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La pragmatique énonciative

-Dans une conception élaborée par Benveniste et approfondie par


K.Orecchioni, l’énonciation est définie comme l’ensemble des traces de l’activité
du sujet parlant dans l’énoncé, c’est-à -dire «la subjectivité dans le langage». 

-Parmi les phénomènes auxquels s’intéresse l’analyse énonciative on peut


retenir:  Les déictiques, les modalisateurs, les stratégies de discours, la
polyphonie, les marques de tension, l’argumentation.

-L’énoncé :

-C'est le message oral ou écrit qu’un énonciateur veut faire passer à un


destinataire.

- c'est  ce qui est dit/ le dit

-concrét

-L’énonciation :

-c'est l’action de produire un énoncé.

-désigne l’acte de dire / le dire

-abstraite

-La situation d’énonciation:

-c'est l’ensemble des circonstances dans lesquelles un énoncé a été produit :


Qui ?, à qui ?, quoi ?, quand ?, où ?.

-On distingue deux types d’énoncés :

-Si le locuteur et le destinataire sont impliqués dans la même situation


d’énonciation, comme par exemple dans les dialogues, les conversations, les
pièces de théâ tre, on dit que l’énoncé est ancré dans la situation d’énonciation.
C’est la forme du discours.

-Si le locuteur n’est pas impliqué dans la situation d’énonciation, on dit que
l’énoncé est coupé de la situation d’énonciation. C’est la forme du récit.

1-les déictiques:
Appelées aussi embrayeurs ou marqueurs de la deixis, ce sont des unités
linguistiques qui ne prennent leur sens que dans le cadre de la SE. Elles
désignent les partenaires de la communication (locuteur/interlocuteur).
Leur valeur référentielle varie d’une situation d’énonciation à une autre. Il s'agit
des indices personnels, des indices spatio-temporels et des indices de la
monstration.
a-les indices personnels:
-1ère personne (je, me moi, nous, mon, ma, mes, notre, nos...), réfèrent au sujet
parlant/locuteur
- 2ème personne (tu, te, toi, vous, ton, ta, tes, votre, vos…). Réfèrent au
destinateur
- "on " peut prendre différentes valeurs (indéfini, 1ère personne du singulier,
1ère personne du pluriel…)

  b- Les indices spatio-temporels :

 Mots et groupes de mots qui situent le message dans le temps et l’espace par
rapport à l’énonciateur. On ne peut pas savoir à quoi ils réfèrent sans connaitre
la position spatio-temporelle de celui qui parle.

-Exemple de marqueurs de temps : aujourd’hui, maintenant, demain, hier, avant,


dans 2 jours...

-Exemple de marqueurs d’espace : ici, à cô té, là ...

c.- Les indices de la monstration : ce, cet, cette, ces, voici…

2-Les modalisateurs:

L'énonciateur peut manifester sa présence par le jugement qu'il porte sur les
éléments de son message. Ces marques, qui renvoient au point de vue personnel
de l'énonciateur, sont appelées modalisateurs : on les appelle aussi indices de
jugement.

-la modalité désigne le positionnement ou « le regard du locuteur » devant le


contenu de son énoncé.

-modus et dictum :

-Charles Bally a accordé une place importante à la notion de modalité, composée


de dictum et de modus.

-le modus correspond à l'attitude du locuteur vis-à -vis de ce qu'il dit.

-le dictum correspond au contenu de l'énoncé.

Exemple : je crois qu'il fait beau

modus dictum
Ex1« Pierre est venu. » ;[dictum], Ex.2 : Pierre est certainement venu. ;
[modus], Pierre peut venir. ; [modus] Ex.4 : Pierre doit venir. ; [modus] Ex.5 : Je
crois que Pierre est venu. [modus].

a- La modalisation appréciative (ou évaluative)

Le vocabulaire appréciatif axiologique

Les termes appréciatifs permettent à l'énonciateur d'exprimer un jugement


personnel : bien/mal, bon/mauvais, juste/injuste... On peut les répartir de la
manière suivante :

- les termes valorisants(ou « mélioratif ») : beauté, agréable, magnifique, briller,


aimer, préférer...

- les termes dévalorisants(ou « péjoratif) : stupidité, fade, terne, laid, horrible,


détester...

