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RESUME

: Anna est une étudiante en droit et n’est pas du genre à convoiter les choses qu’elle ne peut
pas avoir. Mais quand elle commence à travailler pour le sexy, mystérieux et millionnaire Thomas
Dorsk, elle ne peut pas s’empêcher de le désirer, même si elle sait que c’est juste un fantasme. Les
hommes du genre de Thomas, beaux, charismatiques et riches ne sont pas intéressés par les femmes
comme elle. Thomas Dorsk est un homme pour qui un « non » n'est pas une réponse acceptable. Il sait
ce qu’il veut et il est l’un des hommes les plus puissants de la ville. Alors qu’il aurait pu choisir
n’importe qu’elle femme, il a jeté son dévolu sur Anna. Et il ne s’arrêtera pas jusqu’à ce qu’il possède
chaque centimètre de son corps tout en courbes délicieuses et sinueuses.
1. CE QU’IL VEUT.

THOMAS
J'ai voulu la baiser dès que je l'ai vue. Ce petit corps aux courbes exquises moulées dans une robe petit noire
serrée, et ces jolis seins étaient prêts à en sortir. Ses cheveux foncés détachés tombaient sur ses épaules, elle sirotait
une boisson, ses lèvres roses pleines, jolies et boudeuses avaient l’air juste faites pour sucer ma bite.
Je me suis assis au bar et je l'ai observée pendant un moment, attendant le bon moment Elle était à une sorte de
fête, un enterrement de vie de jeune fille à ce que je devinais. Lors de ces fêtes, les femmes sont dans un état second
que je n’étais pas sur de vouloir gérer.
Deux ou trois femmes blondes à l'autre extrémité du bar me regardaient fixement, j'ai essayé de ne pas les
encourager en n’établissant pas le contact visuel. Ce n’était pas facile. Je ne pouvais pas cesser de regarder fixement
cette petite rouquine bien roulée de l'autre côté de la salle. Avec sa robe a juste au-dessous du genou, et quand elle
m’a tourné autour, me donnant une vie imprenable sur son joli petit cul, ma queue est devenue dure.
J'étais tellement hypnotisé que je n'ai pas réalisé que les blondes s’étaient rapprochées.
« Je ne vous connais pas de quelque part ? » elle a essayé. Je suis presque sorti de l’ennui mais c’était trop
grossier, même pour moi.
« J’en doute, » je lui ai répondu, bien qu'il ait été entièrement possible qu'elle m'ait connu de quelque part.
Heureusement je savais que je n’avais probablement pas couché avec elle. Ce n’était pas mon type :
trop blonde, trop maigre, trop comme Barbie ».
« Non, je sais que je vous connais. » Elle a fait signe à son amie, une autre blonde. « Alexa, n'est ce célèbre
avocat Thomas ? »
Apparemment elle n'a pas pensé qu'il aurait semblé plus de raisonnable de me demander si j'étais ce fameux
Thomas. J'ai pris une gorgée de ma boisson et j’ai résisté à la tentation de rouler mes yeux au ciel.
J’observais la bombe de l’autre côté de la salle, elle était seule à une table loin du reste de ses amies.
« Oui ! » a dit l'amie de la blonde. « L'année dernière vous avez donné un discours à ma faculté. J’ai adoré. »
« J’en suis heureux, » j’ai menti. Je m’en foutais si elle avait aimé mon discours ou pas. L’université c’est le
genre de chose que les gens pensent qu’ils ont besoin. Je n’y ai rien appris que je pouvais apprendre par moi-
même.
J’ai fini mon verre et je me suis concentré sur la brunette. Elle s’est tournée vers moi, repoussant ses cheveux de
son visage, et j'ai été encore une fois frappé par sa beauté. Nos regards se sont croisés.
Elle a tourné la tête rapidement, embarrassé.
Je devais l'avoir.
Et puis, juste comme ça, j'ai vu mon ouverture.
Un type assez lourd tentait de la draguer.
La jalousie m'a submergé. Elle était à moi. Et J'allais m'assurer que je l'aurai ce soir.
« Excusez-moi » j'ai dit aux blondes.
Et alors je suis allé réclamer mon prix.

ANNA
J'ai vu l'étranger sexy avant qu'il m'ait vu.
Il se tenait dans un coin du bar, deux belles femmes blondes accrochées à son bras. Une des femmes était collée
à lui et lui chuchotait quelque chose dans son oreille, et quand elle a relevé sa tête et rigolé il a levé les yeux au ciel
et a rencontré mon regard.
J’ai vite détourné le regard, embarrassée qu'il m'ait surprise de le fixer du regard. Les hommes comme lui –
grand, les cheveux foncés, les lèvres pleines, sexy et à la gueule d’ange – ne sont pas intéressé par les femmes
comme moi. En outre, je n'étais pas ici pour rencontrer un homme. J'étais ici pour une fête d’enterrement de vie de
jeune fille.
Ce n’était pas que la fête était quelque chose d’excitant. En règle générale je déteste les fêtes et encore plus les
enterrements de vie de jeune fille. Je trouve que c’est une forme particulièrement honteuse de torture.
Particulièrement une fête où je ne connais personne à part la mariée, qui était une étudiante comme moi de
l’université de droit de Northwestern.
J'ai pensé qu’en venant à cette fête cela pourrait m'aider à rencontrer certains de mes camarades de classe – Julie
semblait connaitre tout le monde de chaque clans -- mais tout jusqu’ici me rappelait combien je déteste me
socialiser. Ah, et cela me fait réaliser que Julie, même si elle était fiancée, adhérait totalement à la théorie que ce qui
se passe à l’enterrement de vie de jeune fille, reste à l’enterrement de vie de jeune fille, parce qu’elle s’était déjà jetée
dans les bras de plusieurs hommes. A ce moment, elle avait arrêté de danser et était assise sur les genoux d’un
homme.
J'ai pris un gorgée de mon verre – une bière anglaise avec du gingembre et de la canneberge, ma boisson
habituelle, parce qu'elle me fait penser que je bois de l'alcool alors que c’en était pas – et cela pouvait faire penser
que j’étais occupée. La dernière chose que je voulais c’était que l'un de ces fêtards vienne essayer de me forcer à
danser.
Et puis, soudainement, il était à côté de moi.
Pas l’étranger sexy que j'avais essayé d'éviter de regarder fixement, mais un autre homme.
Celui-ci était pansu, légèrement chauve, et avait les doigts velus.
« Laissez-moi vous offrir un verre, joli cœur » il susurra. J'ai soupiré. Les hommes comme lui me prennent
toujours pour cible. Ils pensent toujours que puisque j’ai quelques kilos de plus que la moyenne ils auraient plus
de chance avec moi. Ce qu'ils n'ont pas compris c’était que si j’avais quelques kilos supplémentaires, ne signifiait
pas que j’étais désespérée.
Je lui ai répondu poliment « non » en lui montrant mon verre. « J'en ai déjà un. »
Il a froncé les sourcils, comme s’il essayait de résoudre un problème de maths particulièrement difficile.
Puis, pris d’un éclair de génie, il a pris le verre de ma main et l'a renversé sur le plancher. « Et voilà ! » il a
hurlé, fier de lui. « Maintenant vous avez besoin d’un autre. »
J'étais choquée, je n'étais pas sûr de ce qui était la réponse appropriée. L'homme s'est penché sur moi et a lancé
son bras sur mon épaule. « Venez. » a-t-il dit, dans un souffle chargé d’alcool et d’ail. « On va t’acheter un autre
verre.»
« Laissez la tranquille. » quelqu'un a grogné, et avant que j'aie su ce qui se produisait, l'homme sexy de l'autre
côté du bar avait saisi le col de la chemise de l'homme et l'avait repoussé.
« Hé ! » l'homme a protesté. Il a trébuché sur quelques pas, renversant presque la table derrière nous, il a alors
réajusté sa veste. « Diable qu’est-ce que vous pensez faire ? »
Mais mon chevalier dans son armure brillante lui a répondu d’un regard menaçant, et l’homme repoussant
s’est détourné pour revenir dans son groupe d'amis.
« Vous allez bien ? » l'étranger magnifique m’a demandé. De près il était aussi sexy que de loin, mais
semblait moins poli que la première fois que je le regardais. Il portait un costume cher, mais sa chemise
blanche était déboutonnée, comme s’il avait passé la journée dans des combats au lieu d’avoir passé la journée
derrière un bureau.
« Je vais très bien. » Ma gorge était sèche. Cet homme était grand - grand, au 1 mètre 90, avec de larges
épaules et de gigantesques mains. La plupart des hommes me font sentir grande et pataude quand je suis à coté
d’eux, mais cet homme me faisait sentir minuscule. Je l'ai imaginé me saisir avec ces grandes mains à lui, et la
chaleur a inondé mon ventre.
« Qu’est-ce que vous buviez ? »
J'étais trop embarrassé pour lui dire que je buvais de la bière anglaise à la canneberge et au gingembre.
« Hm, vodka et canneberge. »
Il a froncé les sourcils, comme si ceci était inacceptable. Il a levé sa main et a fait signe à la serveuse. Sa manche
a glissé en arrière pour un instant, révélant une belle montre argentée et un avant-bras fort. Pas que j'ai été étonné
- Julie avait choisi ce bar précisément parce qu’il est censé concentrer toute la sophistication des alentours.
Mais elle avait dû se tromper quelque part, parce que quoique la clientèle ait semblé sophistiquée- la plupart
du temps de jeunes professionnels, qui sortaient le vendredi, et étaient déjà ivres pour la plupart. Non cet
homme, était en pleine possession de ses moyens et semblait contrôler son environnement.
La serveuse est apparue comme si elle était sortie de nulle part. « Qu’est-ce que vous prendrez ? »
« Deux Manhattan, » l'homme a répliqué. Il a placé son verre vide dans le plateau de la serveuse. Je ne
savais pas ce qu'était un Manhattan, mais j'étais assez sûre qu’il y avait du whiskey dedans. Le whisky est
dangereux et effrayant, le genre de chose que vous ne devriez pas boire à moins que vous ayez un palais
développé et une tolérance élevée pour l'alcool.
« Oh, non » j'ai essayé. « Je prendrai juste … »
Mais l'étranger a renvoyé la serveuse d’un geste de la main avant que j’ai pu finir.
Il s’est tourné vers moi et m'a souri. « Il est bon d'essayer de nouvelles choses. »
« J'essaye de nouvelles choses. » Ma tonalité était plus défensive que je l’aurais voulu, je ne suis pas une
personne aventureuse et la seule chose d’un peu aventureux que j’ai fait a été de prendre un cours de yoga.
Mais cet homme ne pouvait pas le savoir. Il ne savait rien de moi. Mais il m'examinait avec une certaine
connaissance, comme s’il pouvait dire que j’étais le genre de personne qui n'a pas essayé de nouvelles choses
depuis longtemps.
Les yeux de l'homme ont remonté vers le haut de mon corps, comme s’il essayait de décider ce que, si l'on
peut dire, il devrait faire avec moi. Immédiatement, je me suis senti timide, et je me suis décollé sur ma chaise.
« Vous êtes seule ici ? » a-t-il demandé.
« Non » ai-je répondu dans un souffle. « Enterrement de vie de jeune fille ».
« Amusant » a-t-il dit, comme s’il y croyait. Il a fait un geste vers le bracelet de sucrerie que je portais, encore
une des idées lumineuses de Julie. « Qu’est-ce que cela? »
« Oh » j'ai dit, « C'est un peu un signe de reconnaissance, vous savez, pour la fête. » J'ai montré d’un geste la
piste de danse, où la plupart des invités de la fête dansaient n’importe comment dans un une folie désordonnée
due à l’alcool. Les hommes, sentant qu’ils avaient leur chance, avaient sauté dans le tas, créant une tache floue et
colorée de corps en sueur.
Mon compagnon ne s'est pas même tourné vers le regard « et ? »
« Et quoi ? »
« Et qu’est-ce que vous êtes censée faire avec ça ? »
Il a atteint passé sa main sous le bracelet. Ses doigts sur ma peau ont provoqué une étincelle électrique le long
de ma colonne vertébrale. Il a tiré sur le bracelet et l’a lâché, le bracelet a frappé mon poignet.
« C’est trop embarrassant pour en parler »
« Essayez. »
La serveuse est revenu avec nos boissons, et l'homme les a saisies sur le plateau dans un mouvement fluide et
m'a tendu la mienne. J'ai hésité. Habituellement je ne bois pas et je viens d’avoir 21 ans.
« Bien, » j'ai dit, en prenant le verre qu'il m’offrait. « Nous sommes censés faire croquer différents hommes à
mordre une des sucreries et puis nous les faisons signer nos bras. »
Il a ri. « C’est la chose la plus stupide que j'ai jamais entendu. »
« Je sais. » J'ai gesticulé. « Mais comment aurais-je pu refuser ? Tout le monde le fait. »
« Vous faites toujours des choses juste parce que tout le monde les fait ? » Un bref regard amusé a parcouru
son visage, comme s’il ne pouvait pas imaginer faire quelque chose juste parce que tout le monde le fait. Alors il
a pris mon bras et l'a fait tourner pour inspecter mon poignet. « Vous n'avez aucune signature. » Son doigt a glissé
au-dessus du point où l’on peut sentir le pouls, puis est remonté à mon coude et il l’a enlevé. Ses mains n’étaient
pas celles que j’imaginais pour quelqu’un qui portait une montre aussi chère. Son doigt trahissait autre chose, un
dur passé ou le travail manuel. Elles étaient viriles et légèrement rugueuses, pas de la sorte d’un homme qui passe
sa vie à pianoter sur son clavier et son iPhone.
J'ai pris une gorgée de ma boisson. Il y avait certainement du whisky. Ou, au moins, il y avait ce que je pensais
reconnaitre du whisky. Je n’avais jamais bu de whisky avant. La gorgée m’a brulée la gorge. Mais j’étais heureux
de la sensation. La sensation m’a ancrée dans le moment que nous vivions.
L'étranger a pris encore une fois mon bras, la fait doucement tourner dans sa main avant de le porter à sa
bouche. Alors il a pris une des sucreries de mon bracelet entre ses lèvres. Elles étaient chaudes et douces, j'ai senti
la chiquenaude rapide de sa langue contre ma peau pendant qu'il prenait la sucrerie dans sa bouche.
Puis, d’un mouvement, il a pris le stylo que la serveuse avait laissé sur notre table et il a marqué un grand X sur
mon bras. C’était comme s’il me marquait, comme si je devenais sa propriété, cette pensée m’a traversé l’esprit et
m’a laissé pantoise.
« Voilà. » il a dit.
« Vous êtes censé signer de votre nom. »
« Mais cela ruinerait le mystère. » Il a grimacé, et je me suis senti fondre. Je n'avais jamais compris comment les
femmes pouvaient finir avec des types qu'elles avaient rencontrés dans les bars, mais j'ai été choqué de me rendre
compte que si cet homme m'avait demandé de rentrer avec lui à ce moment, je l'aurais fait.
« Anna ! Qu’est-ce que tu fais ici toute seule ? » La voix de Julie perçait la foule, et alors elle est apparue à
notre table. La robe sans bretelles qu'elle portait commençait à tomber et on pouvait voir le contour de son
soutien-gorge sans bretelles. Julie a un grand corps - taille minuscule, longues jambes, parfaitement
proportionnées - mais d’une façon ou d'une autre, ses vêtements n'ont jamais semblé tout à fait être taillés pour
elle.
« Oh, » elle a dit quand elle a vu l'homme se tenir à côté de moi. « Je n'ai pas réalisé que tu avais de la
compagnie. » Elle a touché son épaule. « Je suis Julie. »
J'ai pris une autre gorgée de ma boisson pendant que la déception parcourait mon corps. Maintenant que
Julie était ici, je serais laissée dans la poussière. Je savais que c’était ridicule – après tout je venais juste de
rencontrer cet homme. Et pour être parfaitement honnête, je n'avais pas le temps pour une relation sérieuse ou
même une histoire d’un soir. J'étais dans ma première année d'école de droit, et c’était exigeant et complétement
dingue - j'ai aimé chaque minute passée avec lui, mais je n’avais vraiment pas le temps pour avoir une vie
personnelle.
« J’allais partir » l'homme a dit. Il ne s’est même pas présenté. En fait, il n'a pas vraiment regardé Julie
indisposent. Il a juste fini le reste de son verre, puis s’est retourné vers les blondes qui l’avaient patiemment
attendu.
« Quel abruti, » Julie a dit, évidemment offensé par le fait que l'homme n'était pas tombé sous son charme.
Elle a regardé ma boisson et avait l’air indisposée par l’odeur. « Qu’est-ce que tu bois ? Du Whisky ? »
« Oui, » j'ai répondu d'un air provoquant, et j’ai pris une autre gorge, bien que ma gorge brûle encore depuis la
dernière fois.
« Bien, suis moi, tu dois danser. »
Elle a saisi mon bras et m'a tiré sur la piste de danse, où j'ai passé l’heure suivante à danser et à ne pas avoir
l’air de chercher du regard l’homme qui avait dessiné un X sur mon bras. Mais je ne l'ai pas revu. Il avait dû
quitter le bar quand Julie nous a interrompus.
En conclusion, vers neuf heures, j'ai décidé que j'en avais eu assez.
J'ai dit à tout le monde que je devais me lever tôt le lendemain, ce qui n’était pas un mensonge. La
bibliothèque m'attendait.
« Tu es sure ? » a demandé Kristin. Elle était ivre et avalait ses mots. « Tu devrais venir avec nous au
prochain bar. » Elle s'est tournée vers Julie. « Julie, nous allons au prochain bar, non ? »
« Oui, dans juste une minute, » Julie a répondu. Elle avait trouvé un homme avec un crâne rasé qui avait mangé
une sucrerie de son bracelet et avait décidé de signer son décollette au lieu de son bras.
J'ai dit au revoir et je me suis échappé du bar.
Une fois dans la rue, j'ai poussé un soupir de soulagement. Je n'étais pas en particulier fan de ces personnes, et
j'avais toujours eu du mal à participer à ces petites fêtes. Une fois que vous avez demandé à quelqu'un ce qu'ils
font comme travail et où ils vivent, qu’est-ce que vous êtes censé demander ? Il n’y avait plus rien à dire. Je
préfère les plus petits groupes, où les gens étaient un peu plus ouverts.
La ville semblait vivante, pleine de gens dans les bars ou en train de flâner dans la rue, appréciant la douceur
de la nuit. La rue était si pleine, que je n’ai pas tout de suite réalisé que quelqu'un marchait à côté de moi. J'ai
activé le rythme, mais il a accéléré aussi. J'ai jeté un coup d'œil rapide, pensant que c’était un SDF ou un fêtard
ivre qui voulait engager la conversation.
D’un coup j’ai senti mon estomac se contracter et mon cœur sauter dans ma gorge. C'était l'étranger du
bar. M.X.
« Bonjour. » il a dit. Sa voix était douce, mais elle avait l’air légèrement enrouée, ce que je n’avais pas
remarqué avant.
« Salut. » j'ai dit. J'ai avalé ma salive. Une partie de moi était soumise et effrayait. Évidemment cet homme
avait attendu devant le bar que je parte. L’autre partie de moi était remplie d'excitation.
« Vous n’avez pas envie de continuer la fête ? » M.X m'a demandé gaiement.
« Humm, non je dois me lever tôt demain. »
« Un samedi ? » Il semblait surpris, ce qui n’était pas logique, vu la façon dont il était habillé. Je supposais qu’il
était avocat ou qu’il travaillait dans la finance. Il ne devrait pas être étonné par le fait que je devais travailler un
samedi.
« Oui. »
Mon plan original avait été de prendre un taxi pour rentrer à mon appartement. Mon petit studio était quinze
blocs plus loin, et je n'étais pas d'humeur à marcher aussi longtemps, même si la nuit était chaude. Mes pieds me
faisaient mal à cause des talons que j’avais mis. Mais maintenant que cet homme était près de moi, je ne voulais pas
que ça finisse. J'étais disposé à continuer de marcher si cela pouvait faire durer notre conversation.
Nous avons tourné au carrefour dans une petite rue, et la foule a commencé à être moins dense. Il n'y avait
aucun bar ou restaurant dans cette rue, et la plupart des magasins étaient fermés.
Une seconde plus tard, l'homme a saisi ma main et m'a tiré dans un espace entre les bâtiments.
« Qu’est-ce que vous faites ? » J'ai demandé pendant qu'il poussait son corps contre le mien. J’ai essayé de le
repousser, mais il était trop fort, son torse était puissant. Mes nerfs étaient à fleur de peau, chacun de mes sens en
alerte pendant que je respirais son parfum, un mélange grisant d’alcool et de parfum musqué.
Il n'a pas répondu, il a juste fait une grimace diabolique avant de faire quelques pas en arrière. « Si vous
voulez partir, vous pouvez. » Le ton de sa voix indiquait qu’il avait compris que je n’étais pas prête à
faire n’importe quoi.
J’avais le souffle court.
Il a léché ses lèvres lentement et alors son regard fixe a détaillé mon corps, comme s’il essayait de décider
quoi faire de moi.
Il n’a pas bougé pour ce qui a semblé durer une éternité. Nous nous tenions juste là fixés l’un sur l’autre. Il
prenait son temps, je pourrais dire, attendant que je parte. Mon esprit me criait de bouger, de partir en courant.
Mais mon corps criait l'opposé. Mais j’étais comme figée. Et après quelques instants qui m’ont semblé
durer une éternité, il a fait un pas vers moi.
Il a saisi mes épaules et a fait glisser ses mains sur mes bras jusqu’au X qu’il avait dessiné là plus tôt dans la soirée.
Il a souri de satisfaction avant de relever les yeux et rencontrer mon regard.
« Maintenant. » a-t-il dit avec sa voix râpeuse. « Vous êtes mienne. »
Et l’instant suivant ses lèvres étaient sur les miennes. Je n’avais jamais éprouvé cela avec n’importe quel baiser
que j’ai pu échanger dans ma vie. Il avait un goût de menthe et d'alcool. Ses lèvres étaient tendres mais sa peau était
un peu rêche et rugueuse. La différence de sensations a provoqué une sensation de chaleur dans tout mon corps.
Mes mamelons se sont tendus et il a pressé son corps contre le mien, lançant sa langue à l’assaut de ma bouche.
Il a saisi ma main, et a tiré mon bras droit haut au-dessus de ma tête. Puis Il a répété cette manœuvre avec mon
bras gauche, jusqu'à ce que mes deux mains soient au-dessus de ma tête et contre le mur du bâtiment derrière moi.
Il m'a tenu là avec une main, et a utilisé son autre main pour baisser le dessus de ma robe, puis a grimacé
diaboliquement pendant qu'il tirait mon soutien-gorge vers le bas. Mes mamelons étaient bien tendus car le fond
de l’air était un peu froid. Je me mordillais la lèvre
Une partie de moi savait que c'était mal, et mon cerveau me criait d’'arrêter, de courir, de fuir de là. Mais mon corps
était en feu. Je n'avais jamais voulu quelqu'un autant que lui à cet instant.
Il a effleuré du doigt mon mamelon, et j'ai gémi. « Shhhh. » il a commandé, déplaçant son doigt sur
mes lèvres. « Restez tranquille. »
J'avais peur que si je faisais un autre bruit, il partirait, ainsi je me suis mordu ma lèvre pour éviter
de gémir encore une fois.
Il a fait une pause pendant un instant, et puis m'a retourné de sorte que je sois face au bâtiment. Il
m'a poussé vers contre le mur, ma joue frappant la brique brute.
Mes mains étaient toujours au-dessus de ma tête, et il a saisi le bracelet de sucrerie autour de mon
poignet. Il a tiré la bande élastique jusqu’à en faire une forme en huit, et a glissé l'autre boucle autour de
mon autre poignet, attachant mes mains ensemble.
Il tirait sur l'élastique, pour m’immobiliser.
Son autre main est descendue et à remonté ma robe, puis je l’ai senti écarter ma culotte.
« Mon Dieu. » j'ai haleté sans que je puisse m’en empêcher.
Sa main a saisi mon monticule, et alors il a glissé un doigt à l'intérieur de moi. « Vous êtes humide
pour moi. Vous avez été humide pour moi depuis que j'ai dessiné ce X sur vous, n’est-ce pas ? »
Personne ne m'avait jamais parlé comme cela avant. Il était passionnant et effrayant en même temps. Il
a tiré corde autour de mes poignets pour la serrer encore plus. « Ne l'étiez-vous pas ? »
« Oui, » j'ai répondu.
« Oui quoi ? »
« Oui, j'étais humide pour vous depuis que vous avez dessiné sur mon bras au bar. »
Sa bouche était contre mon oreille, et le chatouillement délicieux de son souffle me faisait frissonner. Il a défait
son pantalon, et son membre s’est soulevé contre moi. Il était dur et semblait énorme. Mon cœur a accéléré à la
pensée que peut-être je ne pourrais pas le prendre en entier.
« Je vais vous baiser maintenant. » il a respiré dans mon oreille. Et alors il était à l'intérieur de moi, me
remplissant d'un coup. Il y a eu un bref flash de douleur, mais j'étais si humide, ainsi allumée, qu'il a seulement
duré un instant avant que je ne commence à sentir le plaisir. J'ai essayé de le repousser, pour le prendre à
l'intérieur de moi pour le prendre mieux, mais il a saisi le bracelet et a tiré mes bras, poussant son corps contre
le mien, me faisant savoir que c’était lui qui menait nos ébats.
Il me baisait durement, dedans et dehors, plus rapidement et de plus en plus rapidement, me donnant son chibre
en entier, de plus en plus, jusqu'à ce que mon corps soit en feu.
« Jouis pour moi. » il a commandé, et a peine avait-il prononcé ces mots que je jouissais, gémissant de plaisir.
Il continuait de me pistonner, je le sentais en moi.
Il m’a gardé plaquée contre le mur pendant un moment avant de lâcher mes mains. Il y avait des
marques où l'élastique du bracelet avait entaillé ma peau. Mon souffle était court, mon cœur battait si
rapidement et si fort que je pouvais sentir le sang se ruer dans mon corps.
Tous mes sens étaient en alerte, tellement intensément stimulée que cela en était presque
insoutenable.
M.X a poussé mes cheveux sur le côté et m'a embrassé doucement sur le dos et le cou.
« Comment vous appelez vous ? » il a chuchoté.
« Anna » j'ai dit. « Anna Holloway. »
« Anna Holloway » il a répété mon nom et mon prénom, qui avait toujours semblé démodé et
plat, mais qui semblait maintenant sexy et dangereux.
Une seconde plus tard, il n’était plus là.

***
Je pouvais encore sentir ses lèvres sur mon dos et mon cou pendant que je marchais vers le
souterrain. L'air semblait soudainement plus froid pendant que je marchais sur la plate-forme.
La foule était de nouveau dense, les gens étaient tout autour de moi, parlant et riant, la plupart d'entre eux
étaient habillé pour aller faire la fête.
Mais je ne pouvais penser qu’à son visage.
Mon visage rougissait, pendant que je pensais à lui et à ce qu’il m’avait fait. Je me suis demandé ce que
chacun aurait pensé si ils avaient su que j’avais laissé un étranger me prendre dans un lui sordide. Ca semblait si
mal, si sale et tellement pas moi, de ce que j’étais capable de faire habituellement. Ce n'était même pas un coup
d’un soir ! Un coup d’un soir aurait dû prendre toute une nuit.
Quand je suis arrivé à la maison, j'ai fait une pause devant ma porte d'appartement et ai dit une prière rapide que
ma colocatrice ne soit pas à la maison. Nicole était une actrice et une danseuse, et il n'était pas inhabituel qu'elle
passe la nuit dehors. Elle et ses amis du théâtre aiment dormir toute la journée et rester dehors toute la nuit.
Ses habitudes de vie m’allaient parfaitement. J'aimais bien avoir l'appartement pour moi, je n’aimais pas lutter
pour la salle de bains ou m’inquiéter du bruit quand j'essayais de m’endormir. J’ai eu de la chance quand j'ai
trouvé cet appartement - beaucoup de mes camarades de classe de l'école de droit avaient fini dans des colocations
avec quatre colocataires ou plus, ou alors avec un appartement dans une mauvaise partie de ville. Mon
appartement était minuscule, mais il était propre et il était proche du campus.
J'ai chauffé quelques nouilles chinoises et je les ai mangées devant la TV, essayant de me concentrer sur un épisode
de Bill Maher. Mais je pouvais toujours penser à lui, à ce que j'avais fait, ses mains sur moi, la manière qu'il
m'avait hypnotisé. J'ai pris une douche mais j’ai veillé à ne pas enlever le X mon poignet. C'était le seul souvenir
que j'avais de lui. Je savais que c’était idiot, mais je voulais le garder.
Il était de minuit quand je me suis mise au lit, j'ai ressassé ce qu’il s’était passé pendant un moment jusqu’à
ce que je sombre dans un sommeil agité. Mon téléphone portable m'a réveillé quelques heures plus tard.
J'ai cherché à tâtons mon téléphone, le cœur lourd. Il y avait seulement deux personnes qui appelleraient à ce
moment de la nuit : ma maman, ou Josh.
C'était Josh.
« Allo, c’est Worthington. » il a dit. « Mon bureau. Ca semble énorme. » « Je serai là. »

***

Trente minutes plus tard, à 3h30 du matin, je me précipitais dans les escaliers de Hinton Hall, me dirigeant
vers le bureau du professeur Worthington's.
Quand j'y suis arrivé, Josh se reposait sur un des bancs en bois qui décoraient le vestibule.
« Jolie » il a commenté.
J'étais habillée d’une jupe crayon noire et d’un chemisier blanc en soie. Worthington était un peu sexiste, et si
vous vouliez avancer et obtenir de bonnes notes, si vous étiez une femme, vous deviez travailler plus dur. Ce qui
signifiait que vous ne pouviez pas refuser un travail, même à 3h30 du matin.
« Qu’est-ce qu’il se passe ? » J'ai demandé, ignorant son commentaire. « C’est arrivé dans la nuit avant que
je ne vous appelle. »
J'ai incliné la tête.
Worthington nous a enseigné l’introduction au droit pénal, mais c’était avant tout un avocat renommé. Parfois
il employait des étudiants en droit pour faire des recherches ou pour dégrossir le travail sur certaines affaires.
L'expérience est irremplaçable. Il était notoire que Worthington acceptait l’aide d’étudiants et avait sa propre
politique de sélection qui ne semblait pas basée sur le mérite des étudiants.
Ainsi Josh et moi avions souvent fait le sitting du hall d’entrée de Hinton, où Worthington avait son bureau.
Nous étudions et espérions que Worthington vienne nous donner quelque chose à faire.
« Était-il … »
La porte au bureau de Worthington s’est ouverte en grand.
Il se tenait dans l’encadrement de la porte, avec un sourire tordu sur son visage. « Vous deux » il a dit en nous
pointant de son index « J'ai besoin de vous tous les deux. »
« Oui, monsieur » j'ai dit.
Mon cœur a accéléré et mes paumes sont devenues moites. Après quelques semaines d’école de droit,
j’allais enfin avoir un peu d’action. J’ai sorti un cahier et j’étais prête à prendre des notes.
« Il y a eu un meurtre » Worthington a indiqué.
Il a fini son café puis a écrasé la tasse vide du Starbucks dans sa main et l'a jetée en l'air vers la poubelle dans
le vestibule. Il a rebondi dessus pour finir sur le plancher.
« Nous avons un client, important. Il n'a pas encore été arrêté, mais pour des raisons que je ne peux pas
évoquer, il va être un suspect. » Il nous a regardé fixement tous les deux, et je me suis forcé à ne pas bouger.
Worthington était un avocat d'homme à succès - le genre d'avocat qui a facturé des centaines de milliers de
dollars d’honoraires. Quoi que ce cas puisse être, ça devait être important.
« Le client est une personnalité » Worthington a continué. « Il a insisté sur qui allait travailler pour lui. » Il
nous a regardés encore une fois, de son regard fixe glacial. « Naturellement je pourrais avoir des personnes de
mon bureau sur ceci. Mais ils sont déjà bien occupés et nous allons avoir besoin de toute l'aide que nous pouvons
obtenir. Mais d’abord je dois m’assurer de votre discrétion. »
« Naturellement » Josh et moi avons répondu.
Le « célèbre avocat Thomas Dorsk » Worthington a indiqué, « c’est le client. »
Je me suis forcé à ne pas avoir une réaction. Mais naturellement je savais qui était ce Thomas. C’était un
avocat, mais pas de la sorte que vous pouviez trouver dans les pages jaunes. C’était un certain genre d'avocat - le
genre d'avocat que vous appeliez quand vous aviez de gros ennuis, le genre d'avocat sur lequel vous pouviez
compter pour prendre soin de choses pour vous, à différents niveaux.
Les rumeurs étaient nombreuses à son sujet, qu’il n’avait pas peur de violer les lois et qu’il allait être radié du
barreau. Il prenait des paiements louches et couchait avec tout le monde. Il était constamment accusé d’outrage à
la cour. Mais il n’était pas répugnant, c’était une légende.
« Pourquoi n’emploie-t-il pas des personnes de son propre cabinet ? » Josh a demandé.
Il a été récompensé par un regard de noire de Worthington, qui aurait pu consumer sur place n’importe qui.
« C'est un conflit d'intérêt » Worthington lui a répondu. « Son bureau ne peut pas s'occuper de ses affaires. » Il a
soupiré. « Écoutez-vous deux, moins vous connaissez les détails, mieux c’est. Je n’ai pas besoin que vous posiez
tout un tas de questions bêtes. »
« Qu’attendez-vous de nous ? » J'ai demandé. Il n'y avait pas moyen que je laisse Josh marquer des points.
« Pour le moment, je vais avoir besoin de vous pour aller au bureau de M. Dorsk dans le Midtown et pour le
rencontrer. Il veut rencontrer chacun de vous pour s'assurer qu'il peut travailler avec vous. »
« Maintenant ? » Josh a demandé.
« Oui, maintenant. » Worthington lui a-t-il répondu, secouant sa tête comme s’il ne pouvait pas croire une
telle stupidité. « Je vous sms l'adresse. »

***

Dix minutes plus tard, Josh et moi étions à l’arrière d'une voiture noire de ville, en direction de Midtown. Josh
était sur son iPad, prenant des notes et surlignant des articles. Il ne partageait rien avec moi. Josh et moi n'étaient
pas exactement des amis proches. En fait, nous n'étions pas vraiment des amis, seulement de vagues connaissances.
Nous avions un arrangement. Une fois que nous avions réalisé que nous passions tous les deux notre temps dans
l'entrée de Hinton, nous avions convenu d’un arrangement. Si l'un ou l'autre voyait quelque chose à propos de
Worthington, nous devions appeler l'autre.
C’était sympa de la part de Josh de m'appeler ce soir. Il aurait pu ignorer notre accord et garder l’info pour lui.
Mais maintenant qu’il l’avait fait, c’était chacun pour soi.
Ce qui voulait dire que je devais en apprendre le plus possible sur ce Thomas Dorsk.
J'ai regardé sa bio sur Wikipedia.
Pas beaucoup au sujet de sa jeunesse, sauf qu’il a grandi à Camden dans le New Jersey. D’une mère
célibataire. Il a obtenu une bourse à Rutgers, puis a fait l’école de droit de Harvard. Il a créé sa propre
société dès qu'il a obtenu son diplôme, bien qu’il ait reçu de nombreuses offres de cabinets d’avocats
prestigieux.
J'ai fait descendre l'écran, prenant mentalement des notes, me demandant à quoi il ressemblait, s’il allait
me passer sur le grill et me poser des questions stupides comme « combien y a-t-il d'autobus aux Etats-Unis
? » Les recruteurs aiment poser ce genre de questions. Ils disent que c’est pour voir notre façon de réfléchir,
mais je suspecte que c’était juste pour nous torturer.
J'ai fait défiler l'écran vers le bas.
Et alors j'ai haleté.
Fort.
Il y avait une image de lui sur la page de Wikipedia.
Je l'ai identifié immédiatement. Les yeux bleus, les cheveux foncés, le regard intense, le petit sourire comme si
quelque chose l’amusait.
Thomas Dorsk était M.X.

***

Je voulais partir. Je ne voulais pas y aller, je ne voulais pas être en tête à tête avec lui. Comment est-ce que j'ai
osé ?
« Est-ce que tu viens ? » Josh a demandé. Il se tenait devant le bâtiment, m'attendant. J'ai jeté un coup d'œil vers
le haut. Le bâtiment était plongé dans le noir excepté une lumière dans une des fenêtres au dixième étage. J'ai
imaginé Thomas Dorsk dedans, attendant ces deux étudiants en droit stupides venir à sa rencontre. Que ferait-il
quand il aura réalisé qu'il avait couché avec l’une de ces personnes quelques heures plus tôt ?
J'ai devais trouver une excuse. Je devais dire que j'étais malade, vraiment malade, que j'allais vomir ou
m'évanouir ou avoir un genre d'attaque de panique. Mais ce serait suicide pour ma carrière naissante. C'était ma
chance de marquer l’esprit de Worthington, pour me donner plus de chances à l’école de droit.
J’ai redressé mes épaules et j’ai suivi Josh dans le bâtiment.
Nous sommes restés en silence dans l'ascenseur.
Mon estomac était tellement contacté que j’étais presque obligée de me courber en deux pour supporter la
douleur. Nous avons fait un pas sur la moquette rouge et le sol a semblé se dérober sous moi.
« Whoa » Josh a dit, en saisissant mon coude. « Tu vas bien ? »
« Je vais très bien. »
Je me suis forcé à avancer.
Il y avait une réceptionniste assise derrière un bureau, une belle fille avec les cheveux foncés et brillants tombant
en un rideau parfait dans son dos. Je me suis demandé ce qu'elle a pensé quand elle a été appelée au travail à trois le
matin, si elle savait que son patron était un suspect dans un meurtre.
Un meurtre ! L'homme avec qui j’ai couché pouvait être un meurtrier. Mes jambes sont devenues faibles et je
me suis assis dans une des chaises en cuir de la zone d'accueil sans savoir si je le pouvais.
Avec reconnaissance, Josh a été appelé en premier.
Il est sorti dix minutes plus tard, avec un énorme sourire et les pouces en l’air. C'était bon signe. Si Josh revenait
tellement rapidement et si heureux, cela devait signifier que Thomas Dorsk ne devait pas être si impressionnant.
« Anna ? » la réceptionniste a demandé. « Vous pouvez entrer maintenant. »
Je me suis levée et j’ai marché vers le vestibule. A l’extrémité du hall, une lumière intense brillait par la
porte ouverte. Je me suis forcée à marcher dans cette direction. Quand je suis arrivé dans le bureau de
Thomas Dorsk, il était assis à son bureau. Son bureau était énorme et fait en merisier. Je me suis attendu à ce
qu'il soit dans une certaine frénésie, à revoir des papiers ou à passer des appels de téléphoniques - le chaos
normal que vous pouviez prévoir de la part de quelqu'un qui était sur le point d’être inculpé pour meurtre. Mais
peut être que le professeur Worthington avait exagéré le sérieux de la situation, ou alors Thomas Dorsk avait
des nerfs d'acier.
« Entrez » a-t-il dit, en ondulant sa main vers moi.
J'ai marché lentement vers son bureau, veillant à placer mes pieds soigneusement et à faire de petits pas. La
dernière chose que je voulais c’était de trébucher devant Thomas Dorsk.
« Votre nom ? » a-t-il demandé. Il s'est penché en arrière dans sa chaise et a plié ses mains devant lui. Je l'ai
regardé fixement. Allait-il vraiment feindre qu'il n'avait pas eu de rapport sexuel avec moi il y a quelques heures ?
J'ai dégagé ma gorge. « M. Dorsk, je pense que nous… Je veux juste que vous sachiez que… »
« Quoi ? Quel est votre nom ? »
« Anna. » J'étais stupéfaite. Vraiment il ne se rappelait pas ? Ou jouait-il avec moi ? J'ai eu un flash de la façon dont il
chuchotait dans mon oreille, quand il me demandait quel était mon nom avant qu’il ne disparaisse. Je me rappelais
de la manière qu'il m’avait pénétré, de la façon dont il allait et venait en moi, du rythme de ses hanches pendant
qu'il me baisait. Mon visage était brulant.
« Bien, Anna, » il a dit. « Je suis sûr que Worthington vous a donné des instructions sur mon cas ? »
« Non. Je veux dire, il nous a juste dit que vous pourriez être inculpé du meurtre. » Peut-être il allait juste
feindre que rien ne s’était jamais produit entre nous. Ce qui, honnêtement, serait un soulagement.
La pensée de l'accusation pour meurtre a semblé l'amuser. « Oui. ». Il a incliné la tête. « Et je peux compter
sur votre discrétion complète en ce qui concerne cette problématique ? »
« Oui. Oui, naturellement. »
« Bon. » Il a incliné la tête. Alors il s'est levé et a fait le tour de son bureau. Il s'est assis sur le bord de sorte
qu'il était à quelques centimètres d’où j’étais assise. Il n'a rien dit pendant un instant. Je fixais du regard le
plancher et je tordais mes mains. « Cesse de t’agiter » il a commandé. Mes mains se sont arrêtées
instantanément. « Regardez-moi dans les yeux. »
Je l'ai regardé. Un frisson électrique m’a traversé instantanément et m’a coupé le souffle. Sa proximité
m’enivrait. Je pouvais encore sentir ses mains sur moi, sa bite à l'intérieur de moi, ses doigts, sa bouche, sa
présence, sa dominance.
« Je peux être sûr de votre discrétion ? » il a répété encore.
« Oui. » J'ai incliné la tête.
« Dans tous les domaines ? »
« Naturellement. » S'il parlait de ce qui s'était produit dans la ruelle, il ne devait pas s’inquiète que je dise
quelque chose. Il n'y avait aucune possibilité que j'admette cela à n'importe qui.
« Bon. » Il a avancé son bras et a pris ma main, il l’a tourné pour inspecter mon poignet. Le X était toujours
là.
J'ai essayé de retirer ma main, mais il a serré un peu plus fort, m’empêchant de la retirer.
« Vous avez laissé le X » il a dit.
« Je n'ai pas eu le temps de l’effacer. » Il traçait avec son pouce un cercle juste au-dessus de l’endroit
où l’on pouvait sentir le pouls. J’étais effrayée qu’il puisse sentir à quel point mon cœur battait
rapidement.
Il a levé son regard vers le mien, me regardant par-dessus.
« Vous êtes toujours à moi. »
« Oh. » J'ai essayé de retirer mon poignet, et cette fois, il m’a laissé faire
« Je… »
« Levez-vous s’il vous plait » il a ordonné.
C’était automatique. Je me suis levé. Il m'a regardé de haut en bas, le regard orageux comme si j’avais fait
quelque chose qui lui avait déplu.
Et même si cela n’avait aucun sens, même si ce n’était pas raisonnable, que je le connaissais à peine, à ce moment-
là, tout ce que je voulais était d’être avec lui.
« Penchez vous » il a dit.
« Pardon ? » ai-je répondu un peu surprise.
Il s'est levé du bureau et a commencé à relever ses manches. « Penchez vous sur le bureau. » il
a dit.
La crainte et l'excitation ont palpité en moi. Allait-il me baiser encore ? J’en avais très envie. Mon
corps était déjà prêt, mes mamelons durs, ma culotte commençait à devenir humide. Mais si je le baisais,
il ne serait pas possible que je travaille avec lui.
« M. Dorsk, » j'ai dit. « Je ne fais pas… ça ne serait pas approprié. »
« Maintenant vous vous inquiétez de ce qui est approprié ou non, Mme Holloway ? » il a demandé.
Il s'est déplacé près de moi, si près que je pouvais sentir son souffle sur ma joue. « Après ce que nous avons
fait plus tôt ? »
« C’était… c'était différent. » Ma résolution fondait, et j'ai essayé de reculer d’un pas. Il portait le
même parfum cher et épicé.
« Comment ? »
« C’était avant que je travaille pour vous. »
« Vous ne travaillez pas pour moi encore, » il a dit simplement. « Je dois encore appeler Worthington pour
lui dire si je peux travailler avec vous. »
J'ai regardé fixement, choquée. Disait-il sérieusement que si je ne couchais pas avec lui, si je ne le laissais pas
me prendre sur le bureau, il n'allait pas m'engager ? J'avais entendu parler que ce genre de chose se produisaient.
J’étais décidé de ne pas le faire, même si cela signifiait que ma carrière dans le droit était terminée. J'ai mes
limites. Et même si j’avais envie de lui plus que tout, je ne voulais pas faire en sorte que mon job dépende d’une
partie de jambe en l’air.
« Je ne travaillerai pas pour vous, M. Dorsk, » j'ai dit, en redressant mes épaules. « Merci de votre
considération. Bonne chance avec votre affaire. »
J'ai tourné les talons et j’ai marché hors de son bureau, des larmes d'humiliation me brûlait les yeux.
Quand je suis arrivé à la zone d’accueil, Josh était parti et la réceptionniste n'était plus à son bureau.
Peut-être Josh était en bas. Mais quand je suis arrivée dehors, il n'y avait aucun signe de lui. Et aucun signe de la
voiture qui nous avait amenés ici.
Génial.
Pendant que je commençais à balayer la rue pour un taxi, mon téléphone portable a sonné.
« Anna » a dit la voix à l’autre bout du fil. « C’est Worthington. »
« Professeur » j'ai dit, luttant pour maintenir ma voix. « Je suis désolé. Je n'essayais pas … »
« Je ne sais pas ce que vous avez dit à M. Dorsk, mais il est ravi. Il vous veut sur le cas. »
« Oh. » J'ai avalé. Est-ce qu’il avait déjà décidé de m’engager avant de me voir et que je fasse ma sortie
théâtrale ? « C’est génial, je suis content. Humm, est ce que Josh et moi pouvons faire quelque chose ce soir ? »
« Non. » il a dit. « Ça ne va pas fonctionner avec Josh. Dorsk n’a pas eu un bon feeling. »
« Oh. » Ma bouche est devenue sèche. « Ainsi c’est juste moi alors ? » « Oui » il a dit. « Juste vous. »
« D’accord. Est-ce que je peux faire quelque chose ? »
« Non, pas pour le moment. Il n'a pas été encore inculpé. Mais Thomas Dorsk est son pire ennemi. Nous
allons devoir garder un œil sur lui et nous assurer qu’il ne ruine pas sa propre affaire. Vous avez compris ? »
« Oui, monsieur. »
Il y avait un autre appel entrant sur mon autre ligne, ainsi j'ai dit a vite au revoir à Worthington et j’ai répondu
l'appel.
« Anna ? » C'était Thomas Dorsk. J'ai identifié la voix immédiatement. Lisse, enroué, avec juste un
certain amusement.
« Comment vous avez obtenu ce numéro ? »
« J’ai entendu dire que vous aviez eu le job et je m’assurais que je n’allais pas avoir d’ennuis. »
« Oui, » j'ai dit, décidant d'essayer d'être professionnelle. « Vous devez rester en dehors de tout cela,
que vous laissez le professeur Worthington s’occuper de tout. » J'ai espéré qu’il pensait que j’avais l’air
sure de mo et de quoi je parlais. Je souhaitais en savoir plus sur l’affaire, mais si je n’avais appris qu’une
chose de ces quelques mois de cours de droit c’est que les étudiants étaient les derniers à être au courant.
La porte de l’immeuble s'est ouverte, et le Thomas Dorsk est venu me rejoindre. Il a raccroché et a fait
une sorte de grimace. « Oh, bon » il a dit. « Vous êtes toujours ici. »
« Vous avez renvoyé la voiture ? » Comment faisait-il tout ça en même temps ?
« Oui. L'autre étudiant était sans valeur. »
« Bien, merci » j'ai dit, contrarié. « Maintenant je n'ai aucun moyen de rentrer chez moi. »
« Vous ne rentrez pas à la maison » a dit Thomas. Pour la première fois j’ai remarqué qu’il avait
un long manteau noir lancé au-dessus de son bras, et il tenait une serviette.
« Puis-je savoir où je vais ? » J'ai demandé.
« Avec moi. »
« Où ? »
« À mon appartement. »
« Non » j'ai secoué la tête. « Je n'aurai pas de relation sexuelle avec vous. »
Il a secoué la tête, comme s’il ne pouvait pas croire que j’étais si présomptueuse. « Personne n’a dit
que cela avait à voir avec le sexe, Anna. Mais vous avez entendu Worthington, je dois être sous
surveillance. Autrement je vais m'attirer des ennuis. » Ses yeux ont flambé, et un mélange grisant de
chaleur et de désir a parcouru mon corps. « Je vais avoir besoin d’une surveillance 24h sur 24 et 7 jours
sur 7. »
Son intention était claire. Il voulait que je vienne à son appartement. Pour quoi ? Qu'est-ce qu’il
pourrait faire qui pourrait lui attirer des ennuis ?
Les mots de Worthington ont fait écho par ma tête. Thomas Dorsk est son pire ennemi. Nous allons
devoir garder un œil sur lui, nous assurer qu’il ne ruine pas son affaire.
« C’est impossible, » j'ai dit à Thomas, en levant mon menton. « Je ne peux pas être avec vous 24h sur 24
et 7 jours sur 7.»
« Pourquoi pas ? » Il a fait un pas vers moi, et a tracé avec son doigt une ligne de mes lèvres jusqu’en
bas de ma clavicule.
Ses yeux bleu ont flambé, frais et glacials. Dieu, qu’il était magnifique. Je n'avais avant jamais vu un homme
aussi magnifique. J'avais couché avec lui ! Il m’avait vu à demi nu, il avait été à l'intérieur de moi.
J'ai senti mon visage s’empourprer.
Thomas s'est penché en avant, à quelques centimètres de mon visage. « Êtes-vous en train de penser à ce que
nous avons fait plus tôt, Anna ? » il a râpé. « Parce que moi oui. »
J'ai secoué ma tête. « Non, » j’ai menti. « Je ne pensais pas à ce que nous avons fait plus tôt. »
« Vraiment ? » il a dit d’un ton pressant. « Vous ne pensez pas à ce que cela fait de m’embrasser, comment
cela faisait de sentir mon corps pressé contre le votre, comment mes mains étaient sur vous ? » Il se rapprochait,
ses lèvres étaient à deux centimètre des miennes. « Parce que moi je n’ai pas pu cesser d’y penser. »
Il a parcouru ma lèvre inférieure avec son pouce, et la sensation m'a rendu folle quasi intensément.
« Venez à mon appartement, » il a dit. « Nous pourrons faire ce que vous voulez. »
« Ce que je veux ? » J'ai répété.
« Promis » il a dit. « Nous ferons ce que vous voulez. »
J'ai su que c'était un mensonge. Thomas Dorsk n'était pas le genre d'homme qui abandonnait la maitrise à
n'importe qui. Il a établi les règles. Il le savait. Je le savais. Et nous savions tous les deux que j'allais retourner à son
appartement avec lui de toute façon.

***

Avant que nous y soyons arrivés, j'ai réussi à reprendre un peu de contenance. Et les battements de mon cœur
avaient un peu ralenti.
Nous avons pris l'ascenseur jusqu'à l'appartement de Thomas, au trente-neuvième étage d'un immeuble de
standing ultra-exclusif dans le Midtown.
« Je ne vais pas recoucher » j'ai dit pendant que l'ascenseur commençait son ascension. « Ce serait
extrêmement non professionnel de ma part. »
« Anna » Thomas a encore dit, soupirant. J'aimais toujours la manière qu'il a dit mon nom. « Pourquoi
continuez-vous à faire référence au fait que nous allons coucher ensemble ? Je n'ai pas dit une telle chose. »
« Vous avez dit que vous ne pourriez pas cesser de penser à ce que nous avons fait plus tôt. »
« Vous voulez dire quand j'ai soulevé votre robe et vous ai baisé l'en public ? »
« Oui. » Je devrais avoir été offensé qu'il disait ces mots haut et fort, mais le fait de les dire m’a donné envie de
lui.
Quand nous avons fait un pas or de l'ascenseur dans le vestibule, Thomas s’est arrêté devant la porte de son
appartement. « Êtes-vous sure de vouloir faire ceci ?« il a demandé.
« Faire quoi ? »
« Venir à l'intérieur. »
« Pourquoi je ne le devrais pas ? »
« Puisque je suis sur le point d'être arrêté pour le meurtre. »
« Vous l’avez fait ? »
« Voudriez le savoir. »
J'ai roulé mes yeux au ciel. « Si vous dites cela, c’est que vous ne l’'avez pas fait. »
Il a déverrouillé la porte et la ouverte. Nous sommes entrés dans son appartement.
« Endroit agréable, » j'ai dit, en essayant de paraitre détachée. Tout était magnifique, fait de nuances de brun
foncé et de bleu-clair. Les fenêtres énormes donnaient une vue imprenable sur la ville pleine de lumières qui
scintillaient dans l'obscurité.
« Merci. Vous voulez une boisson ? »
« Non merci. »
Il s’est déplacé au divan et s'est assis, puis m’ regardé fixement.
Je me suis assise sur la chaise en face de lui, et je me suis encore demandé ce que je faisais là.
J’essayais de me rassurer en me disant que je voulais faire une bonne impression à Thomas, de sorte que
j’impressionne Worthington. Mais la vérité c’était, qu’à ce moment, j’en avais rien à faire de Worthington, de
l'école de droit, ou de n'importe quoi.
Tout ce qui m’importait c’était Thomas.
Je voulais l’embrasser, sentir ses mains sur mon corps. Cela semblait être un pécher. Mais tellement bon.
« Je veux encore vous embrasser » il a dit sans ambages.
« Pas de baisers, » j'ai dit.
« Pourquoi pas ? »
« Parce que vous pourriez être un meurtrier. »
« Vous pensez vraiment que j'ai assassiné quelqu'un ? »
« Je ne suis pas sûre » j'ai dit. « Je ne sais rien au sujet du crime. »
« Worthington ne vous a rien dit ? »
« Non » j'ai secoué ma tête.
« Alors vous ne savez pas que je vais probablement être arrêté ? »
« J'ai pensé que vous étiez juste un suspect. »
« Je suis un suspect parce que je suis le plus susceptible de l’avoir fait. »
« Vous ne semblez pas bouleversé. »
« Je suis distrait. »
« Par quoi ? »
« La manière dont vos tétons sont moulés dans ce chemisier. »
J'ai rougi, il l’avait dit d’une telle manière, si sexuelle. Bite. Nichons. Chatte. Tous ces mots m’étaient étrangers.
Naturellement je les avais entendus avant, mais seulement dans les films. Je ne les entendais pas tous les jours.
« Approche » Thomas a demandé. « Je veux admirer votre corps. »
Je me suis levé.
« Faites un tour sur vous-même. »
J'ai commencé à tourner. J’aimais qu’il me regarde. C’était tellement flagrant qu’il me désirait ardemment.
« Dieu que vous êtes sexy, » il a respiré. « Vous me faites bander rien qu’en vous regardant. »
« Thomas, » j'ai dit. « Ce n'est pas bien, nous ne devrions pas. »
« Vous voulez arrêter ? »
J'ai secoué ma tête.
« Bien. Continuez de tourner. »
J'ai continué.
« Ok, maintenant, penchez-vous. »
Je me suis penchée juste un peu.
« Penchez-vous en entier » Thomas a commandé. « Tout votre corps vers le bas, je veux que vous attrapiez vos
chevilles. » Pendant que je me penchais, j’ai senti l’air frais caresser ma peau nue. Je portais un string
noir, chose que je ne portais pas habituellement. Mais quand je porte une jupe j’ai toujours peur
d’avoir des marques.
« Qu’est-ce que vous êtes bandante. » Thomas a dit dans un souffle. « Venez ici. Venez à moi. »
Je me suis levé et j’ai traversé le salon jusqu’à lui. Il m’a attiré sur ses genoux. Sa main a glissé vers le haut de ma
cuisse, poussant ma jupe en même temps.
Son autre main glissée jusqu'à l’arrière de ma tête, et m’a poussé vers lui. « Je vais vous baiser encore, Anna, »
il a dit. Je pouvais sentir son sexe dur contre moi, et j'ai gémi. « Cette fois je vais vous baiser pendant longtemps.
Vous pensez que vous pourrez tenir ? »
« Oui, » j'ai respiré.
« Dites-moi que vous voulez que je vous baise. »
« Je veux que vous me baisiez » j'ai dit. « S’il vous plait, j'ai besoin que vous me baisiez. »
« Dites mon nom. » Il a plongé un doigt dans ma bouche et je l'ai sucé doucement, observant la flamme qui
venait de s’allumer dans ses yeux. « Baisez-moi, Thomas, » j'ai chuchoté. « S’il vous plait, je veux que vous me
baisiez. »
Il m'a embrassé alors, doucement, ce qui était une surprise après toutes les choses sales qu'il m’avait dites. Sa
langue était chaude et parfaite, explorant ma bouche, la sondant voracement.
Je me suis poussé contre sa bite dure, mais juste comme il avait dit, il m’a repoussé et m’a attrapé par les
hanches. « Non, » il a dit. « Vous ne commanderez pas. Je commande. Et nous allons le faire doucement. »
Il a commencé à déboutonner ma chemise, s'arrêtant dès que mes seins ont été exposés. Il a parcouru mon
décolleté avec son index.
« Je vais explorer chaque centimètre carré de vos courbes sensuelles et sexy. Vous comprenez cela, Anna ? »
« Oui, » j'ai dit. Je gouttais littéralement, tellement il m’avait allumé. J’avais peur de jouir quand il me touchait.
Il s'est levé, ses mains saisissant mes fesses. J'ai enroulé mes jambes autour de lui et il m'a soulevé comme si
j’étais aussi légère qu’une plume. J'ai enfoui mon visage dans son épaule.
J'ai hésité juste une seconde, juste avant qu’il m’ait amené dans sa chambre à coucher.
Si je faisais ceci, si je le baisais, il n'y avait aucun retour en arrière possible. Dans la rue plus tôt, oui, elle était
sale, mais je ne le connaissais pas alors. Maintenant que je savais exactement qui il était - quelqu'un qui
était un professionnel reconnu, quelqu'un qui allait être un client, indirectement mon client.
Et il pourrait être un meurtrier.
Je ne savais rien à son sujet, sauf que je l’ai laissé me baisser dans une ruelle sombre et que je voulais
qu’il me baise encore. Je voulais qu’il enfonce sa bite profondément en moi, et explorer chaque
centimètre de mon corps comme il avait dit.
La pensée qu’il aurait pu ne pas le faire, m’était presque insupportable.
Il a ouvert la porte de sa chambre et m'a étendu sur son gigantesque lit. Je me suis enfoncé dans les
draps, ma respiration commençait à devenir saccadée.
« Êtes-vous prêt pour ceci, Anna ? » il m'a demandé, repoussant les cheveux de mon visage. Il m'a
embrassé tendrement, son corps sur le mien.
« Oui, » j'ai dit. « Oui, je suis prête. »
Il s’est redressé et a déboutonné sa chemise, a retiré sa cravate et l'a prise pour attacher mes
poignets au lit.
Ses mains ont glissé sur mon corps, sur mes seins, mes hanches, mon cul.
J'étais totalement offerte à lui à faire et il pouvait faire ce qu’il voulait, sans limite. J’étais totalement à sa
merci.
J'ai retenu mon souffle et j’ai attendu.

T ho m as

Elle était là nue.


Je la voulais plus que je n'avais jamais voulu n'importe quelle autre femme dans ma vie.
Mais elle n'était pas prête pour moi et le genre de démons qui tourmentaient mon âme.
J’aurais dû la laisser.
Mais je ne pouvais pas m’en empêcher.

Ici se termine le premier livre.

























2. CE QU’IL A ENVIE.
Thomas
Elle était si innocente cette première nuit. Sa chemise déboutonnée, sa jupe retroussée, ses seins sublimes
bombant le tissu de son soutien-gorge. À l’aide de ma cravate, je ligotai ses poignets au lit et elle me
regarda, attendant des instructions.
"Es-tu prête?" lui demandai-je.
"S'il te plaît", gémit-elle. "S'il te plaît, Thomas, baise-moi".
"Je te l’ai déjà dit. Ce n’est pas toi qui commande. C’est moi".
Je m’allongeai au dessus d’elle, laissant mes mains courir sur ses courbes magnifiques. La simple vue de
son corps me fit bander. Ses hanches étaient larges, son ventre plat avec une très légèrement courbe. Je pris
mon temps, laissant mes mains errer sur sa peau, la taquinant de mes doigts.
"Thomas", gémit-elle.
J’embrassai son cou, puis glissai son soutien-gorge vers le bas, révélant ses superbes seins arrondis. Je
passai doucement le bout de mon doigt sur l’un de ses mamelons. Je dus rester totalement maître de moi-
même pour ne pas la prendre sur-le-champ, et la pénétrer jusqu'à ce qu'elle jouisse, comme j'avais fait
dans la ruelle. Elle avait été une si bonne fille, me laissant faire, sans poser de questions, me donnant
simplement ce que je désirais, me faisant pleinement confiance. Bien sûr, les choses étaient plus
compliquées maintenant que techniquement, elle travaillait pour moi.
Mais je m’en fichais.
Je voulais qu'elle se soumette, qu’elle fasse tout ce que je voulais. Elle leva les yeux vers moi avec
impatience, des yeux grands et larges et une peau douce et souple. Elle voulu me faire plaisir, ce qui
transporta ma queue au bord de l’explosion. Mais je devais prendre ça tranquillement. Les choses que je
voulais devaient être introduites en douceur.
"Est-ce que tu mouilles?" demandai-je.
Elle hocha la tête.
"Veux-tu que je te fasse jouir?"
Elle gémit encore, ses hanches se tortillant sur le lit.
"Non, Anna". Je tendis les mains et la maintins immobile. "Ne bouge pas".
Je déboutonnai sa jupe et la laissai glisser.
Sa culotte était mouillée, les plis de sa chatte visibles à travers le tissu même de son string.
Je lui écartai les jambes. "Supplie-moi".

Anna
J’étais allongée sur le lit de Thomas, les mains ligotées à la tête du lit. Ma jupe avait disparu, ma chemise
était déboutonnée et mon soutien-gorge descendu. C’était certainement l’aventure de ma vie la plus
vulnérable, mais aussi la plus excitante. Je n’arrivai pas à arrêter de penser à lui depuis ce qui s’était
passé dans la ruelle, et je réalisai maintenant pourquoi.
Il était tellement sexy. Son toucher, la façon dont il caressait mon corps, la façon dont ses yeux brillaient
quand il me regardait ... je me sentais jolie, désirable et magnifique, tout en même temps. Le seul autre
homme avec qui j’avais couché - mon copain de lycée, Dan – m’avait fait honte de mon corps, au point de
devoir le cacher.
Mais Thomas…
La façon dont il me regardait en ce moment même, la façon dont ses yeux se promenaient sur mon corps, la
façon dont il m'avait ligotée comme s’il voulait m’afficher .... Je me sentais comme la femme la plus sexy
du monde.
"Supplie-moi", ordonna-t-il.
"S'il te plaît".
"S'il te plaît quoi?" Il écarta mon string, laissant lentement glisser son doigt vers ma chatte. J’étais humide,
prête pour lui.
"S'il te plaît baise-moi". Les mots sonnaient étrangers dans ma bouche, audacieux et exquis.
Thomas me sourit, un sourire malicieux qui témoignait visiblement qu'il savait l’effet que cela produisait
sur moi, ce qu'il appréciait. Son doigt glissa lentement à l'intérieur de moi, son pouce accomplissant un
cercle paresseux sur mon clitoris. Il joua avec moi pendant ce qui m’eut semblé une éternité, ses yeux ne
quittant jamais les miens, l'électricité de nos corps jaillissant à travers la pièce. Il m’entraîna à la limite de
l’orgasme puis freina, variant la pression sur mon clitoris, me rendant complètement folle.
"S'il te plaît", gémis-je. Je déplaçai mes hanches, essayant de presser contre contre sa main.
"Ne bouge pas", grogna-t-il, me saisissant et me clouant de nouveau au lit.
Je me mordis la lèvre essayant de ne pas gémir. Je commençai à comprendre son jeu - plus je le suppliais,
plus je semblais en demander, plus il ralentissait. Et pourtant, il voulait que je le supplie, que je l’implore
de me donner ce que je voulais. C’était une torture exquise.
Ses doigts continuèrent de s’agiter pendant qu'il embrassait mon ventre, la bouche chaude, la barbe de son
menton frôlant ma peau. Il continua ainsi se dirigeant de plus en plus bas. Puis il me regarda de nouveau
dans les yeux, son souffle si fort que je pouvais le sentir sur mes cuisses, chaud et délicieux.
Je voulais crier, voilà comment j’étais excitée. Je voulais lui demander de me baiser, me lécher, me
doigter, le laisser faire tout ce qu'il voulait.
Mais je savais que je devais rester calme et silencieuse.
Je me mordis donc la lèvre et patientai.
Sa bouche se contracta en un sourire connaisseur, et un regard d'approbation traversa son visage.
Il abaissa ses lèvres et sa langue caressa mon clitoris. Je n’en pouvais plus. Je gémis et me tordis sur le lit,
essayant de me presser contre lui du mieux que je pouvais.
Il décida de prendre pitié de moi, parce que même si j’avais brisé les règles, il s’agita plus rapidement,
me léchant, me goûtant, sa bouche me dévorant. Le mouvement était devenu rythmique, et je partis bientôt
surfer sur cette même vague, sentant l’orgasme monter et prêt à me lessiver.
Je tirai sur mes sangles, les maintenant fermement, tendue et en attente de la délivrance. J’étais si proche
de l’orgasme que je craignais devenir folle si jamais il arrêtait, mais il n'en fit rien. Il continua, sa bouche
se déplaçant plus rapidement, la pression grandissant jusqu'à ce que je n’en puisse plus.
Je criai au moment où l’orgasme me balaya. Il maintint fermement mes hanches pendant qu’il déplaçait ses
lèvres, sa langue, ses doigts sur moi. Des vagues de plaisir intense déferlant à travers mon corps qui
semblèrent durer éternellement.
Quand il eut fini, mon corps se détendit, chacun de mes muscles se relâchant. Ma respiration était
haletante. Je n’avais jamais ressenti un tel plaisir, ni m’étais sentie aussi sexy, désirable et excitée.
Mais Thomas n’en avait pas encore fini avec moi.
Il se leva et déboutonna sa chemise, la jetant sur le sol. Sa poitrine était large et sculptée, ses pectoraux
magnifiques et ses abdominaux se terminaient dans le V parfait de ses hanches. Il se débarrassa de son
pantalon et son boxer, son énorme bite debout au garde-à-vous.
Il posa son corps sur le mien, et m'enveloppa autour de lui, me faisant sentir faible et vulnérable. Puis il
me déshabilla, commençant par ma chemise, la faisant glisser lentement sur mes épaules avant de détacher
mon soutien-gorge.
Il me pencha en arrière, saisissant mes seins dans ses deux mains et les porta à sa bouche. Je pouvais
sentir sa queue, dure contre ma culotte mouillée, qu’il avait écartée quand il m’avait léchée.
Sa queue frotta contre mon clitoris, et je recommençai à mouiller alors qu’il me suçait les mamelons.
"Je vais te baiser maintenant", dit-il. Il m'allongea sur le lit, ôta mon string, puis m'attrapa et me tira en
l'arrière de façon à ce que je sois assise sur ses genoux. Il me laissa glisser sur sa queue, me maintenant
fermement de sorte que même étant au-dessous, il garda toujours le contrôle.
J’enroulai mes jambes autour de lui et il me tira vers lui. Il pénétra en moi, me guidant, me déplaçant de
haut en bas sur sa queue aussi dure que de la pierre.
Je pus sentir un nouvel orgasme monter en moi, même si le précédent datait à peine d’une minute.
"Baise-moi", soufflai-je. "S'il te plaît, Thomas, baise-moi".
Il commença à manœuvrer en moi, naviguant de plus en plus fort et de plus en plus vite. Nous respirions
tous les deux lourdement, nos corps se synchronisant dans un rythme parfait.
"Je vais jouir", gémit-il, frissonnant au moment fatidique. Quand je sentis la première décharge, je jouis
aussi, ma chatte se contractant sur sa queue.
Nous nous écroulâmes sur le lit, épuisés.
J’allai pour saisir la couverture et la tirer sur moi quand Thomas attrapa doucement ma main. "Ne fais pas
ça", dit-il, effleurant mon visage avec le doigt. "J’aime te regarder". Il me donna ce même regard, ses yeux
balayant mon corps nu, le désir évident sur son visage, même s’il venait de m’avoir.
Après une seconde, il se leva et disparut dans la salle de bain. Il revint portant un pantalon de pyjama en
coton gris, sans chemise. Les muscles de ses bras contractés, je saisis son corps, émerveillée par sa
beauté, essayant de ne pas me sentir intimidée.
Il traversa la pièce jusqu’à la commode, sortit un t-shirt à manches longues et un boxer qu'il posa sur le lit
pour moi.
Il m'embrassa le front. "Habille-toi", dit-il. "Et viens me rejoindre dans la cuisine".
Il partit et je me roulai sur le dos, les yeux en direction du plafond. Je ne pouvais pas croire ce qui se
passait. Moi, Anna Holloway, avait fait l’amour deux fois en une nuit, avec le plus bel homme de la
planète.
Et il m’avait fait jouir trois fois. J’avais déjà eu des orgasmes auparavant, mais pas comme ça. C’était ...
juste ... en fait je n’avais aucune idée de ce que c’était.
Je n'avais jamais pensé que faire l’amour avec un parfait inconnu pouvait être si magique. J’avais toujours
pensé qu’il y avait besoin d'avoir une sorte de lien profond, besoin d’être impliquée émotionnellement
avec la personne pour expérimenter ce genre de plaisir physique.
Était-ce juste ce qu’on m’avait enseigné à croire, en tant que femme? Que nous avions besoin d'être
connectées émotionnellement à nos partenaires? Était-ce une idée fausse? Était-il possible d’avoir des
relations sexuelles extraordinaires avec quelqu'un que vous connaissez à peine?
Il semblait que la réponse était oui.
Après tout, c’était la meilleure partie de jambes en l’air de toute ma vie même s’il est vrai que je n’ai pas
beaucoup de référence dans la matière.
Je regardai les vêtements que Thomas avait laissés pour moi. Je les pris et les emportai dans la salle de
bain. Je me lavai le visage et me regardai dans le miroir. Mes cheveux étaient légèrement ébouriffés, mon
visage rougi. Mes poignets portaient de légères marques rouges à l’endroit ils étaient ligotés. Je n’étais
pas certaine de savoir si ces marques dataient de quelques minutes, lorsque j’étais ligotée au lit, ou de
plus tôt, dans la ruelle, quand il m’avait ligotée avec le bracelet de bonbons provenant de l’enterrement de
vie de jeune fille de Cora. C’était arrivé il y a seulement quelques heures, et pourtant cela semblait une
éternité. Tant de choses étaient arrivées en si peu de temps.
Je commençai à étirer le boxer de Noé, me demandant s’il allait m’aller. Je n’aurais jamais pu emprunter
les vêtements de Dan, mon petit ami de lycée, parce qu’ils étaient toujours trop petits. J’avais des gros
seins, des grosses fesses et des hanches larges. Mais le t-shirt et le boxer de Thomas étaient trop larges
pour moi. Je respirai son odeur, éteignis la lumière puis allai le retrouver dans la cuisine.
Lorsque j’entrai, il regardait dans le réfrigérateur.
"Est-ce que tu as faim?" demanda-t-il.
"Je meurs de faim". Je m’assis sur l’un des tabourets en face du bar à petit-déjeuner en marbre. Tout dans
la cuisine de Thomas était élégant et moderne - comptoir de marbre, réfrigérateur étincelant en acier
inoxydable, four à double paroi. Digne d’un magazine de mode, avec Thomas comme modèle.
J’aurais du être fatiguée. Je n’avais eu que quelques heures de sommeil au moment où Josh m’avait
appelé pour le rejoindre sur le campus. Mais je ne l’étais pas. J’étais bien réveillée. Même plus que
réveillée - pleine d'énergie, nerveuse... Je ne savais pas décrire exactement quoi. Désir sexuel? Passion?
Satisfaction après une séance de sexe incroyable?
"Bien". Thomas commença à sortir des contenants du réfrigérateur. Son dos était tout aussi bien bâti que
son torse, ses épaules étaient larges et fortes, les muscles bien définis.
Je frissonnai.
Il se retourna. " Est-ce que tu as froid, Anna?"
"Non". Je secouai la tête. "Je n’ai pas froid".
Il posa un assortiment de plats sur le bar - bagels aux bleuets, danoises aux pommes, croissants à l'érable,
beurre de cannelle, fromage à la crème, petits gâteaux au fromage surmontés d’un tourbillon de chocolat.
Il y avait également une cafetière à piston sur le comptoir. Il m'apporta du café dans une petite tasse
blanche.
"Je ne bois pas de café", lui dis-je.
"N’importe quoi", dit-il, posant la tasse devant moi. "Tous les avocats boivent du café, Anna. C’est bon
pour la santé".
"Non ce n'est pas bon".
"Oui, c’est bon".
"La caféine peut entraîner une insuffisance surrénale", lui mentionnai-je. Je tendis la main et attrapai un
croissant.
"Ah oui?" Il semblait amusé. "Et où as-tu entendu ça?"
"Je l'ai lu dans American Journal of Medicine"
"Et tu lis régulièrement American Journal of Medicine?"
Je haussai les épaules. "Je lisais beaucoup. À l’époque où..." À l’époque où je voulais devenir médecin.
Mais je ne voulais pas entrer dans les détails, je ne voulais pas en parler avec lui ou quelqu'un d'autre.
"À quelle époque?" répéta Thomas. Il semblait également amusé par ça. "Es-tu si vieille que ça pour avoir
un ‘à l’époque’? "
"J’ai vingt-et-un ans".
"Donc pas tant que ça alors". Il poussa la tasse de café vers moi. "L'étude dont tu parles concerne des
niveaux élevés de caféine, qu’aucune personne normalement constituée ne serait capable d'ingérer. Cette
même étude a également démontré que le café est la plus grande source d'antioxydants de l'alimentation
humaine, et que tant que tu n’as pas de problèmes de santé sous-jacents, tu devrais pouvoir en boire sans
problème".
Je tentai de me rappeler si tout cela était vrai, mais je n’y arrivai pas. Je pris donc une gorgée. "Argh", dis-je,
me forçant à avaler. "C’est dégoûtant. C’est si amer. Il me faut du sucre". Je regardai autour de moi cherchant
un bol de sucre, mais je n’en vis aucun.
"C’est une torréfaction française de première qualité", déclara Thomas. "Tu ne peux pas le gâcher avec du
sucre. Et d'ailleurs, le sucre n’est pas bon pour la santé".
"Dit l'homme dont la notion de petit-déjeuner correspond à des pâtisseries".
"Parfois, on doit reconstituer ses réserves d'énergie". Il me sourit et je rougis. Il se pencha en arrière
contre le comptoir, ses abdominaux sculptés se contractant au fur et à mesure qu’il bougeait.
Je me demandais encore comment quelqu'un comme lui pouvait vouloir coucher avec quelqu'un comme
moi. Non pas que je me croyais laide - je savais que je ne l’étais pas. Je suis mignonne, peut-être même
jolie, à ma façon. Mais Thomas lui… Thomas aurait pu devenir mannequin.
Ou meurtrier, me rappela si utilement une petite voix dans ma tête.
"Veux-tu sortir pour déguster un bon petit-déjeuner?" me demanda-t-il.
"Maintenant?"
"Oui, maintenant. Il y a snack-bar ouvert 24 heures/24 en bas".
Je le regardai. "Tu manges au snack-bar? "
"Oui, Anna. Je mange au snack-bar. Je ne suis pas 100% snob".
"Je n’ai pas de vêtements ici", lui dis-je.
"Quel est le problème avec ce que tu portes actuellement?"
"Ton t-shirt et ton boxer? Je ne pense pas que ce soit vraiment approprié, même pour un snack-bar".
Il me regarda et fit semblant de me prendre au sérieux, comme s’il voyait mon point. Il posa son café sur le
comptoir et se dirigea vers l'endroit où j’étais assise. Il se tint derrière moi et poussa mes cheveux sur le
côté, puis m’embrassa doucement en arrière du cou. Ses mains glissèrent sur mes épaules, puis sur mes
bras, s’arrêtant sous mon t-shirt.
"Honnêtement", dit-il, baladant ses mains sous le tissu. "Je suis d'accord avec toi. Cette tenue est tout à fait
inappropriée".
Je me penchai alors sur lui pendant qu'il m’embrassait chaudement, ses mains explorant sous mon t-shirt.
Il caressa mon ventre puis arrêta juste sous mes seins, me taquinant. Mes tétons durcirent.
Et puis ses lèvres vinrent sur les miennes, doucement au début, et puis plus fort, en mode recherche. Nos
langues bougèrent en rythme, crachant un feu irradiant dans tout mon corps.
J’étais sûre qu'il allait me prendre de nouveau juste là, me jeter sur le comptoir ou sur le sol, relever mon
t-shirt et trouver son chemin. Mais une seconde plus tard, il recula.
J’ouvris les yeux et le regardai. Ses yeux étaient sombres et fougueux, et je pouvais sentir l’envie irradier.
"D'où viens-tu?", chuchota-t-il.
"Du nord de New York", murmurai-je en retour.
Il rit, jetant sa tête en arrière. "Est-ce que c’est vrai?"
Sa main se déplaça sur mon sein puis, finalement, le prit dans sa main imposante et serra avant de se
rendre à mon téton. Son index traça lentement un cercle autour, jusqu'à ce qu'il soit tendu et dur, je haletais.
Puis il serra si fort que ça fit mal. Je criai.
Cela semblait l'exciter. Une seconde plus tard, sa bouche était de retour sur la mienne, mais cette fois, le
baiser était ferme et profond, l'intention cachée derrière très claire.
Il allait me baiser à nouveau.
Et j’étais d’accord.
Mais son téléphone sonna.
Il grogna et le tira de sa poche, vérifiant l’identifiant de l’appelant.
Il fronça les sourcils et s’éloigna.
"Dorsk", aboya-t-il dans le téléphone. "Ouais ... un putain de samedi? Non, Colin, je ne me ferai pas
cuisiner un putain de samedi ... eh bien, je n'ai jamais voulu coopérer avec eux de toute façon ... Toi et
moi savons que c’est des conneries tout ça..." Il secoua la tête. "Ok. Ok. Non, je serai là".
Thomas mis fin à l'appel et resta là un moment, regardant son téléphone. Son langage corporel avait
changé - il y a à peine un moment, il était détendu et sensuel, maintenant il semblait fâché et en colère.
"C’était à propos de ton cas?" demandai-je avec soin, ne voulant pas le contrarier, mais voulant aussi
comprendre ce qui se passait.
"C’était Worthington", dit-il d’un ton froid. "Tu vas devoir partir maintenant".
"Oh". Je hochai la tête. "Oh. Hum, ok". Je me levai. "S’il y a quoi que ce soit ... Je veux dire, je
devrais…"
"Non, tu devrais rentrer chez toi, Anna. Mon chauffeur va te reconduire". Il commença à composer un autre
numéro. "Jared", aboya-t-il au téléphone. "Pouvez-vous approcher la voiture? J’ai besoin que vous
reconduisiez mon invitée chez elle, son adresse est... " Il se tut et me regarda dans l'expectative.
"Sugar Hill" dis-je, nommant le quartier de la ville où se trouve mon appartement.
"Sugar Hill", répéta Thomas au téléphone.
Mon visage brûla quand je compris qu'il ne connaissait pas les faits les plus élémentaires me concernant -
d'où je venais, où je vivais et pourtant nous avions fait et dit des choses qui étaient scandaleusement
intimes.
"Merci, Jared". Thomas raccrocha le téléphone et a commença à ramasser le petit déjeuner.
Je restai assise là pendant une seconde, me sentant gênée. Que devais-je faire maintenant? Je ne pouvais
pas porter ces vêtements jusqu’à la maison. Juste un boxer et un t-shirt, pas de soutien-gorge. Certainement
pas approprié pour l'extérieur.
Pas du tout.
"Je suppose que... Euh, je crois que je vais aller chercher mes affaires" dis-je, et Thomas hocha la tête.
Je me dirigeai vers la chambre à coucher, désarçonnée par ce qui venait de se passer. Pourquoi Thomas
me repoussait-il tout à coup? Avais-je fait quelque chose de mal? Je me remémorai les derniers instants,
mais je ne comprenai pas ce qui était arrivé. Nous étions assis là, à parler et à plaisanter, puis il m’avait
embrassé... il semblait que l'appel du professeur Worthington l’avait bouleversé.
Mon dieu.
Professeur Worthington.
Mon professeur de droit.
Le professeur pour qui techniquement je travaillais, celui qui devait m’écrire une lettre de
recommandation pour chacun des stages que je voulais faire, celui qui serait chargé de me remettre mon
diplôme ce semestre.
Les draps de la chambre à coucher de Noé étaient entortillés de la même façon dont nous les avions
laissés, et je dus partir à la chasse de mes vêtements. Je les rassemblai et renfilai la jupe et la chemise que
je portais la veille.
Mon visage brûlait avec embarras. Comment avais-je pu être aussi stupide? Être impliquée avec un client?
Coucher avec lui? La première fois est somme toute pardonnable, mais la deuxième...
Quand je retournai dans la cuisine, Thomas se versait une autre tasse de café.
"La voiture t’attend en bas", dit-il.
"Merci". Je restais là un moment, pas certaine de ce que je devais faire. "On se revoit... euh, sur le cas, je
veux dire" ajoutai-je rapidement, pour ne pas qu’il pense que je veuille le revoir.
Il était évident, de la façon dont il agissait, qu'il ne souhaitait pas me revoir.
"Au revoir, Anna", dit-il, d'un ton dédaigneux.
"Au revoir".

Quand je revins à mon appartement, je pris une longue douche chaude, laissant l'eau ruisseler sur moi,
espérant effacer Thomas Dorsk de ma mémoire. Je n’étais pas sûre que ça fonctionnerait, et je n’avais pas
tort. J’étais incapable d’arrêter de penser à lui. J’avais une boule dans la gorge, et pour une raison
quelconque, j’avais envie de pleurer.
Ce qui était ridicule.
Comment pouvais-je pleurer un homme que j’avais rencontré moins de douze heures plus tôt? Mais je ne
pouvais pas changer le fait que ça faisait mal. La façon dont il m’avait rejeté, la façon dont les choses
semblaient changer de Laurieère soudaine. Un moment nous avions plaisanté, nous nous étions embrassé,
ses mains parcourant mon corps, me donnant la chair de poule... puis la lubricité de ses yeux avait disparu
en un instant, remplacée par une dureté dévastatrice. Peut-être est-il finalement vrai qu’il est impossible
d’avoir une relation torride avec un parfait inconnu. Ou bien alors c’est tout-à-fait possible, mais les
conséquences sont dramatiques et bouleversantes.
Je restai sous la douche jusqu'à ce que l'eau soit froide, puis sortis et m’enveloppai dans une serviette.
Mon téléphone était sur le comptoir près de l'évier. Un appel retentit.
C’était un numéro que je ne connaissais pas, et je répondis immédiatement, espérant que ce soit Thomas,
espérant qu'il appelait pour dire qu'il était désolé de la façon dont nous avions laissé les choses, qu'il ne
voulait pas avoir l'air froid, que…
"Anna?"
Je reconnus immédiatement la voix. Ce n’était pas Thomas. C’était le professeur Worthington. Appelait-il
me pour me mettre à la porte? Thomas lui avait-il dit ce qui s’était passé entre nous? Thomas avait-il
insisté pour que je sois relevée du cas?
"Bonjour, professeur", dis-je, passant au peigne fin mon cerveau et essayant de penser à tout ce que je
pouvais dire pour sauver mon emploi.
"Où étiez-vous?" demanda-t-il d'un ton bourru. "J’essaie de vous joindre depuis une demi-heure".
"J’étais sous la douche," dis-je.
"Anna, si vous travaillez sur cette affaire, vous devez vous assurer que vous avez votre téléphone sur vous
en permanence. Vous comprenez?"
"Donc, je suis toujours sur le cas?" lâchai-je, avant de ne commettre un impair.
"Pourquoi ne le seriez-vous plus?" Le professeur Worthington était passé de pressant à un peu énervé puis
incontestablement fâché.
"Non, je... je voulais dire..." Je fus incapable de trouver une bonne explication, donc finalement je dis,
"Professeur, je veux que vous sachiez que je suis à cent pour cent engagée à cette affaire, et je ferai tout ce
que vous me direz".
"Eh bien alors, c’est parti. Je veux que vous nous rejoigniez au commissariat de police dans trente
minutes".
"Le commissariat de police?"
"Oui. Thomas Dorsk va y être interrogé, et je vais avoir besoin de vous pour prendre des notes".
"Bien sûr". Mon pouls battait. Non seulement étais-je encore sur le cas, mais je voulais aussi être là quand
la police interrogerait Thomas. C’était une expérience fabuleuse car le professeur Worthington était l'un
des meilleurs avocats de la défense de la ville. Assister le maître dans son travail. Et non seulement cela,
mais Thomas serait là aussi. La perspective de le revoir n’aurait pas du m’exciter, surtout étant donné les
circonstances. Mais ça m’excitait.
"Et, Anna?"
"Oui, professeur?"
"Calmez-vous".
La ligne coupa avant que je ne puisse répondre.
Le commissariat de police était situé sur la rue Druidee, juste en face d'une rangée de bars huppés. Il n'y
avait pas de chauffeur pour venir me chercher cette fois, de toute évidence, donc j’étais contrainte de
prendre le métro. Ce qui faisait mon affaire.
C’était gênant un plus tôt d’être assise à l'arrière de la limousine, sachant que Jared, le chauffeur de
Thomas, était probablement conscient de ce qui venait de se passer avec son patron. Malgré tout, Jared ne
semblait pas perturbé le moins du monde - en fait, il était parfaitement poli et professionnel. Ce qui me fit
penser que c’était probablement une situation habituelle - reconduire une femme chez elle après qu’elle
venait de passer la nuit avec Thomas.

Non pas que ce soit surprenant. Thomas était magnifique, riche et brillant. Il était charmant et sexy et
connaissait toutes les belles choses à dire. Je suis sûre qu'il avait couché avec des mannequins, des
actrices et toute personne sur qui il pouvait fantasmer.
Quand j’entrai dans le commissariat de police, j’étais la première - il n'y avait aucun signe de Thomas ou
du professeur Worthington. Je pensais que ce serait effrayant et inquiétant, mais non. Il y avait une
réceptionniste assise derrière une cloison en verre, et quelques officiers grouillant autour d'un bureau à
l'arrière.
"Puis-je vous aider?" me demanda la femme derrière la cloison. Elle portait un carré blond court et une
paire de lunettes très chic à monture d'écaille. Si seulement je pouvais exhiber une paire de lunettes
comme ça. Mais il fallait être un genre très particulier de personne, généralement hippie. Ce que je n’étais
définitivement pas.
"Oui, je suis ici avec Thomas Dorsk. Je veux dire, je suis censée rencontrer Thomas et son équipe ici".
"Mr. Dorsk n'est pas encore arrivé", dit la femme. "Mais vous pouvez vous asseoir".
Avant qu'elle ne puisse finir sa phrase, la porte s’ouvrit brusquement et Thomas entra en trombe
immédiatement suivi du professeur Worthington. Ni l’un, ni l’autre ne me regarda.
Au lieu de cela, Noé marcha directement jusqu'à la réceptionniste.
"Je viens voir le détective Blake", déclara Thomas. Il portait un long manteau gris sur un coûteux pantalon
noir. Ses cheveux étaient fraîchement stylés, son visage moins marqué qu’il ne l’était quand je l'avais
quitté.
Il avait dû se raser. Il semblait sur le point de se rendre à une séance photos, pas sur le point d’être
interrogé pour meurtre.
"Bien sûr, Mr. Dorsk", dit la réceptionniste sans même lui demander son nom. Elle devait l’attendre, ou
peut-être savait-elle qui il était de part sa réputation d'avocat. Elle décrocha le téléphone et appuya sur un
bouton. "Détective Blake, Thomas Dorsk et son avocat sont ici". Elle reposa le combiné. "Il sera avec
vous dans un instant".
Thomas ne répondit pas, mais retourna vers la porte avant et fit les cent pas avec colère. La réceptionniste
le regardait, son regard balayant son corps et son visage. Ses yeux croisèrent les miens. Elle haussa les
sourcils et secoua la tête. Je savais ce qu’elle tentait d’exprimer- wow, il est canon.
Je voulus faire un léger hochement de tête pour lui indiquer que je n’étais pas d'accord avec elle, mais elle
ne m’aurait pas cru de toute façon. Je fis donc un signe d’acquiescement. II n’y avait absolument rien à
dire - Thomas était magnifique.
Même cette réceptionniste, qui savait pertinemment qu'il était ici pour être interrogé pour meurtre, le
reconnaissait.
"Je n’attendrai pas plus de deux minutes", grogna Thomas pendant qu’il faisait les cent pas dans le hall.
"Thomas", dit le professeur Worthington en secouant la tête. "Vous avez besoin de vous calmer. Nous ne
pouvons pas vous interroger si vous êtes émotionnellement instable. Vous devez garder la tête froide, vous
ne pouvez pas rester sur la défensive, ou..."
"Et puis quoi encore", déclara Thomas. Il ôta ses gants de colère et les fourra dans la poche de son
manteau. "Ce sont des conneries, me faire venir ici, et vous le savez".

"Il est de bonne foi", déclara Worthington. "Vous devez montrer que vous respectez les règles. Je n'aime
pas ça, vous non plus, mais c’est comme ça. C’est exactement ce que vous diriez à un client, vous le
savez".
"Non, je ne lui dirais pas ça" déclara Thomas. "Si j’étais mon propre client, je dirais à la police qu’elle
peut aller se faire foutre, et que s’ils veulent me questionner, ils peuvent venir jusqu’à mon appartement."
Worthington soupira. "Thomas, vous m’avez embauché parce que vous aviez confiance en moi. Vous devez
m’écouter maintenant".
Thomas secoua la tête avec colère et continua à arpenter le hall.
Jusqu'à présent, ni lui ni Worthington n’avait remarqué ma présence.
"Oh", dit enfin Worthington quand il me remarqua. "Anna. Bien. Vous êtes ici".
Thomas ne m’avait toujours pas regardée.
"Oui, je suis là", dis-je. Je tenais à la main le calepin fraîchement récupéré de mon cartable sur le chemin
de la sortie. "Je suis prête à travailler".
"Bien", déclara le professeur Worthington. Il tira de son sac un dossier en papier kraft et me le tendit.
"Voici quelques informations préliminaires sur le cas. Les grandes lignes, et dans les jours à venir, je vais
avoir besoin de vous pour les étoffer. J’apprécierais votre discrétion dans cette affaire, Anna. Vous
travaillerez directement sous moi, et vous serez, comme moi, tenue aux mêmes règles de confidentialité
que celles qui régissent les liens avocat/client ".
"Bien entendu", dis-je.
"Pourquoi diable nous font-ils attendre?" ragea Thomas.
"Thomas", déclara Worthington. "Je suis sûr qu'ils…".
Juste à ce moment, la réceptionniste glissa la cloison et sortit la tête. "Le détective Blake va vous
recevoir maintenant" dit-elle, ses yeux ne quittant pas Thomas. "Retournez sur vos pas, passez les doubles
portes, et prenez la troisième porte sur votre gauche".
"Il était temps", déclara Thomas.
Il poussa les portes, Worthington sur ses talons.
Je pris une profonde inspiration et les suivis.
Ils nous fîrent entrer dans une salle d'interrogatoire. Ça ressemblait au genre de pièce qu’on voit à la
télévision, peut-être un peu plus agréable quand même. Il y avait un bureau en chêne au milieu de la pièce,
avec quelques chaises devant, et une derrière.
Un futon était disposé contre le mur, replié en position canapé, le matelas recouvert d'une housse de
couleur aubergine.
Thomas et le professeur Worthington prirent les deux chaises faisant face du bureau. Je déduisis
logiquement que la dernière chaise, celle derrière le bureau, était celle du détective Blake. Je m’assis
donc sur le futon.
Le détective n’étant pas encore arrivé, je sortis le dossier que le professeur Worthington m'avait donné et
commençai à le lire. Thomas tapait furieusement sur son téléphone. Il ne se plaignait plus, ayant
apparemment décidé de conserver son énergie et de la canaliser vers quelque chose de plus productif.
La première page du dossier était constituée d’une photo en noir et blanc d'une jeune fille souriante. Elle
était de mon âge, arborant des cheveux noirs raides et magnifiques et un sourire parfait. Elle avait quelque
chose d’exotique, ses yeux glamoureusement maquillés. Elle repoussait de la main ses cheveux en arrière
et regardait vers le bas, comme si quelqu'un l’avait surprise à mi-sourire. C’était supposé être une photo
candide, mais l'éclairage et la toile de fond en faisaient de toute évidence un portrait en très gros plan.
Elle devait être mannequin ou actrice.
Je passai au document suivant lorsque j’en eus presque le souffle coupé. C’était la même fille, mais cette
fois c’était une photo en gros plan de son cou. Elle était Lauriefestement morte. Elle portait des marques
rouges et violettes sur la peau, certaines d'entre elles étaient si sombres qu'elles semblaient presque
noires. On pouvait discerner l’empreinte d'une main sur sa gorge. Quelqu'un l’avait étranglée.
Je pris une profonde et tremblante inspiration. Je devais rester professionnelle - je ne pouvais pas laisser
le professeur Worthington entrevoir une quelconque réaction à ce qui était fort probablement que quelques
banales photos d'autopsie.
J’allai passer à la page suivante lorsque la porte s’ouvrit et un officier de police entra. Le détective Blake.
Il arpenta la salle, puis se mit à parler.
"Bonjour tout le monde", dit-il. "Thomas, je présume?" Il tendit la main à Thomas, qui la serra à
contrecœur.
"Colin Worthington", déclara le professeur Worthington. "L'avocat de Mr. Dorsk. Et voici mon assistante,
Anna Holloway".
Le détective me fit un signe de tête amical.
"Combien de temps est-ce que ça va prendre?" demanda Thomas.
"Ça ne devrait pas prendre longtemps". Le détective Blake parlait d'une Laurieère joviale, apparemment
pas affecté par la mauvaise attitude de Thomas. Il souleva la tasse de café en carton Starbucks qu'il tenait
et prit une gorgée. "Voulez-vous du café?" demanda-t-il. "Je suis désolé, mais vous devrez vous contenter
de ce que nous avons ici. Je ne supporte pas ce truc moi-même, je suis un peu snob question café". Il leva
sa tasse comme pour nous le confirmer.
Son ton était agréable, mais il semblait subtilement fouineur. Lui ne buvait que les bonnes choses, mais
nous, nous devions nous contenter du café pourri du commissariat.
Je retournai m’asseoir sur le futon, me demandant comment Thomas réagirait.
Mais il ne répondit pas, jeta juste un coup d’œil au détective et retourna ensuite à son téléphone,
continuant à taper soit son travail soit le message sur lequel il travaillait auparavant.
"Non merci", déclara le professeur Worthington.
Le détective Blake se tourna vers moi. "Voulez-vous quelque chose, Anna?" demanda-t-il.
J’ouvris la bouche pour dire non, mais je me souvins du moment plus tôt dans la cuisine quand Thomas
me disait que tous les avocats sérieux buvaient du café, mais seulement de bonne qualité, noir et sans
sucre parce que sinon, ce serait le gâcher.
Va te faire foutre, je pensai. Quel connard, m’ignorer comme ça après ce que nous avons fait ce matin.
"Volontiers", dis-je.
"Excellent", déclara le détective Blake. Ses yeux bleus étincelaient. Il était jeune pour un détective, ou
tout du moins, il avait l'air jeune - je pouvais apercevoir une teinte poivre et sel partant de ses tempes,
mais sa peau était fraîche sans aucune ride et ses yeux étaient brillants. Quelque chose à propos de son
visage semblait un peu espiègle, peut-être aimait-il jouer avec les gens. "Comment le prenez-vous?"
"Juste un peu de crème et beaucoup de sucre", dis-je. "Le plus sucré possible".
"Exactement comme moi". Il cligna de l'œil, puis disparut derrière la porte pour en chercher.
Thomas me regarda enfin, et pendant un moment, je pensai déceler la colère sur son visage. Mais son
regard vint de nouveau vide, et il retourna à son téléphone.
"Et voilà", dit le détective Blake, revenant avec une tasse en carton pleine de café.
"Merci". Je pris une grande gorgée, essayant de ne pas avoir un haut-le-coeur. Je ne connaissais pas
grand-chose au café, mais je pouvais quand même dire que c’était une version diluée de la vraie chose, et
il était si sucré que je pouvais presque sentir mes dents pourrir. "Parfait", dis-je.
"Pouvons-nous commencer?" demanda Thomas, fourrant son téléphone dans sa poche de manteau. "Je dois
aller quelque part".
"Certainement, Mr. Dorsk", dit le détective Blake. Il s’assit derrière le bureau et sortit un bloc-notes et un
stylo à bille. "Vous êtes conscient que cet interrogatoire est enregistré, à la fois par audio et vidéo, et que
toutes les déclarations que vous ferez ici pourront être utilisées contre vous devant un tribunal?"
"Oui", déclara Thomas, indifférent.
"Merci, Mr. Dorsk". Le détective Blake poussa une photo sur la table en direction de Thomas. C’était une
copie exacte de celle qui était dans mon dossier, le gros plan de la jeune fille souriante. "Connaissez-vous
cette femme?"
"Oui".
"Et quel est son nom, juste pour être sûr?"
"Laurie Cincotti".
"Et comment avez-vous connu la victime?"
«Nous étions amis", dit Thomas.
"Amis"? pressa le détective Blake.
"Oui".
Je réalisai soudainement que je devais prendre des notes, je ne savais pas pourquoi puisque
l’interrogatoire était enregistré, à la fois par audio et vidéo. Nous pourrions probablement obtenir des
copies au besoin. Mais je fis ce qu’on m'avait demandé, juste au cas où.
"Avez-vous eu des relations sexuelles avec Melle Cincotti?"
"Oui", répondit Thomas. Il semblait s’ennuyer, comme si le fait d’avoir couché avec une jeune femme qui
avait été assassinée était sans conséquence.
"Mais vous venez de dire que vous étiez amis".
"Des amis peuvent coucher ensemble, détective", déclara Thomas d’un ton ferme.
Je sentis mes joues rougir et je me concentrai sur mon calepin.
"Quel genre de relation sexuelle aviez-vous avec Melle Cincotti?" questionna la détective Blake. Il se
pencha en arrière sur sa chaise, croisant ses jambes l’une sur l'autre, de la même façon qu’il interrogeait
de riches hommes d'affaires au sujet de leur implication avec la victime d'un meurtre.
"Le genre que j’ai toujours", déclara Thomas, le sourire en coin. "Bien".
Le professeur Worthington soupira. "Écoutez, mon client a été plus que coopératif, venir ici un samedi
pour répondre à des questions sur un crime dont il n'a même pas été accusé. Et si vous venez ici pour
examiner son histoire sexuelle, c’est ridicule. "
"Au contraire, professeur Worthington. Ceci est tout-à-fait relié à l'histoire sexuelle de Thomas".
Vraiment? Mon cœur sauta un battement.
Le détective Blake prit un dossier sur son bureau et l'ouvrit, ses yeux balayant le bas du document en
première page. "Connaissez-vous un club nommé Force?" demanda-t-il.
Les yeux de Thomas s’assombrirent immédiatement. "Oui", dit-il.
"Le fréquentez régulièrement?"
"Ne répondez pas", ordonna promptement Worthington.
Thomas ouvrit la bouche, comme s’il voulait dire quelque chose, mais il se retint.
"Est-il vrai que vous avez rencontré Melle Cincotti à Force?" pressa le détective Blake.
Thomas resta silencieux, les poings serrés.
J'avais arrêté de prendre des notes, complètement absorbée par ce qui se passait. Quel était ce club,
Force? Je n’en avais jamais entendu parler, mais le nom sonnait sombre et effrayant, le genre d'endroit où
il y a certainement du trafic de drogue.
Je me remémorai toutes les rumeurs qui avaient circulé à propos de Thomas, les choses que Cora et les
autres personnes de ma faculté de droit disaient sur lui. Les liens qu’il entretenait avec la mafia, ce dont il
était capable pour gagner un procès, comment il pouvait être impitoyable dans une salle d'audience,
éviscérant les témoins et affrontant les juges. S’était-il livré à des pratiques douteuses à Force? Et qu’est-
ce que cela avait à voir avec son passé sexuel?
"Mon client a un alibi pour la nuit où Melle Cincotti a été tuée", déclara Worthington. "Je tiens également à
vous rappeler qu'il n'a été accusé d'aucun crime, et qu'il s’est montré pleinement coopératif avec la police
".
"C’est vrai", dit le détective Blake, levant un tout petit peu les sourcils, et précisant que si l’idée de
coopérer pleinement était l'idée de Thomas, alors il y avait un sérieux problème. "Et je tiens à vous
rappeler, à vous et votre client, que nous essayons toujours de déterminer la chronologie des évènements
ayant conduit à la mort de Melle Cincotti, et que son alibi doit encore être vérifié". Le détective Blake
attrapa le dossier et glissa une autre photo à travers la table.
"Reconnaissez-vous cette femme, Dorsk?"
Je ne pouvais pas voir la photo, car elle était inclinée.
Mais je vis Thomas y jeter un oeil, et son visage changea soudainement. Il passa de fâché à coléreux puis
de marbre, la rage bouillonnant sous la surface.
"Rangez ça", dit-il d’une voix contrôlée et uniforme.
"N’étiez-vous pas fiancé à cette femme, Mr. Dorsk?"
"Très bien, ça suffit", dit Worthington. "Nous ne sommes pas venus ici pour être traités comme…"
"Et n’est-il pas vrai, Mr. Dorsk, que votre ex-fiancée, Nora Hogan, a été tuée avec le même modus
operandi que Melle Cincotti?"
"Nous partons", dit Worthington, debout.
Thomas était assis là, le visage de marbre.
Je pris une profonde respiration que je retins, me demandant ce qui avait bien pu se passer. Je n'ai pas eu à
attendre longtemps.
Thomas se leva et se pencha sur le bureau jusqu'à atteindre le visage du détective. "Ne reprononcez jamais
son nom," gronda-t-il. "Faites-le et je vous tuerai".
Son visage était rouge, ses mains crispées avec force sur le rebord du bureau.
"Allons", dit Worthington, saisissant le bras de Thomas et essayant de le tirer en arrière. "Thomas, venez".
Thomas haussa les épaules, se libérant de l'emprise du professeur. "Je vous tuerai" répéta-t-il.
"Thomas", déclara Worthington. "Allons".
Noé resta là un moment, puis se tourna et se dirigea vers la porte. Ce faisant, il tendit son bras et de colère
il jeta à terre le pot à crayons du détective.
Je courus après Thomas et Worthington, même si apparemment aucun d'entre eux ne se souvenait de ma
présence.
Thomas partit en trombe à travers les doubles portes avant de foncer dans le hall puis dans la rue.
"Qu’est-ce que c’était que ça?" bouillonna Worthington une fois sorti du commissariat.
"Un putain de piège", dit Thomas. Il renfilait ses gants. "Fini, je ne parlerai plus. Ils peuvent aller se faire
foutre. Ils pensent que j’ai tué Laurie Cincotti? Ouais, eh bien, qu’ils le prouvent".
"Non, je voulais dire, qu’est ce que vous avez fait?" demanda Worthington. "Ils vous ont sur bande
menaçant un officier de police. Savez-vous à quoi ça ressemble? Sans dire que si jamais vous deviez
témoigner devant le grand jury, ils…"
"Je vous l’ai dit", dit Thomas calmement. "Je me fous de ce qu'ils feront. Et si vous ne pouvez pas
l’accepter, et bien, peut-être devrais-je trouver un avocat qui le peut." Il commença à marcher en direction
la rue puis grimpa sur la banquette arrière de sa limousine qui l’attendait.
Hormis le léger regard de désapprobation qu'il m’avait lancé lorsque j’ai demandé un café au détective
Blake, il n'avait pas du tout fait attention à ma présence.
"Mon dieu", jura le professeur Worthington dans sa barbe. Il fouilla dans sa poche et sortit un paquet de
cigarettes. Il en alluma une et souffla lentement. Il jeta un regard sur moi, se souvenant apparemment pour la
première fois que j'étais là.
"Vous fumez?" demanda-t-il, en me tendant le paquet et m’en proposant une.
Je secouai la tête.
Il prit une autre longue bouffée et je restai là, pas sûre de ce que je devais dire. Ce n’était certainement pas
la façon dont j'imaginais ma première incursion dans le monde réel de la loi – moi ayant couché avec un
suspect potentiel, et découvrant que plusieurs autres femmes avec qui il avait couché avaient été
assassinées.


