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AVEC QUI LES OUVRIÈRES ET LES EMPLOYÉES VIVENT-ELLES EN

COUPLE ?
Lise Bernard, Christophe Giraud

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La Découverte | « Travail, genre et sociétés »

2018/1 n° 39 | pages 41 à 61
ISSN 1294-6303
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ISBN 9782707199683
Article disponible en ligne à l'adresse :
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https://www.cairn.info/revue-travail-genre-et-societes-2018-1-page-41.htm
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Pour citer cet article :


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Lise Bernard, Christophe Giraud« Avec qui les ouvrières et les employées vivent-
elles en couple ? », Travail, genre et sociétés 2018/1 (n° 39), p. 41-61.
DOI 10.3917/tgs.039.0041
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AVEC QUI LES OUVRIÈRES

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ET LES EMPLOYÉES
VIVENT-ELLES
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EN COUPLE ?1

Lise Bernard et Christophe Giraud

O
n a souvent souligné, dans l’étude des classes
populaires, l’importance des ménages composés 1
d’un père travaillant à l’usine et d’une mère  Cet article s’inscrit
dans un projet
inactive élevant une famille nombreuse. C’est le financé par l’Agence
cas notamment de travaux sur l’Angleterre des années 1930 nationale de la
[Hoggart, 1970] et sur la France des années 1970-1980 recherche sur la
période 2014-2018,
[Verret, 1979 ; Schwartz, 1990]. Cette image correspond à
coordonné par Olivier
une réalité particulièrement répandue en France dans les an- Masclet (Université
nées 1950-1960 où, dans un contexte de croissance écono- Paris Descartes,
mique et de politique nataliste, une grande partie des femmes Cerlis) et qui associe
une vingtaine de
ont cessé leur activité professionnelle entre 25 et 40 ans [Ma- chercheur·e·s.
ruani et Meron, 2012]. 2
Mais qu’en est-il aujourd’hui ? Comment les transforma-  On peut en particulier
évoquer l’essor du
tions qu’a connues la société française depuis les années 19602 travail des femmes
ont-elles affecté la morphologie des ménages populaires ? et l’expansion
Dans quelle mesure et en quoi ces ménages s’éloignent-ils du chômage, la
aujourd’hui du couple archétypal composé d’un ouvrier de multiplication des
effectifs employés et la
l’industrie en emploi et d’une inactive ? Et que nous apprend réduction des effectifs
la composition sociale de ces ménages sur la diversité interne ouvriers, l’essor des
aux classes populaires contemporaines ? séparations conjugales
On sait peu de chose sur ces questions. D’une part, les tra- et les possibilités de
rencontre démultipliées
vaux sur les milieux populaires, s’appuyant souvent sur des par les nouvelles
enquêtes qualitatives, apportent peu de données ­chiffrées technologies.

doi : 10.3917/tgs.039.0041 Travail, genre et sociétés n° 39 – Avril 2018  41


Lise Bernard et Christophe Giraud

sur les ménages. D’autre part, les travaux statistiques sur


les couples – et en particulier ceux qui s’attachent à mesurer
l’évolution de l’homogamie – traitent souvent des ouvrier·e·s
3
 Voir, par exemple, le et des employé·e·s à partir de catégories très agrégées3 et ne
travail de Michel Forsé peuvent ainsi dégager un paysage d’ensemble précis des
et de Louis Chauvel
[1995] ou encore,
couples de milieux populaires4.
même s’il mobilise Cet article poursuit deux objectifs. Il entend d’abord pré-
des catégories moins ciser l’évolution des situations conjugales des employé·e·s et
agrégées que d’autres, des ouvrier·e·s depuis le début des années 1980. Il vise ensuite

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celui de Milan Bouchet-
Valat [2014].
à apporter une contribution à l’analyse de la diversité actuelle
4 des femmes de milieux populaires5 à partir d’une étude de
 Voir notamment les leurs unions conjugales. Les femmes de milieux populaires
remarques d’Alain
Desrosières [1978, ont été en effet, pendant longtemps, moins étudiées que les
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p. 100] sur les difficultés hommes. Et si de nombreux travaux les prennent désormais
particulières que l’on pour objet, rares sont ceux qui traitent dans son ensemble du
rencontre pour analyser monde des ouvrières et des employées et qui s’attachent à
les unions conjugales
dans les classes étudier sa stratification interne. Dans le même temps, ce texte
populaires à partir d’un fournit un cadre statistique aux articles de ce dossier sur les
niveau relativement femmes vivant aujourd’hui dans un ménage populaire.
agrégé des catégories Dans une première partie, nous analyserons, à partir du
socioprofessionnelles et
sur l’intérêt de mobiliser
niveau le plus agrégé6 de la nomenclature des professions et
des catégories plus catégories socioprofessionnelles (pcs), l’évolution des situa-
détaillées. tions conjugales des employé·e·s et des ouvrier·e·s entre 1982
5
 Les milieux populaires et 2012. Dans un deuxième temps, à partir d’une analyse me-
sont difficilement née à un niveau plus détaillé de la nomenclature des pcs7,
repérables dans la nous proposerons un paysage conjugal du monde des em-
nomenclature des ployées et des ouvrières.
pcs (professions
et catégories
socioprofessionnelles). 1982 – 2012 : DISTANCE SEXUÉE À LA VIE CONJUGALE,
Les catégories
d’« ouvrier·e·s » et RECUL DU MODÈLE DE LA FEMME AU FOYER
d’« employé·e·s » seront ET DE L’HOMOGAMIE
ici au centre de notre
analyse, même si une Si l’importance des statuts familiaux dans les classes popu-
partie de ces dernières
laires a été bien montrée [Young et Willmott, 2010 ; Schwartz,
peut relever des classes
moyennes et que 1990], on se rappelle moins d’autres figures, plus éloignées
certains indépendants de la vie de couple, comme celle du célibataire sans enfants
appartiennent aux occupant des emplois précaires. Aux États-Unis, les hobos
milieux populaires.
6
illustrent depuis longtemps l’existence d’une forte distance
 I.e. la première position à la vie familiale sous le même toit dans certaines fractions
de la nomenclature. des classes populaires [Anderson, 1993]. Des travaux ethno-
7
 Le niveau retenu, graphiques américains ont aussi insisté sur la fragilité de la
présenté dans la vie familiale chez les travailleurs les plus précaires, avec la
deuxième partie,
s’approche de la
figure des hommes séparés et des femmes vivant avec leurs
nomenclature des pcs à enfants en ménages monoparentaux [Liebow, 2011]. En
trois positions. France, de 1982 à 2012, la distance à la vie de couple est re-
lativement importante chez les ouvrier·e·s et les employé·e·s.
Elle prend, dans le même temps, des formes différenciées
pour les hommes et pour les femmes.
Sur la période étudiée, la distance à la vie conjugale a crû,
en France, pour une très large part des actifs. Cette ­croissance

42  Travail, genre et sociétés n° 39 – Avril 2018


Avec qui les ouvrières et les employées vivent-elles en couple ?

8
transparaît d’abord dans l’augmentation des ménages d’une  À l’inverse, sur
seule personne : entre 1982 et 2012, vivre seul dans un mé- la même période,
l’amélioration des
nage devient plus fréquent pour les hommes de tous les conditions de vie et de
groupes socioprofessionnels (le taux moyen double, pas- santé ont conduit à une
sant de 7,5 % à 16,9 %) et il en est souvent de même pour les réduction du veuvage
femmes. Ce phénomène s’explique par plusieurs facteurs : féminin, mais cette
prolongation de la vie
la prolongation des études et les difficultés d’insertion dans conjugale concerne peu
l’emploi ont conduit à repousser les engagements familiaux les actifs.
[Galland, 1997] ; par ailleurs, les divorces, facilités par la ré-

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forme de 1975, et les séparations se sont multipliés, parse-  Des travaux soulignent
mant les biographies de séquences de vie hors couple [Tou- que, chez les femmes,
le désavantage des
lemon et Pennec, 2011]8. Mais si, en trente ans, la distance diplômées a récemment
à la vie conjugale s’est développée dans la grande majorité disparu [Bouchet-
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des catégories sociales, elle varie selon le sexe et le milieu Valat, 2015]. Ce point
social. Les ménages d’une seule personne sont ainsi surre- peut se retrouver ici
dans la baisse, entre
présentés chez les hommes employés et ouvriers de plus de 1982 et 2012, du taux
30 ans (cf. tableau 1). À l’inverse, chez les femmes de plus de de femmes cadres en
30 ans, ces ménages sont surreprésentés au sein des cadres. ménage d’une seule
Cette différence renvoie notamment à des écarts relatifs au personne, tandis
que ce même taux
célibat : sur le marché matrimonial, un volume de capitaux progresse pour tous
limité handicape les hommes, alors que, pendant longtemps, les autres groupes
l’inverse était vrai pour les femmes [Singly, 1992]9. socioprofessionnels.

