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École Supérieure Privée d’Ingénierie et de Technologies

Mathématiques de base II
PEG 1 : Suites réelles
Niveau : 1ère année Année universitaire : 2020-2021

I Activité introductive : Paradoxe d’Achille et la tortue


I.1 Le paradoxe
Le paradoxe d’Achille et de la tortue, formulé par Zénon d’Élée, dit qu’un jour, le héros
grec Achille a disputé une course à pied avec le lent reptile. Comme Achille était réputé être un
coureur très rapide, il avait accordé gracieusement à la tortue une avance de cent mètres.
L’argument exposé par Zénon est que "Achille ne peut pas rattraper la tortue car si la tortue a de
l’avance sur Achille, celui-ci ne peut jamais la rattraper, quelle que soit sa vitesse, car pendant qu’Achille
court jusqu’au point d’où a démarré la tortue, cette dernière avance, de telle sorte qu’Achille ne pourra
jamais annuler l’avance de l’animal".
Cet argument fautif, sans doute possiblement déjà considéré comme tel par Zénon, car exposé
comme un paradoxe, est totalement résolu par les mathématiques contemporaines : Achille
dépasse bien la tortue, et même, il existe un instant auquel ils sont exactement à la même
position.

I.2 Argument énoncé par Zénon

Zénon d’Élée affirme donc que le rapide Achille


n’a jamais pu rattraper la tortue. En effet, suppo-
sons pour simplifier le raisonnement que chaque
concurrent court à vitesse constante, l’un très ra-
pidement, et l’autre très lentement, au bout d’un
certain temps, Achille aura comblé ses cent mètres
de retard et atteint le point de départ de la tor-
tue, mais pendant ce temps, la tortue aura par-
couru une certaine distance, certes beaucoup plus
courte, mais non nulle, disons un mètre. Cela de-
mandera alors à Achille un temps supplémentaire
pour parcourir cette distance, pendant lequel la
tortue avancera encore plus loin, et puis une autre
durée avant d’atteindre ce troisième point, alors
que la tortue aura encore progressé. Ainsi, toutes Zénon d’Élée(490-430 avant J.C.)
les fois qu’Achille atteint l’endroit où la tortue
se trouvait, elle se retrouve encore plus loin. Par
conséquent, le rapide Achille n’a jamais pu et ne
pourra jamais rattraper la tortue.
I.3 Résolution Mathématique
Achille ne peut rattraper la tortue qu’après une infinité d’étapes. L’erreur consiste à dire
que cette infinité d’étapes se fait en un temps infini. On va donc tenter de résoudre ce paradoxe
mathématiquement.

Tout d’abord, on va supposer qu’Achille parcourt le cent mètre en dix secondes, et que la tortue
parcourt un mètre en une seconde, soit une vitesse 10 fois inférieure à celle de Achille.
Dans la suite, toutes les dates Ti sont exprimées en seconde.
1. Durant les dix premières secondes, Achille a parcouru 100 m et la tortue a parcouru 10
m, il est donc à 10 m de la tortue (temps écoulé : T1 = 10).
2. Pour parcourir cette distance, Achille met une seconde (T2 = 1), temps pendant lequel
la tortue avance d’un mètre (temps total écoulé : T1 + T2 soit 10 + 1 = 11),
3. Pour parcourir ce mètre, Achille met 0, 1 s, la tortue avance donc de 10 cm (temps total
écoulé : T1 + T2 + T3 soit 10 + 1 + 10
1
).
4. etc...
On peut écrire alors que le temps total pour qu’Achille rejoigne la tortue est :

Sn = T1 + T2 + T3 + · · · + Tn , n ≥ 1
 n−2
1 1 1
= 10 + 1 + + + ··· +
10 100 10
 0  1  2  n−1
1 1 1 1
= 10 × + 10 × + 10 × + · · · + 10 ×
10 10 10 10
 n−1 !
1 1 1
= 10 1 + + + ··· + .
10 100 10

1−qn
Or, on sait que pour q , 1, on a 1 + q + q2 + · · · + qn−1 = 1−q .
n
1−( 1 )
   n 
Par conséquent, Sn = 10 × 1−101 = 100
9 × 1 − 10
1
.
 n 10

Or, lim 10 1
= 0, donc lim Sn = 100 9 ' 11, 11.
n→+∞ n→+∞
Pour effectuer une infinité d’étapes, Achille met un peu plus de 11, 11 s.
Achille rattrape bien la tortue ce dont personne n’avait douté ! !