Mon téléphone retentit, et je fouillai mon sac pour le trouver.
C’était un numéro que je ne connaissais pas.
"Anna Holloway" répondis-je, essayant de paraître professionnelle en face du professeur Worthington.
"Bonjour, Anna Holloway". La voix était douce comme de la soie, et immédiatement reconnaissable.
"C’est Thomas Dorsk".
"Oh", dis-je. "Bonjour, Thomas".
Worthington leva les yeux avec intérêt.
"J’aimerais discuter de ce que vient de se passer là-bas", dit-il. "Es-tu disponible?"
"Où êtes-vous?"
"Assis dans ma limousine. Je t’observe".
Je me mordis la lèvre.
"Tu es belle quand tu te mords mordre la lèvre comme ça".
"Laissez-moi demander à M. Worthington", dis-je. Je couvrais le téléphone de la main, je ne savais pas
pourquoi, car il n'y avait aucune raison - Thomas pouvait tout entendre de toute façon, et d'ailleurs, il nous
regardait.
"Thomas veut nous rencontrer", dis-je.
"Bien sûr", dit Worthington. "Où et quand?"
"Juste toi", dit Thomas d’une voix rauque au téléphone.
"Quoi?"
"Juste. Toi. Pas Worthington".
Je fis une pause, mon cœur martelant ma poitrine. "Il, euh ... il veut juste me rencontrer moi". Mon visage
brûla quand je réalisai comment cela sonnait. Thomas faisait parfaitement comprendre qu'il voulait du
temps seul avec moi, faisant tout sauf prétendre que cela avait à voir avec une quelconque affaire de
nature personnelle. Sinon, pourquoi voulait-il avoir une réunion avec une étudiante en droit?
"Allez-y", dit le professeur Worthington, apparemment imperturbable. "Faites ce qu'il veut, allez".
"Quand?" demandai-je au téléphone.
"Maintenant".
"Où?"
"Viens dans la limousine, Anna."
La ligne coupa.
"Il veut que j’aille dans sa limousine", dis-je. "Il veut lire les notes que j’ai prises".
Professeur Worthington hocha la tête. "Bien sûr", dit-il. "Faites tout ce qu'il veut". Je ne savais pas si
c’était mon imagination, mais je crus percevoir quelque chose dans son ton, comme de me dire de faire
absolument tout ce qu'il fallait, quelque soit la Laurieère.
Je hochai la tête et rangeai le téléphone dans mon sac.
Lorsque j’arrivai à la limousine, j’ouvris la porte et me glissai à l'intérieur.
Thomas était assis dans le siège en face de moi.
"Bonjour", dit-il sur un ton de conversation, comme s’il ne m’avait pas ignorée au cours de la dernière
heure.
"Bonjour", dis-je quand je m’installai. La limousine commença à rouler, et je fronçai les sourcils. "Où
allons-nous?"
"Nulle part". Il vint s’asseoir à côté de moi, puis posa sa main sur ma jambe. Il releva le bas de ma jupe
jusqu’au-dessus du genou. "Tu devrais arrêter de porter ce genre de petites jupes légères", dit-il. "Elles
mettent en valeur tes courbes sublimes et ça me rend fou".
Je le regardai et clignai des yeux. "Tu plaisantes, non?"
"Non, je ne me moque pas de toi, Anna. Ton cul est drôlement sexy". Il me tira vers lui, et ses lèvres se
promenèrent sur mon cou, traçant une ligne jusqu’à ma clavicule. Sa main remonta ma jupe et saisit ma
croupe. Il serra. "Chaque morceau de toi est magnifique". Sa main remonta le long de mes côtes et serra
ma poitrine. "Ce connard reluquait tes seins. Ce genre de tenue suggestive ne devrait être portée que pour
moi".
"Je porte une jupe et un pull col en V", dis-je déterminée en le repoussant. "C’est une tenue à peine sexy.
Et tu as perdu le droit de me dire quoi porter quand tu m’as demandé de quitter ton appartement ce matin".
"Je t’ai dit que j’avais une réunion".
"Ouais, mais tu ne m’as pas dit ça très gentiment. Et tu m’as à peine regardée au commissariat".
Il semblait agacé. "Je suis de mauvaise humeur, Anna. Voilà quelque chose que tu vas devoir apprendre à
gérer. Quand nous sommes dans une situation professionnelle, je ne peux pas faire voir que je viens de te
baiser juste une heure plus tôt".
"Non, mais tu aurais pu au moins dire bonjour".
"Bonjour", il respira, revenant vers moi. Son souffle chatouilla mon oreille, envoyant une vague de chaleur
irradier entre mes jambes. Il se pencha et retira mon pull dans un mouvement fluide. "Mon dieu", dit-il
quand il vit la dentelle rose et noir du soutien-gorge pigeonnant que je portais en dessous. Il le tira vers le
bas et abaissa la tête sur mes mamelons, les suçant là, à l'arrière de la limousine.
J’essayai de résister, mais c’était impossible. C’était si bon. Je n’en pouvais plus. Je savais que c’était
dangereux, mais je m’en fichais. C’était trop difficile, trop écrasant de lutter contre les choses qu'il me
faisait.
Il défit la fermeture éclair de son pantalon et sortit sa queue. Elle était large et parfaite, dure comme la
pierre et au garde-à-vous. Il attrapa ma main et la posa sur elle, je la caressai pendant qu'il continuait de
me lécher les seins. Puis sa bouche rejoignit la mienne, m’embrassant, sa langue explorant la mienne.
Après un moment, il m'attrapa par la taille et me poussa sur le plancher de la limousine, mes genoux
effleurant le tapis rugueux. Il prit mon menton dans sa main et le releva pour que je puisse le regarder, puis
frotta son gland sur mes lèvres.
"Ouvre la bouche", commanda-t-il.
Je fis ce qu’il dit, et il enfonça délicatement son gland dans ma bouche.
"Bonne fille", dit-il alors que je commençai à le sucer. Il posa sa main sur le haut de ma tête, me guidant
vers le bas alors que je lui tallais une pipe.
J’aimais le sentir dans ma bouche. Je glissai ma main autour de sa hampe, le caressant en même temps que
je le suçai.
"Mon dieu, Anna", gémit-il. "Bonne fille. Plus fort, bébé". La façon dont il parlait m’excitait. Je pouvais
sentir ma culotte déjà trempée. "Regarde-moi", demanda-t-il et je levai les yeux vers lui, nos regards
verrouillés l’un sur l'autre alors que je me déplaçai de haut en bas sur sa queue.
Il me tira ensuite de nouveau sur le siège. "Soulève tes mains et tes genoux", grogna-t-il.
Je fis ce qu’il demandait, soulevant mes fesses en l'air, sans même penser que nous étions à l'arrière d'une
limousine, qu'il me baisait ici.
Il arracha ma culotte et la jeta sur le sol, puis pris sa queue dans sa main et la frotta sur ma chatte. "Bon
dieu, Anna, cette petite chatte ne demande qu'à se faire baiser". Puis il glissa à l'intérieur de moi.
Je criai de plaisir, déjà prête à jouir dès ce premier coup de rein. Mais il pencha son corps sur moi et
attrapa mes cheveux, tirant ma tête en arrière jusqu'à ce que ses lèvres touchent mon oreille. "Ne viens pas
tout de suite, bébé", dit-il d'une voix rauque. "Pas avant que je te le dise".
Je gémis, espérant qu'il diminuerait la pression, ce qu’il ne fit pas. Il n’arrêta pas, toujours plus rapide et
plus profond, ses testicules frappant mes fesses.
"Je vais te défoncer la chatte, tu veux, bébé?" demanda-t-il.
"Oui" je gémis.
"Quand tu me sentiras éjaculer, je veux que tu jouisses, tu me comprends, Anna?"
"Oui". Sa main était toujours sur mes cheveux. Il se recula et me gifla fermement les fesses.
Je hurlai de douleur et de surprise, mais ma chatte devint encore plus mouillée.
"Jouis pour moi, Anna", commanda-t-il. "Viens sur moi, bébé." Je fis ce qu’il demandait, une seconde plus
tard, je sentis son premier jet de semence me remplir. Il continua son mouvement de va-et-vient, dedans et
dehors, jusqu'à la dernière goutte.
Il se retira lentement et s’effondra sur le siège en face de moi.
Je me rassis et rabaissai ma jupe, puis fouillai le sol de la limousine pour retrouver ma culotte.
Thomas boutonna son pantalon et me regarda avec des paupières tombantes. Tu ne devrais vraiment pas
porter ce genre de vêtements Anna", sermonna-t-il. "Ça attire toutes sortes d'attention qui pourraient
conduire à bien des mauvaises choses".
"Je prends le risque", dis-je. J’étais toujours à bout de souffle, encore euphorique du fait qu'il m’avait
appelé dans sa limousine et m'avait baisé. Cela signifiait qu'il me voulait encore, et même si j’avais tort,
j’aimais ça.
Thomas se pencha et appuya sur un bouton de la console dans le bras du fauteuil à côté de lui.
"Oui?", dit la voix.
"Nous allons reconduire notre invitée maintenant", dit-il."Vous souvenez-vous de son adresse, Jared? "
"Oui monsieur".
"Merci".
Il raccrocha et je le regardai, stupéfaite. "Nous allons reconduire notre invitée, maintenant?" Répétai-je
d'un air incrédule.
"Oh excuse-moi". Il tirait une bouteille d'eau d’une glacière fixée sur le côté de la porte. "Avais-tu
l'intention d'aller quelque part ailleurs?"
"Non, je..." dis-je en traînant, regardant par la fenêtre pour ne pas qu’il voit la douleur dans mes yeux.
J’aimais faire l’amour avec lui. Vraiment. C’était agréable et merveilleux, je n’avais jamais connu un tel
plaisir physique. Mais être appelée dans sa limousine et puis juste ramenée à la maison?
Je réprimai quelques larmes et pris une profonde inspiration. Tu es un bébé, je me suis dit. C’est un bel et
riche homme qui peut avoir toutes les femmes qu'il veut. Tu as vu cette fille dans la photo. Elle aurait pu
être - était probablement - mannequin. Thomas ne m’avait pas fait de promesses, il ne m'a jamais dit qu'il
voulait être avec moi autrement que sexuellement.
C’était ma décision de m’être mise à genoux et de lui sucer la bite comme une sorte de prostituée non
rémunérée. Donc, si je devais être en colère contre quelqu'un, je devrais être en colère contre moi-même.
Je clignai des yeux plusieurs fois jusqu'à ce que ma vision s’éclaircisse. Je me rendis compte que nous
étions déjà dans mon quartier. Pendant tout ce temps, je pensais que nous roulions sans but, que Thomas
avait dit à son chauffeur de tourner en rond sans but. Mais en fait, nous nous dirigions vers chez moi, tel
que Thomas en avait toujours eu l’intention.
J’étais furieuse maintenant.
Et pas seulement contre moi-même.
"Veux-tu un peu d'eau, Anna?" me demanda Thomas.
"Non".
Nous approchions de mon appartement, et je ne pouvais plus attendre de sortir de la voiture. J’étais
pressée de l’abandonner dans sa limousine stupide avec son chauffeur stupide, et tout le reste si stupide. Je
ne voulais plus le revoir de ma vie. J’ouvris la portière alors que la limousine avançait au ralenti.
Je descendis sur le trottoir et me précipitai vers mon immeuble.
J’entendis Thomas appeler mon nom, mais je l'ignorai.
Je tâtonnai la serrure de ma porte d'entrée avec la clé, maudissant le fait que je vivais dans un immeuble
avec trois étages à monter et non pas un de ces immeubles fantaisie venant avec un portier. Une entrée
théâtrale avec le portier aurait été beaucoup plus de mise.
"Anna", dit Thomas, tout-à-coup à mes côtés. "Anna, qu’est-ce qui ne va pas?"
"Tu plaisantes?", demandai-je. "Tu me demandes ça sérieusement? Tu m’as baisé trois fois maintenant - et
à chaque fois, tu fais juste te tirer. Pas de ‘je t’appelle plus tard’, pas de ‘on se parle bientôt, Anna’ ou de
‘j’ai passé un bon moment, Anna’. Juste rien".
"Je t’ai demandé de prendre le petit-déjeuner avec moi ce matin".
"Juste avant de me mettre à la porte!"
Il avait l'air choqué. "Je suis désolé", dit-il. "C’est juste comme les choses vont pour moi".
"Et c’est supposé vouloir dire quoi?"
"Cela signifie que c’est comme ça".
"Ouais, eh bien, je pense que je vais arrêter la chose là, quel que soit ce cette chose". Je poussai la porte
de mon immeuble et entrai, mais il me suivit dans le hall.
Il attrapa mes épaules et me poussa contre le mur. "Sais-tu combien c’est difficile pour moi de ne pas
pouvoir poser les mains sur toi?"
"Je ne suis pas ton jouet", dis-je. "Tu ne peux pas m’avoir juste quand tu veux. Je suis une personne,
Thomas".
"Je sais ça", dit-il, ses yeux sombres fougueux de passion. "Tu penses que je ne le sais pas?"
"Alors, pourquoi tu n’agis pas comme si?" Je me fichais si je brisais toutes les règles du code de la jeune
fille sage, notamment celle où je ne suis pas censé demander à un homme où notre relation s’en va. Surtout
à l’homme que tu viens juste de rencontrer. Mais je n’allais juste pas laisser Thomas m’utiliser comme ça.
Même si le sexe était incroyable.
"Parce que je ne peux pas, Anna, d'accord? Je ne peux pas".
"Ce sont des conneries", je le dépassai, mais il tendit les bras et les mis autour de moi, m’immobilisant.
"Tu n’as aucune idée de ce dont tu parles", dit-il. "As-tu la moindre idée de ce que ça prendrait d'être avec
moi? Pour vraiment être avec moi?"
"Je ne te parle pas d'être avec toi," dis-je. "Je te connais à peine! Je te parle juste d'être gentil avec moi. Tu
sais, poli. De garder un contact social?"
Il secoua la tête. "Il n'y a pas de juste milieu avec toi, Anna. Si je baisse ma garde, même si je..." Il laissa
tomber ses mains, se dirigea de l'autre côté du hall d'entrée, mis ses mains sur le mur, se pencha et regarda
le sol.
"Quoi?", demandai-je. "Même si tu quoi?"
"Tu ne comprends pas mes démons, Anna" dit-il, d’une voix douce. "Tu ne peux pas comprendre le genre
de choses que j’exige des femmes avec qui je suis".
Il se retourna puis me regarda, toute trace de vantardise ayant disparu. L’électricité vibrait entre nous, et
j’eus le sentiment que cette petite admission, ce petit bout de rien, avait été difficile pour lui.
Je tendis la main et la posa sur son bras, mais il recula.
"Quel genre de choses?" demandai-je doucement.
Il effleura ma joue avec son doigt. "Des choses qu’une femme comme toi ne comprendra jamais."
"Essaie toujours".
Ses yeux cherchèrent les miens, et j’eus le sentiment de me tenir au bord d’un gouffre au-dessus de quelque
chose de dangereux, comme regarder dans un abîme juste au moment d’être sur le point de tomber. Je
voulais qu'il me tire. Qu’il m’entraîne vers le fond, qu’il m’emmène peu importe où il aille.
"S'il te plaît, Thomas", pressai-je. "Je veux comprendre".
Son visage s’assombrit, et une seconde plus tard, toute trace de vulnérabilité avait disparu. Il se redressa.
"Si seulement, Anna", dit-il. "Mais je ne peux pas te demander ça".
"Tu ne me le demandes pas", dis-je. Je remis ma main sur son bras, et cette fois, il ne recula pas. "Je le
veux".
Nous restâmes là un moment, aucun de nous ouvrant la bouche, le silence sembla durer une éternité. Et puis
son insolence revint, ce désarmant sourire de retour sur son visage.
"Très bien, Anna", dit-il. Il fouilla dans sa poche et sortit son téléphone. "Je te texterai une adresse. Sois là
à neuf heures ce soir". Il remit le téléphone dans sa poche, puis ses yeux glissèrent sur mon corps. "Porte ce
que tu as de plus sexy".
Je fis ce qu'il m'avait demandé. Je fus prête à huit heures, parée de la tenue la plus sexy que je possédais.
Bon, la tenue la plus sexy que ma colocataire, Julia, possédait. Elle m’avait permis d’emprunter une petite
robe noire qui était trop grande pour elle. Ce qui signifiait qu'elle était un peu trop petite pour moi.
Elle plongeait en avant, dévoilant un ample décolleté, et moulait mes hanches avant de terminer juste au-
dessus du genou. J'avais coiffé mes cheveux en longues boucles, et chaussé des talons aiguilles. Des
bracelets ornaient mon poignet, et des boucles d’oreilles pendantes en argent tintaient quand je marchais.
Thomas me texta à 8:15.
Es-tu prête?
Prête
Tu veux?
Je veux.
Montre-moi ce que tu portes
Je pris un autoportrait et lui envoyai. La réponse fut immédiate.
J’ai hâte de t’enlever cette robe.
Je faisais les cent pas dans mon appartement quand mon téléphone sonna enfin à 8:30.
C’était Jared.
"Bonjour, mademoiselle", dit-il, ce qui sonnait bizarrement formel, lui qui connaissait ces intimes détails
de ma vie. "Êtes-vous prête pour votre soirée?"
"Je le suis, Jared, merci", dis- je. "Je descends tout de suite".
J’attrapai mon sac avant de réaliser que quelque que soit le lieu où Thomas m’emmènerait, il n'y avait pas
moyen d’apporter mon énorme cartable. J’ai besoin de quelque chose d’élégant et minuscule.
Je fouillai dans mon placard avant de trouver un petit bracelet noir de marque Coach. Je passai en revue
l'essentiel - rouge à lèvres, clés, carte d’identité, argent liquide .... Tous ces petits trucs étaient dans le
fond de mon cartable, je devais donc tout sortir pour les trouver, y compris le dossier qu’on m’avait donné
concernant le cas de Thomas, celui que j’essayais d’éviter de regarder.
Il tomba sur le sol au moment où j’allais récupérer ma carte de crédit dans mon portefeuille, étalant les
documents sur le tapis.
Je me baissai pour les ramasser.
Je figeai.
Il y avait une photo de Laurie Cincotti, une autre de son autopsie. La photo était marquée "Cincotti,
Laurie". Le cadre était partagé avec une photo de l'autopsie d'une autre femme de l'autre côté de la page.
"Leroy, Liz" il était indiqué. L’ex-fiancée de Thomas.
Les photos avaient été prises sous le même angle, en gros plan sur les poignets des deux femmes. C’était
un tirage banal, surtout pour des photos d'autopsie. Les photos n’avaient pas été prises parce qu'elles
étaient sanglantes ou choquantes. Elles avaient été prises en raison de leurs similitudes.
Les deux femmes avaient les mêmes marques rouges faisant le tour de leurs poignets, comme s’ils avaient
été ligotés à l’aide de quelque chose.
Ces exactes mêmes marques que j’avais sur les miens.

Thomas
Je arrivai au club à neuf heures exactement, puis trouvai mon chemin à l'intérieur. Ce n’était pas mon lieu
habituel. Anna n’était pas prête pour Force, et je ne voulais pas lui faire peur avant que nous ayions même
commencé. D'ailleurs, j’aimais mon anonymat.
Je commandai une bouteille pour une table dans le coin et observai les hommes et les femmes tournoyant
sur la piste de danse, leurs corps enchevêtrés. Les femmes étaient belles et de toutes les formes, blonde,
brune, pulpeuse, en forme, maigre, bronzée, avec taches de rousseur ... peu importe ce que vous
recherchiez, vous devriez le trouver ici.
Les hommes qui fréquentaient ce club étaient très riches. Et les hommes très riches ont tendance à attirer
de très belles femmes.
Je regardai un homme mettre le grappin sur une superbe fille brésilienne et la conduire dans la section VIP
à l’étage du dessous.
Ma queue fit pression contre mon pantalon. Non pas parce que j’avais un intérêt pour la jeune brésilienne
- non, bien au contraire. Toutes ces femmes n’étaient rien comparativement à Anna, avec ses hanches
rondes, son corps voluptueux, ses magnifiques seins et ses petites lèvres boudeuses. Je bandais parce que
je ne pouvais pas arrêter de penser à elle, imaginant combien elle était innocente, combien sa petite crise
plus tôt dans le hall de son immeuble était mignonne.
Tu n’aurais pas du l’inviter ici.
Je le savais.
Mais je ne pouvais pas résister.
Je devais la faire mienne. C’était de l’attraction, je n'avais pas ressenti ça envers quiconque depuis Nora,
et même Nora ... Je ne me souviens pas que c’était si fort que ça.

Une serveuse blonde dans une mini-robe moulante argentée se présenta.
"Voulez-vous plus de champagne, monsieur?" demanda-t-elle. Ses yeux ne quittaient pas le sol. Les
serveuses avaient appris à ne pas établir de contact visuel avec les clients du club.
"Non, merci", dis-je.
"Laissez-moi savoir si vous avez besoin d'autre chose, monsieur". Elle déposa un collier de clown sur la
table à côté de moi avant de passer à la table voisine.
J’enveloppai ma main autour de l'anneau de cuir lisse. C’était mon collier pour la nuit, pour faire ce qui
me plaisait.
Je regardai ma montre.
9h07
Anna était en retard.
Une vague de déception me parcourut à la simple pensée qu'elle pourrait ne pas venir.
Elle devait venir.
Je la voulais.
J’avais besoin d’elle.
Ce soir, sa formation allait commencer.


3. CE QU’IL DEMANDE.

Thomas

9:10.
Il était 9:10 et elle n'était toujours pas là.
Je soulevai mon verre, pris une autre gorgée puis m'adossai confortablement contre le dossier de la
banquette de cuir rouge. Lui avais-je fait peur quand, dans le hall, je lui avais dit que pour sortir avec moi,
vraiment avec moi, elle devrait faire des choses qu'elle n'avait probablement jamais considéré faire un
jour ?
Elle n'avait jamais semblé effrayée.
En fait, elle avait plutôt semblé enthousiaste et disposée.
Et d'après le message qu'elle venait tout juste de m’envoyer, elle était prête à partir, vêtue d'une petite robe
noire, sexy et moulante. Cette simple vision m'avait rendu complètement fou. J'avais hâte de lui mettre le
feu, la pénétrer, l'entendre me supplier de la baiser.
9:14.
Je me demandais si elle essayait de me faire payer ce qui s'était passé plus tôt, arrivant en retard et me
laissant dans le doute. L'idée était amusante. Si elle voulait s’amuser à ça, elle apprendrait vite que jouer
à ce genre de jeu a un prix.
Ma queue durcit lorsque je me remémorai la façon dont elle m'avait regardé dans le hall de son immeuble,
me disant qu'elle voulait comprendre, apprendre. Je voulais faire son éducation, la transporter dans mon
monde.
Elle n'était toujours pas arrivée.
Un sentiment de déception me submergea, je réalisai que si elle ne se montrait pas, je devrais reprendre le
chemin de la maison. Des femmes magnifiques m’entouraient, des femmes conditionnées et entraînées à
accorder leurs faveurs aux hommes qui les sollicitaient. Malgré cela, je n'arrivais toujours pas à détacher
mes pensées de Anna. Ses courbes sublimes, son tempérament fougueux, ce sentiment si agréable de la
serrer dans mes bras. Elle était innocente. Pure. Parfaite.
Attention Thomas, ne t'attache pas à elle.
Je ne m'attacherais pas. Si elle n'arrivait pas d'ici 9:20, je m'en irais. Ce serait plus prudent pour moi. Et
pour elle. Je la ferais ensuite licencier par Colin Worthington. Je lui dirais que ça n'avait rien de
personnel, juste que je ne me sentais pas confortable à l’idée qu'un étudiant en droit soit affecté à mon cas.
La police ne m'arrêterait pas de toute façon, j'en étais convaincu.
Ne sois pas déçu. Elle était trop bien pour toi. Elle n'aurait jamais compris.
J'examinai la foule sur la piste de dance, observant une blonde dans la vingtaine se faire mettre un collier
autour du cou puis conduire dans la salle VIP.
Tu devrais jeter ton dévolu sur une autre fille.
Ce serait mieux.
Oublie Anna Holloway.
Sors-la de ta tête.
Trouve une autre chatte à fourrer, une fille qui te laissera faire ce que tu veux d'elle.
C'est à ce moment qu'elle fit son apparition.
Anna.
Elle se tenait dans le cadre de la porte, portant cette petite robe noire moulante, identique à celle qu’elle
portait sur la photo qu'elle m'avait envoyée. Chaussée de talons aiguilles, le tissu de sa robe fronçait sur
ses hanches, révélant ses superbes courbes et moulant son magnifique fessier bombé. Même à cette
distance, je voyais qu'elle portait plus de maquillage qu'à l'habitude. Ses lèvres pulpeuses arboraient une
teinte de rouge qui me faisait bander. J'avais hâte qu'elle me suce, qu'elle savoure mon sperme jusqu'à la
dernière goutte.
Elle regardait autour, désorientée. Ses joues étaient légèrement rouges, et ses yeux s'élargirent quand elle
réalisa que la plupart des filles sur la piste de dance n’étaient que très légèrement vêtues. Elle se mordit la
lèvre lorsqu'elle vit un homme attraper la jupe de sa copine, la soulever puis lui empoigner les fesses
devant tout le monde.
Cette naïveté concernant le sexe et la vie en général la rendait irrésistible. Ses yeux balayèrent la salle
jusqu'à rencontrer les miens. Elle se fraya un chemin jusqu'à moi.
L’entraînement pouvait commencer.

Anna
Il était assis dans le coin, sur la banquette d’un box VIP, surélevé sur une plateforme et ayant une vue
imprenable sur tout ce qui se passait plus bas.
La simple pensée qu'il puisse regarder d'autres femmes, qu'il puisse rester là à fixer et fantasmer sur le cul
de cette fille me révulsa. Les femmes présentes dans ce club étaient extrêmement belles. Aussitôt que
Jared m'eut déposé devant le club, je compris que j'allai rapidement sortir de ma zone de confort.
J'avais bien sûr déjà fréquenté des bars louches dans le passé. L'endroit où j'étais allée fêter l'enterrement
de vie de jeune fille de Cora l'autre nuit était charmant. Charmant voulant dire professionnel. Classe. Le
genre d'endroit que fréquentent les avocats et les pros.
Ces hommes ressemblaient à des pros. Ou tout du moins, ils semblaient riches. Ils portaient des tenues
sophistiquées et d'apparence plutôt coûteuse. Et les femmes, elles, ressemblaient à des tops modèles.
Cheveux brillants, taille mince, teint parfait. J'étais de loin, la fille la plus corpulente. Je me sentis
immédiatement complexée.
Elles portaient toutes des robes de grands couturiers, et je portais une petite robe noire moulante que Julia
avait probablement achetée chez Zara. Je me trouvais belle à la maison, mais maintenant je me sentais
empotée et pas à ma place.
Je me dis que cela n'avait pas d'importance. Je n'étais pas là pour impressionner qui que ce soit, et surtout
pas Thomas.
Je marchai dans sa direction et m'assis à côté de lui, sur la banquette.
L'instant suivant, il était assis juste à côté de moi, son corps contre le mien, ses jambes contre les miennes.
Mais je m'éloignai pour me maintenir hors de sa portée.
"C'est comme ça que tu le prends, hein ?" dit-il, souriant diaboliquement. Il tendit sa main sous la table et
me serra le genou. "C'est ok pour moi. Ça rend les choses encore plus agréables".
Je fus étonnée de ce changement de ton, contrairement à un peu plus tôt dans la journée, dans le hall de
mon immeuble, où il était si vulnérable, où il semblait vouloir me laisser une chance. Je pensais que nous
serions allés dans un bon restaurant, au cinéma, ou bien dans une discothèque bruyante, mais seul le sexe
semblait occuper son esprit.
Son contact m’envoya une vague de chaleur qui irradia dans mes entrailles et je le maudis d'exercer un tel
pouvoir sur moi.
J'attrapai mon cartable (que j'avais dû prendre à la place de la toute petite pochette qui n'allait pas avec la
tenue) et retirai le dossier que le professeur Worthington m'avait remis, le claquant sur la table.
"Qu'est-ce que c'est ?", demanda Thomas d'un air consterné.
"Oh rien", dis-je en ouvrant le dossier. Je sortis la photo, celle de Nora et Dani. "Juste une photo intrigante
de deux femmes que tu as fréquenté dans le passé, deux femmes qui présentent les mêmes marques que j'ai
sur les poignets".
Il prit la photo et la regarda.
Je m’étais repassé ce moment en boucle jusqu'à mon arrivée. Au départ, je ne pensais même pas venir et
laisser Thomas patienter. Je pensais que je ne lui adresserais plus jamais la parole, que je
démissionnerais de son cas et que je bâtirais ma réputation aux côtés du professeur Worthington à force
d’un travail acharné.
C'était trop dangereux.
Quelles étaient les probabilités que ces deux femmes assassinées aient toutes deux fréquenté Thomas et
présentent les mêmes marques sur leurs poignets au moment de leurs décès ? Les marques semblaient
récentes, très récentes.
Était-ce son modus operandi ? Les ligoter et les baiser jusqu'à ce qu'il se lasse, puis finalement les
assassiner et se débarrasser de leurs corps.
Je m’étais finalement décidé à venir car je voulais le confronter, lui mettre les preuves devant le nez. Je
nous imaginais dans un restaurant, le genre d'endroit où il me demanderait de parler moins fort, un air
paniqué sur le visage avant de me supplier de ne pas appeler la police.
Tu as décidé de venir pour qu'il te convainque de son innocence.
J'ignorai cette pensée et attendis l'explication de Thomas.
Il jeta un œil à la photo et comme si de rien n'était, la remit dans le dossier et le repoussa en ma direction.
"Est-ce la raison pour laquelle tu es venue ce soir, Anna ?" Il prit une gorgée puis me fixa d’un regard
perçant.
"Que veux-tu dire ?" Je changeai de place sur la banquette, mal à l'aise. Il venait de renverser la situation,
c’était maintenant lui qui m'interrogeait.
"Je te demande si tu es venue ce soir dans le but de m'accuser de meurtre ?"
Je réfléchis. "N'es-tu pas déjà accusé de meurtre ?" envoyai-je en retour.
"Ah oui ?"
"Tu tournes autour du pot".
"Pourquoi es-tu venue ce soir, Anna ?" pressa-t-il.
J’étais nerveuse. Il me regardait comme s'il voulait me baiser, le regard brûlant, les yeux remplis de désir.
Il retira sa main de mon genou et s'appuya contre le dossier de la banquette. Il portait un pull noir
ordinaire. Ses manches retroussées dévoilaient la musculature de ses avant-bras.
Je n'appréciai pas le fait qu'il s'éloignât de moi. Maintenant que j'étais là, je le voulais près de moi. Je
détestais l'emprise qu'il avait sur moi, me haïssait d'être venue pour le confronter, et maintenant c'est lui
qui avait le contrôle.
Mais pourquoi étais-je venue ? me demandai-je. Voulais-je vraiment une explication ? Si oui, pourquoi ne
lui avais-je pas posé ouvertement la question ?
Parce tu as peur de sa réponse.
"Je suis venue parce que tu m'as invitée". Je croisai les mains sur mes genoux, pensant soudainement qu'un
verre pourrait les tenir occupées. Je balayai la salle du regard en quête d'une serveuse et visualisai, à
quelques box de là, une superbe blonde dans une minirobe dorée servant d’autres clients.
"Regarde-moi quand je te parle, Anna", exigea Thomas.
Ce fut comme un réflexe. Je lui portai de nouveau toute mon attention, mes yeux dans les siens.
"Bonne fille", dit-il, ravi de constater que j’étais capable de suivre quelques instructions simples. Il avait
prononcé ces mêmes paroles quand je l’avais sucé. Son plaisir m'excita, tout comme la dernière fois.
"Maintenant, réponds à la question. Pourquoi es-tu venue ?"
"Je suis venue parce que tu m'as invitée", répétai-je. "Et parce que je voulais te connaître un mieux,
comme tu le souhaitais". Ces mots sonnaient pitoyables, clichés et tellement féminins, mais je m'en fichais.
J'étais venue parce que je voulais mieux le connaître, savoir s'il avait des frères et sœurs, s'il aimait son
travail, quelle était sa couleur préférée. Maintenant j’étais devant une porte close, pourvue d’une serrure
inviolable.
"Et tu pensais pouvoir mieux me connaître en m'accusant de meurtre ?"
"Non". Je secouai la tête. "Je ne t'ai pas accusé pas de meurtre".
"Tu viens ici et tu me sors une photo de deux filles retrouvées mortes, photo qui soi-dit en passant, ne
devrait pas être exhibée publiquement, puis tu compares les marques sur leurs poignets avec les tiennes.
Marques dont je suis moi-même responsable".
"Je voulais une explication". Je continuai de fixer son regard, le défiant de me contredire. Je me fichai
combien il était sexy, brillant ou combien il m'excitait. Je méritais une réponse.
"Une explication pour quoi ?"
"Pour le fait que ces deux femmes possèdent des marques sur leurs poignets visiblement identiques à
celles que tu m'as faites".
"Donc tu crois que je suis la seule personne au monde capable de laisser de telles marques, c'est ça ?"
"Ne parle pas comme un avocat".
"Alors arrête de me faire croire que j'en ai besoin d'un".
Il prit une autre gorgée. Je voulus regarder ailleurs, car il avait toujours cette expression arrogante de
quelqu'un qui sait pertinemment qu’il est en total contrôle de la situation.
"Bien", dis-je. "Je pense effectivement que c'est un peu suspect que les marques laissées sur mes poignets
soient identiques à celles retrouvées sur ces deux victimes de meurtre. Ces deux victimes ayant de plus, un
lien avec toi. Et en théorie, oui, je peux admettre que tu ne sois pas la seule personne capable de laisser ce
genre de marques. Mais je doute qu’on croise ce genre de personnes à tous les coins de rue".
Je le fixai, satisfaite. Je m'attendis à un regard d'appréciation, comme si je venais de gagner mon procès.
Mais il sembla juste amusé, comme si j'en avais encore beaucoup à apprendre sur la vie.
Il resta muet, j'étais désarmée. Je voulus chercher la serveuse sans devoir détourner le regard pour na pas
qu’il croie avoir gagné.
"Viens ici", commanda-t-il. "Je vais te dire quelque chose".
"Non, je ne bougerai pas d’ici", dis-je.
"Viens. Ici". Sa voix était agressive, dominatrice avec une légère nuance de quelque chose que je ne
pouvais identifier. Son ton était presque menaçant, comme si il y aurait eu des conséquences en cas de
refus.
Je m’approchai de lui. Thomas tendit ses mains sous la table. Il souleva mes jambes et les posa sur ses
genoux. Il mit sa main dans la mienne, caressant doucement ma paume avec le bout de ses doigts. Son
pouce glissa sur mon poignet, dessinant le contour des marques qu'il avait laissées la veille.
"Sais-tu ce que ces marques signifient, Anna ?" me demanda-t-il.
"Que tu aimes ligoter les femmes pendant que tu leur fais l’amour". Son contact m’hypnotisait, familière
avec ce pouvoir qu’il exerçait sur moi. Cette attraction brûlait ma peau, me faisait mouiller et m'avait
conduite à le sucer sur le plancher de sa limousine. C'était comme une vague qui m’entraînait vers le fond,
impuissante. Mais il m'avait invitée ici parce que je voulais faire plus ample connaissance, et maintenant
il renvoyait tout vers le sexe. Et de plus, il éludait toutes mes questions concernant les meurtres.
Je retirai ma main de la sienne. "Non". Je secouai la tête. "Thomas, je suis venue parce je voulais… Je
pensais…" Je renonçai et fixai la table. Je me sentis stupide, de prononcer ces mots à haute voix. De
vouloir lui parler, passer du temps avec lui, d’avoir un rendez-vous au même titre qu’une personne
normale. Mais quoi que je dise, il agissait comme si j’étais une petite fille stupide. Peut-être l’étais-je.
Il tendit la main et saisit mon menton, dirigeant mon visage vers le sien.
"Me fais-tu confiance ?" demanda-t-il. Ses yeux étaient en flammes, arborant le même regard lubrique
qu’il exhibait depuis notre première rencontre. Ce regard dissimulait quelque chose. Il voulait que je lui
réponde par l’affirmative, que je lui fasse confiance. C’était important pour lui.
J’avalai ma salive. "Je ne te connais même pas", dis-je sans conviction.
"Ce n’est pas la question".
"Je ne suis pas… Je veux dire, je…"
"Je veux te laisser entrer dans ma vie, Anna. Je veux te dévoiler des choses sur moi-même".
"Donc pourquoi sommes-nous là ?" demandai-je, frustrée.
"Nous sommes dans un genre de bar pour célibataires. N’est-ce pas le genre de place où tu inviterais
quelqu’un pour mieux le connaître ?".
"Et pourquoi ça ?" Il me tenait toujours le menton, et son pouce décrivait maintenant de lents cercles sur
ma peau.
"Parce que c’est typiquement le genre d’endroit où aller pour trouver un partenaire".
"Sais-tu dans quel genre de club nous sommes, Anna ?"
Je fronçai les sourcils.
"Qu’est-ce que tu veux dire ?". Je regardai autour de moi, essayant de comprendre de ce qu’il voulait
dire. "Un club sélect ?"
Il me fixa sans dire un mot. Le souvenir des interviews pour l’admission à la faculté de droit me revint,
quand l’intervieweur voulait que le candidat résolve un problème par lui-même, sans lui fournir le
moindre indice.
Je me retournai et regardai autour.
La musique crachait à travers les haut-parleurs, les hommes et les femmes dansaient au rythme de la
musique flottant sur la piste de dance. Accoudées au bar, de superbes femmes flirtaient avec des hommes
riches et magnifiques. Étaient-elles des prostituées ? Était-ce le genre de lieu où aller pour obtenir des
faveurs sexuelles contre rétribution ?
Je vis un homme prendre une fille par la main et la conduire près de la porte située au fond de la salle. La
porte s’ouvrit et j’aperçus le temps d’un éclair, un escalier noir sur fond de murs noirs. On aurait dit une
sorte de sous-sol, ce qui était étrange pour un club si huppé. Pourquoi un tel club, dans un quartier aussi
sélect, posséderait-il un sous-sol ?
Mon cerveau n’arrivait pas à comprendre.
Mon regard atterrit sur le collier posé sur la table.
Un frisson de peur parcourut ma colonne vertébrale.
Ce n’était définitivement pas un club ordinaire.
Ce n’était pas un bordel.
C’était un club fétichiste.

Je ne connaissais pas grand-chose aux pratiques sadomasochistes, hormis ce que j’avais vu dans quelques
magazines. Ma colocataire, Julia, en possédait quelques-uns sur le sujet. Je les avais vus éparpillés dans
l’appartement, des photos de fouets et de menottes en couverture.
Je me retournai vers Thomas. "C’est un club SM", murmurai-je.
Il acquiesça, attendant une réaction.
Le même frisson parcourut ma colonne vertébrale de nouveau, et j’eus la chair de poule.
La raison de ma peur n’était pas la crainte.
C’était de l’excitation.
Et c’était effrayant.
"Comment cela est-il supposé m’aider à mieux te connaître ?" demandai-je, frustrée.
"Est-ce que tu me fais confiance ?" répéta-t-il. Sa main descendit le long de mon cou et parcourut une ligne
jusqu’à mon épaule puis plongea dans le haut de ma robe, jusqu’à mon soutien-gorge.
La chair de poule se propagea dans mon corps entier, et j’eus peur de ce que Thomas allait dire.
"Je ne suis pas… Je ne sais pas".
"Tu dois me faire confiance" murmura-t-il. Il m’attira vers lui jusqu’à ce que nos deux fronts se touchent.
Il sentait le parfum et la crème à raser haut de gamme et une autre odeur qui lui était propre.
"Comment puis-je te faire confiance si tu ne me laisses pas te connaître ?" soufflai-je.
"C’est de cette façon que tu apprendras à me connaître", dit-il. "Connaître la personne que je suis".
"Mais comment cela va-t-il m’aider à te connaître ?", demandai-je.
"En comprenant pourquoi j’ai ce besoin, tu y verras plus clair", dit-il. Il embrassa doucement mon cou, ses lèvres
effleurant mon épaule et enflammant ma peau.
"Ça n’a aucun sens", dis-je. Je me sentis séduite, entraînée par les vagues de ses baisers, le contact de ses mains
sur ma peau, son corps proche du mien. Je devais garder la tête claire, mais c’était impossible. Il possédait une
telle attraction et une telle domination sur moi à la fois incompréhensible et irrésistible.
"Non", dis-je, en le repoussant. "Cela ne peut pas être uniquement sexuel. Simplement… je ne suis pas d’accord".
"Ce n’est pas que sexuel, Anna", dit Thomas, m’attirant de nouveau vers lui.
"Comment ça ?" le défiai-je.
"Savoir ce dont j’ai besoin, ce que j’attends de toi, est la seule et unique manière de commencer à en découvrir les
raisons".
"Et de mieux comprendre", terminai-je.
"Oui". Il posa sa main sur la mienne, entrecroisant ses doigts avec les miens.
Je saisis le collier posé sur la table à l’aide de mon autre main. Il était étonnamment souple, avec un revêtement
molletonné très doux au toucher. "Est-ce que je dois porter ça ?" demandai-je.
"Tu n’as pas à faire quoi que ce soit, Anna".
Je déglutis. Tout ça sonnait comme un paquet de conneries – faire des choses sexuelles pour mieux le connaître. Il
était plus âgé que moi, plus expérimenté. Il était doué pour manipuler les situations, les retourner et les déformer
jusqu’à ce qu’elles entrent dans la petite boîte qu’il avait choisi. Il avait l’habileté d’un grand avocat. Sa carrière
était brillante, et je me demandais comment cela empiétait sur sa vie privée.
Je baissai les yeux sur le collier, l’imaginant me le passer autour du cou, bien serré. Me ligoterait-il ? Me
banderait-il les yeux ? Me ferait-il dégouliner de la cire chaude sur la peau ? Je ne connaissais pas les règles.
Je me remémorai cette fille descendant au sous-sol en compagnie de cet homme, les murs sombres, toute cette
scène semblant de mauvais augure. J’aurais dû être effrayée. Mais à la place, j’étais profondément excitée. La
simple pensée d’être à la merci de Thomas, un collier au cou, la bouche bâillonnée ou les yeux bandés me fit
mouiller.
Je voulais m’abandonner, le laisser libre de faire tout ce qu’il voulait de mon corps, de m’utiliser de la façon
qu’il désirait. Mais il y avait autre chose, une connexion que je ressentais envers cet homme. Même si je venais
juste de faire sa connaissance. Il disait que cela nous rapprocherait, mais je n’étais pas certaine d’y croire.
Je me mordis la lèvre, pensive, mon cœur et mon cerveau se querellant, à la recherche d’une solution amiable.
Au final, Thomas déciderait pour moi.
Il m’embrassa doucement les lèvres, et quand il cessa, il appuya son front contre le mien.
J’ouvris les yeux et les plongeait les siens.
"S’il te plaît", chuchota-t-il. Il porta ma main à ses lèvres, embrassant doucement et lentement chacun de mes
doigts, ses yeux ne quittant jamais les miens.
C’était tellement réel, pur et délicat.
À ce moment précis, je me sentis si profondément connectée à son âme, prête à exaucer le moindre de ses désirs.
Je pris sa main dans la mienne et la serra.
"Oui", dis-je. "Prends-moi. Je suis à toi".
La musique jouait autour de nous avec un rythme hypnotisant. Thomas tendit la main et saisit le collier. Il le plaça
délicatement autour de mon cou, faisant attention à ne pas trop le serrer.
Une longue chaîne pendait du collier, mais il saisit ma main au lieu de la laisse. Il savait que j’étais nerveuse, que
ce monde m’était étranger, qu’il devait procéder avec douceur.
Il me guida vers la piste de dance.
Plusieurs hommes au bar se retournèrent et observèrent Thomas me conduire vers la porte du sous-sol, et je fus
surprise de découvrir que c’était plaisant. Il devait être excitant pour ces hommes de savoir que Thomas allait me
baiser, soumise, totalement vulnérable et à sa merci.
Thomas me rapprocha de lui, sa main autour de ma taille, agrippant fermement ma hanche. "Je n’aime pas la façon
dont ils te regardent", me dit-il à l’oreille. "Mais je ne peux pas leur en vouloir, tu es tellement sexy".
Je rougis. Ces hommes me regardaient-ils vraiment avec envie ? Cela semblait improbable, vu le grand nombre de
femmes superbes dans le club. Mais j’aimais le fait que Thomas soit possessif, qu’il ne veuille pas qu’un autre
homme me regarde.
Thomas ouvrit la porte du sous-sol et me dirigea vers l’escalier de pierre noire qui descendait vers un couloir. La
tapisserie, de couleur rouge foncé, était duveteuse, les lumières tamisées.
Il n’y avait pas de musique en bas, mais les vibrations de l’étage supérieur résonnaient à travers le plafond. Mon
cœur se mit à battre, sans que je sache si ces battements étaient dû aux vibrations de la musique ou à mon
appréhension.
Le couloir présentait une courbe, et au fond, un large pilier noir masquait la visibilité. J’entendis le son d’un coup
de fouet provenant de quelque part dans cette direction, suivi du gémissement d’une femme.
Ma main se resserra sur celle de Thomas.
Il me serra contre lui. "Ça va ?" demanda-t-il, repoussant tendrement une mèche de cheveux de mon
visage.
Je hochai la tête, la bouche sèche.
Il m’embrassa doucement sur les lèvres. "Sais-tu ce qu’est un mot de sécurité, Anna ?"
"Je pense que oui". J’avalai ma salive. "C’est le mot que tu dois prononcer si tu veux tout arrêter".
Il hocha la tête. "Notre mot est ‘bleu’. Dès que tu prononceras ce mot, je cesserai immédiatement ce que
nous serons en train de faire, sans poser aucune question. Est-ce que tu comprends ?"
"Oui".
Il m’embrassa de nouveau, cette fois lentement et profondément, ses mains serpentant le long de mon dos
et m’empoignant les fesses.
Lorsqu’il cessa, ses yeux cherchèrent les miens.
"Est-ce que tu me fais confiance ?" demanda-t-il. Ses yeux flamboyaient, sa voix était maintenant
autoritaire et puissante. Ce n’était pas une requête ou bien une question. La réponse qu’il voulait était
évidente.
"Oui", chuchotai-je.
Il saisit la laisse et nous traversâmes le couloir.


Le couloir débouchait sur une salle circulaire. L’éclairage y était faible et mes yeux mirent plusieurs
secondes à s’ajuster à la pénombre. Un instant plus tard, deux formes se dessinèrent.
Une femme, vêtue d’une combinaison de cuir, rampait sur le sol en direction d’un homme muni d’un fouet.
Lorsqu’elle s’approcha de lui, il lui fouetta les fesses. Elle gémit de plaisir, s'allongea et plaça un bâillon
à balle sur sa bouche.
Une partie de la pièce voyait son périmètre surélevé, sur lequel étaient dressées des petites tables pour
deux personnes.
Des hommes et des femmes étaient assis, observant l’homme au fouet flageller de nouveau la croupe de la
femme. "Veux-tu rester pour regarder ?" demanda Thomas.
Je hochai rapidement la tête en signe de désapprobation. Je n’étais pas prête pour ça. Observer cet homme
et cette femme ressemblait à une intrusion dans leurs plus intimes moments. J’étais consciente qu’ils ne se
seraient pas exhibés de la sorte si cela ne les excitait pas, s’il ne voulait pas de public.
Mais, quelque part, cela semblait indécent.
Thomas rit et me tira vers une porte donnant hors de la pièce principale. La pièce était noire, sans fenêtre,
avec une petite lumière de couleur verte allumée à l’extérieur de la porte.
"Qu’est-ce que la couleur verte signifie ?" demandai-je.
"Cela veut dire qu’il n’y a personne à l’intérieur". Il ouvrit la porte et me tira à l’intérieur.
La pièce était de la taille d’une petite chambre à coucher. Il y avait une table pliante avec un bloc-notes
déposé au centre. Un présentoir accroché au mur était recouvert de fouets, de chaînes, et d’accessoires que
je ne reconnaissais pas.
Mon pouls s’accéléra, je me retournai et regardai Thomas. Il ferma la porte derrière lui et tamisa les
lumières.
"Anna", il respira, me tirant dans ses bras. "Ce soir, ton entraînement commence".
"Mon… entraînement ?"
"Oui, ton entraînement". Il s’approcha du présentoir et saisit une pagaie à fessée.
Il me lécha les lèvres, soudainement nerveux.
"Tiens-toi debout au milieu de la pièce, Anna".
Je m’exécutai.
Il marcha autour de moi, scrutant mon corps d’un œil critique. Il souleva ma robe à l’aide de la pagaie, et
avec sa main, m’empoigna les fesses. Je portais un string noir. "Règle numéro un", dit Thomas. "Tu devras
toujours porter un string. Assorti au soutien-gorge. Tu devras toujours être prête à te déshabiller n’importe
quand et me laisser voir ce corps magnifique dès que je le demanderais. Tu comprends ?"
"Oui", dis-je.
Il maintint ma robe en l’air et me fouetta les fesses avec la pagaie. "Retire ta robe, Anna".
Je fis ce qu’il dit, retirant ma robe et la laissant tomber sur le sol.
L’air froid me saisit le bout des seins, les faisant instantanément durcir.
Thomas tira brutalement mon soutien-gorge vers le bas, révélant mes seins. Il saisit mon mamelon, le
tordit jusqu’à ce que je pousse un cri. C’était excitant de me tenir là, le voir me regarder, exposée à son
seul regard et m’utilisant pour le moindre de ses désirs.
"Mets-toi à genoux, Anna", commanda-t-il.
Je me laissai tomber.
Il se déplaça de l’autre côté de la pièce and me fixa, les yeux tel un brasier explosif.
"Rampe vers moi", commanda-t-il.
Je fis ce qu’il dit, marchant à quatre pattes, les fesses en l’air, les seins ballottant, les yeux sur lui.
Lorsque je fus à sa hauteur, il rassembla mes cheveux avec sa main, se pencha et m’embrassa
vigoureusement sur la bouche.
"Ce soir", grinça-t-il. "Ce soir, Anna, tu es à moi". Il prit une paire de menottes du présentoir et m’attacha
les mains dans le dos.
Ma respiration venait par à coup, mon cœur battait. Il déboutonna son pantalon, et sortit sa queue. Un
gémissement m’échappa et mes tétons durcirent de plus belle.
Il m’empoigna par les cheveux et força son pénis contre mes lèvres. J’ouvris la bouche en signe
d’acceptation, mais il recula.
"Attends que je te le dise", dit-il.
Il frotta son gland sur mes lèvres, je pus sentir un liquide délicieux mouillant mes lèvres. Il me rendait
folle. Je mourais d’envie de le sucer, le sentir remplir ma bouche, laisser son sperme couler dans ma
gorge.
"Supplie-moi", exigea-t-il.
"S’il te plaît", gémis-je.
"S’il te plaît quoi ?", répliqua-t-il. Il se masturba, la queue devant mon visage.
"S’il te plait, laisse-moi te sucer".
"Ouvre la bouche".
J’ouvris la bouche. Il m’agrippa par les cheveux, me renversa la tête en arrière puis me gifla sur la joue
avec sa queue.
"Tire la langue".
Je sortis ma langue, et il la gifla de sa queue. Il avait un goût salé et sexy. J’en voulais plus. J’essayai de me
mouvoir vers lui, mais et renversa ma tête en arrière de nouveau et recula sa queue.
"Non", grogna-t-il.
"Désolée", implorai-je. "S’il te plaît, laisse-moi la sucer".
"Sucer quoi, Anna ? "
"Ta queue", gémis-je. "Laisse-moi te sucer la queue".
Il la gifla de nouveau contre mon visage, la pressant sur ma langue. Il enfila sa queue dans ma bouche pour
quelques mouvements de va-et-vient. Je le suçai, adorant la sensation à l’intérieur de ma bouche. Mais
après quelques secondes, il se retira.
Il attrapa mes menottes et les détacha.
"Rampe jusqu’à la table, Anna", dit-il.
Je rampai jusqu’à la table au milieu de la pièce. Elle ressemblait aux tables que l’on rencontre dans les
cabinets médicaux et recouverte d’un matériau noir et souple.
Il m’allongea sur la table.
Il se pencha et m’embrassa le ventre, glissa sa langue par-dessus de mon nombril et descendit jusqu’à mon
string. "Soulève les jambes".
Je soulevai les jambes. Thomas arracha mon string, le tissu soyeux chatouillant ma peau au fur et à mesure
qu’il glissait le long de mes jambes. Il m’attrapa les genoux et les replia pour avoir une meilleure vue sur
ma chatte.
"Miam", gémit-il en s’approchant de moi. Il prit sa queue dans sa main et la frotta contre ma fente. "Tu as la
chatte la plus adorable".
"Baise-moi", suppliai-je. "S’il te plaît Thomas, j’ai besoin que tu me prennes".
"Pas encore, bébé", dit-il. "Tu vas d’abord jouer avec cette chatte pour moi".
Il me saisit la main et la guida entre mes jambes. "Vas-y, bébé", dit-il. "Montre-moi comment tu fais".
Mes doigts faisaient du va-et-vient, massant mon clitoris. Il approcha sa queue, de plus en plus proche de
mon trou. Je saisis sa queue et essayai de l’introduire en moi mais il m’attrapa la main et la souleva au-
dessus de ma tête.
"Tu penses que c’est comme ça que ça va se passer, hein ?". Il saisit les menottes qui pendaient de la table
et m’attacha les poignets.
Il se déplaça de sorte à être maintenant debout en face de la table. Je le fixai du regard, admirant encore
une fois sa beauté. Il était musclé, sculpté et bien bâti – épaules larges, tablettes de chocolat parfaites,
pectoraux de toute évidence taillés dans la pierre.
Il se tint devant moi, et me planta sa queue devant la bouche. "Ouvre", ordonna-t-il.
J’ouvris la bouche et cette fois, il me laissa le sucer.
Il remplit ma bouche, sa queue à la fois douce et dure contre ma langue. Il saisit un de mes seins, ses coups
de reins devinrent de plus en plus rapides, sa queue percutant le fond de ma gorge.
Sa main se déplaça, effleura mon ventre, mes hanches, caressa mes cuisses jusqu’à ma chatte. Il glissa un
doigt en moi, commença à le bouger, de plus en plus vite, au rythme de ses coups de reins.
Je suçai sa queue pendant qu’il me doigtait, aimant la sensation d’être pénétrée par deux orifices en même
temps.
Il se retira et se déplaça au bord de la table, soulevant mes jambes et les repliant jusqu’à ce qu’il soit
positionné juste au-dessus de ma chatte. Il caressa mon visage avec le doigt, me l’enfonça dans la bouche
afin que je puisse me goûter.
Je crus exploser.
Il repoussa mes jambes et me pénétra.
Il s’enfonça profondément en moi, le désir prenant le dessus, seconde après seconde et de plus en plus fort.
Je n’en pouvais plus. Je jouis, criant par-dessus son épaule. Ses mains étaient accrochées à mes épaules,
me serraient fortement alors qu’il me baisait.
Une seconde plus tard, un orgasme le prit de vitesse.
Il se retira et m’embrassa sur les lèvres.
"Tu es tellement belle", dit-il en caressant mes cheveux.
Nous restâmes dans cette position pendant un long moment, le regard fixé sur l’autre, ses lèvres rencontrant
les miennes si souvent.
Je réalisai qu’il avait raison.
Je ne m’étais jamais sentie aussi proche de lui.

Ce sentiment agréable ne dura pas.
Une fois sortis et à l’arrière de la limousine de Thomas, je devins immédiatement complexée. Le sexe avait
été extraordinaire, l’excitation totale lorsqu’il m’avait attachée à la table, m’avait fait ramper, attrapée par
les cheveux et pratiquement étouffée avec sa queue.
Nous étions allés dans un club fétichiste. Les femmes étaient élégantes et splendides, les hommes
manifestement habitués à des femmes de ce calibre. Mais hormis les évidentes différences physiques entre
moi et ces femmes, je m’inquiétai de ne pas avoir poussé suffisamment loin pour lui.
C’était clairement le genre de choses qui excitait Thomas, le genre de choses qu’il attendait de la personne
qui partageait sa vie. Et je commençai à réaliser que cela m’avait excité, moi aussi. J’avais aimé lui être
soumise, aimé ne pas savoir jusqu’où les choses iraient, jusqu’où il me pousserait, ce qu’il me ferait.
J’avais été complètement à sa merci, et cela m’avait coupé le souffle.
Je me remémorai ensuite la fille du club. Celle dans la pièce principale qui portait une combinaison de
cuir noir et marchait vers l’homme muni du fouet. Puis le présentoir accroché au mur et rempli
d’accessoires dans la pièce où Thomas et moi étions.

Nous ne nous étions pas servis d’un grand nombre d’accessoires. Était-ce assez pour lui ? S’était-il retenu
à cause de moi ? Et si c’était le cas, jusqu’où pourrais-je aller sans que cela devienne inconfortable ?
Jusqu’où s’attendait-il aller ? J’avais aimé ce qui s’était passé, mais je n’étais pas sure de comment je me
serais sentie s’il était allé plus loin.
"Tu es bien silencieuse, Anna", dit Thomas au moment où sa limousine approchait de mon appartement.
"Est-ce que tu t’es bien amusée ce soir ?"
"Oui". Je n’aimais pas le mot ‘amusée’. On n’est pas censé s’amuser dans un club SM. On est supposé y
passer un moment hallucinant, dément, ou même simplement extraordinaire.
"Alors pourquoi est-ce que tu sembles contrariée ?"
"Je ne suis pas contrariée". Je croisai les mains sur mes genoux. Il prit mes mains dans les siennes. Elles
étaient grandes et sensuelles, douces et réconfortantes. "Anna", dit-il. "Dis-moi ce qui ne va pas".
"Je…" Je déglutis. "J’ai passé un moment extraordinaire, j’ai adoré ce que nous avons fait. Mais je ne
peux pas m’empêcher de penser que ce n’était pas ce que tu espérais".
"Et j’espérais quoi exactement ?" Il fronça les sourcils, son front plissa sous la confusion.
"Peut-être que tu en voulais plus de ma part".
"Regarde-moi quand tu parles".
Je le regardai, mes yeux plongés dans les siens.
"C’était plus qu’assez pour moi, Anna. Ce soir, j’ai obtenu beaucoup plus que ce que j’avais espéré".
"Mais ces femmes, les choses qu’elles font…"
"Chhh". Il posa son doigt sur mes lèvres, me réduisant au silence. "C’est un voyage, Anna. Ce n’est pas
quelque chose qui s’apprend en une nuit, ou même une semaine. Tu vas suivre un entraînement qui
concerne tous les aspects liés à la soumission, et pas seulement sexuelle".
"Les aspects non sexuels se référant à quoi exactement ?" demandai-je.
"Profite du moment présent, Anna. Ne te préoccupe pas du reste maintenant".
Nous arrivâmes à mon appartement. Il se pencha et m’embrassa doucement.
"Au revoir, Anna", dit-il. "Essaie de dormir un peu".
"Au revoir, Thomas".
Je descendis de la limousine et entrai dans le hall de mon immeuble, me sentant de nouveau complètement
désorientée. Nous avions eu ce moment parfait après avoir joui tous les deux. La façon dont il s’était
allongé sur moi, m’enveloppant, m’embrassant, me faisant sentir en sécurité, protégée. Même il y a à peine
un instant, à l’arrière de la limousine, il avait été compréhensif et merveilleux.
Je me sentais si proche de lui.
Mais maintenant j’allais passer la nuit seule dans mon appartement. J’espérais qu’il m’aurait invitée chez
lui, ou au moins… je ne sais pas. J’avais dit vouloir le connaître, me rapprocher de lui, et c’était comme
si, pendant un court instant, j’avais mérité tout ça.
J’avais l’impression d’être retournée à la case départ.
Sans oublier que je l’avais confronté à propos de ces photos, celles de Nora et Dani et des marques sur
leurs poignets, et qu’il avait réussi à me convaincre que cela ne voulait rien dire. Je fouillai dans mon
cartable pour y retrouver le dossier.
Je pensai à combien j’avais été naïve de me rendre dans ce club pour le confronter. Je n’aurais jamais dû.
Je me sentais telle une droguée après sa dose ou une alcoolique après un verre. Agir en sachant
pertinemment qu’il ne faut pas, tout en essayant de te convaincre toi-même que cela va être différent cette
fois, que tu vas garder le contrôle. Mais finalement, tu aboutis à la même situation, perdue, déprimée et
honteuse.
Tu renonces jusqu’à ce que la tentation soit trop forte, puis le cycle recommence.
Je sortis la clé de mon appartement, l’introduisit dans la serrure, mais la porte était déjà ouverte. Julia, ma
colocataire, avait dû rentrer, ce qui était bizarre à cette heure de la nuit. Elle était habituellement à
l’extérieur, se baladant en ville avec les quelques amis qu’elle avait rencontrés depuis son déménagement
un an plus tôt. Elle dormait le jour pendant j’étais en classe, puis sortait une grande partie de la nuit, ne
rentrant qu’aux petites heures du matin, puis s’effondrait dans son lit et s’endormait.
C’était parfait pour moi. Julia était gentille. J’aimais l’idée de cohabiter avec quelqu’un, l’idée d’avoir
une présence dans l’appartement. Ainsi, je n’étais pas tout le temps seule.
Mais j’aimais aussi les moments de solitude, pouvoir étudier à la bibliothèque du campus jusqu’à huit ou
neuf heures le soir puis rentrer dans un appartement silencieux, me préparer du thé ou du café puis
continuer à étudier dans le salon, la cuisine ou la chambre sans avoir à me soucier du bruit ou de réveiller
quelqu’un à deux heures du matin si je décidais de me préparer une petit en-cas.
Je poussai la porte d’entrée et entrai.
Un effluve de cuisson me parvint de la cuisine, je fronçai les sourcils. C’était une odeur inconnue – pas
l’odeur de l’aliment en tant que tel, mais le fait qu’elle provienne de ma cuisine. Ni Julia ni moi ne
cuisinons. J’étais presque sûre que notre four avait l’étiquette prouvant son remplacement avant que nous
emménagions encore apposée dessus. Cela faisait partie des choses mentionnées dans la petite annonce.
Appareils électroménagers neufs. J’avais vu ça comme un plus à l’époque, pas parce que je planifiais
cuisiner mais parce qu’ils étaient jolis.
"Hey", dis-je à Julia.
Elle était debout près de la cuisinière, remuant quelque chose à l’aide d’une cuillère en bois. Elle portait
une paire de collants élastiques noirs et un t-shirt blanc simple, ses longs cheveux blonds attachés en une
sorte de chignon plaqué sur le haut de la tête. Julia possédait le corps typique d’une danseuse – grande et
mince, sans aucune courbe. Son visage n’était pas particulièrement joli – le nez un peu trop grand, les
lèvres un peu trop fines. Mais ses yeux étaient grands et bleus, et elle avait ce genre de look exotique et
étrange de ces mannequins tendances, le genre qui rend les hommes fous.
"Goûte-ça", dit-elle, me tendant la cuillère pleine de sauce à spaghetti. "Trop salé ?" Je goûtai. "Un peu",
admis-je. "Rajoute peut-être un peu de sucre. C’est ce que ma mère faisait".
"Bonne idée". Elle prit le sucre, puis me jeta un coup d’œil. "Hum, ça semble bizarre, je ne suis pas sûre".
"Quoi ? Mettre du sucre dans la sauce à spaghetti ?" Je me demandais ce qu’elle dirait si elle savait ce qui
s’était passé ce soir, que j’étais dans un club fétichiste avec un possible meurtrier, un homme que je
représentais professionnellement.
"Non, pas ça". Elle repoussa les cheveux de son front. "Josh est ici".
"Josh ? " Je fronçai les sourcils.
"Ouais, tu sais Josh de ta classe ? Je l’ai rencontré au bar en bas". Elle se mordit la lèvre et me regarda,
dans l’expectative.
"Et d’où connais-tu Josh toi ?"
"Tu te rappelles le jour où il est venu déposer ton affectation ? J’étais sur le point de sortir. Tu nous as
présentés et nous sommes redescendus ensemble dans le hall. J’en déduis qu’il m’a reconnue quand il m’a
vue au bar".
"Oh". Je ne saisis pas pourquoi elle trouvait cela étrange. Que Josh soit dans mon appartement n’était pas
si dramatique, peut-être que Julia voulait coucher avec lui ? Allait-elle me demander de partir pour leur
laisser un peu d’intimité.
"Je ne savais quel était l’arrangement entre vous ". Elle guettait ma réaction de façon intentionnée.
Puis je compris. Peut-être pensait-elle que j’avais un faible pour Josh. Ce n’était pas le cas. Ce n’avait
jamais été le cas. Josh était le compagnon fraternel que toute femme recherche. Je le trouvais un peu
désagréable, il était odieux en classe, essayant toujours de montrer ce qu’il savait au lieu de laisser son
intelligence parler pour lui à travers son travail.
"Moi et Josh ?" dis-je. "Il n’y a aucune entente entre nous. Nous ne sommes même pas si bons amis que ça.
Tu devrais tenter ta chance".
"Merci". Julia me sourit. "Comment s’est passé ton rendez-vous ?"
"C’était bien" dis-je, essayant de rester évasive.
Je sentis qu’elle allait me demander des détails, ce dont je ne voulais pas vraiment parler.
Tout ce que je lui dirais se limiterait à un simple rendez-vous avec un homme rencontré dans un bar, ce qui
techniquement n’était pas un mensonge.
Je bâillai rapidement, et m’étirai. "Je suis épuisée. Je vais me coucher".
"Ok" dit-elle avec un clin d’œil. "On va essayer de ne pas faire trop de bruit".
"Où est Josh, d’ailleurs ?" demandai-je.
"Il s’est caché dans la salle de bain".
Bien. J’espérais qu’il ne passerait pas sa vie là. Je voulais prendre une douche avant d’enfiler un pyjama
confortable et me lover dans mon lit. J’étais fatiguée mais je voulais étudier un peu avant de m’endormir.
Je n’avais pas encore fait mes lectures, ni étudié mes cas ce week-end. Et d’ici à lundi j’allais me
retrouver lamentablement en retard. La simple pensée de sortir mes livres et mon ordinateur portable
m’était pénible car mes paupières étaient déjà lourdes. Je me lèverais plus tôt demain, me dis-je à moi-
même. Je me lèverais tôt et me rendrais à mon café préféré, étalerais mes livres et mes papiers, me
commanderais un muffin et la plus grande tasse café existante pour m’immerger ensuite dans mon travail.
Mon travail habituel. Pas celui relié au cas de Thomas.
Étant perdue dans mes propres pensées, je ne me rendis pas compte que la porte de ma chambre était
restée ouverte. Je la ferme toujours lorsque que je m’en vais. Pas parce que je ne fais pas confiance à
Julia, mais parce que je ne connais pas les amis que Julia invite occasionnellement, et une porte close
décourage généralement le monde à entrer et envahir mon espace personnel.
Lorsque je m’approchai de la chambre, j’entendis un bruit provenant de l’intérieur, comme quelqu’un qui
étouffait. Mon cœur s’accéléra quand je jetai un coup d’œil à travers la porte ouverte.
C’était Josh.
Je poussai un souffle de soulagement, remerciant le ciel que ce ne soit pas un intrus. Je passais beaucoup
trop de temps dans les commissariats de police et les clubs fétichistes. Il faut arrêter de tout dramatiser,
me dis-je.
Mais mon soulagement fut de courte durée. Josh était devant ma commode, le tiroir supérieur ouvert. Sa
respiration était forte, et de prime abord, je pensais qu’il était blessé. Ensuite seulement me vint la pensée
qu’il pouvait fouiller à la recherche de quelque chose.
J’allumai la lumière.
Josh se retourna, surpris.
Il avait une main sur la commode, prêt à la retirer. De son autre main, il tenait une de mes culottes
enroulée autour de sa queue. Il se branlait, sa main naviguant furieusement de bas en haut.
"C’est quoi ce bordel ?" criai-je. "Je peux savoir ce que tu fais ?"
"Rien", répondit-il calmement, n’ayant même pas la décence de paraître bouleversé ou embarrassé de
s’être fait prendre. Il continua à se masturber pendant quelques secondes, pour que je sois sûre de bien
comprendre ce qu’il faisait. Il replaça ensuite la culotte dans son tiroir et remonta la braguette de son
pantalon.
"Non, ce n’était pas rien", dis-je. "Tu te masturbais dans mes sous-vêtements".
"Qu’est-ce qui se passe ?" demanda Julia, surgissant dans le couloir. Elle tenait toujours à la main la
cuillère couverte de sauce tomate, elle la lécha et me regarda, en attente d’une réponse. "J’ai entendu
crier".
"Rien", dit Josh en sortant de ma chambre et se dirigeant vers le couloir. "Je sortais de la salle de bain
quand j’ai cru apercevoir une souris dans la chambre de Anna".
"Ooh", dit Julia, hochant de la tête. "J’en ai aperçu une dans la cuisine hier soir aussi. Je pense qu’il serait
temps d’appeler un exterminateur".
Je regardai Josh, incrédule. Pensait-il vraiment que j’allais le laisser s’en sortir après ce qu’il venait de
faire ? "Il n’y avait pas de souris", dis-je, mes battements de cœur s’accélérant. "Josh était dans ma
chambre et fouillait dans mes affaires. Je l’ai surpris à se masturber dans mes sous-vêtements".
Je regardai Julia, guettant une réaction de révolte telle que mettre Josh à la porte. Ou peut-être même
appeler la police.
"Quoi ?", demanda Josh, choqué. "Tu plaisantes, hein ?"
"Non, je ne plaisante pas". Je traversai ma chambre et sortis la culotte qu’il venait juste de reposer.
"C’était celle-là".
"Ce n’est pas drôle, Anna" dit Julia, posant sa main sur l’épaule de Josh. "Même si tu plaisantes".
"Je ne plaisante pas". "Il se masturbait ici, dans ma chambre, Julia".
"Tu es cinglée", dit Josh. Il secoua la tête et regarda Julia. "Je n’aurais jamais fait une chose pareille".
"Anna, c’est dégueulasse de mentir comme ça", dit Julia. Ses yeux devinrent durs comme l’acier et elle
soutint mon regard. "Tu vas devoir réfléchir à ce que tu vas dire avant d’ouvrir la bouche".
"Julia", dis-je d’une voix calme. "Je ne suis pas une menteuse". Ils me regardèrent tous les deux comme
une sorte de criminelle à l’esprit dérangé. J’étais terrorisée, ils étaient ligués contre moi, sans oublier le
sentiment de profanation lorsque quelqu’un pénètre dans ta chambre et fouille ton tiroir à dessous.
"Ça suffit Anna !", dit Julia.
"Non", dis-je. "Il se masturbait dans mes sous-vêtements".
"Arrête de dire ça !", dit Julia. "Il a vu une souris dans ta chambre. Il n’aurait pas…" Sa voix traîna,
embarrassée, et je savais ce qu’elle s’apprêtait à dire. Que je n’excitais pas Josh au point tel qu’il se
puisse se faufiler dans ma chambre et fouiller mes tiroirs intimes. Ce n’était pas assez excitant.
"Ça va", dit Josh, frottant le dos Julia. "Elle est manifestement contrariée que nous sortions ensemble.
Peut-être devrions-nous aller ailleurs".
"Oui, nous devrions certainement", dit Julia. "J’ai perdu l’appétit de toute façon". Elle me jeta un regard
grave et attrapa la main de Josh.
Une seconde plus tard, j’entendis la porte s’ouvrir puis se fermer.
Je m’assis sur mon lit. Mes mains tremblaient et je sentais le sang circuler à travers mon corps et marteler
mes oreilles. J’eus la nausée. Je me sentis sale, comme si j’avais le besoin irrésistible de prendre une
douche et laisser l’eau couler pour un long, long moment.
Relax, me dis-je. Il est parti maintenant. Il ne t’a pas fait de mal. Il ne t’a pas touchée. Tu es en
sécurité. Mon téléphone sonna, et je jetai un œil au numéro de l’appelant.
Thomas.
Je décrochai.
"Allo ?"
"Ça fait un quart d’heure que je me promène dans ton quartier, et je me demandais quelle excuse trouver
pour te revoir".
Sa voix était si réconfortante, si chaleureuse, que je fondis immédiatement en larmes.
"Anna", dit Thomas, sa voix s’assombrissant. "Qu’est-ce qui ne va pas ?"
"Ce n’est rien", dis-je. "C’est stupide, c’est juste… tu te souviens de Josh, le gars qui m’accompagnait
l’autre soir à ton bureau ?"
"J’arrive tout de suite". La ligne coupa.
Il déboula dans mon appartement quelques minutes plus tard. Je pleurai quand il me prit dans ses bras.
"Chhut", dit-il, caressant mes cheveux. "Chhut, tout va bien maintenant".
Il me guida vers le canapé, me fit asseoir et alla me chercher un verre d’eau dans la cuisine.
"Merci", dis-je avec gratitude, essayant de ne pas l’avaler d’un trait.
"Dis-moi ce qui s’est passé".
"Ce n’était rien, vraiment. Je suis sûre que je dramatise". Je pris une inspiration tremblante et m’essuyai
les yeux du revers de la main. "Quand je suis rentrée tout à l’heure, ma colocataire avait invité Josh, que tu
connais. L’étudiant du professeur Worthington. Elle lui préparait de la sauce à spaghetti".
"Et ?" souffla-t-il.
"Et quand… quand je suis entrée dans ma chambre, je l’ai surpris à se masturber dans mes sous-
vêtements". Je rougis en prononçant ces mots à haute voix. C’était ridicule d’être gênée ou timide de
parler de quelque chose comme ça après ce que Thomas et moi avions fait ce soir. Mais je l’étais.
"Où est-il ?" demanda Thomas, se levant du canapé. "Où est ce petit bâtard ?" Il partit dans le couloir à
grandes enjambées, comme s’il partait à sa recherche.
"Il n’est plus là", dis-je. "Il est parti avec Julia".
"Il a de la chance". Il prit une lente et longue inspiration par le nez et se rassit sur le canapé.
"Non, ce n’est pas que… tu ne… c’était juste effrayant, tu comprends ?".
"Bien sûr". Il me serra, me laissant enfouir mon visage contre son torse. Il était fort, protecteur. J’appréciai
sa présence. Une seconde plus tôt, j’étais terrorisée, nerveuse, me sentait sale, avait l’impression d’avoir
fait quelque chose de mal et dramatisé en quelque sorte. Mais maintenant Thomas était là, tout allait
mieux.
"Ma colocataire m’a fait comprendre que je dramatisais", dis-je, me reculant.
Il secoua la tête, comme si l’opinion de Julia ne valait rien, comme si elle était un insecte qu’on pouvait
écraser du pied sans que personne ne s’en rende compte ou s’en inquiète. J’appréciai le fait d’avoir son
soutien, et encore plus d’avoir une vraie conversation qui n’avait rien à voir avec le sexe ou son cas.
J’avais un problème, et il était là et me consolait.
"Tu ne restes pas là ce soir", dit Thomas. "Va préparer ta valise".
"Oh, ce n’est pas nécessaire", dis-je juste pour être polie. Parce qu’en vérité, je souhaitais désespérément
retourner dans son appartement, pas seulement parce que j’avais peur, parce qu’aussi je voulais être avec
lui.
"Prend tes affaires", dit-il, ignorant mes paroles.
Je me dirigeai vers la chambre, sortis ma valise du placard, la valise que ma mère m’avait donnée avant
que je ne commence mes études de droit en ville. Tu pourras l’utiliser quand tu viendras nous rendre
visite, avait-elle dit. Je me demandais ce qu’elle dirait si elle avait su que je l’utiliserais pour me rendre
dans l’appartement d’un homme, qui était peut-être un tueur, un homme avec qui j’avais couché quelques
minutes après l’avoir rencontré.
Je réunis quelques vêtements et accessoires de toilette, attrapai mes livres d’école et mon ordinateur, juste
au cas où Josh et Julia reviendraient et fouineraient dans mes affaires. La pensée de laisser mes affaires
sans surveillance, que Josh puisse revenir et finir ce qu’il avait commencé me donna la nausée. Le pire qui
pouvait arriver serait d’être là quand ça arriverait.
"Prête ?" demanda Thomas quand je revins dans le salon.
"Prête".

L’appartement de Thomas était chaleureux et invitant, spécialement après le drame que je venais de vivre
chez moi. Il me prépara un plateau de fromages et de petits biscuits salés qu’il servit avec du Canada Dry.
"Merci", dis-je.
"De rien". Il se versa un verre d’eau et s’assit à table avec moi.
"Merci de, hum, me laisser rester ici", dis-je.
"Tu n’as pas à remercier, Anna, pour ce qui est certainement la plus décente des choses à faire".
Le petit biscuit salé que je mangeais se coinça soudainement dans ma gorge. Voulait-il dire qu’il m’avait
invitée juste parce que je faisais pitié ? Que j’étais une pauvre petite fille qui n’avait nulle part où aller ?
"Est-ce que c’est pour ça que tu m’as invitée ici ?" pressai-je. "Parce que c’était la chose la plus décente à
faire ?"
"Tu n’es pas d’accord ?" demanda-t-il.
"Oui, mais j’espérais que tu aies d’autres raisons, comme éventuellement celle de me vouloir ici".
"Je te voulais ici", dit-il en prenant ma main. Il effleura ma paume de son doigt. "Je pense à toi tout le
temps. Ça me rend fou d’être loin de toi".
Mon cœur accéléra quand ses lèvres rencontrèrent les miennes.
Quand il recula, je vis le feu, celui qui voulait me déshabiller, dans ses yeux.
La sonnerie de son téléphone retentit.
Je jetai un œil à l’identité de l’appelant.
Katie, il était écrit.
"Excuse-moi", dit Thomas. "Je dois le prendre".
Il disparut dans le couloir, j’essayai de mettre ma déception de côté. Juste parce j’étais là ne voulait pas
dire qu’il devait mettre sa vie de côté. Et Katie n’était pas forcément une femme avec qui il couchait. Ça
pouvait très bien être sa sœur, vu le peu que je savais sur lui.
Je terminai mon assiette et l’apportai à l’évier. Le lave-vaisselle étant vide, je la rinçai et la déposai à
l’intérieur.
Thomas n’était toujours pas revenu. Je me rassis à table et attendit.
Il réapparut un moment plus tard, semblant agité.
"Est-ce que tout va bien ?"
Il hocha la tête. "Des soucis de travail".
"Oh". Pendant un moment, j’avais oublié que Thomas était un grand avocat. Juste parce qu’il était
confronté à des problèmes juridiques ne signifiait pas qu’il avait été relevé de tous les cas dont il avait la
charge. "Quelque chose que je peux faire ?"
Il secoua la tête. "Non. Je vais devoir partir tôt demain matin pour les régler".
"Un dimanche ?"
Il sourit. "Tu es mieux de t’y habituer, Anna. Si tu deviens avocate, ça va être ça ta vie".
Il traversa la pièce et enveloppa ses bras autour de ma taille et me serra très fort.
"Thomas !" couinai-je quand j’enroulai mes bras autour de son cou. Il me porta dans la chambre, où il me
déposa devant la salle de bain. Il avait déjà apporté mes affaires, ma valise était posée sur le lit.
J’étais ravie de constater que je dormirais ici dans son lit, et non pas dans une chambre d’ami.
"Il y a des serviettes dans la salle de bain", me dit-il. "Elles pourraient être difficiles à trouver".
"Pourquoi ? " demandai-je, confuse. "Où sont-elles ? "
"Dans le placard".
"Alors pourquoi seraient-elles si difficiles à trouver ? "
"Tu pourrais avoir besoin de mon aide".
"Surement pas", dis-je. "Je devrais y arriver".
"Ok". Il haussa les épaules. "Je suis là si jamais tu as besoin".
Je pris une longue douche, et laissai l’eau laver ma journée. La salle de bain de Thomas était remplie de
toutes sortes de choses hors de prix. J’utilisai un de ses shampoings délicieusement parfumés, le
travaillant en une mousse onctueuse, appréciant la sensation.
Quand j’eus terminé, je m’enroulai dans une serviette moelleuse, séchai mes cheveux jusqu’à être capable
de les dompter puis enfilai un t-shirt pour dormir.
Quand j’arrivai à la chambre, Thomas était allongé sur le lit. Un tas de papiers étalés devant lui, il lisait.
Il était torse nu, ses triceps, biceps et autre ceps contractés et gigantesques.
Je me sentis gênée de porter un simple t-shirt. J’aurais dû apporter autre chose pour dormir, quelque
chose de plus sexy. Les femmes que Thomas fréquentait devaient probablement posséder toutes sortes de
lingerie, robes de chambre, chemises de nuit et jarretières coûteuses.
Mais aussitôt que Thomas me vit, ses yeux se consumèrent.
"Tu vas payer pour être entrée ici avec ce petit t-shirt, Anna". Il se releva, ramassa ses papiers et les posa
sur la table de chevet.
"Payer ?" Je glissai sur le lit, rampant vers lui, faisant l’innocente. "Que veux-tu dire ? "
Il ne répondit pas, mais souleva mon t-shirt au-dessus de mes hanches. Ses mains caressèrent mon ventre
puis mes seins, ses pouces glissèrent sur mes mamelons.
Il me tira vers lui, collant mon dos contre sa poitrine. Je sentis sa queue en érection, à travers son boxer,
contre mes fesses.
Il retira mon t-shirt, descendis ma culotte et me tira vers lui.
"Écarte les jambes", commanda-t-il.
Il s’approcha par derrière et me pénétra brusquement. Il m’attrapa le bras et le tira en arrière, enlaça mon
cou avec son autre main, glissant son index a l’intérieur de ma bouche.
Il me baisa avec force et rapidité.
"Viens pour moi", dit-il. "Viens pour moi, bébé".
Ce fut rapide et obscène. Penser qu’il m’utilisait m’excita. Donc je fis ce qu’il dit. Je jouis.
Il éteignit ensuite la lumière, se colla contre moi, pour une séance câlins.
"Anna", murmura-t-il. "Tu ne peux pas imaginer ce que tu me fais".
"Je ne sais pas", dis-je. "Je ne sais pas".
Il parcourut mon bras de ses doigts doucement, lentement.
Nous restâmes silencieux pendant un moment puis je dis, "est-ce que tu dors ?"
"Non, et toi ?"
"Non", gloussai-je. "Je… je trouve étrange que ne presque rien savoir de toi".
"Tu sais plein de choses sur moi".
"Pas vraiment". J’avalai ma salive. "Je ne sais même pas d’où tu viens ni si tu as des frères et sœurs".
"Je viens d’une toute petite ville. J’ai un frère. Nous ne sommes pas proches". Il repoussa les cheveux de
mon cou et m’embrassa. "Est-ce suffisant ?"
"Non", répondis-je honnêtement. "Je me sens si proche de toi que ça me semble fou. Parce je ne connais
rien de toi. C’est frustrant".
"C’est extrêmement difficile pour moi de me rapprocher des gens", dit-il.
Je pensai à cette femme, Nora, son ex-fiancée, qui était morte. Je me demandais si c’était pour cette raison
qu’il avait peur de se rapprocher des gens. J’entrecroisai mes doigts avec les siens. Je voulais le
questionner à propos d’elle, mais j’avais peur qu’il ne se referme encore plus sur lui-même.
"Est-ce pour cette raison que tu voulais m’emmener dans ce club ?", demandai-je. "Parce que si tu es en
contrôle physiquement, tu l’es aussi émotionnellement ?"
"Peut-être".
Je voulais qu’il dise quelque chose, je voulais en savoir plus.
Mais il ne dit rien.
Je voulais qu’il me parle de son enfance, d’où il a grandi, de son lycée, de ses parents, de ses plats
favoris, de ses procès préférés… je voulais juste lui parler.
D’un autre côté, c’était assez pour ce soir. Le fait qu’il me serre contre lui, nos corps emboîtés étaient déjà
une petite victoire en soi, un pas de plus vers l’avenir.
"Bonne nuit, Anna", dit-il.
"Bonne nuit, Thomas".
Une seconde plus tard, je m’endormis.


Je me réveillai avant que le jour ne se lève.
"Bonjour", dit Thomas. Il était debout de son côté du lit, vêtu d’un sweatshirt à capuche et d’un pantalon
de jogging. Même dans ces vêtements de sport, tout droit sorti du lit, il était incroyablement beau. Je
frissonnai. "Je vais courir", dit-il. "Il est trop tôt pour te lever. Rendors-toi".
Il m’embrassa sur la joue et je me rendormis.
Plus tard, j’entendis vaguement le bruit de la douche qui coulait, et sortant paré d’une simple serviette.
J’eus ensuite un autre flash de lui en costume, portant un attaché-case.
Quand finalement j’ouvris les yeux, le soleil frappait à travers les vitres et le réveil indiquait 10:07. Et
moi qui devais soi-disant me lever de bonne heure.
J’avais un message texte de Thomas sur mon téléphone.
Au bureau. Appelle-moi quand tu liras ceci.
Je le lis et me rallongeai sur le lit. Le message était si sommaire, si bref. Je m’étais sentie si proche de lui
la nuit dernière, au moins pour un moment, et maintenant il était de nouveau distant.
Je m’apprêtai à l’appeler quand mon téléphone sonna.
Le professeur Worthington.
"Anna ?" aboya-t-il quand je décrochai.
"Oui", dis-je essayant d’insuffler à ma voix le plus d’énergie possible pour qu’il pense que j’étais
réveillée depuis des heures et non pas en train de somnoler dans le lit d’un de nos clients, un meurtrier
potentiel.
"Je veux que vous veniez au parc tout de suite", dit-il.
"D’accord". Je m’assis. "Tout va bien ? "
"Non, Anna. Tout ne va pas bien. Ils ont trouvé un autre corps".
"Un autre corps ?" Les battements de mon cœur martelèrent mes oreilles.
"Oui, c’est Kate. La secrétaire de Thomas. Elle est morte".
4 .CE QU’IL A BESOIN.

Thomas

J’étais incapable d’arrêter de penser à elle. Ses yeux. Sa peau. Son corps contre le mien. C’était
déconcertant de ne pas pouvoir me la sortir de la tête.
Mon jogging du matin servait à faire le vide dans ma tête, à refouler tous les bruits de la ville et du
monde et mes pensées obsessives.
Mais elle arrivait toujours à se faufiler.
Et je ne pouvais pas l’arrêter.
Je courus plus vite, essayant de m’échapper, mais cela ne servit à rien. Mes pensées dérivèrent vers
la nuit dernière au club, à comment ces hommes la regardaient quand je l’ai conduite au sous-sol. Ils
avaient salivés sur ses seins et son magnifique petit cul, et elle ne s’en était même pas rendu compte.
J’aurais voulu la baiser là, devant eux, pour leur montrer qu’elle était à moi. Mais j’étais trop
protecteur pour ça. Je n’avais pas non plus aimé qu’ils la voient dans sa petite robe sexy. Juste d’y
penser, j’étais fou de jalousie.
Elle était si belle peu importe ce qu’elle portait. Elle allait devenir le fantasme de tout homme qui
croiserait son chemin. J’allais devoir établir des règles concernant comment elle aurait le droit de se
vêtir en public. Je ne pourrai pas empêcher totalement les hommes de la regarder, mais je pourrai
leur rendre la tâche plus difficile.
Ma queue se contracta quand je me rappelai à quel point elle avait peur de ne pas être suffisante pour
moi. Le fait qu’elle ait déjà peur de cela, après une seule séance au club, me donna une érection.
J’avais hâte d’explorer son corps, de la pousser, de l’attacher, de lui donner la fessée, de la baiser et
de la prendre de toutes les manières que même ses rêves ne lui permettraient pas.
Je trouvai mon rythme, essayant de canaliser mes pulsions sexuelles en quelque chose de physique,
mais cela ne me calmait pas.
Quand je revins à l’appartement, elle était allongée dans mon lit, les cheveux étalés sur l’oreiller. Elle
était paisible, les couvertures enroulées autour d’elle. Elle avait dormi nue, et cela m’avait pris toute
la retenue du monde pour ne pas tirer les couvertures, soulever ses jambes en l’air et enfouir mon
visage dans sa petite chatte. Sa chatte était douce, lisse et avait le gout du miel.

Elle avait posé des questions la nuit dernière, me demandant pourquoi j’avais besoin de ces choses.
Je voulais lui expliquer, lui donner les réponses que si désespérément elle voulait.
Je commençai à réaliser que je ferais n’importe quoi pour la garder près de moi, et m’assurer qu’elle
serait là quand j’en aurais besoin. Et si cela signifiait de lui expliquer, il fallait que je trouve une
façon de le faire.
Les battements de mon cœur s’accélérèrent dans ma poitrine, autant à cause de la vision de ses
longues jambes bien proportionnées et ses lèvres boudeuses que du fait que j’aurai à faire tomber
mes barrières.
Cette pensée était elle-même une menace d’une terrifiante intensité.
Si je lui expliquais, qu’arriverait-il? me demandai-je.
Elle pourrait ne pas comprendre.
Elle pourrait partir.
Elle pourrait avoir peur.
Elle pourrait te voir pour qui tu es vraiment.
Un monstre.
Quelqu’un qui ne devrait pas être aimé.
Elle te quittera.
Comme tu le mérites.

