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REPRÉSENTATION DANS UNE BASE,

CHANGEMENT DE BASE

GABRIEL LANG

Résumé

Dans cette section, on rappelle la dénition des coordonnées d'un vecteur dans une
base, on dénit la matrice associée à une application linéaire par rapport à deux
bases, et on donne les formules qui décrivent les changements de coordonnées et de
matrice associée quand on change de base dans les espaces.
Matrice de passage d'une base à une autre

On rappelle la dénition des coordonnées d'un vecteur.


Denition 1. Etant donnée une base (e1 , .., en ) d'un espace vectoriel E et un
vecteur x de cet espace, il existe une unique combinaison linéaire des vecteurs de
la base qui est égale à x :
x = x1 e1 + .. + xn en .
Les xi sont appelés coordonnées de x dans la base (e1 , .., en ). Les xi sont disposés
dans une matrice d'une colonne et de n lignes, appelée matrice de coordonnées de
x dans la base (e1 , .., en ).
Soit deux bases (e1 , .., en ) et (e01 , .., e0n ), chacun des vecteurs de la deuxième base a
des coordonnées dans la première ; notons pi,j la i-ème coordonnée de e0j dans la
base (e1 , .., en ) .

e0j = p1,j e1 + .. + pn,j en .


Denition 2. La matrice carrée P de dimension n de coecients pi,j est appelée
matrice de passage de (e1 , .., en ) à (e01 , .., e0n ). Elle est composée des matrices des
coordonnées des vecteurs de (e01 , .., e0n ) mises les unes à côté des autres.
Notons x1 , ...xn les coordonnées de x dans la base (e1 , .., en ) et x01 , ...x0n les coor-
données de x dans la base (e01 , .., e0n ).
Propriété 1. La relation entre les matrices de coordonnées dans les deux bases
est :
x01
   
x1
 ..   . 
 .  = P  .. 
xn x0n
Preuve : on écrit x comme combinaison linéaire des e0i et on remplace chaque e0i par
la combinaison linéaire correspondante des ei . Puis on réordonne le résultat pour
obtenir une combinaison linéaire des ei :
n
X n
X n
X n X
X n
x= x0j e0j = x0j pi,j ei = pi,j x0j ei
j=1 j=1 i=1 i=1 j=1

Comme x = x1 e1 + ... + xn en , on identie les coordonnées : xi = pi,1 x01 + .. + pi,n x0n ,


ce qui correspond bien aux formules de la multiplication matricielle.
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On remarque que la relation est à l'envers par rapport à ce que l'on attend ; on
souhaiterait calculer les coordonnées dans la nouvelle base par rapport aux coor-
données dans l'ancienne base. Nous admettons pour l'instant que la matrice P est
inversible, ce qui sera démontré dans le paragraphe suivant.
Propriété 2. La matrice de passage entre deux bases est toujours inversible ; avec
les mêmes notations, on a :
x01
   
x1
 ..  −1  .. 
 . =P  . 
x0n xn

Matrice associée à une application linéaire

Soit E et F deux espaces vectoriels ; soit (e1 , .., en ) et (f1 , ...fp ) deux bases respec-
tivement de E et F ; soit g une application de E dans F ; l'application linéaire g
est entièrement caractérisée par la donnée des images g(e1 ), . . . , g(en ).
Denition 3. On note gi,j les coordonnées de g(ej ) dans la base (f1 , ...fp ). La
matrice G de dimension p × n de coecients gi,j est appellée matrice associé à g
dans les bases (e1 , .., en ) et (f1 , ...fp ).
Cette matrice permet d'eectuer la détermination de l'image d'un vecteur par le
calcul de ses coordonnées :
Propriété 3. Soit x un vecteur de E de coordonnées x1 , .., xn dans la base (e1 , . . . , en ) ;
notons y1 , .., yp les coordonnées de g(x) dans la base (f1 , ...fp ). La relation entre
les coordonnées de x et de son image par g est :
   
y1 x1
 ..  .. 
 .  = G . 

yp xn

Composition des applications

Soit E , F et G trois espaces vectoriels ; soit (e1 , .., en ), (f1 , ...fp ) et (g1 , ...gm ) trois
bases respectivement de E , F et G; soit h une application de E dans F et k une
application de F dans G ; on appelle composée de h et k l'application linéaire l de
E dans G dénie pour tout x de E par l(x) = k(h(x)).
Propriété 4. Soit H la matrice asssociée à h dans les bases (e1 , .., en ) et (f1 , ...fp )
et soit K la matrice associée à k dans les bases (f1 , ...fp ) et (g1 , ...gm ). La matrice
L associée à l dans les bases (e1 , .., en ) et (g1 , ...gm ) est le produit KH .
Ce résultat est une application immédiate de l'associativité du produit matriciel.
Application linéaire inversible

