Vous êtes sur la page 1sur 2

DÉBAT

Et si nous n’avions
pas assez de
communes ?

D
Contrairement à ès son allocution du 11 octobre 2011 l’idéologie du Fonds monétaire international.
lors de son élection, Jean-Pierre Bel, ll fallait donc faire mener de force les com-
un discours convenu, nouveau président du Sénat, l’affir- munes à l’intercommunalité par des préfets
nous n’avons pas mait sans détour : « la réforme territoriale doit eux-mêmes revenus, non sans états d’âme
trop de communes en être abrogée et entièrement repensée. […] La parfois, au temps de Napoléon.
recentralisation est une régression. La décentra- Mais la véritable modernité, ce peut être
France. Ces lisation doit reprendre sa marche en avant. [Et autre chose. Et ce peut être surtout plus effi-
36 783 institutions il faudra] revoir le calendrier de la réforme de cace que les recettes du FMI, dont on sait les
de proximité sont l’intercommunalité » (1). Il est facile de prévoir faibles compétences réelles et leurs effets
au contraire un riche les réactions à ce discours dans certains partout où elles ont été subies (2).
cénacles très politiquement corrects et conve-
terrain d’expression nus : on va crier au conservatisme et à la réac- UN RICHE ACQUIS DÉMOCRATIQUE
démocratique et de tion des clochers. Pourtant, cette réforme Au contraire, nos 36 783 communes peuvent
savoir-faire local. territoriale est bien à abroger, car elle consti- être considérées, au début du XXIe  siècle,
tuait en réalité plus qu’une simple régression, comme une avance de la France sur la voie
L’indispensable nouvelle un contresens historique. La nouvelle d’une démocratie réelle. Un remède possible
réforme territoriale réforme doit entrer de plain-pied dans le aux pathologies de la démocratie. Une texture
devra en tenir compte. XXIe siècle. vivante et intelligente, particulièrement
adaptée au territoire français.
DE FAUSSES ÉVIDENCES L’existence des 36 783 communes procure à
La réforme à abroger était fondée sur de la France le plus riche réservoir d’idées et de
fausses évidences. La plus significative est bonnes volontés dont elle puisse rêver. Dans
sans doute celle qui procède d’une simple ces communes existent autant de conseils
approche arithmétique de la réalité commu- municipaux qui attirent vers la vie publique
nale française. Au 1er mars 2008, la France des centaines de milliers de citoyens, parmi
comptait 36 783 communes, un nombre pré- lesquels une quantité de personnalités inven-
senté comme aberrant pour qui le compare à tives, amoureuses de leur territoire et qui en
ce qui se fait ailleurs en Europe. Il faudrait conservent bénévolement l’habitabilité, y
donc réduire le nombre de communes. Mais inventent en permanence d’originales solu-
pourquoi ? Pour réduire le nombre d’élus ? tions. Cette intelligence collective est le fer-
Parce que toutes ces assemblées locales coû- ment d’un développement véritablement
tent trop cher ? Parce qu’il est bon d’éloigner soutenable, car ascendant, autocentré, fondé
les représentants des représentés ? Parce que, sur le réel, dont la région Provence, alors pré-
loin du peuple revendicatif, il est plus aisé de sidée par Gaston Defferre, fut le laboratoire
réduire la République, d’amoindrir l’investis- durant les années 1970. ll y était alors ques-
DÉCRYPTAGE

sement dans les services publics, qui appar- tion de développement autocentré, de « tech-
tiennent à tous, pour canaliser plus encore nologies appropriées ». La décentralisation
de richesses vers quelques-uns ? Parce qu’un fut un produit de ce laboratoire (3).
faible niveau de démocratie sied au bon fonc- La proximité de la population communale et

 Guy Martin
guy.a.martin@wanadoo.fr
tionnement de l’économie de marché ? Ce
technocratisme était déjà en vogue à la fin du
du conseil municipal confère à celui-ci une
forte légitimité, que les structures intercom-
Docteur en géographie, XIXe siècle et, surtout, au lendemain de la munales n’ont pas à rechercher si elles s’en
ingénieur territorial Première guerre mondiale. C’est devenu tiennent à leur fonction technique. Au

