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PHILO 5381 : Psychologie

Culture et Psychisme
COURS 3 : L’APPORT DE CLAUDE LÉVI-STRAUSS

a. Le Structuralisme

Claude Lévi-Strauss a défini la culture comme suit :

« Toute culture peut être considérée comme un ensemble de systèmes symboliques au premier
rang desquels se placent le langage, les règles matrimoniales, les rapports économiques, l'art, la
science, la religion. Tous ces systèmes visent à exprimer certains aspects de la réalité physique
et de la réalité sociale, et plus encore, les relations que ces deux types de réalité entretiennent
entre eux et que les systèmes symboliques eux-mêmes entretiennent les uns avec les autres »1.

Pendant sa carrière d’ethnologue, Claude Lévi-Strauss, a rejeté l’ethnocentrisme européen ; et


s’est attaché à montrer l’équivalence entre les cultures du monde, à travers la notion de
structuralisme.

En appliquant la notion de structure aux phénomènes humains, Lévi-Strauss applique à


l'ethnologie un mouvement de pensée apparu en linguistique au début du XXe siècle : le «
structuralisme ». Après le linguiste Ferdinand de Saussure, ce mouvement a été aussi illustré
par le philosophe Michel Foucault, le psychanalyste Jacques Lacan et le sémiologue Roland
Barthes.

L'anthropologie structuraliste devient dans les années 1960 une arme contre l'ethnocentrisme
occidental, autrement dit la tentation de voir dans l'Occident moderne l'aboutissement à ce jour
le plus accompli de la civilisation. C'est ainsi que, dans La Pensée sauvage (1962), Lévi-Strauss
bat en brèche les idées héritées de Lévy-Bruhl (auteur de La mentalité primitive), qui opposait
les « primitifs » incapables de conceptualisation et adeptes de la pensée magique, à la rationalité
occidentale. Il s'oppose également à Sartre et à sa conception de la dialectique historique dont
sont exclus les peuples sans écriture, prétendument sans histoire. Avec plus ou moins de
bonheur, les successeurs de Lévi-Strauss développent le relativisme culturel : « tout se vaut »,
avec la volonté d'abaisser l'Occident et de le ramener au niveau commun.

b. L’interdit de l’inceste et l’exogamie

Lévi-Strauss2 est revenu sur l’interdit de l’inceste et selon lui : « envisagée du point de vue le
plus général, la prohibition de l’inceste exprime le passage du fait naturel de la consanguinité,

1
LÉVI-STRAUSS, C., Introduction à l'œuvre de Marcel Mauss, in Marcel Mauss, Sociologie et Anthropologie,
PUF, 1950, p. XIX.

2
LÉVI-STRAUSS, C., Les structures élémentaires de la parenté, 1967, Berlin ; New-York : Mouton de Gruyter,
2002.

1
au fait culturel de l’alliance. La nature opère déjà, par elle-même, selon le double rythme de
recevoir et de donner, qui se traduit dans l’opposition du mariage et dans la culture, leur confère
en quelques façons, une forme commune, il n’apparaît pas, dans les deux cas, sous le même
aspect. Le domaine de la nature se caractérise en ceci, qu’on y donne que ce qu’on y reçoit. Le
phénomène de l’hérédité exprime cette permanence et cette continuité. » (p. 35)

Ces règles montrent qu’un des rôles de la culture est de déterminer les types d’alliances
autorisés ou interdits.

c. Nature et Culture

Dans la continuité de Ròheim, Lévi-Strauss, s’est intéressé au rôle de la culture et à sa différence


avec la nature. En promouvant le structuralisme, il a postulé que toutes les cultures avaient leur
complexité et leurs spécificités, tout en rejetant l’éventuelle supériorité d’une culture sur les
autres.

Lévi-Strauss évoque un déséquilibre dans la culture, au niveau des fonctions de donner et de


recevoir : « Dans le domaine de la culture, au contraire, l’individu reçoit plus qu’il ne donne, et
en même temps, il donne plus qu’il ne reçoit. Ce double déséquilibre s’exprime respectivement,
dans les processus, inverses entre eux et également opposés au précédent, de l’éducation et de
l’invention. (…) Envisagé de ce point de vue, le problème du passage de la nature à la culture,
se ramène donc au problème de l’introduction de processus d’accumulation au sein de processus
de répétition » (p. 35).

