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CHAPITRE 14 : LE PANAFRICANISME

Problématique : Quelle peut être la place du panafricanisme dans l’Afrique d’aujourd’hui ?

Objectif terminal : L’élève doit être capable de définir le panafricanisme de comprendre son
évolution historique et ses enjeux pour le peuple africain.

Durée : 06 heures

INTRODUCTION
Le panafricanisme peut se définir comme un mouvement culturel et politique visant à
revaloriser la réputation du Noir à travers le continent africain et sa diaspora. C’est aussi un
mouvement politique et culturel qui vise à unir les Africains et les descendants d'Africains
hors d'Afrique et à l’intérieure pour régénérer le continent noir. Il est compris comme cette
philosophie qui vise à encourager un sentiment de solidarité entre les populations du monde
africain. Le panafricanisme glorifie le passé de l'Afrique et inculque la fierté par les valeurs
africaines. Ce mouvement tente de réexaminer l'histoire de l'Afrique et sa diaspora d'un
« point de vue africain » en s'opposant à l'eurocentrisme. C’est un afrocentrisme, qui s'appuie
sur les travaux du scientifique sénégalais, Cheikh Anta Diop, notamment repris par Théophile
Obenga(Benin), Molefi Kete Asante, théoricien afrocentriste qui pensent que l’Afrique a été
à l’origine de la prospérité scientifique culturel et politique du monde. La civilisation
égyptienne, ainsi que d'autres, sont alors considérées comme puisant leurs origines en
Afrique.

I- LE PANAFRICANISME COMME MOUVEMENT


CULTUREL
1- Hors du continent

Le panafricanisme n’est pas né Afrique, mais dans la diaspora noir américaine. Il s’est
développé ensuite à travers l’Amérique, l’Europe et l’Afrique. Les esclaves africains de
diverses origines et leurs descendants se sont trouvés placés dans un système d’exploitation
où leur origine africaine était la marque de leur statut servile. Dans la nuit de l’esclavage,
le peuple déporté, soumis à une oppression si totalement inhumaine, continuait à vivre, à
créer, à épanouir sa culture en terre étrangère, à inventer le rêve du retour à l’Afrique.

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Pour Williams Bugart Du Bois, l’un des chantres de ce mouvement écrira en 1919 :
« Le mouvement africain signifie pour nous ce que le mouvement sioniste doit
obligatoirement signifier pour les juifs : la centralisation de l’effort racial et la
reconnaissance d’une souche raciale » Bien que comme mouvement, le panafricanisme soit
ainsi apparu en 1776, il ne prendra son nom que plus de dix ans plus tard, en 1900.
C’est en 1900 en effet, que Henry Sylvester Williams, un avocat noir originaire des
Antilles anglaises, appela cette union de tous les Africains le panafricanisme Henry
Sylvester Williams concevait à l’origine le panafricanisme comme l’unité du continent
africain, l’Afrique du Nord exclue. Ce mouvement est suivi par Marcus Garvey ; Booker
T ; George Padmore entre autres.

2- En Afrique

Au cœur de la pensée panafricaine plus récente se trouve Kwame Nkrumah. Sa vision


dépassait les intérêts de son seul pays et il aura œuvré toute sa vie pour l’Unité africaine.
Kwame Nkrumah, père de l’Indépendance du Ghana. En 1957, la Côte d’Or est alors le
premier pays africain à se libérer du joug de la présence coloniale britannique et très vite,
la pensée émancipatrice de Nkrumah s’affirme au-delà des frontières du Ghana. En 1960, il
écrit : « le nationalisme africain ne se limite pas seulement à la Côte d’Or, aujourd’hui le
Ghana. Dès maintenant il doit être un nationalisme panafricain et il faut que l’idéologie
d’une conscience politique parmi les Africains, ainsi que leur émancipation, se répandent
partout dans le continent ». Dans le Consciencisme, il associe le collectivisme africain au
marxisme pour prôner la revalorisation des valeurs humanitaires africaines. Il envisage :
« la résurrection des valeurs humanitaires et égalitaires de l’Afrique traditionnelle dans un
environnement moderne » Il sera l’un des pères fondateur de l’Organisation de l’Unité
Africaine (OUA) qui trahit l’idée radicale de l’auteur. Ces idées de révolution réapparaitront
en 2002 pour former l’Union Africaine à Durban par le guide libyen Mohammad Kadhafi et
l’ancien président sud-africain Tabo Mbeki.

