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UNIVERSITÉ PIERRE ET MARIE CURIE - PARIS VI

FACULTÉ DE MÉDECINE PIERRE ET MARIE CURIE


Année 2017

Mémoire du Diplôme Inter-Universitaire de Pédagogie Médicale


Universités Paris Descartes, Pierre et Marie Curie, Paris Sud et Paris Est Créteil

Par Docteur Emna ZARRAD


Spécialiste en Médecine Générale, Assistante Universitaire de Médecine Générale de
l’Université Pierre et Marie Curie

Présenté et soutenu le 24 Octobre 2017

Evaluation des apports personnels et professionnels des internes de


médecine générale de l’université de Pierre et Marie Curie ayant participé
à la première session du séminaire de médecine narrative en 2016

Directeur de mémoire : Docteur Jean-Sébastien CADWALLADER

i
A Dadouch, toi qui aimais tant le monde des livres

ii
Un grand merci à Lauris, Victor, Aïda, Maxime, Laure et Rita, Philippe, Delphine, JS pour
leur aide précieuse…

Petit florilège de nos échanges, résumant les idées fortes de ce séminaire :

Ça reste que ce qui est écrit est réfléchi


Euh, je dirai en tant qu’individu. Déjà avant… avant que ça m’apporte quelque chose en tant que
médecin. Voila. Et de se rendre compte que derrière les personnes, derrière les motifs de consultation
il y a toujours une histoire.
Enfin moi personnellement ça m’aide parfois de plutôt me mettre à la place du patient, mais aussi
parfois ça rappelle certaines choses. Et de… de comprendre finalement.
Le but c’était vraiment de … de raconter comment nous a vécu et de voir comment les autres le
perçoivent.
Ben je me dis au final, en général c’est mieux de se laisser entre guillemets submerger, puis on respire
un bon coup et puis ça passe mieux je trouve, ça se passe mieux avec le patient j’ai l’impression. (…)
le patient il le sent quand …quand il a quelqu’un qui… qui veut bien absorber son…son malheur,
quelqu’un qui veut bien écouter, qui veut s’imprégner que quelqu’un qui est juste là. Quand on vient
et qu’on écoute, on donne un peu de soi, je trouve ça se passe mieux.
Vraiment ce que j’ai retenu c’est qu’en termes d’émotions c’est jamais pareil, c’est jamais ressenti
pareil pour la même histoire en fait. C’est vraiment ça qui m’a marqué.
C’était assez intéressant parce que comme on était en petit comité, tout le monde avait joué le jeu, tout
le monde s’était livré. Même les professeurs, et c’était bien… Il n’y avait plus aucune barrière, c’était
assez profond. Je ne sais pas si on peut dire sentimental, mais c’était assez profond quand même.
C’était assez rare d’avoir un cours de ce niveau, ou de ce type.
C’était assez original. Parce qu’on ne prend pas assez le temps de réfléchir pourquoi on fait ce métier
ou pourquoi on est comme ça ou autrement.
C’est tout l’esprit du patient ou de la personne qui écrit qui s’en va sur la feuille.
Au Canada, ils voient vraiment l’aspect psychologique des choses, et il y avait vraiment une formation
aux étudiants pour apprendre à avoir ce réflexe d’écrire les choses, de reformuler les choses par écrit
pour rendre, pour voir le sujet différemment et voir d’autres perspectives.
On ne réagit pas pareil face au même sujet ; …et de se rappeler qu’avec le patient c’est pareil.
Le fait de le rédiger ensuite de lire ce qu’on avait écrit et de ne pas être dans une conversation, mais
plus dans un récit, ça changeait vraiment la façon dont c’était présenté et de la façon dont on
récupérait l’information nous quand on écoutait les autres, nous en fait. Ça avait une dimension
différente.
Prendre le temps d’écrire les choses ça permet de remettre les idées au clair.

iii
Que finalement dans nos pratiques de tous les jours (…) il y avait toujours un aspect personnel qu’on
mettait inconsciemment ou consciemment dans la façon dont on parlait aux patients et que notre
attitude dépendait aussi de comment on était dans la vie personnelle
Au-delà de nous faire écrire ; ça nous faisait aussi apprendre à écouter.
La façon dont il l’a rédigée [mon histoire] était très bienveillante. Et c’était sa perception de ce que je
lui avais dit (…) Il y avait vraiment de l’humain dedans et du coup c’est vrai que ça s’est bien passé.
Le fait d’écrire sur quelqu’un d’autre, sur son histoire personnelle, (…) ça nous a appris à savoir
faire attention, quand ce genre d’informations nous est confiée par un patient.
Après je pense qu’indirectement ça nous a tous apporté quelque chose. Après je ne saurai pas dire
précisément ce que ça a changé chez moi.
Là ça allait plus sur savoir se confier, savoir poser les informations, savoir communiquer… des
choses qu’on n’étudie pas en fait dans nos études de médecine et qui pourtant sont indispensables et
pourtant on nous laisse nous former sur le tas, en mimétisme des médecins qu’on peut voir à l’hôpital
Je pense qu’il faudrait que ça fasse vraiment partie de nos études...ça devrait être un élément à part
entière de notre formation !

iv
Table des matières
Introduction ............................................................................................................................................ 1
Contexte ............................................................................................................................................. 1
La médecine, un art et une science ................................................................................................. 1
Enseignement dans la Médecine Générale (MG) ............................................................................ 1
En rapport avec les compétences du médecin généraliste ............................................................... 1
Médecine narrative : la réflexivité décrite dans littérature .............................................................. 2
Problématisation ................................................................................................................................. 3
La médecine narrative selon Rita Charon ....................................................................................... 3
Quels sont les apports ? .................................................................................................................. 3
Méthodes ................................................................................................................................................ 4
Type d’étude ...................................................................................................................................... 4
Justification de la méthode ................................................................................................................. 4
Population étudiée .............................................................................................................................. 4
Echantillonnage .................................................................................................................................. 4
Recueil des données ........................................................................................................................... 4
Analyse des données .......................................................................................................................... 4
Méthode de recueil ............................................................................................................................. 4
Résultats ................................................................................................................................................. 5
Perception du séminaire ..................................................................................................................... 5
Modalités et format de l’enseignement ........................................................................................... 5
Un séminaire novateur et plébiscitée malgré les réticences initiales ............................................... 5
Un lieu d’échange entre pairs ......................................................................................................... 5
Apport personnel incontestable du séminaire ..................................................................................... 5
Favoriser le développement de la réflexivité de l’étudiant ............................................................. 5
Se confronter à l’autre pour explorer sa propre singularité ............................................................. 5
Découvrir les émotions qui submergent et bouleversent................................................................. 5
Rencontre entre le médecin et les histoires du patient ........................................................................ 6
L’empathie est nécessaire dans la relation à travers l’écoute et l’attention ..................................... 6
L’importance de se laisser toucher par les histoires des patients .................................................... 6
Percevoir l’interprétation inévitable des histoires racontées ........................................................... 6
Considérer la singularité du patient ................................................................................................ 6
Apport du séminaire sur le plan professionnel et les missions du médecin ........................................ 6
Reconnaitre l’apport indicible mais indiscutablement positif ......................................................... 6
Le médecin est investi d’une mission dont il est le dépositaire....................................................... 6
Se rendre compte de l’attitude humaine à adopter .......................................................................... 6

v
Un outil pour gérer les situations complexes .................................................................................. 7
Développer l’écriture, la littérature et les « humanités » en médecine ................................................ 7
Faire face aux obstacles opposés par les étudiants .......................................................................... 7
Découvrir les vertus et s’approprier le travail d’écriture ................................................................ 7
Promouvoir le développement de l’enseignement de ces disciplines en sciences humaines et
sociales dans le cursus médical....................................................................................................... 7
Discussion .............................................................................................................................................. 8
Résultats principaux notables ............................................................................................................. 8
Comparaison avec la littérature .......................................................................................................... 8
Enseignement à Paris Descartes aux DCEM .................................................................................. 8
Les niveaux de compétence en médecine générale ......................................................................... 8
Groupes de pairs© .......................................................................................................................... 9
Posture de l’enseignant dans le séminaire ...................................................................................... 9
Forces et limites ................................................................................................................................. 9
Forces ............................................................................................................................................. 9
Limites ......................................................................................................................................... 10
Perspectives d’amélioration du séminaire ........................................................................................ 10
Conclusion ........................................................................................................................................... 11
Résumé................................................................................................................................................. 12
Bibliographie ...........................................................................................................................................i
Annexes................................................................................................................................................. ii
Annexe 1 : Guide d’entretien............................................................................................................. ii
Annexe 2 : Entretien 1 ....................................................................................................................... ii

vi
Introduction
Contexte
La médecine, un art et une science
Depuis Hippocrate, la médecine est considérée comme « un art et une science », cette vérité établie
résonnerait avec l’assertion que les fondements de l’enseignement de la Médecine reposent sur la
médecine narrative et l’Evidence Based Medicine (EBM). (1)

Cette médecine moderne, mettrait l’accent sur le fait que la médecine dispose de ces deux outils
« données acquises de la science » tout en restant « à l’écoute du patient ».

Nous assistons depuis les dernières décennies au développement important de l’EBM qui répond à une
demande des médecins et à des contraintes économiques. Cependant les patients face à l’hégémonie
grandissante de la technicité de la médecine, regrettent et recherchent davantage une relation médecin-
patient plus humanisée. La médecine narrative s’inscrit plus comme une réponse à cette demande des
patients d’être reconnus dans leur souffrance et dans leur singularité car soigner c’est aussi s’ouvrir au
dévoilement et de l’autre et de soi.

Face aux insuffisances de nos systèmes de santé actuels, elle correspond à une innovation qui répond
au besoin des professionnels de santé de repenser fondamentalement la place de la relation médecin-
malade dans l’acte médical (palliant les patients ignorés dans leur souffrance et à l’isolement des
médecins dans leur pratique) et permet de développer l’identité professionnelle des étudiants.

Enseignement dans la Médecine Générale (MG)


L’enseignement des sciences humaines et sociales en santé ou « medical humanities », dans les pays
nord-américains sont dispensés depuis des décennies. L’université de Colombia, New York, propose
des formations autour de la médecine narrative et « literature and medicine » depuis les années 2000.
(10) (6) (7)

Le département de médecine générale de l’Université Pierre et Marie Curie (UPMC) a instauré, ses
premiers séminaires de médecine narrative à l’attention des internes de médecine générale en 2015-
2016.

Deux journées de séminaires reprenant les enseignements de l’université de Colombia, ont été
réalisées avec l’écriture et lecture à voix haute de récits personnels et professionnels en incitant les
étudiants à exprimer leur ressenti. Enfin la lecture d’un livre au choix sur les quatre proposés (3) ont
été analysés lors de la deuxième journée. L’exercice se déroule dans un climat de bienveillance régi
par les règles de confidentialité, de respect mutuel et de la possibilité de passer son tour. Deux groupes
de 12 internes chacun ont été prévus, mais seuls 18 internes ont pu valider le séminaire et assister aux
deux journées de séminaire.

En rapport avec les compétences du médecin généraliste


Un référentiel de compétences utilisé pour la certification du futur médecin généraliste en formation a
été élaborée en 2006 par le Collège National des Généralistes Enseignants (CNGE). L'approche par
compétences permet une formation lors du troisième cycle de médecine générale professionnalisante.

Une « marguerite des compétences » composée de six catégories individualisées est enseignée. Deux
d’entre elles « relation, communication et approche centrée patient » et « professionnalisme » assoient
la dimension comportementale de la discipline de MG. (16)

1
Les items cités dans la première compétence :« Capacité à construire une relation avec le patient, son
entourage, (…) en utilisant dans les différents contextes les habiletés communicationnelles adéquates,
dans l’intérêt des patients. C’est à dire en (…) restant centré sur leurs besoins implicites et explicites,
en intégrant des notions d’éthique de la communication. En construisant (…) une relation avec le
patient et/ou son entourage, en étant attentif à rester dans le cadre professionnel et en se questionnant
sur ses propres capacités et limites relationnelles. » ou la deuxième tels qu’ « améliorer ses
compétences par une pratique réflexive dans le cadre de la médecine basée sur des faits probants (…)
Respecter la personne en tenant compte en premier lieu de son mieux-être et en favorisant son libre
choix, son autonomie » sont en adéquation avec les objectifs de la médecine narrative. (16)

Médecine narrative : la réflexivité décrite dans littérature


Nancy Huston, écrivaine franco-canadienne, affirme dans L’espèce fabulatrice que « Seule de tous les
arts, la littérature nous permet d’explorer l’intériorité d’autrui dans toute sa richesse et toute sa
complexité. C’est là son apanage souverain, et sa valeur. Inestimable, irremplaçable ». La littérature
apparaît comme un outil incontournable pour développer l’empathie.