Anna
La strangulation est une horrible façon de mourir. La victime reste consciente de son environnement
jusqu’à ce qu’elle rende son dernier souffle. Il y a souvent une bagarre qui précède la mort, les
victimes griffent, se battent et sont en colère contre leur assaillant jusqu’à ce que les abysses de
l’inconscience les emportent.
J’avais lu sur le sujet à l’époque où je voulais devenir médecin, quand je passais des heures à la
bibliothèque publique, me forçant à lire études après études les diverses façons dont les gens
pouvaient mourir. J’avais appris comment les gens pouvaient arrêter de s’alimenter après avoir
approché la mort, comment ils pouvaient être de plus en plus fatigués, pourquoi il ne fallait jamais
dire quelque chose à une personne mourante si vous ne vouliez pas qu’elle l’entende, étant donné
l’ouïe est le dernier sens à disparaître.
Et ça avait servi, au moins un peu, à apaiser ma peur.
Mais quand j’avais vu le corps de Kate étendu là sur le sol, couvert de feuilles, son visage de pierre,
ses lèvres bleues, j’avais presque vomi. J’eus des haut-le-cœur dans les buissons, et je fus chanceuse
de ne pas être dans le champ de vision du professeur Worthington. Il était plus haut, de l’autre côté des
arbres, parlant à un officier de police.
Nous étions sur le sentier des joggeurs, et c’était l’heure bizarre du matin où les lève-tôt, les gens qui
se lèvent à cinq, six, sept ou même huit ou neuf, finissait leur course. Il faisait froid pour la saison, et
c’était relativement calme pour un dimanche matin. Mais il y avait encore des gens qui marchaient sur
le sentier. Je m’approchai de l’officier qui avait fermé le périmètre avec du ruban de police.
"Vous devriez recouvrir son corps", dis-je. "Elle ne peut juste pas… elle ne devrait pas être exposée
comme ça".
J’étais surprise d’avoir été autorisée à m’approcher aussi près. C’était une scène de crime en cours
d’analyse, et la police était censée prendre toutes les précautions nécessaires pour ne pas la
compromettre. J’avais lu, dans mes études, que des choses comme ça pouvaient arriver, la police
laissait piétiner des scènes de crime, à tel point que personne ne pouvait plus avoir confiance dans les
preuves collectées. J’avais pensé que ces cas étaient exceptionnels, mais maintenant, je réalisais que
ça pouvait arriver.
Je secouai la tête quand l’officier de police haussa les épaules, agissant comme si je n’étais qu’un
simple citoyen concerné et non comme si je savais de quoi je parlais. Mon sang se mit à bouillir, et
tout l’inconfort que j’avais ressenti à la vision du corps de Kate était maintenant remplacé par une
colère justifiée.
Je marchai d’un pas lourd sur les feuilles en direction du professeur Worthington. "La police est en
train de tout foutre en l’air", déclarai-je en le voyant. "Ils n’ont même pas recouvert le corps". Le
professeur Worthington regarda l’officier de police à qui il parlait, qui leva ses mains en l’air. "On
nous a dit de ne toucher à rien tant que le service des homicides n’était pas arrivé", dit l’officier. "Pas
de ma faute".
Le professeur Worthington secoua la tête et me conduisit quelques pas plus loin sur le sentier, hors de
portée d’écoute de l’officier. "Seigneur, Anna", dit-il. "Vous devez apprendre à la fermer. C’est une
enquête de police concernant un meurtre, pas une espèce d’excuse pour venir jusqu’ici et jouer les
avocats de première".
Je fronçai les sourcils. "Ce n’est pas ce que je faisais", dis-je. "J’essayais de m’assurer qu’aucune
des preuves ne soit compromise. Il y a un corps laissé à la vue de n’importe qui qui…"
"L’autre côté du sentier est bouclé", dit-il. "Personne n’est autorisé ici".
"J’ai pourtant réussi à passer sans problème".
"Ouais, bon, ils ont dû vous laisser passer avant que le périmètre ne soit bouclé". Il pointa l’autre côté
du sentier, où bien sûr, était monté un barrage piétonnier. Deux policiers surveillaient, demandant aux
gens de faire demi-tour ou de dévier sur le sentier secondaire et faire le tour par l’autre côté du parc.
"Oh", dis-je, me sentant un peu stupide.
Mon téléphone vibra à l’arrivée d’un texto.
Je regardai.
Thomas.
Réveillée ? Pensé à te baiser toute la matinée.
J’hésitai. De toute évidence, personne ne lui avait parlé de Kate, ce qui était étrange. Le professeur
Worthington n’aurait-il pas dû dire à Thomas que sa secrétaire était morte ? À moins que… Était-il
possible que Thomas sache, et qu’il faisait juste semblant que tout allait bien?
"Professeur", dis-je. "Avez-vous… je veux dire, est-ce que Mr. Dorsk est au courant de ce qui arrivé
à Kate?"
"Non". Il secoua la tête. "Je voulais attendre d’avoir plus d’informations avant de lui en parler".
"Mais ne pensez-vous pas que nous aurions dû le mettre au courant immédiatement? Il est impératif
qu’il ait un alibi". Je priai pour que Kate ait été assassinée la nuit dernière, pendant que nous étions au
club. Il serait embarrassant d’être l’alibi de Thomas, mais je n’étais certainement pas la seule à l’avoir
vu là-bas. Et si c’était une façon de prouver l’innocence de Thomas, et bien, il fallait que je gère.
Si Kate avait été tuée ce matin, bien… mon souffle se coinça dans ma gorge. Thomas était parti faire
du jogging. Peut-être dans ce parc. Il avait pu être à proximité du meurtre au moment même où il était
perpétré. Le corps de Kate ne semblait pas être là depuis longtemps, mais c’était difficile de juger
d’après le regard rapide que j’y avais jeté.
Et puis je me rappelai. Kate ne pouvait pas avoir été tuée la nuit dernière. Parce que j’avais vu son
nom apparaître sur le téléphone de Thomas Dorsk quand il avait sonné. Les battements de mon cœur
commencèrent à s’accélérer, mon pouls résonnait dans mes oreilles.
Qu’avait-il dit déjà, lorsqu’il avait raccroché? Quelque chose à propos de Kate ayant un problème
mais qu’il allait s’en charger ?
L’appel avait eu lieu tard, donc à moins que Kate n’ait décidé de sortir courir en plein milieu de la
nuit, il était beaucoup plus probable qu’elle ait été tuée ce matin.
Un goût de bile remplit ma bouche et mon estomac se retourna. La pensée de Thomas assassinant
quelqu’un me donna de nouveau envie de vomir. Je commençai à me sentir nauséeuse, et je m’obligeai
à prendre de profondes respirations. Je me souvins du retour de Thomas à la maison, dans sa tenue de
sport, la douche qu’il avait prise, le costume qu’il avait enfilé avant de partir travailler. Avait-il pu
assassiner Kate pendant ce laps de temps? L’assassiner, revenir à la maison puis partir travailler
comme si de rien n’était?
Je repensai à la nuit dernière, à la façon dont il me serrait contre lui, à ses lèvres sur mon cou, ses
bras autour de moi. Une chaleur envahit mon corps quand je me souvins à la vitesse à laquelle il avait
accouru à mon appartement aussitôt qu’il avait appris ce qui s’était passé avec Josh.
La pensée d’avoir pu dormir à côté d’un meurtrier, d’avoir pu tomber amoureuse d’un meurtrier me
rendit malade.
Tu n’es pas en train de tomber amoureuse, Anna, me dis-je à moi-même. Tu ne connais même pas ce gars.
Il t’a amenée dans un club SM et t’a servi de vagues excuses concernant le fait qu’il ne pouvait pas te
laisser entrer dans sa vie à cause de barrières émotionnelles. Ne mélange pas cela avec une vraie relation.
Mais je le ressentais comme une vraie relation.
C’était si intime que j’avais laissé la fille en moi prendre le contrôle, la femme en moi tombait
amoureuse. J’avais ignoré la partie de moi étudiante en droit, la partie qui était sur une scène de
crime, la partie qui était supposée écouter le professeur Worthington.
Je savais que je ne devais pas, mais j’envoyai un message texte à Thomas.
Ta secrétaire est morte. Ils l’ont trouvée dans le parc. Une idée de qui peut l’avoir assassinée ?
Ce n’était probablement pas la meilleure façon pour lui de l’apprendre. J’aurais pu être plus subtile.
Mais j’avais besoin de savoir ce que lui, savait.
Où es-tu ? dit la réponse.
Au parc. Réponds à ma question.
"Anna", dit le professeur Worthington. J’ai besoin que vous me rencontriez cette après-midi. Nous
allons devoir passer à travers le rapport de police, et découvrir quand aura lieu l’autopsie. Nous
devrons rencontrer Mr. Dorsk, et déterminer où il était au moment exact de la mort de Kate". Je
voulus lui signifier que c’était exactement ce que je venais de dire, mais je résistai. Le professeur
Worthington se passa la main dans les cheveux et me regarda, le regard tranchant. "Prenez-vous des
notes, Anna? Ou bien je suppose que vous avez une mémoire photographique?"
"Oh, hum, oui… je veux dire, non, je n’ai pas une mémoire photographique. Je vais prendre des
notes". Je fouillai dans mon sac et sortis un bloc-notes et un stylo. Tout ce que je pouvais faire, c’était
ne plus tenir mon téléphone dans ma main, attendant la réponse de Thomas. Il était sur le mode
vibration, mais je pourrais ne pas l’entendre s’il était dans mon sac.
"Nous allons devoir faire une demande de réquisition pour l’ordinateur de Kate, pour découvrir si
quelque chose pourrait nous être utile".
J’écrivis furieusement, essayant de suivre tout ce qu’il disait.
"Nous aurons aussi besoin de son téléphone". Il regarda son propre téléphone, et je me demandai s’il
considérait appeler Thomas finalement. "Nous allons avoir besoin d’un expert en informatique,
demandez Kelly Jones, c’est la meilleure dans ce domaine. Et dites-lui que nous avons besoin d’un
meilleur prix, et que je connais le montant des honoraires qu’elle a facturé à Fitzgerald".
J’écrivais de plus en plus vite, essayant de ne rater aucune information. Pendant tout ce temps, je ne
pensais qu’à Thomas, Thomas, Thomas, Thomas.
Pouvait-il avoir assassiné quelqu’un? Pouvais-je avoir passé la nuit avec un tueur? Mon instinct me
disait que non. Mais c’est comme ça que les sociopathes et les psychopathes vous bernent. Ils vous
charment et vous font croire qu’ils seraient incapables de poser les gestes aussi haineux qu’ils posent.
Cela fait partie de leur trouble de la personnalité. Nous avions dû lire tout ce qui concernait les
troubles de la personnalité pour le cours d’introduction au droit criminel l’année dernière lorsque
nous étudions les cas de défenses pour aliénation mentale.
Thomas serait-il accusé de meurtre? Devrons-nous plaider l’aliénation mentale ? Devrais-je défendre
un homme avec qui j’avais couché?
"Oh, bien", dit le professeur Worthington, regardant du côté du barrage de police.
"Voilà Josh".
Je me retournai pour regarder. Il avait raison, c’était bien Josh. Il était de l’autre côté du barrage de
police et avait, de toute évidence, été stoppé par le policier. Il faisait des gestes au professeur
Worthington.
"Qu’est-ce qu’il fait là?", demandai-je.
"Je lui ai demandé de venir", dit Worthington. "Vous aurez besoin d’aide avec toute cette paperasse".
Ma tête tournait, l’adrénaline se déversait dans mes veines. Maintenant non seulement je devais
m’inquiéter du fait que Thomas pouvait être un meurtrier, mais aussi que je doive travailler avec
Josh.
"Je pensais que Thomas avait dit qu’il ne voulait pas de lui sur l’affaire?" dis-je, essayant de mon
mieux de ne pas trahir d’émotion dans ma voix.
"Thomas?", demanda le professeur Worthington, le sourcil interrogateur.
"Hum, je voulais dire, Mr. Dorsk".
"Mr. Dorsk ne veut pas que Josh travaille directement avec lui, c’est vrai. Mais je suis certain qu’il
n’a aucune objection concernant la paperasse". Le professeur Worthington mit ses doigts dans sa
bouche et siffla les officiers de police en contrebas. "Hey!" dit-il. "Laissez-le passer! Il est avec
moi!"
"D’ailleurs pourquoi sommes-nous autorisés ici?" demandai-je. Maintenant que j’y pensais, c’était
définitivement bizarre. Pourquoi l’avocat d’une personne accusée de meurtre serait autorisé sur la
scène du crime? Surtout puisque Thomas n’avait même pas encore été accusé du crime.
Worthington se retourna et me lança un regard noir. "Anna", dit-il. "Ne soyez pas si naïve. La justice
dépend de qui vous connaissez". Son regard se concentra sur quelque chose par-dessus mon épaule.
"Josh", dit-il.
"Quoi de neuf?" dit Josh, apparemment décidé à se conduire de façon non professionnelle. Pas que je
sois surprise. Quelqu’un qui se masturbait dans mes sous-vêtements quelque douze heures plus tôt,
n’était probablement pas trop concerné par le protocole.
"Ce qu’il y a de neuf, c’est que nous avons un corps", dit Worthington. Il secoua la tête, comme s’il ne
pouvait pas croire que nous soyons aussi incompétents.
"Hey, Anna", dit Josh. Il me fit un grand sourire et me tendit une tasse en carton de Starbucks. "Je t’ai
apporté un café".
J’ai pensé la prendre et la lui jeter en plein visage, ou bien cracher dedans et la lui jeter en plein visage. Puis
j’ai pensé, et merde, pourquoi je lui donnerais cette satisfaction? Je savais qu’il adorerait me voir ébranlée
et faire une crise devant le professeur Worthington. Josh était un pervers et un serpent. Et les pervers et les
serpents ont beaucoup de choses en commun, notamment l’envie de vous avoir et de vous mordre.
Donc à la place, j’arborai un grand sourire sur mon visage et prit la tasse de café. "Merci, Josh!", dis-je. Je
portai la tasse à mes lèvres et fis semblant de prendre une gorgée. J’avais fixé ma limite à prendre le
café mais ne pas le boire, je n’aurais pas été surprise qu’il me fasse quelque chose de méchant.
"Pas de problème", dit-il. Il me fit un clin d’œil.
La veille, je m’étais sentie violée et écœurée, presque terrifiée. Aujourd’hui, je ressens toujours le même
dégoût envers lui, mais il s’est métamorphosé en quelque chose d’autre. Maintenant, je voulais qu’il sache
que je lui tiendrais tête, et ce juste parce qu’il avait fait quelque chose de révoltant, je ne le laisserais pas
m’atteindre. À l’intérieur, je tremblais mais en apparence, je semblais calme.
"Qu’est-ce qu’on fait ici, patron? " demanda Josh. Il prit une grande gorgée de son propre café.
"On s’assure que la police ne fout pas tout en l’air, comme ils ont l’habitude", dit le professeur Worthington.
"Ils ont plus tendance à suivre les règles quand quelqu’un de la défense est présent sur place". "Nous ne
sommes pas de la défense", interrompis-je. "Je veux dire, vous savez, parce que hum, il, Mr. Dorsk n’a pas
été accusé d’un quelconque crime".
Les deux me regardèrent comme si j’étais une petite fille naïve. "Maintenant", dit Worthington, ignorant
complètement mon commentaire. "Nous allons avoir une réunion aussitôt que c’est terminé ici. Êtes-vous
disponible tous les deux cette après-midi? Disons vers trois heures? On peut se rejoindre à mon bureau".
"Je suis désolée", dis-je. "Mais je ne suis pas sure que vous ayez besoin de nous deux. J’ai suffisamment de
temps libre pour m’occuper de toute la paperasse".
J’évitai le regard de Josh au moment où je prononçais la dernière partie de ma phrase.
La dernière chose que je voulais, c’était qu’il pense que je le voulais hors de l’affaire à cause de ce qu’il
avait fait la nuit dernière, même si bien sûr c’était la raison. Je me demandai si je ne devrais pas plutôt juste
en parler au professeur Worthington.
J’imaginai le choc sur son visage quand je déballerais l’histoire. "Professeur, Josh ne devrait pas être
autorisé à travailler sur cette affaire avec moi parce que je l’ai surpris à se masturber dans ma chambre".
Mais bien sûr, je ne pouvais pas faire ça, même si j’en avais envie. Ce serait extrêmement peu
professionnel.
"Vous pensez que vous pouvez gérer ce cas à vous toute seule, n’est-ce pas Anna? " demanda le professeur
Worthington. "Vous pensez qu’un seul étudiant peut faire le travail de trois assistants juridiques?" Je voulus lui
demander pourquoi alors il n’avait pas trois assistants sur l’affaire, mais je connaissais déjà la réponse.
C’était parce que les assistants juridiques ne voulaient pas de cette merde, ils n’assemblaient pas les
preuves, ni ne remplissaient de formulaires, ils cherchaient des cas de jurisprudence et préparaient les
arguments de la défense pour les procès.
"Non", dis-je. "Je disais juste que si Josh avait d’autre travaux à faire, alors…"
"Qu’est-ce que tu fous là, petit enculé?", grogna une voix près de moi. Du coin de l’œil, j’aperçus un manteau
sombre, un gant noir puis j’entendis un craquement lorsque Josh fut frappé au visage et envoyé au tapis.
"Oh, mon dieu!" Je portai ma main à ma bouche en voyant Thomas debout à côté, les yeux fous de rage.
"Seigneur, Dorsk", dit le professeur Worthington. "Qu’est-ce que vous faites?"
Mais Thomas n’avait pas fini. Il attrapa Josh par le col de son polo, le souleva jusqu’à ce leurs
visages soient à quelques centimètres l’un de l’autre. "Tu ne t’approches pas d’elle", ordonna Thomas.
"Tu ne la regardes pas, tu ne lui parles pas, même pas tu penses à elle. Tu comprends?"
Toute trace de témérité avait disparu du visage de Josh. Quelques minutes plus tôt, lorsqu’il m’avait
tendu ce café, il était prétentieux et confiant. Maintenant il tremblait comme un petit garçon. Thomas le
secoua de nouveau.
"Est-ce. Que. Tu. Comprends?"
"Ouais", dit Josh. "Oui, oui, je comprends".
Thomas lâcha prise. Mais j’étais certaine qu’il allait le frapper de nouveau. C’était comme si ce n’était
pas lui, comme s’il était sorti de son corps et que je ne comprenais pas ce qu’il faisait.
"Thomas!", criai-je, saisissant son bras. "Thomas, arrête!"
Il me regarda, nos regards se croisèrent ce qui sembla le faire revenir à la réalité. "Thomas", dis-je.
"S’il te plaît, arrête. Arrête. C’est fini. Tout va bien".
Sa respiration était saccadée, mais je pouvais dire qu’il allait mieux, il se calmait. Je ne baissai pas mon
regard et ne lâchai pas son bras. Je voulus le serrer contre moi, dans mes bras, lui dire que tout allait bien
aller, mais je n’osai pas devant le professeur Worthington. Les policiers s’étaient retournés pour voir ce qui
se passait.
"Tout va bien!" leur cria le professeur Worthington. "Tout va bien". Les policiers firent un signe de tête et
retournèrent à leur poste de garde. Plusieurs voitures de police s’arrêtèrent de l’autre côté et deux hommes en
costume descendirent. Ils devaient être des détectives venus pour faire l’inventaire de la scène de crime.
"Il était temps"¸ rouspéta le professeur Worthington. Il se retourna vers Josh. "Ça va?"
"Ouais", dit Josh avec une trace de prétention, maintenant qu’il savait qu’il n’y avait plus de menace
immédiate. "Je vais bien".
Le professeur Worthington regarda Thomas et secoua la tête. "Je n’ai pas besoin de vous dire combien il était
stupide de venir sur une scène de crime duquel vous savez que vous serez une personne d’intérêt. Et au-delà
de cela, il était encore plus stupide d’avoir une altercation avec un membre de la défense. Devant la barbe
des policiers".
"Je vous ai dit que je n’en voulais pas sur mon cas", dit Thomas. "Et je maintiens".
"Il ne travaillera pas directement avec vous", expliqua le professeur Worthington.
"Mr. Dorsk", dis-je, espérant que ma voix sonnait professionnelle. "Je peux vous assurer que Josh se
comportera de la manière la plus professionnelle possible". J’envoyai à Thomas un regard menaçant. La
dernière chose que je voulais, c’était Josh sur cette affaire. Il était ma compétition, sans mentionner un
pervers total et complet. Mais il était déjà suffisamment clair que quelque chose se tramait entre Thomas et
moi, et ce serait encore pire pour moi, et pour Thomas, si Josh était jeté hors du cas. Le professeur
Worthington serait encore plus contrarié que lorsque j’avais suggéré que je pouvais tout gérer moi-même. Il
pourrait même me virer.
Thomas avait le visage fermé et une veine pulsait sur son cou. Il utilisait le peu de sang-froid qui lui
restait pour ne pas insister pour que Josh soit retiré du cas. Finalement, il secoua la tête.
"Peu importe", dit-il. Il retourna et quitta les lieux.
Je le regardai s’en aller, combattant l’idée de courir le rejoindre.
"Anna", dit Worthington. "Allez avec lui". Il me donna de nouveau ce regard complice, identique à
celui qu’il m’avait donné au commissariat de police lorsque Thomas m’avait appelé dans sa
limousine. Il savait qu’il y avait quelque chose entre Thomas et moi, probablement pas exactement
quoi, mais il savait. Et il s’en moquait. J’avais pensé lui répondre non, lui dire que mon travail
n’était pas du baby-sitting de client. Mais en fait ça l’était, en tout cas un peu.
J’étais une étudiante en droit. J’étais chanceuse de simplement pouvoir travailler sur ce cas, et même
si j’aurais préféré d’autres circonstances, si Worthington voulait que je suive Thomas, je devais
suivre Thomas.
Tu veux le suivre.
Je courus sur le sentier en direction de Thomas qui marchait à grands pas à travers les arbres, prenant
un raccourci vers la route principale. On entendait des sirènes au loin, et je pouvais entendre les voix
des détectives arrivant sur la scène de crime.
"Thomas!" appelai-je, mais il continua de marcher, sans même se retourner.
"Thomas! Je sais que tu m’entends", grognai-je en essayant de le rattraper.
Puis finalement, lorsque nous arrivâmes sur le trottoir, il se retourna. "C’était quoi, ça?", demanda-t-
il.
"C’était quoi, quoi?"
"La connerie de ‘Josh se comportera professionnellement’"
Je secouai la tête. "Il fallait que je dise ça! C’’est mon travail, Thomas. Je ne peux pas paraître mal
devant le professeur Worthington".
"Bien, alors vire-le aussi alors", dit Thomas en colère. Il se retourna et marcha sur le trottoir, évitant
les marcheurs du dimanche qui n’étaient pas pressés de se rendre là où ils devaient se rendre. Ils se
promenaient, des sacs remplis de victuailles du marché de la ferme, un café à la main, appréciant la
journée. Thomas faillit presque rentrer dans un homme tenant une boîte de beignets.
"Thomas!" criai-je. "Thomas, arrête!"
Il ralentit juste un peu.
"Thomas", dis-je. "Je comprends que tu sois en colère. Je le serais aussi. Kate vient juste de mourir,
ce qui je suis sure est traumatisant. Puis tu es venu et as vu Josh ici. Mais virer le professeur
Worthington n’est pas la solution. Tu vas avoir besoin de lui, maintenant plus que jamais".
Thomas s’arrêta finalement au milieu de la rue, se dirigea vers un banc et s’assit. Il prit sa tête dans
ses mains et resta silencieux un moment. Je m’assis à côté et attendis.
Finalement, il se frotta les yeux et regarda en l’air, son regard fixant quelque chose de l’autre côté de
la rue.
"Comment est-elle morte?" demanda-t-il doucement.
"Elle a été étranglée".
"Seigneur". Il laissa retomber sa tête dans ses mains. Je voulus tendre la main, lui toucher l’épaule, le
réconforter, mais j’avais le sentiment que ça ne ferait que le contrarier encore plus. Je ne voulais pas
prendre le risque qu’il me rejette, me repousse, reconstruisant les murs et imposant une distance entre
nous. "C’est arrivé quand?"
"Je ne suis pas sure", dis-je. "Ils venaient juste de trouver son corps quand ils m’ont appelée".
Il secoua la tête de nouveau. "Elle avait juste vingt-deux ans", dit-il. "Elle n’était même pas…Elle
vivait encore chez ses parents. Elle n’avait même pas fini l’école". Quelque chose dans sa voix
indiquait une certaine familiarité, plus que quiconque aurait avec une employée.
"Avais-tu… avais-tu une relation avec elle?" demandai-je prudemment.
Il secoua la tête. "Non".
Je ne voulais pas l’agacer, ou le pousser et je savais qu’il était en colère. Mais ce que je m’apprêtais
à dire devait être dit. "Thomas, la police ne va pas y attacher d’importance. Ils vont découvrir que tu
as une connexion avec elle. Tu n’aurais pas dû débarquer sur la scène de crime comme ça. Et tu
n’aurais pas dû agresser Josh. Tu as eu beaucoup de chance que la police ne soit pas à côté. Josh
pourrait déposer plainte, il pourrait…"
"Maintenant, tu le défends?" demanda Thomas. Il secoua la tête. "Après ce qu’il t’a fait?"
"Je ne le défends pas", dis-je. "Je dis juste que tu ne peux pas laisser Josh affecter la situation. Ça ne
regarde vraiment pas bien, Thomas".
Il se retourna vers moi. "Tu penses que je suis coupable?"
"Quoi?"
"Tu penses que j’ai assassiné ces femmes?"
"Ce que je pense n’a pas d’importance". La dernière chose que je voulais, c’est qu’il pense que mon
opinion était reliée à l’affaire. Aucune opinion ne l’est, sauf celle de la police et du jury, si on en
arrive là.
Et j’étais presque certaine que cela prendrait cette direction. Une femme assassinée, mettons. Deux,
impensable. Mais trois femmes? Toutes connectées au même homme? Cela regardait mal. Vraiment,
vraiment mal. Ce serait un miracle s’il ne se faisait pas arrêter. Et s’il se faisait arrêter, il aurait
besoin du professeur Worthington. En réalité, il aurait probablement besoin de plus que ça, besoin que
le professeur Worthington supervise une équipe d’avocats tout-puissants, travaillant main dans la
main.
"Je ne t’ai pas demandé si c’était important", dit Thomas. "Je t’ai demandé si tu me pensais
coupable".
Je restai silencieuse un moment, il se tourna pour me regarder. Son regard s’était adouci, et je voyais
cette même expression qu’hier dans le hall de mon immeuble, cette expression qui m’avait convaincue
que j’étais importante pour lui, que je n’étais pas juste une passade, pas juste du sexe.
Le truc c’était, qu’au plus profond de moi, je ne pensais pas qu’il était coupable. J’avais été avec lui,
j’avais passé du temps avec lui, et j’aimais à penser que je décryptais bien les gens. Il ne ressemblait
pas au type de gars qui pourrait tuer quelqu’un, encore moins trois personnes, à mains nues.
Mais une autre partie de moi pensait que j’étais particulièrement naïve, que j’avais couché avec lui et
que mes émotions et mes hormones brouillaient mon jugement concernant l’affaire. Combien de fois
avais-je visionné ces bandes de procès ou d’interrogatoire de police où un père ou une mère insistait
sur le fait qu’il était impossible que leur fils ou fille ait commis ce viol, ou ce meurtre, ou cette
agression, même si les preuves ADN les liaient à la victime?
Je pensais que ces gens étaient ridiculement stupides. Et maintenant, je devenais l’un d’eux.
"Réponds-moi", dit Thomas.
"Je ne sais pas", dis-je honnêtement.
Il hocha la tête, se leva et se mit à marcher en direction de sa limousine, qui était stationnée sur le
bord du trottoir.
Je le regardai partir, mon cœur battant fort dans ma poitrine. J’avais ce désagréable sentiment que s’il
mettait un pied dans cette limousine, il partirait pour toujours, que je n’aurais plus jamais la chance
d’être avec lui. Cette pensée était insoutenable. Une vague de désespoir me submergea, réduisant à
néant toute tentative de protestation que mon cerveau était en train de préparer. Je courus après lui et
cogna à la fenêtre de la limousine.
Pendant une fraction de seconde, je crus qu’il refuserait de me parler.
Puis la fenêtre s’ouvrit.
Nos regards se croisèrent, et je n’avais pas besoin de parler.
Il ouvrit la porte et me laissa monter.

***
Une fois arrivés dans l’appartement, tout changea.
Cette vibration plut tôt sur le banc, me demandant de le croire, lui qui avait possiblement besoin de
moi, avait disparu. Maintenant il était d’une humeur sombre. Il marcha jusqu’au bar de la cuisine,
déboucha une bouteille de quelque chose ayant une couleur ambrée, et versa le liquide dans un verre.
Je ne savais pas quoi faire, donc je restai à côté de la porte un moment, hésitante. Il fixa son verre
après l’avoir bu à petites gorgées, broyant du noir. Il portait une chemise à manches longues blanche
et propre, une cravate et un costume noirs. Ses vêtements étaient suspendus à sa charpente de façon
parfaite, moulant son torse et ses larges épaules. Il était fraîchement rasé, ses cheveux avaient l’exacte
quantité de gel qui le rendait magnifique sans qu’on pense qu’il s’inquiétait trop de son apparence.
Nous restâmes là pour un moment, silencieux, puis Thomas lança le verre qu’il tenait contre le mur. Il
éclata en mille morceaux. Je sursautai au bruit de verre brisé, mon cœur s’arrêta dans ma poitrine, le
son semblant faire écho dans le silence inquiétant qui suivit.
Après un moment, je m’approchai avec l’intention de nettoyer le dégât.
"N’y touche pas", grogna Thomas.
Je figeai. Il ôta sa veste et la déposa sur le dossier de la chaise du bar à petit-déjeuner. Il déboutonna
ses manches de chemise et commença à les retrousser. Un délicieux frisson de peur et d’excitation
remonta le long de ma colonne vertébrale.
"Ça me déplaît lorsque je sens que tu ne me fais pas confiance, Anna", dit Thomas. "Ça me déplaît
encore plus lorsque je sens que tu n’es pas de mon côté". Il me regarda finalement, ses yeux perçant
les miens. "Tu comprends?"
Je fis signe de la tête. Je comprenais très bien ce qu’il voulait dire. Il voulait dire que j’avais choisi
Josh au lieu de lui, que j’avais protégé Josh dans le parc. Mais ce n’était pas le cas. Je me foutais de
Josh. Ce qui m’importait, c’était de protéger mon emploi avec le professeur Worthington, et de
m’assurer que Thomas ne foutrait pas son affaire en l’air. C’était mon travail en tant que membre de
son équipe juridique. Et par-dessus tout, Thomas était important pour moi.
"Qu’est-ce que tu comprends?", répliqua Thomas.
"Que tu n’aimes pas penser que je prenais la défense de Josh". Je fis un pas dans sa direction. "Mais
Thomas, je ne…"
"Arrête". Il me fit signe de ne plus bouger, je m’arrêtai. "Tu ne comprends rien du tout".
"Non?"
Il secoua la tête, les yeux en colère. "Quand tu me contraries, Anna, quand tu me défies, il y a des
conséquences".
Et je compris. Il y aurait des conséquences. Sexuelles. Je me mordis la lèvre et regardai le sol. "Oh".
"Regarde-moi quand tu parles".
Je levai les yeux sur lui et il commença à retirer sa cravate. "Penche-toi sur le comptoir, Anna", dit-il.
Je déglutis. "Hum, je ne…".
"Penche-toi sur le comptoir".
Je m’approchai du comptoir et me penchai, soulevant les fesses en l’air. Il me fit patienter dans cette
position pour une durée qui me sembla atrocement longue, même si ce ne fût que quelques secondes.
Puis son corps se posa sur le mien, son torse contre mon dos. Il repoussa les cheveux de mon visage et
les enroula autour de sa main, les tirant délicatement. La chaleur envahit mon corps et je ravalai le
gémissement qui menaçait de sortir de ma bouche.
Puis Thomas se releva, me délestant de son poids puis souleva ma jupe. "Tu vois, Anna", dit-il. "Il va
falloir qu’on fasse quelque chose à propos du port de ce genre de tenue sexy en dehors de
l’appartement". L’air froid me saisit les fesses, et la caresse de ses doigts contre l’arrière de mes
cuisses commença à me faire mouiller.
"Ce n’est pas sexy", dis-je. "C’est juste…"
Il me frappa les fesses de la main, m’envoyant une douleur vive à travers le dos. "Ne me répond pas,
Anna", dit-il.
"Oui, monsieur", dis-je.
"Bonne fille". Sa main frotta mes fesses puis ses pouces abaissèrent mon string en dessous des fesses.
"Tourne-toi", ordonna-t-il.
Je m’exécutai.
J’étais là, la jupe relevée autour des hanches et la culotte baissée, lui offrant le spectacle de mes
fesses et ma chatte. "Tiens ta jupe en l’air, Anna", dit Thomas. "Montre-moi ce corps sexy".
Je maintins ma jupe relevée et il décrivit un cercle autour de moi au milieu de la cuisine. Il
déboutonna sa chemise en marchant, le premier bouton, le deuxième, le troisième, dévoilant ce
superbe corps pour moi en même temps que je m’exhibai pour lui. Il jeta sa chemise par terre. Il était
là torse nu, fort, en contrôle, les yeux brûlant de trahison et de déception.
Il s’approcha de moi et enroula ses bras autour de ma taille. Sa bouche s’écrasa contre la mienne, me
dévorant de sa langue. Il avait un goût de menthe, de whisky et de danger. C’était un mélange enivrant
qui me fit gémir.
Il recula, me regarda et caressa mes lèvres avec ses doigts. "Tu es si belle", dit-il d’une voix rauque.
"Tu es la plus belle femme que je n’aie jamais vue de ma vie. C’est pourquoi ça me déçoit autant de
penser que tu ne me fais pas confiance. Tu comprends?"
J’acquiesçai, ne me faisant pas suffisamment confiance pour parler.
Il recula, je criai presque, c’était si horrible d’être loin de lui.
"Ôte ta chemise, Anna", dit-il.
J’enlevai ma chemise et la jetai sur le sol.
"Descends ton soutien-gorge pour que je puisse voir tes seins".
Ses yeux ne me quittèrent pas le temps que je descende les bretelles de mon soutien-gorge et dévoilai
mes seins, tendus.
Il prit un sein dans chaque main, les caressant doucement au début puis avec de plus en plus de
pression jusqu’à les pincer. Je criai.
"Regarde-moi", ordonna-t-il.
C’était difficile de maintenir le regard sur lui. L’électricité si intense qui jaillissait entre nous était
presque intolérable. Je n’avais jamais ressenti ça auparavant, jamais même pensé que je pourrais
expérimenter une sensation aussi irrésistible. Je mourais d’envie de lui près de moi, de pouvoir
l’approcher de si près, émotionnellement, physiquement, mentalement. Quand je le regardai dans les
yeux, ce fût comme une onde de choc qui me conduisit dans un lieu dont l’envie était si viscérale que
je n’étais pas sûre de pouvoir le supporter.
Thomas m’embrassa le cou, descendit sur ma poitrine, porta un sein à sa bouche, tournoya sa langue
autour de mon mamelon, j’étais étourdie. Il descendit le long de mon ventre.
Une bouffée d’embarras colora mes joues. J’étais complexée, ayant toujours souhaité un ventre plus
musclé, plus plat, plus mince. Le corps de Thomas était parfait, sculpté dans la pierre, chaque muscle
défini et ciselé. Une personne aussi magnifique allait voir chacune de mes imperfections, ça me
rendait vulnérable.
Je tentai de le repousser, mais il me serrait, agenouillé et embrassant mon ventre, sa langue continua à
descendre jusqu’à atteindre le haut de ma jupe. "Tu es belle", dit-il. "J’aime chaque partie de ton
corps".
Il détacha ma jupe, la fit glisser le long de mes jambes jusqu’à mes pieds. Je l’ôtai.
Puis sa bouche embrassa mes cuisses, écarta les plis de ma chatte, lécha ma fente jusqu’à atteindre
mon clitoris, sa langue tournoyant autour. Pendant tout ce temps, nos regards étaient fixés l’un sur
l’autre.
Finalement, je fus incapable d’en supporter plus.
Je fermai les yeux, renversai la tête en arrière, attendant la douce délivrance de mon orgasme. Mais
Thomas n’allait pas me laisser m’en tirer si facilement.
Au lieu de cela, il se leva, me laissant là, les seins à l’air et la culotte abaissée juste au-dessous de ma
chatte.
Il recula et me regarda, les coins de sa bouche arborant un large sourire malicieux. C’était le sourire
d’un homme qui était en total contrôle et qui en appréciait chaque seconde.
"Tourne-toi, Anna", ordonna-t-il. Je me tournai et il me poussa de nouveau contre le comptoir, ma joue
écrasée sur le marbre froid. Sa main glissa le long de mon dos, doucement et délibérément. Mon corps
entier eut la chair de poule.
Quand il atteignit mes fesses, il me donna une claque.
"Est-ce que tu me fais confiance, Anna?" demanda-t-il.
J’y réfléchis une fraction de seconde de trop, il me fessa de nouveau.
"Manifestement, non", dit-il, sa paume frappant mon arrière-train. "Je pensais que nous avions réglé
ce problème au club. Je pensais que tu avais compris que ta confiance était nécessaire pour que toi et
moi entretenions une relation".
Je n’étais pas sûre de savoir de quel genre de relation il parlait, mais j’aimais l’idée de nous en tant
que couple, deux personnes qui voulaient être ensemble.
Il me frappa encore. Cette claque fut plus forte, son intention était claire. Je devais me soumettre, et
pour que ma soumission soit totale, je devais lui faire confiance. Moins que cela était inacceptable.
Il me fessa encore, plus fort, je criai. La douleur fut vive, mais cela ne fit que m’exciter davantage.
C’était comme si la douleur attisait mon plaisir sexuel, chacune intensifiant la suivante, tourbillonnant
ensemble pour créer une chaleur torride qui déferlait dans tout mon corps.
Il me fessa plus fort, une fesse puis l’autre, sa paume me frappait si fort que j’étais certaine qu’elle
laisserait des marques. Cette pensée n’avait que pour seul effet de me rendre encore plus humide.
"S’il te plaît", dis-je. "Je suis désolée. Je veux me soumettre, je veux te faire confiance".
Il cessa l’agression sur mes fesses, et j’entendis le son de sa boucle de ceinture s’ouvrir. Il la retira.
Mon souffle se bloqua dans ma gorge lorsqu’il caressa mes cuisses avec le cuir de sa ceinture.
J’avais peur qu’il me fouette avec, mais il la laissa tomber au sol et une seconde plus tard, je sentis sa
queue contre mes fesses.
"Écarte les jambes, Anna", dit-il. J’écartai. "Bonne fille. Maintenant lève tes fesses en l’air".
Je cambrai le dos et me redressa sur mes hauts talons, écartant encore plus mes jambes pour lui
donner un accès total à ma chatte.
Sa queue glissa contre ma fente, je gémis.
"Non", dit-il, me frappant de nouveau.
Je me tus.
Il resta immobile un long moment, sa bite contre moi, me taquinant.
"Est-ce que tu me fais confiance, Anna?", demanda-t-il encore.
"Oui", dis-je.
Fessée.
"Dis-le-moi".
"Je te fais confiance".
Il me pénétra, doucement et profondément, d’une façon délicieuse. Il commença à bouger, me baiser,
de plus en vite, de plus en plus fort jusqu’à me marteler de ses coups de reins. Mes seins frottaient
contre le marbre. Sa queue était dure, s’allongeant au fur et à mesure de ses mouvements.
Il allait de plus en plus vite. Au moment où j’allais jouir, il ralentit. Il me releva en position debout,
nos corps étaient collés l’un contre l’autre. "Anna", murmura-t-il. "Regarde-moi". J’ouvris les yeux et
prononçai les mots que je savais qu’il voulait entendre. "Je te fais confiance, Thomas", dis-je.
"Encore".
"Je te fais confiance".
Mes mots semblèrent l’exciter, mais pas de manière frénétique. Ses mouvements étaient plus
sensuels, plus contrôlés.
"Je te fais confiance", dis-je de nouveau. Sa bouche était contre la mienne et ses mains attrapèrent
mes cheveux, me maintenant pendant que nos langues dansaient ensemble. Nous continuâmes de nous
embrasser pendant qu’il me baisait, navigant si doucement en moi que je pensais qu’il ne bougeait
plus.
À chaque fois que sa queue entrait et sortait, je la sentais contre mon clitoris, envoyant des vagues
d’intense plaisir dans mon corps tout entier.
Finalement il s’éloigna.
"Viens pour moi", chuchota-t-il. Le son de sa voix, son désir, son besoin furent suffisants pour me
faire franchir la limite. Je jouis, et une seconde plus tard, je le sentis éjaculer en moi, me remplissant
au moment l’orgasme.
Je m’effondrai sur le comptoir, épuisée, et il s’allongea sur moi, son corps puissant, chaud et
sécurisant. Après un moment, il me prit dans ses bras et commença à me porter vers la chambre.
"Thomas!" protestai-je, enfouissant ma tête dans son cou. "On ne peut pas retourner au lit".
"Pourquoi pas?"
"On est en plein jour".
Il me déposa prudemment sur le lit, écarta les cheveux de mon visage et embrassa mes lèvres. "Je
m’en fous".
Nous nous glissâmes sous les couvertures et il enveloppa ses bras autour de moi. Je me sentis
protégée, en sécurité. Je ne comprenais pas comment il était possible de penser que cet homme était
capable de meurtre. Quand j’étais avec lui, je pensais que rien ne pouvait m’atteindre, que non
seulement jamais il ne pourrait me faire du mal, mais qu’il me protégerait de tout ce qui pourrait me
causer de la peine.
Nous restâmes allongés un moment, lui me serrant, ses mains traçant une ligne de mon épaule à mon
bras, de mon bras à mon épaule, encore et encore, jusqu’à ce que je somnole. Je fermai les yeux, et
après un moment je sentis le sommeil m’attirer.
"Je suis désolé", dit Thomas. Sa voix me réveilla.
"Quoi?"
"Je suis désolé". Il prit ma main dans la sienne, entrelaçant ses doigts avec les miens.
"À propos de quoi?" demandai-je.
"De ne pas t’avoir écoutée".
"Ne pas m’avoir écoutée à propos de quoi?"
Il y eut un froissement de draps, Thomas s’accouda et me regarda. "Regarde-moi", dit-il.
Je me tournai pour m’allonger sur le flanc et levai les yeux vers lui.
Il me regarda et glissa sa main sous les draps. Il caressa mon ventre, ma taille, ma hanche. Son
contact suffit à m’exciter de nouveau. Je pris une profonde inspiration, essayant de ralentir les
battements de mon cœur. Nous étions sur le point d’avoir une vraie conversation, et je n’allais pas
laisser mes stupides hormones se mettre en travers du chemin.
"Tu disais que tu voulais te rapprocher de moi, tu disais que tu ne voulais pas que ce soit juste sexuel.
Je n’ai juste pensé qu’à moi. Je t’ai emmené dans ce club".
"Non, c’était… je veux dire, j’ai aimé aller dans ce club".
Il secoua la tête, le bout de ses doigts effleurant toujours l’os de ma hanche, décrivant un cercle
doucement et lentement. "Je suis content. Mais je veux être sûr que tes besoins soient aussi assouvis,
Anna. Tu dois me faire confiance parce que j’ai tes intérêts à cœur et que je ne te ferais jamais de
mal. Et je veux faire des choses qui te rendent heureuse".
"Je suis heureuse. Je veux dire, j’étais heureuse d’être avec toi. Mais je veux… je veux te connaître",
dis-je. "Je me sens si proche quand nous…quand nous faisions cette espèce de chose sexuelle, et je
veux continuer, mais je veux te connaître mieux aussi".
Il acquiesça, resserrant sa prise sur ma hanche. "C’est extrêmement difficile pour moi".
"Et il est extrêmement difficile pour moi de te faire suffisamment confiance pour te laisser faire les
choses que tu m’as faites".
Je vis un léger signe de déception traverser son visage, et je pus apercevoir qu’il n’aimait pas
m’entendre dire que je ne lui faisais pas confiance. Je me souvins comment il m’avait fait lui dire que
je lui faisais confiance pendant qu’il me baisait, comment cela l’excitait.
"Pourquoi est-ce si difficile pour toi?", demandai-je gentiment.
Il prit une profonde inspiration et sa mâchoire se serra. "Tous ceux que j’ai laissé entrer dans ma vie
sont partis".
La déclaration était si simple, si claire que pendant un instant, je ne sus pas quoi répondre.
"Nora?", demandai-je finalement.
Il sursauta à l’entente de son nom, et son visage s’assombrit de nouveau. J’eus peur qu’il remette ses
barrières. Mais il fit signe de la tête. "Nora. Mon père. Ma mère. Mon frère".
"Oh". Je voulus lui demander si sa famille était décédée, comme Nora, ou si c’était autre chose. Mais
la peine dans sa voix me disait que c’était extrêmement difficile pour lui d’en parler, et je ne voulus
pas trop le pousser.
"Es-tu proche de ta famille, Anna?" me demanda-t-il.
Je réfléchis à la question. "Je suis proche de ma sœur", dis-je finalement. "Ma mère et moi avons
une relation compliquée".
"Et ton père?"
"Il est mort quand j'avais seize ans".
"Je suis désolé".
"Ce n'est pas ta faute". C'était la réponse standard que je donnais quand quelqu'un me disait qu'il
était désolé pour mon père. Je n'ai jamais compris pourquoi les gens sont empathiques. Comment
peut-on être désolé quand on ne connaît même pas la personne?
"Anna", dit Thomas, approchant sa main de moi. "Je suis désolé pour ton père".
Je fis simplement un signe de tête, ayant peur de parler. Je priai pour que Thomas ne me demande
pas comment mon père était mort, pour ne pas avoir à revivre ces horribles moments, même en
pensée.
"Et ta mère? Qu'est-ce que ça veut dire une relation compliquée?"
"Ça veut dire que c'est compliqué. Je l'aime mais je ne suis pas sure que je l'apprécie".
Cela fit sourire Thomas. "Et pourquoi tu ne l'apprécies pas?"
"Elle a fait des choix de vie avec lesquels je ne suis pas d’accord. Et elle s'attend à ce que je les
accepte. Mais quand je fais des choix qui ne lui plaisent pas, elle n'a aucun problème à me dire que
je ruine ma vie. En plus, elle s'est remariée après le décès de mon père, et je n'aime pas tellement
mon beau-père".
"Pourquoi? Est-ce qu'il t'a fait du mal?"
"Quoi? Non, c'est juste une espèce... de connard. Je suis supposé aller à sa fête d'anniversaire
demain soir. Ce n'était pas le bon soir pour personne, mais il a insisté parce que c'était le jour de son
anniversaire". Je secouai la tête en réalisant combien c'était puéril. "C'est pas grave".
J'approchai la main du torse de Thomas, laissant mes doigts s'attarder sur ses pectoraux, ses épaules,
ses abdominaux. Maintenant que la frénésie sexuelle était passée, j'avais le temps de le sentir,
vraiment le sentir, et apprécier combien son corps était musclé et en forme.
"J'aimerais y aller avec toi", dit Thomas d'une voix calme et sérieuse.
Ma main s'immobilisa sur son biceps. "À la fête?"
"Oui. Si tu es d'accord".
"Bien sûr", dis-je, essayant d'avoir l'air indifférent. "Ce serait super".
Il hocha la tête, comme si tout était décidé.
Je me reposai dans le creux de son bras. Il me tira contre lui et m'embrassa sur le front.
"Quelle heure est-il?" murmurai-je.
Il se retourna et regarda le réveil. "Presque deux heures".
"Zut", dis-je. "J'ai une réunion avec le professeur Worthington bientôt. À propos de ton affaire". Je
gémis. "Je ne suis pas d'humeur pour ça".
"Et tu es d'humeur pour quoi, Anna?" demanda-t-il, tirant mes hanches contre les siennes.
Je sentis son érection contre ma jambe et secouai la tête, me repoussant de lui. "Tu es insatiable",
dis-je.
"Juste avec toi".
"Mais si je veux être à l'heure pour ma réunion, je dois prendre une douche". Je me levai,
soudainement pudique par le fait d'être nue, même si sans aucun doute Thomas m'avait déjà vue nue
et dans des positions inavouables.
J'essayai de m'enrouler dans la couverture, mais Thomas l'attrapa et la tira jusqu'à ce qu'elle tombe
par terre.
"Je veux te regarder", dit-il. "N'importe quand, quand j'en ai envie".
Je me sentais exhibée et vulnérable en me dirigeant vers la salle de bain, mais j'adorais le fait qu'il
aime regarder mon corps, ce corps qui l'excitait tellement et qui pouvait le faire bander juste en étant
à mes côtés.
Après la douche, je me séchai les cheveux et enfilai les quelques vêtements que j'avais rapportés de
mon appartement. C'était un peu bizarre de porter une tenue différente de celle du matin lorsque
j'avais rencontré le professeur Worthington, mais mes autres vêtements étaient éparpillés dans la
cuisine, froissés et certainement pas portables pour une réunion.
Quand je revins dans la chambre, Thomas avait enfilé un pantalon de pyjama et vérifiait ses
courriels sur son iPad.
"Est-ce que je te vois ici après?" demanda-t-il.
"Oui", répondis-je en hochant la tête. "On pourrait… je veux dire, on pourrait dîner ensemble". Cela
semblait étrange de lui demander de manger ensemble après avoir fait toutes ces choses si intimes.
"Bien sûr", acquiesça Thomas. "Il y a aussi des choses dont j’aimerais discuter avec toi". Ses yeux
flamboyèrent, et je compris de quoi il parlait. Les trucs SM. Il voulait me parler des règles, je me
souvins qu’il avait mentionné que le sexe n’en était qu’une partie.
"D’accord", dis-je. J’étais excitée d’en apprendre plus sur ce qu’il attendait de moi. Me dire quoi
faire, avoir à vivre avec ses règles, exister pour lui plaire, lui faire plaisir, n’importe quoi qui
pourrait l’exciter. Et maintenant qu’il m’avait laissé entrer un tout petit peu, maintenant qu’il voulait
m’accompagner aux soirées de famille, c’était juste… agréable.
Je lui faisais confiance.
Et ce n’était pas juste des mots.
Une des choses que j’avais apprise à propos d’être un bon avocat, c’était de toujours faire confiance
à son instinct. Et mon instinct me disait que Thomas était digne de confiance, que ce n’était pas un
meurtrier.
C’était un homme bien.
Le genre d’homme dont tu pourrais tomber amoureuse.
J’étais presque à la porte quand mon téléphone vibra. Un message texte de Julia.
Il faudrait qu’on parle.
Je n’avais pas vraiment envie de lui parler, je refermai le téléphone et décidai de régler cela plus
tard. Je remarquai que la batterie de mon téléphone était presque déchargée et je cherchai le
chargeur dans mon sac. Mais en vain. J’avais dû l’oublier dans l’appartement dans la précipitation.
Je retournai dans la chambre et passai la tête à travers le cadre de la porte. "Hey!" dis-je. "Tu
n’aurais pas un chargeur pour iPhone en double par hasard? "
"Dans le tiroir de mon bureau", dit-il. "S’il n’y en a pas un là, demande à Jared d’arrêter à la
boutique pour courir t’en chercher un".
"Jared?", demandai-je, surprise. "Ton chauffeur?"
"Oui", dit Thomas, levant les yeux de son iPad. "Je ne veux pas que tu prennes ni le métro ni un taxi,
Anna. C’est beaucoup trop dangereux".
J’ouvris la bouche pour protester, mais il leva la main en l’air pour me dire d’arrêter. "Mes règles".
Je hochai la tête, sachant qu’il était inutile d’argumenter avec lui. "Où est le bureau?"
"Au bout du couloir, deuxième porte à gauche".
Je me dépêchai de courir dans le couloir et le bureau. La pièce était peinte d’une couleur relaxante,
quelque chose entre bleu et gris ardoise. Sur les murs étaient accrochées des photos de la ville en
noir et blanc.
Un énorme bureau en marbre se dressait au milieu de la pièce, avec un ordinateur de bureau dont
l’écran de veille affichait le logo du cabinet de Thomas, Dorsk et associés.
La pièce était belle et élégante, mais ce n’était pas vraiment le genre de bureau où je voudrais
travailler. Il n’y avait rien de chaleureux, pas de tasse de café à moitié remplie sur le bureau, pas de
photo de famille, pas de livres sur les étagères. Une seule étagère était remplie de livres aux
couvertures dans les tons de gris et blanc pour s’agencer au décor. Les seules autres pièces de
mobilier étaient un classeur de rangement en chêne et un fauteuil qui ne semblait pas confortable.
Je traversai la pièce jusqu’au bureau, ouvrant délicatement les tiroirs un par un. Tout à l’intérieur
était méticuleusement bien rangé, les trombones dans des petits contenants, les pinces soigneusement
rangées, un bloc de post-it neuf et un pot plein de crayons.
Mais pas de chargeur de téléphone.
J’allai partir et demander à Jared d’arrêter à la boutique sur le chemin, comme Thomas l’avait
suggéré, quand mon regard est tombé sur le classeur de rangement dans le coin. Thomas pouvait-il
avoir voulu mentionner que le chargeur était là?
Je m’approchai et essayai le tiroir du haut, mais il était fermé à clé. Le tiroir du centre était lui aussi
fermé à clé. Mais le tiroir du bas était partiellement ouvert, comme si quelqu’un l’avait mal refermé
la dernière fois qu’il l’avait utilisé.
Je m’accroupis et l’ouvris. Il était rempli de dossiers de couleur vert forêt, tous parfaitement rangés.
Je fis courir mes mains sur les onglets, me demandant si c’étaient des cas sur lesquels Thomas avait
travaillé. Je me demandais s’il me laisserait les lire. J’étais si concentrée sur Thomas en tant que
client, que j’en avais oublié que c’était un excellent avocat, et brillant en plus. Je pourrais apprendre
beaucoup de lui.
J’allai refermer le tiroir et partir quand je le vis.
Son nom.
Kate Price.
Il était écrit sur l’un des onglets.
Cela devait être une coïncidence, me suis-je dit. Peut-être que Thomas gardait des dossiers sur
chacun de ses employés, remplis de revues de performance et d’autres choses de même genre.
Ma main vola sur le dossier et le saisit. Je restai assise par terre pendant un moment, le regardant.
Ne l’ouvre pas. Ce ne sont pas tes affaires. Cela n’a rien à voir avec toi. Tu as dit que tu avais
confiance en lui. Si c’est vrai, si vraiment tu le pensais, tu n’ouvriras pas ce dossier.
Mais je ne pus résister.
Il était juste là, devant moi.
Je l’ouvris.
Je suffoquai. Le dossier était rempli de photographies de Kate, prises de loin avec un téléobjectif.
Kate quittant son appartement. Kate sortant d’un café. Kate entrant dans un bar, habillée d’un dos nu
et d’un pantalon noir moulant. Kate sortant de Dorsk et associés.
Kate montant dans un taxi.
Quelle que soit la personne qui avait pris ces photos, la surveillait.
Une date et une heure étaient marquées au dos de chaque photo.
Je parcourus les dizaines de photos, les unes après les autres. Finalement, à la fin du dossier, il y
avait une petite pile de pages imprimées. Chacune d’entre elles listait où était Kate à une certaine
heure de la journée, à la minute près et avec mention de l’adresse exacte.
Quelqu’un la suivait.
Quelqu’un voulait savoir où elle était, chaque seconde de chaque jour. Quelqu’un traquait ses
routines pour savoir où elle allait.
Cela devait être Thomas.
Je m’assis là, l’horrible vérité me dévastant.
J’avais pensé que je pouvais lui faire confiance.
Mais la vérité était que je ne pouvais pas.
Je ne pouvais pas continuer à me cacher la vérité. Thomas était un meurtrier. Et le plus vite je
m’éloignais de lui, le mieux ce serait.

Fin du livre 4



5. CE QU’IL DÉSIRE.

Thomas
Je regardais Anna se retourner et marcher dans le couloir en direction de mon bureau. Je dus résister
à l’envie de la rappeler. La pensée de la laisser partir vers une réunion où Josh serait présent me
remplissait de rage. J’étais submergé par le besoin de la protéger, de la prendre dans mes bras, de
l’attirer dans mon lit et de ne jamais la laisser partir.
Elle avait réussi à percer mon armure, à me faire un peu baisser ma garde. J’avais même accepté de
l’accompagner à cette soirée de famille. Cette simple pensée me donnait envie de battre en retraite.
C’était un combat intérieur, ce désir de la garder proche et de la protéger, contre ce désir ardent de la
repousser dès que je l’avais laissée entrer. Mais elle avait été claire sur ce qu’elle attendait, et la
pensée de la perdre était plus effrayante que de la laisser entrer. En tout cas, aujourd'hui.
Je l’entendis ouvrir les tiroirs dans mon bureau et chercher le chargeur de téléphone. Tout cela
semblait tellement digne d'une vie conjugale que j’éclatais presque de rire.
La panique prit ensuite le dessus.
Elle était dans mon appartement, dormait dans mon lit, et c’était agréable. Je réfléchissais à
l’emmener dîner ce soir, à passer en revue les règles concernant ce qu’elle pouvait porter, manger et
dire. J’avais hâte qu’elle se soumette, hâte de la ramener ici et de la baiser, quelle que soit mes
envies. Elle avait bien réagi à la fessée, et j’allais la pousser encore plus loin ce soir. Elle voulait me
faire plaisir, et j’étais prêt à lui enseigner comment faire.
Cette pensée me fit bander, et je me remémorai une image de l’autre nuit au club, elle, à genoux et
rampant vers moi, prête à faire tout ce que je demandais.
Elle devrait faire attention à ce connard de Josh. Je rangeai mon iPad et me levai pour lui remémorer
de rester prudente et sur ses gardes. J’avais décidé d’implémenter une nouvelle règle, elle devait me
textoter toutes les heures à heure pile, et si elle ne me donnait pas de nouvelles, je viendrais la
trouver.
Quand j’arrivai dans le bureau, elle était assise par terre et avait les yeux rivés sur quelque chose
posé sur ses genoux. Ses cheveux recouvraient son visage, et ses jambes étaient repliées. Elle
semblait faible et vulnérable, je voulais la prendre dans mes bras et la porter dans mon lit, la
séquestrer, ne jamais la laisser hors de ma portée.
"Anna", dis-je. "Regarde-moi".
Elle me regarda, le visage de marbre. Ses yeux me renvoyèrent un sentiment inattendu de colère.
Elle prit le dossier sur ses genoux. "Tu veux m’expliquer ça?"
Je fis un pas en avant, afin de voir de quoi elle parlait. C’était mon dossier sur Kate Price. Ses
photos, les enregistrements de ses mouvements, les lieux où elle allait et à quelles heures. Chaque
entrée étant méticuleusement enregistrée et cataloguée à la minute près.
"Pourquoi surveillais-tu Kate?" demanda Anna. "Raconte-moi".
Je devais faire attention.
Si je choisissais les mauvais mots, je pouvais la perdre.
Je devais faire attention.
Je commençai donc à parler, pesant soigneusement chaque mot.



Anna
"Alors?" demandai-je. Je me relevai, tendant le dossier à Thomas. "Qu’est-ce que c’est?"
"Anna", dit-il d’une voix monotone. "Tu n’étais pas supposée trouver ça".
"Ouais, tu m’étonnes que je n’étais pas censée trouver ça. Il n’est probablement pas idéal que la
femme que tu baises tombe sur un tas de preuves démontrant que tu surveillais une femme qui vient
juste d’être assassinée".
Il secoua la tête et se rapprocha. Il me prit le dossier des mains et parcourut les documents. Il n’avait
toujours pas prononcé un mot, c’était rageant. J’avais été de bonne humeur pensant que finalement il
me comprendrait, mais mes espoirs étaient anéantis.
De nouveau.
C’était comme être sur une balançoire à bascule, me propulsant dans les airs et m'écrasant
directement au sol, au lieu de redescendre.
"Vas-tu me dire ce qui se passe, bordel?". Ma voix était à mi-chemin entre panique et désespoir. Mon
cœur martela ma poitrine et l’adrénaline déferla à travers mon corps, l’instinct de lutte ou de fuite en
pleine action. Je n’étais pas certaine se savoir si je voulais le gifler ou bien m’enfuir et ne plus jamais
lui parler.
Si ce n’était pas une preuve de sa culpabilité, je ne savais pas ce que c'était. Je ne savais pas
pourquoi je me tenais encore là, suppliant une explication.
Il continua de parcourir les photos, une par une, s'exaspérant lentement. J'avais envie de crier.
Quand il eut fini, il glissa délicatement les photos dans le dossier et le rangea dans le classeur à
tiroirs.
"Anna", dit-il.
"Arrête de prononcer mon nom". Je détestais la façon dont je me sentais lorsqu'il prononçait mon nom
comme ça. Sa façon dont de le prononcer était trop intime, trop proche, comme s'il me connaissait. Et
en vérité, il ne me connaissait pas du tout. Et je ne le connaissais pas non plus. Toutes ces choses qu'on
faisait, le sexe, les jeux, la domination, ce n'était rien d'autre que juste des jeux.
Des jeux risqués et dangereux qui pouvaient me coûter la vie.
"Je suivais Kate", dit Thomas.
Je fermai les yeux et ma respiration se fit plus rapide et hésitante, à tel point que j'eus peur de faire
une attaque de panique. Je n'avais pas été victime d'attaque de panique depuis le jour où mon père
était étendu sur son lit de mort, tout était fini, j'étais là à ses côtés sans savoir quoi faire. Je pris une
longue inspiration durant trois secondes, puis la retins durant trois secondes et expirai de nouveau
pendant trois secondes. Cela m'aida légèrement, mais dès que je stoppai le décompte, ma respiration
accéléra de nouveau.
"Anna, s'il te plaît", dit Thomas. "Laisse-moi t'apporter de l'eau. Assieds-toi. Tu dois me laisser
t'expliquer…"
"Non", dis-je. "Non, c'est fini pour moi".
Thomas resta là, ses yeux perçant les miens, enflammés par la colère. Une chose autre que la colère
était également présente juste sous la surface.
De la peine.
Il était malheureux que je ne lui fasse pas confiance, que je ne le croie pas. Mais j'en avais fini avec
ses jeux insensés.
Thomas Dorsk était un meurtrier.
Et je devais rester loin, très loin de lui.

Le ciel était couvert et morne. Je marchai rapidement en direction du métro, ignorant la voiture de
Thomas stationnée devant son appartement.
Je plongeai dans l'épicerie du coin de la rue, et m'achetai un chargeur de téléphone bon marché, le
genre qui deviendrait probablement inutile après deux jours, et une bouteille d'eau. Aussitôt que
j'arrivai sur le trottoir, j'ouvris la bouteille et en engloutis la moitié. Une seconde plus tard, ma bouche
fut de nouveau sèche, mes lèvres telles du papier sablé, ma langue épaisse et chargée.
Mon cœur battait toujours rapidement, même plus vite maintenant que je marchais. Je sentis un peu de
sueur s'accumuler dans mon dos. Je n'avais pas de manteau, mais il faisait encore chaud, même si la
journée n'était pas particulièrement chaude.
Je bus de l'eau tout en me forçant à ralentir ma marche. J'avais une douleur intense sur le côté,
ressemblant à la présence d'une agrafe chirurgicale. Et après avoir ralenti, elle avait atteint mon
estomac tout entier, s'était estompée pour rayonner en une douleur sourde.
Je descendis dans la station de métro. Je ressentis soudainement un sentiment de claustrophobie,
comme si j'entrais dans un cercueil. Reprends-toi, Anna, me dis-je.
Une seconde plus tard, je fus avalée par la foule, suivant la file pour entrer dans le wagon. Je pris un
siège entre une femme arborant un parapluie jaune et un étudiant vêtu d'un jean et d'un sweatshirt.
Le voyage jusqu'au campus était d'au moins 30 minutes, mais je ne me souvins de rien lorsque je
descendis du wagon. C'était comme si mon esprit avait été déconnecté de la réalité.
Quand j'arrivai sur le campus, je réalisai que je devrai aller en cours le lendemain. J'avais construit
cette vie, ce monde pour lequel j'avais travaillé si fort, obtenu de bonnes notes au collège, au lycée
puis entrée à la fac de droit. Jusqu'à quelques jours plus tôt, seuls l'école et le droit constituaient ma
vie. Mais Thomas m'avait dévorée.
Allais-je devenir l'une de ces femmes? Ces femmes de politiciens qui les soutiennent même après
qu'ils aient admis payer des prostituées ou poster des photos d'eux nus partout sur internet.
Ces femmes qui mariaient des hommes en prison, qui les soutenaient et insistaient sur le fait qu'ils
n'auraient jamais pu tuer quelqu'un, même si les évidences prouvaient le contraire.
Il y a une ligne mince entre soutenir une personne dont l'innocence est certaine, et se faire dévorer au
point d'être incapable de voir la vérité. Il y avait aussi une grande différence entre ces femmes et moi.
Ces femmes s'étaient mariées à ces hommes, avaient construit leurs vies autour d'eux, possédaient une
maison, des enfants et des albums photo pleins de souvenirs. Leur argent, pouvoir et succès étaient en
danger, leurs vies pourraient exploser si leurs maris étaient trouvés coupables de n'importe quelle
accusation pesant sur eux.
Rien pour moi n'était en danger. Mis à part une relation basée sur le sexe, Thomas et moi n'avions rien
construit. Le fait qu'il eut accepté de m'accompagner à la fête d'anniversaire de mon beau-père, ce qui
à ce moment-là m'eut semblé être une grande victoire, semblait maintenant ridicule et insignifiant. Une
fête d'anniversaire? Cela ne représentait une promesse d'aucune sorte. C'était une blague.
C'était fini.
Fini avec Thomas Dorsk.
C'était comme si je n'arrêtais pas de répéter cela, et qu'à chaque fois, on me ramenait en arrière. Cette
fois, c'était réel. Je me sentais telle une droguée sortant finalement du brouillard. Je voyais ma drogue
pour ce qu'elle était vraiment, un homme qui n'avait rien à m'offrir hormis un cœur brisé et des
mensonges.
Je dévalai les escaliers en avant du hall du Hinton puis me dirigeai vers le bureau du professeur
Worthington. Je m'arrêtai devant la porte, me demandant si je devais expliquer au professeur
Worthington que je ne pourrai plus travailler sur cette affaire. Depuis que je travaillais avec Thomas,
toute ma vie était sens dessus dessous.
Peut-être était-il temps d'accepter la perte et de passer à autre chose.
Fais chier. Tu as travaillé dur pour entrer à la fac de droit, tu as même travaillé dur pour entrer au
lycée. Tu avais promis à ton père et à toi-même que tu ne finirais pas comme ta mère, que tu ferais
quelque chose de toi. Et tu ne vas pas laisser un homme que tu viens juste de rencontrer te
l'enlever.
J'ouvris la porte et entrai.
Le bureau était petit, mais le professeur avait optimisé l'espace, une table de conférence au centre de
la pièce et une plante verte dans le coin. Une machine à café Keurig était posée sur une table à côté de
la porte, une étagère pleine de volumes et de livres de droit était adossée au le mur opposé.
Josh était assis à la table de conférence, une tasse de café devant lui.
"Hey", dit-il lorsqu'il me vit. "Le professeur n'est pas encore arrivé".
"Super", dis-je dans ma barbe. Je m'assis de l'autre côté de la table. Je voulus ressortir et revenir plus
tard, quand le professeur Worthington serait de retour, mais je ne voulus pas donner cette satisfaction à
Josh.
Donc à la place, je branchai mon téléphone à mon nouveau chargeur et le posa sur la table à côté de
moi. Puis je sortis le fichier que le professeur Worthington m'avait donné au commissariat, celui
rempli de photos et de rapports que j'étais censée avoir étudiés. Je n'en avais vraiment pas eu la
chance.
C'est un mensonge. Tu as eu l'opportunité, tu as juste décidé de passer ton temps au club SM plutôt
que d'étudier le dossier.
"Est-ce que c'est le dossier sur Dorsk?" demanda Josh.
J'acquiesçai sans lever la tête, même si je ne lisais pas vraiment. Mon cerveau était embrouillé, à
cause de Thomas, à cause de tout. Les mots nageaient sur la page, se brouillaient en une immense
tache noire.
"Intéressant, non?"
"Absolument".
"C'est un psychopathe".
"Non, il n'en est pas un", dis-je automatiquement.
"Oh?" dit Josh. Il s'allongea dans son fauteuil jusqu'à ce que ses jambes ne touchent plus le sol. Il
saisit le bord de la table et se balança. "Est-ce que tu baises avec lui?"
Je résistai l'envie de me lever et de donner à sa chaise une bonne grande poussée. Je l'imaginai
frappant le sol, sa tête se fracturant sur le lino, une mare de sang au-dessous de lui. C'était un fantasme
violent, ce qui me surprit. Je me demandais si passer autant de temps avec un meurtrier ne me donnait
pas des tendances à la violence.
J'ignorai Josh et prétendis être absorbée par ma lecture.
"Je parie que ta chatte devient tellement humide", dit Josh. "Je parie que tu mouilles et que tu cries
pendant qu'il te défonce le cul. Tu es anale, non? Julia ne me laisse pas approcher de son cul. Mais je
vais arriver à la convaincre".
Je me débattis pour contrôler ma respiration, mais des larmes de rage remplirent mes yeux. Josh
sembla apprécier.
"Waow, est-ce que tu vas pleurer?" demanda-t-il. "Il va falloir que tu apprennes à avoir la peau plus
dure que ça, Anna. Que va-t-il se passer quand ils vont t'appeler à la barre? Ils vont te demander s'il
a déjà été violent avec toi, s'il t'a déjà emmené dans ce club, comment il s'appelle déjà? Viol?"
Il parlait de Force, et il savait que ce n'était pas Viol.
Il voulait que je le contredise, voulait entrer dans une discussion animée, pour me faire réagir.
Mais cela ne fonctionnerait pas.
"Le club s'appelle Force", dis-je d'un ton monotone, mes yeux toujours posés sur le dossier de
Thomas. "Ce que tu saurais si tu avais lu le rapport".
Je levai les yeux sur lui et il me sourit, comme s'il savait pertinemment comment le club s'appelait. Il
prit une inspiration. "Ce n'est pas important", dit-il. "Ce gars est un psychopathe, c'est sûr, mais je
pense qu'il est innocent".
Je le regardai, pour la toute première fois intéressée. "Ah, oui?" dis-je, essayant toujours de garder
une voix légère. "Pourquoi est-ce que tu dis ça?"
Il avala sa salive, puis se mordit la lèvre nerveusement. La peau était fendillée, comme s'il l'avait
beaucoup mastiquée. "Il y a quelque chose de bizarre dans cette affaire", dit-il. "Est-ce que tu as
remarqué que…"
Mais avant qu'il ne puisse finir, la porte du bureau s'ouvrit et le professeur Worthington entra.
"Bien", dit-il brièvement. "Vous êtes là tous les deux".
"Oui", dis-je en hochant de la tête et lissant mon pull.
Le professeur Worthington prit un siège au milieu de la table, entre Josh et moi. Je fus contente
d'avoir un tampon au milieu. Il étala un paquet de papiers et un calepin, puis tourna son attention à
son ordinateur portable.
"Nous allons devoir faire quelque chose à propos de la boîte aux lettres électronique de Thomas", dit
le professeur Worthington, ne perdant pas de temps. "Il m'a confié son mot de passe, il est en
possession de messages qui vont le faire croire exceptionnellement coupable".
"Quel genre de messages?" demandai-je, le cœur lourd.
"Il avait une relation inappropriée avec Kate Price", dit le professeur Worthington, secouant la tête au
fur et à mesure qu'il faisait défiler les messages. "Seigneur, Thomas, tu devrais vraiment apprendre à
garder ta queue dans ton pantalon".
"Est-ce que je peux les voir?" demandai-je, le sang affluant à mes oreilles.
Worthington glissa l'ordinateur portable vers moi. Le compte de messagerie de Thomas était ouvert,
il y avait un email entre Kate et Thomas ouvert sur l'écran. C'était une longue conversation, le genre
de conversation qui a lieu entre deux personnes qui échangent des messages incessamment, toute la
journée. Le genre de conversation que tu aurais avec quelqu'un avec qui tu aurais une relation. Mon
estomac se retourna.
"Peut-être que je devrais t'écrire depuis mon compte personnel", avait écrit Kate. "Puisque la
conversation devient trop personnelle".
Elle finissait le message avec un petit bonhomme sourire. Était-elle aussi stupide? Ne réalisait-elle
pas que Thomas était le roi de la maison, et que par conséquent, ils pourraient avoir de gros ennuis?
Tout appartenait à Thomas. Si quelqu'un découvrait qu'ils échangeaient à travers leurs comptes de
messagerie professionnels, il n'y aurait rien qu'ils ne pourraient faire.
Je continuai de faire défiler la conversation, qui avait commencé par du flirt et des propos drôles,
puis avait rapidement dérivé vers quelque chose de limite classé X.
"Je parie que tu embrasses bien", avait écrit Kate.
"Je parie que tu as très bon goût", avait répondu Thomas.
De la bile remonta dans ma gorge. Je ne voulais pas voir jusqu'où c'était allé, donc je repoussai
l'ordinateur vers le professeur Worthington. Je prétendis prendre des notes sur mon calepin, espérant
que ni Josh, ni Worthington ne seraient capable de déchiffrer à quel point j'étais en colère.
J'étais dévastée, pas seulement parce que cela pointait vers la culpabilité de Thomas, cela faisait
maintenant trois femmes assassinées avec qui il avait été impliqué, mais aussi parce qu'il m'avait
menti. Kate et lui avaient une relation.
Je me demandais depuis quand ils étaient ensemble. Pourquoi l'avait-il tuée? Cela avait-il un rapport
avec le fait qu'elle l'ait appelée l'autre nuit? Pourquoi l'avait-elle appelé? Kate était-elle amoureuse?
Mes pensées tourbillonnèrent, et je dus réunir toutes mes forces pour ramener ma concentration sur la
réunion.
"Anna?", demanda le professeur Worthington. "Pouvez-vous prendre soin de ça?"
"Prendre soin de quoi?" demandai-je.
Il soupira et me regarda comme si j'étais inutile. Ce qui, honnêtement, était vrai. "Soin d'interroger
les amis de Kate. Fouiner, découvrir avec qui elle sortait, si quelqu'un d'autre pouvait lui vouloir du
mal. Découvrir qui elle était, où elle sortait, à quoi elle ressemblait. Vous pouvez faire ça?"
"Oui", dis-je, même si j'aurais préféré m'arracher les yeux avec une fourchette plutôt que de chercher
quel genre de personne était Kate Price.
"Voici son adresse", dit Worthington, me tendant un morceau de papier. "Vous pouvez commencer par-
là".
Je pliai le papier en deux et le plaçai dans mon sac à main. Qu'avait dit Thomas? Que Kate vivait
toujours chez ses parents? J'étais sûre qu'ils ne m'accueilleraient pas les bras ouverts, si je leur
posais toutes sortes de questions à propos de Kate. Spécialement quand je leur dirai que j'étais un
avocat de la défense pour son patron, qui était probablement la dernière personne à lui avoir parlé
avant de mourir.
Un mal de tête commença à battre dans mes tempes, et tout ce que je voulais, c'était rentrer à la
maison et prendre un long bain chaud, suivi d'un verre, ou d'une bouteille, de vin avant de ramper dans
mon lit.
Mais j'avais de la lecture pour le cours de demain. J'avais pris du retard après avoir passé le week-
end avec Thomas, et je devais le rattraper. Et aussi il y avait le truc de l'anniversaire de mon beau-
père. Je n'avais toujours pas acheté de cadeau.
C'est pour cette raison qu'habituellement, je garde toujours un emploi du temps méticuleux, et qu'il n'y
a pas de place pour autre chose dans ma vie. Je devais minimiser les distractions. Je devais
impérativement rester concentrée, parce que dès qu'une chose s'échappe, cela devient un effet domino.
"Josh", dit le professeur Worthington. "Je veux que vous passiez au travers des messages de Thomas,
message par message. Chaque message de Kate doit être effacé. N'importe quel message faisant
mention de Kate doit aussi être effacé".
Mon attention revint vers la conversation. "Doit-on vraiment faire ça?" demandai-je. "Ce n'est pas
considéré comme de la destruction de preuves?"
"Il n'y a pas de cas encore", dit le professeur Worthington. "Donc rien de tout ça n'est une preuve. Et
nous ne les détruisons pas, nous les effaçons. Si le bureau du procureur est aussi déterminé à trouver
ces messages, ils pourront demander l'accès aux sauvegardes. Ce qui me fait penser que nous allons
avoir aussi besoin d'un accès au compte de messagerie professionnel de Kate Price". Il écrivit une
note sur son calepin.
"Ouais", dis-je. "Mais s'ils découvrent que nous…"
"On ne fait rien de mal", dit Josh, haussant les épaules. "C'est une zone grise".
Mon téléphone vibra à l'arrivée d'un message texte mais avant de répondre, je regardai.
Thomas.
"Reviens à mon appartement. Immédiatement".
Mon dieu, quelle arrogance. Qu'est-ce qui lui donnait le droit de penser qu'il pouvait juste m'ordonner
où aller et quoi faire? C'est vraiment barbare à bien y penser.
Tu aimes ça. Ça t'excite, son côté dominateur, le fait qu'il veuille te contrôler.
C'était comme cela qu'il enrôlait les femmes. Il les embrouillait, les harponnait dans un tourbillon de
sexe, de luxure et d'hormones, de façon à ce qu'elles ne comprennent pas ce qui leur arrivait. Et bien,
je n'allais pas être une autre Kate.
Je saisis mon téléphone pour lui répondre et lui dire de me laisser tranquille, mais avant que je ne
puisse, l'écran s'éteignit de nouveau. Génial. Le chargeur bon marché que j'avais acheté n'était déjà
plus bon à rien.
"Nous avons de plus gros problèmes que ses emails, de toute façon", dit le professeur Worthington.
"Il y a aussi le casier de mineur de Thomas".
"Son casier judiciaire de mineur?" demandai-je, fronçant les sourcils.
"Oui, Anna, vous n'avez pas lu le dossier que je vous ai donné?"
"Je l'ai lu", mentis-je. "Mais j'ai dû manquer ce passage".
"Thomas a un casier de mineur", intervint Josh gentiment. "Mais il a été scellé. Et il ne dira à
personne ce qu'il contient".
"Ce qui va être un problème, parce que la première chose que le procureur va faire si Thomas est
arrêté, c'est demander à ce qu'il soit révélé et admis comme pièce à conviction". Le professeur
Worthington poussa un soupir et se frotta les tempes.
Super. Par-dessus le marché, maintenant Thomas avait un casier secret scellé datant de son
adolescence. C'était si absurde que j'éclatai presque de rire.
Un moment plus tard, le professeur Worthington nous renvoya.
"Je te vois en cours demain, Anna", dit joyeusement Josh quand je sortis.
Je l'ignorai.
Quand je revins à mon appartement, il n'y avait aucun signe de Julia. Je soupirai de soulagement,
contente de ne pas devoir régler cette situation avec elle maintenant. Je jetai un coup d'œil à ma
chambre, mes yeux faisant un rapide inventaire pour voir si quelque chose avait été déplacé après
mon départ l'autre nuit. Mais tout sembla à sa place. Bien sûr, il y avait toujours l'histoire des sous-
vêtements défigurés par Josh, ceux qu'il avait remis dans le tiroir du haut.
Je décidai de m'occuper de cela plus tard. Peut-être que je jetterais tout le contenu de ce tiroir à la
poubelle. Je pourrais en acheter de nouveaux.
Je branchai mon téléphone dans son chargeur, fit couler un bain et me versa un verre de vin. Je fis
couler l'eau aussi chaude que mon corps pouvait le supporter et m'allongeai dans la baignoire, laissant
l'eau brûlante laver ma peau.
Je pris une gorgée de mon vin et fermai les yeux.
Je restai dans le bain jusqu'à être fripée et somnolente, puis enfilai un haut et un short en coton.
Je me versais un autre verre de vin dans la cuisine au moment où quelqu'un frappa à la porte.
Je me rendis à la porte sur la pointe des pieds et regarda à travers le judas.
Thomas était debout de l'autre côté de la porte, l'air violent.
Il frappa de nouveau, plus fort cette fois. "Anna", appela-t-il. "Ouvre la porte".
"Non", dis-je avant de réaliser qu'il aurait été préférable de faire comme si je n'étais pas là. "Vas t'en
ou bien j'appelle la police".
"Tu ne vas pas appeler la police, Anna", dit Thomas, exaspéré. "Maintenant, laisse-moi entrer".
"Non!" dis-je. "Je ne te laisserai pas entrer. Tu m'as menti".
"Je t'ai menti? À propos de quoi?"
"À propos de tout!" dis-je.
"Anna, peux-tu ouvrir la porte pour qu'on en discute comme des adultes?"
"Non! Tu restes dehors. Tu es un meurtrier". Je prononçai les mots à haute voix, en partie parce que
je voulais les dire et aussi parce que je voulais lui faire autant de mal qu'il m'en avait fait.
"On revient là-dessus, hein?" Il ne sembla pas blessé par mes paroles, irrité plutôt. Ce qui me fit
comprendre que ses barrières étaient réapparues. Plus tôt, à son appartement, quand il me baisait, lui
avoir fait confiance était la chose la plus importante à ses yeux, celle qui nous avait rapprochés.
Maintenant il semblait complètement se foutre si je lui faisais confiance ou non.
Et même si j'aurais dû m'y attendre, même si j'aurais dû lui dire de partir, même si je n'avais rien à
faire avec lui parce qu'il était dangereux, cela faisait mal.
Cela faisait si mal, comme un coup, presque comme si j'avais été envoyée au tapis. Mes jambes
devinrent soudainement aussi molles que du coton, et je m'appuyai contre la porte pour me supporter.
"S'il te plaît", dis-je doucement. "S'il te plait, vas t'en".
"Anna", dit Thomas, la voix ferme et autoritaire. "Ouvre la porte".
Je me branchai en mode autopilote, déverrouillai la serrure et le laissai entrer sans même m'en rendre
compte.
Puis il était là, debout, si sexy que cela me coupa le souffle. Il portait un jean parfaitement coupé et
un pull bleu marine soyeux qui faisait ressortir ses yeux et moulait son large torse et ses biceps
musclés.
"Enfin", dit-il impatient. Ses yeux parcoururent mon corps, assimilant mon short court et mon haut. Je
me rendis compte que je ne portais pas de soutien-gorge et que mes seins pointaient sous le tissu
léger.
Thomas s'en rendit également compte, sa bouche se tordant en un sourire malicieux. "Est-ce que tu
m'attendais?" demanda-t-il.
"Non". Je croisai les bras sur ma poitrine.
"Tu es sûre?". Il tendit les mains et m'attrapa les bras, les baissant le long de mon corps de façon à
pouvoir me regarder.
Nos regards se croisèrent, et je me sentis tomber. Il m'attirait, m'entraînait vers le fond, comme des
sables mouvants. Je savais qu'il ne fallait pas, que je ne devais pas me sentir comme cela, mais j'étais
incapable de combattre. C'était une force, plus puissante que celle que je possédais pour la combattre.
Secoue-toi, Anna.
Je m'échappai de sa prise.
"Qu'est-ce que tu veux?" demandai-je.
"M'expliquer".
"Alors vas-y". Il n'y avait rien qu'il ne pouvait dire pour expliquer, et je le savais, mais je ne pouvais
pas m'empêcher d'avoir une lueur d'espoir. Une toute petite flamme brûlait à l'intérieur de moi,
cherchant n'importe quelle chose sur laquelle se raccrocher.
Thomas regarda par-dessus mon épaule. "Est-ce que je peux entrer?"
"Tu es sérieux?"
Il ne répondit pas. Il me regarda et soupira. "Oui, Anna, je suis très sérieux. Est-ce qu'on va parler, ou
bien tu vas me laisser planté là et être en colère après moi toute la nuit?"
"Je vais rester là et être furieuse après toi jusqu'à ce que tu me donnes une raison de ne pas l'être".
"Alors laisse-moi entrer pout que je puisse t'expliquer".
"Tu peux m'expliquer depuis là où tu es".
"Non, je ne peux pas".
"Alors j'imagine qu'il n'y a rien à expliquer". J'allai lui refermer la porte au nez mais il la retint de la
main.
"D'accord", dit-il. "Alors sors avec moi".
"Sortir avec toi?"
"Oui, Anna, laisse-moi t'emmener dîner. Apparemment, tu n'as pas confiance de rester seule avec moi
dans ton appartement, donc laisse-moi t'emmener dans un lieu public".
Je fis une pause, réfléchissant à la proposition. Un lieu public n'est pas si mal. Que pourrait-il
vraiment faire dans un restaurant? Il ne pourrait pas me faire du mal. Et s'il voulait essayer de
m'attirer vers ses conneries de sexe, il ne serait pas capable, pas en présence de monde autour.
Et même si je ne voulais pas l'admettre, je voulais entendre ce qu'il avait à me dire.
"D'accord", dis-je. "Laisse-moi m'habiller",
Il sourit, du sourire d'un homme qui avait eu son point. "Prends ton temps".
Je refusai de monter dans sa voiture, et il refusa de me laisser choisir un restaurant proche de mon
appartement, donc nous avons fini dans le métro. Je pensais que Thomas se sentirait inconfortable
dans le métro, après avoir tout le temps été conduit dans des limousines et des voitures de service,
mais c'était le contraire. Il sembla à l'aise, même lorsqu'un sans-abri nous approcha pour nous quêter
de l'argent.
Thomas sortit son portefeuille et prit un billet de 100 dollars qu'il déposa dans sa tasse. Les joues de
l'homme rougirent et son visage s'alluma. Il saisit la main de Thomas et la secoua de haut en bas.
"Merci, merci", n'arrêtait-il pas de dire. "Je ne vais plus avoir faim, merci".
"N'as-tu pas peur qu'il s'achète de la drogue?" demandai-je une fois hors de portée. "Ou de l'alcool?"
Thomas haussa les épaules. "Ce qu'il fait avec, c'est son problème. S'il doit faire la manche pour
s'acheter de l'alcool ou de la drogue, alors il est dans un position bien pire que la mienne".
Je fis une pause, réfléchissant. Je n'y avais jamais pensé de cette manière. La façon dont Thomas
s'était exprimé, avec conviction, et sa façon d'être à l'aise dans le métro, j'aurais pensé qu'une
personne aussi riche et puissante aurait été un minimum inconfortable. Je me questionnai sur le passé
de Thomas.
Quelle avait été sa vie, en grandissant? Est-ce qu'il savait ce que c'était de ne rien posséder? Était-ce
la raison pour laquelle il avait été aussi gentil avec cet homme?
Le fait de vouloir le savoir me rendait folle, et par le temps que nous sortîmes du métro, j'avais
travaillé sur moi-même, me convaincant frénétiquement de le détester, de lui en vouloir, et d'espérer
de ne l'avoir jamais rencontré.
Quand nous arrivâmes au restaurant, un endroit exotique nommé FUZE, Thomas ouvrit la porte et me
conduisit à une table au fond de la salle. Il fit un signe de la tête à une hôtesse, une magnifique
brésilienne aux cheveux foncés longs et bouclés portant une robe moulante bordeaux, lorsque nous
passâmes à côté.
Elle lui répondit d'un signe de tête, apparemment indifférente au fait que Thomas s'assignait lui-même
une table.
"Habitué ici?" ronchonnai-je.
"Oui".
"Qu'est-ce que tu as fait pour obtenir de tels privilèges?" demandai-je alors qu'il tirait la chaise d'une
table située dans un coin isolé du fond de la pièce. Elle était dressée d'une nappe noire propre et sans
pli, et d'assiettes en ivoire gravées de turquoise et d'or. Des coupes à vin et d'élégants verres à eau
étaient disposés à chaque couvert, ainsi que des couverts brillants en argent.
"Privilèges?"
"Oui", dis-je, lui prenant la chaise des mains et la tirant moi-même avant de m'asseoir. "Tu as dû faire
quelque chose pour être autorisé à de telles libertés".
"Est-ce que tu me demandes si j'ai couché avec cette femme, Anna?"
"Non", dis-je. "Et ce ne serait pas grave si c'était le cas. Parce que je ne te croirais pas quel que soit
ce que tu me dises".
Il poussa un soupir. "Fais-tu référence aux photos de Kate trouvées dans mon bureau?"
"Oh, ça", dis-je en riant sarcastiquement. Je pris ma serviette et la posa sur mes genoux. Je n'avais
aucune intention de manger, je ne serais pas là assez longtemps pour cela, mais je devais occuper
mes mains. "J'avais presque oublié cette partie, et tout le reste que tu cachais et que j'ai découvert".
Avant qu'il ne puisse répondre, un serveur portant une chemise blanche impeccable et un pantalon taillé
sur mesure fit son apparition.
"Mr. Dorsk", dit-il avec un accent anglais. "C'est très agréable de vous voir".
"Merci, Graham", dit Thomas. "Le plaisir est partagé".
"Est-ce que vous prendrez la même chose que d'habitude?"
"Ce sera parfait", dit Thomas pendant que Graham remplissait nos verres avec de l'eau pétillante
citronnée à l'aide d'un pichet strié.
"Je ne mange pas", annonçai-je. "Alors, rien pour moi, merci".
"Elle prendra la même chose", dit Thomas.
"Très bon choix, mademoiselle", me dit Graham, comme si je n'avais rien dit.
"Tu es exaspérant", dis-je à Thomas une fois Graham parti. "Tu le sais, non? Tu m'as amenée ici parce
que tu es supposé t'expliquer, et tout ce que tu fais c'est essayer de m'avoir encore!"
"Est-ce que c'est cela que tu penses que je fais? Essayer de t'avoir?"
"Oui! Tu viens juste de commander à ma place! Quand j'ai spécifiquement dit que je ne mangerai pas".
"Tu as besoin de manger, Anna", dit Thomas. Tu as un emploi du temps chargé, avec ton travail avec
le professeur Worthington en plus de tes cours. Sans mentionner d'autres choses que tu pourrais faire".
Il sourit malicieusement en prononçant la dernière partie de la phrase. "Tu dois prendre des forces".
Je tordis ma serviette sur mes genoux et me mordis l'intérieur de la joue pour m'empêcher de crier.
Comment pouvait-il toujours être capable de faire cela? À chaque fois et dans n'importe quelle
situation où j'avais le dessus, il était capable de retourner la situation et de prendre le contrôle. Était-
ce parce qu'au fond de moi, je voulais qu'il ait le contrôle? Ou était-il capable de le faire juste parce
qu'il était très doué à cela? Est-ce qu'il jouait avec moi, ou c'était moi qui le laissais jouer?
Mes pensées tourbillonnèrent et brûlèrent dans ma tête. Je devenais folle. Je sentis mes yeux se
remplir de larmes de colère, et je détestai que Thomas s'en aperçoive.
Son visage s'adoucit.
"Je n'ai pas tué Kate", dit-il.
"Tu n'arrêtes pas de dire que tu n'as tué personne", dis-je. "Et par un malheureux hasard, des femmes
continuent d'être retrouvées mortes!".
"Je sais", dit-il. "Je sais que ça ne regarde pas bien. Mais tu as dit que tu me faisais confiance".
"C'était avant que je découvre que tu baisais Kate. Et que tu m'as menti à ce propos?".
Il fronça les sourcils. "Tu as découvert quoi?"
"Que tu couchais avec Kate".
"Je ne couchais pas avec Kate".
"J'ai vu tes emails, Thomas. Tu as donné ton mot de passe au professeur Worthington, tu te rappelles?"
Je pris une gorgée d'eau. "Tu peux imaginer combien c'était excitant et intéressant de lire que tu
pensais qu'elle aurait bon goût".
Un regard de confusion traversa le visage de Thomas, puis il se mit à rire. "Ces emails? Anna, c'est
pour ça que tu es fâchée?" Il secoua la tête. "Anna, ces emails ne sont rien. Oui, Kate s'est essayée
avec moi quand elle a commencé à travailler pour moi. Mais j'ai tout de suite mis un frein".
"Tu as mis un frein en lui demandait ce qu'elle goûtait? Ça ne sonne pas vraiment comme mettre un
frein, Thomas". Je pris une autre gorgée d'eau, détestant mes paroles. Elles sonnaient comme celles
d'une petite amie folle de jalousie. Le problème n'était pas supposé être de savoir si Thomas baisait
Kate ou pas. C'était de savoir s'il l'avait assassinée ou non.
"J'ai un peu flirté avec elle", dit-il. "C'était il y a six mois, Anna. Et ça n'a pas été plus loin que ça.
Quelques emails salaces. Si tu avais lu les conversations en entier, tu l'aurais compris. Ça n'a même
pas duré une semaine, ou même quelques jours. C'était fini en quelques heures".
J'avalai ma salive. "Je ne suis pas… tu as menti quand même".
"Tu m'as demandé si j'avais une relation avec elle, et je t'ai dit non. C'était la vérité". Il fit un
mouvement de la main, comme si ce n'était rien, comme s'il ne pouvait pas croire que je sois aussi
énervée à propos d'une chose aussi futile.
"Arrête de faire ça!" dis-je, frappant du poing sur la table. "Arrête de te comporter comme si tout ce
que je ressens ne signifie rien!"
Je m'attendais à ce qu'il se calme, qu'il essaie de me consoler ou de me convaincre, mais mes mots ont
eu l'effet opposé.
"Est-ce que tu penses que c'est ça que je fais, Anna?" demanda-t-il. Tu penses que je comporte comme
si tout ce que tu ressens n'a aucune importance? Comment tu penses que je me sens quand tu m'accuses
encore et encore de te mentir? Pourquoi penses-tu que je suis là maintenant, essayant de te convaincre
que je n'ai rien fait de mal?"
"Je pense que si tu voulais me convaincre, tu pourrais juste me dire la vérité".
"Je viens de te dire la vérité!" dit-il en montant la voix. "Je t'ai dit que ce n'était que quelques emails
envoyés quelques mois plus tôt, avant que je te connaisse".
"Et les photos d'elle dans ton tiroir? Comment tu les expliques?"
Il soupira. "Je ne les ai pas prises. Elles ont été prises par un détective privé que j'avais engagé pour
la suivre".
"Et pourquoi la faisais-tu suivre?"
"Parce que je pensais qu'elle balançait des informations à quelqu'un sur une affaire".
Je fronçai les sourcils. "Je ne comprends pas".
"Je pensais qu'elle donnait des informations au procureur de la république à propos d'un client que je
représentais", dit-il. "Et je la faisais suivre pour voir si je pouvais la prendre en flagrant délit".
"Et c'était le cas?"
"Oui".
"Magnifique!" dis-je. "Moyens, opportunité et maintenant mobile".
"Je ne l'ai pas tuée".
"Est-ce que tu vois à quoi cela ressemble pour moi, Thomas?" demandai-je. "Est-ce que tu vois à quoi
tout ça ressemble? Tu gardes tout à l'intérieur, tu gardes tout secret et caché. Je suis une personne
rationnelle, et quand je commence à tout regarder objectivement, je ne peux pas croire autrement".
"Donc tu m'as menti lorsque tu m'as dit que tu me faisais confiance?"
"Je veux te faire confiance, Thomas, mais chaque chose qui arrive pointe vers le menteur et
probablement le tueur que tu es. Donc comment le pourrais-je?"
"C'est ça la vérité, Anna. Croire en quelqu'un quand les preuves montrent le contraire".
"Ouais, et bien, tu peux voir combien c'est difficile pour moi alors?" demandai-je levant les mains au
ciel. "Tu peux voir combien ça ne peut pas être si facile? Et vois-tu aussi combien tu rends les choses
plus compliquées?"
Il roula sa serviette en boule et la jeta sur la table. "Je ne te rends pas les choses faciles? Que penses-
tu que j'éprouvais, Anna, quand j'ai donné mon mot de passe à Worthington? Comment tu penses que je
me suis senti quand Nora est morte? Penses-tu que cela a été facile pour moi tout ça, Anna? Merde, je
fais du mieux que je peux".
Sa voix était empreinte de peine et de colère, et les émotions tourbillonnèrent dans ma poitrine,
menaçant de prendre le contrôle de la partie rationnelle de mon cerveau, la partie qui me disait de
partir d'ici et ne plus jamais lui parler.
"Non", dis-je doucement. "Je ne pense pas que cela a été facile pour toi. J'essaie juste de t'expliquer
ce que je ressens. Et comment aurais-je pu savoir tout ça? Comment aurais-je pu savoir pourquoi tu
suivais Kate? Tu ne me dis rien, Thomas. Tu ne me laisses pas entrer".
Le serveur réapparut et posa nos plats en face de nous. Un filet mignon cuit à la perfection avec une
brochette de crevettes sur un riche filet de bisque de homard. Tout était parfaitement dressé, les
aliments bien arrangés autour d'une portion de quinoa et de salade de chou kale. C'était magnifique,
mais je n'avais pas d'appétit.
"Avec les compliments de la maison", dit le serveur. Il déboucha une bouteille de rouge hors de prix
et remplit nos verres.
"Merci, Graham", dit Thomas d'un ton monotone. Je m'émerveillai de son habilité à passer de proche
de perdre la raison à calme et en contrôle.
"Tu vois?" rétorquai-je une fois que Graham fut parti. "Est-ce que tu vois?"
"Est-ce que je vois quoi, Anna?" Il croisa les mains sur ses genoux, il n'avait apparemment pas faim
lui non plus.
"Est-ce que tu vois comment ça devient difficile de te croire? Tu étais presque en train de t'énerver, et
le serveur est arrivé, et tu as été capable de temporiser, comme si ce n'était rien".
"Et tu penses que ça fait de moi un tueur?"
"Je pense que ça fait de toi quelqu'un qui est capable de contrôler ses émotions".
"Et ça fait de moi une mauvaise personne?"
"Arrête de me parler comme un avocat!" dis-je, serrant les poings sur mes genoux et luttant pour
contrôler mes émotions. Je pris une gorgée du vin que Graham avait versé, espérant qu'il puisse me
calmer les nerfs. Il était doux et frais, et je pris une autre grande gorgée, laissant l'alcool me
réchauffer en descendant le long de ma gorge.
"Alors arrête de m'interroger comme si tu en étais un", dit-il. Il poussa un soupir et se pencha en
avant. "Écoute, n'as-tu jamais pensé que peut-être le fait que je sois capable de masquer mes émotions
ne venait ni d'un profond défaut de caractère ni d'un trouble de la personnalité? Que c'était peut-être
quelque chose que j'avais développé pour pouvoir survivre?"
"Non", dis-je. "Je n'ai jamais pensé à ça, parce que tu ne m'en as jamais parlé. Tu ne me dis jamais
rien".
"Et je t'ai expliqué pourquoi".
"Non, tu ne me l'as pas expliqué". Mon ton monta, et je réalisai à quel point il était absurde d'avoir
une discussion comme celle-ci dans un tel restaurant, avec une bouteille de vin qui coûtait
probablement plus cher que mon loyer et un délicieux repas devant nous. C'était une parfaite
métaphore de ce qui se passait entre nous. Tout était supposé être parfait, et je voulais que tout soit
parfait, tout était si brisé sous la surface que cela en était impossible.
"Oui, Anna, je te l'ai expliqué. Je t'ai expliqué mes difficultés quand vient le temps d'être proche de
quelqu'un".
"Non". Je secouai la tête. "Tout ce que tu as dit c'est que tu avais de la difficulté à te rapprocher des
gens, parce que tu avais perdu des proches. Tu ne m'as jamais dit comment tu les avais perdus, ou ce
qui t'avais rendu comme ça".
Ses yeux me lancèrent un avertissement, me conseillant de ne pas aller dans cette direction. Je le
poussais et il n'aimait pas ça. Mais j'avais dépassé le point de la personne attentionnée. Pourquoi
devrais-je laisser tomber ma garde avec lui, laisser tomber toutes mes barrières sexuelles et
émotionnelles, et m'exclure?"
"Que t'est-t-il arrivé pendant ta jeunesse, Thomas?" demandai-je. "Qu'y a-t-il dans ton casier de
mineur?"
S'il était surpris que je le sache, il ne le montra pas. "Je ne discuterai pas de ça, Anna".
"Si, tu vas en discuter!", dis-je. "Tu vas le faire si tu attends que je sois capable de t'aider".
"Tu penses que je veux ton aide? Comme si j'étais tellement amoché et que tu aies besoin de me
sauver? Tu penses que je suis aussi foutu que ça, Anna?"
"Non!" dis-je. "Mais je ne saurais pas tant que tu ne me diras rien".
"Qu'est-ce que tu veux que je te dise?" demanda-t-il, repoussant sa chaise de colère et sautant sur ses
pieds. "Tu veux que je te dise ce qu'il y a dans ce casier? Comment j'ai été arrêté pour agression
quand j'avais 17 ans? Comment mon père battait ma mère si fort que j'ai dû le frapper aux genoux
avec une batte de baseball? Que j'ai cassé les deux genoux de ce fils de pute, Anna, et qu'il a fini dans
un lit d'hôpital? Que ma mère et mon frère se sont retournés contre moi, protégeant mon père
prétextant que ce n'était pas de la légitime défense? Est-ce que tu veux entendre toute cette merde,
Anna? Parce que moi, je n'ai pas vraiment envie d'en parler".
Il saisit la table, la souleva puis la laissa tomber, la claquant contre le sol avec colère. L'eau de son
verre se renversa, et le mien bascula, se déversant sur toute la nappe, laissant une vilaine tache rouge.
Mais Thomas n'arrêta pas. Il prit la table et la lâcha de nouveau. Encore. Et encore. Je sursautai à
chaque fois qu'elle heurtait le sol, sursautai à chaque fois que le son faisait écho à travers la salle.
Quand il eut fini, il resta debout, respirant bruyamment. Je pus voir la douleur dans ses yeux.
C'était différent des fois précédentes où il avait laissé tomber sa garde devant moi. C'était plus
délirant, plus réel, la douleur d'un homme qui avait fait de son mieux pour dissimuler ses péchés et
ses mauvais souvenirs à tout prix.
"Thomas", dis-je. "Je ne voulais pas…"
"Non", dit-il. Il s'éloigna et prit la direction du fond de la salle, disparaissant dans le couloir.
Je restai assise là un moment, sans réaliser que je pleurais avant de sentir une larme couler sur mes
lèvres. Je pris une profonde et tremblante inspiration, puis me levai et partis en direction du couloir
du fond.
Il y avait deux lourdes portes en chêne au bout du corridor, une marquée d'un W et une autre marquée
d'un M.
Debout devant la porte des toilettes des hommes, je collai mon oreille contre la porte. Je pus
entendre un bruit lointain d'eau qui coule. J'essayai la poignée mais elle était fermée à clé.
Je cognai. "Thomas?" demandai-je. "Est-ce que ça va?"
Pas de réponse. Je cognai de nouveau, plus fort cette fois. "Thomas!"
Toujours pas de réponse.
L'eau cessa de couler, mais la porte resta close.
"S'il te plaît", appelai-je. "Je suis désolée de t'avoir poussé".
Une seconde plus tard, la poignée tourna, et Thomas apparut. Ses yeux rencontrèrent les miens, lui me
fixant et vice-versa. Je me sentis puissamment connectée à lui, même si nous venions de nous
disputer, si on pouvait appeler ça comme ça.
Il ne dit rien, il me fixait simplement.
C'était comme si j'étais suspendue en haut d'une falaise, prête à tomber la tête la première dans le
canyon au-dessous. Il me semblait que je pouvais me sauver, si simplement je trouvais quoi dire.
Je sais quoi dire.
J'avalais ma salive. "Je dois être punie", dis-je doucement.
Il leva le menton, les yeux interrogateurs.
"J'aurais dû te faire confiance", dis-je, lui touchant doucement le bras. "Je veux te faire confiance".
Il ouvrit la porte et je glissai à l'intérieur.
Il ferma la porte et la verrouilla, le clic du verrou faisant écho à travers la pièce silencieuse. Je
pensai aux serveurs et serveuses là-bas, revenant à notre table pour voir si nous avions besoin de
quelque chose. Ils trouveraient la table vide, à l'envers, du vin renversé et des couverts éparpillés.
Ils sauront que tu es dans les toilettes avec lui.
Je me demandai s'il avait déjà amené d'autres femmes ici, si les serveurs et serveuses seraient surpris
de savoir ce que nous faisons ou s'ils penseraient que c'était normal.
Mais je pris ces pensées et les jetai au sol, les forçant hors de mon esprit.
Si je pensais trop intensément à ce que j'allais faire, j'allais ne rien faire du tout.
Et j'en avais assez de penser. Tout ce que je voulais maintenant c'était ressentir.
Thomas était adossé contre la porte, les bras croisés sur son large torse. Et puis, soudainement, si
vite que je n'étais même pas sure de comprendre comment c'était arrivé, il se jeta sur moi, me
souleva, et m'assit sur le bord du comptoir qui courait sur toute la longueur de la pièce. Il posa sa
bouche contre la mienne, ses mains attrapèrent mes cheveux.
Il m'embrassa avidement, sa bouche fouillant, cherchant des réponses qu'aucun de nous ne pouvait
donner.
Lorsqu'il recula finalement, ses yeux flamboyaient de détermination et de colère.
"Lève-toi", ordonna-t-il.
Je me levai et il laissa courir ses mains sur mon pull par-dessus mes seins. Il ôta mon pull puis posa sa
bouche sur mon cou. Il m'embrassa doucement, sa langue glissa sur mon épaule puis ma poitrine, sur
mon ventre jusqu'à atteindre le haut de mon jean.
Il défit les boutons, descendit la braguette lentement, si lentement que j'avais peur qu'il s'arrête. Il ôta
le denim de mes jambes, en caressant ma peau de ses mains, laissant apparaître une chair de poule
dans leur sillage.
Quand je ne portai plus que mon soutien-gorge et ma culotte, il recula, ses yeux balayant mon corps. Il
me saisit par la taille, me poussa contre le carrelage dur du mur de la salle de bain et m'embrassa de
nouveau. Ses mains empoignèrent mes fesses, son pelvis frottant contre le mien.
Je pouvais sentir sa queue, dure à travers son pantalon. Je me poussais contre lui, frottai sa queue,
sentant ma culotte devenir humide. Le frottement était presque intolérable, et la sensation de sa langue
sur mon cou et ses mains sur mes fesses lorsque je me frottai contre lui m'avait presque fait jouir.
Mais il recula.
"Mets-toi à genoux", grogna-t-il. Il retira son pull et le lança au sol.
Je fis ce qu'il avait demandé.
"Regarde-moi".
Je levai les yeux sur lui, sur son splendide corps, ses pectoraux toniques, ses tablettes de chocolat,
les lignes de son corps, parfaites, allongées et sexy comme l'enfer. Comment peux-tu exister? me
demandai-je. Comment quelqu'un aussi magnifique que toi peut-il exister ?
Il tendit la main, ramassa mes cheveux avant de tirer ma tête en arrière d'un coup sec, le doigt de son
index traînant sur mes lèvres et dans ma bouche.
"S'il te plaît", gémis-je.
"S'il te plaît quoi?"
"S'il te plaît, je veux te sucer". J'allai pour attraper le devant de son pantalon mais il repoussa ma
main.
"Supplie pour ça".
"S'il te plaît", dis-je. "S'il te plaît, je veux ta queue dans ma bouche, sur mon visage, je veux te
sucer". Les mots étaient obscènes et dégradants, le genre de choses que jamais je n'aurais pensé dire
moi-même. Mais maintenant, ils étaient chargés de sens et d'excitation, j'avais tellement envie de lui
que j'aurais fait tout ce qu'il voulait.
"Lève-toi, Anna", dit-il.
Je me levai.
"Tourne-toi".
Je me tournai.
"Plus doucement".
Je me tournai doucement, le laissant regarder mon corps. Cette fois, à mesure que je tournais, il me
frappa les fesses. Puis il fouilla dans sa poche et sortit un petit morceau de corde élastique, ses yeux
étincelèrent de désir.
"Qu'est-ce que c'est que ça?" demandai-je, le cœur martelant de peur et d'excitation.
"Mets tes bras au-dessus de la tête", ordonna-t-il, ignorant ma question.
J'hésitai pour juste une seconde, et fus récompensée par une autre fessée, celle-ci plus forte que la
précédente. Mon arrière-train était endolori là où il m'avait frappé plus tôt dans sa cuisine, et ces
nouvelles claques firent encore plus mal. La douleur parcourut ma chair, tournoyant avec mon désir
de créer la sensation la plus intense jamais ressentie de ma vie.
Je mis mes mains au-dessus de ma tête et il poussa son corps contre le mien. Il enfila la corde autour
de mes mains et l'enroula autour du crochet au dos de la porte.
Quand il eut fini, j'étais là en soutien-gorge et culotte, les mains au-dessus de la tête, ligotée et
vulnérable. La corde était suffisamment longue pour que je puisse me retourner, mais je ne pouvais
faire guère plus.
"Penche-toi", ordonna-t-il.
Je me penchai.
"Lève tes fesses en l'air", grogna Thomas. Je levai les fesses en l'air, sentis sa main me caresser
doucement avant de reculer et de me frapper de nouveau. Ses mains saisirent le haut de ma culotte, la
baissant et l'arrachant.
"Écarte les jambes", grogna-t-il.
J'écartai les jambes et sentis ses doigts glisser contre ma chatte, caressant doucement mon clitoris. Je
mordis ma lèvre. Je ne voulais pas gémir, je ne voulais pas émettre un son, sachant que si je le
faisais, il arrêterait.
Il poussa son corps contre le mien, ses doigts faisant un mouvement de va-et-vient à l'intérieur de moi,
de plus en plus vite jusqu'à ce que je croie exploser.
"Mmm", dis-je à bout de souffle.
"Chhh, Anna", murmura-t-il à mon oreille. "Silence. Tu ne veux pas qu'ils nous entendent, n'est-ce
pas?"
Son ton était taquin, comme si cela lui importait peu que quelqu'un nous surprenne. Et pourquoi le
serait-il? Je serais celle qui aurait de quoi être embarrassée, ligotée et exposée, laissant Thomas
faire ce qu'il voulait de moi.
Ses doigts entraient et sortaient, encore et encore, glissant de plus en plus vite et de plus en plus
facilement à mesure que mon excitation montait.
"Est-ce que tu aimes ça?" chuchota-t-il.
"Oui", gémis-je.
Avec son autre main, il saisit mon menton et le tira en arrière de telle sorte que nos bouches étaient
séparées de quelques centimètres. "Dis-moi".
"J'adore ça".
"Tu adores quoi?"
"J''adore quand tu enfonces tes doigts dans ma chatte et que tu me baises".
Il bougea de plus en plus vite, ses doigts remuant de façon experte en même temps que son pouce
massait mon clitoris. Puis quand je fus proche de l'orgasme, il arrêta, retira sa main et la déplaça vers
mes fesses.
Je gémis quand ses doigts glissèrent entre mes fesses.
Je me raidis automatiquement, panique et extase montant le long de ma colonne vertébrale.
"T'es-tu déjà faite sodomiser, Anna?"
Mon pouls s'accéléra, mon cœur s'arrêta. "Non", murmurai-je.
Il bougea lentement son doigt autour de mon anus, me taquinant. "Bientôt", dit-il malicieusement.
"Mais pas ce soir".
Il attrapa mes liens, tirant dessus jusqu'à ce qu'ils déchirent ma chair. Il allait de nouveau laisser des
marques, et j'aimais cette pensée, mon fessier à vif suite à ses fessées, mes poignets rouges à cause de
ses cordes.
Il tira de plus en plus fort, si fort que la douleur devint presque insupportable. La corde cassa, j'étais
libre. La perte de tension dans la corde fut si soudaine que je tombais presque par terre, mais Thomas
me rattrapa par la taille, me retenant en fusionnant sa bouche avec la mienne.
Il m'embrassa pour ce qui me sembla une éternité, nos bouches bougeant en rythme jusqu'à ce que mes
jambes faiblissent.
Il recula et me reposa vers le sol jusqu'à ce que je sois à genoux, le carrelage dur et froid contre ma
peau.
"Enlève ton soutien-gorge", ordonna Thomas.
Je tendis ma main en arrière et commençai à décrocher l'attache.
"Plus lentement", grogna-t-il et je ralentis. "Regarde-moi pendant que tu le fais".
Je gardai mes yeux dans les siens alors que je finissais de détacher mon soutien-gorge et l'ôtais.
"Soulève tes seins pour moi", dit-il.
Je les saisis à pleines mains, les lui présenta, mes mamelons tendus et pointant directement à son
attention. Mon corps était si chaud que je pensais m'enflammer.
Il massa mes seins, ses mains caressant mes mamelons lentement et avec douceur, nos yeux ne se
quittant jamais.
"Déboutonne mon pantalon, Anna, et sors ma queue".
Je déboutonnai son pantalon, descendis sa braguette jusqu'à ce que sa queue s'agite devant moi, dure,
large et parfaite.
Il posa sa main à l'arrière de ma tête, me guidant le long de sa bite, lentement puis plus vite, jusqu'à
ce que je sente son gland contre ma gorge.
Sa queue glissait à l'intérieur puis à l'extérieur, frottant contre ma langue. J'aimai son goût salé. Il
contrôla le rythme et la pression, guidant ma tête sur sa queue, baisant ma bouche.
"Debout".
Je me levai et il m'attrapa par la taille, me souleva comme une poupée de chiffon et me poussa le dos
contre la porte.
J'enroulai mes jambes autour de lui quand il me pénétra, mes ongles s'enfonçant dans son dos à
mesure qu'il me baisait.
"Mon dieu que tu es bonne", dit-il.
Je gémis, et penchai ma tête en arrière quand il commença à bouger plus vite, sa queue martelant ma
chatte de plus en plus fort et de plus en plus vite pendant que mon dos cognait contre la porte en
arrière de moi.
Je fermai les yeux au moment où sa bouche retournait sur la mienne, nos langues bougeant
frénétiquement l'une contre l'autre pendant que nous baisions.
Il recula. "Regarde-moi", murmura-t-il. "Je veux que tu me regardes pendant que tu jouis".
"Je veux jouir", gémis-je.
"Vas-y", dit-il. "Viens pour moi, bébé. Viens sur ma queue dure".
Je jouis, criant, ne me souciant pas de qui pouvait entendre. Nos yeux étaient fixés l'un sur l'autre
pendant que l'orgasme me déchirait. La connexion entre nous était si intense que ça me prit toute la
maîtrise de moi pour ne pas détourner le regard. La sensation était si incroyable, si plaisante que je
ne pouvais presque plus le supporter. A la fin de l'orgasme, quand ma chatte fut prise de violents
spasmes sur sa queue, je le sentis éjaculer en moi, jet après jet, me remplissant de son sperme.
Il s'effondra contre moi, tous deux épuisés.
Quand nous reprîmes notre souffle, je détachai mes jambes de sa taille et les reposai au sol. J'étais
essoufflée, étourdie, presque droguée par ce que nous venions de faire.
"Anna", dit Thomas, repoussant les cheveux de mon visage. "Jamais je ne…Je pensais que je t'avais
perdue. Je ne veux plus jamais ressentir ça de nouveau".
Il me serra fort, si fort que je pus sentir son cœur battre rapidement contre le mien.
Finalement, il recula.
"Bien", dit-il en ramassant son pull par terre. "Je ferais probablement mieux de retourner à la table.
Je te laisse une seconde, puis tu peux venir me rejoindre".
Une fois qu'il fut parti, je laissai sortir la respiration que je retenais.
Je m'éclaboussai le visage avec un peu d'eau. Mes joues étaient rouges et mes cheveux
catastrophiques, mais mis-à-part ça, je ne paraissais pas si mal. Je me rhabillai rapidement et lissai
mes cheveux, espérant que le serveur ne réaliserait pas ce que nous avions fait, mais sachant que
probablement il le savait.
Quand je revins à la table, Thomas était debout et avait enfilé son manteau.
"Salut", dit-il lorsqu'il me vit.
"Salut". Je regardai vers notre table. Elle avait été débarrassée et redressée.
"Oh", dis-je. "Je conclus que nous ne dînerons pas". J'étais déçue. J'avais soudainement une faim de
loup, et je voulais mon steak.
"Je les ai fait emballer", dit Thomas. "J'ai pensé qu'ils auraient meilleur goût à la maison".
Je souris. "Ils auront meilleur goût à ton appartement", dis-je.
"Alors allons-y". Il prit ma main et me conduisit à travers le restaurant vers la porte principale.
J'aimai qu'il me tienne la main, qu'il montra au monde que nous étions ensemble. J'aimais lui
appartenir.
Quand nous arrivâmes sur le trottoir, je cherchai sa voiture.
"La voiture attend au coin de la rue", dit-il. "Je n'étais pas sûr si tu voulais la prendre ou si tu
préférais marcher".
"La voiture, ça me va". J'appréciai qu'il me demande ça, aimai qu'il veuille être sûr que j'étais
d'accord pour la voiture après avoir été hésitante plus tôt. Et j'étais d'accord maintenant. J'avais été
stupide de ne pas lui faire confiance, d'aller contre mon instinct et penser qu'il pouvait avoir fait
quelque chose de mal.
Thomas n'était pas un meurtrier.
Il était l'homme de qui je tombais amoureuse.
Nous étions à mi-chemin de la limousine quand c'est arrivé.
Trois véhicules de police s'arrêtèrent sur le trottoir, les sirènes allumées, jetant des rayons de lumière
rouge et bleue sur le béton.
Deux flics descendirent de la voiture, leurs armes en main.
"Thomas Dorsk", cria l'un deux. "Les mains en l'air! Maintenant, mettez vos mains en l'air!"
Mon cœur martela ma poitrine, le sang affluant dans mes oreilles. Thomas me lâcha la main et fit un
pas de côté. Je voulus lui reprendre la main par reflexe, mais il s'éloignait déjà, hors de ma portée.
"Vraiment?" demanda Thomas avec un soupir. "Il faut qu'on le fasse comme ça?"
Le flic fouilla dans sa poche et sortit des menottes. "Thomas Dorsk", dit-il. "Vous êtes en état
d'arrestation pour le meurtre de Kate Price. Vous avez le droit de garder le silence…"
Il continua de parler, lisant ses droits à Thomas, mais je ne pouvais pas l'entendre. C'était comme si
soudainement tout se déroulait au ralenti dans un brouillard cauchemardesque duquel je n'arrivais pas
à sortir. J'étais figée sur place, incapable de bouger, incapable de parler, incapable de comprendre ce
qui se passait.
"Appelle Worthington", ordonna Thomas avant qu'ils ne le chargent à l'arrière de la voiture de police.
J'essayai d'attraper mon téléphone pour appeler le professeur Worthington, mais j'en fus incapable.
J'étais figée sur place. Et je restai figée, regardant les sirènes s'allumer de nouveau et la patrouille
quitter la rue.
De la bile remonta dans ma gorge, je me penchai, nauséeuse sur le trottoir.
Thomas avait été arrêté.
Ce qui pouvait dire deux choses.
Premièrement, ils avaient des preuves l'impliquant dans le meurtre de Kate.
Deuxièmement, les choses allaient devenir encore plus compliquées.
Finalement, je sortis mon téléphone et composai le numéro du professeur Worthington.
"Professeur", dis-je lorsqu'il décrocha. "Nous avons un problème".