Tableau 1 : Les individus vivant seuls en fonction


de leur groupe socioprofessionnel (en % ligne)
Ménage Ménage d’un Ménage Ménage d’une
d’un homme homme seul d’une femme femme seule
seul (30 ans et +) seule (30 ans et +)
Agriculteur·trice·s 11,4 (5,2) 11,4 (5,7) 6,3 (2,0) 6,2 (2,3)
Artisan·e·s, commerçant·e·s,
13,3 (5,6) 13,3 (5,3) 12,3 (8,7) 12,1 (9,2)
chef·fe·s d’entreprise
Cadres et prof. intell. supérieures 16,2 (8,9) 14,4 (7,4) 19,8 (23,2) 18,2 (22,3)
Prof. intermédiaires 18,0 (8,3) 16,6 (6,4) 16,1 (15,3) 15,2 (14,3)
Employé·e·s 20,7 (10,1) 21,8 (8,8) 13,2 (9,2) 12,7 (9,7)
Ouvrier·e·s 16,7 (7,0) 18,0 (7,8) 13,4 (7,1) 13,8 (9,1)
Chômeur·euse·s n’ayant jamais
8,8 (3,4) 14,9 (14,8) 9,0 (2,3) 10,6 (7,4)
travaillé
Ensemble de la population 16,9 (7,5) 16,7 (7,1) 14,7 (9,9) 14,1 (10,4)

Lecture : 11,4 % des agriculteurs actifs vivent dans un ménage d’une seule
personne contre 16,9 % des hommes actifs.
Source : Enquêtes Emploi 2012 (1982).
Champ : Hommes actifs, Femmes actives.

De leur côté, les femmes de milieux populaires sont plus


touchées par la monoparentalité que les femmes des autres
milieux sociaux. Si les familles monoparentales recouvrent des
réalités diverses, leur taux est un indicateur des séparations
conjugales et des difficultés à reformer un couple stable [Alga-
va, 2002]. En 1982 comme en 2012, les familles monoparentales

Travail, genre et sociétés n° 39 – Avril 2018  43


Lise Bernard et Christophe Giraud

10
 Pour l’analyse des sont surreprésentées chez les ouvrières, les employées ainsi
unions des actifs que chez les chômeuses n’ayant jamais travaillé (avec respecti-
masculins, nous
avons conservé les vement 14,1 %, 13,4 % et 22,8 % de ces actives vivant, en 2012,
inactives de moins en ménage monoparental, contre 11,7 % en moyenne).
de 60 ans de façon à La situation professionnelle des femmes en couple s’est
approcher la figure de également fortement modifiée sur la période, notamment
la « femme au foyer ».
Par symétrie, pour les dans les milieux populaires. En 1982, le modèle de la spécia-
unions féminines, nous lisation conjugale (un homme qui travaille et une femme au
avons pris en compte foyer) est dominant chez les actifs ouvriers : 43,2 % d’entre

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les conjoints inactifs de eux vivent en couple avec une inactive10, 31,7 % avec une em-
moins de 60 ans.
11
ployée et 17,8 % avec une ouvrière. Inactives et employées
 L’indice étaient alors les deux groupes socioprofessionnels les plus
d’homogamie, qui
divise le taux des nombreux chez les conjointes d’actifs (38 % des femmes vi-
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individus d’une pcs vant en couple avec un actif étaient inactives et 28,5 % em-
en couple avec un ployées). Cette configuration conjugale n’était pas spécifique
conjoint de la même aux ouvriers : elle était même un peu plus fréquente chez les
pcs par la part des
conjoints de cette hommes cadres ou exerçant une profession intellectuelle su-
pcs dans l’ensemble périeure (44 % d’entre eux vivaient avec une conjointe inac-
de la population, tive), et présente – même si elle y était moins répandue – chez
permet de mesurer la les professions intermédiaires (34,7 %) et les employés (34 %).
tendance à s’unir au
sein du même milieu En 2012, en revanche, la spécialisation conjugale a connu un
que le sien. Un indice net recul dans l’ensemble de la population : l’inactivité des
supérieur à 1 signifie femmes vivant en couple avec un actif a été divisée par deux
que les individus de la en trente ans (17,6 % en 2012). Chez les ouvriers, la fréquence
pcs considérée vivent
plus souvent en couple des unions avec une inactive a connu la même évolution :
avec un conjoint du elle atteint 22,8 % en 2012. Mais elle est désormais supérieure
même milieu social à celle de tous les autres groupes sociaux (15,2 % pour les
que l’impliquerait cadres et professions intellectuelles supérieures, 13,3 % pour
le hasard statistique
des rencontres. En les professions intermédiaires, 17,7 % pour les employés).
1982, l’indice (qui ne Cette évolution s’est accompagnée d’un recul de l’homoga-
compte pas comme mie11, sauf chez les ouvriers et les ouvrières. Si l’on s’intéresse
homogames les couples aux unions des hommes, on constate que l’homogamie socio-
composés d’un actif
et d’une inactive) professionnelle ne touche pas tous les milieux de la même fa-
est de 7,3 pour les çon : en 1982 comme en 2012, elle est plus importante en haut
hommes indépendants de l’échelle sociale salariée et chez les indépendants12. Aux
non agricoles, 5,3 mêmes dates, les ouvriers sont par ailleurs plus homogames
pour les hommes
cadres et professions que les employés. Entre 1982 et 2012, l’indice d’homogamie a
intellectuelles diminué pour presque tous les groupes socioprofessionnels.
supérieures, 2,0 pour Ce résultat est corroboré par les travaux qui ont montré une
les hommes exerçant baisse sur plusieurs décennies de l’homogamie socioprofes-
une profession
intermédiaire, 1,8 pour sionnelle [Vanderschelden, 2006b]. Seule la propension des
les ouvriers et enfin ouvriers à vivre en couple avec une ouvrière s’accroît légè-
1,5 pour les employés. rement sur la période, ce qui amplifie les différences avec les
En 2012, l’indice employés dont les unions se sont diversifiées. Le paysage
est de 4,6 pour les
hommes indépendants des unions féminines présente des similitudes avec celui qui
non agricoles, 2,7 se dégage des unions masculines13 : l’homogamie féminine
pour les hommes est elle ­aussi plus importante chez les cadres et les indépen-
cadres et professions dantes que dans les autres groupes socioprofessionnels, et
intellectuelles
supérieures, 1,9 pour elle est minimale chez les employées. De 1982 à 2012, l’indice
les ouvriers, 1,4 pour d’homogamie des femmes diminue partout, sauf pour les

44  Travail, genre et sociétés n° 39 – Avril 2018


Avec qui les ouvrières et les employées vivent-elles en couple ?

ouvrières où il reste stable. Dans le même temps, sur la pé- les hommes exerçant
riode, l’ouverture sociale est réelle pour les ouvrières. Dans une profession
intermédiaire, et
un contexte où la part des cadres et des professions intermé- 1,3 pour les employés.
diaires s’est accrue, les couples hétérogames distants sociale- 12
 Des travaux récents
ment sont, en effet, en augmentation : alors qu’en 1982, 13 % [Vanderschelden,
des ouvrières étaient en couple avec un homme cadre ou de 2006a ; Bouchet-Valat,
profession intermédiaire, elles sont 20 % dans ce cas en 2012. 2014] soulignent
Le recul de l’homogamie pour la plupart des groupes so- également ce résultat.
cioprofessionnels ne signifie pas que des contraintes sociales 13