Selon lui : « la nature impose l’alliance sans la déterminer ; et la culture ne la reçoit que pour
en définir aussitôt les modalités. L’universalité exprime seulement le fait que la culture a,
toujours et partout, empli cette forme vide, comme une source jaillissante comble d’abord les
dépressions qui entourent son origine » (Les structures élémentaires de la parenté, p. 37). La
culture est donc complémentaire à la nature, et instaure un cadre dans lequel les individus
évoluent au sein d’un groupe. Les alliances entre différents groupes à travers l’organisation de
mariages semblent être le résultat de la mise en place de l’exogamie, comme une manière
d’assurer la pérennité du groupe, en l’obligeant à nouer des alliances avec d’autres pour
différentes raison. L’évolution du groupe, grâce au brassage génétique, en est une première
raison, mais elle semble soutenue par la nature, qui de manière implicite, favorise cette union.
Les autres raisons peuvent être politiques, ou économiques.

Le partage des femmes a donc des raisons bien précises, et fait alors l’objet d’un contrôle
renforcé. Selon le même auteur « l’échange des fiancés n’est que le terme d’un processus
ininterrompu de dons réciproques, qui accomplit le passage de l’hostilité à l’alliance, de
l’angoisse à la confiance, de la peur à l’amitié » (Les structures élémentaires de la parenté,
p.79).

On peut donc imaginer que l’interdit de l’inceste et l’exogamie ont permis de faire des femmes
des outils de communication, une monnaie d’échange.

d. Les prohibitions du langage

2
Lévi-Strauss s’est intéressé aux règles du langage, et en particulier aux mots qu’il était interdit
d’utiliser, dans différentes cultures. Selon lui : « toutes ces prohibitions se ramènent donc à un
dénominateur commun : elles constituent un abus de langage, et elles sont, à ce titre, groupées
avec la prohibition de l’inceste, ou avec des actes évocateurs de l’inceste. Qu’est-ce que cela
signifie, sinon que les femmes, elles-mêmes, sont traitées comme des signes dont on abuse,
quand on ne leur donne pas l’emploi réservés aux signes, c’est-à-dire d’être communiqués.
Ainsi le langage et l’exogamie représenteraient deux solutions à une même situation
fondamentale. La première a atteint un haut degré de perfection ; la seconde est restée
approximative et précaire. Mais cette inégalité n’est pas sans contrepartie » (Les structures
élémentaires de la parenté, p. 568).

La femme est donc un signe qui se transmet en représentant l’alliance entre les groupes, les
familles, les générations. C’est un joint qui lie les hommes entre eux, et leur permet de trouver
des terrains d’entente, afin d’assurer l’évolution de leurs sociétés. Elle est semblable au langage,
qui a la même propriété, mais a atteint un haut niveau de sophistication. Effectivement, les deux
sont présents, en même temps, dans toutes les sociétés. Le rôle de la culture est alors de mettre
en place ces deux types de langage, et d’interdire tout autre usage de ces signes.

« Quand on passe du discours à l’alliance, c’est-à-dire à l’autre domaine de la communication,


la situation se renverse. L’émergence de la pensée symbolique devrait exiger que les femmes,
comme les paroles, fussent des choses qui s’échangent. C’était en effet, dans ce nouveau cas,
le seul moyen de surmonter la contradiction qui faisant percevoir la même femme sous deux
aspects incompatibles : d’une part objet de désir propre, et donc excitant des instincts sexuels
d’appropriation ; et en même temps, sujet perçu comme tel, du désir d’autrui, c’est-à-dire
moyen de le lier, en se l’alliant. Mais la femme ne pouvait jamais devenir signe, et rien que
cela, puisque dans un monde d’homme, elle est tout de même une personne, et que dans la
mesure où on la définit comme signe, on s’oblige à reconnaitre en elle, un producteur de signes.
Dans le dialogue matrimonial des hommes, la femme n’est jamais purement, ce dont on parle,
car si les hommes, en général, représentent une certaine catégorie de signes, destinés à un
certain type de communication, chaque femme, conserve une valeur particulière, qui provient
de son talent, avant et après le mariage, à tenir sa partie dans un duo. A l’inverse du mot, devenu
intégralement signe, la femme est donc restée, en même temps que signe, valeur. Ainsi
s’explique que les relations entre les sexes aient préservé cette richesse affective, cette ferveur
et ce mystère, qui ont sans doute imprégné, à l’origine tout l’univers des communications
humaines. » (Les structures élémentaires de la parenté, p. 569)

En résumé, les hommes et les femmes sont des signes qui ont des valeurs différentes, et la
culture est un ensemble de règles d’écritures pour ces signes. Ces règles évoluent avec les
nouvelles combinaisons de langages que produisent les signes eux-mêmes, car ils sont à la fois
produits et producteurs de culture.

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