les communistss prennent la
tôt€ d€s masses. ll sst faux de dire que
une réuniondes différentspartis com- notre Parti ait voulu garderun caractère
munistes européens, au cours de exclusivement 6conomique au mouve-
laquelleon critiquales partisayant col- ment ouvrier... [e CC se préoccupe
laboré avec les socialistes.C'est en d'appliquer des formes d'action qui ne
fait le irocès du PCF et du Particom- sont pas exclusivement parlemontôires
muniste italien. Ces deux partis sont (...t.
accusésd'avoir prétêré une participa- MALENKOVn'appréciant guàr€ la
tion ministérielleà une "juste" direc- défense élastique de Duclos : - Nous
Jacques Duclos. ll sera le bras droit, puis le voudrions que Duclos précise briève-
tion des "mouvementsde masse". Ce successeur de Thorez. Sa rondeur bonhomme
ment ses conclusions, qu'il nous dise
sont les délégués yougoslaves qui et son accent rocailleux en firent une vedette
quellessont les erreursqui ont été com-
des "téléshows" politiques.
accomplissentla sinistre besogne mises par la directiondu PCF.
d ' a c c u s a t e upru b l i c ,i r o n i ed e I ' h i s t o i r e , Comment certainsasp€ctsde la modi- DUCLOS : - Nous sommos conscients
car quelquesmois plus tard, ils seront fication intornationalo ont-ils pu nous de ce que le PCFa mené une lutte insuf-
traités de "renégats", de "traitres" échapper? se demande-t-il. ll ne tait fisante lorsqu'il était au gouvornoment.
lorsqu'avecTito ils refuserontde s'ali- aucun doute que dès l'instant où les Les raisons de cett6 faiblesse doivent
gner sur Moscou.Malgréquelquesréti- communistes sont €ntrés au gouverne- ètre rocherch6es dans uno erloul
monl, le plan de la réaction a été de d'appréciationde l'6volution de la situa-
cencesexpriméespar JacquesDuclos, modifier la situation. Ce que la réaction tion en France(...1.ll ost clair que co
le PCF se rangeraaux vues des partis n'avait pas pu obtenir de ses seuleslor- n'ost pas dans les derniersmois que l'on
frères. ces, elle l'a obtenu avec l'aide des Amé- doit rechercher les raisons de notre
Le monde étant divisé en deux ricains.ll est tout à fait compréhensible insuffisance. L'erreur vient de c€ quo
camps, le PCF ne peut avoir un pied qus nous autres communistes français nous n'avons pas su apprécierla nature
dans chaque. ll rompt ses alliances soyons le point de mire des critiques, par de notre participationau gouvs.noment,
avec les partisde gaucheet fait tout ce suite de la position de la France,pour le Dès le début. la réaction n'avait d'autro
qu'il peut pour déstabiliserle pouvoir. mal qu'elle peut faire. Nous sommes but que de modifierle rapport de forces.
prôts à faire notre profit des critiques. Ce qui a manqué, c'est une action qui
Ainsi, de septembre1947 à la fin de Mais il est quelque chose qu6 nous ns €ût fait pencherla balancedu côté de la
pouvonslaisserpasser.ll n'ost pas justo classe ouvriàre. ll y eut opportunisme,
en effet de dire quo nous avons cédé légalitarisme; illusions parlementaires.
Pour en savoir plus : sciemmentaux pressionsde la réaction. Nous croyons que la situation psut ôt.€
r L'Année politique, 1947, êd. du Grand Nous ne nous sommes pas écartég du modifiée si nous parlonsaux communis-
chemindu devoiren pleineconnaissance t€s at au Parti le langagede la vérité pour
S i è c l eP, a r i s1 9 4 8 . de cause.Je dis ces chosesavec tout le renverserle gouvernemont...Si nous fai-
o Vincent Auriol, Journal du septennat
( 1 9 4 7 - 1 9 5 3 1 ,t . 1 , 1 9 4 7 p r é p a r ép a r P . sérieux et la gravité que les circonstan- sons courageusomont cetto auto-
ces imposent, critiquo devaht le Parti, nous provoqus-
N o r a ,é d . A . C o l i n ,P a r i s1 9 7 0 . rons choz les masses un état d'osprit
. Georgette Elgey, La Républiquedes illu- Je veux répondreà la critique de Jda-
nov sur notre formule du "Parti gouvor- lavorable au combat. ll faut mobiliserle
sions,éd. Fayard,Paris1965. nement". Comment peut-on imaginer peuple de France contre I'impérialisme
. GrégoireMadjarian,Conflits, pouvoirs et
que nous voulons assumor la responsa- américain de telle maniàre qu6 cotto
société à la Libération, éd. UGE, bilité de la politique du gouvernement? mobilisationatteign6 la conscienceet le
c o l l .1 O / 1 8 ,P a r i s1 9 8 O .
. Lucien Laurat et MarcellePommera,Le Nous voulons dire par là que notre Parti cæur do notre peuple. Notre Parti est
est un Parti capable de gouverner, qui a placé devant une grande épreuve.Vous
Drame 6conomiquo et monétaire français fait ses preuv€s et qui peut reprendre le pouvez lui faire confianco."
depuis la Lib6ration,éd. Les lles d'or, Paris pouvoir.
19 5 3 . JDANOV l'intorrompt : - Ne croyêz-
. Sur 1947: L'Automno rouge de 1947, Extraitde l'ouvrage"Avec JacquerDuclor
vous pas que le peuple aurait mieux au bancdesaccuré9"parEugénie Reale,
dansle dossier"Luttes ouvrièresdu 16ème comprissi vous aviezdit que le PC est un Paris1958éd.Plon
siècle au 2Oème siècle", éd. Floréal(voir
librairie).
I Onzejours d' "cxode"

TEMOIGNAGE restaitplus que desboutsde ferrailletor-


due. Dans un champavoisinant,s'empi-
laienttout un tas de défroquesde soldats

ONZE JOURS français,les unesen lambeaux,d'autres


tâchées de sang.Touteslesmaisons qui se
trouvaientau bord de la route étaientà

D"'EXO[)E" moitié démolies,les murs défoncés,les


toits écroulés.L'une d'ellesétait percée
juste au milieu du mur. Nous y sommes
entrés. C'était une maison d'un étage
Le textequenouspublionsici estextraitdu journaltenupar Mme F... du l3 dont le plancher supérieur avait été
juin 1940au 8 mai 1945; il se composed'un carnet,consacréà I'exode,et défoncé.Un lit pendait accrochéà une
d'un cahierd'écolieroù l'actualitéest consignéesoigneusement. poutre. Sur la place du village, seules,
Mme F... a 16 ans en 1940.Appartenantà une famille ouvrièred'Aubervil- l'égliseet la mairie se dressaient
intactes
liers,elletravailledansun "atelier de tricot-machine"avecsasæurde l4 ans, au milieu desdébris.
' Sur la route un grand bâtiments'était
Yvonne.Le pèreest employéau gaz.
Plusieursraisonspoussentla famille à partir : I'approchedesAllemands,le complètémentécroulé.Un monsieurqui
bombardementdu Bourgetle I I juin, et la rumeur selonlaquellelesennemis se trouvait là nous dit : "Ce sont les
domainesde Séryqui ont été bombardés
"prennent tous les jeunes" ; or Roger, le frère, ajusteur-tourneur,n'a que et si vous voulezdu pâté , vous pouvez
dix-huit ans.Enfin, le patronde Mme F... lui a promisdu travail danssamai- aller en chercher." On ne s'est pas fait
son de La Flèche. prier ! Nous sommesrevenussur la route
Ils n'iront pas aussiloin, avecleur vélo chaigéde grandesvalises,de deux lesbraschargésde boîtesque nousavons
petites,d'un ballot contenantlesaffairesde travail de Roger,et d'une musette rangées dans la valise. Des cochons
pleinede nourriturepour la route. Leur périplelesmènerajusqu'à Fontaine, erraientdansleschamps.
par Limours, Ablis, Voves,Bonneval,et ils reprendrontla route de Parispar
Châteaudun,Chartres,Maintenon,Rambouillet,Versailles.Mais que d'évé- 23 juin
nementspendantcesonzejours ! Des rangéesde tombesde civils et de
soldatsfrançaiset allemandsencadraient
17 juin 1940 ils sont habillésen vert." Elle répondit : la route.Deuxgrostanksétaientà I'aban-
"C'est les boches." Nous avonsaperçu don.
(...) Nous sommesrepartis mais pas En nettoyantles plaquesd'immatricu-
trèsloin de la ville. nousavonsété forcés dansleschampsunefermequi n'avaitpas
I'air abandonnée. Nous avons pris un lation noircie par le feu nous avonsvu
de nousmettresur le côtéde la routepour que c'étaientdes W-H. Un vieil homme
laisserpasserun convoi de soldatsfran- petit cheminqui y conduisaitet nousnous
y sommesinstallésavecI'accorddes fer- qui passaitnousdit : "Les deuxtanksque
çais. Dans le groupe,un des soldatsme vousvoyezlà sontdestanksboches,ils se
lançaune bellepetitetourterelleblanche, mierspour nous remettrede notre peur.
Toute la journée, autos, camions, trouvaientà I'avantdestroupeset mitrail-
en me disant de ne pas la tuer. Nous laient tous ceux qu'ils rencontraient.Six
l'avonsattrapéemais nous pensionsà ce canonsn'ont pas arrêtéde défiler. Pour
toute nourriture nous n'avions que des tirailleurssénégalais ont allumé des tor-
que nouspourrionsbien en faire. Quand cheset ont sautéà I'assautdestanksaux-
nous avons été forcés de nous arrêter pommesde terre à I'eau. Pendant que
Maman lespréparaitet que Rogeractivait quelsils ont mis le feu. Puis ils se sont
encorecar il y avait un groupede soldats sauvés.Des soldats allemandsleç ont
à chdvalqui passaient.Il y en a un qui le feu, Simone et moi sommesparties
chercherde quoi améliorerun peu notre alors poursuivis.Ils en ont rattrapécinq
m'a fait signede lui porter la tourterelle. qu'ils ont fusilléssur le champ.
Je lui ai demandécequ'il voulaiten faire, pitance.La fermièrenousa venduau prix
fort un kilo de beurresaléet un litre de Puisce cultivateura montréoù avaient
et commeil m'a réponduqu'ellelui servi- été enterrésles restesdes soldatsalle-
rait de fétiche,j'ai couruaprèssoncheval lait. Je n'ai jamais mangé d'aussi bon
beurredepuis.Mais les pommesde terre mands.
pour la lui donner.
ne nousont pasrassasiés. Mamannousen
18juin a préparéd'autres.Nous en avonsainsi 24 juin
(...) La maisonoù nousavionscouché mangéjusqu'à quatre heuresde I'après- (...)Noussommesrentréscheznous à
se trouvait en bas d'une côte ; arrivésen midi, quand une damequi revenaitde la Aubervilliersvers les quatre heuresde
haut, nous avons été arrêtés par un ville nousa dit qu'a six heuresils donne- I'après-midi,et tout était dans l'état où
attroupement.C'était quatrepetitsgars, raientdu pain pour lesréfugiés(...). nous I'avions laissé.Seul un vélo avait
ils pouvaientavoir de quatre à dix ans, disparu.
qui avaientétéabandonnés par leur mère. 19juin
Cettefemmeportait encoreun bébédans Nous venionsde repartir quand, des
sesbras,la veilleelleavaitarrêtéune voi- Allemands nous arrêtèrent et nous
ture de fermierspour demanderà mon- demandèrent où nousallions.Commeils
ter : il n'y avait qu'une place, elle est parlaientavecun fort accentmon frèrene
montéequand mêmeet a dit à sesquatre comprenaitpas. Mais nous avonsdeviné Vous aimez
gosses de suivrela voiture.Maislesquatre qu'ils voulaient nous emmenerjusqu'à
petitsn'ont paspu la suivreet ils sontres- Chartres.Nous n'avionsmêmepas eu le
téssur le bord de la route(...). tempsde leur répondrequ'ils avaientdéjà
GAVROCHE
Puisnousavonspris la routedu Mans. embarquéle vélo dansleur voiture.Force Ne soyezpas égoïste
Nous sommesarrivésà la limite d'un bois nous fut de les suivre. Mais avant de
où sur le talusil y avaitbeaucoupde frai- repartir,un gradépartit voir ce qui pou-
faitespartager
ses.Nous nous sommesarrêtéspour en vait biensentirmauvais,celaempestaitau votre plaisir.
cueillircar il y avaitlongtempsqu'on n'en moins à cent mètres.Nous avonsappris
avait pas mangé.Nous sommesrepartis que c'était des gens qui avaient été
maisnous n'avionspas fait un kilomètre mitraillés,il s'en trouvait au moins une
Offrez
que nousentendîmes un bruit de motocy- dizainequi commençaient à sedécompo- la collectioncomplète
clettes.Nous nous sommesdonc rangés ser. Ce gradéordonnaà des hommesen
sur le bord du talus avectoute une cara- civil qui se trouvaientlà de lesenterrer.
(numérosI à ll)
vanede fermiersque noussuivions.Je me (170F au lieu de 183F)
suisrêtournéepour voir passerlessoldats 22 juin
car je croyais que c'était des Français. Arrivés presqu'à I'entrée du premier Abonnezvos amis
Mais je fus stupéfaitede voir la couleur villagequi se trouvait sur notre route un
de leurs uniformes.Je dis à ma mère : combats'y était déroulé.Tout un convoi (100F)
"Regarde,ils ont desdrôlesde costumes, de camionsciternesavait brûlé. il n'en
NIYSTERES ^

ET FETESRELIGIEUSES
à la fin du Moyen Age
Au Moyen Age on voyait desgensaccourirde toutesparts pour assisterà elle ? Elle était tout simplementélue
desspectacles qui duraientdeuxà trois jours (voiredix jours commeà la Pas- parmi sescompagnes commeétantla plus
sion de Poitiers),des églisesincapablesde contenirune foule nombreuseet belle, les autres, "les pucellesde la Mi-
enthousiaste.A Dieppe,deuxcasillustrentcet engouement du peuplepour le août", étaientles "filles de Sion" (autre
théâtrede marionnettes. nom de Jérusalem).
Celle qui jouait ainsi le rôle de Marie
était portée dans un grand berceau de
Les Mitouries I'Assomption,desjeux et cérémonies : les feuillages et de fleurs.Un prêtrepersonni-
Il s'agissait, au départ, d'un mystère : Mitouries. fait saint Pierre et, accompagnéde onze
la comédie, alliée aux fantaisies des Cette fête était un mélangede dévotion laïques,(au total ils étaientdouze,comme
marionnettes, transforma celui-ci. Ce jeu et de comédie.Le 14août, il étaitprocédé lesapôtres)tous se rendaientau domicile
sacré fut appelé "Jeu" ou "Mitouries" au choix d'une jeune fille qui devait de la jeune fille revêtusde déguisements
par le peuple, Celles-ci avaient lieu dans
représenterla Vierge Marie. Qui était- qu'ils enfilaientdans une maisonvoisine
une église, comme d'ailleurs tous les
mystères.Ces Mitouries furent, du l5e au
17" siècle, le vif amusement, non seule-
ment des enfants. mais aussi des matelots
de Dieppe et des populations des alen-
tours. Dès les premiers jours d'août on
accourait de dix lieuesà la ronde et la ville
avait de la peine à contenir toute cette
foule qu'il fallait, de surcroît, nourrir.
Pourquoi cette fébrilité pour des
marionnettes? ... Cela peut nous sur-
prendre aujourd'hui.
La France connaissait alors les derniè-
res péripéties de la lutte entre les monar-
chies françaiseet anglaise,dite "guerre de t4t \.
cent ans." :,'
Le dimanche l0 août 1443,à la veille de
I'Assomption, fête de la mort de la Vierge
Marie, mère de Jésus, dans Dieppe assié-
gée par les Anglais, le dauphin, futur
Louis XI, était salué par les cris joyeux
des Dieppois qu'il venait secourir. Le
jeudi 14, I'armée anglaisedonna un nou- ",t4,

vel assaut ; dans Dieppe, le clergé, les


femmes. les enfants et les vieillards
priaient la Vierge en faisant une proces-
sion. Les grossescloches des deux parois-
ses de la ville furent mises en branle. ce
qui dérouta I'ennemi, car les Anglais cru-
rent, un instant, que d'autres troupes
françaisesarrivaient, et ils renoncèrentau
siège.Le dauphin Louis se rendit à l'église
St-Jacquespour rendre grâcesà la Vierge
Marie qui lui avait facilité la victoire. Il fit
donc fabriquer une statue de madone,
grandeur nature, en argent. Il décida, en
outre, qu'il y aurait chaque année, le 14
août, une processionde deux paroisses,et
il ordonna que I'on prenne deux cents
livres de rente sur la ville afin de célébrer,
chaque année, cet événement. Les habi-
tants firent placer des images au-dessus
du beffroi et sur les portes de la ville.
Pour eux, "grâce à la Vierge", ils étaient
enfin délivrés d'un siègequi durait depuis
neuf mois. Ils créèrent une confrérie, dite
de la "Mi-août" (on disait l' "Amioust")
qui était chargée d'organiser, pendant

Sur cette gravure de la Revue de Rouen, datée de


1 8 3 6 , o n v o i t u n e b o n n e i l l u s t r a t i o n( e n c o r e q u ' u n
peu trop monumentale) d'un décor simultané pour
un "miracle", au Moyen Age
10
lyr|stèros 6t fôtæ tcligicuæs

R€présentationd'un Mystère (gravuredu 1g" siè,

Les couleurs et les lumières des boueies


ajoutaient à I'aspect féerique.
Dans les églises,tout au long du Moyen
Age, lors des fêtes annuelles. on animait
les statues sacrées. Les crèches niçoises,
ainsi, sont signaléessous le nom de',pre-
sepinissart" ; au musée de Cluny on peut
voir la statue du mauvais larron (travail
auvergnat du 15. siècle)représentantun
homme en croix : on le mettait devant la
chaire et le prédicateur l'animait. Dans
différentes églises on trouve, ainsi, des
statues de Christ, de Vierge ou de saints
animées par des ficelles, des ressorts.
A Dreppe, avant de commencer le spec-
tacle, on entonnait un "Te Deum,,, puis.
dès te début de Ia messe, deux ,.anges';
envoyés par le "Père éternel" descen-
daient du ciel ; ils venaient prendrent
dans leurs bras "la Vierge Marie,' qui
reposait dans son berceau de feuillages.
Elle s'élevait, ouvrant bras et mains. et les
refermant "d'une manière douce et
modeste." Ses yeux parfois, imploraient
le ciel. La foule appréciait et participait
pleinement à cette action en criant : ..La
voilà ! la voilà !" Marie montait très len-
tement pour n'arriver qu'au moment de
prêtéepar un notableque l,on nommait poires de "mitou" (de I'Adoration près du Père éternel.
saison en nor- Gringalet (c'est le nom d'une espècede
"Maître." Cette maisonétait désignéeà mand) et qu'ils jetaient aux specta- Paillasse normand), invitait les fidèles
tous par une tapisserieportant, en lettres teurs (l). Cette pieusemascaradedéfilait à
d'or, un versfrançaisavecle nom du maî- pendantdeuxou trois heuresdansla ville manifester leur exubérance. Il contrefai-
sait le mort, ressuscitait, apostrophait
tre et le mot "amour." avantde seprésenter à la portede l'église.
On allait donc jouer la représentation Si les rues débordaientde spectatéurs, "Dieu" et la "Vierge".... Il ouvrait les
bras et frappait des mains quand il voyait
de la mort de Marie. Elle répondait en l'église,quant à elle, était ,,pleine
à cra- la "Vierge" monter au "paradis".
verspour exhorterles "Filles de Sion" et "pour fairepassage à la Vierge"
avertissait"saint Jean" de sa mort pro- il9u911'et fallait 'faire jouer le bôton et teshàlle-
L'assistancecriait : "ll esr mort !... il est
mort !... Le voilà, le voilà !" Et cesquo-
chaine, avant d'expirer devant tous les bardes !"
libets et réflexions bruyantes allaient
"apôtres" qui récitaientdes vers et lui
durer tout le temps de la messe.La foule
fermaient les yeux en recouvrant son Un spectacleanimé
paraissait toujours émerveillée par ces
visaged'un voile. La musiqueaccompa-
griait cettecérémoniede deuil tandisque manifestations burlesques... Lorsque
Au fond du chæursedressait,à la hau-
"Marie" arrivait près de ',Dieu", celui-ci
les lancesdes "Juifs" apparaissaient : ils teur desgaleries,unescènede théâtresou- lui donnait trois fois sa bénédiction, un
arrivaienten courant pour s'emparerdu tenue par deux grands mâts de navire
ange-marionnettiste venait la couronner
corpsde Marie et perdaientalors I'usage plantésdans le sol, des deux côtés du
des mains et des yeux... Le ,,berceau" maître-autel.Devantcelui-ciétait installé et elle disparaissaitdans les nuéescélestes.
portant la jeune fille était ensuitetrans- unesortede "jardin de Gethsémanie" Tout cela était le résultat d'une habile
(z). machinerie,
porté à la maison de ville. Six autres Au sommetdu théâtrese tenait un véné- combinant poulies et fils,
rouages et ressorts ingénieusement
demoiselles,somptueusementparées, rable vieillard, vêtu en monarque,cou-
I'entouraient(les filles de Sion). Après ronnéd'une tiare, et assissur un nuage: cachés.
Venait le momenr de la Communion :
réceptionpar les magistratsmunicipaux, c'étaitle "Père éternel." Au-dessus de lui
le cortège,précédéde ménétrierset de brillait un grand soleilreluisant,,comme les "apôtres" communiaient tous (sous
peine d'amende l). Le chapelain annon-
tambours,défilait en ville, acclamépar l'or et le cristal." Des légionsd'anges
toute la population.."saint pierre" était allaientet venaient,prenantlesordresdu çait I'Assomption de la Vierge Marie et
récitait quarante-cinq vers français ; les
suivides"apôtres'rqui marchaient deux "Seigneur",agitantleursailes,balançant "apôtres" répondaient par
par deux : c'étaitle "corps apostolique". leursencensoirs"comme des angesvéri- trente vers
chacun sauf "saint Jean" qui terminait
Deux hommes en surplis, portant des tables." Le tout était animégrâceà des
en en disant quarante. L' "Ave Maria"
chandeliersd'argent avec des cierges, "fils de fer, habilementcachés."Une clo-
clôturait la fête tandis que trois garçons
ouvraient la marche. Des musiciensde che avec marteau était agitée par des
déguisés en anges faisaient résonner la
Rouen prêtaient leur concours. Cette angesà la fin de la cérémonie.Grâceà la
musiqueétait entrecoupée de chantsûe musique,à I'encens,les êtres apparais- clochesur le même ton. Un dîner dans la
libera)et de prières(la prièrepour le roi). saient comme dégagésde la pesanteur. maison dujournée. "Maître" de la Confrérie clô-
turait la Y étaient conviés le
Lesdeuxderniers"apôtres" portaientun
clergé, le curé et les Maîtres. euant aux
c o i n d e l a c o u v e r t u r ed u . . b e r c e a u -
,.Marie". Der- "apôtres", ils se tenaient assisdevant la
cercueil"où étaitinstallée
porte, tous du même côté d'une table
rière ellg venaientles magistratsmunici- (l) On note des coutumes analogues dans d'autres
provinces françaises; ainsi, en poitou, lors des Dro_ (commeà la Cène).Il leur était interdit de
paux, lesnotables,porteurségalement de cessions des Rogarions c.étaient des parler haut, de saluer les passantset les
ciergesdans des chandeliers.Enfin. de "casse-museaux" (petits gâteaux au fromage blanc)
jeunesgarçonsportaientsur descoussins q u r e r a r e n dt l s t n b u e sa u x s p e c t a t e u rps a r u n . . m o n s t r e spectateurs.Pour I'ensemble des Diep-
m a n o n n e t t e " q u e l ' o n p r o m e n a i t t r a v e r sI a v i l l e d e pois, la journée seterminait dans une bien
le Prix du Puy. Il s'agissait d'une ,.Aca- Poiliers et connu sous le nom de laà,,Crande Goule. " plus grande spontanéité : repas, orgies,
démied'esprit" qui travaillaitétroitement Ce dragon crachait, non seulementdes gâteaux, mais
chansons, mascarades,feux d'artifices se
aveclesMitouriesen produisantdestex- aussi des cerises.
succédaientet, les deux jours suivants
tes en versmis à I'honneurlors descéré- (2) Jardin de Gethsémanie : sorte de hâvre de fraî_
c'étaient encore de plus étranges comé-
monies de la Mi-Août. Suivaient des cheur_et de paix composé, ici, de fleurs et de fruits
hommesporteurs de grands paniersde
I a r t sd e c t r e p e i n r e .C ' e s t d a n s l e j a r d i n d e G e t h s é m a _ dies,de plus grotesquessaturnales...pen-
nie que Jésus passa en prières sa dernière nuit.
dant cesjours-là on jouait égalementdes
à la fin du Moyen Ago

piècesde théâtrerelativesà la moraleou à


I'histoire. Les réjouissancesthéâtrales
n'étaient donc pas limitées à l'église
Saint-Jacques.Le dernier jour avaient
lieu lesjeux du Puy, avecremisedesprix.
Le Puy de Dieppe fut créé en 1443,
donc en mêmetempsque la Confrériede
la Mi-Août. ll avait granderenomméeet
desécrivainsétrangersà la ville y partici-
paient, parmi lesquelson trouvait des
capitaines despilotesmariti-
de vaisseaux,
mesqui, à l'époque,maniaientaussibien
la poésie que la cosmographieou les
scienceshydrographiques.Le Puy de
Dieppeétait une académieconsacrée spé-
cialementà chanterla Vierge.ll existait
ainsi plusieurs Puys en France, un,
notammentà Rouen- crééplus tardive-
ment, en 1486- qui avait été établi en
I'honneur de la naissancede la Vierge.
Lors desMitourieson entendaitdonc des
piècesde verscomposées par desconcur-
rents au Prix. Pour concourir, chaque
candidatdevaitcomposerun chantroyal,
une ballade, un rondeau et une épi-
gramme latins. Une fois sélectionné,le
concurrentpouvait gagner des sommes
d'argentde diverseimportance.