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 En 1982, l’indice
ne pèsent plus sur les unions. On s’unit toujours « au plus d’homogamie pour
proche », pour reprendre, dans un autre contexte, la formule les femmes actives
est de 6,8 pour les
de Michel Bozon [1990]. Les employé·e·s ont ainsi une pro- indépendantes non
pension plus forte à vivre en couple avec des conjoints exer- agricoles, 6,0 pour
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çant une profession intermédiaire que des conjoints cadres. les femmes cadres
Par ailleurs, les employé·e·s, dont les positions sociales sont et professions
intellectuelles
globalement plus élevées que celles des ouvrier·e·s, s’unissent supérieures, 1,9 pour
plus souvent que ces dernier·e·s avec un·e conjoint·e cadre, les ouvrières, 1,9 pour
indépendant·e non agricole ou exerçant une profession in- les femmes exerçant
termédiaire : en 2012, 40,5 % des employées sont dans cette une profession
intermédiaire et 1,4
situation, pour 26 % des ouvrières. pour les employées.
Ce bref panorama des évolutions des unions nouées par En 2012, il est de 4,6
les ouvrier·e·s et les employé·e·s a mis en évidence un clivage pour les indépendantes
net entre ces deux groupes sociaux. Dans le même temps, non agricoles, 2,7
pour les femmes
l’importance de l’hétérogamie constatée chez les employé·e·s
cadres et professions
n’a pas la même ampleur dans toutes les catégories de ce intellectuelles
groupe. Une analyse plus précise des unions met en lumière supérieures, 1,9 pour
qu’il existe une réelle diversité matrimoniale au sein des ou- les ouvrières, 1,4 pour
vrières et des employées. Elle permet également de détermi- les femmes exerçant
une profession
ner les positions professionnelles qui se ressemblent le plus intermédiaire, 1,3 pour
au regard du choix du conjoint. les employées.

LE PAYSAGE CONJUGAL CONTRASTÉ


DES OUVRIÈRES ET DES EMPLOYÉES

Pour explorer l’hétérogénéité interne des femmes de mi-


lieux populaires au regard de leurs alliances matrimoniales,
nous avons choisi de mener une analyse sur les unions for-
mées par les inactives de moins de 60 ans en couple avec un
employé ou un ouvrier, les employées (en emploi ou au chô-
mage) et les ouvrières (en emploi ou au chômage). Ce choix
appelle deux remarques. D’une part, une partie des femmes
ainsi concernées (en particulier certaines employées) n’ap-
partient vraisemblablement pas aux classes populaires, mais
notre objectif est moins de produire une cartographie ex-
clusive de ces milieux sociaux que de situer les catégories
­occupant les positions les moins élevées dans l’espace social
les unes par rapport aux autres. D’autre part, nous avons
choisi de ne pas limiter l’analyse aux actives mais d’inclure
les ­inactives vivant en couple avec un ouvrier ou un em-
ployé, dans la mesure où, en dépit de la réduction de leurs

Travail, genre et sociétés n° 39 – Avril 2018  45


Lise Bernard et Christophe Giraud

effectifs, ces dernières représentent une part significative des


femmes des classes populaires.
Les analyses effectuées portent sur un tableau croisant la
position professionnelle des femmes et celle de leur conjoint,
pour la population que nous venons de présenter. Une ana-
lyse factorielle des correspondances (afc) a été réalisée, puis
une classification ascendante hiérarchique (cah)14. Suivant
14
 Cette classification
ascendante hiérarchique l’arbre de classification, sept pôles ont été retenus. Pour ap-
a été réalisée à partir
profondir la description de ces derniers, des caractéristiques

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des coordonnées
des positions résidentielles, sociodémographiques et professionnelles des
professionnelles des deux partenaires ont été mobilisées.
femmes sur les trois
premiers axes de
l’analyse factorielle
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Encadré méthodologique
des correspondances,
axes qui mettent Ces analyses statistiques ont été effectuées à partir des enquêtes Emploi
en lumière les (Insee) 2008-2012. Les enquêtes Emploi reposent sur un échantillon
principales oppositions conséquent et offrent ainsi la possibilité de travailler sur des populations
entre les positions de relativement petite taille. Dans le même temps, étant donné la finesse
professionnelles des de la nomenclature retenue ici, cinq années d’enquête ont été empilées
femmes selon qu’elles pour des questions d’effectifs.
se rapprochent ou non L’analyse porte sur des femmes hétérosexuelles vivant en couple.
au regard de celles Les actives occupées ont été, pour la plupart, repérées à partir de la
de leurs conjoints, nomenclature socioprofessionnelle à trois positions : des femmes
et qui permettent de des personnels des services directs aux particuliers dont les effectifs
prendre en compte sont très importants ont été sélectionnées à un niveau plus détaillé
66,7% de l’inertie issue (au niveau de la profession, c’est-à-dire avec la nomenclature des
de l’analyse factorielle professions et catégories socioprofessionnelles à quatre positions) ; par
des correspondances. ailleurs, pour des questions d’effectifs, quelques situations (comme
Plusieurs variantes les policières-militaires, les chauffeuses et les ouvrières qualifiées de
ont été effectuées en la manutention) ont été repérées à un niveau un peu plus agrégé. Le
fonction du nombre niveau à trois positions de la nomenclature des professions et catégories
d’axes retenus, qui socioprofessionnelles permet par exemple de distinguer, au sein des
aboutissent à des employées administratives d’entreprise, les employées s’occupant de
typologies assez l’accueil et de l’information (hôtesses d’accueil, standardistes), des
proches. secrétaires ou dactylos, ou encore des employées travaillant dans le
transport ou le tourisme ; autre exemple : au sein des employées de
commerce, cette nomenclature permet de distinguer les employées de
libre-service des caissières et de différents types de vendeuses. Enfin,
plusieurs groupes de chômeuses ont été distingués en fonction de leur
dernière catégorie socioprofessionnelle à deux chiffres. Au total, la
nomenclature retenue comprend trente-neuf modalités.
De leur côté, les conjoints ouvriers, employés ou exerçant une
profession intermédiaire ont été repérés à partir de leur catégorie
socioprofessionnelle à deux chiffres ; les autres conjoints actifs occupés
l’ont été à partir de leur catégorie socioprofessionnelle à un chiffre.
Les chômeurs ont été placés dans une modalité à part et, au sein des
hommes inactifs, on a distingué les retraités en fonction de leur ancien
groupe socioprofessionnel (anciens ouvriers, anciens employés, autres
retraités) et les autres inactifs.
Les catégories « ouvrières agricoles », « policières et militaires » et
« inactives de moins de soixante ans » ont été traitées, dans les analyses
statistiques mobilisées ici (analyse factorielle des correspondances,
classification ascendante hiérarchique), comme des observations
supplémentaires en raison de la très forte surreprésentation de certaines
de leurs unions (ouvrières agricoles/ouvriers agricoles ; ouvrières
agricoles/agriculteurs ; policières et militaires/policiers et militaires ;
inactives de moins de 60 ans/retraités).

46  Travail, genre et sociétés n° 39 – Avril 2018


Avec qui les ouvrières et les employées vivent-elles en couple ?

