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Comportement thermomécanique

des alliages métalliques

par Philippe CHOMEL


Docteur d’État ès sciences
Professeur honoraire à l’Institut national des sciences appliquées de Toulouse

1. Le matériau métallique :
microstructure et caractère métallique ............................................ BM 5 012 - 3
1.1 Microstructure.............................................................................................. — 3
1.2 Caractère métallique ................................................................................... — 5
2. Déformabilité : schéma simplifié ........................................................ — 7
2.1 Sollicitation monotone................................................................................ — 7
2.1.1 Élasticité .............................................................................................. — 7
2.1.2 Limite élastique et déformation plastique........................................ — 7
2.1.3 Endommagement et rupture ............................................................. — 11
2.2 Sollicitation non monotone ........................................................................ — 13
2.2.1 Amortissement des vibrations .......................................................... — 13
2.2.2 Fatigue ................................................................................................ — 13
3. Rôle de la température ........................................................................... — 15
3.1 Température et cohésion ............................................................................ — 15
3.2 Propriétés thermiques................................................................................. — 16
3.3 Microstructures d’équilibre......................................................................... — 17
3.4 Changement d’état structural et traitements thermiques ........................ — 17
3.5 Changement de composition par diffusion, soudage solide ................... — 20
4. Actions conjuguées de la contrainte et de la température ......... — 20
4.1 Élasticité ....................................................................................................... — 20
4.2 Limite élastique............................................................................................ — 20
4.3 Déformation plastique en fonction de la température
et de la contrainte : vitesse de déformation .............................................. — 21
4.4 Rupture ......................................................................................................... — 24
5. Paramètres caractéristiques................................................................. — 26
5.1 Propriétés physiques................................................................................... — 26
5.2 Propriétés thermiques................................................................................. — 26
5.3 Propriétés mécaniques................................................................................ — 26
5.3.1 Essais mécaniques et paramètres caractéristiques ......................... — 26
5.3.2 Lois de comportement phénoménologiques ................................... — 31
5.3.3 Des essais de base aux contraintes et déformations équivalentes — 32
5.4 Propriétés électrochimiques ....................................................................... — 33
6. Dimension et hétérogénéités ............................................................... — 34
6.1 Surfaces et interfaces .................................................................................. — 35
6.1.1 Caractérisation d’une surface ............................................................ — 35
6.1.2 Traitements de surface ....................................................................... — 35
6.2 Hétérogénéités............................................................................................. — 35
7. Conclusion ................................................................................................. — 36
Références bibliographiques ......................................................................... — 36

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COMPORTEMENT THERMOMÉCANIQUE DES ALLIAGES MÉTALLIQUES ____________________________________________________________________________

L e cahier de charges d’une pièce mécanique exprime les fonctions à remplir,


le rôle à jouer : être léger, « résister » à la déformation, à la température,
avoir des surfaces adaptées à un bon contact, à la résistance à la corrosion...
La connaissance des matériaux, rendue objective par des modèles et des carac-
téristiques de comportement, est une étape nécessaire préalable à tout problème
de choix. Elle nécessite de prendre en considération trois champs : la composition
et la microstructure, les propriétés, et les aptitudes des matériaux ; et de relier
ces champs de façon rationnelle : la science des matériaux s’intéresse aux liens
entre les deux premiers, le génie des matériaux cherche à rendre compte des
aptitudes à partir des propriétés.
Cet article a pour objectif de montrer comment la nature métallique et la micro-
structure des matériaux métalliques sont responsables de leur comportement
thermomécanique, c’est-à-dire de leur réponse en déformation et en rupture
lorsqu’ils sont soumis à l’action de contraintes et de la température.
Bien que s’adressant plutôt à des lecteurs à culture mécanicienne, fortement
marquée par la mécanique des milieux continus, et le plus souvent homogènes,
l’article comporte une approche microscopiste assez importante.
En effet, ce serait un peu un faux débat d’opposer macroscopique et micro-
scopique, dans la mesure où les lois de comportement — reliant contrainte, défor-
mation, vitesse de déformation, température... — ne peuvent être exprimées
correctement qu’en prenant en compte l’hétérogénéité microscopique du
matériau métallique.
Les progrès dans ce domaine ont été considérables depuis une génération,
et la formation initiale des techniciens et ingénieurs est de plus en plus ouverte
à cette double démarche.
On pourrait objecter avec humour, comme le fait un expert en corrosion, que
« les premiers hommes ne savaient rien des phénomènes physiques ou
chimiques, qu’ils utilisaient de la sorte implicitement, et qu’ils étaient parfaite-
ment à même d’en juger ». Et il ajoute, après avoir rappelé l’évolution de la
connaissance, et le désir de « tout comprendre » jusqu’aux niveaux les plus fins,
que « si cette évolution satisfait la curiosité de l’esprit, il n’est pas sûr pour autant
qu’elle améliore les processus de choix des matériaux ». Il serait facile de faire
remarquer que l’inverse n’est pas non plus sûr. Et un sociologue fournit une piste
en précisant : « L’homme ne vit pas d’informations, mais de communication, et
celle-ci ne se fait pas sans intermédiaire. »
Dans cet article, on se propose plutôt de faire une revue simple et large du
« fonctionnement » des matériaux métalliques. On évitera donc de renvoyer à
des références bibliographiques précises, on évitera des démonstrations lourdes.
Et on renverra in fine à une documentation récente et en français autant que
possible, pour ceux qui souhaitent « en savoir plus ». Le but est d’abord de rendre
le dialogue plus facile entre les acteurs concernés, ce qui n’est pas nuisible à
la curiosité de l’esprit, surtout sur des matériaux que l’on est amené à mettre
en œuvre.
Enfin, s’intéressant aux matériaux métalliques, n’oublions pas qu’ils ne sont
pas les seuls : les matériaux polymères, les matériaux composites à matrice poly-
mère, les matériaux céramiques, se présentent comme des concurrents, avec
des atouts différents. Pour situer quelques grandes différences, on se contentera
de proposer dans le tableau A les ordres de grandeur de quelques propriétés.
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Tableau A – Ordres de grandeur de quelques propriétés des familles de matériaux


Matériaux Matériaux Matériaux Composites
Propriétés
métalliques céramiques polymères à matrice polymère
Masse volumique ..................................................... (g/cm3) 2 à 20 2à5 0,8 à 2 0,8 à 3
Module d’Young E ....................................................... (GPa) 20 à 300 100 à 1 000 0,05 à 10 10 à 200

Limite élastique Re ..................................................... (MPa) 20 à 1 800 1 000 à 10 000 5 à 100 100 à 1 500
(compression)

Capacité de déformation plastique très variable très faible très variable variable
(0 à 1 000 %) (effet de la charge)
Ténacité KIc ....................................................... (MPa · m1/2) 5 à 150 2 à 10 0,5 à 10 10 à 90
Amortissement 10–5 à 0,1 < 10–4 10–3 à 0,8
Conductivité thermique λ .................................. [W/(m · K)] 8 à 400 1 à 400 0,07 à 0,8 0,5 à 1
Diffusivité thermique a .............................................. (m2/s) 10–5 à 10–4 10–7 à 10–4 10–8 à 10–7 2 · 10–6 à 6 · 10–6
Corrosion par (1) :
— eau aérée ..................................................................... AàD A AàB AàB
— eau salée ..................................................................... AàD A AàB A
— acides forts .................................................................. AàC AàB AàC AàB
— bases fortes ................................................................. AàD AàD AàC BàC
— solvants organiques ................................................... A A AàD B
Sensibilité aux radiations UV (1) A A BàD B
(1) De A excellent à D mauvais.

Exemple : si la solution solide primaire de laiton α à 5 % atomes Zn


1. Le matériau métallique : prend la structure cristalline CFC (cubique à faces centrées), chaque
microstructure et caractère maille (4 atomes) ne compte pas 4 × 0,05 = 0,2 atome de Zn puisque
les atomes sont insécables. Il y a des mailles avec 1 atome de Zn et
métallique d’autres sans : l’alliage est désordonné, et il y a en moyenne 1 atome
de Zn pour 19 atomes de Cu, soit pour 5 mailles : la solution solide de
laiton α est désordonnée.

1.1 Microstructure La tentation de l’ordre est liée à l’affinité des espèces atomiques
présentes, et elle est contrariée par l’agitation thermique.
■ Le matériau métallique est un composite polycristallin Exemple : la cémentite Fe3C est ordonnée à toute température ; le
Une pièce métallique est formée d’un assemblage de cristaux, laiton β est ordonné en dessous de 460 oC, et désordonné au-dessus
dont chacun est la répétition périodique (réseau) selon trois direc- (ce qui explique sa malléabilité à chaud).
tions de l’espace d’un « motif » d’atomes : un cristal est l’empilement
à l’infini d’une maille simple définie par le motif et les trois vecteurs ■ Le composite polycristallin contient des défauts
de translation élémentaire du réseau. Si tous les atomes sont iden-
tiques (métal pur), les cristaux sont tous identiques (une seule Selon Leibniz, « Il n’est pas de grand ordre qu’il n’y ait un petit
phase) : l’ensemble est un polycristal monophasé (figure 1). désordre ». Il existe dans l’organisation rigoureuse des cristaux (qui
assure sa stabilité structurale, et est responsable par exemple des
Dans le cas d’un alliage métallique, plusieurs espèces d’atomes modules d’élasticité (modules élastiques)) des imperfections qui
sont présentes, et il peut y avoir des cristaux identiques (par exem- vont jouer un rôle majeur dans le comportement thermomécanique :
ple, solution solide primaire de laiton α (Cu et 5 % Zn)), ou des ce sont les « défauts », terme pris au sens anglo-saxon de « defect »
mélanges de deux ou plusieurs espèces de cristaux formant un (ce qui manque à la perfection) et non à celui de faiblesse ou de
polycristal polyphasé (par exemple, mélange de ferrite α et de faute (figure 2).
cémentite Fe3C dans un acier au carbone).
● Défaut ponctuel (figure 2a )
La structure cristalline des alliages métalliques dépend de la
nature des atomes présents (et de la température) et est connue par À l’échelle d’un site atomique, on parle de défaut ponctuel. Il peut
la radiocristallographie. La dimension des cristaux (taille de grains) manquer un atome sur un site atomique du cristal, on parle de
et leur orientation relative (texture) ont un caractère statistique pour lacune. Un site atomique du cristal est appelé site de substitution
une pièce donnée et résultent de l’histoire thermomécanique du et peut recevoir l’atome normalement prévu ou un autre (par exem-
matériau. La taille de grains peut être mesurée par métallographie, ple un atome d’impureté). Les « petits » atomes, tels que H, N, C,
et la texture par des méthodes macroscopiques (radiocristallo- ont tendance à se loger en excès entre les sites de substitution du
graphie) ou microscopiques (microscopie électronique à balayage). cristal, occupant les plus gros « vides » ou sites d’insertion.
Si les cristaux de métaux purs, et les phases « ordonnées », La présence d’un défaut ponctuel se traduit par un volume par-
correspondent bien à la définition du cristal — toutes les mailles ticulier, de la taille approximative du volume atomique (environ
cristallines sont identiques —, il n’en est pas rigoureusement de 0,02 nm3), constituant une hétérogénéité « ponctuelle » dans le
même pour les autres phases. milieu homogène uniforme du cristal. Cette hétérogénéité crée

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a a

a a c

a
a a
CFC cubique à faces centrées CC cubique
HC hexagonal compact
a, c paramètres cristallins

a maille cristalline des cristaux

Phase A Phase B

Monocristal Polycristal monophasé Polycristal biphasé

b types de solide cristallin

Solution solide cristalline ordonnée Solution solide cristalline désordonnée


c ordre et désordre cristallin

200 µm 5 µm 5 µm

Fer pur : polycristal monophasé Fer-0,8 % carbone : perlite Fer-0,8 % carbone : perlite
Perlite coalescée Perlite lamellaire
Micrographie optique Micrographie électronique En clair : cémentite ; en sombre : ferrite

d micrographies

Figure 1 – Structures cristallines

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● Joint de grain (figure 2b et c )


Joint cohérent L’existence d’un polycristal suppose l’existence des joints de
d'interphase grains, régions de faible épaisseur (environ 1 nm) reliant deux cris-
Précipitation Précipitation taux adjacents, et où règne un certain désordre : leur étendue dépend
cohérente incohérente de la taille de grain, et peut être considérable.
Empilement Exemple : une pièce avec des grains de taille moyenne 10 µm
de dislocations contient environ 3 000 cm2 de joints de grains par cm3.
Joint de grain
Lacune Forte Le joint de grain est cohérent si la perfection cristalline est
désorientation respectée, et incohérent dans le cas contraire (cf. figure 2c ). Cela
dépend à la fois de la structure cristallographique des deux cris-
taux adjacents et de l’orientation relative des cristaux et du plan de
joint.
Compte tenu de l’épaisseur du joint, on parle de défauts « bidi-
mensionnels ».
Atome
interstitiel ● Agglomérats d’atomes
De petits agglomérats d’atomes peuvent apparaître comme
défauts tridimensionnels par rapport aux cristaux « normaux » de
Phase A l’alliage : on parle d’amas, comme les zones de Guinier-Preston dans
(paramètre a1) les alliages d’aluminium.
Dislocation
coin Joint de grain Certaines phases cristallines se présentent sous petite taille (de
Atome Dislocation Faible 0,1 à 100 µm) comme les oxydes dans les aciers, et on les nomme
substitutionnel Phase B
vis
(paramètre a2) désorientation inclusions, précipités, ...
● Dislocations (figure 2b )
a défauts b défauts linéaires (dislocations)
ponctuels et bidimensionnels (joints de grain) Enfin, il a fallu supposer (en 1935) des défauts « linéaires », les
dislocations, pour rendre compte de la déformation plastique des
polycristaux. Ces dislocations ont été par la suite (1955) observées
directement en microscopie électronique. Dans ce cas, le défaut est
constitué d’un « tube » de région de désordre (diamètre de l’ordre
du nanomètre), entouré d’un champ de contraintes particulier. C’est
un mécanicien des milieux continus, Volterra, qui avait imaginé ce
type de singularité du champ élastique en 1907. Nous y reviendrons
bientôt (cf. § 2.1.2). On mesure la densité de dislocations présentes
dans un cristal, par leur longueur totale par unité de volume. Dans
un échantillon métallique, cette densité est supérieure à 104 cm/cm3
et atteint 1012 cm/cm3 lorsque l’échantillon est très déformé. Cette
quantité, qui peut paraître gigantesque (1012 cm = 10 millions de
km !), ne correspond qu’à un volume de désordre de 0,01 cm3, soit
un centième du volume (1 cm3) de cristal. Par contre, le champ de
contraintes internes locales n’y est pas négligeable.
● Ces défauts divers se caractérisent par :
— une localisation spatiale, et des paramètres géométriques ;
— une énergie de formation, définie par une modélisation élas-
tique (de l’ordre de 1 eV/atome pour les défauts ponctuels, de 2 à
c schéma d'un joint de grain incohérent 3 eV pour 0,1 nm de longueur pour une dislocation, de 0,1 à 1 J/cm2
pour un joint de grain) ;
— des conditions de déplacement dans le cristal sous l’effet de
Figure 2 – Défauts dans les cristaux l’agitation thermique (cf. § 3.1) et/ou des contraintes.

autour d’elle un champ de contraintes, décroissant avec la distance 1.2 Caractère métallique
au « cœur » du défaut, et qui dépend de la nature du défaut.
Le caractère ou état métallique est une caractéristique « chimique »
Exemples :
liée à la nature des atomes, et plus précisément à leur structure élec-
Un atome de zinc dans un laiton α faiblement allié occupe un site de tronique.
substitution du cristal CFC : dans ce cas, le champ de contraintes est
sensiblement isotrope ; la différence entre atome de Zn et atome de Cu Quand on examine le tableau périodique des éléments (figure 3),
est assez faible, et on peut introduire jusqu’à 1 atome de Zn pour on remarque que pour tous les éléments de la partie gauche la
2 atomes de Cu en gardant la même structure cristalline CFC. couche électronique la plus distante du noyau atomique (ou cou-
che « externe ») est composée de un ou deux électrons, assez peu
En revanche, un atome de carbone dans la ferrite α, de structure CC liés au noyau. Si on associe de tels atomes pour former un cristal
(cubique centrée), occupe un site d’insertion et, dans ce cas, le champ de métal pur, ils vont se trouver à une distance interatomique telle
de contraintes est anisotrope ; de plus l’atome de C bien que petit, crée que chacun d’entre eux va facilement perdre ce ou ces deux élec-
une distorsion locale beaucoup plus forte que dans le premier exemple : trons, devenant ainsi un ion positif. Les électrons « perdus » sont
il en résulte que la structure cristalline ne reste CC que pour une teneur donnés à la collectivité des ions formés, constituant un nuage élec-
inférieure à 8 atomes de C pour 10 000 atomes de Fe, cette teneur ne triquement négatif, qui va servir de liant collectif. Dans un tel
pouvant être atteinte que pour une température proche de 720 oC ! schéma, il n’y a pas de condition particulière pour l’empilement

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Métaux (au sens physique) Non-métaux