Denition 4. Une application est g de E dans F est inversible, s'il existe une
application h telle que pour tout x de E , h(g(x)) = x et pour tout y de F , g(h(y)) =
y . La fonction h sera parfois notée h−1 .
Propriété 5. Une application est inversible si elle est bijective, c'est-à-dire si tout
élément de F a un antécédent dans E (surjectivité) et si deux éléments distincts
de E ont toujours des images distinctes dans F (injectivité). La fonction inverse
h est construite en associant à chaque élément de F son unique antécédent par g
dans E .
Pour les applications linéaires, ces propriétés se traduisent par :
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Propriété 6. Une application linéaire g est inversible si et seulement si Im(g) = F
et Ker(g)={0}.
La première relation assure la surjectivité de façon immédiate. La deuxième assure
l'injectivité : si x et x0 sont deux vecteurs de même image y alors g(x − x0 ) =
g(x) − g(x0 ) = 0 et x − x0 est un élément du noyau donc le vecteur nul. De plus, la
relation sur les dimensions de l'image et du noyau implique alors que les dimensions
de E et F sont égales.
Propriété 7. Si les dimensions de E et F sont égales alors g est inversible dès
qu'une des deux conditions Im(g) = F ou Ker(g)={0} est vériée.
De l'une des conditions, on déduit l'autre par la relation de dimension.
Propriété 8. Si une application linéaire g est inversible alors la matrice G qui
la représente est toujours inversible quelle que soit le choix des bases. La matrice
inverse K est la matrice associée à l'application inverse g −1 pour le même choix de
base.
Il sut de remarquer que GK est la matrice associée à l'application g(g −1 (x)) = x
dont la matrice associée est toujours la matrice identité quelles que soient les bases.
Donc GK = In et de même KG = In . Donc K = G−1 .
Propriété 9. Une matrice de passage P est inversible.
On remarque que cette matrice est la matrice associée à l'application linéaire p de
E dans E telle que p(ei ) = e0i . Les espaces de départ et d'arrivée sont ici égaux et
les e0i forment une base de l'espace d'arrivée de p, donc Im(p) = E . L'application
p est donc inversible ainsi que sa matrice associée.

Changement de base pour la matrice associée

Comme dans le cas des coordonnées, la matrice associée à une fonction g change
lorsque l'on change de base ; mais dans ce cas, il y a deux bases qui peuvent
changer : celle de E et celle de F . Soit (e1 , .., en ) et (e01 , .., e0n ) deux bases de E , P
la matrice de passage entre ces deux bases, (f1 , ...fp ) et (f10 , ...fp0 ) deux bases de F ,
Q la matrice de passage entre ces deux bases.
Propriété 10. Soit G la matrice associée à g pour les bases (e1 , .., en ) et (f1 , ...fp )
et G0 la matrice associée à g pour les bases (e01 , .., e0n ) et (f10 , ...fp0 ). La relation entre
les matrices associées dans les deux paires de bases est :
G0 = Q−1 GP.
Preuve : notons X la matrice coordonnée d'un vecteur x dans la base (e1 , .., en )
et Y la matrice coordonnée de g(x) dans la base (f1 , ...fp ). Notons X 0 la matrice
coordonnée du même vecteur x dans la base (e01 , .., e0n ) et Y 0 la matrice coordonnée
de g(x) dans la base (f10 , ...fp0 ). La dénition de la matrice associée donne :
Y = GX.
Les relations de matrice de passage donnent
Y = QY 0 et X = P X 0 .
En substituant dans la première relation, on obtient
QY 0 = GP X 0
Soit
Y 0 = Q−1 GP X 0 .
On en déduit que Q GP est la matrice qui permet de calculer la matrice coor-
−1

donnée de g(x) dans la base (f10 , ...fp0 ) à partir de la matrice coordonnée de x dans
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la base (e01 , .., e0n ). Cette matrice est par dénition G0 .
Dans le cas particulier où l'espace d'arrivée F est égal à l'espace de départ, on
choisit la même base pour l'espace départ et d'arrivée ; les ei sont égaux aux fi et
les e0i sont égaux aux fi0 . La formule de changement de base devient :
G0 = P −1 GP.