Les résultats obtenus conduisent à souligner plusieurs


clivages au sein des femmes étudiées (voir tableau p. 52). Si
les pôles mis en lumière ne sont pas complètement ordon-
nés, cette analyse invite à souligner l’existence d’un clivage
entre un « haut » et un « bas » de la population considé-
rée : elle oppose, d’une part, des femmes appartenant à des
couples d’actifs occupés aux ressources multiples (pôles 1 et
2) et, d’autre part, des femmes qui, tout comme leurs parte-
naires, sont très touchées par la précarité (pôles 6 et 7). Entre

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ce « haut » et ce « bas », l’analyse met en évidence trois pôles
aux positions médianes : le premier, composé de partenaires
actifs occupés, est très marqué par le monde ouvrier (notam-
ment qualifié) et par certains postes du commerce (pôle 3) ;
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le deux­ième comprend des femmes, plus ou moins éloignées


de l’emploi, et travaillant souvent dans des services peu
qualifiés, en couple avec un conjoint retraité ou mieux inséré
qu’elles sur le marché du travail (pôle 4) ; le troisième, enfin,
à l’effectif très réduit, regroupe les gardiennes d’immeuble
(pôle 5).

Présentation des pôles


Pôle 1 : Ce pôle, qui représente environ le quart des ef-
fectifs, comprend une assez large partie des employées du
secteur privé : il se compose principalement de l’ensemble
des employées administratives d’entreprise, des vendeuses,
et des coiffeuses et manucures-esthéticiennes salariées
(tableau 2). Il comprend également les agentes de police et
de sécurité15. Près de la moitié des femmes de ce pôle vit avec
15
 La catégorie
un conjoint qui exerce un autre emploi que celui d’ouvrier ou « policières et
militaires » a été
employé (contre un tiers en moyenne). Les conjoints travail- placée, rappelons-
lant dans le secteur privé sont très présents, en particulier le, en observation
les artisans-commerçants, ceux qui exercent une profession supplémentaire.
intermédiaire administrative et commerciale d’entreprise,
les employés administratifs d’entreprise et les employés de
commerce. Hommes et femmes de ce pôle sont, plus souvent
que les autres, détenteur·trice·s d’un diplôme du supérieur.
Ils·elles font aussi partie de ceux·celles qui sont le plus sou-
vent issu·e·s d’un milieu social intermédiaire ou élevé et qui
ont un salaire important (tableau 3). Enfin, ces partenaires
sont relativement jeunes et les femmes travaillant dans des
établissements de moins de vingt salarié·e·s sont surrepré-
sentées.
Pôle 2 : Ce pôle, qui contient environ 14 % des effectifs,
se compose des employées qualifiées de la fonction pu-
blique : il comprend les aides-soignantes, les adjointes et
agentes administratives de la fonction publique, ainsi que
les employées de la Poste, de France Télécom, des Impôts,
du Trésor et des Douanes. Les conjoints cadres et ceux qui
exercent une profession intermédiaire sont surreprésen-
tés : un tiers des femmes de ce pôle vit avec un partenaire

Travail, genre et sociétés n° 39 – Avril 2018  47


Lise Bernard et Christophe Giraud

­ ccupant un emploi de ce type, contre un quart en moyenne.


o
C’est aussi le pôle où la part des hommes au chômage est
la plus faible. La fonction publique apparaît, par ailleurs,
comme une source de rapprochement des conjoints : ces
femmes sont, nettement plus que les autres, en couple avec
un employé civil ou agent de service de la fonction publique,
ou avec un conjoint exerçant une profession intermédiaire
administrative de la fonction publique. Si les femmes et les
hommes de ce pôle sont en moyenne moins diplômé·e·s que

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celles·ceux du pôle 1, elles·ils le sont plus que celles·ceux des
autres pôles. C’est d’ailleurs ici que l’on rencontre la part la
plus importante de femmes ayant commencé à exercer leur
emploi juste après la sortie de leurs études ou à la suite d’une
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formation professionnelle. C’est aussi dans ce pôle que l’on


trouve, avec le pôle 1, les femmes et les hommes aux salaires
les plus élevés. De plus, les membres de ce pôle ont, plus
souvent que la moyenne, un père employé et moins souvent
un père ouvrier. Les immigré·e·s y sont également sous-re-
présenté·e·s et il s’agit du pôle où le taux d’accédant·e·s à la
propriété est le plus élevé.
Après avoir présenté les deux pôles relevant des fractions
« hautes » de la population étudiée, arrêtons-nous sur les
trois pôles occupant des positions médianes.
Pôle 3 : Ce pôle, qui représente 8 % des effectifs, se com-
pose d’une grande partie des ouvrières de type industriel,
des ouvrières qualifiées de la manutention (parmi lesquelles
on trouve de nombreuses magasinières), des caissières et des
employées de libre-service. Il s’agit d’un pôle de couples
formés de deux actifs occupés avec une très forte présence
d’hommes ouvriers en emploi. Les ouvriers de type indus-
triel et les ouvriers qualifiés de la manutention sont particu-
lièrement surreprésentés. Hommes et femmes de ce pôle ont
une origine sociale particulièrement marquée par le monde
ouvrier. Leurs salaires sont de niveaux intermédiaires, et il
en est de même pour leurs diplômes : si les sans diplômes
ou titulaires du cep (certificat d’études primaires) sont surre-
présenté·e·s, c’est également le cas de ceux·celles ayant pour
diplôme le plus élevé un cap ou un bep. Nombre des ménages
de ce pôle relèvent des fractions supérieures du monde ou-
vrier. En outre, il s’agit de couples résidant plus souvent que
les autres dans les communes rurales et dans les unités ur-
baines de moins de 20 000 habitants. Les femmes de ce pôle
travaillent, plus souvent qu’en moyenne, dans des établisse-
ments de cinquante à cinq cents salarié·e·s. Elles bénéficient
d’une certaine stabilité : près de la moitié d’entre elles travaille
dans la même entreprise depuis plus de dix ans et elles ont
souvent des horaires à temps complet. Dans le même temps,
elles n’échappent pas à une forme de précarité : il s’agit du
pôle où les femmes sont le plus souvent en intérim ou en tra-
vail temporaire. Ce pôle représente tout particulièrement les

48  Travail, genre et sociétés n° 39 – Avril 2018


Avec qui les ouvrières et les employées vivent-elles en couple ?

unions entre une ouvrière et un ouvrier dont nous avons vu


précédemment qu’elles étaient, en 2012, caractérisées par un
indice d’homogamie élevé. On voit ici combien la dimension
culturelle (ascendance familiale ouvrière, possession d’un
diplôme technique), le contexte social des petites communes
(avec une présence moins forte des cadres et des professions
intermédiaires) et le cadre collectif de travail dans d’assez
grands établissements pèsent sur la formation des couples.
Pôle 4 : Ce pôle, qui regroupe près du tiers des effectifs, a

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des caractéristiques moins marquées que les autres. Il s’agit,
en outre, d’un pôle qui présente une certaine hétérogénéi-
té : on y trouve des femmes en position stable, d’autres en
situation de précarité, d’autres encore qui sont inactives. Ce
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pôle se compose de couples assez modestes et relativement


âgés. Les femmes sont, pour la plupart, des employées des
services peu qualifiés : les agentes de service de la fonction
publique, les assistantes maternelles et les aides à domicile
représentent environ deux tiers des effectifs. Les inactives,
placées en observations supplémentaires, se situent éga-
lement dans ce pôle. Parmi les conjoints, les retraités sont
surreprésentés, quelle que soit leur ancienne activité. C’est
aussi le cas, dans une moindre mesure, des agriculteurs, des
employés de la fonction publique et des chauffeurs. Dans le
même temps, les conjoints cadres, employés, indépendants
non agricoles et ceux exerçant une profession intermédiaire
sont relativement peu présents. Les actives occupées de ce
pôle ont des durées du travail particulièrement diverses :
elles travaillent plus souvent que les autres (hormis celles du
pôle 5) avec un temps complet supérieur à quarante heures,
tout en étant également surreprésentées parmi les actives
travaillant moins de trente heures. Nombre d’entre elles per-
çoivent de bas salaires. Elles sont, en outre, moins souvent
en cdi (contrat à durée indéterminée) que la moyenne, et les
femmes qui étaient sans activité professionnelle avant d’en-
trer dans leur emploi y sont surreprésentées. Par ailleurs, les
femmes de ce pôle ont, plus souvent qu’en moyenne, un père
ouvrier et une mère inactive. Comme les femmes du pôle 3,
les détentrices d’un bep ou d’un cap sont surreprésentées et,
plus encore que dans le pôle 3, celles qui ne possèdent au-
cun diplôme ou le seul certificat d’études primaires. En ma-
tière d’ascendance paternelle, maternelle comme en matière
de diplôme, les hommes de ce pôle ont des caractéristiques
proches de celles de leurs conjointes. Dans le même temps, si
les femmes de ce pôle ont des salaires souvent moins élevés
que celles du pôle 3, ce n’est pas le cas de leurs partenaires
quand ils exercent un emploi : ces derniers perçoivent, en
effet, des salaires proches de la moyenne. Au total, il ap-
paraît, dans une partie de ce pôle, une certaine asymétrie
entre les deux conjoints, la femme étant inactive ou en
sous-activité.