H He

Li Be B C N O F Ne
Domaine des métaux

Na Mg Al Si P S Cl Ar

K Ca Sc Ti V Cr Mn Fe Co Ni Cu Zn Ga Ge As Se Br Kr

Rb Sr Y Zr Nb Mo Tc Ru Rh Pd Ag Cd In Sh Sb Te Xe

Cs Ba La Hf Ta W Re Os Ir Pt Au Hg Tl Pb Bi Po At Rn

nombre d'électrons de la couche externe

a structure électronique

Métaux simples Métaux de transition Éléments covalents

Les éléments 58 à 71 sont les métaux de terres rares


3 Li 4 Be CC cubique centré 5B 6C 7N 8O 9F 10 Ne
CC HC CFC cubique à faces centrées *
11 Na 12 Mg HC hexagonal compact 13 Al 14 Si 15 P 16 S 17 Cl 18 Ar
CC HC * structure complexe CFC
19 K 20 Ca 21 Sc 22 Ti 23 V 24 Cr 25 Mn 26 Fe 27 Co 28 Ni 29 Cu 30 Zn 31 Ga 32 Ge 33 As 34 Se 35 Br 36 Kr
CC CFC HC HC CC CC * CC HC CFC CFC HC *
37 Rb 38 Sr 39 Y 40 Zr 41 Nb 42 Mo 43 Tc 44 Ru 45 Rh 46 Pd 47 Ag 48 Cd 49 In 50 Sn 51 Sb 52 Te 53 54 Xe
CC CFC HC HC CC CC HC HC CFC CFC CFC HC * *
55 Cs 56 Ba 57 La 72 Hf 73 Ta 74 W 75 Re 76 Os 77 Ir 78 Pt 79 Au 80 Hg 81 Tl 82 Pb 83 Bi 84 Po 85 At 86 Rn
CC CC HC HC CC CC HC HC CFC CFC CFC liquide HC CFC

Les éléments en gras sont les métaux << usuels >> du mécanicien

b symbole, numéro atomique et structure cristalline des métaux

Figure 3 – Tableau périodique des éléments

des atomes, et l’expérience montre qu’un métal pur prend l’une quand c’est possible. Ce double jeu de l’élaboration et de la corrosion
des trois structures cristallines suivantes, qui sont parmi les plus représente un grand nombre de milliards de francs consommés
compactes (cf. figure 1 et figure 3) : par an.
— structure CFC (cubique à faces centrées ; paramètre a ) : un Si l’on examine le tableau périodique (figure 3), on ne trouve dans
atome a douze premiers voisins équidistants ; les deux premières colonnes — à l’exception de Be et de Mg — aucun
— structure HC (hexagonale compacte ; paramètres a et c avec élément qu’un mécanicien voudrait reconnaître comme un métal,
c /a = 1,633) : un atome est entouré de douze premiers voisins équi- et que les physiciens appellent des métaux simples. Leur bas point
distants (en réalité les métaux HC ne sont en général pas strictement de fusion et quelques autres propriétés les rendent inintéressants
HC : c /a voisin de 1,6) ; pour le mécanicien. Pour les dix colonnes suivantes, on parle de
— structure CC (cubique centrée ; paramètre a ) dans laquelle un métaux de transition, l’arrangement des sous-couches électroniques
site atomique est entouré de huit sites voisins ; équidistants (à (de type « d ») inférieures à la couche externe entraîne des tempé-
distance d 1 ) et de six seconds voisins un peu plus éloignés ratures de fusion assez élevées et des forces de cohésion interato-
(d2 = 1,15 d1). miques plus importantes.
Les électrons du nuage collectif ne sont liés à aucun atome en
particulier, et ils circulent dans tout le cristal assez facilement : on Une des conséquences les plus subtiles du caractère métallique
les dit « libres » ou « presque libres », et on comprend que les est que la mobilité des défauts linéaires, les dislocations, est possible
métaux soient conducteurs électriques. à des niveaux de contrainte appliquée pas trop élevés, ce qui est
le point de départ de la capacité de déformation plastique à
Ces atomes métalliques s’associent volontiers avec l’oxygène ou température ambiante (cf. § 2.1.2).
le soufre, car ces deux éléments sont à la recherche de deux électrons
chacun pour assurer leur stabilité : la forme la plus stable du métal Tous ces caractères fondent l’originalité des métaux par rapport
est celle de composés, tels que les oxydes. Il faut donc dans aux éléments situés dans la partie droite du tableau périodique, les
l’élaboration du métal à partir du minerai dissocier ces composés, métalloïdes, et qui forment aussi des cristaux. Mais leur structure
et la tendance spontanée d’un métal est de retourner à l’état d’oxyde, électronique (de 3 à 7 électrons sur la couche externe) entraîne des

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liaisons interatomiques formées de paires d’électrons localisés (ou direction repérée par ses cosinus directeurs (α, β, γ ) définis à partir
« liaisons covalentes »), ce qui entraîne des structures cristallines des axes cubiques :
peu compactes, sans électrons « libres » (et donc isolants élec-
triques), et des défauts beaucoup moins mobiles (d’où une faible 1/E = f (α, β, γ ) = S11 – (2 S11 – 2 S12 – S44) (α2 β 2 + β 2γ 2 + γ 2α 2)
ductilité).
1/G = g (α, β, γ ) = S44 – (2 S11 – 2 S12 – S44) (α2β 2 + β 2γ 2 + γ 2α 2)
Dans les alliages métalliques, on trouvera principalement des
phases cristallines où domine le caractère métallique, même si on Par exemple, dans le cas de la figure 4a, la valeur de E dans le
trouve des phases peu métalliques, comme les carbures ou les plan diagonal (110) (en bleu) est représentée en fonction de l’angle
nitrures. θ avec l’axe [001].
Ainsi, le matériau métallique n’est pas un milieu continu homo- Pour qu’un cristal cubique ait une élasticité isotrope, il suffirait
gène où peut s’appliquer sans discernement la mécanique des que le second terme des expressions ci-dessus soit nul, soit :
milieux continus : il y a toujours un moment où il faut prendre en A = [2 S11 – 2 S12]/S44 = 1
compte le caractère microscopique particulier de la structure. Et on
peut facilement imaginer que deux volumes de 1 cm3 provenant de Cette condition n’est pas vérifiée par la plupart des métaux, le
la même barre de métal n’ont pas rigoureusement la même micro- coefficient d’anisotropie A prenant une valeur supérieure à l’unité
structure (taille de grains, texture). Il convient alors d’examiner (tableau 1).
comment se déforme ce type de matériau.
(0)

Tableau 1 – Modules d’élasticité anisotropes


2. Déformabilité : de cristaux métalliques

schéma simplifié Métal A Emin Emax E


(usuel)
Gmin Gmax G
(usuel)
(GPa) (GPa) (GPa) (GPa) (GPa) (GPa)
On sait qu’un matériau métallique soumis à un effort de traction
ou de cisaillement, a une réponse en déformation qui se décompose Aluminium 1,4 58 76 71 23 28,5 26
en deux termes additifs, pratiquement indépendants : Cuivre 3,3 67 208 128 29,5 76 47
— la déformation élastique ou réversible, existant quel que soit Fer 2,4 132 310 208 60 116 81
le niveau de l’effort (jusqu’à la rupture) ;
— la déformation plastique ou irréversible, qui ne se manifeste Tungstène 1,0 410 410 410 150 150 150
que pour une contrainte locale supérieure à une valeur critique, Laiton β 8,7 27 200 13 82
appelée limite élastique. Cette limite élastique théorique ne doit pas
être confondue avec le paramètre caractéristique appelé limite
conventionnelle d’élasticité, issue de l’essai de traction, et qui tente
de la représenter. ■ Polycristal
Le métal métallique se présente en général sous forme d’un poly-
cristal à grains fins, l’orientation des cristaux étant statistiquement
2.1 Sollicitation monotone isotrope (on parle d’absence de texture), et l’effet macroscopique
est en général une élasticité isotrope. Cependant, les procédés d’éla-
boration et de mise en forme, ainsi que les traitements thermo-
En sollicitation monotone, la contrainte est fixe ou croissante : mécaniques sont générateurs de textures particulières, et la
c’est ce qui se passe dans un essai de traction, de dureté, de fluage. distribution anisotrope des cristaux peut entraîner une anisotropie
des propriétés mécaniques : modules d’elasticité, limite élastique et
résistance mécanique conventionnelles (figure 4b et c).
2.1.1 Élasticité Une texture s’exprime par la distribution statistique des orienta-
tions des cristaux. On utilise souvent une notation abrégée indiquant
Pour un matériau cristallin (métal, céramique), la très grande régu- la tendance à l’alignement selon certains plans et certaines directions
larité de la microstructure assure une réponse élastique très homo- cristallographiques.
gène, qui peut être ramenée aux liaisons interatomiques : la réponse
élastique est de caractère enthalpique car on ne change pas l’ordre Exemple : une tôle d’acier laminée a une texture {001} <110> : les
local. La déformation élastique est sensiblement proportionnelle à cristaux ont préférentiellement un plan {001} parallèle au plan de lami-
la contrainte, d’où la définition des paramètres caractéristiques de nage, et une direction <110> parallèle à la direction de laminage.
l’élasticité linéaire, les modules d’élasticité en tension E (Young), en
cisaillement G (Coulomb).
2.1.2 Limite élastique et déformation plastique
■ Monocristal
En toute rigueur, l’arrangement atomique dans un cristal est Dans ce paragraphe, on présente le comportement schématique
anisotrope, et les modules d’élasticité aussi (tableau 1). Ils s’expri- d’un alliage métallique sans faire intervenir la température. On décrit
ment alors par un nombre de coefficients indépendants qui dépend un comportement assez proche de celui des matériaux métalliques
des symétries de la structure cristalline : on utilise la notation de à la température ambiante. On renvoie au paragraphe 4 pour la prise
modules élastiques Cij : [σ ] = [Cij ] · [ε], ou de constantes élastiques en compte de la température.
Sij : [ε] = [Sij] · [σ ]. La déformation plastique étant permanente, on imagine qu’on
peut l’obtenir en faisant glisser une partie du cristal sur l’autre et
Pour un cristal HC (comme Co ou Zn), il y a cinq coefficients
en rétablissant la perfection cristalline. On choisira pour cela les
indépendants.
plans cristallins les plus favorables, c’est-à-dire les plus compacts,
Pour un cristal cubique (CFC ou CC), il y a trois coefficients indé- et donc les plus éloignés les uns des autres. On montre qu’il faut
pendants, et la valeur de E ou de G dépend de l’orientation de la alors exercer une contrainte de cisaillement dans un tel plan selon

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Module d'élasticité E (GPa)

200

θ DL
100

b schéma d'une texture {001} < 110 >


d'une tôle polycristalline
0
d'acier laminée
0 30 60 90 Pour chaque grain, un plan {100} est
Angle θ (°) proche du plan de tôle, et une direction
< 110 > est proche de la direction
a courbe de E en fonction de θ dans le cas de laminage DL
d'un monocristal de fer

Module d'élasticité E (GPa)

140
σ
α TL L
120
DL

TC
100

0 30 60 90 L sens long
TL sens travers long
Angle α par rapport à DL (°) TC sens travers court
DL direction de laminage
σ orientation de la contrainte
pour un essai de traction

c courbe de E en fonction de α dans le cas d'une tôle polycristalline de cuivre écrouie de 96 %


par le laminage et recuite 30 min à 500 °C

Figure 4 – Anisotropie élastique

une direction dense (rangée compacte d’atomes), et dont l’inten- L’image de la coupure progressive, et du rétablissement de l’ordre
sité est de l’ordre du dixième du module de cisaillement : τ0 ≈ G/10 cristallin derrière la coupure, est celle de l’introduction d’un défaut
(cf. figure 5a ). cristallin : la dislocation. Le front de la coupure est un « tube » de
L’expérience montre bien que la déformation plastique s’opère par désordre atomique, entouré d’un champ de déformation élastique.
des glissements sur des plans cristallins et selon des directions Un tel défaut est caractérisé par sa ligne L (qui est le front de
particulières (plans compacts, directions denses), que seule inter- coupure), ainsi que par le vecteur de Burgers b qui décrit le déplace-
vient la composante de cisaillement de la contrainte appliquée selon ment relatif des « lèvres » de la coupure, et doit être un vecteur de
le système de glissement le mieux orienté. Mais la valeur de cette translation du réseau cristallin. Autour de la ligne règne un champ
contrainte de cisaillement est de l’ordre du millième du module de de contraintes décroissant rapidement avec la distance à cette ligne.
cisaillement : τexp ≈ G/1 000. L’énergie élastique stockée dans le cristal par la création de ce
Nous allons en voir ci-après la raison. défaut est de l’ordre de 0,5Gb 2 par unité de longueur de ligne de
dislocation, G étant le module de cisaillement et b le vecteur de
■ Glissement d’une dislocation Burgers.
Cette différence a été expliquée en faisant valoir que selon le Le déplacement de ce défaut dans le plan de glissement sur une
modèle invoqué plus haut, on obtient la déformation plastique en distance interatomique ne nécessite que de légers déplacements
faisant glisser simultanément toute la surface du plan de glissement, d’atomes le long du front de coupure, et on montre qu’il se réalise
c’est-à-dire en agissant contre des milliards de liaisons inter- dans le cristal sous une contrainte théorique de cisaillement
atomiques. Par contre, en localisant l’effort sur une très petite partie τ D ≈ G/10000 (tableau 2). On dit que la dislocation a glissé dans le
de ce plan, et en se déplaçant le long du plan, on devrait pouvoir plan de glissement (p), défini par la ligne L et le vecteur de
obtenir le même résultat beaucoup plus facilement (cf. figure 5b ). Burgers b. (0)

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τD Ligne L de dislocation τ

1 (p) h
b

τD Aire balayée S
x
D

2 (p)
Cisaillement partiel (schémas 2, 3, 4) :
γ = (b /h) (x /D) = bS /V

(p)
D

b
(p) h
3
τ0 b

(p)

(p)
4 ,
τ τ0 Cisaillement total (schéma 5) : γ = b /h

c cisaillement du milieu considéré


comme continu
Vitesse des dislocations (cm/s)

(p) 5 (p) 3

102

Métal CFC :
a cisaillement sans dislocation b cisaillement avec une dislocation
1 : Cu
le long du plan (p) glissant le long du plan (p) 2 : Cu-0,3 % Ni
τ0 = G / 10 (vecteur b) 3 : Zn
τD = G / 10 000 1 2
NB : le cristal est vu en coupe 1

Température
ambiante

Surface
10–2
< 200 nm Métal CC :
4 : Nb
Bande de 5 : Mo
glissement 6 :W
7 : Fe-3 % Si

10–4 4 5 6 7
< 20 nm

0,1 1 10 100
< 2 000 nm
Contrainte (MPa)

d traces de glissement en surface du cristal résultant e vitesse de glissement des dislocations


du passage de dislocations sur des plans parallèles en fonction de la contrainte appliquée

Figure 5 – Déformation plastique par glissement de dislocations

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● Les dislocations interagissent avec les phases microprécipitées :


Tableau 2 – Systèmes de glissement
et contraintes critiques — si le précipité est incohérent, et donc ne présente pas de plan
atomique en continuité avec le plan de glissement du cristal qui
Plans de Direction de l’entoure, la ligne de dislocation ne peut le franchir, et doit le
Structure Métaux τ0 τD contourner (figure 6a ) : la contrainte nécessaire sera d’autant plus
glissement glissement
grande que les précipités seront petits et dispersés (figure 6c ) ;
CFC Al, Cu, {111} <110> 0,04 G 0,0001 G — si le précipité est cohérent, il y a continuité du plan de
Feγ, Ni glissement, mais le « frottement » de la dislocation est en général
Ti, Zn, plus fort dans le précipité : la contrainte de franchissement aug-
HC Mg, Cd {0001} {1010} <1120> 0,04 G 0,0001 G mentera avec la taille des précipités (figure 6c ). De plus, le passage
de la dislocation à travers le précipité cisaille celui-ci, et peut
CC Feα, {110} {112} <111> 0,1 G 0,003 G contribuer à le modifier (figure 6b ). Lorsque le précipité est suffi-
Mo, V, samment gros, la dislocation est trop freinée par le cisaillement, et
la solution la plus facile est le contournement.

