Vous êtes sur la page 1sur 15

Le migrant connecté - TIC - Migrations Page 1 of 15

http://www.ticm.msh-paris.fr

Accueil | Pr€sentation | Partenaires | Etudes et publications | Actualit€s de la


recherche | Liens
Observatoire | Conservatoire | Laboratoire
Le migrant connecté
POUR UN MANIFESTE •PIST•MOLOGIQUE
jeudi 1er f€vrier 2007, par Dana Diminescu

Publié dans Migrations/Société, vol.17, n°102, pp. 275-292.

La perspective €pist€mologique de concevoir le migrant dans un syst‚me global de


mobilit€s s’inscrit dans une d€marche sociologique encore conceptuellement faible
et t„tonnante. Si l’id€e selon laquelle ce qui d€finit le monde contemporain c’est la
circulation, bien plus que les structures et les organisations stables (J. Urry) est
largement accept€ dans les sciences humaines contemporaines, les th€ories
migrationistes semblent s’entraver dans une vision qui continue de s€parer
mobilit€s des migrants et mobilit€s des s€dentaires, les trajectoires migratoires
des parcours urbains, les circulations transnationales et les mouvements de
proximit€, etc.

Les institutions concern€es, mais aussi le monde de la recherche, recommandent la


d€finition suivante du migrant international : toute personne qui change de pays
der€sidence habituelle, toute personne qui se d€place et traverse au moins une
fronti‚re. A la diff€rence de l’immigr€, qui arrive pour rester, le migrant est
g€n€ralement con…u comme une personne en transit, qui vient seulement pour
travailler, traverse nos territoires, nos villes et qui retourne † la maison ou repart
ailleurs. Dans son sch€ma analytique minimal, son saisissement sociologique se
r€sume † l’image d’une permanente rupture des lieux qui rattache l’individu † son
milieu d’origine ainsi que la confrontation avec un monde de penser et de vie
autre. Les g€ographes (Gildas Simon, 2002) consid‚rent que le concept de migrant
(qu’ils juxtaposent † celui d’€migr€ ou d’immigr€) est fond€ sur un crit‚re
physique, celui du d€placement dans l’espace et, † ce titre, il ne doit pas ‡tre
confondu avec celui de l’€tranger, fond€ sur un crit‚re juridique : ˆ est l’€tranger
celui qui ne poss‚de pas la nationalit€ du pays o‰ il r€side, qualit€ d’ailleurs
soumise † €volutions selon les politiques nationales d’acc‚s † la nationalit€ Š. Il ne
doit pas non plus ‡tre confondu avec le nomade qui, par son mouvement, assure la
coh€rence de sa culture et de son groupe qui se d€place avec lui (Joseph
Isaac,1984). D€fini par rapport et † l’oppos€ du s€dentaire, il exclut d’embl€e toute
approche de la figure d’ˆ enracin€ Š.

L’h€t€rog€n€it€ des sources sur le plan mondial peut cependant amener dans la
pratique † passer d’un concept † l’autre sans s’apercevoir qu’il s’agit d’individus
avec des pratiques de mobilit€ tr‚s diff€rentes. Qu’elle rel‚ve d’une probl€matique

http://www.ticm.msh-paris.fr/spip.php?article32 07/02/2008
Le migrant connecté - TIC - Migrations Page 2 of 15

d€finie en termes de territoire, d’identit€ culturelle ou d’int€gration sociale et


institutionnelle, la d€finition du migrant r€f‚re †, et se concentre sur une s€rie de
ruptures et d’oppositions inh€rentes † son destin et qui sont constamment mises
en avant comme un principe organisateur de toute une r€flexion th€orique sur les
populations en mouvement : Mobile/immobile, ni l† bas/ni ici, absent/pr€sent, au
centre/† la marge, etc. Or, il nous semble que cette mani‚re de concevoir les
d€placements des personnes est une simplification historiquement et
sociologiquement abusive. Ces concepts tiennent difficilement dans un monde
atteint par une mobilit€ g€n€ralis€e et par une complexification sans pr€c€dent de
la communication. La fracture g€n€rique entre migrant, €tranger, immigrant,
nomade et m‡me s€dentaire tend † s’estomper. Il n’y a jamais eu autant de gens,
par le pass€, capables d’envisager comme chose allant de soi le fait qu’eux-m‡mes
ou leurs enfants seront sans doute conduits † vivre et travailler ailleurs que sur
leur lieu de naissance. Des migrants qui, sous la couverture d’un visa touristique
font le ˆ commerce de valise Š, des touristes qui voyagent pour s’installer † la fin
dans les pays de leurs vacances, des immigr€s qui une fois avoir acc‚s † la
nationalit€ reprennent la circulation, des jeunes cadres dynamiques, des fous
voyageurs…, tous sont sens€s, pour leur stabilit€, jongler entre diff€rentes
mobilit€s.

Cette culture de mobilité est d’autant plus normalis€e, renforc€e et g€n€ralis€e que
l’environnement global des m€dias donne l’image † un lointain facilement
accessible. Ainsi, l’€loge implicite que Simmel faisait de l’€tranger en tant que
h€ros €ponyme de la modernit€ et de la m€diation se g€n€ralise et se banalise. De
m‡me, aujourd’hui les immigrants d€veloppent des r€seaux, des activit€s, des
ˆ styles Š de vie et des id€ologies qui lient leur pays d’origine au pays d’accueil et
qui les r€installent dans la mobilit€. Enfin, les courants de r€flexion sur le
ph€nom‚ne migratoire contemporain (et notamment les th€ories des r€seaux
transnationaux) s’accordent sur le fait que les migrants d’aujourd’hui sont les
acteurs d’une culture de lien, qu’ils ont eux-m‡mes fond€e et qu’ils entretiennent
dans la mobilit€. Auparavant † l’€tat latent, mais propre † tous les groupes qui se
d€placent, cette culture du lien est devenue visible et tr‚s dynamique une fois que
les migrants ont commenc€ † utiliser massivement les nouvelles technologies de
l’information et de la communication. Ainsi, il est de plus en plus rare de voir les
migrations comme un mouvement entre deux communaut€s distinctes,
appartenant † des lieux €loign€s et marqu€es par des relations sociales
ind€pendantes l’une de l’autre. Il est au contraire de plus en plus fr€quent que les
migrants parviennent † maintenir † distance et † activer quotidiennement des
relations qui s’apparentent † des rapports de proximit€. Le lien “virtuel” – par
t€l€phone ou par mail – permet aujourd’hui, plus et mieux qu’avant, d’‡tre pr€sent
aupr‚s de sa famille, des autres, de ce qui est en train de leur arriver, l†-bas, au
pays ou ailleurs. Le d€racin€, en tant que figure paradigmatique du monde

