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RECRUTEMENT ET RADICALISATIONS AU SÉNÉGAL :

MESURES POUR LA PRÉVENTION DE L’EXTRÉMISME


VIOLENT
Même si le Sénégal n’a jamais connu d’attaques terroristes sur son sol,
force est de reconnaître qu’il est devenu au cours des dernières années
une importante source de départ, mais également de séjour et de pas-
sage de djihadistes étrangers.
Depuis 2012, une centaine de djihadistes Sénégalais ont réussi à re-
joindre des groupes extrémistes violents (Boko Haram au Nigéria, État
Islamique en Libye et en Syrie et Al-Qaïda au Maghreb Islamique et au
Mali, devenu aujourd’hui Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musul-
mans (GSIM).
Les raisons d’enrôlement des djihadistes dans les groupes extrémistes
violents varient en fonction des contextes et des pays.
Dans le cas du Sénégal, trois facteurs ont été observés comme étant les
principales causes d’engagement des sénégalais dans les GEVs : reli-
gieux, socio-économique et politique.
Cependant, le pays a également enregistré au cours de ces dernières
années de nombreux cas de retour, dont des cas de désengagement
consécutifs à des déceptions par rapport à leurs attentes. En effet, le
retour au pays de ces combattants djihadistes est une source d’inquié-
tude majeure pour les autorités sénégalaises. Et au regard du nombre
important de djihadistes sénégalais ayant rejoint les différents groupes
extrémistes violents ces dernières années, leur retour pourrait consti-
tuer une sérieuse menace pour la stabilité du pays, avec un fort risque
de saper la cohésion sociale.

Ce Briefing Paper s’appuie sur des travaux effectués


dans le cadre des masters du CHEDS qui sont synthétisés afin d’offrir
de nouvelles pistes de réflexion.
PRÉFACE

La dégradation de la situation sécuritaire dans le Sahel a mis en


évidence le besoin urgent de s’interroger sur les causes profondes
du drame des populations vivant dans cet espace, naguère réputé
terre de brassages et de rencontres harmonieuses. Le niveau d’insé-
curité généré par l’extrémisme violent, l’hybridation accentuée des
menaces, l’absence d’indicateurs probants de stratégies de sorties de
crise sont autant de facteurs qui militent pour une réaction collec-
tive à même de susciter de nouveau l’espoir.

Dans cette quête de solutions, le Centre des Hautes Etudes de Dé-


fense et de Sécurité, (CHEDS) fidèle à sa vocation de favoriser l’ap-
propriation des clés de lecture de l’environnement géostratégique
sous-régional, a noué un dialogue fécond avec la « Division Paix
et droits de l’homme » du Département fédéral suisse des Affaires
étrangères (DPDH/DFAE).

Ainsi, dans le sillage des « Conversations régionales » dont la pre-


mière édition s’est tenue à Dakar, en 2016, le CHEDS s’est définiti-
vement inscrit dans la trajectoire de la prévention de l’extrémisme
violent (PEV) dans le Sahel en général, et au Sénégal en particulier.
En effet, le renouvellement de l’arsenal conceptuel de la lutte contre
l’extrémisme dans le Sahel, au-delà de la critique du « tout sécuri-
taire », a besoin de mettre en orbite de nouvelles problématiques,
parmi lesquelles l’approche préventive. Prévenir, c’est d’abord com-
prendre et circonscrire les causes profondes du mal ; c’est aussi ques-
tionner, en amont, les postures des différents acteurs, notamment
les Forces de Défense et de Sécurité ; enfin et surtout, c’est partager
les dynamiques collectives et le dialogue social favorisant l’éclosion
de réponses efficaces basées sur l’anticipation… et non la réaction.
Pour accompagner cette dynamique, le CHEDS, à travers la publica-
tion d’une première série de quatre Briefing Papers (BPs), a décidé
de valoriser le travail important fourni par ses auditeurs ces der-
nières années, sur des thématiques en lien avec l’extrémisme violent
et sa prévention. Ces BPs répondent ainsi à une préoccupation com-
mune au CHEDS et au DFAE, celle d’inscrire définitivement la PEV
dans le vécu politique, législatif, doctrinal et opérationnel de nos
Etats. Ils prennent en charge un aspect important de la dimension
prévention fondée sur l’exploration multiforme des déterminants de
l’extrémisme violent par une approche holistique, pluridisciplinaire
et pleinement partagée.