Fin du livre 5



6. CE QU’IL PROTÉGE.

Anna
Cela m'ennuyait de savoir exactement comment me rendre jusqu'au commissariat de police. En fait,
tout semblait normal maintenant, entrer et voir la même réceptionniste qui était là lorsque Thomas
avait été interrogé.
Aujourd'hui, elle n'était vraiment pas amicale, pas de rapides petits coups d'œil discrets concernant
l'allure sexy de Thomas, pas de ton professionnel, ni d'attitude polie. Elle avait même poussé un
soupir lorsqu'elle m'avait vue, et joué les femmes indignées lorsque je lui avais dit que j'étais ici pour
parler à quelqu'un qui venait d'être arrêté.
"Nom?" demanda-t-elle.
"Le mien ou celui du susp…, hum, de la personne?"
"Celui du suspect".
"Thomas Dorsk". J'étais peut-être paranoïaque, mais j'étais presque certaine qu'elle savait que j'avais
un intérêt personnel dans cette affaire.
"Êtes-vous son avocate?" demanda-t-elle, me dévisageant sceptiquement de haut en bas. Je ne pouvais
pas lui en vouloir. Je n'avais pas l'allure d'une avocate.
"Non", dis-je. "Je suis étudiante en droit. Mais je fais partie de son équipe juridique".
Elle secoua la tête. "A-t-il appelé son avocat?"
"Bien sûr qu'il a appelé son avocat". Ce n'était pas techniquement vrai. C'était moi qui avais appelé le
professeur Worthington, pour lui expliquer ce qui était arrivé, debout sur un bout de trottoir occupé. Il
n'avait pas semblé choqué, ni paniqué du tout. Il avait juste dit 'on se retrouve là-bas' avant de
raccrocher.
"Bien, est-ce que vous pouvez patienter là-bas?" dit la réceptionniste. "Jusqu'à ce que son avocat
arrive".
Elle avait insisté sur le mot "avocat", puisque je n'en étais pas un, je n'avais pas d'affaire à faire ici. Je
soupirai et m'assis sur l'une des chaises pliantes disposées dans le hall. Je fouillai dans mon sac et
sortis un cahier. Mais je n'avais rien à écrire.
J'aurais pu ouvrir mon iPad et essayer de rattraper mon retard sur les lectures pour la fac, mais j'étais
trop nerveuse. Thomas venait d'être arrêté. Il allait y avoir un procès. Et des preuves, le procureur
creuserait profondément dans la vie de Thomas et lui poserait toutes sortes de questions.
Si quelqu'un découvrait notre relation, je serais citée à comparaître. Ils me poseraient des questions sur
notre vie sexuelle, me demanderaient si Thomas avait déjà été violent avec moi, s'il m'avait déjà fait
mal. Et même s'il ne m'avait jamais fait de mal, j'en connais suffisamment sur le droit pour savoir qu'ils
feraient croire que si.
Le procureur ne cesserait de me poser des questions spécifiques, si Thomas m'avait déjà laissé des
marques sur les poignets, s'il m'avait déjà fessé au point de faire rougir ma peau. Et Thomas avait bel et
bien fait ces choses, mais pas comme ils essayeraient de le décrire. Mais cela n'aurait aucune
importance. Ils me questionneraient, et ils ne comprendraient pas le côté sexuel de la chose, la
domination ou la soumission. Diable, je ne comprenais même pas tout moi-même.
Et si je mentais, je serais arrêtée pour parjure. Et si cela arrivait, je pourrais dire au revoir à ma
carrière en droit.
Quel beau bordel, pensai-je en moi-même. Pourquoi n'étais-je pas tombée amoureuse d'un gars normal,
étudiant en droit, le genre de gars qui travaillerait fort, obtiendrait de bonnes notes, et décrocherait un
job ennuyeux dans une firme d'avocats? Pourquoi étais-je tombée sur avec un homme plus âgé, ayant un
penchant pour le sadomasochisme et un passé torturé?
Je sortis mon téléphone et regardai les secondes défiler lentement sur l'écran, souhaitant qu'elles
avancent plus rapidement. Le professeur Worthington aurait déjà dû arriver maintenant. Je pensai à
l'appeler, mais je ne voulais pas être une peste ou sembler trop impatiente. Maintenant que Thomas
avait été officiellement arrêté, il était encore plus important que je reste impliquée dans l'affaire.
Je me levai et fis les cent pas, parce que l'énergie stockée en moi n'avait nulle part où aller. Je
commençai à ressentir une envie de crier.
"Vous savez, il a probablement été transféré à la maison d'arrêt", intervint gentiment la réceptionniste.
Je me retournai. "Pardon?"
"La maison d'arrêt. C'est là que les personnes sont transférées après avoir été arrêtées, en attendant
d'être traduites en justice".
Je pris une profonde inspiration par le nez et résistai à l'envie de crier pour ne pas m'avoir dit cela
plus tôt. Elle savait pertinemment que j'attendais Thomas et le professeur Worthington puisque je lui
avais mentionné lorsque j'étais entrée. Alors pourquoi m'avait-elle laissée m'asseoir comme une idiote
et perdre mon temps alors que Thomas n'était même pas là?
Ce n'était pas entièrement de sa faute. Bien sûr, je savais que les clients ne parlaient pas à leur avocat
au commissariat de police. Et qu'une fois arrêtés et leurs informations enregistrées, ils étaient
transférés à la maison d'arrêt. J'aurais dû le savoir quand le professeur Worthington m'avait dit 'on se
retrouve là-bas'. Mais j'étais si crevée que je n'y avais même pas pensé. Mon total manque de
prévoyance ne laissait pas présager une fructueuse carrière en droit.
Reprends-toi, Holloway, me pensai-je en moi-même.
Je courus à l'extérieur, hélai un taxi pendant que je cherchais l'adresse de la maison d'arrêt sur mon
téléphone. J'étais pleine d'énergie et me forçai à me calmer, mais mes mains tremblèrent lorsque
j'ouvris la porte du taxi et communiquai l'adresse au chauffeur. Lorsque nous arrivâmes devant la
maison d'arrêt, j'étais un peu plus calme, mais pas tant que cela. Il y avait quelques personnes qui
flânaient sur les marches de l'immeuble, fumant et parlant au téléphone.
Des hommes portant des sweatshirts à capuche vagabondaient sur le trottoir. Ils me dévisagèrent de
bas en haut lorsque je montai les marches de l'entrée.
Je pensais à téléphoner au professeur Worthington pour lui demander s'il était déjà arrivé, pour lui
demander de venir me chercher à l'extérieur et de me conduire à l'intérieur, mais il n'y avait aucune
raison d'être intimidée. Si je devenais avocate, je devrais m'habituer à faire ce genre de choses. Et
d'ailleurs, il y avait des tonnes de flics derrière les portes principales de cet immeuble, donc rien de
grave ne pouvait arriver ici. Je ne manquais pas d'ironie, j'étais là, me dirigeant volontairement pour
chercher un homme qui avait été accusé de meurtre, et ayant peur des gens à l'extérieur.
Personne ne me fit de difficultés lorsque je passai. Tous étaient occupés avec leurs téléphones,
appelant probablement leur avocat ou leur garant de caution dans le but d'essayer d'aider leurs proches
ou leurs amis à l'intérieur.
L'intérieur de la maison d'arrêt ne ressemblait en rien au commissariat. Au commissariat, même avec
la réceptionniste, on pouvait ressentir un certain sens de l'ordre, un certain sens de sécurité. Les gens
au commissariat remplissaient des rapports, répondaient à des questions ou donnaient des
informations. Le commissariat grouillait d'activité. On pouvait sentir que quel que soit ce qui se
passait ici, c'était sérieux et sombre, mais en même temps, la certaine droiture faisait ressentir que
c'était la règle normale de la société.
Ce qui arrivait à la maison d'arrêt n'avait rien à faire avec la normalité. Les murs étaient gris et la
peinture complètement écaillée, le lino éraflé et ayant sérieusement besoin de réparations. Je pus
sentir une odeur nauséabonde d'urine et entendre résonner au loin le bruit métallique des barreaux. Au
bout du couloir, à une trentaine de mètres environ, je pus voir l'ombre d'un homme menotté et conduit
vers sa cellule.
"Je n'ai rien fait! Je suis stone, mec, je suis camé!" bombarda-t-il aux deux officiers qui le tenaient. Ses
jambes frêles se sont écartées en tombant lorsque les officiers l'ont jeté dans sa cellule. Le son d'un
gémissement suivi du cliquetis des barreaux démontrèrent que les autres pensionnaires n'appréciaient
apparemment pas la présence de leur nouveau voisin.
"Est-ce que je peux vous aider?" demanda un policier en uniforme de l'autre côté du détecteur de
métal.
"Oui", dis-je. "Je viens voir Thomas Dorsk. Je fais partie de son équipe juridique". Je laissai
délibérément de côté le fait que je n'étais pas avocate. Je ne ferais pas deux fois la même erreur.
J'imaginai Thomas dans cette cellule, bondée de tous ces cinglés. Je me demandai ce qui arriverait si
sa trombine lui causait des ennuis. Viendraient-ils après lui? Avaient-ils des armes ici? Etait-ce
comme en prison où un prisonnier peut être pris dans une bagarre sans que les matons ne lèvent le petit
doigt?
"Est-ce qu'il a été arrêté?" me demanda l'officier de police.
"Oui", dis-je.
"À quelle date?"
"Aujourd'hui. Il y a juste une heure".
Le policier poussa un soupir et secoua la tête. "Il y a une heure? Chérie, personne ne sort de la maison
d'arrêt en une heure. Votre client devra être assigné à comparaître avant même de pouvoir sortir sous
caution, et cela va…"
Mais avant qu'il ne puisse finir, Thomas apparut en face de nous, l'allure pas si mal. Son manteau était
immaculé, ses cheveux toujours parfaitement coiffés, sa foulée imposante et déterminée.
Quand il m'aperçut, son visage s'assombrit. "Anna", demanda-t-il. "Qu'est-ce que tu fais là?"
"Ce que je fais ici?" demandai-je. "Je suis venue te chercher!" Je regardai derrière lui cherchant un
policier ou quelqu'un l'accompagnant mais il n'y avait personne.
"Tu ne devrais pas être là", dit-il, m'attrapant par le bras. Il me conduisit à la porte puis en bas des
marches, à travers la foule rassemblée dans les escaliers.
Lorsque nous arrivâmes au coin de la rue, il sortit son téléphone portable et le porta à son oreille.
"Jared", dit-il. "Je suis prêt". Il termina l'appel et glissa le téléphone dans sa poche.
"Anna, je t'ai dit d'appeler Worthington, pas de venir à la maison d'arrêt. Est-ce que tu es folle?"
Je le regardai, stupéfaite. "Est-ce que je suis folle? Non, Thomas, je ne suis pas folle. J'ai appelé le
professeur Worthington et il m'a dit de le rejoindre ici".
"Colin t'a dit de le rejoindre à la maison d'arrêt?" Ses yeux s'enflammèrent de colère et il ressortit son
téléphone. "Il va falloir que je lui parle".
Je lui arrachai le téléphone des mains, et le tint hors de sa portée. "Tu ne feras pas ça!", dis-je. "C'est
mon patron et je travaille sur ton cas. S'il me demande de le rencontrer à la maison d'arrêt, je le
rencontre à la maison d'arrêt".
Je pensai que Thomas serait fâché contre moi pour l'avoir défié, pensai que je devrais le payer plus
tard, et l'idée m'envoya une vague de chaleur à travers le corps. J'eus un flash-back de ce qu'il venait
de me faire dans les toilettes du restaurant.
Montre-moi tes nichons, Anna.
Mais Thomas ne sembla pas offensé que je le contredise. En fait, il semblait s'ennuyer, comme
quelqu'un qui attendrait qu'un enfant finisse son caprice pour pouvoir l'envoyer à la sieste.
"Rends-moi mon téléphone s'il te plaît, Anna".
"Non", dis-je, pas parce que je pensais qu'il allait appeler le professeur Worthington, parce je voulais
être dure avec lui. Je réagissais parce que je voulais l'attention de Thomas, ou au moins quelques
explications sur ce qui se passait. Il venait juste d'être arrêté pour meurtre. Il avait été menotté, jeté à
l'arrière d'un véhicule de police et conduit à la maison d'arrêt comme un vulgaire voyou. Et maintenant,
il était là en train de me faire la morale à propos du fait que je n'aurais pas dû venir dans un lieu aussi
dangereux, comme si c'était la chose la plus importante du moment. "Où est le professeur Worthington
d'ailleurs?" demandai-je.
"Il ne viendra pas".
"Il ne viendra pas?" Je fronçai les sourcils. "Pourquoi ça?"
"Parce que ça paie de connaître du monde", dit-il mystérieusement en me tendant la main. "Rends-moi
mon téléphone maintenant, Anna".
Je lui rendis son téléphone à contrecœur. "Qu'est-ce que ça veut dire, ça paie de connaître du monde?"
"Ça veut dire que je connais beaucoup de gens capables de faire ce qu'on leur demande de faire. Donc
je n'ai pas eu besoin de Worthington".
Ma mâchoire tomba. "Tu as réussi à convaincre un juge de te signer ta libération sous caution?"
"Oui".
"En jouant ton propre avocat".
"Oui". Il me jeta un coup d'œil. "Ne sois pas si surprise, Anna, je suis avocat. Et dans ce beau pays qui
est le tien, on est autorisé à se représenter soi-même".
"Oui, mais c'est toujours considéré comme une très mauvaise idée".
"Pas quand tu es le meilleur".
Je secouai la tête. Comment avait-il pu négocier sa propre libération si rapidement? Et sur une
accusation de meurtre? Je n'étais pas naïve au point de ne pas savoir qu'il y avait un certain niveau de
politique dans le système légal, obtenir les bons juges, connaître les bons avocats, les pots-de-vin et
les transactions sous la table. C'était juste comme ça que certaines choses fonctionnaient, graves et
contre les règles, le genre de choses pour lesquelles les gens pouvaient ruiner leur carrière. Etait-ce ça
que Thomas avait fait? Avait-il appelé pour s'octroyer la faveur d'un quelconque juge véreux?
Je pris une profonde respiration. "Est-ce que Worthington est au courant que tu as agis comme ton
propre avocat et que tu as négocié toi-même ta caution?"
"Oui, Anna. J'ai appelé pour le lui dire".
"Et il s'en fichait?"
"Au contraire. Il était très fâché. Quand bien même, il aurait dû t'appeler pour te dire de ne pas te
rendre à la maison d'arrêt. C'est irresponsable de sa part, et je n'aime pas le fait qu'il t'ait mise en
danger". Sa mâchoire était serrée, et je le surpris grincer très légèrement des dents.
"Je n'étais pas en danger".
"Le fait que tu le penses rend encore plus évident le fait que tu ne devrais pas être là".
"S'il te plaît", dis-je en roulant des yeux. "Il y avait des flics partout".
"Et des vagabonds".
"Oui, et des flics".
Il rit un peu. Son rire signifiait clairement qu'il pensait que j'étais naïve non seulement de ne pas
savoir combien ces vagabonds pouvaient être dangereux, mais aussi de penser que les flics me
protégeraient. Sa voiture s'arrêta sur le trottoir et il m'ouvrit la porte. J'hésitai une minute avant de
monter.
Une fois installés à l'intérieur, Thomas posa ses mains sur ses jambes et me regarda.
"Est-ce qu'on va parler du fait que tu viens juste de faire arrêter?" demandai-je.
"Est-ce que tu essaies de me dire que c'est de ça que tu aimerais parler?"
"Non, je ne veux pas en parler, je ne veux juste que ce ne soit pas arrivé. Mais comme c'est plutôt
énorme, on devrait en discuter".
"Pourquoi?"
"Parce que c'est ce que les gens font Thomas, quand quelque chose d'aussi énorme arrive. Ils en
discutent, ils en parlent, ils se disent ce qu'ils ressentent".
"Très bien". Il se déplaça sur le siège en face de moi et me regarda. "Qu'est-ce que tu ressens à
propos de mon arrestation, Anna?"
"Comment je me sens?" m'exclamai-je.
"Oui, tu es apparemment très émotive à ce propos, tu as besoin d'en parler".
"Je n'ai pas… Oui, je suis très émotive à ce propos, Thomas, tu viens juste d'être arrêté pour meurtre.
Meurtre, Thomas. Est-ce que tu sais ce qui arrive aux meurtriers? Ils prennent perpétuité. Ils vont sur
la chaise électrique. Ils…"
"La peine de mort n'existe pas à New York, Anna".
Je secouai la tête. "Je n'arrive pas à croire que tu sois aussi insensible".
"Est-ce que tu penses vraiment que c'est de l'insensibilité?"
"Oui, comment peux-tu ne pas paniquer?"
"Paniquer?" répéta-t-il, comme si le mot lui était inconnu. "Et qu'est-ce que ça changerait, Anna? De
paniquer? Tu penses que c'est une surprise pour moi? S'il te plaît. Ils auraient dû m'arrêter il y a six
ans lorsque Nora est morte. La seule chose vraiment hallucinante, c'est de voir l'incompétence
évidente du département de police pour m'avoir laissé arpenter les rues pendant si longtemps".
Je secouai la tête et me tournai pour regarder à travers la vitre. Je clignai des yeux, essayant de me
convaincre de ne pas pleurer. Qu'avait-il dit au restaurant déjà? Quelque chose à propos de cacher ses
émotions pour survivre? Qu'est-ce que ça voulait dire? Thomas était-il vraiment terrifié, mais ne le
montrait pas juste parce qu'il avait appris à refouler ses émotions pour survivre? Ou était-il possible
qu'il n'ait pas d'émotions, qu'il soit un pur psychopathe pour qui rien n'a d'importance, incluant les
conséquences de ses actions?
Je n'arrivais pas à décider ce qui était le pire.
S'il était un psychopathe, la réponse claire était que je n'aurais jamais dû avoir à faire avec lui. Mais
si le trauma dont il avait été victime l'avait rendu renfermé au point de ne pas pouvoir exprimer ses
sentiments, je serais tentée d'essayer de l'amadouer et de devenir comme d'innombrables femmes
stupides qui, après avoir rencontré un homme brisé, pensaient pouvoir en faire l'homme qu'elle
voulait.
Et j'avais vu quelques lueurs ici et là, de l'homme qu'il pourrait être.
Mais voulais-je vraiment passer des jours, des mois, des années à essayer de le convaincre que je
méritais plus que ces lueurs? Me rendre responsable était un choix perdant, et je le savais.
Quand la voiture s'arrêta devant son appartement, j'espérai qu'il m'inviterait à entrer, j'avais envie et
besoin de passer plus de temps avec lui, mais j'avais peur qu'il me repousse et me renvoie à mon
appartement. J'avais besoin de sa présence.
Quand, sur le trottoir, il m'invita à l'intérieur, je fus soulagée et heureuse.
"Est-ce que tu as faim?" demanda-t-il une fois dans la cuisine.
"Non".
"Mais nous n'avons même pas pu dîner". Il secoua la tête et fis un large sourire. "J'ai oublié le doggy-
bag à l'arrière de la voiture de police. Les policiers l'ont probablement rapporté au commissariat et se
sont régalés à mon compte". Il rit, comme si c'était la meilleure blague qu'il n'avait jamais entendue.
"Tu trouves ça drôle?" demandai-je. "Tu trouves ça drôle d'avoir été arrêté pour meurtre?"
Il haussa les épaules, traversa la pièce jusqu'au réfrigérateur, puis en observa le contenu. Il referma la
porte du réfrigérateur, apparemment déçu de ce qu'il y avait vu. "On va commander", décida-t-il. Il
traversa de nouveau la pièce et ouvrit un tiroir rempli de menus à emporter. "Tu as besoin de manger,
Anna".
"Non, je n'en ai pas besoin", renchéris-je, frustrée qu'il me materne.
"Et toi non plus, tu ne devrais pas".
"Je ne devrais pas manger?"
"Non!", dis-je. "Tu devrais être fâché, en colère ou effrayé! Pas debout comme une espèce de statue
dans ta cuisine en train d'éplucher des menus à emporter!"
"Anna", dit-il sur un ton d'avertissement. "La journée a été très longue".
Je marchai vers lui et posai ma main sur son bras. "Thomas", dis-je doucement. "Thomas, qu'est-ce que
tu fais?"
Il se retourna et me regarda, le regard sérieux, sa respiration soudainement pénible. "Je n'ai pas peur de
la prison".
"Non?"
"Non. En fait, ce serait un soulagement en quelque sorte".
"Un soulagement?" Je glissai ma main vers la sienne et entrecroisai mes doigts avec les siens.
"Pourquoi?"
"Parce que j'aurais enfin ce que je mérite". Il prononça ces mots comme si de rien n'était, avec une
légère pointe de tristesse comme s'il parlait d'une tragédie pour laquelle il était impuissant, comme la
faim ou le terrorisme dans le monde.
Je pris une inspiration irrégulière. "Thomas", dis-je. "Es-tu… As-tu… ?"
"Non". Il secoua la tête. "Je n'ai pas tué ces femmes. Mais je pourrais l'avoir fait".
"Et qu'est-ce que c'est censé signifier?"
Mais il avait fini de parler. Il décrocha son téléphone et passa sa commande, encore une fois sans me
demander ce que je voulais.
Quand il eut terminé, il partit se doucher.
Et cette fois, je savais qu'il ne fallait pas insister.

Les repas chinois furent livrés quelques vingt minutes plus tard, juste au moment où Thomas sortit de la
douche. Nous mangeâmes dans la salle à manger en silence, et peu de temps après, il se retira dans son
bureau, prétextant avoir du travail à faire.
Je restai dans le salon, roulée en boule dans le canapé surdimensionné, faisant mes lectures pour le
cours du lendemain. Je fus capable de m'abandonner dans mes études de cas et mes résumés juridiques,
de tourner les pages et de prendre des notes, surlignant des passages dans mes livres et sur mon iPad.
J'arrivai à bloquer toutes mes pensées sur ce qui se passait en ce moment, sur l'arrestation de Thomas,
sur le fait qu'il venait encore de se replier sur lui-même, même s'il s'était ouvert sur son enfance et
m'avait dit des choses horribles qui ne devaient représenter que la pointe de l'iceberg.
Finalement, vers minuit, Thomas revint dans le salon.
"Anna", dit-il. "C'est l'heure d'aller au lit".
"Je ne suis pas fatiguée".
"Je m'en fiche. Tu as besoin de repos".
Je soupirai et rangeai mes livres et mes papiers dans mon sac.
Je le suivis dans la chambre. Il était déjà habillé pour la nuit et portait un large pantalon de pyjama gris
sans tee-shirt. Le pantalon tombait bas sur ses hanches. J'admirai son corps lorsqu'il marchait devant
moi dans le couloir, laissant mes yeux s'attarder sur son beau fessier et ses muscles dorsaux bien
dessinés.
Je me préparai pour aller au lit dans la salle de bain. Je me brossai rapidement les dents, me lavai la
figure et enfilai un long tee-shirt. Les lumières de la chambre étaient éteintes lorsque je revins, et
Thomas était déjà couché. Je me glissai sous les draps à côté de lui, me tournai sur le côté, en direction
de la fenêtre et ne lui faisant pas face.
Je retins ma respiration, espérant qu'il tenterait une approche, me murmurerait quelque chose ou se
collerait contre moi. Je me fichais si c'était seulement sexuel, s'il voulait juste m'utiliser pour satisfaire
un besoin urgent. Je mourais d'envie de connecter avec lui, et si je me fichais si c'était seulement une
connexion physique.
"Bonne nuit, Anna".
"Bonne nuit, Thomas".
Je restai allongée un moment, espérant qu'il y aurait un peu plus que ça, mais en vain. Je fermai les
paupières et priai pour que le sommeil vienne m'emporter. Et miraculeusement, après un long moment,
je m'endormis.
Quand je me réveillai, la chambre était dans l'obscurité totale.
Lorsque nous nous étions couchés, les rideaux étaient légèrement ouverts, une faible bande de lumière
filtrait dans la pièce. La porte de la chambre était également ouverte, la veilleuse du couloir dessinant
un faible rond de lumière sur la moquette.
Maintenant c'était nuit noire. Je fus désorientée un moment, clignant des yeux, essayant de faire le point
sur n'importe quel objet de la pièce obscure. Je cherchai mon téléphone à tâtons sur la table de nuit et
déverrouillai l'écran.
2h08.
Je me retournai et allumai la lumière.
La porte était fermée, les rideaux clos.
Et Thomas était parti.
J'avalai difficilement ma salive, me demandant où Thomas avait pu aller à deux heures du matin. Il est
probablement dans son bureau, me dis-je, il travaille. Je n'avais pas besoin de me lever et de le
surveiller. C'était tout à fait normal qu'il ait de la difficulté à dormir, qu'il décide de travailler plutôt
que de rester allongé à se retourner et ne pas pouvoir dormir. C'était un grand garçon dans sa propre
maison.
Un grand garçon qui venait juste d'être arrêté pour meurtre.
Je me glissai hors du lit, me frayai un chemin jusqu'à la porte et l'ouvris doucement. L'appartement
était sinistrement silencieux, le genre de silence qu'on trouve dans les endroits vides.
"Thomas?" appelai-je. Mais il n'y eut pas de réponse. Mon cœur commença à battre, je me demandais
si je ne m'étais trompée pas à son sujet, peut-être était-il un meurtrier qui avait décidé de quitter la ville
et de s'envoler au milieu de la nuit. Je partis dans le couloir, me guidant avec la lueur de mon téléphone.
Je me dirigeai sans bruit vers la cuisine. Je jetai un œil dans le bureau en passant, mais il était vide, la
porte ouverte. La cuisine était propre et bien rangée, aucun signe de personne.
Je cramponnai mon téléphone si fort que le plastique de l'étui protecteur me rentrait dans la paume.
J'allai appeler le nom de Thomas de nouveau quand j'entendis une voix étouffée. Cela me prit une
seconde pour réaliser que le son venait de la terrasse de la cuisine.
La porte de la terrasse était fermée, mais je pus distinguer le contour d'une forme à travers la vitre. Un
cri menaça de sortir de ma gorge, mais je réalisai que c'était Thomas, et je poussai un soupir de
soulagement.
Mais mon soulagement fut de courte durée. Pourquoi Thomas était-il sur sa terrasse, le reste de
l'appartement totalement fermé, à deux heures du matin? Mes yeux commencèrent à s'habituer à
l'obscurité et je réalisai maintenant qu'il y avait deux formes sur la terrasse.
Il y avait quelqu'un avec Thomas.
"…n'aurait pas dû venir ici…" disait Thomas.
L'autre forme était une femme, vêtue d'un jean noir et d'une veste de cuir noire, les cheveux relevés sous
une casquette de baseball noire. Elle était penchée sur la rambarde, les coudes posés sur la barre.
"C'était important", dit-elle.
"Chhut!" dit Thomas. "Je t'ai dit de parler à voix basse". Il regarda derrière lui dans l'appartement, je
m'accroupis rapidement derrière l'ilot, retenant mon souffle et priant pour qu'il ne me voie pas.
La réponse de la femme fut étouffée et je fus incapable d'entendre ce qu'elle disait. Je fis le tour de
l'ilot, espérant pouvoir voir ou entendre autre chose. Mais ils étaient maintenant hors de ma vue, qui
était obstruée par le bord du comptoir et les meubles de la terrasse.
"…ne pas venir ici…", dit Thomas de nouveau.
"…je voulais te voir en personne, Thomas… le téléphone…"
Je la vis poser sa main sur le bras de Thomas, il secoua la tête. Il saisit la rambarde et se pencha pour
regarder la rue en–dessous. Il était toujours torse nu et en pantalon de pyjama, et je détestai qu'elle le
touche, détestai qu'elle ait sa main sur son bras. Il faisait trop froid dehors pour être seulement vêtu
d'un mince pantalon sans haut, et je réalisai que qui que soit cette femme, elle avait dû arriver de nulle
part.
Je n'entendais plus aucune voix maintenant, ils devaient être là, silencieux tous les deux. Après un
moment, la femme retira sa main du bras de Thomas et saisit le sac noir qui était posé sur la chaise.
Elle ouvrit la fermeture et sortit deux objets, un épais dossier et une écharpe vert foncé. C'était le
genre d'écharpe faite pour la chaleur plus que pour l'esthétique. Elle était épaisse avec des franges aux
extrémités, je ne pouvais pas dire de là où j'étais, mais elle semblait avoir été tricotée à la main.
Elle tendit le dossier à Thomas qui le prit. Lorsqu'elle lui tendit l'écharpe verte, elle le fit doucement,
presque avec respect, comme si cela revêtait une grande importance. Il regarda l'écharpe pendant un
moment, et elle reposa sa main sur son bras.
J'avais l'impression d'espionner un moment intime, comme si je regardais deux personnes dans un
moment supposé être privé. En même temps, quelque chose de louche était en train de se dérouler,
puisque cette femme était apparue au milieu de la nuit avec un dossier, et Thomas avait fait son possible
pour la tenir éloignée de moi.
J'entendis Thomas dire très clairement "Tu devrais partir". Sa voix un peu plus forte cassa l'ambiance.
Ils approchèrent de la porte de la terrasse, je me frayai rapidement un chemin en dehors de la cuisine,
dans le couloir puis jusque dans la chambre.
Je refermai la porte derrière moi, grimaçant au bruit qu'elle venait de faire.
Je remontai dans le lit, mon cœur battait si vite que je pouvais sentir le sang cogner dans mes oreilles.
Je restai allongée pour ce qui me sembla une éternité, peur de bouger, voire même de respirer. Je
regardai l'heure sur mon téléphone passer de deux à trois puis quatre heures du matin. Thomas n'était
toujours pas revenu se coucher. Je me demandais ce qu'il faisait, avait-il quitté l'appartement? Je
n'avais entendu personne partir, mais il était impossible de savoir, avec la porte fermée, les lumières
éteintes, les rideaux clos, la pièce ressemblait plus à une cave qu'à une chambre. Cette femme était-elle
toujours là? Allait-elle être retrouvée morte? Allais-je être retrouvée morte?
Finalement autour de six heures du matin, j'entendis la porte de la chambre s'ouvrir. Je gardai mes yeux
fermés et ma respiration peu profonde, espérant que Thomas croie que je sois toujours endormie. Mon
pouls s'accéléra.
Après un moment, Thomas se dirigea vers son armoire puis j'entendis le son de l'eau couler dans la
salle de bain.
Je restai immobile.
La porte de la salle de bain s'ouvrit quelques minutes plus tard, et j'entendis Thomas quitter la chambre
et se diriger vers le couloir. Cette fois, il laissa la porte de la chambre ouverte. Il y eut des bruits de
froissements dans la cuisine avant que le son de la porte d'entrée qui s'ouvre et qui se ferme, fasse
écho dans l'appartement.
Thomas était parti.
Je relâchai la respiration que je ne réalisais pas que je retenais.
Je m'assis dans le lit, pas certaine de quoi faire. Je fus tentée de commencer à fouiner dans son
appartement, de passer à travers ses choses pour voir si je pouvais trouver quelque chose qui
l'incrimine. Mon côté avocat voulait que je le fasse. Le côté qui était impliqué dans cette relation, si on
pouvait appeler cela comme ça, voulait lui faire suffisamment confiance pour ne pas faire cela.
Mon téléphone vibra, et je fis presque une attaque cardiaque. Je saisis le téléphone.
Un nouveau message texte.
Thomas.
Je voudrais te rencontrer ce matin. Rejoins-moi à mon bureau à 7h.
J'arrivai promptement dans les bureaux de Dorsk et associés à 6h55. Je n'étais pas sure de ce que cette
réunion allait impliquer, alors je m'étais assurée d'arriver à l'heure. J'avais cours ce matin et je ne
pouvais pas me permettre d'être en retard. Peu importe ce que c'était, je voulais être sure de le régler
rapidement. Même si l'adrénaline parcourait tout mon corps à l'idée de rencontrer Thomas en privé.
Je tripotai la bandoulière de mon sac pendant que j'attendais l'ascenseur, me demandant si je devais lui
mentionner ce que j'avais vu la nuit précédente sur la terrasse. Thomas était si colérique. Je ne savais
pas si le confronter le forcerait à s'expliquer, ou juste me repousser. Mon instinct me disait qu'il me
repousserait. De toute évidence, s'il avait voulu me dire ce qui se passait, il n'aurait pas été si loin
pour le cacher.
Mon téléphone sonna au moment où j'allais mettre le pied dans l'ascenseur.
Le professeur Worthington.
"Anna", jappa-t-il dans le téléphone. "Où êtes-vous?"
Je ne sus pas quoi dire. Etant donné que je n'avais pas la moindre idée pourquoi Thomas voulait me
rencontrer, je ne savais pas si c'était en lien avec l'affaire, ou quelque chose de nature plus personnelle.
"Je suis sur le point de rencontrer Mr. Dorsk", dis-je finalement, prenant un risque.
"Bien, donc il est resté en contact".
"Oui".
"Je lui ai écrit ce matin pour lui dire que nous allions commencer à préparer sa défense, et il a dit qu'il
ne parlerait qu'à vous".
"Oh". Je déglutis, ma bouche soudainement sèche.
"Je veux que vous obteniez le maximum de renseignements que vous pourrez".
"Ok", dis-je, éclatant presque de rire à l'absurdité d'être assignée à la tâche impossible d'essayer de
soutirer des informations de Thomas Dorsk.
"Merci". Le professeur Worthington fit une pause. "Est-ce que cet arrangement vous convient?"
"Qu'est-ce que vous voulez dire?"
"Je veux dire êtes-vous à l'aise de rencontrer Mr. Dorsk seule?" Sa voix était teintée d'inquiétude.
C'était la première fois que je voyais le professeur Worthington montrer des signes de nervosité à
propos de mon implication avec Thomas. Jusqu'à maintenant, il avait toujours été très clair sur le fait
que je devais faire tout mon possible pour les besoins de la cause. Cela me fit me questionner sur le fait
que peut-être le professeur Worthington savait quelque chose qui le faisait s'inquiéter pour ma sécurité.
Je me demandais si je devais lui mentionner ce qui était arrivé la nuit dernière, la mystérieuse femme
qui était venue à l'appartement de Thomas, leur discussion sur la terrasse. Mais si je faisais cela, cela
impliquait de dévoiler que j'avais passé la nuit chez Thomas. Et soudainement, je perçus que quelque
chose avait changé avec le professeur Worthington. Maintenant que Thomas avait été arrêté, le
professeur Worthington était un peu plus prudent. S'il venait à apprendre à quel point je suis proche de
Thomas, il me retirerait de l'affaire.
"Pas de problème", dis-je, mettant le pied dans l'ascenseur et espérant avoir été convaincante.
"Voulez-vous que je vous envoie Josh?"
Je me mis à rire. "Êtes-vous sérieux?"
Il se mit aussi à rire. "Non, vous avez raison. À quoi est-ce que je pensais? Est-ce que vous voulez que
je vienne?"
"Non, pas besoin. Je peux gérer la situation avec Mr. Dorsk". Les mots sonnèrent si puissants et
déterminés dans ma bouche, que j'y crus presque moi-même.
"Parfait, alors", dit le professeur Worthington, sur un ton maintenant professionnel. "Je m'attends à
recevoir un rapport par email dès que vous aurez fini. Nous discuterons ensuite des prochaines étapes".
"Merci, Professeur". Je raccrochai et sortis de l'ascenseur. Je marchai dans le couloir moquetté en
direction de Dorsk et associés. Je me remémorai la dernière fois que j'étais venue ici, avant que tout
cela n'ait commencé, et je ris presque de voir comment les choses avaient pu changer en si peu de
temps.
Je marchai dans le couloir et je fus stoppée au bureau de réception. Il y avait une nouvelle
réceptionniste, jeune et blonde avec des cheveux brillants et un sourire enthousiaste.
"Puis-je vous aider?" me demanda-t-elle.
"Je viens voir Thomas", dis-je. "Il m'attend".
"Votre nom?"
"Anna".
"Nom de famille?"
"Holloway", dis-je, essayant de ne pas paraître offensée du fait de me faire questionner alors que
j'essayais d'être autorisée à rencontrer l'homme avec qui je couchais.
Elle se tourna vers son écran d'ordinateur, ses ongles parfaitement manucurés tapant sur les touches. Je
me sentis soudainement complexée de mes propres ongles, que je rongeais toujours. J'avalai ma salive.
"Ah, oui", dit la réceptionniste. "Je vois que vous faites partie de son équipe juridique. Vous pouvez
vous asseoir".
"Merci", dis-je fermement, m'asseyant dans un des fauteuils en face du hall de réception et essayant de
ne pas crier. Pourquoi me faisait-on attendre ici comme si j'étais inopportune? Thomas avait sollicité
cette rencontre avec moi, et non pas l'inverse. En fait, il ne l'avait pas sollicité, il l'avait juste demandé,
sans se soucier si j'étais libre ou non. Il avait été tout sauf chaleureux avec moi la nuit dernière, et
maintenant il me faisait attendre, pendant qu'une mystérieuse femme avec un dossier rempli de dieu seul
sait quoi et une écharpe verte était venue virevolter dans son appartement au milieu de la nuit, sans
poser de questions.
C'était exaspérant.
J'étais assise là, enrageant de seconde en seconde, me disant que s'il n'était pas là dans cinq minutes,
je partirais.
Je regardai l'heure su mon téléphone, essayant de bloquer le son de la petite voix enjouée de la blonde
qui répondait à ses appels.
Une minute… deux minutes..,
A quatre minutes et demie, je commençai à compter à rebours dans ma tête, il restait dix secondes
lorsque Thomas sonna la réceptionniste.
"Oui, monsieur", dit la réceptionniste. "Oui, tout de suite, monsieur".
Je résistai à l'envie de rouler les yeux vers le plafond, sachant que Thomas adorait probablement
qu'elle l'appelle monsieur. "Vous pouvez y aller maintenant", dit-elle avec un sourire.
"Merci".
Je me frayai un chemin à travers les doubles portes jusqu'au bureau de Thomas.
Lorsque j'arrivai, il était debout à côté de son bureau, parlant à quelqu'un au téléphone. Il avait ôté sa
veste et sa cravate, les manches de sa chemise bleu marine étaient retroussées, son col de chemise
ouvert, dévoilant le tee-shirt blanc qu'il portait en-dessous.
Il me fit signe d'entrer, et je pénétrai dans son bureau.
Il termina son appel et je dis immédiatement "tu n'aurais pas dû me demander de venir à sept heures si
tu n'étais pas prêt".
Je m'attendais à ce qu'il soit froid avec moi, mais au lieu de cela, les bords de sa bouche esquissèrent
un large sourire. "Tu m'as manqué aussi".
Je l'ignorai et m'approchai des chaises en face de son bureau, m'assis dans l'une et sortis un calepin.
"Le professeur Worthington m'a demandé de conduire un entretien préliminaire avec toi pour que nous
puissions commencer à monter ta défense".
"Monter, hein?" dit-il. "J'aime l'idée".
"Thomas, s'il te plaît. C'est sérieux".
"Je suis sérieux".
Il fit le tour de son bureau jusqu'à se trouver derrière moi, puis il poussa ma chaise pour qu'elle fasse
face au mur et non plus à son bureau. Puis il déplaça l'autre chaise pour qu'elle me fasse face.
Il s'assit et posa les mains sur mes jambes. "Tu m'as manqué, Anna", dit-il de sa voix rauque.
Je déglutis. "C'est à propos de ton cas, Thomas", dis-je. "Ce n'est pas à propos de nous deux".
"J'ai demandé cette réunion".
"Oui, bien. Je décide de quoi nous allons parler".
Il sembla amusé de me voir regarder mon calepin et faire mon intéressante en écrivant la date et l'heure
en haut de la page. Mais mon regard se posa sur ses mains, posées fermement sur mes genoux. Ses
pouces décrivaient des cercles sur ma peau et il remonta ma jupe de quelques millimètres. Ma
respiration s'accélérera. Ses avant-bras étaient forts et musclés, sa montre noire et chère, complétant
l'allure d'un homme qui était sûr de lui et pouvait avoir tout ce qu'il voulait.
"Les premières choses d'abord", dis-je en essayant de me concentrer. "Est-ce que tu as un alibi pour le
meurtre de Kate Price?"
"Non". Il haussa les épaules. "Tu sais déjà ça, Anna. Je faisais mon jogging dans le parc".
Je pris des notes. "Est-ce que t'es arrêté quelque part ce matin-là? Y a-t-il un endroit où tu aurais pu
aller et que quelqu'un t'ait vu? Un café, peut-être?"
"Non".
"As-tu interagi avec quelqu'un pendant ton jogging?"
"Non". Ses mains remontèrent ma jupe jusqu'à la taille, il me saisit et me tira vers lui de façon à ce que
mes fesses soient sur le rebord de la chaise. Ses mains s'attardèrent sur mes fesses avant de revenir sur
mes jambes.
"Tu ne m'aides pas", dis-je.
"Toi non plus", dit-il, sa main glissant doucement le long de ma jambe, mon mollet puis ma cheville. Il
souleva mon pied, le plaça sur son genou et commença à détacher la lanière de mon talon haut.
"Thomas!" dis-je, essayant de reculer. Mais il me tint fermement.
"Chh", dit-il. "Ça m'aide à me concentrer".
"Comment est-ce qu'enlever ma chaussure peut t'aider à te concentrer?"
"Parce que je peux pas arriver à me concentrer lorsque tu débarques ici habillée comme ça".
"Comme quoi?"
"Sexy". Il détacha ma chaussure et l'ôta de mon pied, et recommença avec mon autre pied.
"Thomas", dis-je, essayant de me libérer de nouveau de son emprise. "C'est sérieux".
"Je te l'ai dit, je suis sérieux". Il laissa tomber mon autre chaussure sur le sol et commença à me masser
le pied.
"Bien", dis-je, sentant la tension de mon corps se relâcher au contact de ses mains me pétrissant la
peau. "Si je ne renfile pas mes chaussures, est-ce que tu répondras à mes questions?"
"Je vais faire de mon mieux".
"Merci".
"De rien, madame l'avocate". Il me fit un large sourire, comme si tout cela n'était qu'une blague.
Je soupirai et retournai à mon calepin. "Donc tu es certain que personne ne t'a vu ce matin-là?"
"Je courais sur le chemin. N'importe qui qui faisait son jogging peut m'avoir vu".
"Mais personne qui ne se rappellerait forcément de toi".
"Il y avait quelqu'un en fait, maintenant que j'y pense. Une femme blonde courait à peu près à la même
allure que moi, et nous nous dépassions sans cesse. Je crois qu'elle m'a fait un commentaire sur le fait
qu'elle essayait de me suivre".
Tu m'étonnes.
"Est-ce que tu te rappelles quelque chose à propos d'elle? Ce qu'elle portait? A quoi elle ressemblait?
Si elle fait souvent du jogging sur ce chemin, peut-être que nous pourrons la retrouver et voir si elle se
rappelle de toi".
"Elle portait un soutien-gorge de sport violet. Un short noir en spandex. Milieu de la vingtaine".
Je pris une note sur mon calepin et essayai de ne pas réagir au fait que la femme semblait superbe,
mince et blonde, mon cauchemar de base.
"Est-ce que Kate n'a jamais rien mentionné à propos de quelqu'un avec qui elle pouvait avoir des
problèmes? Un petit ami, peut-être?"
"Kate n'avait pas de petit ami". Ses mains remontèrent sur mes mollets, ses doigts caressant ma peau
doucement. Lorsqu'il arriva au bas de ma jupe, il la remonta un peu plus.
"Thomas", dis-je, rabaissant ma jupe. "Je dois te poser ces questions. C'est pour le professeur
Worthington. Si je n'obtiens pas un minimum d'informations de ta part, je vais avoir des ennuis. Tu ne
veux pas que j'ai des ennuis, n'est-ce pas?"
"Ça dépend". Il reposa mes jambes sur le sol et attrapa mes hanches, me rapprochant de lui. Il baissa la
tête, ses lèvres tracèrent une ligne de baisers torrides dans mon cou. "Quel genre d'ennuis? Ça pourrait
en valoir la peine".
Je me mordis l'intérieur de la joue pour ne pas gémir au moment où sa bouche se déplaça vers ma
bouche, sa barbe caressant mes joues. Ses lèvres trouvèrent le chemin des miennes et il m'embrassa
doucement et profondément. Il posa ses mains sur mes cheveux et m'embrassa et m'embrassa encore,
jusqu'à ce que le souffle me manque.
"Thomas", soufflai-je en le repoussant. "S'il te plaît…"
"S'il te plaît quoi?" demanda-t-il. Ses mains remontèrent vers mon dos, ses ongles pénétrant ma peau à
travers ma chemise au fur et à mesure qu'elles remontaient. Lorsqu'il arriva à mes épaules, il se recula
et me regarda dans les yeux, écartant une mèche de cheveux de mon visage.
"S'il te plaît… j'ai besoin de faire mon travail", dis-je. Mais ma voix était faible. Je voulais lui en
demander plus sur l'affaire, voulais lui demander qui était cette femme à son appartement la nuit
dernière, ce qu'il y avait dans le dossier qu'elle lui avait donné, pourquoi elle lui avait donné une
écharpe verte… mais j'étais sans défense au contact de ses mains. Il avait un pouvoir sur moi qui me
faisait totalement m'abandonner à lui.
"Ton travail est faire en sorte que je sois satisfait", grogna-t-il.
Je jetai un œil à mon calepin, je n'étais sure de savoir s'il parlait de lui en tant que client ou autre chose.
"Regarde-moi", ordonna-t-il. Je posai mon regard sur lui, voyant l'expression de ses yeux passer de
doux et romantique à passionné et exigeant. Ses mains trouvèrent le bouton du haut de ma chemise, et il
commença à la déboutonner lentement, nos regards fixés l'un sur l'autre jusqu'à ce qu'elle soit
complètement déboutonnée.
Il glissa lentement le tissu sur mes épaules, ses doigts caressant ma peau si délicatement que la chair de
poule parcourut tout mon corps.
Puis il m'embrassa de nouveau, me soulevant de la chaise avec ses bras, me pressant contre le bord de
son bureau en même temps qu'il m'embrassait.
"Anna", gémit-il. "Tu m'as manqué".
Je voulus lui dire que si je lui avais manqué, il n'aurait pas dû être aussi froid avec moi la nuit dernière,
mais je ne voulais pas risquer qu'il se referme de nouveau ni qu'il m'enlève ce plaisir si exquis.
Donc à la place, je m'abandonnai à ses baisers, à la sensation de ses mains glissant à l'intérieur de ma
chemise ouverte, sur mon soutien-gorge, ses mains fortes et chaudes contre mes seins. Il empoigna mes
fesses de nouveau et souleva mon corps contre lui, j'enroulai mes jambes autour de sa taille.
Ma jupe était remontée, je pouvais le sentir, dur contre moi à travers son pantalon. Il me serra, me
berçant contre lui tout en m'embrassant, ses mains de chaque côté de mon visage. Il m'allongea
finalement sur son bureau et pressa son corps contre le mien.
Il glissa sa langue sur mon cou, puis sur ma poitrine, sur mon ventre jusqu'à ce que mon corps soit en
feu. Il remonta ma jupe, puis me sourit diaboliquement en ôtant ma culotte et écartant mes jambes.
"Mmm", dit-il en glissant un doigt en moi. Il baissa la tête, embrassa l'intérieur de mes cuisses avant de
m'écarter la chatte avec ses doigts. Je pus sentir son souffle sur ma chatte grande ouverte, il souffla
dessus doucement, me faisant gémir.
"Thomas", dis-je. "S'il te plaît…"
"S'il te plaît quoi, Anna?"
"S'il te plaît, je veux sentir ta bouche".
"Où veux-tu ma bouche?"
"Sur ma chatte". Les mots sonnaient sales. Je n'avais jamais parlé comme cela à quelqu'un avant
Thomas, et juste le fait de le faire envoya un frisson le long de ma colonne vertébrale. J'avais tellement
envie de lui. J'étais humide, mes genoux tremblaient, mes jambes étaient ouvertes pour lui.
Il se leva et recula. Je gémis d'incrédulité. Je pensais qu'il recommencerait, qu'il me taquinerait, qu'il
me ferait le supplier.
Il se pencha sur moi comme j'étais allongée sur le bureau, me regardant.
Puis il se baissa et m'embrassa profondément, mordant délicatement ma lèvre inférieure alors qu'il se
reculait.
Il passa sa main dans mon dos et dégrafa mon soutien-gorge, puis ôta ma chemise. Il ôta ensuite mon
soutien-gorge et le laissa tomber sur le sol.
Mes mamelons étaient durs, tendus et Thomas saisit mes seins dans ses mains, ses pouces effleurant
mes mamelons, son pelvis frottant contre ma chatte nue.
La dureté dans son pantalon poussait contre moi, et j'essayais de me frotter contre.
"Non", grogna-t-il, m'attrapant les hanches et me maintenant immobile. "Arrête. Ou je cesse".
Je rassemblai toute ma volonté alors qu'il me tenait fermement, sachant que je devais rester immobile et
silencieuse. C'était de la torture, mais la torture de ne pas l'avoir aurait été bien pire.
Il se pencha et m'embrassa encore, nos bouches bougeant dans un rythme exquis. J'enfonçai mes ongles
dans son dos, le tirant contre moi, voulant le rapprocher aussi près que possible.
Mais il se recula et me regarda dans les yeux en saisissant mes bras et les soulevant au-dessus de ma
tête.
Puis il se leva et commença à détacher sa cravate.
"Est-ce que tu me fais confiance, Anna?" demanda-t-il.
"Oui", dis-je, sachant combien cela l'excitait de m'entendre lui dire cela. "Oui, j'ai confiance en toi".
Il tira sa cravate à travers le col de sa chemise en un rapide mouvement, puis il se pencha et commença
à me l'enrouler autour de la tête, me bandant les yeux. Mon cœur se mit à battre à la pensée de ne plus
être capable de voir ce qu'il faisait, même si au plus profond de moi, je ne croyais pas qu'il avait tué
ces femmes, je ne pouvais pas en être certaine. Et même s'il ne les avait pas tuées, il avait un passé
tragique et des secrets sombres qui s'entremêlaient pour créer une sorte de danger que je n'étais pas
sûre de pouvoir supporter. Mais je le voulais quand même. Et j'avais confiance en lui. Oui, j'avais
confiance en lui.
Je sentis son index glisser sur ma lèvre inférieure, sur le renflement de mon sein puis sur la courbe de
mes hanches. Il déboutonna ma jupe et l'ôta. J'étais donc totalement nue et allongée sur son bureau, les
bras au-dessus de la tête, les yeux bandés et incapable de voir ce qu'il faisait.
Je résistai à l'envie de baisser les bras et d'arracher le bandeau. C'était un test, j'en étais sûre. Il avait
toujours voulu que je le regarde, toujours voulu que nous soyons concentrés l'un sur l'autre. Il me testait
pour voir si j'avais confiance en lui, je voulais si désespérément lui faire plaisir.
Je m'obligeai à rester immobile, le besoin et le désir dans mon corps fleurissant en une douleur qui
traversait mon corps tout entier. C'était presque insoutenable, tellement j'avais envie de lui.
Ses doigts glissèrent sur mon ventre, puis écartèrent mes jambes. Je le sentis s'agenouiller de
nouveau, sentis son souffle sur moi et je me mordis la lèvre pour ne pas émettre un son.
Puis, d'un claquement de doigts, il était parti.
Mon cœur s'arrêta, mon estomac se vira à l'envers.
J'entendis le bruit d'un tiroir s'ouvrir, puis un son de métal contre du métal. Thomas attrapa mes mains
et les tira plus haut au-dessus de ma tête, les écartant encore avant de les replacer sur le bureau. La
morsure froide du métal frappa le revers de mes poignets. J'entendis ensuite un cliquetis qui fit écho
dans toute la pièce.
Je réalisai que j'étais attachée. Il avait attaché une sorte de chose au bureau, et mes poignets en étaient
prisonniers. Je ne pouvais maintenant plus retirer le bandeau même si je le voulais.
Je sentis ses mains sur mes seins, les pétrissant et me rendant folle. Puis sa bouche se rapprocha de
mon oreille.
"Anna", dit-il.
Ma respiration était saccadée, et je ne me faisais pas confiance de parler. "Oui", gémis-je.
"Dis 'rouge' si tu veux arrêter", murmura-t-il. Il était de nouveau parti.
Il me laissa comme ça pendant dieu seul sait combien de temps. Cela sembla une éternité. Pendant tout
ce temps, mon corps était en feu, ma chatte si humide que cela en était presque incroyable. Pendant un
instant, je pensai que je perdais la tête.
Je savais qu'il devait toujours être dans la pièce, parce que je n'avais pas entendu la porte s'ouvrir.
Mais je ne pouvais pas en être certaine. Je ne savais pas s'il m'avait laissée là ou bien s'il allait
revenir. Je tirai sur mes contraintes, juste pour voir si elles me donnaient un peu de latitude. Mais elles
étaient solides et métalliques, je n'irais nulle part. Je penchai ma tête sur le côté, pour voir si le
bandeau pouvait éventuellement glisser. Mais sa cravate était serrée et ne cèderait pas.
La pièce sentait le sexe et Thomas, et cela, couplé avec le fait que j'étais ligotée les bras en croix sur
son bureau, m'excitait encore plus. C'était de la torture. Je commençai à le supplier.
"S'il te plaît, Thomas", pleurnichai-je. "S'il te plaît, baise-moi".
Mais cela ne fonctionna pas.
"S'il te plaît", murmurai-je. "S'il te plaît, j'ai besoin que tu me baises".
Je me tortillai sur le bureau, perdant la tête, essayant de me frotter contre le bois pour obtenir quelque
soulagement. J'adorai qu'il m'ait mise là, nue et désireuse, incapable de faire quoi que ce soit. Et le
plus il me faisait attendre, le plus j'étais excitée.
Et puis soudainement, sans prévenir, je sentis sa bouche sur ma chatte.
Il m'embrassa entre les jambes, profondément et fermement, ne perdant pas de temps, sa langue
poussant délicatement contre moi.
"Oh mon dieu", soufflai-je, un orgasme menaçant déjà de me submerger. Mon vagin convulsa,
enveloppant sa langue. Il arrêta.
"Pas encore", grogna-t-il.
Il retira sa bouche et la remplaça par un doigt. Je gémis alors qu'il le fléchissait à l'intérieur de moi et
frottait mon point G. Il me baisa avec son doigt, avec des mouvements lents et rythmiques de va-et-
vient.
Je commençai à bouger mes hanches de concert avec ses mouvements, et cette fois, il ne m'arrêta pas.
Un deuxième doigt glissa en moi, ma chatte s'étirant autour de ses doigts. Puis sa bouche se posa sur
mon clitoris, sa langue chaude et humide, me suçant et me baisant en même temps.
"Mon dieu, Thomas", gémis-je. "S'il te plaît, n'arrête pas".
Il me laissa me tortiller et gémir autant que je voulus. Même si j'avais pensé qu'être capable de bouger
aurait été plus agréable, cela ne faisait que me rendre encore plus folle.
Sa bouche bougeait sur ma chatte, doucement et profondément, ses doigts se déplaçant en rythme avec
sa langue. Au moment où j'allais jouir, il arrêta, me taquinant de nouveau.
Je le sentis se déplacer de l'autre côté du bureau, j'entendis un tiroir s'ouvrir et le bruit de quelque
chose qu'on en sortait.
"Thomas", gémis-je. "S'il te plaît…"
Je le sentis de retour entre mes jambes, mais cette fois, il ne me lécha pas. Au lieu de cela, il écarta
mes lèvres et je sentis quelque chose de doux contre mes fesses.
"Anna", murmura-t-il. Il était debout entre mes jambes, et sa main bougeait sur mon visage. "Est-ce que
tu as confiance en moi?"
"Oui". Je couinai quand sa main se déplaça plus bas, s'attardant sur mon cou pour un moment. Il la
laissa là pendant qu'il glissa ce que j'assumais être un gode anal doucement dans mon anus.
"Oh". J'haletai en sentant mon anus s'écarter autour. La douleur fut vive, mais ne dura pas longtemps, et
une seconde plus tard, la pression était extraordinaire.
La main de Thomas était toujours posée sur mon cou quand il poussa le gode plus profondément en
moi. Je savais qu'il me testait, ces filles avaient été étranglées. J'avais été forcée de lui faire confiance,
de ne pas lui dire d'arrêter quand sa main était sur mon cou.
J'aimais la sensation d'être à sa merci, sans défense, ligotée et aveugle, le laissant me remplir et me
toucher où il voulait.
Une minute plus tard, le gode était complètement enfoncé à l'intérieur de moi, et la prise de Thomas
sur ma gorge se resserra très légèrement.
Je restai silencieuse.
J'ai confiance en toi. Je pensai. J'ai confiance en toi, Thomas.
Puis il retira sa main et je l'entendis déboutonner son pantalon. Il avait fini de me taquiner, fini de
perdre du temps. Il me pénétra d'un seul coup. Avoir quelque chose dans les deux orifices multiplia
le plaisir et m'envoya des vagues d'extase.
Son corps tomba sur le mien, ses mains m'attrapèrent et soulevèrent mes genoux pendant qu'il me
baisait fort et profond. Ses lèvres pressèrent sur les miennes pendant qu'il naviguait en moi.
"Thomas", dis-je. "S'il te plaît, Thomas, est-ce que je peux jouir?"
"Dis-moi combien c'est bon".
"C'est incroyable, Thomas, s'il te plaît".
"Qu'est-ce qui est bon?"
"Être prise par les deux trous".
Il gémit, me baisant plus fort et plus vite. "Viens pour moi", souffla-t-il.
Je jouis, criant, mes ongles s'enfonçant dans son dos quand sa queue continuait de me baiser. Ma chatte
se referma sur lui quand mon orgasme se propagea à travers mon corps, ondulant en longues vagues.
"Je vais éjaculer sur toi", grogna-t-il en retirant sa queue.
Il saisit le gode et doucement, péniblement, sortit le gode de mon anus. Une seconde plus tard, je sentis
un jet chaud de sperme sur mon clitoris, puis un autre jet sur mon anus. Deux autres jets frappèrent ma
fente, et un jet final frappa mes fesses.
J'aimai qu'il éjacule sur moi, j'aimais qu'il m'ait baisé de cette façon. J'étais ligotée et sale, couverte de
son sperme, et je ne pouvais imaginer quelque chose de plus excitant.
Il retira la cravate de mes yeux, et m'embrassa doucement.
"Salut", dit-il, ses yeux finalement rencontrant les miens.
"Salut".
"Je pense", dit-il doucement en caressant ma joue. "Anna, je pense que je suis en train de tomber
amoureux de toi".
Mon souffle se coinça dans ma poitrine. C'était la première fois qu'il disait quelque chose qui ne lui
ressemblait pas, la première fois qu'il laissait entendre une chose pareille.
"Je pense que je suis aussi en train de tomber amoureuse de toi", dis-je.
Ce que je ne dis pas, c'est que j'étais terrifiée.
Quelques minutes plus tard, j'étais dans la salle de bain privée du bureau de Thomas, me lavant avant
de partir pour mon cours. Je me demandai ce que le professeur Worthington allait penser lorsqu'il
recevrait mon mail résumant le peu de choses que j'avais apprises de Thomas. Je me demandai si je
pouvais pousser Thomas à me dire autre chose avant que je parte, ou peut-être me laisserait-il revenir
après mes cours pour lui parler de nouveau.
Je me battais avec mes cheveux en bataille pour les réunir en queue de cheval lorsque mon téléphone
se mit à sonner.
Je fouillai dans mon sac jusqu'à le trouver.
Numéro inconnu.
Je faillis ne pas décrocher. J'étais à deux doigts d'être en retard pour mon cours, et j'avais tendance à
ne pas répondre aux numéros inconnus parce c'était souvent des appels de télémarketing.
Mais pour une raison inconnue, je décrochai.
"Allo?"
Il y eut une pause à l'autre bout de la ligne, le genre de pause qui sonnait presque comme un vide.
J'étais sur le point de raccrocher, pensant qu'il s'agissait définitivement de télémarketing, quand une
voix électronique se manifesta à travers la ligne.
"Anna Holloway?", demanda-t-elle.
"Je ne suis pas intéressée", dis-je pas certaine de savoir pourquoi, puisqu'un ordinateur n'était pas
supposé me comprendre.
J'allais raccrocher, mais avant que je puisse, la voix dit "Anna, ne raccroche pas".
Je réalisai que ce n'était pas un ordinateur. C'était une voix manipulée, parlant à travers une sorte de
déformeur.
"Qui est-ce?", demandai-je.
"Un ami".
"Un ami?"
"Oui, Anna. Un ami. Quelqu'un qui te veut du bien". La voix était masculine, pas exactement effrayante,
mais quand même un peu, seulement pour le fait qu'elle était manifestement déguisée.
"Josh?", demandai-je. "Est-ce que c'est toi?"
"Non".
"Alors qui est-ce?"
"Tu dois trouver un homme qui se nomme Stéphane James. Il pourra t'aider Anna".
"Quoi?" Mon cœur commença à battre rapidement dans ma poitrine. Je regardai à travers la porte de la
salle de bain pour voir si je pouvais appeler Thomas.
"Les choses ne sont pas exactement ce qu'elles semblent être, Anna. Ne fais confiance à personne".
"Quoi?", demandai-je désespérément, collant le téléphone contre mon oreille, comme si cela m'aiderait
à savoir qui était à l'autre bout de la ligne. "Qu'est-ce que ça veut dire?"
"Ça signifie que si tu veux connaître la vérité sur celui ou celle qui a tué ces femmes, tu dois aller à
Force. Demande Stéphane James. Il t'aidera, Anna. Ne fais confiance à personne".
"Et qu'est-ce que je…"
Mais la ligne coupa.
Je fixai le téléphone, incrédule, souhaitant presque qu'il sonne de nouveau.
Un moment plus tard, je le remis dans mon sac et marchai vers le bureau de Thomas.
Il était à son bureau et examinait des papiers.
Il leva les yeux quand il me vit. "Tout va bien?"
J'ouvris la bouche pour lui raconter ce qui venait de se passer.
Ne fais confiance à personne.
"Ouais", dis-je finalement. "Ça va".
"Est-ce qu'on va toujours à l'anniversaire de ton beau-père ce soir?"
L'anniversaire de mon beau-père. Je l'avais complètement oublié. Thomas avait accepté de
m'accompagner.
Je levai mon menton en l'air. "Non", dis-je en secouant la tête. "Je veux aller à Force".

Thomas
Elle l'avait dit avec une telle conviction, mais sa voix trahissait une pointe de faiblesse.
"Tu veux aller où?" demandai-je.
"Force".
Elle ajusta son sac sur son épaule et repoussa les cheveux de son visage. "Non", dis-je. "Nous allons à
la fête de ton beau-père". Je sortis mon portefeuille et marchai vers elle, lui tendant une carte de crédit.
"Tiens".
"Qu'est-ce que c'est?"
"Ta nouvelle carte". Elle fit courir ses doigts sur les lettres. ANNA HOLLOWAY était inscrit en lettres
argentées en relief.
"Tu m'as obtenu une carte de crédit?"
"Elle est reliée à mon compte. Achète-toi quelque chose pour ce soir. Quelque chose de sexy que je
pourrais t'arracher plus tard".
Elle fixa la carte, et je pus la voir se battre avec les implications. Elle acquiesça lentement et la glissa
dans son sac.
"Thomas", dit-elle. "S'il te plaît. Je veux aller à Force".
Ma queue se raidit aussitôt à l'idée des choses que je pourrais lui faire là-bas, les façons dont je
pourrais ravir son corps, les techniques que je pourrais utiliser pour lui faire comprendre qu'elle est à
moi. Mais ces choses ne devaient pas être précipitées. Et elle n'était pas prête.
"Tu n'es pas prête".
Je vis ce regard passer sur son visage, pas du désir sexuel, ni de la déception, de la frustration.
Pourquoi était-elle frustrée? Tout ce qu'elle disait concernait notre relation qui ne devait pas être
basée sur le sexe, et maintenant elle insistait pour aller dans un club SM extrême au lieu d'une réunion
de famille.
Elle te cache quelque chose.
Je gardai ma voix monotone. "Force est un endroit où tu iras quand tu seras prête à passer au niveau
supérieur".
"Je suis prête pour le niveau supérieur".
Je posai mes doigts sur son menton, le relevant pour la forcer à me regarder dans les yeux. "Nous ne
sommes même pas passé au travers de mes attentes".
"Passons au travers. Ce soir. A Force".
Elle cachait définitivement quelque chose. Je lisais en elle comme dans un livre ouvert. Cela faisait
partie de mon travail de décoder les gens, et j'étais doué. Mais cela allait au-delà de cela. Je tombais
amoureux d'elle, et je me sentais connecté à elle d'une manière que je ne pouvais pas expliquer.
"Il faudra que tu signes un contrat", dis-je.
"Quel genre de contrat?"
"De te commettre à être ma soumise".
"Et on passera au travers de tes attentes pour moi?"
"Oui".
"Ok".
Je me penchai et l'embrassai doucement sur les lèvres. "La voiture passera te prendre à mon
appartement à neuf heures".
"Où seras-tu?"
"Je dois travailler tard".
Elle hésita, comme si elle voulait dire quelque chose, peut-être que je ne devrais pas travailler avec ce
qui se passait, ou que j'aurais dû l'aider un peu plus à propos de mon affaire. Mais elle décida de ne
rien dire.
"Ok", dit-elle. "À tout à l'heure alors".
Elle sortit de mon bureau, et je restai là un moment après qu'elle soit partie, fixant la porte fermée.
Elle me cachait définitivement quelque chose.
Et ce soir, j'allais découvrir ce que c'était.

Ici se termine la in du livre 6 !
Découvrez le reste des aventures d’Anna et de Thomas ici !
7. CE QU’IL CACHE.

Anna
Je me tenais devant la porte du bureau de Thomas, la main comme paralysée sur la poignée.
J'envisageai un instant de revenir sur mes pas et retourner dans son bureau. Qu'est-ce qui m'était passé
par la tête, vouloir aller à Force juste parce que j'avais reçu un appel téléphonique insensé ? Je ne
savais même pas qui avait appelé, je ne savais rien à propos de ce fameux Stéphane James que j'étais
supposée trouver, encore moins qui il était et s’il pouvait m’aider et comment il pourrait bien m'aider.
Tu devrais retourner dans le bureau et en parler à Thomas, me dis-je à moi-même. Tu devrais lui
dire ce qu'il vient de se passer. Tu dis lui faire confiance, alors prouve-le.
En dehors de ma relation personnelle avec Thomas, il était aussi mon client, ou tout du moins, je
travaillais sur son cas. Il avait le droit de savoir exactement ce qui se passait. Mais si je lui racontai
tout, il ne m'emmènerait pas à Force. Et si j'en parlais au professeur Worthington, ce serait la même
chose, il insisterait pour que je ne m'y rende pas. Thomas était déjà réticent à m'y conduire, sous
prétexte que je n'étais pas prête, que je n'étais pas préparée aux genres de choses qui se passaient là-
bas. Mais j'étais prête. Je voulais aller à Force avec Thomas, pas seulement à cause de l'affaire, mais
pour notre relation. L'idée de devenir officiellement sa soumise, de le laisser m'enseigner et de me
tester… m'envoya une vague de chaleur à travers tout le corps.
Ma tête se mit à tourner, mes pensées se mirent à tourbillonner, s'emmêlant dans un enchevêtrement
confus.
"Puis-je vous aider?" demanda une voix. Je me retournai et vis une femme élégamment vêtue d'un
tailleur gris, debout à côté de moi dans le couloir. Elle regarda ma main qui était toujours sur la
poignée de la porte du bureau de Thomas, et fronça les sourcils. "Vous avez rendez-vous avec Mr
Dorsk?"
"Non". Je secouai la tête. "Non, j'étais juste… j'étais sur le point de partir".
Je pris la direction de la cage d’escalier.
Je devais me dépêcher pour ne pas être en retard à mon cours.
Lorsque je sortis de l'immeuble, la voiture de Thomas était stationnée le long du trottoir, prête à me
conduire sur le campus.
J'hésitai. Je voulais pouvoir me servir de mon iPad pour faire une recherche sur Google concernant
Stéphane James. Et le faire à quelques centimètres du chauffeur de Thomas pouvait présenter des
risques.
Donc je fis demi-tour et commençai à marcher en direction du métro. Je cramponnai mon téléphone
dans ma main, presque effrayée de le ranger dans mon sac, au cas où ce fameux interlocuteur anonyme
se manifesterait de nouveau.
Comme je m'y attendais, aussitôt que j'arrivai sur le quai, mon téléphone sonna.
Mon cœur sursauta et je regardai l'identifiant de l'appelant.
Ce n'était pas un appel anonyme.
C'était Thomas.
"Salut", dis-je.
Il y eut une longue pause. "Anna", dit Thomas d'une voix prudente et régulière. "Jared me dit que tu
n'es pas montée dans la voiture".
"Hum, non", dis-je. "Je n'ai pas pris la voiture, je suis dans le métro".
"Le métro n'est pas un moyen de transport acceptable pour toi, Anna. Je pensais m'être bien fait
comprendre".
"Oui, mais…je ne sais pas, cette voiture est trop guindée. Il fait beau dehors, et j'avais envie de
marcher un peu".
"Si la voiture ne te convient pas, on peut en changer".
"Non, ce n'est pas la voiture. C'est juste…je ne sais pas, je voulais juste me sentir comme une
personne normale pour une fois".
"Tu n'es pas une personne normale, Anna. Tu es extraordinaire, et je dois te protéger à n'importe quel
prix. Tu comprends?"
"Oui, je suis désolée, Thomas". Mon pouls s'accéléra au ton de sa voix sévère et pleine de
réprimande, le genre de ton qui me faisait penser qu'il voulait me punir.
"Me défier a un coût", dit-il, d’une voix rauque et sombre. "Il y aura des conséquences à tes actes,
Anna".
"Je comprends". Une chaleur traversa mon corps par petites vagues presque synchronisées sur les
battements de mon cœur. Ces vagues avaient pour épicentre mon entre-jambes, et je me sentis devenir
humide.
"Appelle-moi quand ton cours sera fini, s'il te plaît. Jared viendra te chercher et te ramènera à mon
appartement".
"J'ai prévu d'aller à la bibliothèque après mon cours", dis-je. "Pour écrire le rapport que le
professeur Worthington m'a demandé".
"Au revoir, Anna", dit-il.
Et il raccrocha.
Je fixai le téléphone dans ma main, frustrée. Qu'était-ce supposé vouloir dire? Voulait-il que je
l'appelle en sortant de la bibliothèque? Ou voulait-il que je l'appelle en sortant de mon cours et que
j'oublie la bibliothèque? Je trouvais que les règles de son jeu étaient ambiguës, il les changeait sans
cesse, les rendant impossibles à suivre.
Le métro arriva en station, et je me faufilai rapidement à l’intérieur afin de trouver un siège inoccupé
et je sortis immédiatement mon iPad.
Un homme d'âge mûr était assis à côté de moi, les jambes écartées, un sac de pop-corn sur les
genoux. Il mâchait bruyamment, et je fis mon possible pour me tenir le plus loin possible de lui. La
scène paraissait incongrue avec une des nouvelles affiches prônant le savoir-vivre accrochée juste
au-dessus de lui. L’affiche représentait un bonhomme en position assise assez similaire de l'homme à
côté de moi, barré d'un grand X rouge pour indiquer que ce comportement était inapproprié.
Je tentai de calmer mon mécontentement et ouvrir mon navigateur internet.
Je pianotai "Stéphane James" sur Google et attendis impatiemment. La connexion était aléatoire dans
les tunnels de métro et la page mit du temps à se charger. Je pris une respiration, croisant les doigts
pour que je trouve l'information que je cherchais. Et si Stéphane James n'était pas répertorié sur
internet? Et s'il était une de ces rares personnes qui ne possédait pas de page Facebook, LinkedIn ou
autre ?
Ou pire, s'il n'existait aucune personne prénommée Stéphane James? Et si celui qui m'avait appelée
ne savait pas de quoi il parlait, ou s'il l'avait juste fait pour se moquer de moi?
Une image de Josh m'apparut de nouveau, la façon dont il se tenait là dans ma chambre juste après ce
que je l'ai surpris, la façon qu'il avait nié devant Julia, même s'il avait été pris sur le fait.
Pouvait-il avoir passé cet appel? Mais pourquoi aurait-il fait ça? Juste parce qu'il était cinglé et qu'il
aimait jouer avec les gens? Était-il possible qu'il me veuille en dehors de l'affaire, qu'il veuille se
débarrasser de moi, qu'il soit capable de s’interposer pour prendre le contrôle et devenir
l'interlocuteur principal du professeur Worthington? Cela n'avait aucun sens. Josh savait que Thomas
le détestait, que Thomas n'autoriserait jamais ça.
Quand bien même. Était-ce la raison pour laquelle Josh ne croyait pas à la culpabilité de Thomas?
Alors pourquoi me mettre cette idée contraire dans la tête et m'envoyer à la chasse aux sorcières?
Les résultats de la recherche s'affichèrent une seconde plus tard, il était maintenant clair que mon
inquiétude n'était absolument pas fondée. Je trouvai des pages et des pages sur Stéphane James,
articles, sites internet, photos et j'en passe.
Stéphane James était un assassin.
Je lus les gros titres.
"STÉPHANE JAMES ARRÊTÉ POUR MEURTRE DANS LA COMMUNAUTÉ MONDAINE DE
L'EST"
"UNE FEMME RETROUVÉE ASSASSINÉE DANS UN PENTHOUSE"
"STÉPHANE JAMES ACQUITTÉ DANS UNE AFFAIRE DE MEURTRE"
Je pris une profonde inspiration puis je cliquai sur sa page Wikipédia.
Je lus rapidement l'article et digérai l'essentiel de l'affaire, essayant de connecter la partie avocat de
mon cerveau comme ils nous l'avaient enseigné à la fac, c’est-à-dire d'essayer de se concentrer sur les
détails pouvant se révéler importants, et non pas les détails futiles.
Je compris l'idée générale assez rapidement, Stéphane James avait été arrêté pour le meurtre de
Vivianne de Bridont, une riche notable, retrouvée morte dans son appartement du quartier est. Vivianne
de Bridont était mariée, mais des rumeurs couraient sur une possible affaire extra-conjugale avec
James. Le bureau du procureur prétendait qu'ils trempaient tous les deux dans des affaires de jeux
sexuels scandaleux, sadomasochisme, clubs échangistes, sexe sur internet, etc. Il dépeignait Stéphane
James comme un psychopathe, le pire genre de prédateur sexuel, le genre d'homme qui forçait les
femmes à jouer à ses jeux sexuels, les torturait impitoyablement puis les brutalisait ou pire les tuait.
Le parallèle entre ce cas et celui de Thomas en était presque choquant. D'autres femmes avaient été
impliquées avec Stéphane, d'autres femmes avaient disparues ou avaient été assassinées. Mais il n'avait
jamais pu être condamné faute de preuves.
Ils avaient fini par l'attraper grâce au cas de Vivianne de Bridont. Stéphane avait été aperçu dans son
immeuble peu de temps avant qu'elle ne soit assassinée. Son ADN était présent sur toute la scène de
crime, pire encore le couteau qui avait utilisé était couvert de ses empreintes digitales et avait été laissé
sur place dans la chambre à coucher.
Le procureur avait décrit le meurtre comme un jeu sexuel qui avait mal tourné. Il clamait que le sexe
était initialement consenti, mais que Stéphane avait poussé trop loin, qu'il avait continué, ligoté
Vivianne et l'avait violé pendant des heures, même après qu'elle lui ait demandé d'arrêter.
Stéphane avait admis avoir tué Vivianne. Mais il avait prétexté que c'était de la légitime défense. Il
avait avoué s'être rendu à son appartement dans le but de rompre avec elle, qu'ils avaient couché
ensemble avant de lui dire qu'il voulait mettre un terme à leur relation. Ils avaient pris part à leurs jeux
sexuels brutaux cette nuit-là, mais Vivianne avait aimé ça, elle avait insisté sur le fait que c'était le
genre de sexe qu'elle voulait.
Quand tout avait été fini, Stéphane avait affirmé lui avoir dit qu'il ne souhaitait plus la voir. Il avait dit
que Vivianne était devenue folle, qu'elle hurlait et délirait, puis était revenue un couteau à la main, celui
qu'il avait utilisé pour la tuer.
C'était une histoire complètement délirante qui étirait les limites de la crédibilité. Stéphane était un
homme costaud, et penser qu'il avait eu besoin de poignarder Vivianne vingt-et-une fois au nom de la
légitime défense était vraiment au-delà de l'imaginable.
Mais il s'en était sorti.
L'homme assis à côté de moi bougea sur son siège et sa jambe poussa contre la mienne, interrompant
mes pensées.
"Pardon" dit-il avec un sourire. Il me tendit le sac de pop-corn. "Vous en voulez?"
"Non merci".
Il portait un chino et une chemise blanche impeccable, vraisemblablement en route pour le travail. Je
n'avais aucune idée de la raison qui le poussait à manger ces pop-corn au fromage en guise de petit-
déjeuner. Ses doigts étaient de couleur orange vif et il me rendait nerveuse. Sa chemise blanche
immaculée allait certainement finir complètement souillée.
Il se pencha et jeta un œil à mon écran. "Stéphane James, hein?" dit-il. "Ce truc était complètement
dingue".
"Vous connaissez l'histoire?"
"Oh que oui", dit-il. "Je suis un fan de procès. Je les suis en direct, ce genre de choses. Et vous?"
"Je suis étudiante en droit".
"Oh, cool", dit-il. "Vous préparez un rapport ou quelque chose du genre?"
"Quelque chose du genre", dis-je. Je lui souris poliment, mais cela ne me tenta pas d'engager la
conversation avec un étranger. Trop de choses se bousculaient dans ma tête.
"Ce cas était dingue", dit le gars, n'ayant apparemment pas compris le message. Il mastiqua son pop-
corn et secoua la tête en se remémorant le cas. "Ce gars était indéniablement coupable. Et c'était une
évidence pour tout le monde. Mais son avocat, c'était quelqu'un". Il fronça les sourcils et un grand V
apparut au-dessus de ses yeux alors qu'il essayait de faire fonctionner sa mémoire. "C'était quoi son
nom déjà? C'est grâce à lui que Stéphane James avait été acquitté. Personne d'autre n'y serait arrivé. Ce
gars est vraiment un dieu".
Mon cœur martela ma poitrine et le sang afflua jusque dans mes oreilles.
Je sus immédiatement qui avait pu défendre Stéphane James et ce, avant même d'avoir atteint le bas de
la page Wikipédia.
Mais je défilai quand même la page jusqu'en bas, juste pour voir ce nom écrit noir sur blanc.
Stéphane James avait été défendu par Thomas Dorsk.