http://www.ticm.msh-paris.fr/spip.php?article32 07/02/2008
Le migrant connecté - TIC - Migrations Page 3 of 15

migrant, s’€loigne et fait place † une autre figure, encore mal d€finie mais dont on
sait qu’elle correspond † celle d’un migrant qui se d€place et fait appel † des
alliances † l’ext€rieur de son groupe d’appartenance, sans pour autant se d€tacher
de son r€seau social d’origine.

Le migrant est aussi † l’origine d’une culture de contrôle qui, gr„ce aux TIC,
s’€tend largement au-del† des territoires nationaux, et cela aussi bien dans sa
variante hard (centre de r€tention) que dans sa variante soft (surveillance
€lectronique des individus par des bases de donn€es, comme c’est le cas du fichier
des €trangers AGDREF ou le SIS). La ˆ technologisation Š du contr•le aux
fronti‚res a conduit † la transformation m‡me de leur nature. D’une zone de
barri‚re † une zone diff€renci€e de filtrage €lectronique (zone seulement de
ralentissement et non plus d’arr‡t), les fronti‚res quittent aujourd’hui les cartes
d’une g€ographie physique. Ubiquistes et en forme des fichiers, elles ont fait
soudain leur apparition dans les diff€rents consulats, dans les pr€fectures, sur
l’ordinateur portable des agents de contr•le † c•t€ d’un banal p€age autoroutier,
dans les banques de donn€es de diff€rentes compagnies de transport. Si l’on
s’accorde avec Robert Sack [1] qui soutient que le territoire fait sens sur le plan
politique en tant que mode de contrôle sur les personnes, le processus ou les
relations sociales, on peut avancer que ces nouvelles fronti‚res informatiques, qui
d€ploient une logique de r€seau extraterritorial, €largissent, en effet, les territoires
nationaux ou communautaires au-del† de leurs fronti‚res d’Etat.

Aujourd’hui, l’administration €lectronique et, particuli‚rement les syst‚mes


d’identification biom€trique, int€ressent autant les pays d’accueil que les pays
d’€migration. Si leur int€r‡t est convergent quand il s’agit de la s€curit€ publique,
de lutter efficacement contre la fraude documentaire et informatique, la
constitution de bases de donn€es † partir de ˆ technologies propri€taires Š peut
avoir aussi des raisons diff€rentes.

Les pays de destination €tudient ces techniques dans l’espoir de trouver un


instrument de contr•le et de lutter contre la mondialisation des flux migratoires ;
les pays d’origine, conscients du profit €conomique et politique qu’ils peuvent tirer
de leurs communaut€s transnationales, par l’introduction des cartes d’identit€
multifonctionnelles, tentent d’accro•tre leur influence g€opolitique et d’accumuler le
capital social et financier provenant de ses populations diss€min€es dans le monde.
Pris entre deux (ou plusieurs) politiques administratives, vivre et se mouvoir dans
un monde o‰ le d€s€quilibre €conomique existe, o‰ les fronti‚res nationales
perdent leurs sens, vivre le temps de la mondialisation o‰ toute ext€riorit€
dispara•t, partager les fichiers des €trangers et en m‡me temps le destin anonyme
et informatique de monsieur tout le monde [2], le migrant semble incarner l’id€al-
type de la gestion de tout un monde en mouvement.

http://www.ticm.msh-paris.fr/spip.php?article32 07/02/2008
Le migrant connecté - TIC - Migrations Page 4 of 15

Conjuguant l’ensemble de ces r€alit€s, la d€finition du migrant qui s’appuie sur


diff€rentes formes de rupture, consid€r€es comme fondatrices et radicales, est
mise en difficult€. En revanche, un autre principe organisateur €merge : mobilit€ et
connectivit€ forment d€sormais un ensemble de base dans la d€finition du migrant
du XXI si‚cle. Ensemble ils agissent comme un vecteur qui assure et conduit les
lignes de continuit€ dans la vie des migrants et dans les rapports que ceux-ci
entretiennent avec leur environnement d’origine, d’accueil ou parcouru. Hier :
immigrer et couper les racines ; aujourd’hui : circuler et garder le contact. Cette
€volution semble marquer un nouvel „ge dans l’histoire des migrations : l’„ge du
migrant connect€.

Ce sont bien ces lignes de continuit€, d’€volution et de liaison, que l’on va tenter
d’aborder dans l’intention d’approcher et de comprendre cette figure de migrant
connect€. Il ne s’agit pas €videmment de discuter ici de la continuit€ sur la longue
dur€e (les migrations ont accompagn€ toute l’histoire de l’humanit€, c’est un
acquis), mais plut•t de mettre en perspective diff€rentes lectures de la continuit€ †
une €chelle temporelle €tendue † l’€lasticit€ de nos possibilit€s d’observation.
Autrement dit que, tout en attribuant au temps la qualit€ d’instaurer des
continuit€s, je ne vais pas aller plus loin sur l’€chelle temporelle au-del† de ce que
je peux mesurer et enqu‡ter aujourd’hui.