Si la ligne de dislocation a glissé sur une longueur x dans le Exemple : l’alliage Fe -19 % Cr - 4 % Ni - 2 % Al contient à l’équili-
cristal de longueur D (figure 5c ), le cisaillement du cristal est par- bre à température ambiante des précipités cohérents NiAl sphériques
tiel et d’amplitude : dans une matrice ferritique α. Ils sont dissous par un maintien à
1 150 oC. Après refroidissement rapide jusqu’à l’ambiante, le glisse-
γ = (b /h)(x /D) = b S /V ment est facile puisque les précipités ne sont plus là. Par maintien à
S étant l’aire balayée et V le volume du cristal. une température de revenu de l’ordre de 600 oC, ils tendent à se refor-
mer et à croître avec le temps sans se regrouper (pas de coalescence).
Si une seule dislocation traverse le cristal, elle disparaît à sa sortie, La contrainte nécessaire à leur franchissement par cisaillement croît
et le résultat est une translation de vecteur b d’une partie du cristal avec leur taille, puis au-delà d’une taille critique, les dislocations les
sur l’autre, soit un cisaillement γ = b/h. On peut recommencer franchissent plus facilement par contournement, et la contrainte
l’opération, accumulant ainsi de la déformation plastique en nécessaire au contournement diminue lorsque leur taille augmente.
travaillant à un niveau de contrainte constant τ D . La seule trace du Plus la température de revenu est grande, plus le phénomène est
passage de n dislocations dans un plan de glissement débouchant rapide, la taille critique restant la même : le maximum de la contrainte
en surface est une marche rectiligne sur cette surface, ou « ligne de apparaît de plus en plus tôt (figure 6d ).
glissement » (figure 5c ). On comprend alors que le cristal n’ait pas
changé de volume, alors qu’il a subi un cisaillement plastique
■ Extension de la déformation plastique
d’amplitude γ = nb/h.
Les quelques exemples ci-dessus suffisent pour comprendre que
Il faut remarquer qu’à la différence de la déformation élastique
la déformation plastique n’est pas un comportement homogène
qui se propage à la vitesse du son, le glissement de dislocations
simple et que la limite élastique est un niveau de contrainte
est plus lent, et dépend du niveau de contrainte (figure 5d ). La
dépendant fortement de la microstructure et de l’histoire thermo-
déformation plastique est alors un processus qui prend du temps.
mécanique du matériau métallique. De ce fait, les pistes pour
■ Obstacles au glissement augmenter ou diminuer la limite élastique, ou la capacité de défor-
mation plastique, apparaissent.
Dans un polycristal soumis à une contrainte externe σ , les
conditions locales entraînent la création de nombreuses disloca- De plus, la déformation plastique résultant du déplacement de
tions, et le développement de glissements qui interagissent entre défauts, on comprend qu’elle se réalise quasiment à volume
eux. Les pièces métalliques sont des polycristaux, contenant des constant, à la différence de la déformation élastique.
défauts, et la déformation plastique par glissement de dislocations Peut-on augmenter indéfiniment la déformation plastique d’un
peut s’y produire. Tout obstacle à ce glissement sera un obstacle à matériau ?
la déformation plastique, et il faudra le plus souvent augmenter la
contrainte appliquée pour obtenir de la déformation plastique La réponse doit être nuancée. D’une part, les interactions crois-
supplémentaire : la limite élastique va croître avec le nombre santes entre dislocations de plus en plus nombreuses (figure 14a )
d’obstacles, le matériau s’écrouit. élèvent la contrainte nécessaire, et des processus d’instabilité
macroscopique, comme la striction en traction, ainsi que des pro-
Cet écrouissage résulte de toutes les interactions qui peuvent se
cessus de fissuration et/ou de rupture deviennent possibles. D’autre
produire et qui sont les suivantes.
part, si la déformation plastique est irréversible au sens où elle se
● La limite élastique augmente lorsque la taille de grain diminue : maintient quand on supprime la contrainte qui lui a donné naissance,
les joints de grains limitent les possibilités de glissement ; la limite il est possible dans une certaine mesure de « guérir » le métal écroui,
élastique σe et la contrainte « d’écoulement plastique » σ (εp) pour c’est-à-dire de diminuer très fortement la densité de dislocations pré-
une déformation plastique εp suivent la loi de Petch : sentes résultant de la déformation plastique. Cela passe par un trai-
tement thermique de restauration, ou de recristallisation (figure 14c
σ e = σ e(d = 0) + kd – 1/2 et d ). Dans le premier cas, la température est suffisante pour entraî-
ner de nombreuses annihilations réciproques de dislocations ; dans
pour une taille de grain d.
le second, à température un peu plus forte, les anciens cristaux for-
● Les dislocations au fur et à mesure de leur glissement sont tement écrouis laissent progressivement par germination et crois-
amenées à se gêner, et la limite élastique va augmenter avec la sance la place à de nouveaux cristaux relativement dépourvus de
densité ρD de dislocations : dislocations. Ces processus reposent sur la libération d’énergie élas-
σe = σe (0) + AGbρ D1/2 tique stockée dans les dislocations qui sont éliminées. Dans ces
conditions, en gardant la déformation plastique déjà réalisée, on
● Les dislocations interagissent avec les champs de contraintes abaisse le niveau de contrainte nécessaire à la déformation plastique
locaux dus à des atomes étrangers : supplémentaire que l’on veut réaliser.
— durcissement en solution solide ou par effet d’alliage ; Ces séquences alternées voire entremêlées de déformation plas-
— instabilités en traction, comme le palier de Piobert-Lüders des tique et de guérison sont utilisées dans les processus de mise en
aciers au carbone, ou l’effet Portevin- le Chatelier dans les aciers, forme à chaud : laminage, extrusion (jusqu’à 99 % de déformation
les alliages d’aluminium... plastique au passage de la filière).

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2.1.3 Endommagement et rupture


1 2 3 4 5 1 2 3 4 5 6 L’endommagement correspond à l’apparition de discontinuités
surfaciques ou volumiques de caractère microscopique dans le
matériau. Son caractère d’irréversibilité est beaucoup plus impor-
tant que celui de la déformation plastique. La mécanique de
l’endommagement s’est développée depuis les travaux de Kacha-
nov (1958). La notion d’endommagement a été concrétisée dans
l’élaboration d’un coefficient d’endommagement D, qui traduit le
fait que la force appliquée au matériau s’exerce sur une section
« apparente » S* qui n’est plus la section S dans le matériau sans
discontinuités : D = (S – S*)/S. On en verra quelques aspects dans
le paragraphe 5.3.1.
À l’échelle microscopique, les microcavités résultent le plus
souvent de concentrations locales de contraintes liées à la présence
de défauts cristallins. La contrainte peut atteindre la valeur de
Positions successives d'une dislocation dans un plan de décohésion théorique, entraînant la formation d’une microcavité. La
glissement contenant deux précipités (schéma simplifié)
présence de microcavités dans un matériau apparemment sain n’est
a contournement b cisaillement pas facilement détectable, et n’est pas nécessairement une cause
de rupture globale, si les conditions de service ne favorisent pas leur
τ développement.
La mécanique des milieux continus s’est efforcée de donner une
représentation linéaire du développement d’une fissure dans un
milieu continu élastique, mettant en évidence les deux conditions
nécessaires à ce développement : l’une est relative au niveau de
contrainte, l’autre au bilan d’énergie. Précisons cela de façon
Cisaillement simplifiée.
Près de la tête d’une fissure de longueur a (figure 7a ), pour une sol-
licitation externe σ0 perpendiculaire au plan de fissure, la contrainte
Contournement active σA en un point M (de coordonnées r, θ ) est de la forme :
σA = KI F (r, θ )
avec F fonction de la position du point M considéré
R K I = σ0 (π a )1/2g
c contrainte de cisaillement τ nécessaire au cisaillement où g est proche de l’unité si a : << W et B,
et au contournement en fonction de la taille R des précipités
KI est le facteur d’intensité de contraintes et s’exprime en
MPa · (m)1/2.
Dureté Vickers

500 La « progression » de la fissure (soit un allongement da ) se fait


sous l’action de la contrainte σ0, si σA en tête de fissure atteint la
Température de revenu : 500 °C
contrainte de décohésion du matériau, et cette décohésion entraîne
dans un matériau strictement élastique (figure 7b ) :
550 °C
— d’une part, la libération de l’énergie élastique g stockée dans
600 °C le matériau au voisinage de l’allongement da ;
400
— d’autre part, la consommation d’énergie r liée à la création
650 °C des surfaces sur da.
Tant que le premier terme reste inférieur au second, g < r , la
fissure ne peut s’ouvrir qu’en augmentant σ0 .
300 Lorsque le premier terme égale le second, g = r , l’ouverture
peut se faire sans augmentation de σ0 , et la rupture brutale inter-
vient. KI prend alors une valeur critique KIc .
KIc ne dépend que de la nature du matériau et s’appelle facteur
critique d’intensité de contraintes, ou ténacité du matériau. Son
200 expression dépend de la géométrie de la pièce, de la longueur de
la fissure et du mode de sollicitation.
La connaissance de KIc permet de déterminer :
0 100 10 000
— soit la contrainte critique σ0 = σc pour une longueur de fissure
a donnée : σc = KIc /(πa )1/2 ;
Temps de revenu (min) — soit la longueur critique de fissure ac pour une contrainte σ0
2 2
d durcissement structural d'un acier inox (Fe - 19 Cr - 4 Ni - 2Al) donnée : a c = K Ic ⁄ ( π σ 0 ) .
contenant des précipités cohérents NiAl de taille croissante
avec la température et le temps de revenu La prise en compte d’une capacité de déformation plastique dans
À l'état trempé, les précipités sont dissous. la zone proche de la pointe de fissure n’a pas simplifié les choses
Au revenu ils grossissent : ils sont cisaillés pour une taille faible, (Irwin, Dugdale, Rice [10] [23]), le travail de déformation plastique
contournés pour une taille forte. s’ajoutant à la création des surfaces dans le terme r , mais à
généralisé la représentation des deux conditions exprimées plus
Figure 6 – Interaction de dislocations avec des précipités haut (figure 7c ).
(0)

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σ0 Ouverture de fissure sous contrainte

y
x
M
r
θ a0 da
x
h a Libération d'énergie élastique
Matériau & = π σ02 a0 /E = K 2I /E par unité de (da)
B purement
W élastique Absorption d'énergie de surface γs
5 = 2γs par unité de (da)

σ0 & = K 2I /E reste peu modifié


Matériau
W >> a h >> a
élastoplastique
5 = 2 γs + γplastique
γplastique peut être beaucoup plus grand et variable avec a
a géométrie
Contrainte d'ouverture
y le long de l'axe x (θ = 0)
&
5

& (σ0 = σc ) : propagation libre


σA = KI/(2πr)1/2

avec KI = σ0(πa)1/2
5

σ0 & (σ0 < σc ) : stabilité

r
x a0 a
a0
Bilan d'énergie avec la contrainte σ0
pour une fissure a0
Propagation libre de la fissure si
& = 5 soit KI = (2E γs)1/2 = KIc = σc (πa0)1/2
KIc caractéristique du matériau

b matériau purement élastique

y Contrainte d'ouverture
le long de l'axe x (θ = 0) & (σ0 = σc) : 5
&
5 propagation
libre au-delà de ac

σy
Re

& (σ0 < σc ) : stabilité


σ0 La fissure peut croître
avec σ jusqu'à ac
r
x a0 ac x
a0 Zone de déformation plastique

Bilan d'énergie avec la contrainte σ0


pour une fissure a0
Au-delà de la limite élastique Re , déformation plastique
dans une zone au voisinage de la pointe de fissure

c matériau élastoplastique

Figure 7 – Propagation d’une fissure dans un matériau sous contrainte

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Tableau 3 – Valeurs de ténacité, de limite élastique Re et de longueur critique ac de fissure


de matériaux métalliques
Acier Acier très haute
Alliages d’Al Alliages de Ti Acier doux
haute résistance résistance

K Ic ..................................... (MPa · m1/2) 15 à 55 35 à 90 140 50 à 150 30 à 100

R e ................................................. (MPa) 300 à 450 700 à 1 000 700 à 1 100 1 400 à 1 800

a c................................................... (mm) 1,5 à 40 1,5 à 20 2,5 à 55 0,5 à 6

La ténacité des matériaux métalliques est largement supérieure ■ Aspect macroscopique


à celle des autres matériaux (cf. tableau A). Les caractéristiques de comportement en fatigue sont établies
Dans les alliages métalliques, la ténacité est limitée par tous les dans des essais consistant à mesurer la durée de vie (nombre de
éléments de la microstructure qui peuvent provoquer de fortes cycles N à la rupture) d’une éprouvette de forme simple sous
concentrations locales de contrainte, et donc favoriser la propaga- sollicitation répétée, voire périodique, maximale donnée
tion de fissures. On comprend alors que ce qui tend à élever la (σmax = σa + σm), d’amplitude (σa) autour d’une contrainte moyenne
limite élastique (obstacles au glissement) peut devenir une source (σm) le plus souvent nulle (on parle dans ce cas de contrainte
d’hétérogénéité de contraintes, et d’affaiblissement de la ténacité. purement alternée).
Des valeurs de la limite élastique, de la ténacité, ainsi que de la On représente les résultats de l’essai dans le diagramme de Wöhler
longueur critique de fissure pour différents matériaux métalliques σmax = f (N ), et les valeurs expérimentales présentent une certaine
sont données dans le tableau 3. dispersion (figure 8a ).
Pour les contraintes les plus fortes, proches de la limite élastique,
correspondant à N < 10 4 cycles, on parle de fatigue plastique
2.2 Sollicitation non monotone oligocyclique, car il y a un peu de déformation plastique à chaque
cycle. Le caractère alterné de la contrainte fait que celle-ci agit de
façon assez différente d’une sollicitation monotone, entraînant une
De très nombreuses pièces subissent en service des contraintes « adaptation » du matériau : à cycle imposé de déformation plastique
dont le niveau ne croît pas régulièrement mais oscille de façon plus faible, il correspond selon les cas un durcissement ou un adoucis-
ou moins régulière : vibrations de très faible amplitude, sollicitations sement.
variables atteignant l’ordre de grandeur de la limite élastique, sur-
charges occasionnelles... Pour les contraintes cycliques plus faibles, la durée de vie
augmente avec l’abaissement du niveau de σmax : c’est le domaine
d’endurance limitée (figure 8a ). La contrainte tend vers une valeur
2.2.1 Amortissement des vibrations asymptotique en général, et on parle de limite d’endurance σ D (N )
pour N = 106 ou 107 cycles. L’endurance illimitée correspond à une
Les vibrations auxquelles sont soumises les structures métalliques contrainte, la limite de fatigue σ D , sans rupture, que l’on assimile
résultent de contraintes non monotones locales très inférieures à la souvent à la limite d’endurance ci-dessus. Pour certains alliages
limite élastique. Elles devraient donc ne stocker aucune énergie dans (d’aluminium, de titane, de nickel), il semble ne pas y avoir de
le matériau lorsque les contraintes sont annulées. Cela n’est pas limite de fatigue, même en poussant les essais jusqu’à 109 ou 1010
vérifié dans les matières plastiques, où l’élasticité est de caractère cycles.
entropique, et correspond à une modification de la position relative Le diagramme de Haigh (figure 8b ) représente, pour une durée
des atomes : en effet, les chaînes polymériques glissent légèrement de vie donnée, l’amplitude de contrainte σa en fonction de la
les unes sur les autres, et le « frottement interne » qui s’ensuit n’est contrainte moyenne σm . Et le diagramme de Goodman (figure 8c )
pas négligeable : pour une contrainte alternée d’amplitude σa , représente, pour une durée de vie donnée, les contraintes
2 maximale σ max (soit σ m + σ a) et minimale σ min (soit σ m – σ a) en
l’énergie élastique mise en jeu est U = ( 1 ⁄ 2 ) σ a ⁄ E par unité de fonction de la contrainte moyenne σm .
volume et l’énergie dissipée par cycle est ∆U ; le coefficient de perte
est : ■ Aspect microstructural
A = ( 1 ⁄ 2 π )∆ U ⁄ U Le fait de soumettre le matériau à des contraintes variables,
Pour un élastomère, ∆U /U peut atteindre des valeurs proches de alternant éventuellement contraintes de traction et de compression,
l’unité. Pour un métal, l’ordre cristallin n’est pas modifié par la défor- même inférieures à la limite élastique conventionnelle, entraîne un
mation élastique, et seuls certains défauts localisés subissent un petit comportement d’endommagement différent de celui du régime
déplacement réversible avec un léger frottement : le coefficient de monotone, et qui a surpris ceux qui en ont subi les premiers les
perte A des métaux est très faible, de l’ordre de quelques 10– 4, à conséquences [rupture par fatigue des essieux de wagons,
l’exception de la fonte (0,01), de certains alliages de Mg, et d’alliages W. Rankine 1843].
Mn-Cu. Le processus d’endommagement en endurance limitée
commence :
— soit par la formation de microfissures sur des « points durs »
2.2.2 Fatigue internes, ou superficiels ;
— soit par une localisation du glissement, les bandes de glisse-
Le phénomène de fatigue est l’endommagement progressif, ment persistantes (BGP). Le débouché de ces bandes à la surface
aboutissant éventuellement sans déformation apparente à la entraîne la formation de marches à la surface, qui favorisent à leur
rupture, de pièces subissant en service des contraintes variables non tour des concentrations de contrainte, puis la formation de micro-
monotones, et répétées, même inférieures à la limite élastique fissures. D’où l’importance de l’état de surface et des contraintes
conventionnelle. superficielles.