Le philosophe Michel Serres affirme que « Nous avons tous besoin d’un récit pour exister » le patient
peut ainsi prendre vie à travers le récit de sa pathologie car « La maladie est une sorte d’expression
d’une histoire » (1)

Les récits des patients sont fondamentaux, ils nous sont confiés quotidiennement et tout au long de
notre vie professionnelle : des histoires de leurs symptômes, des évènements de vie et de leur maladie.
L’anamnèse et la séméiologie sont au centre de notre communication soignant-soigné, non seulement
pour établir un diagnostic et une conduite thérapeutique mais aussi pour développer une relation
médecin-malade de confiance qui permet une alliance thérapeutique de qualité. Cette narration permet
d’exercer une médecine centrée-patient qui le prend en compte dans sa globalité.

Oliver Sacks écrit que : « pour ramener le sujet humain – le sujet affligé, luttant, souffrant – au centre
du débat, il nous faut approfondir l’anamnèse jusqu’au récit et au conte : car c’est seulement à que
nous avons à la fois un « qui » et un « quoi », une personne réelle, un patient confronté à la maladie –
à la réalité physique ».

En psychanalyse, la médecine narrative reprend la fonction thérapeutique du récit. S. Freud construit la


théorie psychanalytique en constatant que ce simple dispositif d’un patient qui parle et d’un médecin
qui écoute, produit en soi des effets thérapeutiques. D’où l’importance pour le patient du vécu de sa
pathologie : expliquer son point de vue à l’autre permet de le clarifier pour soi-même et de se
décentrer d’une position figée. (1)

Dans la philosophie, plusieurs auteurs se sont exprimés sur la révélation de l’empathie grâce à la
littérature. Paul Ricoeur, dans « Le temps et le récit » affirme qu’à travers le récit, l’être humain non
seulement appréhende l’univers et les autres, mais construit sa personnalité. Appliqué au cadre
médical, le récit non seulement informe mais transforme les acteurs en présence. L’empathie constitue
pour Husserl le fondement de l’intersubjectivité et de l’accès à la connaissance de l’alter-ego : par cet
acte volontaire, je peux me mettre en imagination à la place d’autrui, interpréter son vécu psychique et
son comportement. C’est finalement la capacité d’entendre la parole de l’autre et d’admettre qu’elle
peut différer de la sienne. Enfin, Kant définit l’empathie comme le fait de « penser en se mettant à la
place de tout autre ». L’empathie n’est pas une disposition psychologique, elle est aussi une vertu
éthique qui s’apprend, se cultive et s’entretient. (1)

Cela devrait éviter l’observation réalisée en 1999 et 2009 dans deux études qui prouvent que
l’empathie des étudiants en médecine diminuent au cours de leur cursus universitaire (8)(9)

2
En France, le compagnonnage est actuellement un des rares moyens de formation du « savoir-être » du
futur médecin, c’est au contact de ses pairs, que le jeune futur professionnel de santé apprend la
communication avec le patient, l’attitude et le rôle à avoir en tant médecin. Une demande des étudiants
pour un enseignement « plus formalisé et moins aléatoire que le compagnonnage traditionnel » est
exprimée. (2)

Problématisation
La médecine narrative selon Rita Charon
En 2000, Rita Charon, professeure de médecine interne de l’université de Colombia, New York
développe une nouvelle approche centrée-patient : la médecine narrative se définit comme la pratique
de la médecine par un clinicien qui a acquis « the narrative competence to recognize, absorb,
interpret and be moved by the stories of illness. » (illness et non disease) (5)

L’originalité de la médecine narrative a été d’adapter à la pratique clinique des techniques utilisées par
les littéraires pour analyser et produire des récits : la narratologie mise au service de l’analyse du
discours du patient, enrichit la capacité d’écoute et de compréhension des études des histoires des
patients par les médecins. L’étude réflexive permet aux praticiens de prendre conscience de leur
ressenti, dans leur expérience partagée de la maladie.

Les objectifs déclarés de cette discipline, sont de développer des compétences permettant d’une part
d’établir une relation médecin-malade de qualité marquée par l’empathie et basée sur l’écoute attentive
du patient et d’autre part d’aider les soignants à réfléchir sur leur métier (4) (5)

Quels sont les apports ?


Au regard de cet enjeu, nous nous sommes posés la question des apports personnels et professionnels
auprès des internes de médecine générale de l’université de Pierre et Marie Curie (UPMC) ayant
participé à la première session du séminaire de médecine narrative en 2016. Une évaluation qualitative
de cet enseignement a été réalisée.

3
Méthodes
Type d’étude
Une étude qualitative, avec analyse inductive générale a été réalisée. (11)

Face à une volonté affichée du Département de Médecine Générale de l’UPMC de travailler sur les
thématiques liées aux sciences humaines et sociales en médecine, l’évaluation de ce nouveau
séminaire de médecine narrative apparaissait comme une piste pertinente de recherche pédagogique.

Il a fallu déconstruire ses « a priori » grâce à une méthode de micro-analyse, pour ne pas influencer
l’interprétation des données. Elle a été réalisée avec le directeur de mémoire. De plus, une mise de
côté volontaire de la bibliographie a été effectuée pour ne pas subir l’influence des lectures, lors de
l’analyse des données.

Justification de la méthode
La méthode qualitative a été choisie car il s’agit d’une étude autour d’un phénomène complexe.
Méthode de choix pour comprendre un phénomène.

Population étudiée
Les internes de médecine générale, toutes années confondues, inscrits au Diplôme d’Etudes
Spécialisées (DES) de Médecine Générale de l’UPMC Paris VI en 2015/2016; et ayant participé au
premier séminaire de médecine narrative. Le séminaire s’est déroulé sur deux séances : mardi 15 mars
2016 et mardi 17 mai 2016. La première journée est un peu plus personnelle où les étudiants
découvrent le séminaire, ils parlent d’eux-mêmes à travers des récits écrits et la deuxième journée,
aborde la médecine dans la littérature avec analyse de livres lus par les internes.

Echantillonnage
L’échantillonnage était raisonné et de convenance. Sur les quinze participants contactés (par courriel),
cinq ont été interviewés.

Recueil des données


Les entretiens ont été compréhensifs et relativement larges. Ils ont été basés sur les expériences vécues
des internes. Les entretiens ont été enregistrés par dictaphone après accord oral des interviewés,
intégralement retranscrits et anonymisés. (exemple, cf. annexe 2)

La trame du guide d’entretien se composait de questions ouvertes et de relances. (cf. annexe 1)

Analyse des données


Il s’agit d’une analyse inductive générale avec trois étapes :

- Codage ouvert des données brutes de façon chronologique à visée descriptive


- Catégorisation par hiérarchisation et classification des codes ouverts à visée interprétative
- Construction d’hypothèses, en sélectionnant des catégories surprenantes et saillantes
permettant de répondre à la question de recherche.

L’analyse a été réalisée avec une triangulation des chercheurs (codage ouvert en aveugle) et discussion
pour catégoriser les données brutes.

Méthode de recueil
Les entretiens ont été retranscrits sur word, manuellement.

4
Résultats
Perception du séminaire
Modalités et format de l’enseignement
Malgré son caractère obligatoire pour « valider des heures » (E3) ce séminaire a été plébiscité par son
climat de bienveillance et de confiance respectant les règles de confidentialité, de respect des limites
de chacun et où le petit groupe entre pairs a été apprécié. « C’était assez intéressant parce que comme
on était en petit comité, tout le monde avait joué le jeu, tout le monde s’était livré. Même les
professeurs, et c’était bien… » (E3)

Un séminaire novateur et plébiscité malgré les réticences initiales


Le séminaire a été perçu comme original, expérimental, différent et surprenant malgré les réticences et
les appréhensions exprimées à son commencement. « C’est pas forcément quelque chose qu’on a
vraiment envie de faire. Peut-être. Mais en fait… qui est intéressant parce que différent. » (E2) Mais
l’engouement a été unanime. « J’avais trouvé le séminaire trop bien. C’est assez rare d’avoir un cours
de ce niveau ». (E4)

Un lieu d’échange entre pairs


La participation unanime du groupe a permis de partager, d’échanger ensemble, de livrer
personnellement et de confier son intimité dans une ambiance agréable et de plaisir, souvent comparée
aux groupes de pairs mais plus axé sur le personnel. « Donc c’était assez sympa et donc très cocon. On
était ensemble et on parlait chacun de nos sentiments. » (E4)

Apport personnel incontestable du séminaire


Les internes étaient unanimes, l’apport personnel était évident « je dirai en tant qu’individu. Déjà
avant… avant que ça m’apporte quelque chose en tant que médecin » (E2)

Favoriser le développement de la réflexivité de l’étudiant


La médecine narrative a permis aux internes de prendre le temps de la réflexion, de pouvoir se
dépasser et de leur proposer un temps dédié à la réflexivité. « Parce qu’on ne prend pas assez le temps
de réfléchir pourquoi on fait ce métier ou pourquoi on est comme ça ou autrement. » (E4) L’écriture
apparait également comme un témoin de l’évolution personnelle dans le temps.

Se confronter à l’autre pour explorer sa propre singularité


Se mettre à nu face aux autres, affronter leur regard tout en gérant ses inquiétudes, écouter les récits
d’autrui permet de révéler la singularité personnelle de tout un chacun face à nos émotions « et
finalement chacun en relisant un livre n’a pas eu le même écho par rapport à l’histoire, et que ça se
rapportait à notre histoire personnelle » (E5) « Je me suis dit, on est tous étudiants en médecine on a
tous notre vie derrière et on voit quelqu’un, on ne sait pas ce qui se passe dans sa vie » (E3)

Découvrir les émotions qui submergent et bouleversent


Malgré la distance suffisante face aux histoires personnelles livrées les étudiants rapportent une
déferlante émotionnelle importante lors de cet enseignement. « Ben moi ça avait été fort en émotions.
Je ne vais pas pleurer parce que ce n’est pas quelque chose que je fais facilement voila mais on était
pas très loin. » (E2)

5
Rencontre entre le médecin et les histoires du patient
La relation médecin-malade relève d’une rencontre, l’interne explore cette interaction « finalement,
comme dans le binôme, on se rend compte… ça ne se rencontre pas, il n’y a pas ce match entre les
émotions que l’autre veut nous faire passer et ce que nous on ressent »

L’empathie est nécessaire dans la relation à travers l’écoute et l’attention


Malgré l’implication que cela représente, donner de soit pour écouter et être attentif au patient permet
une meilleur alliance thérapeutique. « Quand on vient et qu’on écoute, on donne un peu de soi, je
trouve ça se passe mieux. » (E3)

L’importance de se laisser toucher par les histoires des patients


Il est important de pouvoir se laisser émouvoir par les histoires des patients. « Ben je me dis au final,
en général c’est mieux de se laisser entre guillemets submerger, puis on respire un bon coup et puis ça
passe mieux je trouve, ça se passe mieux avec le patient j’ai l’impression. (…) le patient il le sent
quand …quand il a quelqu’un qui… qui veut bien absorber son…son malheur, quelqu’un qui veut bien
écouter, qui veut s’imprégner que quelqu’un qui est juste là. » (E3)

Percevoir l’interprétation inévitable des histoires racontées


Recevoir et transcrire les récits du binôme a mis en lumière l’incontournable interprétation des
histoires qui nous sont confiées. « ben la façon dont il l’a rédigé était très bienveillante. Et c’était sa
perception de ce que je lui avais dit » (E5)

Considérer la singularité du patient


A travers les récits lus, écrits et racontés, on se rend compte que les patients sont des individus à part
et que chacun présente un vécu unique. « Et de se rendre compte que derrière les personnes, derrière
les motifs de consultation il y a toujours une histoire. » (E2) « se dire que le patient dans le cabinet
c’est aussi une personne à l’extérieur » (E3)

Apport du séminaire sur le plan professionnel et les missions du médecin


Reconnaitre l’apport indicible mais indiscutablement positif
Sur le plan professionnel, l’impact de l’enseignement semble moins perceptible « Après je pense que
c’est quelque chose qui est … qui...voilà… qui fait partie de mon bagage. Mais j’y pense pas
forcément. » (E2) Mais les bénéfices retirés sont évidents « Après ce qu’il m’a apporté pour la
médecine en elle-même je ne sais pas. On va dire pour ma pratique, je ne sais pas si ça m’a apporté
sur le moment. Mais ça m’a fait du bien. Je ne sais pas pourquoi , mais ça m’a fait du bien » (E4)

