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30 JOURS AVEC LES PÈRES DE L’ÉGLISE


Enseignements et sermons

SOMMAIRE

1-L'amour incompréhensible de Dieu pour l'humanité…………………….….....Page 4


2-Race élue, sacerdoce royal………………………………………………….………Page 5
3-Chercher la sagesse……………………………………………………….…………Page 6
4-Jésus est «Christ» par l'onction du Saint-Esprit……………………….……….Page 7
5-Nous sommes à l'aurore de la lumière parfaite………………………….………Page 8
6-Prière, jeûne, partage……………………………………………………….………...Page 9
7-Prier sans cesse………………………………………………………….……………Page 10
8-Le désir est l'âme de la prière………………………………………….……………Page 11
9-Au nom du Seigneur Jésus Christ……………………………………….…………Page 12
10-Voir Dieu…………………………………………………………………….…………Page 13
11-Jésus Christ………………………………………………………………….……….Page 14
12-Devant Dieu et devant les hommes................................................................. Page 15
13-Le Christ est à la fois le chemin et le but……………………………….……….Page 16
14-Le nom du Christ et celui des chrétiens……………………………….…….…..Page 17
15-Je suis le chemin………………………………………………………….……….…Page 18
16-Le Premier-né de la création nouvelle……………………………….…………..¨Page 19
17-Victoire de la vie sur la mort…………………………………………..……………Page 20
18-Pour nous, la Croix est puissance de Dieu »…………………………………….Page 21
19-Soyez les imitateurs de Dieu, puisque vous êtes ses enfants bien-aimés.. »……….Page 22
20-Par la « chrismation », le baptisé devient « Christ »……………………………Page 23
21-Il nous donnera sa vie, puisqu'il nous a déjà donné sa mort…………………Page 24
22-La vraie crainte de Dieu………………………………………………………….…...Page 25
23-L'ami des hommes………………………………………………………………….…Page 26
24-Vous avez été rachetés par un sang précieux »…………………………………Page 27
25-Servir le Christ dans les pauvres…………………………………………………..Page 28
26-Les figures du monde à venir……………………………………………………….Page 29
27-La Transfiguration…………………………………………………………………….Page 30
28-L'eau et l'Esprit………………………………………………………………….……..Page 31
29-La fausse paix de l'esprit…………………………………………………….………Page 32
30-Les chrétiens dans le monde…………………………………………….………….Page 33

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30 JOURS AVEC LES PÈRES DE L’ÉGLISE
Enseignements et sermons

INTRODUCTION

Les pères de l’Église ont été des témoins privilégiés de la tradition et


des amoureux incontestés des saintes écritures. Ils nous ont
transmis des connaissances à la fois lumineuses et sûres. Leurs
écrits présentent une richesse culturelle, spirituelle et apostolique,
qui en fait les grands maîtres de l’Eglise et d’aujourd’hui. Ce trésor
que vous lisez est votre manuel contenant certains écrits : sermons,
homélies, lettres…de nos devanciers dans la foi sur des sujets qui
contribueront, certainement, à votre édification spirituelle et à votre
amour pour le Christ. Méditez pendant 30 jours cette collection
d’enseignements et laissez-vous transformer par la merveilleuse
personne du Saint-Esprit.

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30 JOURS AVEC LES PÈRES DE L’ÉGLISE
Enseignements et sermons

1. L'AMOUR INCOMPREHENSIBLE DE DIEU POUR L'HUMANITE.

Mon très doux Seigneur, de grâce, tourne tes regards miséricordieux vers ton
peuple et le corps mystique de ton Église. Car une plus grande gloire s'attachera
à ton nom, si tu pardonnes à une telle multitude de tes créatures et non pas à
moi seule, misérable, qui ai tellement offensé ta majesté. ~ Comment pourrais-je
me consoler en croyant que je possède la vie, alors que ton peuple serait dans la
mort, en voyant les ténèbres des péchés envelopper ton épouse tout aimable, à
cause de mes défauts et de ceux de tes autres créatures ?

Je veux donc et je demande comme une grâce sans pareille que tu lui fasses
miséricorde, par cet amour incompréhensible qui t'a poussé à créer l'homme à
ton image et ressemblance. ~ Quel motif avais-tu d'établir l'homme dans une telle
dignité ? Certainement, c'est uniquement l'amour incompréhensible par lequel tu
as considéré ta créature en toi-même et tu t'en es épris. ~ Mais je sais bien que
la faute du péché lui a fait perdre, en toute justice, la dignité dans laquelle tu
l'avais établie. ~

Mais toi, poussé par le même amour, en voulant réconcilier gracieusement le


genre humain avec toi, tu nous as donné la parole de ton Fils unique, qui a
vraiment été entre nous et toi un réconciliateur et un médiateur. Il a été notre
justice parce qu'il a châtié en les prenant sur lui toutes nos injustices et nos
crimes, en vertu de l'obéissance que toi, Père éternel, lui as imposée lorsque tu
as décidé qu'il revêtirait notre humanité. ~ Abîme incompréhensible de ton amour
! Quel cœur pourrait être assez dur pour rester indifférent et ne pas être déchiré
en considérant qu'une telle grandeur est descendue jusqu'à une telle profondeur,
une telle bassesse, celle de notre humanité !

Nous sommes ton image et tu es devenu notre image par ton union avec
l'homme, tu as voilé ta divinité éternelle en prenant la chair d'Adam, misérable et
pécheresse. D'où vient cela ? Uniquement de ton amour inexprimable. C'est
donc par cet amour incompréhensible que j'implore humblement ta majesté, de
toutes les forces de mon âme, pour que tu fasses gracieusement miséricorde à
tes misérables créatures.
DIALOGUE DE SAINTE CATHERINE DE SIENNE
SUR LA PROVIDENCE

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Enseignements et sermons

2. RACE ELUE, SACERDOCE ROYAL.

Vous êtes une race élue, un sacerdoce royal. Ce témoignage de louange fut
donné autrefois par Moïse à l'ancien peuple de Dieu. Maintenant, c'est aux
nations chrétiennes que l'apôtre Pierre l'adresse à juste titre, puisqu'elles ont cru
au Christ qui, comme une pierre angulaire, a rassemblé les nations dans le salut
destiné d'abord à Israël. Ces nations, il les appelle race élue à cause de leur foi,
et pour distinguer d'elles ceux qui, en rejetant la pierre d'angle, furent eux-mêmes
rejetés. Il les nomme sacerdoce royal parce qu'elles sont unies au corps de celui
qui est le souverain roi et le véritable prêtre. Comme roi, il attribue aux siens son
royaume et, comme prêtre, il purifie leurs péchés par le sacrifice de son sang. Ils
sont appelés sacerdoce royal pour qu'ils se souviennent d'espérer le royaume
éternel et d'offrir sans cesse à Dieu le sacrifice d'une vie sans tache.

Ils s'appellent aussi nation sainte et peuple que Dieu s'est acquis, selon ce que
l'apôtre Paul dit en commentant l'oracle du prophète : Par sa fidélité, l'homme qui
est juste à mes yeux obtiendra la vie : mais, s'il abandonne, je ne lui accorderai
plus mon amour. Or nous ne sommes pas, nous, hommes de l'abandon, mais les
hommes de la foi pour la sauvegarde de notre âme. Et, dans les Actes des
Apôtres : L'Esprit Saint vous a constitués intendants pour paître l'Église de Dieu,
acquise par lui au prix de son propre sang. Nous sommes donc un peuple que
Dieu s'est acquis par le sang de notre Rédempteur, de même que le peuple
Israël fut racheté d'Égypte par le sang de l'agneau. C'est pourquoi, dans la
phrase suivante, Pierre se souvient du mystère de l'ancien récit et il montre que
celui-ci doit trouver son accomplissement dans le nouveau peuple de Dieu : Pour
que vous annonciez, dit-il, les louanges de Celui qui vous a appelés des ténèbres
à son admirable lumière. Car de même que ceux qui furent libérés par Moïse de
l'esclavage de l'Égypte chantèrent un chant triomphal après le passage de la mer
Rouge et l'engloutissement de l'armée de Pharaon, ainsi devons-nous, après
avoir reçu le pardon de nos péchés, rendre grâce pour ce bienfait. En effet, les
Égyptiens qui affligeaient le peuple de Dieu et dont le nom signifie également
ténèbres et malédiction, représentent bien les péchés qui nous pourrissent mais
qui sont effacés dans le baptême. La délivrance des enfants d'Israël ainsi que
leur marche vers la patrie depuis longtemps promise correspond au mystère de
notre rédemption : nous marchons vers la lumière de la demeure céleste,
éclairés et conduits par la grâce du Christ. Cette lumière de la grâce était
préfigurée par la colonne de nuée et de feu qui protégea les enfants d'Israël,
pendant tout le voyage, contre les ténèbres de la nuit, et les mena par des voies
admirables au terme promis, à la résidence dans leur patrie.
COMMENTAIRE DE SAINT BÈDE LE VÉNÉRABLE
SUR LA IÈRE LETTRE DE SAINT PIERRE

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Enseignements et sermons

3. CHERCHER LA SAGESSE

Travaillons pour une nourriture qui ne périt pas, travaillons à l'œuvre de notre salut.
Travaillons dans la vigne du Seigneur pour obtenir le denier — le salaire de la journée.
Travaillons dans la sagesse, elle qui dit : Ceux qui travaillent en moi ne pécheront pas.
Le champ, c'est le monde, dit la Vérité, creusons-le. Un trésor y est caché, trouvons-le
c'est la sagesse, elle que l'on tire des profondeurs cachées. Tous, nous le cherchons,
tous, nous le désirons.