La figure de ˆ l’entre deux Š et la vulgate ˆ ni ici, ni l†-bas, mais ici et l†-bas en


m‡me temps Š annoncent en quelque sorte l’arriv€e, dans la litt€rature
sociologique, du migrant connect€. Les th‚mes de la mondialisation, des th€ories
des r€seaux et des processus transnationaux ont mis en €vidence certains aspects
qui peuvent configurer son futur profil : la multiappartenance (aussi bien aux
territoires qu’aux r€seaux), l’hypermobilit€, la flexibilit€ sur le march€ du travail, la
capacit€ de transformer une habilit€ relationnelle en une comp€tence productive et
€conomiquement efficace, sont des traits qui vont se retrouver certainement dans
la composition de notre migrant.

Mais ce migrant appartenant plut•t † plusieurs aires g€ographiques et milieux


sociaux qu’† ˆ l’entre-deux Š, ne multiplie-t-il pas plus les lignes de fractures que
les lignes de liens ? Dans les migrations, comme dans les figures paradoxales
d’Escher, les ruptures et les continuit€s r€sument, au fond, le m‡me ensemble
dynamique. Dans le tableau ci-apr‚s d’Edgar Rubin, nous pouvons voir que la
coupe ou que les profils ; de m‡me, par analogie, dans notre cas d’analyse des
traits de la figure du migrant, soit les ruptures soit les continuit€s. Le passage
d’une figure † l’autre, d’un €tat † l’autre se passe au niveau de notre perception.
Quand une figure s’actualise l’autre passe dans un €tat potentiel. Aujourd’hui,
l’€volution de nos soci€t€s vers une modernit€ ˆ liquide Š comme l’appelle
Zygmund Baumann conf‚re plus de sens † la continuit€ qu’aux ruptures, qui

http://www.ticm.msh-paris.fr/spip.php?article32 07/02/2008
Le migrant connecté - TIC - Migrations Page 5 of 15

resteront bien dans l’ensemble du tableau mais dans un €tat potentiel. Qu’elles
vont se d€placer, changer de nature, r€occuper la sc‚ne des migrations dans
l’avenir, c’est l’€volution de la soci€t€ enti‚re qui en ? sera responsable et qui
dirigera notre regard.

Le vase, Rubin, 1915

1. Quel niveau d’analyse ?

Pour d€finir et comprendre le fonctionnement du migrant connect€, je propose ici 4


niveau d’analyse, s’appuyant sur plusieurs travail de terrains et de recherches.

1. Situer la place du migrant dans un syst‚me global de mobilit€s.

Notre approche g€n€rale s’inscrit dans la logique du ˆ paradigme de la mobilit€ Š,


telle quelle a €t€ formul€e par Alain Tarrius † la fin des ann€es 80 [3] et † laquelle
nous allons ajouter un ˆ €tage Š : les mobilit€s engendr€es par l’usage des TICs et
un cercle comparatif plus large , int€grant dans l’analyse aussi les ˆ non-
migrants Š. En d€clinant les principes €nonc€es par Alain Tarrius dans des
situations nouvelles, avec des outils d’analyse €mergents des supports TIC, nous
essayons de r€pondre † quel point mobilit€s des migrants et des non-migrants
diff‚rent encore. Au lieu de ne voir que le caract‚re discontinu des territoires
appr€hend€s ƒ partir des pratiques de mobilit€ migrante et non-migrante, nous
allons chercher ƒ penser et de prouver le continuum, tant dans l’espace que dans
le temps, ƒ travers les multiples mouvements qui s’accumulent et s’articulent dans
la vie de chacun. Consid€rer le migrant dans la totalit€ de ses mobilit€s
(physiques, imaginaires, virtuelles) et v€rifier l’existence d’un passage dans notre
soci€t€ d’une s€dentarit€ dominante † une hypermobilit€ dominante, tel sont les
enjeux heuristiques que constituent notre approche † ce niveau d’analyse.

Je ne vais insister plus, sur ce point, les €tudes sur les ˆ circulations migratoires Š
de Gildas Simon, d’Alain Tarrius , des chercheurs de Migrinter ou celles tr‚s
nombreuses inspir€ par leurs travaux sont des d€marches voisines. Introduire les
mobilit€s engendr€es par les connexions TIC, €largir le cadre comparatif avec le
non-migrant, mettre au point un syst‚me d’observation Wherenet (sur lequel on va

http://www.ticm.msh-paris.fr/spip.php?article32 07/02/2008
Le migrant connecté - TIC - Migrations Page 6 of 15

revenir un peu plus tard) sont les nouveaut€s que j’apporte † une d€marche
m€thodologique d€j† bien rod€e.

2. L’installation relationnelle de la mobilit€

Le lien, (certaines fois plus que le contexte €conomique) est cr€ateur de mobilit€.
Le deuxi‚me niveau d’analyse questionne d’abord un lieu commun des nouvelles
tendances de la sociologie des migrations : la tentation de quitter la probl€matique
de l’int€gration pour mieux marquer la nouveaut€ circulatoire des ph€nom‚nes
migratoires contemporains. Or, s’il est vrai que ces circulations migratoires ne
peuvent plus se rapporter † des processus sociaux qualifi€s en termes classiques
d’int€gration, d’assimilation, d’insertion, on s’aper…oit que l’on se trouve dans la
situation d’un renversement de perspective. En effet, les questions d’int€gration
devront ‡tre reconsid€r€es dans le contexte sp€cifique de la multiplication des
d€placements temporaires et de la participation † une vari€t€ de milieux sociaux.

Pratiquement dans toutes les enqu‡tes que nous avons men€es et dans tous les
r€cits biographiques des migrants que nous avons enregistr€s, nous avons pu
constater un €pisode dans lequel ˆ un ami Š devenait pour un certain temps la
personne ressource, qui prot‚ge et qui socialise, † la fois capital d’installation et de
mobilit€. C’est notamment gr„ce † cet ami que les migrants ont pu trouver du
travail ou un commerce, et c’est gr„ce † son invitation, certifiant officiellement
l’h€bergement, qu’ils ont obtenu un visa de circulation dans l’espace occidental. Si
les autorit€s semblent se contenter du caract‚re provisoire et non institutionnel de
ce type de migration, notre hypoth‚se est que, † cette situation d’armistice
informel, ont contribu€ d’une mani‚re d€cisive les soci€t€s d’accueil, les individus
et non pas les institutions. Les migrants, sans papiers mais avec des amis, ont
r€ussi leur insertion sur le march€ international. Cette forme sociale d’int€gration
par le bas, source de l’installation dans la mobilit€ de milliers de migrants sans
capital financier ou institutionnel solide, questionne non seulement la nature de
toute politique migratoire mais aussi notre vision sociologique des migrations. Que
ce soit une solidarit€ spontan€e ou un profit bien compt€, cette comp€tence ˆ †
faire le lien Š, de nouement d’amiti€, a amorti les proc€dures d’€loignement
dict€es par les nouvelles r‚gles de l’espace Schengen et a assur€ par un continuum
social le succ‚s du projet de mobilit€.