C’est le lieu de renouveler notre gratitude à la DPDH/DFAE pour


le soutien constant à nos programmes PEV dont l’ambition pre-
mière demeure de susciter un large débat autour des problématiques
soulevées. Avec l’espoir qu’à terme, ils participeront à une prise de
conscience nouvelle fondée sur la vision formulée par le Secrétaire
général de l’ONU Antonio Guterres pour qui « l’édification de socié-
tés ouvertes, équitables, inclusives et pluralistes, fondées sur le plein
respect des droits de l’homme et offrant des perspectives écono-
miques à tous, est le moyen le plus concret et le plus adapté d’échap-
per à l’extrémisme violent. »

Général de brigade Mbaye CISSE


Directeur Général du CHEDS
RECRUTEMENT ET RADICALISATIONS AU SÉNÉGAL :
MESURES POUR LA PRÉVENTION DE L’EXTRÉMISME VIOLENT.

L’extrémisme violent est un fléau au- et les cas de retours et de désenchan-


quel le Sénégal ne semble pas être à tement de ceux-ci sont moins évo-
l’abri, si l’on considère la situation sé- qués par les spécialistes et les cercles
curitaire actuelle au Mali, au Niger et d’études.
au Burkina Faso.
Cette étude vise à analyser les fac-
Même si le pays n’a jamais connu d’at- teurs d’engagement des sénégalais
taques terroristes sur son sol, force dans les groupes extrémistes vio-
est de reconnaître qu’il est devenu lents, à appréhender les facteurs de
au cours des dernières années une désengagement et à identifier les im-
importante source de départ, mais plications éventuelles de leur retour.
également de séjour et de passage Elle repose essentiellement sur des
de djihadistes étrangers. Des études données secondaires. A cet effet, des
récentes ont montré que le Sénégal articles de presse, des articles acadé-
occupe la première place en Afrique miques, des notes d’analyses et des
subsaharienne des pays fournisseurs rapports en lien avec l’extrémisme
de djihadistes à l’État Islamique et le violent ont été consultés.
huitième au rang mondial1.
L’étude se base aussi sur les récits
Des combattants sénégalais, dont de vie des sénégalais présents dans
des femmes, ont été signalés dans les Groupes Extrémistes Violents
les rangs de plusieurs organisations (GEVs) disponibles dans la littéra-
terroristes telles que Boko Haram ture et dans les réseaux sociaux, ainsi
au Nigéria, État Islamique en Libye que sur les éléments ressortis de l’en-
et en Syrie et Al-Qaïda au Maghreb quête sur les jeunes sénégalais, jugés
Islamique et au Mali, devenu au- et condamnés pour leur engagement
jourd’hui Groupe de Soutien à l’Is- auprès du groupe terroriste Boko
lam et aux Musulmans (GSIM). Haram.

S’il est vrai que la problématique de Cependant, du fait de la confidentia-


l’extrémisme violent suscite de plus lité des sources (les procès-verbaux
en plus de débats et de réflexions, d’audition étant classifiés), toutes les
il reste que l’enrôlement des djiha- motivations des partants ne peuvent
distes sénégalais dans les groupes être connues.
extrémistes violents