2
Conclusion : La notion de limite de suite permet d’expliquer facilement le paradoxe qu’une
infinité d’étapes peut se faire en un temps fini. On pourrait transposer ce paradoxe à de nom-
breux phénomènes usuels. Par exemple le lâcher d’une balle qui rebondit à 80 cm de sa hauteur
initiale. Elle effectuera une infinité de rebonds en un temps fini.

Retrouver le résultat à l’aide d’un algorithme : En langage Python

II Généralités :
II.1 Définitions et vocabulaires de base :
Définition 1. Une suite u est une fonction définie sur N par :

u : N → R (ou C)
n 7→ u(n) = un .

La suite u, notée (un )n∈N , est de terme général un .

Remarque 1.
— On peut aussi définir des suites pour les entiers supérieurs ou égaux à un certain nombre
n0 ∈ N∗ .
On dit qu’une telle suite est définie à partir du rang n0 et on la note par (un )n≥n0 .
— Une suite (un )n≥n0 , n0 ∈ N, à valeurs complexes s’exprime en fonction de deux suites
réelles (vn )n≥n0 et (wn )n≥n0 .
Plus précisément, elle est de terme général :

un = vn + iwn

"Dans la suite du cours, on se limite à l’étude de suites à valeurs réelles, appelées suites
réelles."

Exemple 1.
√ √
1. La suite (un )n∈N de terme génèral un = n est la suite de termes 0, 1, 2,...
1 1 1
2. La suite (vn )··· de terme génèral vn = 2 est la suite de terme 1, , ,...
n 4 9

3
Définition 2. Soit (un )n≥n0 une suite et n0 ∈ N.
1. (un )n≥n0 est majorée si ∃M ∈ R, ∀n ≥ n0 , un ≤ M, comme illustré dans la figure 1.
Dans ce cas, (un )n≥n0 admet une borne supérieure, notée supn≥n0 (un ), qui est le plus
petit de ses majorants.
2. (un )n≥n0 est minorée si ∃m ∈ R, ∀n ≥ n0 , un ≥ m, comme illustré dans la figure 2.
Dans ce cas, (un )n≥n0 admet une borne inférieure, notée infn≥n0 (un ), qui est le plus
grand de ses minorants.
3. (un )n≥n0 est bornée si elle est majorée et minorée (i.e : ∃M > 0, ∀n ≥ n0 , | un |≤ M).

Définition 3. Soit (un )n≥n0 une suite avec n0 ∈ N.


1. (un )n≥n0 est croissante si ∀n ≥ n0 , un+1 ≥ un .
2. (un )n≥n0 est strictement croissante si · · ·
3. (un )n≥n0 est décroissante si · · ·
4. (un )n≥n0 est strictement décroissante si · · ·
5. (un )n≥n0 est monotone si elle est ··· ou ···
6. (un )n≥n0 est constante si · · ·
7. (un )n≥n0 est stationnaire si · · ·
8. (un )n≥n0 est périodique si ∃p ∈ N∗ , ∀n ≥ n0 , · · ·
Dans ce cas l’entier p est une période de (un )n≥n0 . On note qu’une suite périodique
admet une infinité de périodes qui s’écrivent sous la forme de kp, avec k ∈ N∗ .

Exercice 1.
1
1. Montrer que la suite (un )n≥1 avec un = est strictement décroissante et bornée.
n
2. Montrer que la suite (un )n≥0 avec un = en est croissante et minorée.
3. On considère la suite (un )n≥0 avec un = an u0 avec a > 0 et u0 > 0.
(a) Montrer que si a > 1 alors la suite est croissante et minorée.
(b) Montrer que si a < 1 alors la suite est décroissante et bornée.
(c) Que peut-on dire de cette suite si a = 1 ?
 50 
4. Vérifier que la suite (un )n≥1 avec un = E est stationnaire, où E désigne la fonction
n
partie entière.
5. Montrer que la suite (un )n≥0 avec un = sin(n) est bornée et non périodique.

4
(−1)n
6. Montrer que la suite (un )n≥1 avec un = n’est ni croissante ni décroissante, majorée
n
1
par et minorée par −1.
2

II.2 Suites arithmétiques - Suites géométriques :


II.2.1 Suites arithmétiques :

Définition 4. Une suite (un ) est arithmétique s’il existe un réel r tel que pour tout entier naturel
n , on ait : un+1 = un + r, où r est la raison de la suite arithmétique.
Il revient au même de dire que pour tout entier naturel n, un = u0 + nr, c’est-à-dire que (un ) est
une suite « affine ».

Exemple 2.
• La suite (vn ) définie par
v0 = 4;
(

vn+1 = vn + 3.

est une suite arithmétique de premier terme 4 et de raison 3.


• La suite des naturels 0, 1, 2, ... est arithmétique de premier terme 0 et de raison 1.
• La suite des naturels impairs 1, 3, 5, ... est arithmétique de premier terme 1 et de raison 2.