Le vocabulaire appréciatif non-axiologique

Ce sont des termes qui ne portent pas la trace de l’appréciation et du jugement


de valeur du locuteur.

Exemple:

-adjectifs: “petit”, “grand”, “long”, “court”, “loin”, “chaud”, “nombreux”…

-adverbes: “naturellement”, “bizarrement”, “gravement”, “curieusement”

La modalité de la phrase
Le type de phrase peut aussi exprimer les sentiments de l'énonciateur,
notamment la phrase exclamative (« Quel spectacle ! ») ou interrogative (« Moi,
manger des légumes ? ») ou injonctive (soyez vous-même) ou assertive (J’étais
dans ma chambre)
b- La modalisation logique
Ces modalisateurs servent à nuancer les propos en précisant s'ils sont plus ou
moins vrais ou plus ou moins certains. Ex. peut-être, probablement, je suis
convaincu que...
Les modalités propositionnelles
Aléthique (vérité) Possible impossible
Nécessaire contingent
Déontique (devoir) obligatoire facultatif
Permis interdit
É pistémique (savoir) Certain contestable
Plausible exclu
- L’aléthique:
L’aléthique permet d’exprimer le possible, l’impossible, le nécessaire et le
contingent par les unités linguistiques comme : pouvoir, devoir, falloir, paraître,
sembler ; il est nécessaire, il est possible, il est impossible ; sans doute,
probablement, apparemment, vraisemblablement, inévitablement,
nécessairement, immanquablement, inéluctablement.
-le déontique:
Le déontique permet d'exprimer l'obligation, le facultatif, l’interdiction et la
permission
L’énonciateur présente l’action comme obligatoire ou permise en se servant des
outils linguistiques comme : devoir, il faut que, nécessairement, forcément,
obligatoirement, il est obligatoire, nécessaire, interdit, permis…
- L’épistémique:
La modalité épistémique renvoie à la connaissance et le savoir du monde du
locuteur qui se manifeste à travers divers éléments linguistiques comme : il est
certain que, nous savons que, il est inévitable que, bien entendu, certainement,
sû rement, sans aucun doute, indéniablement..
c- la modalisation affective:
La modalité affective s’inscrit dans la parole par l’emploi des termes concernant
les
sentiments, les affects, les émotions, les passions...
Par exemple, “Cette pénible affaire”, “cette triste réalité”, “la malheureuse
Madame''
''heureusement'', ''malheureusement''.
3- la subjectivité :

La subjectivité désigne ce qui a rapport à la personnalité du sujet parlant, à ses


impressions, à son affinité, à ses états de conscience. 

 Benveniste voit que La subjectivité est la capacité du locuteur à se poser comme


sujet.

selon Benveniste, la subjectivité et le langage sont intimement liés. Le langage,


dit-il, est la "possibilité de la subjectivité" qui en constitue "une propriété
fondamentale'' . 
-La subjectivité est caractérisée par l’attitude du locuteur concernant ses idées,
ses sentiments, ses intentions et son point de vue à l’égard de tout, et elle
manifeste le lien entre le sujet parlant et le monde qui l’entoure. Quant à la
modalité, elle contient de plus le positionnement du locuteur devant le contenu
de son énoncé ; elle manifeste d’une manière explicite le lien entre le sujet
parlant et la langue. Il s’agit de sa relation directe et interne avec la langue.
-la subjectivité se réalise par multiples moyens et diverses parties du discours
alors que la modalité se forme par une attitude prise envers le contenu
propositionnel, plus précisément, elle naît de la composition du dictum et du
modus.
4-la polyphonie :
-Bakhtine a présenté le discours rapporté comme « discours dans le discours » et
« énonciation sur l’énonciation »
- La notion de polyphonie, associée aux noms de Bakhtine et Ducrot, « désigne,
de manière très générale, la présence dans un énoncé ou un discours de « voix »
distinctes de celle de l’auteur de l’énoncé ». Elle est une remise en cause du
postulat de « l’unicité du sujet parlant » qui pose que le responsable de la
production de l’énoncé, est aussi responsable des « positions » exprimées par
l’énoncé.
Pour Bakhtine, « dans le parler courant de tout homme vivant en société, la
moitié au moins des paroles qu’il prononce sont celles d’autrui, transmises à tous
les degrés possibles d’exactitude et d’impartialité ».

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