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CHAPITRE 12 : LIBERTE ET RESPONSABILITE

Problématique : Peut-on dissocier la liberté et la responsabilité ?

Objectif terminal : A la fin de la leçon, l’élève sera capable d’établir que la liberté et la
responsabilité s’impliquent mutuellement.

Durée : 08 heures

INTRODUCTION
Au sens large, la liberté est l’état de celui qui fait ce qu’il veut, qui oriente lui-même
sa conduite indépendamment de toute contrainte étrangère. Un tel sujet assume ses actes et il
peut en rendre compte ce qui implique l’idée de responsabilité. Mais le concept de liberté
pose lui-même quelques problèmes qui ont une répercussion sur la responsabilité, par
exemple, du point de vue social et politique on peut se demander si l’individu est vraiment
libre par rapport à la volonté collective ou aux lois ? Il se pose dès lors le problème de
l’existence même d’une liberté humaine : la liberté humaine est-elle réelle ou n’est-elle
qu’une illusion ? Comment comprendre la liberté humaine ? Quand et pourquoi sommes-nous
responsables ?

I. LA LIBERTE COMME INDEPENDANCE ABSOLUE

1. DESCARTES1 ET LE LIBRE ARBITRE

Le libre-arbitre c’est la possibilité pour la volonté de décider en dehors de toute


contrainte, de toute preuve ou de tout motif. Dans les méditations métaphysiques, Descartes
souligne que : « il est évident que nous avons une volonté libre qui peut donner son accord ou
ne pas donner son accord quand bon lui-semble ». Dans cette logique, la volonté peut
affirmer (accepter, attester) ou infirmer (nier, réfuter, remettre en question) tout ce que
l’entendement lui propose et ce, sans contrainte.

Mais le libre-arbitre peut conduire à la négation de l’idée même de liberté c’est


pourquoi Descartes reconnaît que le libre-arbitre est « le plus bas degré de la liberté »2

1
Descartes, René (1596-1650), philosophe, scientifique et mathématicien français, un des promoteurs du
rationalisme moderne.

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2. JEAN-PAUL SARTRE3 ET L’EXISTENTIALISME

Pour Sartre, l’homme est le seul être pour qui l’existence précède l’essence, il est son
propre créateur (artisan) et ainsi il dispose d’une liberté totale. L’homme est condamné à être
libre car il surgit dans ce monde et ne se définit qu’après. La responsabilité de l’homme n’est
pas construite sur un modèle dessiné d’avance et pour un but précis. C’est dans cette logique
Sartre déclare dans l’existentialisme est un humanisme: « l’homme n’est que ce qu’il se
fait. » La liberté est une valeur dont l’homme dispose naturellement et qui ne peut être
falsifiée par aucun déterminisme ni par aucune transcendance

Cependant, il n’existe pas de société et encore moins de vie humaine où l’on puisse
faire tout ce que l’on veut car l’action de l’homme est conditionnée par de multiples
déterminations. Dans ce sens, nous pouvons lire dans La Déclaration des droits de l'homme,
dans son article 4 définie : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui
: ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent
aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent
être déterminées que par la Loi. »

II. ILLUSION DE LIBERTE

Pour Baruch Spinoza4, l’homme est engagé dans un monde plein de déterminisme,
ainsi, le sentiment de liberté tient du fait que les hommes ignorent les causes cachées de leurs
actions car ils n’ont aucun pouvoir sur la nature. A cet effet, Spinoza souligne dans l’Ethique
que « les hommes se trompent en ce qu’ils pensent être libres ». Il n’y a point d’effet sans
cause, par conséquent la liberté humaine consiste tout simplement dans la compréhension de
la loi de la nécessité qui régit la nature.

Par ailleurs, la liberté est un rêve dans la psychanalyse freudienne car le sujet n’est pas
maître de lui-même, il y a une instance psychique que le détermine à agir que Freud5 nomme
l’inconscient. C’est dans ce sens que les actes qui ne peuvent pas s’expliquer objectivement
proviennent des mobiles inconscients que nous ignorons.