Le médecin est investi d’une mission dont il est le dépositaire


Le jeune médecin se rend compte qu’il est confident des récits des patients qui lui accorde sa
confiance. « on est gardien d’un secret » (E5) Son rôle dans la société lui confère un pouvoir dont il a
conscience et il assume les responsabilités dans le temps. « Avant c’était la médecine c’était dans le
cabinet ou dans la chambre du patient, on n’en parle pas, et après quand on sort de …quand j’enlève
ma blouse ben je deviens lambda quoi. [maintenant] Je trouve, que c’est… quelque chose qui continue
tout le temps. » (E3)

Se rendre compte de l’attitude humaine à adopter


Il convient d’adopter une posture et une attitude empathique et humaine en tant que médecin,
permettant une relation de soins de qualité. « Mais humainement parfois je trouve qu’on oublie » (E3)
« Apprendre à être humble » (E2) « avoir l’attitude qui rassure et qui fait que le patient se sent à
l’aise de nous confier ce genre d’informations. » (E5) Le médecin n’est pas un surhomme « sur le
coup on peut pas tout emmagasiner en tant que médecin » (E4)

6
Un outil pour gérer les situations complexes
L’exercice de la médecine narrative révèle des pistes pour gérer des situations cliniques complexes,
dénouer des nœuds, libérer le médecin de ses fardeaux ; utiliser des outils comme le transfert en
connaissance de cause pour s’enrichir professionnellement et être capable de mieux faire face aux
futures expériences. « C’est un nœud qui se défait tout seul » (E3) « cheminer ta pensée et finalement
de te dire « ben bah, ça s’est passé comme ça, pas autrement, mais bon ben en tous cas, maintenant, je
pense différemment » » (E1) « J’ai l’impression que ça avait plus des vertus thérapeutiques les uns
par rapport aux autres pour se libérer de certaines informations » (E5)

Développer l’écriture, la littérature et les « humanités » en médecine


Faire face aux obstacles opposés par les étudiants
Malgré les bénéfices incontestables apportés par la médecine narrative, les étudiants s’auto-
censuraient face à ces techniques littéraires jugées inaccessibles aux profanes qu’ils étaient. Ils
estimaient de façon contradictoire, que malgré son intérêt manifeste, la discipline était complexe à
diffuser. « Je pense qu’il faut avoir une petite appétence, un petit intérêt pour la narration et la
lecture, tout ce qui est littéraire » (E3) « Je trouve qu’il y en avait qui avaient du talent incroyable
quand ils écrivaient… Moi j’avais l’impression d’être un illettré par rapport à eux ! » (E4)

Découvrir les vertus et s’approprier le travail d’écriture


Le travail autour de l’écriture révèle sa fonction cathartique « c’est tout l’esprit du patient ou de la
personne qui écrit qui s’en va sur la feuille et qui dit tout ce qu’elle pense. » (E4) et sa facilité
d’utilisation qui permet d’écrire sans censure « peur de se faire juger ou quoi que ce soir donc on ne
dit pas tout, tandis que l’écrit effectivement on peut écrire ce qu’on veut, ce qu’on pense... » (E1).
L’écriture permet également de poser les idées et de les organiser « Enfin le fait de l’écrire, ça te
permet de poser une pensée, une réflexion... et finalement, ça reste que ce qui est écrit est réfléchi.
C’est pas la même chose, de le dire, de discuter avec un collègue et puis ça s’en va, enfin ça
s’oublie… » (E1) » le fait de temps de prendre le temps d’écrire les choses ça permet de remettre les
idées au clair » (E5)
Les internes étaient motivés par l’emploi de ce nouvel outil à l’avenir « J’ai eu un élan de me dire « je
vais me mettre à écrire » (E4) dont ils ont découvert le fonctionnement « … l’intérêt de la partie
narrative… de la partie rédactionnelle » (E2).

Promouvoir le développement de l’enseignement de ces disciplines en sciences humaines et


sociales dans le cursus médical
Enfin, la découverte de l’apport de la littérature dans la médecine a été un élément fort « découvrir les
expériences médicales, mais à travers la narration » (E3). Les étudiants recherchent davantage de
méthodes et de moyens mis à leur disposition pour apprendre le « savoir-être » médical à l’instar de
nos confrères nord-américains « Au Canada, ils voient vraiment l’aspect psychologique des choses, et
il y avait vraiment une formation aux étudiants pour apprendre à avoir ce réflexe d’écrire les choses,
de reformuler les choses par écrit pour rendre, pour voir le sujet différemment et voir d’autres
perspectives. (…) En faisant ce séminaire-là tu te rends compte des lacunes qu’on a … » « C’est pas
du tout la même chose que de l’apprendre en pratique à l’hôpital où chacun a ses trucs, et fait un peu
à sa sauce, et il y a beaucoup de travers. Alors qu’en cours voilà » (E5).
L’université reste le lieu légitime et dédié pour donner les moyens nécessaires aux futurs
professionnels de santé de s’épanouir dans l’exercice de leur futur métier « ça serait légitime avec une
fac. (…) c’est vraiment le côté « fac » ça nous permet de nous échapper, ça nous oblige à faire cette
éducation-là. » (E3) grâce à ces nouveaux enseignements « c’est bien de mettre des nouvelles activités
ou de changer un peu du côté médical (…) ça peut être, je dis n’importe quoi, des danses, du théâtre,
(…) si on va sur cette optique-là de nouvelle médecine, un peu plus dynamique » E3

7
Discussion
Résultats principaux notables
Cet enseignement novateur, malgré les appréhensions qu’il suscitait, a été unanimement approuvé par
les étudiants. Il a permis une introspection et une attitude réflexive de l’interne, qui, à travers la
reconnaissance de sa singularité propre, a pu explorer celle du patient. Il a permis de dégager les
qualités d’une relation empathique, gage d’une alliance de thérapeutique de qualité qui faisait écho
avec la définition princeps du Pr. Rita Charon « recognize, absorb, interpret and be moved by the
stories of illness. » . Ces observations similaires permettent à l’étudiant de découvrir le rôle du
médecin qu’il devra endosser et d’adopter une attitude humaine et adaptée. Les internes ont également
découvert l’outil narratif qui permet de gérer des situations cliniques complexes, cette introduction à la
médecine narrative leur a également permis de découvrir à travers cet enseignement que les
« humanités » en médecine existent et que l’apport des autres disciplines pouvaient avoir un impact
fondamental dans notre métier de médecin.

Comparaison avec la littérature


Enseignement à Paris Descartes aux DCEM
Les premiers enseignements de la médecine narrative sont apparus récemment en France à l’université
Paris Descartes sous la houlette du Pr François Goupy (2). Il a proposé en 2009-2010 à une
quarantaine de ses étudiants de médecine inscrits en quatrième année de deuxième cycle des études
médicales un module optionnel de médecine narrative. (2)

L’objectif de cet enseignement était de donner des outils à ses étudiants pour leur « permettre de
grandir, d’être un meilleur soignant. ». Contrairement à notre étude, l’évaluation de leur module a été
réalisée de façon quantitative en 2013, grâce à des questionnaires de satisfaction. La population
étudiée était des externes et non des internes. Il s’agit à notre connaissance de la première étude
d’évaluation d’un enseignement de médecine narrative en France. (1)

Les modalités d’enseignement étaient les suivantes : en amont, les étudiants ont eu un cours magistral
sur la médecine narrative avec la projection d’un film, The Doctor. Puis ils ont été invités lors
d’enseignements dirigés à raconter par écrit l’histoire de leur vocation médicale et celle de leur nom,
ainsi qu’un épisode personnel ou familial de maladie. Pour leur dernière session, ils ont simulé des
consultations avec des patients acteurs. (13)

Les résultats principaux de leur évaluation montrent que les étudiants réservaient un accueil favorable
à cet enseignement, et bien que désorientés par ce module novateur, ils ont été intéressés par les
exercices qui suscitaient une attitude réflexive et le recommandaient en grande partie à tous les
étudiants. Les résultats principaux sont semblables à ceux de notre étude.

Une deuxième étude réalisée auprès du même enseignement en 2010-2011 concluait aux mêmes
résultats. (14)

Cet enseignement est très apprécié mais cadre parfois difficilement avec les objectifs officiels de
l’Examen National Classant. Le compagnonnage reste donc actuellement la méthode la plus usitée
pour développer le « savoir-être » des futurs professionnels de santé.

Les niveaux de compétence en médecine générale


Les niveaux de compétences en médecine générale sont classés en trois catégories : novice (interne au
début de son Diplôme D’Etudes Spécialisées (DES), intermédiaire et compétent (interne en fin de
DES) (17).

8
Au cours de son DES l’interne novice en médecine générale devra acquérir des compétences telle que
« Identifie[r] les difficultés inhérentes à la mise en pratique des habiletés relationnelles et
communicationnelles et repère[r] que l’acquisition des compétences et des capacités dans le domaine
de la relation et de la communication doivent faire l’objet d’une formation. » ou « Présente[r] un
engagement altruiste envers le patient ». L’interne compétent devrait atteindre les objectifs énoncés :
« Dans les conditions habituelles, de complexité modérée, est capable de gérer les émotions, de
rester empathique et respectueux. », « prend en charge le patient avec altruisme » en fin de cursus.
(17)

Ces compétences structurant la formation universitaire des futurs médecins généralistes sont en accord
avec la sensibilisation aux notions d’empathie et d’écoute encouragées par la médecine narrative.

Groupes de pairs©
Les internes comparaient souvent les groupes de pairs aux exercices réalisés lors de ce séminaire. Mais
qu’est ce qui les différencie de la médecine narrative ?
En France, la Société Française de Médecine Générale (SFMG) fédère les Groupes de pairs® et sous
son impulsion, ces groupes sont apparus en 1987. Il s’agit d’une appellation dédiée dont la définition
regroupe plusieurs conditions : des médecins de la même spécialité (dans notre cas des généralistes),
se réunissant régulièrement, sans hiérarchie entre eux, dans un climat de confiance favorisant la liberté
de parole, qui font une analyse argumentée de la pratique quotidienne, centrée sur la présentation de
cas cliniques, tirés au sort et s’appuyant sur l'expertise collective
La SFMG a privilégié l’étude et la critique de notre pratique telle qu'elle est vraiment, et non pas de
présenter de "belles observations" à la façon d'un staff hospitalier. L'objectif est d'améliorer notre
pratique. (12)

Posture de l’enseignant dans le séminaire


Les enseignants de médecine générale ont animé et participé au séminaire. Cela a été souvent apprécié
par les étudiants, qui étaient rassurés par cette atmosphère « entre pairs ».

Mais quelle est la place de l’enseignant ? Doit-il rester dans le groupe de travail pour favoriser le
lâcher-prise nécessaire des étudiants, peu habitués à ce type d’enseignement ou doit-il au contraire être
en retrait en conservant un statut d’animateur ?

Ces questions sont intéressantes car elles pourraient conditionner le succès du séminaire. Il serait utile
de pouvoir ultérieurement évaluer ce point.

Forces et limites
Forces
Il s’agissait du premier enseignement concernant la médecine narrative adapté et réalisé pour des
internes (de médecine générale).

Une étude qualitative a été réalisée pour décrire de façon exploratoire et précise un phénomène
complexe.

Nous avons veillé à déconstruire nos a priori au fur et à mesure de l’étude en s’appuyant sur le journal
de bord.
Pour augmenter la validité de l’étude, nous avons eu recours à la triangulation des données par les
chercheurs.

9
L’échantillon des interviewés échantillon était important, avec un tiers des participants au séminaire,
interrogés. Enfin, l’enquêtrice était jeune enseignante, récemment interne de MG à l’UPMC, ce qui a
probablement aidé les participants à se sentir à l’aise pendant les entretiens et facilité la discussion.

Limites
Il n’existe pas à ce jour de population comparable à celle de notre étude, il faudra attendre les
prochaines promotions bénéficiant du même enseignement pour pouvoir comparer si les résultats sont
semblables.

Les interviewés ont été interrogés plus d’un an après la fin du séminaire, ce qui a pu entraîner un biais
de mémorisation.

Un biais d’investigation, lié au manque de formation et d’expérience de l’enquêtrice et à la difficulté


d’appropriation de la méthode qualitative est également possible.

Le biais d’interprétation lié à la compétence de la chercheuse, a été limité par l’analyse d’un deuxième
chercheur expérimenté.