Si vous cherchez, cherchez bien, dit le prophète : convertissez-vous et venez. Tu te


demandes de quoi il faut te convertir ? Détourne-toi de ta volonté propre, est-il écrit.
Mais, dis-tu, si je ne trouve pas la sagesse dans ma volonté propre, où la trouverai-je ?
Mon âme, en effet, la désire avec force, et s'il lui arrive de la trouver, elle ne se
contentera pas de cela, mais elle en voudra une mesure bien pleine, tassée, secouée,
débordante, que je puisse verser dans mon tablier. Elle a raison, certes : Heureux en
effet l'homme qui a trouvé la sagesse et qui acquiert l'intelligence. Cherche-la donc tant
qu'on peut la trouver, et tant qu'elle est proche, appelle-la. Tu veux savoir à quel point
elle est proche ? La Parole est près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur, mais
seulement à la condition que tu la recherches d'un cœur droit. De la sorte, tu trouveras la
sagesse avec ton cœur, et l'intelligence abondera dans ta bouche. Qu'elle y abonde, oui,
mais qu'elle n'en déborde pas : prends garde de ne pas la vomir !

C'est vraiment du miel que tu as trouvé, en trouvant la sagesse. Pourtant n'en mange
pas trop, pour ne pas la vomir d'écœurement. Manges-en de manière à rester toujours
sur ta faim. Car c'est elle qui dit : Ceux qui me mangent auront encore faim. Ne va pas
estimer comme une grande quantité ce que tu as ; ne t'en gorge pas pour ne pas la
vomir : cela même que tu parais avoir te serait enlevé, car avant qu'il ne soit temps tu te
serais arrêté dans ta recherche. Or, tant qu'on peut la trouver, tant qu'elle est proche, il
ne faut cesser de la chercher et de l'appeler. Sinon il en sera comme de celui qui mange
beaucoup de miel : Salomon lui-même le dit bien : Cela ne lui vaut rien, car celui qui
aura cherché sans discrétion la majesté sera écrasé par la gloire.

En effet, de même qu'il est écrit : Heureux l'homme qui a trouvé la sagesse, de même
: Heureux l'homme, et même plus heureux, s'il persévère dans la sagesse, et de fait,
c'est peut-être bien en cela que consiste son abondance.

Voilà les trois manières dont tu peux avoir la bouche pleine de sagesse et d'intelligence :
d'abord par l'aveu de ta propre injustice, ensuite par l'action de grâce et la proclamation
de la louange, enfin par une parole qui édifie. Car celui qui croit du fond de son cœur
devient juste, celui qui, de sa bouche, affirme sa foi, parvient au salut. C'est vrai
d'ailleurs : Dès qu'il se met à parler, le juste se fait son propre accusateur. En deuxième
lieu, il faut qu'il exalte le Seigneur, et en troisième lieu (s'il lui reste encore de la
sagesse), il doit édifier son prochain.
SERMON DE SAINT BERNARD, ABBÉ DE CLAIRVAUX

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Enseignements et sermons

4. JESUS EST CHRIST PAR L’ONCTION DU SAINT-ESPRIT

Notre Sauveur est devenu vraiment Christ ou Messie dans son incarnation : et il
demeure vrai roi et vrai prêtre : il est lui-même l'un et l'autre, car il ne faut en rien
diminuer le Sauveur. Écoutez-le dire qu'il a été fait roi : J'ai été constitué roi par lui sur
Sion, sa sainte montagne. Écoutez encore le témoignage du Père affirmant qu'il est
prêtre. Tu es prêtre pour toujours, à la manière de Melchisédech. Aaron fut le premier,
sous la Loi ancienne, à être fait prêtre par l'onction du chrême. Mais Dieu n'a pas dit : «
à la manière d'Aaron », pour qu'on ne croît pas que le sacerdoce du Sauveur pouvait
être donné par une succession. En effet, le sacerdoce que possédait Aaron demeurait
grâce à une succession mais le sacerdoce du Sauveur ne passe pas à un autre par
succession, parce que lui-même demeure continuellement prêtre, selon ce qui est écrit
: Tu es prêtre pour toujours, à la manière de Melchisédech.

Il est donc, par son incarnation, sauveur, prêtre et roi. Mais il a reçu l'onction
spirituellement et non matériellement. Ceux qui, chez les Israélites, étaient prêtres et
rois, recevaient une onction matérielle d'huile qui les faisait prêtres et rois. Aucun ne
possédait à lui seul ces deux titres : chacun d'eux était ou bien prêtre ou bien roi. La
perfection et la plénitude totales appartiennent exclusivement au Christ, lui qui était venu
accomplir la Loi.

Mais, bien que chacun d'eux n'eût pas les deux titres, cependant, parce qu'ils avaient
reçu matériellement l'onction d'huile, royale ou sacerdotale, on les
appelait messies ou christs. Tandis que le Sauveur, qui est vraiment le Christ, a été
consacré par l'onction du Saint-Esprit, pour que s'accomplisse ce qui a été écrit de lui
: C'est pourquoi Dieu, ton Dieu, t'a consacré par l'onction avec l'huile d'allégresse, de
préférence à tes compagnons. Il est au-dessus des compagnons qui portent ce nom de
«christs» à cause de l'onction, parce qu'il a été consacré avec l'huile de joie, qui ne
désigne pas autre chose que le Saint-Esprit.

Par le Sauveur lui-même, nous savons que cela est vrai. Quand il reçut le livre d'Isaïe, il
l'ouvrit et y lut : L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction,
puis il déclara que la prophétie était alors accomplie pour ceux qui l'entendaient. En
outre, Pierre, le prince des Apôtres, nous a enseigné que ce chrême, par lequel le
Seigneur se manifeste comme Christ, est le Saint-Esprit, autrement dit la puissance de
Dieu. Lorsqu'il parlait, dans les Actes des Apôtres, à cet homme plein de foi et de
miséricorde qu'était le centurion, il dit, entre autres choses : Cela a commencé en
Galilée, après le baptême proclamé par Jean. Jésus de Nazareth, Dieu l'a consacré par
l'Esprit Saint et sa puissance. Là où il passait, il accomplissait des miracles et des
merveilles, et il délivrait tous ceux qui étaient assiégés par le démon.

Vous voyez que Pierre aussi l'a dit : Ce Jésus, dans son incarnation, a reçu l'onction qui
l'a consacré par l'Esprit Saint et sa puissance. C'est pourquoi Jésus lui-même, dans son
incarnation, a été fait Christ, lui que l'onction de l'Esprit Saint a fait roi et prêtre pour
toujours.
PETIT TRAITÉ DE FAUSTIN DE ROME
SUR LA TRINITÉ

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5. NOUS SOMMES A L'AURORE DE LA LUMIERE PARFAITE.

Parce que le point du jour, ou l'aurore, passe des ténèbres à la lumière, on a bien raison
de désigner par ces noms toute l'Église des élus. C'est elle en effet qui est conduite de
la nuit de l'incroyance à la lumière de la foi, et qui, pareille à l'aurore, s'ouvre au jour,
après les ténèbres, dans le rayonnement de la lumière d'en haut. Le Cantique dit donc
très bien : Qui est celle-ci, qui s'avance comme l'aurore à son lever ? En effet, la sainte
Église, désirant les récompenses de la vie céleste, a été appelée aurore, puisque, en
quittant les ténèbres des péchés, elle resplendit de la lumière de justice.

Mais on peut trouver une considération plus subtile dans cette comparaison avec le point
du jour et l'aurore. Celle-ci, ou le point du jour, annoncent que la nuit est passée, mais ils
ne font pas découvrir l'éclat du jour dans sa plénitude ; cependant, en chassant la nuit,
ils accueillent le jour ; ils apportent une lumière toute mêlée de ténèbres. Nous tous, qui
suivons la vérité, sommes-nous autre chose, en cette vie, qu'une aurore ? Car nous
accomplissons déjà des actes qui relèvent de la lumière, et pourtant, sur certains points,
bien des restes de ténèbres demeurent en nous. Le Seigneur l'a bien dit, par la bouche
du Prophète : Aucun vivant n'est juste devant toi. Et il est encore écrit : Nous trébuchons
tous, bien souvent. ~

Aussi, lorsque Paul disait : La nuit est bientôt finie, il n'ajoutait pas : Le jour est venu,
mais : Le jour est tout proche. En effet, lorsqu'il suggère qu'après la fin de la nuit le jour
n'est pas encore venu, mais qu'il approche, il montre qu'avec l'aurore on est après les
ténèbres, mais encore avant le soleil.

