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Université Djillali Liabes, Faculté de Médecine Taleb Mourad, Département de Pharmacie (2019-2020)

CHAPITRE XVI
LA SPECTROPHOTOMETRIE ATOMIQUE
D’ABSORPTION-EMISSION
(SAAF), (SAAE), (SEAPF (photométrie de flamme), (SEA (ICP-OES) en plasma
couplé induit haute fréquence)
I- RAPPEL :
Méthodes basées sur le phénomène d’absorption:
• Spectroscopie UV/Visible
• Spectroscopie Infrarouge
• Spectroscopie de diffusion Raman
• Spectroscopie d’absorption atomique (SAAF et SAAE)
• Résonnance magnétique nucléaire
Méthodes basées sur le phénomène d’émission:
• Fluorescence/ Photo fluorescence/Bio et Chimiluminescence
• Spectroscopie d’émission SEA(PF)
• Spectroscopie d’émission plasma SEA(ICP-OES)
Méthode ne faisant pas appel à des niveaux d’énergie discrets
• La spectrométrie de masse

II-PRINCIPE GENERAL :
Les méthodes de spectrophotométrie Atomique d’Absorption-Emission (SAA et SEA) sont des méthodes
d’analyse qui permettent la détection et la quantification de certains métaux dans un échantillon. Elles
mettent en jeu des atomes libres à l’état de vapeur (ne faisant plus partie d’une molécule). Ceux sont deux
techniques largement utilisées pour l’analyse de plus dune soixantaine éléments parfois à l’état de traces.
L’appareillage va donc :
- produire une vapeur atomique à partir de l’échantillon.
- Induire la destruction de la molécule à analyser donc pas d’information sur la nature des molécules initiales.
- Possibilité de doser simultanément toutes les formes d’un même élément.

II-1- Absorption atomique :


L’absorption atomique est le phénomène observé lorsqu’un atome à l’état fondamental absorbe un
rayonnement électromagnétique à une longueur d’onde spécifique et passe à un état excité. Il en résulte un
spectre de raies noires sur fond clair (Spectre d’absorption).

Raie d’absorption de l’atome


(Spectrométrie d’ABSOPTION atomique) :
 SAAF
 SAAE

II-2. Émission atomique :


L’émission atomique est le phénomène observé lorsqu’un rayonnement électromagnétique est émis par des
atomes ou des ions excités qui retournent à l’état fondamental. Il en résulte un spectre de raies claires sur
fond noir (Spectre d’émission).

Raie d’émission de l’atome


(Spectrométrie d’EMISSION atomique)
 SEAPF
 SEA (ICP-OES)

III- LA SPECTROMETRIE D’ABSORPTION ATOMIQUE (SAA):

III-1. Définition :
La SAA est une méthode d’analyse élémentaire qualitative et/ou quantitative basée sur le phénomène
d’absorption du rayonnement électromagnétique UV-Visible par les vapeurs atomiques dans un domaine

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énergétique de l’ordre des transitions électroniques. C’est une méthode basée sur un élément unique, utilisée
pour reconstituer l'analyse des métaux d'échantillons biologiques, métallurgiques, pharmaceutiques et
atmosphériques.
Il en existe deux types :
- La spectrométrie d’absorption atomique en flamme (SAAF)
- La spectrométrie d’absorption atomique électrothermique (SAAE) ou bien four

III-2. Principe :
ATOMISATION

L’échantillon est réduit en vapeur atomique.


- Les atomes à l’état fondamental absorbent le rayonnement spécifique.
- L’absorbance est proportionnelle à la quantité d’atomes de l’élément à doser.
En SAA, on obtient les vapeurs atomiques par :
- Atomisation par nébulisation dans une flamme
- Atomisation électrothermique

III-3. Appareillage :
La source de rayonnement est généralement une lampe à cathode creuse. Il en existe près d’une centaine,
différentes, chacune est propre à un élément à doser.

SAAF :

SAAE :

III-4. LA SPECTROMETRIE D’ABSORPTION ATOMIQUE EN FLAMME (SAAF) :

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III-4-1. L’atomiseur :
L’atomiseur est un bruleur à fente laminaire, alimenté par un mélange combustible/comburant.
- L’échantillon est aspiré et fragmenté en fines gouttelettes par un nébuliseur pneumatique.
- L’aérosol formé arrive dans une chambre de nébulisation où les gouttelettes les plus grosses sont éliminées.