J’appelle ˆ installation relationnelle Š le dispositif social par lequel le migrant


organise sa vie en mobilit€. Les installations relationnelles sont particuli‚rement
visibles dans l’organisation du d€part et au retour des voyages mais aussi dans ce
ˆ travail d’int€gration intermittente Š que j’ai d€crit ci-dessus. Le continuum social
fait sens €galement dans la gestion de maintien des relations et des activit€s †
distance.

http://www.ticm.msh-paris.fr/spip.php?article32 07/02/2008
Le migrant connecté - TIC - Migrations Page 7 of 15

Dans la pr€paration des d€placements, dans l’orientation † l’int€rieur de l’espace


parcouru, dans l’organisation des rencontres, l’usage des TIC devient
incontournable. Contrairement † ce que laissaient supposer certaines analyses
prospectives de ces derni‚res ann€es, les technologies de l’information et de la
communication ont permis une am€lioration de la qualit€ et de la rapidit€ des
services rendus, mais n’ont pas du tout entra•n€ – sauf † de rares exceptions – une
r€duction des d€placements. Ce constat prend un sens particulier quand on a
affaire † des migrants et † un contexte politique g€n€ralement d€favorable † leur
mobilit€. Adoptant la plupart des moyens de communication modernes, les
migrants ont ainsi d€velopp€ des tactiques in€dites de mobilit€, d’int€gration dans
les soci€t€s d’accueil et de combat pour la survie communautaire.

Soumis † l’imp€ratif de parler beaucoup et fr€quemment † la famille rest€e † la


maison tout en €tant contraints par les co‘ts €lev€s des communications
internationales, les migrants “chassaient” toute situation avantageuse dans les
syst‚mes communicationnels, fixes ou mobiles. Promotions, passage aux
messages €crits, et in extremis exploitation des failles dans le r€seau, sont
recherch€s avec z‚le pour satisfaire ˆ la compulsion de la proximit€ Š et sont †
l’origine de la production des diff€rentes formes de pr€sences † distance au moins
intermittentes, utiles et n€cessaires † la maintenance des relations familiales et
communautaires.

L’€volution des pratiques de communication, - depuis les simples modalit€s


ˆ conversationnelles Š o‰ la communication suppl€e † l ’absence, jusqu’aux
modalit€s ˆ connect€es Š o‰ les services entretiennent une forme de ˆ pr€sence Š
continue malgr€ la distance-, a introduit le plus important changement dans la vie
des migrants : non seulement les pratiques migratoires ont €t€ r€volutionn€es,
(notamment l’activation des r€seaux, l’organisation † distance, le contr•le des
d€placements) mais €galement le v€cu de la mobilit€ et, implicitement, la
construction de l’installation relationnelle. Les formes de partage se transforment :
classiquement, on prenait des nouvelles, on se racontait ce qui est
arriv€ .ˆ D€sormais, observe Christian Licoppe [4], n’112-113, 2002, pp. 173-
210. ]], on communique pour dire une sensation, une €motion imm€diate, l’€tat
dans lequel on est. C’est un autre mode de construction de la relation. Cette forme
de pr€sence connect€e (qui n’est qu’une autre traduction d’ ici et l†-bas en m‡me
temps) est tr‚s sensible aux modes de t€l€pr€sence : elle change de nature
cognitive et €motionnelle en fonction de la richesse interactionnelle. Et, il y a
naturellement une affinit€ sp€cifique des services multim€dias mobiles avec la
gestion des relations et des situations en mode ˆ connect€ Š - conclut le
sociologue.

“ ce propos, il nous semble que l’analyse d’Abdemalek Sayad pr€sentant

http://www.ticm.msh-paris.fr/spip.php?article32 07/02/2008
Le migrant connecté - TIC - Migrations Page 8 of 15

l’exp€rience migratoire comme une “double absence” ne fait plus sens, du fait de
l’€mergence d’un espace social de “pr€sences” : les g€n€rations d’aujourd’hui, qui
s’installent dans la mobilit€, sont dot€es d’une exceptionnelle capacit€ † actualiser
en permanence le lien avec leur environnement d’origine, tout en €tablissant des
contacts avec les soci€t€s des pays de destination. L’id€e de “pr€sence” est donc
d€sormais moins physique, moins “topologique” mais plus active et affective, de
m‡me que l’id€e d’absence se trouve implicitement modifi€e par ces pratiques de
communication et de co-pr€sence. Les socialit€s n€es de ces “pr€sences”
connect€es se manifestent par une multiplication des d€placements et des contacts
directs, ce qui rend plus manifeste encore la dimension pr€caire et temporaire de
la mobilit€ des migrants, ainsi que la densit€ de leur r€seau relationnel. Au-del† de
l’opposition entre pr€sent et absent, se construisent de fines graduations qui
incitent † repenser la relation aussi bien lointaine qu’imm€diat dans une
perspective de continuit€. La variable communicationnelle devient ainsi un crit‚re
explicatif d€terminant de l’€volution des pratiques d’installation relationnelle du
migrant. 3. Identifier les r€seaux d’appartenance mobile

Notre vie sociale est profond€ment ancr€ dans les technologies mobiles. Qu’il
s’agisse de communication, d’information ou d’acc‚s, ces terminaux que nous
portons avec nous, nous interconnectent, nous donnent acc‚s † diff€rents services
(de transport, bancaires, de circulation, de contr•le) et † diff€rents espaces. Ils
sont les supports mat€riels de la connexion † nos appartenances citadines,
nationales, bancaires, sociales, familiales, etc. La portabilit€ de ces r€seaux
d’appartenance marque la vie de chacun. Migrant ou non migrant, pratiquement
tous, se trouvent soumis † une logique d’acc‚s : pour circuler, pour sortir de
l’argent de la banque, pour se soigner, pour entrer chez soi, pour appeler, etc.