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Amplitude de contrainte σa (MPa)


Acier traité
Re = 670 MPa
Rm = 810 MPa
800

Ch
Amplitude de contrainte

ar
ge
Rm

de
Domaine Domaine

ru
Re d'endurance d'endurance

pt
600

ur
limitée illimitée

e
104 cycles
Domaine
oligocyclique
105 cycles
Zone de
rupture 400
107 cycles
probable
Zone de
non-rupture
probable Limite d'endurance
à N cycles
200
σD(N )

Li
m
ite
él
Limite de fatigue σD

as
tiq
ue
0
lg N 0 200 400 600 800
Contrainte moyenne σm (MPa)
N durée en nombre de cycles
b diagramme de Haigh
a courbe de Wöhler

K Ic

da /dN (mm/cycle)
Rupture brutale

10–2
Contraintes maximale et minimale (MPa)

800 Charge de rupture

cl es
4 cy
0
)1 Limite
ax s élastique 10–3
600 cle
m

cy

5
0 s
)1 cle
ax 7 cy
m
10

)
400 ax 10–4 Région I
m

Propagation
très lente Région III
Propagation
∆Kth rapide
200
Tension

10–5
s
cle

Région II
cy

Propagation lente
10 7
in )

0
le s
m

Compression

Acier traité 10–6


cle
cyc
cy

Re = 670 MPa
n 1 4
10 5

Rm = 810 MPa
mi )
in )

– 200
m


10–7
0 200 400 600 800 8 10 20 30 40 50 60 80 100
Contrainte moyenne σm (MPa) ∆K (MPa.m–1/2)

c diagramme de Goodman d propagation de fissure da /dN = f (DK) (loi de Paris)

Figure 8 – Courbes conventionnelles de fatigue et de propagation de fissure en fatigue

Ensuite, la microfissure se propage progressivement, mettant en entre sa valeur maximale σ max et sa valeur minimale σ min , le
jeu une zone très étroite autour d’elle, ce qui explique l’absence facteur d’intensité de contrainte varie dans l’intervalle
apparente de déformation. Pour une contrainte appliquée σ, variant ∆K = (σmax – σmin)(πa )1/2. Les mesures de longueur de fissure a en

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fonction du nombre de cycles N sont reportées dans un diagramme mée par un gradient de concentration local de telle ou telle espèce
[lg (da /dN ), lg (∆K )]. Ce sont des essais délicats et chers. Ils montrent atomique dC/dx le long de la direction x (figure 9) —, l’agitation
(figure 8d ) que la vitesse de propagation de la fissure présente trois thermique va provoquer un flux d’atomes plus important des régions
stades successifs : plus concentrées (C + dC ) vers les régions moins concentrées (C ),
— la fissure est fixe en deçà d’un seuil critique ∆K th ; et ce flux sera proportionnel au gradient de concentration :
— elle se propage très lentement (10–7 à 10– 5 mm/cycle) dans J = – D ∂C / ∂x (1re loi de Fick)
un premier stade ;
— puis à vitesse croissante dans un deuxième stade dit de avec J flux en nombre d’atomes/(m2 · s),
propagation lente en suivant sensiblement la loi de Paris : C concentration en nombre d’atomes/m3,
D (m2/s) coefficient de diffusion dont la signification est
da/dN = Cte · (∆K )n
donnée un peu plus loin .
— avant de prendre en stade III une croissance rapide jusqu’à
En régime permanent (C et C + dC étant maintenus constants en
atteindre, vers une vitesse de l’ordre de 0,1 mm/cycle, la rupture
x et x + dx ), il s’établit un profil de concentration d’équilibre.
brutale lorsque le facteur d’intensité de contrainte atteint sa valeur
critique K Ic . En régime transitoire, les flux entrant J dt et sortant (J + dJ ) dt
doivent respecter la conservation du nombre total d’atomes. On
L’initiation et la propagation de fissure en fatigue sont influencées
montre qu’en supposant D indépendant de C, donc de x et de t,
par la nature du matériau et son état microstructural, mais aussi
l’équation de diffusion s’écrit :
fortement par d’autres facteurs (cf. figure 22) :
— l’état de surface est important pour le stade d’initiation, y ∂C /∂t = D (∂ 2C / ∂x 2) (2e loi de Fick)
compris les contraintes résiduelles (mettre en compression la sur-
Le coefficient de diffusion D en m2/s est un indicateur du libre
face inhibe l’initiation de microfissures) ;
parcours moyen des atomes LPM, pour une durée t :
— le mode de sollicitation (flexion, torsion, traction...) sans parler
des chargements complexes, souvent plus proches des conditions LPM = (2Dt )1/2
réelles de service ;
— l’environnement du matériau qui peut affecter fortement le et il croît exponentiellement avec la température :
comportement de la zone de fissure « fraîche » ; D = D0 exp (– H/kT )
— les niveaux respectifs de la contrainte moyenne, et de l’ampli-
tude de contrainte ; avec k (J/K) constante de Boltzmann,
— etc. T (K) température absolue,
Réalisés sur des éprouvettes normalisées, les essais de fatigue D0 (m2/s) facteur de fréquence.
sont parfois étendus à des éprouvettes de forme moins simple
lorsque le comportement en fatigue doit être connu avec beaucoup L’enthalpie H d’activation de la diffusion est égale à environ la
de rigueur pour des pièces subissant des sollicitations complexes. moitié de l’énergie de cohésion pour les métaux.
Exemple d’ordre de grandeur : la diffusion des atomes de fer
dans un cristal de fer est quasi nulle à la température ambiante et le
LPM est d’environ 0,1 µm au bout d’une seconde à 900 oC. En revan-
3. Rôle de la température che, les petits atomes, qui se placent en sites interstitiels (H, C, N) sont
beaucoup plus rapides : le LPM après une seconde d’un atome de car-
bone est 10 µm à 900 oC (dans la ferrite α), et 1 µm à 911 oC
On a volontairement ignoré la température dans le paragraphe dans l’austénite γ. La diffusion du carbone est plus facile dans la
précédent. Les conditions de service des organes de machines les ferrite (voir tableau 4 donnant les valeurs de D d’éléments d’alliage
amènent le plus souvent à travailler à température ambiante dans Fe). L’atome d’hydrogène, en raison de sa très faible taille, est un
(≈ 300 K), mais aussi pour un bon nombre à des températures diffuseur très rapide : à température ambiante, son coefficient de diffu-
moyennes ou élevées, et dans certains cas à basse température sion est déjà 400 fois plus fort que celui du carbone à 800 °C (tableau
(domaine cryogénique). Quelles implications cette condition de 4).
service a-t-elle pour le matériau métallique ?
La diffusion est plus rapide dans les régions de désordre,
comme les joints de grains ou les lignes de dislocation, ce qui
3.1 Température et cohésion explique les processus de fluage-diffusion à haute température
(cf. § 4.3).
La température absolue [T (K) = T (oC) + 273,15] est l’expression
Les processus de diffusion jouent un rôle considérable dans
macroscopique de l’agitation aléatoire des particules de matière.
l’homogénéisation des alliages, dans les traitements thermiques,
Ainsi, au zéro degré absolu (température inaccessible), il n’y a pas
dans le soudage et le brasage, dans la formation et la croissance
la moindre agitation. À la température T (K), l’énergie d’agitation
des oxydes, dans le frittage et la métallurgie des poudres.
thermique est de (1/2)kT (k = 1,38 · 10– 23 J/K étant la constante de
Boltzmann) par degré de liberté. ■ D’autre part, on atteint à la température de fusion une déstabili-
Dans un cristal, cela se traduit par des vibrations assez désor- sation du cristal qui passe brutalement à l’état liquide (les atomes se
données des atomes, mais qui ne sont pas rigoureusement indé- sont très peu éloignés les uns des autres, mais glissent facilement
pendantes en raison des forces interatomiques. Si on élève la les uns sur les autres) et la fluidité augmente brutalement :
température, on lutte contre les forces de cohésion interatomiques, — le coefficient de viscosité dynamique η qui exprime le rapport
ce qui entraîne deux types de phénomènes. entre la contrainte appliquée σ et la vitesse de déformation (dε /dt )
passe d’environ 1015 Pa · s (cristal) à environ 0,01 Pa · s (liquide) ;
■ D’une part, le caractère aléatoire de l’agitation permet d’aider à — la température de fusion Tf indique le niveau d’agitation
la migration d’atomes dans le cristal (processus de diffusion ato- thermique qui entraîne l’effacement de l’organisation solide cristal-
mique, création de lacunes). line, et donc le passage à l’état liquide. L’enthalpie molaire de
Si le solide a une composition et une température uniformes, les fusion Lf , qui est, pour les métaux, proportionnelle à la tempéra-
atomes peuvent se déplacer de proche en proche de façon aléatoire, ture de fusion [Lf /Tf = Sf = 9,6 J/mole · K] représente à peu près un
ce qui ne change pas grand-chose à l’arrangement global. Par contre, dixième de l’énergie de cohésion du matériau, et constitue donc un
s’il existe une composition différente d’un point à un autre — expri- indicateur simple et très représentatif des forces interatomiques. (0)

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Aspect atomique

A B
CA CA CA
J.dt (J + dJ )dt
t=0 t1 t2 > t1
C (x, t ) à T donnée

x x + dx

C C + dC x x x

Aspect macroscopique

a flux d'atomes b influence du temps

Figure 9 – Diffusion atomique

Tableau 4 – Coefficient de diffusion D des éléments d’alliage dans le fer à 800 oC et de H à 20 oC


Fe Ni Cr P Si Al B C N H (T = 20 oC)

D (cm2/s) 5 · 10–12 6 · 10–12 10–11 2,2 · 10–11 5 · 10–11 2 · 10–10 5 · 10–8 2 · 10–7 3 · 10–7 8 · 10–5

(0)

Tableau 5 – Propriétés thermiques des métaux


Cu Mg Au Al Fe Ni Cr Mo Ti Ta W Pt

cp ...................... [J/(g · K)] 0,39 1,02 0,13 0,92 0,45 0,47 0,28 0,52 0,14 0,14 0,13

α ............................ (10–6/K) 17 25 14 24 12 13,3 7,5 5,4 8,5 6,5 4,5 9,1

Tf ................................. (K) 1 358 922 1 337 933 1 811 1 726 2 148 2 883 1 941 3 268 3 683 2 042

αTf .......................... (10–2) 2,3 2,3 1,9 2,2 2,2 2,3 1,6 1,6 1,65 2,1 1,6 1,9

Tamb/Tf ....................... (%) 20 30 20 29 15 16 13 9,5 15 8,4 7,4 13

λ .................... [W/(K · m)] 400 155 320 238 80 91 140 18 56 165 72

Il faut attirer l’attention du lecteur sur le fait qu’à la température ■ La capacité thermique massique c [J/(kg · K)] exprime la capacité
ambiante les métaux sont par rapport à leur cohésion propre dans de stockage dQ de cette énergie de vibration thermique pour une
une situation très bien exprimée par le rapport, Tamb / Tf , des tem- élévation de température dT. On distingue en toute rigueur le cas où
pératures absolues. cette élévation de température se fait à pression constante (cp ) ou à
volume constant (cV ), mais la différence est très faible pour les
Exemple : à température ambiante, l’aluminium est à 30 % de son solides cristallins, peu compressibles.
point de fusion, alors que le fer en est à 15 %, et le tungstène à 7,4 %.
■ Le coefficient de dilatation thermique linéaire α = dL /(L · dT )
exprime l’allongement relatif dL /L lié à une variation élémentaire de
température dT. Cette quantité est pratiquement indépendante de la
3.2 Propriétés thermiques température pour les métaux au-dessus de l’ambiante et de l’ordre
de 10–5/K (tableau 5), et sa valeur varie à l’inverse de la température
Les propriétés thermiques concernent la capacité de stockage et de fusion : αTf ≈ 2 · 10–2. En simplifiant un peu, on peut dire que le
de transfert de l’énergie d’agitation thermique. métal s’est dilaté de 2 % à son point de fusion.

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■ La conductivité thermique exprime le transfert d’agitation ther- En dehors du laboratoire (où l’on cherche à étudier des alliages
mique lié à un gradient de température stationnaire dans un corps. « simples » strictement binaires, ou strictement ternaires), les
En remplaçant le flux d’atomes de la diffusion atomique par un flux alliages industriels contiennent en général de nombreux éléments
de chaleur, on exprime les lois de conductivité thermique de la (ou espèces atomiques) : en plus de l’élément principal qui donne
même façon que celles de diffusion (lois de Fourier). son nom à la famille d’alliages (fer pour les aciers et les fontes,
En régime stationnaire : aluminium pour les alliages d’aluminium...) et des éléments
d’addition ajoutés volontairement, on y trouve des éléments
Q = – λ ∂T/∂x secondaires, présents le plus souvent en petite quantité plus ou
avec Q [J/(m2 · s)] flux thermique, moins précisément contrôlée : ils sont liés à l’origine des minerais,
T (K) température. et aux processus d’élaboration. Ce qui explique que les données
des diagrammes d’équilibre soient sujettes à des différences d’un
et en régime transitoire : auteur à l’autre.
F
∂ T ⁄ ∂ t = λ ⁄ ρc V G ⋅ ∂2 T ⁄ ∂ x2 Exemple : la température du palier eutectoïde des aciers est au
voisinage de 723 oC, mais sa valeur exacte dépend de la composition
avec ρ (kg/m3) masse volumique.
précise.
La conductivité thermique λ [W/(m · K)] est plus élevée dans les
métaux (tableau 5) que dans les polymères (où λ est de l’ordre Ces éléments secondaires sont susceptibles de jouer un rôle non
de 1), et la diffusivité thermique a = λ /(ρcp ) joue dans les échanges négligeable dans le comportement thermomécanique du matériau,
thermiques un rôle analogue au coefficient de diffusion atomique et sont, pour certains, indiqués par des fourchettes de teneur dans
dans les processus de diffusion. les désignations normalisées. La tendance est à une élaboration de
plus en plus soignée des alliages métalliques pour obtenir des per-
Les paramètres de conductivité thermique jouent un rôle essen-
formances mieux contrôlées, même sur de forts tonnages.
tiel dans les traitements thermiques, où ils règlent la rapidité des
échanges, et dans les dispositifs de transferts thermiques, où les Exemple : on peut obtenir des nuances d’acier garantissant en pra-
métaux, bons conducteurs, sont largement employés. tique industrielle courante des teneurs en soufre et en phosphore infé-
rieures à 20 parties par million, voire 10 ppm. Les teneurs en impuretés
présentes dans l’aluminium liquide après électrolyse et affinage sont
3.3 Microstructures d’équilibre inférieures à 3 ppm pour Li, 1 ppm pour Na, 0,1 ppm pour H.
La configuration la plus stable d’un métal pur ou d’un alliage métal- Bien que peu nombreux, certains diagrammes d’équilibre sont
lique est a priori celle qui minimise son énergie. La pression et l’agi- en fait des diagrammes d’équilibre métastable, car certaines
tation thermique sont susceptibles de modifier cette structure phases métastables sont difficiles à transformer en phases stables :
d’équilibre. Si l’on considère seulement l’état solide, et que l’on se
place à la pression atmosphérique, on pourra représenter la structure Exemple : le plus connu est celui des alliages fer-carbone où appa-
d’équilibre en fonction de la composition et de la température. raît le composé défini cémentite Fe3C, lorsque la teneur en carbone est
inférieure à 1,5 % en masse (aciers), alors que le diagramme stable est
■ Pour un métal pur, il y a en général une seule structure cristalline le diagramme fer-graphite (utilisé pour les fontes de fer où la teneur en
pour toutes les températures inférieures à Tf , et l’on a vu que cette carbone est supérieure à 1,5 %).
structure était CFC, HC ou CC à quelques exceptions près (Mn).
Toutefois, certains métaux présentent une structure qui dépend de Le diagramme d’équilibre permet de connaître, pour une composi-
la température : Fe (3 structures voir figure 10a ), Ti(2), Mn(4), U(3), tion et une température données, l’état structural d’équilibre : struc-
Sn(2) et les changements de structure liés à des traitements tures cristallines (phases) présentes, leurs compositions, et leur
thermiques auront une certaine importance pour les utilisations. quantité relative. En revanche, le diagramme n’indique rien sur la
grosseur des cristaux, ni leurs formes, ni leurs orientations relatives,
Exemples : qui dépendent de l’histoire thermomécanique antérieure. Et l’on a
Fer : CC (T < 910 oC), CFC (910 à 1 400 oC), CC (1 400 oC à Tf ) déjà dit que les propriétés mécaniques étaient aussi sensibles à ces
Titane : HC (T < 882 oC), CC (882 oC à Tf ) paramètres. Connaître l’état microstructural d’un alliage nécessite
donc de disposer du diagramme d’équilibre, mais également d’obser-
■ Pour un alliage, la composition s’exprime en composition ato- vations métallographiques pour déterminer complètement la micros-
mique ou en composition pondérale et nécessite un paramètre si tructure. Les techniques de microscopie optique et électronique et de
l’alliage est strictement binaire (deux espèces atomiques présen- radiocristallographie permettent d’accéder à ces informations.
tes), deux paramètres s’il est strictement ternaire (trois espèces
atomiques présentes) et ainsi de suite.
Dans la pratique, on dispose de diagrammes d’équilibre d’allia- 3.4 Changement d’état structural
ges binaires et ternaires en assez grand nombre [19] [20] et plus ou et traitements thermiques
moins complets (cf. figure 10b ), et de coupes pseudo-binaires
d’alliages ternaires et quaternaires (figure 10c et d ). Lorsque l’on change la température d’un alliage donné, en
■ Dans un diagramme d’alliage binaire, un point du graphe (tempé- passant de T1 à T2 , le diagramme d’équilibre permet de connaître
rature T, composition C) correspond à un alliage de composition l’état structural d’équilibre de départ et celui d’arrivée.
donnée C à une température donnée T. Ce point est situé : Mais lorsque l’on réalise effectivement l’expérience, l’histoire
— soit dans un domaine monophasé, et la microstructure est thermique du passage de T1 à T2 n’est pas la même d’un point à
formée de cristaux tous identiques de même composition C que l’autre du solide traité et la transformation est sensible à cette
l’alliage ; histoire, et plus particulièrement à la vitesse locale de changement
— soit dans un domaine biphasé, et la microstructure est formée de température. En effet, le changement s’opère sous l’influence
d’un mélange de deux espèces de cristaux, chacune de structure et du changement de l’énergie interne du solide, représentée par son
de composition bien définies. La composition de chaque espèce enthalpie libre :
est donnée par les points frontières C1 et C2 > C1 du segment G=H–T·S
isotherme tracé dans le domaine biphasé à la température choisie.
avec H enthalpie de l’alliage,
La quantité relative de chaque espèce est donnée par la quantité
(C – C1)/(C2 – C1) pour l’espèce 2 et (C2 – C)/(C2 – C1) pour S son entropie,
l’espèce 1. T température absolue.