L'Église parfaitement sainte des élus sera le plein jour, lorsqu'elle ne comportera plus le
mélange d'aucune ombre de péché. Ce sera le plein jour, lorsque brillera en elle la
ferveur parfaite de la lumière intérieure. ~ Il est donc très juste de montrer que l'aurore
est encore comme en devenir, avec cette parole : As-tu fait connaître à l'aurore sa place
? Faire connaître sa place à quelqu'un, c'est en effet l'inviter à passer d'un endroit à un
autre. Quelle est la place de l'aurore, sinon la pleine lumière de la vision éternelle ?
Lorsqu'elle parvient à cette place, elle ne garde plus rien des ténèbres de la nuit
écoulée. L'aurore s'efforçait de rejoindre sa place, quand le Psalmiste disait : Mon âme a
soif du Dieu vivant ; quand pourrai-je m'avancer, paraître devant la face de Dieu ? ~

L'aurore se hâtait de parvenir à cette place qu'elle connaissait, lorsque saint Paul disait
avoir le désir de s'en aller pour être avec le Christ. Et encore : Pour moi, vivre, c'est le
Christ, et mourir est un avantage.
COMMENTAIRE DE SAINT GRÉGOIRE LE GRAND SUR LE LIVRE DE JOB

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Enseignements et sermons

6. PRIERE, JEUNE, PARTAGE.

Il y a trois actes, mes frères, trois actes en lesquels la foi se tient, la piété consiste, la vertu
se maintient : la prière, le jeûne, la miséricorde. La prière frappe à la porte, le jeûne obtient,
la miséricorde reçoit. Prière, miséricorde, jeûne, les trois ne font qu'un et se donnent
mutuellement la vie.

En effet, le jeûne est l'âme de la prière, la miséricorde est la vie du jeûne. Que personne ne
les divise : les trois ne peuvent se séparer. Celui qui en pratique seulement un ou deux,
celui-là n'a rien. Donc, celui qui prie doit jeûner ; celui qui jeûne doit avoir pitié ; qu'il écoute
l'homme qui demande, et qui en demandant souhaite être écouté ; il se fait entendre de
Dieu, celui qui ne refuse pas d'entendre lorsqu'on le supplie.

Celui qui pratique le jeûne doit comprendre le jeûne : il doit sympathiser avec l'homme qui a
faim, s'il veut que Dieu sympathise avec sa propre faim ; il doit faire miséricorde, celui qui
espère obtenir miséricorde ; celui qui veut bénéficier de la bonté doit la pratiquer ; celui qui
veut qu'on lui donne doit donner. C'est être un solliciteur insolent, que demander pour soi-
même ce qu'on refuse à autrui.

Sois la norme de la miséricorde à ton égard: si tu veux qu'on te fasse miséricorde de telle
façon, selon telle mesure, avec telle promptitude, fais toi-même miséricorde aux autres, avec
la même promptitude, la même mesure, la même façon.

Donc la prière, la miséricorde, le jeûne doivent former un patronage pour nous recommander
à Dieu, doivent former un seul plaidoyer en notre faveur, une seule prière en notre faveur
sous cette triple forme. ~

Ce que nous avons perdu par le mépris, nous devons le conquérir par le jeûne ; immolons
nos vies par le jeûne parce qu'il n'est rien que nous puissions offrir à Dieu de plus important,
comme le prouve le Prophète lorsqu'il dit : Le sacrifice qui plaît à Dieu, c'est un esprit brisé ;
le cœur qui est broyé et abaissé, Dieu ne le méprise pas.

Offre à Dieu ta vie, offre l'oblation du jeûne pour qu'il y ait là une offrande pure, un sacrifice
saint, une victime vivante qui insiste en ta faveur et qui soit donnée à Dieu. Celui qui ne lui
donnera pas cela n'aura pas d'excuse, parce qu'on a toujours soi-même à offrir.

Mais pour que ces dons soient agréés, il faut que vienne ensuite la miséricorde. Le jeûne ne
porte pas de fruit s'il n'est pas arrosé par la miséricorde ; le jeûne se dessèche par la
sécheresse de la miséricorde ; ce que la pluie est pour la terre, la miséricorde l'est pour le
jeûne. Celui qui jeûne peut bien cultiver son cœur, purifier sa chair, arracher les vices, semer
les vertus : s'il n'y verse pas les flots de la miséricorde, il ne recueille pas de fruit.

Toi qui jeûnes, ton champ jeûne aussi, s'il est privé de miséricorde ; toi qui jeûnes, ce que tu
répands par ta miséricorde rejaillira dans ta grange. Pour ne pas gaspiller par ton avarice,
recueille par tes largesses. En donnant au pauvre, donne à toi-même ; car ce que tu
n'abandonnes pas à autrui, tu ne l'auras pas.
HOMÉLIE DE SAINT PIERRE CHRYSOLOGUE

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7. PRIER SANS CESSE

Désirons toujours la vie bienheureuse auprès du Seigneur Dieu, et prions toujours. Mais
les soucis étrangers et les affaires affaiblissent jusqu'au désir de prier ; c'est pourquoi, à
heures fixes, nous les écartons pour ramener notre esprit à l'affaire de l'oraison. Les
mots de la prière nous rappellent au but de notre désir, de peur que l'attiédissement
n'aboutisse à la froideur et à l'extinction totale, si la flamme n'est pas ranimée assez
fréquemment.

C'est pourquoi, lorsque l'Apôtre dit : Faites connaître vos demandes auprès de Dieu, on
ne doit pas l'entendre en ce sens qu'on les fait connaître à Dieu, car il les connaissait
avant même qu'elles existent ; mais qu'elles doivent demeurer connues de nous auprès
de Dieu par la patience, et non auprès des hommes par l'indiscrétion. ~

Cela étant, il n'est pas défendu ni inutile de prier longtemps, lorsqu'on en a le loisir, c'est-
à-dire lorsque cela n'empêche pas d'autres occupations bonnes et nécessaires, bien
que, en accomplissant celles-ci, on doive toujours prier, comme je l'ai dit, par le désir.
Car si l'on prie un peu longtemps, ce n'est pas, comme certains le pensent, une prière
de bavardage. Parler abondamment est une chose, aimer longuement en est une autre.
Car il est écrit du Seigneur lui-même qu'il passa la nuit en prière et qu'il priait avec plus
d'insistance : faisait-il alors autre chose que nous donner l'exemple en priant dans le
temps au moment voulu, lui qui, avec le Père, exauce dans l'éternité ?

On dit que les moines d'Égypte ont des prières fréquentes, mais très courtes et comme
lancées à la dérobée, pour éviter que se détende et se dissipe, en se prolongeant trop,
cette attention vigilante et soutenue si nécessaire à l'homme qui prie. Ils montrent par-là
que l'on ne doit pas accabler cette attention, quand elle ne peut se maintenir; mais de
même, si elle se maintient, il ne faut pas l'interrompre trop tôt.

La prière ne doit pas comporter beaucoup de paroles, mais beaucoup de supplication, si


elle persiste dans une fervente attention. Car beaucoup parler lorsqu'on prie, c'est traiter
une affaire indispensable avec des paroles superflues. Beaucoup prier, c'est frapper à la
porte de celui que nous prions par l'activité insistante et religieuse du cœur. Le plus
souvent, cette affaire avance par les gémissements plus que par les discours, par les
larmes plus que par les phrases. Dieu met nos larmes devant lui et notre gémissement
n'échappe pas à Celui qui a tout créé par sa Parole et qui ne recherche pas les paroles
humaines.
LETTRE DE SAINT AUGUSTIN À PROBA SUR LA PRIÈRE

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Enseignements et sermons

8. LE DESIR EST L’AME DE LA PRIERE

À quoi bon nous disperser de tous côtés et chercher ce que devons demander dans la prière ?
Disons plutôt avec le psaume : La seule chose que je demande au Seigneur, que je cherche, c'est
d'habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie, pour savourer la douceur du Seigneur et
fréquenter son temple. Là, en effet, tous les désirs ne passent pas en arrivant et en disparaissant,
et l'un ne commence pas quand l'autre finit : ils existent tous ensemble, ils n'ont pas de fin, car la
vie elle-même, dont ils sont les jours, n'a pas de fin.

Pour nous faire obtenir cette vie bienheureuse, celui qui en personne est la Vie véritable nous a
enseigné à prier, non pas avec un flot de paroles comme si nous devions être exaucés du fait de
notre bavardage : en effet, comme dit le Seigneur lui-même, nous prions celui qui sait, avant que
nous le lui demandions, ce qui nous est nécessaire.