Pour rendre compte des mutations anthropologiques de la mobilit€ de nos


ancrages, Dominique Boullier [5] propose le n€ologismes habit‚le pour d€signer
notre forme d’appropriation (mat€rielle et symbolique) d’un espace de r€seau.
Dans la litt€rature sur les migrations existe beaucoup d’€tudes centr€es sur
l’organisation des r€seaux des migrants, mais peu d’entre elles prennent en
compte leur capacit€ de s’approprier les r€seaux dans lesquels il sont inscrits.

L’av‚nement de l’„ge de l’acc‚s que Jeremy Rifkin a pr€dit dans l’€conomie,


suppose le passage d’un r€gime de propri€t€, fond€ sur une notion de patrimoine
amplement distribu€ au sein de la soci€t€ † un r€gime qui repose sur l’usage †
court terme de ressources contr•l€es par des r€seaux de prestataires. Que les
espaces auxquelles nous nous sentons appartenir ne sont plus seulement des
territoires mais aussi des r€seaux, c’est d€j† un acquis. Plus libre de g€ographie,
on peut penser que le migrant connect€ gagne en autonomie. Mais le passage de
l’habitat ƒ l’habit‚le, entra•ne €galement la transformation du r€gime de

http://www.ticm.msh-paris.fr/spip.php?article32 07/02/2008
Le migrant connecté - TIC - Migrations Page 9 of 15

l’hospitalit€. Dans l’espace priv€, c’est de moins en moins l’accueil qui est invoqu€
mais l’aide † l’acc‚s : pour un migrant, partager le carnet d’adresse de ˆ mon
Fran…ais Š, utiliser son compte pour h€berger des ch‚ques de paiement, acheter
un t€l€phone mobile avec son aide, sont autant des preuves d’hospitalit€ que des
pas vers l’int€gration. Dans l’espace institutionnel, les organismes charg€s de la
gestion des €trangers deviennent de plus en plus des ˆ e-administrations Š : site
d’accueil, fichiers d’enregistrement, carte aide au transport publique, carte vitale,
carte d’identit€ † fonctions multiples (pourrons faire l’office €galement de carte
bancaire, passeport ) adresse €lectronique, etc. Ce que nous retenons c’est la
continuit€ des services, qui est cherch€e avec z‚le aussi bien par les utilisateurs
que par les prestataires. L’interconnectivit€ † toutes les €chelles g€ographiques et
fonctionnelles, bien qu’encore peu effectif, c’est une utopie qui alimente la
production de tout un patrimoine d’habit‚les. Ces €quipements tiennent un r•le
important dans la construction de la localit€ mais aussi de la mobilit€. La question
d’appartenance est devenue intimement li€e aux modes d’acc‚s. (il suffit de
prendre comme exemple des services comme OWS-IDCarte , e-justice ou
MoneySend )

4. Travailler la « mémoire » des mobilités

Les ˆ e-pratiques Š communicationnelles et organisationnelles des migrants et la


transition des documents papier vers des supports €lectroniques (documents
d’identit€ inclus) produisent sur la toile (avec des r€gimes d’accessibilit€ plus ou
moins contr•l€s) un corpus vaste, en errance et peu investigu€. Cependant, ce
sont ces traces €lectroniques susceptibles de nous apprendre mieux le
fonctionnement des r€seaux transnationaux, de mesurer l’int€gration et
l’organisation des migrants, de comprendre la nature de la surveillance men€e par
les institutions charg€es du contr•le des €trangers. Cette d€l€gation de m€moire
de nos mobilit€s vers les outils d’enregistrement est sans pr€c€dents et nous
permet - pour ne pas dire nous oblige - † ouvrir un nouveau terrain d’observation.

Le quatri‚me niveau d’analyse concerne les stockages et le traitement permis pas


les TIC des traces de mobilit€ et de connexions s€diment€es sous diff€rents
supports informatiques. La documentation sur les migrations supposait jusqu’†
r€cemment la collecte de fonds compos€s de donn€es quantitatives, d’artefacts
mat€riels, d’€crits et de documents audiovisuels qui prouvaient les pratiques des
personnes install€es dans la mobilit€ et t€moignaient de leur €poque. Les
migrants, tout comme ceux qui ont † charge de g€rer leur mobilit€, ont de plus en
plus recours aux technologies de l’information et de la communication, g€n€rant
sous forme num€rique une masse importante de donn€es. De plus, la nature
m‡me de l’information num€rique, sa plasticit€, la dur€e de vie des supports et
syst‚mes, engendrent des formes nouvelles d’effacement. Ainsi dans ma

http://www.ticm.msh-paris.fr/spip.php?article32 07/02/2008
Le migrant connecté - TIC - Migrations Page 10 of 15

d€marche, j’ai €t€ confront€ en premier temps † l’imp€ratif que nous avons de
conserver certains dispositifs qui mena…aient de se perdre – tel † €t€ le cas du
fameux le site Pajole des sans- papiers de Saint Bernard. Mais, une fois ce travail
commenc€, je me suis rendu compte que les documents num€riques €taient
omnipr€sents, d’une grand vari€t€ de format, de m€dium et de contenu : courriers
€lectroniques, fichiers administratifs, SMS, documents audiovisuels, dans toutes
les langues possible, sur tous les supports possibles. A l’accumulation des archives
succ‚dent les s€dimentations des formats de documents, des versions de logiciels
pour les lire, la fragilit€ des supports de sauvegarde, la difficult€ de donner
coh€rence, et donc sens, † l’ensemble. Confront€ † une grande probl‚me d’anomie
et de poids informationnel, mon deuxi‚me souci, a €t€ de ne pas tomber dans une
navigation errante. C’est l† que surgissent comme centrales les questions
d’organisation d’une production €lectronique † valeur scientifiquement probante.
Cet enjeu s’est concr€tis€ dans un projet collectif de chercheurs qui ont int€gr€, †
la MSH, le Groupe TIC/Migrations. Ce projet, qui porte sur la constitution
d’archives Web sur les migrations, donne l’occasion d’une r€flexion sur une
sociologie ˆ €lectronique Š des migrations. Il s’agit d’€tudier de longues s€ries
d’€preuves collect€es automatiquement gr„ce † une sonde con…ue † partir des
corpus propos€s par les chercheurs, et de les croiser avec les connaissances issues
de l’observation directe.