Je n'arrivai pas à me concentrer.
Mon esprit plana à vingt mille lieues durant tout le cours. Quand le cours fut fini, je ne me rappelai
absolument rien de ce qui y avait été évoqué. J'avais vaguement conscience d'avoir pris des notes, mais
si on venait à me demander quel sujet était le sujet du cours, je serai incapable de répondre.
Après le cours, je traversai le campus à pied pour me rendre à la bibliothèque. Je sortis mon ordinateur
et rédigeai un message au professeur Worthington, lui résumant ce que j'avais appris de Thomas le
matin même. Ce n'était pas grand-chose, et j'essayai d'étoffer un peu sans que ce soit trop évident. Ma
peur était de ne pas avoir récolté suffisamment d'informations de la part de Thomas, ou que j'essayais
de me prouver que j'étais utile à quelque chose, j'avais peur de me faire retirer l'affaire.
Le fait que Thomas refusait de parler à qui que ce soit sauf moi n'allait pas avoir de poids pendant très
longtemps encore. Le professeur Worthington finirait par se lasser des singeries de Thomas. Il avait été
patient jusque-là, seulement parce que cette affaire était très médiatisée et qu'elle lui apporterait des
tonnes de publicité gratuite. Mais Thomas était en train de se tirer une balle dans le pied et le
professeur Worthington ne resterait pas sur l'affaire s'il sentait qu'il n'avait aucune chance de gagner.
Lorsque j'eus terminé à la bibliothèque, je rangeai mes affaires et sortis à l'extérieur.
La voiture noire de Thomas était stationnée en face de l'immeuble. Jared, le chauffeur de Thomas, était
adossé contre la portière du passager, les mains soigneusement repliées devant lui.
Je compris ce qu'il faisait, il m'attendait, s'assurant que je ne ferais aucun geste stupide comme celui de
prendre le métro. J'étais certaine que Thomas l'avait envoyé ici, lui avait demandé de se stationner juste
en face et de m'attendre. Je me demandai comment Jared avait réussi à obtenir la place pile en face de
la bibliothèque principale. Je finis par me dire qu'il valait probablement mieux que je ne le sache pas.
Je soupirai et m'avançai vers lui.
"Salut Jared", dis-je alors qu'il m'ouvrait la portière.
"Bonjour Anna", dit-il en soulevant sa casquette.
"Est-ce que je vous ai causé des ennuis?"
"Je ne sais pas de quoi vous parlez", dit-il, une lueur dans les yeux.
"Je suis désolée, Jared", dis-je. "Je lui ferai savoir que ce n'était pas de votre faute".
Il hocha la tête, et un léger sourire se dessina sur son visage. Il savait que ce n'était pas si important que
ça, et aussi que Thomas ne le tiendrait pas responsable.
Je m’assis sur la banquette arrière et regardai défiler les rues de la ville à travers la fenêtre.
J'envisageai de demander à Jared s'il se rappelait de Thomas pendant le procès de Stéphane James, s'il
avait remarqué quelque chose de différent en lui, s'il avait remarqué quelque chose qui pourrait être
important.
Mais faire cela mettrait Jared dans une position inconfortable, sans mentionner que ce serait dépasser
les limites et mettre en danger ma relation avec Thomas. Il serait dangereux de fouiner dans le dos de
Thomas et de poser des questions aux personnes qui travaillaient pour lui. Si je voulais savoir quelque
chose à propos de Thomas et Stéphane James, je devrais lui demander.
Après être descendue de la voiture une fois arrivée à l'appartement de Thomas, je réalisai que je
n'avais rien à me mettre pour aller à Force. Je ne m'étais pas sentie à ma place dans le dernier club où
nous étions allés, les femmes étaient toutes sur leur trente-et-un, portant vêtements de couturier et des
robes élégantes. Je portais une petite robe moulante, et même si elle était suffisamment sexy, elle n'était
pas appropriée pour l'occasion.
Était-ce la même chose à Force? Devais-je essayer de dénicher quelque chose d'un peu plus cher? La
façon dont les gens parlaient de Force, presqu'avec révérence et émerveillement, me faisait penser que
c'était un peu plus huppé et qu’il valait être mieux porter autre chose que du Zara.
Je n'avais rien d'approprié, ce qui signifiait que je devais absolument sortir acheter quelque chose.
Cette pensée me remplit d'inquiétude et d'appréhension.
C'était un grand moment, aller à Force avec Thomas pour la première fois. Je voulais qu'il soit fier de
moi, je voulais qu'il pense que je me soumettais à lui de la façon qu'il le souhaitait. Je voulais être
parfaite.
Je me remémorai les choses qu'il m'avait faites un peu plus tôt dans son bureau, la façon dont il m'avait
dit qu'il était en train de tomber amoureux de moi. C'était la première fois qu'il me disait quelque chose
comme ça, et je voulais qu'il tombe amoureux de moi, qu'il pense que j'étais parfaite et superbe, que je
représentais tout ce qu'il voulait.
Je voulais être sexy pour lui. Le problème, c'était mon corps. J'avais réussi à m'en sortir la dernière fois
grâce à une simple robe mais maintenant… comment pouvais-je porter quelque chose de plus léger que
cela? J'avais des hanches et des fesses, j'étais plantureuse. Je ne détestais pas mon corps, mais je n'étais
pas vraiment à l'aise de l'exhiber non plus. Surtout dans une pièce remplie d'étrangers. Je savourai
l'idée de me rendre dans une boutique de lingerie et essayer tout un tas de choses qui finalement ne
m'iraient pas.
Je fis les cent pas dans la cuisine, essayant de décider ce que je devais faire.
Mon téléphone sonna.
Thomas.
"Anna", dit-il lorsque je décrochai. "Je suis ravi de voir que Jared a réussi à te convaincre de monter
dans la voiture."
"Ce n'était pas la faute de Jared si j'ai pris le métro tout à l'heure", dis-je. "Tu ne devrais pas le tenir
pour responsable."
"Jared a des responsabilités, Anna. Et je m'attends à ce que les gens qui travaillent pour moi soient à la
hauteur de leurs responsabilités."
"Mais il…"
"Est-ce que tu as mangé après ton cours?"
"Non."
"Je te fais livrer de quoi déjeuner."
"Ne t'inquiète pas, je vais trouver quelque chose ici."
"Ce n'est pas un problème."
"Tu ne me fais pas confiance pour trouver de quoi manger ?"
"Ça n'a rien à voir avec la confiance, Anna. Je me sentirais mieux si je savais que tu manges
suffisamment".
"Je mange", dis-je, me demandant s'il était vraiment sérieux. Je n'avais pas le corps de quelqu'un qui
pouvait faire croire que je ne mangeais pas assez.
"Il faut que tu gardes des forces", dit Thomas d'une voix grave et rauque "Spécialement pour ce que j'ai
planifié pour toi ce soir".
Je déglutis, l'appréhension me traversant tout le corps avec une intensité jamais égalée jusqu’à
maintenant.
"À propos de ce soir", dis-je.
"Oui ?" répliqua-t-il.
"Qu'est-ce que je devrais porter ?"
"Tu n'as rien trouvé d'approprié? La carte que je t'ai donnée ne fonctionne pas ?"
"Non. Je veux dire, non je ne l'ai pas essayée."
Il y eut une pause. "Je vais passer prendre quelque chose pour toi".
"Tu ne connais pas ma taille."
"Je sais dans quoi je veux te voir, Anna."
Je fronçai les sourcils. Ce n'était vraiment pas ça le problème. Les hommes ne connaissent rien aux
vêtements de femmes, spécifiquement quand ces femmes possèdent des courbes comme les miennes.
"Je ne pense pas…"
"Anna", dit Thomas exaspéré. "Tu as été très agressive aujourd'hui. Est-ce que c'était délibéré? Es-tu en
colère contre moi ?"
"Non."
"Est-ce que tu me fais confiance ?"
"Oui", murmurai-je.
"Alors je vais te faire envoyer quelque chose. Je vais travailler tard ce soir, mais je passe te prendre à
vingt heures. Sois prête s'il te plaît."
"Je le serai."
Il y eut une pause et mon cœur accéléra un instant. J'espérai qu’il me dise qu’il m’aimait. Pas seulement
qu’il tombait amoureux de moi, mais qu’il m’aimait, vraiment.
Mais il dit simplement : "Je te vois ce soir."
"Ok", dis-je, me forçant à ne pas montrer ma déception. "Je te vois ce soir."
Nous raccrochâmes et je laissai sortir la respiration que je retenais. La chair de poule avait envahi tout
mon corps. J'avais le sentiment que la soirée serait intense. Et je commençai à me demander si Thomas
n'avait pas raison de penser que je n'étais pas prête pour Force.
La commande de Thomas arriva une heure plus tard, une salade de fruits frais, un sandwich dinde et
brie sur du pain multigrains et une soupe de légumes bio.
C'était délicieux.
Les vêtements seraient envoyés, mais pas avant environ dix-neuf heures.
D'ici-là, j'aurais eu le temps de me doucher, de me maquiller et de coiffer mes cheveux en longues
boucles tombant sur les épaules. J'attendis en peignoir dans le salon. Je défilai les différentes chaînes
de télé et essayai de ne pas succomber à la panique lorsque la sonnette retentit.
Il n'y avait personne derrière la porte.
Une boîte noire parée d'un ruban rouge était déposée dans le couloir.
Je la ramassai, priant pour que ce qui se trouvait à l'intérieur soit à ma taille. Il était trop tard pour
sortir acheter autre chose, sans compter que ce serait une lourde humiliation pour Thomas de constater
que la tenue dans laquelle il voulait me voir soit trop petite, ou pire, peu flatteuse.
J'apportai la boîte dans la chambre et la déposai sur le lit.
Je la fixai pendant un moment.
Une enveloppe de couleur crème était glissée sous le ruban rouge, je la saisis. Mon nom y était inscrit
en lettres argentées calligraphiées. Je glissai mon doigt sous le rabat de l'enveloppe. Le papier était
épais, lisse et doux au toucher.
Anna,
J'ai hâte d'être à ce soir.
N
Je ne reconnaissais pas l'écriture de Thomas. Évidemment. Je ne m'attendais pas à ce qu'il se rue dans
une boutique et choisisse quelque chose pour moi. Il travaillait. Il était occupé, il avait des clients, des
réunions et tout un tas d'engagements à respecter.
Mais un mot écrit par une simple vendeuse pour une tenue destinée à un club fétichiste me sembla
quelque peu impersonnel. Ce n'était pas un drame, il n'y avait vraiment pas de quoi se mettre en colère,
sauf si je voulais passer pour un enfant gâté. Mais c'était juste cette petite distance que Thomas mettait,
cette petite séparation qui me dérangeait encore et toujours. Peu importe la situation, il me maintenait
toujours à distance.
Je soupirai et ouvris la boîte avec appréhension, retenant mon souffle lorsque je fouillai à travers les
couches de papier de soie blanc. La boîte était plus grande que nécessaire, le papier recouvrait quelque
chose qui ressemblait à une guenille.
De prime abord, je pensai que la tenue avait été déchirée ou lacérée et que je devrais la retourner. Le
tissu semblait presque en lambeaux.
Mais lorsque je sortis le contenu de la boîte, il était intact. C'était une robe, une robe noire moulante
avec des lanières sur le devant en plein milieu.
Mon cœur s'emballa. Il était impossible que Thomas souhaite ma voir dans une robe comme celle-ci.
Mes seins étaient beaucoup trop gros. Le tissu ne me couvrirait pas suffisamment, et j'étais trop grande
pour la longueur. Je serais chanceuse si elle me couvrait les fesses.
Un sac fait de soie était également dans la boîte. Je le saisis, espérant qu'il contienne une quelconque
tenue de rechange. Peut-être que Thomas était conscient de pousser le bouchon un peu loin avec cette
robe-là, et qu'il avait demandé à son assistante de joindre une alternative, moins révélatrice de mes
courbes.
Mais le sac contenait les accessoires pour aller avec la robe, une paire de chaussures à talons hauts et
fins, un porte-jarretelle et le plus petit string que je n'avais jamais vu. Mon pouls s'accéléra à la pensée
de les enfiler, de les porter devant Thomas, et uniquement Thomas. Je n'avais jamais porté de lingerie
devant personne hormis mon petit ami de lycée, et ce n'était arrivé qu'une fois ou deux. Je me changeais
rapidement dans la salle de bain, puis me glissais rapidement sous les couvertures et éteignais les
lumières avant qu'il ne puisse me voir.
La pensée de porter ces choses dans un club, devant une foule de gens… J'attrapai mon téléphone dans
l'idée d'appeler Thomas et lui dire qu'il n'y avait pas moyen que je porte cela. Mais je pouvais déjà
imaginer la conversation. Il me dirait que je ne suis pas prête pour Force, que nous pourrions toujours y
aller une autre fois, qu'il voulait que je sois à l'aise.
Mais s'il ne m'emmenait pas à Force, je ne pourrais pas trouver Stéphane James.
Alors je réunis les affaires avec tout mon courage, et me dirigeai vers la salle de bain pour les essayer.
Dix minutes plus tard, je contemplai mon reflet dans le miroir.
La robe moulait mes courbes, les lanières du devant dévoilaient mon soutien-gorge pigeonnant en
dentelle dans un décolleté échancré. Le bas de la robe moulait mes hanches et mes fesses, le tissu
s'arrêtant à mi-cuisses. Si je me penchais ne serait-ce qu'un peu, ou si la robe remontait d'un seul
centimètre, les bretelles du porte-jarretelles qui maintiennent les bas seraient visibles.
J'avais détaché mes cheveux et ils tombaient sur mes épaules, mes pommettes étaient roses et ma peau
rougie d'excitation. J'ornai mes lèvres d'une couleur rouge puis je m'examinai dans le miroir avec un
esprit critique. Je n'étais pas vraiment vilaine. C'était juste… Je n'aimais pas m'exposer ainsi. J'avais
l'impression que chaque petite imperfection était amplifiée. Tout ce qui me complexait était à la portée
de tous.
Je n'étais pas habituée. Même au lycée, alors que les filles se pavanaient en débardeurs moulants et
petits shorts courts, ou bien en dos nu et en jeans, je n'avais jamais été bien dans ma peau. La tenue la
plus folle que je n'avais jamais portée était un tee-shirt avec un col en V. Mon instinct me poussait à
saisir un pull pour le mettre sur mes épaules afin d'avoir de quoi me couvrir une fois arrivés au club.
Depuis le couloir, j'entendis la porte s'ouvrir. Un bruit de pas résonna sur le plancher de la cuisine.
"Anna ?" appela Thomas. "Est-ce que tu es là ?"
Je pris une profonde respiration et fermai les yeux. Il avait choisi la tenue, et quand bien même…
j'avais encore peur que ce ne soit pas assez bien pour lui. Comment pouvais-je l’être ? J'avais vu le
regard que les autres femmes posaient sur lui, depuis la réceptionniste du commissariat de police
jusqu'à la serveuse du restaurant, sans compter les innombrade superbes femmes dans la rue. Thomas
était magnifique, son corps absolument parfait. C'était comme si dieu l'avait sculpté dans le membre,
chaque ligne, chaque courbe et chaque muscle, sans aucun défaut. Il était intimidant de se sentir aussi
exposée, dévoilée, et ce encore plus devant quelqu'un de si indéniablement sexy.
Je chaussai les hauts talons qui étaient dans la boîte et recouverts de papier de soie. Ils m'allaient à la
perfection, mais le talon était si fin que j'étais certaine qu'il se briserait sous mon poids. Mais il ne
brisa pas. En réalité, les chaussures semblaient robustes, elles allongeaient mes jambes et me faisaient
une taille plus fine.
Je marchai en direction de la cuisine, les mains tremblantes, espérant que Thomas me trouve
acceptable. Lorsque j'arrivai, il était à côté du comptoir, la cravate desserrée et les manches relevées. Il
passait en revue une pile d'enveloppes, passant rapidement de l'une à l'autre. Sa beauté me coupa le
souffle. Il était beau même lorsqu'il faisait des choses aussi ordinaires que lire le courrier.
Il ne leva pas les yeux tout de suite. Je levai le menton en l'air et attendis.
Quand finalement il se retourna, sa mâchoire lui tomba.
"Putain de merde", bredouilla-t-il.
"Est-ce que ça va?" demandai-je, tirant volontairement sur le bas de la robe.
Il traversa la cuisine en deux grandes enjambées, prit mes mains dans les siennes et me regarda de haut
en bas. Ses yeux s'attardèrent sur mon corps, sur chaque centimètre de peau exposée. "Merde", dit-il.
"Comment vais-je arriver à tenir jusqu'au club? Il faut que je te prenne là tout de suite."
Il caressa mes bras puis mon visage, me tira contre lui et m'embrassa. Doucement d'abord, puis plus
intensément, sa langue cherchant la mienne. Un frisson d'impatience me parcourut lorsqu'il pressa son
corps contre le mien.
Thomas recula et me regarda, son pouce caressa ma lèvre inférieure. "Comment puis-je te laisser sortir
habillée comme ça?" demanda-t-il. "Chaque homme dans ce club va te vouloir."
"Ça m'étonnerait." Mes joues s’empourprèrent et pour la première fois de ma vie, je me sentis belle.
Pas simplement ce sentiment qu'on a lorsqu'on se trouve jolie, maquillée, affublée d'une nouvelle tenue
et d'une nouvelle coupe de cheveux.
Non, cette fois c'était différent. Je me sentais belle. Je sentais que Thomas me trouvait belle, qu'il me
voyait vraiment comme la femme la plus sexy du monde. Le fait que mon ventre ne soit pas plat, que
mes seins soient trop gros ou que mon nez soit crochu n'était pas important.
À cet instant, je pouvais dire que Thomas me trouvait superbe. Et j'avais le sentiment que c'était vrai.
"Il y a juste une chose…" murmura-t-il à mon oreille. Son souffle me chatouilla la peau, faisant hérisser
les poils de mon cou et me donnant la chair de poule. Son ton était décontracté mais sa voix était grave,
rauque et malicieuse.
"Quoi ?" demandai-je prudemment. Quelle que soit cette chose, je savais qu'il était possible que je
n'apprécie pas. Avec Thomas, rien n'était aussi simple.
"Tu t'es habillée de travers". Ses mains agrippèrent le haut de ma robe et la rabattirent sur ma taille.
Il passa sur mains en arrière et doucement, presque atrocement, commença à dégrafer mon soutien-
gorge. Au départ, je pensai qu'il tiendrait sa promesse, celle de ne pas me baiser avant d'aller au club.
Puis je compris ce qu'il était en train de faire, il s'attendait à ce que je porte cette robe, ajourée sur le
devant, sans soutien-gorge.
"Thomas", dis-je, maintenant fermement les bonnets de mon soutien-gorge au-dessous de mes seins.
"Chhh", dit-il en saisissant doucement mes bras et les replaçant le long de mon corps. Il ôta
délicatement mon soutien-gorge pendant que je me tenais debout les seins complètement nus. Thomas
patienta quelques instants avant de replacer ma robe, me dévorant des yeux. Mes mamelons durcirent
instantanément sous son regard.
"Merde", dit-il. Sa respiration se fit plus rapide. "Est-ce que tu sais combien c'est difficile de ne pas te
baiser ici tout de suite ?" Sa main caressa mon épaule, puis mon bras, son pouce effleura mon sein si
doucement que je ne sentis même pas son contact.
"Thomas", dis-je ayant du mal à avaler ma salive. "Je ne peux…"
"Chhh", dit-il de nouveau, le doigt posé sur mes lèvres. Il remonta doucement ma robe jusqu'à ce que je
sois complètement couverte, mais cette fois sans soutien-gorge.
Si je m'étais déjà sentie exposée auparavant, c'était maintenant un million de fois pire. Je pouvais sentir
l'air sur ma peau à travers le tissu ajouré, sentir mes seins faire pression sur le tissu.
"Thomas" dis-je de nouveau, saisissant mon soutien-gorge. "Vraiment je ne…"
Il me saisit la main et serra mon poignet. Il se pencha de nouveau, pressant son corps contre le mien.
"Tu es si belle", dit-il, son étreinte devenant plus forte "et tu porteras ce que je t'ordonne de porter". Sa
voix était maintenant rauque, autoritaire. Il recula et me fixa dans les yeux. "Est-ce que tu comprends?"
Je hochai la tête.
Il lâcha ma main et m'embrassa doucement sur les lèvres. "Viens. La voiture nous attend".
Il resta silencieux pendant que la voiture nous conduisait à Force.
J'étais nerveuse.
Nerveuse d'aller dans ce club.
Nerveuse de trouver Stéphane James.
Nerveuse de cacher quelque chose à Thomas.
Comment pouvais-je attendre à ce qu'il me dise des choses, me laisse entrer dans sa vie, si je ne faisais
pas la même chose?
Mais il ne te laisse pas entrer dans sa vie, me dis-je à moi-même. Et il te cache des choses, cette
femme qui était sur la terrasse, la façon dont il a refusé de te parler de son affaire, même dans le but
d'aider à sa défense.
Thomas avait des secrets. Beaucoup de secrets.
Il était si protecteur et avait un tel besoin de tout contrôler. Si je lui parlais de cet appel téléphonique, il
ne m'emmènerait pas à Force.
Et je savais au plus profond de moi, qu'il existait une raison pour que cette personne anonyme ait décide
de m'appeler moi, et pas une autre personne. Elle aurait pu appeler Thomas, le professeur Worthington
ou bien Josh. Mais pour une quelconque raison, elle m'avait choisie.
Je n'étais pas certaine de savoir ce que cela signifiait. Mais je savais que je devais faire tout ce que je
pouvais pour aider Thomas. Et mon intuition me disait maintenant que je devais me rendre à Force. Que
je devais trouver Stéphane James.
Thomas me prit la main. "Pourquoi es-tu si sérieuse?" demanda-t-il.
Je haussai les épaules. "Il n'y a pas de raison."
"On n'est pas obligés d'y aller si tu ne te sens pas prête, Anna."
"Je suis prête."
Ses doigts s'entrecroisèrent avec les miens, me procurant un effet relaxant immédiat. Je m'émerveillai
de ne pas comprendre comment une personne qui possédait autant de secrets pouvait me faire sentir
autant en sécurité.
Nous restâmes silencieux pendant tout le reste du trajet. Mais ce n'était pas important, quelque part le
fait qu'il me tienne la main me suffisait. Son toucher était plus puissant que n'importe quel mot qu'il
aurait pu prononcer.
La voiture s'arrêta finalement. Thomas sortit en premier, puis me tendit la main.
Je sortis, essayai de stabiliser mon équilibre sur mes talons hauts et jetai un œil alentour.
Nous étions dans une petite rue vide et déserte, parallèle à une grande avenue. Habituellement, même
dans ces petites rues de la ville, il se passait toujours quelque chose. Il y avait des traiteurs, des
épiceries fines ou bien des appartements, des camions de livraison ou simplement des gens affairés
qui coupaient à travers les rues principales. Mais il n'y avait que deux immenses immeubles de
briques rouges, un de chaque côté de la rue. Aucun signe du club n'était présent nulle part.
"Où est-il ?" demandai-je en regardant autour. À la façon dont les gens parlaient de Force, je
m'attendais à de la musique filtrant sur la rue, des gens en costume faisant la queue à l'extérieur, des
videurs et des gardiens de sécurité à la porte.
Mais il n'y avait rien de tout ça.
"Ici", dit Thomas, pointant du doigt une porte rouge dessinée en demi-cercle qui se fondait dans la
couleur de l'immeuble. Au bas de la porte, en lettres peintes au pochoir étaient inscrites les lettres
FORCE. Elles étaient tellement petites et pâles qu'elles en étaient presque invisibles.
"Waouh", dis-je sarcastiquement. "Ils n'ont pas forcé sur les dépenses".
La bouche de Thomas arbora un sourire ironique. Il me lança un long regard empreint de jugement. Je
vis l'ombre d'un doute passer sur son visage. Ce fut subtile et ne dura qu'un instant, mais
définitivement présent.
"Thomas", dis-je en prenant sa main et la serrant. "Je veux être là avec toi plus que tout au monde".
"Tu diras ça une fois que nous serons entrés", dit-il.
Il ouvrit la porte.
Un long couloir s'étendait devant nous, les murs étaient peints d'une couleur rouge canneberge. Le sol
en béton était de couleur noire. Des portes donnaient sur le couloir mais tout était parfaitement
silencieux. Aucun son n'était audible.
J'avalai ma salive, soudainement nerveuse. Mais où étaient tous les gens, le sexe, les fouets, les
chaînes et les cordes ?
La main de Thomas se resserra autour de la mienne alors qu'il me conduisait dans le couloir. Des
lampes pendaient au plafond, envoyant une lumière fade et industrielle sur tout. Une faible odeur de
musc et de fumée imprégnait l'air.
Le bout du couloir se divisait en trois différents couloirs ressemblants à des tunnels, un en face de
nous, un à notre gauche et un à notre droite. Tous étaient éclairés par la même faible lumière
scintillante, les murs étaient peints d'un motif tourbillonnant noir et rouge sang qui m’étourdissait.
Alors que nous continuions à avancer, on commençait à distinguer des sons qui provenaient du tunnel
de droite. Un homme vêtu d'un costume masochiste apparut, se frottant les mains et les genoux et
croisa notre chemin en sens inverse.
Je faillis crier, non pas à cause de son costume, mais parce que le bris de ce silence aussi tranquille et
inquiétant m'avait prise par surprise et choquée. Nous empruntâmes le couloir de gauche. Je fus
rassurée de ne pas emprunter celui d'où l'homme en costume venait de sortir.
Des portes donnaient également sur ce couloir sinueux qui bifurquait dans ce qu'on aurait cru être un
million de directions différentes. Thomas prenait virage après virage, et j'eus la sensation d'être
conduite de plus en plus profondément sous terre, comme si le sol était incliné vers le bas.
Je voulus lui demander où nous allions, où est-ce qu'il m'emmenait, mais je me forçai à lui faire
confiance.
Après une éternité, je pus enfin percevoir le son d'une musique distante, un rythme lent et sensuel qui
semblait se réverbérer sur les murs. Au loin, je vis apparaître une immense salle emplie de voix
humaines ainsi que d'un projecteur qui semblait éclairer paresseusement la foule.
Alors que nous approchions, une des portes du couloir s'ouvrit et un homme portant des jambières de
cuir et un fouet en sortit, suivi d'une rangée de filles, leurs mains attachées ensemble formant une seule
et même ligne.
Je les observai lorsqu'elles passèrent, chaque fille portait un pagne doré, des pompons dorés sur les
mamelons et rien d'autre. Leur peau était translucide, et leurs corps scintillaient sous les lumières.
Elles étaient toutes maquillées avec de l'ombre à paupières dorée assortie à leurs vêtements et de
l'eyeliner noir.
J'étudiai leurs visages mais leurs expressions étaient vides.
"Où les emmène-t-il?" murmurai-je à Thomas, ayant peur d'être forcée à les rejoindre si je parlais
trop fort.
Thomas jeta un œil désintéressé, comme si une rangée de filles quasiment nues et menottées était
chose courante. "À la vente aux enchères", dit-il.
"Elles vont être vendues aux enchères?"
"Oui". Il me regarda avec amusement. "Est-ce que tu voudrais les accompagner?"
Je fis rapidement non de la tête, ce qui fit rire Thomas. "Allez, viens", dit-il, "on est presque arrivés".
Il m’attira vers la musique. Lorsque nous arrivâmes dans la salle principale, je poussai un soupir de
soulagement, contente d'être sortie des couloirs sinueux qui ressemblaient à un labyrinthe souterrain.
Un homme costaud portant une moustache était assis devant la porte d'entrée. Il se leva lorsqu'il nous
aperçut. Sa tête était fraîchement rasée et ses bras étaient entièrement tatoués. Lorsqu'il vit Thomas, il
hocha la tête et nous laissa entrer.
La salle était bondée, elle était emplie d’hommes et de femmes de toutes formes et de toutes tailles,
certains portaient des masques ou des costumes mais la plupart étaient habillés de noir. Il y avait des
tables de métal de style industriel et des chaises pliantes dispersées dans toute la salle. Le mot
FORCE était inscrit en gigantesques lettres noires sur le plafond. Je restai proche de Thomas lorsque
nous traversâmes la foule. Les hommes me regardèrent, leurs yeux dévorant mon corps et posèrent un
regard de convoitise sur mes seins, mes jambes et mes fesses.
Thomas me conduisit vers une rangée de portes alignées au fond de la pièce. Nous passâmes devant
une femme sur une table.
Elle était assise sur un homme, les jambes écartées et se faisait enculer. Il maintenait fermement ses
mains dans son dos, l'immobilisant de façon à ce qu'elle ne puisse pas bouger. Un autre homme,
musclé et tatoué avait déboutonné son pantalon et avait sorti sa queue, prêt à pénétrer sa chatte. Je
détournai le regard juste avant qu'il ne passe à l'acte, mais je pus entendre le gémissement de la
femme, un son guttural de douleur et de plaisir mélangés alors qu'elle se faisait pénétrer par deux bites
en même temps.
Mon cœur martela ma poitrine de nouveau. Le projecteur passa au-dessus de la salle et me donna le
tournis.
"Est-ce que je peux… il faut que je m'assoie, je pense", dis-je à Thomas.
Il hocha la tête et accéléra le pas et me fit passer par une des portes du fond de la salle. C'était plus
calme ici et ça ressemblait moins à un donjon. Il y avait un divan en cuir noir poussé contre l'un des
murs et une armoire dorée dans un des coins de la pièce.
"Est-ce que ça va ?" demanda Thomas.
"Oui." Je hochai la tête.
"Assis-toi là." Il me conduisit vers le divan et me fit asseoir.
Il s'assit à côté de moi. "Est-ce que tu veux partir ?"
Je fis non de la tête. Maintenant que j'étais là, je n'avais pas la moindre idée d'où commencer pour
trouver Stéphane James. Avec tous ces couloirs, ces chemins et ces allées, c'était presque mission
impossible. Il y avait des gens portant des masques, des gens costumés, leurs visages cachés… même
si personne ne portait de masque et si je savais où aller, ce serait quand même difficile de trouver
quelqu'un dans cet endroit.
"Je veux te donner quelque chose", dit Thomas. Il fouilla dans sa poche et sortit une petite boîte noire.
Il me la tendit, les yeux rivés sur moi, l'électricité entre nous était presque palpable. "Je voulais
t'offrir quelque chose pour célébrer cette nuit."
J'ouvris délicatement la boîte. Un fin bracelet en diamants me regardait, ses pierres étincelaient dans
la lumière. Je suffoquai.
"Est-ce qu'il te plaît ?" demanda Thomas, le sortant de la boîte et l'attachant autour de mon poignet. Je
n'avais jamais possédé quelque chose d'aussi sublime. Tous les bijoux que je possédais, je les avais
achetés à chez Zara ou dans des boutiques d'accessoires pas chers. Le genre de bijoux qui vous
rendent la peau verte et qui finissent par rouiller.
Je retournai mon poignet, fixant la délicate chaîne qui maintenait les pierres ensemble.
"Mais il n’est pas aussi beau que toi." Thomas porta ma main à ses lèvres et embrassa doucement le
revers.
"Merci", dis-je. "Vraiment, merci."
Il inclina mon menton vers lui. "Regarde-moi", dit-il. "Regarde-moi pendant ce que je vais te dire. Je
sais que ce n'est pas facile d'être avec moi. Mais je voulais que tu saches que le fait que tu viennes ici
avec moi ce soir signifie vraiment beaucoup de choses pour moi."
Je hochai la tête. "Cela signifie beaucoup pour moi aussi". La culpabilité fleurit dans ma poitrine,
menaçant de prendre le contrôle de chacune de mes émotions. Comment pouvais-je être là, avec lui,
acceptant son cadeau sans lui mentionner la vraie raison pour laquelle j'étais là ?
Je ne pouvais pas.
Si je faisais plus confiance à un étranger au téléphone qu'à Thomas, alors je n'aurais pas dû venir.
Et c'est à ce moment-là que je décidai de ne pas chercher Stéphane James.
Je resterai là, et je me donnerai à Thomas de la façon dont il désirait me prendre.
Thomas se leva et marcha jusqu'à l'autre bout de la pièce. Un petit coffre de bois était posé sur le sol.
Il tourna la molette de la serrure et le coffre s'ouvrit. Il en sortit quelque chose et revint vers moi.
"Comment est-ce possible que tu connaisses la combinaison ?" demandai-je.
"parce que c'est ma chambre."
"Ta chambre ?"
"Oui Anna. Les chambres ici sont privées et assignées à différents membres. Tu n'es pas autorisé à
entrer dans une chambre si tu n'y as pas été invité."
Je hochai la tête, essayant de ne pas penser au fait que Thomas était membre de ce club, ni aux autres
femmes qu'il avait amenées dans cette chambre. Dani et Laura bien sûr, les deux femmes qui avaient
été assassinées. Il avait rencontré Dani à Force, et Laura avait été sa fiancée. Combien d'autres y
avait-il eu ? Était-il venu presque tous les soirs après le travail, avait-il choisi une fille dans la foule
puis l’avait ramenée ici pour faire ce qu'il voulait d'elle ? Avait-il participé aux ventes aux enchères,
payé pour une de ces magnifiques filles au regard vide pour la posséder toute une nuit ?
En quoi étais-je différente ? Étais-je même différente ? Et si oui, pourquoi ? Je ne comprenais
toujours pas pourquoi il m'avait choisi pour être là ce soir alors qu'il pouvait obtenir toutes les
femmes qu'il voulait.
Thomas s'assit à côté de moi et posa un livre sur mes genoux.
C'était un livre mince, mais lourd, relié de cuir noir.
"Qu'est-ce que c'est ?" demandai-je.
"Ouvre-le", ordonna-t-il.
J'ouvrai le livre. La première page était la page de titre, les mots étaient calligraphiés en lettres d'or et
légèrement en relief.
"Contrat de Domination/Soumission", y était inscrit. "Entre Thomas Dorsk et Anna Holloway".
Je laissai courir mes doigts sur les mots, traçant du doigt le contour de la lettre A de mon prénom.
"Notre contrat?" demandai-je.
"Oui". Thomas prit ma main. Son contact était chaud et réconfortant. "Je l'ai fait faire le jour où je t'ai
rencontrée."
Je me retournai et le regardai, nos regards se rencontrant sur la page.
"Il mentionne très spécifiquement tout ce qui est requis de toi", dit-il.
Je tournai les pages et lut.
"…la soumise accepte que le dominant soit responsable de son régime alimentaire…"
"…la soumise accepte de ne pas voyager en transport public ou se mettre dans des situations
jugées inutilement dangereuses…"
"… la soumise ne devra pas fraterniser avec des personnes qui n'auront pas été préalablement
approuvées par le dominant…"
"…la soumise accepte de dormir un minimum de huit heures par nuit…"
"…la soumise accepte de se rendre disponible à la discrétion du dominant, à n'importe quel heure
du jour ou de la nuit…"
Je continuai ainsi sur des pages et des pages de règles et de restrictions. Je me mordis la lèvre, me
demandant quel genre de personne pouvait volontairement signer sa dévotion entière à une autre
personne.
Une personne amoureuse. Une personne qui veut rendre son homme heureux. Une personne qui
veut approfondir sa relation avec cette personne, expérimenter la signification profonde de la
confiance en l'autre, de s'abandonner complètement à l'autre, d'explorer les secrets les plus
profonds du couple.
"Anna", dit Thomas, comme s'il pouvait sentir mon hésitation, "si tu n'es pas prête…"
"Je suis prête", dis-je. Il y avait un stylo accroché au livre à l'aide d'une ficelle dorée. Je le saisis et
signai mon nom en lettres majuscules.
Thomas prit le stylo et fit de même.
C'était officiel maintenant.
Je lui appartenais.
Thomas referma le livre et se leva.
Les vibrations de la pièce avaient changé, passant de romance mêlée d'inquiétude, à lubricité et
besoin de contrôle.
J'avais été tellement concentrée sur la lecture du contrat que je n'avais pas fait attention à mon
environnement. Mais maintenant, je commençais à remarquer d'autres choses dans la pièce. Il y avait
une armoire dorée dans le coin en plus du coffre et du divan. Il y avait également ce qui semblait être
un banc de prières. Il était en bois et usé, perclus de trous et d'éraflures. C'était différent de l'autre
club où nous étions allés, plutôt BCBG. Ici, à Force, il n'y avait aucun doute possible sur ce que les
gens venaient faire.
Thomas retira le pull noir qu'il portait, dévoilant ses abdominaux plats et ses épaules sculptées. Il me
regardait assise sur le divan, les yeux enflammés.
"À genoux", ordonna-t-il, d'une voix grave et gutturale.
Je m'agenouillai.
"Non". Il secoua la tête et pointa le banc.
J'allai me lever, mais il m'arrêta de nouveau.
"Non", dit-il. "Rampe".
Je rampai jusqu'au banc. Le banc était fait de bois dur, sans couverture soyeuse, et mes genoux
crièrent en signe de protestation lorsque je grimpai dessus. Je m'agenouillai et me penchai en avant,
les fesses en l'air.
Thomas se pencha et remonta le bas de ma robe de façon à ce que mon postérieur soit exposé. Le
minuscule string que je portais ne m'offrait aucune protection.
Il se dirigea vers l'armoire dorée. Il fouilla à l'intérieur et sortit ce qui ressemblait à une pagaie. Il se tint
derrière moi et caressa la pagaie sur mes fesses nues.
Le bois était lisse et dur contre ma peau, et je sentis ma chatte devenir humide.
"Anna", dit-il. "Est-ce que tu comprends combien la confiance est importante dans une relation de
soumise à dominant ?"
"Oui", dis-je.
Il souleva la pagaie et la frappa contre mes fesses. Une sensation brûlante déchira ma peau, une douleur
encore plus intense que tout ce qu'il m'avait fait jusqu'à présent.
Je me mordis la lèvre pour ne pas crier. Ma chatte devint encore plus humide.
"Tu aimes ça, n'est-ce pas ?" demanda Thomas.
"Oui", gémis-je. Il glissa ses doigts dans ma chatte.
"Tu es déjà mouillée, n'est-ce pas Anna ?"
"Oui", gémis-je. "Oui, je suis mouillée."
"Tu as fait preuve de beaucoup d'agressivité aujourd'hui, Anna. Tu aimes quand je te punis pour ça, c’est
ça ?"
"Oui."
"Oui quoi?"
"Oui, j'aime quand tu me punis."
La pagaie me frappa de nouveau les fesses, douleur et plaisir se mêlèrent et déferlèrent en vagues à
travers mon corps.
Pan.
Pan.
Pan.
Trois nouvelles frappes sur mes fesses, chacune plus forte que la précédente. Thomas glissa un autre
doigt en moi, écartant ma chatte autour de ses doigts.
"Mon dieu que tu es mouillée", dit-il.
Je me forçai à rester immobile, appréciant la sensation de ses doigts entrant et sortant, de plus en plus
vite. J'essayai de rester silencieuse, mais c'était impossible. C'était trop agréable ces coups de pagaie sur
mes fesses en même temps qu'il me doigtait.
Un faible gémissement s'échappa de mes lèvres.
"Je veux jouir", suppliai-je, le désespoir audible dans ma voix. Je n'arrivai pas à croire qu'un orgasme
m'aurait si vite submergé. J'étais excitée bien avant qu'il me fasse mettre à genoux, avant même qu'il me
donne la fessée. J'étais excitée par le fait de lui appartenir, de signer le contrat, de savoir qu'il aurait le
contrôle sur chaque partie de ma vie.
"Non", dit-il. Il se recula complètement.
Je regardai par-dessus mon épaule, essayant de voir où il était, où il allait, mais il me saisit l'arrière de
la tête et la tourna de manière à ce que je fasse face au mur.
J'entendis ses pas sur le plancher de béton, suivi par le déclic de l'interrupteur lumineux. La pièce fut
plongée dans l'obscurité, et la panique s'éleva dans ma poitrine. Pendant un instant, tout ce que je pus
entendre fut ma propre respiration et le sang circulant dans mes veines.
Mais maintenant que les lumières étaient éteintes, les bruits en provenance de la salle principale
semblaient amplifiés. Les gémissements de femmes. Les claquements de fouets qui fendaient l'air. Les
moqueries des hommes. Et la musique, douce, mais avec un rythme puissant qui résonnait dans ma cage
thoracique.
Après quelques minutes, je sentis les mains de Thomas se poser sur mes hanches, me tirant brutalement
vers lui. Puis, sans avertissement, je sentis son gland plonger dans ma chatte. Je gémis lorsqu'il
commença à me baiser, avec force et rapidité, sans préliminaire. Je ne voyais rien, je sentais uniquement
le banc dur sous mes genoux et la queue de Thomas en moi.
Ses mains agrippaient mes fesses pendant qu'il me baisait, dedans, dehors, plus fort, plus vite.
Après un moment, il me fit tomber du banc et me poussa sur le sol. Sa main me saisit par le cou et il
m'écrasa au sol jusqu'à ce que ma joue presse contre le sol dur en béton. Je pus sentir la poussière sur
mon visage. Thomas me tenait fermement, ses doigts enroulés autour de mon cou, m'attrapant presque à
la gorge pendant qu'il me baisait.
Je sentais ses testicules frapper ma chatte nue. Il portait toujours son pantalon, il avait juste sorti sa
queue et je sentais le métal froid de sa boucle de ceinture frotter contre moi à chacun de ses mouvements.
Une de ses mains était toujours enroulée autour de ma gorge, et l'autre était sur mes fesses et m'écartait
lors de chaque poussée. Il avait abandonné la pagaie et utilisait maintenant sa main, me frappant chaque
fois qu'il me pénétrait.
Finalement, il arrêta de me fesser. Il se pencha et appuya le poids de tout son corps contre le mien. Il
m'agrippa les cheveux et tira ma tête en arrière de façon à ce que ses lèvres soient contre les miennes.
"Est-ce que tu sais ce qui arrive quand tu ne me fais pas confiance, Anna ?", grogna-t-il.
"Je suis punie", gémis-je. Il glissa son doigt dans ma bouche et je le suçai, affamée.
"Oui", dit-il. "Tu es punie." Il tira sur le devant de ma robe d'un coup sec, dévoilant ainsi mes seins.
J'entendis le tissu se déchirer lorsqu'il tira.
Ses doigts saisirent mon mamelon et le pincèrent si fort que je criai.
J'allais avoir des bleus sur tout le corps demain, et cette pensée m'excita. Je tentai de me repousser
contre lui, mais il me maintint fermement.
"Non", dit-il. "Arrête."
Il resta immobile pendant un moment, sa main serrant ma gorge jusqu'à ce que commence à suffoquer.
Cela, couplé à l'obscurité de la pièce, fit monter un instant de panique, mais au moment où cela allait
commencer à devenir insupportable, il retira sa main et continua son agression.
Il me baisa encore plus fort et plus vite qu'avant.
"Je vais maintenant éjaculer en toi", dit-il. "Supplie-moi."
"S'il te plaît", dis-je. "S'il te plait, éjacule en moi, je veux te sentir".
"Jouis sur ma queue, bébé", dit-il. "Jouis sur moi."
Ces mots envoyèrent des spasmes de plaisir à travers ma chatte, et mon orgasme fut intense et rapide.
Une seconde plus tard, je le sentis entrer en éruption, sa semence jaillissant en moi et me réchauffant de
l'intérieur.
Il s'effondra de nouveau sur moi, écrasant son corps contre le mien, respirant fortement pendant un
moment avant de se relever.
Je me relevai sur les genoux, tentant de ralentir ma propre respiration.
La lumière se ralluma et je clignai des yeux pour m'ajuster à la luminosité.
Thomas avait déjà reboutonné son pantalon. Il ramassa son pull et l'enfila.
"Rhabille-toi", dit-il. Sa voix était froide et son ton dur. Je voulus lui dire que j'étais déjà habillée, que je
n'avais jamais été déshabillée, qu'il m'avait juste poussée sur un banc puis bousculée par terre et baisée.
Mais j'avais le sentiment que cela se passerait mal.
Alors je me levai et réajustai ma robe sur mes hanches. Thomas avait déchiré le haut de ma robe et le
tissu sur mes seins pendait, dévoilant à moitié mes seins. "Ma robe est ruinée", dis-je en souriant.
Il me jeta un coup d'œil puis détourna le regard.
Un sentiment d'incertitude monta en moi. Était-il toujours en mode contrôle? Allait-il me baiser de
nouveau, me donner des ordres, me dire quoi faire? D'habitude, après le sexe, il était doux avec moi. Ou
tout du moins, il n'avait jamais été aussi distant.
Thomas ramassa la pagaie sur le sol, la rapporta dans l'armoire et la suspendit sur son crochet.
Visiblement ce n’était pas ça, il avait tous ces jouets dans ce placard et ne s'en était même pas servi.
Nous étions venus à Force pour repousser les limites. Et pendant qu'il était brutal avec moi, plus brutal
qu'il ne l'avait jamais été, il n'avait même pas pris son temps ou poussé les limites de notre confiance. Je
me sentais comme s'il m'avait vraiment utilisée, mais pas de la façon dont il le voulait, pas d'une manière
qui nous rapprochait. Pour la toute première fois, je commençais à me sentir honteuse de ce que nous
avions fait.
"Est-ce que…est-ce que j'ai fait quelque chose de mal ?" demandai-je doucement.
Thomas se retourna, ses yeux fixant les miens. "Pourquoi est-ce que tu me demandes ça ?"
"Je ne sais pas", dis-je, croisant mes mains ensemble. "C'est comme si tu étais fâché contre moi."
"Et pourquoi est-ce que je serais fâché contre toi ?"
"Arrête de répondre à des questions par d'autres questions."
Sa mâchoire se serra de colère. "Alors ne me pose pas de questions dont tu connais déjà la réponse."
Je secouai la tête, confuse. "Je ne comprends pas", dis-je. "Je pensais que nous étions venus ici pour
explorer notre relation, pour que tu me pousses, pour que nous puissions nous rapprocher et explorer."
"Est-ce que c'est pour ça que tu es venue ici, Anna ?" demanda-t-il. "Est-ce vraiment la raison ?". Il
parlait à voix modérée mais son ton était dur, comme déconnecté.
Je n'aimai pas la manière dont il me parlait, et ça, couplé à la bizarrerie ressentie après qu'il m'ait
baisée, fit monter l'anxiété en moi.
"Oui", dis-je. "C'est pour cette raison que je suis venue."
"Tu mens."
"Quoi ?" J'avalai ma salive, ma gorge soudainement sèche.
Il traversa la pièce, ramassa notre contrat et commença à le feuilleter. "Tu mens", dit-il simplement.
Je pensai à nier en bloc. "De quoi est-ce que tu parles ?"
"Je parle du fait que tu ne voulais pas te rendre à la fête de ton beau-père ce soir, après que tu m'aies dit
combien cela était important pour toi. "
"Je n'ai jamais dit que c'était important pour moi. C'est toi qui l'a dit."
"S'il te plaît Anna", dit-il. "Tu joues sur les mots."
Je secouai la tête. "Je ne vois pas de quoi tu parles."
"Je parle du fait que tu me caches quelque chose". Il refusa de me regarder, ses yeux scannant les clauses
du contrat alors qu'il feuilletait les pages une à une.
"Je ne sais pas… si tu penses que je te cache quelque chose, alors pourquoi m'as-tu amenée ici ?". Ma
voix était tremblante, et un nœud se forma dans ma gorge. C'était donc pour cette raison qu'il ne m'avait
pas poussée, qu'il n'avait fait aucune des milliers de choses qu'il aurait pu faire. Il pensait que je n'avais
pas confiance en lui, que j'avais un autre motif pour vouloir me rendre ici.
Tu ne lui fais pas confiance. Et tu as un autre motif.
Quand bien même. Il m'avait amenée à Force, il m'avait baisée, il avait fait comme si tout allait bien.
Mais la vérité était que tout du long il avait été en colère contre moi de ne pas lui avoir fait confiance. Il
ne me faisait pas confiance non plus.
"Pourquoi est-ce que tu m'as amenée ici ?" répétai-je. Je n'allais pas pleurer devant lui. Je ne lui laisserais
pas savoir le mal qu'il me faisait.
"Parce que je voulais te laisser une chance", dit-il. "de me prouver que tu prenais ça au sérieux.".
"Que je prenais ça au sérieux ? ", dis-je, la colère se propageant en moi. "Et toi ?"
"Moi ?" dit-il, d’une voix neutre et contrôlée.
"Oui. Tu n'arrêtes pas de me parler de ce truc de confiance, combien c'est important dans une relation."
"Ça l'est."
"Alors pourquoi est-ce que tu ne me fais pas confiance ?"
"Parce que tu as prouvé que tu n'étais pas digne de confiance."
"Non ?" Je secouai la tête, ne voulant pas le laisser gagner celle-là. "Tu ne m'as jamais fait confiance sur
ce coup-là."
Il resta silencieux, le visage de marbre. "Fais attention, Anna", dit-il finalement. "Tu ferais mieux de ne
pas me pousser."
"Peut-être que si", dis-je sur ma lancée. "Pourquoi ne veux-tu pas me faire confiance pour t'aider sur ton
affaire, Thomas ? Pourquoi est-ce que tu ne veux pas répondre à mes questions ? Tu es un brillant avocat,
tu sais combien c'est important et combien la situation est sérieuse. Tu sais, tu devrais coopérer avec tes
avocats. Et tu refuses même de parler au professeur Worthington, et tu refuses de me parler."
"La confiance est quelque chose qui se gagne, Anna."
"Tu dis ça", dis-je en secouant la tête. "Mais tu attends à ce que je te donne la mienne gratuitement, sans
poser de questions."
"C'est comme ça que ça fonctionne", dit-il, haussant les épaules comme si ce n'était rien, que ce fait ne
devait pas être contesté.
"Ouais et bien, peut-être que je ne suis pas à l'aise avec ça".
Thomas me fixa pendant un moment. Puis il traversa la pièce jusqu'au livre qui était posé au milieu de la
table. Il le ramassa, ses yeux ne quittant jamais les miens.
Il tourna les pages jusqu'à la dernière, celle où nous avions tous les deux signé. Il la détacha
soigneusement et doucement, la déchira en deux et laissa tomber les morceaux au sol.
Des larmes brûlaient mes yeux.
Je ne pouvais pas croire qu'il me faisait ça, ne pouvait pas croire qu'il soit si froid, si insensible.
Je me retournai et m'enfuit en courant.
J'entendis Thomas m'appeler, mais je courus droit à travers la foule, me retrouvant envahie par tous ces
corps. Je sentis quelqu'un m'agripper, je ne pus dire si c'était Thomas ou quelqu'un d'autre. Je tirai mon
bras d'un coup sec et continuai, sans vraiment savoir où j'allais.
La vente aux enchères d'esclaves avait lieu sur une estrade surélevée au milieu de la pièce. Le volume de
la musique augmenta lorsqu'une fille en pagne fut mise en avant, son corps scintillant sous les lumières.
Un homme en pantalon de cuir lui frappa les fesses à l'aide d'un fouet, la faisant danser au son des cris de
la foule.
Je n'eus aucune idée de comment j'allais retrouver le chemin de la sortie. La pièce était sombre
maintenant, excepté la lumière des stroboscopes qui flashaient et me brûlaient la rétine, me laissant des
tâches lumineuses devant les yeux.
Je crus entendre quelqu'un prononcer mon nom, mais lorsque je me retournai, je ne vis Thomas nulle
part. Je continuai de me diriger vers la porte par laquelle nous étions entrés. Mais je n'étais pas certaine
que ce soit la bonne direction.
J'étais si désorientée que cela me prit quelques secondes pour réaliser que mon téléphone vibrait dans
ma petite pochette. Je le sortis, espérant de tout mon cœur que c'était Thomas, qu'il appelait pour me
retrouver et me faire sortir d'ici, qu'il me ramènerait à son appartement et que je lui dirais tout.
Mais l'identifiant disait Numéro Inconnu.
Mon cœur s'accéléra et l'adrénaline déferla dans tout mon corps, semblant être en rythme avec la
musique.
"Allo ?" J'enfonçai mon doigt dans mon autre oreille pour mieux entendre alors que je me frayai un
passage à travers la foule en direction de l'entrée.
"Bonjour Anna". C'était la même voix distordue qui m'avait appelée un peu plus tôt. La chair de poule
parcourut mes bras, même si l'air du club semblait chaud et humide sur ma peau. "Où allez-vous si vite
?"
"Quoi ?". Un frisson parcourut ma colonne vertébrale.
"Vous abandonnez déjà ?" demanda la voix anonyme. Il sembla amusé, comme s'il se moquait de moi.
"Comment est-ce que vous savez ce que je suis en train de faire ?" Je me retournai et scannai la foule
essayant de voir à qui je parlais. Mais c'était impossible. Trop de personnes portaient des costumes,
leurs corps bougeaient et ondulaient sous les lumières clignotantes.
Je crus entrapercevoir quelqu'un portant un masque de cuir noir avec un portable, mais la foule se
resserra autour de moi, et je perdis sa trace.
"Dirigez-vous à l'entrée, Anna", dit la voix. "Demandez pour la Chambre Noire".
"Quoi ?" Je secouai la tête. "Qui êtes-vous ?"
"Un ami, Anna. Si vous voulez connaître la vérité sur le tueur, vous devez demander Stéphane James. Et
vous le trouverez dans la Chambre Noire."
Je slalomai jusqu'à l'entrée de la salle. Une seconde plus tard, je me trouvai face à face avec le videur
tatoué qui nous avait laissé entrer dans le club.
"Allez-y", pressa la voix au téléphone. "Demandez-lui."
J'hésitai. Une partie de moi voulait juste foutre le camp d'ici, rentrer à la maison et oublier cette nuit.
Mais l'autre partie de moi pensait que ce serait céder à mes peurs. Pourquoi étais-je venue ici ? Ma
relation avec Thomas ne s'était pas approfondie, en fait elle avait empiré.
Le videur me regarda alors que je m'approchai. Je me rendis compte que ma robe était en lambeaux
autour de mes seins. J'essayai de réajuster le tissu, en vain.
Je restai là un long moment, le téléphone pressé fermement contre mon oreille.
"Est-ce que je peux vous aider, mademoiselle ?" demanda le videur.
"J'aimerais aller à la Chambre Noire, s'il vous plaît", dis-je.
"Bonne fille", dit la voix à l'autre bout du fil. Puis la ligne coupa.
Le videur leva le menton en l'air, ses yeux se rétrécirent alors qu'il essayait de comprendre.
Aussitôt les mots sortis de ma bouche, je voulus les reprendre. Je voulus faire demi-tour et retrouver
Thomas.
Ce que je fis.
Je me retournai pour essayer de me frayer un chemin dans la foule.
Mais avant que je ne puisse, la main épaisse du videur s'envola et se resserra autour de mon bras. Un
autre homme apparut de nulle part et m'attrapa par la taille. Et soudain, je fus tirée en arrière en direction
du couloir.
Je donnai des coups de pieds et hurlai.
Mais personne ne porta attention.
Des menottes se refermèrent sur mes poignets, le métal froid pinçant ma peau. On plaça un bâillon sur ma
bouche, le tissu rugueux heurtait ma langue.
Les hommes me soulevèrent et me portèrent à travers le labyrinthe de couloirs, slalomant par-ci puis
par-là, tournant à gauche puis à droite jusqu'à ce que je n'aie plus conscience de l'endroit où je me
trouvais.
Finalement, ils ouvrirent la porte d'une des pièces et me laissèrent tomber sur le sol. La pièce était dans
le noir total. Je sentis qu'on tirait sur mes mains, qu'on détachait mes menottes, qu’on ôtait le bâillon et
on saisit brutalement mes seins avant de partir. Le son d'un rire pénétra la pièce. Et quelque part loin
d'ici, je crus entendre les hurlements d'une femme. Il faisait si noir que je ne pouvais rien voir, pas même
ma main devant mon visage.
"Bonjour ?", appelai-je. "Est-ce qu'il y a quelqu'un ?"
Je commençais à appréhender mon environnement dans le noir, et j'étais sur le point de crier lorsque la
porte s'ouvrit.
Une lumière faible filtra dans la pièce. Un homme était debout dans le couloir, illuminé par la lumière en
arrière de lui.
Il était grand, au moins un mètre quatre-vingt et avait un physique herculéen. Il était vêtu d'un jean sale et
d'un débardeur noir, ses bras musclés étaient entièrement tatoués. Je le reconnus immédiatement aux
photos que j'avais vues sur le web.
Stéphane James.
Il me sourit, dévoilant une rangée de dents parfaitement alignées.
"Tu es venue ici pour jouer ?", demanda-t-il jovialement. Alors qu'il fermait la porte, quelque chose de
métallique se refléta dans sa main.
Je pris une grande respiration.
Puis je hurlai.

Fin du tome 7
8. CE QU’IL RÉVÈLE.

THOMAS
Regrets.

Ils avançaient comme une vague obscure, menaçant de prendre le contrôle du mur qui m'entourait,
pourtant si soigneusement bien construit.

Aussitôt que j'avais vu ce regard sur le visage d’Anna, aussitôt que j'avais vu cette peine dans ses
yeux, j'avais voulu reprendre ce que j'avais fait. Je voulais remonter le temps pour ne pas déchirer
notre contrat sous la peine et la colère, comme je l'avais fait. Ce comportement était digne d'un enfant
et non pas d'un adulte. Mais bien sûr, la machine à remonter le temps n'existait pas.

Les regrets n'étaient pas une émotion avec laquelle j'étais familier, j'avais toujours eu dans l'idée
qu'ils ne servaient à rien. Une fois qu'une chose était faite, on ne pouvait pas revenir en arrière. Les
regrets et la déception n'avaient aucune utilité hormis celle de vous faire sentir mal, de vous faire
peser et repeser chaque décision que vous aviez prise, ou bien de vous faire vous questionner à
propos de votre état émotionnel ou mental lorsque vous aviez décidé de faire cette chose que vous
regrettez maintenant.

J'avais suffisamment de dégoût envers moi-même pour une vie entière.

Je n'en avais pas besoin de plus.

Malgré cela, pendant les quelques instants qui avaient suivi le départ d’Anna, je m'étais permis de
laisser cette déception qui m'envahissait me submerger. Même si 'permis' n'était pas le meilleur mot,
j'avais été incapable de la contenir.

Pourquoi avais-je fait cela?

Parce que tu voulais la blesser.

Pourquoi aurais-tu voulu la blesser ?

Parce qu'elle t'a fait de la peine en ne te faisant pas confiance.

J'avais honte de m'en être pris à elle comme je l'avais fait, de faire de la peine à la femme de qui j'étais
en train de tomber amoureux. J'avais agi comme un enfant gâté.
Quand elle s'était retournée pour s'enfuir, mon cœur s'était brisé en deux. Un sentiment si profond que
j'en avais presque oublié qu'il était possible que des sentiments aussi authentiques puissent émerger
aussi brusquement.

Je l'avais appelée.

Mais elle n'avait pas répondu.

Elle avait continué de courir en direction de la porte puis était entrée dans le club.

"Merde", jurai-je.

Je lui courus après.

La vente aux enchères était en train de débuter, et les hommes du club commençaient à s'exciter,
agitant leurs billets en l'air, criant leurs mises. La musique battait en rythme et les lumières se
balançaient et scintillaient au-dessus de la foule, ce qui rendait toute recherche impossible.

J'entraperçus ses longs cheveux bruns. J'appelai de nouveau son nom, mais soit elle ne m'entendit pas,
soit elle s'en fichait. Elle fut ensuite avalée par la foule, disparaissant dans les nuées de sueur, de
masques et de désirs.

Je devins presque fou à l'idée de la savoir seule dans cet endroit, celui où je l'avais amenée tout en
sachant pertinemment qu'il n'était pas pour elle. Elle n'était pas prête. J'avais juste accepté pour
prouver un point, pour lui montrer que j'avais le contrôle, qu'elle se trompait si elle pensait qu'elle
pouvait me cacher quelque chose.

Ma fierté et mes démons l'avaient mise en danger.

Je ne me pardonnerais jamais si quelque chose lui arrivait.

Mais je la retrouverai.

Je voulais être sûr et certain qu'elle soit en sécurité. Je voulais la faire sortir d'ici.

Ensuite je resterai loin d'elle.

J'étais trop amoché.

Et si elle restait avec moi, je finirais par la blesser.

Mon cœur se déchira de nouveau à la pensée de la perdre, de ne plus lui parler, de ne plus la serrer
contre moi, de la dominer, de l'aimer. Mais je cherchai au plus profond de moi et réparai les
dommages à mon cœur.
La pire chose qui pouvait arriver après la perdre était de la détruire.

Et c'est ce qui arriverait si je restais avec elle.

ANNA
Mes cris résonnèrent dans la pièce avant de rebondir sur les murs de béton et me revenir tel un
boomerang. À travers la lumière qui filtrait à travers la porte ouverte, j'aperçus une ampoule sale se
balançant au plafond.

On aurait dit un tombeau.

L'homme qui ouvrit la porte, Stéphane James, pénétra à l'intérieur et referma la porte derrière lui.

La pièce était plongée dans l'obscurité. À genoux, je tentai de me remettre debout. Les menottes ne me
rendaient pas la tâche facile. Le métal mordait mes poignets et me faisait perdre mon équilibre et
rendait la chose impossible. Pas que cela importait vraiment. Je n'étais même pas sûre de ce que ferais
si jamais je réussissais à me lever. J'étais menottée, et même si je ne l'avais pas été, Stéphane James
faisait deux fois ma taille. Je n'avais pas d'arme, pas d'échappatoire, aucune façon de me protéger. Je
ne savais pas où était mon téléphone. J'avais dû le perdre quand ces hommes m'avaient portée
jusqu'ici. Je ne me rappelai ni l'avoir fait tomber, ni qu'ils me l'aient confisqué.

"Calme-toi", dit Stéphane sur un ton rassurant. La lumière s'alluma au-dessus de nos têtes. "N'aies pas
peur. Tout va se passer exactement comme tu l'avais imaginé".

Je ne savais pas de quoi il parlait. Il était apparemment en colère.

Je pris une respiration tremblante et essayai de retrouver mon calme. Il était évident que mes cris ne
changeraient rien à la situation, cet endroit était un vrai labyrinthe. J'avais pu entendre des tas de gens
crier et supplier lorsque nous avions traversé les couloirs. Quelques cris de plus n'alerteraient
personne sur le fait que j'étais en détresse. Non, je devais conserver mes forces et penser à la façon
dont je pouvais me sortir de ce traquenard.

Stéphane James traversa la pièce et déposa la chose métallique qu'il tenait dans la main sur un repose-
pied situé au fond de la pièce.

C'était un couteau.

Dans la lumière pâle, il ne brillait pas autant que dans le couloir. J'étais trop loin pour être certaine,
mais on aurait dit un couteau de boucher. La lame était aiguisée mais semblait plus sombre que le
reste du couteau, comme si elle avait été émoussée puis aiguisée récemment.
Je parcourus mon cerveau à la recherche de quelque chose que j'aurais pu utiliser parmi tous les cas
que j'avais lus. N'importe quoi qui aurait pu permettre à une victime de s'échapper des mains de son
ravisseur. Je me souvins d'un cas en Géorgie, où un prisonnier s'était échappé du palais de justice
après avoir tué deux officiers de police et un garde de sécurité. Il était en fuite, et avait déclenché une
chasse à l'homme sur trois régions. Il avait échappé à la police pendant un certain temps, puis était
entré par effraction dans une résidence et pris une femme en otage.

Il l'avait maintenue en captivité pendant cinq jours. Elle savait qu'il avait tué des gens, savait que la
police se rapprochait de lui. Il était armé et désespéré. Elle avait pu échapper à une mort certaine et
réussi à le convaincre de se rendre en lui parlant, en apprenant à le connaître, en connectant avec lui.

Essaie de convaincre Stéphane que tu es humaine, me dis-je.

"Qu'est-ce que vous faites?" demandai-je. J'essayai de ne pas laisser ma peur s'entendre dans ma voix,
mais ce fut difficile. Ma voix et mon corps tout entier tremblaient.

"Je me prépare pour l'expérience", dit-il. Il tendit la main et ouvrit deux petites trappes construites au
plafond, deux chaînes tintèrent en tombant.

Stéphane James se retourna et me regarda. J'essayai de ne pas détourner les yeux. Ses regard sembla
s'assombrir lorsqu'il croisa le mien.

C'est le regard du diable, me dis-je en moi-même.

Il avait tué ces filles. Claire. Laurie. Kate. Et maintenant moi.

"Pourquoi est-ce que vous faites ça?" demandai-je alors qu'il s'approchait, le son de ses lourdes bottes
de travail résonnant sur le sol de béton.

Le coin de sa bouche se tordit un instant. "Est-ce que tu vas jouer les crieuses, chérie?" demanda-t-il.
"Est-ce que tu vas appeler très fort ton papa?". Il fouilla dans sa poche et sortit un morceau de
chewing-gum. Il l'enfourna dans sa bouche et le mâcha pensivement. Ses yeux me scrutaient,
contemplaient mon corps, se faisaient une idée mentale de mes mensurations. "Tu es bien enrobée.
Est-ce que tu vas te défendre?"

"Vous n'avez pas besoin de faire ça", dis-je. "Si vous avez tué ces filles, vous devriez vous rendre à la
police".

"Je n'ai tué personne", dit-il d'un ton sec et empli de colère.

"Bien sûr que non", dis-je avec empressement. "Je suis avocate. Je peux vous aider à prouver à tout le
monde que vous êtes innocent. Mais d'abord vous devez me laisser partir".
Il fit de nouveau un large sourire et se pencha vers moi, son visage en face du mien. Son haleine
sentait le chewing-gum à la fraise, et même si l'odeur n'était pas désagréable, elle me fit reculer.

La dernière chose dont je me rappelais, c'était qu'il m'avait soulevée et jetée sur son épaule, de la
même manière que ces hommes m'avaient transportée à travers le club, jusqu'à cette pièce.

"Tu es lourde", dit Stéphane, presque ennuyé. Il me posa par terre puis me jeta contre le mur du fond,
poussant son corps si puissamment contre le mien que la pression en était presque insoutenable. Je
tournais la tête et l'appuyai si fort contre le mur que je m'en mordis l'intérieur de la joue. "Ils ne
m'avaient pas dit que tu étais lourde".

"Qui ne vous l'avait pas dit?" demandai-je.

"Les deux hommes qui t'ont amenée ici".

"En quoi est-ce que c'est important?"

"C'est plus cher".

Je n'avais aucune idée de quoi il parlait. Je ne savais même pas si les choses qu'il disait avaient de
l'importance, ou si c'était simplement les marmonnements d'un homme aliéné.

"Qu'est-ce qui coûte plus cher?", demandai-je.

"Je vais te retirer les menottes maintenant", dit-il. "Je dois le faire pour que je puisse t'attacher avec
les chaînes. Tu peux te débattre si tu veux". Il se lécha les lèvres et se pencha vers moi. "Est-ce que tu
vas le faire?"

"Faire quoi?"

"Te débattre. Tu peux. Si ça t'excite".

Mes yeux se remplirent de chaudes larmes. Cela ne servirait à rien. Il était fou. "Je ne me débattrai
pas".

C'est ce que je pensais. Mais aussitôt qu'il retira les menottes, je lui envoyai un coup de genou bien
placé. Ses mains tombèrent pour couvrir l'endroit entre ses jambes. Il hurla de douleur. Je n'hésitai
pas une seule seconde et me ruai vers la porte.

Mais il m'attrapa. Il était plié en deux, sa main serra ma cheville, me faisant trébucher. Mon menton
heurta le sol et je me mordis atrocement la langue.

Le goût amer du sang remplit ma bouche, et la douleur irradia jusque dans ma mâchoire.

"Espèce de petite menteuse", cracha Stéphane James. Il m'attrapa par la taille, n'essayant pas de savoir
cette fois s'il me tenait bien. Il me claqua contre le mur et força mes poignets à l'intérieur des chaînes.

Il se baissa et saisit son couteau. Il commença à tourner une manivelle métallique qui dépassait du
mur. Au départ, je n'étais pas sûre de comprendre ce qu'il faisait. Et puis très doucement, je sentis les
chaînes tirer mes bras en direction du plafond. Et je compris.

Il allait me pendre par les bras. Au début, ce serait juste épuisant. Mais s'il continuait, mes épaules
finiraient par se disloquer. La douleur serait insupportable.

"S'il vous plaît", dis-je. "Vous n'êtes pas obligé de faire ça. S'il vous plaît, nous devrions en parler".

Il arrêta la manivelle. Ses yeux se rétrécirent et il se rapprocha, tenant toujours le couteau à la main.

Il s'approcha encore plus, son regard tomba sur ma robe en lambeaux. Il la saisit et déchira le reste,
dévoilant ainsi mes seins. Il pressa ensuite la partie plate de la lame contre mon mamelon, et la
déplaça doucement sur ma peau.

"Tu lui ressembles", dit-il. "Ça va être comme si je la tuais une deuxième fois".

"Je ressemble à qui?" demandai-je. Mes bras me firent mal et je me soulevai sur la pointe des pieds
pour atténuer un peu la douleur.

"À Vivianne".

Vivianne de Bridont. La femme avec qui il sortait, celle pour laquelle il avait été accusé de meurtre.
Thomas avait argumenté que c'était de la légitime défense, et le procureur avait dit que c'était un jeu
sexuel qui avait mal tourné.

"Est-ce que c'était ça que vous faisiez quand vous l'avez tuée?" demandai-je. "Est-ce que vous l'aviez
pendue comme ça?"

"Je sais que c'est ce que tu veux", dit-il en ignorant mes questions. "N'est-ce pas, petite salope? C'est
pour ça que tu es venue ici".

Il tourna le couteau de façon à ce que le côté tranchant de la lame presse contre ma peau. Et lorsque la
vive morsure du couteau entailla ma peau, je finis par comprendre. Stéphane James pensait que j'étais
venue ici pour rejouer la scène du meurtre. Il pensait que j'étais venue ici pour qu'il puisse me faire la
même chose, il pensait que je le voulais.

Il pressa le couteau encore plus fort, et je vis une mince ligne de sang apparaître sur ma peau. Je
savais que la blessure était superficielle, qu'elle ne mettrait pas ma vie en danger, mais la vision du
sang me fit tourner la tête.

Stéphane empoigna mon sein et le malaxa brutalement.


"Gémis", dit-il. "Elle avait gémi jusqu'à ce que finalement je l'étrangle".

Sa main me saisit à la gorge et son emprise suffisamment puissante pour que ça devienne douloureux.

"Dis-moi que tu aimes ça", dit-il. "Dis-moi que tu aimes ça, ou bien je te tue comme je l'ai tuée".

Je gémis. "J'aime ça", dis-je. "S'il vous plaît. J'aime tellement ça".

"Tu vas mourir, salope", dit-il, sa main se refermant autour de ma gorge. Je pris une profonde
inspiration, essayant de maintenir l'oxygène dans mes poumons le plus longtemps possible. Mais cette
grande inspiration a eu l'effet opposé, elle me brûla les poumons. Mon instinct de survie me dit de la
retenir le plus longtemps possible, ne sachant pas quand j'aurais une autre chance de respirer. Quand
finalement je décidai d'abandonner, mes yeux se remplirent d'eau. Je me mis immédiatement à
suffoquer, mais cette fois, je n'avais plus d'oxygène.

"Endors-toi, chérie", dit Stéphane James. "Endors-toi, ma tendre chérie".

Je n'étais pas sûre de comprendre ses paroles. Je n'étais même pas certaine que tout cela était réel, et si
ce que je voyais était vraiment en train d'arriver. La pièce commença à s'assombrir, je ne savais pas
non plus si c'était réel, s'il avait éteint la lumière ou si je commençais à perdre connaissance.

Il posa sa bouche contre mon cou et me mordit doucement, pinçant ma peau avec ses dents. Le
couteau était toujours contre ma peau et j'imaginai une plaie béante, du sang jaillissant et remplissant
la pièce en inondant le sol.

Et puis il arriva.

Thomas.

Si vite, si sûr de lui, j'étais certaine que je l'avais imaginé.

Il entra dans la pièce. Ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'il comprit ce qu'il se passait. Et je vis passer
quelque chose à travers son visage, quelque chose que je n'avais jamais remarqué auparavant.

De la peur.

Thomas était effrayé.

Puis la peur disparut, et fut remplacée par de la colère et des gestes. Il attrapa Stéphane James par
l'épaule et le tira loin de moi.

Aussitôt qu'Stéphane relâcha son emprise, je pris une grande bouffée d'air. Ma vision s'éclaircit si
rapidement que je me demandais si j'avais vraiment perdu connaissance ou si j'étais simplement
entrée dans une espèce d'état de choc.
"Ne la touche pas", grogna Thomas.

Stéphane se retourna, prêt à combattre. Il leva le bras mais Thomas lui saisit le poignet.

"N'essaie même pas", dit Thomas. Et même si Stéphane James était dément, à ce moment précis,
Thomas était encore plus effrayant. Thomas frappa Stéphane au visage, ses yeux brillaient tel un
homme possédé par le démon. C'était le regard d'un potentiel tueur. Et à ce moment, je pensais qu'il en
était capable. Il était capable de tuer quelqu'un.

Stéphane fit quelques pas en arrière, le coup de poing le faisant tituber.

"Bien, bien, bien", dit Stéphane. Il se lécha la lèvre supérieure, qui était déjà boursoufflée. "Le retour
de l'enfant prodige".

"Va te faire foutre", dit Thomas. Il se précipita sur moi et détacha mes chaînes. "Merde", souffla-t-il
lorsqu'il vit l'éraflure sur ma peau. Il passa son doigt dessus, le sang tacha sa peau alors qu'il en
traçait le contour. "Tout va bien", dit-il. "Ce n'est pas profond". Il écarta les cheveux de mon visage et
me regarda. "Est-ce que ça va? Est-ce qu'il t'a fait mal?"

"Ça va", dis-je, frottant mes poignets endoloris. J'avais l'impression d'avoir soulevé des poids pendant
des heures tellement mes bras étaient douloureux, mon corps tout entier me brulait.

Thomas m'examina de nouveau puis se retourna vers Stéphane.

"Qu'est-ce que tu penses que tu es en train de faire, fils de pute?"

Stéphane se lécha de nouveau les lèvres. "Je joue".

"Comment est-ce que tu l'as trouvée?"

Il fit un large sourire. "Quelqu'un me l'a envoyée".

"Qui?"

Stéphane haussa les épaules. "Sais pas".

Thomas le frappa de nouveau, lui envoya cette fois un méchant coup sur le nez. Un bruit d'os brisés se
fit entendre, immédiatement suivi d'une rivière de sang sur son visage.

"Thomas!" criai-je en attrapant son bras. Il essaya de me repousser pour le frapper de nouveau, mais
avant qu'il ne puisse, Stéphane s'enfuit par la porte et disparut dans le couloir.

La poitrine de Thomas se soulevait et sa respiration était saccadée. Je laissai ma main sur son bras,
juste au cas où il déciderait de courir après Stéphane.
Il se retourna vers moi. "Tu n'aurais pas dû t'enfuir comme ça", dit-il. "Bordel, à quoi est-ce que tu
pensais, Anna?"

Je secouai la tête. "Pas question", dis-je. "N'essaie même pas de me mettre ça sur le dos". Je me baissai
et ramassai ma robe ruinée, essayant de me couvrir du mieux que je le pouvais. "Est-ce que tu vas me
dire ce qui se passe?"

Il secoua la tête. "Il faut que tu sortes d'ici. La voiture nous attend en avant".

"Non". L'adrénaline se déversait dans mon corps, et j'étais morte de peur. Si Thomas n'était pas venu
me chercher, j'aurais été seule avec Stéphane James… Je frissonnai en pensant à ce qui aurait pu
arriver. M'aurait-il assassinée? M'aurait-il violée, ou éventrée, ou encore blessée? Les possibilités
étaient terrifiantes et inimaginables.

Je ne voulais pas passer une seconde de plus à Force. Mais pour la toute première fois dans ma
relation avec Thomas, j'avais le pouvoir. Il voulait que je quitte le club, mais je n'allais pas le laisser
gagner tant qu'il ne m'aurait pas fourni un minimum d'explications.

"Anna", dit Thomas. "Je n'ai pas la patience pour ça. Tu vas venir avec moi. Tu vas monter dans cette
voiture. Et nous allons partir d'ici".

"Non". Je levai le menton en l'air. "Tu as perdu le droit de me dire quoi faire quand tu as déchiré notre
contrat".

Je vis la douleur dans ses yeux, le regret écrit sur son visage. C'était une des premières fois où je
voyais une émotion réelle chez lui. Habituellement, il était aussi dur et impénétrable que la pierre.
Mais je m'en fichais. Je me fichais qu'il soit en colère. J'étais fâchée moi aussi. Toute cette chose avait
été déroutante et déchirante. Je ne savais pas comment je pouvais me sentir aussi à la fois aussi proche
et aussi loin de lui en même temps. Et quand il avait déchiré le contrat, cela avait été comme s'il avait
brisé mon cœur en deux.

"Anna", dit Thomas de nouveau.

"Non". Ma voix se rompit, mais je maintins mon regard fixé sur lui, le défiant de me contredire. "Je
n'irai nulle part tant que tu ne m'auras pas dit ce qui se passe".

Il prit une profonde inspiration, la douleur dans ses yeux se métamorphosant en colère. "Anna", dit-il,
montant le ton. "Ne. Me. Pousse. Pas".

Mais j'avais fini de l'écouter, fini de le laisser tout contrôler. "Je n'irais nulle part avec toi, Thomas.
Pas avant que tu ne m'aies dit ce qui se passe ce soir".
"Anna".

"Arrête de prononcer mon prénom!" enrageai-je, serrant les poings. Je pris une profonde inspiration.
"Tu sais quoi? Oublie ça. Je m'en vais".

J'allai pour le dépasser quand il me saisit par le bras, me tirant vers lui. Son torse pressa contre le
mien si fort que je pus sentir battre son cœur. Il souleva mon menton jusqu'à ce que mes yeux croisent
les siens.

"Anna", murmura-t-il. "S'il te plaît. Je ne…". Sa voix traîna, les mots lui manquant de toute évidence
pour la première fois depuis que je l'avais rencontré. Il repoussa une mèche de cheveux de mon front,
et pendant un court instant de bonheur intense, je cru qu'il m'embrasserait.

Embrasse-moi, pensai-je. Embrasse-moi et dis-moi que tu es désolé. Dis-moi simplement que tu as eu


peur, dis-moi que tu retires tout ce que tu as fait, dis-moi que tu vas me donner des explications sur les
choses dingues qui viennent de se passer. Je te croirai, même si rien n'a de sens.

"Viens avec moi", dit-il. "S'il te plaît. Et je t'expliquerai".

Il me prit la main, entrecroisant ses doigts avec les miens de manière ferme et protectrice.

Soudainement, je me sentis exténuée.

"Tu vas m'expliquer?" pressai-je. "À propos d'Stéphane James?"

Il hocha la tête.

J'hésitai une seconde.

Puis je le laissai me conduire hors du club.

Une fois à l'extérieur, j'inspirai une grande bouffée d'air frais. Mes poumons me brûlaient toujours, et
l'air frais était relaxant.

Thomas m'ouvrit la portière de la voiture et nous nous glissâmes tous les deux sur la banquette
arrière.

"Fais-moi voir ta coupure", ordonna Thomas alors que son chauffeur démarrait.

"Ça va".

Il tendit la main et écarta le tissu de ma robe. Je regardai ma blessure pour la première fois. Une
mince ligne de sang était visible au-dessous des côtes, mais la coupure elle-même ne semblait pas si
grave.
Thomas appuya sur le bouton de l'interphone pour parler à Jared. "Jared", dit-il. "S'il te plaît, arrête-
toi à la pharmacie pour acheter un kit de premiers soins".

"Oui, monsieur", dit la réponse.

"Non", dis-je. "Je vais bien. Je… je veux juste rentrer à la maison". Maintenant que j'étais sortie du
club, maintenant que mon taux d'adrénaline commençait à baisser, la dure réalité du moment
commença à faire surface.

Je m'étais rendue dans un club sadomasochiste avec un homme qui pouvait être un meurtrier. J'avais
autorisé cet homme à me faire des choses qui m'auraient semblées impensables il y a seulement une
semaine. J'avais fait confiance à un appel anonyme qui m'avait envoyé dans une pièce mystérieuse, où
j'avais été accostée par un meurtrier qui m'avait blessée à l'aide d'un couteau.

Les émotions me submergèrent, chagrin, impuissance, peur, anxiété. Presque toutes les choses
négatives que je pouvais imaginer inondèrent mon corps en même temps, m'écrasant. Des larmes
remplirent mes yeux et cette fois elles débordèrent et coulèrent sur mes joues.

Thomas me prit dans ses bras. Je sanglotai contre lui.

"Chhh", murmura-t-il. "Chhh, tout va bien. Tout ira bien. ".

Je laissai ses mots glisser sur moi, m'autorisant à les croire. Une seconde plus tard, la voiture
stationna et j'entendis le son de la porte du conducteur s'ouvrir. Jared partit chercher le ravitaillement
que Thomas avait demandé.

J'étais assise là, à l'arrière de la voiture, laissant Thomas me réconforter, les sanglots ayant raison de
mon corps jusqu'à ce qu'il ne reste plus que quelques respirations tremblantes.

Thomas tendit la main vers le petit compartiment situé contre la portière et en sortit une bouteille
d'eau. Il dévissa le bouchon et me la tendit.

"Bois".

Je pris la bouteille et fis ce qu'il me demandait, laissant couler le liquide froid dans ma gorge, que
mes cris avaient endolori.

Thomas retira le pull qu'il portait, puis baissa délicatement le haut de ma robe, en prenant soin de ne
pas toucher à ma coupure.

"Bras en l'air", ordonna-t-il.

Je levai les bras, et il enfila le pull sur moi. Il avait son odeur, détergent à lessive, dentifrice à la
menthe et bois de cèdre. C'était réconfortant. Je m'adossai contre le dossier de la banquette et regardai
les immeubles de la ville bouger alors qu'il me tirait de nouveau contre lui.

Mais il ne m'embrassa pas.

Et il ne me dit pas que tout allait bien se passer.

Je voulais lui demander pour Stéphane James, je voulais des réponses. Mais j'étais éreintée. Je décidai
que la discussion pouvait attendre notre retour à son appartement. Mais une seconde plus tard, je
réalisai que nous ne nous dirigions pas vers son appartement.

"Que fait-on?" demandai-je alors que Jared stoppait la voiture. "Où sommes-nous?".

"The Hawthorne", dit Thomas. "Tu vas passer la nuit ici".

Un hôtel.

Il m'avait conduite dans un putain d'hôtel.

Il s'en tenait à sa décision, celle qu'il avait prise en déchirant le contrat.

Il en avait fini avec moi.

"Non". Je secouai la tête. "Je veux rentrer à la maison. Dans mon appartement". Je ne voulais pas
rester dans un stupide hôtel, surtout s'il avait payé pour. Je voulais retourner dans mon propre lit,
retrouver mes propres choses. Un hôtel, c'était froid, impersonnel et détestable.

"Tu ne peux pas retourner dans ton appartement, Anna", dit Thomas. "Tu n'y seras pas en sécurité".

Je me mis à rire, un rire amer qui ne me ressemblait pas. "Je peux gérer Josh".

Mais Thomas ne m'écouta pas. Il sortit de la voiture et tint la porte ouverte pour moi.

"Non".

Il soupira. "Anna, on peut prendre la voie facile, ou la voie compliquée".

"La voie compliquée".

Mon visage marqua la résistance, et les phares des voitures qui circulaient dans la rue se reflétèrent
sur lui. Mon cœur accéléra. Il était si beau. Il en était presque épuisant de le regarder tellement j'étais
en mal de lui, tellement j'avais envie de lui. Même après tout ce qui s'était passé, après la nuit que
j'avais passé, je pouvais toujours me rendre compte de sa beauté et de son magnétisme. Voilà à quel
point il était puissant.

Une seconde plus tard, il se jeta dans la voiture et m'attrapa les pieds. Il me tira hors de la voiture par
la porte ouverte.
"Qu'est-ce que tu fais?" hurlai-je. Mais il ne répondit pas.

À la place, il me saisit par la taille, faisant attention de ne pas toucher à ma plaie. Il me souleva et me
jeta par-dessus son épaule.

Je martelai son dos, mortifiée. "Laisse-moi descendre!", hurlai-je. "Thomas, repose-moi par terre".

Il me reposa sur le sol, une sensation d'étourdissement m'envahit lorsque le sang redescendit dans
mon corps.

"La voie facile?" demanda-t-il, son ton me laissant parfaitement savoir qu'il n'hésiterait pas une seule
seconde à recommencer si cela était nécessaire. "Ou la voie compliquée?"

"La voie facile", bredouillai-je. Je le suivis à l'intérieur de l'hôtel.

Il prit la direction de l'accueil, mais passa tout droit et se dirigea vers la cage d'ascenseur. Je le suivis.
Il appuya sur le bouton du dernier étage en direction du penthouse. Nous restâmes silencieux pendant
la montée.

Lorsque les portes de l'ascenseur s'ouvrirent, nous entrâmes dans une superbe suite. Grande mais
élégante avec un lit en traîneau orné d'or au milieu de la pièce, une zone bar et une grande kitchenette.

Des fenêtres s'étendaient du sol au plafond sur le mur du fond, et une terrasse enveloppait tout le
périmètre de la pièce.

"C'est à toi?", demandai-je.

"Non, Anna", dit-il. "Le penthouse fait partie de l'hôtel".

Je le regardai bouche bée. "Tu loues cette chambre? Genre indéfiniment?" Je ne pouvais même pas
imaginer combien cela pouvait coûter.

Il m'ignora, et marcha jusqu'à la salle de bains. Il alluma la lumière. "Viens ici, Anna".

Je le suivis.

La salle de bains était immense, avec une baignoire entourée de piliers dorés et un double lavabo sur
un comptoir de marbre blanc. Sur le côté, il y avait une coiffeuse avec un miroir éclairé et placé
devant, un tabouret de cuir blanc.

Thomas se tenait à côté du lavabo et le contenu du sac de pharmacie que Jared avait acheté était étalé
devant lui.

Il m'attira vers lui et souleva le bas de mon pull pour pouvoir jeter un œil à ma coupure. "C'est
définitivement superficiel", dit-il en l'étudiant. "Mais tu dois la désinfecter".
"Je peux le faire", dis-je en essayant d'attraper le sac. Mais Thomas le poussa hors de ma portée.

"Tiens le pull en l'air", ordonna-t-il.

Je fis ce qu'il demandait. Thomas sortit une petite gaze et un tube de pommade antibiotique.
"Comment as-tu pu te retrouver dans la même pièce qu'Stéphane James, Anna?" demanda-t-il.

"Ah, non", dis-je en secouant la tête. "Tu ne seras pas celui qui va poser les questions".

Son doigt glissa sur ma peau alors qu'il appliquait la pommade. Je frissonnai.

"Très bien", dit-il. "Qu'est-ce que tu veux savoir?"

"Il était ton client?"

Thomas fit un signe de tête. "Il l'était".

J'avalai ma salive. "Et il était… tu l'as fait acquitter?" Je me retins de demander ce que je voulais
vraiment savoir, c’est-à-dire si Stéphane James était coupable ou non d'avoir tué ces femmes. En tant
qu'avocat de la défense, vous ne vous posez pas la question de savoir si vos clients sont coupables ou
non. Vous partez du principe qu'ils sont innocents, même si vous savez que c'est de la connerie. Et si
vous en êtes incapable, vous vous réconfortez avec le fait que c'est la façon dont le système judiciaire
fonctionne. Tout le monde a droit à un procès équitable. Le système n'était pas parfait, mais c'était le
meilleur, et c'était un privilège d'en faire partie.

"Il a été innocenté". Thomas avait fini d'appliquer la pommade sur ma plaie, et il pressa le carré de
gaze contre ma peau.

"À cause de toi".

"Parce le jury a rendu un verdict de non-culpabilité".

"À cause de toi".

"Si tu veux me demander quelque chose Anna, s'il te plaît va droit au but".

"Si ce n'avait pas été de toi, si tu n'avais pas été un si brillant avocat, Stéphane James pourrirait
probablement dans une prison quelque part, non?"

"Impossible à dire".

"Je prends ça pour un oui".

Il maintint délicatement la gaze contre ma peau, puis saisit un rouleau de ruban adhésif médical. Il en
déchira quelques morceaux avec les dents. Il s'en servit pour maintenir la gaze en place puis
redescendit mon pull.

Il me regarda dans l'expectative, comme s'il attendait un merci. Mais il pouvait attendre longtemps.
Parce que je n'allais pas le remercier, pas pour m'avoir aidé alors qu'il était fautif au départ.

Nos regards se croisèrent. J'essayai de détourner le regard, mais il me saisit par le menton et
m'obligea à le regarder. Le revers de sa main caressa ma joue.

"Comment m'as-tu retrouvée?" murmurai-je. "Comment savais-tu que j'étais dans cette pièce?"

Ses yeux s'assombrirent, et la colère apparut sur son visage. "Stéphane James est mon frère".

"Il est… attends, quoi?"

"C'est mon frère". Thomas se retourna, brisant l'ambiance. Il commença à réunir les paquets de gaze
vides et autres déchets qui encombraient le comptoir.

"Il est… le frère dont tu m'as parlé au restaurant?" Le frère qui s'était retourné contre Thomas, qui
avait dit que Thomas avait attaqué son beau-père sans raison, celui qui était la raison pour laquelle
Thomas possédait un casier juvénile.

"Oui". Il termina de nettoyer et jeta les déchets dans la poubelle en acier inoxydable. Puis il se
retourna, sortit de la salle de bains et pénétra à l'intérieur de la suite. Il s'assit sur le rebord du lit et
prit sa tête dans ses mains.

"Stéphane James est mon frère. Il a tué cette femme. J'en suis convaincu. Et je l'ai fait acquitter. Je l'ai
aidé quand il a eu des ennuis, parce que c'est mon frère et parce que je suis un pauvre idiot".

J'avalai difficilement ma salive et enroulai mes bras autour de moi, laissant ses mots me pénétrer.
Thomas savait que Stéphane était coupable, et il l'avait défendu même après ce que Stéphane lui avait
fait, parce que Thomas avait besoin de ce lien. Ce lien familial. Et il avait permis à Stéphane de s'en
tirer. Et maintenant, il se sentait coupable.

"Et maintenant, Stéphane a des groupies", dis-je.

"Oui. Il a des groupies qui paient pour le voir à Force, qui prennent leur pied sur un fantasme de
meurtre".

"Mais il n'en a tué aucune".

"Pas encore". Il y eut un moment de silence, puis il me regarda. "Qui t'a dit d'aller dans cette pièce,
Anna?"

Je pris une profonde inspiration. "J'ai reçu un appel anonyme".


"Tu quoi?"

"Dans ton bureau plus tôt. Quand je suis allée dans la salle de bains, j'ai reçu un appel anonyme qui
me disait d'aller à Force et de chercher Stéphane James".

"Sans déconner, Anna?" Thomas se leva et commença à faire les cent pas, agitant sa main en l'air. Son
corps était un ressort bourré d'énergie, prêt à exploser. "Tu reçois un appel anonyme te disant d'aller
à Force et tu n'as pas pensé une seconde que ça aurait pu être une bonne idée de me le mentionner?".

"Te le mentionner? Pour quelle raison? Je veux dire, tu le savais de toutes façons, non?" contrai-je.
"N'est-ce pas la raison pour laquelle tu as déchiré le contrat?"

"Qui c'était?" demanda-t-il. "Qui a appelé?"

"Je te l'ai dit, je ne sais pas. Tout ce qu'il a dit, c'était que c'était un ami. Il m'a recontacté dans le club
et m'a dit de demander la chambre noire. Ce que j'ai fait".

Il me fixa, incrédule. "C'était incroyablement, mais incroyablement stupide de ta part, Anna". Il


traversa la pièce en direction de la porte, comme s'il allait éventuellement partir.

"Où est-ce que tu vas?" demandai-je. La peur traversa mon corps. J'avais peur que s'il partait, il ne
revienne pas. Jamais. Et cette pensée de le perdre était insoutenable.

"Je retourne à Force", dit-il. "Pour trouver qui t'a appelé et lui régler son compte".

"Thomas!" dis-je en m'avançant devant lui. "Arrête! Tu agis comme un fou".

"Ah oui?" demanda-t-il. "Vraiment? Cet enculé te retenait dans une pièce avec un couteau sur ton
corps, Anna. C'est un assassin. Il a réglé le compte de cette femme. Tu comprends ça?"

Je hochai la tête. "Je ne savais pas…"

"Non, tu ne le savais pas. Mais tu n'avais qu'a m'en parler, si seulement tu utilisais ce cerveau si
brillant pour penser au lieu de faire n'importe quoi!"

J'étais toujours devant la porte, et je croisai les bras sur ma poitrine. "Oh, bien sûr", dis-je. "Je
n'aurais jamais du garder ces informations pour moi. J'aurais dû les partager, comme tu le fais si
bien, n'est-ce pas Thomas?"

"Ce ne sont pas tes affaires, Anna".

"Vraiment?" Je levai mes mains en l'air. "Vraiment? C'est vraiment ce que tu penses? Que tout ce qui
t'arrives doit être gardé secret? Tu as été arrêté pour meurtre, Thomas, meurtre. Tu pourrais finir en
prison pour le reste de tes jours. Le. Reste. De. Tes. Jours. Tu essaieras de garder tes secrets en prison,
Thomas. On verra comment ça te réussit".

"Je n'ai pas été condamné encore, si?"

"Non, pas encore. Mais tu le seras si tu continues de saboter ton cas. Ne penses-tu pas qu'il aurait été
important de dire à ton avocat que tu avais un frère qui était un meurtrier, qui lui aussi est un membre
de Force? Un frère avec qui tu as une relation compliquée, qui pourrait avoir des raisons pour blesser
les gens qui sont proches de toi? Ne penses-tu pas que ce serait une bonne idée que la police fasse
quelques recherches pour savoir si Stéphane a un alibi pour le meurtre de Kate?"

"Je l'ai fait."

"Quoi?" je secouai la tête, confuse. "Tu ne m'as jamais rien mentionné à propos de Stéphane,
Thomas."

"Tu n'es pas mon avocate, Anna", dit-il. "Colin Worthington est au courant pour Stéphane, et il a fait
quelques recherches. Stéphane a un alibi."

"Attends, quoi?" je secouai la tête, confuse. "Le professeur Worthington est au courant? Mais ça n'a
pas de sens. Tu ne parles qu'à moi."

Mais au moment où je prononçais ces paroles, la vérité commença à se former dans ma tête. Thomas
ne parlait plus qu'à moi, maintenant. Mais avant, il parlait avec Worthington, quand tout cela avait
commencé, quand la police l'avait soupçonné à cause de Laurie, avant que Kate ne soit tuée.
Certainement que Thomas avait donné plus d'informations au professeur Worthington qu'il ne m'en
avait donné.

Oui, Thomas refusait de parler à quiconque sauf moi maintenant, mais ce n'était pas parce qu'il me
faisait confiance, ou parce qu'il voulait se rapprocher, ou encore parce qu'il voulait pousser ma
carrière. Il ne parlait qu'à moi parce qu'il savait qu'il pouvait me contrôler, qu'il savait qu'il pouvait
éluder le sujet quand il en avait envie.

Ça n'avait rien à voir avec moi. Ça a toujours concerné le contrôle.

"Anna", dit-il, comme si la compréhension se lisait sur mon visage. "Ce n'est pas ce que tu crois."

"Et qu'est-ce que je crois?", demandai-je d'une voix brisée.

"Je ne me servais pas de toi."

Je me mis à rire. "Alors comment tu appelles ça ?"

"Comment j'appelle ça?" Il me saisit par les poignets, me poussa le dos contre la porte. Son corps
pressa contre le mien. Une faiblesse dans les genoux me parcourut à cause de sa proximité, son
odeur, sa présence.

"Tu veux que je l'explique clairement ce que c'est? Je ne mentais pas quand je te disais que je tombais
amoureux de toi", grinça-t-il. "Je tombe amoureux de toi."

Je laissai les mots m'imprégner. Son regard était posé sur le mien. Il était empreint d'une émotion
orageuse et intense. Le désir que je ressentais et l'espoir que ses mots étaient sincères furent trop
lourds à porter. Je fermai les yeux et je sentis une larme s'échapper puis laisser une traînée salée le
long de ma joue.

"Regarde-moi", demanda-t-il.

Je pris une inspiration et ouvris les yeux.

"Tu avais beaucoup plus d'importance à mes yeux que n'importe quelle autre femme que j'ai connu.
Tu es belle, sexy et intelligente et tu ne supportes pas mes conneries. Tu es la personne dont j'avais
toujours rêvé."

Avais.

Il avait employé un temps passé.

Et c'est tout ce que j'avais besoin de savoir.

Je le repoussai et marchai jusque dans la pièce, faisant bien attention à lui tourner le dos. Je ne voulais
pas me retourner ni le regarder. Et tant pis s'il décidait de partir.

Le silence s'étira entre nous tel un calme insoutenable, j'attendais qu'il me brise le cœur.

"Je ne suis pas bien pour toi", dit-il. "Je te mets en danger."

Ne pleure pas, ne pleure pas, ne pleure pas. Je clignai des yeux rapidement, essayant de stopper les
larmes qui coulaient doucement sur mes joues avant qu'elles ne deviennent une avalanche.

"Tu aurais pu être blessée ce soir, Anna. Par Stéphane. Par celui qui a tué Laurie, Claire et Kate. Mes
démons vont s'abattre sur toi, Anna. Ils vont s'abattre sur toi et te détruire."

Je me mordis la lèvre pour ne pas lui crier dessus, le traiter de bâtard, d'imposteur, de trou du cul ou
de n'importe quel autre nom d'oiseau qui pourrait lui faire mal. Mais aussi vite que ma colère s'était
mise à brûler, elle s'éteignit.

La colère ne changerait rien. L'insulter n'aiderait pas non plus. Rien ne pouvait lui faire mal. Il avait
construit ces murs et rien ne pouvait les faire tomber. Il n'avait aucune faiblesse.

Sauf une.
J'ôtai son pull et le laissai tomber par terre.

"Anna", dit-il d'une voix teintée d'avertissement. "Qu'est-ce que tu fais ?"

"S'il te plaît", dis-je, tirant les lanières de ma robe par-dessus mes seins, puis sur mes hanches. Je
laissai glisser le tissu sur mes cuisses puis jusqu'au sol. Je ne portai maintenant plus qu'un string et
mes talons hauts. "Prends-moi."

Je m'agenouillai et rampai vers lui, faisant attention à garder mes fesses en l'air comme il aimait.
Quand j'arrivai vers lui, je le regardai et plaçai mes mains derrière mon dos. "Je ferai tout ce que tu
veux, Thomas. Fais-moi tout ce que tu veux. Mais, s'il te plaît…ne pars pas."

Son regard s'enflamma et il caressa mes lèvres avec son pouce. Il glissa son doigt dans ma bouche et
je le suçai, affamée. La lubricité et le désir prirent le contrôle de son visage lorsqu'il sortit son doigt
de ma bouche et le laissa courir le long de mon cou, puis de mon décolleté.

Je penchai la tête en arrière, lui imposant mes seins.