Avec la naissance du protestantisme, au


-
16. siècle,les autoritésecclésiastiques
qui n'avaientpas trouvé grandmal à ces
licencestraditionnelles - sesentirentpris
à leur tour de scrupules.Le protestan-
tisme,quantà lui, condamnaitcesformes
théâtralesqui faisaientrire la foule avec
leschosessaintes.
L'Eglise, commeaux premierssiècles,
remit en vigueur ses condamnations.
Néanmoins,à Dieppe,chaqueannée,au
14 août, le peuplereconstruisaitl'écha-
faudagedu théâtreque le clergé,aidépar
v nF'
les notables,avait soigneusement démoli
I'arméeprécédente; Gringaletpouvait,à Dans celte miniature de Pol de Limbourg pour les "Très Riches Heures du duc de Berrv" l'l 5. siècle) on
*::lg
nouveau,s'endonnerà cæurjoie avecses voit combien l'Enfer et le Diable élaient importants dans les représentations religieuses du Moyen Age.
grimacesindécentes! A traversla drama-
turgiedu spectacle, on entrevoyaitlesfor- tidienne: le "démon" et lesforcesterres- teursque la célébrationde I'Assomption
cesqui guidentI'hommedanssa vie quo- tresqui tirent versle bas...tandisque les de la Viergeelle-même.
"anges" soulèvent...La "ViergeMarie", Les magistratsavaient,en vain, essayé
quant à elle,dominaitde tout son amour plusieursfois de mettrefin à ce spectacle
la représentation. mais,en 1647,lepassage inopinéde "Sa
Au début des premiersmystères,ce MajestéLouis XIV" à Dieppe,le l4 août,
n'était pastant la fiction, I'art, le mouve- avecsa mère coïncidaavecune interdic-
ment, la pathétique,la passionhumaine tion desMitouries.
que recherchaient lesauteurs,maisplutôt Le spectaclene fut probablementpas
la fidélitéà la traditionévangélique. Tous du goût de la reine-mère,la Régente,qui
les mystères,à I'origine, n'avaient pas opposason veto aux Mitouries.Farceset
d'autrebut. Puis, le théâtreestpasséaux spectaclesdisparurentde Dieppe.Seules,
mainsdeslaïqueset le diable(ici, Gringa- la grandeprocessionet les réjouissances
let) qui, dans les anciensmystères,se populairessemaintinrentpendantun cer-
trouvait presquetoujours chargé de la tain temps.
partiecomique,devintle premierrôle du Si le Mystère de I'Assomption avait
t h é â t r e r e l i g i e u x p o p u l a i r e . C e t t e tant de succèsà Dieppe, il semblebien
démonstrationgestuelleextravagantede qte les mystèresde la Nativité et de
Gringalet, accompagnéede danses,de I'Annonciationn'en avaientpas moins...
contorsions,ne devait être, primitive- Ainsi, certainsmanuscritstémoignentde
ment, que I'accessoire du Jeu. Mais cette I'existencede marionnettesqui servaient
parade burlesquefrappait I'imagination pour cesdiversesreprésentations ; il sem-
bien autrementque l'épisodedu Livre ble que "ces jeux se faisaientà I'aide de
Saint qu'elle était chargéed'encadrer. ressortset par le moyen de pilierscreux
L'accessoire,ainsi, supplantale princi- travaillésavectant de minutiequ'on avait
pal : Gringaletet lesfestivitésnocturnesà beaucoupde peineà apercevoirlesfils qui
traversla ville attirèrentplus de specta- faisaientmouvoir les personnages de ces
pièces."Mais l'ampleurde cesreprésen-
tations semble bien moindre que les
Meneur de jeu d'un mystère plus tardil {16. Mitouries.du moins si I'on se réfèreaux
s i è c l e ): L e M y s t è r ed e l a P a s s i o nd. ' E u s t a c h eM a r - témoignages écritssur ce sujet, qui sont
malheureusement. très limités.
12 flllstèrf's et fâtèr rcligieæ

-
-lL- àl .. ".;à.

'- ,.i,
J-i .'.

:!; '4

Au débutdu 20. siècle,on ne trouvaitque Dieppe au 1 9. siècle (gravure extraite de "La Nor- qu'un enfant, représentant un ange
quelquesvieillards pour se souvenirde mandie". de Jules Janin)
monté sur I'autel, eut chanté :
I'anciennetradition. De la grandefête de "Je vous annonce une nouvelle :
jadis, à Dieppeil ne restaitqu'une foire parfoisI'enseigne"Aux trois rois". Lors Le Christ est né, le moître du monde
- dont nousparleun témoin : "J'étais à desfêtesde I'Epiphanie,parmi lesdrames A Bethléem en Judée, ainsi que le prophète
Dieppelors de I'ouverturede la foire ; je liturgiquesmis en scène,on trouvait très L'avait prédit."
vis bien des enfantsun peu plus joyeux souvent trois bergers et trois mages. Alors, les mages se retiraient par la
que de coutume,je vis des groupesde C'était, semble-t-il,des personnages très porte de la sacristieen ajoutant : "Le roi
matelots et des pêcheursrire à gorge populairesreprésentés par desclercs,puis des cieux est né à Bethléem."
déployéedevantquelquesméchantsbouf- par desgensdu peuple.Ils arrivaientsur A la fin du Moyen Age, le clergés'estser-
fons grimaçantsur leurs tréteaux,Mais leurschevaux,couronnéset parésd'étof- vi d'une galettepour élire celui qui devait
où était le souvenirdu vieux Gringalet? fes somptueuses. Ces manifestations,au jouer le rôle du "roi desrois" (Jésus)dans
Et qui se doutait, dans cette foule, que début, avaient lieu dans l'église; puis, ces mystères. Le peuple imita bientôt les
Dieppe,à pareil jour, avait, durant plus lorsquedesinterdictionsintervinrent,on prêtres et c'est ainsi que naquit l'usage de
de trois siècles.remerciéDieu de sa déli- se transportaà I'extérieurdansles cime- "tirer les rois". L'Epiphanie, plus tard,
vrance?" (témoignogedu D' Vite). Dans tières... fut aussi prétexte à défiler dans les rues en
l'église St-Jacques,on ne trouve plus La scènede I'entrevuedesMagesavec chantant et en quêtant. Il était question
aucunetrace des fastueuses décorations le roi juif Hérodeobtenaitun grandsuc- de "la part au bon Dieu", cette part du
du passé. cèsauprèsdu public, de mêmeque celle gâteau traditionnellement réservée:
de leur réveilet de leur songe.Cesdrames "La part au bon Dieu
Les mages,lesbergersel l'âne liturgiques,joués le 7 janvier, jour de Donnez-la à Dieu
I'Epiphanie,étaientnombreuxet connais- Aux petits enfants
Dans toute la France,I'Eglise faisait saientdavantagede succès que lesdrames
Qui n'ont ni or ni argent
ainsiappelà I'imaginationdramatiquedu des"bergers" représentés, eux,le jour de Ni couteaux ni allumettes
peuplelors de cérémonies figuratives,pro- "NoëI". Un manuscrit,découvertau 18. Pour moucher leurs petites chandelles
cessions,translationsde reliques...Au siècle par I'abbé Lebeuf, permit de Je vois bien par un petit trou
début,lesfemmesn'étaientpasadmiseset reconstituer le premieret le plussimplede Une galette qui n'était pas pour nous"
c'estainsiquelesmoinesdeSt-Benoît-sur- cet office des Mages,celui de Limoges (recueilli à Frontenay-Rohan,
Loire sedéguisaient, à Pâquesen vierges! (Haute-Vienne):
dans le centre de la France)
De même,le dimanchedes Rameauxon AprèsI'Offertoire,et avantl'Offrande,
figurait,au naturel,dansunemiseen scè- trois clercsreprésentantles rois mages,
ne pathétique,I'entréede Jésusà Jérusa- somptueusement vêtus d'habits de soie, On trouve des tracesde ces " rois Mau-
lem,Le lc'mai, à Evreux,lorsde la "pro- portant une couronned'or sur la tête, res" en Alsace, en particulier à Stras-
cessionnoire", le chapitreallait couper entraientpar la grandeporte du chceur, bourg, dès le l2' siècle. Objets d'un
des rameauxpour parer les statuesdes porteursd'une coupedoréeet de joyaux. important divertissement populaire, ces
saintset celaétait prétexteà mangerdes Gravement.ils s'installaientautour du manifestations étaient vivement appré-
galettesappelées"casse-gueules"parce chæur en chantant.L'un d'entre eux ciées,en particulier les épisodesdes souf-
que celuiqui lesservaitaux autreslesleur levait la main, montrant l'étoile qui les frances de Jésus et de Marie, la peur du
jetait au visaged'une manièregrotesque. précédait,suspendueà un fil, et décla- diable, la bonhommie des anges, la
Les drames liturgiques des Mages, rait : "Voici le signequi nous montre le méchanceté d'Hérode. Ces jeux du roi
joués le 6 janvier, jour de I'Epiphanie, Roi." Puis les trois personnages se diri- Hérode étaient encore représentésen I 870
étaient nombreux. Les rois d'un jour geaientversle maître-autelen chantant: à Gueberschwihn. dans I'est de la France.
venaientsouventfêter leur royautééphé- "Nous allonsvers lui, lui offrir nos pré- De nos jours, dans quelques communes
mèredansdesauberges voisinesde l'église sents: or, myrrhe,encens."Après avoir d'Alsace, on voit encore la tradition se
et c'est pourquoi des aubergesportaient fait leur offrande ils s'éloignaientaprès perpétuer : ainsi, trois servantsde messe,
à la fin du Moyen Age 13

le soir de I'Epiphanie,se barbouillentle


visageet lesmainsde suie,et portant une
étoileet une lanterneils vont, de porte en
porte, quêterun peu d'argent.
Mais on ne peut parler du Moyen Age
sansévoquerlafête desFozs, la veille du
jour des Innocents. Célébréed'abord
dans les églises,elle fut interditeà la fin
du MoyenAge.De quoi s'agissait-il ? Les
enfantsde chæur élisaientun "évêque"
et lui rendaientles honneursdus à son
rang. Aprèsun cérémonialridicule,l'évê-
que s'installaitsur le siègeépiscopalpour
I'office du jour. Les chanoines cédaient
leurs placeset remplaçaientles enfants
dans le chæur. Durant la messecélébrée
par l'évêque"pour rire", on se servait
dansl'églisemêmed'excréments en Iieuet
placed'encens.

Une autre manifestationjoyeuse, la


fête de I'Ane, organiséepar les sous-
diacres,avait lieu le jour de Saint-Jean
l'évangéliste(27décembre).Elle évoquait
la fuite de Marie portantI'enfantJésusen
Egypte.Le centrede cettefête n'était ni
Marie, ni Jésus,mais bien l'âne et son
"hi-han." A la fin de I'office le prêtre,en
guisede bénédiction,brayaittrois fois et
les fidèles,au lieu de répondre"amen",
brayaientà leur tour trois fois.
Une toléranceassezgrande engendra
rapidementlicenceset bagarres.L'âne, Restitutionmoderned'un mystère,avec décor simultanélLe Myslère de la Passion,N.D. de Paris19371
sur la chaire, ne gênait pas ; mais des
ébats amoureux,dans les sombresbas-
côtésde l'église,créaientune atteinteà la en était de mêmepour... les diables.Les ménal : on pouvaitaccueillirtrois à qua-
morale. L'ordre public se trouvait acteursqui interprétaient cesrôlesconser- tre mille personnes
et on dut refuserd'en
menacépar les rires. Cesfêtesétaienten vaient longtempsaprèsla représentation admettre un millier de plus ! Pendant
fait des dérivatifs à la dure vie quoti- leursaccoutrements et la rumeurdit qu'ils onze jours consécutifs,les spectateurs
dienne.La dérisionqu'ellesengendraient "se prenaient tant à leur imagination gardèrentleur place,sousun soleilsi brû-
ne mettait rien d'essentielen jeu. qu'il leur serait arrivé d'engendrerdes lant "qu'on n'ouit jamais parler du
Des dramessacrésattiraientégalement enfantsanormaux." vivantdeshommesde si grandeset conti-
des foules nombreuses.Des représenta- Le spectateurparticipaitpleinementà nuelleschaleursau dit païs."
tions de la Nativité, Passionet Résurrec- I'action : ainsi, la multiplication des En dehorsde cesfêtesà caractèresacré,
tion de Jésus-Christ, au coursde tout le pains, à Valenciennes (1547)avecdistri- plus ou moins liéesà I'Eglise,existaient
15" siècle,furent donnéesdans tout le bution, se faisait réellementparmi les des fêtes purementlaiQues,à caractère
centre de la France. Les acteursde ces spectateurs. A St-Hilairede Poitiers,pen- rituel, que nousévoquerons dansun pro-
Passionsdevaientdire jusqu'à quelque dant I'office de la Pentecôte,on lançait, chain numéro.
trentemille vers ; à Bourges,il en fallait du haut des voûtes, dans la nef, des
entendre plus de soixante mille ! Le gâteauxspéciaux,appelés"escriblètes" Masuy GALLET-VILLECHANGE
Christ, en croix, devaitdire trois ou qua- ou "pentecousteaux."Tout commedans
tre centsvers. lesMitouries de Dieppe,le caractèresacré
Pendant les représentations(qui n'empêchaitpas le rire. Jean Bouchet NOUS AVONS DEJA PUBLIf,
nous parle beaucoupdes rôlescomiques Sur les réjouissancespopulaires:
duraientparfoisonzejours), on buvait et - Le Théôtrede foire au 17'siècle(Le Peuple
on mangeait,bien entendu.Le 19 juillet et souligneles dons de Jean Formond,
qui, Françaisno 9)
1508,le théâtrefut dresséau MarchéVieil sacristainde Notre-Dame-la-Petite, - An II : un théâtre srns-culottes(Gavroche
de Poitiers. Les spectateurs,dit-on, "de sa myne,boucheet desdoigts...fai- n" 7)
étaient installés dans le "parc." Des sait tout le monde rire," Les costumes - Bateleurset chrrlrtrns ru 17, siècle(Gavro-
"échafauds" étaientpourvusd' "héber- étaient,soit empruntésaux chapitres,soit che n" 8)
ges" (demeures)où les acteurspouvaient prêtés par de riches particuliers.Cette (Touscesnumérossont disponibles).
se retirer entre les tableaux.Le rôle de représentation recueillitun succèsphéno-
Jésus-Christ était tenu par JeanOrneau,
architecte,responsabledes installations.
La mise en scène,compliquée,faisait
appel à des "faiseurs de faintes" ainsi
qu'à des "paintres." Le maire de St- CHARADESSECULAIRES
Maixent, Guillaumele Riche,avocatdu Pour me chercher avec succès, La tête de Cérès, par la gent artistique
roi, se déplaçatout exprèspour tenir un Notez que mon un se tottille Fut ornée en tout temps de mon fécond premier ;
rôle. Le chanoinede St-Hilaire, Michel qu'enmondeuxonlourne,onglisse,oul'onsautille. De prendre /e second. racine aromatique.
Gillet était saint Joseph.Quant à I'archi- mon enliel est souvent la suite de procès. Comme parfum, en Grèce, on était coutumier.
tecteOrneau,il prit, semble-t-il,son rôle Dans la charade que voilà, Mon tout trône aux sa/ons. Ses teintes verdelettes
de Jésussi au sérieuxqu'il en tomba Nul, aussi bien que mon un, certe, Dans plus d'un pays sage excitent les rieurs,
maladeet mourut en octobresuivant,"en Ne saurait vous donner le la- Et, n'est-pas un comble ? On fait des épaulettes
Vous cherchercz en pure perte De sa graine bizarre aux off'ciers s'périeurs.
l'âgeoù mourut le Christ !" Comment I'escamoteu accomplit mon dernier
A Metz aussi, le prêtre qui incarnait Pour votrc fê|e.
Jésusavait failli mourir, tandisque celui Je vous souhaite (On trouve en page 4l les solutions de ces amusements
qui jouait Judasavaitétédépendujuste à Un beau Dastel de mon entiet de la fin du siècle dernier)
tempspour être ranimé ! Il semblequ'il
14

tE CANUTAR DU "f êPIN AGILE"

Tout en haut de la butte Montmartre,


rue des Saules.au coin de la rue Saint-
Vincent, le cabaret du "Lapin Agile"
évoque bohême et poésie. En 1 860,
c'est une guinguettemal famée. une
sorte de salle basse, baptisée "Au
Rendez-vous des Voleurs". Un obscur
fonctionnaire,Salz,bohêmeà ses heu-
res, l'acquiertet le fait décorerde pein-
turesévoquantles crimesde Lacenaire,
Troppman, Papavoine,assassinsbien
connus à l'époque. Le "Rendez-vous
des Voleurs" devient "Le Cabaretdes
A s s a s s i n s " ,j u s q u ' e n 1 8 8 6 , p u i s " A
ma campagne", lorsqu'une ancienne
danseusede cancan,Adèle,le rachète,
En 1903, c'est AristideBruantqui se
porteacquéreurde la masureet en con-
fie la direction à FrédéricGérard,dit
"Frédé" . Celui-civa faire la fortune du
" L a p i nA g i l e " .
Sur la porte du cabaret se balance
une enseignepeintepar le caricaturiste
André Gill, et représentantun lapin Dessin
habilléen cuisinier,occupéà faire sau- de G. Potvin
ter un camaradedans une casserole.
Par un calembourfacile. le lapin à Gill en tout est un défaut,a dit un âne.Tout et documentaire des peintres, sculp'
parrainele "Lapin Agile" (AndréGill,de au contraire, nous proclameronsque teurs..., de Bénézit et "d'un groupe
son vrai nom Louis-Alexandre Gosset l'excès en tout est une force... Rava- d'écrivains soécialistes", mentionna
de Guines,fils du comte de Guineset geons les muséesabsurdes.Piétinons dans son éditionde 1 91 1 :
d'une couturière,est un ardent défen- les routinesinfâmes...Tout notre sang "Boronali (J.R.l : peintre né à
seur de la liberté d'expressionde la à flot pour recolorerles auroresmala- Gênes,au 1 9. siècle (Ecoleita-
presse,de 1 865 à 1 88O). Les convi- des. Réchauffonsl'art dans l'étreinte lienne).
ves sont toujoursassis sur des tabou- de nos bras fumants !". C'était signé Exposa aux Indépendantsen
rets branlants,à destablesboiteuseset Joachim-Raphaël Boronali (ce qui 19 10 " .
règlentleur note à un comptoirfait de n'était que l'anagramme d'Aliboron
caisses empilées. La petite terrasse surnomfamilierde l'âne). Michèle BETLEtr
extérieureest flanquée de deux arbus- Plusieursjournauxreproduisentaus-
tes étiques. sitôt le manifeste. Les deux farceurs
Toute la bohême de Montmartre va demandentalorsà Frédéqu'il leurprête
dès lors défiler chez "Frédé" : les son âne "Lolo". Et ils se rendentchez Bientôt
"voyous roses" d'AndréSalmon; René un huissierqui peut certifieravoirvu de
Fauchois,qui y créele "Studium", réu- ses yeux l'âne Lolo exécuteravec sa sur vos ecrans
nion de jeunespoètes; Mac Orlan,qui queue,à laquelleétait solidementatta-
décritFrédé"coilfé d'un foulardrouge, ché un pinceau.trois toiles intitulées: Poursuivantla politique de créations
noué derrièrela nuqueà la manièredes Et le soleil s'endormit ; Sur I'Adriatique régionales propreà la chaîne,on vient de
pêcheursdu Sud"; Léon-PaulFargue. et Marine. Ces chefs-d'æuvre sont terminerà FR 3 Dijon le tournaged'une
M a x J a c o b , U t r i l l o , A p o l l i n a i r ee t immédiatementenvoyésau Salon des sérieconsacréeaux "Utopistes du XIXe
Carco. L'acteur Harry Baur sera lui Indépendants,où ils figurent sous les siècle".Réalisée par Alain Charoyavecle
a u s s iu n a s s i d ud u " L a p i n " . numéros604. 605 et 606. Boronali, concoursde FrançoisBordet, professeur
Mais le "Lapin Agile" est surtout précise le cataloguede cette 26ème à I'Universitéde Besançon,ellecompren-
connu pour le célèbrecanularqui s'y exposition,est né à Gênes,en ltalieet dra trois émissions :
- Fourrier,le penseurdesphalanstères
d é r o u l ee n 1 9 1 O . habite 53, rue des Martyrsà Paris.Les
Roland Dorgelès. collaborateurdu - Proud'hon, un des pèresde I'anar-
toiles ne choquèrent personne et la
Rire, de Fantasio et de Paris-Journal,ne presseentra dans la danse.Certes,les chisme,le fondateurdu systèmemutua-
monte alorsau cabaret,raconteCarco, critiquestrouvaientà Boronali"un tem- liste, du syndicalismeouvrier et du fédé-
que "pour regimbercontre les admira- péramentencoreconfus de coloriste", ralisme.
- Courbet, peintreréaliste,membrede
tions toutes faites" et "contre la "une maladressede facture", voire
médiocrité quotidienne". ll imagine "un excèsde personnalité".Mais seul, la Communede 1871.Ni le cinémani la
cette année-là,avec son ami André un critiouedu Matin se montrafranche- télévisionn'ont accordéjusqu'à présent
Warnod,de se jouer de la critiqued'art ment agressif. Dorgelèsdemandaà ren- beaucoupd'importanceà cessocialismes
parisienneet de I'expositiondes Artis- contrer ce rédacteuret. lui donna le utopiques.Ils sontpourtantà I'originede
tes Indépendants. Celle-ci,notons-leau constatd'huissier.que le journalpublia. cette "autogestion" dont d'aucuns se
passage,avait quandmême l'avantage La foule se rua aux Indépendants réclament aujourd'hui. Le concept de
de "permettreaux artistesde présenter pour admirer "les tableauxde l'âne", "solidarité" revientfréquemment dansles
librement leurs æuvres au jugement qui furent aussitôt achetés pour une écrits anarchistesde l'époque. C'est
public" en supprimant les jurys collection particulière.En 19 55, ils mêmele titre de I'organedes"Collectivis-
d'admission. furent exposésà "l'Expositioninterna- tes", syndicalistesrévolutionnairesde
Dorgelèset Warnodcommencentpar tionaledu faux dans l'Art et dans l'His- Suisseoccidentale. Nousvousreparlerons
rédiger le Manifeste de l'Excessivisme, toire", au Grand-Palais. de cetteinitiativede FR 3 Dijon.
dans le style des Futuristes: "L'excès Et le très sérieux Dictionnaire critique Michel SERCEAU
LA DECOUVERTE
ARCHEOLOGIOUE
DE GLOZEL
Mystification ou réalité ?
lcr mars 1924 : Emile Fradin, jeune d'Emile ; Mlle Picandet, institutrice à
agriculteur de l7 ans, défriche un champ Ferrières-sur-Sichon, commune dont
laissé en pacage (cette pièce de terre dite dépendle hameaude Glozel,se rend au
"champ Duranthon" sera plus tard bap- "champ Duranthon." Elle signalecette
tisée "champ des morts"). Le soc de sa découvertearchéologiqueà I'inspecteur
charrue ramène deux petites briques d'académie.Celui-ci alerte la "Société
d'argile à mamelons et en cupules corres- d'émulation du Bourbonnais" qui délè-
pondantes ; ces objets retiennent son guesur le siteM. Clément,instituteurà la
attention. Aidé de son grand-père, il Guillermie.
déblaye I'endroit et découvre une fosse de
forme ovale dont les parois sont recou- Le 9 juillet 1924,M. Clémenteffectue Tête en potorie
verte de ces mêmes briques à cupules ; le sapremièrevisiteà Glozel.Il sefait prêter de Glozel
sol est égalementdallé d'argile. Dès le len- desobjetspar la familleFradinafin de les
demain, les trouvailles se multiplient : photographier.Aprèsunedeuxièmevisite pour poursuivre des recherches. Le
débris de poterie et surtout une brique un de membresde la Société.lesFradinécri- procès-verbal mentionne M. Clément
peu plus grande que les autres portant sur vent à son présidentpour signalerque les
comme auteur des trouvailles ; le nom
une face des signes gravés. Suivent des objetsprêtésne leur ont pas été rendus, d'Emile Fradin n'apparaît pas.
briques ornées d'empreintes de main, une que des briquesde la fosseont été arra-
Au printemps 1925, le D. Morlet,
rondelle avec inscription, deux galets gra- chéeset emportées sansqu'ils puissents'y médecin à Vichy et membre de la Société
vés de caractèreslinéaires...Les gens de opposer. d'émulation du Bourbonnais. bien au fait
Glozel, paisible village des environs de Un an plustard, la Sociétéd'émulation des sites gallo-romains de la région, vient
Vichy, viennent voir les découvertes du Bourbonnaisrefuseun crédit de 50 F au champ Duranthon. Accompagné de
M. Clément. il constatele désaccorddes
Fradin avec celle-ci. Voyant que sur le site
de véritables fouilles n'ont pas été com-
mencées,le D'Morlet décidede les entre-
prendre. Il loue le champ aux Fradin pour
200 F par an et associele jeune Emile à
ses travaux. Le contrat stipule que le D.
Morlet aura seul les droits scientifiquesde
reproduction et de publication. Les objets
appartiendront aux Fradin qui auront le
droit de les lui vendre.
Le 24 mai 1925, les explorations com-
mencent. Un an plus tard, le D'Morlet
fait paraître un fascicule intitulé "Noa-
velle Station néolithique. " Cette première
étude sur Glozel donne lieu à des comptes
rendus qui paraissent en octobre dans le
journal Le Matin. Les trouvailles effec-
tuées à Glozel vont bouleverserle monde
archéologique. "L'affaire de Clozel"
commençait. Elle allait diviser I'opinion
publique tout entière en glozéliens et en
antiglozéliens.. .