La somme des termes consécutifs d’une suite arithmétique est égale au produit du nombre de
termes par la demi-somme des extrèmes. Autrement dit :
 premier terme + dernier terme 
S = nombre de termes × .
2

II.2.2 Suites géométriques :

Définition 5. Une suite (un ) est géométrique s’il existe un réel q non nul tel que pour tout
entier naturel n , on ait : un+1 = q × un , où q est la raison de la suite géométrique.
Il revient au même de dire que pour tout entier naturel n, un = qn u0 , c’est-à-dire que (un ) est
une suite « exponentielle ».

Exemple 3.
• La suite (vn ) définie par :
v0 = −3;
(

vn+1 = 5vn .

est géométrique de premier terme −3 et de raison 5.


• La suite des puissances successives de (−2) est géométrique de premier terme 1 et de
raison −2.

5
La somme de termes consécutifs d’une suite géométrique de raison q , 1 est égale à :

1 − raisonnombre de termes
S = terme initial ×
1 − raison

Somme des termes consécutifs :


Pour tout entier naturel n,

n + 1, si q = 1





1 + q + q2 + ... + qn = 



 1 − qn+1

 sinon.
1−q

II.3 Limite d’une suite

Définition 6. Soit (un )n≥n0 une suite avec n0 ∈ N.


On dit que (un )n≥n0 admet une limite l ∈ R si :
 
∀ε > 0, ∃p ≥ n0 , n ≥ p ⇒| un − l |≤ ε .

On note lim un = l.
n→+∞
Ceci est illustré dans la figure ci-contre.

Définition 7. Soit (un )n≥n0 une suite avec n0 ∈ N.


1. On dit que (un )n≥n0 est convergente si elle admet une limite l ∈ R lorsque n → +∞.
Sinon, on dit qu’elle est divergente (i.e : soit la suite tend vers ±∞, soit elle n’admet
pas de limite).
2. Si la suite est convergente, alors sa limite est unique.

Remarque 2.
1. Une suite est une fonction donc les propriétés de la limite (somme, produit, composée
· · · ) pour les fonctions restent applicables pour les suites.
2. Si (un )n≥n0 et (vn )n≥n0 convergent, alors (un vn )n≥n0 converge. De plus,

lim un vn = lim un lim vn .


n→+∞ n→+∞ n→+∞

La réciproque est fausse (on peut considérer, par exemple, les suites (un )n≥1 et (vn )n≥1
1
définies par un = n et vn = ).
n

6
Exemple 4.
1. La suite constante de terme général un = a, pour a ∈ R et n ∈ N, est une suite convergente
vers a.
2. La suite (un )n∈N définie par un = n est divergente, elle tend vers +∞ quand n → +∞.
n
3. Les suites (un )n∈N et (vn )n∈N définies par un = et vn = an , a > 0 sont-elles conver-
n+1
gentes ?
Exercice 2.
1. Soit (un )n∈N une suite tel que ∀n ∈ N un , ±1 et lim un = l ∈ R \ {±1}.
n→+∞
Calculer la limite de la suite (vn )n∈N définie par :
1
vn = un (1 − 3un ) − .
u2n − 1
2. Calculer la limite de (un )n≥1 dans chacun des cas suivants :
1 ln(n) en
un = n + 1 − , un = , un = , un = en − ln(n).
n n ln(n)

Proposition 1. Soit (un )n≥n0 une suite avec n0 ∈ N.


1. Si (un )n≥n0 est convergente, alors elle est bornée.
2. Si (un )n≥n0 est croissante et majorée, alors elle est convergente vers sa borne supé-
rieure.
3. Si (un )n≥n0 est décroissante et minorée, alors elle est convergente vers sa borne
inférieure.

Exercice 3. Les réciproques des implications ci-dessus sont-elles vraies ?

Théorème 2. Soit n0 ∈ N.
1. Soient (un )n≥n0 et (vn )n≥n0 deux suites qui convergent respectivement vers l et l0 .
Si ∀n ≥ n0 , un ≤ vn (ou un < vn ), alors l ≤ l0 .
2. Théorème des Gendarmes :
Soient (un )n≥n0 et (vn )n≥n0 deux suites conver-
gentes vers l et (wn )n≥n0 une suite vérifiant
un ≤ wn ≤ vn , alors (wn )n≥n0 converge. De plus,