Il sait ce qui nous est nécessaire avant que nous le lui demandions ? Alors, pourquoi nous exhorte-
t-il à la prière continuelle ? Cela pourrait nous étonner, mais nous devons comprendre que Dieu
notre Seigneur ne veut pas être informé de notre désir, qu'il ne peut ignorer. Mais il veut que notre
désir s'excite par la prière, afin que nous soyons capables d'accueillir ce qu'il s'apprête à nous
donner. Car cela est très grand, tandis que nous sommes petits et de pauvre capacité ! C'est
pourquoi on nous dit : Ouvrez tout grand votre cœur. Ne formez pas d'attelage disparate avec les
incrédules.

Certes, c'est quelque chose de très grand : l'œil ne l'a pas vu, car ce n'est pas une couleur ; l'oreille
ne l'a pas entendu, car ce n'est pas un son ; et ce n'est pas monté au cœur de l'homme, car le cœur
de l'homme doit y monter. Nous serons d'autant plus capables de le recevoir que nous y croyons
avec plus de foi, nous l'espérons avec plus d'assurance, nous le désirons avec plus d'ardeur.

C'est donc dans la foi, l'espérance et l'amour, par la continuité du désir, que nous prions toujours.
Mais nous adressons aussi nos demandes à Dieu par des paroles, à intervalles déterminés selon
les heures et les époques : c'est pour nous avertir nous-mêmes par ces signes concrets, pour faire
connaître à nous-mêmes combien nous avons progressé dans ce désir, afin de nous stimuler nous-
mêmes à l'accroître encore. Un sentiment plus vif est suivi d'un progrès plus marqué. Ainsi, l'ordre
de l'Apôtre : Priez sans cesse, signifie tout simplement : La vie bienheureuse, qui n'est autre que la
vie éternelle auprès de Celui qui est seul à pouvoir la donner, désirez-la sans cesse.
LETTRE DE SAINT AUGUSTIN À PROBA SUR LA PRIÈRE

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9. AU NOM DU SEIGNEUR JESUS-CHRIST

Trois choses caractérisent la vie du chrétien : l'action, la parole, la pensée. Parmi elles, la
principale est la pensée. Après la pensée, vient la parole, qui révèle par les mots la pensée
imprimée dans l'âme. Après l'esprit et le langage, vient l'action, qui met en œuvre ce que l'on a
pensé. Lorsque l'une de ces trois choses nous dirige dans le cours de la vie, il est bien que tout :
parole, action et pensée, soit divinement réglé selon les connaissances qui permettent de
comprendre et de nommer le Christ, afin que notre action, notre parole ou notre pensée ne
s'écartent pas de ce que ces noms signifient.
Que doit faire celui qui a obtenu de porter le nom magnifique du Christ ? Rien d'autre que
d'examiner en détail ses pensées, ses paroles et ses actions: est-ce que chacune d'elles tend
vers le Christ, ou bien s'éloigne de lui ? Cet examen se fait de multiples façons. Les actes, les
pensées ou les paroles qui entraînent une passion quelconque, tout cela n'est aucunement en
accord avec le Christ, mais porte l'empreinte de l'Adversaire, lui qui plonge les perles de l'âme
dans le bourbier des passions, et fait disparaître l'éclat de la pierre précieuse.
Au contraire, ce qui est exempt de toute disposition due à la passion regarde vers le chef de la
paix spirituelle, qui est le Christ. C'est en lui, comme à une source pure et incorruptible, que l'on
puise les connaissances qui conduisent à ressembler au modèle primordial ; ressemblance
pareille à celle qui existe entre l'eau et l'eau, entre l'eau qui jaillît de la source et celle qui de là est
venue dans l'amphore.
En effet, c'est par nature la même pureté que l'on voit dans le Christ, et chez celui qui participe au
Christ. Mais chez le Christ elle jaillit de la source, et celui qui participe du Christ puise à cette
source et fait passer dans la vie la beauté de telles connaissances. C'est ainsi que l'on voit
l'homme caché concorder avec l'homme apparent, et qu'un bel équilibre de vie s'établit chez ceux
que dirigent les pensées qui poussent à ressembler au Christ.
À mon avis, c'est en cela que consiste la perfection de la vie chrétienne: obtenir en partage tous
les noms qui détaillent la signification du nom du Christ, par notre âme, notre parole et les
activités de notre vie.
TRAITÉ DE SAINT GRÉGOIRE DE NYSSE SUR LA PERFECTION CHRÉTIENNE

12
30 JOURS AVEC LES PÈRES DE L’ÉGLISE
Enseignements et sermons

10. VOIR DIEU.

L'impression que l'on éprouve lorsque, du haut d'un promontoire, on jette les yeux sur la mer
immense, mon esprit la ressent lorsque, du haut de la parole du Seigneur, comme du sommet
d'une montagne, il regarde la profondeur insondable des pensées divines.

Souvent, au bord de la mer, on voit s'élever une montagne qui présente à l'océan une pente
abrupte du haut jusqu'en bas, et dont le sommet surplombe l'abîme. Mon âme souffre du même
vertige lorsqu'elle est emportée par cette grande parole du Seigneur Heureux les cœurs purs : ils
verront Dieu.

Dieu se fait voir à ceux qui ont purifié leur cœur. Or, Dieu, personne ne l'a jamais vu, dit le grand
saint Jean. Et saint Paul, cet esprit sublime, renforce cette affirmation en disant que personne ne
l'a jamais vu, et que personne ne peut le voir. Il est ce rocher lisse et abrupt qui n'offre aucune
prise à nos pensées, et que Moïse, dans ses enseignements, déclare inaccessible à notre esprit.
Il détournait de l'approcher tous ceux qui essayaient de le saisir, en affirmant : Il n'y a personne
qui puisse voir le Seigneur sans mourir.

Et pourtant, voir Dieu, c'est la vie éternelle. Mais ces colonnes de la foi, Jean, Paul et Moïse
déclarent que c'est impossible ! Tu vois quel vertige s'empare de l'âme attirée par la profondeur
de ce que nous découvrons dans les discours du Seigneur ! Si Dieu est la vie, celui qui ne le voit
pas ne voit pas la vie. Et les prophètes, comme les Apôtres, qui sont remplis de Dieu, attestent
qu'on ne peut voir Dieu. Dans quelles limites l'espérance des hommes est-elle enfermée ?

Mais le Seigneur soutient cette espérance défaillante. C'est ainsi qu'il s'est comporté envers
Pierre. Celui-ci était en péril de se noyer, mais Jésus le fit tenir sur l'eau comme sur une matière
ferme et consistante. Si donc la main du Verbe s'étend vers nous, alors que nous sommes
chancelants à cause de la profondeur de ces considérations, si elle nous établit fermement sur
l'une de ces pensées, nous serons rassurés parce que le Verbe nous aura comme saisis par la
main. Car il dit : Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu.

HOMÉLIE DE SAINT GRÉGOIRE DE NYSSE


SUR LES BÉATITUDES

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30 JOURS AVEC LES PÈRES DE L’ÉGLISE
Enseignements et sermons

11. JESUS-CHRIST

Malheur à moi si je n'annonçais pas l'Évangile ! Car c'est par lui, par le Christ lui-même, que j'ai
été envoyé pour cela. Je suis apôtre, je suis témoin. Plus le but est éloigné, plus la mission est
difficile, plus est vif l'amour qui nous pousse. Je dois proclamer son nom : Jésus est le Christ, le
Fils du Dieu vivant. C'est lui qui nous a révélé le Dieu invisible, c'est lui qui est le premier-né de
toute créature, c'est en lui que tout subsiste. Il est le maître de l'humanité et son rédempteur ; il
est né, il est mort, il est ressuscité pour nous.
Il est le centre de l'histoire du monde ; il nous connaît et nous aime ; il est le compagnon et l'ami
de notre vie, l'homme de la douleur et de l'espérance ; c'est lui qui doit venir, qui sera finalement
notre juge et aussi, nous en avons la confiance, notre vie plénière et notre béatitude.
Je n'en finirais jamais de parler de lui ; il est la lumière, il est la vérité ; bien plus, il est le chemin,
la vérité et la vie. Il est le pain, la source d'eau vive qui comble notre faim et notre soif. Il est notre
berger, notre chef, notre modèle, notre réconfort, notre frère. Comme nous et plus que nous, il a
été petit, pauvre, humilié, travailleur, opprimé, souffrant. C'est pour nous qu'il a parlé, accompli
ses miracles, fondé un royaume nouveau où les pauvres sont bienheureux, où la paix est le
principe de la vie commune, où ceux qui ont le cœur pur et ceux qui pleurent sont relevés et
consolés, où les affamés de justice sont rassasiés, où les pécheurs peuvent obtenir le pardon, où
tous découvrent qu'ils sont frères.
Voilà Jésus Christ dont vous avez au moins entendu parler et déjà certainement pour la plupart, à
qui vous appartenez, puisque vous êtes chrétiens. C'est donc à vous, chrétiens, que je répète son
nom, et je l'annonce à tous les hommes : le Christ Jésus est le principe et la fin, l'alpha et
l'oméga, le roi du monde nouveau, l'explication mystérieuse et ultime de l'histoire humaine et de
notre destinée ; il est le médiateur et pour ainsi dire le pont entre la terre et le ciel. Il est, de la
façon la plus haute et la plus parfaite, le Fils de l'homme, parce qu'il est le Fils de Dieu, éternel,
infini, et il est le fils de Marie, bénie entre toutes les femmes, sa mère selon la chair, notre mère
par notre participation à l'Esprit du Corps mystique.
Jésus Christ ! Souvenez-vous : c'est lui que nous proclamons devant vous pour l'éternité ; nous
voulons que son nom résonne jusqu'au bout du monde et pour tous les siècles des siècles.
HOMÉLIE DE PAUL VI À MANILLE. (29 NOVEMBRE 1970)