Glozel, un vestigede I'Atlantide ?

Comme l'écrivait I'un des protagonis-


tes : "C'est la première fois dans I'his-
toire de la sciencedu passéqu'une contro-
verse où n'étaient intéresséesni la reli-
gion, ni la politique, ni la passiondu jeu
ou des femmes, a soulevé, non seulement
en France, mais sans doute dans toute
I'Europe et même dans le Nouveau
Monde, pareilletempêtede discussions."
Emile Fradin
et
Et cela pour deux raisons essentielles.
son grand-père, Tout d'abord. le site de Glozel avait
Claude Fradin fourni des tablettes d'argile recouvertes
16 La découtette arcfulogique & Gbzol

de signesalphabétiquesindéchiffrables. Qualifiéede découvertedu sièclepar desjournaux qui amplifaientles contro-


Si l'écritureétait effectivementconstatée certains, Glozel n'était pour d'autres verses.Za Dépêchede Vichy, le Mercure
dansune fouille datéedu néolithique1ry, qu'une histoirede faux, montéeen épin- de France, le Journal des Débats, le
toutes les connaissances sur I'aube de gle.En tout cas,Glozelattirait le touriste, Matin, entre autres, ouvraient leurs
notrehistoire- qui débuteavecl'écriture lesagences de voyageproposaientdescir- colonnesaux avis partagésdesarchéolo-
- étaientà revoir. Mais s'agissait-ilbien cuitsd'automobileestivalsaux curistesde gues, créant du sensationnelà souhait.
d'un langage? Vichycommeaux simplescurieux. Pouvait-on rêver meilleure publicité?
Ensuite,le renne- dont la présence était L'exploitationcommercialequi en résul-
communémentadmiseen Francepour la tait renforçait la "glozélophobie" de
périodepaléolithique(z)ornait desobjets "Voulez-vouspercerl'énigmede Glozel? savantspeu enclins à donner une telle
de Glozel,identifiéscommenéolithiques. Visitezle muséedesEyzies(Dordogne)." imagede marqueà leursrecherches.
Les divisions chronologiquesadmises
jusqu'alorsétaientremisesen question,et Les visiteursattiréssur leslieux par les
avecelles,lesdonnéesd'un savoirconsi- articlesde la presseaffluaient.Cesdéfilés "Si la commissionn'a pas bien travaillé,
déré comme acquis. Certains esprits, ne pouvaientmanquerde provoquerdes on a bien travailléla commission."

Dèsnovembre1925,leD' Morlet était


allé à la rencontrede préhistorienset de
savants.Leursavisdivergeaient sur l'épo-
que concernéequand ils ne restaientpas
dubitatifssur I'authenticitédespiècesqui
l e u r é t a i e n t p r é s e n t é e s .B e a u c o u p
s'étaientdéplacéspour juger sur place.
Ainsi I'abbé Breuil, I'un des plus émi-
nentspréhistoriens, séjournaà Glozelen
1926.Sesconclusionsfurent prudentes;
il ne rejetaitpasI'hypothèsed'un matériel
datant du néolithique, mais constatait
une influenceorientalecertaine.Il quali-
fiait le sited'exotique,fautede pouvoirle
relierà despériodesconnueset définies:

..TT È
,\Â,r\ 1
"C'est donc une donnéefort exotique,
digne d'être considérée quand on
essaiera,avec plus de matériel encore
qu'aujourd'hui, de trouver I'origine des
gensde Glozel, qui ne me poraissentpas
desautochtones,mais bien desémissaires
lointains d'un monde oriental, aussi
étrangersà nos tribus indigènesque les
compagnonsde Cortès le furent qu Mexi-
que quand ilsorrivèrentà la cour de Mon-
tezumo,"
Le D' Morlet reprochaà cet éminent
savantde n'avoir pasdonnéune interpré-
tation suffisammentprécisedu gisement
Exempled'une tablette
recouvertede signes
et de s'en être désintéressé.
"glozéliens". CertainsjugeaientGlozel authentique
Cette écrilure (?) et émettaientdes hypothèses,sanspou-
ressemble voir pour autant donner d'explications
à un texte
alphabétique,mais cohérentes: A. Van Gennep,ethnologue
n u l n ' a e n c o r ep u de I'universitéde Neufchâtel,S. Reinach,
en déchiffrerle conservateur en chef du muséedesAnti-
sens. Ellecomporte quités nationalesde Saint-Germain-en-
28O caractères
diflérents... Laye, E. Espérandieu,conservateurdes
musées de Nîmes,C. Depéretet L. Mayet
de la Facultédes sciencesde Lyon, J.
commesouventen pareilcasétaientplus jalousies.Dans son petit historique de
Loth, doyen de la Facultéde lettresde
disposésà rejeter en bloc cette décou- l'affaire de Glozel, le D. Morlet parlait Rennes.le Pr Mendès-Corréa de I'univer-
verte,la qualifiantde mystification,plu- d'un "esprit de boutique" dont il faisait sitéde Porto. L'académicien CamilleJul-
tôt que de tenter d'en assimilerla nou- grief à M. Peyrony,le conservateurdu lian se distinguait en supposantqu'il
veauté.Des imaginationsdébridéesémi- muséedes Eyzies (Dordogne).Celui-ci s'agissaità Glozeldu "bric à brac" d'une
rent deshypothèses sur I'originede notre aprèsavoir manifestéson intérêtpour un sorcièregallo-romaine.
civilisation.Glozelfut même"récupéré" site qu'il jugeait authentique,lui était Parmi lesadversaires lesplusacharnés,
par lestenantsde I'Atlantide ! Mais outre devenu hostile en raison du nombre on trouvait I'ingénieurVayson de Pra-
cesdébordements totalementfantaisistes, importantde visiteursqu'il drainait.Afin dennes(acheteurévincédescollectionsde
I'affaire réactivaitaussiune vieille que- de "sauver" le muséedes Eyziesde ce Glozel),le Pr Capitan,M. Boulle,profes-
relle,celledesoccidentalistes et desorien- détournement de fréquentation,il fit édi- seur au Museum d'histoire naturelle,le
talistes.L 'enjeuétait de savoirsi le ber- ter l0 000cartespostales vantantlesméri- comteBegouen,professeurde préhistoire
ceau de notre civilisationétait situé en tesde son musée,à I'intentiondu Syndi- à l'universitéde Toulouse,R. Dussaud,
Orient ou en Occident.Glozel apportait cat d'initiativede Vichy. La légendeindi- épigraphiste (3)et conservateur au musée
desespoirsaux tenantsde I'Occidentqui quait: "Voulez-vouspercer l'énigme de du Louvre, D. Peyrony,conservateur du
n'avaientpu jusque-làs'appuyersur des Glozel ? Visitez le muséedes Eyzies, cen- muséedesEyzies.
faits archéologiques allantdansle sensde tre de toutes les civilisations de l'âge de la A la suitede cesavispartagés,desaccu-
leur théorie,aujourd'huidépassée. pierre. Sitespittoresques." sationsde faux planantsur le site,la réu-
Ce succèsde Glozel auprèsdu public nion d'une commissioninternationalefut
(l) Néolilhique : période de la fin de la Préhistoire
avaitde quoi susciterI'agacement de spé- décidéeet acceptée par le Dr Morlet. Dans
allant de 6 000 à 2 500 avant J.-C.
cialistes compétents. Cet engouement
(2) Prléolithique : période préhistorique caractérisée
par la présence de pierre taillee. Elle s'étend sur plu- était hors de proportion avecune décou-
sieurs centaines de millénaires et prend fin l2 0(n ans vertesur laquelleon ne savaità quoi s'en (3) f,piÉnphiste : savant spécialisé dans I'art de lire et
environ avant notre ère. tenir, et était dû aux largesinterventions d'expliquer les insriptions.
Les fouilles de Glozel en avril 1928. A gauche, le D'Morlel

le mêmetemps,EdouardHerriot, minis- Emile Fradin fut mis au banc desaccu- lendemain ne sont que desprétextesà évi-
tre de I'Instruction publique, faisait sés comme faussaire dont les ceuvres ter cette expertiseacceptéepor M. Frodin,
ouvrir une instancede classementpour auraient abusé, en premier lieu, le D' et lui en substituer une autre préparéeet
Glozel. Si le principed'une commission Morlet. Ses détracteursétaient surtout réolisée por les plaignants eux-mêmes.
internationaleétait unanimementadmis, Vaysonde Pradenneset RenéDussaud. Pouvons-nousêtre assurés,dans cescon-
I'ironie du sort fit que les savantsmem- Leurs articles parurent en 1927 dans le ditions, que les objets venant du soï
bres de cette commissionfurent choisis bulletin de la Sociétépréhistoriquefran- disant muséede Glozelsont bien ceuxque
par des antiglozéliensnotoires (P' çaise,dans la revueAnthropologie, dans nous avons exhumésdu champ de fouil-
Capitan-comte Begouen). le journal Comoedio du 30 septembre les ? Aucun cachetn'a été apposé..."
Trois jours de fouilles exceptionnels, 1927.René Dussaudallait donc jusqu'à Le juge d'instruction de Moulins,
presseà I'appui,malgréun vetoinitial à la accuserEmile Fradin de 'faux. en se quant à lui, confiait à M. Bayle,chef des
présencedesjournalistes,c'était de quoi basantsur les dires de I'instituteurClé- servicesde I'ldentité judiciaire, le soin
alimenterles colonnesdes chroniqueurs. ment. Celui-ci avait en effet donné une d'établir un rappoit d'expertisesur les
D'autantplusqu'il y eut "l'incident Miss interview fracassanteau journal Le objets saisis. Ce rapport dit "rapport
Garrod" : I'archéologueanglaiseavait Matin. ll déclaraitavoir vu, à Glozel,le 9 Bayle" était accablantet concluaità la
été surpriseen train de faire desmarques juillet 1924,une brique qui n'était alors falsificationdestablettes.Les arguments
sur le front de fouilles.Devantla partia- recouverted'aucunsigneet qui en portait avancéspar M. Bayle pour le prouver
lité, le présidentde la Commissiondémis- septmois plus tard, en février 1925! Les étaient les suivants: les tablettesconte-
sionne.La pressesefaisaitdéjàl'écho du signes,précisait-il,étaientinspirésde ceux naient desdébris végétauxencorefrais et
triompe des glozéliens.Ces journéesde qui setrouvaientsur desobjetsqu'il avait des fibres de coton teintéesà I'aniline.
fouilles. du 5 au 8 novembre1927.abou- montrés à Emile Fradin entre-temps. L'argumentétait faible, vu que les pro-
tirent à un rapport, publié le 23 décem- C'était faire fi de 40 témoins,dont Mlle portionsen étaientinfimeset que le défilé
bre. concluant à la non-ancienneté des Picandet,qui, eux, affirmaientavoir vu des curieux, incessantdepuis la décou-
objets fournis par le site. Cela inspira à desobjetsgravésde signesdèsmars1924, verte avait pu les propager,Par ailleurs,
SalomonReinachla phrasesuivante: "Si lors despremièrestrouvailles. lestablettesn'avaientpasétécuites,mais
la commissionn'a pos bien travoillé, on a RenéDussaudfut assignéen diffama- séchées.Elles auraientdû se désagréger
bien travaillé la commission." tion en janvier 1928et Emile Fradin fut dansle sol humidede Glozelcommeelles
Un autre mémoiredéfavorabledit "rap- défendupar Mc Campinchiet Marc de le faisaientau contactde I'eau.
port Champion", effectuésousla direc- Molènes. Et le D'Morlet de rétroquer: "Depéret
tion de MM. Capitan et Peyrony, fut Le 25 février1928,laSociétépréhistori- et Bure ont établi scientifiquementque
remisau ministère.Le D'Morlet eut beau que française contre-attaquait sous cette orgile était imperméoble; le milieu
réfuterpoint par point cesrapportsinob- l'égidede M' MauriceGarçon.Elle por- enveloppantétant de même densitéque
jectifs,Glozeln'était plusentresesmains tait plaintecontreX pour escroquerie. Le les toblettes, il assurait leur conseryation
et le classement restaitsanssuite... chef d'escroquerieétait constituépar la indéfinie, comme cela s'estproduit pour
somme de 4 F que la famille Fradin les tabletteségéo-crétoises g''1qu'une sim-
demandait à ceux qui venait voir les ple pluie avait suffi à anéantirlorsqu'elles
Plainteconlre X déposésdansle "muséede Glo- avaient été retiréesdu sol." tst "Tout le
pour escroquerie zel" (unepiècede leur ferme).Une exper- problème de Glozel tient dans la détermï
tise était demandéequ'Emile Fradin nation des cuissons.Si nos tablettesont
"Si I'affoire prit des dimensions hors acceptait.Aussitôtune perquisitionavait été cuitesà plus de 500" et sesont ramol-
série, cela tint dans une lorge mesure au lieu chez les Fradin ; le "musée" était lies au cours desmillénoires en conseryant
fait que la découvertedes tablettespor- saccagé pendantque la familleétaitisolée leur couleur rougeâtre, leur authenticité
tant des signesalphabétiquesheurtait de et mêmemolestée.Des piècesétaientsai- est indiscutoble."
plein fouet la thèse soutenue por un sies.Le D' Morlet s'indignadu procédé Le rapport Bayleainsiréfutépoint par
savant épigraphiste, René Dussaud, thèse dansune lettre du 3 mars 1928,adressée
qui venait d'être publiée sur les origines au ministre. "La plointe en escroquerie (4) Ciyilisrtion égéo-créloise : première
civilisation
de l'écriture et selon laquelle celle-ci avail déposéepor M. Regnault, ou nom de la grecque en Crète e( dans les îles voisines.
été l'æuvre des Phénicienset transmise Sociétépréhistorique française, et lo per- (5) Allusion aux fouilles de I'archéologue Sir Arthur
par eux en Occident." quisition qu'il a effectuéelui-mêmedèsle Evans en Mésopotamie.
18 b ûcauvcrte a#ologiquc dc Grozel

point par le D' Morlet n'avait pas été Le l0 août 1930,la Dépêchede Vichy procureur de la république, rédigeait un
achevépar son auteur, Celui-ciavait été se demandaitquand I'instruction serait réquisitoirede non-lieu,"aucun fait pré-
assassiné le 16 septembre1929 par un close. Les défenseursd'Emile Fradin cis n'ayant pu être retenu à l'égard du
client mécontentd'une de sesexpertises, gagnaientdu temps. Ils savaientque le prévenu."
qu'il avait jugée vénale.Le D' Morlet, jugement de la Chambre d'accusation "En requérantle non-lieu,je prenaisle
pour obtenir enfin une expertiseloyale, devait être rendu le 30 septembreet que le risque de passerpour un naif. Une large
entreprenaitd'autresfouilleset hâtait la lendemain,le tribunal de Cussetentrerait partie de I'opinion prenait un molin plaï
venue d'un comité de savants,en vue en fonction ; or Glozel dépendaitterrito- sir à penserqu'un jeune paysanavoit été
d'un examencollectif,validantde visu et rialementdel'arrondissement judiciairede capablede commettreune aussisavante
par de nouvellesanalyses I'authenticitédu Cusset.Ainsi I'affaire ne relèverait plus supercherieet de berner'ainsiles sommi-
site "comme se rapportantau début de de Moulins, milieu particulièrementanti- tés de I'archéologie.
l'ère néolithiquesans mélanged'objets glozélien, et le dossier serait entre les Je me suissouvent demandécomment
postérieurs."Ces fouillesavaientlieu du mains de magistratsnon impliqués dans des gens cultivés ovaient pu se laisser
I I au l4 avril 1928et certifiaientauthenti- des polémiques locales. entraînerpar lo passionau point de n'être
queslesnouvellestrouvailles. Le 25 juin 1931, M. Antonin Besson, plus maîtres de leur esprit critique en
posant en postulat la culpobilité de Fra-
din." Ce fut en tout cas une lourde
épreuvepour Emile Fradin qui fut inju-
Une "expertise" contestée rié, calomniéet traité commeun escroc,
c'est-à-direcommeun malfaiteurde droit
Lettre du D' Modet au Garde des commo il l'assure : que la terre de Glo- commun.Le 30 juillet 1931,la Cour de
Sceauxen dato du 4juin 1929 : zef, chauffée "à 12O o environ", "pren- Riom confirmait ce non-lieuet condam-
drait la tsinto oxact€ des objets glozé- nait la Sociétépréhistoriquefrançaiseà
Monsieurle Ministre, liens." I F de dommageset intérêts.
J'affirme, au contraire, quo cotte
J'accuse M. Bayle : argile. chauff6e par moi à 15O o pen-
d'avoir annoncé les résultats de ses dant deux heures, n'a pas changé de Après six ans de tumulte, le nom de
expgrtises sept mois avant de les avoir coloration. Et j'en offre des 6chantillons Glozeln'apparutplus danslesjournaux.
réalisées ; à tous coux qui voudraient refaire cotte Le D'Morlet continuaitsesfouilles.En
d'avoir divulgé un rapport qui, expérience. 1941,une nouvellelégislationréglemen-
demandé par le Juge d'instruction do ll est vraiment troublant d€ constater, tait I'archéologie,la mettantsousle con-
Moulin, eût dt restsr socret ; Monsieur le Ministre, que si M. Bayle trôle de I'Etat. Glozel allait s'endormir
d'avoir pass6 sous silence la colora- découvre dans ses tablettos de vérita- pour 30 ans.
tion rougoâtro dos tablettes de Glozel bles herbiers, ni M. Sôderman, profes-
pour prétondre qu'elles n'ont pas été seur de Technique policière à la Faculté
cuites ; de droit de Stockholm, ni M. le Profes-
de n'avoir tonu aucun compte d'une seur Halle,directeurde la Sectionpal6o-
tabletto surcuite qu'il doit posséder botaniquedu musée d'Histoire natulollô
puisqu'elle a été saisie dans le Musée de Suède, ni son assistant M. R. Florin,
par la partie civile ; ni M. Bruet, vice-présidentde la Société
"Le bric à brac d'une sorcière
d'avoir recours au tape-àJ'eil d'une géologiquede France, n'ont pu déceler gallo-romaine?"
série de photographies prises de 2O" en le moindre débris moderne dans les
2O", montrant I'offritement de l'argile tablottos à inscriptionsqu'ils ont exami- Mais que découvrit-ondanscettecou-
dss tablettes dans l'eau alors qu'il n'a nées. Au contraire, M. le Professeur che archéologique,caractériséepar
pas contesté à un géologue - qui avait Halle, M. Sôderman st M. Bluot y ont I'argilejaune et kaoliniquequi avait servi
fait la môme expérience sur uno tablotto trouvé des racines qui sont fossilisées à Ia fabricationdestablettes?
assyrienne - "que la désagrégation (minérafiséesl,après avoir vécu à l'inté- Essentiellementcequi composemainte-
rapidedes briquesdans I'eau ns pouvait rieur des tablettes. nant lescollectionsdu muséede Glozelet
ôtre invoquée comm€ argum€nt contro De plus, M. Bruot a démontré que les
l'âge ancien possibledes briques" ; tablettes de Glozel. de cuisson celledu D' Morlet. Les 2 936piècescon-
de n'avoir donn6 aucunesmicrophoto- moyonna,trouvéesramolliesdans le sol, servéespar Emile Fradin dans le musée
graphiesde coupes minces, constituant comm€ les tablettes égéennes6t assy: attenantà samaisonsontdestémoinspri-
seulesdes documentssciontifiques; riennes,ont été cependantcuites à plus mordiaux. A la réserveprès que des
d'avoir présenté l'eau d'imbibition do d e 5 O Oo . objets sortisde leur coucheoriginellene
nos tablettos comm6 de l'eau d'hydrata- ll a fallu simplement des milliers peuvent plus nous renseignersur leurs
tion de l'argile ; d'annéespour que l'argilede ces briques datesd'utilisationet de fabrication.
d'avoir mis les piàcesde son expertise r6cupàre sa malléabilitépremière, tout par des
à la dispositonde tous les antiglozéliens,
La céramiqueest représentée
en conservant sa coloration rougeâtre, poteries à masquesfigurant des yeux
alorsque les avocats de la famille Fradin Je défie à nouveau M. Bayle de repro-
n'ont pu en avoir la moindre connais- duire expérimentalement ce phéno- grandsouverts,dont les arcadessourcil-
sance ; mène. lièresse rejoignentpour former un petit
d'avoir laissé, avec désinvolture,des Ou'il ait montré, aux reportors et à nez,par desbriquesportant desemprein-
objets pr6cieux,à lui confiés par la Jus- certains savants, des mousses, de tesde mainset par desidolesbissexuées.
tice, entre les mains d'un reporter qui l'avoine et des lainesde toutes les cou- Danscettematière,lesfameuses tablettes
était venu effectuer. seul, des expérien- leursde l'arc-en-ciel.cela ne fait évidem- portantdessignesalphabétiques sontbien
ces d'amateur ; ment aucun doute. Mais ces débris,
d'avoir, au sujet de la coloration rou-
sûr les piècesles plus énigmatiques. Ces
végétaux et animaux, n'auraientpas pu
geâtre de nos tablettes, fourni au géolo- persister dans les tablettes de Glozel signesont desanalogies aveclesalphabets
gue précité, comme telmo d€ comparai- s'ils avaientété inclusdans la pâte avant phénicienet grec pour une bonnemoitié
son, un échantillond'argile qu'il nomme cuisson. d'entre eux. Sur 280 caractèresrelevés,
plastique,c'est-à-direprâte pour la con- Enfin,si M. Baylene doit pas échapper une quarantainesont fréquemmentutili-
fection des tablettos, alors qu'en réalité aux contro-oxportis€s,il est bien certain sés.Bien destentativesde traductionont
il s'agit d'une tablotte en partie anépi- que les savants qui les effectueront étéproposées sansrésultat.Afin de savoir
graphe, mais cuite comme les tablettes solont toujours heureuxde le voir assis- s'il s'agissait
d'un système cohérent, d'un
inscrites; ter à leurs expériences.dans leurs labo- langage,le "glozélien" a été soumis à
d'avoir ainsi obtenu de ce géologue ratoires.
cetts assgrtion erronée destinée à âtre M. Barthou, de l'Académie française, I'ordinateur en 1977, en parallèleà 5
répandue aussitôt dans la prosse, que a dit un jour qu'il faut "être mort pour autreslangues.L'alphabeta été vite éli-
lgs tablettos saisiesne sont pas cuites ; avoir raison" ; je pens€ néanmoinsque miné en raisonde la fréquenceparticuliè-
enfin d'avoir voulu, en attirant des M. le Gardedes Sceauxnous préservera rement grande de signesn'apparaissant
savants de trop grande bonne foi dans d'illustrer de notre exemple ce spiritusl qu'une seulefois. Une approchedu "glo-
son propro laboratoir€,éviter à tout prix aphorisme. zélien" commesyllabairen'a pasétéplus
des contre-exp6rtisegqu'il redoute à Et dans cet espoir, je vous prie probante: on constataitla rareté de la
iuste titre.
Je mets M. Bayle au défi de montrel,
d'agréer, Monsieurle Ministre, etc. répétitionde séquences de signes.'Zes
D'4. Morlet poèmesgravëssur les tablesdu chomp des
morts ne sont que dessignesreproduitsau
Irlystifu'tion ou rûtité ? 19