lim wn = l.
n→+∞

3. Soient (un )n≥n0 et (vn )n≥n0 deux suites telles que lim un = +∞ et un ≤ vn alors
n→+∞

lim vn = +∞.
n→+∞

4. Soient (un )n≥n0 et (vn )n≥n0 deux suites telles que lim un = −∞ et un ≥ vn alors
n→+∞

lim vn = −∞.
n→+∞

7
Exercice 4.
2n + 1
1. Soit (un )n∈N la suite définie par un = . Calculer la limite de (un )n∈N et en utilisant
n+2
la définition 4, vérifier qu’il existe un rang à partir duquel 1.999 ≤ un ≤ 2.001. Trouver ce
rang.
1 1 1
2. Soit (un )n≥1 la suite de terme général : un = 1 + 2 + 2 + ... + 2 .
2 3 n
(a) Montrer que cette suite est croissante.
1
(b) Montrer que ∀n ≥ 1, un ≤ 2 − .
n
(c) Que peut-on conclure ?
Exercice 5.
(−1)n
1. Montrer que la suite (un )n≥0 de terme général un = 2 + converge et trouver sa
1 + n + n2
limite.
n + cos(n)
2. Montrer que la suite (un )n≥1 définie par un = converge et déterminer sa limite l.
n − sin(n)
3. Montrer que la suite (un )n≥1 converge dans chacun des cas suivants et donner sa limite :
√ √ cosn cos(n)
un = n+1− n, un = √ , un = ·
n sin(n) + ln(n)

Exercice 6.

1. Soit la suite (vn )n≥1 de terme général vn = 2 + 4π2 n + π2 n2 − nπ.
Montrer que
2
n + 4π2
vn = q .
4π2
2
n2
++ +πn π2

2. Soit (un )n≥1 la suite de terme général un = sin( 2 + 4π2 n + π2 n2 ). Montrer que
 2
n + 4π2 
un = (−1) sin q
n
.
4π2
2
n2
+ n + π2 + π

3. En déduire que (un )n≥1 converge et donner sa limite.

II.4 Comparaison des suites au voisinage de +∞

Définition 8. Soient (un )n≥n0 et (vn )n≥n0 deux suites avec n0 ∈ N. On suppose que (vn )n≥n0
ne s’annule pas à partir d’un certain rang.
un
 
1. On dit que (un )n≥n0 est dominée par (vn )n≥n0 , et on note un = O(vn ), si la suite
vn n≥n0
est bornée.
un
Autrement dit, s’il existe M ∈ R et un entier p ≥ n0 tel que ∀n ≥ p, ≤ M.
vn
2. On dit que (un )n≥n0 est négligeable par rapport à (vn )n≥n0 , et on note un = o(vn ),
un
si lim = 0.
n→+∞ vn
un
3. On dit que (un )n≥n0 est équivalente à (vn )n≥n0 , et on note un ∼ vn , si lim = 1.
+∞ n→+∞ vn

8
Remarque 3. Si deux suites (un )n≥n0 et (vn )n≥n0 vérifiant un = o(vn ) ou un ∼ vn , alors un = O(vn ).
+∞

Exemple 5.

1. 4n2 + 1 = O(n) car . . .
2. ln(n) = o(n) car . . .
1 1
3. ln(1 + ) ∼ car . . .
n +∞ n

II.5 Suites adjacentes

Définition 9. Soient (un )n≥n0 et (vn )n≥n0 deux


suites avec n0 ∈ N.
On dit que (un )n≥n0 et (vn )n≥n0 sont adjacentes si
1. L’une des deux suites est croissante et
l’autre est décroissante.
2. lim (vn − un ) = 0.
n→+∞

Théorème 3. Soient (un )n≥n0 et (un )n≥n0 deux suites avec n0 ∈ N.


Si (un )n≥n0 et (vn )n≥n0 sont adjacentes alors
• elles convergent vers une même limite l.
• en supposant que (un )n≥n0 est la suite croissante et (vn )n≥n0 est la suite décroissante,

un ≤ l ≤ vn , ∀n ≥ n0 .

Exercice 7.
1. On reprend la suite (un )n≥1 de l’exercice 4 de terme général :

1 1 1
un = 1 + + + ... + 2 ,
22 32 n
2
et soit la suite (vn )n≥1 définie par : vn = un + .
n+1
Montrer que les deux suites sont adjacentes et étudier leur convergence.
2. Soit la suite (un )n≥1 de terme général :

1 1 1
un = 1 + 3
+ 3 + ... + 3 .
2 3 n
Montrer que la suite (un )n≥1 converge (On pourra considérer la suite (vn )n≥1 de terme
1
général vn = un + 2 ).
n

9
II.6 Suites extraites d’une suite
Définition 10. Soit (un )n≥n0 une suite avec n0 ∈ N.
Une suite extraite ou une sous-suite de (un )n≥n0 est une suite de la forme (uϕ(n) )n≥n0 , avec
ϕ : N → N une application strictement croissante.