1
Theories de la radicalisation, surinterprétation religieuse de l’en-
de l’enchantement et du desen- gagement des djihadistes dans les
chantement. rangs des groupes extrémistes vio-
lents.
La radicalisation est un phénomène
complexe. Par conséquent, toute ten- Pour mieux comprendre les facteurs
tative de définition se heurte à des d’engagement, une grille analytique
difficultés. Toutefois, dans le cadre comprenant trois (03) niveaux est
de la présente étude, on peut se réfé- proposée. Il s’agit des niveaux micro,
rer à la définition proposée par Farad méso et macro.
Khosrokhavar2.
Le niveau micro explique les mo-
Selon cet auteur, la radicalisation tivations des partants sur la base
« désigne le processus par lequel un d’une démarche biographique ou
individu adopte une forme violente individuelle. Ce procédé consiste,
d’action, directement liée à une idéo- en effet, à considérer les parcours
logie extrémiste à contenu politique, de vie des radicaux, en essayant de
social ou religieux qui conteste l’ordre comprendre les facteurs psycholo-
établi sur le plan politique, social ou giques qui président à leur engage-
culturel ». ment. Cela revient à s’interroger sur
les ressorts psychologiques de l’en-
L’intérêt de cette définition tient au gagement radical. A cet effet, on se
fait qu’elle évoque plusieurs facteurs référera, entre autres, aux travaux de
pertinents dans la compréhension Kruglanski et ses collaborateurs sur
de la radicalisation. En effet, bien la quête du sens personnel4.
souvent, les analyses autour du phé-
nomène de la radicalisation se fo- Cette démarche vient en complé-
calisent généralement sur le facteur ment à un autre niveau d’analyse dit
religieux. intermédiaire ou méso, où le phéno-
mène de la radicalisation est abordé
Cependant, face à la montée en puis- en articulation avec les dynamiques
sance de l’extrémisme violent, avec sociales collectives5.
les profils divers des radicalisés, la
recherche est de plus en plus orien- De façon plus spécifique, ce sont les
tée vers d’autres facteurs3. effets de groupe ou les influences
communautaires qui sont invoqués
L’intérêt d’un tel changement de pa- comme étant à l’origine de la radica-
radigme est de nuancer la lisation du djihadiste.

2
Il s’agit d’une approche psychoso- FACTEURS D’ENGAGEMENT
ciale qui met en avant le poids des al-
légeances locales ainsi que celui des Les raisons pouvant inciter des séné-
interactions sociales 6. galais à s’engager dans l’extrémisme
violent sont multiples et variées.
Enfin, faire une analyse macro re- Cette étude insiste sur trois princi-
vient à expliquer l’extrémisme paux facteurs qui motivent l’engage-
violent en s’intéressant aux actions ment des sénégalais dans les GEVs.
des États et les conséquences de la Il s’agit du facteur religieux, de l’envi-
mondialisation. Les décisions des ronnement socio-économique et du
pouvoirs publics, la modernisation contexte politique.
ainsi que l’évolution des rapports
internationaux constituent souvent L’exclusion, la marginalisation
des sources de radicalisation.
L’»islam sénégalais» est majoritai-
En outre, une autre approche rement confrérique9 ; les confréries
consiste à étudier le phénomène ex- les plus en vue sont la Tidjannya,
trémiste à travers le concept de dé- la Mouridiyya, la Khadiriyya et les
sengagement. Il s’agit d’interroger Layene. Les guides religieux de ces
les facteurs qui poussent les combat- confréries, jouissent d’un profond
tants à mettre un terme à leur enga- respect et d’un amour aveugle de la
gement radical. part de leurs disciples, et sont de vé-
ritables régulateurs sociaux.
Cette approche est très intéressante
en ce sens que, comme le rappelle En plus de ces confréries, on trouve
Olivier Fillieule7, elle permet de des courants religieux, relativement
comprendre de «manière inversée» nouveaux, se réclamant principa-
les conditions de basculement dans lement du Wahhabisme et du Sala-
la radicalisation violente. A cet effet, fisme. Ils s’inspirent de la tradition
Peter Neumann associe par exemple prophétique (sunna) et des « pieux
le désengagement à des émotions prédécesseurs » (salafs) et rejettent
auto-conscientes comme la tristesse, le soufisme incarné par les confréries
l’insatisfaction, le regret ou encore la au Sénégal.
culpabilité.
Ces courants dont l’émergence a été
Les candidats au djihad finiraient notée au Sénégal à partir des années
par tomber dans une espèce de dé- 1970, véhiculent une pratique reli-
senchantement après s’être confron- gieuse jugée plus ou moins rigoriste
tés à la réalité de la violence extré- de l’islam10.
miste.
3
Leur discours, perçu comme hostile Ces événements ont convaincu une
aux confréries, constitue trop sou- grande majorité de la communau-
vent une source de tensions avec les té salafiste du peu d’attention dont
adeptes de ces dernières. Et contrai- ils font l’objet de la part des autori-
rement aux confréries dites tradi- tés publiques. Ce sentiment de rejet
tionnelles, ils ne jouissent que de très et d’exclusion les a poussés à mettre
peu de reconnaissance et de respect en place des groupes d’auto-défense,
de la part de l’État. en apprenant les arts martiaux, pour
Ce sentiment d’abandon par les pou- disent-ils, se protéger et protéger
voirs publics est d’autant plus renfor- leur leader.
cé que les autorités semblent le plus
souvent se ranger du côté des confré- Cette situation de marginalisation
ries en cas de désaccord. dans la société sénégalaise a favorisé
une quête d’identité en eux.
En 2011, après qu’un imam salafiste
a tenu un discours offensant lors de Cela a également suscité l’idée d’al-
son prêche, à l’endroit d’une confré- ler trouver refuge dans des terres
rie, un groupe d’individus se récla- où ils sont acceptés comme ils sont
mant de cette dernière, a saccagé son et beaucoup ont trouvé le Nord-Est
domicile et brulé sa mosquée11. du Nigéria, dans la forêt de Sambi-
sa, fief de Boko Haram, comme un
Les disciples de ce dernier se sont endroit idéal, répondant à leurs cri-
indignés, du fait que, non seulement tères, c’est-à-dire un lieu de pratique
les auteurs de ces actes n’ont pas été cultuel apaisant et uniforme et un
punis par la loi, mais également, de la cadre géographique répondant à leur
décision du préfet qui a émis un ar- désir d’identification et d’accepta-
rêté ordonnant la fermeture de leur tion.
mosquée.
Facteurs religieux
Leur frustration semble être exacer-
bée, par les déclarations du Ministre La religion est aussi un facteur im-
de l’intérieur, qui leur aurait dit que « portant d’engagement des djihadistes
la minorité doit se soumettre à la loi sénégalais dans les groupes extré-
de la majorité »12. mistes violents.

