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Barthélémy Schwartz

Sur “Cette mauvaise


réputation…”

Gli opuscoli di Omar Wisyam

Volume n. 11
Sur “Cette mauvaise réputation”

B. Schwartz Pagina 2
Sur “Cette mauvaise réputation”

Barthélémy Schwartz
Sur “Cette mauvaise
réputation…”

01 mai 1994

Guy Debord s'attache à montrer dans


Cette mauvaise réputation comment
la critique travaille à déformer ses
oeuvres et à publier des informations
fausses sur sa vie. Dans cet esprit, il
s'est limité aux "plus étourdissantes
séries d'exemples évoqués dans les
propos des médiatiques de son pays
durant les années 1988 à 1992". Les
exemples de déformation recensés par
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Debord peuvent être regroupés en


deux catégories distinctes: dans la
première, les articles écrits sur lui
dans les différents médias (Globe, Le
Monde, L'événement du Jeudi, Art
Press, Actuel, Libération, Le
Quotidien de Paris, La Croix,
L'Humanité, Le Point, L'Idiot
international, etc.): ces articles ont en
commun d'être tous délibérément
mensongers, comme si leurs auteurs
s'ingéniaient à ne pas comprendre ce
qu'ils lisent, ou à en rendre compte de
façon malhonnête. Dans la seconde
catégorie, moins importante en
nombre de pages, figurent des textes,
une brochure et un livre qui ont
comme singularité de provenir non
pas des réseaux médiatiques cités plus
haut, mais des publications des
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milieux radicaux: Echecs


situationniste, Les mauvais jours
finiront, L'Encyclopédie des
nuisances, Maintenant le
communisme ou encore le livre
L'Anti-terrorisme en France de Serge
Quadruppani. Guy Debord est
visiblement plus à l'aise pour réduire
à néant les inepties (prévisibles) de
Globe, d'Actuel ou de L'Idiot
international que pour répondre aux
critiques qui lui viennent du milieu
radical. S'il puise sans effort dans ses
réserves d'humour et de distance pour
ridiculiser sans appel les "Grandes
Têtes Molles" de notre époque, c'est
un Guy Debord stressé, sec, sans voix
et dépourvu de capacité de réplique
que l'on rencontre plus loin. Plus
grave, ces critiques reprises des
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milieux radicaux sont volontairement


mises par Guy Debord sur le même
plan que les déformations produites
par les médias avec une évidente
intention de nuire. Guy Debord
accepte que l'aventure situationniste
soit déformée en bloc par les médias
en raison de ce qu'elle a été, cela fait
d'une certaine manière partie du jeu,
mais il n'accepte pas qu'elle soit
critiquée ni ses acquis remis en cause.
Guy Debord a été jusqu'ici trop
patient et trop bon, il ne veut plus être
blâmé.
Deux revues issues du milieu néo-situ
tentent une critique de
L'Internationale situationniste, et
inévitablement de Guy Debord. La
première, Les mauvais jours finiront,
essaie de l'extérieur, et avance des
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arguments qui méritent attention,


mais face auxquels Debord n'a rien à
répondre. Il se contente de citer (pour
ses archives publiques ?) les passages
qui le concernent sans les commenter.
Les présenter comme des "propos
médiatiques" est en réalité sa seule
réplique. Il ne veut plus être critiqué,
ou alors seulement par les bouffons
médiatiques qui sont, il le sait bien
pour en avoir fait la théorie,
neutralisés par leur fonction même.
La seconde revue, L'Encyclopédie des
Nuisances, tente une critique de
l'intérieur. Dans son numéro 15
(1992), elle fait un bilan critique des
années situationnistes, qui ont été --
pour l'ancien situationniste Sébastiani
c'est évident, pour Jaime Semprun,
auteur en 1974 de La guerre sociale
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au Portugal chez Champ Libre, on le


devine -- aussi les années des
animateurs de la revue. Bien que les
"encyclopédistes" ménagent Debord
et pèsent soigneusement leurs mots
quand ils le critiquent: "génie
personnel de Debord", "aventure
intellectuelle brillamment menée",
Guy Debord les malmène sans
ménagement. Il ne veut plus être
blâmé. Il se contente d'un laborieux et
très insuffisant "J'étais comme j'étais
et rien de très différent ne pouvait en
venir", qui lui évite de s'expliquer
davantage. Etant comme il était, il n'a
pu faire que ce qu'il devait faire, et
par conséquent il n'a pu se tromper ni
faire d'erreur. Puisqu'il le dit. Pour
clore tout débat avec cette indélicate
Encyclopédie qui veut comprendre
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pourquoi la théorie situationniste en