2. Innover les outils m•thodologiques d’enqu‚te

A. Outils conceptuels :

a. la ˆ transition mobilitaire Š Nous faisons r€f€rence aux hypoth‚ses de la


transition mobilitaire formul€es au d€but des ann€es 70 par W. Zelinsky [6] dans
l’intention de conceptualiser les mouvements migratoires (actuels et potentiels)
dans la p€riode entre la fin de la soci€t€ traditionnelle et la formation de la soci€t€
moderne. Nous avons suivi la d€marche de R€my Knafou [7] qui reprend ce
concept en tant ˆ qu’outil d’analyse dynamique qui pourra v€rifier l’existence du
passage dans notre soci€t€ d’une s€dentarit€ dominante † une hypermobilit€
dominante Š.

b. la connectivit€ : En informatique, la connectivit€ est une proc€dure permettant †


un utilisateur de se mettre en relation avec un syst‚me informatique et, si
n€cessaire, de se faire reconna•tre de celui-ci. La connectivit€ est aussi la propri€t€
d’un r€seau de t€l€informatique dans lequel il est toujours possible de relier
directement ou indirectement deux €quipements quelconques. Nous l’utilisons ici
comme un analyseur global des r€seaux techniques et sociaux. Il peut v€rifier
l’aptitude du migrant disposant de terminaux informatiques de fonctionner dans
des r€seaux diff€rents.

http://www.ticm.msh-paris.fr/spip.php?article32 07/02/2008
Le migrant connecté - TIC - Migrations Page 11 of 15

c. la traçabilité C’est un analyseur complexe qui a plusieurs fonctions :


organisateur, identificateur et int€grateur en identification automatique. Il peut
sonder diff€rentes ˆ profondeurs Š historiques [8], aires g€ographiques [9],
€paisseurs sociales [10] et m€dium technologique [11]. Test€e et appliqu€e dans
le domaine d’€conomie marchande, la notion de traçabilité a fait irruption dans le
domaine de la mobilit€ des personnes. Il s’agissait, au d€but, dans le commerce,
d’une cha•ne logistique/emballages [12] qui prend en charge la collecte des
informations de la marchandise et trace l’historique des diff€rents moments
d’enregistrement stock€ sur un support informatique. Aujourd’hui, de plus en plus,
la tra…abilit€ est devenu un organisateur des diff€rents dispositifs d’archivage
(dans l’espace priv€ et public) et un objectif central dans le d€ploiement des
technologies de la s€curit€ du territoire [13]. Concr‚tement, des identifiants
€lectroniques (€tiquettes RFID) vont ‡tre utilis€s, dans le cadre de tests, pour
aˆ utomatiser l’enregistrement de l’arriv€e et du d€part des voyageurs † pied ou
en v€hicule Š. Ces tests, qui d€buteront le 31 juillet 2005, s’effectueront
essentiellement dans des villes-fronti‚res avec le Mexique ou avec le Canada. Cet
identifiant pourrait ‡tre ajout€ au passeport et l’€tiquette restera active apr‚s
l’entr€e sur le territoire. Ce syst‚me de surveillance est compl€mentaire d’un autre
concernant les compagnies a€riennes. Computer Assisted Passenger pre-screening
system (CAPPSII) est un dispositif de pr€filtrage par ordinateur des passagers qui
empruntent les voies a€riennes † destination des •tats-Unis. Ce syst‚me, explique
Ayse Cehan [14] porte sur l’€change des fichiers entre diff€rents services des
•tats, la collecte et l’exploitation † distance des donn€es † caract‚re personnel
livr€es par les compagnies a€riennes [15] et la cr€ation de profils types de
personnes † risques. Plus pr‚s de nous, l’EURODAC, fichier central des r€fugi€s en
Europe, est un autre exemple de surveillance. De simple concept logistique
d’emballage † l’origine, la tra…abilit€ devient aujourd’hui une ing€nierie de l’identit€
sociale et une obligation juridique [16].

B. Innovation méthodologique

Une autre perspective €pist€mologique ne demande pas seulement de se donner


de nouvelles r‚gles m€thodologiques mais aussi d’innover en mati‚re de
techniques d’investigation. Nous avons vu que l’environnement du migrant
connect€ est fortement marqu€ par les technologies de communication, d’acc‚s et
de stockage. Les m€thodes et les moyens d’investigation devront s’adapter aussi
bien † cet environnement qu’† notre probl€matique. Sans confondre le champs
d’€tudes sur les interactions dans une situation migratoire avec le domaine de
recherche sur les usages des TIC, munis de toutes les des comp€tences
m€thodologiques qui ont fait leurs preuves ailleurs, les chercheurs doivent
aujourd’hui avoir une vue transdisciplinaires et contribuer, † c•t€ des ing€nieurs, †
la cr€ation des diff€rents dispositifs informatiques susceptibles d’€largir notre

http://www.ticm.msh-paris.fr/spip.php?article32 07/02/2008
Le migrant connecté - TIC - Migrations Page 12 of 15

terrain, de valider nos concepts, de trouver des repr€sentations synth€tiques † de


vastes ensembles des ressources organis€es en diff€rents domaines.