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30 JOURS AVEC LES PÈRES DE L’ÉGLISE
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12. DEVANT DIEU ET DEVANT LES HOMMES…

Notre gloire, c'est le témoignage de notre conscience. Il y a des hommes qui jugent
témérairement, qui critiquent, qui grognent, qui récriminent, qui s'évertuent à jeter le soupçon sur
ce qu'ils ne voient pas, et aussi à ébranler ce qui n'inspire aucun soupçon : contre ces gens-là,
que nous reste-t-il, sinon le témoignage de notre conscience ? Mes frères, même quand nous
voulons plaire, nous ne cherchons pas notre gloire et nous ne devons pas la chercher ; nous
devons chercher le salut de ceux qui ne s'égareront pas en nous suivant, si nous marchons droit.
Ils doivent nous imiter, si nous imitons le Christ ; et si nous n'imitons pas le Christ, ils doivent
pourtant l'imiter, lui. Car c'est lui qui conduit son troupeau, et il est le seul avec tous ceux qui le
conduisent bien, parce que tous sont en lui.
Ce n'est pas notre avantage que nous cherchons, quand nous voulons plaire aux hommes ; ce
que nous voulons, c'est trouver notre joie dans les hommes, c'est-à-dire que nous nous
réjouissons de les voir aimer ce qui est bien, et cela pour leur avantage, non pour notre prestige.
C'est contre ceux qui le recherchent que l'Apôtre a dit : Si je cherchais à plaire aux hommes, je ne
serais pas serviteur du Christ. Et c'est évidemment pour eux qu'il a dit : Cherchez à plaire à tous
en toutes choses, comme moi-même je plais à tous en toutes choses. Ces paroles sont toutes
deux parfaitement claires, toutes deux tranquilles, toutes deux pures, toutes deux sans trouble.
Quant à toi, contente-toi de brouter et de boire : ne piétine pas le pâturage, ne trouble pas la
source.
Car vous avez bien entendu le maître des Apôtres, le Seigneur Jésus Christ lui-même : Que vos
actions brillent devant les hommes, afin qu'en voyant ce que vous faites de bien, ils glorifient
votre Père qui est dans les cieux, c'est-à-dire qui vous a faits ce que vous êtes. Car nous
sommes le peuple de son pâturage, les brebis guidées par sa main. Il faut donc louer celui qui t'a
rendu bon, si tu es bon ; ce n'est pas toi qu'il faut louer, car, par toi-même, tu ne pouvais être que
mauvais. Pourquoi veux-tu retourner la vérité en voulant te louer toi-même quand tu fais quelque
chose de bon, alors que, si tu fais quelque chose de mauvais, c'est au Seigneur que tu veux le
reprocher ? Car celui qui a dit : Que vos actions brillent devant les hommes, est celui qui a dit,
dans le même discours : N'accomplissez pas votre justice devant les hommes. De même que les
deux conseils de l'Apôtre te semblaient opposés, de même ces deux paroles de l'Évangile. Si tu
ne troubles pas l'eau de ton cœur, tu reconnaîtras ici la paix des Écritures, et toi aussi tu y
trouveras la paix.
Veillons donc, mes frères, non seulement à bien vivre, mais aussi à bien nous comporter devant
les hommes ; veillons non seulement à avoir bonne conscience, mais, autant que c'est possible à
notre faiblesse, autant que nous pouvons surveiller notre fragilité, veillons encore à ne rien faire
qui inspire un mauvais soupçon à notre frère le plus faible. En broutant une herbe pure et en
buvant une eau pure, ne risquons pas de piétiner le pâturage de Dieu, si bien que les brebis les
plus faibles auraient à brouter un pâturage piétiné et à boire une eau troublée.

SERMON DE SAINT AUGUSTIN « SUR LES BREBIS »

15
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13. LE CHRIST EST A LA FOIS CHEMIN ET BUT.

Le chemin, c'est le Christ lui-même, et c'est pourquoi il dit : Moi, je suis le chemin. Cela
se comprend bien, puisque par lui nous avons accès auprès du Père.
Mais parce que ce chemin n'est pas éloigné du terme, parce qu'il y est joint, au contraire,
Jésus ajoute : La vérité et la vie ; et c'est ainsi que lui-même est à la fois le chemin et le
terme. Le chemin en tant qu'homme : Moi je suis le chemin ; en tant que Dieu, il ajoute
: la vérité et la vie. Ces deux derniers mots désignent parfaitement le terme du chemin.
Car le terme de ce chemin, c'est la fin que recherche le désir humain. Or, l'homme
désire principalement deux choses : d'abord la connaissance de la vérité, ce qui lui est
propre ; ensuite la continuation de son existence, ce qui est commun à tous les êtres.
Or, le Christ est le chemin pour parvenir à la connaissance de la vérité, alors pourtant
qu'il est lui-même la vérité : Conduis-moi, Seigneur, dans ta vérité, et j'entrerai sur ton
chemin. Et le Christ est le chemin pour parvenir à la vie, alors pourtant qu'il est lui-même
la vie : Tu m'as fait connaître les chemins de la vie.
C'est pourquoi il a désigné le terme de ce chemin par la vérité et la vie. L'une et l'autre,
plus haut, ont été attribuées au Christ. D'abord, il est lui-même la vie : En lui était la vie ;
ensuite, il est la vérité, puisqu'il était la lumière des hommes ; or la lumière, c'est la
vérité. ~
Si donc tu cherches par où passer, prends le Christ, puisque lui-même est le chemin
: C'est le chemin, suivez-le. Et Augustin commente : « Marche en suivant l'homme et tu
parviendras à Dieu ». Car il vaut mieux boiter sur le chemin que marcher à grands pas
hors du chemin. Car celui qui boite sur le chemin, même s'il n'avance guère, se
rapproche du terme ; mais celui qui marche hors du chemin, plus il court vaillamment,
plus il s'éloigne du terme.
Si tu cherches où aller, sois uni au Christ, parce qu'il est en personne la vérité à laquelle
nous désirons parvenir : C'est la vérité que ma bouche proclame. Si tu cherches où
demeurer, sois uni au Christ, parce qu'il est en personne la vie : Celui qui me trouvera,
trouvera la vie, et il obtiendra du Seigneur le salut.
Sois donc uni au Christ, si tu veux être en sûreté: tu ne pourras pas t'égarer puisque lui-
même est le chemin. C'est pourquoi ceux qui sont unis à lui ne marchent pas dans un
pays sans routes, mais par un chemin droit. En outre, le Christ ne peut pas se tromper,
parce qu'il est lui-même la vérité et enseigne toute vérité. Il dit en effet : Je suis né, je
suis venu pour ceci: rendre témoignage à la vérité. Enfin il ne peut être mis en échec,
parce que c'est lui-même qui est la vie et qui donne la vie, ainsi qu'il le dit : Moi, je suis
venu pour qu'ils aient la vie, pour qu'ils l'aient en abondance.
COMMENTAIRE DE SAINT THOMAS D'AQUIN SUR L'ÉVANGILE DE JEAN

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14. LE NOM DU CHRIST ET CELUI DES CHRETIENS.

Saint Paul, avec plus de précision que personne, a compris qui est le Christ et a montré,
à partir de ce que celui-ci a fait, comment doivent être ceux qui portent son nom. Il l'a
imité si clairement qu'il a montré en sa personne quelle est la condition de son Seigneur.
Par cette imitation très exacte, il a confondu l'image de son âme avec son prototype au
point que ce n'était plus Paul qui semblait vivre et parler, mais le Christ lui-même.
Comme il le dit, en prenant admirablement conscience de ses propres avantages
: Puisque vous désirez avoir la preuve que le Christ parle en moi. ~ Et encore : Je vis,
mais ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi.