objetsen os. Des harpons,copiantmala- nom de "champ des morts" donné au


droitementdes typesplus anciens,sem- champ Duranthon. Glozel aurait été un
LECARBONE
14 blent n'avoir pu être employésfonction- champ sacré d'ensevelissement et les
nellement.Des pendeloques, descolliers, galets gravés auraient été destinésaux
La teneuren carbonedos êtrss vivants des poignards, des plaques, ornées de morts et placésà côté de leursrestes.En
ost toujours en 6quilabrsavec collo de représentations animales,portent parfois fait, peu de squelettescompletsont été
f'atmosphère. Le carbone 14 est des inscriptionsglozéliennes.S'ajoutent retrouvéssur le siteet lesossementsépars
radioactif€t ost fabriqué par des rayons ausside nombreuxobjetsen pierretaillée, laissentperplexesur les modesd'enseve-
cosmiquestrès lointains.Lorsqu'unôtre
vivant. un organismemeurt, los échan-
desgaletsgravés,et enfin des ossements lissement pratiqués. Il pouvait s'agir
ges de carbone cessont {respiration- humainset animaux. d'incinération(certainsvasesétant inter-
photosynthàsol. Le carbone 14 décroît Le plus étonnantdans ces trouvailles prétéscommedesurneset la fossecomme
alors selon la loi de désint6grationdes estI'absencede certainsobjets.De façon un four), ou de décomposition à I'air
élémentsradioactifssoit unê diminution générale,en effet, pour chaqueépoque, libre. D'autres estimaientque cette fos-
do moitié tous les 5 57O ans. pour chaque niveau d'occupation, des seavaitservide four de verrier.En fait la
La méthode de datation consiste à fouilles effectuées stratigraphiquement questiondemeuraitouverte.
rechercher le reste de C 14 dans la révèlentun certain type de mobilier, de
matiàre organique concernée (osse-
ments, bois...lot à en déduirel'ancien-
matérieldit "d'accompagnement",com-
neté. mun aux différents sites d'une région Les fouillessont réouvertes
donnée.Ce mobilierconfirmele plussou-
ventla situationchronologiquedu niveau Comment aujourd'hui pourrait-on se
LA THERMOLUMINESCENCE de fouilles concerné.Or, ce n'est pas le faire une opinion sur desfouilles,vieilles
casà Glozel.Même en I'absencede rele- d'un demi-siècle. effectuéesdans d'aussi
Des éléments radiocatifs (uranium- vés stratigraphiques,les collectionsne mauvaises conditions(accèsde la presse,
thorium-potassium4Ol sont intimomont fournissentaucune trace de métal. de descurieux,circulationdestrouvaillesde
mêlés aux min6raux des roches et des
monnaiesou de tessonsgallo-romains. main en main...)! Tout site fouillé est
sols et par conséquentaux céramiques.
Ces él6mentsleur font subir une irradia- La fosseovalairedécouvertepar Emile irrémédiablement détruit. Or, si un rap-
tion permanente.Cetto énergieest stoc- Fradin suscitaelle aussi des interpréta- port de fouillesnous est bien parvenu,il
kée dans les cristaux au niveau des tions diverses.Certainspensaientque le ne permetpas une bonnereconstitution
imperfectionsdu réseau d€s atomes et site était une nécropolesacrée,d'où le du site, car il n'a pas utilisé les relevés
des impurêt6squi forment d€s "piàg€s"
à électrons.Pour arracherces élscÛons
à leurs "pièges" il faut de la chaleur.
Ainsi, lorsquela céramiqueost cuite au
moment da sa fabrication,les "piàges"
s'ouvront 6t l'énergieest libérée,retom-
bant à zéro. Mais l'émissionde radioacti-
vité reprend€t augmenteavec le temps.
La thermoluminescencea pour but de
m€surercette ônergiestockée depuis la
cuisson. En cuisant à nouv€au un prélà-
vsmont effectué sur uno céramique,on
pout enregistrerla radioactivit6qui s'en
dégage en mesurant l'émission de
lumière due à la libé?ationde l'énergie
accumuléedepuisfabrication.La courbe
de thermoluminescence obtenue est
d'autant plus importante quê la cérami-
qu€ a été cuite depuis longtemps.Cette
méthode permet de vérifier l'authenti-
cité d'une pièce. Les problèmesdo data-
tion, an revanche,font appel à dss pro-
cédés complexes et nécossitent le
dosage des éléments radioactifs pré-
sents dans la céramique et dans le sol
avec lequelelle a été en contact.

hasard par un sous-préfet aux champs


illettré", tel est le verdict de I'investiga- F.f ;i
tion moderne. Les recherchesd'un émi-
nent épigraphiste anglais, B. Isserlin,
n'ont pas davantageconclu à I'existence
d'un langage : "Notre étude préliminaire
ne nous a pos permis d'approcher de la ',,t
solution ni même de décider si tous les
signes de Glozel sont réellement alphabé-
tiques, ou s'ils sont syllabiques, idéogra-
phiques ou numéraux. Il est impossible de
proposer des lectures intelligibles ou
d'identifier le langage, s'il existe, dons
lequel les textes ouraient pu être écrits."
L'hypothèse de Camille Jullian quali-
fiant ces trouvaillesde "bric à brac d'une
sorcière gallo-romaine" reste donc sédui-
sante...Si ces textesservaientà des prati-
quesde magie,peu importait qu'ils soient
compréhensibles.
Glozel a égalementfourni de nombreux

Le "Musée" de Glozel : une Dièce de la ferme


Fradin où élaient entassés d'étonnants
témoignages du néolithique.
20
La d,æwctte altc.h*ologlqæ & Croze/

minutieuxet les méthodessophistiquées tection de ces collections.En 1982.elle I'aided'élémentsnouveauxet en espérant


dont I'archéologies'est enrichie dèpuis obtientdu ministère de la Culturequedes que toutes les passionssoient apaisées,
cinquanteans.On ne peutpasnon plusse fouillessoientréouvertes dansun sitevoi- l'énigmede Glozel.
fier aux interprétationsde l,époque. sin qui avait fourni desobjetsanalogues.
Au problèmeposéde I'absence de tech- Il est en effet tempsde comprendre,à
niquesprécisess'ajoutecelui de la singu- Sylvie Fournel
larité du site qui ne peut être comparéà
aucunautre. L'archéologuele plus com-
pétentseradonc amenéà entreprendre de
nouvellesfouillessur un siteanalogueou
sur lesportionsde Glozelencorevierges,
au moyende procédéscontemporains.

En 1974-75,I'intérêt de savantsétran-
gerspour ce siteramènele nom de Glozel
à l'ordre du jour de I'archéologie. Le pro-
fesseur Vagn Mejdhal, directeur du
Départementdes recherchesdu labora-
toire de Ris (Danemark),et le D. Mac
Kerell, directeur du Laboratoire de
recherchedu muséedes antiquitésécos-
saisesà Edimbourg,effectuentdes data-
tions par thermoluminescence (voir enca-
dré page 19) sttr une tablettegravéeet un
vaseà inscriptions,mis au jour sur le site
même,par leurssoins.MM. Henri Fran-
çois et Guy Portal, du Centre d'études
nucléairesde Fontenay-aux-Roses,
viennentaux mêmesrésultatsque lèurs
confrèresen datant des objets de 700
avantJ.-C. à 100aprèsJ.-C.. Certainsos
par-

-''''/
)u,
:

U!
t)(
gravésdu muséede Clozel sont situés
chronologiquement par le procédédu car-
bone 14(voir encadrépage 19)au paléoli-
thiquesupérieur.

otvS
On ne peut pour autant étendreces
conclusionsà I'ensembledu site ou des
collections.Toujoursest-ilquecesobjets-
là sont authentiques.En 1975, 150
savants du monde entier. réunis en
symposiumà Oxford, examinentlesdata-
tions par thermoluminescence et recon-
naissentI'authenticitéet I'intérêtdescol-
lectionsde Glozel. En 1978,se créeune
association pour la sauvergarde et la pro-
J(("'1"I

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o Les abandonsd'enfantssous l'AncienRégime No 7 juilbt-soptembre 1979
. Le bourragede crânede 19.|4_lglg. . La Révolution de 1851 dans la Drôme.
o La grèvede 1907 à Fiers. o 1096 la c-roisade poputàire. . Les délits ruraux {l 79O-181 5}.
. Maladeset médecins(1 7. er 18.). . LouiseMichol. . Les guerres de religion en Normandie (16.).
o Lesgrèvesd'ouvriersagricoles(été I 936). . La iusticeà l,auberge. r Les ouvrières et I'industrie de guerre en 1914-
. EugènePottier. . La colonisationde É Guyane(t 7.)
. L'affairedu canalde Suez{1956}. 1918.
. Une coutumeamoureuse: le maraichinage. . La déchristianisation de l'An ll.
No 2 awil-juln1978 . Une grève à Aubin (1869). . La conquête du Dahomey (1890-1 892).
. La séeuestrationdes cadres. . Les sergents recruteurs( l 7.). . La guerre de Vendée (lll).
. Des étudiantsdans les usinesen mai-juin68.
. L e sr é v o l t e sd e l a f a i m { 1 7 8 9 - 1 7 9 2 } . No 5 janvier-marc1979
. L a l i g u ed u M i d i ( 1 8 7 O ) . No 8 octobro-décembre 1979 (épuis6l
. Ecrir€l'Histoire: les manuelsscolaires.
. L ' é c o l ep i l m a i r e( 1 7 . e t 1 8 . ) .
. La guerillade Greletti{l 7.} No 9 janvier-man 198O
. 1935, la riposteaux décrets-loisLaval.
. M o u v e m e n tp s o p u l a i r eesn l s è r e( 1 8 7 O - 1 8 7 1 ) . . Les lycées impériaux.
o Les mineurs de Montceau fi 9.).
. La médecinepopulaire(17. er 18.). . Les universités populaires.
. La guerredes Toucouleurs(19.). . Le maraisvernier: une communautérurale. . 1 909, la guerre des boutons.
. La révoltodes vigneronschampenoisde | 9l'l . Les gueules noires du Calvados au 1
. La Vendée : qui étaient les Vendéens? 0) B. siècle.
. Le Théâlre de foire (1 7").
No 3 jutlot-s€ptembre 1978 . La corvée royale.
No 6 avril-juin 1979
. Les abandonsd'enfantsfll). . La croisadedes ménagères{ l 9.1. No 10 avril-juin 1980
o L'æuvresocialede la Commune. . Les ouvilers agricolesprovenceaux(1 8.) . Du pain dur sur la planche (l 944-l 949).
. GaslonCouté chansonnierbeauceron. . Des colonsen GuyaneI I B.) . L'affaire des chaumières (1 854].
. Les Cheveux Verts du pays d,Ouche . E. Menier: un capitalisteéclairé. . L e m a l é f i c e d e l ' a i g u i l l e t t e{ 1 6 . e t 1 7 . ) .
. Unegrèvede mineursen Bretagne{l 793-1 794) . L'écolede villageau 18. siècle. . Les femmes et la commune.
. Lesfemmeset la guerrede 1I l 4 : témoignages. . Une coopérativeouvrière(1902-l gO4). r L e s g r è v e sd e ' 1 9 1 7 - 1 9 1 8 .
. L e s t e r r e u r sb l a n c h e s1 1 7 9 4 - 1 9 1 4 1 . . La Vendée : pourguoi la guerre ? 0l) o Mineurs en grève à Decazeville 896).
. Les Sovietsalsaciensfl 91 8) . 1825, les tisserandsdu Houlme. n
. Eugène Le Roy.

Les 9 numérospour bO F Chèqueà l,ordred,EditionsFloréal.


commandeet règlementà adresserà : EditionsFLOREAL,Bp g72,27oog Evreuxcedex
21

LE BRACOI{NAGEEN SOLOGNE
au siècledernier

En 1854, 30 0OObraconniers sont traduitsen


justice. Cette année-là,on juge à Romorantin
(Loir-et-Cher) 1 1 5 affairesde braconnage,pour
24O altaires au total. La même année, à Tou-
louse,sur 50 procès,un seulconcernele bracon-
nage, à Rouenet à Amiensun pour 40 et dans
l'Est,à Savernê,Hagueneau et Sarreguemines un
p o u r2 5 .
E n 1 8 5 9 , s u r 2 8 8 d é l i t sj u g é sà R o m o r a n t i n ,
191 sont des délits de chasse.La délinquance
atteint,en Sologneson apogéevers 1905, année
où 280 braconniers sont déférésdevantlestribu-
naux. Au total, plus de 6 OOOinfractionsseront
sanctionnéesdans la deuxièmemoitié du XlX"
siècle! Commentexpliquerune telle inflationdu
braconnage? Dansce pays de landes,de forêts
parsemées d'étangs,le sol caillouteuxne permet
qu'une agriculturemédiocre.
Tous les documentsdu XVlll" sièclenous pei-
gnent la misèrephysiologiquedu paysansolo-
gnot. Sur sa table, "du pain de blé, du miel,des
champignonset des châtaignes"constituaient
son menu quotidien.Nullepart, il n'est fait men-
tion de gibier.Et, pourtant,au moinsune fois par
semaine,un lapindevaitcuireà petit feu dans la
cassede la cheminée.Le gibierest unedes princi-
palesressources de la région.ll y a mêmeparfois
pléthore.

En Sologne,chasse pour tous qui interdisentau peuplela chasseaux Le braconnier et le gendarme : rira bien qui rira
le dernier !
dès le Xlll. siècle ! filets et la chasse de nuit. En 1 299,
Huguesde Châtillonaccordelesmêmes
privilègesaux habitantsde la Châtelle- chasseà son seul profit. ll a déjà fait
nie de Romorantinet à ceux de Millan- "brûler par toute l'lsle-de-Francetous
Dès 1 287, les habitantsde Millançay çay, qui sont égalementexposésaux les rets et piègeset nul n'en fut épar-
et de Villeherviersse plaignent des méfaitsdu gibierde la forêt de Bruadan. gné, nobleni vilain,ni réserveapparte-
dégâtscommisdans les culturespar le Lorsqu'en1 396, une ordonnancedu nant aux princes."La libertéde chasser
gibier des garennesseigneuriales. Ces roi CharlesVl enlèvele droit de chasse est totalementsuppriméepar François
garennesouvertes (réservesseigneu- 1et qui chassesouvententre la Loireet
riales de gibier) englobentaussi bien le Cher.Maisaprèsdeuxsiècleset demi
des forêts que des étangs.Le gibiery Le braconniern'â pas toujours été ce de chasseroyaleen Sologne,lesgrands
est roi et comme la chasseest privilège chasseurclandestinque I'on connaît. A animauxont quasimentdisparuet le roi
du seigneurles délits de braconnages l'origine valet de chasse au service du est obligéde repeuplerses forêts avant
commis par les paysanssont passibles seigneur (qui seul chassaitl, le bracon- de pouvoir y chasser.Jaloux de ses
d'amendes. nier dressait et soignait les braques ou prérogatives comme ses prédéces-
A la suitede nombreuses plaintes,les bracons, chiens de chasse. Plus tard seurs.il organisela répression,Tout un
habitants de la Châtelleniede Blois seulement, ce mot a fini par désigner assortimentde peinesfrappele bracon-
celui qui chasse sans le consentement nier, de la simpleamendeau "dernier
obtiennentde la comtesseJeanne de du propriétaire,sans permis et le plus
C h â t i l f o ne, n I ' a n 1 2 8 8 , | a s u p p r e s s i o n souvent sans chien ! supplice"en passantpar le fouet et les
de toutes les garennesdans les parois- galères.
ses voisines des forêts de Russy et Les ordonnancesrépressivesse suc-
Boulogne.Par une faveur exception- cèdentet si HenrilV fait une exception
nelle dont on ne trouve l'équivalentà à toute personnenon noble. faisant en accordantprivilègede chasse aux
cette époquenulle part ailleursdans le exceptionpour les gens d'égliseet les religieux de Notre-Dame-du-Lieu, le
royaume, la comtesse accorde aux bourgeoisvivant de leurs rentes, les peuple se voit toujours interdit de
tenanciers"le droit de chasserà tous roturierssolognotsne se sentent pas chasseet le roi déclareen outre le cerf
gibiers et à tous engins". de jour concernés et font confirmer leurs gibier royal. s'en réservantexclusive-
comme de nuit. droits. ment la chassepar tout le royaume.
Ce privilègeest confirmé par le roi Le roi LouisXl aimeà forcerle loup,le LouisXIV supprimela peinede mort
Philippele Bel, bienqu'il soit en contra- cerf et le sanglier.en Touraineet dans pour braconnage, maisl'ordonnancede
diction avec les ordonnancesroyales le Blésois,et voudrait bien réserverla 1669 prévoitde lourdespeinescontre
22 Leûrtæn'ÛgocnS*9rc

le braconnier.Le pays de Sologneest "La bruyère où se cendrouillaient


soumis au régime particulièrement les perdrix grises..."
tyranniquedes capitaineries,qui régit
les domainesroyaux et ceux des prin- Jusqu'en1 830, c'est la chassefami-
ces de sang, en l'occurenceles ducs liale qui domine en Sologne.Dans ses
d'Orléans. souvenirs d'enfance, Georges Martin
1 789 marqueun tournantdansI'his- évoqueles relationsentre propriétaires
toire de la chasse puisqu'enfinsont e t f e r m i e r sv e r s 1 8 5 O :
abolisles privilègesde la noblesse: le "Je me souviens que dans mon
droit de chasse qui sous I'Ancien enfance, les propriétaires chassaient
Régime était un droit personnel, eux-mêmes sur leurs teffes, autorisant
devientun attribut de la propriétéfon- assez fréquemment leurs fermiers à
cière. En Sologne.les biens commu- détruire lapins et sangliers, et même à
naux qui grâceà la pâturegratuiteet au tuer un lièvre au besoir,.
glanage,permettaientà un petit peuple C'est ainsi que mon père et moi,
sansterre de survivredoiventêtre par- avons eu le plus souvent des fermiers
tagés. Seuls les riches propriétaires qui, avec notre autorisation, prenaient
peuventles acquérir.Faiblecompensa- un permis de chasse, afin de nous aider
tion, les exploitantsnon propriétaires à la destruction des garennes. Bon
obtiennentle droit de détruirele gibier nombre de propriétaires voisins, agis-
qui détruitleursrécoltes.ll ne s'agit pas sant de même, le lapin n'occasionnait
d'un droit de chasse.Le texte autorise pas de sérieux dégâts dans les cultures
seulementlesfermiersà "repousserles à l'époque dont je paile.
bêtes fauvesà I'aided'armesà feu." Le fermier se régalait d'un lapin de
Dans la fièvre révolutionnaire, garenne le dimanche guand il avait un
l'Assemblée constituante ne régle- ami à déjeuner, et puis il en vendait
mente pas I'exercicede la chasse.On quelques-uns pour se couvrir de son
assistedonc, dès le mois d'août 89 à permis de chasse, de son plomb, de sa
une orgie de braconnage.sans précé- poudre. Braconnier solognot au 19. siàcle (dessin de
G r e n i e r ,1 8 4 O ) .
dent. Les forêts sont mises à sac et ce ll tirait les oreillesau vacher et au por-
n'est pas la timideloi de 1 791 qui peut cher lorsqu'ils prenaient les æufs de
améliorerles choses en se contentant perdrix pour lesgober, et lorsque la ber-
lâcher dans le pré de la ferme, et quand
de déléguerau directoiredes départe- gère apportait un levraut pris dans les
on le tuait deux ou trois mois plus tard,
mentsle soin de fixer lesdatesd'ouver- champs, la maîtresse lui fendait I'oreille on était content de reconnaître la mar-
ture de la chasselégale. en V avec ses ciseaux, avant de le que faite par la maîtresse.
Le fermier tenait à conserver le gibier
contre lequel il avait la possibilité de se
L'€ngou€ment dos citadins pour la chasseso développe à partir de 183O. En I 865, "La Chassolllustrée"
proposait ces toilettes "élégantes et p.etiques." défendre, et par lequel il ne se laissait
pas envahir pour n'avoir pas à en souf-
frir dans ses récoltes. '
Lorsgu'on avait besoin d'un lièvre,
d'un lapin de garenne ou de perdrix,
l'on écrivait au Maître d'aller faire un
tour de câasse le dimanche, et de vous
envoyer à Blois, à Orléansou à Paris ce
gu'il pourrait tuer, ce gu'il faisait tou-
jours avec plaisir.
Travaillant toute la semaine dans les
champs, il connaissait bien le climat où
il trouverait un lièvre à tirer au déboulé,
la genêtièrepréférée par lesperdrix rou-
ges, et la bruyère où se cendrouillaient
les perdrix grises.
Le gibier était en quelque sorte à moi-
tié entre propriétaire et fermier ; il n'y
avait pas de convention écrite dans le
bail, mais cela résultait d'une bonne
entente entre les deux."
Cettesituationidylliquese prolongera
dans quelquespropriétésjusque vers
1 8 7 5 . M a i sd è s 1 8 3 0 , o n c o n s t a t ee n
Sologneles premierseffets pernicieux
de l'engouementdes citadins pour la
chasse.
Sénateurs,députés,banquiers,com-
merçants, industrielset rentiers pari-
siens se font concurrencepour louer
des territoiresdans le Romorantinais.
Les propriétaires se laissenttenter car
ils ont là l'occasion de tripler ou de
quintuplerles maigresrevenusde leurs
fermages. La ligne de chemin de fer
d ' O r l é a n sa, c h e v é ee n 1 8 4 3 , c o n t r i b u e
à faire déferlersur la Solognela vogue
de la chasse-loisir. L'élevageintensifdu
gibierse répandet les conflitsentreles
fermierset les locatairesde chassese
multiplient,favoriséspar I'absencede
réglementation sur la chasse,La pres-
au siècl€ dcmier

sion des propriétairespousseM. Mar-


t i n , G a r d ed e s S c e a u x ,s o u s l a M o n a r -
c h i e d e J u i l l e t ,à p r o m u l g u e u r ne loi
p o u rf a i r ec e s s e rt o u s l e s a b u s .
C e t t el o i d u 3 m a i 1 8 4 4 m é r i t eq u ' o n
s'y attarde puisqu'ellesous-tend
e n c o r el a l é g i s l a t i o an c t u e l l eE . l l er é a f -
firme le lien du droit de chasseà la pro-
g-
priétéfoncièreet permetmêmeau pro-
priétaired'un terrain entièrementclos
de chassee r n t o u s t e m p ss a n sp e r m i s .
t-
, I
C ' e s t a v a n t t o u t u n e l o i d e p o l i c eq u i
organisela répression.Pour le fermier,
e l l e e s t e n r e c u ls u r l e d r o i t a c q u i se n
17 9 O : e l l e i n s t i t u e u n p e r m i s d e
c h a s s ed o n t l e m o n t a n ts ' é l è v eà 2 5 F . I
I
I
O r , l ' a n c i e np o r t d ' a r m eé t a i t d e 1 5 F .
C e t t e s o m m e d e 2 5 F c o r r e s o o n da u I
s a l a i r em e n s u edl ' u n o u v r i e ra g r i c o l e n {
1 8 5 0 e t c e l a d é c o u r a g ef e r m i e r se t
s a l a r i é sL. e b r a c o n n i eqru i ,s o u v e n t n, ' a
p u p a y e r s o n p e r m i s ,n e p o u r r a p l u s
l'obtenir, après une condamnation. I