Travail, genre et sociétés n° 39 – Avril 2018  49


Lise Bernard et Christophe Giraud

Pôle 5 : Ce pôle, de très petite taille (0,5 % des effectifs),


est composé essentiellement de gardiennes d’immeuble.
Ces dernières constituent un cas spécifique : leurs conjoints
présentent la caractéristique d’exercer, bien plus souvent que
ceux des femmes des autres pôles, un emploi de concierge.
Les conjoints ouvriers non qualifiés de type artisanal et em-
ployés à la retraite sont aussi surreprésentés. Il en est de
même, dans une moindre mesure, des policiers ou militaires,
des instituteurs, ainsi que des ouvriers à la retraite. Les

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couples de ce pôle sont relativement âgés et résident, bien
plus souvent que les autres, dans l’agglomération parisienne.
Leurs ressources sont assez modestes. Hommes et femmes
de ce pôle sont très peu diplômé·e·s. Par ailleurs, les femmes
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ont des salaires relativement bas et leurs conjoints ont des


salaires proches de la moyenne. Dans le même temps, plus
de 40 % d’entre eux sont logés gratuitement. Enfin, il s’agit
du pôle où la part des immigré·e·s est la plus forte. Les par-
tenaires y ont, plus souvent que les autres, un père d’une
nationalité d’Europe du Sud.
Nous allons à présent exposer les deux derniers pôles, qui
occupent les positions les moins élevées au sein de la popu-
lation étudiée.
Pôle 6 : Ce pôle, qui représente 6,5 % des effectifs, com-
prend des couples situés dans les fractions fragiles des classes
populaires. Il regroupe des actives occupées, principalement
femmes de ménage et employées de maison. Ces femmes
vivent, pour plus de la moitié d’entre elles (57 %), avec un
ouvrier en emploi ou à la retraite (contre 40 % en moyenne).
Ce sont celles qui sont le plus rarement en couple avec un
homme n’appartenant pas aux milieux populaires. Parmi
leurs conjoints, les ouvriers à la retraite, les ouvriers de type
artisanal, les personnels des services directs aux particuliers
en emploi et les inactifs hors retraités sont particulièrement
surreprésentés. Hommes et femmes de ce pôle sont relative-
ment âgé·e·s, très peu diplômé·e·s et ont des salaires parti-
culièrement faibles. C’est d’ailleurs dans ce pôle que la part
des femmes travaillant avec un temps partiel de moins de
vingt-neuf heures est la plus importante. Les femmes qui,
avant d’occuper leur emploi actuel, n’exerçaient pas d’ac-
tivité professionnelle sont aussi très présentes, suggérant
l’importance de carrières professionnelles discontinues. Les
hommes et les femmes dont le père est ouvrier ou agriculteur
sont également surreprésenté·e·s, comme ceux·celles dont les
mères sont inactives. En outre, les immigré·e·s et les étran-
ger·e·s sont surreprésenté·e·s. Les pères des partenaires de
ce pôle ont, plus souvent que les autres, une nationalité du
Maghreb ou du reste de l’Afrique  ; ceux qui ont une nationalité
d’Europe du sud sont aussi très présents. Enfin, il s’agit d’un
pôle ancré principalement dans des unités urbaines de plus
de 200 000 habitants. Ces couples, souvent mariés (plus de

50  Travail, genre et sociétés n° 39 – Avril 2018


Avec qui les ouvrières et les employées vivent-elles en couple ?

80 %), vivent deux fois plus dans une zone urbaine sensible
que la moyenne. Les locataires hlm (habitation à loyer mo-
déré) sont également surreprésentés. Il en est de même des
couples vivant dans leur logement avec au moins trois en-
fants.
Pôle 7 : Ce pôle, qui représente 11 % des effectifs, est
composé en grande partie de chômeuses : près des deux
tiers des femmes de ce pôle sont au chômage (contre 8 % en
moyenne). On y trouve également des femmes travaillant

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comme ouvrières ou employées dans le secteur de l’hôtel-
lerie ou de la restauration (commises de cuisine, serveuses,
employées d’étage, aides de cuisine, etc.). Parmi leurs
conjoints, les ouvriers, les hommes exerçant un emploi de
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personnel des services directs aux particuliers (par exemple,


serveur) et les exploitants de petit café ou de café-restaurant
sont surreprésentés. C’est aussi le cas des inactifs hors retrai-
tés et – de manière particulièrement nette – des chômeurs.
Ce pôle regroupe des couples relativement jeunes et très
marqués par la précarité. Hommes et femmes y sont rela-
tivement peu diplômé·e·s et ont des salaires mensuels peu
élevés. Les immigré·e·s, les étranger·e·s et les enfants d’un
père de nationalité africaine y sont surreprésenté·e·s. Les
hommes sont, plus souvent que ceux des autres pôles, en cdd
(contrat à durée déterminée) ou en intérim, étaient plus sou-
vent au chômage avant d’occuper leur poste actuel et sont,
comme leurs partenaires, dans leur entreprise depuis peu.
Par ailleurs, ces couples résident, plus que la moyenne, dans
des unités urbaines comprenant entre 20 000 et 200 000 habi-
tants, et dans des zones urbaines sensibles. Ils vivent aussi,
plus fréquemment que les autres, avec plus de trois enfants
dans leur logement, et les locataires hlm comme non-hlm
sont surreprésentés. Enfin, il s’agit du pôle où l’on trouve
la part la plus forte d’hommes et de femmes ayant un statut
matrimonial légal de divorcé. Au total, c’est un pôle compo-
sé de femmes relativement jeunes, peu diplômées, souvent
éloignées de l’emploi. En dépit d’univers urbains marqués
par une grande variété sociale, leurs capitaux limités les
conduisent (comme les femmes du pôle 6) à des unions avec
des hommes qui occupent des positions peu qualifiées d’ou-
vriers ou d’employés et dont les trajectoires sont marquées
par la précarité.

Travail, genre et sociétés n° 39 – Avril 2018  51


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Tableau 2 : Les positions professionnelles des femmes et de leurs conjoints


Positions professionnelles des femmes Catégories les plus surreprésentées parmi les conjoints
Pôle 1 Employées administratives d’entreprise (63 %) ; Cadres et professions intellectuelles supérieures (13 %) ; artisans-commerçants-chefs d’entreprise
27 % vendeuses (26 %) ; coiffeuses-manucures- de plus de dix salariés (11 %) ; professions intermédiaires administratives et commerciales des
esthéticiennes salariées (4 %) ; chômeuses ayant entreprises (7 %) ; techniciens (8 %) ; employés administratifs d’entreprise (3 %) ; employés de
exercé juste auparavant une activité d’employée commerce (2 %) ; instituteurs (1 %) ; techniciens (8 %) ; policiers ou militaires (4 %).
administrative d’entreprise (5 %) ; agentes de
police et de sécurité16 (3 %).
Pôle 2 Aides-soignantes (46 %), adjointes et agentes Cadres et professions intellectuelles supérieures (10 %) ; professions intermédiaires administratives
14,5 % administratives de la fonction publique (43 %) ; de la fonction publique (2 %) ; professions intermédiaires administratives et commerciales des
employées de la Poste, de France Télécom, des entreprises (5 %) ; employés civils ou agents de service de la fonction publique (8 %) ;
Impôts, du Trésor et des Douanes (11 %). professions intermédiaires de la santé et du travail social (1 %) ; techniciens (8 %) ; contremaîtres
(4 %) ; policiers ou militaires (3 %).
Pôle 3 Une grande partie des ouvrières de type Ouvriers de type industriel qualifiés et non qualifiés (23 %) ; contremaîtres (4 %) ; chauffeurs (6 %) ;
8 % industriel (57 %) ; ouvrières qualifiées de ouvriers qualifiés de la manutention (6 %) ; ouvriers de type artisanal qualifiés et non qualifiés