Exemple 6. Soit la suite (un )n≥0 de terme général un = (−1)n .


• Si on considère ϕ une application définie par ϕ(n) = 2n, alors la suite extraite de la suite
(un )n≥0 est de terme général uϕ(n) = . . .
On a, alors, la suite (uϕ(n) )n≥0 est constante et égale à . . .
• Si on considère ψ une application définie par ψ(n) = 2n + 1, alors la suite extraite de la
suite (un )n≥0 est de terme général uψ(n) = . . .
On a, alors, la suite (uψ(n) )n≥0 est constante et égale à . . .

Proposition 4. Soit (un )n≥n0 une suite avec n0 ∈ N.


1. Si (un )n≥n0 converge vers l alors toute suite extraite de (un )n≥n0 converge vers l.
2. (un )n converge vers l si et seulement si (u2n )n et (u2n+1 )n convergent toutes les deux
vers l.
3. S’il existe une suite extraite divergente de (un )n≥n0 alors (un )n≥n0 diverge.
4. S’il existe deux suites extraites de (un )n≥n0 convergentes vers des limites distinctes
alors (un )n≥n0 diverge.

Exemple 7.  
En revenant à l’exemple 5, on constate que la sous-suite uϕ(n) converge vers 1. Par contre,
  n∈N
la sous-suite uψ(n) converge vers −1. Par conséquent, la suite (un )n∈N diverge. Plus préci-
n∈N
sément, elle n’a pas de limite.

Exercice 8.
1 1 1 (−1)(n+1)
1. Soit (un )n≥1 la suite de terme général un = 1 − + − + ... + ·
2 3 4 n
On considère les suites extraites de (un )n de termes généraux vn = u2n et wn = u2n+1 .
Montrer que les suites (vn )n≥1 et (wn )n≥1 sont adjacentes. En déduire que la suite (un )n
est convergente.
2. La suite (un )n≥0 de terme général un = (−1)n en admet-elle une limite ? Ainsi que la suite
1
de terme général ?
un
!
2nπ
3. Soient q un entier supérieur ou égal à 2 et (un )n≥1 la suite de terme général un = cos .
q
Montrer que cette suite est divergente (On peut considérer les deux sous-suites (unq )n≥1
et (unq+1 )n≥1 ).

10
III Suites récurrentes
Définition 11. Soit f : I ⊂ R → R une application.
On appelle une suite récurrente toute suite (un )n∈N définie par son premier terme u0 ∈ I et
la relation suivante :
un+1 = f (un ), ∀n ∈ N.

Dans ce paragraphe, on va voir comment étudier le comportement de (un )n∈N à partir de


son premier terme u0 et de la fonction f .

III.1 Existence des termes d’une suite récurrente


Définition 12. Soit f : I ⊂ R → R une application et J ⊂ I un intervalle.
On dit que J est un intervalle stable par f si f (J) ⊂ J, autrement dit :

∀x ∈ J, f (x) ∈ J.

Remarque 4. Pour montrer qu’un intervalle est stable, on pourra :


• Soit étudier la fonction f et le déduire de son tableau de variations.
• Soit directement à l’aide d’inégalités, mais dans ce cas on doit tenir compte de la mono-
tonie de f .

Exercice 9. Soit f l’application définie sur R par : f (x) = x − x2 . Montrer que l’intervalle
I = [0, 1] est stable par f .

III.1.1 1er intérêt : Existence de tous les termes de la suite


Il est important de bien comprendre qu’il existe des suites récurrentes mal définies.

Exemple 8.
1. On suppose que (un )n∈N est une suite donnée par

 u0 = 5



p
un+1 = un − 1, ∀n ≥ 0.


On a un+1 = f (un ), avec f (x) = x − 1.
(a) Déterminer D f , le domaine de définition de f .
(b) D f est il stable par f ?
(c) Calculer u1 , u2 et u3 . Le terme u4 existe-t-il ?
2. On suppose que (un )n∈N est une suite donnée par



 u0 ∈ R\{1}

1
un+1 = , ∀n ≥ 0.



un − 1
1
On a un+1 = f (un ), avec f (x) = .
x−1

11
(a) Déterminer D f , le domaine de définition de f .
(b) Les intervalles ]1, +∞[ et ] − ∞, 1[ sont ils stables par f ?
(c) i. Supposons que u0 = 2. Calculer u1 . Le terme u2 existe-t-il ?
ii. Supposons que u0 = −1. Calculer u1 , u2 et u3 , puis montrer, par récurrence que,
∀n ∈ N, un < 1.