III-4-2. La flamme :
La flamme produite est laminaire, sa température dépend de la nature du mélange combustible/comburant.
Ce tableau regroupe les températures limites de quelques mélanges combustible/comburant :

Combustible/ Comburant Température max en °K


Butane / air 2200
Acétylène / air 2600
Acétylène / NO2 3000
Acétylène /O2 3400

III-4-3. Phénomènes intervenants dans la flamme :


• Un élément est dosé par absorption de sa raie la plus intense. Cependant, plusieurs facteurs peuvent
affecter la position des raies donc conduire à des dosages inexacts.
• Les interférences perturbant l’analyse sont de quatre types : chimique, physique ou spectrale.
 Interférences chimiques:
- Interactions dues aux anions de la matrice :
Selon la nature du contre-ion l'atomisation sera plus ou moins efficace.
On peut donc chercher à favoriser l'atomisation :
* en choisissant le contre-ion à la faveur du traitement préalable de l'échantillon
(pour une attaque acide par exemple, HCl conduira à des chlorures, HNO3 à des nitrates)
* en ajoutant un correcteur d'interférence dont le rôle sera de changer le contre-ion
- Interactions dues aux cations de la matrice :
Un élément présent dans la matrice peut former un oxyde mixte avec l'analyte, ces oxydes mixtes sont
réfractaires.
On peut donc diminuer l'interférence :
- en augmentant la température.
- en ajouter un autre élément, correcteur d'interférence qui, ayant plus d'affinité que l'analyte pour
former un oxyde mixte avec l'interférent .
- Interaction par ionisation :
Le phénomène d'ionisation qui diminue le nombre d'atomes disponibles pour l'émission et l'absorption. Plus
la température est élevée, plus il y a d'ionisation, on voit donc qu'un compromis devra être trouvé si l'on peut
se trouver face à la formation de composés réfractaires et à de l'ionisation.

Remarque : On trouve dans la littérature des données expérimentales permettant de savoir que, dans telle ou
telle situation une interférence va se manifester et comment y remédier. Les constructeurs de matériel
donnent des fiches techniques accompagnant les appareils et des notes d'application. (La fiche technique
joue un rôle tout à fait fondamental pour le choix des conditions expérimentales à respecter).

 Interférences physiques
Elles sont généralement liées aux propriétés physiques des solutions étudiées (changement de
viscosité entre les étalons et les échantillons).
Ce phénomène est appelé le scattering effect : effet de diffusion de la lumière par des
particules qui deviennent insolubles dans la flamme.

 Interférences spectrales = absorptions non spécifiques


Phénomènes se produisent dans la source d’atomisation et faussent la mesure de l’absorbance :
- par superposition de raies : raie de l’élément à doser et raie appartenant à un autre élément.
- par superposition d’absorbances provenant de molécules.
- par la diffusion de la lumière incidente sur des particules solides ou liquides présentes dans
l’atomiseur.

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Les corrections de ces interférences spectrales se font lors des réglages préliminaires de l’appareil (c.à.d. en
l’absence d’échantillon), il faut ajuster log I0/I = 0 si on veut obtenir une mesure correcte.

III-4-4. Application / Avantages (SAAF) :


Avantages :
- Grande simplicité d’utilisation et rapidité d’utilisation
- Prix relativement modeste
Inconvénients :
- Peu sensible (seuil de détection = 0,1 à 10 mg/L – CV < 1%)
- Ne permet de doser que qq éléments dans les milieux biologiques (Ca, Fe, Mg, Li, Cu, Zn).
- Consomme un grand volume d’échantillon (jusqu’à 1mL)
- Technique mono-élémentaire (mais peu gênant en biologie) Dosage d’un seul élément
c’est la plus ancienne des techniques, mais approuvée et rependue (mais souvent remplacée par la SAAE
(spectrométrie d’absorption atomique électrothermique).