II- LE PANAFRICANISME COMME THEORIE POLITIQUE


ET ECONOMIQUE.

1- La politique panafricaine

La paternité de cette vision moderne du panafricanisme revient à Kwamé Nkrumah


dans L’Afrique doit s’unir, où il soutient que l’unification des jeunes Etats africains est
un impératif catégorique. Pour lui c’est l’union qui est en même de promouvoir le
développement durable des Etats indépendants. Il affirme : « je ne vois pas comment les

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Etats d’Afrique seraient en sécurité si leur chefs dont nous-mêmes, n’avons pas la conviction
profonde que ce salut de l’Afrique est dans l’unité […] car l’union fait la force ». La
nécessité de l’union est affirmée ; mais comment réaliser un tel projet pharaonique ? Nkrumah
répond : « Pour les Etats africains, la solution du progrès est de s’unir politiquement. Il faut
avoir une politique étrangère commune, un plan de défense commun et un programme
économique commun en vue du développement du continent. » C’est la balkanisation de
l’Afrique qui est à l’origine de sa soumission aux autre par les liens et les traités
coloniaux. Moustapha Diabaté semble en accord avec cette pensée de Nkrumah
lorsqu’il reconnait que la division nous affaiblit au point de ne pouvoir influencer aucune
décision sur le plan mondial. Il dit : « si les peuples africains veulent éviter une dangereuse
marginalisation dans le processus de la mondialisation en cours, ils ont intérêt à s’unir
». Le panafricanisme est une vision sociale et politique, une philosophie et un mouvement
qui cherchent à unifier les Africains d’Afrique et les membres de la diaspora africaine en une
communauté africaine globale, et qui appelle à l’unité politique de l’Afrique par les Etats
Unis D’Afrique(U.S.A.).

2- L’économie panafricaine

L’Afrique est le continent le plus doté en matières premières. Mais nous avons une
mentalité extravertie et un mal de gestion et de planification économique. Nous méprisons
le travail et encourageons la paresse en allant demander de l’aide au FMI, la banque
mondiale, le club de paris et maintenant les grandes banques chinoises. Or Hubert
Kamgang montre dans Pour les Etats–Unis d’Afrique que la solution ne se trouve pas
dans ces organismes. « Il faut compter d’abord sur soi-même en rompant avec
l’extraversion de la production, de la consommation et des comportements. » L’Afrique doit
développer les échanges intracontinentaux pour susciter un panafricanisme économique qui
solidifiera à coup sur les relations entre les pays du continent. Encourager et subventionner
l’industrie de transformation et l’industrie agricole. Revaloriser le coup du travail et la
formation de qualité chez les jeunes.

CONCLUSION
En définitive, le panafricanisme est présenté comme une panacée aux problèmes de
domination du continent africain. Mais le panafricanisme rencontre de multiples obstacles,
notamment l’inégalité des richesses entre les différents Etat, l’égoïsme des dirigeants qui
trouvent du mal à céder une partie de leur pouvoir et la souveraineté nationale au
gouvernement africain. C’est face à ces difficultés que Jean Ziegler tire cette conclusion
pessimiste : « le panafricanisme est un idéalisme, et tout idéalisme est une erreur ».

Questions d’évaluation :

1. Que pensez-vous de cette affirmation de Nkrumah : « Pour les Etats africains,


la solution du progrès est de s’unir » ?

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