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371

Température (°C)
50 % Sn
316 50 % Pb

T (°C)
260 Solution solide β
Pression atmosphérique (< 1 bar = 105 Pa)
α + liquide Courbe
Courbe du solidus
Liquide Courbe i du liquidus
204 du solidus
Solution e β + liquide
1 540 δ solide
k m n
α Eutectique
1 400
149
γ Courbe de solubilité solide
T1 h
p j
910
93
Courbe de solubilité solide
Mélange de 2
solutions solides
38 α+β
α ε
0
– 18
0 % Sn 50 100 % Sn
100 % Pb 0 % Pb
5 10 15 p (GPa) Teneur en étain et en plomb (%)

a diagramme température-pression du fer pur b diagramme binaire étain-plomb


Noter la phase ε à partir de 13 GPa L'alliage à 50 % Sn-50 % Pb à la température T1 (point p) est biphasé :
— 55 % de solution solide α de composition Sn-8 % Pb (point h)
— 45 % de plomb pur (point j)

T (°C)
L +δ L +δ+γ
T (°C)
L +δ L +δ+γ
1 400 i
h L +γ e
δ δ +γ
i L +γ
e
1 200 δ γ γ
+ γ +Cm
γ 1 000
s α + γ +Cm
α p
γ +Cm
800

600 s
α + Cm

α + Cm
400
α + γ + Cm
200

0 0,5 1 C (%) 0 0,25 C (%)

Fe-18 % Cr-C Fe-18 % Cr-8 % Ni-C

c coupe pseudo-binaire Fe-18 % Cr-C de 0 à 1,2 % C d coupe pseudo-binaire Fe-18 % Cr-8 % Ni-C de 0 à 0,5 % C

Les phases présentes sont : la phase liquide L, la ferrite α, l'austénite γ, la ferrite δ et les carbures mixtes de chrome Cm.
On note l'existence de domaines triphasés

Figure 10 – Diagrammes d’équilibre

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Température (°C)

Température (°C)
900 900

Ac3 Ac3
800 800
A
Ac1 HV Ac1

88 65 65
700 700
50
A+F+C F+C 90 40 A + F + C 35
20
A A+F 30 20 20
600 100 600
5 A+F+C
5
10
500 500

284 1 A + F + C*
A + F + C* Transformation bainitique A + F + C*
400 310 400
MS MS 35
A+M M90 1 60 50
300 300 A+M 20 20 10
Dureté Vickers
A+M
200 200

100 100
Transformation martensitique

530
423
402
327
287
254
224
195

174
505 Dureté Vickers

0 0
1 2 5 10 20 50 100 500 103 104 105 1 2 5 10 20 50 100 500 103 104 105
200 200
Temps (s) Temps (s)

A austénite Courbe de refroidissement fléchée : 30 % de A initiale est transformée


F ferrite primaire en ferrite primaire F, 5 % de A initiale en perlite C, etc.
C perlite
C* bainite
M martensite

a diagramme TTT isotherme de l'acier 25CrMo4 b diagramme TRC en refroidissement continu de l'acier 25CrMo4

100
Structures (%)

HV

80 500

Ferrite primaire B Dureté


60 400
Martensite

40 Perlite 300
Bainite

20 200
Dureté
0 100
0,1 0,5 1 5 10 50 100
v * = 400/∆t 37 00 00 (°C/s)

c traduction de b : structures et dureté en fonction de la vitesse normalisée de refroidissement


v * = 400/∆t 37 00 00 (°C/s) : la courbe fléchée sur le diagramme TRC correspond à l'état final (B)

Figure 11 – Diagrammes de transformation de phases

Autrement dit, on passe de G (T1) minimale à G (T2) minimale. ■ Si l’on fait varier lentement la température, on augmente la
C’est le moteur de la transformation. Le mécanisme de la possibilité de voir la transformation prévue se réaliser. À moins que
transformation est essentiellement la diffusion atomique (cf. § 3.1), la formation de phases métastables difficilement transformables ne
processus de déplacement relatif d’atomes qui prend du temps. vienne bloquer le processus.

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■ Si l’on augmente la vitesse de changement de température, sur- Bien sûr, toutes les espèces atomiques présentes subissent le
tout dans le cas d’un refroidissement rapide (trempe), on risque de phénomène de diffusion, ce qui rend les choses complexes et
se retrouver dans une situation structurale différente de celle parfois néfastes.
prévue, et dans laquelle l’enthalpie libre G’(T2) est supérieure à
G (T2) d’équilibre. Le système est hors d’équilibre, et l’état micro-
structural observé diffère de celui prévu :
— soit on garde l’état structural initial mais en situation instable ;
— soit une transformation structurale se produit — sans 4. Actions conjuguées
diffusion — et on a une structure nouvelle, métastable. de la contrainte
Cette nouvelle situation complique les choses, mais offre la pos-
sibilité d’obtenir des états microstructuraux nouveaux, aux et de la température
propriétés mécaniques différentes.

■ Une élévation de température ultérieure judicieuse (revenu) Qu’ajoute la température à l’action des contraintes sur le
permet de faire évoluer la microstructure vers son état d’équilibre comportement de déformation ? L’agitation thermique est désor-
stable, de façon contrôlée, et donc d’obtenir des propriétés donnée, et un atome isolé la subit sous forme d’une vibration
mécaniques encore différentes. aléatoire. Dans un cristal, les atomes ne sont pas indépendants, et
leurs interactions influent sur le comportement du matériau.
On voit alors que les traitements thermiques deviennent un L’agitation thermique tend a priori à assister l’action de la contrainte,
moyen de moduler les propriétés mécaniques d’un alliage donné, mais son caractère désordonné ne facilite pas les actions qui
dans des proportions très importantes. nécessitent les mouvements coordonnés d’un ensemble d’atomes.

Exemple : un simple acier au carbone peut voir sa résistance


mécanique conventionnelle Rm varier de 450 à 1 200 MPa sous le seul
effet de traitements thermiques. 4.1 Élasticité
On représente les états structuraux dans des diagrammes de La déformation élastique d’un cristal se produit par un écartement
transformation en fonction de la température et du temps : dia- progressif des atomes sous l’action de la contrainte sans que leurs
gramme TTT isothermes ou en refroidissement continu (TRC) positions relatives soient changées. L’agitation thermique augmente
(figure 11a et b ). On utilise aussi souvent des diagrammes don- l’écartement moyen et le (ou les) module(s) d’élasticité vont donc
nant l’évolution de propriétés mécaniques, telles que la dureté, en décroître avec l’élévation de température, mais cette variation est
fonction du traitement thermique (figure 11c ) : diagrammes de faible et sensiblement linéaire avec la température (figure 12).
durcissement structural, diagramme de revenu, courbe de transi-
tion ductile-fragile... C’est une différence importante avec les polymères thermoplas-
tiques, dont le module d’élasticité chute d’un facteur de l’ordre de
Les alliages métalliques présentent ainsi un caractère original : 1 000 au voisinage de leur température de transition vitreuse Tg .
les modifications structurales par traitement thermique d’un
alliage de composition donnée permettent d’obtenir une gamme
ajustable de propriétés mécaniques.
4.2 Limite élastique

3.5 Changement de composition La limite élastique d’un alliage métallique n’est pas une propriété
par diffusion, soudage solide intrinsèque puisqu’elle correspond à l’apparition de la déformation
plastique. Or celle-ci repose sur des mécanismes microscopiques qui
sont sensibles à la température. On a présenté plus haut (§ 2.1.2)
Si on place la surface d’un alliage au contact d’un corps simple le cas du glissement de dislocations qui est un comportement idéal
(formé d’une espèce atomique), la diffusion atomique peut devenir à température absolue nulle, et pratiquement valable à l’ambiante,
non négligeable entre ces deux corps pour une température assez à quelques corrections près.
élevée, et entraîner une modification de la teneur en cet élément
de l’alliage : la quantité diffusée est une fonction décroissante de Si la déformation plastique est difficile à mettre en œuvre, le
la distance à la surface, et croissante du temps. matériau pourra atteindre sa contrainte de rupture sans déformation
plastique : le matériau sera dit fragile et présente un comportement
Exemples : presque exclusivement élastique. Si ce n’est pas le cas, la défor-
mation plastique peut se développer avec une amplitude suffisante
Cet effet est utilisé pour augmenter la teneur en carbone (cémenta- avant la rupture, on parlera de matériau ductile.
tion) ou en azote (nitruration) des couches superficielles des aciers au
carbone, ce qui entraîne une élévation de la dureté superficielle. Selon les conditions de sollicitation en contrainte et en tempé-
rature, la limite élastique peut évoluer de manière différente de la
Cet effet se manifeste aussi au contact d’une atmosphère gazeuse,
contrainte de rupture, et un même matériau pourra être fragile ou
et est à l’origine des phénomènes d’oxydation sèche (oxygène de l’air),
ductile (figure 13c ).
de sulfuration (en atmosphère industrielle contenant du SO2) ; il en est
de même des atmosphères humides et marines, où la corrosion est En règle générale, la limite élastique diminue avec l’élévation de
humide. température, mais cette variation dépend fortement à la fois de la
microstructure et du processus de déformation plastique le plus
Une autre possibilité est de placer deux alliages identiques ou favorable à température donnée. Il n’y a pas de loi simple valable
différents en contact à une température assez élevée mais pour tous les alliages métalliques.
inférieure au point de fusion, la diffusion atomique va entraîner Enfin, il faut prendre en compte la vitesse de chargement en
progressivement une interpénétration de ces alliages assurant leur contrainte ou la vitesse de déformation imposée, car c’est une don-
continuité : on a réalisé une soudure sans fondre le matériau. C’est née souvent contingente dans l’utilisation des pièces métalliques.
ce phénomène qui est à la base du frittage et de la métallurgie des De façon générale, une augmentation de la vitesse de déformation
poudres. équivaut à un abaissement de température : il est facile de

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comprendre que le processus de déformation plastique, qui exige


des déplacements relatifs d’atomes dans le solide cristallin (par
E (GPa) exemple le glissement de dislocations), n’est pas instantané. Une
XC 10 vitesse de déformation plus élevée nécessite une contrainte plus
200 forte, alors qu’une agitation thermique plus forte tend à abaisser la
Tf = 1 520 °C contrainte permettant la déformation plastique à une même vitesse
A 31 INCO 718 (figure 13a et b ).
6

Titane
Tf = 1 410 °C
100 4.3 Déformation plastique en fonction
AU4G Tf = 1 668 °C de la température et de la contrainte :
vitesse de déformation
Tf = 638 °C En parcourant le domaine des températures du zéro absolu à la
0
température de fusion, et le domaine des contraintes de la valeur
20 100 200 300 400 500 600 700
utile la plus élevée (décohésion théorique à G/10 cf. § 2.1.2) aux
Température (°C) valeurs assez faibles pour qu’aucune déformation plastique ne se
produise (de l’ordre de G/106), on rencontre divers processus de
déformation plastique des matériaux métalliques, qui peuvent être
Figure 12 – Variation du module d’élasticité avec la température ramenés à quatre principaux.

T = 20 °C dε/dt = 10–6/s T = 20 °C dε/dt = 10–4/s


σ σ σ σ
dε/dt = 6.103/s T = 78 K

dε/dt = 5.102/s T = 78 K 2.102/s


144 K

10–1/s 194 K

10–4/s 296 K
10–6/s 296 K

εp εp εp εp
a courbes de traction de l'aluminium (métal CFC) b courbes de traction du tantale (métal CC)
Ténacité K Ic (MPa.m1/2)

300

Essai de durée 1 min


200
Ductile

100

Essai de durée quelques


Fragile millisecondes
0
– 200 – 150 – 100 – 50 0
Température (°C)

Les différents points correspondent à des valeurs de sources différentes

c courbes de transition fragile ductile d'éprouvettes de flexion en acier E36

Figure 13 – Influence de la vitesse de déformation et de la température sur des courbes de traction et courbes de transition fragile-ductile

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■ Le premier, donné pour mémoire, correspond à un cristal au zéro contraintes. Les dislocations ne bougent pratiquement pas, et seule
absolu et sans défauts : le cristal ne se déforme qu’élastiquement la diffusion atomique permet sous faible contrainte des déplace-
jusqu’à atteindre la contrainte de cisaillement théorique (cf. § 2.1.2) ments d’atomes depuis les joints de grains parallèles à la contrainte
de l’ordre de G/10. Ce phénomène se manifeste dans les monocris- (et mis en compression par celle-ci) vers ceux qui lui sont perpendi-
taux métalliques filamentaires très fins (diamètre de l’ordre du culaires (mis en extension par la contrainte). Plus les grains (cris-
micromètre), ou whiskers, où n’existe aucun défaut. taux) sont petits, plus la vitesse de déformation sera grande. La
vitesse de déformation plastique est alors proportionnelle à la
■ Le second est celui des glissements de dislocation en présence contrainte selon une loi de comportement de la forme :
d’une faible agitation thermique (figure 14a ). C’est à peu près celle
décrite dans le paragraphe 2.1.2. Les dislocations glissent sous dε /dt = AσΩD*/(d 2kT )
l’action de la contrainte, se rencontrent et se gênent mutuellement,
tendant à se bloquer dans des enchevêtrements de plus en plus avec A constante,
complexes formant des parois de cellules (figure 14a ). Il faut élever D* facteur lié au coefficient de diffusion,
la contrainte pour continuer à réaliser de la déformation plastique. d taille de grain,
L’agitation thermique étant désordonnée, la participation, par un Ω volume atomique.
mouvement coordonné, de plusieurs atomes à la mobilité locale
d’un segment de dislocations n’a qu’une probabilité inférieure à Les grains tendent à s’allonger dans la direction de la contrainte
l’unité de se manifester, cette probabilité augmentant avec la tem- sans changer de volume, ce qui entraîne la déformation.
pérature. Cela se manifeste dans la loi de comportement exprimant Comme la déformation plastique implique principalement des
la vitesse de déformation plastique en fonction de la contrainte σ : cisaillements, Ashby a proposé de représenter de façon synthétique
une carte des processus de déformation dominants, c’est-à-dire de
dε /dt = A exp (– B(σ)/kT )
ceux qui assurent la déformation plastique la plus facile. En portant
avec A constante, en ordonnée la contrainte σ rapportée au module de cisaillement
B fonction de la contrainte σ. G, soit σ/G, et en abscisse la température T (K) rapportée à la
température de fusion Tf (K), on trace une véritable carte des pro-
Cette situation correspond assez bien au domaine de tempéra- cessus de déformation. De plus comme on l’a vu, la limite élastique
tures inférieures et voisines de l’ambiante : σe et la contrainte d’écoulement plastique σ (εp) dépendent de la taille
— dans les métaux de structure CFC où il existe un grand de grain : en glissement de dislocations, la limite élastique décroît
nombre de systèmes de glissement, l’effet est faible sur la limite quand la taille de grain est plus grande (loi de Petch cf. § 2.1.2), la
élastique (figure 13a ), mais marqué sur la consolidation. vitesse de déformation croît quand la taille de grain diminue. Il faut
donc préciser la taille de grain.
Exemple : pour Al, la chute de limite élastique de T = 77 K à
Les vitesses de déformation, calculées par les lois de vitesse
l’ambiante est de l’ordre de 30 %.
exprimées plus haut, ne sont significatives que pour des valeurs
— pour les métaux de structure CC où le glissement est plus comprises entre 100 %/s (on arrive aux phénomènes de choc) et
complexe, l’effet est plus fort pour la limite élastique, mais plus 10– 9/s (soit 1 % par an). La partie utile du diagramme d’Ashby
faible pour la consolidation (figure 13b ). (figure 15) est donc limitée. Pour autant, ces diagrammes situent les
domaines des comportements dominants de déformation plastique.
Exemple : pour le fer pur, la limite élastique passe de 850 MPa à Sur l’exemple donné (figure 15), on voit bien par exemple
T = 30 K, à 100 MPa à température ambiante. l’influence de la structure (phases ferritique et austénitique) sur
l’importance du fluage logarithmique.
■ Le troisième est le fluage logarithmique (figure 14b ) : il se
manifeste pour les températures supérieures à environ 0,3 Tf et ■ La superplasticité (figure 16) se situe à la limite du fluage
pour des contraintes plus faibles que dans le cas précédent. Sous logarithmique et du fluage-diffusion et sa loi de comportement en
l’action d’une contrainte fixe, le matériau « s’écoule » ou « flue », vitesse de déformation plastique est de la forme :
avec une vitesse de déformation plastique qui est une fonction
puissance de la contrainte. La loi de comportement est de la forme : dε /dt = Aσ m exp (– Q /kT )
dε /dt = Aσ1/m exp (– Q /kT ) avec A constante,
avec A constante, m coefficient compris entre 1 et 2.
1/m paramètre pouvant varier de 2 à 8, Il nécessite que le matériau soit à grains très fins (de l’ordre du
Q énergie d’activation thermique, prenant le plus sou- micromètre) et que la vitesse de déformation ne soit ni trop forte
vent une valeur proche de celle de la diffusion ni trop faible, de sorte que m soit le plus proche possible de l’unité.
atomique. Il se traduit par des déformations plastiques beaucoup plus
importantes que celle qui est usuelle pour les alliages métalliques
L’effet de l’agitation thermique se traduit par une diffusion et qui atteignent des valeurs de 500 à 1 000 % dans des conditions
atomique plus importante, ce qui entraîne notamment la possibilité de température assez précises.
pour les dislocations de se déplacer hors d’un plan de glissement
(par un processus de « montée » et non de glissement), et donc Au plan microscopique, c’est un processus de fluage avec des
augmente leur mobilité. La très grande variété de processus diffusions atomiques préférentielles le long des joints de grains, ce
microscopiques qui peuvent se produire explique que le paramètre qui explique l’importance d’une très petite taille de grain.
1/m puisse prendre des valeurs si étendues. La superplasticité a été observée dans un très grand nombre
Au niveau microscopique, les dislocations tendent à se déplacer d’alliages, souvent proches d’une composition eutectique :
à l’intérieur de cellules de dimension assez rapidement stable. Les — alliages à bas point de fusion (alliages de Pb, Sn, Zn, Mg) ;
parois de ces cellules sont très organisées et servent à la fois de — alliages d’aluminium ;
sources (émission) et de puits (absorption) de dislocations — alliages de titane ;
(cf. figure 14b ). Il y a une sorte d’équilibre dynamique, qui permet — superalliages de nickel...
une déformation plastique importante sans élever la contrainte.
Elle permet des formages à chaud difficiles par d’autres métho-
■ Le quatrième est le fluage-diffusion : cette situation extrême des, mais exige des conditions sévères, ce qui la rend coûteuse
correspond aux fortes températures et aux très faibles niveaux de (température élevée, vitesse de déformation assez faible).