III-5. LA SPECTROMETRIE D’ABSORPTION ATOMIQUE ELECTROTHERMIQUE (SAAE) :


- Comme SAAF, mais le bruleur est ici remplacé par un four à graphite.
- le four graphite est un tube cylindrique de 2 à 3 cm de long et de 0.5 cm de diamètre, en graphite de
conductibilité thermique uniforme chauffé par effet Joule.
- L’analyse est ici discontinue contrairement à la SAAF
- Toutes les étapes depuis l’introduction de l’échantillon jusqu’à l’atomisation (pdt laquelle se fait la lecture)
vont ici être contrôlées au niveau de la température grâce à la programmation thermique d’étapes
successives.
- Comme le cycle de chauffage comprend une étape de minéralisation, les échantillons solides peuvent être
analysés directement sans traitement préalable et/ou mise en solution, ce qui présente un avantage pour
l’analyse des éléments volatils.

III-5-1. Applications / Avantages :


- Sensibilité >>> SAAF (seuil de détection : 0,1 à 100 µg/L – CV = 1,5%)
- Spécificité
- Faibles volumes d’échantillon
- Coût raisonnable - Emploi aisé
- Analyse de la quasi-totalité des éléments d’intérêt clinique + les éléments présent dans le
sang à des concentrations < 20 nmol/L (Cr, Co, Ni, Mo, V, Mn).
- Technique mono-élementaire (maiscertains appareils récents permettent l’analyse
simultanée de 4 éléments.
- Technique très rependue en raison du coût élevé de la torche à plasma.

IV- LA SPECTROMETRIE D’EMISSION ATOMIQUE (SAE) :


IV-1. Définition :
La SAE est une méthode d’analyse élémentaire qualitative et quantitative basée sur le phénomène d’émission
du rayonnement électromagnétique UV-Visible par les vapeurs atomiques dans un domaine énergétique de
l’ordre des transitions électroniques.
IV-2. Principe :
L’échantillon est introduit au niveau de l’atomiseur, qui :
- produit de vapeurs atomiques.
- excite les atomes.
 Après excitation, le retour à l’état fondamental est accompagné d’émission de rayonnements
spécifiques de l’élément à doser (ou des éléments à doser).
 L’intensité du rayonnement émis est proportionnelle à la concentration de l’analyte considéré.

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 Contrairement à la SAA (où on ne dose que l’élément pour lequel le spectromètre a été préparé par
le choix de la lampe de l’élément à analyser) la SEA permet une analyse élémentaire qualitative de
composition, c'est-à-dire, qu’il est possible d’identifier les éléments d’un échantillon de composition
inconnue.
 Après excitation, pour chaque atome, il existe une centaine de possibilités de retour à l’état
fondamental et pour chacune un rayonnement de longueur d’onde spécifique est émis. Ainsi, le
spectre de l’émission atomique présente plusieurs raies d’émission, qui constituent une empreinte de
l’élément à doser tandis qu’en SAA, les mesures se font sur une longueur d’onde, sélectionnée par la
bande passante (le spectre présente une seule bande d’absorption).
En SEA, il existe deux types d’atomiseurs :
 La flamme (Photométrie d’émission de flamme).
 La torche à plasma (Spectrométrie d’émission optique à plasma par couplage inductif = Induced
Coupled Plasma Optical Emission Spectrometry ICP-OES).
Atomiseur

IV-3. LA SPECTROMETRIE D’EMISSION ATOMIQUE EN FLAMME (PHOTOMETRIE DE


FLAMME) ((SEA(PF) :
IV-3-1. Appareillage :
• Similaire à la SAAF
• Une pompe permet de d’aspirer simultanément l’échantillon, un diluant et un standard interne
• La flamme est le plus souvent produite par un mélange air/propane (#1900°C).
IV-3-2.Phénomène intervenant dans la flamme :
Idem SAAF
IV-4. Interférences :
La température relativement basse de la flamme limite l’émission due aux autres éléments
- L’ionisation est un phénomène parasite mais reste mineur à cette T° (<2% des atomes)
- Utilisation d’un standard interne pour palier aux fluctuations de la pompe et de a flamme (ex : Utilisation
du Li pour le dosage du Na et du K…) (le Cesium peut être utilisé pour ces 3 éléments).