4
De nombreux jeunes de ces nou- En outre, il ressort de notre recherche
veaux courants religieux s’identifient que la majorité des combattants sé-
de moins en moins à la société séné- négalais ayant rejoint la Libye sont
galaise où, du fait de la laïcité, cer- des étudiants, qui ont fait des études
taines pratiques pourtant contraires poussées soit en Islam soit à l’école
à l’islam sont tolérées voire explicite- française, avec une bonne maîtrise
ment autorisées. de l’outil informatique. A dessein, ils
utilisaient un français soutenu pour
Ils reprochent également aux confré- montrer que leur engagement n’est
ries de fêter le Magal 13 et le Gamou pas le fait d’un quelconque hasard ou
(célébration de la naissance du pro- d’une quelconque naïveté. L’exemple
phète), des pratiques qui seraient des étudiants à la Faculté de Méde-
selon eux des innovations (bida’a), cine de l’Université Cheikh Anta
donc contraires à un islam authen- Diop est très édifiant.
tique.
Ce profil particulier de combattants
L’envie de vivre un islam authen- sénégalais pose le problème de la ra-
tique, dénué de tout association- dicalisation en milieu universitaire
nisme, dans un environnement où au Sénégal. Dans ce milieu, la reli-
seule la charia (la loi islamique) est gion est très présente à travers une
appliquée, a conduit certains de ces forte implantation de mouvements
jeunes à rejoindre l’État Islamique en religieux.
Libye et en Syrie.
Avec un niveau d’étude élevé, une
Ce choix peut s’expliquer par le fait bonne connaissance des Nouvelles
que ce groupe, qui venait d’être créé, Technologies de l’Information et de
avait le vent en poupe, avec une puis- la Communication (NTIC), ainsi
sante machine de propagande. qu’une ouverture sur le monde, les
étudiants apparaissent comme une
En plus, le groupe extrémisme couche sociale potentiellement per-
violent semblait leur offrir ce qu’ils méable au discours extrémiste, mais
cherchaient, c’est à dire un cadre également, à la cyber-radicalisation.
idéal. En 2016, un jeune djihadiste
Sénégalais parti rejoindre l’État is-
lamique en Libye, exprimait ainsi
sa joie sur les réseaux sociaux : « Oh
mon frère, comme c’est beau de vivre
sous la charia ». 14