"S'il te plaît", suppliai-je. "S'il te plaît, je ferai n'importe quoi."

"Anna", dit-il. Mais pas de la manière avec laquelle je voulais qu'il prononce mon prénom. Il n'était
pas autoritaire. Ce n'était pas la voix d'un homme qui savait ce qu'il voulait et qui allait l'obtenir.

C'était la voix d'un homme qui avait pris une décision et qui s'y tenait.

"Je suis désolé", dit-il.

Il s'agenouilla sur la moquette à côté de moi et m'embrassa doucement sur les lèvres.

Puis il se leva et sortit par la porte.

Les larmes coulèrent aussitôt que j'entendis la porte se refermer derrière lui. Chagrin et désespoir
m'envahirent. Mon corps tremblait, mes yeux étaient gonflés, mon estomac brûlait. Je m'effondrai sur
le sol, me fichant de tout sauf du fait qu'il était parti.
9. CE POUR QUOI IL RÉSISTE.

ANNA
Cela me prit deux heures avant d'être capable de m'extirper du sol et de me relever sur mes deux
pieds.

Je me tirai jusque sous la douche, espérant qu'elle efface la nuit et le traumatisme de ce qui venait de
se passer, tant à Force qu'après. La vapeur d'eau de la douche atténua les boursouflures de mes yeux
gonflés et libéra mes sinus, me donnant la sensation d'être capable de respirer de nouveau.

Mais au lieu de me réconforter, cette douche ne permit qu'à une nouvelle vague de larmes de me
submerger. Mon corps pensait avoir déjà pleuré toutes les larmes du monde, mais mon cœur lui
prouva le contraire quand les sanglots m'accablèrent de nouveau. Je posai mon front contre la
mosaïque froide du carrelage de la douche.

J'étais trop fatiguée pour tenter quoi que soit, même quelque chose d'aussi simple que de se laver
les cheveux. Je laissai simplement l'eau couler sur ma peau jusqu'à ce qu'elle devienne toute fripée.
La pièce était tellement embuée que je ne pouvais presque plus rien voir.

J'avais ôté mon bandage avant de rentrer sous la douche et brièvement je pensai jeter un coup d'œil
à ma blessure, mais je n'en eus même pas la force.

Je m'écroulai dans le lit, mais fus incapable de fermer l'œil.

La chambre était dans l'obscurité totale, aucune lumière ne filtrait.

Les bruits de la ville essayaient de se faufiler dans le silence, mais ils étaient étouffés du fait de la
hauteur à laquelle était située la chambre.

J'étais dans une sorte d'état second, à mi-chemin entre l'éveil et le sommeil, laissant les sons
étouffés et les ténèbres me bercer dans un demi-sommeil où je ne faisais plus aucune différence
entre la réalité et l'imaginaire.

Mais à six heures du matin, un cognement sur la porte me réveilla en sursaut. Je me ruai vers la
porte. J'attrapai un peignoir dans le placard en passant et l'enfilai.

Thomas.
Ça ne pouvait être que lui.

Lorsque j'ouvris la porte, le couloir était vide. Un chariot du service de chambre attendait.

Je soulevai les coupoles métalliques. Crêpes. Fruits. Bacon. Œufs.

Comme je n'avais rien commandé, j'en déduisis que Thomas avait une commande régulière qui
était livrée à six heures tous les matins lorsque la chambre était occupée. Je regardai les plats et
l'odeur qu'ils dégageaient me donna la nausée.

Je détestais le fait que cette commande lui soit destinée, détestais le fait qu'il ait le contrôle sur tout
ce qui constituait sa vie, même ces plats qui venaient juste d'être livrés, parfaitement apprêtés, sans
qu'il n'ait à lever le petit doigt.

Puis je remarquai autre chose.

À côté du chariot se tenaient deux élégants sacs noirs, une valise debout et un sac d'ordinateur.

Je saisis la valise, la basculai sur le côté et l'ouvris. À l'intérieur, je trouvai les vêtements que
j'avais laissés chez Thomas. Ils avaient été lavés et pliés avec soin certainement par une femme de
ménage ou une assistante anonyme, puis délicatement rangés à l'intérieur.

Sans ouvrir l'autre sac, je me doutais que j'y trouverai mon ordinateur mais je l'ouvris quand
même, juste pour en être certaine.

Mon ordinateur était là, accompagné d'un tout nouveau iPhone flambant neuf.

Je pris le téléphone. Tous mes contacts avaient été transférés, ainsi que tous mes messages texte et
ma musique. Thomas avait non seulement trouvé le moyen de me fournir un nouveau téléphone
mais également de s'assurer qu'il était configuré de la même manière que mon ancien.

Quelques instants plus tôt, alors que j’étais allongée dans le lit, je m'étais sentie faible. Je pensais
que tous ces pleurs avaient anéanti mon énergie et épuisé mes forces.

Mais c'était une ruse.

Je n'étais pas faible.

Mes forces ne m'avaient pas abandonné.

Il avait essayé de s'en emparer.

Mais je ne lui donnerais pas cette joie.

Je saisis le chariot et le renversai tout en poussant un cri perçant. Les assiettes se fracassèrent au
sol, les verres éclatèrent en morceaux et le contenu des assiettes se renversa partout.

J'étais restée une nuit entière sans défense.

Mais c'était fini maintenant.

****

La première chose que je fis fut de passer sous la douche, pour de vrai cette fois, utilisant les
shampoings et après-shampoings hors de prix qui étaient fournis avec la chambre. La chanson
Roar de Katy Perry tournait en boucle depuis mon iPhone connectés aux haut-parleurs sans fil dont
le son était monté au maximum.

Je m'habillai ensuite avec soin pour aller à mon cours. Je saisis la robe en lambeaux et le pull de
Thomas. Je les roulai en boule et les jetai dans la poubelle. Un sentiment de satisfaction me
traversa lorsque je jetai ces superbes vêtements hors de prix dans une vulgaire poubelle d'hôtel.

Mais aussi vite que la satisfaction s'empara de moi, elle disparut, laissant place aux regrets. Ce pull
était la seule et unique chose qui me restait de lui (j'avais perdu le bracelet qu'il m'avait offert la
nuit dernière à un moment donné, une parfaite métaphore pour tout ce qui était arrivé). Je résistai à
l'envie de reprendre le pull de la poubelle. Je me retournai donc et quittai la chambre.

Pour la première fois depuis que j'avais pris la décision de ne pas le laisser avoir le meilleur de
moi-même, une envie de lui prit le contrôle menaçant de me renvoyer dans les abysses du manque.

Continue d'avancer, concentre-toi sur autre chose.

La bibliothèque. J'irai à la bibliothèque avant le cours, c'était décidé.

Une fois arrivée, je me mis en chasse d'un nouvel appartement. Ce ne serait définitivement pas
facile, le marché immobilier de la ville de New York était féroce même en ayant des moyens
illimités, ce que je n'avais certainement pas, mais au moins la démarche serait amorcée.

Je ne voulais pas rester dans cet hôtel plus longtemps que nécessaire.

Ma décision était prise, je pris l'ascenseur et descendis jusqu'au lobby. La ville grouillait déjà
d'activité. Je sortis dans la rue, pris une profonde respiration et me dis que tout allait bien se passer.

J'étais à mi-chemin vers le métro lorsque mon téléphone sonna.

Thomas.

Ça ne pouvait être que lui.


Il appelait pour s'excuser, pour me dire que ce qui était arrivé la nuit dernière était une erreur et
que nous avions besoin d'en parler.

Mais ce n'était pas Thomas.

C'était le professeur Worthington.

À 7 heures du matin.

Peu importe ce qu'il voulait, ça ne pouvait pas être de bon augure.

Je m'éclaircis la voix avant de décrocher, mais ma voix sembla quand même éraillée à cause du
manque de sommeil. "Allô?"

"Anna" dit-il. "C'est le professeur Worthington". Sa voix était plus étouffée qu'à l'habitude, comme
s'il était fatigué. Habituellement le professeur Worthington allait droit au but, aboyant des ordres
pour essayer de faire avancer les choses.

"Bonjour" dis-je. J'agrippai le téléphone dans ma main, ne sachant pas trop quoi dire d'autre.

"Pouvez-vous passer ce matin pour qu'on discute?" demanda-t-il.

"Bien sûr. Je me dirigeais justement vers le campus, est-ce que je vous rejoins à votre bureau?"

"Je ne serai pas sur le campus ce matin, je dois…". Sa voix traîna. "Je prends un jour de congé
personnel. Est-ce qu'on peut se rencontrer autour d'un café?"

"Bien sûr."

Il débita l'adresse d'un café dans l'est de la ville et je la notais scrupuleusement sur un papier.

"Pouvez-vous être là dans une heure?"

"Oui." J'hésitai. Ce n'était pas si bizarre que Worthington m'appelle, après tout il l'avait déjà fait
auparavant. Mais quand même. Il était tôt, et il y avait quelque chose de déconcertant dans cet appel,
quelque chose d'étrange dans le fait de le rencontrer autour d'un café au lieu de simplement
attendre son retour au bureau. Je sentais que quelque chose d'important et d’urgent avait fait
surface, même si dans sa voix cela n'avait sonné ni urgent ni pressant. C'était plutôt ce brusque et
étrange changement de manière de fonctionner qui me rendit nerveuse.

"Est-ce que tout va bien professeur?" demandai-je finalement.

Il y eut un blanc à l'autre bout de la ligne. "On en parlera de vive voix."

"Ok." J'avalai ma salive. "On se voit dans une heure."


"Au revoir, Anna."

"Au revoir, professeur."

****

Le café que Worthington avait choisi était une de ces places tendance, le genre d'endroit où était
servies des boissons frappées au chou ainsi que des pâtisseries sans blé, sans produits laitiers, sans
rien en fait. Je commandai un café latte au lait d'amandes et dénichai un siège proche de la fenêtre.

J'avais quelques minutes d'avance, et j'utilisai ce temps pour configurer la boîte aux lettres
électronique de mon nouveau iPhone, éprouvant un certain plaisir au fait que Thomas n'ait pas été
capable de transférer mon compte mail.

Le professeur Worthington apparut quelques instants plus tard, portant un jean et un pull large. Ses
vêtements lui donnaient une allure différente de celle qu'il avait en cours, plus décontractée.

"Est-ce que ça fait longtemps que vous attendez?" demanda-t-il.

"Non." Je secouai la tête. Il s'assit la chaise en face de moi. Il avait déjà son café noir dans les
mains, dans une tasse de céramique blanche.

Un moment de silence s'étira entre nous, le genre de silence que j'essayais souvent de remplir avec
des banalités, mais je ne voulais pas perdre mon temps à parler du beau temps ou savoir si le café
était buvable. Je voulais connaître la raison à ma présence.

"Je suis désolée d'aller droit au but professeur, mais je dois admettre que je suis plutôt curieuse de
savoir pourquoi vous m'avez invitée ici.". Je me félicitai du ton formel et professionnel que j'avais
employé, ma voix n'ayant même pas tremblé après tout ce qui était arrivé cette nuit.

Le professeur Worthington soupira. "Êtes-vous heureuse, Anna ?" demanda-t-il.

Je fronçai les sourcils. "Je ne suis pas sûre de vous suivre."

Il sourit. "Êtes-vous heureuse de travailler sur le cas Dorsk ?"

"C'est une expérience inestimable", dis-je. "Je suis flattée de pouvoir y participer".

Il agita sa main, comme s'il balayait mes paroles. "Non, je sais que c'est une très belle expérience.
Ce que je voulais dire c'est, est-ce que vous êtes heureuse de travailler avec Mr Dorsk ?"

Ses yeux plongèrent dans les miens, et je me mis à rougir. J'attrapai ma tasse à deux mains,
laissant la céramique chaude réchauffer ma peau. Je devais soigneusement choisir mes mots.
"Thomas peut être difficile", dis-je. "Mais chaque affaire a ses propres défis. Pourquoi me posez-
vous cette question ?"

"Thomas m'a contacté ce matin, Anna. Il m'a demandé de vous retirer de l'affaire."

"Me retirer de l'affaire?"

"Oui. Il m'a dit qu'il voulait que vous soyez retirée et également qu'il ne voulait plus vous parler."

"Oh." Je hochai la tête. Je pouvais sentir les mots bouillonner, se former dans ma bouche. Je suis
désolée pour lui. Bien sûr je comprends. Je respecte ses choix. Je serai ravie que vous considériez
ma candidature pour d'autres affaires.

Mais rien de tout cela n'était vrai.

Je ne respectais pas son choix.

Thomas était un crétin, pur et dur qui exigeait de me voir retirer de l'affaire après ce qu'il m'avait
fait la nuit dernière? En faisant déposer mes affaires à la chambre d'hôtel ce matin, sans aucune
note, explication ou autre ?

Comment oses-tu?

Il pensait peut-être qu'il pouvait simplement me balayer du revers de la main comme si je n'étais
rien, comme si je pouvais être effacée comme ça, de la même façon dont il avait effacé toute trace
de moi de son appartement.

Va te faire foutre.

"Professeur Worthington", dis-je en levant le menton en l'air. "Avec tout le respect que je vous
dois, je ne savais pas que les avocats pouvaient laisser leurs clients leur dicter qui ils voulaient
voir travailler sur leurs dossiers".

Il secoua la tête. "Anna, je comprends que ça doit être…"

"Non". Je le coupai. Je me fichais d'être irrespectueuse ou de dépasser les bornes. J'en avais assez.
Oui, j'avais fait quelque chose de stupide en m'impliquant avec un client, je n'aurais jamais dû
coucher avec Thomas.

Mais le professeur Worthington savait ce qui se passait, et même s'il ne l'admettrait jamais, il
m'avait presque poussé dans ses bras, presque utilisée pour gagner la confiance de Thomas. Je
n'allais pas être punie pour ça. Et je n'allais pas non plus laisser le fait que Thomas m'ait brisé le
cœur se mettre au milieu de mon chemin et de l'expérience que je pouvais retirer de cette affaire.
Pourquoi devrais-je me priver de quelque chose qui pourrait être bénéfique à ma carrière?
"Je comprends que Mr Dorsk fasse le choix de travailler plus directement avec vous, mais je
devrais certainement être capable de vous aider avec les recherches ou la paperasse", dis-je,
surprise du ton contrôlé et direct que j'avais employé.

"Anna, Mr Dorsk a été très clair sur ce point."

"Encore une fois, je ne savais pas que notre travail consistait à laisser nos clients nous dicter la
marche à suivre pour la meilleure défense". Je fis une pause et pris une gorgée de café. Malgré le
ton imposant de ma voix, ma main trembla. Je reposai mon café sur la table, du liquide déborda de
la tasse et menaça de se répandre sur la table. Heureusement, le professeur Worthington n'avait
rien remarqué. Il regardait par la fenêtre, pensif.

Son indécision se lisait sur son visage.

Alors je décidai de prendre un risque. Je n'avais rien à perdre.

"Si vous voulez mon opinion, professeur, laisser Thomas pense que sa propre défense sera
meilleure que la vôtre, c'est la meilleure chose à faire s'il veut couler son affaire."

Je vis le regard du professeur vaciller juste un peu, et je savais que j'avais marqué un point. S'il y
avait bien une chose que les avocats de la défense, les bons en tout cas, avaient en commun, c'était
leur égo. Ils voulaient ce qu'il y avait de meilleur. Ils voulaient le contrôle.

Le téléphone du professeur Worthington retentit. Il fouilla dans sa poche et le sortit. Il fronça les
sourcils lorsqu'il vit le nom de l'appelant. Mon cœur s'arrêta.

Pourvu que ce ne soit pas Thomas, pensai-je.

"Oui Camille?" dit le professeur Worthington. Mon cœur se remit à battre à une cadence normale.
"Non", dit le professeur, ennuyé. Il regarda sa montre. "Non, tu avais dit dix heures. Donc ce n'est
pas possible maintenant, Camille. C'est…". Son visage se figea. "D'accord. Fais-le venir à mon
bureau. Je vous rejoins là-bas". Il raccrocha et vida son café d'un trait. "Désolé", dit-il. "Je dois
vous quitter."

"Est-ce que je peux vous aider à quoi que ce soit?" demandai-je.

"Non, c'était ma femme. Enfin, bientôt mon ex-femme. On se dispute la garde partagée, et elle ne
comprend pas que laisser notre fils en compagnie du gars, quel que soit celui qu'elle baise cette
semaine, est inacceptable". Il secoua la tête. "Je suis désolé, Anna, ce n'était pas approprié."

"Non, il n'y a pas de problème", dis-je. "Je suis désolée d'entendre que vous avez à passer à travers
ça". Je remuai sur ma chaise. J'avais toujours cet étrange sentiment quand j'entrevoyais une
tranche de vie de personnes extrêmement prospères, que ce soit un médecin, un avocat ou une star
de la pop. Leur vie privée avait toujours quelque chose de chaotique.

Le professeur Worthington se leva et attrapa son sac.

"Donc à propos du dossier Dorsk…", dis-je.

Il soupira et me regarda. "Très bien", dit-il. "Vous êtes toujours dessus. Mais uniquement pour les
recherches. Vous n'aurez aucun contact direct avec Thomas. Est-ce que vous me comprenez ?"

J'acquiesçai d'un signe de tête. "Bien sûr." Ce serait facile puisqu'il m'avait quasiment jetée hors de
sa maison et de sa vie. "Merci, professeur."

"Nous avons une audience préliminaire à préparer", dit-il. "Je vais vous envoyer l'adresse e-mail
de Kate Price, vous pourrez commencer à parcourir ses messages et fureter pour dénicher tout ce
que nous avons pu manquer."

"Parfait."

"Et Anna ?" dit le professeur Worthington avant de partir. "S'il vous plaît, soyez prudente."

"Je le serai."

****

Je me forçai à assister à mon cours puis passai quelques heures à la bibliothèque pour rattraper mes
lectures et répondre aux petites annonces 'recherche colocataire' sur leboncoin.

Je mourrai d'envie de retourner à ma chambre d'hôtel pour commencer à parcourir les messages
de Kate Price. Le professeur Worthington m'avait envoyé ses codes d'accès comme il l'avait
promis. Mais je devais aussi travailler sur mes cours. Si je ratais mon diplôme de droit, toute
expérience de procès me serait complètement inutile.

Il était dix-huit heures lorsque je retournai à l’hôtel Hilton. Je commandai un sandwich à la dinde
avec des frites au service de chambre, et m'assurai de payer avec ma propre carte de crédit et non
celle de Thomas.

Puis je plongeai dans les messages de Kate.

Je commençai depuis le début.

Il y en avait des milliers et des milliers. Kate ne les effaçait jamais et elle était très bavarde.

La plupart de ses messages étaient destinés à une fille prénommée Madeleine. De ce que j'avais pu
glaner, Madeleine était une amie de Kate et comme elle ne pouvait pas texter au travail, elles
échangeaient de longues conversations par e-mail. La plupart de leurs messages concernaient de
vulgaires banalités plutôt soporifiques. Elles discutaient des vêtements qu'elles avaient achetés, des
séries télé qu'elles avaient regardées, de leurs plans pour le week-end.

Mais il y a environ six mois, Kate avait commencé à mentionner un homme qu'elle fréquentait. Au
début, c'était juste un flirt qui était devenu assez rapidement plus sérieux.

"Ne peut pas te donner de détails" avait-elle écrit. "Nous devons garder le secret pour l'instant".

"Qui est-il?" avait demandé Madeleine. "Je veux savoir!"

"Appelle-le Mr X" avait répondu Kate. "C'est l'homme le plus sexy que je n'ai jamais rencontré.
C'est encore un petit enfant, Madeleine. Il me fait jouir encore et encore. Il aime me ligoter et me
donner la fessée, et je prétends être sa petite fille".

De la bile remonta au fond de ma gorge.

Mr X.

Thomas m'avait dessiné un X sur le bras la première nuit où je l'avais rencontré, et c'est comme ça
que je l'appelais dans ma tête. Kate faisait-elle référence à Thomas? Pouvait-il être celui qui la
ligotait et la faisait jouir encore et encore?

Il m'avait juré ne jamais avoir eu de relation avec Kate. Était-ce seulement vrai? Avait-il menti?

Je m'en étais tellement bien sortie aujourd'hui, bougeant constamment et me concentrant sur mes
cours, ne laissant pas mes sentiments pour Thomas envahir mes pensées. Mais maintenant, ils
menaçaient de me submerger tel un raz-de-marée.

Tu ne le connais même pas, me dis-je à moi-même. Il ne t'a jamais appartenu, pas comme tu le
voulais.

Évidemment, cela faisait partie du problème. Je voulais tellement être celle qui briserait ses murs.
Je pensais être celle qui le convaincrait que cela en valait la peine.

Mais la vérité était que les contes de fées n'existaient pas. J'étais comme toute femme stupide qui
avait rencontré un homme blessé et qui pensait que son amour pour lui guérirait ses blessures. Et
réaliser que c'était impossible, réaliser que je ne voulais pas abandonner l’espoir me rendit si
triste et pathétique que mes yeux se remplirent d'eau.

Je restai assise devant mon ordinateur, paralysée, pas certaine de pouvoir continuer à lire ces
conversations. Comment pouvais-je encore travailler sur ce cas, comment pouvais-je tenter de
m'approcher de la vérité avec les sentiments que j'avais pour Thomas?

Je voulais me prouver un point à moi-même et au professeur Worthington, je voulais montrer au


monde entier que je pouvais mettre mes sentiments de côté pour Thomas, que je ne laisserais pas
une stupide relation amoureuse se mettre au travers de ma carrière professionnelle.

Je pensais être forte.

Mais à cet instant, je me sentais faible.

Je me forçai à rechercher Madeleine, l'amie de Kate, sur Google. Je trouvai sa page Facebook et
lui envoyai un message lui demandant de m'appeler si elle voulait bien me consacrer un peu de
temps pour parler de Kate. Entre autres, elle pourrait peut-être me dire si Kate avait vraiment eu
une relation avec Thomas, et le cas échéant, si une autre personne pourrait lui avoir voulu du mal.

Après avoir envoyé le message, je restai là, fixant le sandwich que je n'avais même pas touché. Je
n'avais rien mangé de la journée, hormis une petite gorgée d'eau d'une bouteille que j'avais
trouvée dans le minibar. La seule chose que j'avais prise aujourd'hui était un café. Et l'idée de faire
descendre quoi que ce soit dans mon estomac me donna la nausée.

Je décidai que j'avais assez travaillé pour la journée.

J'avais besoin de sommeil, ou du moins besoin de m'allonger.

Avoir fixé l'écran d'ordinateur m'avait brûlé les yeux.

Avoir pensé à cette affaire m'avait endolori le cerveau.

Et avoir perdu Thomas m'avait brisé le cœur.

Je me levai, m'étirai et regardai de nouveau le sandwich. J'essayai de décider ce qui serait pire, me
forcer à l'avaler ou de ne pas me nourrir aujourd'hui, quand le son d'une carte bipant à la porte
résonna dans la pièce.

Les battements de mon cœur s'accélérèrent. Il était trop tard pour le service de ménage. Qui d'autre
pouvait avoir la clé de ma chambre?

La poignée tourna et je sautai sur mon téléphone, prête à composer le numéro du service
d'urgence.

Une seconde plus tard, Thomas apparut dans le cadre de la porte.

"Oh mon dieu", dis-je en soufflant. "Tu m'as fait peur."

"Désolé." Il referma la porte derrière lui et resta planté là. Il portait un jean et une chemise bleu
marine. Sa chemise était déboutonnée, dévoilant un impeccable tee-shirt blanc en dessous. Ses
cheveux étaient ébouriffés, il ressemblait plus à un étudiant sur le chemin du retour à la maison,
plutôt qu'à un avocat riche et prospère.

"Qu'est-ce que tu fais là?" demandai-je.

Il traversa la pièce, me saisit par les épaules et me poussa contre le mur. Puis il m'embrassa, sa
bouche s'écrasant contre la mienne.

J'essayai de résister, de le repousser, mais c'était inutile. Il me tenait fermement, et je n'arrivais pas
à la cheville de sa force et de son désir. Sa langue s'enfonça dans ma bouche, je sentis mon corps
fondre contre le sien, mes jambes faiblir, mes genoux trembler.

Il avait un goût d'alcool, quelque chose de fort et sucré, comme la première fois que je l'avais
rencontré au bar. Il leva mes bras au-dessus de la tête, notre baiser devenant plus profond au fur et
à mesure que je rendais les armes. Ses joues mal rasées étaient rugueuses, et j'aimais cette
sensation sur ma peau, m'égratignant et laissant ses marques.

Il glissa ensuite sa langue sur mon cou, traçant une ligne brûlante sur ma peau. Je gémis lorsqu'il
reposa ses lèvres sur les miennes et mordilla ma lèvre inférieure.

"Non", ordonna-t-il. "Silence".

Je restai silencieuse.

Tout mon corps me disait de lui crier dessus, de lui dire de foutre le camp, de demander des
réponses par rapport à ce qu'il m'avait fait la nuit précédente. Mais j'avais peur de le perdre.

Et à ce moment précis, je me fichais de la peine de cœur que j'étais certaine de m'infliger en


retournant de nouveau dans cette relation. Tout ce qui importait était sa présence et son désir. Les
répercussions seraient sans aucun doute pleines de larmes, de questions et de ténèbres. Mais pour
l'instant, il était là, avec moi, et je lui donnerai tout ce qu'il voudrait.

Mais Thomas me surprit. Au lieu de m'ordonner de m'allonger sur le sol ou de m'agenouiller, il


fit un pas en arrière. Ses yeux étaient brillants et enflammés, si beaux et d'une telle intensité qu'il en
était presque difficile de le regarder.

"Je ne peux pas rester loin de toi", dit-il, l'air presque abasourdi. "Même maintenant, être à un
mètre de toi est une torture."

"Alors rapproche-toi." Je m'agenouillai, comme je l'avais fait l'autre nuit, et le regardai.

Il secoua la tête. "Je ne peux pas. On ne peut pas. Je n'aurais pas dû venir ici. Merde", dit-il en
passant la main dans ses cheveux. "Ma tête est un vrai désastre en ce moment."

"S'il te plaît", suppliai-je. "S'il te plaît, Thomas. J'ai envie de toi."

Son visage commença à se métamorphoser avec ce même instinct de domination qu'il démontrait
généralement lorsqu'il s'apprêtait à me punir.

"J'ai envie de toi", murmurai-je encore. "J'ai envie de toi."

Je vis sa dernière goutte de sang-froid s'évanouir, et littéralement perdre toute volonté de me


résister. Et c'est à ce moment que je réalisai qu'il était tout aussi incapable de me résister que moi
je l'étais de lui.

Il était mon point faible.

Et j'étais le sien.

"Lève-toi", grogna-t-il. "Et déshabille-toi."

Je me levai, retirai ma chemise et la laissai tomber sur le sol. Je déboutonnai mon jean et
descendis doucement la braguette. Mon pouls accélérait déjà sous son regard, avec la façon qu'il
avait de me regarder comme si j'étais un trophée et qu'il essayait de décider quoi faire de moi.

"Retourne-toi", commanda-t-il. "Doucement pour que je puisse voir tes fesses."

Je me retournai et retirai lentement mon jean, m'assurant d'écarter suffisamment les jambes pour
qu'il ait une vue imprenable sur ma chatte.

Lorsque j'eus terminé, je restai immobile en sous-vêtements, attendant patiemment les prochaines
instructions.

Il traversa la pièce jusqu'à moi et laissa courir un doigt sur ma lèvre inférieure.

"Tu es si magnifique", murmura-t-il. Il me regardait d'une manière dont personne ne l'avait jamais
fait auparavant, les yeux remplis d'émerveillement et de désir.

Il me poussa contre le mur, continuant son assaut, m'embrassant encore et encore jusqu'à ce que le
souffle me manque.

"Ne bouge pas", commanda-t-il.

Il disparut dans le coin salon puis réapparut avec deux paires de menottes à la main.

"Deux?" demandai-je. "Pourquoi as-tu besoin de deux paires?"

Mais Thomas ne répondit pas. Au lieu de cela, il referma une paire de menotte sur chacun de mes
deux poignets.

Puis il me conduisit par les menottes, lentement jusqu'au balcon. Il fit glisser la porte vitrée et
sortit sur la terrasse. L'air frais de la nuit me pinça la peau, faisant durcir mes mamelons et me
donnant la chair de poule.

J'hésitai mais il tira d'un coup sec sur les menottes et me rapprocha de lui.

La chaleur de son corps me mit à l'aise. Sa main glissa le long de mon dos, puis sur mes fesses et
il me tira contre lui. Je pus sentir sa queue dure à travers son pantalon.

"Est-ce que tu veux me faire plaisir, Anna?" demanda-t-il.

"Oui."

"Alors allonge-toi."

Il pointa du doigt une chaise longue qui était adossée contre un côté de la terrasse. Je m'allongeai,
l'appréhension et la peur parcourant ma colonne vertébrale. J'étais dehors, en string et soutien-
gorge, menottée comme une sorte d'animal. Le penthouse était suffisamment haut par rapport au
sol que je n'avais pas à m'inquiéter des gens passant dans la rue, mais les gens de l'immeuble d'en
face avaient une vue imprenable.

"Les bras en l'air", grogna Thomas.

Je levai les bras et il les menotta aux barreaux de la terrasse derrière moi. J'étais donc allongée
sur cette chaise, à moitié nue et vulnérable, ne pouvant pas m'échapper même si je le voulais.

Il me chevaucha, ôta la chemise qu'il portait, suivi de son tee-shirt blanc. Je gémis à la vue de ses
muscles saillants. Je souhaitais avoir les mains libres pour pouvoir toucher la douceur de sa peau,
la contraction de ses abdominaux.

Il se baissa et m'embrassa encore avant de tirer sur mon soutien-gorge, laissant glisser les bonnets
de soie jusqu'à dévoiler mes seins.

"Mmmm", dit Thomas en jouant avec mes seins. "Tu es si sexy, Anna". Il tordit mon mamelon,
envoyant une vague de plaisir ricocher dans tout mon corps. "Est-ce que ça te plaît?"

"Oui", murmurai-je.

"Dis-le-moi."

"Ça me plaît."

"Est-ce que tu m'appartiens?"


"Je suis à toi Thomas."

"Regarde-moi."

Je levai les yeux. "Je t'appartiens." soufflai-je.

"Dis-le-moi encore."

"Je t'appartiens."

Il glissa sur mon corps d'un mouvement fluide jusqu'à ce qu'il se trouve entre mes jambes. Il
écarta mes jambes et mon string sur le côté, dévoilant ma chatte. Puis sa langue se faufila en moi,
chaude, humide et agréable, de plus en plus profondément.

Je gémis doucement, oubliant que le simple son de ma voix le ferait arrêter.

Il retira sa bouche et me frappa la chatte du plat de la main, envoyant une sensation piquante et
exquise sur ma peau. "Silence."

Je me tortillai sur la chaise, mais il maintint mes jambes écartées et les immobilisa.

"Ne. Bouge. Pas", grogna-t-il.

Je stoppai tout mouvement. Ses doigts étaient toujours posés sur les lèvres de ma chatte, les
écartant jusqu'à ce que mon clitoris soit dur et exposé. C'était une torture exquise, de se faire dire
de rester immobile en n'étant pas complètement ligotée. Je souhaitai qu'il m'ait aussi menotté les
jambes, de cette façon je n'aurais pas à me fier uniquement sur ma volonté pour ne pas bouger.
C'était intolérable.

Il souffla sur ma chatte, son souffle réchauffant mon clitoris tout en envoyant des frissons se
propager dans tout le reste de mon corps. Il frappa ma chatte de nouveau, puis continua de me
dévorer profondément et puissamment. Ses doigts et sa langue accélérèrent et bougèrent en
rythme jusqu'à ce que je sente la vague d'un orgasme monter en moi.

Je restai silencieuse.

Je restai immobile.

Et malgré cela, il sut exactement qu'il approchait de la limite, puisqu'il recula pour me taquiner.

"Supplie moi.", commanda-t-il.

"S'il te plaît", dis-je. "S'il te plaît Thomas, je veux jouir. S'il te plaît, repose ta bouche sur moi."

"Regarde-moi."
Je le regardai. Il y avait un reflet malicieux dans ses yeux, et il me fit un large sourire diabolique
avant de se lever de partir, me laissant les seins et la chatte à l'air, seule sur le balcon.

J'attendis, le corps chaud et humide de désir, me demandant avec quelle nouvelle forme torture il
reviendrait.

Mais il ne revint pas.

"Thomas", appelai-je après un moment. "Thomas!"

Il apparut dans le cadre de la porte. "Silence."

"Non, s'il te plaît." Je gigotai sur ma chaise. Mon corps semblait en feu, la douleur et le désir de
ma chatte si intense, il fallut pourtant que je résiste à l'envie de lui demander de m'achever. Le fait
que toutes les personnes de l'immeuble voisin pouvaient me voir en regardant par leurs fenêtres,
nue et suppliant, me terrifiait et à la fois m'excitait. "Il faut que je jouisse."

"Alors tu dois te taire."

Je gémis.

"Anna", dit-il sur un ton d'avertissement.

Je me mordis la lèvre.

Il resta debout à me regarder pendant un long moment, attendant de voir si j'allais lui désobéir. La
vue de son torse musclé, de ses épaules larges, du renflement visible dans son pantalon, de ses
tablettes de chocolat dans le V sexy de ses hanches ne firent qu'ajouter à mon désir.

Il disparut de nouveau dans la suite.

Trois minutes s'écoulèrent avant qu'un gémissement ne s'échappe de mes lèvres.

Quand il revint, il tenait quelque chose à la main.

"Qu'est-ce que c'est?" demandai-je alors qu'il traversait la terrasse à ma rencontre.

"Quelque chose pour te garder silencieuse."

Il enfonça quelque chose dans ma bouche, quelque chose de caoutchouteux et rond qui écartèrent
mes lèvres. Des sangles furent placées à l'arrière de mon cou puis serrées.

Un bâillon.

Thomas m'avait bâillonné.


Lorsqu'il eut fini d'attacher le bâillon, il me laissa là.

Mes yeux se remplirent de larmes d'humiliation. J'étais attachée et bâillonnée, dehors sur une
terrasse, mon soutien-gorge descendu et ma culotte écartée sur le côté. Ma chatte était douloureuse
tellement j'étais excitée d'être traitée de cette manière. J'adorais lui être soumise, j'adorais qu'il
repousse mes limites.

Une brise fraîche me chatouilla la peau, envoyant un frisson à travers tout mon corps avant de
s'arrêter autour de mon clitoris. Je voulus pouvoir écarter les jambes et me frotter contre la chaise
et me donner moi-même un orgasme, mais si jamais Thomas me surprenait la punition serait
sévère.

Alors j'attendis.

Et attendis.

Et attendis encore.

Finalement, il vint me rejoindre.

"Bonne fille", dit-il d'un ton approbateur lorsqu'il vit que je faisais de mon mieux pour rester
complètement immobile. Il laissa courir son doigt sur mon corps, sur mon mamelon, ma cage
thoracique. "Je vais te saisir par la taille", dit-il. "À ce moment-là, tu enrouleras tes jambes autour
de moi. Est-ce que tu comprends?"

J'acquiesçai.

Il me souleva facilement, me faisant sentir petite et légère contre sa large ossature. J'enroulai mes
jambes autour de lui et il repoussa la chaise qui était en-dessous de moi. "Lève-toi".

Je me levai, mon dos contre les barreaux de la terrasse en fer forgé. Son corps pressait contre le
mien, sa main descendit le long de mon corps, sur le bord de mon sein, sur ma hanche puis sur ma
cuisse. Il plongea son doigt dans ma chatte. "Merde, tu es si mouillée."

Je devins encore plus humide.

"Je vais retirer le bâillon maintenant", dit-il. "Mais je ne veux pas entendre un son. Tu comprends,
Anna?"

Je hochai la tête.

Il passa ses mains en arrière de ma tête et détacha le bâillon, la balle en caoutchouc tomba de ma
bouche. Le soulagement fut immédiat.
"Bonne fille.", dit-il.

Il fit un large sourire tout en laissant traîner un doigt sur ma bouche. Il avait le goût de ma chatte,
amer et épicé. C'était si cochon que l'excitation traversa mon corps.

Il déboutonna son pantalon et sortit sa queue. Elle était dure, large et parfaite.

"Thomas", gémis-je avant de pouvoir m'arrêter.

Ses yeux se remplirent de désapprobation, et je me tus rapidement.

"Tu ne parles que si je t'y autorise", dit-il. "Et ce ne sera que pour me supplier."

Je me mordis l'intérieur de la bouche si fortement que je pus sentir le goût du sang.

Il passa un long moment à me regarder, comme s'il essayait de savoir si je serais capable de
suivre ses instructions ou non. Finalement, il dut prendre pitié de moi car il descendit son jean et
son boxer et les jeta sur la chaise longue sur laquelle j'étais allongée quelques minutes plus tôt.

"Enroule tes jambes autour de moi", commanda-t-il.

Je fis ce qu'il demandait.

Sa queue palpitait contre les lèvres de ma chatte, la sensation était exquise. J'avais été sur le point
de jouir lorsqu'il m'avait léchée et sucée, et chaque minute qui s'écoulait depuis ne me rendait que
plus folle.

Il me saisit fermement par les hanches, me tenant ainsi à une certaine distance qui permettait à sa
queue de juste m'effleurer.

"À quel point est-ce que tu as envie de ma queue?" demanda-t-il, son regard fixé sur le mien.
C'était un test. Il avait dit que je ne pouvais pas parler avant qu'il ne m'en ait donné l'autorisation,
donc je n'émis pas un son. Le coin de sa bouche en un sourire suffisant. "Intelligente."

Il commença à me tirer vers lui, me posa sur sa queue de façon à ce que je puisse sentir toute sa
longueur contre moi. Son gland était engorgé et dur, je basculai ma tête en arrière pour ne pas
gémir. J'étais toujours menottée aux barreaux de métal. Je les saisis pour rester dans la réalité du
moment. J'avais tellement envie de lui que j'étais presque sûre de perdre la tête.

"Supplie-moi."

"Baise-moi", implorai-je, la voie pleine de désespoir. "S'il te plaît, j'ai tellement envie de ta queue.
J'en ai besoin."

Il glissa son gland en moi et je sentis ma chatte l'envelopper.


"Encore", suppliai-je. "S'il te plaît, encore."

"Est-ce que tu es sure?" demanda-t-il, son souffle chaud contre ma peau. "On ne dirait pas que tu
en as envie."

"Oui", je commençai à frotter mes hanches contre lui mais il me maintint immobile. "Baise-moi.
Baise-moi fort. Prends ma chatte."

Thomas gémit et me pénétra. Il bougea lentement, sa queue me pénétrant plus profondément, si


large et dure que j'avais peur de ne pas pouvoir la prendre en entier.

Mes jambes étaient toujours enroulées autour de lui, ses mains agrippaient mes fesses. Les
barreaux rugueux de la rambarde frottaient contre mon dos, les bruits de la ville en-dessous
créaient des pulsations séductrices comme une sorte de musique de fond.

Il commença à bouger de plus en plus vite.

"Anna", gémit-il. "Putain, tu es si bonne."

"Continue", suppliai-je. "Ne t'arrête pas." Mon orgasme avait escaladé tout la nuit. Je voulus
demander la permission de jouir, mais j'avais peur qu'il refuse. Mais si je venais sans lui
demander, je n'étais pas sûre de sa réaction. Peut-être me laisserait-il ici toute la nuit, nue et
désireuse? Mon désir me faisait perdre la tête, et le peu de facultés mentales qui me restaient me
disaient qu'un orgasme n'y changerait rien, que ce ne serait qu'un soulagement à court-terme, et
que s'il le voulait, il pourrait m'exciter et me laisser là de nouveau, ce qui constituerait une bien
pire torture.

"Je veux jouir", gémis-je.

Il s'arrêta, le coin de sa bouche se tordant en un sourire amusé. Il me maintint là, immobile sur sa
queue, pour une durée qui me parut interminable même si cela ne devait être que quelques instants.

Puis il décida de me prendre en pitié.

Il commença à me baiser avec force.

La peau de mon dos était à vif à cause du frottement contre la rambarde, mais je m'en fichais. La
douleur était en parfaite contradiction avec le plaisir qu'il me donnait en me pénétrant si
profondément et si rapidement.

Une seconde plus tard, je criai lorsque les vagues de mon orgasme se transformèrent en un
tsunami qui sembla me balayer pour l'éternité. Alors que je pensai qu'il venait de passer, il refit
surface, plus fort jusqu'à ce que je me trouve réduite en une sorte de ruine frémissante et
tremblante.

Thomas m'embrassa doucement dans le cou, sa queue toujours en moi.

"Lève-toi", grogna-t-il.

Je déroulai mes jambes, pas certaine de pouvoir me maintenir en position debout.

"Mets-toi à genoux".

Mes mains étaient toujours menottées aux barreaux derrière moi et je ne savais pas comment
j'allais y arriver. Je glissai sur le sol et m'accroupis sur la terrasse. La position me força à
propulser mes seins en avant et à écarter la chatte.

Thomas prit sa queue dans sa main, la caressa tout en l'approchant de la bouche.

"Ouvre la bouche."

J'ouvris la bouche. Il glissa sa queue à l'intérieur et saisis l'arrière de ma tête, ses doigts
s'entortillant dans mes cheveux alors qu'il commençait à me baiser. "Putain, Anna" gémit-il. "C'est
tellement bon."

J'enroulai ma langue autour de son gland gonflé, appréciant son goût dans ma bouche, salé, sucré
et agréable. Il me laissa le contrôle pour une minute, me laissant le sucer comme je voulais.

Puis il saisit l'arrière de ma tête. "Ne bouge plus."

Je restai immobile pendant qu'il effectuait des mouvements de va-et-vient. Sa queue heurtait le
fond de ma gorge, ses testicules giflaient mon menton. Je fis mon possible pour ne pas avoir de
haut-le-cœur pendant que mes yeux se remplissaient de larmes et que ma chatte mouillait.

"Tu vas me faire éjaculer." Il se retira avec un petit bruit et se caressa. Sa main étalait ma salive sur
son gland.

"S'il te plaît", gémis-je. "Éjacule sur moi."

"Ouvre la bouche."

Obéissante, j'ouvris la bouche et tira la langue, attendant qu'il se soulage.

Il éjacula sur moi avec un gémissement, son sperme jaillissant directement sur ma langue. Son
goût était amer et acidulé. Au moment où j'avalais, un autre jet atteignit mes lèvres et coula sur
mon menton. Je le léchai et l'avalai.

Lorsqu'il eut fini, il se retourna et marcha jusque dans la suite. Il revint un moment plus tard avec
la clé des menottes. Il me détacha et m'aida à me relever. Mes jambes étaient faibles et mes genoux
tremblaient.

Il me conduisit dans la salle de bains et m'aida à entrer dans la douche avant de me rejoindre. L'eau
était chaude et les volutes de vapeur nous enrobaient telles des nuages. Il me tira contre lui, ses
mains expertes me savonnèrent jusqu'à ce que je sois complètement propre.

Nous n'échangeâmes aucun mot. Il n'essaya pas de me dominer. Au contraire, ses gestes étaient
doux, ses doigts frictionnèrent mes cheveux puis savonnèrent mon dos.

Une fois propres tous les deux, il me sécha à l'aide d'une serviette. Il me porta jusqu'au lit et
m'allongea sur les draps soyeux et confortables.

Nous restâmes allongés dans la mi-pénombre, les lumières de la ville filtrant à travers les vitres.
Thomas approcha sa main et écarta une mèche de cheveux de mon visage. Ses cheveux étaient
trempés aussi, leur donnant un aspect plus foncé que leur couleur naturelle, et bouclaient
légèrement sur son front.

J'aimais être allongée là avec lui, on aurait dit notre petit monde à tous les deux, loin de la folie de
la ville et des déceptions dévastatrices que la dure réalité de la vie apportait inexorablement.

Il fut le premier à rompre le silence.

"Est-ce que ça va?", demanda-t-il gentiment.

"Oui."

Il hésita. "Pas à cause de ce que nous venons de faire. Mais à cause de… la nuit dernière et de tout
ce qui est arrivé."

Mon premier instinct fut de lui mentir, de lui dire que tout allait bien, que je gérais la situation.
Mais je sentis les larmes monter et je secouai la tête. "Non", dis-je. "Ça ne va pas."

Il enroula ses mains autour de ma taille et me tira contre lui. J'enfouis ma tête contre sa poitrine,
me sentant en sécurité et protégée contre ce corps si puissant. "Je suis désolé, Anna", dit-il en
entortillant ses doigts dans mes cheveux. "Mon dieu, je suis tellement désolé. Je n'aurais jamais dû
te laisser la nuit dernière, je n'aurais jamais dû partir loin de toi."

Je voulais le croire, voulais croire qu'il était désolé. Mais j'avais besoin de plus. Je me forçai à me
repousser de lui et le fixai dans les yeux comme il me l'avait fait à maintes reprises. Il me forçait à
le regarder quand il poussait mes limites sexuelles, et maintenant j'attendais le même retour quand
je poussais ses limites émotionnelles.
"Alors pourquoi es-tu parti?"

À son mérite, il ne cilla pas. Il ne détourna pas le regard et continua de me fixer. "J'ai eu peur."

"N'importe quoi."

"C'est vrai."

"Non, je veux dire que c'est une excuse à deux balles."

"Je sais. Je ne…" Sa voix traîna, cherchant les bons mots, et je sentis combien c'était difficile pour
lui. Cet homme qui avait été impliqué dans des centaines de procès et de situations stressantes et
qui était capable de garder son calme, avait maintenant de la difficulté à exprimer ses sentiments.
"Anna, quand j'ai l'impression que tu ne me fais pas confiance, quand j'ai l'impression que tu me
caches des choses, ça me prend aux tripes. Je réalise à quel point je tiens à toi, et ce que ça me
ferait si tu décidais soudainement que je ne mérite pas ton amour ou ta confiance."

"Alors tu aurais dû simplement me dire ça".

"Tu aurais dû me mentionner cet appel anonyme".

"Oui", dis-je. "J'aurais dû. Mais deux choses négatives ne donnent pas une chose positive".

Il hocha la tête, ses doigts remuant toujours dans mes cheveux. "Est-ce que tu penses que j'ai tué
ces femmes?"

"Non" J'hésitai. "Mais…"

"Mais tu n'en es pas sûre."

"Non, j'en suis sûre. C'est juste difficile lorsque tous les indices tendent à prouver le contraire."

Il hocha la tête. Sa main caressa mes cheveux puis descendit le long de mon corps jusqu'à mon
ventre. Instinctivement, j'allai pour lui saisir la main et la repousser de mon ventre, de mes
imperfections, mais il n'arrêta pas. "Tu es superbe", murmura-t-il à mon oreille.

Il me saisit la jambe et la passa par-dessus son corps de manière à ce que sa queue presse contre
moi. Il était de nouveau en érection. "Juste être à côté de toi me rend fou." Il m'embrassa
doucement, aspirant ma lèvre inférieure dans sa bouche.

Je me détendis dans ses bras, me demandant comment quelque chose qui me donnait autant de
plaisir pouvait être aussi déroutant.

"Je voudrais te faire confiance", dis-je. "Je voudrais tellement te faire confiance".
"Je sais", dit-il. "Et je veux te donner ce dont tu as besoin, Anna. Je veux t'aimer comme tu le
mérites. Je veux te laisser entrer".

Sa queue tressauta en prononçant ces mots, approchant de ma chatte.

"Alors fais-le", dis-je. "On peut le faire ensemble. On doit apprendre à se faire confiance
mutuellement."

Il se glissa à l'intérieur de moi, doucement et lentement.

"Je ne te quitterai plus jamais", dit-il. Ses mots furent suffisants pour faire déborder toutes les
émotions qui montaient en moi.

Des larmes coulèrent le long de mes joues.

Thomas les sécha avec son pouce, puis m'embrassa le visage, les joues, le nez, les lèvres, le cou.

En même temps, il continua à me pénétrer doucement, mais profondément.

Sans aucune exigence.

Ni de rester silencieuse, ni immobile.

Aucune attente.

Simplement deux personnes se fondant en une seule.

Il posa son front contre le mien, nos yeux grands ouverts et fixés sur l'autre. Je le sentais entrer en
moi, et cette sensation lorsqu'il me remplit de sa chaleur me fit jouir également. Ce fut l'une des
choses les plus érotiques que je n'avais jamais expérimentée.

Nous nous endormirent les jambes entrelacées, les bras enroulés autour de l'autre.

Je n'étais pas certaine de ce qui se passerait le lendemain.

Mais pour ce soir, pour le moment, c'était assez.

****

La sonnerie de mon téléphone me réveilla à sept heures le lendemain matin.

Je me libérai de l'emprise de Thomas et tendit le bras pour attraper mon portable qui reposait sur
le bureau. Un numéro inconnu s'affichait avec comme indicatif téléphonique 212, ce qui
correspondait à la région de Manhattan. J'hésitai, regardant Thomas allongé sur le lit derrière de
moi, toujours endormi.
Je me dirigeai dans la salle de bain, attrapant un peignoir dans le placard et le posant sur mes
épaules.

"Allô?", répondis-je. Il y eut un silence et les battements de mon cœur s'accélérèrent à la pensée
d'un nouvel appel anonyme.

Puis la voix d'une jeune fille dit "Bonjour, est-ce que je parle bien à Anna Holloway?".

"Oui, c'est moi".

"Bonjour, humm…je suis Madeleine Morreaux. Hum, l'amie de Kate. Vous m'avez envoyé un
message sur Facebook".

"Oh!" dis-je. "Oui, Madeleine, bonjour, merci de m'appeler".

"Il n'y a pas de quoi. Je m'excuse de vous appeler aussi tôt mais je travaillais de bonne heure et je
dois ensuite partir en cours. C'était le seul vrai moment de libre que j'avais".

"Ah, non, pas de problème", dis-je. "Je suis vraiment désolée pour Kate. Je suis sûre que ça a été
un moment difficile pour vous". On nous avait enseigné cela dans le cours préparatoire au droit
criminel, de toujours être sensibles à l'éventuelle détresse affective d'un témoin. Le témoin se liait
ainsi avec vous, pensant que vous êtes une personne digne de confiance.

La première fois que je l'avais entendu, j'avais trouvé cela un peu ridicule. Il était évident d'être
désolé pour la perte d'un proche, et encore plus évident que c'était la première chose à dire à tout
témoin qui venait d'expérimenter quelque chose de tragique. Le côté avocat de mon cerveau était
maintenant connecté et avide d'informations.

Était-ce parce que j'avais une connexion personnelle avec le suspect? Ou était-ce ce qui arrivait
lorsque la profession d'avocat commençait à rentrer? Vous preniez l'habitude de couper vos
émotions et essayiez de gagner des procès en oubliant de rester humain? Cette pensée était
déconcertante.

"Ça a été très difficile, ouais" dit Madeleine. "Kate, elle… elle était ma meilleure amie".

"J'avais compris que vous étiez très proches."

"Oui, très."

"J'aimerais beaucoup vous rencontrer et vous poser quelques questions à propos de Kate, voir si
quelqu'un pouvait lui en vouloir."

"Tout le monde adorait Kate", dit Madeleine, paraissant légèrement offensée. "C'était une gentille
fille."
"Non, je n'ai pas voulu dire que Kate avait fait quelque chose de mal" dis-je rapidement. "Je
voulais juste dire… est-ce que vous pensez que quelqu'un pouvait lui vouloir du mal? Un ex-petit
ami, peut-être?"

"Kate n'avait pas beaucoup d'ex-petits amis. Elle était presque inexpérimentée jusqu'à très
récemment."

"Que voulez-vous dire par là?"

"Je veux dire qu'elle commençait à fréquenter cet homme plus âgé. Il était impliqué… il était
impliqué dans des choses étranges."

"Étranges comment?" Ma bouche devint sèche et mon cœur commença à marteler dans ma
poitrine.

"Des trucs… sexuels". La voix de Madeleine traîna. "Je ne sais pas vraiment comment vous
l'expliquer."

Je fermai les yeux. "Qui était cet homme?"

"Elle ne voulait pas le dire. Mais j'avais l'impression que c'était son patron, Thomas Dorsk."

"Est-ce que vous en avez parlé à la police, Madeleine?"

"Vous n'êtes pas la police?"

"Non, je suis un avocat de la défense".

"Un avocat de la défense? Genre, vous travaillez pour le patron de Kate?" Elle parue scandalisée.
"Je suis désolée, c'était une erreur. Je n'ai rien à vous dire."

"Attendez!" dis-je. "Madeleine, s'il vous plaît! Je… je travaille juste très dur pour découvrir qui a
assassiné Kate."

"Thomas a assassiné Kate."

"Comment pouvez-vous en être si sûre?"

"Parce qu'il la baisait", dit-elle toute trace d'embarras dans sa voix ayant soudainement disparu. "Il
la ligotait. Il lui faisait des choses immondes. Kate était amoureuse de lui, parce qu'elle était trop
stupide pour comprendre qu'il l'utilisait. Il lui faisait promettre de garder le secret. Puis quand il a
eu fini avec elle, il l'a tuée."

"Il me semblait pourtant que vous aviez dit que Kate ne voulait pas vous dire avec qui elle avait
une affaire."
"Elle ne voulait pas mentionner son nom, parce qu'on le lui avait interdit. Mais c'était Thomas. La
police ne l'aurait jamais arrêté si elle n'avait pas eu de preuves, n'est-ce pas?"

Elle avait raison. Mais je n'étais pas sûre de quel genre de preuves il s'agissait. L'audience
préliminaire aurait lieu dans seulement quelques jours. C'était une sorte de mini-procès où le
procureur présenterait ses preuves au juge, et ce juge déciderait si elles étaient suffisantes pour
porter l'affaire devant le tribunal.

Le poids des preuves était moins grande lors d'une audience probatoire, il y avait donc de bonnes
chances pour que le procureur ait suffisamment de matière pour porter le cas en justice. Même si
le professeur Worthington ferait tout son possible pour rejeter les preuves.

Le procureur devait partager avec nous les preuves qu'ils présenteraient à l'audience, et cela devait
arriver bientôt. À ce moment-là, nous saurions exactement de quoi il en retournerait.

"Madeleine", dis-je. "Je comprends que vous soyez en colère, mais ne voulez-vous pas savoir qui
a tué Kate?"

"Je sais déjà qui a tué Kate", dit-elle, exaspérée. "Je suis désolée, je… c'était une erreur".

"Madeleine…", mais la ligne coupa. "Merde!" jurai-je à voix haute.

Quelqu'un frappa à la porte de la salle de bain et je sursautai.

Je déposai le téléphone sur le comptoir et ouvris la porte.

Thomas était en boxer, l'inquiétude pouvant se lire sur son visage. "À qui est-ce que tu parlais?"

"Personne". Je secouai la tête.

Il leva les sourcils. "Anna…"

"Ce n'était pas un appel anonyme", dis-je. "Je te jure. C'était une amie de Kate Price".

Thomas fronça les sourcils. "Une amie de Kate? Pourquoi parlais-tu à une amie de Kate?"

"Hier soir, je parcourais les e-mails de Kate", dis-je. "Et j'ai trouvé un grand nombre d'e-mails
échangés avec son amie Madeleine. J'ai donc pensé qu'elle aurait peut-être des informations à nous
donner au cas où quelqu'un pouvait en vouloir à Kate. Mais elle… elle a dit que Kate avait une
affaire avec un homme plus âgé. Un homme plus âgé qui selon elle, était toi."

Thomas prit une profonde inspiration par le nez et sa mâchoire se serra. "Anna", dit-il. Je voyais
qu'il essayait de garder son calme. "Je croyais qu'on en avait déjà parlé".

"On en a déjà parlé", dis-je. "Et je te fais confiance Thomas, vraiment. Mais si Madeleine peut
nous aider à découvrir qui a vraiment tué Kate, nous devons lui parler."

"Non". Il secoua la tête. "Ce n'est pas de ça que je parle. J'ai demandé à Worthington de te retirer de
l'affaire, et apparemment tu as décidé de ne pas l'écouter."

"Le professeur Worthington ne m'a pas retiré l'affaire", dis-je.

"Il… quoi?"

"Il a dit que je ne devais plus avoir de contact direct avec toi, mais il m'a autorisé à rester sur les
travaux de bureaucratie. Tu sais, passer au travers des dossiers, ce genre de choses."

"Bordel!" jura Thomas, frappant le cadre de la porte de son poing. Il se retourna et se dirigea à
grandes enjambées vers le téléphone posé sur le bureau. En colère, il décrocha le combiné et
composa un numéro. "C'est inacceptable, Anna. Tu connaissais mes volontés, et tu as décidé de me
défier en toute connaissance de cause."

"Qui est-ce que tu appelles?" demandai-je.

"Colin. Je mets tout de suite un terme à cette connerie. Tu ne seras plus impliquée d'une
quelconque manière dans cette affaire, Anna."

Je tendis la main et raccrochai la ligne, appuyant sur le bouton de déconnexion. Il se mit encore
plus en colère.

"N'essaie pas", dit-il. "De te battre avec moi sur ce coup-là."

"Thomas, s'il te plaît", dis-je. "Ça ne t'intéresse pas de savoir qui m'a appelée? De savoir qui est la
personne anonyme qui m'a envoyée vers Stéphane?"

"Je peux très bien le découvrir sans que tu sois impliquée."

"Peut-être", dis-je. "Mais si je reste sur l'affaire, il y a de meilleures chances que cette personne
rappelle. On ne sait pas ce qu'il voulait. Peut-être qu'il cherchait des informations. Peut-être…"

"Je me fous de ce qu'ils cherchaient, Anna", dit-il. "La seule chose qui importe est que tu sois en
sécurité."

"Mais c'est de ma carrière dont on parle", dis-je. "Est-ce que tu penses vraiment que c'est juste de
me faire manquer cette opportunité?"

"Tu penses vraiment que ta carrière m'importe, Anna? On parle de ta vie."

"Ma vie ne va pas…"


Quelqu'un frappa à la porte et nous figeâmes tous les deux.

Thomas déposa le combiné qu'il tenait dans la main et alla ouvrir la porte.

Un messager était derrière la porte et tenait une mallette en cuir. "Cela vient d'arriver pour vous,
monsieur", dit-il. "Signez ici, s'il vous plaît."

Thomas griffonna son nom sur le calepin que le messager lui tendait. "Merci", dit-il en refermant
la porte derrière lui.

"Qu'est-ce que c'est?" demandai-je quand Thomas ouvrit le dossier.

"C'est pour l'audience préliminaire", dit-il en jetant un œil sur les documents. "Ce sont les preuves
que le procureur veut présenter à l'audience."

"Oh". Ma bouche devint sèche et de la bile remonta au fond de ma gorge. Le moment que
j'appréhendais, le moment où j'allais devoir affronter ce que contenait ce dossier face à face,
quelles que soient les preuves qui leur faisait croire que Thomas était le coupable.

"Fais-toi plaisir", dit Thomas, replaçant les documents dans la mallette et me les tendant. "Ouvre-
les."

J'hésitai un instant, voulant lui rappeler ce qu'il venait de dire à propos de ma non-implication
dans l'affaire. Mais je compris qu'il me les donnait, pas parce que je pouvais éventuellement
l'aider, mais parce qu'il n'avait rien à cacher. Il déballait tout, essayant de ne plus garder de secrets.

Je saisis le dossier et m'assis sur le lit.

Il me regarda alors que je sortais l'épais dossier contenu dans la mallette.

Mon souffle se coupa lorsque je l'ouvris. Quel que soit le contenu de ces pages, elles avaient le
pouvoir de tout changer. Je fermai les yeux, essayant de me préparer à ce que j'allais y trouver.

Mon attente fut brève.

Juste là en noir et blanc.

Le tout premier nom sur la page.

ANNA HOLLOWAY.

Ils planifiaient me faire témoigner. Je clignai des yeux, essayant de me concentrer sur les lettres
devant moi. "Qui a…", ma voix traîna.

"Quoi?", demanda Thomas. "Qu'est-ce que c'est?"


"À qui as-tu parlé de notre relation?" demandai-je. "Qui est au courant?"

Il secoua la tête. "Personne. Pourquoi?"

"Parce que je suis sur la liste des témoins."

Je regardai de nouveau le document, espérant que j'avais peut-être mal lu.

Mais mon nom était toujours là.

Ils allaient m’appeler à la barre.

Ils me poseraient des questions sur moi et sur Thomas, me demanderaient des détails sur nos ébats
sexuels, s'il aimait me contrôler, s'il m'avait déjà fait mal, s'il m'avait déjà fait faire des choses
contre ma volonté. Tout deviendrait public. Je deviendrais la risée du monde. Tout ce pourquoi
j'avais travaillé si dur, les nuits passées à étudier, les agonies dues aux candidatures à la fac de
droit, les prêts bancaires, tout cela pour rien.

Ma seule autre option était de refuser de témoigner à la barre. Mais ce serait considéré comme un
outrage à la cour. Ils me jetteraient en prison.

C'était fini.

Tout était fini.

Et je ne pouvais absolument rien faire pour arrêter la roue.

J'étais détruite.

Et le pire, c'est que mon témoignage enverrait probablement Thomas en prison.


10. CE POUR QUOI IL SE BAT.

THOMAS
Elle semblait si innocente. Ses cheveux tombaient en boucle sur son front, ses joues étaient rouges.
Elle était assise et tenait dans les mains le dossier que je lui avais tendu. Elle avait pris une grande
inspiration, comme elle l'aurait fait pour se préparer à passer un examen particulièrement
difficile.

Puis elle ouvrit le dossier.

Et je le remarquai.

Je remarquai son visage se remplir de confusion, puis de panique.

J'essayai de garder mon calme. J'étais déjà passé par des centaines de ces audiences qui ne
permettaient pas de dire dans quelle direction la situation évoluerait. Le procureur sortirait ses
plus belles armes, il jetterait toutes ses preuves en l'air et espérerait que quelqu'un accroche. C'était
une technique d'intimidation. Mais généralement tout ce qui se disait pendant ces audiences n'avait
absolument aucune portée.

Le ministère public ne porterait pas d'accusation tant et si longtemps qu'il ne serait pas certain
d'avoir suffisamment de preuves pour aller au procès. Mais les preuves présentées lors de ces
audiences ne permettaient pas de porter le cas devant la justice. Personne n'était jamais allé en
prison suite aux informations fournies lors de ces audiences préliminaires.

Ce serait le discours que j'aurais tenu à un client. C'est le discours que je me tenais à moi-même.
Mais moi, j'étais la partie facile.

Un sentiment étranger me parcourut.

La peur.

Cela ne concernait pas l'affaire.

Ni le fait d'être accusé, d’être jugé coupable ou d’être jeté en prison.

Non, c'était à propos de Anna, du fait qu'elle ne me croie pas.

Elle se tourna pour me regarder. J'ouvris la bouche pour parler, pour prononcer les mots que
j'aurais prononcés à un client pour le calmer. Ce n'est qu'une audience préliminaire, cela ne veut
rien dire, cela n'a rien à voir avec un procès.

L'émotion dans son regard m'en empêcha. Ce n'était pas du doute. Ce n'était pas de la peur. C'était
autre chose. Un sentiment plus puissant, plus intense.

C'était de la colère. Une accusation. Elle ne brûlait pas férocement en surface, ni ne bouillonnait
lentement en-dessous. C'était un genre d'émotion bien plus sérieuse, de celles qui explosent et
détruisent rapidement les gens. Une fois que toute l'énergie était brûlée, il ne restait plus rien. Ces
émotions qui couvaient sous la surface étaient les plus dangereuses. Elles avaient la capacité de
bouillir et de s'étendre si lentement qu'elles passaient complètement inaperçues, jusqu'à ce qu'un
jour vous vous réveilliez en réalisant qu'elles avaient tout détruit sur leur passage.

Anna se retourna vers moi, les yeux humides.

"Qui a…", sa voix traîna.

Elle prononça ces mots à voix haute, mais à mes oreilles, on aurait dit un simple murmure.

"Quoi?" demandai-je. "Qu'est-ce que c'est?" J'essayai de garder mon calme, de ne pas laisser la
panique se lire dans ma voix. C'était un sentiment étrange. Pour la première fois depuis longtemps,
je sentis une infime partie de mon sang-froid m'échapper, la toute première fissure dans mon
existence si soigneusement contrôlée.

"À qui as-tu parlé de nous?" demanda-t-elle. "Qui est au courant?"

"Personne. Pourquoi?"

"Parce que je suis sur la liste des témoins".

La fissure soudainement s'élargit, pas d'une manière lente comme elle l'aurait fait dans des
fondations construites avec soin. Ce fut immédiat, profond et dévastateur.

Ils l'appelleraient à la barre.

Ils lui poseraient des questions sur notre relation.

Ils la détruiraient.

Je vis passer la scène en boucle devant mes yeux.

Ils prenaient toujours une fiancée ou une petite amie, jamais une femme mariée à cause des
privilèges maritaux, la faisaient témoigner à la barre, essayaient de la coincer et de lui faire dire
quelque chose d'incriminant. Si cette personne décidait d'être stupide et de mentir, le procureur la
menacerait de la poursuivre pour parjure, puis finalement l'achèverait en lui offrant un marché,
celui de témoigner contre son petit ami en échange de l'abandon de cette ennuyeuse et
embarrassante accusation de parjure.

Ils joueraient avec elle.

Et je ne pouvais rien faire pour les en empêcher.

ANNA
Mon corps tout entier tremblait. Les pensées tourbillonnaient dans ma tête, impossible à
rassembler. Mon cœur battait, envoyant du sang à toute allure dans mes veines au point que j'eus
peur de faire une crise cardiaque.

"Anna", avait dit Thomas, mais c'était comme s'il me parlait du bout d'un tunnel et que sa voix
résonnait sur les murs. "Tu es en crise de panique".

"Non", je secouai la tête. Je ne faisais jamais de crise de panique.

Mes doigts et mes orteils étaient engourdis, et je sentis la main de Thomas à l'arrière de mon cou.
Je tremblais, mon corps tout entier était froid, comme après avoir passé une journée dans la neige.

"Allonge-toi" commanda-t-il. Je le sentis me guider délicatement sur le lit, ma tête s'enfonça dans
l'oreiller.

Aussitôt que je fus allongée, mon estomac cessa de se balancer, mes doigts et mes orteils
commencèrent à picoter comme s'ils se réveillaient. Je les étirai encore et encore jusqu'à ce que la
sensation revienne normale. Les battements de mon cœur commencèrent à ralentir.

Thomas disparut un moment et revint avec un verre d'eau à la main. Il me fit prendre une gorgée.

Il s'allongea à mes côtés et repoussa les cheveux de mon front. Son contact était calmant,
réconfortant.

"Ça va mieux?" demanda-t-il.

J'acquiesçai d'un hochement de tête.

"Bien".

Je m'accrochai sur ses épaules. Ses bras étaient lâchement enroulés autour de ma taille et un
nouveau moment de panique m'envahit, pensant que peut-être il recommencerait ce qu'il avait déjà
fait auparavant, m'abandonner en pensant me protéger.
Le calme que je ressentais commença à se dissiper, mais la panique ne refit pas surface, à la place,
un sentiment de témérité me remplit. Et ce n'était que le début. Mon nom sur la liste des témoins
n'était que la première surprise d'une longue liste qui m'attendait à la lecture de ce dossier.

Il y aurait des preuves.

Des preuves qui liaient Thomas au meurtre, des preuves dont je n'avais certainement pas encore eu
connaissance.

Ils n'ont rien contre lui, murmura une voix dans ma tête. Ils n'ont absolument rien. Il te l'aurait dit.
Ce n'est pas un meurtrier.

Je voulus lui montrer que je le croyais, que j'avais confiance en lui, que rien de tout cela ne
pourrait nous séparer.

Je soulevai ma jambe sur la sienne, laissant le peignoir que je portais s'entrouvrir légèrement.

Je posai mes lèvres sur son cou, humant son odeur, frottant ma joue contre sa peau. Je l'embrassai
doucement sur le menton, puis traçait les lignes de son torse. Il était si magnifique. Son corps, son
visage, sa queue, son cœur, son âme. Absolument tout chez lui était magnifique.

J'avais l'impression d'être debout au-dessus d'une falaise, le regard plongé dans les abysses en bas.

Une fois que j'aurais vu ce que ce dossier contenait, tout allait changer.

Je me serrai contre lui.

"Anna…" dit-il.

"Quoi?" demandai-je, déplaçant ma main sur le plat de ses abdominaux. Il ne portait qu'un boxer,
et lorsque j'arrivai au niveau de l'élastique, je glissai ma main à l'intérieur.

Mais Thomas me saisit le poignet. "Non".

"Pourquoi?" murmurai-je. "Tu n'as pas envie de moi?" J'ouvris encore plus les pans de mon
peignoir, lui dévoilant mes seins.

"Pas comme ça".

"Pas comme quoi?"

"Baiser pour ne pas avoir à affronter la vérité".

Je grimpai sur lui. C'était la première fois que j'étais au-dessus de lui. Je détachai complètement
mon peignoir pour qu'il puisse accéder à chaque partie de mon corps. Je le sentis durcir sous moi.
"Ce n'est pas pour cette raison", dis-je. C'était un pur mensonge et il le savait.

Cela sembla le mettre en colère. Il me saisit par les hanches et me poussa. Il me bascula sur le dos
et me chevaucha, maintenant mes bras cloués au lit. "Ne me mens pas".

"S'il te plaît" suppliai-je. J'essayai de soulever mon pelvis contre sa queue en érection. Je voulais
lui montrer combien j'avais envie de lui, de le sentir en moi, de sentir nos corps entremêlés.

Je vis un combat prendre place dans ses yeux. Il savait exactement pour quelle raison je faisais
cela. Il savait que j'essayais d'éviter le contenu de ce dossier, savait que j'utilisais cette ruse pour
connecter avec lui.

Il secoua la tête, relâcha mes mains et descendit du lit. Il resta là debout à me regarder. "Lève-toi,
Anna".

Il se dirigea vers la salle de bain, et j'entendis le bruit de l'eau couler dans la baignoire.

Il revint dans la pièce un moment plus tard. "Je t'ai fait couler un bain".

"Non". Je croisai les bras sur ma poitrine, en signe de provocation.

Mais il se baissa et me ramassa du lit, me soulevant comme si je ne pesais rien. Il me porta jusque
dans la salle de bain puis me reposa. Il ôta mon peignoir et l'accrocha sur la porte de la douche. Il
me souleva de nouveau et me déposa dans la baignoire.

Des volutes de vapeur s'élevaient de l'eau et m'enveloppaient.

"Tu dois d'abord te calmer", dit-il. "Détends-toi. Ensuite nous pourrons voir comment gérer tout
ce que ce dossier peut contenir".

"Je ne suis pas une enfant", dis-je.

"Alors arrête d'agir comme si tu en étais une".

Il sortit de la salle de bain, refermant la porte derrière lui.

J'essayai de mon mieux de faire ce qu'il m'avait demandé.

Me détendre.

Mais mon corps était débordant d'énergie.

Je réussis à tenir dix minutes dans la baignoire avant de sortir. Mais je ne me sentais toujours pas
prête à affronter le contenu de ce dossier.
Il le faut, Anna, me dis-je à moi-même. Nier qu'il existe ne le fera pas disparaître.

C'était ce que mon père avait fait la première fois qu'il était tombé malade. Il avait glissé dans le
troublant réconfort du déni, et c'est cette pensée qui me poussa en avant.

Je savais que si je retournais dans la chambre après seulement quelques minutes, Thomas ne me
laisserait pas voir les documents. Je m'étais déjà conduite comme une gamine, d'abord cette crise
de panique puis la tentative de me jeter dans ses bras. Ce comportement n'inspirait pas vraiment
confiance en ma capacité à gérer ce que ce dossier pouvait contenir.

Alors je m'obligeai à rester dans la salle de bain, sécher mes cheveux, et me maquiller un peu,
fond de teint, une légère couche de brillant à lèvres et une touche de mascara. J'enfilai un jean et
un pull, puis retournai dans la suite.

Thomas était assis devant le bureau et discutait au téléphone.

"Oui", dit-il. "C'est parfait. On se voit là-bas alors".

Il termina l'appel. Il enfila un survêtement et un tee-shirt blanc à manches longues. Il devait avoir
des vêtements de rechange dans la chambre.

"Bien", dit-il. "Te voilà". Sa voix était professionnelle, son ton brusque comme si j'étais de retour
de commissions et non pas du bain où il m'avait déposée après avoir rejeté mes avances.

"Oui", dis-je. "Me voilà". Mon cœur se mit à sombrer car je savais que ses murs étaient de
nouveau relevés. La manière dont il m'avait tenu, parlé, réconforté la nuit dernière, et même ce
matin, avait disparu. Elle était remplacée par cette autre version de lui, celle qui était en contrôle et
ne montrait aucune émotion.

"J'ai organisé une réunion avec Worthington autour d'un petit-déjeuner".

"Pour quelles raisons?"

"Pour se préparer à l'audience préliminaire". Il me scrutait avec attention, cherchant sur mon
visage tout indice de réaction de ma part. Il s'attendait à ce que je l'accompagne à cette réunion, où
le professeur Worthington serait présent, où je devrais passer au travers de mon témoignage.

"Est-ce que le professeur Worthington sait ce qu'ils vont me demander? Est-ce que le bureau du
procureur lui a envoyé la liste des questions qu'ils vont me poser?"

"Non. Le bureau du procureur voudra t'interroger en personne avant l'audience. Et je suis sûr que
Colin sera capable d'anticiper les questions qu'ils vont te poser. Et je suis sûre que tu peux aussi,
Anna. C'est la base même du cours de droit criminel".
Je cherchai le dossier de preuves du coin de l'œil mais ne le vit nulle part. Pourquoi Thomas
l'avait-il repris? Il avait dit que dès que je serais calmée, nous pourrions le consulter tous les deux.
Il s'était comporté comme s'il ne voulait plus aucun secret entre nous, il m'avait tendu le dossier et
dit de passer au travers.

Et maintenant il était de nouveau froid.

Je commençai à en avoir assez de ses petits manèges.

"On va me retirer l'affaire", dis-je.

"Quoi?"

"Je ne pourrai travailler sur ton cas. Pour cause de conflit d'intérêt".

"À ta place, je ne me soucierais pas trop de ça maintenant, Anna".

Je clignai fermement les yeux, la tristesse et la panique en moi se métamorphosant lentement en


colère. "Pourquoi est-ce que je ne devrais pas m'inquiéter, Thomas?"

"Parce que pour l'instant, tu dois rester concentrée".

"Je dois rester concentrée?"

"Oui. Sur ton témoignage. Tu dois garder l'esprit clair pour que nous puissions trouver la
meilleure façon de gérer le problème".

"Donc tu n'es pas coupable?"

"Non, et pour que tu sortes de là avec le moins de dommages possibles à ta réputation".

Je me mordis l'intérieur de la joue. Je détestai le fait qu'il soit de nouveau professionnel, détestai
que notre entière relation soit brouillée par des problèmes qui seraient extrêmement difficiles à
gérer même pour un couple marié depuis des années. Je n'étais pas sûre que cette tendance à se
refermer sur lui-même était exacerbée par la situation, ou si c'était simplement sa façon d'être.
M'aurait-il permis d'entrer plus facilement dans sa vie si cette situation n'était pas arrivée? Ou
bien était-il déjà si mal en point que cela n'aurait rien changé?

Mais cela a-t-il la moindre importance?

Il aurait dû me serrer fort contre lui, il aurait dû s'asseoir à côté de moi sur ce lit et passer au
travers de ces preuves avec moi, l'une après l'autre. Au lieu de cela, il avait caché le dossier
comme s'il contenait des secrets. Et maintenant nous allions passer au travers des choses qui
faisaient de lui un meurtrier au cours d'une réunion.
Une réunion!

Tout cela était ridicule.

Et le pire, c'était que je ne pouvais absolument rien dire. Je ne pouvais pas le pousser, ne pouvais
rien lui demander.

Il prétexterait que je ne lui fais pas confiance. Et dans le petit monde de Thomas, c'était un péché
capital.

L'autre problème était que je n'avais aucun droit sur ce dossier, aucun droit de demander qu'on me
dise ce qu'il contenait. Je n'étais pas l'avocat de Thomas. Je n'étais même pas sa petite amie.

Je suis en train de tomber amoureux de toi.

C'est ce qu'il avait dit.

Et ne serait-ce que la nuit dernière, il m'avait serrée, fait des promesses.

"La réunion est prévue quand?" demandai-je.

"Dans une demi-heure", dit-il. "On se rencontre chez Monsieur Jean".

Monsieur Jean était le restaurant de l'hôtel Blue. Je n'y étais jamais allée mais il était réputé et
faisait partie des endroits où se montrer dans la ville de New York, le genre d'endroit où se
signent les transactions d'affaires et où les gens veulent être vus. La situation me parut ironique,
me rendre dans un restaurant en vogue pour parler de ma relation avec un meurtrier, pour me
faire voir des preuves qui seraient présentées lors de son procès.

"D'accord", dis-je.

"Jared va approcher la voiture".

"Je pense que je vais plutôt marcher".

"Non".

"Non?"

"Non, Anna. Tu vas monter dans cette voiture avec moi".

"Je pense qu'une marche me serait plus profitable. J'ai besoin d'air, j'ai besoin de m'aérer la tête".

"Ce n'est pas sécuritaire. Tant que nous ne connaîtrons pas l'auteur de ces appels anonymes, je ne
peux pas te le permettre".
Je serrai les poings jusqu'à ce que mes ongles s'enfoncent dans les paumes de mes mains.

Je détestais cela. Pourquoi se conduisait-il ainsi?

La dernière chose dont j'avais besoin, c'était de monter dans cette voiture avec lui. Mais je savais
que si je m'énervais, il me dirait que je suis émotive, que je devais garder mes émotions sous
contrôle. N'était-ce pas ce qu'il avait dit?

Que je devais rester concentrée.

Alors je collai un sourire sur mon visage.

"Ok", dis-je. "Allons-y".

Il n'y eut aucun échange de conversation durant le trajet jusqu’au centre-ville. Thomas avait passé
son temps au téléphone. Son cabinet roulait et plutôt bien de ce que je pouvais entendre. Son
arrestation pour meurtre n'avait pas encore fait la une des journaux, et je me demandai ce qui
arriverait à ce moment-là.

Je parcourus mes messages sur mon iPad pendant un moment. Je répondis à l'un d'entre eux
concernant le cours de droit criminel qui aurait lieu le semestre prochain. Je parcourus également
mes messages en ligne pour m'assurer que je n'avais rien manqué concernant les cours. J'avais
également un article à rendre bientôt et il faudrait que je trouve du temps pour commencer à
travailler dessus.

Malgré cela, pendant tout ce temps, j'étais concentrée sur Thomas.

Je ne pouvais m'empêcher.

Je l'écoutais aboyer ses ordres au téléphone et conclure des ententes d'une voix ferme et
autoritaire. Je le regardai du coin de l'œil. Il s'était changé et portait un costume noir parfaitement
coupé et une chemise grise impeccable qui mettait en valeur ses larges épaules. Il prit une note
dans son téléphone alors qu'il parlait, sa manche se releva juste un petit peu dévoilant une superbe
montre noire pourvue d'un énorme cadran. Son avant-bras était musclé, sa peau était lisse et sans
aucun défaut.

Le désir remplit mon corps.

Il me surprit à le regarder alors qu'il raccrochait.

"Est-ce que tout va bien, Anna?" demanda-t-il.

"Oui. Tout va bien".


Je détournai le regard, admirant le quartier de Manhattan défiler rapidement à travers la fenêtre.
La pluie tombait dehors, pas le genre de pluie romantique qui vous donne envie de vous blottir
sous la couette, mais le genre de bruine qui rend l'atmosphère lourde et fait friser votre chevelure.

Lorsque nous arrivâmes devant le Blue hotel, Jared nous ouvrit la porte.

Thomas sortit un parapluie, enroula son bras autour de ma taille et me serra contre lui jusqu'à
l'entrée du restaurant. Je me sentis petite à côté de lui, sa grandeur et sa carrure me donnant une
impression de sécurité, de protection.

Mais aussitôt entrés, il retira son bras autour de ma taille.

Le Blue hotel était un superbe hôtel, avec de hauts plafonds et d'élégants aménagements en or. Il se
rendit vers un vestibule en marbre brillant où des miroirs étaient disposés, puis dans l'aire
d'attente qui faisait office de hall d'entrée pour le restaurant.

Thomas marcha intentionnellement vers le pupitre de l'hôtesse, et elle le dirigea immédiatement


vers une table dans un salon privé, sans même demander son nom ou s'il avait une réservation.

Aussitôt attablés, un serveur apparut avec deux flutes remplies de frappé aux fruits.

"Merci", dit Thomas. "Juste un café pour le moment. Nous allons attendre le groupe avant de
passer la commande".

Le serveur disparut et Thomas me regarda.

"Quoi?", demandai-je, embarrassée sous son regard.

"Je…", sa voix traîna. De toute évidence, les mots lui manquaient, ce qui ne lui ressemblait pas.
"Tu es si belle".

Mon visage rougit au moment où le serveur revint déposer une carafe de café sur la table.
Thomas la saisit et au moment où il alla m'en servir une tasse, je l'arrêtai.

"Je n'aime pas le café".

Il m'ignora et remplit ma tasse à ras-bord pour être sûr que j'en prenne au moins une gorgée.

Le liquide avait un goût riche, et même noir, il ne possédait aucune amertume. Sa chaleur
descendit tout en douceur.

"Il est bon", admis-je. Je ne savais pas si mon goût pour le café nouvellement développé venait du
fait que ce café était simplement bon, ou à cause du plaisir que je venais de donner à Thomas.

Je remarquai pour la première fois que la table avait été dressée pour quatre personnes.
"Est-ce que Josh vient?" demandai-je.

"Non, il ne vient pas".

"Alors à qui est destinée le quatrième couvert?"

"Un associé de Colin", dit Thomas.

"Un associé?" Je fronçai les sourcils.

"Oui".

"Pourquoi un associé?"

"Maintenant que le procès a commencé, il pense que qu'une aide supplémentaire serait précieuse".

"D'accord". Je dépliai ma serviette et la déposai sur mes genoux. Je la tordis de toutes mes forces
pour m'empêcher de crier ma frustration. Je ne voulais pas d'un nouvel associé sur le cas de
Thomas, je n'avais pas besoin d'une paire d'yeux supplémentaire qui fouinerait partout. Je voulais
demander à Thomas quand est-ce qu'il avait été décidé d'ajouter une nouvelle personne à l'équipe,
si c'était avant ou après avoir découvert que mon nom était sur la liste des témoins. Le professeur
Worthington avait-il décidé d'amener un autre associé parce qu'il savait que j'étais sur le point de
me faire retirer l'affaire?

Je finis par me dire que cela n'avait aucun sens d'engager un nouvel avocat pour remplacer un
étudiant en droit. Et de plus, ces grands procès pour meurtre avaient toujours une grosse équipe
qui travaillait en arrière. En fait, le professeur Worthington avait probablement une multitude de
personnes qui l'aidaient déjà sur le cas.

Et maintenant que Thomas avait été arrêté et accusé, il semblait normal que ces personnes soient
de plus en plus impliquées.

Thomas fouilla dans sa mallette et sortit le dossier qui lui avait été délivré le matin même. Il le
déposa sur la table, entre nous.

"Anna", dit Thomas.

"Oui?" Le sang dans mes mains se glaça. Je saisis ma tasse et pris une nouvelle gorgée avant de la
reposer sur la table et d'enrouler mes doigts autour pour essayer de les réchauffer.

"Quel que soit le contenu de ce dossier, rien ne fera changer les sentiments que j'ai pour toi".

Des larmes me piquèrent les yeux, une soudaine impulsion de sentiments déferla, des sentiments
envers l'homme brisé de qui je tombais amoureuse.
Je ne savais pas comment répondre, ni quoi dire. Je devais choisir soigneusement mes mots, pour
être sûre qu'il comprenne que je le croyais, que je savais qu'il tenait à moi, que je savais qu'il ne
me ferait jamais de mal.

Mais avant que je ne puisse trouver les mots exacts, le professeur Worthington fit irruption dans le
salon privé du restaurant. Il portait un imperméable de couleur fauve qui dégoulinait, et un
serveur se rua pour l'en débarrasser.

"Waouh", dit-il en prenant le siège à côté de Thomas. "Il tombe vraiment des cordes dehors".

"Heureux de te revoir Colin, comme toujours", dit Thomas.

"C'est réciproque". Le professeur Worthington se retourna vers moi et me fit un petit signe de tête.
"Anna".

Lorsque je hochai la tête en retour, je sentis la présence de quelqu'un debout à côté de moi, dans
mon champ de vision périphérique. Je me retournai et tombai face à face avec le torse d'une
femme.

"Oh, je suis désolé", dit le professeur Worthington au moment où la femme se glissa sur le siège à
côté de moi. Elle sentait le parfum chic, une senteur fruitée qui donnait envie d'en prendre une
longue bouffée. "Voici mon associée, Clémentine Dutoit. Clémentine, voici mon client Thomas
Dorsk, et mon étudiante Anna Holloway".

Je me tournai pour la regarder. Elle portait de longs cheveux bruns et bouclés qui tombaient sur
ses épaules et absolument tout sur elle était foncé, yeux foncés, cheveux foncés, peau foncée.
Excepté ses yeux, qui étaient d'un bleu perçant.

"Enchantée de vous rencontrer Anna", dit-elle en me tendant la main. Je la serrai, surprise de la


chaleur qu'elle dégageait. Ses ongles étaient parfaitement manucurés, vernis d'une couleur taupe
raffinée dont la couleur était coordonnée avec le pull à col roulé qu'elle portait en-dessous de son
tailleur noir.

"Moi de même", dis-je. Elle écarta les cheveux de son visage avant de porter son attention sur
Thomas, et quelque chose dans le geste, quelque chose depuis mon angle de vision, au moment où
la lumière frappa son visage me coupa le souffle.

Je l'avais déjà vue quelque part.

C'était la femme que j'avais vue sur la terrasse de Thomas la nuit où j'avais dormi dans son
appartement. La nuit où il m'avait enfermée dans le noir puis disparu. Celle qui lui avait donné des
documents ainsi qu'une écharpe de couleur verte.
Je laissai sortir un soupir de soulagement, remerciant le ciel pour au moins avoir levé le mystère.
De toute évidence, cette Clémentine travaillait pour le professeur Worthington, et naturellement
elle devait avoir une certaine connexion avec l'affaire de Thomas. Elle était certainement passée
déposer des documents ou autre, et Thomas voulait garder cela secret, de la même façon qu'il
avait gardé toute la situation autour d'Stéphane James secrète.

Ce n'était certainement pas l'explication parfaite, mais moins dramatique en tout cas que n'importe
quelle autre.

Mais pourquoi une telle associée était-elle venue déposer des papiers à trois heures du matin,
complètement vêtue de noir, et pourquoi lui avait-elle tendu une écharpe verte?

La question me traversa l'esprit au moment où Thomas se leva pour serrer la main déjà tendue de
Clémentine. Je m'attendis à ce qu'ils mentionnent qu'ils se connaissaient déjà.

Mais au contraire, Thomas serra la main de Clémentine un peu plus longtemps que normalement
nécessaire.

"Ravi de vous rencontrer, Melle Dutoit".

"Ravi de vous rencontrer, Mr Dorsk".

Mon cœur sauta dans ma poitrine.

Mais pourquoi prétendaient-ils ne pas se connaître?

Le serveur se présenta pour prendre notre commande. Je commandai la première et demandai des
crêpes aux bleuets. Les autres commandèrent des plats légers, fruits, bagel ou assiette d'œufs
brouillés accompagnés de toasts.

Ceci me rappela de nouveau que je n'étais encore pas à ma place. Tous trois étaient élégamment
habillés et moi, je portais un jean et un pull, et mes cheveux frisaient à cause de la pluie. Mes
mains devinrent soudainement moites.

Je sirotai mon frappé pendant que les trois discutaient des divers avocats de la ville, des différents
cas sur lesquels ils travaillaient, des personnes qu'ils connaissaient au bureau du procureur, des
appels de plaidoyers qui étaient impossibles à croire.

Je restai assise là, sans un bruit, comme une enfant, restant concentrée sur Thomas, me demandant
à quoi il pensait, pourquoi il avait prétendu ne pas connaître cette femme, Clémentine. Cette
superbe femme, Clémentine, qui avait joué le même jeu et prétendu ne pas le connaître, qui avait
délibérément pénétré dans son appartement au beau milieu de la nuit, qui s'était tenue sur son
balcon et lui avait caressé la main.

Lorsque les plats furent servis, ils se concentrèrent tous trois sur l'affaire.

"Je pense", dit le professeur Worthington, "que nous devrions commencer avec les preuves et voir
ce qu'on devrait être capable de réfuter. Anna, avez-vous déjà été contactée par le bureau du
procureur?"

"Non", je secouai la tête.

"Ils vous contacteront dans la journée, je suis sûr. On vous demandera de vous y rendre pour un
entretien. Voyez si vous pouvez négocier une heure pour demain dans l'après-midi. Ils ne vous
poseront probablement que quelques questions, c'est tout ce dont ils ont besoin pour porter cette
affaire en procès, mais vos réponses seront importantes".

Je sentais le regard de Thomas posé sur moi, je le sentais m'étudier en détails au fur et à mesure le
professeur parlait.

"Ok", dis-je.

Le professeur Worthington ouvrit son carnet de rendez-vous. "Pouvez-vous être à mon bureau
demain matin à sept heures, Anna?" demanda-t-il. "Comme ça, vous pourrez passer à travers votre
témoignage avec Clémentine?".

De la bile remonta au fond de ma gorge. Clémentine? J'étais supposée m'enfermer dans une pièce
avec cette femme pendant qu'elle me poserait des questions à propos de ma relation sexuelle avec
Thomas? Mon cœur tambourina dans ma poitrine, et un sentiment de panique monta en moi. Les
picotements se firent de nouveau sentir au bout de mes doigts, ces mêmes picotements qui
m'avaient submergé dans la chambre d'hôtel la nuit précédente, juste avant la crise de panique.

"Demain matin?" Je fronçai les sourcils, prétendant réfléchir à la question. Je bus une gorgée de
café. "Quelle heure?"

Je surpris le regard de Thomas à l'autre bout de la table. Il me regardait encore, le regard d'acier.
Fais quelque chose! J'eus envie de lui crier. Ne laisse pas ces gens m'humilier encore plus. Ne me
fais pas asseoir dans une pièce pour discuter de ma relation avec toi avec une autre femme, une
femme qui était dans ton appartement pour une quelconque raison que tu essaies de me cacher!

J'attendais désespérément qu'il saute à pieds joints dans la conversation, qu'il dise quelque chose
qui puisse m'aider, qu'il m'explique quoi dire lorsque je serai interrogée par le bureau du
procureur. Mais il resta silencieux, ses yeux ne quittant jamais les miens.
"Sept heures du matin", répéta le professeur Worthington, soudainement inquiet de mon évident
défaut d'attention. Il regarda Clémentine, qui acquiesça d'un signe de tête. Elle sortit un mince
carnet de rendez-vous en cuir. Un carnet de la vieille école, qui était marqué de ses initiales. Elle y
écrivit une note avec un stylo d'allure excentrique.

"Ce serait parfait", dit-elle. Elle me fit un sourire amical supposé me mettre à l'aise, mais je
détournai le regard sans le lui rendre. D'une certaine façon, sa tentative de gentillesse n'avait fait
qu'empirer les choses.

"Bien". Le professeur Worthington sortit une feuille de papier. "J'ai demandé à une de mes
assistantes de nous préparer un court résumé d'une page des preuves contenues dans le dossier
envoyé par le bureau du procureur".

Il fit passer des copies autour de la table.

Je me forçai à attendre quelques secondes, me forçai à ne pas regarder immédiatement son


contenu.

Thomas avait la tête baissée, comme s'il lisait le papier qu'on venait de lui tendre, mais en réalité
il me regardait, attendant de voir comment j'allais réagir à ce que j'allais lire.

Je me dis que quoi qu'il soit écrit sur ce papier, quoi que je découvre, je ne devrais démontrer
aucune réaction. Pas devant ces personnes-là.

Je baissai les yeux et commençai à lire.

Le contenu avait été classé sous forme de liste à puces, chacune des principales preuves était
inscrite en caractères gras dans sa propre section.

Je pensai être déjà au courant de quelques-unes des choses que j'étais sur le point de découvrir,
pensai que je connaissais au moins quelques preuves que le bureau du procureur général avait
retenues contre l'homme duquel je tombais amoureuse.

Mais absolument tout était nouveau pour moi.

Chaque chose, sans aucune exception.

La liste commençait par le moins incriminant, un témoin oculaire, Nicolas Lémand, qui affirmait
avoir vu Thomas dans le parc avec Kate le matin où elle avait été assassinée. En soi, ce n'était pas
un scoop, Thomas faisait son jogging dans le parc ce matin-là. Ceci étant, ce Nicolas en question
avait dit qu'il avait vu Thomas se disputer avec Kate ce matin-là, ce qui ne correspondait pas à la
version de Thomas, qui disait ne pas avoir vu Kate. Mais bon.
Les récits des témoins oculaires étaient notoirement peu solides, les gens se trompaient tout le
temps. Le professeur Worthington ferait de son mieux pour discréditer ce Nicolas Lémand. Je
sentis la boule que j'avais dans la gorge se relâcher légèrement.

Mais à la ligne suivante, les choses commencèrent à se compliquer.

Des personnes du cabinet de Thomas affirmaient avoir entendu Kate et Thomas se quereller, ils
avaient entendu des cris émanant du bureau de Thomas quelques semaines avant que Kate ne soit
assassinée. Kate était sortie du bureau en claquant la porte, les larmes aux yeux.

C'était accablant, mais encore une fois, les gens entrent souvent en conflit avec leurs patrons. Mais
cela ne veut pas dire que leur patron est un assassin.

Ma gorge resta tranquille.

Et puis les choses prirent un terrible tournant.

Une photo avait fait surface, cette photo montrait Kate quittant l'immeuble de Thomas au milieu de
la nuit.

Et ses empreintes digitales avaient été retrouvées dans tout son appartement.

Ma gorge commença à se serrer.

Et puis les choses empirèrent.

L'ADN de Thomas avait été retrouvé sous les ongles de Kate.

Et finalement, le pire arriva.

Des e-mails avaient été récupérés, provenant de comptes secrets que Kate et Thomas avaient
configurés. Quelqu'un au bureau du procureur avait eu la brillante idée de rechercher d'autres
comptes de messagerie, quelqu'un manifestement plus intelligent que nous. Je maudis le
professeur Worthington de ne pas avoir mis la main sur ces e-mails plus tôt, mais il importait peu
de savoir qui les avait trouvés. Quoi qu'il en soit, ce fût un choc pour moi.

Les e-mails démontraient que Kate et Thomas avaient une relation plus que professionnelle, aucun
des e-mails n'avait été recopié sur le document, seulement un résumé de leurs contenus.

Kate était sur le point de mettre un terme à cette relation. Thomas était devenu fou, la suppliant de
rester. Les e-mails devenaient de plus en plus violents, jusqu'à ce qu'ils cessent finalement.

Le document se terminait par un résumé de la théorie émise par le ministère public.

Que Kate et Thomas avaient une relation amoureuse. Qu'elle avait essayé d'y mettre fin. Qu'elle
l'obsédait, qu'ils s'étaient rencontrés dans un parc ce matin-là, qu'ils s'étaient battus et puis que
finalement, il l'avait étranglée.

Mobile.

Moyens.

Opportunité.

Je sentis l'amertume du café se mélanger avec l'acide au fond de ma gorge, et pendant un instant,
je crus que j'étais sur le point de vomir. Je bus une gorgée d'eau et essayai de rester calme.

Je reposai la feuille sur la table, refusant de la parcourir de nouveau.

Le professeur Worthington et Clémentine commencèrent à discuter, quelque chose à propos de


faire tomber le témoignage de l'amie de Kate, Madeline, parce qu'elle ne les avait jamais vus
ensemble, que tout cela n'était qu'une rumeur.

Les murs semblèrent se refermer sur moi. Je tordis de nouveau ma serviette et essayai de garder
les pieds sur terre.

Thomas me regardait toujours.

Mais cette fois, lorsque je croisai son regard, je n'y remarquai rien.

Aucune émotion, une indifférence totale.

Je le fixai en réponse puis finalement détournai le regard.

Je ne pouvais pas le nier plus longtemps.

C'était un tueur.

Le reste du petit-déjeuner défila en un éclair. Je ne me rappelai rien de ce qui s'était dit, hormis
que les trois parlaient affaire. Personne ne s'attendait à ce que cette audience préliminaire aille
dans notre direction, un procureur n'accusait jamais un suspect à moins qu'il ne soit certain
d'avoir en main ce qu'il faut pour aller au procès.

Il était inhabituel que ces cas soient rejetés par un juge.

Spécialement dans un cas où une jeune fille avait été assassinée.

Mon monde sembla s'écrouler autour de moi, et malgré cela, ces gens agissaient comme si c'était
une journée normale de travail. Ce qui, pour eux, l'était.
Une fois le repas terminé, ils s'attardèrent devant leur café.

"Je suis désolée", dis-je. "Je dois vous quitter pour aller en cours", ce qui était à moitié vrai. Je
devais me rendre en classe, mais j'aurais très bien pu sécher ce cours.

Au moment où je reculai ma chaise pour me lever, j'heurtai notre serveur. "Oh, je suis désolée",
dis-je.

"Ce n'est pas grave, mademoiselle", dit-il gentiment. Et pour une quelconque raison, sa gentillesse
me mit les larmes aux yeux.

Il baissa les yeux sur mon assiette, qui était encore pleine. "Les crêpes n'étaient pas à votre goût?"

"Non", dis-je. "Elles étaient délicieuses". J'avais eu l'impression d'avaler du carton à la première
bouchée. Je n'étais pas certaine que cette impression était due au fait que les crêpes n'étaient pas
bonnes. C'était certainement dû au fait que j'avais l'estomac tellement noué que rien n'aurait eu bon
goût de toute façon.

"Voulez-vous les emporter?"

"Non, merci", dis-je. "Je dois vraiment partir". L'idée de fouiller dans mon sac pour sortir de
l'argent et payer mon repas me traversa l'esprit, mais quelque chose me dit que ce serait gauche,
que cela montrerait que je ne connaissais pas le fonctionnement du métier, encore plus que ce je
l'avais déjà démontré.