IV-5. Application / Avantages :


* La faible proportion d’atomes à l’état excité limite cette technique (SEA (photométrie de flamme)) aux
alcalins et aux alcalinoterreux : Na, Li, K (seuil de détection = 0,1 – 10 mg/L) et aussi Ca++ et Mg++ mais
moins performant.
* Dosage dans le sang ou dans les urines: Technique en retrait depuis l’apparition d’électrodes spécifiques du
Na+ et du K+

V. LA SPECTROMETRIE D’EMISSION ATOMIQUE EN PLASMA COUPLE INDUIT HAUTE


FREQUENCE (ICP-SEA) : SEA (ICP-OES
V-1. Principe :
• Identique à la photométrie de flamme mais ici, la source thermique est remplacée par du plasma d’argon (très
plus énergétique)
• Plasma = gaz totalement ionisé, électriquement neutre
• Le plasma est crée par un champ électromagnétique à haute fréquence produit par une bobine d’induction
alimentée par un générateur haute fréquence.
• Un flux d’argon qui traverse ce champ est partiellement ionisé et forme le plasma.

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• L’énergie du générateur va accélérer les atomes et les électrons qui subissent de nombreuses collisions
provoquant l’échauffement du plasma, dont la T° varie de 3000 à 10 000 K !
• Dans de telles conditions de T°, les phénomènes d’excitation de la plus part des éléments sont concernés
Analyse de tous les éléments possible.
V-2. Appareillage :
V-2-1. Nébuliseur :
 L’échantillon liquide est introduit dans le plasma sous forme d’aérosol grâce au nébuliseur
 deux types de nébuliseurs: - Nébulisateurs pneumatiques
- Nébulisateurs ultrasoniques (quartz piezo-electrique)
V-2-2. Torche à plasma :
 Permet de créer le plasma à partir de l’argon.
 Constituée de 3 tubes concentriques :
Injecteur central , transporte l’aérosol jusqu’à la base du plasma
Tube intermédiaire
Tube externe
 L’extrémité supérieure de la torche est placée à l’intérieur des spires de la bobine d’induction.
V-2-3. Optique et détecteur :
*Une partie du rayonnement émis par le plasma est focalisé grâce à une lentille dans le système optique
* Le faisceau arrive sur un réseau qui permet de séparer les différentes λ.
* La lumière est ensuite captée par un détecteur
V-3. Application / Avantages (SEA (ICP-OES) :
• De nombreux éléments sont accessibles à cette méthode.
• Très grande linéarité (intéressant si les concentrations étudiées sont très variables)
• Beaucoup moins sensible aux effets de matrice que la SAAE
• Sa sensibilité se situe entre la SAAF et la SAAE.
• Très onéreuse
• Cependant, la limite de détection du nombre d’éléments est encore trop élevée pour permettre leur dosage
aux concentrations physiologique (Se, Co, Cr, Mn, Ni…)

VI- TABLEAU COMPARATIF ENTRE LES DIFFERENTES TECHNIQUES SEA et SAA

Nature de l’élément Sensibilité Tps de l’analyse Cout


SAA-flamme Métaux de transition +
(Fe, Cu, Mn, Co…) La plus longue
SAA-Four Métaux de transition et métaux lourds ++ ++
Mg, Al, Si
SEA-Flamme Alcalins -
(Li, Na, K, Rb, Cs)
SEA-ICP Toux les éléments du tableau périodique. ++++ ++++

VI- DOMAINES D’APPLICATION (analyse élémentaire).


* Analyse environnementales (Sols, plantes …).
* Analyse des denrées alimentaires (Métaux dans le poisson, les céréales …).
* Métallurgie et pétrochimie (Le verre, les alliages, le pétrole …).
* Médecine (Métaux lourds dans les cheveux, les ongles … )
* Industrie pharmaceutique.

VII- APPLICATIONS PHARMACEUTIQUES : (Analyse qualitative et quantitative)


* Identification et dosage des substances actives ou des principes actifs lors du contrôle des matières
premières ou des produits finis pharmaceutiques à base de minéraux (fortifiants, tonifiants, anti-stress …).
* Contrôle des impuretés élémentaires et des métaux lourds qui ont pour origines :
- Les catalyseurs et les réactifs métalliques utilisés - Les lignes de production et de transfert
dans la voie de synthèse des substances actives et - Le conditionnement du vrac.- L’environnement
excipients. - Les solvants utilisés pour le nettoyage

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