52  Travail, genre et sociétés n° 39 – Avril 2018


la manutention (9 %) ; caissières (25 %) ; (14 %) ; agriculteurs (2 %) ; ouvriers agricoles (1 %).
employées de libre-service (9 %).
Pôle 4 Agentes de service de la fonction publique Retraités (25 %) ; agriculteurs (2 %) ; employés civils et agents de service de la fonction publique
32,5 % (26 %) ; assistantes maternelles (21 %) ; aides à (4 %).
domicile (21 %) ; inactives de moins de 60 ans17
(21 %) ; chauffeuses (2 %) ; ouvrières de type
industriel (6 %) ; ouvrières agricoles18 (3 %).
Pôle 5 Concierges, gardiennes d’immeuble et Personnels des services directs aux particuliers (13 %) ; ouvriers non qualifiés de type artisanal (6 %) ;
0,5 % employées des services divers (100 %). employés à la retraite (4 %) ; ouvriers à la retraite (12 %) ; policiers ou militaires (6 %).
Pôle 6 Employées de maison et personnels de ménage Ouvriers non qualifiés de type artisanal (7 %) ; personnels des services directs aux particuliers (2 %) ;
6,5 % chez les particuliers (50 %) ; ouvrières non ouvriers qualifiés de type artisanal (14 %) ; ouvriers qualifiés de type industriel (10 %) ; ouvriers
qualifiées de type artisanal (50 %). agricoles (1 %) ; ouvriers à la retraite (13 %) ; inactifs hors retraités (4 %).
Pôle 7 Chômeuses (63 %) ; ouvrières qualifiées de type Chômeurs (11 %) ; personnels des services directs aux particuliers (2 %) ; ouvriers qualifiés de
11 % artisanal (13 %) ; employées dans le secteur de type artisanal (12 %) ; chauffeurs (6 %) ; inactifs hors retraités (5 %) ; ouvriers non qualifiés de type
l’hôtellerie et de la restauration (24 %). industriel (6 %) ; artisans-commerçants-chefs d’entreprise de plus de dix salariés (8 %).

16
 La catégorie « policières et militaires » a été placée en observation supplémentaire.
17
 La catégorie « inactives de moins de 60 ans » a été placée en observation supplémentaire.
18
Lise Bernard et Christophe Giraud

 La catégorie « ouvrières agricoles » a été placée en observation supplémentaire.

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Tableau 3 : Principales caractéristiques sociodémographiques des femmes de chaque pôle et de leurs conjoints
Femmes Conjoints
Pôle 1 Moins de 40 ans : 49 % Moins de 40 ans : 43 %
Bac ou plus : 58 % Bac ou plus : 42 %
Salaire supérieur à 1 500 euros : 33 % Salaire supérieur à 2 000 euros : 38 %
Père cadre, profession intellectuelle supérieure, profession intermédiaire ou artisan-commerçant- Père cadre, profession intellectuelle supérieure,
chef d’entreprise : 32 % profession intermédiaire ou artisan-commerçant-
Père ouvrier : 40 % chef d’entreprise : 33 %.
Temps de travail compris entre 35 et 39 heures par semaine : 57 % Père ouvrier : 41 %
Établissements de moins de vingt salariés : 49 %
Accession à la propriété : 38 %
Unité urbaine de plus de 200 000 habitants : 36 %
Pôle 2 Moins de 40 ans : 40 % Moins de 40 ans : 33 %
cap, bep : 39 % Bac ou plus : 36 %
Bac ou plus : 43 % Salaire supérieur à 2 000 euros : 35 %
Salaire mensuel compris entre 1 250 et 2 000 euros : 66 % Père cadre, profession intellectuelle supérieure,
Emploi dans la fonction publique d’État : 22 % profession intermédiaire ou artisan-commerçant-
Emploi dans les collectivités locales : 55 % chef d’entreprise : 25 %.
Père cadre, profession intellectuelle supérieure, profession intermédiaire ou artisan-commerçant- Père ouvrier : 45 %
chef d’entreprise : 27 % Emploi dans la fonction publique d’État : 10 %
Père ouvrier : 42 % Emploi dans les collectivités locales : 15 %
Temps de travail compris entre 35 et 39 heures par semaine : 59 %
Ont commencé à exercer leur emploi juste après la sortie de leurs études ou à la suite d’une
formation professionnelle : 30 %
Avec qui les ouvrières et les employées vivent-elles en couple ?

En cdd autre que saisonnier : 26 %


Accession à la propriété : 39 %
Unité urbaine de plus de 200 000 habitants : 33 %

Travail, genre et sociétés n° 39 – Avril 2018  53


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Femmes Conjoints
Pôle 3 Moins de 40 ans : 44 % Moins de 40 ans : 37 %
cap ou bep : 34 % cap ou bep : 44 %
Sans diplômes ou cep : 28 % Sans diplômes ou cep : 27 %
Salaire compris en 1 000 et 1 500 euros : 63 % Salaire compris entre 1 250 et 2 000 euros : 64 %
Père ouvrier : 55 % Père ouvrier : 50 %
Mère ouvrière : 16 % Mère ouvrière : 13 %
Emploi dans le secteur privé : 97 % Emploi dans le secteur privé : 90 %
Temps de travail compris entre 35 et 39 heures par semaine : 62 %
Intérim ou en travail temporaire : 8 %
Établissements de cinquante à cinq cents salariés : 50 %
Communes rurales ou unités urbaines de moins de 20 000 habitants : 62 %
Pôle 4 Plus de 50 ans : 50 % Plus de 50 ans : 57 %
bep ou cap : 34 % bep ou cap : 40 %
Sans diplômes ou cep : 37 % Sans diplômes ou cep : 31 %
Salaire de moins de 1 000 euros par mois : 45 % Père ouvrier : 48 %
Père ouvrier : 50 % Mère inactive : 50 %

54  Travail, genre et sociétés n° 39 – Avril 2018


Mère inactive : 49 % Emploi dans les collectivités locales : 11 %
Emploi dans les collectivités locales : 32 %
Temps complet supérieur à 40 heures par semaine : 22 %
Travaillant moins de 30 heures par semaine : 32 %
Sans activité professionnelle avant d’entrer dans leur emploi : 22 %
Pôle 5 Plus de 50 ans : 47 % Plus de 50 ans : 54 %
Sans diplômes ou cep : 50 % Sans diplômes ou cep : 47 %
Salaire inférieur à 1 000 euros par mois : 34 % Emploi dans le secteur privé : 88 %
Emploi dans le secteur privé : 95 % Père agriculteur : 18 %
Père agriculteur : 16 % Immigrés : 43 %
Mère agricultrice : 11 % Nationalité étrangère : 37 %
Mère de profession inconnue : 6 % Père ayant une nationalité d’Europe du sud : 36 %
Immigrées : 46 %
Nationalité étrangère : 39 %
Père ayant une nationalité d’Europe du sud : 37 %
Agglomération parisienne : 54 %
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Femmes Conjoints
Pôle 6 Plus de 50 ans : 44 % Plus de 50 ans : 55 %
Sans diplômes ou cep : 57 % Sans diplômes ou cep : 49 %
Salaire inférieur à 1 000 euros par mois : 70 % Salaire inférieur à 1 500 euros par mois : 46 %
Père ouvrier : 56 % Père ouvrier : 53 %
Père agriculteur : 13 % Mère inactive : 59 %
Mère inactive : 55 % Emploi dans le secteur privé : 90 %
Emploi dans le secteur privé : 97 % Immigrés : 33 %
Sans activité professionnelle avant leur emploi actuel : 31 % Nationalité étrangère : 26 %
Immigrées : 34 % Père de nationalité du Maghreb : 9 %
Nationalité étrangère : 27 % Père de nationalité d’Europe du sud : 18 %
Père de nationalité du Maghreb : 9 %
Père de nationalité d’Europe du sud : 17 %
Temps partiel de moins de 29 heures par semaine : 65 %
Ancienneté dans l’entreprise de moins de 5 ans : 60 %
Locataires hlm : 22 %
Unité urbaine de plus de 200 000 habitants : 42 %
Habite en Zone urbaine sensible : 10 %
Pôle 7 Moins de 40 ans : 51 % Salaire inférieur à 1 500 euros par mois : 46 %
Ex 4 Sans diplômes ou cep : 50 % Immigrés : 18 %
Salaire de moins de 1 250 euros par mois : 66 % Nationalité étrangère : 12 %
Chômeuses : 63 % Père de nationalité africaine : 13 %
Immigrées : 18 % cdd : 8 %
Nationalité étrangère : 12 % Intérim : 7 %
Père de nationalité africaine : 13 % Ancienneté dans l’entreprise de moins de cinq ans :
Avec qui les ouvrières et les employées vivent-elles en couple ?