Il nous a donc révélé ce que signifie le nom du Christ, lorsqu'il nous dit, que le Christ est
puissance de Dieu et Sagesse de Dieu ; en outre, il l'a appelé paix et lumière
inaccessible où Dieu habite, sanctification et rédemption, grand prêtre, agneau pascal,
pardon pour les âmes, lumière éclatante de la gloire, expression parfaite de la
substance, créateur des mondes, nourriture et boisson spirituelle, rocher et eau,
fondement de la foi, pierre angulaire, image de Dieu invisible, grand Dieu, tête du corps
qui est l'Église, premier-né avant toute créature, premier-né d'entre les morts, premier-né
de la multitude de frères, médiateur entre Dieu et les hommes, Fils unique couronné de
gloire et d'honneur, Seigneur de gloire, commencement de ce qui existe, ~ roi de justice
et ensuite roi de paix, et roi de tous les hommes, avec une puissance royale sans
aucune limite.

Il y a encore beaucoup de noms à ajouter à ceux-là, et leur nombre les rend difficiles à
compter. Mais si nous rassemblons tous ces noms et si nous rapprochons leurs diverses
significations, ils nous montreront tout ce que signifie le nom de Christ, si bien que nous
pourrons comprendre toute la grandeur de ce nom inexprimable. ~

Puisque nous avons reçu communication du plus grand, du plus divin et du premier de
tous les noms, au point que nous sommes honorés du titre même du Christ en étant
appelés « chrétiens », il est nécessaire que tous les noms qui traduisent ce mot se
fassent voir aussi en nous, afin qu'en nous cette appellation ne soit pas mensongère,
mais qu'elle reçoive le témoignage de notre vie.
LETTRE DE SAINT CLÉMENT DE ROME AUX CORINTHIENS

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30 JOURS AVEC LES PÈRES DE L’ÉGLISE
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15. JE SUIS LE CHEMIN.

Voici quel est le chemin, mes bien-aimés, par lequel nous avons trouvé le salut : Jésus
Christ, le grand prêtre qui présente nos offrandes, le protecteur et le soutien de notre
faiblesse.

Par lui nous fixons nos regards sur les hauteurs des cieux ; par lui nous contemplons
comme dans un miroir le visage pur et sublime du Père ; par lui se sont ouverts les yeux
de notre cœur ; par lui notre intelligence bornée et ténébreuse s'épanouit à la lumière ;
par lui, le Maître qui a voulu nous faire goûter la connaissance immortelle, lui qui
est lumière éclatante de la gloire du Père, ~ placé bien au-dessus des anges, car il
possède par héritage un nom bien plus grand que les leurs. ~

Servons en soldats, mes frères, de toute notre ardeur, sous les commandements de ce
chef irréprochable. Considérons les soldats qui servent sous nos chefs : avec quelle
discipline, quelle docilité, quelle soumission ils exécutent les ordres qui leur sont donnés
! Tous ne sont pas commandants en chef, ni chefs de mille, de cent ou de cinquante
hommes, et ainsi de suite : chacun à son poste exécute ce que lui prescrivent le roi ou
les chefs. Les grands ne peuvent rien faire sans les petits, ni les petits sans les grands :
en toutes choses ils sont mélangés, et c'est ainsi qu'ils sont efficaces.

Prenons l'exemple de notre corps : la tête n'est rien sans les pieds, et de même les
pieds ne sont rien sans la tête. Les moindres de nos membres sont nécessaires et
bienfaisants pour le corps entier; et même, tous servent le salut du corps entier en
collaborant dans une soumission qui les unifie.

Assurons donc le salut du corps entier que nous formons dans le Christ Jésus, et que
chacun se soumette à son prochain, selon le charisme que celui-ci a reçu.

Que le fort se préoccupe du faible, que le faible respecte le fort ; que le riche
subventionne le pauvre, que le pauvre rende grâce à Dieu qui lui a donné quelqu'un pour
compenser son indigence. Que le sage montre sa sagesse non par des paroles, mais
par de bonnes actions ; que l'humble ne se rende pas témoignage à lui-même, mais qu'il
en laisse le soin à un autre. Que celui qui est chaste dans sa chair ne s'en vante pas,
sachant que c'est un autre qui lui accorde la continence.

Songeons donc, mes frères, de quelle matière nous sommes nés ; qu'étions-nous donc,
quand nous sommes entrés dans le monde ? À partir de quel tombeau, de quelle
obscurité, celui qui nous a façonnés et créés nous a-t-il introduits dans ce monde qui lui
appartient ? Car il avait préparé ses bienfaits avant même notre naissance. Puisque
nous tenons de lui tout cela, nous devons lui rendre grâce pour tout. À lui la gloire pour
les siècles des siècles. Amen.
LETTRE DE SAINT CLÉMENT DE ROME AUX CORINTHIENS

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16. LE PREMIER-NÉ DE LA CREATION NOUVELLE.

Maintenant le règne de la vie est venu, le pouvoir de la mort a été détruit. Il est survenu
une autre naissance, une vie différente, un nouveau genre de vie, une transformation de
notre nature elle-même. Quelle naissance ? Celle qui est l'œuvre non de la chair et du
sang, ni d'une volonté charnelle, ni d'une volonté d'homme : la naissance qui vient de
Dieu.

Comment cela ? Je vais le montrer clairement par mon exposé. Cet enfant est porté
dans le sein de la foi ; il est amené à la lumière par la nouvelle naissance du baptême ;
sa nourrice, c'est l'Église qui l'allaite par son enseignement ; sa nourriture, c'est le pain
venu du ciel ; son arrivée à l'âge adulte, c'est une conduite parfaite ; son mariage, c'est
son union avec la sagesse ; sa postérité, c'est l'espérance ; sa maison, c'est le Royaume
; son patrimoine et ses richesses, ce sont les délices du paradis ; sa fin n'est pas la mort,
mais la vie éternelle dans la béatitude préparée pour ceux qui en sont dignes. ~

Voici le jour que le Seigneur a fait, différent des jours apparus au commencement de la
création, qui sont mesurés par le temps. Celui-ci est le commencement d'une autre
création : Dieu fait, en ce jour, un ciel nouveau et une terre nouvelle, comme dit le
Prophète. Quel est ce ciel ? Le firmament, l'édifice solide de la foi au Christ. Quelle est
cette terre ? Le cœur excellent, comme dit le Seigneur, c'est la terre qui boit la pluie
tombée sur elle, et qui donne une riche moisson. Dans cette création, le soleil, c'est la
vie pure ; les astres sont les vertus ; l'air, c'est une conduite limpide ; la mer, c'est la
profondeur des richesses de la sagesse et de la connaissance ; la verdure et les
bourgeons, c'est la bonne doctrine et les enseignements divins dont se nourrit le
troupeau du pâturage, c'est-à-dire le peuple de Dieu ; les arbres portant du fruit, c'est la
pratique des commandements.

En ce jour est créé l'homme véritable, celui qui est fait à l'image et à la ressemblance de
Dieu. Ce jour que le Seigneur a fait, tu vois de quel monde il est le principe. Le prophète
dit que ce n'est pas un jour comme les autres jours, ni une nuit comme les autres nuits.

Mais nous n'avons pas encore parlé de ce qu'il y a de plus extraordinaire dans le don
que ce jour nous apporte. C'est qu'il a détruit les affres de la mort. C'est qu'il a mis au
monde le premier-né d'entre les morts. ~

Je monte, dit-il, vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. Quelle belle
et bonne nouvelle ! Celui qui, pour nous, est devenu comme nous, a voulu, par suite de
son unité de nature avec nous, faire de nous ses frères. C'est pourquoi il fait monter sa
propre humanité auprès du Père véritable afin d'attirer par lui tous ceux de sa race.
HOMÉLIE PASCALE DE SAINT GRÉGOIRE DE NYSSE

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17. VICTOIRE DE LA VIE SUR LA MORT.

Notre Seigneur a été piétiné par la mort, mais, en retour, il a frayé un chemin qui écrase la mort. Il
s'est soumis à la mort et il l'a subie volontairement pour la détruire malgré elle. Car notre
Seigneur est sorti en portant sa croix, sur l'ordre de la mort. Mais il a crié sur la croix et il a tiré les
morts des enfers, quoique la mort s'y refusât.

Dans le corps qu'il avait, la mort l'a fait mourir ; et c'est par les mêmes armes qu'il a remporté la
victoire sur la mort. Sa divinité, se dissimulant sous l'humanité, s'est ainsi approchée de la mort
qui a tué et en est morte ; la mort a tué la vie naturelle, mais la vie surnaturelle à son tour a tué la
mort.

Parce que la mort n'aurait pas pu le dévorer s'il n'avait pas eu de corps, parce que l'enfer n'aurait
pas pu l'engloutir s'il n'avait pas eu de chair, il est venu jusqu'à la Vierge afin d'y trouver la chair
qui le porterait aux enfers. ~ Mais, après avoir pris un corps, il est entré aux enfers, il leur a
arraché leurs trésors qu'il a dispersés.

Il est donc venu jusqu'à Ève, la mère de tous les vivants. Elle était la vigne dont la mort avait
ouvert la clôture et il en goûta le fruit. Ainsi Ève, la mère de tous les vivants, était-elle devenue
source de mort pour tous les vivants.