J'envoyai de rapides au-revoir à la table.

"Je vous vois demain, Anna", me rappela Clémentine.

Je prétendis ne pas l'entendre, me ruant dans le hall. Mes chaussures glissèrent sur le plancher de
marbre mouillé de la pluie rapportée par les manteaux et les parapluies des clients.

Une fois à l'extérieur, je pris une longue inspiration d'air frais et humide. La bruine était
maintenant plus forte, pas encore une averse mais suffisante pour que je puisse sentir les gouttes
de pluie tomber sur ma peau.

Au départ je trouvai cette sensation réconfortante, puis mes pensées finirent par s'éclaircir et tout
revint à la normale. Je pensai que tout allait bien se passer.

Puis je ressentis une douleur vive, comme si mon estomac se retournait sur lui-même.

J'étais sur le point de vomir.

Je visualisai une poubelle à quelques mètres de là, et je l'atteignis juste à temps pour régurgiter le
peu que j'avais dans l'estomac, du café et quelques bouchées de crêpes. Une fois l'estomac vide,
mon corps ne cessa pas sa trahison. Je commençai à avoir la nausée, une fois, deux fois, trois fois.

Puis cela sembla cesser, je gardai ma tête au-dessus de la poubelle pendant encore une minute,
juste au cas où.

Au moment où j'allais me relever, je sentis une main sur mon dos.

"Anna". Sa voix était empreinte d'inquiétude.

Je me retournai.

"Non, ne…" dis-je en le voyant.

"Est-ce que ça va?"

Je le fixai, incrédule. "Est-ce que ça va?" répétai-je. "Tu te fous de moi, n'est-ce pas?"

"Anna…"

"Arrête de prononcer mon prénom!" Mon corps était rempli de rage, une rage que je n'avais
jamais ressentie auparavant, une rage dont je ne me savais pas capable. J'aurais été capable de tuer
quelqu'un, si j'avais eu quelque chose à portée de main.

"J'ai appelé la voiture", dit-il. "Jared va te reconduire à la suite. Tu pourras m'attendre là-bas".

Je n'essayai même pas de répondre au fait que ce qu'il venait de dire était complètement absurde.
S'il pensait que j'allais retourner dans sa suite d'hôtel après ce que je venais juste de découvrir, il
était malade.

"Pourquoi, Thomas?" demandai-je. Je réalisai que je pleurais au moment où le goût du sel toucha
mes lèvres. Mes larmes étaient mélangées à l'eau de pluie et mes joues étaient trempées. "Pourquoi
est-ce que tu as fait ça?"

"Je n'ai pas tué Kate".

Je secouai la tête. "Pas Kate. Pourquoi est-ce que tu n'as pas daigné me mentionner les preuves
qu'ils avaient contre toi?"

"Je voulais te protéger".

"De quoi?" criai-je. Une femme avec une poussette s'arrêta et nous regarda, s'assurant que je
n'avais pas besoin d'aide. Elle décida que cela ne devait être qu'une banale dispute entre petits
amis, car elle continua sa route quelques secondes plus tard.
C'est un meurtrier, je voulais lui crier. Est-ce que vous saviez ça?

"De tout". Il me fixa du regard et je vis son visage s'adoucir, entraperçus le Thomas dont j'étais
(avais été?) amoureuse. Excuse-toi, pensai-je. Dis-moi que tu es désolé. Mais il ne prononça pas un
mot.

"Est-ce que tu sais ce que ça m'a fait d'être assise là dans cette pièce, d'être en présence du
professeur Worthington et d'une femme que je n'avais jamais rencontrée, alors que je voyais les
preuves pour la première fois? Est-ce que tu te rends compte de l'humiliation que je vais subir
demain quand je vais la rencontrer? Lorsqu'elle va me poser des questions sur ce que toi et moi on
a fait?"

Sa mâchoire se tordit. "Anna", dit-il.

"Arrête de prononcer mon prénom!" Il y avait quelque chose d'intime dans la façon dont il
prononçait mon prénom, et selon moi, il avait maintenant perdu ce droit.

"Est-ce que tu penses vraiment que je t'aurais amené à ce petit-déjeuner, mis ces preuves devant
toi, laissé une femme que tu n'as jamais rencontrée te cuisiner sur notre relation sexuelle juste
parce que je voulais être un connard?"

"Alors pourquoi?" criai-je. "Pourquoi, Thomas?"

"Parce que tu dois te préparer", dit-il. "Tu dois te préparer pour le moment où tu seras appelée à la
barre, Anna. Ils vont te balancer des choses, ils vont essayer de te piéger. Ils vont te cuisiner sur ta
vie sexuelle pas seulement devant un étranger, mais un procureur, un jury, un juge et une salle
d'audience bondée. Quand on sera rendu au procès, Anna, il faudra que tu sois forte. Et si tu penses
que ce qui vient d'arriver était difficile, alors tu vas avoir besoin d'apprendre à avoir la peau un
peu plus dure".

Je le fixai. "Je ne peux pas…" dis-je. Ma gorge se serra, un nœud apparut sur mes cordes vocales.
J'avalai ma salive et le forçai à se relâcher. "Je ne suis plus capable de faire ça. Je dois partir".

"Anna". Il me saisit par le bras. "S'il te plaît, laisse Jared te ramener à la suite. On pourra en
discuter ce soir".

Je voulais le croire. Mais je savais exactement ce qui arriverait si on en parlait ce soir. Ce ne serait
que des demi-vérités prononcées dans un langage ambigu, lui insistant sur le fait qu'il n'avait rien
à voir avec le meurtre de Kate, que tout ce qui était arrivé ce matin n'était que dans l'unique but de
me protéger, de me préparer à l'inévitable destruction qui allait régner sur ma vie.

Sa main était posée sur la mienne maintenant. Sa peau était chaude et invitante. Je ressentis cette
attirance envers lui, ce besoin urgent d'enfouir mon visage contre son torse. Ce besoin qu'il me
déshabille, de sentir ses mains sur mon corps, de m'endormir à ses côtés, d'avoir ses lèvres sur les
miennes.

Je reculai. "Non", dis-je. "Je ne retournerai pas à la suite".

"Anna…"

Je le regardai. "Thomas", dis-je. "Je vais m'en aller maintenant. Ne me suis pas".

Et pour une fois, il m'écouta.

Je retournai dans mon appartement. C'était le seul endroit où je pouvais aller.

"Il y a quelqu'un?" appelai-je en ouvrant la porte. J'avais marché sans arrêt depuis le centre-ville,
principalement parce que j'avais peur de ce qui pouvait arriver si jamais je m'arrêtais, peur que
mes pensées prennent le dessus et m'empêchent de continuer.

Rien n'avait changé. La petite cuisine. Le hall d'entrée. La petite table en bois bon marché que Julia
avait installée à côté de la porte pour y déposer nos clés. Tout me sembla familier et étranger en
même temps. Il n'y avait pourtant pas si longtemps que j'appelais encore cet appartement mon
chez-moi, que c'était mon petit bout de New York à moi, familier et sûr. Maintenant, je ne m'y
sentais plus chez moi.

L'appartement était silencieux, mais il n'avait pas le calme d'un appartement vide.

"Julia?" appelai-je.

"Anna?" appela une timide voix en retour. Je suivis la voix dans le couloir. Julia était dans la salle
de bain. Un mince faisceau de lumière passait sous la porte. "Je sors dans une minute".

Je ne lui avais pas parlé depuis la nuit de cet incident avec Josh, mais étonnamment elle ne sembla
pas fâchée que je sois là.

La porte de ma chambre était fermée. Je pris une profonde inspiration et posai ma main sur la
poignée. Je la tournai doucement, presque effrayée de ce que je pourrais y trouver à l'intérieur.

Mais ma chambre était exactement comme je l'avais laissée, le lit était fait lâchement, les rideaux
fermés. Elle était un peu poussiéreuse, comme si personne ne l'avait habitée pendant un moment,
mais autrement, rien ne semblait avoir été déplacé.

Je lâchai un soupir de soulagement.

Je surpris mon reflet dans le miroir au-dessus de la commode.


"Oh", dis-je, choquée de mon propre reflet. Mes cheveux ressemblaient à un nuage de frisottis
enveloppant ma tête. Mon maquillage avait coulé sur mon visage, laissant des tâches sombres sous
mes yeux et des traînées sèches sur mes joues. J'avais des marbrures rouges sur le cou,
certainement causées par la combinaison du stress et de la pluie.

"Hey", dit Julia, apparaissant dans le cadre de ma porte.

Contrairement à moi, ses cheveux étaient lisses et remontés en queue de cheval. Elle sentait le
shampoing et le savon. Son visage était propre. Je n'avais presque jamais vu Julia sans maquillage,
c'était l'une de ces filles qui avait un placard complet à maquillage, le genre de fille qui essayait
tous les nouveaux trucs et achetait les nouveaux produits, contrairement à moi qui avait un certain
look que j'essayai de conserver. Son visage immaculé la faisait paraître plus jeune, plus
vulnérable.

Elle portait juste un tee-shirt blanc qui pendait sur sa frêle ossature jusqu'aux genoux. Je me
demandai s'il appartenait à Josh.

"Salut", dis-je. Je sortis un paquet de lingettes démaquillantes de ma trousse de toilette et en frottai


une sur mon visage souillé.

Si Julia était perturbée par mon apparence, elle ne le fit absolument pas remarquer.

"Tu es de retour?" demanda-t-elle.

J'hésitai. Dire que j'étais de retour me sembla un peu trop définitif. Mais je ne pouvais pas
continuer à le nier. Et dire que je n'étais que de passage ne ferait que prolonger l'inévitable c’est-à-
dire de retourner se faire aspirer dans le vortex Thomas.

"Oui".

Elle hocha la tête en signe d'acceptation. Elle jouait avec le bas de son tee-shirt. "Est-ce que tu veux
parler de ce qui s'est passé?"

"Je ne sais pas", dis-je prudemment. Je savais que nous allions devoir en parler, notamment si je
revenais habiter ici. Mais j'étais tellement fatiguée que je ne savais pas si je pourrais survivre à une
nouvelle confrontation.

"Je, humm…" Julia regarda par-dessus son épaule comme si elle avait peur que quelqu'un entende.
"Je suis enceinte".

"Quoi?" répétai-je, surprise.

"Je suis enceinte". Elle murmurait, même si nous étions seules dans l'appartement. "Josh ne le sait
pas encore".

Je secouai la tête. "Julia, c'est impossible. Tu ne le fréquentes pas depuis assez longtemps pour être
capable de savoir que tu es enceinte".

Je vis un sentiment de culpabilité traverser son visage. Donc elle n'avait pas commencé à
fréquenter Josh l'autre nuit. Mais cela faisait bien plus longtemps que cela. "Ok", dis-je, secouant la
tête de nouveau. "Tu es enceinte de combien?"

Elle leva la main en l'air et je réalisai qu'elle tenait un test de grossesse. "Je ne sais pas. Je viens
juste de le découvrir".

"Et Josh ne…"

"Non". Elle secoua la tête. "Il ne sait pas".

Je touchai doucement son poignet. Je le retournai pour avoir une meilleure vue sur le test qu'elle
tenait. Peut-être s'était-elle trompée. Peut-être le lisait-elle incorrectement. Mais c'était un de ces
tests digitaux, le genre de ceux qui vous enlevaient tout le travail de supposition, qui éradiquaient
toute trace d'espoir d'avoir commis une erreur de lecture.

Aucune erreur possible, le mot "ENCEINTE" clignotait sur l'écran.

"Qu'est-ce que tu vas faire?" demandai-je gentiment. Je ne voulais émettre aucune hypothèse, ni
dans un sens, ni dans l'autre.

"Je ne suis pas sûre", dit-elle. "Je ne suis juste…". Son regard tomba sur mon poignet et elle fronça
les sourcils. Elle saisit ma main, remonta la manche du pull que je portais et regarda les légères
marques qui subsistaient sur mon poignet.

"Toi aussi", dit-elle en traçant le contour avec son doigt. Le ton de sa voix marquait la stupéfaction,
la méfiance, la surprise, le soulagement, tout en même temps.

"Quoi?" Je fronçai les sourcils.

"Toi aussi". Elle retourna son poignet et me montra ses contusions.

"D'où viennent ces marques?" demandai-je.

"Josh".

Elle prononça son nom de façon pragmatique, sans aucune trace de colère ou d'inquiétude. Était-il
possible que Josh l'ait ligotée de la même manière que Thomas? Ou était-elle battue?

"Julia", commençai-je. "Est-ce que Josh…"


"Il y a quelqu'un?". Le bruit de la porte d'entrée résonna dans tout l'appartement, suivi de la voix de
Josh qui appelait depuis l'autre bout du couloir.

Julia retira rapidement son bras comme si elle venait de se brûler. Elle jeta le test de grossesse dans
la poubelle.

"On est là", dit-elle.

"Qui ça 'on'?", appela-t-il, puis il tourna le coin et son regard tomba sur moi.

"Oh. Salut".

"Salut". J'essayai de garder une voix légère et contrôlée. La dernière chose que je voulais était de
montrer ma faiblesse. J'allais être coincée dans cet appartement jusqu'à ce que je trouve une
nouvelle place pour vivre. Et je voulais que Josh sache qu'il devait rester loin, très loin de moi.

Mais à ma grande surprise, Josh soupira puis regarda ses pieds. "Écoute, Anna, je suis vraiment
désolé", dit-il. "Je ne voulais pas foutre en l'air ton couple avec Thomas".

Les battements de mon cœur s'accélérèrent à la mention du nom de Thomas. "Quoi?"

"La police m'a interrogé à propos de ce qui est arrivé l'autre jour dans le parc, tu sais, quand
Thomas m'a couru après? Et je leur ai dit qu'il était évident que vous vous voyiez tous les deux. Je
ne savais pas qu'ils t'avaient demandé de témoigner, avant que je parle au professeur Worthington
ce matin".

"Tu vas témoigner à un procès?" demanda Julia, écarquillant les yeux. "Qu'est-ce qui s'est passé?"

"Le petit copain de Anna a été arrêté pour meurtre", dit Josh à Julia. "C'est le cas sur lequel je
travaille".

"Oh mon dieu", dit Julia. Ses yeux tombèrent sur mes poignets, et je rabaissai les manches de mon
pull en espérant que Josh n'ait rien vu.

"Ce n'est pas mon petit ami", bredouillai-je.

Le couloir se remplit d'un silence inconfortable. Une partie de moi avait envie d'hurler après Josh
pour avoir dit à la police que je voyais Thomas, de lui dire qu'il avait tout ruiné, mais j'en fus
incapable. J'étais trop épuisée.

Et cela n'aurait rien changé. Ce qui était fait était fait.

"Bon", dit finalement Julia, brisant le silence. Elle se retourna vers Josh. "Es-tu prêt pour sortir
déjeuner?"
"Ouais". Josh me jeta un coup d'œil, un sentiment d'inquiétude brouillant son visage. Mais je
n'étais pas dupe. "Est-ce que ça va, Anna? Est-ce que tu veux venir avec nous?"

"Non". Je secouai la tête et posai la main sur ma porte de chambre ouverte afin de leur transmettre
le message que j'étais sur le point de la fermer. "J'ai beaucoup de choses à lire".

Ils disparurent dans le couloir jusque dans la chambre de Julia. Je les entendis discuter pendant un
moment, probablement pendant qu'elle s'habillait. Quelques minutes plus tard, la porte d'entrée
s'ouvrit puis se referma et un calme silencieux tomba dans l'appartement.

Aussitôt que je fus certaine qu'ils soient partis, je retirai mon jean, grimpai dans le lit et
m'endormis.

Quand je me réveillai, la chambre était dans l'obscurité. Lorsque je m'étais endormie il y avait de
la lumière à l'extérieur, même avec le temps bruineux, le ciel envoyait suffisamment de lumière
pour éclairer la pièce.

Maintenant, le soleil avait plongé sous la ligne d'horizon.

Il était vingt heures.

J'avais dormi pendant presque dix heures.

J'avais mal au cou, et j'essayai de m'étirer en sortant du lit et marchai doucement en direction de la
salle de bain.

Je me brossai les cheveux, me lavai les dents et me nettoyai le visage. J'enfilai un jean propre et un
pull gris clair. Je flânai dans la cuisine et ouvris le réfrigérateur, mais bien sûr il était vide.

Julia ne mangeait pas.

Je n'avais pas faim de toute façon.

J'étais inquiète.

Je restai plantée au milieu de la cuisine pendant un moment, le regard absent, l'esprit


complètement vide.

J'attrapai mes clés et mon sac à main sur la table d'entrée.

J'allais sortir me promener.

Lorsque j'arrivai sur le trottoir, je remarquai que la ville était vivante et je me laissai avaler par la
foule.
Je marchai.

Et marchai.

Et marchai encore.

La pluie avait cessé, mais le sol était juché de flaques d'eau résiduelles.

L'air avait une odeur différente, comme si les choses étaient sur le point de changer.

Je me dis que je devais continuer de regarder devant et que tout allait bien se passer.

Et sans savoir comment, je me retrouvai devant l'immeuble où Thomas avait ses bureaux.

Je restai dehors, regardant l'immeuble, l'imaginant à l'intérieur, travaillant sur une entente assis à
son bureau. Je savais que c'était stupide. Il était probablement à son appartement à cette heure-ci. Il
n'avait pas tenté de me joindre, ni par téléphone, ni par texto depuis que je l'avais quitté.

Je restai là un long moment, comme enracinée. Le vent se leva, et au moment où j'allai partir, la
porte de l'immeuble s'ouvrit et Clémentine sortit en hâte.

Elle ne remarqua pas ma présence.

Elle se dirigeait dans la direction opposée. Quelque chose sur l'écran de son téléphone distrayait
son attention.

Pourquoi était-elle dans le bureau de Thomas? Une rafale de vent souffla de nouveau et ma colère
redoubla.

J'en avais assez de ne pas avoir de réponses.

Avant de me rendre compte de ce que je faisais, j'étais déjà en train de pousser les portes brillantes
de son immeuble et marchai en direction du bureau de sécurité. Lorsque je donnai mon nom, ils
me laissèrent passer immédiatement. Thomas avait probablement inscrit mon nom sur une
quelconque liste.

Lorsque j'arrivai à l'étage, tout était silencieux et le bureau de réception était vide.

Mais la lumière de son bureau était allumée et un faisceau de lumière passait sous la porte.
Maintenant que j'étais là, ma colère s'estompa. Qu'est-ce que j'allais faire? Marcher dans son
bureau et demander à savoir ce qui se passe?

Pendant un instant, cela me sembla absurde.

Mais une seconde plus tard, cela me sembla parfaitement sensé.


Pourquoi ne pourrais-je pas entrer dans son bureau et demander quelques réponses?

Je me dirigeai à vive allure vers son bureau et frappa à la porte.

Silence.

"Thomas?" criai-je. "C'est moi. Ouvre la porte".

Il apparut une seconde plus tard. Si notre dispute dans la rue un peu plus tôt avait eu un quelconque
effet sur lui, cela ne se remarqua pas. Il était impeccable, son costume immaculé, ses cheveux
tombant parfaitement sur son front.

Il sembla quelque peu surpris de me voir, mais je ne lui donnai pas la chance de me refuser
l'entrée.

Je le bousculai et entrai dans le bureau.

"Pourquoi as-tu fait semblant de ne pas connaître Clémentine ce matin?" demandai-je. Je croisai les
bras sur ma poitrine et tapai nerveusement du pied sur la moquette.

"Content de te voir aussi", répondit-il sèchement, refermant la porte de son bureau derrière moi.

"Réponds-moi".

Il marqua une pause avant de répondre. "Parce que la façon dont je la connais ne regarde
personne".

"Et qu'est-ce que c'est sensé vouloir dire?"

Il me regarda avec une expression parfaitement contrôlée. "Je vais me servir un verre. Est-ce que
tu en veux un?"

"Non, je ne veux pas un verre!"

Il traversa la pièce en direction du bar et se versa un verre, une sorte de liquide ambré qui semblait
plutôt cher. Il prit une longue gorgée et me regarda pensif.

"Thomas", dis-je. Ma voix se fissura. "S'il te plaît… est-ce que tu peux simplement me dire d'où tu
la connais?" C'était stupide. Une question stupide à poser. De toutes les choses que j'aurais pu lui
demander de m'expliquer, l'ADN sous les ongles de Kate, la dispute, les empreintes dans son
appartement, c'était la chose la plus futile. Mais je voulais qu'il me dise quelque chose, n'importe
quoi.

"Elle suivait Stéphane".


"Quoi?"

"Elle suivait Stéphane pour moi, s'assurait qu'il n'avait pas d'ennuis. Elle le suit depuis des années,
depuis que je l'ai fait acquitter pour le meurtre de Viviane de Trémond".

"C'est un détective privé?"

"Et une avocate aussi. Parmi d'autres choses".

"Pourquoi as-tu fait semblant de ne pas la connaître?"

"Parce que Colin n'a pas besoin de tout savoir". Il vida son verre et me regarda. "Pourquoi es-tu là,
Anna?"

"Quoi?"

"Pourquoi es-tu là? Tu as été parfaitement claire ce matin sur le fait que tu ne voulais plus me
parler".

"Je ne sais pas".

"Tu ne sais pas?"

"Je suis ici parce que je veux des réponses".

"Des réponses?"

"Oui, des réponses. Je veux que tu me dises que tu n'as pas tué Kate".

"Je n'ai pas tué Kate, Anna", dit-il. "Je te l'ai répété maintes fois". Le ton de sa voix monta et je
remarquai sa main se resserrer autour de son verre. La porte de son bureau était fermée, il n'y
avait rien sur le plancher. Les rideaux étaient fermés. Je réalisai à quel point nous étions seuls et
coupés du monde, et mon cœur se mit à cogner dans ma poitrine.

"Est-ce que tu te rends compte combien c'est difficile pour moi?" demandai-je. "Combien c'est
difficile de t'entendre répéter ça, quand chaque jour une nouvelle chose fait surface et pointe
directement vers toi?"

Son sang-froid s'évanouit en un instant. "Combien d'est difficile pour toi?" demanda-t-il. "Combien
c'est difficile pour toi? Est-ce que tu penses que c'est juste une promenade de santé pour moi,
Anna? Tu penses que je ne vois pas à quoi ça ressemble?"

"Non, je ne pense pas que c'est facile pour toi, Thomas", dis-je. "Mais tu ne veux… tu ne veux rien
me dire, tu ne me laisses pas approcher!".
"Je t'ai tout dit!" enragea-t-il. "Oui, Kate et moi on s'est disputés. On s'est disputés parce que je l'ai
confrontée sur le fait qu'elle relâchait des informations sur mes affaires. Je t'ai déjà raconté tout ça
quand tu as trouvé les photos dans mon appartement. Mais tu t'en fous, Anna, tu…". Sa voix traîna.
"Il n'y a rien que je ne puisse dire pour te le prouver. Tu auras toujours des doutes sur moi".

Il se dirigea vers le fauteuil en cuir du coin, s'assit et vida son verre.

Il regarda le sol, abattu.

Je m'approchai et m'assis à côté de lui.

"Tu devrais partir Anna", dit-il. "S'il te plaît, va-t'en avant que l'un de nous soit blessé".

C'était la première fois qu'il admettait l'éventualité que je pourrais le blesser autant qu'il pouvait me
blesser. Je pus entendre la douleur dans sa voix, brute et réelle, et à ce moment précis tout ce qui
comptait pour moi était de faire disparaître sa douleur. Et faire disparaître aussi cette douleur
sourde qui parcourait mon cœur à cause du fait d'être proche de lui.

"Thomas", murmurai-je en posant ma main sur son bras. "Fais en sorte que je puisse te faire
confiance. S'il te plaît, je… je veux avoir confiance en toi. Fais quelque chose pour".

Il m'ignora, secoua la tête et fixa le sol.

"S'il te plaît". J'hésitai un moment, puis me levai et ôtai mon pull et mon pantalon. J'étais en sous-
vêtements. Je m'adossai dans le fauteuil, soulevai mon pied et l'approchai de son dos.

Il se leva et me regarda. Ses yeux me dévisagèrent. Je détachai mon soutien-gorge, glissai les
bretelles par-dessus mes épaules et le laissai tomber sur le sol.

Je sentis l'interrupteur basculer en lui, sentis la fournaise de son désir s'allumer au moment où mes
mamelons durcirent sous son regard.

Il saisit mes hanches à la vitesse d'un cougar, me tira vers lui jusqu'à ce que je repose à moitié sur
le fauteuil, à moitié sur le canapé, les jambes par-dessus les accoudoirs.

Il glissa un doigt dans ma bouche et je le suçai, le goût de sa peau envoya une chaleur dans tout
mon corps. J'aurais préféré sa queue, aurait souhaité qu'il grimpe au-dessus de moi et qu'il
m'enfonce sa queue dans la bouche, qu'il m'étouffe jusqu'à ce que je le croie.

"Tu n'as pas confiance en moi, Anna", dit-il, la colère rageant sous la surface. C'était une
affirmation, pas une question, mais je lui répondis quand même.

"Si, j'ai confiance en toi".


Il secoua la tête. "Non, tu n'as pas confiance en moi". Il retira son doigt de ma bouche et effleura
mes lèvres. Il continua de descendre doucement le long de mon corps. Il encercla chacun de mes
mamelons. Ma salive qui mouillait son doigt fit pointer mes seins encore plus.

"Je veux", murmurai-je. "Je veux avoir confiance en toi, Thomas".

Il continua son toucher si délicat, il effleurait presque ma peau ce qui était destiné à me taquiner. Il
passa sur mon ventre jusque sur mon pubis, son articulation effleurant ma chatte.

Lorsqu'il réalisa à quel point je mouillais, ses lèvres arborèrent un large sourire.

Il savait exactement ce qu'il faisait, savait exactement comment s'y prendre pour me faire crier et
gémir jusqu'à ce que je jouisse.

Mais il allait d'abord me taquiner.

Son doigt recourbé frôla ma fente, me laissant lisse et humide. Il ne me quitta pas des yeux, il me
regardait étendue là, vulnérable, mon corps exposé à lui alors que ma respiration se faisait
haletante.

Il prit son temps, dessinant de petits cercles autour de mon clitoris. Je fermai les yeux et penchai la
tête en arrière, essayant volontairement de ne pas émettre un son. Mais l'attente était atroce, et un
gémissement m'échappa.

Je pensai que la punition serait rapide et sévère, je savais maintenant que je devais rester
silencieuse à moins qu'on m'en ait donné la permission.

Mais au lieu de cela, lorsque j'ouvris les yeux, je vis le visage de Thomas arborant un grand
sourire. Et c'est à ce moment que je sus que cela allait être encore plus intense que ce que j'avais
imaginé.

"Est-ce que ça te plait ?" demanda-t-il, son doigt bougeant toujours avec douceur.

"Oui".

"Est-ce que tu sais ce que je vais te faire, Anna?" demanda-t-il sur un ton bourru.

"Non".

"D'abord je vais glisser mon doigt à l'intérieur de toi". Son doigt glissa à l'intérieur de moi, se
courbant autour de mon point G jusqu’à ce que je suffoque. "Et puis je vais te faire mouiller et
t'exciter à un tel point que tu feras tout ce que je te dirai. Tu comprends?"

"Oui".
Je résistai à l'envie de me frotter contre son doigt, pour qu'il me baise profondément avec force.
J'étais déjà tellement excitée, si mouillée, glissante et prête à l'accueillir que cela en était presque
intolérable.

Je voulais le libérer de sa douleur, lui faire oublier ce à quoi il faisait face. Je pensai être en
contrôle de cela, pensai que c'était mon choix quand en fait, Thomas avait eu le contrôle depuis le
tout début.

Il enfonça son doigt plus profondément, tout en frottant mon clitoris avec son doigt. Il garda son
doigt immobile mais son pouce continuait de bouger. Le contraste entre ces deux sensations, l'une
immobile et dure, et l'autre lente et douce, me rendit folle.

Mon envie de lui s'intensifia, et je pus déjà sentir les grondements d'un orgasme prendre forme.

Il avait dû le lire sur mon visage.

"Non. Pas avant que je te le dise".

"Mais je ne peux pas…"

"Non". Il pressa son corps au-dessus du mien, son poids m'enveloppant, lourd et puissant. "Si tu
viens avant que je te le dise, ce sera pire ensuite. Tu comprends?"

J'acquiesçai.

Il se leva de nouveau, saisit mes jambes et me souleva du fauteuil jusqu'à ce que je sois agenouillée
devant lui. Son regard était en flamme, buvant mon corps des yeux comme si j'étais un bon vin. Je
gardai mon regard fixé sur lui, résistant le besoin de couvrir mon ventre, de couvrir mes seins. Je
savais que cela lui déplairait.

Je voulais tellement lui faire plaisir.

Fais quelque chose pour que je te croie, pensai-je. Fais quelque chose pour que je te fasse
confiance, Thomas. Je veux te faire confiance.

"Sors ma queue".

Je détachai sa ceinture et descendis sa braguette, aimant la façon dont sa queue surgit, dure et prête.

J'avançai ma main, mais il me saisit le poignet.

"Non".

Je reculai puis le fixai, attendant les instructions. J'attendis qu'il m'ordonne d'ouvrir la bouche, qu'il
me tienne l'arrière de la tête et qu'il enfonce son gland en moi.
J'avais envie de le goûter, de le sentir dur dans ma bouche, écarter mes joues. Je voulais qu'il
m'étouffe avec sa queue.

Mais au lieu de me faire le sucer, il fit un pas en arrière. J'avançai de quelques centimètres sur mes
genoux, la panique s'emparant de moi à la pensée qu'il me laisserait là à attendre, comme il l'avait
déjà fait.

"Stop". Il leva sa main, paume vers l'avant. Je m'arrêtai.

Il traversa la pièce jusqu'au bureau dans le coin, resta debout à me fixer.

"Rampe vers moi, Anna", grogna-t-il. Je rampai dans sa direction, la moquette était rugueuse sous
mes mains et mes genoux.

Lorsque j'arrivai vers lui, je m'agenouillai la tête basse, attendant les nouvelles instructions.

"Bonne fille", dit Thomas sur un ton approbateur. "Maintenant, descends mon pantalon".

Je descendis son pantalon, défit sa cravate, déboutonnai sa chemise et la jetai plus loin. Quand il fut
entièrement nu, il traversa la pièce et disparut de mon champ de vision. Je l'entendis fouiller dans
le placard.

"Retourne vers le canapé en rampant, Anna".

Je m'exécutai, rampant vers le canapé, attendant.

Lorsqu'il revint, je sentis son souffle à l'arrière de mon cou. Il se pencha pour me parler et son
corps enveloppa le mien.

"Je vais t'attacher les mains ensemble maintenant, Anna", dit-il. Son souffle était chaud sur mon
cou, ses lèvres effleuraient ma peau. "Je vais t'attacher puis je vais te punir".

Je me mordis la lèvre.

"Est-ce que tu comprends?"

"Oui, monsieur".

"Est-ce que tu sais pourquoi tu vas être punie?". Il saisit mes bras, les força derrière mon dos et
croisa mes poignets.

"Parce que je…"

"Est-ce que tu as confiance en moi, Anna?"

"Oui".
"Est-ce que tu sais ce que je ressens quand tu fais comme si ce n'était pas le cas?"

"Non".

"Est-ce que tu veux me prouver que tu as confiance en moi, Anna?" murmura-t-il.

"Oui". Je sentis quelque chose de rugueux et ondulé glisser sur mes poignets. Une corde. Thomas
me ligotait les poignets à l'aide d'une corde. Il n'y aurait pas de menottes, pas d'écharpe, pas de
cravate. Cette fois, je serai attachée avec une corde, le genre de corde qui pourrait laisser de
profondes marques.

Le désir submergea mon corps, souhaitant qu'il laisse ses marques sur moi.

Arrête, me cria mon esprit. Est-ce que tu es folle? Tu es sur le point de témoigner lors d'une
audience préliminaire. Tu veux vraiment avoir des marques de ligatures sur tes poignets?

Je refoulai ces pensées de mon esprit.

Je m'en fichais.

J'étais imprudente, ivre de désir et d'excitation, le genre d'abandon de soi que je ne connaissais qu'à
travers les livres, le genre que je n'aurais jamais imaginé exister dans la vraie vie. Le genre de
désir insensé qui pouvait vous faire faire n'importe quoi, le genre qui pouvait altérer votre
jugement et vous faire perdre la raison.

Thomas serra la corde, les brins mordant ma peau.

Puis il me poussa sur le canapé, de sorte que ma joue frotte sur le cuir. Il retira mon string en un
rapide mouvement.

J'entendis comme un sifflement, puis sentis quelque chose de doux et flexible glisser sur ma peau.

Sa ceinture.

"Je vais maintenant te fesser avec cette ceinture, Anna", dit-il d'un ton monotone.

Il eut à peine terminé sa phrase lorsque je l'entendis.

Slash.

La ceinture mordit l'air et atterrit sur mon postérieur. La frappe fut douce, suffisante pour laisser
une sensation chaude sur ma peau, mais sans faire mal.

"Est-ce que tu as confiance en moi, Anna?" demanda Thomas.

"Oui".
"Je ne te crois pas".

Il ponctua ses mots avec des coups de fouets.

Les frappes devinrent plus fortes, et la dernière me fit crier. Ma peau était à vif et douloureuse, et
une sensation piquante traversa ma peau. Je m'en fichais. J'étais tel un animal, délirante et hors de
mon esprit. J'en voulais plus. "Continue, s'il te plaît", dis-je. "J'en veux plus".

Il traversa mon champ de vision, son corps puissant, grand, autoritaire. La pièce était sombre, les
rideaux étaient fermés et il passa devant la lampe qui éclairait son bureau, l'illuminant et renvoyant
une ombre pure.

"Plus de quoi, Anna?" Il saisit mon menton, le tenant doucement dans sa main. Son pouce caressait
ma lèvre inférieure et glissa à l'intérieur de ma bouche.

"Plus de soumission".

Il fit un large sourire, un sourire malicieux puis il saisit la ceinture et l'enroula autour de mon cou.
Je restai immobile. C'était un autre de ses tests. Il serra la ceinture autour de mon cou, comme un
collier.

"Je veux que tu grimpes sur le canapé maintenant". Il enroula le bout de la ceinture autour de sa
main, serrée. "Et mets-toi à quatre pattes".

Je grimpai comme il avait demandé, le cuir lacérant ma peau au moindre mouvement. Je me mis à
quatre pattes, les fesses en l'air.

"Cambre le dos. Montre-moi tes fesses".

Je cambrai le dos, soulevant mes fesses vers lui. Il frotta la peau douloureuse de mon postérieur,
puis m'administra une claque piquante de la main, histoire de me laisser savoir que même l'absence
de ceinture dans ses mains ne signifiait pas que la douleur était terminée.

J'étais si excitée que j'avais l'impression d'être proche de l'explosion

"Putain, tu es si belle", dit-il d'une voix éraillée. Il saisit une poignée de mes cheveux, l'enroula
autour de sa main et l'enchevêtra avec la ceinture. Je gémis. J'étais à sa merci, d'une simple traction
il tirait mes cheveux et m'étranglait en même temps.

Son autre main frottait doucement mes fesses, et puis je le sentis glisser un doigt entre mes fesses.

"Je vais te prendre par derrière, Anna", dit-il.

Les mots envoyèrent un signal de panique dans tout mon corps et je gémis. Je pensai qu'il
essaierait de me préparer d'abord, qu'il se servirait de ses doigts ou bien du gode anal comme la
dernière fois, mais une seconde plus tard je sentis sa queue contre moi.

Je gémis de nouveau et il tira doucement sur la ceinture. "Ne fais pas un bruit. Ne bouge pas". Sa
queue dure était contre mes fesses et je sentais pousser plus fort contre moi.

Il marqua une pause insoutenable, puis je sentis enfin son gland pénétrer doucement en moi.

Cette sensation m'était si étrangère, si surprenante qu'elle me fit haleter. En retour, il me donna une
claque piquante sur les fesses et un autre coup sur la ceinture.

Il attendit jusqu'à ce que je sois silencieuse, puis me pénétra plus profondément.

Mon anus s'enroula autour de lui, envoyant des vagues de douleur dans tout mon corps. Il enfonça
plus profondément, si profondément que je fus à deux doigts d'utiliser notre mot de sécurité, j'allai
le prononcer quand la douleur commença à s'estomper.

Je sentis me relâcher autour de lui, la douleur remplacée par le plaisir.

Il me pénétra d'un seul mouvement fluide, puis réunit mes cheveux dans sa main et allongea son
corps contre le mien.

Il me saisit par le menton et m'embrassa profondément, sa langue s'emmêlant avec la mienne, sa


main se promenant sur mes seins.

"Je vais te sodomiser", dit-il. "Je veux que tu gémisses maintenant, Anna. Tu comprends?" Ses yeux
étaient fixés sur les miens, sa queue enfoncée en moi. Le poids de son corps sur le mien, la douce
solidité de son torse contre mon dos, le bleu de son regard constituait la chose la plus érotique qui
ne m'était jamais arrivée.

J'avais confiance en lui.

Vraiment.

Je l'aimais.

Les mots me brûlèrent les lèvres, je voulus les prononcer, voulus les laisser s'échapper.

Je t'aime, Thomas.

Je vis une lueur de quelque chose traverser son visage, comme s'il le savait.

Puis il se releva et commença à me baiser.

Il me baisa avec force, il me baisa profondément, me pénétrant par mes parties les plus intimes. Sa
main était toujours enroulée autour de la ceinture, l'utilisant comme levier pendant qu'il me
sodomisait et me fessait.

"Merde, tu es si bonne", gémit-il. "Ton petit cul est si bon".

Je gémis et me poussai contre lui, mais il enroula la ceinture autour de sa main et tira dessus.
"Non", grogna-t-il. "C'est moi qui contrôle. Reste immobile".

Je restai immobile alors qu'il me martelait de plus en plus fort.

"Je vais éjaculer en toi, bébé", dit-il. "Je veux que tu jouisses avec moi".

J'étais au bord de l’explosion depuis si longtemps, et l'entendre prononcer ces mots fut suffisant
pour déclencher l'orgasme.

"Jouis pour moi", gémit-il et une seconde plus tard, je jouis. Ma chatte convulsa, et je le sentis
décharger sa semence en moi, la chaleur remplissant mon corps, sa semence parcourant toute la
distance vers mon estomac.

Lorsqu'il eut terminé, il se retira doucement et retira la ceinture de mon cou.

Il enroula ses bras autour de moi, et me posa sur le fauteuil. Nos corps étaient entremêlés et il
m'embrassa doucement sur le front.

Alors qu'il me serrait contre lui, une prise de conscience s'écrasa sur moi comme des vagues,
martelant mon âme. Je ne pouvais rester loin de lui. Et il ne pouvait pas rester loin de moi.

Douter de lui n'était plus une option.

Je devais lui faire confiance, je devais me dévouer entièrement à lui de la même manière que je
venais juste de le faire. Je devais avoir la foi, même lorsqu'il se refermerait et remonterait ses
barrières. Je devais décider de le croire, quoi que disent les preuves.

Et si je devais faire cela, je devrais me donner à lui et me permettre d'essayer et d'imaginer une vie
avec cette homme, je devrais faire tout mon possible pour l'aider à prouver son innocence.

Thomas me serra fort, l'odeur de cuir, d'alcool et de sexe parfumant la pièce.

Il laissa courir sa main sur mon dos, ses doigts s'entortillant dans mes cheveux.

"Anna", murmura-t-il.

"Oui?"

Il prit mon menton dans sa main et me tourna le visage, me forçant à le regarder dans les yeux. "Je
t'aime", dit-il d'une voix chargée d'émotion.

"Moi aussi je t'aime", dis-je. Ces mots n'avaient jamais autant eu de signification dans ma vie.

Je l'aimais.

J'étais amoureuse de lui.

Je resterai à ses côtés quoi qu'il arrive.

"Thomas", dis-je.

"Oui?"

"Il faut qu'on découvre qui a tué Kate".

"Non, il ne faut pas, Anna". Un sentiment de déception apparut dans sa voix. Je savais qu'il pensait
que c'était la base du droit criminel, la défense ne devait pas prouver que quelqu'un d'autre avait
commis le crime. Elle devait juste laisser le doute raisonnable que le suspect ne l'avait pas commis.

Mais c'était un pur fantasme de penser que le procureur n'arriverait pas à faire passer son fardeau de
preuves. Les jurys étaient difficiles. Ils pouvaient émettre un verdict basé sur un million de facteurs
différents, la couleur de la chemise de quelqu'un, un procureur qui leur rappelait un proche. Mais
trouver un autre suspect, ou résoudre le meurtre, cela ne comptait pas.

"Nous allons trouver qui a fait ça à Kate", dis-je.

Thomas recula et me regarda. "Anna", dit-il sur la défensive. "De quoi est-ce que tu parles?"

J'emmêlai mes jambes avec les siennes, appréciant la sensation de sa peau chaudes et de ses muscles
tendus. "Nous devons le poursuivre".

"Qui?"

"Le tueur", dis-je, le cœur battant. "Nous devons le poursuivre". C'était une idée folle mais qui
pouvait fonctionner. J'avais ce pressentiment.

"Non, Anna". La main de Thomas courut sur mon bras et envoya un frisson le long de ma colonne
vertébrale.

"Si". Je me relevai sur mon coude. "Nous allons le poursuivre". Je regardai Thomas, le menton en
l'air, le défiant de contredire ce que j'allais lui dire. "Ce ne sera pas compliqué. Tu n'auras qu'à
m'utiliser comme appât".


11. CE QU’IL DÉCIDE.

THOMAS
Je me mis à rire.

Anna déclarant qu'elle allait servir d’appât à un tueur et le ferait sortir de sa cachette était la blague la
plus ridicule que je n'avais jamais entendue.

Elle me regardait sérieusement avec ses grands yeux de biche. Mon cœur se serra lorsque je réalisai le
danger de la situation. "Je ne rigole pas", dit-elle doucement en se mordant la lèvre.

Je me mis à rire de nouveau.

"Thomas!" Elle se releva en position assise. Cette vision d'elle assise dans mon fauteuil de bureau, la
lueur de la lune filtrant à travers la fenêtre et illuminant sa peau, me donna de nouveau envie d'elle,
même si je venais juste de la baiser. Ma queue se gorgea de sang alors que je posai mon regard sur ses
courbes luxuriantes et sa peau couleur crème. "Arrête de rire".

"Alors arrête de raconter des blagues".

"Je te l'ai dit, je ne blague pas". Son regard se durcit sous la détermination, et une colère noire
s'empara de moi, menaçant de me faire perdre mon sang-froid.

"Anna", dis-je doucement. "Te mettre en situation dangereuse n'est pas quelque chose avec lequel on
peut plaisanter". Je lui saisis les poignets et l'attirai contre moi de façon à ce que son visage soit à
quelques millimètres du mien. Je parcourus son visage du regard, cherchant le moindre indice qui
démontrait qu'elle comprenait la gravité de la situation.

"Je ne blague pas", répéta-t-elle, et ma colère s'enflamma de plus belle.

"Arrête". Je resserrai mon emprise sur ses poignets et je me déplaçai sur le fauteuil, écrasant mon
corps contre le sien. Ma queue palpita et durcit contre son corps.

Je t'aime, pensai-je. Je t'aime plus que tout au monde, y compris Nora, alors que j'étais certain de ne
jamais pouvoir aimer une autre personne comme je l'aimais.

La pensée de Anna vagabondant dans les rues de la ville pendant qu'un cinglé dérangé la traquait me
remplit d'une rage que je n'avais pas ressentie depuis des années, depuis la nuit où j'avais dû saisir une
batte de baseball pour ruer mon beau-père de coups. Une rage telle que celle-là était incontrôlable, et
si elle éclatait, je n'étais pas sûr de ce qui pourrait arriver.

"Thomas", murmura-t-elle en repoussant une mèche de cheveux de son visage.

"Chhh". Je posai mon doigt sur ses lèvres. Elle devait rester silencieuse.

Je laissai courir mes mains sur son corps, savourant ses délicates courbes. Elle était tout pour moi.
Sans Anna, je n'étais rien.

Je ferais n'importe quoi pour la garder en sécurité.

N'importe quoi.

Même si cela signifiait de passer le reste de ma vie en prison.

Je me devais de la protéger, et je donnerais ma vie pour cela.

ANNA
Les lèvres de Thomas s'entrouvrirent alors qu'il me regardait. Ses mains vagabondèrent sur mon
ventre, mes hanches, mes cuisses et je pus sentir mon corps répondre à ses caresses, mouillée entre
mes jambes quand instinctivement, je le serrai contre moi.

J'adorai sentir le poids de son corps sur le mien, cette façon qu'il avait de me donner l'impression d'être
frêle et fragile. Je n'essayai même pas de l'arrêter lorsqu'il passa ses doigts sur les courbes de mon
ventre. Je gémis doucement lorsqu'il baissa la tête et lécha la peau de mon épaule de sa langue chaude et
humide.

Il me pénétra, écartant ma chatte autour de sa queue alors que ses yeux étaient fixés sur les miens.

"Anna", murmura-t-il avant de m'embrasser délicatement sur les lèvres.

Il continua ses mouvements doux et lents, ses yeux toujours sur moi. Je haletai et renversai ma tête en
arrière, pendant que des vagues de plaisir parcouraient mon corps.

"Regarde-moi", murmura-t-il, son souffle chaud sur ma peau. "Regarde-moi quand tu jouis". J'ouvris
les yeux et vis mon émotion se refléter sur son visage, cette intensité couplée à la connexion que
j'éprouvais pour lui me fit faire le saut. Je jouis et me sentis me contracter sur sa queue. Une seconde
plus tard, il éjacula, son liquide chaud se répandant à l'intérieur de moi.

Il resta en moi pendant un moment, nos corps entremêlés jusqu'à ce que nos respirations ralentissent et
que nos battements de cœur reviennent à la normale. Il se leva et traversa la pièce jusqu'à l'imposante
armoire en chêne qui se tenait dans son bureau.

Il ouvrit l'un des tiroirs du bas, sortit un bas de survêtement pour lui et un de ses sweat-shirts pour moi.
Il enfila son pantalon, et revint s'asseoir sur la chaise.

"Bras en l'air", dit-il. J'obéis et soulevai les bras en l'air. Il passa le sweat-shirt par-dessus ma tête. Je
m'enroulai dans la chaleur du tissu, reniflant l'odeur de son détergent à lessive.

"Est-ce que tu as faim?", demanda Thomas. "Est-ce que tu veux qu'on commande? Ou est-ce que tu veux
qu’on sorte manger quelque part ?"

Je repliai mes jambes en-dessous de moi et rabaissai les manches de son sweat-shirt par-dessus mes
poignets. J'aimai la sensation de nager dans ses vêtements, la sensation de me sentir protégée et en
sécurité dans ses choses.

"Est-ce qu'on va éventuellement parler de ce qu'il vient d'arriver?", demandai-je prudemment.

Il était en train de ramasser la ceinture qu'il avait utilisée, et ses yeux brillaient de malice. "De quoi faut-
il qu'on parle, Anna? Tu sembles avoir apprécié".

Mon visage rougit à la pensée de ce que nous venions de faire, comment il m'avait sodomisée, mise à
quatre pattes sur le canapé et pénétrée, pendant qu'il me tirait par les cheveux emmêlés avec la ceinture
qu'il m'avait enroulée autour du cou.

"Je ne parle pas de sexe, Thomas", dis-je.

"De quoi est-ce que tu parles, Anna?" Il était dos à moi lorsqu'il ouvrit le tiroir de son bureau et y
déposa la ceinture. Je pouvais dire au ton de sa voix que je marchais sur un terrain dangereux. Je n'étais
pas stupide, s'il m'avait baisée doucement et lentement, c'était simplement pour me distraire.

Mais ça ne m'avait pas distrait.

Pas comme ça.

"Je te parle de m'utiliser. Pour leurrer celui qui a tué Kate".

Il referma doucement le tiroir puis agrippa le rebord de son bureau et se pencha au-dessus, les muscles
de ses bras en flexion. La lumière de la lampe de bureau se refléta sur sa peau de bronze, le faisant plus
ressembler à un mannequin posant pour du mobilier de bureau qu'à un puissant avocat. Il ferma les
yeux un instant, puis les rouvrit. Mais il ne me regarda pas. "Ça n'arrivera pas". Le ton de sa voix était
mesuré, mais je savais que ça lui avait pris tout son sang-froid pour ne pas exploser.

Mais j'en avais assez de marcher sur des œufs.


Maintenant que j'avais vu les preuves, il n'y avait plus aucune échappatoire. Si nous n'inventions pas
quelque chose de radical, il y avait de bonnes chances que Thomas passe le reste de sa vie en prison.

"Thomas', dis-je en faisant de mon mieux pour garder mon calme. "Tu dois faire quelque chose. Tu as
besoin de …"

"Ne me dis pas ce que je dois faire", dit-il en m'interrompant. Son ton avait monté, et je savais qu'il était
en train de perdre le contrôle. Cette pensée me donna une satisfaction perverse. Ce serait bien qu'il
perde ce contrôle sur son sang-froid. Toute cette situation était hors de contrôle, et il était
complètement fou de penser autrement. "Ce que je dois faire est de te garder en sécurité".

"Ah, ok", dis-je, fatiguée de jouer à son jeu. "Et comment vas-tu y arriver depuis ta cellule de prison,
Thomas? Comment vas-tu me protéger quand tu seras enfermé et que nous aurons droit qu'à une seule
visite par semaine où le contact physique ne sera même pas permis?"

"Je n'irai pas en prison".

"Tu n'en sais rien".

"Anna!" dit-il. "J'en ai assez!" Ses joues étaient rouges, son torse musclé se soulevait à mesure que sa
respiration devenait plus profonde.

"Assez de quoi?" demandai-je. Je me relevai et ramassai mon jean. "Assez de vérité? Assez de
conversations inconfortables? Je suis désolée Thomas, mais parfois la vie est faite de conversations
inconfortables, elle implique de gérer des choses, pas seulement de s'enterrer la tête dans le sable en
prétendant que tout va bien".

Il marcha vers moi et me prit la main. "Tu ne pars pas".

"Si, je pars".

"Non, tu ne pars pas". Il m'arracha le jean des mains et le jeta au sol. Son visage avait le masque de la
détermination. Mais j'en avais assez de jouer avec ses règles, assez de son arrogance à décider que tout
ce que je disais n'avait pas d'importance parce qu'il se pensait plus intelligent.

"Très bien". Je croisai les bras sur ma poitrine. "Mais si je reste, nous allons en parler. Nous allons en
discuter. Je ne peux pas m'écarter juste parce que tu penses que je ne suis pas suffisamment intelligente
pour exister à ton niveau".

Pendant un instant, son regard s'assombrit, son visage se brouilla de confusion avant de se radoucir.

"Est-ce que c'est ce que tu penses? Que tu n'es pas suffisamment intelligente pour avoir ta propre
opinion?"
"Je ne sais pas ce que tu penses" contrai-je. "Parce que tu ne veux rien me dire".

"Anna". Il prit ma main dans la sienne. Ses doigts puissants commencèrent à pétrir ma paume, relâchant
instantanément la tension accumulée. Son regard était posé sur mon visage, un bleu d'acier qui me
dévisageait, me pénétrait et me déconcertait. Je détestai cet effet qu'il avait sur moi, détestai qu'à chaque
fois que j'essayai de lui tenir tête, il me touche ou m'embrasse ou dise quelque chose qui me fasse
perdre pied ou perdre la tête. "Tu es la plus intelligente, gentille et incroyable femme que je connaisse.
Tu représentes tout pour moi, plus que je ne pourrais rêver".

Ses mots envoyèrent une puissante vague de chaleur parcourir mon corps.

J'aurais aimé rendre les armes, le laisser simplement prendre soin de tout. Le laisser m'enrouler dans
son sweat-shirt et me ramener à son appartement, le laisser prendre le contrôle, le laisser me ligoter,
me prendre et me dominer.

Cela aurait certainement été plus facile de simplement jouer son jeu, de le laisser tirer les ficelles, de
me tester comme il l'avait fait aujourd'hui pendant la rencontre avec le professeur Worthington et
Clémentine.

Pendant un instant, je jetai presque l'éponge.

Mais je retirai finalement ma main.

"Alors pourquoi est-ce que tu ne veux pas m'en parler?" demandai-je doucement. Je pressai la paume
de ma main contre son torse nu. Je pouvais sentir les battements de son cœur, forts et constants. "Si tu
penses vraiment ce que tu dis, alors pourquoi est-ce que tu ne veux pas me parler, Thomas? Pourquoi
est-ce que tu ne me laisses pas rentrer?"

Il prit une longue inspiration par le nez, et je savais qu'il était en train de lutter contre ce besoin de
contrôle. Je l'avais déjà vu se battre contre cela auparavant, mais cette fois, je ne cèderai pas.

"On pourrait au moins essayer de…"

"Non", dit-il, retirant ma main de son torse et la reprenant dans la mienne. Je refermai mon poing et il
enveloppa sa main autour. "Il en est hors de question, Anna. Je refuse de te laisser te mettre en danger
d'une quelconque manière".

"Est-ce qu'on a le moindre choix?" lui demandai-je. "Tu sais comment ces cas finissent, tu connais le
résultat final".

"Vous êtes arrogante maintenant, mademoiselle Holloway, vous assumez déjà savoir ce que le jury va
décider ou comment l’équipe qui s’occupe de ma défense va procéder".
Le fait qu'il me traite d'arrogante et se réfère à moi en tant que 'mademoiselle Holloway' envoya un
sentiment de furie à travers mes veines. "C'est marrant ça, me traiter d'arrogante". Je ramassai mon jean
pour la deuxième fois et l'enfilai. Cette fois, il ne m'arrêta pas. "C'est toi qui est arrogant. Tu penses que
tu peux juste te présenter devant ce jury, avec les preuves qu'ils ont contre toi Thomas, et puis quoi?
Que ton charme va les faire ignorer les preuves ADN? Worthington ne te laissera même pas te
présenter à la barre".

"Colin fera ce que je lui dirai de faire".

"Non, il ne le fera pas". Je croisai les bras sur ma poitrine et secouai la tête avec véhémence. "Il ne
t'enverra pas à la barre. Non. Il est trop bon avocat pour ça. Et qu'est-ce que tu feras alors? À un
moment donné, tu devras faire face au problème que tu ne peux pas contrôler chaque aspect de cette
affaire, que tu ne pourras pas…"

Il m'attrapa par les épaules et me tira vers lui. "Tu", grogna-t-il, "ne me dis pas ce que j'ai à faire. Tu
vas me faire confiance et croire que je fais ce qu'il y a de mieux".

"Non, je ne le ferai pas", dis-je. "Surtout quand tu te comportes comme un aliéné".

"Dis-moi que tu me fais confiance".

Je secouai la tête. "Non".

Ses yeux se remplirent d'une rage si intense que je la sentis irradier à travers sa peau. "Dis-moi que tu
m'appartiens".

"Wow". Son emprise se resserra, ses ongles s'enfonçant dans ma peau. "Thomas", dis-je. Je commençai
à sentir des larmes me piquer les yeux. "S'il te plaît, tu me fais mal".

Son visage se brouilla lorsqu'il réalisa la force avec laquelle il me serrait. Il me relâcha puis traversa la
pièce jusqu'à son bureau et s'effondra dans son fauteuil. Il laissa tomber sa tête dans ses mains. Je restai
là à le fixer, si beau, si brisé, si abîmé par des choses hors de mon contrôle, par des situations que je ne
pouvais même pas commencer à percer ou comprendre même s'il avait bien voulu me les expliquer.

C'était l'homme que j'aimais. Je ne pouvais plus le nier, ni à moi-même, ni à lui, ni à personne. Cela
n'avait aucun sens, mais j'étais amoureuse de lui. Je n'avais jamais ressenti un sentiment aussi puissant,
aussi dévorant envers lui.

Et je ne pouvais pas rester là à le regarder se détruire.

Je traversai la pièce et m'assit dans le fauteuil faisant face à son bureau.

"Thomas", dis-je gentiment.


Il ne répondit pas.

Il resta la tête baissée, les mains croisées devant lui comme s'il priait. Le silence remplit la pièce.
L'adrénaline parcourut mes veines alors que j'attendais la suite. Je ne l'avais jamais poussé aussi loin
auparavant, n'avais jamais refusé de céder sur quelque chose.

J'étais sur le point de parler lorsque Thomas leva les yeux vers moi. "Tu comprends pourquoi est-ce je
ne peux pas entretenir cette idée".

"Et tu comprends que c'est ta seule et unique chance d'éviter la prison pour le reste de ta vie".

"Même si c'était vrai, ce qui ne l'est pas, tu sais que je ne te mettrais jamais en danger. Et même si je
décidais de leurrer celui qui a tué Kate, je trouverais quelqu'un d'autre pour m'aider".

Je le regardai bouche bée. "Tu trouverais quelqu'un d'autre pour t'aider?"

"Oui, Anna. J'engagerais un flic, un détective privé, un soldat".

"Quelqu'un comme Clémentine".

"Oui, Anna. Quelqu'un comme Clémentine".

Quelque chose sur la façon dont il prononçait son nom trahissait une certaine familiarité, et je me
rappelai comment ils s'étaient regardés cette nuit-là, sur la terrasse de Thomas. La manière dont elle lui
avait touché le bras, lui avait tendu cette écharpe verte. Et puis elle avait laissé le professeur
Worthington, son patron, croire qu'aujourd'hui c'était la première fois qu'elle le rencontrait. Elle
pourrait se faire virer pour cela.

La seule raison pour laquelle elle osait prendre ce risque était probablement pour avoir entretenu une
sorte de relation personnelle avec Thomas, quelque chose qui va bien au-delà du contrat concernant
son frère Stéphane. Mon cœur vola en éclat, les morceaux déchirant ma peau de l'intérieur. Je voulus
lui poser la question, mais je savais que cela ne servirait à rien.

"Tu ne veux même pas considérer le fait que je pourrais gérer quelque chose du genre", dis-je, luttant
pour rester calme.

"Ça n'a rien à voir avec ta capacité de gérer ou pas, Anna".

Mes poings se serrèrent et mes yeux se remplirent de larmes de frustration. Le besoin de lui crier
dessus traversa mon corps, celui d'hurler, de piquer une crise et de lui dire que j'avais moi aussi un
droit de parole dans cette relation.

Il disait qu'il m'aimait, mais il continuait encore et toujours de prendre toutes les décisions. Je n'avais
pas le droit d'avoir ma propre opinion sur quoi que soit.
Et le pire c'était que plus je me battais, plus j'exprimais mes émotions, plus il pensait que j'étais
incapable de gérer les situations difficiles.

"Tu ne peux pas me garder en sécurité tout le temps, Thomas".

"Ne me dis pas ce que je peux faire, Anna".

"Thomas", dis-je.

"Anna".

"J'ai aussi droit à la parole dans cette relation. Tu ne peux pas toujours m'étouffer".

'Est-ce que tu penses que c'est ce que je fais, Anna?" Il se leva et commença à arpenter la pièce, les
mains posées sur ses fines hanches. "Tu n'as aucune idée d'en face de quoi tu te trouves. Tu as cette
merveilleuse idée que quoi, tu vas parader autour du monde avec moi? Dans quel but? Pour qu'un
quelconque dérangé te traque? Et ensuite, tu feras quoi Anna? On n'est pas dans un film ou dans un jeu
vidéo! Bon sang, Anna, tu…" Il soupira et se passa la main dans les cheveux, son torse se soulevant
avec émotion. "Tu dois être plus intelligente que ça".

J'éclatai de rire, un son narquois résonna dans la pièce. "Je dois être plus intelligente que ça, Thomas?
Comment est-ce que tu peux me demander ça quand la chose la plus intelligente et sensée serait de
rester loin de toi? Je suis déjà en danger, Thomas, juste en étant dans les parages. J'ai reçu un appel
d'une espèce de maniaque qui m'a envoyée à Force pour que ton frère puisse prétendre me poignarder
et dieu seul sait quoi d'autre. Tu penses que c'est intelligent, Thomas? Tu penses que c'est sensé?"

Les mots se bousculaient si vite que je ne pouvais les arrêter. C'était comme si une agrafe qui
maintenait mon cœur se brisait soudainement à cause de la pression, faisant gicler mon sang à travers
la pièce en même temps que mes mots.

Ma frustration concernant cette situation était mélangée avec les sentiments que j'éprouvais pour lui,
sur l'effet qu'il pouvait avoir sur moi comme aucun autre homme, sur comment il pouvait jouer avec
mon corps et mon esprit avec ses seules mains et ses seuls mots. Et même si cela n'avait aucun sens, je
me sentais téméraire et hors de contrôle. Cela m'avait fait du bien de le pousser finalement, de lui dire
ce que je ressentais. Mais je voulus reprendre mes mots aussitôt qu'ils furent sortis de ma bouche.

Thomas venait de recevoir une gifle. Ses joues s'assombrirent, la détermination sur son visage se
métamorphosa en sentiment de confusion et d'horreur.

"J'ai…" Sa voix traîna. "Tu as raison. Je t'ai mise en danger, Anna".

Je vis la tournure que commençait à prendre la conversation, et je pris une profonde respiration pour
essayer de me contenir, mais il était trop tard. J'avais donné un petit coup au bloc de pierre en haut de la
colline, et il était maintenant impossible de le stopper.

"Thomas", dis-je. "S'il te plaît…". Une émotion profonde et intense troublait ma voix, comme si son
intensité menaçait de m'étouffer.

Il se leva et fit le tour de son bureau, me souleva du fauteuil et me serra contre lui. Je reposai ma tête
sur son torse, écoutant le bruit familier des battements de son cœur, lents et constants. Comment
pouvait-il me dire qu'il m'aimait et puis vouloir me mettre de côté comme il était sur le point de faire?
Je le sentais simplement dans sa manière de me serrer.

Il baissa la tête pour m'embrasser mais je le repoussai.

"Non". Je tournai la tête, puis fit un pas en arrière et me forçai à le regarder.

"Dis-le".

"Quoi?" Il fronça les sourcils, confus.

"Vas-y. Je veux te l'entendre dire".

"Dire quoi?"

"Que tu es trop dangereux pour moi, que je dois rester loin de toi, que tu ne peux plus le supporter". Je
levai le menton en l'air. "Vas-y, Thomas. Je veux te l'entendre dire".

Il ouvrit la bouche, ce fameux sentiment de détermination prenant le contrôle de son visage. Mais il
détourna le regard.

Je secouai la tête. "Espèce de lâche" crachai-je. "Tu as trop peur de me laisser rentrer dans ton monde,
trop peur d'admettre que cela pourrait être réel, que tu pourrais avoir trouvé quelque chose sur laquelle
tu n'as pas le contrôle. Eh bien, félicitations Thomas. Tes vœux ont été exaucés, tu peux reprendre le
contrôle".

Je sortis de son bureau.

Je ne regardai pas en arrière.

Il ne m'arrêta pas.

Il ne m'appela pas.

Il ne me suivit pas.

Je tins le coup jusqu'à ce que je monte dans l'ascenseur.


Puis je m'effondrai sur le sol, bouleversée.

****

Je retournai dans mon appartement, espérant pour la première fois que je vivais avec Julia, qu'elle
serait à la maison. Je me délectai à la pensée de tout lui confesser, de lui raconter tout ce qui s'était
passé entre Thomas et moi. Évidemment je ne pourrais pas rentrer dans les détails qui concernent son
affaire, je devais prendre en considération la confidentialité avocat/client. Mais je pourrais lui
raconter tous les petits détails qui concernaient notre relation.

Mais lorsque je passai la porte, l'appartement était vide.

Julia était probablement sortie avec Josh.

J'avalai ma déception et me dirigeai tout droit vers le réfrigérateur, où je dénichai une bouteille de
vin blanc presque pleine. J'en versai dans un verre en plastique et pris une longue gorgée, le liquide
me brûlant la gorge au passage. Je n'étais définitivement pas une grande amatrice de vin, mais je
pouvais dire que c'était une piquette, le genre de vin que quelqu'un sans le sou achèterait dans l'unique
but de se saouler. Il commençait déjà à avoir meilleur goût.

La pensée de passer la nuit seule dans mon appartement était déprimante. J'étais à New York. J'étais
jeune. Je devrais plutôt être en virée avec des amis, avoir des aventures et créer des ennuis. Mais je
n'avais jamais été une personne très sociale, et certainement pas une aventurière ni une fauteuse de
troubles. Même la nuit où j'avais rencontré Thomas, lors cet enterrement de vie de jeune fille, était un
coup de chance. J'avais seulement été invitée parce que la future mariée, Cora, avait invité tout notre
groupe d'études, et je suis sûre qu'elle pensait qu'il aurait été impoli de m'exclure.

Je ne me suis jamais vraiment sentie à ma place lorsque j'étais forcée de socialiser, à l'inverse de
toute personne sachant exactement quoi dire et comment se comporter. Tout le monde avait de belles
histoires à se raconter et d'intéressantes questions à poser. Alors que pendant ce temps, j'avais compté
les minutes qui me séparaient de la maison pour pouvoir me lover dans le canapé en compagnie d'un
bon livre ou d'un bon film.

Je pris mon verre de vin et traversai la salle à manger jusqu'à la minuscule fenêtre coulissante du coin
de la pièce. La vue était déprimante, avec en face, un immeuble de briques grises, une vue tellement
différente des lumières brillantes de la ville et des magnifiques panoramas que l'on pouvait observer
depuis l'appartement de Thomas.

Je me rappelai être ligotée sur la terrasse de sa chambre d'hôtel, la brise tiède glissant sur ma peau
alors qu'il me baisait. Je frissonnai et une écrasante vague de désespoir s'empara de mon âme.
Ce n'est pas un homme pour toi, Anna, me dis-je en moi-même. Et le fait que j'aie pu penser
autrement, même un seul instant… Bon, peut-être que Thomas avait raison. Peut-être que j'étais naïve.

Je vidai mon verre et m'en resservis un autre.

La sonnerie de mon téléphone retentit, le nom de Thomas clignotait sur l'écran d'affichage.

Je redirigeai l'appel directement sur la messagerie vocale, sachant que cela le mettrait en colère.

Comme de juste, une seconde plus tard, je reçus un message texte.

Réponds-moi.

Je m'esclaffai. Réponds-moi. Waouh. Une arrogance qui dépassait les bornes.

J'en avais assez de tout son pouvoir.

Je fixai la bouteille de vin et considérai sérieusement la terminer.

Mon téléphone vibra de nouveau.

Très bien. J'arrive.

Un sentiment d'excitation mêlé de soulagement me parcourut, mais il fût bref, brûlant rapidement et
remplacé par une virulente colère. Quelle insulte. Pensait-il que j'allais simplement l'autoriser à venir
ici? Comment pouvait-il penser cela? Il ne voudrait certainement pas parler. Il voudrait m'attacher, me
fesser, me mettre sa ceinture autour du cou de manière à soulager toute émotion avec laquelle il
luttait, pour finalement me jeter lorsqu'il aurait brûlé tous ses sentiments. J'en avais fini de jouer à ce
jeu.

Une agréable somnolence s'empara de moi au fur et à mesure que l'alcool traversait mes veines. Je
fermai les yeux et imaginai Thomas arrivant à mon appartement en furie. Il me pencherait, me
sodomiserait, me donnerait la fessée jusqu'à ce que je sois couverte de bleus, il m'embrasserait
jusqu'à ce que je sois à bout de souffle et remplie de désir. J'imaginai le prendre dans ma bouche, à
l'agréable sensation de ses doigts dans mes cheveux.

Je rougis.

Peut-être le laisserais-je renter, pensai-je.

Peut-être aurait-il une explication à me donner. Peut-être me dirait-il qu'il avait tort, peut-être me
promettrait-il de ne plus jamais me laisser.

Je me sentis sombrer de nouveau dans la dépendance, l'obsession, l'emprise qu'il avait sur moi.
Depuis le jour où je l'avais rencontré, ma vie avait tourné autour de Thomas Dorsk. S'il venait ici et
frappait à ma porte, je n'étais pas sûre de pouvoir le chasser.

Un sursaut de lucidité me fit ouvrir les yeux.

Il fallait que je sorte de cet appartement, je devais partir avant qu'il n'arrive. Je n'étais pas assez forte
pour lui résister.

Je portais toujours son sweat-shirt, je portai le tissu à mon visage et reniflai son odeur.

J'attrapai ensuite mon sac à main et sortis.

****

Les rues de New York me réconfortèrent.

Cette énergie vibrante, ces lumières, cette cacophonie de voix alors que la foule se rendait à destination
la nuit tombante me rappelèrent qu'un monde entier existait en dehors de Thomas Dorsk, un monde
rempli de gens, de lieux, de fêtes et d'autres hommes, de beaux hommes jeunes qui n'avaient
certainement pas d'histoires compliquées qui impliquaient meurtres et club fétichistes.

Mais ces hommes n'étaient pas Thomas.

Je continuai à arpenter les rues, accélérant le pas jusqu'à être légèrement essoufflée. L'effort physique
me détourna de ma détresse émotionnelle. Je me demandai combien de temps devrais-je rester dehors,
combien de temps devrais-je éviter mon appartement jusqu'à ce que Thomas décide d'abandonner et
rentrer chez lui.

Je n'attendis pas longtemps la réponse à mes questions.

Il commença à me texter.

Je suis à ton appartement. Où es-tu?

Anna, je ne blague pas.

Très bien. Je vais attendre ici jusqu'à ce que tu décides de rentrer.

Je commençai à ébaucher un texte de réponse, pour lui dire de me laisser tranquille, mais je réalisai
que c'était exactement ce qu'il voulait. Il souhaitait une réaction de ma part. Ma seule chance de m'en
sortir était de ne pas engager la conversation avec lui. Dans le cas contraire, il me prendrait au piège
dans sa toile jusqu'à ce que je sois sans défense.

Je décidai de trouver un hôtel.


J'y passerai la nuit.

Je me réveillerai le lendemain et irai à ma rencontre avec Clémentine.

Je témoignerai à cette audience probatoire. Je ferai de mon mieux pour dire la vérité.

Et je ne lui adresserai plus jamais la parole.

Je plongeai dans une boutique de souvenir ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre et achetai un
pyjama 'j'aime New York'. Je m'arrêtai ensuite dans un magasin ouvert vingt-quatre heures sur vingt-
quatre pour y acheter une brosse à dents, du dentifrice et un tube de nettoyant pour le visage.

Je m'enregistrai dans un hôtel du centre-ville, grimaçant sur le tarif de trois cents dollars pour une
simple nuit. Je pensai brièvement à utiliser la carte de crédit de Thomas dans un acte final de mépris,
mais en fin de compte, ma fierté prit le dessus et j'utilisai ma propre carte. Une fois installée dans la
chambre, je chargeai un film et ouvrit une bouteille de vin du minibar, me demandant si le prix ferait
dépasser la limite de crédit de ma carte. Mon euphorie commença à s'estomper, et les lois de la dure
réalité de la vie commencèrent à refaire leur entrée dans mon esprit.

Je bus rapidement, essayant de prendre la colère et la tristesse de vitesse, de les étouffer avant qu'elles
ne prennent le contrôle.

Je le détestai.

Je le détestai tellement.

Je repensai à quel point il m'avait blessé ce soir, à comment il m'avait dit qu'il m'aimait avant de me
jeter avec désinvolture, exactement comme il l'avait fait plus tôt. Je sentis le vin couler dans mes
pensées alors que je tentais de concocter divers scénarios de revanche, différentes façons de le blesser.

Mais je ne trouvai rien.

Il avait le contrôle.

Sur tout.

Non pas tout.

Je m'assis sur le lit, un plan maléfique commençant à germer dans ma tête.

Thomas avait dit qu'il ne me permettrait pas de l'aider à résoudre le mystère du meurtre de Kate, qu'il
ne me permettrait pas de me mettre en danger en me faisant bien comprendre que lui et moi étions
ensemble. Mais je n'avais pas besoin de Thomas pour faire savoir au tueur que nous sortions ensemble,
je pouvais le faire toute seule.
Je saisis mon téléphone et lançai une recherche Google sur le nom de Thomas. Je trouvai un article qui
avait été écrit sur lui l'année dernière paru dans le New York Times après qu'il ait gagné un gros
procès.

Mr l'avocat m'as-tu vu, pensai-je. "Na na nère", dis-je en faisant une grimace.

Même dans mon état de demi-ébriété, je savais que le New York Times ne serait pas intéressé dans ce
que j'avais à dire.

Je continuai à parcourir les résultats, jusqu'à ce je tombe sur quelque chose provenant d’un tabloïde
lamentable connu pour ses grands titres à sensation, le genre de journal qui était constamment
poursuivi pour le report d'histoires qui ne pouvaient être corroborées.

Ils avaient écrit un article il y a quelques mois qui mentionnait que Thomas était lié à une actrice
prometteuse prénommée Juliette Leblanc. Apparemment cette Juliette avait eu le cœur brisé et avait été
complètement dévastée de réaliser que ses sentiments n'étaient pas réciproques. Selon le journal,
Juliette rêvait du grand mariage en blanc et du conte de fées qui allait avec. Que Thomas ne voulait pas
lui donner. Tout tournait autour de Thomas le play-boy, le célibataire le plus convoité, bla bla bla.

L'auteur de l'article était un certain Javier Ramos.

Je gloussai.

Javier Ramos.

Son nom sonnait plus comme un mannequin à l'allure exotique qu'à un journaliste.

Son adresse e-mail était juste là, à un clic de souris, et même sans savoir s'il était toujours employé par
le journal, je cliquai sur le lien.

Cher Mr Ramos,

Mon nom est Anna Holloway, je vous écris pour vous faire savoir que j'ai une relation avec Thomas
Dorsk depuis ces dernières semaines. Je suis étudiante en droit, et je vais être citée à comparaître en
tant que témoin durant son audience préliminaire!!! C'est tellement dingue, on s'aime tellement. Vous
devriez écrire un article là-dessus parce que c'est énorme. Vous ne pensez pas que vos lecteurs
aimeraient savoir que Thomas sort avec un membre de son équipe de juridique?

Je ne sais pas trop ce qui va arriver, puisque toutes les femmes avec qui il couche finissent par être
retrouvées sans vie.

Bref.

Je pensais que c'était important que vous le sachiez.


Cordialement,

Anna Holloway

Mon téléphone émit un sifflement au moment où le message fut expédié dans le cyberspace. Je poussai
un soupir de satisfaction. Si Thomas pensait qu'il pouvait me faire taire, et bien… une autre chose lui
tomberait sur le coin du nez.

Je souris et m'enfonçai de nouveau dans les oreillers moelleux, savourant le sentiment d'avoir repris le
contrôle de ma vie. Si Javier Ramos publiait quelque chose à propos de Thomas et moi, cela leurrait
définitivement celui qui avait tué Kate, cela le forcerait à me courir après.

J'éclatai de rire et prit une autre gorgée de vin.

J'avais dû m'endormir, ou peut-être perdre conscience parce que je ne me souvins de rien quand la
sonnerie du réveil se mit à hurler sur ma table de chevet. Il était huit heures du matin. De toute évidence,
mon hébétude causée par l'alcool n'avait pas été suffisante pour m'empêcher de me rappeler que je
devais me lever tôt pour rencontrer Clémentine.

Je m'assis et essuyai mes lèvres, j'avais bavé sur l'oreiller. Ma bouche était sèche et je n'avais pas les
idées claires. Un mal de tête commença à marteler mes tempes.

J'attrapai mon téléphone posé sur le lit à côté de moi, mais la batterie était morte.

Le soleil filtrait à travers les fenêtres, et sans savoir si cela venait de ma gueule de bois ou si c'était
parce qu'il était particulièrement brillant mais les yeux me piquèrent.

Je branchai mon téléphone dans son chargeur et contemplai l'écran revenir à la vie.

Quatorze messages texte, tous de Thomas.

Quatre messages vocaux, tous de Thomas.

J'éteignis mon téléphone sans les lire.

Puis je me traînai jusque sous la douche.

Je réglai l'eau sur la plus chaude possible, mais cela n'aida pas. Mon estomac se retourna et je me
penchai contre le carrelage froid, espérant un apaisement. Mais en vain. La pièce tournait.

J'étais certaine que j'étais sur le point de vomir, mais par miracle, cela n'arriva pas.

Lorsque j'eus fini de me doucher, je me séchai et enfilai les mêmes vêtements que je portais la veille, le
sweat-shirt de Thomas et mon jean. Je n'avais aucun vêtement propre, ni aucun maquillage. Tout ce que
j'avais était une brosse à cheveux et un brillant à lèvres exhumés du fin fond de mon sac à main.
J'enduisis mes lèvres de brillant, mais cela n'aida pas. Il ne fit qu'accentuer le creux de mes joues, les
cernes noirs sous mes yeux et la pâleur de ma peau.

Peu importe, pensai-je, l'humeur grincheuse. Je n'étais pas là pour impressionner qui que ce soit.

Par le temps que je quittai l'hôtel mon estomac s'était rétabli mais j'avais les nerfs à fleur de peau. Je
décidai de marcher les quinze pâtés de maison qui me séparaient du bureau du professeur Worthington
au lieu d'utiliser le métro, espérant que la marche au grand air m'aiderait à brûler le trop plein
d'énergie.

Lorsque j'arrivai devant l'immeuble, mon estomac vacilla de nouveau. Mais ce n'était pas à cause de
tout le vin consommé la veille. C'était mes nerfs.

Passe juste à travers ça, me dis-je. Passe juste à travers ça, ensuite tu pourras t'écrouler.

Cela ne m'apporta pas énormément de réconfort. Je ne voulais pas passer au travers de quelque chose
pour ensuite m'écrouler. Ce n'était pas la récompense que j'espérais.

Je réussis tant bien que mal à atteindre l'immeuble du bureau, pousser la porte et pénétrer à l'intérieur.
Une élégante réceptionniste blonde me salua, et me conduisit à travers une double porte dans une salle
d'attente privée.

"Melle Hayes sera avec vous dans un instant", dit-elle doucement. "Est-ce que vous désirez quelque
chose à boire pendant que vous patientez?"

"Non, merci", dis-je en le regrettant immédiatement. J'avais la bouche sèche et de l'eau aurait été
bienvenue.

La réceptionniste disparut. Je lissai mon sweat-shirt nerveusement. Les rideaux des immenses fenêtres
étaient grand ouverts et la lueur matinale martelait ma tête.

Quelques minutes plus tard, la porte s'ouvrit et Clémentine pointa la tête à travers l'encadrement.

"Anna", dit-elle en me souriant. "Ravie de vous revoir".

"Moi de même", mentis-je.

"Est-ce qu'on peut aller dans mon bureau?"

"Bien sûr". Je me levai, attrapai mon sac et la suivis dans le couloir.

Son bureau était le deuxième à droite. Il était élégamment décoré dans des nuances de brun chocolat et
cuivre bruni avec quelques touches de blanc crème. Des peintures de paysages urbains étaient
accrochées sur les murs, parmi les diplômes de droit de Clémentine.
"Vous pouvez vous asseoir ici", dit-elle, pointant deux fauteuils de couleur crème disposés en face de
son bureau.

Elle traversa la pièce jusqu'à un délicat plateau d'argent disposé sur un chariot en chêne et saisit une
carafe de café. Elle en versa dans deux minuscules tasses blanches. Ma gorge était sèche et piquait et je
savais qu'une boisson chaude ne ferait qu'aider, mais sa présomption m'ennuya, de ne même pas me
demander si j'aimerais du café et de supposer que je le prenais noir.

Elle me tendit l'une des deux tasses blanches.

"Merci", dis-je.

"Ça me fait plaisir". Je ne savais pas si je me faisais des idées, mais sa voix me parut légèrement
condescendante. Ses cheveux foncés étaient remontés en un chignon lisse, seules quelques mèches s'en
échappaient. Il était parfaitement mis en valeur par une série de petits reflets dorés et cuivrés qui
semblaient naturels, mais c'était impossible parce que personne ne possédait une chevelure aussi
parfaite. Elle portait une chemise blanche en fil de lin, un pantalon moulant brun roux qui était glissé
dans des bottes en suède soyeux.

Sa tenue était décontractée mais quand même élégante, et je me demandais pourquoi le professeur
Worthington la laissait porter autre chose qu'un tailleur au bureau. C'était agaçant.

"Quelle belle journée", dit-elle en ouvrant les rideaux de la fenêtre située derrière son bureau. Au
moment elle remontait les rideaux, le bas de sa chemise se releva de quelques millimètres et
j'entraperçus un tatouage au-dessus de la ceinture de son pantalon. Évidemment elle avait un tatouage.
Elle était un mélange parfait de professionnalisme et de voyoucratie. "Thomas n'a pas cessé de
m'appeler", laissai-je échapper alors qu'elle se retournait. "Je pense qu'il voulait m'accompagner ici".

Ce fut subtile mais j'étais certaine d'avoir vu quelque chose dans ses yeux, ma remarque l'avait irritée.

"Oui, bon", dit-elle en se rasseyant à son bureau, "vous savez comment Thomas peut être". Elle saisit un
bloc-notes.

"Oui", dis-je. "Je le sais".

Elle me regarda froidement, le dos droit et le regard calme.

Ils avaient été ensemble. J'en étais certaine. Il n'y avait aucune autre possibilité. Thomas n'aurait jamais
fait confiance à Clémentine pour filer Stéphane à moins d'avoir été proche d'elle. Il ne l'aurait pas
laissée pénétrer dans son monde s'il n'avait pas été en mesure de la contrôler. Et la seule façon dont il
aurait pu en être sûr, c'était si elle lui avait été soumise.
La pensée qu'il ait pu la toucher, lui faire les mêmes choses qu'il m'avait faites me retourna l'estomac.
Je repensai au moment où je l'avais vue quitter son bureau la nuit dernière. Était-ce dans le cadre du
travail ou du plaisir?

Ça ne te concerne plus maintenant, me dis-je. Il ne t'appartient pas. Il ne t'a jamais vraiment appartenu
d'ailleurs.

Mes mains se resserrèrent autour de ma tasse de café. J'en pris une gorgée histoire de faire quelque
chose. Le café était bien trop chaud et je crachotai, me brûlant la langue.

"Donc", dit Clémentine. "Je ne suis pas là pour vous interroger sur votre relation avec Thomas, Anna.
Je dois juste m'assurer que vous serez préparée lorsque le bureau du procureur vous appellera pour
vous questionner. Est-ce qu'ils vous ont déjà contactée?"

Je secouai négativement la tête.

"Très bien. S'il vous plaît, tenez-nous au courant". Elle saisit un crayon et le posa sur son bloc-notes.
Un mince bracelet en diamant glissa sur son poignet. Mon souffle se coinça dans ma poitrine. Il était
identique à celui que Thomas m'avait donné à Force cette nuit-là.

"Je suis désolée", dis-je en reposant ma tasse sur le bureau. Je m'éclaircis la voix. "Mais est-ce que le
professeur Worthington va nous rejoindre?"

"Colin m'a chargée de cet aspect de la défense de Thomas".

"Quel aspect?"

"D'interroger les femmes qui ont été impliquées avec Thomas".

"Les femmes?" Je tortillais mes mains sur mes genoux. Je n'aimai le son pluriel de ce mot. Je les
imaginais faisant la queue, menottées ensemble comme pendant la vente d'esclaves aux enchères à
laquelle j'avais assisté.

"Oui. Vous et quelques autres". Elle souleva ma tasse et glissa un sous-verre au-dessous. Je jetai un
coup d'œil à son visage, essayant de déterminer son âge. Elle ne pouvait pas dépasser la trentaine et
quand bien même il lui semblait normal de me traiter comme un enfant.

"Commençons par les questions faciles, d'accord? Où avez-vous rencontré Mr Dorsk?"

"Nous nous sommes rencontrés, hum…" Ma voix traîna, incertaine de savoir comment répondre.
Techniquement, nous nous étions rencontrés au bar, malgré le fait que je n'avais eu son nom que plus
tard cette nuit-là lorsque je l'avais rejoint à son bureau pour le rencontrer.

"Soyez simplement honnête avec moi, Anna", dit Clémentine, la voix imprégnée de faux-semblant qui
était supposée me mettre en confiance.

"Nous nous sommes rencontrés dans un bar".

"Et la relation a-t-elle été intime dès cette nuit-là?"

J'avalai ma salive, espérant encore avoir eu de l'eau à portée. "Oui".

"Où?"

"Dans… dans une ruelle, et puis, hum, dans son appartement".

"Et vous a-t-il ligotée?"

"Il, hum…" Des flash-backs revinrent rythmiquement dans mon esprit, comme les scènes d'un film.
Thomas dessinant un X sur mon bras. Thomas s'emparant de mon collier de bonbons et le serrant fort
contre ma peau, soulevant ma robe et me pénétrant par derrière avant même de me demander mon nom
ou autre chose. "Oui".

"Suffisamment fort pour laisser des marques?"

"Oui".

"Et avez-vous accompagné Mr Dorsk dans un club fétichiste à un quelconque moment?"

"Oui".

"Quel club?"

"Force".

Elle se tourna vers le mince ordinateur qui était situé sur le bureau à côté d'elle. Elle repoussa le clavier
et étudia quelque chose sur l'écran. "Et il y avait un autre club aussi? Est-ce correct?"

"Comment?"

"Un autre club, celui où vous vous êtes rendue avant Force?"

"Qui vous a mentionné ça?"

"Thomas".

"Oh. Je ne… je ne savais pas que vous vous parliez".

Elle me fit un sourire figé. "Oui, je parle à Thomas. Il est important que nous connaissions tout à
propos de ses relations et en quoi elles consistent exactement".
"Oh".

"Et comme vous pouvez imaginer, ce n'est pas un mince travail". Elle émit un petit rire.

"Et qu'est-ce supposé vouloir dire?"

"Oh, vous connaissez Thomas". Elle roula les yeux au plafond et m'envoya un petit regard mystérieux,
comme deux filles qui parleraient d'hommes tout en buvant un cosmo un vendredi soir dans leur bar
préféré au lieu d'être assise dans un bureau pendant qu'elle me cuisinait pour une déposition.

"Non", dis-je. "Pourquoi ne m'éclairez-vous pas?"

"Eh", dit-elle, agitant sa main dans les airs pendant qu'elle s'adossait dans son fauteuil. "C'est juste à
homme difficile à cerner, c'est tout. Passer au travers sa liste noire va nécessiter un effort
considérable". Elle soupira comme si cela se montrerait comme une tâche herculéenne. Elle se mordit
la lèvre inférieure puis passa une mèche de sa parfaite chevelure derrière son oreille.

Le bracelet glissa de nouveau le long de son bras. La lumière du soleil qui filtrait à travers la fenêtre se
réfléchit sur les pierres, envoyant de minuscules arc-en-ciel scintillants diffuser sur le bureau. Elle me
vit le regarder et retourna rapidement à ses questions.

"Avez-vous trouvé plaisantes les choses que Thomas vous a faites?"

"Quoi?"

"Avez-vous aimé les choses que Thomas vous a faites? Sexuellement, les avez-vous trouvées
plaisantes?"

Je me mordis l'intérieur de la joue. Ce n'était pas de ses affaires si j'avais trouvé plaisantes les choses
que Thomas m'avait faites.

Elle posa son crayon sur le bureau et me regarda. "Anna, je suis consciente que ces questions peuvent
vous paraître indiscrètes mais il vaut mieux être préparée. Le ministère public va vous demander si
vous avez trouvé ces choses excitantes, si vous avez aimé ce que Thomas vous faisait, si vous avez
apprécié qu'il vous ligote et vous donne la fessée".

J'empoignai les bras de mon fauteuil. Je détestai le fait que Thomas ait raconté à Clémentine les détails
les plus intimes de notre relation. L'avait-il? Peut-être ne faisait-elle que supposer, peut-être qu'elle le
savait parce que Thomas lui avait aussi fait ces choses. Dans les deux cas, je voulais m'en aller, ne plus
répondre à ce genre de questions.

Mais encore plus loin que ça, je ne voulais pas donner à Clémentine la satisfaction de penser qu'elle
m'avait mise en colère ou qu'elle m'avait embarrassée en me parlant des choses que j'avais faites avec
Thomas. Il n'y avait rien d'embarrassant à propos de ma relation avec Thomas. Les choses que nous
avions faites avaient été excitantes, palpitantes et merveilleuses.

"J'ai adoré ça", dis-je d'un ton impassible, levant le menton en l'air. "J'ai adoré cette sensation d'être
attachée, adoré la façon dont il m'a baisée dans son bureau me faisant jouir encore et encore". Je
détournai le regard et gloussai d'une manière que j'espérais complètement ignorante. "Désolée", dis-je.
"Je ne suis pas…je veux dire, je ne savais pas à quel point vous vouliez que je sois explicite".

Je croisai de nouveau son regard. Son visage était impassible mais je vis sa tempe droite tressauter
légèrement.

Je t'ai eue.

Elle ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais avant qu'elle ne puisse, la porte de son bureau
s'ouvrit et Thomas entra en trombe.

La réceptionniste blonde était à ses trousses, semblant avoir perdu tous ses moyens.

"Je suis désolée, madame", dit-elle à Clémentine. "J'ai essayé de lui dire que personne n'était autorisé à
entrer, mais il…" Sa voix traîna et elle fit des gestes en direction de Thomas comme s'il était un animal
sauvage incontrôlable.

"Bordel de merde", grogna-t-il, "à quoi est-ce que tu pensais?"

"Quoi?" Je secouai la tête, confuse et bouleversée par sa présence.

"Thomas", dit Clémentine, se levant et faisant le tour de son bureau. Elle posa sa main sur le bras de
Thomas comme elle l'avait fait l'autre nuit sur la terrasse. "Pourquoi ne pas vous asseoir? Je vais aller
vous chercher un café et nous pourrons ensuite discuter de la situation, quelle qu'elle soit".

Il l'ignora. "Qu'est-ce que c'est que ça?", me demanda-t-il en me poussant son téléphone devant les yeux.

Je saisis le téléphone et regardai l'écran,

Cher Mr Ramos,

Mon nom est Anna Holloway, je vous écris pour…

Je fronçai les sourcils. Pourquoi Thomas était-il en possession d'un e-mail que j'avais écrit? Et qui était
Javier Ramos? Une seconde plus tard, tout me revint en un horrible flash-back.

"Oh mon dieu", soufflai-je. Je regardai Thomas, qui me regardait lui aussi, les yeux bouillonnant de
colère. "Comment as-tu obtenu ça?" demandai-je.

"C'est un de mes contacts du New York Crown qui me l'a envoyé. Ils l'ont vu apparaître sur leur site
web ce matin".

"Paraître quoi?" demanda Clémentine. Elle m'arracha le téléphone de Thomas des mains et lu le
message en diagonale. Elle prit une profonde inspiration par le nez et je vis un sentiment de panique
traverser son visage. Une fraction de seconde plus tard, la panique avait disparue et elle était de
nouveau professionnelle. Je pouvais presque voir son esprit bouger, son cerveau former des
connexions alors qu'elle essayait d'établir un plan. Elle repoussa ses épaules en arrière. "Nous allons
faire en sorte de le rejeter. Ils ne pourront pas lui poser de questions à ce propos, nous dirons que…"

"Anna", dit Thomas. "Tu viens avec moi".

"Quoi?" Clémentine fronça les sourcils. "Non, nous sommes au beau milieu d'un briefing en vue sa
déposition".

"Je vais la briefer moi-même".

"Ce n'est pas vraiment à vous de le faire", dit Clémentine.

Elle fut récompensée par un regard de mépris de la part de Thomas, qui retourna son attention vers
moi.

"Anna", dit-il. "Est-ce qu'on va utiliser la voie facile ou la voie difficile?"

"Qu'est-ce que c'est supposé signifier?" demandai-je.

"Ça veut dire que si tu ne lèves pas tes fesses de ce fauteuil tout de suite et que tu ne sors pas de ce
bureau avec moi, je vais t'attraper et te porter de force". Sa voix était grave et bougonnante, pas
menaçante mais détachée et ferme, comme s'il était résigné à faire ce qu'il venait de dire.

"Je n'irai nulle part avec toi", m'essayai-je.

"Très bien". Il hocha la tête, ôta sa veste, la laissa tomber sur le fauteuil à côté de moi et commença à
relever ses manches. La réceptionniste blonde écarquilla les yeux.

Oh chérie, pensai-je, tu n'as pas idée.

"Ok, ok", dis-je en me levant. "Je viens avec toi".

Il hocha la tête, satisfait. Il ramassa sa veste, se retourna et sortit de la pièce.

Après quelques instants, je lui emboitai le pas.

"Où est-ce qu'on va?" demandai-je une fois dans la rue.

"Monte dans la voiture, Anna", dit Thomas en tenant la portière ouverte. "Tu as perdu le droit de poser
des questions au moment où tu as pris la décision d'agir de manière aussi irresponsable".

J'hésitai. J'étais déchirée, une partie de moi voulait refuser de l'accompagner, lui dire que rien n'avait
changé sous prétexte que j'avais envoyé ce message. J'en avais plus qu'assez de ce besoin constant de
domination, et j'en avais fini de lui permettre de me mener à la baguette. L'autre partie de moi était
ravie de le voir, des frissons d'excitation me parcouraient le corps, mon cœur était rempli de bonheur à
la pensée de passer du temps avec lui.

Et une minuscule partie de moi, en-dessous de tout ça, était effrayée.

Pas de Thomas.

Mais de ce que j'avais fait.

Thomas n'aurait jamais fait irruption dans le bureau de Clémentine comme ça, menaçant de m'attraper
et de me porter hors de là s'il pensait que je n'étais pas en réel danger.

"Anna", dit Thomas, tenant toujours la portière ouverte. Une veine de son cou palpitait. "La voie facile
ou la voie difficile".

"Tu ne me ferais pas entrer de force dans la voiture, ici dans la rue et devant tout le monde", dis-je en
croisant les bras sur ma poitrine. "Quelqu'un pourrait appeler la police".

"Pour tout ce qui te concerne, Anna, c'est moi la police". Il se déplaça dans ma direction, se pencha
légèrement et me souleva avant que je ne puisse l'arrêter.

"Ok, ok!", dis-je au moment où mes pieds se soulevèrent du sol. "Je monte dans la voiture. S'il te plaît,
repose-moi!"

Il ne m'écouta pas. Il me serra fort, puis me déposa délicatement sur la banquette arrière de la voiture. Il
secoua la tête, son visage à quelques centimètres du mien. "Tu es impossible", dit-il d'une voix rauque,
les yeux flamboyants de colère et de désir. Le temps d'un battement de cœur, je me demandai s'il allait
se coucher sur moi et me baiser là tout de suite sur la banquette arrière. Mais il se glissa à l'intérieur et
referma la portière.

"Jared", dit Thomas à son chauffeur, la voix saccadée. "S'il te plaît, ramène-nous à mon appartement".

"Oui, monsieur".

"Non, Jared", dis-je. "Je voudrais aller à la maison, s'il te plaît".

"Mon appartement, Jared", ordonna Thomas.

"Non", dis-je.
Bien entendu, mes mots n'avaient aucun poids. Jared savait qu'il ne valait mieux pas défier son patron.

"Si tu ne me ramènes pas à la maison maintenant, je sors immédiatement de la voiture", menaçai-je.

Thomas soupira, puis chercha le regard de Jared dans le rétroviseur. Il fit un léger signe de tête à Jared,
mais je savais ce qu'il signifiait. Jared me conduirait à mon appartement, mais Thomas, dans ses
pensées les plus profondes, pensait qu'il arriverait à me convaincre de retourner à son appartement
avec lui.

Il était en colère.

Je pouvais sentir que je commençais à perdre ma volonté. La présence de Thomas me rendait nerveuse.
Il était si intimidant, dans son élégant costume si bien taillé, ses cheveux tombant sur son front. Il était
rasé et son odeur était enivrante, détergent à lessive hors de prix, eau de Cologne masculine et autre
chose. Quelque chose de Thomas qui faisait vaciller mon estomac et enflammait mon cœur.

Il appuya sur le bouton pour remonter la cloison de séparation, nous laissant dans l'intimité.

"Est-ce que tu sais où j'ai passé la nuit, Anna?" demanda Thomas calmement.

"À Force avec Clémentine?" demandai-je, me surprenant de faire preuve d'une telle audace. "Ou peut-
être avec une des autres femmes qui témoigneront lors de ton audience probatoire? Peut-être étais-tu
avec l'une d'entre elles? Ose me répondre".

Il m'empoigna et me serra contre lui, m'écrasant contre son torse. J'essayai de le repousser, mais il me
serrait fort et ses hanches contre les miennes envoyaient une chaleur dans tout mon corps. "Je
parcourais les rues de la ville à pied, Anna. Je t'ai cherché dans toute la ville. J'étais fou d'inquiétude. Je
pensais qu'on t'avait kidnappée, qu'on t'avait blessée, que tu pouvais être morte". Il me toucha la joue,
comme s'il voulait s'assurer que j'étais bien là, que j'allais bien, que je n'avais pas été blessée après tout.

"Je vais bien". J'avalai ma salive, essayant de contenir le désir qui rugissait en moi. "J'étais dans un
hôtel".

"Tu ne peux pas recommencer ça".

"Recommencer quoi?"

"Ne pas répondre à mes appels, ignorer mes messages texte. Je dois savoir où tu es en permanence. J'ai
besoin de savoir que tu es en sécurité".

"Non".

"Non?" Sa voix était maintenant teintée de colère. Mais je ne cèderais pas. J'en avais assez de jouer à ses
petits jeux, ses mouvements stratégiques qui lui faisaient se refermer sur lui-même et me rejeter, avant
de refaire surface en insistant pour que je me plie au moindre de ses désirs.

"Non, tu ne peux pas savoir où je me trouve à chaque instant".

Il me tira encore plus près de lui, entrelaçant ses doigts avec les miens, comme si cette emprise
physique avait pour but qu'il obtienne ce qu'il désire.

"Oui, je peux, Anna".

"Non, Thomas, tu ne peux pas". Je secouai lentement la tête. "Tu ne peux pas tout contrôler, Thomas. Tu
ne peux pas me mettre à la porte de ton bureau comme tu l'as fait la nuit dernière et puis arriver le
matin, espérant que je me soumette en remerciant ma bonne étoile que maintenant tu veux bien de moi.
J'ai un droit de parole également, Thomas".

"Je ne t'ai pas mise à la porte. Tu es partie. Et en plus, je sais ce qui est le mieux pour toi".