Temps partiel de moins de 29 heures par semaine : 27 % 61 %


Ancienneté dans l’entreprise de moins de 5 ans : 53 %
Établissements de moins de 20 salariés : 58 %
Locataires hlm : 21 %
Unité urbaine de plus de 200 000 habitants : 34 %
Habite en Zone urbaine sensible : 9 %

Note de lecture : 49% des femmes du pôle 1 ont moins de 40 ans. Les informations sur les salaires, le temps de travail, les caractéristiques de l’établissement
(taille, caractère public ou privé), la situation avant l’emploi actuel, l’ancienneté dans l’entreprise et le type de contrat de travail portent sur les actif·ve·s
occupé·e·s des pôles concernés.

Travail, genre et sociétés n° 39 – Avril 2018  55


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Lise Bernard et Christophe Giraud

Éléments de discussion de cette typologie


des femmes ouvrières et employées
Ces sept pôles, qui présentent des caractéristiques singu-
lières au regard de plusieurs éléments (âges, diplômes, sa-
laires, conditions d’emploi, lieux de résidence, origine eth-
nique, origine sociale, etc.), mettent en évidence, au sein de
la population étudiée, des clivages importants mais moins
connus et moins visibles que l’opposition entre « ouvrières »

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et « employées ». En effet, si certains pôles ne comportent
que des employées, le pôle 3 regroupe des femmes des deux
catégories, et il en est de même du pôle 6. Qui plus est, le
paysage présenté ici amène à complexifier l’opposition entre
« ­qualifiées » et « non qualifiées » [Amossé et Chardon, 2006].
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Si cette césure n’est pas complètement absente (les pôles 1 et


2 ne comportent, par exemple, que des travailleuses « quali-
fiées »), des pôles (en particulier les pôles 3 et 4) comprennent
ces deux types de travailleuses. Par ailleurs, l’analyse menée
invite à appréhender le monde des « qualifiées », comme ce-
lui des « non qualifiées », au pluriel : des qualifiées et des
non qualifiées se situent, en effet, dans différents pôles. Au
sein des « qualifiées », l’analyse a notamment mis en lumière
des écarts entre employées qualifiées du public (pôle 2) et du
privé (pôle 1). En outre, les analyses présentées conduisent
à souligner la très grande diversité des unions conjugales
des employées : des employées sont présentes dans tous les
pôles, ce qui n’est pas le cas des ouvrières (ces dernières se
trouvent dans quatre des sept pôles).
Les analyses montrent l’existence, au sein de la population
étudiée, d’un « haut », d’un « bas » et de fractions médianes.
Dans le même temps, il apparaît que les lignes de césure entre
ces trois ensembles ne sont pas nettes. D’un côté, on distingue
un « haut », composé des pôles 1 et 2, où des femmes, dotées
de ressources multiples (diplômes, salaires, relative stabili-
té dans l’emploi), ont tendance à vivre avec des partenaires
qui leur sont proches en termes de capitaux, tout en occu-
pant des positions sociales plus élevées que les leurs : plus
souvent que les autres, elles se lient à des hommes cadres ou
exerçant une profession intermédiaire. Les employées admi-
nistratives d’entreprise (qui relèvent toutes du pôle 1) consti-
tuent ainsi encore aujourd’hui, comme l’avait montré Alain
Chenu [1990], une « aristocratie des employés », proche des
professions intermédiaires, et un lieu d’importantes circula-
tions sociales par le mariage. Le pôle 2 se compose exclusi-
vement de femmes employées de la fonction publique ; ces
dernières sont, moins souvent que celles du pôle 1, en couple
avec un homme travaillant dans le secteur privé. Le poids
d’une césure secteur public/secteur privé dans la formation
des couples n’est pas nouveau [Singly et Thélot, 1988], ni
propre aux employé·e·s [Bernard, 2017]. Du côté du « bas »
de la population étudiée, deux pôles (6 et 7) représentent les

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Avec qui les ouvrières et les employées vivent-elles en couple ?

couples les moins dotés. Plus souvent issues de l’immigra-


tion, ces femmes sont au chômage ou travaillent, souvent à
temps partiel, comme ouvrières ou employées au service de
clients dans le monde de l’hôtellerie, de la restauration ou du
nettoyage. Elles se lient aux hommes qui sont également les
moins dotés, dans le partage fréquent d’une origine culturelle
proche. Enfin, trois pôles de femmes occupent des positions
intermédiaires (pôles 3, 4 et 5). L’un d’entre eux (pôle 5), très
spécifique, est marginal d’un point de vue quantitatif. La mise

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en évidence des deux autres pôles invite à prendre en compte
l’existence d’un clivage, au sein des fractions médianes du
continent que forment les o ­ uvrières et les employées, entre
un monde très marqué par l’univers ouvrier et certains em-
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plois du commerce (pôle 3) et un monde où des femmes, plus


ou moins éloignées de l’emploi, travaillent souvent dans des
services peu qualifiés (pôle 4).
La diversité des milieux populaires ainsi mise en évidence
présente des points communs avec celle mise en lumière par
d’autres travaux reposant sur d’autres données ou d’autres
variables. Comme Joanie Cayouette-Remblière [2015] travail-
lant à partir de ménages dans le cadre d’une analyse loca-
lisée, on a montré : l’existence d’un « bas » marqué par un
éloignement à l’emploi et d’un « haut » proche des classes
moyennes ; le fait que des catégories relevant du secteur
public se rapprochent par des traits spécifiques ; et, enfin,
qu’une part significative des couples composés d’un ouvrier
et d’une employée tous les deux en emploi relève des frac-
tions médianes des classes populaires. De plus, comme les
analyses de Thomas Amossé [2018] menées sur les ménages
comportant au moins un·e ouvrier·e ou un·e employé·e à par-
tir d’une n­ omenclature plus agrégée (nomenclature des pro-
fessions et catégories socioprofessionnelles à deux chiffres), le
travail conduit ici suggère que les employées administratives
d’entreprise et les policières-militaires relèvent de la fraction
la plus « haute » du monde des ouvrier·e·s et des employé·e·s,
que les employées civiles et agentes de la fonction publique
en sont, à plusieurs égards, assez proches, et que les ouvrières
non qualifiées de type artisanal relèvent des fractions les plus
modestes.
Par ailleurs, notre analyse, menée à un niveau relativement
détaillé de la nomenclature des pcs, met en lumière l’hétéro-
généité de certaines catégories socioprofessionnelles à deux
chiffres, en particulier celle des employées civiles et agentes de
service de la fonction publique, des employées de commerce
et des personnels des services directs aux particuliers. Des
écarts entre des positions professionnelles souvent agrégées
au sein d’une même catégorie socioprofessionnelle à deux
chiffres traduisent ici l’influence des lieux fréquentés, des res-
sources économiques, du diplôme et de l’origine sociale sur la
formation des couples. Le paysage dégagé souligne d’abord