N'est-ce pas encourager le bracon- I


nage ? D'autrepart, cette loi laisseune "L'amout est u
grande liberté d'action aux préfets et vrai braconnit '
Ses fusils ne for
c o n s e i l l e rgsé n é r a u xD . è s l o r sd e s p r o - point de bru
blèmesde coordinationse posententre ll chasse de jot
des départementsqui n'ont pas les comme de nuit.
Charles Fusée d
I
mêmesréglementations (le problèmese Voiseno
corse lorsqu'une même propriété {gravure d
empiète sur deux départements).Les Morlanc
fermiersse plaignentde la destruction
d e l e u r sr é c o l t e sp a rl e g i b i e rà l a q u e l l e il gendarmes.lls dressent dans I'arron-
b r a c o n n i e rds' a g i r ! S i x b r i g a d e s e u l e -
ne peuvents'opposersansenfreindrela dissementde Romorantinplus de pro-ment se répartissentla surveillancede
loi.Lespropriétaires chasseurs sonttrop cès verbaux que les gardes privés et
l ' a r r o n d i s s e m e nd te R o m o r a n t i nC . ha-
heureuxde jouirseulsde leursprivilèges gardes champêtresréunis dont l'acti-
c u n e d ' e l l e sa l a c h a r g ed e s e p t c o m -
retrouvéset def airenourrirlegibierà peu vité se réduità faire respecterles dates
m u n e s . T r a v a i l c o n s i d é r a b l ev. u l e s
d e f r a i ss u r l e t e r r a i nd ' a u t r u i . L e g i b i e r d'ouverture et le permis de port movens de locomotion et l'état du
quant à lui saura profiter des travaux d ' a r m e s .A p r è s 1 8 4 4 , l a j u s t i c ec o n s i -
réseau routier. Les effectifs semblent
d ' a s s a i n i s s e m e nrté a l i s é s s o u s l e dère comme inattaquableun procès i n s uf i s a n t s .
S e c o n dE m p i r e . verbaldressépar deux gendarmes. Dans une lettre au sous-préfet,le
m a i r ed e S a i n t - V i â t rreé c l a m ee n 18 8 5 ,
En tournée pour la répression L a s u r v e i l l a n cdee s c a m p a g n e n s ' e s t l ' i n s t a l l a t i o nd é fi n i t i v e d ' u n e b r i g a d e
du braconnage p a s c h o s ef a c i l e .N e d i s a i t - o np a s q u e o a n ss a c o m m u n e .
" s i l e sg e n d a r m e p s a s s e na
t ujourd'hui, "La commune était littéralement
A u d é b u td u X l X . s i è c l e l,a r é p r e s s i o n on ne les reverra pas avant quinze envahie par quantité de vagabonds gui,
du braconnageincombeavanttout aux j o u r s ? " C e q u i d o n n a i tl e t e m p s a u x sachantgu'ils ne rencontreraientaucun

" L a l i g n e d ' O r l é a n s ." C e t t e g r a v u r e i l l u s t r e b i e n l a f i è v r e d e s d é p a r t s p o u r l a S o l o g n e g i b o y e u s e , v e r s I 8 7 5

$H
ffi
iiid,l
iiÏ
,'"''i
Le braconmge en Sologne

un sabre ou un fusil. Au lieu de faire


exécuter dans la commune les lois et
o r d o n n a n c e sr e l a t i v e sa u D o r t d ' a r m e e t
à l a c h a s s e , i l l e s v i o l e l u i - m ê m ej o u r n e l -
l e m e n t e n c h a s s a n t p u b l i q u e m e n ta v e c
les braconniers et accompagné de
chiens courants. Enfin. s'étant montré
pendant les trois mois de l'inter-règne
(Les Cents Jours napoléoniens en
1815) un des plus fougueuxennemis
d e l ' a u t o r i t é l é g i t i m e ,l e g o u v e r n e m e n t
actuel ne peut, ni ne doit compter sur
l u i ."
Au XlX" siècle. selon l'étendue des
communes, un garde champêtre
s'occupe de une, deux ou trois locali-
t é s , c e q u i n e v a p a s s a n s p o s e rd e p r o -
blème. Les soldesne sont pas très éle-
v é e s . E l l e sv a r i e n t d e 1 O O à 4 0 O F p a r
Le braconnage vu
an. Le garde champêtreà qui l'on attri-
sous un jour drama-
tique.On n'enregis- b u e l e s c o m m u n e s d e P i e r r e ift e e t
trait qu'exception Souesmes ne veut pas exercer sur
nellement theureu- cette dernière qui ne le paie pas. Le
sement l) de telles
issues, en dépit des maire lui répond que "si elle ne lui
appels à la "fer- donne pas un sou c'est qu'il est com-
meté" lancés par la o l è t e m e n t i n u t i l e ." A i n s i B a r b o u à
" Société centrale
d e s c h a s s e u r s ."
Dhuizon dresse 4 procès-verbaux,
lDessin d'Emile L e r o y à M o n t r i e u x v e r b a l i s e4 f o i s e n
Bogaert) 1845. Souchet à Gièvre arrive en tête
des gardes champêtres dévoués avec 7
obstacle en passant par Saint-Viâtre d a n s l e u r a c t i o n . P o u r t a n tl e u r n o t a t i o n procès en un an en 1860 !
venaient ici de préférence. Les bracon- d é p e n d d e l e u r z è l e , l e C o n s e i lg é n é r a l A partir de 1865 les chiffres bascu-
niers des communes voisines nous l e l e u r r a p p e l l ef r é q u e m m e n t . A D h u i - l e n t . L a r é p r e s s i o ne s t p r i s ee n m a i n p a r
accordaient aussi leur préférence et z o n , e n 1 8 1 5 , u n g a r d ec h a m p ê t r ee s t l e s g a r d e s p a r t i c u l i e r s L. e s p r o p r i é t a i r e s
venaient s'installer dans notre com- destitué pour les raisons suivantes: q u i j u g e n t l a l o i d e 1 8 4 4 i n e f f i c a c es e
mune guelguefois pendant plusieurs "Ne veille depuis longtemps, ni à la regroupent contre le braconnage en
semaines. " conservation des propriétés, ni à celle "Sociétés de chasseurs". lls recrutent
l l n ' o b t i e n d r ac e p e n d a n tp a s s a t i s f a c - d e s r é c o l t e s .A u l i e u d e s ' o c c u o e r d e l a d e s g a r d e s p a r t i c u l i e r sq u ' i l s f o n t a s s e r -
tion. p o l i c ed e s c a b a r e t s ,i l e n t i e n t p u b l i q u e - m e n t e r . " L a S o c i é t é c e n t r a l ed e s c h a s -
U n e b r i g a d ep r o v i s o i r eé t a b l i eà T h e i l - ment un dans la commune. Au méoris seurs pour la répression du bracon-
lay en 1845 verbaliseà tour de bras des arrêtés de M. le Préfet oui défend à n a g e " o r g a n i s em ê m e e n 1 8 8 1 l e c o n -
pour justifier le maintien définitif du nos gardes champêtres de faire usage cours du meilleur projet de loi anti-

n poste de gendarmerie. de leursfusils et même leur interdisant


le port de tout autre arme qu'une halle-
braconnage.Elle verse égalementdes
p r i m e s s u b s t a n t i e l l e sa u x g a r d e s q u i

I "Messieurs les Gardes,


tirez les premiers"
b a r d e ,i l n e s o r t j a m a i s s a n s a v o i r s u r l u i surprennent des braconniers.(1OF
p o u r u n p r o c è s - v e r b a ld e j o u r ; 2 0 F
p o u r u n p r o c è s - v e r b adl e n u i t ) . E l l ep r o -
m e t d e s s e c o u r sa u x g a r d e se t a u x g e n -
Chasse en temps de neige, sur terrain d'autrui:
Les gardes champêtres, plus intégrés l'addition pouvait être lo:lrde lDessin d'Emile d a r m e s b l e s s é se n " o p é r a t i o n s " e t l e s
à la vie du village sont plus réservés Bogaert). incite à la plus grande fermeté : "Gar-

IP
';Yf .7
ai+ -
/*)-t, )
\. \ {'
li
:.
au slàcte bmiet 25

tes par ce "fléau" : celledu marquisde chercherde la bruyère.L'autre,Camus


TECHNIOUESEMPTOYEES PAR Durfort à la Ferté Saint-Cyret celle du Marguerite.est marchandede balaiset
LE BRACONNIER
AU XIX. SIECLE sieur Goffart à Nouan. Leur superficie de charbon à Lanthenay.elle est sur-
est supérieureà 1 OOOhectares.A par- p r i s ev i s i t a n t1 2 c o l l e t s .
Moyens Pour- 'l
tir de 18ôO plusieursgardes particu- En 863, une enfantde 1 3 ans, Léo-
de braconnage contage liers assurent la surveillancede cha- nie Figère, bergère chez son père à
Chasseau fusil 65 Vo cune d'elles sans faire baisser pour Saint-Viâtreest surprisepar les gendar-
Collets 23 o/o autant le nombre de clandestinsde la mes au moment où elle Doseune série
Furetset bourses 5 o/o chasse! A Romorantin de 1825 à de collets.
Pièges 3 o/o
Détentionengins prohibés 1 7o 1 8 7 5 . d e u x f e m m e s s e u l e m e n ts o n t Si les Solognotesbraconnentpeu.
Pioches,bêches, bâtons 1 o/o arrêtéespour délit de chasse,I'une est ellesaidentles hommesau transportdu
Oétentionsengins prohibés une veuve de 48 ans, récidiviste.Elle gibier. Par contre. elles se rendent
hors domicile,gluaux,colpor- injuriele magistratet accusepublique- "coupables" de vol de bois, de ramas-
tage gibier,piègesà feu, ment le gardede ne pas l'avoirtrouvée sage de feuilles,enlèvementd'herbes,
filets, cages (chanterellesl, en flagrant délit et assure être allée de fougères.abattaged'arbres...
'l o/o
arme prohibéequelconque
Total 100 %

I
Détail du braconnageau fusil
(XlX. siàclel
I
I

Chassesans permis(et la plu-


part du temps sur la propriété I
d'autruiou en temps prohibé).66,5 o/o
Chasseen temps prohibé
(avec permis) 32,5 o/o
Chasseen propriétéd'autrui
(avec permiset en périodelégalel,O o/o

des n'hésitezpas, tirez les premiers."


Dans les riches propriétésde Sologne
qui comptentplusieursgardesde gran-
des parties de "western nocturne"
troublent la tranquillité des campa- i
gnes...

La partie de chassedu pauvre

Plusdes trois-quartsdes braconniers


sont des paysans,parmi eux la moitié
est des ouvriers agricoles.Les deux-
tiers d'entre eux ont une famille à
charge et un homme marié sur cinq a
été pris au moins une fois en flagrant
délit de braconnage.La nécessitépous-
sent lesjournaliers,qui chÔment4 mois
par an, à braconnerpour survivre.
Contrairementà toute attente, le
moyen de braconnageutilisén'est pas
le piège. ni le f ilet, ni les bourses,
encore moins les gluaux, mais le fusil
(65 o/odes délits recensés).Le collet
vient foin derrièreavec 23 %. Le piège
et autres procédéssont des moyens de
"bricolins", dérisoiresqui visent, non
pasun commercesystématique maisun
appoint alimentaire occasionnel. On ET LA PÊCHE?
note une recrudescense,pendant les
joursgrasde févrieroù il est de tradition La pêchese rattacheau braconnage darmes,les gardesforestiersou lesgar-
de mettre de la viande sur la table. Le par extension, par la similitude des des pêche.
commerce du gibier de braconnage méthodeset des enginsde capture. L'emploi des engins prohibés pen-
augmenteà la fin du XlX" sièclegrâce Dans l'arrondissement de Romoran- dant la périodede la pêcheest bienplus
aux "panneaux", longs filets d'une tin. nous avons compté de 1825 à fréquentque la pêchehors-saison.Les
centainede mètres qui permettentde 1875, 260 délitsde pêche,ce qui est braconnierspêchentsouventavec une
rabattredans leurs maillesjusqu'à cin- négligeable à côté des 3 327 délits de lignedormantegui n'a pas la dimension
quantepiècesd'un coup ! chasse.ll est vrai que la prisedes pois- voulueou avec un épervier(prohibé)ou
sonsdansles étangsn'est pas considé- avecdes filetsqui n'ont que rarementla
Certains braconniers jouent aux rée comme un délit de pêche mais dimension requise. D'autres encore
"redresseurs"de torts. Traditionnelle- commeun vol au mêmetitre que la cap- pêchentà la main.
ment, le Solognotparticipepeu à la vie ture des faisansdans lesvolières.Pres- L'alibifavori des délinquantsest bien
p o l i t i q u e ( l ' a b s t e n t i o n n i s m ed a n s que tous lesdélitsde pêcherecensésse sûr "la baignade. " Peude journaliersse
l'arrondissementde Romorantin aux situent sur la Sauldreet le Cher, très livrentà la pêche,mais en revancheles
électionsde 1857 est de 48 %) et il peu sur le Beuvron.Lesvillagesde Ville- artisanset vigneronsy sont nombreux.
élit des bourgeoispropriétaires à la tête franche,Chatres,Saint-Julien,Menne- La pêche en groupe est fréguente.
des municipalités.En contre partie, il tou, Selles,Romorantinet Saint-Loup L'amende encourueassez importante
éprouveun plaisirtout particulierà bra- sont les lieux de prédilectionde ce au début du XlX" siècle(50 Fl descend
conner sur leurs propriétés.Ce n'est genre de braconniers.Tout comme vers 1 844 à 20 F en ce qui concerne
pas un hasardsi les deux grossespro- pour la chasse, ils font l'objet d'un l'emploides enginsprohibéset mêmeà
priétés de Solognesont les plus attein- procès-verbaldressésoit par les gen- 1 O F , v o i r e5 F e n 1 8 4 7 .
26 Le ôr lærrttago oJ, Saogrrr

usage." L'explicationla plus fréquente gencesignédu mairede la communele


POUR EN SAVOIR PLUS
est celle-ci: "Je chassaisun nuisible" délivreradu soucides amendesà payer.
Maricke et Pierre Aucante ont publié aux (le loup a généralement bon dos) ou de Le Solognot du XlX" siècle vit de ce
éditionsAubier : temps à autre le braconnierévoquele qui I'entoure. Et quand le plaisirs'en
Les braconniers : mille ans de chasse corbeau.La soupede corbeau.en effet mê|e,.. MauriceGenevoix.dans Rabo-
clandesline. était très appréciéeen Sologne! liot, écrit "Est-ce que les hommes sont
Pour le commandervoir "La librairie de Du point de vue de I'agriculteur,
dont maîtres de cet instinct qui les pousse
Gavroche." les culturessont dévastées,mettre un vers la chasse, fils d'une terre
lièvre ou un lapin hors d'état de nuire giboyeuse où craillent le soir les faisans
représenteun acte de légitimedéfense qui se branchent, où se rappellent les
Ces délits, sanctionnés par une en même temps qu'une bonne affaire. perdrix dans les charmes, où les lapins
amende variablesont pour la plupart Le braconnier n'a aucune mauvaise par bandes sortent des bois à I'assaut
saisonniers.Les trois-quartsse répar- conscience.En tout état de cause.prêt des récoltes."
tissentde mai à septembre. à la récidive,il redoublerade prudence
avec les gardes. Un certificat d'indi- Maricke et Piere Aucante
Les habituésdu tribunal de Romorantin

Comme dans la plupart des régions


de France,lesbraconniers de l'arrondis-
sementde Romorantinen Loir-et-Cher
se voyaientsanctionnnerdevantla jus-
tice de la peineminimalefixée par la loi.
Jusqu'à la fin du siècledernierle délin-
quant doit acquitter une amende de
16 F pour chasse sans permis et de
50 F pourchasseavecenginsinterdits. s^tr6u€R
Le juge prononcedes peinesallant de
deuxjoursà trois moisde prison,en cas
de récidiveseulement.En revanche,le CHEVREUII
vol, le vagabondage, la mendicité
entraînentpresqueà chaque cas la pri-
son ferme. Le délit de chasseest donc
le moins taxé de tous. Le casierjudi-
ciairede certainsbraconniers est néan-
moins impressionnant.Le "célèbre"
ThéophileRoulleta été condamné16
f o i sd e 1 8 6 3 à 1 8 7 3 . L em o n t a n t o t a l
de ses amendesest fabuleux.Journa-
lier, jamais il n'aurait pu payer tout !
Chaque hiver, comme beaucoup de
-T-i
vagagondsil se laisse"mettre la main
au collet" par les gendarmespour pur-
ger au chaud, à la prisonde Blois.tou- li
tes les condamnationsde l'année!
Lesargumentsinvoquéspar les incul-
pés ne manquentpas de saveur.Parmi
les délinquants1 1 % nient systémati-
quement les faits. Leurs alibis sont
divers : "Je ne chassaispas, je venais
d e m e n e rm a j u m e n ta u x c h a m p s " ," e n
me promenantj'allaisvoir mon blé, le
gendarmem'a vu de loin et je me suis
sauvé dans une sapinièrepour I'atten-
dre. Le gendarmem'a dit - Vous chas-
sez ? - Non ! Alors il m'a prisau collet
comme un malfaiteur,m'a fouillé et
,---_:-_
même qu'il a déboutonnémon panta-
lon." Certainesexcusessont fantaisis-
tes : "J'ai trouvé des collets et par
inadvertance, je les avaismis dans ma
(Dessin de
François Pasquet) 7 -7- _-_/
poche, je ne comptais pas en faire

B U L L ETIN
D' ABONNEMENT

Je m'abonneà Gavrocheà compterdu numéro 15

U n a n ( 6 n u m é r o s :) 1 1 O F - S o u t i e n: 1 3 0 F - E t r a n g e:r 1 5 0 F ( p a ra v i o n )
(rayer la mention inutile)

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Adresserbulfetinet titre de paiementà : EditionsFloréal,BP 872 - 27ooÙ Evreuxceoex


27

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Une vuo de l'oppidum des Castels, à Nages. Un peu
d ' i m a g i n a t i o ns u f f i t p o u r é v o q u e rl ' a c t i v i t éd u q u a r t i e r ,v o i c i
---74-l vingt siècles. (photoM. py)

DES CAMPAGAES NIMOISES


DANS L'ANTIQUITE La Tour Magne, à cet égard, est très
significative. Cette tour-trophée placéeau
III, siècleov./Ier siècleopr. J.C. plus haut de I'enceinteromaine de Nîmes
a recouvert une tour celte déjà haute de
17 m : les Romains n'ont fait que réutili-

L'archéologie s'est préoccupée de saient,au cæur de grandespropriétés,un


façon exclusivedes monuments ancienset décor et un mode de vie urbains, aque-
des témoins les plus nobles de la civilisa- ducs généralementaccompagnésd'ingé-
tion urbaine.C'est particulièrementvrai à nieux ouvragesd'art pour apporter à la
Nîmes, la "Rome française" des ville, souventde fort loin, I'eau nécessaire
dépliantstouristiques.Un certainengoue- à l'alimentation de sesfontaines et au net-
ment pour lesantiquitéspermit de conser- toyage de ses égouts. Près de Nîmes, le
ver et de mettre en valeur la Maison car- Pont du Gard est certainement le plus
rée, temple édifié sur le forum à la gloire prestigieuxde ces vestigesd'aqueduc. Il
des petits-filsde I'empereur Auguste (63 traversait la campagne depuis Uzès, sur
av. J.C./14 apr. J.C.), I'amphithéâtre où près de 50 km.
combattaient les gladiateurs, le temple de Mais on se livre aujourd'hui à une lec-
Diane qui fut en fait une bibliothèque, ture différente de ces monuments et de
intégréedans un sanctuairesitué autour leur décor. Ceux-ci ne sont plus vus
de la source de la Fontaine ; et la Porte comme I'expressiond'une culture classi-
d'Arles, surmontéed'une inscriptionrap- que et supérieure; ils sont plutôt la mar-
portant qu'Auguste lui-même donna à la que concrète de I'impérialisme conqué-
cité, en I'an l5 avant notre ère, son rem- rant de Rome, qui manifeste par eux sa
part long de 6 km. Quant aux campagnes, puissance devant les peuples vaincus et
ellesn'ont longtempsintéresséI'archéolo- propose aux élites locales de s'intégrer à
gue que dans la mesure où elles conser- son systèmeen leur accordantla citoyen-
vaient des vestigescomparablesà ceux des neté romaine.
villes : inscriptionsportéessur les bornes
qui jalonnaient les voies romainesou sur
les stèles funéraires des nécropoles rura- La Tour Magne, au point le plus haut de l'enceinte
les, thermes et mosalquesqui recompo- nimoise lPhoto musée de Nîmes).
28 La vie des campgnes nîmoises

Vestiggs d'une tour du rempart augustéon devant


'amphithéâtre
f de Nîmes lPhoto musée de Nîmes).

qu'il ne fallait passelaisserabuserpar le


discoursdes auteurs latins sur I'action
civilisatricede Romechezles"barbares".
Nîmesétaitun de cesoppidaqui ne sedis-
tinguait guère de ses voisins avant de
devenir, peut-êtreseulementà l'époque
romaine,la capitaledesVolquesarécomi-
ques.(l). Mais lesfouillesont étéparticu-
lièrementdéveloppées sur I'oppidum des
Castels,à Nages,à 12 km à I'ouestdu
chef-lieugardois.
On peut y voir des quartiersétablisà
partir du III' siècleavant notre ère et
occupésjusqu'au temps d'Auguste.Ils
sontenfermésdansdesrempartsde pierre
dont le développement a accompagné les
extensions successivesde la ville au début
et dansla secondemoitié du II" siècleav.
J.C. Ces quartierssont organisésselon
des ruesparallèlesqui séparentde longs
îlots partagésen lots à peu près égaux.
"Une telle réalisationsupposeun plan
directeur,une autorité pour le mettreen
æuvre, la participationde tous pour le
réaliser.L'aspectégalitairede la réparti-
tion de la surfacehabitéedénoteI'appli-
't cation de principescommunautaires. Le
'.'ji" tout donneI'imaged'unesociétéstructu-
rée." Ces quartierssont encoredominés
par la silhouettemassived'une tour
monumentale,comparableau noyaupri-
mitif de la Tour Magne. Dans cette
société,les guerriersont donc une place
éminente.
Quelleétaitla vie quotidiennedeshabi-
tants ? La population, paysanne,vivait
surtoutd'une agriculturecéréalière, d'éle-
vageet de chasse.Quelqueshoueset ser-
pettesen fer, de nombreuses meulesrota-
tivesen basalteet de grandesjarrestémoi-
serl'édificecréépar lesGaulois,mêmesi La vie quotidiennedsns les "oppida" gnent de la productionde blé et d'orge
ensuiteil a symboliséleur domination. retrouvés sous la forme de quelques
Les rechercheseffectuéesdepuis une grains carbonisés.Ces denréesétaient
vingtained'annéesdanslesenceintes per-
tA NîMES ROMAINE chéeset fortifiées (oppida) où vivaient les (l) Les Volques: peuplesitaliensde la région
E n 1 2 5 a v .J . C . populations celtes avant la conquête d'Ombrie,ennemis desRomains,soumisau
! Conquêteromainede la Gauleméri- romaine(vers 120av. J.C.) ont montré IV' s. av.J.C.
dionalepour écoulerles vins grecs
et campaniens
11 7 a v .J . C . La tour monumontalado l'oppidum de Nages(Pholo M. Py)
! Fondationde la colonie de Nar-
bonne.
Vers le début du ler siàcle av. J.C.
n Le nom de Nîmes et celui des
Nîmois apparaissentpour la pre-
mière fois sur des monnaies à
légendegrecque,imitéesde celles
de Marseille: Nemau(soslet Nama-
sat(es).Nom tiré de Nemausus,divi-
nité locale.
Vers-46,-42
n Nîmes reçoit le titre de colonie de
droit latin et selon les témoignages
de Plineet de Strabon,bénéficiedes
tributs que lui versent 24 commu-
nautésvolques.
A partir de - 28
! Un ateliermonétaireromainest ins-
tallé à Nîmes,qui frappedes bron-
zes à l'effigie d'Auguste et
d'Agrippaportant au reversle cro-
codileenchaînéà une palme.
-
En 25 av. J.C.
n Une inscriptiontémoignede l'exis-
tence du sanctuairede la Fontaine.
Vers-16.-15
n Constructiondu rempartde la ville
selon l'inscription de la Porte
Auguste.
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t'.t:1. J.
fup I'anliquié 29