5
Facteurs politiques mais seraient aussi culturellement et
politiquement inadaptés au contexte
Au Sénégal, l’engagement des jeunes sénégalais.
sénégalais dans les GEVs revêt aussi
une dimension politique non négli- Par ailleurs, l’engagement de troupes
geable. Il s’agit d’une forme de rejet sénégalaises auprès de forces interna-
des idéologies occidentales. L’attrait tionales de lutte contre l’extrémisme
qu’exerce Boko Haram sur les com- violent au Mali par exemple, est in-
battants sénégalais est à ce titre révé- terprété par les djihadistes sénégalais
lateur. comme une trahison de l’islam. Sous
En effet, ce groupe terroriste reven- ce rapport, le Sénégal constitue une
dique avec force sa posture anti oc- cible dans la mesure où les extré-
cidentale, d’où le nom Boko Haram, mistes pourraient chercher à atta-
qui littéralement veut dire « l’éduca- quer les intérêts occidentaux, no-
tion occidentale est un péché ».
tamment ceux de la France, très
importants dans le pays.
La plupart des extrémistes voient
donc en l’Occident un grand ennemi
En 2018, un des principaux diri-
de l’Islam. Et tout allié de l’Occident
geants du GSIM, Amadou Koufa,
devient par la même occasion un en-
qui est par ailleurs le fondateur du
nemi de l’islam.
front libération du Macina avait fait
une déclaration appelant les peuls à
Ce rejet du modèle occidental est par
porter le jihad dans plusieurs pays
ailleurs le résultat de profondes frus-
africains dont le Sénégal.15
trations liées à un passé colonial jugé
douloureux et injuste. Il s’agit donc
d’opposer à l’hégémonie culturelle Facteurs économiques
occidentale une forme de terreur à
laquelle la religion donne une justi- Si l’aspect économique n’est pas res-
fication idéologique. sorti des éléments d’audition dis-
ponibles dans la presse locale, il
Dans l’entendement des djihadistes, demeure néanmoins un important
les principes laïcs et républicains aspect à prendre en considération
défendus par l’État du Sénégal, avec dans cette étude, car constituant l’un
la bénédiction de la France, sont un des principaux facteurs de radicali-
moyen détourné de combattre l’is- sation et d’engagement des jeunes en
lam. Ces principes n’offriraient pas Afrique de l’ouest.
un cadre propice à la foi islamique,

6
En effet, la pauvreté et le chômage Cette vulnérabilité socio-écono-
représentent un important facteur de mique pourrait non seulement facili-
vulnérabilité, surtout chez les jeunes. ter la radicalisation notamment dans
Les djihadistes, dans leur logique les périphéries urbaines, mais égale-
d’agrandir leurs rangs, s’appuient ment, être exploité par les groupes
fondamentalement sur ce levier pour extrémistes violents.
recruter une couche de la population
désespérée . Des études récentes ont Dans une étude menée par Timbuk-
montré par exemple qu’au Mali, des tu Institute sur les facteurs de vul-
jeunes ont rejoint des groupes terro- nérabilité des jeunes de la banlieue
ristes pour développer une activité dakaroise, la nature des réponses aux
génératrice de revenus ou renforcer questions sur les raisons qui pousse-
une activité déjà existante17. raient les jeunes à combattre auprès
des groupes terroristes est très ré-
Au Sénégal, le chômage est un pro- vélatrice du lien qui existe entre les
blème social très sérieux aussi bien défis socio-économiques des jeunes
en milieu rural que dans les zones ur- et leur potentiel engagement dans
baines. Il touche différentes couches l’extrémisme violent20.
sociales et est apprécié différemment
selon qu’il concerne les femmes, les En effet, selon les résultats de cette
hommes, les jeunes, les diplômés ou enquête, 45 % des répondants esti-
les personnes âgées. ment que le chômage et la pauvreté
seraient les principales raisons de cet
Selon l’Agence Nationale de la Statis- engagement.
tique et de la Démographie (ANSD),
le niveau de chômage des personnes Motifs du desenchantement
âgées de 15 ans ou plus est évalué
à 16,9% au quatrième trimestre de Il arrive souvent que les djihadistes
201918. engagés aux côtés des groupes ex-
trémistes violents désenchantent et
Ce phénomène est légèrement plus demandent à rentrer chez eux. Ceci
noté en milieu rural où 18,7% de la concerne le plus ceux engagés pour
population active est au chômage des motifs religieux. Pour sa part, le
contre 15,5% en zone urbaine. Selon Sénégal a connu des cas de désenga-
le sexe, le chômage affecte davantage gement consécutifs à des déceptions
les femmes (27,6%) que les hommes par rapport à leurs attentes.
(8,6%)19.