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a1 a2 a3 a4

a glissement de dislocations en présence d'une faible agitation thermique


Déformation croissante :
a1 : quelques dislocations initialement présentes
a2 : début de formation de parois
a3 et a4 : grossissement des parois de dislocations enchevêtrées

b1 b2 b3 b4

b fluage logarithmique
Déformation croissante :
b1 : quelques dislocations initialement présentes
b2 : formation de parois « organisées »
b3 et b4 : stabilisation dynamique des parois bien « organisées »

c1 c2 c3 c4

c restauration (voir § 2.1.2)


c1 : le polycristal est très déformé (cf. a4)
c2, puis c3, puis c4 : les parois enchevêtrées se décomposent sous l'effet
de l'agitation thermique, en formant des parois fines et bien organisées

d1 d2 d3

d recristallisation (voir § 2.1.2)


d1 : comme c1
d2, puis d3 : une cellule devient germe d'un nouveau cristal
et s'étend au détriment des régions environnantes

Figure 14 – Évolution de la distribution des dislocations

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faible (rupture transgranulaire) ou par décohésion des joints de


Température (°C) grains (rupture intergranulaire). On en connaît plusieurs variantes
– 200 0 200 400 600 800 1 000 1 200 1 400 selon les conditions de contraintes locales.
10–1 104
Acier au Cr,Mo,V ■ La rupture ductile à faible température est assez souvent

Contrainte de cisaillement normalisée σ/G

Contrainte de cisaillement à T = 300 K (MPa)


Taille de grain rencontrée dans les alliages métalliques à l’ambiante. La présence
α d = 100 mm
d’inclusions (microcristaux d’une phase plus dure que les gros
Structure α (CC) +
10–2 Glissement de dislocations
γ Structure γ 103 grains) facilite le développement de concentrations locales de
(CFC) contraintes, qui peuvent devenir élevées, et entraîner la formation
Tsolidus de microfissures, soit par fissuration des inclusions dures, soit par
décohésion à l’interface inclusion - gros grains. Entre les micro-
10–3 dε/dt = 10–2/s 102 fissures, la déformation plastique développe des strictions. Le faciès
1/s de rupture est un faciès caractéristique à cupules. Des inclusions
à 10–6/s 10–9/s
Recristallisation pouvant être présentes dans les joints de grains, on pourra avoir des
Fluage 10–3/s ruptures transgranulaires et intergranulaires.
10–4 logarithmique 10
Dans cette zone, ■ La rupture par fluage intervient dès les températures moyennes.
le fluage est inefficace 10–6/s Les processus de formation et de croissance de microcavités sont
(dε/dt < 10–9/s = 1 %/an) : dépendants non seulement de la déformation de fluage, mais aussi
10–5 pas de déformation 1 de la diffusion atomique sous faible contrainte. Les faciès sont inter-
Fluage granulaires (des microcavités se forment dans les joints de grains
plastique diffusion
dεd/d
ε/d
t =t 10 –9/s
= 10–9 /s
perpendiculaires à la direction de la contrainte) ou transgranulaires.
■ La rupture à haute température sans formation de microcavités
10–6 10–1
peut se produire si on supprime toute inclusion, ou si l’adhésion
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
entre inclusion et matrice est forte. Une autre source de tels
Température réduite T /Tf (Tf = 1 810 K) processus de rupture est l’intervention d’une restauration ou d’une
recristallisation dynamique, qui entraîne la formation de grains
Figure 15 – Modes et vitesses de déformation en fonction quasi dépourvus de dislocations. La déformation plastique peut
de la contrainte et de la température réduites [15] alors se poursuivre, jusqu’à ce que la striction de l’éprouvette soit
totale. C’est en quelque sorte une rupture sans rupture !
Des cartes de modes de rupture peuvent être dressées en
fonction de la contrainte de traction σn rapportée au module
d’Young E, soit σn/E, et de la température T rapportée à la tempé-
εp max (%)
rature de fusion Tf , soit T/Tf (figure 17b ). La comparaison d’un
métal CFC (Al), d’un métal CC réfractaire (W), d’une céramique
(alumine), montre la tendance croissante à une rupture fragile dans
tout le domaine des contraintes et des températures.
800
Il est tentant de chercher un critère pratique exprimant la
tendance à la rupture fragile. En tenant compte de ce qui a été
600 exposé précédemment, on pourrait avancer l’action contraire de
deux paramètres :
400 — l’énergie de cohésion, qui indique la capacité de stockage
d’énergie élastique, à travers par exemple le module élastique de
compression isotrope :
200
K = (1/V ) dV/dp ;
0 — la résistance à la déformation plastique, à travers par exem-
0 200 400 600 800 1 000 ple la limite élastique σ0 à très basse température.
Température (°C) Plus celle-ci est faible, plus la plastification en tête de fissure
Alliage de titane Ti - 6 % Al - 4 %V relaxera la contrainte en tête de fissure. Plus K est élevé, plus
Taille de grains d = 3,5 mm
l’énergie élastique stockée libérée à l’ouverture de fissure sera
grande. Les effets sont antagonistes, et le rapport σ0 /K sera d’autant
Vitesse de déformation dε/dt = 3.10–4 s–1
plus grand que le matériau est fragile (tableau 6).
(0)

Figure 16 – Superplasticité : déformation plastique maximale


d’un alliage de titane en fonction de la température
Tableau 6 – Tendance à la fragilité
des matériaux cristallins
4.4 Rupture
Métal CFC Métal CC Céramiques
On sait que les processus de rupture ne sont pas des processus
Ag Cu Al Fe Ta W Al2O3 SiC
de déformation plastique. Là encore, le niveau de contrainte et la
température jouent leur rôle, ainsi que la microstructure. On
distingue pour les alliages métalliques quatre modes principaux de K ............ (GPa) 104 141 82 160 192 305 247 227
rupture (figure 17a ).
σ0 ........... (GPa) 0,3 0,4 0,25 1,1 1,5 3,8 13,5 18
■ La rupture fragile se produit par décohésion selon des plans
atomiques (ou clivage), la déformation plastique étant nulle ou σ0 /K ...... (10– 2) 0,3 0,28 0,3 0,7 0,8 0,5 5,5 7,9

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B C
Température croissante

Clivage Rupture Croissance de cavités Rupture Rupture par


fragile par déformation plastique par striction cisaillement
intergranulaire (transgranulaire) (intergranulaire)

Matériau fragile Matériau ductile

E D E

Rupture intergranulaire par fluage Croissance de cavités Rupture avec restauration


(cavités) (fissures) par fluage logarithmique ou recristallisation dynamique
(transgranulaire) (intergranulaire)

a schéma simplifié des mécanismes de rupture en sollicitation monotone

10–1 10–1 10–1


σ n /E σ n /E σ n /E
H
10–2 10–2 H 10–2
B II
C B II
10–3 D 10–3 B III 10–3
C B III G
G
D
10–4 E 10–4 G 10–4
BI
BI E
E
10–5 10–5 10–5

Métal CFC (aluminium) Métal CC réfractaire (tungstène) Oxyde (alumine)

0,2 0,4 0,6 0,8 1 0,2 0,4 0,6 0,8 1 0,2 0,4 0,6 0,8 1
T /T f T /Tf T /Tf

H rupture dynamique (choc) D rupture par fluage transgranulaire


B rupture fragile E rupture par fluage intergranulaire (cavités sur les joints)
C rupture ductile à température faible et moyenne G rupture par déformation plastique

b carte des modes de rupture en fonction de la contrainte et de la température normalisées

Figure 17 – Modes de ruptures (d’après M.F. Ashby [16])

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5. Paramètres
caractéristiques B B

Bs
Ayant décrit les principaux éléments du comportement en défor-
mation, il devient utile de rechercher des indicateurs pratiques.
Rappeler quelques propriétés physiques, et relever les paramètres Bs
expérimentaux issus des essais mécaniques classiques sera une Br
première étape. Citer quelques lois de comportement phénoméno-
logiques pour en tirer des modélisations prédictives confrontables
à l’expérience sera le deuxième point. Passer des essais simples aux
contraintes et déformations « équivalentes » est une démarche de
généralisation du comportement.
Hc – Hc Hc Hm
Enfin rappeler que les alliages métalliques sont à des degrés divers
sensibles à la corrosion, qui est un des plus lourds tribus payés pour H H
l’utilisation de ces matériaux, apparaît nécessaire.

5.1 Propriétés physiques


Le mécanicien s’intéresse d’abord à la densité ou à la masse
volumique (1 g/cm3 = 103 kg/m3). Chaque famille d’alliages pré-
sente une densité voisine de celle de son métal de base :
— magnésium : 1,7 ;
— aluminium : 2,7 ;
— titane : 4,5 ;
a matériau magnétique doux b matériau magnétique dur
— zinc : 7,1 ;
— fer : 7,8 ;
— nickel, cuivre et cobalt : 8,9 ;
— tungstène et or : 19. Figure 18 – Courbes d’aimantation de matériaux ferromagnétiques

■ Les propriétés optiques sont de moindre intérêt : d’une part, les


métaux sont opaques à la lumière visible, d’autre part, la couleur de
leur surface est très sensible à l’état de surface, à la nature et à élevé, pour les aimants permanents, les aimants de levage, les
l’épaisseur des éventuels dépôts superficiels. Le pouvoir réflecteur noyaux de haut-parleurs, les moteurs électriques de faible
des métaux est élevé et dépend de la longueur d’onde de la lumière. puissance, les lentilles électromagnétiques pour faisceaux de
L’utilisation de couches superficielles rapportées permet de colorer particules chargées... Les paramètres caractéristiques sont alors
la surface en la protégeant (par exemple dans le cas de l’aluminium l’induction rémanente Br , le champ coercitif Hc et le facteur de
anodisé). mérite Br Hc (voir figure 18b ).
■ Les propriétés électriques sont par contre importantes puisque Pour les transformateurs de tension, très nombreux dans le
les métaux sont les meilleurs conducteurs, s’assurant ainsi une transport d’énergie et dans les machines, un des principaux
place forte dans le transport d’énergie électrique et les machines paramètres de qualité est le rendement énergétique (compte tenu
électriques (principalement Al, Cu). La résistance électrique d’un fil des pertes par hystérésis et par courants de Foucault).
de longueur L et de section S est R = ρL/S, où ρ est la résistivité
électrique exprimée en Ω · cm, qui varie de 1,5 · 10–6 à 10–5 Ω · cm
pour les métaux purs, et peut atteindre 10–4 Ω · cm pour certains
alliages à usage de résistance électrique (alliages Ni-Fe-Cr). L’apport 5.2 Propriétés thermiques
d’un élément d’alliage dans un métal pur se traduit par une
croissance de résistivité. La résistivité croît également avec la Se reporter aux § 3.1 et 3.2.
température.
La supraconductivité (résistivité quasi nulle) à très basse tempé-
rature n’est pas négligeable pour certains métaux (V, Pb, Nb). Mais 5.3 Propriétés mécaniques
ce sont certains alliages qui sont susceptibles d’applications.
■ Les propriétés ferromagnétiques sont un autre atout de certains
métaux et alliages métalliques (à base de fer, de nickel et/ou de 5.3.1 Essais mécaniques et paramètres
cobalt). On distingue : caractéristiques
— les matériaux magnétiques doux, qui doivent réagir rapide-
ment à de faibles variations du champ magnétique extérieur Les paramètres caractéristiques principaux résultent d’essais
H (A/m) sans subir d’échauffement, ce qui nécessite une boucle mécaniques normalisés qui fournissent des indicateurs du compor-
d’hystérésis étroite (figure 18a ) [faible champ coercitif Hc , forte tement mécanique.
susceptibilité magnétique χ et forte induction à saturation Bs], pour
■ Modules d’élasticité
les transformateurs, les inductions de précision... Les paramètres
caractéristiques sont alors la perméabilité magnétique relative µr , Les modules d’élasticité sont mesurés par des méthodes ultra-
Hc et Bs ; sonores, la vitesse de propagation des ondes étant reliée simple-
— les matériaux magnétiques durs, utilisés lorsque le champ ment au module d’élasticité et à la densité. La précision relative est
magnétique doit rester stable dans le temps et être si possible de l’ordre de quelques millièmes.

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F F /S 0 = R σ = R (1 + e)
Fm Rm

Fe Début de Re
striction
E E*

B B A B
∆L ∆L /L0 = e ε = ln (1+e)
Données expérimentales Courbe conventionnelle Courbe rationnelle
a courbes de traction

r (ε1 , α) = ε2 /ε3
ε3
ε2

α ε1

D
DL direction de laminage
r 0,8
D = 1 – E*/E 3
0,6
2 Acier 1
rmoyen = 1,9 0,4 4

0,2 1 2

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 εp
1 Acier 2
rmoyen = 1,16 1 alliage d'Al
2 acier au carbone XC38
3 cuivre pur
0 45 90 α (°) 4 acier E24

b coefficient d'anisotropie c coefficient d'endommagement

Figure 19 – Essai de traction

■ Essai de traction nomènes de striction. Le développement de ces comportements


L’essai de traction consiste à solliciter de façon unidirectionnelle hétérogènes pour des efforts de traction de même niveau ou
des éprouvettes de dimensions normalisées (section S0 , longueur décroissants aboutit à la rupture. Rm constitue donc un indicateur
L0 de la partie utile) avec une force de tension croissante F et à important pour le niveau de contrainte nominale à ne pas atteindre
enregistrer l’allongement résultant ∆L, à une vitesse d’allongement lorsqu’on accepte un comportement de déformation plastique.
relatif de l’ordre de 10–3/s. On en déduit la courbe conventionnelle Soulignons que Rm n’est pas une contrainte de rupture du matériau,
(F /S0 , ∆L /L0), et éventuellement une courbe rationnelle : contrainte cette dernière étant définie par l’état de contraintes au lieu où se
vraie σ, déformation longitudinale vraie ε dans le domaine de réalise la rupture. En ce sens, l’utilisation fréquente du terme
déformation homogène (figure 19a ). Celui-ci est limité par la « charge de rupture » apparaît comme un abus de langage.
droite B sur la figure. ● L’allongement relatif réparti à la rupture A = ∆Lr /L0 est une
mesure de l’amplitude moyenne de la déformation plastique de
Les principaux paramètres sont les suivants. l’éprouvette rompue. L’existence d’une striction entraîne que la
● La limite élastique conventionnelle Re = Fe /S0 (MPa) (qu’il ne contrainte et la déformation plastique ne sont plus uniformes le
faut pas confondre avec une limite élastique théorique). On en long de l’éprouvette, et A n’est pas une mesure de la déformation
déduit, le cas échéant, par l’utilisation des critères de plasticité, l’état plastique maximale du matériau. C’est un indicateur simple mais
(tridimensionnel) de contraintes correspondant au seuil conven- grossier de la capacité de déformation plastique (ou ductilité).
tionnel de plasticité (cf. § 5.3.3). ● Le coefficient d’écrouissage n [n = d(lgσ)/d(lgε)], mesuré dans
● La résistance mécanique conventionnelle Rm = Fm /S0 (MPa), le domaine de déformation plastique homogène, est un indicateur
qui indique la contrainte conventionnelle où apparaissent des phé- de la consolidation du matériau : plus il est élevé plus il faudra

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élever la contrainte pour augmenter la déformation plastique. Le


tableau 7 donne quelques ordres de grandeur. Le coefficient
d’écrouissage est aussi un bon indicateur de la déformation plas- Déformation
tique (εs = n ) à l’apparition de la striction en traction.
σ imposée constante
(0) Rupture

Tableau 7 – Coefficient d’écrouissage de quelques métaux


Stade II
Fe Cu Laiton Al Al-Cu Ti
n 0,43 0,48 0,52 0,24 0,09 0,13

● Le coefficient d’anisotropie r mesuré par le rapport des deux


tr Temps
déformations transversales d’une éprouvette de traction plate
(figure 19b ) est un indicateur de l’anisotropie de déformation
plastique : il dépend de la texture et est utile dans la caractérisation a courbe de fluage
de la mise en forme par déformation plastique.
● Le coefficient d’endommagement D en fonction de la déforma-

Contrainte de fluage à la rupture σr (MPa)


tion (figure 19c ) : si le matériau est endommagé (cf. § 2.1.3), la pré-
sence de microfissures se traduit par un module d’élasticité T (°C)
600
apparent E* (mesuré au cours de l’essai de traction) différent du 760
module E du matériau non endommagé : E* = E (1 – D ). Pour les 400 81 5
métaux, D croît à peu près linéairement de D = 0 pour une défor- 850
mation seuil εD jusqu’à une valeur limite Dr à la déformation de
rupture εr (tableau 8). 200 900
925
(0)
100 982
Tableau 8 – Coefficient d’endommagement Dr à la rupture 80
pour quelques alliages métalliques à température ambiante 1 00
60 0
1 04
Acier Acier Acier Cuivre 40 0
AlCu4Mg
E24 XC38 30CD4 pur
11
00
εd ......... (%) 50 0 2 35 3 20
εr ..........(%) 88 56 37 104 25
10 102 103
Dr 0,17 0,22 0,24 0,85 0,23
Temps à la rupture tr (h)

b contrainte de fluage à la rupture en fonction du temps de rupture


Bien qu’encore peu utilisé, le coefficient d’endommagement et de la température (alliage réfractaire Inconel 100)
représente une information pertinente pour les stades préparatoi-
res à la rupture. Bien avant l’apparition de la striction, l’endomma-
gement commence.
Figure 20 – Essai de fluage
■ Essai de fluage
L’essai de fluage correspond au comportement de même nom
(cf. § 4.3) et se réalise à charge F ou à contrainte fixe σ imposées,
(0)
avec la mesure de l’allongement en fonction du temps. On y dis-
tingue (figure 20a ) : Tableau 9 – Valeurs de A et r en fluage
— le stade de fluage primaire I, où la vitesse de déformation ini-
tialement forte s’abaisse assez vite à une valeur stable ; Application :
— le stade de fluage stationnaire II, où cette vitesse est stable, T essai A (MPa) Contrainte
qui correspond en général à une grande déformation, significative Matériau si tr r (MPa)
de la tenue en service ; en heures pour
(oC)
— le stade de croissance rapide III précédant la rupture. tr = 1 000 h
On en extrait :
— soit des diagrammes isothermes σ (t ) donnant le temps Alliage de Mg 260 162 7,5 48
nécessaire pour qu’une déformation donnée (en stade II), ou la
rupture, se produise pour un niveau de contrainte imposée ; Alliage de Al (2618) 180 317 28 219
— soit des diagrammes donnant la durée de vie (temps à la
rupture) pour une contrainte donnée en fonction de la température Acier 0,12 % C-0,4 % Mn 450 1 660 3,5 282
(figure 20b ).
L’endommagement intervient essentiellement au stade III, et une Acier inox austénitique
Z05CND 17-13 650 555 5,6 111
modélisation approchée de cet endommagement permet d’expri-
mer la durée de vie à rupture t r par une expression de la forme :
800 1 010 10 394
tr = (σ /A )– r/(1 + r ) Réfractaire base Ni
(IN 100)
avec r et A constantes dépendant du matériau, sensibles à la 1 100 244 3,6 23
température (voir tableau 9).