Perspectives d’amélioration du séminaire


Malgré un déroulement apprécié des étudiants de ce premier séminaire, plusieurs pistes d’amélioration
du séminaire ont été suggérées par les internes.

Certains souhaitaient un temps plus long d’analyses des textes lus, récits écrits ou œuvres littéraires.

Il aurait été judicieux de faire intervenir un enseignant en littérature pour compléter les analyses en
narratologie, ce qui a été réalisé lors du séminaire suivant en 2016-2017. L’enseignante a également
apporté un éclairage intéressant concernant l’histoire moderne de la médecine, permettant de
contextualiser les récits médicaux dans leurs problématiques historiques.

Il est recommandé de présenter de façon plus détaillée les objectifs de l’enseignement, avec une
introduction explicative, des notions théoriques de la discipline ainsi qu’un détail du déroulement du
séminaire et de ses implications.

Ces deux journées de séminaires doivent être rapprochées dans le temps pour conserver l’intimité des
groupes créée lors de la première journée. Enfin, l’avantage du petit comité doit être conservé et éviter
de regrouper les deux groupes de travail.

10
Conclusion

Pour établir une relation médecin-malade de qualité, l’humanisme et l’empathie sont fondamentaux.
L’écoute du patient reste la première étape de cette relation.

Avec l’EBM, le développement d’une médecine de plus en plus techno-scientifique le risque de


déshumaniser la discipline est important. Être un bon médecin, c’est d’abord être compétent et expert
dans son domaine, mais c’est aussi arriver à appliquer humainement ses connaissances. Et c’est cela
qui est difficile. L’enseigner est encore plus complexe, en France le compagnonnage reste la meilleure
formation dont dispose les futurs professionnels de santé pour développer ce « savoir-être ».

La médecine narrative est une discipline qui favorise l’apprentissage de ces compétences, qui sont peu
enseignées dans le cursus universitaire médical en France. Par ailleurs l’enseignement des
« humanités » médicales, telle que la philosophie, la littérature est répandu en Amérique du Nord
depuis plusieurs années. L’art-thérapie se développe (Université de médecine de Bristol) ; cela nous
pose la question : « Quelle est la place de l’art dans la médecine ? » La médecine narrative serait-elle
un pont entre les deux ?

La pratique du récit devrait favoriser l’empathie, car elle « consiste en une expérience de pensée par
laquelle nous nous exerçons à habiter des mondes étrangers à nous-mêmes ». d’après P. Ricœur

Ce nouvel enseignement dispensé auprès des internes de médecine générale de l’UPMC en 2016
illustre les bienfaits de la littérature avec pour les étudiants la découverte de leur propre singularité à
travers le regard des autres, et donc celle des patients, qui ont une histoire unique. Une histoire dont
nous sommes les confidents privilégiés. Une attitude humaine grâce à une écoute active et une
attention présente permettent de construire une relation médecin-malade de qualité. Enfin, la médecine
narrative apparaît comme une manière d’apprendre à gérer des situations cliniques difficiles.

Cet outil de formation semble prometteur et dégage des pistes de futurs enseignements à développer
pour sensibiliser davantage les étudiants en médecine à la relation médecin-malade. Une adaptation du
programme de formation des deuxième et troisième cycle des étudiants devrait être envisagée pour
diffuser ces « humanités médicales ».

Il s’agit également de répondre à la demande des étudiants qui réclament des « outils » pour
appréhender leurs capacités relationnelles et communicationnelles en tant que futurs soignants.

Envisager le développer les « humanités » et les disciplines de sciences humaines et sociales dans le
cursus universitaire de formation des futurs professionnels de santé, pourrait être favorisé pour
redonner à la médecine une dimension plus humaine, transversale et holistique.

11
Résumé
Introduction :

L’enseignement des sciences humaines et sociales en santé ou « medical humanities », dans les pays
nord-américains sont dispensés depuis des décennies. La médecine narrative, développée par Rita
Charon dans des années 2000 est une discipline qui enseigne la compétence narrative permettant de
« recognize, absorb, interpret and be moved by the stories of illness. ». Le département de médecine
générale de l’Université Pierre et Marie Curie (UPMC) a instauré, son premier séminaire de médecine
narrative à l’attention des internes de médecine générale (IMG) en 2015-2016. Une évaluation des
apports personnels et professionnels aux étudiants de cet enseignement a été menée.

Matériels et Méthode :

Une étude qualitative, avec analyse inductive générale a été réalisée auprès des IMG ayant participé au
premier séminaire de médecine narrative comprenant deux journées : écriture de récits personnels,
lecture à voix haute, analyse de livres lus. L’échantillonnage était raisonné et de convenance. Un tiers
des 15 étudiants contactés ont été interviewés. Les entretiens ont été compréhensifs et larges.

Résultats :

Le séminaire a été accueilli favorablement malgré les appréhensions exprimées. Son aspect novateur et
différent a séduit, permettant des échanges productifs et bienveillants. Les apports personnels sont
indubitables, explorant la singularité propre des IMG à travers leur réflexivité et leurs émotions
intimes. La rencontre privilégiée entre le médecin et les histoires du patient font écho à la définition de
Rita Charon de la compétence narrative. Les apports professionnels sont moins dicibles, ils mettent en
lumière le rôle sacralisé du médecin, dépositaire des récits de patients et qui adopte une attitude
humaine et empathique. Enfin, la découverte de la narratologie et des fonctions cathartiques de
l’écriture est soulignée. Les étudiants souhaitent une plus grande disponibilité de ces « humanités
médicales ».

Discussion & Conclusion :

D’autres enseignements de la médecine narrative ont été menés en France auprès d’externes de Paris
Descartes. Leurs études quantitatives retrouvent des éléments similaires à notre étude. Cette première
étude au cours du troisième cycle des études médicales est nouvelle, et suggère que les enseignements
novateurs sensibilisant aux habiletés communicationnelles et au savoir-être sont intéressantes. Elles
sont plébiscitées par les étudiants et mériteraient d’être promues pour donner une dimension plus
humaine aux futurs professionnels de santé en formation.

Mots-clés : Médecine narrative, évaluation, enseignement, médecine générale, relation médecin-


malade, empathie, littérature

12
Bibliographie
1. Goupy F. La médecine narrative: une révolution pédagogique? 2016.

2. Goupy F, Abgrall-Barbry G, Aslangul E, Chahwakilian A, Delaitre D, Girard T, et al. L’enseignement de la


médecine narrative peut-il être une réponse à l’attente de formation des étudiants à la relation médecin–
malade ? La Presse Médicale. 2013 Jan;42(1):e1–8.

3. La mort d’Ivan Ilitch de Léon Tolstoï, Une mort très douce de Simone de Beauvoir, Un métier idéal de John
Berger et La confession d’hiver de Jacques Chauviré

4. Frank AW. What is Narrative Medicine?: The Principles and Practice of Narrative Medicine by Rita
Charon, Sayantani DasGupta, Nellie Hermann, Craig Irvine, Eric R. Marcus, Edgar Rivera Colón, Danielle
Spencer, and Maura Spiegel, Oxford University Press, 2017. Journal of Medical Humanities. 2017
Sep;38(3):339–43.

5. Charon R. Narrative medicine: honoring the stories of illness. 1. paperback ed. Oxford: Oxford Univ. Press;
2008. 266 p.

6. Charon R., “Narrative medicine : a model for empathy, reflection, profession, and trust”, JAMA 2001;286:1897-1902.

7. Charon R., “Narrative and medicine”, New England Journal Med 2004; 350:862-4.

8. Marcus ER, “Empathy, humanism, and the professionalization process of medical education”, Acad Med
1999;74:1211-5

9. Hojat M, Vergare MJ, Maxwell K, Brainard G, Herrine SK, Isenberg GA, et al. The devil is in the third
year: a longitudinal study of erosion of empathy in medical school. Acad Med. sept 2009;84(9):1182-91.

10. Boudreau JD, Cassell EJ, Fuks A. A healing curriculum. Med Educ. déc 2007;41(12):1193-201.

11. Blais M., Martineau S., L’analyse inductive générale : description d’une démarche visant à donner un sens à
des données brutes. Recherches qualitatives VOL.26 (2), 2006, pp.1-18. ISSN 1715-8705-
http://www.recherche-qualitative.qc.ca/Revue.html

12. Disponible sur : http://www.sfmg.org/groupe_de_pairs/ [consulté le 2/10/2017]

13. Disponible sur : http://www.medecine.parisdescartes.fr/STOCK/pdf/ACTU_LEMONDE_18fev2015.pdf


[consulté le 2/10/2017]

14. Enseigner la médecine narrative – Pratiques 55, les cahiers de la médecine utopique . Octobre 2011
[Internet]. [cité 2 oct 2017]. Disponible sur: http://pratiques.fr/Enseigner-la-medecine-narrative.html

15. Humanity before Science: Narrative Medicine, Clinical Practice, and Medical Education [Internet]. [cité 2
oct 2017]. Disponible sur: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3267572/

16. Présentation du D.E.S [Internet]. [cité 2 oct 2017]. Disponible sur:


https://www.cnge.fr/la_pedagogie/presentation_du_des/

17. Compagnon L, Bail P, Huez JF, Stalnikiewicz B, Ghasarossian C, Zerbib Y, Piriou C, Ferrat E, Chartier S,
Le Breton J, Renard V, Attali C. Les niveaux de compétences en médecine générale. Exercer
2013;108:156-64.

i
Annexes
Annexe 1 : Guide d’entretien
- Pourriez-vous vous présenter ? (Parcours professionnel, FMC, hobbies)
- Racontez-moi comment vous vous êtes inscrit ?
- Et pourquoi les autres ne se sont pas inscrits ? Raisons ?
- Comment avez-vous perçu le séminaire ?
- Qu’est-ce que la médecine narrative pour vous ?
- Qu’attendiez-vous de ce séminaire ?
- En quoi vous a-t-il intéressé ?
- Qu’est-ce qui vous a plu ? moins plus dans ce séminaire ?
- Aurait-il pu être différent ? Si oui, Qu’aurait-il fallu faire selon vous pour y remédier ?
- Comment avez-vous vécu ce séminaire ? Les deux journées ? Quels sont les souvenirs dont
vous vous rappelez ?
- Quels sont les apports de ce séminaire pour vous ? Dans quels aspects de votre vie ?
- Conseillerez-vous ce séminaire ? Si non pourquoi ? Si oui pourquoi ?

Annexe 2 : Entretien 1
Entretien 1 –29/06/2017

- Est-ce que tu peux me raconter comment tu t’es inscrite au séminaire de médecine narrative
l’année dernière ?
- Ben pas automatiquement, c’est-à-dire il y avait la plateforme, tu coches tu décoches, donc
tu t’inscris voilà. Deux séances, donc bon ben, voilà ça s’est fait comme ça, pas plus
compliqué.
- ok
- Tout simplement j’ai pas, voilà, enfin si … c’était savoir s’il y avait une raison en particulier
pourquoi
- oui, un peu plus si
- non pas vraiment en fait c’était la première fois qu’il y avait ça, un peu de façon nouvelle,
donc moi j’avais déjà entendu parler de médecine narrative dans des journées de médecine
générale où il avait carrément quelqu’un qui avait fait une thèse dessus et qui avait gagné le
prix, voilà. Donc j’ai entendu parler de médecine narrative à ce moment-là, donc après je me
suis inscrit au cours en voulant savoir ce que c’était au juste, tout simplement en découvrant,
voilà.
- D’accord, donc c’était plus par curiosité
- Ouais
- Ok.. Et c’était quel prix de thèse ?
- C’était à la journée de médecine générale de 2015 ou 2016, 2015 je crois… C’était une
thésarde qui avait fait une thèse, ca partait d’un RSCA qui partait de son stage de niveau 1 ou
de SASPAS, et … euh.. qui retraçait… euh.. En fait ses difficultés avec une patiente
adolescente qui voulait garder son enfant, et elle qui ne.. Voilà était plutôt euh…contre. Enfin
pas contre, mais pas pour, en tous cas et du coup en fait, en, en réécrivant par son RSCA et en
le détaillant, et se documentant avec de la biblio elle a réussi à réussi un peu à cheminer sa
pensée etc. et ça lui a permis un peu de changer un peu d’avis, d’opinion et puis voilà elle en