présentéesen galettes que I'on cuisait d'argile. La consommationde fruits, Vestiges d'une grande d€meura du llo siàcle de
dans de petits fours circulaires à voûte d'après des déchetsdécouvertsdans un notre ère, louill6e en 1982 ruo Pasteur, à l\l1mes.
puits, était variée: noix, cerises,prunes,
noisettes,olives... L'élevages'appuyait
sur une longue tradition ; les ossements gles, boucles d'oreilles, etc. Mais
PORTRAITS recueillispermettentde restituerun trou- I'archéologieest incapabled'en restituer
DES GAULOIS peau constituépour moitié de chèvreset une imagefidèle et complète,du seul fait
"D'or sont leurscheveux,d'or est leur de brebis. Mais l'essentielde la viande que bien des matériaux essentiels(bois,
vôtement; des rayures clairos égayent provenaitdu porc et du bæuf, ainsi que vannerie,tissus...)ne se sont pas conser-
leurssayons. Leurscous, blancscomme du grosgibier (cerfs,sangliers). vés.De plus, il estbien difficile d'appré-
le lait, sont cerclésd'un collierd'or ; aux hender la mentalité de ces gens à partir
mains de chacun scantillole fer de deux seulementde quelquesvestigesmatériels.
grands javelots alpins; de hauts bou- Aux III" et II€ siècles,il ne semblepas
cliers couvrent la longueur de leurs que se soit développéun artisanatspécia- Indices pourtant d'un rite de protection
corps," lisé. La dispersiondans I'habitat des tra- de la maison, on a retrouvésousle sol de
ces de fabrication montre au contraire deux habitations une urne contenant le
Vhgile, L'Enéide
une tendancede chacunau bricolage.Les squelette d'un petit animal (reptile ou
"Leur grande taille, bien proportion- activités domestiquesles mieux connues oiseau); mais on ne sait à quel culte était
née, leur donne belleallure.Leurvoix est sont le tissageet la fabrication des pote- voué le temple rustique aménagéau Ier
grave ot rauque, leur langage, bref et riessanstour. Les techniquesde construc- siècleavant notre ère dans I'un des quar-
souvent énigmatique ; ils s'expriment la tion étaient accessibles à tous. Les murs tiers de l'oppidum.
plupart du temps par allusions et rac-
courcis gt font grand usage de mots
étaienten pierressècheset les toitures en
terre soutenue par des branchages.Le Un relais sur une voie romaine :
excessifs, surtout pour se louer ou pour Ambrussum
rabaissarles autres. lls ont la monaco ot recours à la monnaie, émise par la cité
l'excitation faciles ; ils aiment les attitu- grecquede Marseille,était peu important
des tragiques ; ils sont int€lligonts, d'ail- et les échanges,connusgrâceaux cérami- Non loin de Nages, à Villetelle
lours, et curieux." quesimportées,montrent un quasimono- (Hérault), un autre habitat gaulois
Diodore pole marseillaisqui sera bientôt concur- domine le fleuve Vidourle. En raison de
rencépar lesproduits italiens.Cettesitua- sa position de relais sur une importante
"A leur franchise, à leur fougue natu- tion évolue pourtant au Ier siècleavant voie romaine, on connaît son nom anti-
relle, les Gaulois joignent une grande notre ère. Quelquesateliersont été repé- que : Ambrussum. Le site était fortifié :
légèreté et beaucoup de fanfaronnade rés dans I'habitat (forges, filatures, un rempart de pierre sèchede plus de
ainsi que la passion de la parure, car ils 600 m y a été dégagê.C'est une construc-
3e couvrent de bijoux d'or, portent des
mégisseries) ; l'usagedu tour pour la con-
fection des poterieslocalesindique peut- tion de la secondemoitié du IIl" s. avant
colliors d'or autour du cou, dos anneaux notre ère, munie de contreforts rappro-
d'or autour des bras et des poignets et être I'apparition de potiers "profession-
leurs chefs s'habillont d'étoffos tointes nels" ; des greniersà grains sont consti- chéset d'une tour monumentalede som-
de couleurs éclatantes et brochées d'or. tués ; apparaîtmêmeune échoppeoù I'on met, commeà Nages.
Cette futilité de caractàre fait que la vic- pouvait trouver les produits du cru, mais A I'intérieurdesmurs,lesfouillesn'ont
toire rend les Gaulois insupportablos aussidesvins italiens. pourtant pas révélé le même urbanisme
d'orgueil tândis que la défaite les cons- régulier qu'aux Castels.ll faut dire que
terne..." Certainsobjets sont très évocateursde les niveaux contemporains de ceux de
quelquesaspectsdela viequotidiennedeces I'oppidum voisin ont été masquéici par
paysans: rasoirs, pinces à épiler, épin- des constructions plus récentes,témoi-
30 La vie &c æmngncs rtmoi*s

SCÈNESRURALES
AU 1"' SIECLE

Tirée3d'une mosaiquedu 1.r


3iàcle découverte près de
Lyon. Celle-ci iop?6sontelss
travaux agricoles.On voit ici lo
transport du fumier, la
cueillêtto des olives, la
tabrication de l'huile, les
vendbnges, le foulage du
raisin, Travaux offoctués en
g6néral par deg esclavos.

gnant de I'occupation d'Ambrussum ment pourvues d'un sol bétonné à la permisde dégagerune partie du quartier
durant tout le premiersiècle.Trois vastes chauxet d'enduitspeintssur lesmurs.Les bas implanté au bord du fleuve. On y
habitationsont étémisesà jour dansdeux communs sont regroupés autour de trouveune sortede grandefermeintégrée
quartiers proches des remparts. Leur l'accèsprincipal et I'on y distingueune dansun réseaude rueset de ruellesbien
plan, leur techniquede constructionet remise,une piècede vie et desdépendan- adapté à l'écoulementdes eaux vers le
leur mobilier traduisentun mélangede ces.Celles-cise présententsousla forme fleuve. Des sondagesjusqu'au sol natu-
traits indigèneset d'empruntsau monde d'un long bâtiment,séparéde la maison rel, situé à 3 m de la surface,montrent
romain,prouvantque la sociétélocaleest elle-mêmeet qui a pu abriter un troupeau une succession de couchesde construc-
désormaisplacéedansla mouvancede la ou desréserves agricoles.La remisepou- tion, d'occupation,d'abandonet de rem-
ville de Nîmes.Cesmaisons,dix fois plus vait accueillirunecharretteet un petitate- blaiement,appartenantaux six étatssuc-
vastes(400 m2) que cellesde Nages,résul- lier. La piècede vie, centréeautour d'un cessifsque le quartiera connusà la suite
tent sansdoutede concentration foncière. foyer, était occupéepar les gensattachés des transformationspériodiquespour le
Construitesau tempsde Tibère (20-40ap. aux propriétairesde la maisonqui, eux, mettreà I'abri des crues.C'est au cours
J.C.), ellesmontrentque I'oppidumest disposaientdes pièces ouvertes sur la du II" siècleav. J.C. que ce quartier a
maintenantcomplètement urbanisé.On y cour. Ces maisonsapparaissentcomme commencéà être fréquentépar I'homme
trouve des ruespavéeset une placedallée I'adaptation paysanne et relativement qui, vraisemblablement, n'eut d'abord là
avecun édificepublic en forme de porti- modestedes grandesdemeuresurbaines, que des installationstemporairesen rap-
que. établiesalors à Nîmes. port avecdeschampscultivésnon loin de
Ces maisons,désormaiscouvertesde Mais I'habitat d'Ambrussuma rapide- I'oppidum. L'urbanisation du quartier,
tuiles, se caractérisentpar la présence ment débordéson enceinte.Une opéra- avecle tracéde rueset de ruelles.remonte
d'une cour intérieureautour de laquelle tion de sauvetageconduitecesdernières aux années70 ou 50 av. J.C. Dès cette
s'ouvrentles piècesde séjour, générale- annéesaprès I'arrachaged'une vigne a époqueseconstituedansun îlot uneunité
de plus de 400 m2 organisée autourd'une
grandecour qui comportaiten son centre
une structureavecfoyer, pilier et écoule-
LESCADASTRESROMAINS ment d'eau, peut-êtreune forge. Cette
ferme serautiliséesansgrandetransfor-
L'archéologiedu monde rural a eu plus superficiedes terrescultivées.Danscer- mationjusqu'auII'siècle.Un mur declô-
de mal à s'organiserque celle du monde tains sect€urs. comme le plateau des
urbain. Les résultats spectaculairesdes
ture percéd'une porte charretièresépare
Costiàres,elle a pu favoriserla défores-
prospoctionsaériennes,encor6 pou tan- tation ; ailleurs, elle a amélior6 le drai- la cour de la rue principale à I'ouest,
giblesdans le Midi, aux paysagosot aux nage des terrains lourds par la cr6ation d'une venelleau sud. Au nord, un bâti-
cultures peu propices, mais tràs fruc- d'un réseaude fossés. mentabritecinq piècesde séjourouvertes
tueux en Picardie,on Bourgognset on sur unegalerie; à I'est,un autrebâtiment
Champagne bèrrichonne, renouvellent A Orange, 415 fragments de marbre
correspondaux communs.Desvestiges de
l'image des campagnesgallo-romaines. appartenant à des panneaux muraux brique crue et de torchislaissentà penser
Sous la doubleinfluencede l'archéologie figurant trois cadastros ont été décou-
verts. Ces plaques, affichées dans un que desconstructions en matériauxpéris-
anglo-saxonne st do la menace des
remembrements,lss prospections au sol monumont affecté au service du cadas- sables occupaient également unepartiede
ont été développées pour établir les car- tre. correspondent à la révision, sous la cour. De précieux indices sur les pro-
tes de l'occupation du sol dans l'Anti- Vespasien (9-791, de cadastres plus duits cultivésont été fournis par la pré-
quité. Les photographies aériennesrévà- anciens, implantés dans la basse vallée sence de nombreusesgraines carboni-
lent des parcellairesfossiles : dans la du Rhône depuis Mont6limar jusqu'en
Camargue. On reconnalt sur ces frag-
sées: orge,blé, pépinsde raisinet lentil-
région de Mmes, comme dans tout le les.Ce quartier,d'abord occupéen même
Midi, les traces do ces vastes systèm€s monts lo quadrillage'des centuries, des
éléments topographiques tels quo routos tempsque la colline,s'estensuitecomplè-
quadrillés qu'étaiont los conturiations
tementsubstituéà la ville haute ; il a été
romaines (sur le module de la centurie, et coura d'eau, de sorte que l'on peut
entre 704 et 71O ml sont actuollement situer avoc précisioncertaines partios; abandonnéà son tour vers230aprèsJ.C.
visibles sous l'aspect de limites de diff6rentes cat6gorios de terre y sont
champs, de chemins, de fossés et par- désignées: terros assignéesaux colons, Ambrussumn'est pas le seul exemple
fois de limites administrativesmoder- confiéesà la colonie, laisséesen dehors mis au jour de ces oppida celtesencore
nos. de la conturiation,renduesaux indigènes
occupés à l'époque romaine dans la
Ces aménagementsde l'espace rural ou propriétédo l'Etat romain.
région de Nîmes. Dans des secteursplus
imprimaient dans l€s paysages la mar- Le système deg cultures peut ainsi, éloignésde la ville, les fouillesont révélé
que de propriété de Rome sur la Pro- dans certaines conditaonsfavorables, d'autres villages gallo-romains: ainsi,
vince. lls avaientaussi une valeurfiscale ôtre reconnu: soit par la découverte
puisqu'ils servaient d'assiotto à lâ tsxe d'installations spécialiséescomme les Vié-Cioutatprèsd'Alès ou Saint-Vincent
fonciàre. Mais ils eurent surtout une at€liors d'amphores liés à la viticulture, à Gaujat, dansla régionde Bagnols-sur-
valeur économique : dans la r6gion de assez fr6quents autour de Mmes, soit Cèze.Ce dernier fut d'ailleursfortifié à
Mmes. la cadastration était d'abord un par les prélèvements de sédiments, pol- l'époqueromaineet il reçutalorsdesbâti-
moyan de bonifier les sols et d'étendre la lens, ou restss végétaux. mentspublicsque I'on ne s'attendraitpas
à trouversur cettehauteuraride : un éta-
ûns I'antiquité 31

blissement thermal et une place à deux de vigneet d'olivierset appartenantà des coin, le choc répétédesdésdans leurs cor-
niveaux avec galeriecouverte. parentset amis membres,comme l'évê- nets résonnant au milieu des cris des
L'archéologie de sauvetagedéveloppée que de Clermont,de I'aristocratiesénato- joueurs annonçontleurs misesrivoles; et
dans certains villages en voie d'expansion riale. qu'ailleurs encore des livres étaient en
comme Balaruc-les-Bains et Lunel-Viel grand nombre à votre disposition; vous
dans I'Hérault a mis en évidence,ces der- "A peine étions-nous entrés dans le auriez cru voir les étagèresd'une biblio-
nières années, I'existence d'aggloméra- vestibulede I'une ou I'autre maison,écrit thèque de professeur ou les gradins de
tions installées au début de I'empire I'Athënée ou les armoires chargéesdes
romain. Le réseau de villages s'est alors libraires. Ils étoient disposéspourtant de
étoffé autour de la ville. CÉSARJUGE LES GAUTOIS telle manièrequ'on trouvoit, au voisinage
"Dans toute la Gaule,il y a deux clas- des siègesréservésaux dames, des livres
Sidoine Apollinaire au "saun!" ses d'hommes qui comptent et sont con- d'inspiration religieuse, tondis que les
sidérées: les druides et les chevaliers.
Les uns présidentaux choses de la reli-
volumesrépandussur les banquettesdes
L'occupation des campagnesest encore gion, los autres à celles de la guerre. hommesétaient de ceux que lesprestiges
augmentée par le développement d'un Ouant à la plèbe. olle no compte guère de l'éloquence lotine ont rendus
habitat dispersé sous la forme de villas plus que les esclaves; elle ne pout rien célèbres... "
gallo-romaines. L'archéologie de la faire par elle-môme €t n'sst consultée "... Nous déjeunionsen peu de temps
région nîmoise a conservépeu d'exemples sur rien. Ecraséesous le poids des dettos mois copieusement,à lo manièresénato-
de ces villas : deux seulementsont visibles et des impôts, en butt€ à tous les dénis riale, grôceà quoi s'est implantécet usage
à Aigues-Vives (Gard) et à Loupian de justice, elle en était réduite à se met- de semir beaucoup de mets dans peu de
(Hérault), mais il s'agit de dégagements tre sous la protection des puissantsqui place, tout en ossuront cependant la
prenaientsur elle à peu pràs les mêmes
partiels (thermes dans un cas, salles à variété au repas par des viondes tantôt
droits que des maltres sur leurs escla-
pavement de mosaique dans un autre qui ves." grillées lantôt cuites dans leur jus. Tout
de surcroît, ne concernent que I'Antiquité en buvant on contait deshistoriettesdont
tardive - lV/Vc siècle). Pour cette der- le récit nous qpportait rires et enseigne-
nière période, on a d'ailleurs conservé le Sidoine, et c'étoit, d'un côté, les couples ments,car elless'inspiraientde ce double
témoignage littéraire de Sidoine Apolli- opposésde joueurs de paume, pliés en souci et la gaîtéet la scienceleurfaisaient
naire qui décrit, vers le milieu du Vc siè- deux au milieu des ëvolutionsvirevoltan- escorte. Bref, nous étions reçus d'une
cle. deux villas situées dans la vallée du tes de leurs mouvementsde conversion, monière irréprochable, élégante, fas-
Gardon, au centre de domaines couverts tandis qu'on entendait, dans un autre tueuse... "
Site d'Ambrussum : maisons gallo-romaines derrière lo rompart.
32 La vic des æmpgncs ûmoiæs

ESCLAVES
ET
AFFRANCHIS
ë3
A Mmes, en moy€nne, €sclaves et
affranchisforment ensemble18 % de la
population rocens6e par les inscrip-
tions : chiffre faible si on le compare à
celui de Narbonne,35 96,mais élev6par
rapport à la moyenne de la Province,
9,5 %. Une évolutionest sensibledu ler
au ll. siècle de notre ère. Si la région
compte 24,8 % d'esclaves et d'affran-


chis au ler siàcle, la proportion monte
brusquementà 58,2 Vodurant le ll. siè-
cle. Cette évolution, identique à celle
obsgrvée pour Lyon €t pour les villes de
la moyenne vallée du Rhône, est par at'
contre inversa de celle des autres villes
de Narbonnaise. ,1.
qr rl I
On ne sait pratiquement rien de la
populationservilequi n'a laiss6gue des
témoignagosinfimos. rr."q*1b->6_.
L'affranchi, juridiquementlibéré de la ,;
tutollo de son patron, restait le plus sou- (-
vent lié à lui : un grand nombrede témoi-
gnagosne préciserien sur l'affranchisse- ;ç$3::-t: +lrt
'*..*
tt

ment lui-même mais indique un rapport


avoc son patron qui ost souvent pro- !
clamé optimus, "excellont". Totale-
ment exclus des magistratures,mâme Reconslitutiond'une maison du premier siàcle, s u r l ' o p p i d u md ' A m b r u s s u m{ d ' a p r è sM . G a s s e n d ,
des plus humbles,les affranchisn'ont de CNRS).
possibilité de consécration de leur
ascensionsocialeque dans le sévirat ///
st l'exercice du culte impérial. ll existe ".. . Après avoir secouéla torpeur de la un lit transparent, calme, plein de cail-
quelquescas de r6ussite spactaculaire, sieste, nous faisions un peu de cheval, loux, non sans être pour autant riche en
notammant de trois affranchis, sévirs pour stimuler plus facilement nos esto- poissons délicieux."
augustaux, qui ont reçu les ornoments mocsalourdispor lo nouffiture et provo-
de décurions(2) à titre honorifique. quer b faim pour le dîner. Chocunde mes De grands propriétaires existaient
Cortaines professions artisanales et hôtes avait des bains en construction, cependant dès le Haut Empire, comme
commercialessont organiséesen corpo- mais aucun d'eux n'en avoit en seryice; I'indique nettementle texte d'une inscrip-
rations, sortes d'organisations profes-
sionnelleset religieusesremisesen place néanmoins,quond avoit cesséde boire, au tion découverteà Nîmes en 1873 : c'est la
par Auguste apràs leur suppressionen moinspour un moment,la foule, amie de mention d'un legs considérable qui porte
64 avant J.C. par le sénat pour être la bouteille, de mes gens et des semiteurs sur 2 millions de sesterces,des domaines
devenuesdes lieux de sédition. Solide- de la maison, sur la ceryelle desquels et un port privé sur le Rhône... De gran-
ment tsnues en main par un magisterou régnaient en maîtresseles coupes de mes des fortunes urbaines se bâtissent alors
curateur, elles groupent les ouvriars hôtes trop souvent remplies, une fosse par I'exploitation de domaines ruraux à
d'une mème spécialité.Hormis les cor- était en toute hâte creusée,au voisino\e partir des villes, et une agriculture de mar-
porationsfunérairesde naturediff6rente
et le collège des sévirs, on connaît à
d'une source ou du cours d'eau, dans ché justifie déjà I'existence d'un port
Mmes une corporationdes charpentiers, laquelle on jetail un tas de coilloux brû- privé.
uno colporation des utriculaires(lrans- lonts ; puis, tandis que la fosse accumu- Ainsi le territoire de la cité de Nîmes
bordeurs).D'autros professions,comme loit de Ia chaleur, on la recouvroit d'un voit se juxtaposer des villages et des "vil-
en témoignentdes inscriptionsnombreu- dôme fait de bronchesflexibles de cou- las" organisésde manière différente. Le
sos, sont exercéesisolément : jardinier, drier entrelacées en forme de demi- village connaît une romanisation superfi-
vigneron.cabarotier,tondeur,tailleurde sphère, sans oublier de jeter par dessus cielle et fonctionne dans le cadre de la
pi€r€, mosai'ste,mineur,coutslier,bron-
des couyerturesde Cilicie pour aveugler société indigène. La "villa", elle, est au
zier, orfèvre, fabricant d'instrumentsde
musique, médecin €tc., et cette jolie
les fentes ouvertesentre les brancheset cæur de domaines contrôlés par la ville,
enseignede fleuristequi proclame"je ne chasserla lumière : ainsi serait gardée à exploités de façon intensive et rationali-
vends de couronnesqu'aux amoureux". I'intërieur la vapeur fusante que le jet sée. L'agriculture y est souvent spéciali-
Signalons enfin un certain nombre d'une eau bouillantefait jaillir des cail- sée. En ce qui concerne la viticulture,
d'artistes ; ceux des concoursmusicaux loux rougisau feu. Là nous allionspasser Pline nous apprend qu'en Narbonnaise
appelés "synodes thyméliques" remis les heures non sonsconversationsspiri- les plantations devaient tenir compte du
en honneurdans les provincesocciden- tuelleset plaisantes,pendant lesquellesle vent, mais il rapporte aussi que les vins y
tales de l'Empire par Hadrien ou peut- joillissementd'une vapeursffionte, dont étaient maquillés à la fumée, sauf ceux de
ôtre Trajan et attestés à Mmes par plu-
sieurs inscriptions.et ceux des specta- nous étions environnés et enveloppés, Marseille, les meilleurs, et ceux de
cles de l'amphithéâtre,les gladiateurs: provoquait en nous une sudation très Béziers, moins fameux.
tels ce rétiairgviennoisou ce myrmillon salutaire. Quond elle avait été suffisonte,
éduen ou encore cs thrèce espagnol, au gré de chacun, nous nous plongions Autour de Nîmes, la place de la viticul-
tous trois morts à vingt-cinq ans dans dansde I'eou choudedont lo choleurnous ture apparaît mieux aujourd'hui à la suite
l'arène,lieu prédestinéde la barbariedes détendait et balayait les excès de table, du repérage d'un certain nombre d'ate-
peuples"civilisés" de toutes époques. puis la fraîcheur d'une sourceet l'eau du liers de fabrication d'amphores. Ces
J.-L. Fiches puits ou le plein cours d'une rivière raf- amphores, dites gauloises, au fond plat,
et PierreGarmy fermissait nos chairs : il faut dire que la aux anses courtes, attachéesau col et au
rivière du Gardon coule d égale distance haut de la panse étaient protégéespar un
(l ) sévirat ; appartenance à un collège de six
memDres.
entre les deux maisons.Sauf quond elle paillon comme le laissesupposer un bas-
l2) décurion : magistrat municipal. est alimentéepor la fonte des neigesqui relief représentant un chargement
ternit seseoux, elle a une teinte brune à d'amphores sur un bateau. C'étaient des
causedes graviers rougeôtreset coule sur amphores vinaires car on a parfois
&ns l'entiquité 33

retrouvédes restesde résineà I'intérieur


et des inscriptionspeintesprécisentdans
plusieurscasle cépage.Or dix destrente-
F; ,t. !,

six ateliersactuellement
reconnusen Nar-
bonnaise se trouvent sur le territoire
nîmois. Ces amphoresgauloisesont été
produitesà Beaucaire,Meynes,Montba-
zin, Saint-Gilles, Sauveterre, Saint-
Laurent-des-Arbres, Tresques,où elles
peuventmarquer la présencede grands
domaineset à Chusclanoù se trouvaient
plutôt desinstallationsportuaires.