Remarque 5. Le problème d’existence des termes d’une suite récurrente ne dépend pas unique-
ment de la stabilité du domaine de définition de la fonction, mais aussi de la valeur du premier
terme de la suite u0 .

Conclusion : Pour assurer l’existence de tous les termes d’une suite récurrente, il suffit de
choisir un intervalle J ⊂ D f qui est stable par f et qui contient u0 .

Exercice 10. Soit la suite (un )n∈N définie par :



 u0 ∈ R


un+1 = u2n − un + 1, ∀n ≥ 0.

Vérifier que ∀u0 ∈ R, la suite (un )n∈N est bien définie.

Remarque 6. Soit (un )n∈N une suite récurrente de type un+1 = f (un ).
Si le domaine de définition de f est R, alors ∀u0 ∈ R, la suite (un ) est bien définie.

III.1.2 2ème intérêt : Encadrement des termes de la suite

En choisissant un intervalle J stable par f et qui contient u0 , le principe de récurrence permet


d’obtenir les deux résultats suivants :
• Tous les termes de la suite existent.
• Tous les termes de la suite appartiennent à l’intervalle J.

Exercice 11. Soit (un )n∈N la suite définie par :

u0 = 2





1
un+1 = un + , ∀n ≥ 0.



un
1. Montrer que la suite (un )n∈N est bien définie.
2. En déduire que un ≥ 1, ∀n ∈ N.

III.2 Points fixes de f et limites éventuelles de (un )n∈N

Définition 13 (Point fixe d’une fonction). Soient f : I ⊂ R → R une application et x ∈ I.


On dit que x est un point fixe de f si f (x) = x.
Graphiquement, x est l’abscisse d’un point d’intersection de C f , la courbe représantative
de f , avec la première bissectrice ∆ : y = x.

Remarque 7.
Une application f peut admettre plusieurs points fixes. Elle peut aussi n’admettre aucun point
fixe.

12
Exemple 9.
• f (x) = x2 + 1 n’admet aucun point fixe.
2
• f (x) = 3x2 − 2 admet deux points fixes 1 et − .
3

Théorème 5 (Localisation du point fixe). Soient f : I ⊂ R → R une application et J ⊂ I, un


intervalle fermé et stable par f .
Si f est continue sur J, alors f possède au moins un point fixe x ∈ J.

Exemple 10.
Soit f l’application définie sur R par

f (x) = x − x2 .

On a f est continue sur l’intervalle [0, 1] qui est stable par f . Alors, f possède au moins un point
fixe dans [0, 1].

Théorème 6. Soient (un )n≥n0 une suite récurrente de type un+1 = f (un ), avec f : I → R
une application et l ∈ R.
Si (un )n≥n0 converge vers l et si f est continue en l, alors l est un point fixe de f ( f (l) = l).

Remarque 8.
• Si f est une application qui n’admet aucun point fixe, alors toute suite récurrente bien
définie du type un+1 = f (un ) est divergente.
• Attention : La recherche des points fixes de f fournit les seules limites (finies) possibles
pour la suite (un ), mais la suite peut très bien ne pas converger même si f admet des
points fixes et même si elle n’en admet qu’un seul.
Contre-exemple : La suite un = (−1)n vérifie un+1 = −un , or la fonction f (x) = −x admet un
unique point fixe x = 0 et la suite un est divergente (elle admet deux limites différentes).

Exemple 11. Soit la suite (un )n∈N définie par

u0 = 2





1
un+1 = un + , ∀n ≥ 0.



un
On a montré, dans l’exercice 11, que la suite (un )n∈N est bien définie et que un ≥ 1, ∀n ∈ N.
En remarquant que la fonction f n’admet aucun point fixe sur [1, +∞[, on déduit que (un )n∈N
est divergente.

III.3 Représentation graphique d’une suite récurrente


En utilisant la courbe représentative C f associée à f , on peut représenter la suite récurrente
(un )n bien définie du type un+1 = f (un ) sur l’axe des abscisses du repère orthonormé dans lequel
on a tracé C f .
En fait, la droite d’équation y = x permet, par symétrie, de rapporter les points de l’axe des
ordonnées à l’axe des abscisses et met en évidence l’éventuelle limite de la suite qui est l’abscisse
d’un point d’intersection de cette droite avec C f . Ce procédé sera expliqué dans l’exemple
suivant :

13
Exemple 12. La figure 5 illustre les premiers termes de la suite (un )n∈N définie par

u0 = 2




un + 4

un+1 = + 2, ∀n ≥ 0.



un − 5

III.4 Etudes de convergence des suites récurrentes


III.4.1 Monotonie des suites récurrentes
Dans ce paragraphe, on cherche à étudier la monotonie d’une suite récurrente bien définie
(un )n∈N de type un+1 = f (un ). Pour ce faire, on va utiliser deux méthodes : la première méthode
consiste à comparer f avec la fonction identité. Dans la deuxième méthode, on obtient la mo-
notonie de (un )n∈N à travers l’étude de variation de f .