Sondes, logiciels divers, robots de collecte, sont des outils d’investigation


€lectronique con…us pour s€lectionner et extraire dans la masse des informations
circulantes des corpus sp€cifiques † l’usage des chercheurs. Les pr€misses
th€oriques qui ont fond€ ma recherche sur les dispositifs d’enregistrement
s’inscrivent dans ce que l’on peut appeler la ˆ th€orie des agr€gats Š († partir de
laquelle sont bas€es certaines techniques sp€cifiques d’extraction). Ma position
privil€gie plut•t une solution hybride d’investigation, o‰ l’analyse du chercheur
oriente la constitution du corpus et la compl‚te avec les connaissances issues des
enqu‡tes qualitatives et contextuelles. L’exemple extr‡me du prototype logiciel de
traitement sociologique appel€ Marlowe [17] dans lequel le travail du chercheur est
de ˆ dialoguer Š avec un corpus qu’il ne le contr•le pas, me semble excessif.

Aujourd’hui, † titre d’exemple, sans entrer dans les d€tails,- ni dans les r€sultats
pour l’instant encore partiels -, je mentionnerai ici bri‚vement quelques €l€ments
d’une enqu‡te en cours, Wherenet, que je m‚ne † l’ENST Paris en collaboration
avec Christian Licoppe, Zbikniew Smoreda et Cezary Ziemlicki. Wherenet est une
€tude exploratoire sur la relation entre usages des services mobiles et mobilit€
spatiale. On ne sait que tr‚s peu de chose sur les corr€lations entre mobilit€
g€ographique et usages des services de communication mobile. Quels lieux et
quelles situations sont adapt€es † quelles pratiques de communication ? Dans
quelle mesure les formes de d€placement de l’utilisateur (selon l’€chelle
g€ographique, les moyens de transports utilis€s, les types d’inscriptions dans des
formes d’activit€ et de socialisation) influent-ils sur la communication mobile ?
L’acc‚s aux €quipements mobile a-t-il en retour une influence sur la mobilit€
spatiale ? Y a-t-il une diff€rence sensible dans les usages des t€l€phones mobiles
selon que les utilisateurs ont des biographies et des exp€riences plut•t
ˆ s€dentaires Š ou ˆ migratoires Š ? C’est cet ensemble questions qui a orient€
notre d€marche.

Il s’agit d’une enqu‡te ethnographique (analyse des objets port€s sur soi, qui
ˆ donnent acc‚s Š et qui €quipent les mobilit€s individuelles, entretiens
sociologiques qui permettent de fonder empiriquement une compr€hension crois€e
des comportements de mobilit€ et de communication) et quantitative plus globale,
bas€e sur un dispositif nouveau de production de donn€es. Celui-ci repose sur un
logiciel con…u † France T€l€com R&D qui s’implante sur des t€l€phones mobiles de
type GPRS, et permet d’enregistrer simultan€ment l’usage li€s aux communications
mobiles (voix, donn€es, images) et les d€placements de son possesseur (via la
localisation des cellules travers€es par le terminal). L’€chantillon utilis€ dans notre
enqu‡te a €t€ limit€ † une vingtaine de personnes repr€sentatives, migrantes et

http://www.ticm.msh-paris.fr/spip.php?article32 07/02/2008
Le migrant connecté - TIC - Migrations Page 13 of 15

non-migrantes, en situations r€sidentielle et occupant des emplois diff€rents. Elles


ont €t€ €quip€es en mobiles dot€s d’un logiciel sonde. Elles ont eu la possibilit€ de
le d€sactiver quand elles l’ont souhait€, et nous avons sign€ un engagement sur la
confidentialit€ des donn€es collect€es. Ces personnes ont €t€ suivies gr„ce † ce
dispositif automatique pendant six mois. Un travail de construction des indicateurs
et des questionnaires a €t€ effectu€ † partir des premi‚res donn€es obtenues avec
le logiciel sonde, suivi par une s€rie d’entretiens individuels qui ont €t€ r€alis€s
pour qualifier les connexions, les parcours g€ographiques, les activit€s associ€es.
Les informations obtenues dans l’entretien ont €t€ cod€es, corr€l€es avec les
donn€es recueillies et cartographi€es. Bien que partiels, les r€sultats laissent
entrevoir que la distinction entre pratique de mobilit€ des migrants et pratique de
mobilit€ des s€dentaires est de plus en plus difficile † cerner.

Bibliographie

Boullier Dominique, L’urbanit€ num€rique, Paris, L’Harmattan, 1999.


Cehan Ayse, “S€curit€, fronti‚res et surveillance aux Etats-Unis apr‚s le 11
septembre 2001”, Culture&Conflits, n’53, 2004 (dossier ˆ Surveillance politique :
regards crois€s Š - www.conflits.org).
Chateauraynaud F., “MARLOWE, vers un g€n€rateur d’exp€riences de pens€e sur
des dossiers complexes”, Bulletin de M€thodologie Sociologique, n’79, July 2003,
pp. 6-32.
Knafou R€my, “Les mobilit€s touristiques et de loisir et le syst‚me globale des
mobilit€s”, in M. Bonnet et D. Desjeux (sld), Les territoires de la mobilit€, Paris,
PUF, 2000, pp. 85-94.
Licoppe Christian, “Mobiles et sociabilit€ interpersonnelle : la pr€sence connect€”,
in Daniel Kaplan, Hubert Lafont (sld), Mobilit€s.net, L.G.D.J, Paris, 2004, pp.157-
161 .
Licoppe Christian, “Sociabilit€ et technologies de communication : deux modalit€s
d’entretien des liens interpersonnels dans le contexte du d€ploiement des
dispositifs de communications”, R€seaux, n’112-113, 2002, pp. 173-210.
Sack R., Human Territoriality, Cambridge, Cambridge University Press, 1986.
Simon Gildas, “Les migrations internationales”, Population et soci€t€s, Paris, INED,
n’382, septembre 2002.
Tarrius Alain, L’Anthropologie du mouvement, Caen, Paradigme, 1989.
Urry John, Sociologie des mobilit€s, Paris, Armand Colin, 2005.
Zelinski W., “The hypothesis of mobility transition”, The Geographical Review,
Vol. 61, n’2, April 1971, pp. 219-250.