Au cæur mêmede Nîmes,sejuxtapo-


sent un quartier gaulois, implanté dans
I'aire de I'oppidum préromain,avecses
ruespavéeset sesmaisonstout à fait com-
parablesà cellesd'Ambrussum,et par ail-
leursde grandesdemeures,remarquables
surtout par leurs riches pavementsde
mosaTques.
Ainsi que Pline et Strabon rendaient
compte du territoire nîmois en notant
I'existencede centresdépendantde la
ville, l'archéologierévèleaujourd'huides
villages habités par des communautés
paysannes gauloises.Nîmes,de son côté,
abrite les propriétairesqui organisentla Les thermes de la villa de Pataran à Aiguos-Vivas (Photo E. Roth) L e s b a i n s . s o u c i p r e m i e r d e s R o m a i n s .
miseen culturedesterrespar la cadastra-
tion (voir encadré)et I'implantationde
villas. Mais ville et villagesne sont pas
I'expressionde deux mondesjuxtaposés. Liste des articles parus dans Gavroche
Au contraire.le territoire nîmois est un
tout où s'interpénètrentsociétéurbaine No I (15F) Les Pâques sanglantesde Dublin l916
romaniséeet communautés gauloises. La résistanceaux inventaires (1906) Le fascismevert ( 1936)
Boissons économiques au l* siècle Un savant libertaire : Elisée Reclus
Jean-LucFICHES Ventres creux et ventres dorés : Les insurrections de Les macons de la Creuse au l9 siècle
Germinal et Prairial An Ill. Panorama de 1903 (vie politique et internarionale)
Vivre sur la zone (1920)
N"908F)
La révolution sociale des Capuchonnés (l 182-l 184)
Pouren savoirplus Panorama de l88l
Les Saints Guérisseurs(17-18. siècles)
o R. Huard et al. (dont J.-L. Fiches), Histoire 1963 : La grève des mineurs
L e b o u r r a g ed e c r â n e p a r l a c a r i c a t u r e( 1 9 1 4 - 1 9 1 8 )
l9l7 : Le chemin des Dames
de Nîmes, Edisud, Aix-en-Provence, 1982.
No 2 (16F) La montée au Mur des Fédérés
(bibliographie exhaustive).
Les émeutes populaires de Cdansk (1970) Les tailleurs de pierres au Moyen Age
. A Roth-Conges, P. Gros "Le Sanctuaire des La transhumance à pied (1950) Le dossier Danton
eaux à Nîmes", dans Za Revue archéologique Révolte et vie des Camisards Le l" mai 1886 à Chicago
La révolte des 2 sous (1786) Panorama 1903 (La Belle époque)
du Centre de lo France, 1983.
Prévisions populaires du temps
N. t0 08 F)
P a n o r a m a d e 1 9 3 2( l ê , t r i m e s t r e )
Voleur ou héros populaire ? Carrouche
r Pour plus de renseignementssur Ambrussum N " 3 ( 1 6F ) Rafles sanglantesd'Algérien (17.10.1%l)
(Villetelle, Hérault) Accouchements au XVIII. siècle Les paludiers de Guérande
lndochine (1930) (l) Une parole ouvrière : I'Atelier l83Gzl0
Le site d'Ambrussum est d'accès libre. Pour
Quand les Gaulois prenaient les eaux La révolte du Roure 1670
s'y rendre, itinéraire fléché à Villetelle par che- Les barricades de la Commune (1871) Hauts lieux de la fécondité
min goudronné sur 2 km au sud du village. Le Sur les routes des carillons Cabrera. l'île de la mort
visiteur trouvera tous les renseignementssur Les Fortifs (1850-1924)
N. ll 08 F)
les vestigesdécouverts dans un livret guide dis- Panorama de 1932 (2, rrimestre).
La Peste de 1720 à Marseille
ponible à I'Office du tourisme et à la Maison No 4/5 (32 F) Le peuple dani les Mille et une nuits
du peuple de Lunel âinsi qu'à la verrerie d'art Au temps des l",s Tours de France (1903-1905) Godin et le Familistère
de Villetelle. "L'Oppidum d'Ambrussum, le Femmes au bagne (1858-1906) La fête de la Choule
pont romain, le quartier bas" par Jean-Luc La fête au bois Hourdy USA : La piste des larmes (1830-1840)
Fiches (2'édition revue et augmentéeen 1982). Les Insurrections vietnamiennesde 1930-1931(ll) Querelles, charivaris et amours contrariés au 18. siècle
Les frères Le Nain
Le résultat des fouilles est régulièrement Pour améliorer I'ordinaire des Poilus No 12(18F)
publié dans la collection des dossiers de Les agrandissementsde Paris (Il. Empire) Les procès d'animaux
I'ARALO (Association pour la recherche Les colonnes infernales ( I 794)
Témoignages sur les camps nazis
archéologique en Languedoc Oriental Une moisson à la fourche (1953) Les cadrans solaires ( 19. siècle)
- Mairie 30820 Caveirac). La bataille de Homestead (1892)
Les tricirteusesde I'An lll
Le STO : témoignages et résistances
Trois plaquettes sont déjà disponibles. Benoît Raclet, vainqueur du "ver coquin"
Panorama de 1832.
A propos de "Avoir 20 ans dans les Aurès"
No 6 (16F)
No l3 fl8 F)
Des usines remisesen marche sans leur Datron Charles Martel a-t-il arrêté les Arabes
Lo Pont du Gard (r944-19491
à Poitiers en 732 ?
La rosière de Nanterre Les soldats de I'An II :
Paysanneen Languedoc (1900) Lettres de conscrits auvergnats
L'enfermement des pauvres, 17. siècle Education civique ou propagande
Les colporteurs au l9 siècle républicaine ?
Panorama 1932 (3. trimestre) Pain jaune et marché noir
No 7 (16F) Entretien avec Cl. Jean-Philippe
La grande colère des maraîchers( 1936)
Jardins ouvriers à Taverny (rémoignage)
Solidarité France-Pologne (1830-1831)
An l[ : un théâtre sans culotte
Attaques de diligencesau l9 siècle
La promenade du boeuf gras à Paris.
Tous ces numéros sont disponibles
Panorama de 1922. Commande et règlemenl à : Editions Floréal
B.P, t72 - 27ffit Evreux
N" E (18F)
Les soulèvementsde l85l dans les campagnes La collection complèle : pour 170 F (au lieu de
Bateleurset charlatans au 17. siècle. IE3 F)
Un almanach saisi, en 1872, Voifà cet Armana Nouvlau das
Mns" sauvé et disponible grâce à

en Bourbonnaïs Jean Etionno Cairo.


La réédition comprend los commentai-
res et les traductions des passages en
patoas, ot bion ontondu le lac simllé
complet de l'ouvrage de Michel Auclair.
Cel "Antptp flotnrbu das &rans"est
on vente au prix de 28 F (franco de portl
"Aux paysons, Iaboureurs, fermiers, mille francs. Je I'ai payëe presque deux chez
valetsdeferme, domestiques,journaliers, coups", Patrice Rôtig
petits propriétoires et cultivoteurs, maré- Décembre.L'snnée estfinie, mais pas Ecole
chaux, sobotiers, menuisiers, charrons et le mouvaistemps. Pourtant si nous som- Contigny
outres artisqns des campagnes; mes ossezadroits pour garder la Républi- 035OO St-Pourçainsur Sioule
"Aux ouvriers de nos petites villes ; que, il y sura du changemenîpetit à Eh oui. les temps ont bien changé : il
vous faudra l'acheter ! Le PàreBarre,lui.
aux porte-blouse de tous lesmétiers ; petit". en 187 2. f'offrait à "hux quî n'ot t N
"A toutes les victimes du privilège, Voici quelquestrop courts extraits des lc æu 1".
gensde peu pour le grand monde", sont prédictionsdu "Père Barre" : ellessont
dédiéeslesdeuxéditions1872et 1873,de en patois dansI'Armana. Ensuite,en 25
I'Armana NouviaudasPesanset du pau- pages,le fils du Père Barre répond à la
vre monde obligé de travailler pour question"Qu'est-ceque la Réaction?".
vivre". Cet ALMANACH NOUVEAU Et il en présenteles4 composantes : Ou avec lo République qui veut le tra-
DES PAYSANS, rédigéen françaiset en I. Les légitimistes. vail pour tous, l'outil à I'ouvrier, la terre
patois, était introuvable aux archives 2. Les orléanistes. au payson ?
départementaleset à la Bibliothèque 3. Les bonapartistes. Le Père Barre signe ensuiteun texte
nationale. ll était seulementpossiblede 4. Les genssanscouleurpolitique, sans "Le papeet I'empereurdesPrussiens"où
consulterI'affiche annonçantsa diffusion principes, qui se rallieront toujours ou il parle de ce pape : "qui tout l'an dernier
dans la campagnebourbonnaise et les plus fort, pourvu qu'ils puissent eux- a prié le bon dieu pour nous. Qui s'en
départementslimitrophes. On trouvait mêmescontinuer à s'engroisserau détri- serait jamais douté ? Mois ce n'était pas
aussiles tracesdes poursuitesjudiciaires ment des malheureux. pour nousfaire gogner ?"
encourues par son auteur, Michel Chacunedes composantes seraanaly- L'Armana Nouviau se terminepar la
Auclair, dit "Le Père Barre", "pour sée,disséquée. Et la conclusionest sans lettredu pèreBarreaux Paysansoù il est
avoir excitéla haine des citoyensles uns appel : encorequestiondesbienfaitsde la Répu-
contrelesautres". Avec qui sereT-vous, paysans et blique.
Les almanachsfurent saisiset détruits. ouvriers ? Avec lesréactionnairesqui ne Existe-t-ildes témoignages semblables
Le "Père Barre" fut condamnéà 6 mois veulent que votre asservissementaJîn de dans d'autres départements ? Lecteurs,
de prison(le 22 avril 1873).Maisquecon- mieux vous exploiter ?... vousavezla parole.
tenait donc exactementcet almanach?
Pourquoi cette condamnation,ces sai-
sies? FeuilletonsJe,et citons quelques
passages : nous ferons ainsi plus ample
connaissance avecle "Père Barre".
L'Armana NouviaudasPesanss'ouvre
par un "avis du PèreBarre" dont la con-
clusionest la suivante:
Quand vous le voudrez, vous squrez
CHARIVARI
établir la République, qui, seule, peut
rëparer les désastrescauséspor l'Empire En Dauphiné, et dans toute la France De Saint-Egreue en bos,
et lo royouté. jusque dans les années1870,lorsque les gens Nous uenons,en ce mamcnt,
C'estensuiteun calendrierdesfoiresdu du village pensaient qu'un prochain mariage Par furntæur pu,n la belle,
département, suivipar "Les réflexionsde était particulièrement mal assorti, ils fai- Vuts faire compliment
I'auteur". Michel Auclair se demande saient " charivari " aux intéressés. Il s'agis- De uotre tiripelle ( 1) .
pourquoi, dans les almanachs,prend-on sait d'un grand vacarme à grand renfort de Elle est chnrmnnte, elle est gentille
soinde différencierlesjours, "olors qu'ils casseroles,pelles et chaudronssousles fenê-
La pauve fille ;
ne changentpas pour les malheureuxqui tres des futurs époux. Cela pouvait durer
Ah ! qucl bonhzur pour un bon cæur ;
trois jours. Les intéressésarrivaient à l'évi
ont toujours de la misère". ter quelquefoisen payant, mais fort cher, aux
A uotre âge,
Voilà maintenant"Les prévisions plus jeunes du village de quoi se restaurer gaie- Qucl maringe !
infaillibles que le pape pour I'année ment. Si certaines personnesâgées se sou- Croyez, n'en faites rien :
1 8 7 1 ": viennent seulement d'en avoir entendu par- Vous ferez Ai.en;
Janvier. Quond le percepteur viendra ler, tous les ouvrages traitant des usâges Mi.eux uaut rester trunquille,
cherchernos pouvres sous, il ne regardera anciens en parlent. Entre autres, Pilot de En un coin dp ln vill.e :
pos s'il y a à la maisondu feu dansla che- Thorey, dans " Usages,fêtes et coutumesen Je le d,is à, uotre éryard,,
minée,un mauvaislit pour nous coucher, (1882)Dauphiné ", affrme qu'au moment où il écrit Craigncz d,'être corna,rd,.
quelquesguenillespour nous couvrir. " ce sont les enfants qui ont hérité de Ceci uiznlru,it bizn ùtz
cet usage, et qui courent les rues en frappant
Février.Le saletempsn'empêchera pos sur des pelles et des chaudrons en chan-
Et sans nulle reilite,
les gros de sortir de leurs nids ; bien Si j'auais tnnt d'écus
tant :
pleins, et bien abrités. Qu'on trquue d,ecocus,
Dis dmæ rizille carcosse, Qu'iI ræ Dùus en dfulaise
Juillet. Les pauvres gsrs qui ont tiré le Tu ueun tn mari.er. Je sarais d mmt, aise.
mauvais numéro, et qui n'ont point Satæ auertir les femmns,
d'argent pour s'ocheter un homme (l), Les enfants d,u qnrtier ? Et, pour Ia belle :
partiront pour I'armée,pour sefaire tuer Nu.ts sommps il,e bortsilrilles, E t uous, mal,emoiselle,
ou besoin. Des enfants sans souri; Pertpz-uous la cenell,e ?
Novembre.Ce serols trente quatrième Doww-moi dc qni bobe, De faire chnin d'un hommp sazædcnts ;
année que je paieroi mon loyer à Crésus Ou binn chariuari. " Ce qui n&s fera,it d,ire
Loup Garou. (...) Çofsit trois mille qua- Sansqu'il faille médire
tre vingt francs. La maison vaut deux Il cite encorecette poésiecomposéevers 1&10 Que vous n'avezpoint d'amants..
à I'occasion du mariage d'un veuf avec une
jeune fille :
(l) Le systèmc du remplaccmcnt du conscrit par achat (1) Ce mot derneure inexpliqué. Quel lecteur de
d'un remplaçant était alors en vigueur. Bien le bonjour, monsu Colas, Go:vtpclænous en donnera le sens ?
Le petit tailleur d'Amplepuis : Panoramad'Amplepuis (Rhône)

BARTHETEMY THIMONNIER
inventeurmalheureuxde la machineà coudre
La malchancea poursuiviaprèssa Il n'a plus d'argent,il a dépensé son A chaque étape, pour payer son
mort BarthélémyThimonnier,inven- maigre pécule pendant les deux années auberge,il en montre le fonctionnement
teur malheureuxde la machineà cou- qu'il vientde passerà Paris,deuxannées aux badaudsintrigués: pensezdonc, une
dre. inutiles. Pour la secondefois, Thimon- machinequi coud, un magnifiquepoint
nier a tentéde trouverà Parisdesappuis, de chaînette, en appuyant sur une
Passeencoreque son nom s'écrive
de I'argent,pour mettreau point et com- pédale! Pour amuserson public, il com-
aujourd'hui alternativementavecun mercialisercettemachinesi lourdesurson bine avecsa démonstrationun spectacle
ou deux "n",.. Mais deuxerreursse dos,un métierà coudredont il estI'inven- de marionnettesqui commenceà faire
glissentdansson actede décès: on le teur... fureur, cellesqui représententnotamment
dit né à Amplepuis(Rhône),où il a un personnagenommé Guignol, inventé
certes vécu, mais il est né à récemment par le Lyonnais Laurent
L'Arbresle, dans le même départe- Barthélémy Thimonni€r (d'après un déplianr édité
par la firme de machines à coudre Thimonnier, à
Mourguet...
ment,le l7 août 1793.On setrompe Lyon, pour le 1 50. anniversaire du brevet).
Mais le voyageest long et pénible.Thi-
aussisur sonâge... monnier,toutefois,ne se découragepas.
En 1930,samémoireestdignement Il a déjà derrièrelui, à 43 ans, une bien
longue patienceet une irrépressible pas-
célébréeà I'occasiondu centenaire
de sion.
son invention. Mais le monument
édifié à Lyon I'année suivante et Tout a commencéseptansauparavant,
inauguréle 8 mars l93l par E. Her- le jour où aprèsde longuesannéesde tra-
riot a aujourd'huidisparu.Un tim- vàil acharné,il a mis au point un métierà
bre commémoratif créé après la faire le point de chaînette.Il est tailleur
guerrecomportaitlui aussiuneerreur prèsde Saint-Etienne, et aprèsdesannées
de date ! d'observation,s'estdit qu'il y avait bien
Le projet de créationà Amplepuis un moyen de faire mécaniquementle
gestemille fois répétéde la brodeuseavec
d'un muséepermettrasansdoute de
son crochet.
faire justice de cesquelquesmalices Il déposeun brevet,avecson "associé"
du sort. AugusteFerrand. Soutenupar plusieurs
personnalitéslocales,dont le directeur
BarthélémyThimonnier marche depuis et fondateur de I'Ecole des Mines de
plusieursjours. Il rentre chez lui, à St-Etienne, Beaunier, il constitue une
Amplepuis,à pied. De Paris, qu'il a société le 8 juin 1830à Paris.Huit person-
quittéun beaumatind'avril,il doit par- nes. confiantes dans I'avenir de son
courirplusde cinqcentskilomètres avec invention, vont accepterd'investir une
une curieuse machine sur le dos. somme importante pour l'époque
36 Le ptït taitteur {Ampbpuis

à se considérercomme "mécanicien"
(ingénieur,dirait-on aujourd'hui).
Un atelier s'ouvre à Paris, rue de
Sèvres,auquelil consacre sesjours et sou-
vent sesnuits. Il s'inquièted'être éloigné
de sa famille, et lui envoierégulièrement
de I'argent. L'affaire prend de I'impor-
tance,bienque le contextepolitiquetrou-
blé soit peu favorableau commerce.Paris
a connuen juillet 1830lesbarricadeséle-
véescontreCharlesX. et le duc d'Orléans
vient d'être proclamé roi des Français
sousle nom de Louis-Philippe. MaisThi-
monniern'y prêteguèreattention: il tra-
vaille à son invention.
Il ne se rend pas compte que les
ouvriers parisiens,ayant appris I'exis-
tence de cette machine, la considèrent
Le médaillon de la stèle. Un oortrait fidèle ?
comme un nouveau "casse bras." La
misèreest grandeet il n'est nul besoin,
selon eux, de machinespour remplacer
l'homme,alorsquejustementil y a beau- laisséssa première femme morte prématu-
coup de chômeurs.Des milliers de tail- rément. Il faut donc bien gagner sa vie et
leurs et de cordonniers,n'ayant plus il reprend son métier de tailleur à Ample-
l'énormetravailquereprésentait l'équipe- puis, sans accorder d'attention aux
ment de I'armée napoléonienne,sont "caquets du village." Il ne cessepourtant
dansune situationprécaire. de travailler à son invention. dont il
Maisonnatalodo Thimonnierà L'Arbresle{Rhône}. Un matin, le 20 janvier 1831,prèsde reconnaît lui-même les imperiections. Il
Une simpleplaquesur la façade... deux cents ouvriers attaquent I'atelier, met au point, en 1832,un métier "à point
saccagent le matérielet brisentlesmachi- arrière" (r). Il se dit qu'il lui faut retour-
(80 000 F or) et selancerdansI'aventure. nes. Ils injurient et menacentThimon- ner à Paris. et en 1834il s'installeà nou-
Thimonnier reçoit 8 000 F pour lui, un nier,qui nedoit sonsalutqu'à la fuitepar veau comme ouvrier-tailleurtravaillant à
véritablepactolepour ce modestetailleur une portedérobée. façon avec sa machine. Il s'y épuise en
de la Loire.I'aînédes7 enfantsd'un tein- Il est ulcéré : non seulementsesefforts vain, et à bout de ressources, doit rentrer
turier ! Il est prévu qu'il reçoiveaussi sont anéantismais il se sentincompris, lui à Amplepuis à pied, sa dernièremachine-
I 800 F par an pour seconsacrer,à plein qui veut soulagerla peinedes ouvrièreset sur le dos.
temps,au perfectionnement et à la cons- développer I'industrienaissante
tructionde sesmachines: fini le métierde Déçu, il décidede quiuer la Société.
tailleur.Thimonniercommence d'ailleurs Beauniermeurtd'ailleurspeu aprèset la (1) C'est le même principe qui, quelques annëes plus
tard, sera à I'origine de lo machine mise au point aux
Sociétéestdissoute.
USA por E. Howe et Isodc Singer, qui ne connuis-
La maison d'Amplepuis, et la stèle étevée à la Thimonniera trois filles à élever,sans saienl sans doute pas Thimonnier et qui feront Jor-
mémoire du tailleur-inventeuf . compterlestrois fils, plus âgés,que lui a Iune grAce à elle.

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i n " i \ i , i ù l l - ; in i l c l t , ! { tl l l 0 U [ t I

? [ r , ; i i l t r ] l j R 0 II r i i i : 5 L I t U X

1793- 1857
**K
EatdÉlilmy fhimonnbr
37
Onzeans vont ensuitepasser,pendant La toute
lesquelsThimonnierchercheraà amélio- promière
rer son métierà point de chaînette.A 52 machine à coudre :
ans, il n'a pas perdu espoiret se lanceà bâti
nouveaudans I'aventure.Il déposeun en bois,
nouveaubrevetle 2l juillet 1845.Pour la point
premièrefois, on parle de son invention de chainette
simplo.
dansla presse.Un avocatde Villefranche-
sur-Saône,J.-M. Magnin, est décidéà
I'aider.Est-cele débutd'une èrenouvelle
pour lui ? Sera-t-ilenfin reconnu?
Son invention continue toutefois de
susciterlesmêmescraintes.Dansune let-
tre anonymeadressée au Journol de Ville-
franche, où son élogeavait été fait, un
lecteurécrit,aprèsavoir rappeléla misère
de la classeouvrière: "Qu'importe aux
ouvrièresle bon marchéet la bonnecon-
fectionlorsquele pain leur manquera.En
toute chose,mêmeen matièrede progrès,
un bien dont le contrecoupdoit produire
un plus grand mal, doit être repoussé
commeune calamitépublique."
Thimonnier saisit cette occasion de
s'expliqueret rétorquedansune trèslon-
gue lettre, qu'il n'est qu' "un pauvre
ouvrier qui, malheureux lui-même.
croyail avoir travaillépendantquinzeans
au soulagement et non à I'accroissement
de la misèrede sessemblables."
Selonlui, bien au contraire,la femme
pourra ainsi, en se libérantd'une "anti-
que charge", exercerd'autresmétierset
améliorersa condition. "Alors que tout
changeet tout se transformecommepar
enchantementdans le monde industriel.
on voudraitfaireà tout jamaispivotersur
I'aiguille le sort de la plus intéressante
moitié du genrehumain.Au lieu de pros-
crire lesinnovationsdestinées à I'accrois-
sementdu bien-êtrede tous, appelons
plutôt à grandscrisla réformedansl'édu-
cation de la femme. De toutes façons,
remarque-t-il,noussommesà uneépoque
d'inventions"."Grâce à cesmerveilleuses effectuerson servicemilitaire la place joie ! Il écrit à son fils Etienne: "Nous
à
machines,lesbras, loin de diminuer.ont d'un jeunehommeriche,qui le payepour
décuplé"."L'ouvrierqui s'insurge allonsêtre la maisonla plus heureusedu
contre se faire remplacer,commecela se faisait p a y s! . . . "
lesmachines,c'est I'enfant qui se révolte sousle SecondEmpire.Il retrouvera
se du Il tentede mettreau point une nouvelle
et maltraitesa nourrice..." coupen Crimée(1854-55) pour combattre machine, baséesur la mécanisationdu
En 1847,il déposeavec Magnin un lesRusses. point de navette,qu'il avait découverten
n o u v e a ub r e v e t , c e l u i d e l a , , c o u s o - Thimonnier continue à fabriquer des 1832,maisil a du mal à la termineret elle
brodeuse"qui peut faire jusqu'à 300 métiersà coudre,qu'il vend
pointsà la minute.L'annéesuivante.la 50 F pièce(à n'est pas prête pour I'Expositionuniver-
l'époque,une journée de travail d'un sellede 1855! Sonanciennemachinev est
machineest présentée à Londres,où elle ouvrier était payée I F). Mais, naîf, il néanmoinscouronnée.mais son ôm-
suscite de I'intérêt.Un industrielde Man- ignore que, pendantce temps-làdans le
manditaire est très mécontentde cette
chesterlui proposealorsde fabriquerdes monde,se multiplientles brevets
concer- occasionperdue.Une disputeopposeles
machinesen Angleterre.Il y va, et entre- nant la couturemécanique,
à laquelleil a deux hommes. Thimonnier se brouille
prendpour la premièrefois un voyageen ouvertla voie.
terreétrangère.Dansleslettresqu'il écrit aussiavecson fils Françoisqui lui repro-
Lors d'un nouveau voyage à paris, cheson manquede diplomatie.
à safemme,on notequ'il estfrappépar la effectuécettefois en cheminde fer. il va
misèredu peuple,et notammentpar la Thimonnierrentreà Amplepuismalade
retrouverson fils François,devenuarti- et sansressources. Il a 63 ans. Pour sub-
condition des enfants (c'est I'année où san et qui s'intéresse aux travauxde son sister,il est obligéde vendresesoutils et
Dickens écrit David Copperfield...) 1zy. père.Il y découvreque lesmachinescon-
Tout sepasseassezbien, malgréquelques currentessont venduesdix fois plus de reprendreson métierde tailleur.Mais
chè- il ne désespère pas de perfectionnerune
ennuistechniques.Mais encoreune fois, resque lessiennes! Un homme
d'affaires nouvellefois sa premièremachine.Pour
il laissepassersa chance: préoccupépar de la Guadeloupelui commandemille
le sortde safamille,il quittebrusquement machineset lui règleune I'heure,il esttout justecapablephysique-
avance: quelle ment de déviderdu coton à 7 souspar
I'Angleterre,à la grandesurprisede ses jour !
partenairesbritanniques.Il rentre à
Amplepuisen juin 1849. Il meurt le 5 juillet 1857.Pendant15
Pour en savoirplus : ans,aucuneautoriténe sepréoccupera
Comble de malchancesa machine - du
"rate" I'Expositionuniverselle
Visitedu muséede la Machineà coudre.au sort misérablede sa veuve.
de Lon- sous-soldu magasinde Ia société..Thimon- En 1872seulement, peu avantsa mort,
dres de 1852: elle arriveraà destination nier", aux heuresouvrables.
trop tard... Sa situation financièrene
Adresse:24. rue un généreuxministre lui accorderaun
du PrésidentHerriot - 69001Lvon. secoursde 300 F pour "reconnaîtreles
s'améliore pas. Son fils Etienne part - Visitede la maisonoù a vécuThimonnier,
(prèsde I'hôpital) à Amplepuis.permanence services rendusà I'industriepar I'inven-
assuréele samedide l4 heuresà l6 heures. teur de la premièremachineà coudre."
(2) Voir sur le travail des enfants le livre de J. Sandrin
- Marcel Doyen "Thimonnier" lmprimerie
"Enfants trouvés, enlants ouvriers". Ed. Aubier Lescuyer,
Lyon.
( C o n s u l t e zl a l i b r a i r i ed e C a v r o c h e ) .
Y..F. LIVIAN
LE TEMPS
DES LIVRES
Rubriquedirigéepar Thierry Paquot