Mais un surgeon a levé : Marie, la vigne nouvelle, a remplacé Ève, la vigne antique. Le Christ, la
Vie nouvelle, a fait en elle sa demeure. Ainsi, lorsque la mort conduisant son troupeau viendrait
comme d'habitude, sans méfiance, avec ses fruits mortels, la Vie qui détruit la mort serait cachée
dans la Vigne nouvelle. Et lui, lorsque la mort l'eut englouti, sans rien craindre, il délivra la vie, et
avec elle la multitude des hommes.

Il est le glorieux fils du charpentier qui, sur le char de sa croix, vint au-dessus de la gueule vorace
des enfers et transféra le genre humain dans la demeure de la vie. Et parce que, à cause de
l'arbre du paradis, le genre humain était tombé dans les enfers, c'est par l'arbre de la croix qu'il
est passé dans la demeure de la vie. Sur ce bois avait donc été greffée l'amertume ; mais sur
celui-ci fut greffée la douceur, pour que nous reconnaissions en lui le chef auquel ne résiste nulle
créature.

Gloire à toi ! Tu as jeté ta croix comme un pont au-dessus de la mort, pour que les hommes y
passent du pays de la mort à celui de la vie. ~

Gloire à toi ! Tu as revêtu le corps de l'Adam mortel et en as fait la source de la vie pour tous les
mortels.

Oui, tu vis ! Car tes meurtriers se sont comportés envers ta vie comme des semeurs : ils ont
semé ta vie dans les profondeurs de la terre comme on sème le blé, pour qu'il lève lui-même et
fasse lever avec lui beaucoup de grains.

Venez, faisons de notre amour comme un encensoir immense et universel, prodiguons cantiques
et prières à celui qui a fait de sa croix un encensoir à la Divinité, et nous a tous comblés de
richesses par son sang.
HOMÉLIE DE SAINT ÉPHREM SUR NOTRE SEIGNEUR

20
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Enseignements et sermons

18. POUR NOUS, LA CROIX EST PUISSANCE DE DIEU.

Celui qui vénère vraiment la passion du Seigneur doit si bien regarder Jésus crucifié par les
yeux du cœur qu'il reconnaisse sa propre chair dans la sienne.

Que la nature terrestre se mette à trembler au supplice de son Rédempteur, que les pierres,
c'est-à-dire les esprits des incroyants, se fendent; que les hommes, écrasés par le tombeau
de la condition mortelle, surgissent en fracassant la masse qui les tenait captifs. Qu'ils se
montrent, eux aussi, dans la Cité sainte, c'est-à-dire dans l'Église de Dieu, comme des
présages de la résurrection future. Et ce qui doit un jour se produire dans les corps, que cela
se réalise dans les cœurs.

Aucun malade ne se voit refuser la victoire de la Croix, et il n'y a personne qui ne trouve un
secours dans la prière du Christ ; si elle a profité à beaucoup de ses bourreaux, combien
davantage aidera-t-elle ceux qui se tournent vers lui !

L'ignorance est enlevée, l'obstacle est diminué et le sang sacré du Christ a éteint ce glaive
de feu qui interdisait d'entrer dans le domaine de la vie. Devant la vraie lumière, l'obscurité
de la nuit ancienne a disparu.

Le peuple chrétien est invité à posséder les richesses du paradis, et l'accès à la patrie
perdue s'offre à tous ceux qui ont reçu le sacrement de la nouvelle naissance, pourvu que
personne ne se fasse fermer ce chemin qui a pu s'ouvrir devant la foi d'un malfaiteur. ~

Que les activités de la vie présente ne nous condamnent ni à l'angoisse ni à l'orgueil, en


nous empêchant de rechercher de tout l'élan de notre cœur la ressemblance avec notre
Rédempteur, par l'imitation de ses exemples. Il n'a rien fait ni rien supporté que pour notre
salut, afin que la vertu qui se trouve dans la tête se trouve aussi dans son corps.

Tout d'abord, cette adoption de notre nature par la divinité, grâce à laquelle le Verbe s'est fait
chair et a demeuré parmi nous, a-t-elle exclu aucun homme de sa miséricorde, sauf s'il
refuse la foi ? L'homme n'a-t-il pas une nature commune avec le Christ, s'il a accueilli celui
qui a pris cette nature, et s'il a été régénéré par l'Esprit qui a engendré le Christ ? Celui-ci a
pris de la nourriture, a connu le repos du sommeil, le trouble de la tristesse, les larmes de
l'amitié : cela ne prouve-t-il pas qu'il avait pris la condition d'esclave ?

Il fallait guérir celle-ci des antiques blessures, et la purifier de la boue du péché. Le Fils
unique de Dieu s'est fait fils d'homme afin de ne manquer ni du réalisme de l'humanité ni de
la plénitude de la divinité. ~

Il est nôtre, ce corps sans vie qui gisait dans le sépulcre, mais qui a ressuscité le troisième
jour et qui, au-dessus de toutes les hauteurs célestes, est monté jusqu'à la droite du Père
tout-puissant. Si nous suivons la route de ses commandements, et si nous n'avons pas
honte de confesser tout ce qu'il a payé pour notre salut dans l'abaissement de sa chair, nous
aussi serons élevés jusqu'à la participation de sa gloire. Car ce qu'il a annoncé s'accomplira
de façon éclatante : Celui qui se prononcera pour moi devant les hommes, moi aussi je me
prononcerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux.
SERMON DE SAINT LÉON LE GRAND SUR LA PASSION

21
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Enseignements et sermons

19. SOYEZ LES IMITATEURS DE DIEU, PUISQUE VOUES ETES SES ENFANTS
BIEN-AIMES

Le Seigneur dit dans l'évangile de saint Jean : Tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples si
vous vous aimez les uns les autres. Et on lit dans la lettre de cet Apôtre : Mes bien-aimés,
aimons-nous les uns les autres, puisque l'amour vient de Dieu. Tous ceux qui aiment sont enfants
de Dieu, et ils connaissent Dieu. Celui qui n'aime pas ne connaît pas Dieu, car Dieu est amour.

Que les fidèles scrutent donc leur âme et discernent par un examen loyal les sentiments profonds
de leur cœur. S'ils découvrent que leur conscience a en réserve des fruits de charité, ils peuvent
être certains que Dieu est en eux ; et pour se rendre de plus en plus accueillants à un tel hôte,
qu'ils se dilatent par les œuvres d'une miséricorde inlassable.

En effet, si Dieu est amour, la charité ne doit pas avoir de bornes, car la divinité ne peut
s'enfermer dans aucune limite.

Toutes les époques conviennent, mes bien-aimés, pour pratiquer le bien de la charité ; cependant
les jours présents nous y invitent plus spécialement. Ceux qui désirent recevoir la Pâque du
Seigneur avec une âme et un corps sanctifiés doivent s'efforcer surtout d'acquérir cette
perfection, qui renferme en elle toutes les vertus et qui couvre une multitude de péchés.

Et c'est pourquoi, sur le point de célébrer ce mystère qui dépasse tous les autres, par lequel le
sang de Jésus Christ a effacé toutes nos iniquités, préparons en premier lieu des sacrifices de
miséricorde. Ce que la bonté de Dieu nous a octroyé, donnons-le, nous aussi, à ceux qui ont
péché contre nous. ~

Il faut aussi que notre libéralité se montre plus bienfaisante envers les pauvres et ceux qui sont
accablés par toutes sortes de malheurs, afin que de nombreuses voix rendent grâce à Dieu, et
que le réconfort donné aux indigents vienne recommander nos jeûnes. Aucune générosité de la
part des fidèles ne réjouit Dieu davantage que celle qui se prodigue en faveur de ses pauvres; et
là où il rencontre un souci de miséricorde, il reconnaît l'image de sa propre bonté.

Ne craignons pas d'épuiser nos ressources par de telles dépenses, car la bonté elle-même est
une grande richesse, et les largesses ne peuvent manquer de fonds, là où c'est le Christ qui
nourrit et qui est nourri. Dans toute cette activité intervient la main qui augmente le pain en le
rompant, et le multiplie en le distribuant.

Celui qui donne, qu'il soit tranquille et joyeux, car il aura le plus grand bénéfice quand il aura
gardé pour lui le minimum. Comme dit saint Paul : Celui qui fournit la semence au semeur et le
pain pour la nourriture multipliera aussi vos semences et fera croître les fruits de votre
justice dans le Christ Jésus notre Seigneur, qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit pour
les siècles des siècles. Amen

SERMON DE SAINT LÉON LE GRAND

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Enseignements et sermons

20. PAR LA CHRISMATION, LE BAPTISE DEVIENT «CHRIST».

Vous avez été baptisés dans le Christ, et vous avez revêtu le Christ ; vous avez donc été
configurés au Fils de Dieu. En effet, Dieu qui nous a prédestinés à la filiation adoptive
nous a configurés au corps de gloire du Christ. Puisque vous êtes maintenant
participants du Christ, vous êtes à juste titre appelés vous-mêmes « christs », et c'est de
vous que Dieu disait : Ne touchez pas à mes christs.