est arrivée là sachant ce qu'elle était à
l'origine, il lâche mystérieusement et
sèchement qu'il y aurait eu un
"désinformateur" au sein de la revue.
Ce qui dispense évidemment
d'accorder du crédit à ce qu'elle peut
dire sur lui-même et sur ce qu'il a fait.
De toute façon, comme la précédente
revue, L'Encyclopédie des Nuisances
n'est que "propos médiatiques".
On s'étonne que Guy Debord ait
besoin de s'attarder à dénoncer le
travail de désinformation des médias,
c'est là un lot commun qui est en
quelque sorte un trait d'époque, et vu
la position radicale qu'il a affichée
vis-à-vis de la société, une
conséquence prévisible. A quoi
s'attendait-il ? A être traité à la radio
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comme un philosophe, un sportif ou


un économiste ? Ce qui est intéressant
concernant Debord, ce n'est pas que
les médias parlent de ses oeuvres et
de sa vie en les déformant, mais qu'ils
en parlent. Il n'est pas nécessaire,
pour faire taire un contestataire, de
déformer ses propos, il suffit de faire
en sorte que sa voix ne porte pas. Les
milieux radicaux le savent bien qui
s'accommodent de cette politique du
silence. Debord ne s'inquiète pas de
savoir pourquoi il devient un sujet
médiatique porteur depuis à peu près
1985-1988. Il fait semblant de croire
qu'il ne peut intéresser que les milieux
radicaux ("Je ne sais ce que l'on
prétend insinuer en rappelant que j'ai
acquis une influence considérable en
certains milieux. De quels milieux
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peut-il s'agir ? Il ne faut s'attendre à


rien de recommandable, je présume")
alors qu'il devient évident que la
demande aujourd'hui vient d'ailleurs.
En 1988, Philippe Sollers, mandarin
des éditions Gallimard, dans un
article paru dans Le Monde où il se
déclarait ouvertement laudateur et
panégyriste explicite de Debord, a
donné le ton: "Mon avis sur la cote
des oeuvres de Debord aux
comploteurs du marché fantôme:
hausse fulgurante et incontrôlable à
prévoir, pas nécessairement
posthume". Il serait peut-être temps
d'identifier les groupes sociaux qui
s'intéressent à Guy Debord et à ses
oeuvres: la théorie du spectacle qu'il a
exposée, qui "se voulait un
désagréable portrait de la société
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présente et qui a été reconnue


ressemblante", paraît aujourd'hui
effectivement ressemblante à ces gens
qui peuvent trouver les oeuvres de
Guy Debord aux Galeries Lafayette.
Ressemblante de leur point de vue sur
la société qui exprime leur position
sociale dans cette société. La théorie
de la société sans crise intéresse de
façon grandissante les groupes
sociaux que l'irruption soudaine et
soi-disant imprévisible de la crise
(sans précédent depuis 1945) menace
aujourd'hui. Guy Debord convient
que les situationnistes, à part lui qui
tient le monopole de l'information
historique autorisée sur elle, n'ont
jamais parlé de l'Internationale
Situationniste après l'avoir quittée.
Alors que André Breton a connu de
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son vivant des surréalistes repentis


qui ont pu l'insulter (Un cadavre,
1930), Debord reconnaît que
l'Internationale Situationniste n'a rien
connu de tel. "Deux ou trois
imposteurs sous-médiatiques ont
parfois prétendu m'avoir connu
autrefois, mais ils n'avaient
naturellement rien à dire. Et moi
naturellement rien à répondre à ceux-
là, me réservant pour nuire à un
authentique qui oserait un jour
s'essayer à ce jeu. Aucun de ceux dont
les noms avaient paru dans
l'Internationale Situationniste n'est
jamais venu rien révéler clairement
depuis". La question est de savoir ce
qui, pour Guy Debord, et aujourd'hui,
constitue de la désinformation ou du
témoignage. Presque tous les
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surréalistes ont parlé du surréalisme


d'André Breton, quelques uns pour
diffamer le mouvement après s'être
brouillés avec Breton, mais la plupart
simplement pour apporter leur
témoignage. Aucun situationniste ne
s'est risqué à parler de l'Internationale
Situationniste. L'un d'eux s'y
risquerait, cela ne pourrait être de
toute façon, on l'a deviné, que
"propos médiatiques".

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