Les dossiers :
Migrants.com in Hommes et Migrations, n’1240/ nov-d€cembre 2002 (sld de
Dana Diminescu). http://www.hommes-et-

http://www.ticm.msh-paris.fr/spip.php?article32 07/02/2008
Le migrant connecté - TIC - Migrations Page 14 of 15

migrations.fr/archives/2002/1240/1240.html
Les documents num€riques : m€thodologie d’archivage et perspectives des
recherches sur les migrations, Migrance, n’23, 2005 (sld de Dana Diminescu)
http://www.generiques.org/migrance.html

Notes

[1] R. Sack, Human Territoriality, Cambridge, Cambridge University Press, 1986, p. 19

[2] Cette culture de contr•le, directement inspir€e par les immigr€s, commence s’€tendre au-del† du
monde des migrants, † tous ceux qui se d€place, quelque soit le type de leur mobilit€.

[3] Voir Anthropologie du mouvement, Caen, Paradigme, 1989 : l’auteur prend simultan€ment en
compte trois ˆ €tages Š, trois niveaux d’analyse du rapport espace/temps caract€ristiques des
mobilit€s migratoires : les d€placements de proximit€, les d€m€nagements † l’int€rieur de l’espace
d’accueil, et les grands parcours migratoires internationaux.

[4] Christian Licoppe, “Mobiles et sociabilit€ interpersonnelle : la pr€sence connect€”, in Daniel


Kaplan, Hubert Lafont (dir.), Mobilit€s.net, Paris, L.G.D.J, 2004, pp.157-161 ; €galement du m‡me
auteur : “Sociabilit€ et technologies de communication : deux modalit€s d’entretien des liens
interpersonnels dans le contexte du d€ploiement des dispositifs de communications”, in [[R€seaux

[5] Dominique Boullier, L’urbanit€ num€rique, Paris, L’Harmattan, 1999 p. 43.

[6] Wilburn Zelinski, “The Hypothesis of mobility transition”, The Geographical Review, Vol. 61, n’2,
April 1971, pp. 219-250.

[7] R€my Knafou, “Les mobilit€s touristiques et de loisir et le syst‚me globale des mobilit€s” , in
M. Bonnet et D. Desjeux (dir.), Les territoires de la mobilit€, Paris, PUF, 2000, p. 93. ,

[8] Mis † part les productions des documents num€riques en temps r€el, beaucoup d’archives sont
aujourd’hui num€ris€ ou en train d’‡tre num€ris€. Mais la recherche la plus avanc€e est certainement
le projet ˆ Genographic Š lanc€e par National Geographic et IBM qui, † partir de l’analyse d’une
collecte d’€chantillons d’AND pr€lev€s aupr‚s de plusieurs centaines de milliers de personnes
reconstitue l’histoire des migrations et retrace ainsi le peuplement de la plan‚te.

[9] Tous les pays, † des degr€s diff€rents, informatise aujourd’hui leurs production d’archives, ainsi,
par exemple, Monsieur X pourrait ‡tre trouv€ dans les fonds d’archives de Pologne et aussi dans le
service de g€n€alogie du site de Ellis Island Immigration Museum, etc.

[10] Nous pouvons €tablir une tra…abilit€ migratoire : familiale, entreprenariale, transnationale, etc.

[11] La tra…abilit€ migratoire peut ‡tre aussi un syst‚me de recueil des traces d’utilisation du support
sur lequel nous faisons la recherche. Par exemple, reconstituer le parcours de la navigation sur
l’internet ou la mobilit€ d’un usager d’un service g€o-localisable sur un t€l€phone portable.

[12] Marqu€es avec €tiquettes €lectroniques ou codes † barres ou €tiquettes RFID (d’identification
par radiofr€quence).

[13] Ayse Cehan, “S€curit€, fronti‚res et surveillance aux Etats-Unis apr‚s le 11 septembre 2001”,
Culture& Conflits, n’53, dossier ˆ Surveillance politique : regards crois€s Š, 2004 (www.conflits.org).

[14] Ibid.

http://www.ticm.msh-paris.fr/spip.php?article32 07/02/2008
Le migrant connecté - TIC - Migrations Page 15 of 15

[15] Ibid. : ˆ ces donn€es stock€es dans le fichier PNR (Passengers Name Recorder) sont en nombre
de 39 et portent essentiellement sur les itin€raires, les modes de paiement, les go‘ts alimentaires,
les services demand€s † bord, des services associ€s comme une location de voiture, etc. Š.

[16] C’est une situation pr€occupante pour toute la soci€t€ car la pr€servation de certains droits
fondamentaux de la personne (le droit † l’anonymat, le droit de ne pas ‡tre surveill€, le droit de
ma•triser la diffusion des donn€es qui nous concerne) est menac€e.

[17] Marlowe (nom de code : MRLW) ˆ est en effet d€positaire de structures de repr€sentation et de
stocks de connaissances qui permettent de lui d€l€guer des t„ches d’enqu‡te fastidieuses. Ses
ressources €tant en grande partie externalis€es, MRLW peut permettre un travail collectif via le
cumul de concepts et d’exemples, de r‚gles et de proc€dures €prouv€es sur diff€rents dossiers.
Contrairement au chercheur humain, MRLW peut explorer, et exploiter, sans autre limite que les
capacit€s de la machine qui l’abrite, d’innombrables combinaisons. Comme la restitution pure et
simple de l’ensemble des combinaisons ou des chemins possibles n’aurait aucun sens – augmentant
consid€rablement le travail interpr€tatif du chercheur – le dialogue sert de cadrage, ou plut•t
d’espace de n€gociation des prises pertinentes par lesquelles s’affirme la ma•trise d’un ou de
plusieurs dossiers Š. Francis Chateauraynaud, “MARLOWE, vers un g€n€rateur d’exp€riences de
pens€e sur des dossiers complexes”, Bulletin de Méthodologie Sociologique, n’79, Juillet 2003, pp. 6-
32.

http://www.ticm.msh-paris.fr/spip.php?article32 07/02/2008