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■ Essai de fatigue
Les essais de fatigue (cf. § 2.2.2) se traduisent par des
Force normale F (N)

informations sur la contrainte correspondant à une durée de vie :


6 courbe de Wöhler, diagrammes de Haigh et de Goodman, et sur la
5 propagation de fissure en fatigue. Les résultats sont sensibles au
mode de chargement (figure 22a ), à la géométrie de l’éprouvette
4 (lisse ou entaillée), à l’état de surface (figure 22b ), à l’environne-
ment...
3
Charge
2

1 Décharge

Contrainte maximale et minimale : σa + σm (MPa)


0
0 1 2 3 4 5 400
Profondeur de pénétration h (µm)

Figure 21 – Essai de dureté : courbe d’indentation 300


(effort/pénétration) d’un acier

200

on
ssi
■ Essai de dureté

p re
L’essai de dureté, plus rapide et moins coûteux que les précédents,

om
consiste à appliquer un indenteur très dur (diamant par exemple) 100

nC
de géométrie donnée avec une charge F donnée sur la surface du

ti o

ion
sio
matériau, et à mesurer après un intervalle de temps assez court

x
Tra
Tor
(quelques secondes) la dimension de l’empreinte résiduelle après

Fle
suppression de l’indenteur. On obtient ainsi une grandeur norma- 0
lisée, la valeur de dureté H exprimée par le rapport normalisé de 100 200 300 400
la force F sur la surface projetée de l’empreinte. On distingue les
duretés Brinnell (HB), Vickers (HV), Rockwell (HR), Knoop... selon les Contrainte moyenne σm (MPa)
caractéristiques géométriques de l’indenteur. Lorsque la charge est – 100
assez faible, et les dimensions de l’empreinte également, on parle
de microdureté (essentiellement de type Vickers).
Des dispositifs de nanodureté pour des charges très faibles Acier 0,35 % C-0,25 % Si-0,97 % Mn
– 200
(0,01 N) ont été développés pour l’étude des couches minces. Limite élastique Re = 310 MPa
Résistance mécanique Rm = 550 MPa
Des courbes d’indentation ont été établies par enregistrement
continu de la force de réaction à la pénétration de l’indenteur en Diagramme de Goodman
fonction de la profondeur de pénétration (figure 21). Certaines
propriétés de la région de surface peuvent être obtenues : a influence du mode de sollicitation mécanique (aciers)
— propriétés directes : dureté d’indentation, travail de pénétra-
tion, restauration élastique, taux de déformation ;
D /σ D

1
0

— propriétés indirectes : module d’élasticité, paramètres rhéo-


Facteur d'état de surface Ks = σS

logiques. 0,5
1
Enfin des essais de rayage à charge imposée ou à pénétration 2
imposée au cours du déplacement de l’échantillon par rapport à 0,9 6
l’indenteur ont été mis au point, permettant d’évaluer la résistance 10
à l’abrasion, mettant en évidence les modes de déformation et
d’enlèvement de la matière. 15
0,8
Dans tous les cas, ces essais ne concernent qu’une profondeur
limitée de matériau, et sont donc caractéristiques des couches 20
superficielles. La préparation soignée de la surface doit donc être
assurée, si l’on souhaite avoir une valeur représentative du maté- rt =
30
riau massif. L’existence d’une empreinte résiduelle implique qu’il y 0,7
a eu localement déformation plastique. Toutefois, il n’y a pas de Rugosité totale rt (µm)
lien simple entre la valeur de dureté et les paramètres de l’essai de Surface lisse : limite de fatigue σ0D
traction. De plus, le volume de matière concerné par un essai étant Surface de rugosité rt : limite de fatigue σS
D
petit, il y a une certaine dispersion des résultats. La valeur de 0
dureté est un indicateur simple, mais de signification imprécise, 500 1 000 1 500
même s’il permet des comparaisons très fréquentes. Résistance mécanique Rm (MPa)
Des corrélations ont été établies, d’un emploi courant, dont le
b influence de l'état de surface et de la résistance (aciers)
domaine de validité doit être précisé.

Exemple : pour les aciers ordinaires, HB est de l’ordre de 3 Rm. Figure 22 – Essai de fatigue

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Des pendules instrumentés permettent d’enregistrer la force


d’impact et le déplacement du marteau en fonction du temps. On

Énergie (J/cm2)
360 peut en extraire l’énergie consommée en fonction du temps.
L’observation des faciès de rupture (parts respectives de faciès fra-
320
gile et ductile) est également un moyen de caractérisation du
Teneur en comportement.
280 carbone (%) : 0,01 0,11
Cet essai est caractéristique du comportement sous choc. Il peut
240 être considéré comme une indication de la ténacité en grande
vitesse de déformation (cf. figure 13c ). Mais il ne doit pas être
200 0,22
confondu avec un essai de propagation de fissure sous contrainte
160 monotone croissante.
0,31 ■ Essais de frottement et d’usure
120
0,43 Les essais de frottement sont des tentatives de caractérisation d’un
80 0,53 phénomène particulièrement complexe et dont la modélisation est
0,63 0,67 loin d’être simple. D’abord parce qu’il s’agit de l’interaction entre
40 deux corps, en présence d’une atmosphère, et que des produits issus
du frottement forment un troisième corps intervenant dans le
0
processus. De plus, le frottement entraîne un échauffement local
– 200 – 100 0 100 200
important, d’où des effets d’oxydation, voire de fusion. Des essais
Température (°C)
variés ont été proposés et des paramètres caractéristiques sont
définis :
Figure 23 – Essai de résilience : influence de la température — le coefficient de frottement µ par glissement, adimensionnel,
et de la teneur en carbone (aciers au carbone) défini par le rapport entre la force tangentielle de résistance par
friction F T et la force normale appliquée F N : µ = F T/FN. Ce coefficient
varie selon que le déplacement est très lent (frottement statique),
Les courbes de Wöhler donnent la contrainte d’endurance σD à ou rapide (frottement dynamique), selon la lubrification [nature du
durée de vie limitée, et la limite de fatigue (en général à pour 106 lubrifiant, épaisseur très faible (frottement onctueux) ou assez
ou 107 cycles). Les mesures de propagation de fissure donnent épaisse pour supprimer les microcontacts solides (frottement hydro-
accès au seuil de propagation ∆Ks , au coefficient de la loi de Paris, dynamique)]... (tableau 10) ;
et au facteur critique d’intensité de contrainte KIc (cf. § 2.1.3). — le coefficient de frottement par roulement µr = T/(FN R ) où T
est le moment de torsion et R un rayon caractéristique de la
■ Essai de résilience géométrie du roulement.
Les essais de résilience ont pour objectif d’estimer la fragilité ou L’usure est définie par la perte progressive de matière dans le
la ductilité d’un matériau soumis à un choc normalisé (mouton « tribo-système ». On utilise :
pendule de Charpy). La vitesse d’impact d’un pendule est de — la perte de masse ∆M par unité de distance parcourue ;
l’ordre de quelques mètres par seconde sur l’éprouvette, et on — le taux d’usure W défini par le volume enlevé par unité de
mesure l’énergie consommée par le choc, qui fournit une indica- distance parcourue.
tion de l’énergie de déformation plastique consommée avant rup-
ture. Ces tests, rapides et économiques, fournissent une grandeur Des cartes d’usure ont été proposées donnant, en fonction de
caractéristique, la résilience KJ (J/cm2). Des valeurs faibles (quel- variables normées :
ques unités) correspondent à un comportement fragile sous choc, — le taux d’usure normé w = W /A (A est l’aire de contact
des valeurs élevées à un comportement ductile. Les tests sont en apparente) et la pression de contact normée p = FN /AH ;
général effectués à l’ambiante, voire dans une gamme allant des — les domaines de comportement (grippage, usure par
basses températures (77 K, température de l’azote liquide) à des délamination, usure douce, usure avec fusion...) pour des vitesses
valeurs de l’ordre de 100 oC (voir figure 23). normées de glissement (figure 24). (0)

Tableau 10 – Ordres de grandeur de coefficients de frottement


Type de contact m Observations

Métaux propres sous vide >5 Les aspérités se soudent (vide spatial)
Métaux propres dans l’air 0,8 à 2 Les métaux s’oxydent
Métaux propres dans l’air humide 0,5 à 1,5 Corrosion humide sous contrainte
Métaux lubrifiés (faible épaisseur) 0,05 à 2 Frottement onctueux
Métaux (lubrification hydrodynamique) < 0,05
Aciers sur palier (bronze, plomb) 0,1 à 0,5 Le palier est plus tendre
Aciers sur céramique 0,05 à 0,1 Céramiques plus dures et non déformables
Métaux sur polymères (PE, téflon) 0,04 à 0,5 Attention à l’usure forte
Céramique sur céramique 0,05 à 0,5 Très peu d’usure
Polymère sur polymère 0,05 à 1 Le téflon est remarquable pour sa « glisse »

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didactiques, cette démarche a l’inconvénient d’avoir un sens phy-


sique restreint, et perd de l’intérêt avec les calculateurs numériques.
Vitesse de glissement V (m/s)
Les modèles phénoménologiques sont moins prétentieux,
10–4 10–2 1 102
10 puisqu’ils visent simplement à décrire sous forme analytique le
comportement. Ils sont donc très utilisés. Les expressions
Pression normalisée p = F /(AH )

Lignes d'usure normalisée constante w = W /A


Grippage analytiques ont des coefficients sans signification toujours
explicite, mais commodes.
w = 10–2 Les expressions analytiques ont des coefficients (tels que A, n,
Usure avec Ky ... dans les relations qui suivent) sans signification physique ou
fusion mécanique bien établie.
10–1
■ Les courbes de traction rationnelles (en traction uniaxiale) se
décrivent par :
Usure par
délamination — la loi de Hollomon : σ = A εn ;
— la loi de Ludwik ou de Rambert-Ostgood :
Usure
oxydative Usure σ = σy + Ky ε n *
10–3 douce oxydative
sévère
qui contient la valeur de la limite élastique σy (en pratique on
néglige souvent la déformation élastique devant l’ampleur de la
w = 10–9 déformation plastique).
Usure ■ Les courbes de fluage en stade II sont décrites par la loi de
ultradouce Norton :
10–5
10–2 1 102 104 σ = λ (d ε/dt)M
Vitesse normalisée v = Va ρ cp / λ De façon plus générale, on peut tenir compte à la fois de la
déformation en distinguant déformation élastique εe et
Carte de phénomènes d'usure pour un contact acier sur acier à sec déformation plastique εp , la déformation totale étant (ε = εe +εp), et
et une géométrie pion frottant sur un disque de la vitesse de déformation plastique (d εp /dt). On décrit le
comportement par les relations :
Le pion se déplace avec une vitesse linéaire V (m/s) et une vitesse
normalisée v = Va ρ cp / λ (sans dimension) où a est le rayon de la zone N
σ = E ε e = K ε p ( d ε p /d t ) M
apparente de contact circulaire, ρ est la masse volumique, cp la
capacité thermique massique à pression constante et λ la conductivité Dans le dernier terme, N exprime l’écrouissage, et M la viscosité
thermique. (ou fluage).
La pression de contact normalisée est p = F /(AH ) où F est la force
■ Les courbes de fatigue en sollicitation cyclique.
normale, A l'aire apparente de contact et H la dureté : p est une 4
● Dans le stade de fatigue oligocyclique (en gros N < 10 cycles),
grandeur sans dimension.
la contrainte maximale est proche de la limite élastique, on peut par
Les courbes d'égale usure normalisée w sont également reportées : exemple imposer une amplitude de déformation plastique
w = W /A où W est le taux d'usure (volume enlevé par unité de distance constante (de – ∆ε à + ∆ε). Dans un premier stade, l’amplitude de
de glissement), A la surface apparente de contact : w est une grandeur contrainte peut croître (écrouissage cyclique) ou décroître (adoucis-
sans dimension. sement cyclique), puis se stabiliser. La durée de vie (nombre de
cycles à rupture Nr) est liée à l’amplitude de déformation plastique
∆εp par la relation de Manson-Coffin (figure 25) :
Figure 24 – Carte d’usure : influence de la vitesse et de la pression
normalisées [17] ∆ ε p N rb = Cte

avec b de l’ordre de 0,5.

5.3.2 Lois de comportement phénoménologiques


Au cours de ce texte, on a déjà énoncé quelques lois physiques
du comportement thermomécanique, notamment des lois de
Déformation plastique
imposée ∆εp à chaque cycle

vitesses de déformation plastique. Fatigue oligocyclique d'un acier inoxydable


1
Passer des essais mécaniques à des lois de comportement est une Loi de Manson Coffin : ∆ εp N 1/2
r = Cte
tentative de généralisation de la réponse en déformation d’un corps
sollicité en contrainte, cette réponse étant exprimée sous la forme 10–1
de relations analytiques. Deux approches complémentaires ont été
élaborées pour y parvenir : l’une est la construction de modèles (1/4 de cycle = traction)
rhéologiques, l’autre, plus pragmatique, est l’ajustement de lois 10–2
descriptives ou phénoménologiques approchant les données
expérimentales.
Des modèles analogiques ont été élaborés en rhéologie (du grec 10–3
« rheon » s’écouler). Ils consistent à construire — comme en 1 10 102 103 104 105 106
électricité — des modules élémentaires, tels qu’un ressort parfaite- Nombre de cycles à la rupture Nr
ment élastique linéaire, un solide parfaitement visqueux... ; puis à
les associer en série, en parallèle, en créant un « meccano » dont
la loi de comportement décrit bien le comportement expérimental. Figure 25 – Fatigue oligocyclique à déformation plastique imposée
Intéressante avec les calculateurs analogiques, ou pour des fins par cycle : comportement de type « Manson-Coffin »

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● Dans le stade d’endurance limitée, pour un chargement centré


(contrainte moyenne σm nulle, ∆σ = σmax) on a une relation de la
forme : 800

σ (MPa)
a
σ max · N r = Cte 700 1,03 % C
avec a de l’ordre de 0,5. 600
● On a déjà cité, pour ce qui concerne la vitesse de propagation
500
de fissures, la loi de Paris : da /dN = f (∆K ) dans le stade II 0,34 % C
(cf. § 2.2.2). 400
Les essais de référence étant faits le plus souvent en flexion 300
rotative, il importe de prendre en compte les facteurs de correction
liés respectivement au mode de sollicitation, à l’état de surface, à Ferrite
200
l’environnement, à la dimension des pièces...
100
■ Ces quelques lois phénoménologiques sont commodes pour
avoir une indication du comportement, et ont permis des approches 0
intéressantes de modélisation. 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
εp (%)
Exemple : prenons un acier au carbone (0 à 0,8 % C) à perlite lamel-
laire. On peut le considérer comme un matériau biphasé contenant 800

σ (MPa)
d’une part la ferrite primaire, d’autre part une « pseudo-phase » de per-
lite, formée d’une matrice ferritique (8 %) contenant des lamelles de 700 Perlite
cémentite Fe3C, dont la finesse et la distance peuvent varier. Comme
600
on le sait, la quantité de perlite varie de 0 à 100 % quand la teneur en
carbone croît de 0 à 0,8 %. Les courbes de traction simulées sont en 500
bon accord avec les courbes expérimentales (figure 26a ). 0,48 % C
On peut aller plus loin. La ferrite est du fer pur très tendre, et la 400
cémentite, un carbure très dur. Sous contrainte, il se crée des 300
contraintes locales d’interface, croissantes avec la déformation
globale. La limite élastique de la ferrite est dépassée, alors que celle de 200
la cémentite ne l’est pas. À la décharge, cela se traduit par des
contraintes locales résiduelles positives dans la phase dure et négati- 100
ves dans la phase tendre. On a pu estimer par simulation que le niveau 0
de contraintes résiduelles après une déformation plastique globale de 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
quelques pour-cent, atteignait de l’ordre de 100 MPa dans la ferrite pri-
εp (%)
maire, de 300 MPa dans la ferrite de la perlite, et plus de 2 000 MPa
dans la cémentite, valeurs effectivement mesurées par diffraction des expérience
rayons X (figure 26b ). modèle
a courbes de traction d'aciers au carbone
5.3.3 Des essais de base aux contraintes
et déformations équivalentes 3 000

σ (MPa)
Les pièces métalliques usuelles ne sont pas des éprouvettes de Cémentite
traction ou de fatigue normalisées ! Il faut donc passer des
2 000
données issues de ces essais à la contrainte vraie et à la déforma-
tion vraie en un point du matériau, en se plaçant dans une hypo-
thèse de mécanique des milieux continus (où l’on ignore la
microstructure). 1 000
En traction simple, au-delà de la limite élastique, un point (σ, ε p)
de la courbe représente la limite élastique σ du matériau pour l’état Traction Ferrite
de déformation plastique εp résultant de la part déjà réalisée de 0
l’essai. Et comme le chemin de déformation suivi dépend du type Compression
d’essai, on sait qu’en imposant localement la même contrainte par Ferrite de la perlite
un autre moyen, on n’obtiendra pas la même déformation. – 1 000
Il faut donc trouver l’équivalent : c’est en formulant des 0 1 2 3 4 5
hypothèses sur la limite élastique équivalente (à celle de l’essai de εp (%)
traction) qu’ont été proposés des critères de plasticité (critères de
Tresca, de Von Mises, de Hencky, etc.). Un des plus usuels est celui b contraintes locales dans la ferrite et dans la cémentite
de Von Mises, selon lequel la déformation plastique intervient
lorsque l’énergie de distorsion élastique atteint une valeur critique.
En traction uniaxiale, sous la contrainte normale σ *, l’énergie de Figure 26 – Modélisation de comportement thermomécanique
distorsion élastique est :
W = [(1 + ν )/6E ]2σ *2.
En état triaxial de contrainte (contraintes principales σ1 , σ2 , σ3), Il s’ensuit que la contrainte équivalente (au sens de Von Mises)
l’énergie de distorsion élastique est : est :
2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 1/2
W = [ ( 1 + ν )/6E ] [ ( σ 1 – σ 2 ) + ( σ 2 – σ 3 ) + ( σ 3 – σ 1 ) ] σ VM = ( 1/2 ) 1/2 [ ( σ 1 – σ 2 ) + ( σ 2 – σ 3 ) + ( σ 3 – σ 1 ) ]