1. Étude de signe de un+1 − un :

Ce critére permet d’induire la monotonie de la suite (un )n∈N quand le signe de f (x) − x
est constant sur un intervalle J stable par f .

Supposons que f est continue sur un intervalle J stable par f et contenant u0 .


• Si f (x) − x ≥ 0, ∀x ∈ J, alors (un )n∈N est croissante.
• Si f (x) − x ≤ 0, ∀x ∈ J, alors (un )n∈N est décroissante.

Exercice 12. Etudier la monotonie de la suite (un )n∈N définie par


(
u0 ∈ R
un+1 = eun − 1, ∀n ≥ 0.

14
2. Variation de f :

i) Cas où f est croissante

Proposition 7. Supposons que f est continue sur un intervalle J stable par f et contenant
u0 .
Si de plus f est croissante sur J alors la suite (un )n∈N est monotone. Plus précisément :
• Si u1 ≥ u0 , alors (un )n∈N est croissante.
• Si u1 ≤ u0 , alors (un )n∈N est décroissante.

Exercice 13. Prouver ce résultat en utilisant un raisonnement par récurrence.

Exercice 14. Discuter la monotonie de la suite (un )n∈N définie par



 u0 > 0


un+1 = u2n , ∀n ≥ 0.

ii) Cas où f est décroissante

Proposition 8. Supposons que f est continue sur un intervalle J stable par f et contenant
u0 .
Si de plus f est décroissante sur J, alors les suites (u2n )n∈N et (u2n+1 )n∈N sont monotones de
sens contraire (l’une croissante, l’autre décroissante).
Conséquence Dans ce cas, la suite (un )n∈N n’est pas monotone.

Remarque 9.
• (u2n )n∈N est une suite définie par
(
u0 ∈ J
u2n+2 = f ◦ f (u2n ), ∀n ≥ 0.

• (u2n+1 )n∈N est une suite définie par


(
u1 ∈ J
u2n+3 = f ◦ f (u2n+1 ), ∀n ≥ 0.

On remarque que si f est décroissante alors f ◦ f est une fonction croissante et on est ramené
au cas d’une fonction croissante pour étudier la monotonie des deux suites.

Exercice 15. Etudier la monotonie de la suite (un )n∈N définie par


 1

 u0 =
2



 1 1
un+1 = + , ∀n ≥ 0.



un 2

III.4.2 Comportement asymptotique d’une suite récurrente (un )n∈N monotone


Supposons que :
• Il existe J ⊂ D f tel que un ∈ J, ∀n ∈ N.
• La fonction f est continue sur J.

15
∗ (un )n∈N est croissante
• Si (un )n∈N est majorée, alors elle converge vers un point fixe de f .
• Si (un )n∈N n’est pas majorée, alors elle diverge. Plus précisément, limn→+∞ = +∞.

Exercice 16. Discuter, suivant la valeur de u0 , la convergence de la suite (un )n∈N définie par
(
u0 ∈ R
un+1 = eun − 1, ∀n ≥ 0.

∗ (un )n∈N est décroissante


• Si (un )n∈N est minorée alors elle converge vers un point fixe de f .
• Si (un )n∈N n’est pas minorée, alors elle diverge. Plus précisément, limn→+∞ = −∞.

Exercice 17. Étudier la convergence de la suite (un )n∈N définie par

u0 = 1




 un
un+1 = u2 + 1 , ∀n ≥ 0.



n

∗ (un )n∈N n’est pas monotone Dans le cas où (un )n∈N n’est pas monotone, l’étude de la
convergence de (un )n∈N peut se ramener à l’étude des deux suites (u2n )n∈N et (u2n+1 )n∈N .

Exercice 18. Étudier la convergence des suites définies comme suit :

u0 = 0 u0 = 3
 

 


 

1 1
un+1 = , ∀n ≥ 0 un+1 = , ∀n ≥ 0.

 

1 + un 2 + un
 

III.4.3 Cas où f est contractante :

Définition 14. Soient D une partie non vide de R, f : D → R une fonction.


On dit que f est lipschitzienne sur D lorsqu’il existe un réel k ≥ 0 tel que pour tout x, y ∈ D,

| f (x) − f (y)| ≤ k|x − y|.

Un tel réel k est appelé constante de Lipschitz de f sur D.


Lorsque k ∈ [0, 1[, on dit que f est contractante sur D.