"Non, tu ne le sais pas".

Il serra la mâchoire. "Arrête de me dire non". Il baissa la tête et m'embrassa, sa bouche s'écrasant
contre la mienne. Les jambes faiblirent et mon estomac se retourna. Je sentis le courant Thomas
m'emporter, me noyer quand sa langue trouva la mienne.

Il passa ses doigts dans mes cheveux avant de parcourir les courbes de mes hanches.

"Je devrais te punir comme tu n'as jamais été punie auparavant", dit-il sa main empoignant mes fesses.
"Tu mérites une fessée telle que tu serais incapable de t'asseoir ensuite sans que tu te rappelles la peine
que tu m'as fait subir". Sa voix était remplie d'angoisse. "Anna, tu ne peux plus me faire ça", murmura-
t-il. "J'étais mort d'inquiétude. Je pensais que…"

Sa voix traîna, et je savais ce qu'il était sur le point de dire. Il pensait que j'aurais pu finir comme Nora,
comme Dani, comme Kate, étranglée et mon corps abandonné dans un fossé. Je me rappelai les photos
que j'avais vues, celles de Dani, le visage bleu et les yeux vides. Je me sentis mal d'avoir inquiété
Thomas, vraiment, surtout après quoi il était passé.

"Thomas", dis-je. "Je suis désolée si je t'ai inquiété. Vraiment. Mais ce n'est pas… je ne sais pas si je
peux continuer. Ça ne devrait pas être si difficile normalement".

"Anna", murmura-t-il. Il frotta son pouce contre ma joue, traça la ligne de ma mâchoire jusqu'à
atteindre ma lèvre inférieure. "S'il te plaît. Je ne peux pas rester loin de toi. Je dois te protéger".

"Mais ce… ce n'est pas réaliste".

Il lécha sa lèvre inférieure, sa respiration se faisant saccadée. Il recula et se tourna pour regarder à
travers la fenêtre, les poings serrés.
"Qu'est-ce qu'il y a?" demandai-je. "À quoi tu penses?"

"Que je veux te punir". Je pouvais entendre le combat dans sa voix. "Pour m'avoir inquiété. Je veux te
fesser et te baiser. Fort. Je veux te faire mienne. Ensuite je veux te ramener à la maison avec moi et ne
plus te laisser quitter mon appartement. Jamais". Il se retourna vers moi, les yeux sombres et hantés. "Je
ne peux pas te perdre, Anna".

"Tu dis ça", dis-je doucement. "Mais à chaque fois que tu as peur, même pour une seconde, tu me
repousses. Tu as déchiré notre contrat, Thomas. Tu m'as abandonné dans ta chambre d'hôtel. Tu m'as
fait envoyer mes affaires. Hier, tu m'as mise à la porte de ton bureau. Ce n'est pas..." Je pris une
profonde inspiration. "Ce n'est pas juste".

"Anna", dit-il. "Je fais du mieux que je peux".

"Et moi aussi. Tu veux quelqu'un qui se soumette à toi corps et âme. Et je…je ne sais pas si j'en suis
capable". Mes mots s'emmêlèrent autour de ma langue au moment où la panique s'empara de moi.

Arrête! Cria mon cœur. S'il te plait, arrête! Tu le veux, tu as besoin de lui, tu dis n'importe quoi!

"Tu n'es pas raisonnable".

"Je ne suis pas raisonnable?" demandai-je.

"Tu n'es pas raisonnable".

La voiture s'immobilisa en douceur devant mon immeuble, le long du trottoir.

"S'il te plaît", dit Thomas. "Viens avec moi".

Je pensai à quel point il serait facile de le laisser prendre le contrôle, de rentrer avec lui, de le laisser
faire ce qu'il voulait. Mais qu'est-ce qui l'arrêterait de paniquer de nouveau? Il aurait peur de notre
proximité et me jetterait de nouveau dans un malencontreux effort pour me protéger.

Je ne pouvais pas retourner dans cette angoisse, encore.

"Non", dis-je. "Je…je ne peux pas, Thomas. Je suis désolée".

J'ouvris la portière de la voiture et me ruai dans l'entrée de mon immeuble avant qu'il ne puisse me
convaincre de rester. Je fonçai dans mon appartement, mes pieds glissant sur le seuil, le souffle saccadé
alors que je refermai la porte derrière moi.

Je sentis les larmes monter, menaçant de prendre le contrôle.

Et puis il était là, dans le couloir, de l'autre côté de la porte.


"Anna". Sa voix était basse, calme et autoritaire. "Ouvre la porte".

Je pensai une seconde l'ignorer, mais je n'en avais pas la force. Je ne pouvais pas lui résister. J'ouvris la
porte.

Il était debout dans le couloir, magnifique et perdu. Mon cœur se serra, émotion et désir s'accumulant
dans mon ventre.

"Bien", dit-il.

"Quoi?"

"Bien. On peut essayer".

"Essayer quoi?"

"Ta manière, de sortir en public, d'avoir une vraie relation, tout ce que tu veux. Mais tout le reste sera à
ma manière. Sans exception. Et tu resteras à mes côtés. Tu ne me quitteras pas d'une semelle. Il n'y aura
plus de facéties, plus d'e-mails aux journalistes. Tu seras avec moi en permanence, sauf quand tu seras à
l'université, et tu reporteras tous tes gestes à des intervalles déterminés que j'aurais préalablement
décidé". Il fit un pas à l'intérieur et jeta un œil dans l'appartement. "Plus d'appartement. Je ne veux plus
de tes choses ici. Tu emménages avec moi. Je vais établir un nouveau contrat. Tu accepteras d'être
mienne, de toutes les manières. Tu me laisseras contrôler chacun de tes mouvements". Il s'approcha de
moi, son souffle chatouillant ma peau. "Tu n'existeras que pour me faire plaisir". Ses lèvres
effleurèrent mon cou alors qu'il parlait. "Et si tu ne respectes pas ces règles, Anna, tu devras te
préparer".

"Me préparer à quoi?" Je gémis alors que sa bouche caressa ma gorge.

"À être punie". Ses lèvres arboraient un grand sourire diabolique et ses yeux étaient remplis de ce désir
que je commençais à reconnaître. Il prit mon visage dans ses mains et m'embrassa profondément, nos
langues bougeant dans un rythme sensuel avant de reculer et de me conduire vers le canapé.

Il s'assit et lorsque j'allai pour le rejoindre, il secoua la tête. "Enlève ton pantalon, Anna", dit-il. "Tout
de suite".

Je commençai à déboutonner mon jean. Mes mains tremblèrent lorsque je commençai à le glisser sur
mes hanches. Mais Thomas me saisit la main et m'arrêta. "Plus lentement", grogna-t-il.

Je m'exécutai, descendant lentement ma braguette pendant que mon cœur tambourinait d'impatience.

"Tourne-toi. Je veux voir tes fesses".

Je me retournai, descendant lentement mon pantalon, mon pouls martelant au moment où je l'ôtai. Je
restai là, dos à Thomas, me penchai et attendis les prochaines instructions.

"Viens sur mes genoux", commanda-t-il d'une voix rauque.

Je me retournai et m'allongeai sur ses genoux. Je frissonnai lorsqu'il fit courir sa main sur mes fesses,
les caressant doucement. Puis il saisit l'élastique de ma culotte et le baissa jusqu'à ce que ma peau nue
soit exposée.

J'étais sûre qu'il me ferait lister toutes mes transgressions, les raisons pour lesquelles il ressentait le
besoin de me punir, mais il ne devait pas être d'humeur pour des mots.

Il retira sa main et me donna une fessée si forte qu'elle me coupa le souffle.

"Reste silencieuse", dit-il. "Ou ça risque d'être encore plus douloureux".

Je me mordis la lèvre inférieure pour ne pas gémir pendant qu'il continuait son agression sur mon
postérieur, les coups devenant de plus en plus fort jusqu'à ce que je sente que mes fesses étaient rouges
et à vif.

Finalement, il me relâcha.

"Lève-toi".

Je me levai et il me poussa à m'agenouiller sur le sol. Il sortit sa queue et la caressa sur mes lèvres, ses
yeux dans les miens, les yeux charbonneux et enflammés. L'électricité qui jaillissait entre nous était si
intense que je pouvais presque la voir. Il s'enfonça profondément en moi tout en maintenant l'arrière de
ma tête.

"Ne bouge pas la tête".

Je ne bougeai pas et il enfonça sa queue encore plus profondément, mes lèvres s'étirant autour de sa
dureté. Il attrapa mes cheveux, guidant ma bouche sur sa queue. Il contrôlait la pression et la vitesse,
mais j'enroulai ma langue autour de son gland lorsqu'il me pénétrait.

"Merde", grogna-t-il. "Ouais, c'est tellement bon".

Il était dur dans ma bouche, et j'aimais son goût, aimais la sensation de me donner à lui, de le laisser
prendre le contrôle de moi. Je brûlais d'envie d'être proche de lui, de me connecter avec lui, et quand il
dominait mon corps comme cela, je me sentais encore plus proche et plus connectée à lui que je ne
l'avais été d'une autre personne dans ma vie.

"Si tu continues ce que tu es en train de faire, je vais jouir dans ta jolie petite bouche", dit-il d'une voix
rauque. Ses mots envoyèrent une excitation parcourir mes veines. Je suçai plus fort, m'émerveillant
d'avoir cet effet sur cet homme magnifique et extraordinaire.
"Non", dit-il, souriant à mon enthousiasme. Il me releva et me serra contre lui. Il me donna de nouveau
une claque sur les fesses puis m'embrassa doucement, me mordillant la lèvre inférieure. Il me prit par
la main, me conduisit dans ma chambre et m'allongea sur le côté.

Il se déshabilla, se faufila dans le lit avec moi, me rapprochant de lui, en cuillère, mon dos pressant
contre son torse musclé.

Je pouvais sentir sa queue dure contre moi alors qu'il embrassait ma nuque. "Dis-moi que tu es à moi",
murmura-t-il.

"Je suis à toi".

Il souleva doucement ma jambe et sentis son gland presser contre ma fente. La torture était
insupportable. Je tentai de m'appuyer contre lui mais ses mains maintenaient fermement mes hanches
immobiles. "Ne bouge pas, Anna. Tu comprends?"

"Oui".

"Dis-le-moi".

"Je comprends".

Sa main glissa et ses doigts effleurèrent mon clitoris. Je suffoquai au moment où il toucha cette petite
bosse sensible, et il recula immédiatement.

"S'il te plaît", suppliai-je.

Il ne dit rien, attendit juste que je me calme avant de me guider sur sa queue de nouveau, si lentement
que je pensais m'enflammer avant qu'il ne m'ait complètement pénétrée.

Je me retournai et le regardai, de la façon dont je savais qu'il aimait, mon regard fixé dans le sien. "S'il
te plaît", murmurai-je. "S'il te plaît, Thomas, je veux que tu me prennes. Je suis à toi, Thomas. Je suis à
toi".

"Merde", murmura-t-il, perdant le contrôle et me pénétrant en douceur d'un seul mouvement, il


commença à bouger en moi, chaque mouvement plus fort et plus rapide que le précédent. À chaque
coup de rein, ses doigts effleuraient mon clitoris, envoyant des vagues de plaisir ricocher dans tout
mon corps.

Une seconde plus tard, je le sentis éjaculer en moi et les convulsions de sa queue en plus de la pression
sur mon clitoris me firent jouir aussi.

Je m'effondrai contre lui, nos torses se soulevant en rythme.


"Anna", dit-il en repoussant une mèche de cheveux de mon visage. "Anna".

Je plongeai mon visage dans son cou et humai son odeur. Ses mains erraient paresseusement sur mon
dos.

Il n'avait pas besoin d'ajouter autre chose.

Je le ressentais, moi aussi.

****

Nous nous rhabillâmes et commandâmes une pizza.

Je ne pus pas m'empêcher de sourire lorsque Thomas ouvrit la boîte à pizza et regarda le contenu
comme s'il n'avait jamais vu quelque chose d'aussi repoussant de sa vie. Il me regarda et me lança le
regard du genre 'tu te fous de moi'. Je penchai la tête et souleva les sourcils.

"Ne fais pas ton snob", le sermonnai-je.

"Je ne suis pas snob, Anna".

"Cette pizza est excellente". Je fis glisser un morceau sur une assiette en carton et la poussa de l'autre côté
de la table en sa direction. "Elle a été élue meilleure pizza dans le voisinage".

Je me servis un morceau et jouai avec la croûte.

"Qu'est-ce qu'il y a, Anna?" demanda Thomas, sentant mon mécontentement.

"Rien, c'est juste…" J'avalai ma salive. "Tu ne trouves pas que c'est étrange que je ne sache rien de ta
vie?"

Je le sentis se raidir un tout petit peu, ses murs commencer à se relever. "Fais-moi confiance, Anna, tu ne
veux rien savoir à propos de ma vie. Ça ne ferait que te déprimer".

Je pris un minuscule morceau de pizza, le mâchai, l'avalai puis pris une gorgée d'eau. "Mais je veux
mieux te connaître", dis-je. "Je veux dire, on…on a fait toutes ces choses ensemble, et la nuit dernière,
dans ton bureau…". Je m'arrêtai. Je voulus mentionner le fait qu'il m'avait dit qu'il m'aimait mais j'avais
peur. Et s'il l'avait simplement dit dans l'euphorie du moment? Et si après tout il ne le pensait pas? Il ne
me l'avait pas redit et je ne voulais pas prendre le risque de le voir possiblement reprendre ses paroles.

"Bien".

"Quoi?"
"Bien, Anna. Qu'est-ce que tu veux savoir à propos de ma vie?" Il y avait une certaine méfiance dans son
regard sombre.

"Clémentine", dis-je. "Est-ce que tu entretenais une liaison avec elle?"

"Je ne fais pas trop dans ce genre de choses, Anna. Tu devrais savoir ça maintenant".

"Oh". Je tortillai ma serviette sur mes genoux et attendis qu'il m'offre un peu plus d'informations, mais
rien ne venait. "Elle était ta soumise alors?"

"Oui".

"Tu avais un contrat avec elle?"

"Oui".

"Et c'est pourquoi… c'est pourquoi tu lui as donné un bracelet? Le même bracelet que tu m'as donné?"

"Oui".

Je pris une autre petite bouchée de pizza, mais celle-ci fut plus dure à avaler.

"Est-ce que ça te dérange?" demanda Thomas. "Tu sembles contrariée".

"Je ne suis pas contrariée", dis-je. "Je suis un peu… perturbée".

"Tu devais bien t'imaginer que tu n'étais pas la première?"

"Je savais que tu avais été avec d'autres femmes. Je ne m'attendais juste pas à me retrouver face à face
avec l'une d'entre elles qui portait le même bracelet que moi".

Je détournai le regard et il tendit la main et me prit le menton en me forçant à le regarder. "C'est du


passé", dit-il. "Et toi, Anna, tu… tu es l'avenir".

Je hochai la tête essayant d'ignorer ce sentiment de jalousie dans mon estomac, ce brut et déplaisant
sentiment qui brûlait mes veines.

"Est-ce qu'il y a autre chose?" demanda Thomas.

"Et bien… nous devrions parler d'autres choses également".

"Comme quoi par exemple?"

"Comme nos familles respectives".

"Ma mère va venir visiter New York bientôt", dit Thomas. "Je suppose que tu aimerais la rencontrer?"
Mon cœur bondit. "Tu parles toujours à ta mère?"

"Oui, Anna. C'est ma mère".

"J'avais juste supposé que…". Je laissai ma phrase en suspens.

Je voulus en savoir plus, lui demander pourquoi il parlait toujours à sa mère après m'avoir laissé
entendre toutes les horribles choses qu'elle lui avait faites.

Mais avant que je ne le puisse, mon téléphone retentit. Il était dans mon sac, qui était sur le canapé du
salon.

"Tu vas devoir garder ton téléphone sur toi en permanence", me sermonna Thomas. "Et si ça avait été
moi qui appelait?"

"Mais ce n'est pas le cas", dis-je à la légère. "Tu es juste à côté de moi".

Le coin de sa bouche se tordit en un petit sourire, et il secoua la tête. J'aimai le faire rire, le voir se
détendre juste un peu. Cela avait suffi à me faire traverser la pièce pour récupérer mon téléphone.

Je le sortis de mon sac.

NUMÉRO INCONNU clignotait sur l'écran, mystérieux et de mauvais augure.

Mon cœur s'arrêta.

Cela ne voulait pas dire numéro anonyme, me dis-je en moi-même. Je recevais des messages de numéros
inconnus tout le temps. Cela pouvait être un collectionneur de monnaie, quelqu'un de l'université, ou le
bureau du procureur pour fixer un rendez-vous pour ma déposition.

J'appuyai sur le bouton vert et portai le téléphone à mon oreille.

Il y eut un silence, et j'attendis d'entendre le bip familier d'un message enregistré ou la voix amicale d'un
agent de télémarketing.

Un peur noire s'empara de moi et mon instinct me dit de raccrocher.

Je vis Thomas me regarder depuis la salle à manger, et je lui envoyai ce que j'espérais être un sourire
rassurant.

"Allô?", répondis-je. Mon cœur avait commencé à battre et ma bouche était sèche.

"Anna". La voix familière du numéro anonyme résonna dans mon oreille, cette même voix déformée et
effrayante envoya une peur parcourir ma colonne vertébrale. Mais malgré cela, je reconnus la voix
presque immédiatement, le timbre semblait différent. Lorsque je lui avais parlé la dernière fois, il avait
semblé amical, presque serviable, comme s'il voulait que nous devenions amis.

Maintenant il semblait fâché, diabolique. Cela pouvait venir du fait que maintenant je connaissais ses
intentions, après tout il m'avait envoyé vers Stéphane. Mais c'était plus que cela. Quelque chose avait
changé, comme si j'avais fait quelque chose qui l'avait mis en colère.

"Oui, c'est moi", dis-je, luttant pour garder une voix calme.

Thomas me regardait, les yeux crispés.

"Bordel mais qu'est-ce que tu as fait, Anna?" dit la voix anonyme.

"Quoi?" demandai-je.

"Écrire à ce journaliste? Tu trouvais ça drôle, Anna? Est-ce que tu as apprécié ce petit coup de publicité?"

"Ce n'était pas un coup de pub", dis-je.

Thomas se leva de sa chaise et vint dans le salon. Il me tendit la main.

"Donne-moi le téléphone" ordonna-t-il.

"Est-ce que c'est lui?" cracha la voix à l'autre bout de la ligne. "Est-ce qu'il est là? Oh, Anna, tu as
vraiment dépassé les bornes cette fois. Je vais adorer te tuer. Je vais adorer serrer mes mains autour de ta
gorge et t'enlever la vie. Est-ce que tu vas crier comme Kate a crié, Anna?" Il se mit à rire bêtement et
mon sang se glaça dans mes veines.

"Anna!" dit Thomas. "Donne-moi ce téléphone!"

Mais anonyme n'en avait pas fini avec moi. "À bien y réfléchir, la strangulation est trop bien pour toi,
stupide salope. Je vais te découper et te saigner jusqu’à ce que tu en crèves. Peut-être même que je te
maintiendrais en vie quelques temps juste pour apprécier t'entendre me supplier pour ta vie". Il se mit de
nouveau à rire. "Bientôt, Anna", dit-il. "Tu seras bientôt morte. Dans les vingt-quatre heures, j'ai hâte de te
voir! J'ai hâte de te voir! J'ai tellement hâte de te voir!"

De la bile remonta dans ma gorge pendant qu'il exultait tel un fou, tel un aliéné capable des choses les
plus horribles.

La ligne coupa.

Je ne pouvais plus respirer.

"Anna?" demanda Thomas. "Qui c'était?"

J'ouvris la bouche pour parler mais j'en fus incapable.


Thomas avait raison.

J'avais perdu les pédales.

Et maintenant j'allais le payer de ma vie.


12. CE QU’IL DÉCOUVRE.

ANNA
Je fixai le téléphone dans ma main. J'avais le sentiment d'avoir été déconnectée de mon corps, de
vivre une sorte de rêve éveillé. Cela m'était arrivé une seule fois dans ma vie, lorsque j'avais
regardé mon père mourir, lorsque je me tenais debout à ses côtés pendant que son corps convulsait
en rendant son dernier souffle, une forte odeur d'antiseptique et de soupe au poulet dans la pièce.
Mais la sensation était maintenant beaucoup plus intense. Avec mon père, c'était plutôt comme
visionner un film ou une scène dans une boule à neige. Maintenant j'avais l'impression d'être un
personnage du film, de faire partie de la scène.
"Anna", demanda de nouveau Thomas. "C'était qui?"
Il m'arracha le téléphone des mains et fouilla dans l'historique des appels. Il plissa les sourcils
lorsqu'il vit 'numéro inconnu' inscrit sur l'écran. Il prit une longue inspiration calculée. "C'était lui?
C'était l'homme qui t'a conduit vers Stéphane?"
J'acquiesçai par un hochement de tête.
"Qu'est-ce qu'il t'a dit?"
La pièce devint finalement moins floue, les couleurs et les angles se redessinant lentement. Je tentai
l'expérience de fléchir mes doigts pour savoir une nouvelle attaque de panique était sur le point de
faire son apparition comme la dernière fois. Mais je ne me sentais ni faible et engourdie, au
contraire, je commençai à retrouver des forces.
J'en avais assez d'être sur la défensive, assez d'attendre que les choses arrivent. J'en avais assez
d'avoir peur, assez d'attendre que Thomas m'ouvre les portes de son petit monde, assez d'être assise
sur le banc de touche pendant que tout le monde prenait ses propres décisions et me balayait du
revers de la main.
On m'attaquait, et je voulais me battre.
"Anna!" demanda Thomas. "Regarde-moi".
Je le regardai et les battements de mon cœur s'accélérèrent à la vue de l'inquiétude qui se lisait sur
son visage. "Il a dit qu'il allait me tuer".
Le regard de Thomas s'assombrit et le teint de ses joues se colora de deux taches pourpres. "Il a dit
quoi?"
"Il a dit qu'il allait me tuer. Il a dit qu'il allait m'étrangler comme il avait étranglé Kate. Il m'a
demandé si j'allais crier comme elle l'avait fait".
"Bon dieu, Anna". Il se passa la main dans les cheveux et sa mâchoire se serra. L'expression sur son
visage était sereine et assurée mais je pouvais sentir la rage bouillir sous la surface. Il était furieux
contre moi pour avoir osé le défier, pour avoir expédié cet e-mail à Javier Ramos, pour m'être
mise en danger.
Il fit un pas vers moi. La veine de sa tempe palpitait. Mes yeux croisèrent les siens, et nous restâmes
là à nous regarder l'un l'autre dans le salon pendant un long moment. L'atmosphère de la pièce était
lourde et palpable. Je savais qu'il avait l'intention de me punir. Je n'avais pas cessé de le défier au
cours des dernières vingt-quatre heures, et il n'aimait pas cela. Il n'aimait pas non plus que je ne lui
fasse pas confiance, que je menace son contrôle. Il résistait à l'envie de me fesser, de me baiser et de
m'attacher. Je vis le désir brûler dans ses yeux et me demandai combien de temps il serait capable
de résister.
Ses émotions concernant le fait que je m'étais mise en danger s'étaient métamorphosées en un
sombre et pervers besoin de contrôler mon corps, et je le voyais lutter, faisant de son mieux pour
tenir ce besoin à distance.
Il sembla y arriver car son l'intensité de son regard diminua très légèrement. Les battements de mon
cœur commencèrent à ralentir, mais je savais que ce n'était pas fini. Thomas avait peut-être réussi à
maîtriser ce besoin jusqu'à maintenant, mais lorsqu'il referait surface, ce serait pire que jamais.
"On appelle la police".
"Non", dis-je. Je m'attendis à crier d'une voie perçante, mais au contraire ma voix fut forte et
empreinte de détermination. Le temps d'une seconde, je ressentis ce même flash d'être de nouveau
déconnectée de mon corps, mais une seconde plus tard, ce flash disparut et j'eus le sentiment d'avoir
fermement les pieds sur terre.
"Si", dit Thomas, commençant à composer le numéro depuis mon téléphone.
"Thomas!" dis-je. "Non!" J'essayai de lui reprendre le téléphone des mains mais sans succès. Je me
lançai en avant mais son corps était dur comme de la pierre, expertement mis en forme par des
heures de course à pied et de musculation.
"Anna, je ne suis pas en train de négocier", dit-il, me donnant la désagréable sensation d'être un
enfant privé de son jouet favori.
"Que vas-tu leur dire, Thomas?" demandai-je. "Qu'un inconnu m'a appelé et a menacé de me tuer?"
"C'est exactement ce que je vais leur dire". Il composa le numéro, porta le téléphone à son oreille et
attendis que quelqu'un décroche à l'autre bout de la ligne.
"Est-ce que tu es sérieux?" demandai-je, croisant les bras sur ma poitrine. "Est-ce que tu y as bien
réfléchi? Qu'est-ce que tu crois que la police va penser? Est-ce que tu penses qu'ils vont te croire?"
"Qu'ils me croient ou pas est sans importance. Ils seront obligés de passer à l'action".
"Vraiment, Thomas? Ils t'ont accusé de meurtre au premier degré et le procès a déjà commencé. Ils
ne vont pas sauter sur l'occasion et commencer à chercher de nouveaux suspects. Ils vont t'accuser
de mentir, ils vont dire que tu interfères avec la procédure judiciaire".
"Pouvez-vous me passer le détective Fisk, s'il vous plaît?" dit-il au téléphone. "Merci". On le mit en
attente et il m'envoya un hochement de tête. "Tu lis beaucoup trop de romans policiers, Anna".
"C'est des conneries. Ils veulent te coincer, Thomas. On ne les a pas encore entendus parce qu'ils
attendent que les médias s'en mêlent, Ensuite ils lanceront la grande cavalerie. Le fait que j'envoie
ce message était juste la première étape d'une longue série d'évènements qui étaient supposés
arriver. Le bureau de procureur veut ta peau et il n'écoutera rien ni personne qui puisse lui faire
croire qu'il a attrapé le mauvais gars. Et tu le sais".
"Anna, je ne jouerai pas avec ta vie. Maintenant, prends tes affaires".
"Prendre mes affaires?"
"Oui. On retourne à mon appartement. Tu as accepté de faire ce que je te demanderai, et voilà ce
que je te demande".
"Et tu as accepté d'essayer ma manière".
"Oui bon, disons qu'il y a eu un retournement de situation".
Une colère noire envahit mon corps tout entier. Comment ose-t-il changer notre accord en un
claquement de doigts? Il avait dit qu'on essayerait ma manière, et à la première anicroche, il
reprenait ses paroles.
La lassitude me submergea.
Laisse-le, me murmura une petite voix tentante et mélodieuse dans la tête. Laisse-le prendre le
contrôle, laisse-le appeler la police. Laisse-le te ramener à son appartement, laisse-le passer sa
frustration sur toi, avec sa main, sa ceinture, sa queue. Les pensées défilèrent dans ma tête. Allez,
continua-t-elle. Vas-y. Laisse-le prendre le contrôle.
Mais je ne pouvais pas renoncer.
Parce que Thomas avait tort.
Son désir de me protéger obscurcissait son jugement. S'il appelait la police, cela se retournerait
contre lui. Certainement qu'ils essaieraient de retracer l'appel anonyme, mais cela pourrait prendre
des semaines. Et cela, en supposant pour commencer, qu'ils croiraient Thomas.
Et puis ensuite quoi? Même si la police finissait par retrouver qui avait passé cet appel, cela ne
voulait pas dire qu'ils lanceraient une enquête. Surtout maintenant que mon message avait été publié
dans le City Herald. Les flics feraient passer cela pour un canular de la part de quelqu'un qui avait
suivi l'affaire et qui voulait me faire peur.
Non.
La police et le bureau du procureur avaient déjà décidé qui avait tué Kate. Le procès serait très
médiatisé et ils voulaient gagner.
Soudainement, je fus effrayée. J'avais fait une grosse erreur en envoyant ce message à Javier
Ramos. J'avais été imprudente, et je le payais. Mais ce qui était fait était fait. Il n'y avait rien que je
puisse faire maintenant. Et si Thomas contactait la police dans un effort désespéré pour me
protéger, cela ne ferait qu'empirer les choses.
Nous avions encore une chance de lui éviter la prison, aussi petite et aussi dangereuse qu'elle puisse
être.
On devait la saisir.
"Je mentirai", dis-je.
"Quoi?"
"Je mentirai. Je refuserai de leur parler au téléphone. Je leur dirai que tu as inventé toute cette
histoire".
Ses yeux s'écarquillèrent d'indignation. "Anna, je ne te demande pas ton avis".
"Je n'essaie pas de discuter", dis-je, haussant les épaules. "Vas-y. Fais ce que tu veux. Ils penseront
que tu as tout inventé. Ils t'accuseront peut-être d'obstruction à la justice ou d'interférer avec une
enquête en cours". C'était une menace stupide. Ils ne l'accuseraient pas d'obstruction ou
d'interférence. Mais ils penseraient qu'il est fou. Ils utiliseraient tout ce qu'il dirait contre lui. La
dernière chose qu'il devait faire maintenant était d'appeler la police, et il le savait.
Il raccrocha.
Il me regarda et nos regards se croisèrent à travers le salon.
C'était une impasse.
Il voulait me protéger.
Mais je refusais de le perdre.
C'était peut-être sa seule chance de salut, et je ferais n'importe quoi pour qu'elle se concrétise.
"Thomas…" commençai-je, mais il me fit un petit hochement de tête, me mettant en garde de ne pas
parler. Alors je restai silencieuse le temps qu'il fasse mentalement le tour de la situation.
Il traversa la pièce dans ma direction et s'arrêta lorsque nos corps se touchèrent presque. Il posa ses
mains sur mes épaules, puis les glissa le long de mes bras et entrecroisa ses doigts avec les miens.
"Je ne peux pas te laisser faire ça".
"Tu ne me laisses rien faire du tout".
"Je t'ai expliqué les règles, Anna. J'ai le contrôle total sur ton corps et sur ton bien-être. Tu ne fais
pas un geste sans ma permission". Le ton de sa voix était calculé, calme, mais c'était un homme qui
avait été poussé à bout, et je pouvais sentir son besoin de contrôle frémir encore sous la surface. Il
avait besoin que je cède, et s'il n'y arrivait pas…, et bien il y aurait des conséquences. Je commençai
à réaliser que c'était de cette manière qu'il gérait tout sentiment qui le perturbait, peur, tristesse,
désir, anxiété.
"Tu as dit qu'on pourrait essayer ma manière", dis-je doucement. "Tu as dit qu'on pourrait essayer".
Je serrai sa main dans la mienne et il ferma les yeux. Je vis la douleur passer sur son visage,
l'agonie qui le torturait lorsqu'il pensait que j'étais en danger.
"C'était avant que je sache qu'un cinglé veuille te tuer". Il retira une de ses mains des miennes et
écarta une mèche de cheveux de mon visage. Son pouce effleura ma tempe.
"Est-ce que tu comprends", dis-je "à quel point je serais dévastée si je devais te perdre? Que va-t-il
m'arriver si tu vas en prison, Thomas? Qu'est-ce que je… comment est-ce que je…". Ma gorge
commença à se nouer, et je luttai pour garder mon calme.
"Je n'irai pas en prison".
"Tu n'arrêtes pas de dire ça. Mais tu n'en sais rien, Thomas. Personne n'en sait rien. On doit s'en
occuper tous seuls".
Ses yeux cherchèrent les miens, explorant, sondant la moindre faiblesse, le moindre signe qui me
ferait changer d'avis. Mais je mis la peur pour ma propre sécurité de côté, essayant de ne pas lui
montrer à quel point j'étais effrayée. Essayer de garder le contrôle sur mes émotions était une
véritable torture, et je me demandais si cette sensation était identique à celle que son esprit meurtri
ressentait en permanence.
J'avais l'impression de finalement comprendre une petite partie de lui.
Je ne voulus pas penser au travail acharné que cela avait requis pour seulement comprendre cette
infime partie.
Alors je me penchai contre lui.
"Tu dois m'emmener à Force ce soir", dis-je doucement. Il recula, mais je continuai à parler avant
qu'il ne puisse protester. "S'il te plaît, Thomas. C'est la seule manière. Il est après moi de toute façon.
Au moins comme ça, nous aurons une chance de l'arrêter".
Ses mains se crispèrent sur les miennes, ses doigts me firent mal tellement il me serra fort. Mais je
ne cédai pas. Je restai forte.
"Et tu ne pourras pas me protéger si tu es enfermé".
Il secoua la tête, pas comme s'il allait dire non, mais plus comme s'il réfléchissait. C'était comme
s'il ne comprenait ni la situation dans laquelle nous nous trouvions, ni les possibilités qui s'offraient
à lui.
Je voulus lui dire que je l'aimais, lui dire que le perdre me détruirait, qu'il n'existait aucun autre
homme qui ne pourrait le remplacer. J'étais déjà tombée pour lui alors que je n'avais que
légèrement égratigné la surface, que je le connaissais à peine, que nous commencions tout juste à
nous découvrir, à pousser nos limites et nous entrelacer.
"Anna", dit-il d'une voix douce. Sa main caressa mon visage, son pouce suivant la ligne de ma
mâchoire.
"Dis oui", murmurai-je.
Il ferma longuement les yeux.
Et lorsqu'il les rouvrit, il n'y avait rien d'autre qu'une intense détermination. "Oui".
Il ne me permettrait pas d'aller en cours.
À la place, il me demanderait de l'accompagner à son bureau.
"Tu réalises que mon éducation est importante", dis-je lorsque nous descendîmes de la voiture qui
s'était stationnée en face de son immeuble.
Le soleil était haut dans le ciel. Je levai le menton, laissant la chaude lumière embrasser ma peau.
Être à l'extérieur dans les rues de New York au lieu d'être enfermée à l'intérieur de mon minuscule
appartement était inexplicablement apaisant. J'aurais plutôt dû me sentir plus à découvert, plus
vulnérable d'être à l'extérieur, mais cela avait l'effet opposé. Ici, dehors, avec toute cette foule, toute
cette activité, toute cette lumière, j'avais le sentiment que personne ne pouvait me faire de mal.
"Nous allons devoir faire quelque chose à propos de cet arrangement", dis-je.
"Quel arrangement?"
"La clause qui ne me permet pas d'aller en cours". Nous marchions maintenant à travers le hall
d'entrée. Thomas envoya un bref hochement de tête au gardien de sécurité qui le laissa passer. Je le
suivis dans l'ascenseur et il enfonça le bouton correspondant à son étage.
"Tu étais d'accord pour que je sois en charge de tout ce qui te concerne".
"Et tu étais d'accord pour me laisser aller en cours".
"Les règles ne sont pas coulées dans le béton, elles changent constamment et s'adaptent à chaque
situation". Il me survola du regard. Je tirai sur son sweat-shirt que je portais toujours, embarrassée.
Il était plus magnifique que jamais, son costume noir toujours impeccable, ses cheveux ébouriffés
style 'juste après l'amour' le rendaient irrésistiblement sexy. Sa perfection était extrêmement
intimidante. "Tu te sentiras mieux après avoir signé quelque chose".
"Après avoir signé quelque chose?"
"Oui, Anna, après avoir signé le contrat qui spécifie que tu m'appartiens".
"J'ai déjà signé ce contrat", ronchonnai-je, repensant au moment où il l'avait déchiré lorsque nous
étions à Force cette nuit-là.
Il me lança un regard. "Ne me pousse pas, Anna. La matinée a été longue, et j'arrive à peine à
contenir ma colère".
J'avalai ma salive. Je sortis de l'ascenseur et le suivis dans le couloir. Nous passâmes devant le
bureau de la réceptionniste.
"Bonjour, Mr Dorsk", dit aimablement la réceptionniste. La fille était différente de celle que j'avais
vue auparavant. Ses cheveux blonds étaient attachés en une élégante queue de cheval et son
maquillage était parfait. Elle portait un tailleur gris, ainsi qu'une chemise de couleur crème avec
une encolure très échancrée exposant son décolleté.
"Bonjour", répondit Thomas en retour.
La réceptionniste ne fit pas attention à moi. Mais je vis les yeux de cocker qu'elle fit à Thomas, le
désir dessiné sur le visage au moment où nous passions.
Je me sentis soudainement puérile et gigantesque, complexée dans ce jean et ce sweat-shirt trop
grand.
"Elle est mignonne", dis-je, irritée.
"Qui?"
"Qui? Ne fais pas comme si tu ne l'avais pas engagée parce qu'était superbe, Thomas".
"Est-ce que tu parles de Charlotte?"
"Charlotte? C'est son nom? C'est mignon".
"Anna, il n'y a pas lieu d'être jalouse de la réceptionniste".
"Tu n'aurais pas pu engager une personne un peu plus âgée? Comme une grand-mère retraitée ou
quelque chose du genre?"
Nous entrâmes dans son bureau et il déposa sa mallette sur son bureau. "Je ne suis pas en charge du
recrutement, Anna. C'est le département des ressources humaines".
"Mais ils connaissent tes goûts".
"Ils savent que j'aime travailler avec des employés brillants, intelligents et compétents".
"Et qui sont agréables à regarder".
"La seule que je regarde c'est toi".
Je rougis et hochai la tête. Je détestai le fait qu'avec tout ce qui se passait en ce moment, je pouvais
toujours aussi facilement être déstabilisée par une autre femme. Je voulus demander à Thomas ce
qui était arrivé à l'autre réceptionniste, celle qu'il avait avant, mais je ne voulus pas être indiscrète.
"Qu'est-ce qui est arrivé à l'autre?" crachai-je avant de pouvoir m'arrêter.
"L'autre quoi?", demanda Thomas, distrait. Il était déjà en mode travail, les mains au-dessus de son
ordinateur portable et passant à travers ses messages.
"L'autre réceptionniste".
"Elle ne faisait pas l'affaire".
Le ton qu'il employa me fit comprendre que le sujet était maintenant clos.
Je n'appréciai pas le fait de ne pas avoir de réponse définitive, surtout après ce qui était arrivé à
Kate, mais je ne le pousserais pas. J'avais déjà énormément abusé ce matin, et une simple
réceptionniste n'était pas assez importante pour risquer la colère divine de Thomas.
Mais je détestai le fait qu'il me cache des choses, même quelque chose d'aussi stupide que la raison
pour laquelle il avait viré la réceptionniste. Ou avait-elle démissionné? C'était cela le problème. Je
ne le saurais jamais, et si je lui reposais la question, il m'accuserait de ne pas lui faire confiance.
Mais tu ne lui fais pas confiance.
Mais ce qui était le plus dingue, c'est que je lui faisais confiance.
N'est-ce pas?
J'avais l'impression que mon esprit était sur un manège, tournant en rond, de plus en plus vite, tout
s'enflammant en une confusion floue. Je ne comprenais juste pas pourquoi Thomas ne m'avait pas
dit une chose aussi simple que la raison pour laquelle sa réceptionniste ne travaillait plus ici. Me
cachait-il quelque chose, ou était-il si refermé sur lui-même que tout devait lui être soutiré?
J'en voulais plus. J'avais besoin de plus.
"Anna, n'as-tu pas du travail à faire?" aboya-t-il. "Après toutes ces belles paroles et cette inquiétude
à propos de manquer les cours, tu as surement quelques lectures à rattraper".
"Oh, hum, oui", dis-je. Je sortis mon iPad et vérifiai mon plan de cours pour les conférences du
jour. J'essaierai d'obtenir les notes du cours par l'intermédiaire d'un autre étudiant. Cora, peut-être.
Je commençai à lire, mais je trouvai étrange le fait d'être assise devant le bureau de Thomas
comme si nous étions en réunion. Alors je pris mon iPad et me déplaçai sur le canapé de l'autre côté
de la pièce.
"Je n'aime pas que tu sois si loin", grogna Thomas.
"Je suis juste de l'autre côté de la pièce".
Il soupira et retourna sur son ordinateur, décidant de toute évidence de ne pas combattre.
Nous travaillâmes comme cela pendant quelques heures, chacun immergé dans son petit monde.
J'avais rattrapé mon retard sur mes cours, commencé à écrire un papier, fait des plans pour
rencontrer un groupe d'étude. Thomas avait écrit quelques notes, passé quelques appels, organisé
diverses réunions. Sa voix au téléphone était toujours sévère et impatiente, et lorsqu'il tapait au
clavier, ses frappes étaient puissantes et bruyantes.
Les sons s'estompèrent dans le bruit de fond, et je me perdis dans mes études de cas et mes comptes
rendus. Je surlignai et pris des notes, m'immergeant dans la normalité sécuritaire de mes études. Le
soleil baissa dans le ciel au fur et à mesure que la journée défilait, dessinant des rayons lumineux
sur le tapis.
À environ dix-sept heures, quelqu'un frappa à la porte.
Je sursautai.
"Calme-toi, Anna", dit Thomas, un sourire amusé aux lèvres. "C'est juste Gaëlle".
Gaëlle? Mais qui c'était celle-là? Je voulus demander, mais Thomas avait déjà traversé la pièce et
ouvrait la porte.
Une femme se tenait debout dans le couloir. Elle semblait être dans le début de la quarantaine, avec
de longs cheveux blonds très clairs et des yeux foncés en amande. Son visage poudré était blanc
pâle, ses sourcils foncés étaient proéminents, ses lèvres arboraient une teinte de magenta que je
n'avais jamais vue autrement que dans des gravures de modes ou dans des clips vidéo.
"Mr Dorsk", dit-elle en faisant un signe de la tête. Sa voix était profonde et rauque, ce qui contrastait
avec ses délicats attributs et son abondant maquillage.
"Bonjour Gaëlle", dit-il.
Elle jeta un coup d'œil dans la pièce et me vit assise sur le canapé. "Est-ce que c'est elle?"
"Oui, c'est Anna", dit-il. "Elle va venir vous rejoindre dans la salle de bain réservée aux top
managers dans cinq minutes".
Gaëlle fit un rapide signe de tête, se retourna et repartit dans le couloir, tirant une lourde valise
noire derrière elle.
"C'était qui ça?" demandai-je, paniquée.
"Gaëlle".
"Oui, j'ai compris, Gaëlle", dis-je, définitivement pas d'humeur pour les réponses monosyllabiques
ou vagues de Thomas.
"Mais qui est-elle? Et qu'est-ce qu'elle fait là? Et pourquoi devrais-je la rencontrer dans une salle de
bain réservée aux top manangers?"
"Gaëlle va t'aider à te préparer pour ce soir".
"Me préparer pour ce soir?", répétai-je. Je fronçai les sourcils. "Tu veux dire qu'elle va me
coiffer?"
"Entre autres". Thomas retourna à son bureau et commença à parcourir un dossier, me faisant
comprendre que la discussion était terminée.
"Oh". Je me levai et croisai les mains devant moi. J'avais la bougeotte due à une certaine nervosité.
"Oui, Anna?" dit Thomas. "Qu'est-ce qu'il y a?"
"Je… est-ce que tu penses que j'ai besoin d'un relooking?"
Il me regarda, posa son stylo et traversa la pièce jusqu'au canapé où je me tenais debout. Il prit mon
menton dans sa main, et le souleva pour me forcer à le regarder dans les yeux.
"Non", dit-il. "Je ne pense pas que tu as besoin d'un relooking".
"Parce qu'il semble… que tu ne dois pas… tu penses qu'il y a beaucoup de travail à faire ou quelque
chose comme ça".
"Anna", dit-il doucement. Les battements de mon cœur s'accélérèrent à la manière dont il prononça
mon nom. Je mourais d'envie qu'il me dise de nouveau qu'il m'aimait. Il ne me l'avait dit qu'une
seule fois, et même si ce n'était que la nuit dernière, j'avais besoin d'être rassurée. Il était d'humeur
si changeante avec moi que je ne savais jamais sur quel pied danser et je m'agrippais aux petits
moments où j'avais l'agréable sensation d'être son eau dans le désert.
"Tu es magnifique". Il m'embrassa le front. "Tu es belle". Il m'embrassa le bout du nez. "Tu es sexy".
Il m'embrassa la joue. Le contact de sa bouche sur ma peau envoya une enivrante sensation à travers
mon corps qui me coupa le souffle. "Tu n'as pas besoin d'un relooking".
"Alors pourquoi est-ce que Gaëlle est ici?" demandai-je, détournant le regard avant qu'il ne puisse
répondre.
"Regarde-moi quand tu parles".
Je me forçai à le regarder de nouveau dans les yeux.
"Elle est ici parce que tu as dit que tu voulais que ce soit le plus réaliste possible, exact? Que tu
voulais aller à Force ce soir en mettant la meilleure chance de notre côté de découvrir qui t'a
appelée plus tôt?"
J'acquiesçai par un hochement de tête.
"Alors tu dois te donner à moi corps et âme. Tu dois me faire confiance. Et si tu fais ça
sérieusement, alors nous irons à Force ce soir. Mais ce sera à mes conditions et de la façon dont je
veux le faire. Tu feras les choses que je te demanderai de faire. Est-ce que tu comprends, Anna?"
"Oui".
Il m'embrassa alors, lentement et doucement. Il mordilla ma lèvre inférieure en se reculant, me
laissant toute excitée et étourdie. "La salle de bain réservée aux top managers est au fond du
couloir, dès que tu auras passé le coin, ce sera la deuxième porte à droite. Elle a spécialement été
réservée pour toi cette après-midi, donc tu n'as pas d'inquiétude à avoir, personne ne viendra te
déranger".
"Ok".
Il repoussa les cheveux de mon front. "Garde ton téléphone sur toi en permanence. Quand tu es
hors de mon champ de vision, je suis très anxieux".
Je hochai de nouveau la tête puis me glissai hors du bureau de Thomas dans le couloir.
Je suivis les directions qu'il m'avait transmises, marchant rapidement dans le couloir et passant le
coin. Il y avait des associés partout, les bureaux bourdonnant d'activité même à cinq heures du
soir. Je m'émerveillai de tous ces gens, travaillant sur leurs affaires. Et même s'ils devaient tous
savoir que Thomas avait été arrêté pour meurtre, cela semblait ne déranger personne.
Toutes les femmes étaient si reluisantes et bien habillées, petit tailleur, hauts talons chics, coiffure
parfaitement stylée et d'apparence soignée. Elles arboraient des sourires parfaits et des corps
minces, et je me demandai quand trouvaient-elles le temps de blanchir leurs dents ou d'aller à la
salle de sport.
Une partie de moi ne pouvait pas s'empêcher de se demander comment Thomas pouvait
s'intéresser à moi alors qu'il avait toutes ces belles femmes intelligentes et accomplies autour de
lui en permanence.
Je me demandai si un jour je serais capable de passer par-dessus ce scepticisme concernant le fait
que Thomas choisisse d'être avec moi, et non pas avec une autre femme plus intelligente, plus
jolie, moins ordinaire. Il était si superbe, riche, sexy et accompli. Plus que le commun des mortels.
Je repoussais ces pensées invasives de mon esprit. Je m'étais suffisamment inquiétée jusqu'à
maintenant à propos de ma relation avec Thomas. Si un jour les choses devenaient normales entre
nous, si nous ne nous faisions pas attraper dans ce tourbillon de danger et d'affaires juridiques, si
les choses se calmaient, je remercierais le ciel que la seule chose que je n'aurais plus qu'à
m'inquiéter serait le fait que Thomas et moi ne jouons pas dans la même ligue.
J'atteignis la salle de bains réservée aux directeurs. Sur la porte, il y avait un panneau 'RÉSERVÉ,
NE PAS ENTRER'.
J'hésitai, ne sachant pas si je devais frapper ou non. Cela semblait étrange de frapper à la porte
d'une salle de bain publique, mais cela semblait également étrange de faire irruption comme cela.
Mais je ne pouvais pas rester là dans le couloir indéfiniment. Donc après un moment, je tournai la
poignée de la porte et entrai à l'intérieur.
La salle de bain était vaste et somptueuse, avec d'élégants comptoirs de marbre gris surmontés par
des miroirs éclairés au-dessus des vasques. Des carreaux de céramiques gris brossé gravés d'un
design abstrait bordaient les murs et un immense tapis bleu à poils longs était disposé au centre de
la pièce. Les cabines étaient disposées dans le coin, parmi une série de douches privées réservées
aux associés qui restaient tard ou qui arrivaient tôt.
Gaëlle préparait une mallette de maquillage sur le comptoir.
"Asseyez-vous", ordonna-t-elle, me pointant une chaise pivotante devant la série de lavabos.
Je m'assis et pivotai la chaise jusqu'à voir mon reflet dans le miroir. Les lumières provenant du
dessus délavaient mon visage, ne me faisant pas honneur.
Elle prit une poignée de mes cheveux ternes, soupira puis commença son travail.
Elle me fit un shampoing suivi d'une coupe, donnant du corps à mes cheveux, et de longues et
larges boucles. Elle étala crèmes et gels sur mon visage, ainsi que diverses couches de base,
potions pétillantes et poudre bronzante. Elle utilisa des pinceaux trempés dans des petits pots de
couleur avant d'en enduire mes yeux et mes pommettes.
Lorsqu'elle eut terminé, je me trouvais superbe. J'étais toujours moi-même. Mais juste plus sexy,
plus, plus adulte, plus...sensuelle.
"Waouh", dis-je en mettant la main dans mes cheveux. "Je suis magnifique". Je me mis à rougir
aussitôt que les mots furent sortis de ma bouche. Je ne voulais pas que Gaëlle pense que j'étais
arrogante.
"Mmmm hmmmm", dit-elle, paraissant s'ennuyer.
Je me demandais combien de fois elle avait été appelée pour faire cela, combien de fois Thomas
l'avait appelée pour qu'elle prenne soin de quelqu'un qu'il emmenait à Force. Avait-elle connu
Claire? Avait-elle fait cela à Laura, la fiancée de Thomas?
"Vous devez appliquer de l'après-shampoing sur vos cheveux", dit Gaëlle de sa voix rauque en me
tendant une bouteille d'un produit qui semblait haut de gamme. "Utilisez ceci".
"Ok", dis-je en l'acceptant. "Merci".
"Maintenant", dit-elle en inclinant la chaise en position allongée. "Maintenant, on passe à la cire".
"À quoi?"
"La cire". Elle me tendit une blouse jetable. "Voilà. Enfilez cela".
Je la fixai. Gaëlle ne me ferait pas enfiler une blouse jetable et légère pour épiler mes sourcils.
"Oh, non", dis-je. "Ce n'est pas nécessaire".
"Instructions de Mr Dorsk", dit-elle.
"Oh, hum…". Je tendis la main et saisis le vêtement de papier. La simple pensée d'écarter les
jambes devant une parfaite inconnue pendant qu'elle étalerait de la cire chaude ne faisait pas partie
de mes priorités du moment. J'hésitai.
Gaëlle me fit un petit sourire. "Crois-moi, mon cœur, j'en ai déjà vu beaucoup".
"Oh, c'est juste que… je ne suis pas certaine d'en avoir besoin". Je rougis en prononçant ces
paroles. Mon apparence était déjà bien soignée.
"Les instructions de Mr Dorsk étaient très claires".
Je me mordis la lèvre, réfléchissant.
La voix de Thomas résonna dans ma tête.
Tout le reste se fera selon mes règles, Anna. J'aurai le contrôle total sur tes faits et gestes.
"Ok", dis-je avec un soupir. "Laissez-moi juste me changer.
Je me glissai dans l'une des cabines contre le mur du fond et ôtai rapidement mon jean et mon
sweat-shirt. La blouse ne cachait pas grand-chose, définitivement pas faite pour couvrir le corps de
quelqu'un qui avait un minimum de fesses ou de poitrine. Je dus la tenir les pans arrières avec mes
mains pour la tenir fermée. Lorsque j'arrivai devant Gaëlle, elle ne bougea pas un sourcil.
D'un signe de tête, elle m'indiqua la chaise dont le dossier avait été allongé. Je me serais presque
crue sur une table de massage.
Je m'allongeai et Gaëlle commença à faire ses choses. L'arrachement de la première bande de cire
me coupa le souffle, mais après une seconde de sensation de brûlure intense, la douleur commença
à s'estomper.
Je serrai mon téléphone dans la main, consciente du fait que Thomas m'avait demandé de le garder
avec moi en permanence.
Comme par hasard, une vibration m'annonça l'arrivée d'un message texte.
Ça va?
Oui, ça va.
Bien. Je n'aime pas quand tu es si loin de moi.
Je ne pus m'empêcher de sourire à ses mots.
Tu me manques aussi, répondis-je.
Une seconde plus tard, il me surprit avec un autre texte constitué d'une série d'émoticônes, un cœur
emballé suivi d'un ballon.
L'euphorie ressentie fut suffisante pour étouffer la douleur de l'épilation entre mes jambes.
Lorsque Gaëlle eut terminé, elle s'affaira à nettoyer.
"Merci", dis-je en m'asseyant. Je me sentais un peu embarrassée. 'Merci' semblait une chose étrange
à dire à quelqu'un qui venait de vous voir complètement nue.
Elle croisa mon regard dans le miroir au-dessus du lavabo.
Je lui fis un sourire timide.
"Vous sortez avec Mr Dorsk ce soir?", demanda-t-elle.
Je hochai la tête.
Elle m'envoya un signe de tête en retour. "Soyez prudente", dit-elle. "Vous les filles…". Sa voix
traîna lorsqu'elle ôta les gants qu'elle portait et les jeta dans la poubelle. J'avais l'impression que
son avertissement ne concernait pas spécifiquement Thomas ou bien moi-même. Il y avait une
certaine lassitude dans sa voix, la même lassitude que l'on observe chez les gens plus âgés
lorsqu'ils parlent d'une génération plus jeune.
Je me demandai ce qu'elle penserait si elle savait ce que nous avions planifié ce soit, si elle savait
que nous sortions dans l'espoir ultime de mettre la main sur un tueur, une pensée qui avait rendu
Thomas si anxieux qu'il avait ressenti le besoin de contrôler mon corps et de me punir
physiquement et sexuellement.
"Est-ce que ça fait longtemps que vous travaillez pour Thomas?" demandai-je.
"Cinq ans".
"Donc juste après la mort de Laura?" demandai-je.
"Oui". Elle continua son nettoyage. Je voulus lui poser plus que questions à propos de Laura,
comment était Thomas à cette époque-là, comment était leur relation. Mais Gaëlle ne sembla pas
ouverte aux questions. Les vêtements que Mr Dorsk a choisi pour vous sont pendus dans la
dernière cabine", dit-elle rapidement.
"Merci". Je me levai, oubliant un instant que je portais seulement cette petite blouse jetable. Il est
drôle de voir comment il possible de s'habituer à une chose qui vous rendait pourtant si
inconfortable quelques secondes plus tôt. "Hmmm, Gaëlle, si ça ne vous embête pas que je vous
pose la question… je veux dire, combien de femmes pensez-vous avoir, hmmm, aidées?"
Elle me fit un petit sourire. "Je ne peux pas vous le dire". Elle rangeait maintenant sa palette de
maquillage, et elle referma la fermeture éclair. Je jetai un œil dans la salle de bain. Elle était
immaculée, toute trace de son passage et de ce que nous avions fait ici, effacée. Elle avait même
noué le sac poubelle et le portait sur son épaule.
"Pourquoi pas?"
"Parce que j'ai signé un A.N.D.".
"Un A.N.D.?"
"Un accord de non-divulgation"
"Ah, ok". Je ne savais pas trop quoi faire de cette information. Il était un peu étrange de faire signer
ce genre de document à une personne qui travaille pour vous, mais je supposai que lorsque vous
étiez la cible du public comme Thomas l'était, c'était nécessaire. Il ne pouvait pas vraiment laisser
Gaëlle dire à tout le monde qu'elle épilait des filles dans la salle de bain de Thomas.
Mais quand même.
C'était encore un nouveau signe me prouvant que je venais de rentrer dans un monde différent, un
autre rappel que Thomas avait eu une vie avant moi, une vie remplie de filles, de secrets et de
choses dont je ne savais strictement rien.
Aurait-il une vie après moi aussi? Étais-je simplement un autre visage d'une longue liste de filles
utilisées pour son plaisir personnel avant de s'ennuyer, d'avoir peur ou de rencontrer quelqu'un
d'autre?
Je repoussai les pensées de ma tête et me retournai pour remercier Gaëlle.
Mais elle était déjà partie.
Dix minutes plus tard, je contemplai mon reflet dans le miroir pendu à l'arrière de la porte de la
salle de bain.
Tu te fous de moi, Dorsk.
Il était hors de question que je porte cette tenue en public. Il était hors de question que je porte ça
tout court. Comparativement, la robe qu'il m'avait donnée pour notre première nuit à Force
ressemblait à un sac en toile de jute.
Pour ce soir, il avait choisi une combinaison élastique rouge en pure dentelle. Elle était coupée
courte sur les cuisses, serrée sur la taille et un motif en croisillons retombaient sur les fesses. Elle
était si courte et si échancrée qu'on voyait la moitié de mes fesses et mes seins débordaient.
La tenue était entièrement transparente excepté pour une fine lanière de tissu rouge sur mes
mamelons et une autre entre mes jambes. Il n'y avait pas de bas, pas de porte-jarretelle, rien. Mes
jambes étaient complètement nues. Pour les chaussures, il avait choisi une paire de hauts talons
rouges à bout ouvert, avec une fermeture éclair à l'arrière.
La seule bonne nouvelle était que la tenue semblait être accompagnée d'une sorte de large vêtement
couvrant, une veste noire cintrée à la taille et évasée sur les hanches, accentuant mes courbes. Elle
s'arrêtait juste au-dessus du genou et était fabriquée dans un tissu somptueux donnant une sensation
très agréable sur ma peau.
Avec la veste, je me sentais belle et sexy.
Sans la veste, je me sentais exposée et vulnérable.
Je fixai mon reflet dans le miroir, puis tapai un rapide message à Thomas.
Comment suis-je supposée me rendre à ton bureau?
En marchant.
Dans cette tenue?
Enfile cette foutue veste et marche, Anna. Et dépêche-toi. Ton absence me rend fou, et je ne pourrais
pas être tenu responsable pour mes gestes si tu n'arrives pas immédiatement.
Je souris puis tirai sur le bas de la veste.
Tant que je portais la veste, ce n'était pas si mal.
Je ressemblais à ces célébrités qui portent des blazers sans chemise en-dessous. Mais bien sûr, ces
femmes ne pesaient que 55 kilos et n'avaient pas de poitrine à proprement parler.
Tu n'es toujours pas là, texta Thomas sur un ton accusateur.
Je relevai les épaules, rassemblai tout mon courage puis sortis de la pièce. J'avais cette image dans
la tête où tout le monde se retournait sur mon passage, me pointait du doigt en murmurant, jugeant
et se demandant qui je pouvais bien être, et comment je pouvais penser qu'il était convenable de
déambuler sur un lieu de travail accoutrée de la sorte.
Je passai devant les bureaux ouverts de deux associés et aucun des deux ne remarqua ma présence.
Soit ils étaient trop pris par leur travail, ou soit ils étaient habitués de voir des femmes habillées de
la sorte.
J'arpentai les couloirs de Dorsk et associés.
J'émis un soupir de soulagement en entrant dans le bureau de Thomas et en refermant la porte
derrière moi.
J'étais debout devant son bureau, en face des fenêtres. Lorsqu'il me vit, ses yeux balayèrent
lentement mon corps de bas en haut, depuis mes chaussures, mes jambes, s'attardant sur mes seins
avant finalement de croiser mon regard.
Son regard était brûlant de désir, et une vague de chaleur s'accumula dans mon ventre.
"Viens ici, Anna", ordonna-t-il.
Je marchai lentement vers lui, jusqu'à ce que je sois à ses côtés derrière le bureau. Je rougis,
soudainement embarrassée. Je voulais plus que tout au monde lui faire plaisir, être assez pour lui,
ressembler à celle qu'il avait en tête lorsqu'il avait choisi ces choses pour moi.
Il déboutonna ma veste. Mon souffle se bloqua dans ma gorge et mon cœur s'arrêta lorsqu'il glissa
le tissu soyeux sur mes épaules nues, tirant délicatement sur les manches jusqu'à ce que je ne sois
plus que vêtue de la combinaison rouge en dentelle.
"Tourne".
Je tournai, sachant que mes fesses étaient exposées, sachant qu'il examinait mon corps. Je rougis et
me retournai rapidement, mais il ne me laissa pas faire aussi facilement.
"Encore", dit-il sur un ton bourru. "Plus lentement cette fois".
Je m'exécutai. Un frisson parcourut mes bras même si ma peau semblait en feu.
"Bon dieu, comme tu es sexy", dit-il en me caressant la joue de son pouce. Je fermai les yeux et pris
une longue inspiration, appréciant la sensation de sa peau sur la mienne. Il fit glisser sa main sur
mon flanc, ma taille, mes hanches, mes cuisses. Il me prit ensuite la main et me conduisis jusqu'au
coin de la pièce.
"J'ai encore du travail à terminer avant que nous partions", dit-il. "Tu vas rester ici jusqu'à ce que
j'ai terminé".
"Ok". J'avalai ma salive, réalisant qu'il souhaitait que je reste ici, au coin. Était-ce la façon dont il
allait régler mon cas avant de partir pour Force? En me punissant?
"Regarde-moi".
Je cherchai son regard. Il posa sa main sur ma joue et attira mon visage vers le sien. Il s'arrêta juste
avant de rencontrer mes lèvres. Il ne m'embrassa pas mais à la place, il se baissa et ses lèvres
effleurèrent la peau de mon décolleté avant de glisser sur mon corps, son souffle chaud traversant
la dentelle de ma combinaison.
Je renversai la tête en arrière, à bout de souffle. C'était l'une des choses les plus érotiques de toute
ma vie.
"Regarde-moi, Anna", gronda-t-il. Sa voix était empreinte d'autorité, ce n'était plus le ton doux et
désireux qu'il avait utilisé quelques secondes plus tôt pour me dire combien il me trouvait sexy.
Je le regardai.
Il s'agenouilla devant moi, prit mes mains et les plaça dans mon dos. "Croise tes doigts ensemble".
Je m'exécutai en croisant mes doigts ensemble dans mon dos.
Il poussa l'entrejambe de ma combinaison sur le côté, exposant ma chatte fraîchement épilée.
"Très beau", murmura-t-il d'un signe approbateur. Il glissa son doigt dans ma fente et je me mis à
mouiller instantanément.
Je fermai les yeux, mais il grogna "regarde-moi".
Je le regardai, et il me regarda. L'envie se fit si intense et si électrique que je pus la sentir, la voir
dans la pièce. C'était une force tellement au-delà de mon contrôle que je ne pouvais pas faire autre
chose que d'y succomber.
Il approcha sa bouche de ma chatte et souffla sur ma peau nue. Son souffle passant de chaud à froid
envoya de petites vagues d'extase se réverbérer au plus profond de moi.
"Thomas…"
"Chhh", dit-il en se levant. Il posa un doigt sur mes lèvres. "Tu restes ici pour le moment. Tu ne
bouges pas d'un millimètre. Tu gardes les mains dans ton dos et tu ne dis pas un mot".
Et après cela, il se retourna et se rassit à son bureau, me laissant haletante de désir.
Il se passa une heure avant qu'il ne me permette de bouger, une heure avant qu'il ne me permette de
desserrer mes mains, une heure avant qu'il ne me laisse réajuster ma combinaison afin que ma
chatte ne soit plus exposée. Une heure de désir accumulé en moi tel un bloc de pierre en mouvement
le long de la pente d'une montagne.
Il avait passé tout ce temps à travailler à son bureau, à passer des appels, à aboyer des ordres, à
taper sur son clavier, à signer des papiers. Et très régulièrement, il me jetait un coup d'œil et me
donnait un petit signe de tête approbateur lorsqu'il constatait que je suivais ses instructions à la
lettre.
Il raccrocha finalement le téléphone et s'approcha de moi. Il replaça ma combinaison et ramassa la
veste que je portais.
"Donne-moi tes bras", ordonna-t-il.
Je lui donnai mes bras et il glissa la veste sur moi et la boutonna.
Il me serra contre lui alors qu'il me conduisait hors de son bureau à travers les couloirs de Dorsk et
associés. Nous croisâmes quelques employés, mais les bureaux semblaient généralement silencieux.
Mais pas à cause d'un manque de travail. L'immeuble était occupé, mais la frénésie des réunions et
des rendez-vous avait maintenant ralenti et était remplacée par le bourdonnement de petites abeilles
travaillant à l'écriture de leurs notes et à leurs recherches.
Lorsque nous entrâmes dans l'ascenseur, Thomas enfonça le bouton du garage et non pas du hall
d'entrée.
"Où est-ce qu'on va?" demandai-je lorsque l'ascenseur commença sa descente.
"Force, Anna".
"Non, je veux dire, pourquoi le garage?"
"C'est moi qui conduis ce soir".
"Tu conduis?"
Il me regarda, amusé. "Oui, Anna, je conduis. Je suis un homme aux multiple talents".
Les portes s'ouvrirent sur un petit stationnement, avec de la place pour environ une dizaine de
voitures. La plupart d'entre elles étaient des berlines et des SUV, mais au bout du stationnement, il y
avait une voiture sportive aux lignes racées et élégantes.
Thomas fit le tour et m'ouvrit la portière passager. Je me glissai dans le siège baquet, reniflant
l'odeur du cuir et du luxe.
"Original", dis-je au moment où il s'assit dans le siège du conducteur.
"Mets ta ceinture".
Je glissai la ceinture par-dessus ma poitrine et la bouclait.
Thomas sortit du stationnement et guida la voiture dans les rues de Manhattan. Rouler dans les rues
de la ville était démentiel quelle que soit l'heure de la journée, mais Thomas conduisait exactement
de la même façon qu'il vivait sa vie, de façon contrôlée et imperturbable. Il semblait totalement
impassible face aux coups de klaxon et aux embardées des chauffeurs de taxi.
"Est-ce que tu es confortable?"
"Quoi?"
"Est-ce que tu as froid?". Il indiqua le bouton du contrôle de température sur le tableau de bord.
Je secouai la tête. "Non, ça va".
Ce n'était pas la vérité. J'essayai de ne pas frissonner et ne pas claquer des dents. Je n'avais pas froid
dans le sens physique du terme, ces réactions étaient les manifestations physiques de mon état de
stress intense. Mon estomac s'était retourné sur lui-même, entortillé en forme de huit, et des
impulsions nerveuses parcouraient mon corps et faisaient tressauter les muscles de ma jambe.
Thomas me lança un regard et fronça les sourcils, je me forçai donc à rester immobile.
Mon téléphone vibra dans mon sac. Les mains de Thomas se crispèrent sur le volant lorsque je
sortis le téléphone de mon sac et regardai l'écran.
"Qui c'est?" demanda-t-il.
"C'est Julia", dis-je en renvoyant l'appel directement sur la messagerie. "Elle se demande surement
où je suis".
"Est-ce que tu lui as dit que tu déménageais?"
"Non. En fait, la dernière fois que je lui ai parlé, je lui ai plutôt dit que j'allais être présente plus
souvent à la maison".
Ses mains se crispèrent de nouveau au point de faire blanchir ses jointures. "S'il te plaît, dis-lui que
tu déménages Anna. Dis-moi quel moyens financiers ça implique et je m'en occuperai".
Mon téléphone vibra à l'arrivée d'un message texte avant que je ne puisse lui répondre.
Julia.
Anna, est-ce que ça va? Il y avait un journaliste devant notre appartement qui te cherchait à
l'instant! À cause de Thomas?? Appelle-moi.
Je soufflai. "Il y avait un journaliste devant mon immeuble", dis-je.
Thomas hocha la tête, imperturbable. "Ce n'est pas vraiment une surprise". Il me regarda du coin
de l'œil. "Les choses ne vont faire qu'empirer".
Je tapai un texte à Julia.
Est-ce qu'il est toujours là? Est-ce que tu vas bien?
Ça va. Il est parti quand il a réalisé que tu n'étais pas là. Mais je suis inquiète pour toi.
Je vais bien. Je suis avec Thomas. Je t'appelle dans la matinée et je t'explique tout.
J'allai pour éteindre mon téléphone avant de le ranger dans mon sac, mais Thomas secoua la tête.
"Non. Téléphone allumé en permanence".
J'acquiesçai, et je paramétrai les textes de Julia sur 'ne pas déranger'. Je verrai avec elle plus tard
dans la matinée.
Lorsque nous arrivâmes devant Force, Thomas stationna juste devant le club.
"Comment est-ce que tu fais ça?" demandai-je, émerveillée.
"Comment je fais quoi?" Il mit le levier de vitesse sur la position Parking.
"Toujours trouver un stationnement exactement devant l'endroit où tu te rends".
"L'argent".
"Quoi?"
"L'argent te permet t'acheter tout ce que tu veux, Anna. Tout ce que tu as pu entendre qui pourrait
laisser penser le contraire est complètement faux".
Il semblait si sûr de lui, et je me demandai s'il pensait à la manière dont il s'assurerait de ne pas
aller en prison. Il semblait penser qu'avec suffisamment d'avocats, de connexions et de cash, il
pourrait se sortir de n'importe quelle situation.
Peut-être avait-il raison.
Mais je n'allais pas prendre ce risque.
Je restai dans la voiture pendant que Thomas sortit, prenant un moment pour moi-même, le temps
d'une profonde respiration pour calmer les battements rapides de mon cœur. Le fait d'être déjà
venue à Force me rassurait un peu, je pourrais peut-être revenir plus facilement sur mes pas. Mais
la simple pensée d'entrer à l'intérieur était plus intimidante que jamais.
Thomas m'ouvrit la portière. Je saisis sa main pour m'aider à monter sur le trottoir.
"Tu es sûre que tu veux faire ça?" demanda-t-il. "Il n'est pas trop tard pour appeler la police".
"Non". Je secouai la tête. Maintenant que j'étais là, mes résolutions commençaient à faiblir, mais
pas suffisamment pour tout annuler. La rue était déserte et je m'émerveillai du fait qu'il y ait autant
de personnes dans ce club et que malgré tout, on ne voyait personne ni entrer ni sortir.
Il n'y avait aucun signe de toutes les choses qui avaient lieu ici.
Thomas n'essaya pas de me faire changer d'avis. À l'inverse, il commença à déboutonner la veste
que je portais.
Je la serrai sur mes épaules. "Je préfèrerais la garder sur moi".
Il resta silencieux, mais je pus voir dans son regard, sur son visage, qu'il pensait que nous aurions
une meilleure chance d'amener le tueur de Kate à se révéler si je retirais la veste et que je
marchais le corps bien en vue.
Je hochai silencieusement la tête, et il ôta la veste avant de la déposer dans la voiture.
Il me prit par la main et m'embrassa doucement sur le front.
Puis il fouilla dans sa poche et sortit ce qui ressemblait à une laisse.
Je secouai la tête. "Je ne veux pas de collier".
"Ce n'est pas un collier. Et je ne te demande pas ton avis". Il referma une menotte en cuir sur mon
poignet. La menotte était attachée à une longue chaîne argentée. Thomas enroula le bout de la
chaîne autour de sa main. "Tu ne retires pas ça ailleurs que dans ma chambre privée. Peu importe
ce qui arrive. Est-ce que tu comprends, Anna?"
"Oui".
"Je ne déconne pas, Anna". Le ton puissant de sa voix était empreint de tendresse et de protection,
et je sentis une intense décharge d'amour pour lui. Je me permis un petit moment d'espérance, un
petit moment de fantasme dans lequel nous étions juste un couple normal, que nous avions un
rendez-vous dans la ville avant de retourner à son appartement où nous finirions la soirée à
regarder un film blottis l'un contre l'autre.
Thomas tira sur la laisse pour s'assurer que la menotte serrait bien mon poignet. "Ne l'enlève pas".
"Oui, monsieur". Je voulais que le ton de ma voix reflète le sarcasme et la désinvolture mais à
l'inverse, elle refléta la docilité et la soumission.
Il fit un signe de tête en signe de satisfaction. Il se pencha contre moi. "Si tu veux partir, tu dis
simplement 'rouge' et on arrête tout", dit-il. "Je te ferai sortir de là".
J'acquiesçai et il m'embrassa.
Il prit ensuite ma main et me conduisit à travers la porte, à l'intérieur de Force.
Je remarquai plus de détails cette fois.
L'étroitesse des couloirs.
L'écho de nos pas sur le plancher de béton.
L'odeur était plus forte que celle dont je me souvenais, une odeur de fumée et de moisi combinés à
quelque chose d'industriel.
J'essayai de faire attention pendant que Thomas me conduisait à travers les couloirs sinueux.
J'essayai de me concentrer afin de me rappeler si nous avions tourné à droite ou à gauche, s'il y
avait des portes ou des marques distinctes qui pourraient me servir de point de repère. La dernière
fois que j'étais venue, j'avais été si submergée par mes émotions que j'avais été incapable de
garder la trace de l'endroit où je me trouvais.
Je savais que je devais faire tout mon possible pour me remémorer le plan de cet endroit. Mais
c'était impossible. Tous les couloirs se ressemblaient, les motifs noir et rouge des murs sinueux se
confondaient les uns dans les autres, comme une espèce de continuum.
Malgré mes efforts, je perdis bientôt tout sens de l'orientation.
Finalement, nous arrivâmes au bout du couloir principal qui donnait sur la pièce principale. Il y
avait un videur debout à l'entrée, exactement comme la dernière fois.
Il fit un signe de tête à Thomas lorsque nous passâmes devant lui. Le regard du videur croisa le
mien, et je reconnus celui à qui j'avais demandé la direction de la 'Chambre Noire', celui qui
m'avait conduite vers Stéphane.
Soudainement, tous les souvenirs de cette nuit-là me revinrent sous forme de flash-backs brûlants
dans mon cerveau.
Thomas déchirant notre contrat.
Moi m'enfuyant de la chambre.
Une personne anonyme me disant de demander la Chambre Noire.
Être pendue par Stéphane, le frère de Thomas, la façon dont il m'avait regardé au moment où il
avait entaillé ma peau avec son couteau. La plaie était toujours présente, et même si elle ne m'avait
pas dérangée jusqu'à maintenant, le simple fait d'y repenser envoya irradier une douleur
lancinante à l'endroit de la coupure.
La main de Thomas se resserra autour de la mienne au moment où instinctivement, il se rendit
compte de ma détresse. Son contact me redonna des forces.
La pièce était quasiment identique, les tables noires égratignées et les chaises éparpillées
aléatoirement en fonction des gens qui se déplaçaient pour assouvir leurs besoins, FORCE écrit en
lettres griffonnées au plafond.
Je me rappelai ces filles, celles qui se rendaient à la vente d'esclaves aux enchères, le regard vide
de leurs yeux, leurs expressions fanées telles des coquilles vides.
À ce moment, une femme qui portait un uniforme d'écolière était sur la scène, les cheveux tressés,
les chaussettes jusqu'aux genoux et des chaussures noires à plateforme aux pieds. Elle était
penchée au-dessus d'un lourd bureau en chêne. Un grand afro-américain la forçait à maintenir sa
jupe en l'air pendant qu'il la frappait avec sa ceinture. Une autre femme vêtue du même uniforme
était assise dans un fauteuil et les regardait, les jambes écartées en direction de la foule pendant
qu'elle se masturbait avec un vibromasseur.
Le club semblait bondé ce soir, ou peut-être était-ce simplement parce que j'avais plus conscience
des hommes qui m'entouraient, me demandant si l'un d'entre eux était monsieur anonyme. Des
yeux me dévisagèrent sans aucun scrupule, ils semblaient apprécier me regarder avec leurs
regards lubriques. La foule était éclectique, certains étaient habillés de cuir et portaient un fouet,
d'autres en costumes, d'autres étaient en tenue plus décontractée, jean et t-shirts noirs.
Thomas me conduisit vers une table dans le coin.
"Nous n'allons pas dans ta chambre?" demandai-je, surprise qu'il veuille s'asseoir ici.
"Oh, ne te méprends pas Anna, tu seras conduite dans cette chambre. Tu as fait preuve de beaucoup
de témérité, et ce comportement nécessite des conséquences".
Avant qu'il ne puisse élaborer, une fille apparut devant nous, ses cheveux blonds foncés remontés
en forme de chignon lisse, le corps mince et tonique. Son bronzage semblait avoir été peint au
pistolet, son corps étincelait sous les lumières.
"Est-ce que je peux vous apporter quelque chose à boire, monsieur?" demanda-t-elle, le regard
fixé au sol.
"De l'eau", dit Thomas.
Elle hocha la tête et se retira. Sa minuscule jupe dorée lui couvrait à peine les fesses qui
fléchissaient sous le tissu métallique brillant.
"Pourquoi est-ce qu'elle t'a appelé 'monsieur'?" demandai-je, irritée.
"C'est une esclave".
"Et alors? Ce n'est pas ton esclave".
"Les esclaves achetées aux enchères deviennent la propriété du club. On leur apprend à se référer
à chaque client à l'aide du mot 'monsieur'".
"Et elles servent des boissons?"
"Oui, entre autres choses".
"Je n'ai pas aimé la façon dont elle t'a regardé", ronchonnai-je.
"Elle ne m'a pas du tout regardée".
"Exactement. Elle voulait s'assurer que tu comprennes que tu pouvais la dominer".
"Tout le monde a la permission de la dominer".
"Qu'est-ce que tu veux dire?"
"Je veux dire qu'elle est là pour faire plaisir à n'importe quelle personne qui la veut".
"N'importe qui?"
"Oui".
"Et si elle ne voulait pas?"
"Elle a donné son consentement afin de pouvoir être utilisée par le club de la façon dont il le juge
adéquat. Et cela inclut ses membres".
"Donc en gros, tu me dis que n'importe quelle personne qui la veut peut la baiser?"
"N'importe qui peut l'utiliser pour son propre plaisir".
La fille revint avec notre commande, déposant nos verres d'eau devant nous sur la table. Son
visage et ses grands yeux bleus étaient sinistrement magnifiques. Elle avait l'allure mince et
anguleuse d'un mannequin ou d'une starlette. Elle ne devait pas avoir plus que dix-neuf ou vingt
ans.
"Est-ce que je peux faire autre chose pour vous, monsieur?" Sa voix était douce et soumise, son
intention claire.
"Ce sera tout", dit Thomas. Elle disparut.
Mon eau avait été servie dans un gobelet argenté remplie de glace pillée, me laissant une sensation
douce et fraîche dans la main. Je m'émerveillai à la vue des règles de ce nouveau monde, où des
hommes pouvaient utiliser de jeunes et belles femmes de la manière dont ils le souhaitaient. C'était
juste une nouvelle façon de disputer avec d'autres l'attention de Thomas.
Je sirotai mon verre pendant que nous regardions la scène sur l'estrade.
Les deux écolières avaient été remplacées par une femme vêtue d'une chemise d'hôpital bleue et
blanche.
Des accessoires avaient été disposés sur la scène, une table pliante, du matériel médical posé sur
un chariot roulant.
Un homme fit son entrée habillé d'une blouse blanche de médecin, et commença à poser à la
femme une série de questions médicales.
Je bougeai sur ma chaise au moment où il commença à l'examiner, poussant sa chemise sur le
côté et saisissant brutalement ses seins.
Je regardai la femme se débattre un peu, essayant de repousser le médecin.
"Faites-moi confiance", dit-il. "Je suis un professionnel". Il saisit la fille, déchira sa chemise et la
poussa brutalement sur la table.
Ma respiration se fit laborieuse et mes joues rougirent.
Thomas me regardait attentivement. "Est-ce que ça t'excite, Anna?"
Je secouai la tête en signe de désaccord.
Le coin de sa bouche se tordit en un sourire malicieux. "Tu es sûre? Parce qu'on dirait que tu as
rougi".
Il se leva et vint se mettre juste devant moi.
"Qu'est-ce que tu fais?" demandai-je au moment où il écartait un pan de sa veste, me bloquant ainsi
toute la vue sur le club.
"Je cherche à savoir si tu es une menteuse". Il pressa sa main entre mes jambes, frottant l'extérieur
de ma combinaison. Son sourire devint encore plus malicieux. "Oh oui, Melle Holloway, je crois
que vous mentez".
Je croisai les jambes, embarrassée.
"Il n'y a pas de quoi être gênée, Anna".
"Je ne suis pas…enfin, ce n'est pas à cause des machins médicaux".
"C'est la fille qui se débattait qui t'a excitée?"
J'acquiesçai et détournai le regard, embarrassée. Comment une chose aussi dégoûtante, aussi
repoussante pouvait-elle m'exciter?
"Regarde-moi", ordonna Thomas.
Je levai les yeux sur lui, debout devant moi, si fort et magnifique.
Il se pencha et m'embrassa. "Ne détourne jamais le regard parce que tu es gênée. Tout en toi est
magnifique, chaque pensée, chaque désir. Tu comprends?"
Je hochai la tête.
Il se releva et prit ma main. "Allez viens", dit-il. "Le moment est venu d'avoir notre propre
plaisir".
Lorsque nous arrivâmes dans sa chambre privée, il ferma délicatement la porte et retira la
menotte de ma main.
"Déshabille-toi", ordonna-t-il.
J'ôtai ma combinaison et restai là, nue et rougissant sous son regard.
"Mets-toi à genoux, Anna", dit-il. "À partir de maintenant, dès que nous entrerons dans cette pièce,
je voudrais que tu te mettes immédiatement à genoux et que tu attendes mes instructions".
"Oui, monsieur". Je m'agenouillai sur le sol et fis bien attention de ne pas chercher le contact
visuel avec lui, suivant l'exemple de la serveuse esclave.
"Regarde-moi".
"Regarde-moi toujours, Anna. J'ai besoin de voir tes yeux".
"Oui, monsieur".
"Bonne fille".
Il traversa la pièce et sélectionna un fouet à lanières parmi sa flopée de jouets. Je gardai mes yeux
sur lui, le regardant marcher en ma direction jusqu'à ce qu'il soit en face de moi. Il retira sa veste,
déboutonna ses manches de chemise et commença à les rouler, dévoilant ses avant-bras musclés. Il
avait fait ces mêmes gestes dans le bureau de Clémentine lorsqu'il avait menacé de me sortir de
son bureau par la force.
Mais cette fois, je savais que ce n'était pas juste une menace.
Cette fois, il y aurait vraiment punition.
Il baissa son regard torride sur moi, puis fit le tour de façon à se trouver derrière moi.
Il fit courir le fouet sur mes épaules, le faisant glisser sur les courbes de mon dos.
Mes mains étaient posées sur mes genoux. Mes ongles s'enfoncèrent dans ma peau, dans l'attente
de la première frappe.
Mais Thomas prit son temps, tournant autour de moi tel un chasseur autour de sa proie.
"Anna", dit-il. "Est-ce que tu sais pourquoi tu es ici, dans cette pièce, à genoux?"
"Parce que j'ai envoyé ce message à Javier Ramos".
"Et cela a mené à quoi, Anna?"
"Je me suis mise en danger".
"C'était une chose très imprudente à faire, n'est-ce pas?"
"Oui, monsieur".
Le fouet frappa mes fesses avec force. C'était un coup parfait, les lanières de cuir me frappant en
plein milieu de la fesse. Je suffoquai de surprise et de douleur. "S'il vous plaît, monsieur", dis-je.
"Je suis désolée".
"Tu vas apprendre à m'obéir", grogna-t-il. Je pus entendre déborder toute la peur et la domination
qui avait mijoté à l'intérieur de lui toute la journée lorsque le fouet frappa ma peau pour la
deuxième fois.
"Oui, monsieur", dis-je.
Il me frappa encore et encore, toujours au même endroit jusqu'à ce que l'adrénaline prenne le
dessus et finisse par étouffer la douleur. Dès qu'un morceau de peau finissait par s'engourdir, il
déplaçait le fouet à un autre endroit et recommençait ce cycle de plaisir et de douleur.
Il me fouetta pour ce qui me sembla une éternité, puis jeta le fouet au sol.
Il se tenait devant moi, grand et fort, son torse se soulevait, ses paupières tombèrent lorsqu'il me
regarda. L'intensité de son regard était si électrique que le regarder était presque insoutenable.
Une force invisible m'attirait vers lui et je voulais tellement tendre la main pour le toucher.
Je dus détourner le regard, parce que j'eus peur de ne pas arriver à me contrôler si je continuais à
le regarder.
"Regarde-moi".
Je forçai mes yeux dans les siens. Il examinait mon corps, décidant quelle sorte de torture exquise
il pourrait me faire subir ensuite. C'était son domaine, et il allait exercer son contrôle sur mon
corps de la manière dont il le désirait.
"Lève-toi, Anna".
Je me remis sur mes pieds, il pointa su doigt la table rembourrée contre le mur.
Je me déplaçai vers la table et grimpai dessus.
"Sur le dos".
Je m'allongeai sur le dos, le cœur battant d'anticipation. Des sons de moqueries d'hommes et de
gémissements d'une femme nous parvinrent depuis la pièce principale. Je fermai les yeux et
imaginai cette fille sur la scène, sa résistance lorsque l'homme avait arraché sa chemise.
"Yeux ouverts, Anna". Thomas claqua des doigts.
Il se pencha sur moi jusqu'à ce que ses lèvres soient si proches des miennes qu'il ne m'aurait fallu
que lever la tête de quelques millimètres pour pouvoir l'embrasser. "Si tu fermes encore les yeux,
je vais te fouetter, Anna, mais beaucoup plus fort cette fois".
Je hochai la tête. "Oui, monsieur".
Il prit mes mains dans les siennes, les tirant vers le haut, au-dessus de ma tête sur la table. Je sentis
la morsure froide du métal au moment où il força mes poignets dans des menottes, me
restreignant.
Il se déplaça au bout de la table et attrapa ma cheville, repliant légèrement mon genou alors qu'il
détachait ma chaussure. Son toucher était doux, léger lorsqu'il la retira. Il embrassa l'arche de mon
pied, et le bonheur qu'il envoya à travers mon corps était étonnamment intense.
Ce n'était pas parce qu'il me touchait le pied, je n'ai jamais tellement aimé cela, mais parce qu'après
m'avoir fouettée et menottée, il était soudainement gentil avec moi. Il était si compliqué, une
dichotomie entre perdu et fort, entre en contrôle et désarmé, ce qui me déséquilibrait constamment.
Je voulais me donner à lui.
Il passa à mon autre pied et retira ma chaussure, frottant mon coup-de-pied de ses doigts et
envoyant des vagues de plaisir parcourir mon corps. Cette fois, il prit ma jambe et la souleva,
effleurant ma peau, ma cheville, mon mollet jusqu'à l'intérieur de ma cuisse.
Il laissa sa main ici un moment avant de la déplacer plus haut. Je suffoquai et détournai le regard
lorsque ses doigts trouvèrent ma chatte.
Il lâcha immédiatement ma jambe et retira sa main.
Son regard s'assombrit de mécontentement. Il se déplaça jusqu'à l'armoire et sortit un morceau de
tissu noir.
"Tu es si déterminée à ne pas vouloir me regarder", dit-il. "Alors voyons voir ce qui se passe
quand tu n'as plus le choix". Il me banda les yeux, me plongeant dans l'obscurité.
Les battements de mon cœur s'accélérèrent, et par instinct, je voulus me débattre, mais je décidai
de rester immobile, sachant que cela ne ferait qu'empirer les choses.
Je le sentis s'éloigner de moi, puis je sentis quelque chose caresser ma peau.
Le fouet.
Il me donna un coup sur le ventre qui me coupa le souffle, mon dos se cambra et mes mains
tirèrent sur les restreintes. Le métal mordit ma peau lorsque je tentai de me débattre. Sachant que
cela laisserait des marques beaucoup plus sombres et prononcées sur mes poignets, j'essayai de
rester immobile. Mais je ne pus pas m'en empêcher. Chaque frappe me prenait par surprise,
chaque frappe était tel un choc.
Il me fouetta encore.
Et encore.
Et encore.
Il déplaça le fouet de mon ventre sur ma chatte, puis mes jambes. Ses coups étaient calculés,
organisés, chacun frappant de façon experte exactement le même endroit de ma peau encore et
encore, ma laissant sans souffle.
Finalement, je l'entendis laisser tomber le fouet au sol.
Je mourus d'envie qu'il me retire le bandeau, qu'il me regarde dans les yeux pendant qu'il me
violait. Mais il me contrôlait maintenant, et il maintiendrait ce contrôle aussi longtemps que
possible.
Je sentis son corps presser sur le mien, mes seins s'aplatir contre son torse nu. Ses lèvres
s'écrasèrent sur les miennes, sa langue ouvrit mes lèvres et s'emmêla avec la mienne. Lorsqu'il
arrêta, mon corps était en feu. Il me lécha jusque sur le ventre, laissant une trainée torride.
Lorsqu'il arriva entre mes jambes, il les écarta et glissa son doigt sur ma fente.
Je remuai instinctivement les hanches, mais il les maintint fermement contre la table.
Il souffla sur mes cuisses, sur mon ventre, un souffle chaud et rempli de désir.
"Reste immobile, Anna", ordonna-t-il. "Si tu bouges, j'arrête".
"Oui, monsieur", gémis-je.
Il saisit mes cuisses, ses pouces écartant ma chatte jusqu'à ce que mon clitoris soit dur et exposé.
Je pouvais le sentir, humant mon odeur, le souffle encore chaud et torride sur ma peau.
L'attente me rendit folle. J'essayai de maîtriser mon sang-froid, mettant toute mon énergie à
essayer de ne pas bouger, gémir ou supplier.
Il embrassa doucement ma chatte, un baiser léger tel une petite plume qui me fit perdre le contrôle
sur ma volonté. Je gémis.
"Tu aimes ça, Anna?", demanda-t-il d'une voix douce.
"Oui".
"Oui, quoi?"
"Oui, monsieur. J'aime quand vous embrassez ma chatte comme ça".
"Supplie, Anna".
"S'il te plaît, j'ai besoin... j'ai besoin de sentir ta bouche sur moi".
Il m'embrassa de nouveau, cette fois directement sur mon clitoris, faisant de petits mouvements
rapides avec sa langue pendant une demi-seconde avant d'arrêter. "Supplie".
"S'il te plaît", murmurai-je en bougeant les hanches. Il me maintint fermement, me clouant sur la
table.
"Ne bouge pas, Anna".
"S'il te plaît". J'étais si mouillée que je n'en pouvais plus. C'était la pire, la meilleure, la plus
extraordinaire sorte de torture que je n'avais jamais expérimentée. J'avais tellement envie de lui.
"Thomas, s'il te plaît, j'ai besoin que tu poses ta bouche sur moi".
"Où?"
"Sur ma chatte".
"Dis-le encore".
"Je veux que tu poses ta bouche sur ma chatte".
Il glissa son pouce sur ma fente jusque sur mon clitoris et appliqua une pression plus forte. Je tirai
sur mes restreintes, agrippant fermement les menottes au moment où sa bouche trouva finalement
son chemin.
Il embrassa ma chatte à pleine bouche, sa langue m'explorant pendant que ses mains puissantes me
tenaient fermement. Mon clitoris se gonfla de désir pendant que sa langue et sa bouche
naviguaient contre moi.
"Tu as bon goût, Anna", dit-il. "J'aime quand tu mouilles".
La douceur de ma peau servit à intensifier chaque vague de plaisir qui me parcourait. Aucun
obstacle n'empêchait sa langue contre ma chatte, rien ne pouvait étouffer cette extase qui irradiait
grâce à la manipulation experte de mon corps.
Il m'amena proche de la limite de la jouissance, d'une façon dont lui seul était capable, et même si
je savais qu'il ne me laisserait pas venir si rapidement, je ne pus m'empêcher de pleurnicher
lorsqu'il arrêta. Ses mains relâchèrent leur emprise, et je commençai immédiatement à me tortiller
sur la table, frottant mes jambes l'une contre l'autre dans l'espoir de donner à mon corps une
certaine forme de soulagement.
Il me laissa bouger, et je pus entendre le son de la boucle de sa ceinture s'ouvrir, le son de sa
braguette descendre lentement.
Je le sentis passer sa main sur ma hanche. Je savais qu'il devait être proche de la table et qu'il me
regardait. Il passa sa main sur mon ventre puis glissa son index dans ma bouche.
Je le suçai avidement.
Puis il saisit mes bras et les croisa l'un par-dessus l'autre avant de m'agripper par les hanches et
me retourner. J'étais toujours restreinte, mes poignets pris dans les menottes, mais maintenant sur
le ventre. Il glissa son doigt, chaud et mouillé de ma salive, le long de ma colonne vertébrale. Je
frissonnai.
Des acclamations nous parvinrent depuis la pièce principale, et un flash de moi sur cette scène,
devant tout le monde, ces hommes regardant Thomas contrôler mon corps traversa mon esprit. Je
me mis à gémir.
"Je vais te prendre maintenant, Anna", dit Thomas. Il me donna une gifle sur les fesses du plat de
la main ce qui me fit sursauter.
Je sentis son corps s'appuyer sur le mien, son torse contre mon dos lorsqu'il s'allongea sur moi.
Sa queue était dure et poussait sur les courbes de mes fesses.
J'essayai de me frotter contre lui, de me hisser sur mes coudes, mais le poids de son corps était
trop imposant et de toute façon, il ne m'autoriserait pas à bouger de cette façon.
"Reste immobile", dit-il. "Garde les jambes fermées".
Il saisit mon menton dans le creux de sa main et il enfonça sa queue entre mes jambes. Il fit une
courte pause puis me pénétra, avec force et profondeur.
Je criai lorsque je me sentis envelopper sa queue. Elle était large, son gland était gonflé et cela me
prit un moment à m'habituer à cette largeur à l'intérieur de moi.
"Bonne fille", gémit-il. Il écarta les cheveux de mes épaules, et commença à me pénétrer, de plus
en plus fort et de plus en plus vite, mon menton toujours dans le creux de sa main. Son pouce
caressa ma lèvre inférieure.
J'essayai de me pousser contre lui, mais il arrêta de me baiser et me donna une grande gifle sur la
fesse. "Arrête.".
Je cessai mais je dus attendre un long et enivrant moment avant qu'il ne recommence à me baiser.
"Ta chatte est extraordinaire, Anna", me murmura-t-il à l'oreille. "Tu es si étroite autour de ma
queue".
Il commença à bouger encore plus vite, ses hanches cognant contre moi. J'essayai d'écarter les
jambes mais il me donna une fessée jusqu'à ce que je les serre de nouveau l'une contre l'autre.
"Oui, bonne fille.", gémit-il.
Il retira mon bandeau puis m'embrassa, sa bouche réclamant la mienne. Ce baiser me fit gémir
mais ses lèvres et sa langue en étouffèrent le son. Il se recula et me regarda dans les yeux.
"Anna", murmura-t-il. "Dis-moi que tu m'aimes".
"Je t'aime", murmurai-je.
Il gémit et continua ses mouvements de va-et-vient, de plus en plus vite. Je restai totalement
immobile. Il était en charge de la vitesse, de la position, et il savait exactement ce que cela me
prenait pour franchir la limite.
"Dis-le-moi encore", murmura-t-il.
"Je t'aime", dis-je. "Je t'aime Thomas".
"Je t'aime aussi", murmura-t-il. Puis son regard se métamorphosa, la vulnérabilité l'obligeant à
retourner en mode domination, sa queue bougeant de plus en vite, me baisant avec force et
brutalité.
Il saisit mon menton et le maintint. Ses mains firent pression sur mes joues en rythme avec ses
coups de rein.
"Thomas", murmurai-je.
"Non, Anna. Pas maintenant". Il continua à glisser à l'intérieur puis à l'extérieur de moi.
"Je ne peux pas", dis-je. "Thomas, s'il te plaît, je ne peux pas..."
Il se retira complètement, son corps posé sur le mien, la respiration saccadée. L'expectative de
savoir quand il allait me pénétrer de nouveau ne fit qu'accroître mon plaisir.
Il me fit attendre un autre long moment de torture.
"Jouis", gémit-il. Puis il me pénétra d'un seul coup, long et profond.
Aussitôt qu'il plongea en moi, je jouis, ma chatte convulsant sur sa queue comme si un feu
d'artifices explosait en moi. Mon orgasme gonfla et pulsa, prenant le contrôle de mon corps
déchaîné, me laissant frissonnante alors que je convulsai sur la table.
Thomas éjacula en moi, sa queue déversant sa semence à l'intérieur de mon corps. Je sentis sa
chaleur se répandre à travers mon corps.
Il resta en moi un moment et repoussa les cheveux de mon visage. Je fermai les yeux, submergée
par l'émotion.
Je l'aimais.
Je l'aimais tellement.
Il m'embrassa doucement sur les lèvres, puis se leva et détacha mes menottes.
Je m'assis et frottai mes poignets doucement.
Maintenant que les hormones et l'adrénaline commençaient à se dissiper, je commençai à ressentir
les dommages. Mes poignets étaient douloureux, et un petit bleu commençait à apparaître sur ma
cuisse.
Thomas me surprit à le regarder.
"Tu vas avoir besoin d'ibuprofène".
Je hochai la tête.
Il commença à se rhabiller, je ramassai ma combinaison et l'enfilai. À ce moment, je vis quelque
chose se déplaçant rapidement du coin de l'œil. Je tournai la tête en direction du coin où je pensais
avoir vu quelque chose.
Mais il n'y avait rien.
"Anna", dit Thomas, concerné. "Qu'est-ce qu'il se passe?"
"Rien". Je secouai la tête. "Je...". Je vis de nouveau ce mouvement avant que je puisse terminer ma
phrase.
Une lueur faible dans le coin de la pièce.
Je fis quelques pas en direction du mur.
Et c'est à ce moment-là que je compris.
Quelqu'un avait percé deux trous dans le béton.
Et deux yeux me fixaient.
Quelqu'un nous avait regardés.
"Anna", dit Thomas. "Qu'est-ce qui ne va pas?"
Il suivit mon regard et je vis la compréhension se former sur son visage.
"Reste là", dit-il.
Une seconde plus tard, il se rua hors de la pièce.
Il était hors de question que je reste là toute seule.
Je le suivis dans l'aire principale du club, au moment même où une ombre masquée se ruait hors
de la pièce voisine. L'ombre se précipitait au fond du club, slalomant dans la foule dense qui
peuplait la pièce principale.
Thomas pourchassait l'ombre et je pourchassais Thomas.
L'homme masqué courait en direction du fond du club, pénétrant dans un couloir sinueux.
Il courait dans le couloir, et Thomas lui courait après.
Je luttai pour ne pas me faire distancer pendant que Thomas pourchassait l'homme dans les
couloirs sinueux, tournant aprè