ii
quasiment fait sa thèse. Du coup elle a fait une thèse en rapport avec son RSCA, cette
situation et la médecine narrative. Donc c’est de là où…
- D’accord elle est partie de l’outil, euh du RSCA pour arriver à la médecine narrative.
D’accord. Et toi, c’était quelque chose dont tu avais entendu parler avant ça ou pas du tout ?
- Pas du tout, jusqu’à ce que voilà elle gagne le prix et qu’elle soit présentée devant l’amphi,
ben non. Non, non je n’avais jamais entendu parler de médecine narrative avant.
- D’accord, et toi qu’est ce qui t’intéressait en t’inscrivant et justement par rapport à avoir
assister à cette remise de prix de thèse dans la médecine narrative ?
- Enfin je, moi je, j’étais un peu, enfin un peu sceptique je me demandais ce c’était que ce
truc. En fait, qu’est-ce qui faisait qu’elle pouvait au moins en détailler sur 100 pages de thèse,
donc j’étais un peu curieuse pour voir ce que c’était… comprendre un peu, oui, ce que c’était,
l’outil et .. ouais… enfin plus en terme de découverte
- Ok
- C’était vraiment ça. Je me demandais vraiment à ce que ça servait, si ça servait à quelque
chose déjà et puis voila comment l’intégrer dans une pratique, parce que certains l’utilisent
pour cheminer dans une pratique, dans une .. enfin dans une rencontre avec le patient, voila.
Pourquoi… pourquoi pas.
- OK. D’accord et toi, toi tu comment tu l’as perçu un peu ce séminaire ? Est-ce que ça a…
- Alors… Nous l’année dernière, euh.. On a eu deux séances, la première c’était…alors en
fait, il y avait une série de petites questions. En fait moi j’ai ramené mes petites notes
- ah super
- Euh.. il y avait plusieurs petites questions. Alors en fait il y avait des questions brise-glaces
au début c’était voila pour nous introduire sur la médecine narrative expliquez-nous en
quelques lignes, quelques phrases le pourquoi de votre prénom ou nom de famille.
- Hum hum
- Il me semblait. Donc voila, chacun choisissait ou son nom ou son prénom et expliquait son
histoire en quelques lignes. On faisait un tour de table, donc en fait on lisait nos notes et on les
retraçait à l’oral. Après il y avait aussi dans la séance pas que des questions en rapport avec
nous , mais des questions, par exemple écrire en une page, une page et demie en se mettant à
la place d’un patient, d’une maladie ou d’un germe, donc voila, chacun retraçait une histoire
comme ça, on notait sur un paragraphe et puis on refaisait encore une retranscription un tour
de table chacun disait. Y avait, aussi.. alors.. aussi je sais plus. Ah oui ! on travaillait en
binôme un moment enfin on prenait son voisin, sa voisine, et on devait du coup retranscrire ce
que, enfin, l’histoire de l’autre. Enfin, c’est-à-dire, que en fait son voisin ; nous donnait une
histoire en rapport avec…
- par écrit ?
- à l’oral. Et après c’était à nous après de le réécrire avec voila ce qu’on en avait compris,
interprété et de le répéter à l’oral.
- D’accord
- à toute l’assistance, du coup il y avait ce travail là aussi
- donc dans un second temps de réécrire…
- voila, ce que le voisin avait dit à l’oral, sur une histoire en rapport avec soit son histoire
personnelle soit avec un patient dans le cadre du boulot, et de nous, apres de le réécrire et de
le répéter à l’assistance.

iii
- OK
- Et apres on devait, il y avait un retour avec la personne qui avait ré-éexpliqué l’histoire en
lui demandant si c’était la bonne histoire. Si on avait bien retranscrit ce qui avait été dit ou
pensé, voila. Euh, il y avait une question aussi sur le pourquoi on voulait devenir médecin.
Voila, c’était une séance avec plusieurs questions comme ça, euh c’était inter-mêlé avec son
histoire personnelle, des histoires avec des patients voila c’était en fait une bonne intro
quelque part sur la MN, voila, en gros partir d’un point, d’un problème d’un questionnement
et ensuite de dérouler. Je pense que c’était le but de l’exercice. Et voilà comme ça on a passé
la première séance. Grosso modo. Oui. C’est ça. Et à l’issue de la première séance on nous a
demandé du coup de lire un livre parmi une liste de quatre livres
- d’accord
- en ayant fait une synthèse, une fiche de lecture, une synthèse quoi de ce livre qu’on a lu,
avant la fois d’après.
- ok
- la dernière fois nous on avait 4 livres : Il y avait la mort d’Ivan Ilitch, une mort douce de
Beauvoir, un métier idéal de John Berger et la confession d’hiver de Chauviré, voila et puis
voila, chacun devait choisir un de ces livres, et voila, et faire sa synthèse pour la séance
d’après. La séance d’après du coup, c’était, on faisait des retranscriptions en gros des
résumés, chacun apportant en gros sa petite pierre en gros de ce qu’il avait lu et on devait
exposer en gros en résumé le livre qu’on avait lu, ce que c’était, ce que ça racontait, apporter
aussi son regard, son jugement sur ce qui a été lu, bon voilà. Voilà, après il y a eu quand
meme des livres qui ont été un peu plus préférés, ceux qui étaient plus courts.
- Ouais
- Franchement. Et puis il avait des livres alors par contre qui étaient pas très très intéressants,
c’était qu’il y avait des livres qui étaient plus édités ou trop long ou enfin, il avait un livre de
300 pages ce qui était un peu compliqué, euh voilà, donc voilà il y a eu 2 ou 3 livres qui ont
été choisis et puis sinon il en avait un qui n’avait pas été traité et qui a été juste énoncé
voilà… rapidement
- D’accord. Et donc il fallait faire une synthèse euh de…
- une fiche de lecture ou une synthèse critique, un résumé en fait, ca devait tenir en une page
deux pages, bon après c’était c’est au choix des gens et après de répéter à tous ceux qui ne
l’avaient pas lu et même à ceux qui l’avaient lus pour qu’on se remette dans le bain, et puis
voilà. C’était comme ça que ça s’est passé sur la deuxième séance et donc en fait au départ, il
y a eu des petits groupes de 10-15 et puis après à la fin, tout le monde s’est remis ensemble à
la fin de la journée si je me souviens bien pour synthéser, re-synthéser et revoir tout en
groupe. Retravailler sur ce qui a été écrit.
- D’accord donc des résumés que vous avez tous écrit
- Voila, alors c’est ça qui a été redondant c’est que des fois sur la séance du matin ou on
faisait le résumé d’un ou deux livres et puis après de re-repéter pour toute l’assistance ça a été
un peu redondant sur la deuxième partie. Voila.
- D’accord
- Hum… quoi dire d’autre. Enfin voila, ça s’est passé comme ça l’année d’avant
- Et ça du coup c’était le contenu de la deuxième journée : la restitution

iv
- oui la restitution des différents livres qu’on avait lu a la suite des autres, voila, les uns à la
suite des autres
- Ok, d’accord. Et toi, quel a été ton ressenti justement par rapport, ben par exemple à la
deuxième journée de tous ces exercices ?
- la première journée on va dire c’est une bonne intro, c’est un peu brise-glace, c’est vraiment
pour des gens qui ne connaissent vraiment pas du tout la MN ou qui n’ont pas du tout la fibre
littéraire, je pense qu’effectivement il faut cibler eu un petit peu, c’est pas inné chez tout le
monde, enfin c’est pas du goût de tout le monde, faut un petit peu voilà un peu bouquiner ou
aimer voilà un peu lire. C’est vrai qu’il y en a qui ne sont pas inscrits, je sais que j’ai eu des
co-internes qui ne se sont pas inscrits en MN, c’est quoi ce truc, Ah non moi j’y vais pas, ça
m’intéresse pas. Euh….
- Et qu’est-ce que tu penses qui ne les intéressait la dans la MN ?
- Un peu narrative, quoi tu vois l’histoire de …bouquiner, de lire… tu sais… c’est pas de la
médecine, enfin voilà tout simplement.
- d’accord donc ils ont opposé la lecture à la médecine
- oui voilà, ça avait rien à voir ou alors un truc d’intello, un truc… pas concret.. pas, pas
pas… applicable au quotidien avec des patients… un truc….de réflexion et on se pose et qui
n’est pas fait pour la pratique. Yen a qui m’ont dit « non non moi ça me barbe, je ne m’inscris
pas ». Y avait eu une, une collègue aussi, qui était la le matin sur la première séance et qui a
du partir l’après-midi, dans l’entre-deux et qui disait « c’est dommage ces petites questions
perso des trucs intimes, enfin ca n’a rien à voir avec la médecine, du coup je ne sais pas si
c’est à cause de ça elle n’était pas l’aprèm ou si elle avait vraiment un truc… je ne sais
pas…elle était pas là. Et puis, puis voilà.
- D’accord, et toi qu’est ce que ça t’a apporté toi cette lecture. Toi avais choisi
- la mort d’Ivan Ilitch de Tolstoï, il était court, il était accessible sur internet aussi (rire)
- d’accord
- Enfin court il faisait une centaine de pages si je m’en souviens bien quand même, c’était…
et puis voilà il y avait une histoire. Et moi je fais aussi une formation en douleur et soin
palliatif, donc voilà c’est un domaine où je suis un peu plus sensible. Donc ouais j’ai pioché.
J’aurai pu prendre aussi autre chose, j’aurai pu prendre un truc De Beauvoir aussi qui avait
l’air très bien, j’ai pris ça un peu au pif mais c’était très bien aussi. Euh voilàa donc je l’ai
pris, ben c’est une lecture intéressante. C’est effectivement un autre regard, c’est vraiment,
c’est ça qui est intéressant, c’est effectivement de pouvoir euh.. pas voir qu’un point de vue de
médecin ou de collègue, mais effectivement d’un point de vue de patient, avec leurs mots,
avec leurs vocabulaires enfin… sans des trucs très scientifiques et qui sont quand même très
justes… voilà. Ca reste quand même, enfin voilà un autre regard, ça apporte quelque chose de
neuf et puis c’est Tolstoï c’est un littéraire, c’est pas du tout un médecin, donc, voilà, qui
arrive quand même dans des situations très complexes qu’on vit nous à retranscrire des
émotions, des ressentis de façon très juste sans forcément de termes scientifiques, c’est …
c’est frappant aussi on se confronte un petit peu là-dessus. ET on se dit « oui effectivement ya
du vrai » donc voilà c’est c’était surtout ça l’intérêt pour .. .l’intérêt de lire le bouquin , de le
travailler et d’en faire un résumé. Le résumé c’est un deuxième travail, c’est un deuxième
temps parce que ça te demande du coup de.. déjà d’avoir bien lu, d’avoir pris des notes, et
puis du coup de … de résumer. Donc, C’est… c’est une difficulté, c’est tronquer les

v
informations, c’est enfin bon ya des choses qui passent à la trappe ya des choses qui peuvent
être ré-interpréter, enfin bon, c’est, c’est un travail particulier, c’est à ça qu’on est confronté
dans cette journée de restitution. Enfn, voilà. C’est. Voilà c’est plus effectivement, enfin la
deuxième séance de plus rentrer dans le corps de la médecine narrative, euh.. vraiment le , un
gros travail de réflexion, de ré-interprétation, de … de confronter aussi à l’avis des autres qui
ont lu, qui n’ont pas pensé ça, qui ont pensé autrement ou un truc que nous on n’a pas suivi.
Donc oui effectivement c’était .. je pense plus intégré, plus collé effectivement à ce que c’était
que la MN .. euh… mais voilà un peu redondant sur le matin et l’aprèm pour la méthode.
Enfin tu vois
- D’accord dans la restitution. Et est-ce que tu as l’impression que la restitution des textes
par rapport aux autres, parce que toi tu as fait ton retour à toi, ceux des autres ça t’a apporté
euh quelque chose ou … comment tu l’avais euh…
- Alors c’est vrai que quand il y avait eu la restitution il y a eu des choses que j’avais pas
intégré dans mon résumé, euh je les avais lues, je savais mais bon après on retient pas les
mêmes détails, par exemple mon voisin va dire ça, je vais dire « ah oui c’est vrai ça, j’avais
complètement zappé, mais c’est très juste et complètement horrible » et .. et oui voilà chacun
retient dans son résumé ce qui l’a marqué ce qui l’a frappé donc c’est voilà on n’avait pas le
même résumé, c’est sûr enfin les uns et les autres, après oui le fond était semblable, l’histoire
de fond voilà d’un monsieur qui a cette histoire-là, on la retranscris après, c’est les détails
émotionnels qui sont différents
- D’accord et ces détails émotionnels par rapport à ton parcours accès sur la douleur, est-ce
que toi tu as l’impression que… euh.. que t’as senti enfin lors de ce séminaire, en général
quelque chose d’intéressant pour toi ?
- En fait c’est… Enfin, la mort d’Ivan Ilitch, c’est un livre écrit, … c’est un contexte de russe
des années …enfin du 19ème siècle, donc c’est un regard du passé, sur une pratique que j’ai
aujourd’hui qui est complètement différente tu vois et enfin c’est pas du tout la même prise en
charge, c’est un truc très archaïque tu vois, il y avait pas le paracétamol et il y avait pas les
bolus de morphine, enfin c’était complètement à l’arrache, c’est au mieux tu lui donnes du lait
de pavot et c’est déjà super mais c’est pas le cas, en fait c’est très drôle parce que la médecine
euh écrit comme des siècles avant c’était très poétique, voila c’est un truc que tu découvres,
c’est complètement pas scientifique, c’est pas l’evidence based medicine du tout, c’est
littéraire, c’est vraiment imagé, métaphorisé, c’est des trucs complètement différent qu’on
découvre, dans ces trucs là ces lectures euh c’est ça qu’on découvre, d’autres manières, une
manière ancienne et puis quand tu .. tu rapportes à ton vécu, à ta pratique c’est .. c’est
complètement différent, c’est à ça qu’on peut comparer des choses… voilà c’est en ça que
c’était intéressant de confronter ce qui se faisait avant et maintenant, euh… avec des voila,
des choses très drôles aussi.. incongrues….des qu’on ne ferait pas aujourd’hui
- D’accord
- Un peu barbares… parce que l’histoire c’était un monsieur qui avait un cancer ou une
maladie lentement enfin progressive, et on le suit jusqu’à sa mort et même au-delà et donc
toute la prise en charge médicale, c’est vrai à l’époque sans les moyens qu’on a aujourd’hui
c’était… c’était assez barbare. Il fallait un peu serrer les dents quand t’as mal, ne pas exprimer
enfin c’est interessant dans le vécu du patient et puis dans la manière dont les médecins se
comportaient dans la manière dont ils traitaient aussi les patients c’était, ça n’a rien à voir.