7
Il est rapporté par la presse locale que Il est revenu d’ailleurs des auditions
des djihadistes sénégalais qui étaient du procès des 29 présumés terro-
engagés dans les rangs de Boko Ha- ristes en 2016 que parmi les groupes
ram dans le but d’« approfondir la des revenants, certains avaient un
connaissance islamique » ont fini par projet d’implantation d’une base
désenchanter, car n’ayant pas trouvé djihadiste au sud du Sénégal, en Ca-
ce qu’ils cherchaient21. samance, avec un projet d’extension
en Gambie et dans les deux Guinées
IMPLICATIONS DU RETOUR voisines22.
DES DJIHADISTES AU SÉNÉGAL
En plus, le retour des djihadistes
Le retour au pays des combattants pourrait constituer une sérieuse
djihadistes est une source d’inquié- menace pour la stabilité du pays,
tude majeure pour les autorités sé- avec un fort risque de saper la cohé-
négalaises. En effet, après la défaite sion sociale. Il est connu que parmi
de l’État Islamique en Syrie et l’in- les djihadistes sénégalais, certains
tensification des combats contre nourrissent un sentiment de haine à
les groupes djihadistes en Libye, de l’égard des confréries religieuses. Les
nombreux combattants ont pris le différents discours avant et pendant
chemin du retour dans leurs pays leur engagement peuvent en dire
respectifs ou dans des pays tiers. long sur cette répulsion.

Au regard du nombre important de Ainsi, il n’est pas exclu qu’ils s’en


djihadistes sénégalais ayant rejoint prennent aux confréries religieuses,
les différents groupes extrémistes à l’occasion de leurs évènements reli-
violents ces dernières années, il est gieux tels que le Gamou ou le Magal.
légitime de questionner les risques Une éventuelle attaque pourrait pro-
liés à leur retour. voquer des tensions inter confré-
riques ou communautaires sans pré-
Le premier risque est l’implantation cédent.
de cellules djihadistes dans le pays.
En effet, ces combattants retournent LES MESURES PREVENTIVES
dans leur pays très souvent avec l’in- PRISES PAR L’ÉTAT DU SÉNÉ-
tention de continuer le Jihad chez GAL
eux, en installant des cellules ou
transposant les connaissances ac- La prévention de l’extrémisme
quises en termes de combats asymé- violent est inscrite au premier plan
triques et de maniement d’armes. de l’agenda sécuritaire du Sénégal.