20 La Lettre du cadre territorial • n° 435 • 15 janvier 2012

Decryp-Debat.indd 20 10/01/12 14:08


Offre d’abonnement
moment même où d’autres pays s’efforcent L’État doit, quant à lui, assumer les respon- spécial
d’inventer la démocratie participative en seg- sabilités que lui confie la Constitution.
mentant, justement, leurs grandes collectivi-
tés locales, faudrait-il en France défaire un
Assurer de nouveau l’indispensable contrôle
de la légalité et conduire une politique natio-
petites
maillage de communes qui n’est rien d’autre nale d’aménagement du territoire, conditions collectivités
qu’une forme de démocratie participative de la cohérence et de la solidarité républi- page 51
déjà ancienne ? caines.
Après plus de vingt ans d’expériences et
TENIR COMPTE DE L’INTÉRÊT d’échanges dans le monde des collectivités
DU TERRITOIRE territoriales, en France ou ailleurs, je suggère
La nouvelle réforme territoriale doit, en une approche de la démocratie territoriale à
somme, tenir compte de l’intérêt du terri- l’opposé de la pensée dominante. J’affirme
toire. Pour cela, le législateur gagnerait à se qu’il n’y a pas assez de communes en France
fonder sur l’histoire et sur la géographie, en et qu’il faut considérer nos 36 000 communes
renonçant à la politique hors sol de ces der- comme une peau vivante, que les lois de la
nières années. Le sens de l’histoire com- République doivent laisser s’adapter aux
mande que les communes demeurent l’éche- enjeux très variables d’un territoire français
lon fondamental de la démocratie française. très varié.
La géographie de la France affirme que le fin
maillage des communes est au territoire ce 1. Séance du 11 octobre 2011. Compte rendu intégral
des débats du Sénat.
que la peau est à un corps. Les 36 783 com- 2. Independant Evaluation Office of the International
munes sont cette texture vivante, ce tégu- Monetary Fund. « Research at the IMF - Relevance and DOC
ment qui doit pouvoir s’adapter régulière- utilization ». Washington DC, mai 2011. Commentaire DO
OC
DOC À lire
par Pierre Rimbert, Le Monde diplomatique - août 2011, Sur www.lettreducadre.fr,
ment aux enjeux locaux. Les communes page 2. rubrique « au sommaire
doivent pouvoir s’en tenir à leur plus simple 3. Lire par exemple : Godard Olivier et Ceron Jean-Paul. du dernier numéro »
expression, ou bien s’épaissir, se complexifier Planification décentralisée et modes de développement. - Réformons la réforme territoriale !,
L’exemple du Bureau méridional de développement agricole
en fonction des circonstances et se doter des en Provence. Paris. Maison des sciences de l’Homme.
La Lettre du cadre territorial, n° 431
services et des équipements les plus onéreux 1985, 205 pages. Les ressources de l’intelligence - 1er novembre 2011
grâce à une coopération intercommunale collective suscitent en ce début de xxie siècle un intérêt - Pour un PACS département-région,
qui émerge. Lire à ce sujet : Surowiecki James, La Sagesse La Lettre du cadre territorial, n° 432
librement choisie. La loi doit laisser s’expri-
des foules, Paris, 2008 (traduction), Éditions Jean-Claude - 15 novembre 2011
mer cette souplesse et cette intelligence. Lattès.

les formations
LLE SPÉCIALISTE DES COLLECTIVITÉS TERRITORIALES -20%
sur le cycle
complet*

CYCLE Réforme
Réform
me territoriale
t et intercommunalité
3 JOURS - 21 HEURES
© Marc CECCHETTI — Fotolia.com
Module 3
Module 1 Module 2
Intercommunalité et
EPCI : le calendrier Mutualisation :
urbanisme : quels enjeux
de mise en œuvre nouveaux outils,
après le grenelle II
de la réforme 2011 à 2014 nouveaux risques
et la réforme territoriale ?

OBJECTIFS : INTERVENANTS
• Philippe PETIT
• Appréhender le calendrier de mise en œuvre de la réforme territoriale Avocat associé au barreau de Lyon
• Anticiper les procédures à mettre en œuvre pour les communes et les EPCI • Anne GARDERE
Avocate au barreau de Lyon
• Maîtriser les nouveaux outils de mutualisation issus de la réforme • Olivier PIECHON
• Appréhender les enjeux de l’intervention des EPCI en termes Avocat au barreau de Lyon

d’aménagement du territoire et d’urbanisme


Plus d’informations au 04 76 65 61 00 ou par e-mail : formation@territorial.fr FORMATION.TERRITORIAL.FR
* Retrouvez le programme détaillé et les tarifs sur http://formation.territorial.fr Une marque du

La Lettre du cadre territorial • n° 435 • 15 janvier 2012 21


Decryp-Debat.indd 21 10/01/12 14:08

Vous aimerez peut-être aussi