vi
Mais, dans certains services on a tendance à garder des comportements comme ça aussi, c’est
ça qui est rigolo, enfin qui est frappant… et.. voilà. Enfin c’est marrant de confronter le passé
et maintenant, et sa pratique et d’autres contextes dans d’autres pays, dans d’autres cultures…
- D’accord donc ça c’était l’intérêt… Et donc toi, est ce que tu, enfin l’apport de l’apport de
la MN ? du séminaire, tu pourrais un peu le préciser pour toi ou pas? Qu’est ce que ça
t’aurais apporté ?
- En fait c’est un outil, c’est vraiment comme un outil, mais fait savoir le saisir, faut savoir
l’utiliser, je pense que tout le monde n’a même pas envie forcément de l’utiliser, ca demande
beaucoup de travail, ça demande aussi une rigueur parce que faut accepter de se poser, de
prendre son temps, euh… lire, alors que enfin voilà on l’a pas forcément ce temps… un
médecin c’est plutôt à qui on va demander d’être dans l’action dans la rapidité euh c’est …
c’est difficile, je pense. Je pense que c’est ça qui rebute beaucoup d’étudiants, beaucoup de
médecins, faut se poser, prendre son temps, s’arrêter, réfléchir. Et c’est, c’est quelque chose
dont on manque et ça demande un effort personnel. Euh… Bon c’est pas quelque chose qui
est de la fibre de tout le monde.. et effectivement, l’effort personnel effectivement ça permet
de creuser, de décortiquer des situations des situations complexes. Moi je le ré-utilise dans le
cadre de mon autre formation où j’ai vraiment eu des situations très complexes, pas seulement
médicales mais aussi psycho-sociales, euh où voila on a besoin un peu de se poser finalement,
de … de… prendre la situation, de décortiquer tous les problèmes en fat qui ont été présents et
enfin, de réfléchir dessus. Enfin, le truc c’était que moi avec mes apports externes, des
lectures etc. c’était quand même enfin de cheminer ta pensée et finalement de te dire « ben
bah, ça c’est passé comme ça, pas autrement, mais bon ben en tous cas, maintenant, je pense
différemment » de retourner un peu son point de vue, je ne sais pas si c’est très concret, mais
voila c’est de retourner son point de vue et de regarder la situation complexe différemment.
- Ouais
- Enfin tout ce que je dis n’a pas le même sens dit dans … mais.. en fait c’est de retourner la
situation et de le revoir dans un autre angle et puis en fait de se dire « bon ça s’est passé
comme ça, j’ai pensé comme ça, bon ben maintenant je pense peut-être un peu différemment,
pour les prochaines fois je pense que ça se passera différemment » parce que du coup le fait
de voir sous un autre angle le problème, ça… ça nous permet de nous détacher de nos
émotions
- d’accord
- et du jugement aussi, donc ça permet de ré-attaquer d’autres situations similaires à venir,
plus sereinement, moins dans le préjugé,c’est… c’est plutôt ça pour moi l’intérêt de l’apport
de la MN. Mais c’est un travail long…du coup je pense
- long en quel sens… plutôt ?
- ben en temps ! Et plutôt en énergie parce que ça sous-entend que , enfin ne serait-ce que sur
une situation , faut se mettre plusieurs jours… au moins pour … pour ressasser, revoir… c’est
… oiui , c’est … c’est je ne sais pas trop comment le dire. C’est . C’est oui. C’est … c’est un
travail de … un travail bah je sais pas. Ben de prendre une situation et de la retravailler en
fait, sur ce qui nous a posé problème et au patient aussi et donc …
- et toi, les situation sque tu as un peu évoqué, depuis le séminaire de MN, il y a eu à 2 ou 3
reprises où t’as eu des situations complexes,
- ouais

vii
- et c’était quoi ? Dans quoi. Parce que là tu es remplaçante …?
- oui
- d’accord. C’est-à-dire dans le cadre de ton exercice professionnel ?
- oui. Professionnel. Puis après voilà, ça faisait aussi écho à d’autres situations auparavant
auxquelles j’avais eu des soucis aussi mais dont j’avais zappées parce que j’avais pas eu le
temps de m’en charger et que c’était plus facile comme ça. Et puis après ça revient. Et puis un
moment on se dit «mais c’est toujours la même chose »et puis… j’en… j’ai pas la bonne
attitude, ça se passe pas bien… et puis … voilà donc… effectivement à un moment ça sert,
effectivement…, l’intérêt de l’outil de la médecine narrative c’est de se poser, de prendre et
puis de décortiquer, de voir ce qui pose toujours problème. Et c’est en ça que ça aide à
décortiquer et à reprendre un autre point de vue.
- d’accord
- enfin.. je sais pas si je suis très…
- Sisi. Et ça.. c’est un truc que tu faisais avant …
- non
- le séminaire ?
- Non, non
- D’accord. Et comment ça t’es venu ? Est-ce que t’avais pas d’autres solutions que la MN,
comme outils comme tu dis ?
- Si, enfin tu peux toujours en discuter avec les collègues. Mais… mais c’est différent. Enfin
c’est… Enfin l’oral. Enfin le fait de l’écrire, ca te permet de poser une pensée, une réflexion...
et finalement, ç a reste que ce qui est écrit est réfléchi. C’est pas la même chose, de le dire, de
discuter avec un collègue et puis ça s’en va, enfin ça s’oublie… Et puis aussi, en fonction du
collègue on ne dit pas la même chose, enfin on retrace pas, enfin on peut avoir des… peur de
se faire juge ou quoi que ce soir donc on ne dit pas tout, tandis que l’écrit effectivement on
peut écrire ce qu’on veut, ce qu’on pense..
- D’accord et ça t’a semblé, enfin s’est venu assez facilement comme idée de te dire « ben je
vais mettre à l’écrire parce que là je tourne en rond, ou dans une situation où tu ne t’en sors
pas comme tu disais ?...
- ben… C’est… Enfin si… Ben c’est par nécessité aussi, mais c’est. Ben.. Enfin faut
vraiment. Enfin faut vraiment se faire violence parce que en fait ce n’est pas naturel et c’est
un travail en fait. C’est ce que je disais. C’est un vrai travail. Euh… si. Si on ne se dit pas
qu’il faut le faire on le fait pas, et puis on a tendance à … mais après on est pas bien, du coup
on garde… ben soit de la rancœur, de la déception, de la frustration et voilà vis-à-vis de la
situation du coup on reste toujours bloqué sur cette pensée-là, et ça chemine pas, on n’évolue
pas et puis on progresse pas.
- D’accord. Et toi cet exercice, enfin cet outil de te permet… Est-ce que tu le trouves adapté
pour toi ? .. Est-ce que finalement c’est un outil qui te semble intéressant pour toi ? pour ta
pratique professionnelle à toi, quoi ? Est-ce qu’il a été rentable ? .. parce que tu as l’air de
dire que ça prend beaucoup de temps, c’est quand même chronophage, énergivore, c’est
personnel et tout ça, comme tu me disais…
-Je pense que tout médecin doit quand même savoir un petit peu le saisir même si c’est pas
simple. Ca remue aussi, ben ses émotions à soi, son ressenti ses jugements. Et des choses
qu’on peut écrire et qu’on ne dira jamais. Comme par exemple, tout simplement « j’ai détesté

viii
ce patient. Si j’avais pu, j’aurai fait ça… » Voilà des trucs assez, pas très très
déontologiquement très acceptables… Hum… Oui enfin c’est, rentable. Enfin, je pense que
tout médecin pas forcément en médecine générale devrait s’en servir. Mais c’est vrai que
c’est… Ca remue quand même une part de violence, quelque chose qu’on ne veut pas du coup
traiter, qu’on veut pas mettre en avant, qu’on a tendance à plutôt refouler, à laisser de côté, à
passer sous silence. Mais.. euh.. ça aide sur des cas je pense, des cas complexes, éthiques, les
cas médicaux particuliers qui sont soit à la limite des recos, ou hors recos, enfin c’est … enfin
c’est rentable.. enfin c’est utile pour ceux qui s’en donnent la peine mais c’est vrai que c’est
dommage que ce soit si difficile aussi à saisir, mais oui. Je pense que pour ceux qui se
prennent la peine de l’utiliser ça peut être une plus-value.
- D’accord. Et toi, comment tu verrais pour le rendre moins, en façon de faire pour le rendre
moins difficile et le rendre plus accessible à tous les médecins comme tu as l’air de dire que
c’est quand même quelque chose qu’il faut généraliser pas qu’aux médecins généralistes ?
- Ben c’est de travailler seulement sur une seule question. Pas prendre tous les problèmes d’un
coup. Parce que effectivement on a tendance à vouloir tout régler d’un coup et prendre juste
un point et travailler sur ce point. Enfin déjà c’est un grand pas, et de prendre un seul, car en
général c’est un gros problème, mais enfin d’en prendre un et pas cinquante sur le même tas
pour… enfin c’est comme avoir un sac de nœuds, en fait. Du coup… sur un temps donné on
va juste pouvoir démêler un nœud, quoi, en fait. C’est simple.
-Ok. Donc le conseil ça serait de s’occuper un gros problème à chaque fois
- Oui et de se laisser un peu de temps pour la suite après, pour passer aux autres nœuds.
- D’accord. Ok. Et toi qu’est-ce qui t’as le plus intéressé dans le séminaire sur ce que t’as
fait… ? Ce qui t’as le plus plu ?
- Sur les deux séances, je dirais effectivement, ben en fait, c’est surtout la restitution, la
reconstitution des synthèses de lecture. Euh. Parce qu’en fait c’est plus en rapport avec les
textes qui sont lues. Les thématiques qui sont intéressantes. De pouvoir les raconter. Euh puis
du coup de débattre dessus. Je pense que .. du coup… c’était un métier idéal, que j’avais pas
lu par exemple, qui je crois avait été choisi, par un ou quelques un qui avait pu le lire, euh sur
le par exemple sur un médecin de campagne qui était hyper dévoué H24 à sa communauté et
son village et de se dire, enfin de réfléchir, de débattre dessus sur « est ce que c’est possible
aujourd’hui qu’un médecin soit hyper connecté, hyper-dévoué, hyper-attentionné à ses
patients et limite d’oublier sa propre vie personnelle, sa vie privée ? Donc voila, ça invitait à
d’autres discussions et c’était ça qui était intéressant.
- D’accord. Et … toi qu’est-ce qui t’a le moins plu dans le séminaire ?
- Alors peut-être du coup, plus dans l’organisation pédagogique, euh effectivement sur la
première séance autant de questions brise-glaces peut-être n’en faire que deux. Peut-être pas
tout la journée faire des questions brise-glace. Euh. On peut en choisir quelques unes. En fait
du coup c’est des intro, quoi, la première séances c’est des intro mais du coup je pense qu’il
faudra raccourcir ces intro en une demi-journée et puis après voila..essayer de faire peut-être
plus des situations de MN en rraport avec la pratique, en rapport avec les patients, des choses
concrètes qui nous arrivent plutôt que de discuter du pourquoi chacun à vouloir devenir
médecin pourquoi on a tel nom ou prénom se mettre plutôt à la place d’un germe ou d’une
maladie , de le raconter sous la forme « je suis le petit virus de la grippe, qu’est ce que je vais
faire dans le corps d’un patient… » Je pense qu’il faut peut-être réorganiser le temps,