Remarque 10. Comment reconnaître une application contractante ?


Pour démontrer qu’une application est contractante, on peut se servir de l’inégalité des accrois-
sements finis.
Celle-ci stimule que si f est une fonction dérivable définie sur un intervalle :

Si ∀x ∈ I, | f 0 (x)| ≤ k alors ∀a et b ∈ I, | f (a) − f (b)| ≤ k|b − a|.

Ainsi, si l’on démontre que sur un intervalle, la dérivée d’une fonction est bornée en valeur
absolue alors on prouve qu’elle est k-contractante.

16
Exemple 13. Intéressons-nous à la fonction 21 sin(x) qui est dérivable sur R et sa dérivée est la
fonction 12 cos(x).
On sait que pour tout réel x, | cos(x)| ≤ 1 et en appliquant l’inégalité des accroissements finis, on
peut écrire que : Pour tous réels a et b,
1 1 1
| sin(a) − sin(b)| ≤ |a − b|.
2 2 2
1
Conclusion : la fonction 2 sin(x) est 12 −contractante sur R.

Activité 1. On considère la fonction f définie sur R\{−1} par


2
f (x) = .
1+x
Soit (un ) la suite définie par :u0 = 2 et un+1 = f (un ).
1
1. Montrer que l’intervalle [ , 2] est stable par f et en déduire que la suite (un ) est bien
2
définie.
2. Montrer que f est contractante.
3. Montrer que f admet un unique point fixe α ∈ [ 12 , 2] que l’on déterminera.
4. Montrer qu’il existe un réel k ∈]0, 1[ telque :

∀n ∈ N, |un − α| ≤ kn |u0 − α|.

5. En déduire lim un .
n→+∞

Théorème 9. (Théorème du point fixe).


Soit I un intervalle fermé de R (pas nécessairement borné) et f : I → R une fonction
contractante sur I telle que f (I) ⊂ I.
Alors f admet un unique point fixe α sur I et toute suite récurrente définie par u0 ∈ I,
un+1 = f (un ) vérifie l’inégalité suivante :

|un − α| ≤ kn |u0 − α|.

Ce qui prouve que


lim un = α.
n→+∞


Exercice 19. Soit la fonction f (x) = 2x + 3 et I = [0, +∞[. On définit la suite (un ) par un+1 = f (un )
et u0 ∈ I.
En utilisant le théorème de point fixe, montrer que la suite (un ) converge vers un réel α que l’on
déterminera.

IV Application : Tours de Hanoï


Comme illustré dans la figure 6, on dispose de 3 tiges. Sur la première sont enfilés des disques
percés, de diamètres décroissants, les deux autres sont libres. Le problème consiste à transférer
tous ces disques sur l’une des deux autres tiges, en respectant les trois règles suivantes :
— Déplacer les disques un à un.

17
— Déposer les disques seulement sur les tiges.
— Ne jamais poser un disque sur un disque de diamètre inférieur.

Figure 6

Pour un nombre de disques n ∈ N∗ , on cherche à déterminer un , le nombre minimal d’opérations


permettant de transférer les disques d’une tige à une autre suivant les règles du jeu.
• Cas où n = 1 : Le transfert demandera une seule opération représentée sur la figure
suivante :

Ainsi, u1 = 1.
• Cas où n = 2 : Le transfert demandera 3 opérations représentées sur la figure suivante :

Etape 1

Etape 2

Etape 3

— Etape 1 : on prend le petit disque supérieur et on l’enfile sur la 2ème tige.


— Etape 2 : on prend le grand disque inférieur et on l’enfile sur la 3ème tige.
— Etape 3 : on reprend le petit disque et on le dépose sur le grand disque.
Ainsi, u2 = 3.
• Cas où n = 3 : Le transfert se fait en trois 3 étapes représentées sur la figure suivante :

18
Etape 1

Etape 2

Etape 3

— Etape 1 : Déplacement des 2 disques supérieurs sur la 3ème tige → u2 opérations.


— Etape 2 : Déplacement du 3ème disque sur la 2ème tige → 1 opération.
— Etape 3 : Déplacement des 2 disques de la 3ème tige sur la 2ème tige → u2 opérations.
Ainsi, u3 = 2u2 + 1 = 7.
En appliquant le raisonnement précédent, pour un nombre quelconque de disques n, on peut
présenter le nombre d’opérations minimal un comme une suite récurrente définie par

u1 = 1
(

un+1 = 2un + 1, ∀n ≥ 1.

1. Vérifier que la suite (un )n≥1 est bien définie.


2. Montrer que la suite (un )n≥1 est croissante.
3. La suite (un )n≥1 est-elle convergente ? Interpréter le résultat.

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