Dans la même lancée, la sociologie montre que l’idée d’un sujet libre, maître de sa
pensée et de ses actes est une illusion. Elle démontre que la personnalité, les comportements
des individus sont largement déterminés par des phénomènes socio-économiques d’où la

2
Elle rapproche l’homme des animaux qui ne sont pas responsables, les animaux ne se trompe pas tout comme
les machines
3
Sartre, Jean-Paul (1905-1980), philosophe, dramaturge, romancier et journaliste politique français qui fut une
personnalité majeure de la vie intellectuelle française de la seconde moitié du XXe siècle et la figure de proue de
l’existentialisme.
4
Spinoza, Baruch (1632-1677), philosophe rationaliste et penseur religieux hollandais, considéré comme le plus
important représentant moderne du panthéisme.
5
Freud, Sigmund (1856-1939), médecin autrichien, fondateur de la psychanalyse.

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déclaration d’Emile Durkheim : « Quand notre conscience parle, c’est ma société qui parle
en nous »

Il ressort de ce qui précède que l’homme est déterminé et que sa liberté comme
absence de contrainte est illusoire. Mais la reconnaissance des déterminismes conduit-elle
nécessairement à la négation totale de la liberté ?

III. LIBERTE COMME DEPASSEMENT DU DETERMINISME

Le déterminisme ne supprime pas la liberté humaine, il la fonde plutôt. La liberté de


l’homme consiste dès lors dans un effort permanent de donner sens aux différentes situations
qui surviennent au cours de son existence (l’homme trouve des solutions aux multiples
problèmes auxquels il est confronté). Le développement de la techno-science permet à
l’homme de maîtriser les lois de l’univers en vue en vue de sa transformation et ainsi de ce
libérer du déterminisme naturel.

Par la psychanalyse, l’homme s’efforce à maîtriser les facteurs susceptibles de


perturber sa personnalité ainsi que les moyens de s’en libérer afin de s’affirmer comme être
responsable.

D’un point de vue sociologique, la liberté humaine ne peut se concevoir sans


contrainte, elle doit être comprise comme la conformité des actions de l’individu à l’ordre
social et moral c’est-à-dire aux lois, c’est pourquoi Jean-Jacques Rousseau reconnait que
« l’impulsion du seul appétit est esclavage, l’obéissance à la loi s’est prescrite liberté. »
Dans ce sens, l’homme libre est celui qui a cessé d’être l’esclave de ses passions et dont la
conduite est éminemment raisonnable. C’est dans cette logique que s’inscrit la liberté morale
d’Emmanuel Kant lorsqu’il déclare que : « Agis toujours de telle sorte que la maxime de ton
action puisse être érigée en règle universelle » (Métaphysique des Mœurs)

En somme la liberté humaine est une liberté en situation autrement elle n’est pas une
donnée définitive, mais une conquête permanente que nous faisons pour être maître du
monde et de nous-même., une liberté qui ordonne à l’homme de s’inventer et d’assumer ses
actes.

IV. LA RESPONSABILITE
La notion de responsabilité est multiforme. On est responsable lorsqu’on peut
répondre de ses actes et en assumer les conséquences. Dans ce sens Maurice Blondel déclare
que, « La responsabilité est la solidarité de la personne humaine avec ses actes, condition
préalable de toute obligation réelle ou juridique. » in LALANDE, Vocabulaire critique et

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technique de la philosophie, art. Responsabilité. Ainsi la responsabilité est ordre de valeurs
qui obligent l’homme à être attentif aux actes qu’ils posent.

1. LES TYPES DE RESPONSABILITE

Parmi les différentes formes de responsabilité nous pouvons citer :

a- La responsabilité morale

L’homme est doté d’une faculté de discernement, de jugement. Il se soumet au


tribunal de sa conscience morale car il se reconnaît comme auteur de ses actes. Ainsi, il les
évalue en rapport avec les normes éthiques.

b- la responsabilité sociale

Elle résulte de la vie en groupe. La société par ses lois et ses forces répressives
entreprend de mettre fin aux actes contraires à l’éthique sociale. A cet effet, le sujet est tenu
de répondre de ses actes devant un tribunal ou une autorité sociale. La responsabilité sociale
se présente sous deux aspects :

- la responsabilité pénale qui est l’obligation de répondre de la violation de l’ordre


public dans les cas et les conditions prévues par la loi, le coupable est traduite
devant les tribunaux pour un crime ou un délit
- la responsabilité civile : ici le sujet est contraint par la loi de réparer un dommage
sans être forcément l’auteur