ix
puisqu’en fait c’est un travail très long en médecine narrative. Enfin chacun met 10-15
minutes d’action et chacun retranscrit, je pense qu’il faut remanager le temps de cours, et
peut-être mieux le redistribuer mieux le réorganiser. Et y avait aussi sur la deuxième séance,
le fait que ce soit redondant, « qui a lu tel livre ? Quelqu’un veut-il prendre la parole pour
donner un petit résumé » et après le répéter en grand groupe… C’est un peu… on répétait.
- d’accord
- Du coup soit effectivement peut-être de garder le même petit groupe tout au long de la
journée et pas regrouper pour éviter qu’on fasse des redondances soit en gros groupes … je
sais pas… c’est peut-être un peu compliqué pour les tours de table, euh.. et de… du coup… de
… qu’il y ait moins de redondances. Peut-être qu’on répète pas les résumés du matin avec
ceux de l’aprèm, qu’on redise pas forcément les mêmes choses débattues du matin et que
l’aprèm avec le gros groupe.. du coup
- D’accord. Parce que en fait c’était.. euh chacun des deux petits groupes
- oui. C’était en scindé en 2… salles. Deux ou trois salles, avec des groupes de 10-15, on
faisait des tables en U ou en rond, je ne sais plus, on faisait le travail en petit groupe et puis en
fin de journée on s’est réuni voilà en …
- tous les groupes ensemble
- oui tous les groupes ensemble pour discuter des trucs, mais en redemander de refaire un
résumé entre guillemets
-d’accord, pas relire ce que vous aviez écrit
- pas relire, mais.. mais de quand même faire un résumé. Du coup ça répétait les choses.
-Ok d’accord.
- ouais, enfin de garder des petits groupes tout au long de la journée enfin je sais pas, avec des
gros groupes. Eviter de répéter, quoi, c’est un peu … c’était une redondance.
- OK. D’accord. Euh… Ok. Ben bon ok là du coup. Alors, toi tu conseillerais ce séminaire ou
pas ?
- Euh… C’est. Enfin. Toutes manières tout ce qui est formation, moi je suis un peu
formation…donc. Ben. Pff. Oui à ce qui.. qui .. qui seraient assez curieux, qui en aurait un peu
la fibre. Après je pense que ça convient pas forcément à tout le monde. Ya des caractères
particuliers dont c’est pas le dada… Je pense . Seulement à des personnes qui en auraient
l’utilité. Mais enfin théoriquement tout le monde en aurait l’utilité mais qui .. qui sauraient
seulement saisir l’outil et l’utiliser. Euh. Voila parce que je pensais à mes collègues
urgentistes dont c’est pas trop le truc ?
- Pourquoi c’est pas trop le truc pour eux ?
- Ben… du coup. C’est des gens dans la rapidité, dans l’action.. euh… enfin voilà, c’est pas
une manière d’exercer qui se situe dans « je me pose, je réfléchis .. attends, je me documente,
je te réponds après…C’est.. c’est plus. Tous les caractères sont pas forcément capables
d’intégrer la médecine narrative comme outil. Faut quand même se donner, faut se donner ce
temps là de travail. Enfin. Après si, je pense que s’il faut attirer des gens vers ça pour leur
montrer l’intérêt, bon après. Soit effectivement on est .. susciter l’appât du gain dans le DMG
et on double du coup le nombre de crédits
-d’accord
- je ne sais pas comment ça s’appelle, crédit heure ?
- oui c’est ça

x
- qui sont donnés aux étudiants, parce que effectivement sur la deuxième séance, on demande
de lire un livre et d’en faire un récit synthétisé résumé, c’est quand même un travail qui est
plus difficile qu’un cours passif autre. Donc effectivement, ça peut quand même être
intéressant pour un étudiant d’avoir plus de crédit heure. Enfin j’en sais rien. Ben Je pense, si
voilà, si il vois un doublement crédit heure, il va se dire « vas-y je vais assister et puis j’aurai
un double et j’assisterai à moins de cours». Ca peut… voilà, attirer un peu plus d’étudiants. Si
besoin. Mais bon après, enfin je pense qu’il faut un petit peu faire une intro dans le planning
des cours, je ne sais pas si ça se fait maintenant, je crois pas. Parce que enfin , voilà les gens,
par exemple un interne de premier semestre qui n’a jamais entendu parler de ça, ça l’aidera un
petit résumé quoi, genre médecine narrative, peut-être deux lignes de ce que c’est que la
médecine narrative, à quoi ça sert et puis .. de.. d’expliquer grosso modo comment va se
passer la séance. Intégrer sur le planning de cours, le planning de l’année. Je pense que ça, ça
peut être intéressant voilà d’expliquer tout simplement parce que la MN sur deux séances, sur
deux jours, pour certains c’est rédhibitoire, certains savent pas. Et certains ont pas la curiosité
de s’inscrire, je pense qu’effectivement il faut expliquer ce que c’est. Sans trop entrer dans les
détails. « ça.. c’est ça qu’on va faire, après inscrivez-vous » Ca c’est au choix des interneS.
Enfin, c’est si… voilà. Voila c’est si y avait besoin de rendre attractive la MN comme ça,
pour le DMG.
- Ok. Et toi, est-ce que tu en as parlé autour de toi ? Aux collègues médecins
- Euh. Non non pas vraiment. Y a pas vraiment eu d’occasion, et puis sinon. Je crois qu’il y a
quelqu’un qui m’a demandé comment c’était. Enfin c’était une curiosité voilà, les gens
veulent savoir ce que c’est parce que ça veut rien dire forcément à certains.
- c’est vrai
- Donc , voila donc peut-être de laisser une note ou quelque chose pour expliquer ce que c’est,
et puis… effectivement comme c’est un travail effectivement qui est plus important que sur
un autre cours passif comme je sais pas gynéco ou pédiatrie ou on demande à l’interne de
venir et puis de travailler, c’est quand même un travail à la maison, de lire un livre… c’est un
travail supplémentaire ! Effectivement, il faudrait peut-être récompenser ce travail.
- D’accord. Et toi, est-ce que tu as gardé contact avec les autres étudiants du séminaire ou
pas du tout ?
- Euh… juste avec un seul du coup. Avec le reste non.
- Et il y avait une raison particulière par rapport au séminaire ou … ?
- non. Ben, pas de raison particulière ?
- Est-ce que vous vous êtes orientés sur des formations ? Ou est-ce que le séminaire a permis
d’aller vers un chemin plus commun ?
- Ben moi j’ai gardé le contact avec le collègue, parce qu’effectivement on a une formation en
commun qui demande beaucoup de réflexion éthique, beaucoup de réflexion, autour des
patients, de la maladie, de la mort
- celle de la douleur ?
- oui et du soin palliatif ! Sur les deux ! Donc.. On a ça en commun. Donc c’est pour ça que
j’ai gardé contact, puisqu’on a des chemins communs. Euh. Mais sinon non le reste, je n’ai
pas eu de lien avec eux. Parce qu’on vient, on s’inscrit, on se pose et puis chacun, chacun fait
ses stages, ses trucs…et on ne se voit pas forcément.
- Et c’était un DU que vous faites ?

xi
- Euh la j’ai un DIU, je faisais un DIU de douleur et un master de soins palliatifs.
- Ok. Et toi, tu te vois utiliser la médecine narrative dans ta vie de médecin ou juste parce que
là…
- Ca peut m’arriver si la situation.. Je la trouve tellement complexe que …euh… Ouais ça
peut m’arriver. Mais c’est sur les situations complexes. C’est pas la rhinopharyngite de
l’hiver. C’est vraiment purement taillé pour les situations qui nous ont choqués, qui ont été
difficiles à vivre…que ce soit pour nous ou pour le patient. Ou on n’a pas été d’accord avec le
patient, pas d’accord avec le collègue. Enfin voilà quelque chose vraiment qui .. où il y a eu
un souci vraiment difficile à régler, qu’on a pas su régler et qui traine. Et qu’on ressasse et qui
se passe pas bien.
- D’accord. Et avec lequel tu as discuté par ailleurs
-avec d’autres collègues
- et qui reste quand même insolvable à ce niveau là
- ouais
- Et est-ce que tu le fais lire au patient ou pas du tout ?
- Euh. Ben là, pas vraiment. Puisqu’en fait les patients, soit sont décédée soit on des maladies
très graves donc non. Euh… Après, non, enfin pour l’instant j’ai pas fait lire mes écrits aux
patients
- Et est-ce qu’ils savent que tu écris par rapport à ça
- euh. Non. Je ne pense pas. Non non. Après ils savent que c’est compliqué. C’est déjà
quelque chose de compliqué pour eux. Donc ils savent aussi que c’est quelque chose de
compliqué pour nous. Après, non. Ca reste toujours quelque chose d’intime de personnel.
Comme un carnet, comme un journal de bord, enfin un journal intime quoi. Et euh ouais non
ça se dit pas. Ca se dit pas trop. Euh..
- toi. Toi tu aurais pas pensé le lire ou le partager avec quelqu’un ?
- Non pas vraiment. En plus on a des réflexions personnelles aussi. Euh parfois qu’on dit pas
aux patients. On peut le penser en consultation. On peut le penser devant même certains
collègues si on ose, mais.. on qu’on ne retranscrit pas aux gens Par exemple je sais pas des
plaies ou des trucs assez dégueulasses, non.. ca se dit pas. C’est des choses qu’on garde plus
facilement. Et c’est des réflexions trop … je pense trop personnelles qui ne sont pas trop
déontologiques à exposer. Ouais…Je pense que ça reste toujours encore intime.
- Ok. Et toi tu une fois que tu as écrit, tu as l’impression que ça t’a bien résolu tes problèmes
…comme tu viens de le dir…
-non ! C’est pas un outil pour résoudre forcément les problèmes. Et, je crois qu’en écrivant y a
pas forcément de solutions, c’est des fois souvent même la conclusion, y’a pas forcément de
solutions. Le but c’est pas forcément de trouver une solution je pense, c’est d’essayer de
comprendre pourquoi ça a bloqué là. Pourquoi ça fait mal, pourquoi c’est pas bien passé là.
Et .. euh.. de revenir sur représentations, des jugements, des pensées, et… de travailler.
Mais… non. Je ne pense pas que ce soit un outil qui soit fait pour trouver des solutions. Enfin
je pense pas. Enfin on peut trouver des solutions, de trouver des parties de solutions. Mais…
euh …
- Ca fait émerger un peu…
- ou ça peut faire émerger des points de solutions mais je pense pas que je vais faire ça et puis
top tu as la solution c’est un truc magique, non. Je pense que c’est pas du tout le but, je pense