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On montre de même que pour l’incrément de déformation d ε*


en traction, l’incrément de déformation équivalent (au sens de Von σVM
Mises) est :

d ε VM = ( 2 1/2 /3 ) [ ( d ε 1 – d ε 2 ) 2 + ( d ε 2 – d ε 3 ) 2 + ( d ε 3 – d ε 1 ) 2 ] 1/2
Argent pur
On sait de plus que la déformation plastique s’effectue à volume
constant, et donc :
d ε1 + d ε 2 + d ε3 = 0

Avec ces contraintes et incréments de déformation équivalents,


on peut comparer les effets des divers types de chargement. Par
exemple :
essai de torsion
— en traction essai de traction
σ VM = F/S et ε VM = ln (S0 /S) ;

— en torsion εVM
σ VM = 31/2 τ et ε VM = 3–1/2 R α /L Représentation en coordonnées équivalentes

avec F force,
Figure 27 – Contraintes et déformations équivalentes : courbes
S0 et S sections initiale et finale, de traction et de torsion rapportées en contraintes équivalentes
τ contrainte de cisaillement,
R rayon,
α angle de torsion,
L longueur.
εVM maximale

On peut tracer la courbe de traction et celle de torsion sur un 15 % Cr


même graphe [σ VM, ε VM] (figure 27). 5

Autre aspect de la triaxialité des contraintes et des déformations,


4
la ductilité, qui caractérise l’amplitude de déformation équivalente
à la rupture, est sensible à la pression hydrostatique (partie non Aciers inox 18 % Cr
déviatrice du tenseur de contraintes), car cette dernière tend à 3
empêcher le développement des processus de striction, comme de
rupture (cf. figure 28). Ceci est intéressant dans les procédés de 2
mise en forme par déformation plastique, où l’on peut atteindre Aciers au carbone
des déformations équivalentes très élevées. 1

Pour une pièce de métal, de forme générale non simple, soumise


0
à un chargement externe facilement défini, dès que la limite élas- 0 1 2
tique a été atteinte en un point, on obtient un état de contrainte et Pression hydrostatique p (GPa)
de déformation plastique équivalentes qui diffère en chaque point.
Avec des hypothèses bien choisies, et des outils expérimentaux
adaptés, on peut atteindre des informations sur le comportement Figure 28 – Déformation plastique équivalente en fonction
local, qu’il sera intéressant de comparer au comportement global de la pression hydrostatique
d’une pièce sous contrainte. À titre d’exemple (figure 29), avec une
éprouvette de traction (en acier) plate polie, et recouverte d’une
grille très fine d’or ayant un pas de quelques micromètres, on réa- 5.4 Propriétés électrochimiques
lise un essai de traction. À un taux conventionnel donné de défor-
mation, on peut observer les traces en surface des glissements En raison de leur structure électronique (cf. § 1.2), les métaux ont
dans les différents grains, les déformations des carrés de la grille une affinité assez forte avec des éléments avides d’électrons, dont
et calculer la déformation locale [18]. Dans la micrographie présen- l’oxygène, avec lesquels ils forment des composés souvent plus
tée, où la déformation homogène est de 21 %, la déformation stables que le métal pur. Les oxydes sont donc le plus souvent la
locale calculée varie de 10 à 40 %. forme naturelle des minerais métalliques et, en présence de
Les états de contrainte et de déformation, entendus au sens de l’oxygène de l’air (corrosion sèche) ou de celui libéré par la disso-
la mécanique des milieux continus, peuvent être approchés en tout ciation de l’eau (corrosion humide), ils tendent spontanément à
point d’un solide. Lorsque l’on se contente d’un comportement reprendre leur état initial : la corrosion électrochimique est un
strictement élastique, les méthodes de la résistance des matériaux, processus spontané de dégradation des pièces métalliques.
plus connues, sont largement utilisées. Si l’on s’intéresse au Deux paramètres caractéristiques sont associés à ce phénomène :
dépassement de la limite élastique, la microstructure et les processus
— d’une part l’affinité pour l’oxygène (en kJ/mole O2) qui va de
microscopiques, d’une part, les modèles de mécanique des milieux
– 2,5 pour l’or à plus de – 1 000 pour le titane, l’aluminium et le
continus, d’autre part, constituent les deux voies d’approche pour
magnésium. Une formulation analogue est le potentiel standard
une connaissance rigoureuse du comportement mécanique. Elles ne
d’équilibre exprimé en volts, qui traduit l’affinité ionique en milieu
sont pas encore complètement cohérentes, mais leur développe-
liquide ;
ment coopératif permet de disposer d’un outillage puissant pour
— d’autre part la tendance à la corrosion, plus complexe et qua-
résoudre les problèmes pratiques.
litative, qui tient compte des obstacles à la formation et au déve-
Des paramètres caractéristiques généraux, comme ceux présentés loppement de l’oxyde. Ainsi, l’aluminium ou le titane développent
plus haut, et d’autres plus spécifiques non présentés ici, sont à la très rapidement une couche très fine d’oxyde (quelques dizaines
disposition des concepteurs. de nanomètres) qui est « étanche » à l’oxygène, et résistent donc

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bien à la corrosion, au moins à l’ambiante. La passivation est le


processus d’inactivation qui se développe à la surface. Le fer a une
grande affinité pour l’oxygène. Avec un apport de 13 % de chrome,
il se forme une couche de passivation qui le protège : c’est la base
des aciers inoxydables.
La mesure de la dégradation par corrosion se fait en perte de
poids [mg/(dm2 · jour)] ou en épaisseur d’oxyde (mm/jour), lorsque
la corrosion est uniforme sur la surface. Environ un tiers des pertes
par corrosion sont dues à cette corrosion uniforme. Mais il existe
bien d’autres modes de corrosion (figure 30) :
— la corrosion galvanique se produit lorsque deux métaux
différents forment une pile en présence d’un électrolyte ; le métal
Déformation anode se corrode en donnant ses électrons au métal cathode ;
macroscopique 21 % — la corrosion par piqûres résulte de microeffets de pile, liés à
20 µm des hétérogénéités de l’alliage ;
— la corrosion caverneuse tient à la mauvaise circulation des
ions dans l’électrolyte ;
a micrographie électronique — la corrosion sous contrainte en sollicitation monotone, en
fatigue, en frottement, est également possible ;
— etc.
εp La complexité et la variété des processus de corrosion sont liées
à la nature et à la microstructure des matériaux, à la géométrie des
< 10 % pièces et à leur assemblage, au milieu environnant, aux conditions
10 à 14 % de service...
14 à 18 %
Le comportement thermomécanique des pièces mécaniques est
affecté par les diverses formes de la corrosion, soit par perte de
18 à 22 % matière, soit par modification des zones de contact passives ou
22 à 26 % actives des pièces, soit par modification des processus de
déformation et de rupture. C’est donc une dimension « incontour-
26 à 30 % nable » de la qualité en service et de la durée de vie des pièces
30 à 34 % mécaniques.
34 à 38 %
> 38 %
6. Dimension
b carte de déformation locale
et hétérogénéités
Éprouvette en acier extradoux polie, revêtue d'une grille d'or
de pas 5 µm et déformée de façon homogène de 21 % Les pièces métalliques ne sont pas des volumes de matière
continue et homogène. Elles ont des surfaces et des hétérogé-
néités, qui constituent autant de singularités. Bien que ce ne soit
Figure 29 – Hétérogénéité locale de déformation de traction [18] pas le sujet de cet article, il est utile d’évoquer leur importance.

O2 Fe O2
Air + +
x x
Plaque NaCl dilué xxx x x Rouille
Piqûre x x x
FeCl2
Corrosion

Uniforme Localisée Aération différentielle Caverneuse

Ni poreux Zn
Acier
Rayure
Zn-Ni

Sélective Couplage galvanique Intergranulaire Transgranulaire

Figure 30 – Modes de corrosion

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6.1 Surfaces et interfaces


Gaz O2 H2O Cl CO S OH
Molécules adsorbées
6.1.1 Caractérisation d’une surface adsorbés
(H2O…)
Couche
Les pièces métalliques sont fabriquées à partir de produits organique Zone contaminée
semi-finis dont les dimensions peuvent varier dans des propor- (corps gras…)
OHOH OH OH
tions importantes : Hydroxyde OH
OH OH OH OHOH OH OH Zone chimiquement
10 nm transformée : sels,
— produits plats (tôles fortes, tôles minces...) ; oxydes, hydroxydes
Oxyde
— produits longs (rails, poutres, tubes sans soudure, fers
marchands, ronds à béton, fils...) ;
— pièces de forme (arbres-rotors, cylindres de laminoir, pièces Zone physiquement et
mécaniques de résistance, boulonnerie...). chimiquement altérée par
10 µm corroyage, écrouissage,
Ces produits relèvent de procédés de fabrication différents, et diffusion d'éléments :
existence de contraintes
leur plus petite et leur plus grande dimension donnent une résiduelles et de gradients
importance plus ou moins grande au rapport surface/volume. de concentration

■ La géométrie de la surface et surtout sa microgéométrie sont


d’une grande importance pour tous les phénomènes qui s’y a coupe schématique d'une surface industrielle
manifestent. Elle fait l’objet d’une nomenclature détaillée de
caractérisation (rugosité...). σr (MPa)
0

Teneur en azote (% N)
HV
■ L’épaisseur de la surface bien que non normalisée, correspond à
l’épaisseur de matériau entre la surface libre et le matériau homo-
gène non contraint en volume. En effet, les traitements thermo- 5 800
mécaniques, les effets mécaniques de contact, l’atmosphère ou le – 100
milieu environnant, affectent la composition et la microstructure du
matériau sur une certaine épaisseur (figure 31a ). 4 HV σr compression 700

Les méthodes de caractérisation portent sur sa microstructure, – 200


sa composition en profondeur, et ses caractéristiques mécaniques : 3 600
micro- et nanodureté, mesure de contraintes résiduelles, perfor-
mances tribologiques, etc. (figure 31b ). %N – 300
2 500
■ Les caractéristiques électrochimiques de la surface sont un
facteur de réactivité à l’environnement, qu’elle soit libre ou en
contact sous contrainte. 1 – 400
400
■ L’adhésivité d’une surface métallique traduit la capacité de fixer
un dépôt superficiel susceptible de remplir des fonctions de 0
résistance à la corrosion, de résistance mécanique, de collage... 0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
Elle dépend de la nature du matériau, de la composition et de la Profondeur (mm)
microgéométrie de la surface, et de la nature du dépôt. Elle est
b acier nitruré en surface : dureté, teneur en azote
fortement affectée par la méthode de dépôt. et contraintes résiduelles en fonction de la profondeur

6.1.2 Traitements de surface


Figure 31 – Caractérisation d’une surface
Les surfaces sont l’objet de traitements très nombreux visant à
obtenir :
— une géométrie précise ; ■ Les revêtements peuvent se faire :
— des propriétés optiques (aspect brillant, satiné, ... réflexion et
absorption de la lumière) ; — par dépôt : galvanisation ou aluminiage de l’acier par voie
— des propriétés mécaniques (dureté, adhérence, contraintes liquide à chaud, phosphatation, peinture ;
résiduelles...) ; — par électrolyse : étamage du fer (fer blanc), chromage dur
— des propriétés chimiques (résistance à la corrosion, toxicité...) ; (quelques µm) ou alimentaire (0,01 µm + vernis), électrophorèse ;
— des propriétés thermiques (conductibilité, barrière ther- — par dépôt physique par évaporation (PVD, Phase Vapor
mique...). Deposition ), par dépôt ionique (plasma) et par pulvérisation ioni-
que (ces deux derniers assurant une meilleure implantation des
Les principales méthodes utilisées sont les suivantes. ions), par projection thermique (un chalumeau fait fondre des par-
■ La modification de composition et de microstructure par diffu- ticules et les projette). Les couches sont très minces (0,1 à 10 µm),
sion à partir de la surface : on peut, par maintien à chaud au contact très adhésives, et de dureté élevée (de 1 000 à 5 000 HV) ;
d’un gaz, d’un liquide ou d’un solide de composition choisie, faire — par plaquage sous choc ...
pénétrer sur une profondeur donnée certaines espèces atomiques.
Exemples :
6.2 Hétérogénéités
La pénétration de carbone (cémentation) ou/et d’azote (nitruration
et carbonitruration) dans l’acier à bas carbone entraîne un durcisse-
Plus les dimensions de la pièce sont grandes plus les risques
ment de la couche diffusée : on obtient par exemple des couches de
d’hétérogénéités sont grands.
dureté 800 à 900 HV sur une profondeur de quelques dixièmes de mil-
limètre. ■ Hétérogénéités de composition : au cours de l’élaboration, les
L’oxydation forcée de l’aluminium (anodisation) renforce l’épaisseur régimes thermiques ne sont pas les mêmes en tout point de la pièce,
d’alumine. et il peut s’ensuivre des hétérogénéités de composition (ségrégation

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majeure et mineure), des souflures... La présence d’éléments non façons : l’analyse détaillée des comportements de la microstruc-
désirés, même en faible quantité, peut affecter la microstructure par ture sous l’action de la contrainte et de la température, les paramè-
localisation non uniforme d’inclusions et de précipités. tres caractéristiques issus des essais mécaniques, les lois
phénoménologiques de comportement.
■ Hétérogénéités de propriétés mécaniques : liées aux précéden-
tes et éventuellement aux traitements thermomécaniques d’élabo- Les produits semi-finis (barres, fils, poutres, tôles...) sont les
ration, les différences locales de dureté et de ductilité peuvent matériaux offerts au concepteur. Les progrès accomplis dans leur
faciliter des décohésions. De toute façon, la microstructure du maté- préparation se manifestent dans la précision des cahiers de charges
riau métallique est elle-même hétérogène à l’échelle microstructu- des alliages métalliques et dans les performances atteintes
rale (cf. § 5.3.3 et figure 29). aujourd’hui par les matériaux disponibles : aciers microalliés à haute
limite d’élasticité, aciers dual-phase, alliages d’aluminium à ténacité
Pour une part les hétérogénéités sont utiles et recherchées pour améliorée (comme le « 7475 » : Al-Zn6-Mg2-Cu1,5), alliages de titane
l’amélioration des propriétés thermomécaniques (durcissement βIII à ductilité élevée (A = 25 %) à l’état trempé ou trempé et revenu,
par une microprécipitation homogène, « lubrification » d’usinage aciers spéciaux pour roulements (durée de vie 3 fois supérieure à
par des précipités tendres...) ; pour une autre, elles peuvent provo- celle du 100C6),...
quer des effets nuisibles sur le comportement et la durée de vie en
service. Toute la chaîne d’élaboration (choix de la composition, Le travail de fabrication des pièces à partir des produits
traitements thermiques et mécaniques, procédés de mise en semi-finis relève du concepteur et du bureau des méthodes. Il crée
œuvre, finitions) du produit contribue à la microstructure de la de nouvelles surfaces (usinage, mise en forme, traitements de sur-
pièce, et participe au développement des hétérogénéités. Les pro- face...), impose des traitements thermomécaniques dans la masse
grès de la maîtrise des conditions de coulée, de la limitation des et en surface (soudage, trempe et revenu, mise en forme...). Ce
éléments « nocifs », de l’homogénéisation des traitements sont donc des modifications supplémentaires qui sont imposées
thermomécaniques, assurent une meilleure qualité globale des au matériau final, celui qui constitue la pièce finie.
produits semi-finis mis à la disposition des fabricants de pièces Qui plus est, les conditions de service normales et accidentelles
mécaniques. prévisibles sont susceptibles de dégrader certains caractères de la
pièce (état de surface, surcontraintes, chocs, vieillissement...) et de
réduire sa durée de vie prévisible. Elles seront également prises en
considération.
7. Conclusion Après un lent mûrissement des esprits, la pratique du recyclage
des matériaux est devenue une réalité de plus en plus prégnante
Le matériau métallique est un matériau polycristallin, le plus pour les matériaux métalliques, tant pour des économies d’énergie,
souvent composite, dont les propriétés mécaniques sont que pour celles des matières premières. C’est une dimension qui
ajustables. Ces propriétés sont appréhendées de différentes ne peut plus être ignorée dans le choix de matériaux.

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[partie II – Métallurgie physique, partie III – taires Romandes, Lausanne (1998). traité Génie mécanique, volume BD1 (1997).
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■ Ouvrages plus approfondis sur
[18] MABILLE (P.). – Évaluation des hétérogénéités
le comportement thermomécanique Le lecteur pourra consulter de nombreux articles
locales de déformation d’aciers extra-doux en
[8] FRANÇOIS (D.), PINEAU (A.) et ZAOUI (A.). – traction et en fatigue. Thèse ENSAE, Toulouse des rubriques État métallique, Essais, et
Comportement mécanique des matériaux. (1995). Durcissement du traité Matériaux métalliques.

Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
BM 5 012 − 36 © Techniques de l’Ingénieur, traité Génie mécanique