Valmy, la vie quotidienne de I'armée de Sam-


bre et Meuse, la campagne d'Italie, I'Allema-
gne, Wagram, tout ces épisodes nous sont relo-
tés de l'intërieur, par un spectateur qui sans
aucune forfonterie nous décrit ce qu'il a vu et
vécu. Ce n'est pos l'épopée et ses hëros quasi
mythiques, mais le "train train" de la vie de
tous lesjours d'un soldat. Ce récit est agréable
à lire et cette vision de I'Histoire par "le petil
bout de la lorgnette" corrige de lrop nombreux
D6tail de clichés, modère des jugements trop abrupts et
Madame Récamier reconstitue une ambiance méconnue,
à I'Abbaye-aux-Bois
(gravure d'apiès
T,-P.
un tableau
de Dejuine). L'Ile des perroquels
par Roland Margerit, Phébus, 78 F

Accusé à tort du meurtre de sa bien-aimée,


Contrebrndiers du sel c'est de trouver du pain. ll faut souligner éga- Antoine échappe à une mort certaine en
La vie des faux-sauniersau temps de la gabelle. Iement que les consommateurs de 1984 ne res- s'improvisant "gentilhomme de fortune" sur
B. Briais. 280 p. illustré, 69 F (voir librairie de semblent guère à ceux de 1793 qui réclamaienr l e b r i c k - f r a n c d u r e d o u t a b l eF I i n t . D e s i m p l e
Gavroche) la taxation des denrées. Un livre original qui valet, Antoine devient alors, parce qu'il sait
suscite la réflexion. lire ou écrire, l'écrivain de bord du lltalrus fai-
Il s'appelait Fleur d'Epine, Va de Bon sant voile vers les Antilles. Sous l'oriflamme
Cæur, Sans-Façon, la Jeunesse ou De Robespierre, derniers temps noire à tête de mort du navire-pirate, le destin
Grand'Peine. Par groupes ou solitaires, le bis- p a r J e a n - P h i l i p p eD o m e c q , é d i t i o n s L e S e u i l , le liera d'amitié à Brice, le "bossman" qui
sac sur l'épaule ou suivant leurs mulets, ils P a r i s 1 9 8 4 ,3 0 5 p . , 8 5 F . voue une passion dévorante à la belle et perfide
apportaient le sel de contrebande jusqu'au Manuella. Mais, dans les chaudes mers du
cceur des pays de grande gabelle par des che- Cette biographie consacrée aux derniers Sud, ils sont poursuivis par de lourdes frégates
mins connus d'eux seuls, défiant la meute de jours de Robespierre est remarquablement anglaises. La course haletante s'achève par le
gabelous lancée à leur poursuite. En rentrant écrite. Il y a là une originalité d'approche tout naufrage sur une île où niche une colonie de
dans le détail des aventures, fort cocassespar- à fait séduisante, mais on ne sait si ce qui perroquets. La vie provisoirement sédentaire
fois, de ces faux-sauniers, vous pénètrerez accrochetant le lecteur est I'information histo- de ces nouveaux Robinsons connaîtra bien des
dans le monde de I'Ancien Régime. C'est un rique ou la forme du récit, sa construction, son mésaventures.Le retour à la civilisation de ces
des grands mérites de I'auteur d'avoir su nous style. Car de Robespierre, I'auteur cherche "chevaliers de la fortune" éveillera hélas la
faire voyager dans un univers aujourd'hui dis- avant tout à cerner sesmotivations, sesconvic- curiosité de la Sainte-Hermandad, la police
paru. A emporter en vacances. tions, sespassions,plus qu'à décrire chronolo- espagnole...
giquement une biographie. Les morceaux de Fort bien écrit et documenté, ce récit d'aven-
La Grande Guerre discours, de lettres, de messagesqu'il cite sont tures en mer emporte le lecteur dans un capti-
Pierre Miquel, 650 p., 98 F. éloquents par eux-mêmeset permettent à com- vant voyage dans le temps et I'espace.
prendre ce qui animait ce bourgeois révolu-
Avec un luxe de détails toujours significati"fs tionnaire. Les intrigues, les complots, les ami-
et une grande clarté d'écriture Pierre Miquel tiés aussi, la foule, les leaders,les fêtes révolu- Le Vinaigre el le fiel
nous fait revivre le premier conflit mondiol, du tionnaires, les artistes, Paris et la province,
par Margit Cari, coll. Terre humaine, éd.
plateau de Craonne au détroil des Dardanelles. tout cela est construit comme un décor, devant
Plon, Paris 1984, 460 p., 100 F (nombreux
Si voas voulez tout sovoir : les premières lequel se déroule une tragédie.
dessinset photographies).
batailles de 1914, les premiers déportés des
camps de concentrotion, les populoîions Guérisseurset magiciens du Sahel C'est avec I'ancienne et fidèle complicité, de
"déplacées", la guerre terroriste... plongez- par J.-M. Gibbal, éditions A.-M. Méraillé, plus de vingt ans, de I'ethnologue hongroise
vous dans cette 'Tascinante
Grande Guerre." Paris 1984,167p,46 F, diffusion, PUF. Edith Fél que la paysanne Margit Gari née en
Un livre qu'il faut avoir lu. 1907 à Mezôkôvesd au nord-est de Budapest a
Il s'agit ici d'un ouvrage ethnologique ; J.- donné ce livre de souvenirs aigres-doux. Car
Une histoire du mouvemenl consommateur M. Gibbal rencontre au Mali des guérisseurs, il c'est bien d'un don qu'il s'agit, le don de la
par Bihl et L. Willette, éditions Aubier- les questionne sur leurs pratiques, sur I'acqui- s i m p l i c i t é ,d e I ' h u m i l i t é , d ' u n e c e r t a i n es a g e s s e
Floréal, 250 p. illustré, 63 F (voir librairie de sition de leur savoir, sur leur place dans la voulue et entretenue d'un incompressible
Gavroche) communauté villageoise, sur leur clientè\e... "amour du prochain" dans la meilleure tradi-
Guidé par Almâmi, qui lui sert également de tion catholique. Mais ce don est, au moins,
Contrôler la qualité des produits et régle- lraducteur, J.-M. Gibbal relote ses résultats double : le verbe coloré et dispendieux de la
menter les droits des uns et les obligations des d'enquêtes en une forme littéraire vidée de tout conteuse de village conjugué à une étonnante
autres ne datent pas des années 1970. Dès le te jargon technique et c'esî tant mieux pour le générositéd'âme. Car il faut bien le dire Mar-
Moyen Age, la royauté, I'Eglise, les municipa- lecteur peu averti. Il reste alors à écouter, pour git Gari vit avec Dieu quotidiennement. C'est
lités et les princes se voient bien souvent dans mieux voir. Voir les gestes, comprendre les sa foi en Dieu, et dans tous les saints, qui lui
I'obligation de taxer les denréespour arrêter la supersîitions, les croyances, les mythes, qui permet de vivre malgré sessouffrances, sesdif-
spéculation des marchands. Dans ce livre qui enlourent I'acte de guérir, de soigner. Un his- ficultés, ses blessures. Sans sa croyance en
se définit comme une histoire du mouvement loire du quotidien contemporain africain. I'au-delà, sans son respect des règles religieu-
consommateur. Luc Bihl nous retrace avec sa s e s ,s a n ss a p r a t i q u ed u c u l t e , s a n sc e t e n v i r o n -
verve habituelle les heurs et malheurs des con- Mes campagnessous la Révolution et I'Empire nement mysthique, Margit Gari n'aurait pu
sommateurs (c'est-à-dire du peuple jusqu'à par Girault, éditions Le Sycomore, 199 p. 69 F "galérer" sur cette terre. Il faut dire aussi
l'orée du 20. siècle).Le lecteur y trouvera nom- qu'elle en a bavé ! Une petite enfance sans
bre d'informations méconnuesaussi bien sur la Philippe-René Girault fait partie de "la câlin. sans tendresse.dans une famille déchi-
législation médiévale que sur les coopératives musique" de I'ormëe. C'est de là qu'il verra la rée. Une enfance laborieuse, elle se loue
du 19' siècle. En fait la notion même du con- guerre, c'est de là qu'il observera les "grandes comme salariéeagricole dans les domaines des
sommateur n'apparaît qu'à Ia Belle Epoque monæuvres", autsnt dire que son témoignage gros propriétaires fonciers. Une vie d'adulte
car jusqu'à cette date la grande préoccupation esl précieux et peu commun. La bataille de inaugurée par un mariage raté - son mari est
39
aussipauvre qu'elle, mais paresseux et ivro-
gne,il n'hésitepasà la battre.Puislesnaissan-
cesde sesenfantsdansla douleur.Et I'impé-
rieusenécessitéde survivre en brodant toutes
les nuits, en travaillant sur les champs des
autres,en consolantles enfants,en amortis-
La librairie de Gavroche
sant les coupsdu mari, en respectantDieu, le
priant de I'aider, elle "pauvre pécheresse"...
Sansamertume,notre paysannedécrit savie de LesLoupsenFrance:légsnfuotrésttés ts Cohorteuret la llllerciàe
tous les jours, avec sesgesteset ses pensées. par c'-c. et G. Ragache(ÉdirionsAubier) par c.-Krafft-pourrar(ÉditionsDencËl).
Aucunebanalitédansce déroulement desheu- 256 pages,illustré 48F 304 pages 90F
res. Les Paysans: les r6pubf,quesvilagooises la Guere détraquée_(194O)
Comme on est heureuxd'avoir rencontré de fAn ml au 19. siàie par GillesRagache(EditionsAubierl
Margit Cari, par-delàles frontièreset les idéo- par H. Luxardo(ÉditionsAubier) 256 pages, illustré 55 F
Iogies.Cettevie paysannen'a pasfini de nous 256 pages,illustré 50 F Los ruméroa du Peupb Françab
habiter. Enfants trouvés, onfants ouwbrs 1 à 10 (sauf8). Lacollection
oour50 F
- 17.-19. siàclo
par J. Sandrin (Edilions Aubier) Luttes ouwÈes - 16L2(F slàde
Les PetitesEcoles 256 pages,illustré ouvragecollectif (ÉditionsFloréal)
50F I 6O pages
sousI'Ancien Régime [a Révolrtion cdtu]€lo de fAn il 25F
par Bernard Crosperrin, coll. De mémoire par S. Banchi (ÉditionsAubien la France de 68
32Opages, illustré 66 FparA. Delaleet G. Ragache(Editionsdu
d'homme, éd. Ouest-FranceRennes 1984. Le Cory d'Etat du 2 décembrc 1851 Seuil|.Z+Opaçs,4oOillustrationsetcartes
9O F
1 7 5p . , 4 3 F . par L. \Mllette (EditionsAubier) Gounièrcs 19OG : Cdse ou catastrophe ?
D'emblée,à I'aidedu Dictionnairede 1772. 256 pag€s,illustré 50F par C.-C.Rqgache,H. Luxardo,
le sujet estbien délimité : "On appelle"petites Les Braconnbrs : J. Sandrin(EditionsFloréal)
mi|e ans de chasse cland€stino 'f6Opases
écoles" cellesoù I'on montre à lire, à écrire, où 25F
par M. et P. Aucante. (Éditions Aubier)
I'on enseignela grammaire ; et c'est de celles- L'Flornrne€t h Tsr€
287 paçs, illustré 69F par EliséeReclus(ÉditionsMaspéro)
là qu'on entend porler quand on dit : "maître Sachso (2 -
d'école." Il convient d'y ajouter quelques (amicaled'Oranienbourg-Sachsenhausen) tomes) chaquetome 30 F
rudiments de colcul et bien entendu lesprinci- Terrehumaine.Minuit/Plon. "Une histoire du mouvement
pes de la morale chrétienne. Car le maitre 617 pages 12O F consommatour" L. Bihl
d'école, quand il n'est pas un religieux est sous Le &igsnd de Cavanæ 25Opages,illustré 63 F
son conlrôle direct. Durant les deux sièclesque D. Blancet D. Fabre.(EditionsVerdier)68 F "Contrebandiersdu Sel"
I'outeur nousfait parcourir, le l7 et te i,8, siè- lss Marionnettes La vie des faux-sauniers au temps
cles, les innovations pédagogiquessont plutôt ouvragecollectif (ÉditionsAubier) de la gabelle
rares ; avec I'abbé Charles Démia et Jean- 256 pages,illustré 2O9 F 28O pages,illustré 69F
Baptisle de La Salle nous avons lesprincipales
tentativesde rénoverI'enseignement et de con-
solider un appareil scoloire balbutiant. Envoyez vos commandes avec leur réglement à l'ordre des
L'éducation, la compétition, avec des
récompensespour les meilleurs et despunitions EditionsFloréal
pour les derniers, semblentêtre lesrèglesadmi-
ses.Uneannéescolairecourte (six à huit mois)
B.P.872 _ 27OO8EVREUX CEDEX
conciliable avec les îravaux des champs, un
enseignemenlreposant sur lo mëmorisationel
la répétition dovantageque sur la compréhen-
sion et I'imagination desmoîtresà la situation de suivre le travail de crëation qu'il poursuit petite vérole elle-mêmemois avec l'humeur
très précaire, ovec un contat annuel, une malgré les circonstances. provenant d'une maladie vétërinairedonnée
subordinationau curé ou à la communautévil- comme bénigne, la variole des vaches,cotspox
lageoise.A ce tableau il convient d'ajouter un ou picote" en 1796. C'est Louis Odier un
nombre importont d'écoles qui constituent La VéritsbleHistoirede France médecinfrançais qui traduit cow pox en vaccin
incontestablement un réseaud' alphabét isot io n par BernardQuilliet, éd. Presses
de la Renais- en 1799. C'est Jean de Carro qui pratique à
d'ampleur notionole. L'école primaire (obliga- sance,Paris1983,321p., 85 F. Vienne et qui popularisera lo vaccinalion.
toire dès le 17" siècle) n'est pos née sous Jules Ainsi une poignée de médecinsconvaincus de
Feny..." Louis XVI meurt d'une chutede chevalle 3 l'intérêt du vaccin, persuadésque la contagion
juillet 1789et le coursde I'Histoireest totale- est la causedesépidëmieset le vaccinest le seul
Voir aussià cesujetlesn' 5 et 6 du PeupleFran-
cals.' L'écoleprimaireaux l7 et 18. siècles"el mentmodifié ! C'estle point de départdesélu- moyen pour enrayer cesterribles fléaux, vonl
"L'école de village"au 18.siècle,de C.-C. Ragache. cubrationssavantes et drôlesquenouspropose rcû faire pour convaincre, quitte à tester le
B. Quilliet.Si lesépisodes qu'ils invententsont voccin sur leur famille ! Un correspondant à
La vie quotidienne des mfiecins souvent plausibles,I'humour dont il fait Mexico ou à Bombay su.ffit pour propager le
au temps de Molière preuveest bien réel. Au-delàd'une réécriture vaccin. C'est alors à une véritable géographie
de I'Histoire, d'une récréationironique,c'est médicaleque se livre I'auteur. Mais que deprë-
par François Millepierres, le Livre de poche,
avant tout un pastichede genrelittérairetrès jugës à vaincre, que de réticencesà dépasser,
P a r i s 1 9 8 3 ,2 2 8 p . priséet par conséquent trèscommercial: I'his- que de dfficultés à surmonter ! C'est tout ce
Voici, réédité en poche, un ouvrage de la toire des Grands. Gentiment, I'auteur se combol que I'outeur nous relateavecbrio. IJn
célèbre collection "La vie quotidienne." Qui moque des universitaireset des historienspro- très beau livre.
'sont fessionnelsqui fréquententles télés et les
les médecins, que font les apothicaires,
comment opèrent les chirurgiens ? A ces nom- radios,dont il imite le style,sansoubliercelui
breusesquestions, I'auteur répond en puisant à deschroniqueursdu 20csiècleet d'un certain Des métiersracontés
de multiples sources dont la littérature de B. Quilliet lui-même. par M. Prival et M. Jaffeux. Malesherbes
l'époque. Une bien bonnehistoire!
1981, éd. Créer, l9l p. 230 F (nombreuses
Voir aussideuxexcellentsarticlesde CatherineRaga- illustrationscouleurset noir et blanc,dessins.
Iæ Chaudron €t lâ lancett€,croyrnces
che : Molodeset médecinsaux 17 et 18. siècleset /a populaireset médecinepréventive trèsbonneprésentation).
Médecinepopulaire aux 17 et 18. sièclesn. I et 2 du l79t-1E30 Tour à tour nous rencontronsle vannierde
PeupleFrançais(10 F les 2). Collandres, le hottier de Queuillette, te jou-
par Yves-Marie Bercé, éd. Presses de la guier de la Croix-Saint-Martin, le golochier de
Premier Journal parisien Renaissance, Paris1984,336p.,95 F Langeac, le sellier-bourrelier d'Aurillac, les
Second Journal parisien Quelle histoire passionnante que celle du perleuses de La Margeride, le dinandier
par Ernst Jtinger, deux volumes, 318 p. et combat de quelquesmëdecinspour rëpondre le d'Aurillac, le saigneur de Moissot-Bas, le
44'7p.,le Livre de poche, Paris I984, (un index vaccinontivoriolique ! L'auteur avecune éru- potier de Ravel, Ies charrons d'Auvergne.
des noms cités aurait été bien apprécié...) dition certaine mois discrète nous tient en Nous visitons les ateliers, découvrons les
holeine lout au long de ce récit d'aventures outils, écoutons lessavoir-faire et lesconseils
Ernst Jtinger est olficier dans I'armée du médicales. Sur fond d'Empire napoléonien, de sesartisons si fiers de leur métier. Tout le
Reich el participe à I'occupation de Poris. Ses l'on voit peu à peu se tisserdesréseouxde rela- Iong processusde fabrication nous est dëtaillë
journaux sont intéressants à plus d'un titre: tions scientifiques d'Edimbourg à paris, de el relatëavecun grandsouci d'exactitude.Sans
comme document historique d'abord, I'auteur Paris à Milan, de Milan à Vienne et de nostalgie,les auteursnousfont découvrir ces
décrit ce qu'il comprend de la situation, il I'Europe au restedu monde. C'est un Anglais, métiers qui résistent tont bien que mal à lo con-
reconslitue I'ambiance de ces sombres onnées ; Edward Jenner qui découvre "la force préser- currence du marché mondiol, au caprice des
comme æuvre littéraire ensuite, il nous permet votriced'une inoculationfaite non plus avecla modes et des avancéestechnologiques.
UN PEU DE MUSIOUE,,,
Qq.nj,,@te
Extrait de "Paris qui
chante" rEvue du
music-hall et de la
chanson que
dirigeait, au début
du siàcle, le célàbte
comique trouPier
Polin

Cfanlog
-Crééu
par /'laYoz ÈÀ''
/ àla Jcala
{ / a r o ( sesSr d ee
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Edoua"d
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ààtol irDr.4ùù6.!ttaD.

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. D.r pildrdi - F!6 d. !oà .olrro-p0- raio6

Ouelques vedettes du "Show biz" avant I'autre guerre

tt
MISTINGUÊTTE
41
rl$. Posteprincipale
réception
de Berlin- 'l 931 - Transmission
d'information parcasque
et
et micro.Une
pédaleétablille contact(Ullstcin).

ponctuantdes espaces grandioses.Le bureau


est æuvred'art.
- Les années 1920-1940sont celles de
I'industrialisationdu bureau.Le mouvement
est parti des USA. De grandsarchitectes con-
tribuent à ces formes nouvelles,fonctionnel-
les : Rietveld, Brener, Aalto, Cuillot, F.-L.
Wright...
- A partir de 1950,I'espacedu bureaucon-
naît sa révolution.Il passedu mécanique et du
répétitifdesannées50 à desélémentsfonction-
nels constituant un systèmecohérent. La
machineà écrirecèdele pas à I'ordinateur.
- Le bureau de I'an 2 000 est largement
présent.C'est logiquepuisquela sectioncon-
temporaineestillustréepar lesdessins despro-
totypesreçuspour le Concoursinternational
pour la création de nouveaux meublesde
bureau,lancépar le ministèrede la Culture.Ce
sont là les futurs bureauxde I'administration
française.Le concoursd'idées a apporÉ 220
projets de toute provenance.l0 ont été rete-
nus ; leurs créateurs-désigners ont réaliséles
prototypesen collaborationavec des indus-
triels. Leurs lauriers? des marchésde I'Etat
totalisant78 millionsde francs.
SylvieFournet
(Compte rendu d'une exposition tenue ceprin-
temps au muséedes Arts dëcoratifs).

Lesjeux
de nos aieux
METAGRAMME
L'Antille fortunée
Me vit naître... Et je meurs,
Bien courte destinée !
Victime des fumeurs
La grâce surannée
De mes airs endormeurs
Dans les salons rnenée
A des regains charmeurs,
D'Apaches sillonnée.
Pirates assommeurs.
Ronds de cuir, cols bloncset cobol Je me vois condamnée

..L'EMPIRE DU BUREAIJ'' Aux mortelles clameurs.

LOGOGRIPHE
Je suisfort triste avecma tête,
Et souventfort gai sanstête.
"Ah ! Monsieur, s'écrie de temps en temps confinée, I'ambiance pesantede la tyrannie des Je te détruis avec ma tête
un haut personnage vous ne voulez pas chan- chefs de bureau est-elle si lointaine ? Et je te nourris sans ma tête.
ger mon pot à eau et me donner le paillasson On me fait tous les jours sans tête,
que je vous demande, Mais c'est une véritable Laissons ce passé où siffle le ronflement du Rien qu'une fois avec ma tête.
persécution ! Mes idées politiques vous déplai- rond de cuir à I'heure de la siestepour un autre
sent sans doute, je me plaindrai au ministre !" mobilier.
Cette invective s'adressait à un chef du - Les "monstres" présentés par la SOLUTIONS
suite '(nel sues e?utry ap sed)
matériel dans un ministère au début du siècle. sont signés des plus célèbresarchitectes : Jan_
La hiérarchie du mobilier ne le cédait en effet sen, lribe, Hoffmann, Moser, Van de Velde. nal - ool
en rien à celle des fonctions. Ruhlman, Mallet-Stevens... Vous aurez
- ale.u - stql z - sed : snossap-o sng?a
De la simple chaise du commis-rédacteur au I'impression de pénétrer dans le fameux film 'sedag-sedgt1 : aqdu6o6o7
fauteuil confortable du ministre s'égrenaient de Fritz Lang, Métropolls. Ces bureaux 'auetes 'aueted i eueteH : autuet6e1py11
toutes les marches de I'avancement. "monstres" sont de véritables monuments
'preu!dJ
Ah ! la vie de rond de cuir dans des pièces 'tnotej :
aux tapisserieschargées,aux bureaux garnis de legtaA : g 1 a6ed el ap sepereqC
cent tiroirs contenant mille tampons ! Et les
vieux. téléphones : connaissez-vous le poste
mobile Eurieulttype l0de l9l7 ou le téléphone
P a s q u e td e 1 9 0 2 ? N e p a r l o n s p a s d e s m a c h i - )
n e s _ à é c r i r eR, e m i n g t o n 1 8 9 6 ,t d é a l , J a p y , S p é -
cial ou Olivetti 1920 : des ..bécanes" comme L^
on en fait plus. Le regard se pose avec étonne-
-r, _,J
ment et humour sur ces objets venus semble-t-
i l , d ' u n e a u t r e p l a n è t e .P o u r t a n t I ' a t m o s p h è r e
Le Numéno l0 Contimês to Avril r897'

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^ D u r x r s r n À r,r{oOx6 , B o u l e v a r d S a i n t ' G e r m a i n , P a r i s '

N" 1. * COAIUUES DE BIOYCLISES

Réclameravecco numd,role JEU GRATUIT et le patlon découpéSrandournaturolle,

Pour vos promenades à vélo. Mesdames, une tenue moderne et pratique... lLa mode nationale, 1O avril 1897)