xii
que c’est effectivement de dénouer un nœud en nous et puis de, de réussir à passer ce nœud, je
sais pas comment…
- Et comment tu te sens toi après.. justement cet exercice de…?
- Ben c’est ça. C’est plutôt de…J’ai pas forcément la solution. Je pense que si je devais refaire
ces situations complexes je pense que … je pense que je les referais aujourd’hui différemment
avec un autre point de vue, mais au moment où ça s’est passé j’aurai pas pu faire autrement.
Enfin …c’est la conclusion que j’en ai. Après.. à l’issue de ça. On se sent finalement mieux. Il
y a quand même un …Enfin ça allège… pas que ça allège la conscience, mais c’est de se dire
voilà « Bah voilà tu as fait au maximum là , c’est vrai que là tu as été pas très …pas très très
compétente, mais tu aurais pu faire quand même autrement mais tu étais peut-être sous le
coup du jugement, sous le coup de la colère, euh… »Oui, je pense qu’effectivement, oui, c’est
pour soi en fait. C’est vraiment, enfin, on se sent mieux je dirais. Ca permet quand même,
enfin c’est pas qu’on se déculpabilise, c’est un petit peu de se dire , voila ben voila, je ne suis
pas non plus superman, on me demande d’être médecin, c’est pas toujours simple, mais , bah
bon ben j’ai fait au mieux et là, et là j’ai pas fait mieux du tout, je referais autrement comme
ça plus tard si ça m’arrive à nous. Voilà.
-Ok. Et toi sur l’exercice de la lecture et de l’écriture, est ce que tu lis plus ? Est-ce que tu
écris plus ? Est-ce que tu as ton rapport qui a été changé par rapport à ces disciplines-là
suite au séminaire ?
- C’est … enfin les lectures j’en faisais déjà avant. C’est pas le séminaire qui m’a poussée à
…. A relire ou à me documenter Enfin c’est une continuité. Quoi. Du coup, ça m’a conforté
dans effectivement, l’apport de lire. Pour soi. Pour sa pratique. Mais ça m’a pas davantage
poussé à lire ou quoi. Ca m’a reconfirmé que ça pouvait être intéressant ou utile. Sans plus
-Ok. Et toi t’écrivais pas forcément des récits de patients ? Mais parce que les traces, je me
dis et les RSCA qu’on a durant l’internat c’est quand même aussi ce travail d’écriture.
- Eh.. Alors au début plutôt de l’internat c’est pas aussi poussif c’est plutôt très médicalisé,
donc ça n’a rien avoir en fait. C’est… enfin. Les RSCA se rapproche de la MN. Beaucoup.
Après toutes les traces d’apprentissage sont pas de la MN. Je pense pas. Je pense que..
- En quel sens ?
- Ben c’est-à-dire …que bon déjà faut faire des traces, donc au début de l’internat (rires) on
prend un truc, on se dit « voila j’ai eu ce problème là, j’ai pas réussi à le résoudre
médicalement, je vais pas m’occuper de ça socialement, je vais essayer de lire et de trouver
une solution », euh.. C’est.. C’est pas ça la MN. De prendre un truc et de se documenter et de
trouver une solution. C’est de réfléchir sur ses ressentis, ses jugements et ses émotions
et…euh de décortiquer ou même chez le patient « pourquoi il a pensé ça ? « pourquoi il n’a
pas fait ça ? » Enfin c’est d’un autre niveau. C’est pas d’un niveau purement cartésien
catégorique, ou il faut trouver une solution, euh.. un médicament, un truc. C’est sur
l’informel. C’est en ça que les RSCA se rapprochent beaucoup de la MN. Après toutes les
traces ne sont pas pour moi de la MN. Voila c’est en ça que je différencie, ya des trucs, des
traces très psycho, très sociale mais pas forcément.. avec un lien réflexif. Quoi en fait. J’ai un
problème, je veux trouver une solution, je me documente, je fais le truc. Tandis que la
médecine narrative ça demande quand même de … de repiocher de ressasser le problème, sur
différents angles. Je pense pas que c’est la même méthode.

xiii
- D’accord. ¨Parce que toi en fait, est-ce que … toi tu peux me dire comment tu fais pour..
écrire un texte en MN quand il te pose problème, enfin une situation qui t’embête… comment
tu procèdes ? comment tu te mets à écrire ? Quand? Combien de temps ? Sur combien de
jours ?
- C’est pas chronométré déjà, donc c’est un peu le temps qu’on veut…. Euh… Ben. Parc
exemple j’en ai eu un à faire ya pas très longtemps.. je dirai que j’en ai mis quinze vingt jours
à potasser sur une problématique hein, yen avait. J’ai listé toutes les problématiques, j’en
avais .. plein. On choisit d’en prendre une qui nous a particulièrement euh posé vraiment
problème quoi, ouais, qu’on a pas supporté sur le coup. Voilà, oui, j’ai mis 15-20 jours à
potasser le truc en relisant des apports euh externes, enfin un peu historiques, socio, anthropo
mais enfin faut etre un peu curieux
- D’accord. C’est-à-dire que t’as commencé à écrire la situation et tu as cherché
- ouais
- tout ce qui s’y rapportait… euh..
- brièvement, c’était une petite recherche… une petite recherche quoi. Sur des bases de
données psy, sur … j’avais cherché sur le Cairn, psy info, .. enfin c’était en rapport.. et puis
du coup ben voilà on utilise des morceaux. On ne lit pas forcément tous les apports externes,
on prend ce qui est en rapport avec son problème et puis on note. Du coup, voilà j’ai retracé
des trucs et puis… et puis voilà on chemine. En fat, moi j’ai un petit temps. Je prends des
apports externes, on les compile en rapport avec sa problématique et puis après on fait une
espèce de synthèse de tout ça et on commente, on commente voilà. On retravaille, on
rediscute, et après on fait une petite synthèse.
- toi tu le fais toute seule, c’est une discipline que tu t’astreins…
- Euh ben… c’est difficile, je ne le fais pas pour tout, tout le temps. Donc.. c4est ça. C’est
vraiment les cas complexes. Non. Non je ne ferai pas pour tous les cas, tout le temps, même
s’ils sont complexes, mais… euh.. enfin j’essaie. C’est pas quelque chose de tout le temps
systématique. C’est vraiment quand c’est des cas pénibles … ouais…pénibles pour soi. ou .
Pénibles pour soi surtout je pense
- Donc concrètement tu les écris, et tu fais tes recherches et après tu re-récris sur la situation
avec ..
- l’apport
- les recherches que …l’apport des recherches que t’as faites
- Ben ouais
- D’accord. Mais en ré-écriant la même situation
- Non.. c’est .. c’est avec l’apport externe de… de revoir si ça nous a apporté quelque chose..
une autre lumière … une autre vision. Sur notre problème et du coup ; ben ouais à la lumière
de la recherche, est-ce qu’on pense différemment ? Est-ce qu’on aurait fait différemment ?
Est-ce que, enfin voilà qu’est-ce qu’on pense de différemment ou de pareil ?
- D’accord et tu te refais un texte …fin… écrit
- Ouais, mais faut pas non plus. Faut que ça soit très spontané, faut pas non plus…faire de la
littérature mais c’est …
- d’accord. Ok. Super. Euh… je sais pas . T’avais autre chose à ajouter à la MN ou …

xiv
- Non ; non ,j’étai plutôt curieuse du pourquoi des entretiens et puis… et puis ouais de savoir
si ça attirait encore des étudiants, j’ai vu que c’était maintenu encore cette année.. mais je sais
pas si.. ça va être remaintenu, plutôt annulé je sais pas trop …enfin
- Alors c’est vrai que cette année ça a été moins … hum… ça eu moins de succès que l’année
dernière on va dire, ya eu 11 personnes et pas les 18 que vous étiez l’année dernière. Les
gens ont bien participé, et ce qui a été intéressant, ben moi du coup .. enfin je suis quasiment
interne quoi comme j’y étais il y a un an ou deux, moi je sais que ça existait pas quand j’étais
interne, comme ça a commencé l’année dernière, je sais que moi j’aurai adoré parce que…
hum.. ça reste plus les sciences humaines et sociales et je trouvais que ça nous manquait
beaucoup et comme toi je pense que j’ai cette sensibilité là, que je comprends très bien quand
tu dis « les autres sont moins là-dedans ». Et en fait, du coup je fais mon DU là-dessus parce
que .. euh.. c’était un truc, enfin moi l’écriture m’intéressait, la littérature aussi et de coupler
à la médecine je trouvais ça assez intéressant, la démarche curieuse que toi tu as eu aussi, et
là ce qui a été très intéressant cette année c’est qu’il y a eu une historienne, qui est en fait
prof de lettres à Khâgnes, hypokhâgnes et qui est également, … qui a fait sa thèse sur le
roman du 19ème siècle a influencé euh.. la médecine. Avait créé la médecine moderne, et donc
en fait, elle nous a fait des interventions de deux heures deux fois, en complément de ces
séminaires qui ont été plus ou moins la même chose, avec le déroulé plus ou moins le même.
Alors effectivement la deuxième partie était moins redondante, parce que on a dit « bon,
premier texte qui l’a lu. OK. On en parle. On a parlé du texte tous ensemble. Deuxième texte.
Troisième texte et quatrième. » Et tout le monde donnait son retour. Et puis…Ca, ça a été
moins redondant. Et une partie avec un psychanalyste, ça a du peut-être un peu plus enrichir
le débat, et … et elle avait été très intéressante. Parce que ben d’abord c’est une littéraire,
c’est vraiment son corps de métier et comme elle a vraiment fait son travail sur la médecine,
sur la représentation des médecins et tout, ça a été une partie je pense super intéressante et
qui a pu un peu compléter le tout. Voilà le séminaire a.. s’est maintenu ;.. s’est un peu enrichi
et … et d’ailleurs on va probablement… mais si tu veux je te dirai.. Parce que là t’es plus
interne ?
- non la je suis , en année de thèse et je vais essayer de soutenir en octobre. Je vais soutenir en
octobre !
- D’accord
- Voilà.
- D’accord. Et ben en fait, je lui ai dit il faut absolument, nous en tant que jeunes médecins on
a besoin de ce recul là, de cette influence des romans, de l’histoire, sur ce qu’on est en fait en
tant que médecins actuellement ;Et ça c’était hyper intéressant. Donc elle, elle va
probablement faire .. sous forme de , je sais pas, séminaire de deux heures en soirée, si tu
veux je te tiendrai au courant et …voilà. Et ça ça a été intéressant. Et là ya la papesse de la
médecine narrative qui s’appelle Rita Charon qui a inventé le concept dans les années 90
avec laquelle on va essayer de rentrer en contact pour essayer de voir. Et en fait ils font des
séminaires dans son université à Colombia à New York, ou en fait les médecins, et plein de ..
des philosophes, des sociologues … des enseignants en général, et elle leur enseigne des
formes de séminaire je crois d’une semaine, ou des choses comme ça. Un peu ce que.. Ca
prend beaucoup de formes. Parce que là c’était deux journées. Mais ça a été plus des choix
d’enseignants. C’est un peu plus large. Mais en tous cas de replacer un peu plus la MN et les

xv
SHS dans la médecine, qui est, comme tu l’as très bien dit « Evidence Based Medicine »
++++ maintenant mais qui a moins ce côté-là donc… En tous cas nous le département a très
envie de labelliser SHS, donc enfin voilà ça fait partie du truc. Voilà. En tous cas merci pour
ta curiosité. Merci pour ta participation. Et c’était hyper intéressant.
(Discussion en off)
-Parce qu’en fait dans votre master il vous oblige à écrire ?
- Ben en fait c’est quasiment un gros RSCA. Mais…
- C’est quoi… c’est le mémoire du master, non ?
- C’est. C’est quasiment même …Moi en termes de temps pris et d’énergie et même de
longueur c’est comme un mémoire, en fait c’est pas le mémoire. Le mémoire on a dû le faire à
part encre, c’était autre chose. C’est un master assez prenant. Mais on a eu notre mémoire à
faire, et ce RSCA. Et dans ce RSCA c’est finalement une grosse réflexion de MN mais pas
que centré sur la médecine, c’est plutôt socio, anthropo, sciences humaines quoi socio,
anthropo, philo.. beaucoup philo sur des situations complexes qu’on a vécues.
- Mais, ah oui c’est ce que tu me disais en fait finalement, les exercices que tu fais de MN
c’est plus en rapport avec ton master que..
- C’est plus en rapport avec le master, parce qu’il y a beaucoup plus de situations qui s’y
confrontent, qui s’y rapportent donc.. c’est plus facile par là… Après en med gé c’est tout à
fait possible aussi
- Oui. Toi. Parce que tu as dit n moment « on a été obligé de le faire, d’écrire » et tout ça, et
je me suis dit « attends je vais lui demander qui l’a obligé à écrire » du coup c’était le cadre
de ton master ?
- Ben. Après on l’avait fait avant dans les RSCA, que ce soit des RSCA ou d’autres situation s
on a été forcément confrontés . Mais là c’était dans le cadre du master parce qu’il y avait un
truc à faire.
- Mais là tu l’utilises toute seule en dehors des RSCA et de ton master,
- oui
- Ce que tu me disais…Super. Ben moi je pensais pas que les masters demandaient…
- ben c’est un master de soins palliatifs, donc tu vois il y a une grosse dimension éthique,
douleur.. psychosocial et philosophique aussi.. Donc.. S’intégrait dans notre parcours de
master faut le faire… C’est quasiment comme un mémoire, mais c’est compté comme un
RSCA
- C’est riche quand même
- Ouais, ouais c’était très gros
- Comme tu dis c’est un gros investissement
- Ouais. Ouais.. C’est un gros travail effectivement.

Durée : 55 minutes.

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