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Lise Bernard et Christophe Giraud

l’existence d’un clivage, au sein des employées civiles et


agentes de service de la fonction publique, entre les agentes de
service (situées dans le pôle 4) et les autres sous-catégories (qui
relèvent toutes du pôle 2). Les secondes sont plus souvent en
couple avec un homme cadre ou exerçant une profession in-
termédiaire. Cet écart peut être relié au fait que les premières
ont plus souvent un père ouvrier, sont moins diplômées, ont
des salaires plus faibles et sont plus touchées par le temps
partiel19 que les secondes. L’analyse souligne aussi l’existence
19

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 Ces éléments
rejoignent les résultats d’un clivage au sein des employées de commerce, entre, d’une
de Guillaume Burnod
et Alain Chenu [2001]
part, les vendeuses (pôle 1) et, d’autre part, les caissières et les
ainsi que ceux d’Olivier employées de libre-service – qui s’occupent de la décharge et
Chardon [2002]. de la mise en rayon de produits – (pôle 3), les vendeuses étant
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souvent en couple avec un partenaire occupant une position


sociale plus élevée que les conjoints des secondes. Ces diffé-
rences de « choix du conjoint » s’accompagnent là aussi de
disparités sur d’autres points : les employées de libre-service
font partie des employées de commerce aux origines sociales
les plus modestes et les plus présentes dans les petites com-
munes ; quant aux caissières, il s’agit des employées de com-
merce les moins diplômées et percevant les salaires les plus
faibles. Enfin, nos analyses montrent que les femmes relevant
des personnels des services directs aux particuliers forment un
ensemble particulièrement hétérogène au regard des alliances
matrimoniales. Des femmes de cette catégorie se trouvent, en
effet, dans cinq des sept pôles mis en évidence (pôles 1, 4, 5,
6, 7). Ainsi, par exemple, les coiffeuses, manucures et esthéti-
ciennes (pôle 1) vivent souvent en couple avec des hommes
ayant des positions sociales plus élevées que les conjoints des
femmes occupant d’autres positions professionnelles au sein
des personnels des services directs aux particuliers. Dans le
même temps, les coiffeuses, manucures et esthéticiennes ont,
plus souvent que les autres, des formations adaptées à leur
métier (elles sont moins souvent sans diplômes ou diplômées
du cep), font partie de celles qui ont les origines sociales les
plus élevées (les pères exerçant une profession intermédiaire
sont surreprésentés), et travaillent dans des salons les plaçant
au contact régulier d’une clientèle qui leur est parfois sociale-
ment éloignée.
Enfin, outre la représentation générale qu’ils donnent des
femmes de milieux populaires vivant en couple, nos résul-
tats permettent de situer les vingt-cinq ménages enquêtés
par monographie dans le cadre de la recherche anr « Le po-
pulaire aujourd’hui » et analysés dans les autres articles du
dossier. Parmi ces ménages, six ne peuvent être situés dans la
typologie car ils se composent de célibataires, de retraités, de
deux hommes en couple, ou car la femme du couple exerce
une profession intermédiaire. Sur les dix-neuf ménages que
l’on peut positionner, un peu plus de la moitié (10) se situent
dans les pôles occupant des positions médianes : quatre se

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Avec qui les ouvrières et les employées vivent-elles en couple ?

trouvent dans le pôle 3 et six dans le pôle 4 (aucun ne rele-


vant du pôle 5). Les neuf autres ménages enquêtés se répar-
tissent entre les fractions « hautes » et « basses » de la popu-
lation étudiée : d’un côté, quatre appartiennent au pôle 1 et
deux au pôle 2, et, d’un autre côté, trois font partie des pôles
aux positions les plus modestes (un se situe dans le pôle 6 et
deux dans le pôle 7).
* *

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*
À l’issue de ces analyses, plusieurs faits saillants peuvent
être soulignés.
D’une part, les situations conjugales des ouvrier·e·s et des
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employé·e·s ont été affectées par des évolutions depuis le dé-


but des années 1980. D’abord, la distance à la vie conjugale
s’est accrue. Cette distance est relativement importante dans
les milieux populaires et y prend des visages différenciés
selon le sexe : vie seule pour les hommes, monoparentali-
té pour les femmes. Ces résultats corroborent des éléments
connus, mais peu mis en avant dans les écrits sur les classes
populaires : pour étudier les ménages de ces milieux, il est
important de prendre en compte le célibat masculin, la vie
hors couple et les familles monoparentales. De plus, on a
mis en évidence une réduction importante des couples com-
posés d’un ouvrier et d’une inactive. Dans le même temps,
les ouvriers sont, en 2012, un peu plus souvent en couple
avec une inactive que les hommes des autres catégories. On
a également souligné le poids persistant de l’homogamie
chez les ouvriers et les ouvrières, entre 1982 et 2012, dans un
contexte de diminution dans tous les autres groupes socio-
professionnels. Les employées vivent plus souvent que les
ouvrières avec un conjoint cadre, indépendant non agricole
ou exerçant une profession intermédiaire, et constituent la
catégorie sociale conjugalement la plus ouverte. Par ailleurs,
depuis 1982, les unions avec un conjoint d’un milieu plus éle-
vé sont devenues plus fréquentes en milieu ouvrier comme
employé, ce qui contribue à modifier progressivement le
champ des possibles conjugaux.
D’autre part, cet article entendait contribuer à l’analyse
de l’hétérogénéité interne des femmes de milieux populaires
à partir d’une étude de leurs unions conjugales. Les couples
observés montrent des limites certaines à la mobilité par le
mariage : les volumes de capitaux culturels et économiques,
le monde privé ou public dans lequel est exercé l’emploi, le
caractère plus ou moins industriel de celui-ci, constituent
des clivages au sein des milieux populaires, qui orientent et
contraignent les unions matrimoniales. Comme l’étude de
la participation politique [Peugny, 2015], cette analyse des
unions conjugales montre la nécessité de prendre en compte
le poids des univers professionnels dans l’étude de la di-

Travail, genre et sociétés n° 39 – Avril 2018  59


Lise Bernard et Christophe Giraud

versité interne aux classes populaires. À partir d’un travail


mené à un niveau relativement détaillé de la nomenclature
des pcs, nous avons mis en lumière des clivages importants
mais peu connus. Nous avons notamment montré l’existence
d’une stratification au sein du continent que forment les em-
ployées et les ouvrières : on y distingue un « haut » composé
de femmes appartenant à des couples d’actifs occupés aux
ressources multiples, un « bas » regroupant des femmes qui,
comme leurs partenaires, sont très touchées par la précarité,

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et des fractions médianes. Ces dernières comprennent princi-
palement un pôle marqué par l’univers ouvrier et certains em-
plois du commerce, et un pôle où des femmes, plus ou moins
éloignées de l’emploi, travaillent souvent dans des services
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peu qualifiés. Qui plus est, les analyses menées montrent que
les employées et les ouvrières se différencient au regard de
leurs alliances. Les premières sont, dans leur ensemble, moins
homogames que les secondes et une analyse à un niveau dé-
taillé met en lumière une remarquable diversité des unions
conjugales des employées. Cette diversité est le reflet de la
grande hétérogénéité de ce groupe socioprofessionnel. Elle
s’observe notamment à l’intérieur des catégories socioprofes-
sionnelles à deux chiffres20. Ces résultats invitent ainsi à pour-
20
 Nous avons montré
que plusieurs catégories suivre l’analyse de l’espace social en mobilisant des catégories
socioprofessionnelles
à deux chiffres sont
détaillées.
très hétérogènes au
regard des alliances BIBLIOGRAPHIE
matrimoniales : c’est
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60  Travail, genre et sociétés n° 39 – Avril 2018


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