L’homme est un animal politique (zon politikon) aussi ses actes sont-ils d’abord
soumis à la vigilance du tribunal de la communauté à laquelle il appartient. Tous les actes
posé par un individu ont une incidence plus ou moins directe sur les membres du groupe et on
ne saurait se dérober cette responsabilité sociale, c’est elle qui englobe la responsabilité
pénale et civile. Dans cette perspective la liberté de l’homme est encadré par la loi d’où cette
thèse de Montesquieu : « La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent »
l'Esprit des lois

2. LA RESPONSABILITE COMME AFFIRMATION DE LA LIBERTE HUMAINE

La responsabilité est ce par quoi l’homme pose sur son œuvre ses empreintes de
liberté. L’homme responsable est celui qui prend conscience des actes qu’il pose et est prêt
d’en assumer les conséquences car nier ses actes c’est refuser sa dignité et sa liberté. S’il en
est ainsi, tout sujet qui possède un élan de responsabilité à le devoir de bien choisir autrement
de rechercher le bien collectif c’est ce qui fait dire à J-P Sartre dans l’existentialisme est un
humanisme que « notre responsabilité est beaucoup plus que nous ne pourrions le supposer
car elle engage l’humanité entière (…) ainsi, je suis responsable pour moi-même et pour
tous »

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Ainsi, loin d’être senti comme un fardeau, une contrainte ou une source d’angoisse, la
responsabilité est la marque de la supériorité de l’homme sur les autres êtres de la nature, elle
suppose une réinvention de l’homme, un dépassement de ce dernier vers une étape supérieure.
Ceci revient à dire que la responsabilité exige la considération de soi-même et des autres.
Dans cette perspective J. P. Sartre dira que « l'homme (…) est responsable du monde et de
lui-même en tant que manière d'être. Nous prenons le mot de « responsabilité » en son sens
banal de « conscience d'(être) l'auteur incontestable d'un évènement ou d'un objet » (…)
Cette responsabilité absolue n'est pas acceptation d'ailleurs : elle est simple revendication
logique des conséquences de notre liberté » l'Être et le Néant, p. 639.

Etre libre c’est vivre suivant les injonctions de la raison. Dès lors, être libre c’est être
responsable. En effet, la responsabilité renvoie à la situation de celui qui pose librement les
actes qu’il peut en répondre et assumer. La liberté conçue comme pouvoir totale
d’autodétermination est incompatible avec l’existence de la société car comme le déclare
Rousseau dans Du contrat social : « Quand chacun fait ce qui lui plaît, on fait suivant ce qui
déplaît à d’autres ». Ainsi, il n’y a pas de liberté sans lois. J-P Sartre dans l’existentialisme
est un humanisme déclare également que « notre responsabilité est beaucoup plus que nous
ne pourrions le supposer car elle engage l’humanité entière (…) ainsi, je suis responsable
pour moi-même et pour tous » c’est pourquoi la responsabilité exige la considération de
l’autre, le respect de la dignité humaine.

CONCLUSION

Au terme de notre réflexion relative à la liberté et la responsabilité, il ressort que ces


deux notions sont des attributs fondamentaux de l’homme. En fait la liberté réside dans
l’effort incessant de l’homme de surmonter les entraves et les contraintes. Elle passe par la
conquête du savoir de telle sorte que plus nous connaissons, mieux nous agissons et plus nous
sommes libres.6 C’est dire que l’homme est d’autant plus libre qu’il est responsable c’est-à-
dire solidaire de ses actes pour en assumer l’honneur ou le déshonneur ; d’où cette
prescription de St. Exupéry : « être homme c’est précisément être responsable. »

Questions d’évaluation :

1. Ce soumettre aux lois est-ce renoncer à sa liberté ?


2. L’inconscient ruine-t-il la responsabilité chez l’homme ?
3. Suis-je responsable de ce que je suis ?
4. Le savoir rend-t-il nécessairement libre

6
Socrate attribut le mauvais comportement à l’ignorance. Nous faisons le mal par ignorance. Exemple, on punit
plus lourdement celui qui commet une faute en connaissant bien la loi

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