8
Très tôt, l’État a mis sur pied un Ce dispositif de prévention est com-
arsenal de mesures en vue de pré- plété par la Loi n° 2016-33 du 14 dé-
venir ce fléau. Les mesures prises cembre 2016 relative aux Services de
sont de nature juridique, sécuritaire, renseignement qui spécifie les mis-
communautaire et religieuse. Elles sions de ces derniers en matière de
consistent aussi en la mise sur pied terrorisme et de criminalité transna-
de programmes de développement tionale25.
destinés à améliorer le climat éco-
nomique et social. Sur le plan sécu- En son article 4, il est précisé qu’«
ritaire, le Sénégal n’a pas attendu que en matière de terrorisme, de crimi-
la sous-région soit embrasée par les nalité organisée ou de trafics inter-
extrémistes pour se doter de méca- nationaux, les services spéciaux de
nismes de prévention contre l’extré- renseignement peuvent procéder à
misme violent. Ainsi, l’État a mis en des enquêtes judiciaires, ouvertes au
place en 2003, une cellule de lutte moment le plus opportun, lorsqu’il
anti-terroriste23. résulte des renseignements et indices
dont ils disposent une présomption
Cette structure placée sous la tutelle de crime ou de délit ». Il ressort de
du ministère de l’intérieur a pour ob- cette loi le renforcement des méca-
jectif de prévenir tout acte terroriste nismes juridiques de prévention du
au niveau national, ou à partir du terrorisme.
territoire national.
L’État du Sénégal a fait de la préven-
En 2016, le Sénégal a renforcé son tion de l’extrémisme une affaire in-
dispositif de lutte anti-terroriste en clusive en associant toutes les popu-
créant le Cadre d’Intervention et de lations. Les autorités administratives
Coordination Interministériel des locales sensibilisent jusque dans les
Opérations de Lutte Anti-terroriste villages. Les habitants sont invités
(CICO)24. à signaler tout acte anormal ou la
présence suspecte d’une personne
Cette structure qui regroupe diffé- étrangère.
rents démembrements de l’Etat, a
pour mission d’assurer la veille stra- Le volet religieux est non négligeable
tégique et de faire le point mensuel- dans l’architecture mise en place par
lement sur la situation sécuritaire l’État. La majorité des sénégalais pra-
en lien avec le terrorisme. Elle coor- tiquent un islam confrérique à priori
donne également l’action des inter- très tolérant. L’État compte beaucoup
ventions en matière de lutte contre le sur les guides religieux qui exercent
terrorisme. une grande influence auprès de leurs
milliers de fidèles.
9
La prévention de l’extrémisme violent Compte tenu de la porosité des fron-
au Sénégal comporte également un tières face à la menace terroriste, un
important volet économique. L’ob- tel programme pourrait contribuer à
jectif visé est de créer les conditions amoindrir les risques d’enrôlement
d’un développement qui profite à de populations pauvres vivant à
toutes les couches de la population à proximité de groupes terroristes qui
travers des programmes d’insertion opèrent dans la sous-région.
et une politique de réduction du chô-
mage des jeunes. En outre, conscient de l’acuité des dif-
ficultés économiques et de la pauvre-
Il est en effet établi qu’une jeunesse té en milieu rural, le gouvernement
désœuvrée, sans espoir de lende- sénégalais, avec l’appui technique
mains meilleurs, est prompte à aller du Programme de Développement
trouver refuge dans la violence. des Nations Unies (PNUD) a mis
en place en 2015, le Programme
Ainsi, dans le but de créer les condi- d’Urgence de Développement Com-
tions d’épanouissement de cette jeu- munautaire (PUDC). Il s’agit d’une
nesse, beaucoup d’initiatives ont vu initiative ambitieuse visant à impul-
le jour. ser une dynamique de croissance
économique intégrée avec l’objectif
C’est dans cette optique qu’en no- de réduire les inégalités entres zones
vembre 2017, un programme dé- urbaines et zones rurales.
nommé Délégation à l’Entrepreneu-
riat Rapide (DER) a été initié par le CONCLUSION
gouvernement sénégalais pour facili-
ter l’auto-emploi chez les jeunes. Les motivations de ralliement des
sénégalais vers les groupes d’extré-
L’Etat du Sénégal a également mis mistes violents transcendent le fac-
en place le Programme d’Urgence teur religieux et incluent l’exclusion,
de Modernisation des Axes et terri- la marginalisation, des raisons poli-
toires frontaliers (PUMA). tiques, économiques et socio-cultu-
relles.
Ce programme, créé en 2016, met Ceci doit inciter l’État du Sénégal à
en avant l’articulation équité territo- adopter des approches multiples qui
riale et développement. Il comporte vont au-delà du renseignement ou
trois volets importants que sont le de la coopération sous régionale, en
désenclavement, le développement mettant en place divers programmes
durable et la sécurité frontalière. prenant en charge les diverses fa-
cettes de la problématique.

10
Elles s’inscriraient dans la concep- • associer les différentes sensi-
tion et la mise en œuvre d’une stra- bilités religieuses dans la prévention
tégie nationale de prévention de de l’extrémisme violent ;
l’extrémisme violent qui viendrait
compléter l’arsenal en place pour lut- • encadrer l’exercice du culte
ter contre le terrorisme. religieux dans l’espace universitaire ;

Les communautés, devraient, elles • surveiller les établissements


aussi, s’impliquer non seulement en scolaires et universitaires et les mou-
qualité de relais des initiatives gou- vements associatifs qui semblent de-
vernementales, mais surtout en tant venir des incubateurs des GEVs ;
qu’incubatrices de solutions nova-
trices, adaptées aux réalités locales. • mettre en place des pro-
grammes de déradicalisation pour
La recherche devrait être à l’écoute les sénégalais qui se sont désengagés
de tous ces processus « top -down » des GEVs ; cela pourrait se traduire
et « bottom-up » pour les capitaliser, par la mise sur pied d’activités de ré-
les diffuser aux acteurs pertinents insertion sociale avec une prise en
et ainsi favoriser le développement compte de la diversité génération-
d’une réelle culture de prévention de nelle et sociodémographique des
l’extrémisme violent au Sénégal. cibles. Tous ces programmes doivent
faire l’objet d’un suivi permanent de
Recommandations la part des acteurs étatiques ;

L’Etat du Sénégal devrait : • avoir une approche holis-


tique de la défense et de la sécurité
• privilégier l’approche ascen- prenant également en compte la ter-
dante du renseignement. Il s’agirait ritorialisation afin d’ être plus effi-
de mécanismes d’intervention uti- caces ;
lisant les pratiques et savoirs popu-
laires, notamment dans l’identifica- • renforcer et capitaliser la re-
tion et le signalement de personnes cherche sur ce thème pour faciliter
sous influence extrémiste ; la prise de décision, la formation , la
communication sur la prévention de
• définir une stratégie natio- l’extrémisme violent au Sénégal ;
nale de prévention de lutte contre
l’extrémisme violent, en prenant en
compte toutes les dimensions (po-
litique, sociale, économique, reli-
gieuse) de la radicalisation ;
11
• réaliser des études appro-
fondies sur l’engagement des femmes
dans les GEVs. L’objectif consisterait
à réaliser un profilage de ces actrices
: parcours scolaires, territoires d’ori-
gine, réseaux communautaires, sta-
tut matrimonial, etc. afin d’orienter
l’Etat vers des interventions ciblées ;

• soutenir les initiatives exis-


tantes de gestion des frontières et de
la migration ;

• améliorer l’environnement
économique et créer les conditions
d’un développement plus inclusif et
respectueux des réalités sociocultu-
relles locales.

Les communautés devraient :

• avec l’accompagnement de
l’Etat, s’impliquer en qualité de relais
des initiatives gouvernementales ;

• mettre sur pied des méca-


nismes parallèles de prévention de
l’extrémisme violent, en impliquant
par exemple les chefs religieux et
coutumiers locaux ;

• impliquer les femmes et les


jeunes pour œuvrer de concert avec
les autorités locales pour une ap-
proche holistique de la prévention de
la radicalisation et du recrutement ;

12
NOTES DE BAS DE PAGES 8
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18
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ploi au Sénégal Quatrième trimestre 2019,
Note d’informations

19
Ibid

20
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DUCHENNE Geneviève, HANNE Yague
S., MBAYE Mame Seyni, 2016, «Facteurs de
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Boko Haram et la branche libyenne de l’État
islamique » - https://www.dakaractu.com/
Moustapha-Diop-Aboubacry-Gueye-et-
Moussa-Mbaye-ou-la-machine-a-recruter-
pour-Boko-Haram-et-la-branche-libyenne-
de-l_a151427.html, lien consulté le 5 février
2021
Mouhamadou KANE
Chercheur au Centre des Hautes Études
de Défense et de Sécurité (CHEDS).

Dr KANE est titulaire d’un doctorat en Relations Internationales à


l’Université de Jilin, en Chine. Avant de rejoindre le CHEDS, il a
travaillé tour à tour à Guilin university of Electronic Technology,
en Chine, comme enseignant-chercheur et à Enhancing Africa’s
Response to Transnational Organized Crime (ENACT) de l’Institut
d’Etudes et de Sécurité (ISS), comme chercheur.

Editing : Professeur Aly TANDIAN,


Dr (Ph.D) Christiane AGBOTON JOHNSON