Or, vous êtes devenus des christs en recevant l'empreinte de l'Esprit Saint ; et tout s'est
accompli pour vous en image, parce que vous êtes les images du Christ. Pour lui, quand
il se fut baigné dans le fleuve du Jourdain et qu'il eut communiqué aux eaux le contact de
sa divinité, il en remonta ; et la venue substantielle du Saint-Esprit sur lui se produisit, le
semblable se reposant sur le semblable.

Il en est pareillement pour vous : une fois que vous êtes remontés de la piscine sainte,
eut lieu la chrismation, image exacte de celle dont fut marqué le Christ. Il s'agit de l'Esprit
Saint. Le prophète Isaïe, faisant parler le Seigneur, disait de lui : L'Esprit du Seigneur est
sur moi ; car il m'a consacré par la chrismation ; il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle
aux pauvres.

En effet, le Christ n'a pas été chrismé par les hommes d'une huile ou d'un parfum
matériels. Mais c'est le Père qui, l'ayant consacré d'avance comme le Sauveur du monde,
l'a marqué de l'Esprit Saint, comme le dit saint Pierre : Jésus de Nazareth, que Dieu a
chrismé d'Esprit Saint. Et le prophète David proclamait : Ô Dieu, ton trône est pour les
siècles des siècles : c'est un sceptre de droiture, le sceptre de ta royauté. Tu aimes la
justice et tu hais l'impiété ; c'est pourquoi Dieu, ton Dieu, t'a consacré d'une huile
d'allégresse, de préférence à tes rivaux. ~

Le Christ a été marqué par l'huile spirituelle d'allégresse, c'est-à-dire par l'Esprit Saint, qui
est appelé huile d'allégresse parce qu'il est l'auteur de l'allégresse spirituelle ; et vous,
vous avez été oints de parfum, vous êtes devenus participants et compagnons du Christ.

Mais ne va pas t'imaginer que ce parfum est quelque chose d'ordinaire. ~ Ce saint
parfum, après l'invocation pour obtenir le Saint-Esprit, n'est plus un parfum ordinaire et,
pourrait-on dire, commun. Il est don spirituel du Christ, devenu, par la présence de l'Esprit
Saint, agent efficace de sa divinité. C'est de ce parfum qu'on te chrisme symboliquement
sur le front et les autres organes des sens. Tandis que ton corps est oint de parfum
visible, l'âme est sanctifiée par le saint et vivifiant Esprit.

CATÉCHÈSE DE JÉRUSALEM AUX NOUVEAUX BAPTISÉS

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30 JOURS AVEC LES PÈRES DE L’ÉGLISE
Enseignements et sermons

21. IL NOUS DONNERA SA VIE, PUISQU’IL NOUS A DEJA DONNE SA


MORT

La passion de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ nous garantit la gloire et nous
enseigne la patience.

Les cœurs des croyants peuvent tout attendre de la grâce de Dieu, car pour eux le Fils
unique de Dieu, coéternel au Père, n'a pas jugé suffisant d'être un homme en naissant
des hommes, mais il est allé jusqu'à mourir par la main des hommes qu'il a créés.

Ce que Dieu nous promet pour l'avenir est grand ; mais bien plus grand ce que nous
commémorons comme réalisé dans le passé. Où étaient-ils, quels hommes étaient-ils,
ces croyants, quand le Christ est mort pour des coupables ? On ne peut douter qu'il leur
donnera sa vie, puisqu'il leur a déjà donné sa mort. Pourquoi la faiblesse humaine hésite-
t-elle à croire ce qui arrivera un jour : que les hommes puissent vivre avec Dieu ?

Ce qui s'est déjà réalisé est encore beaucoup plus incroyable : Dieu est mort pour les
hommes.

Car le Christ est ce Verbe qui était au commencement, ce Verbe qui était avec Dieu, ce
Verbe qui était Dieu. Et ce Verbe de Dieu s'est fait chair, et il a établi sa demeure parmi
nous. Car il n'aurait pas eu en lui-même de quoi mourir pour nous, sans cette chair
mortelle qu'il a tirée de nous. C'est ainsi que l'être immortel a pu mourir, c'est ainsi qu'il a
voulu donner la vie aux mortels : il devait dans l'avenir les faire participer à ce qu'il est,
après avoir d'abord participé lui-même à ce qu'ils sont. Car nous n'avions pas en nous de
quoi vivre, et il n'avait pas en lui de quoi mourir. Il a donc établi avec nous un merveilleux
échange de participation réciproque. Ce qui vient de nous, c'est par cela qu'il est mort ;
ce qui vient de lui, c'est par cela que nous vivrons. ~

Par conséquent, nous ne devons pas rougir de la mort de notre Seigneur ; bien au
contraire, nous devons y mettre toute notre confiance et y trouver toute notre gloire. Du
fait même qu'il recevait de nous la mort qu'il trouvait en nous, il nous a promis, dans sa
grande fidélité, de nous donner en lui la vie que nous ne pouvons pas tenir de nous.

Il nous a tellement aimés qu'il a souffert pour les pécheurs, lui qui est sans péché, ce que
nous avons mérité par le péché ; comment alors ne nous donnera-t-il pas ce qu'il donne
aux justes, lui qui justifie ? Comment lui, dont la promesse est vérité, ne nous rendra-t-il
pas en échange les récompenses des saints, lui qui, sans crime, a subi le châtiment des
criminels ?

C'est pourquoi, mes frères, confessons hardiment et même professons que le Christ a
été crucifié pour nous ; proclamons-le sans crainte, mais avec joie ; sans honte, mais
avec fierté.

L'Apôtre Paul a vu là un titre de gloire qu'il nous a recommandé. Il pouvait rappeler, au


sujet du Christ, beaucoup de grandeurs divines ; cependant il affirme ne pas se glorifier
des merveilles du Christ, par exemple qu'étant Dieu auprès du Père, il a créé le monde ;
qu'étant homme comme nous, il a commandé au monde. Mais il dit : Je ne veux me
glorifier que de la croix de notre Seigneur Jésus Christ.

SERMON DE SAINT AUGUSTIN SUR LA PASSION DU SEIGNEUR

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22. LA VRAIE CRAINTE DE DIEU

Heureux seront ceux qui craignent le Seigneur, qui marchent sur ses chemins. Toutes les fois
que l'on parle de la crainte du Seigneur dans les Écritures, il faut remarquer qu'elle n'est jamais
présentée seule, comme si elle suffisait à la perfection de notre foi ; on lui préfère ou on lui
substitue une quantité de choses qui font comprendre quelle est la nature et la perfection de cette
crainte du Seigneur. Nous connaissons par là ce que dit Salomon dans les Proverbes : Si tu
demandes la sagesse, si tu appelles l'intelligence, si tu la cherches comme l'argent et si tu
creuses comme un chercheur de trésor, alors tu comprendras la crainte du Seigneur.

Nous voyons ainsi à travers quelles étapes on parvient à la crainte du Seigneur. D'abord, il faut
demander la sagesse, consacrer tous ses efforts à comprendre la parole de Dieu, rechercher et
approfondir dans la sagesse ; et c'est après que l'on comprendra la crainte du Seigneur. Or, dans
l'opinion commune des hommes, on ne comprend pas ainsi la crainte.

La crainte est l'effroi de la faiblesse humaine qui redoute de souffrir des accidents dont elle ne
veut pas. Elle naît et elle s'ébranle en nous du fait de la culpabilité de notre conscience, du droit
d'un plus puissant, de l'assaut d'un ennemi mieux armé, d'une cause de maladie, de la rencontre
d'une bête sauvage, bref la crainte naît de tout ce qui peut nous apporter de la souffrance. Une
telle crainte ne s'enseigne donc pas : elle naît naturellement de notre faiblesse. Nous
n'apprenons pas quels sont les maux à craindre, mais d'eux-mêmes ces maux nous inspirent de
la crainte.

Au contraire, au sujet de la crainte du Seigneur, il est écrit ceci : Venez, mes fils, écoutez-moi : la
crainte du Seigneur, je vous l'enseignerai. Il faut donc apprendre la crainte de Dieu, puisqu'elle
est enseignée. En effet, elle n'est pas dans la terreur, elle est dans la logique de l'enseignement.
Elle ne vient pas du tremblement de la nature, mais de l'observance du précepte ; elle doit
commencer par l'activité d'une vie innocente et par la connaissance de la vérité.

Pour nous, la crainte de Dieu est tout entière dans l'amour, et la charité parfaite mène à son
achèvement la peur qui est en elle. La fonction propre de notre amour envers lui est de se
soumettre aux avertissements, d'obéir aux décisions, de se fier aux promesses. Écoutons donc
l'Écriture, qui nous dit : Et maintenant, Israël, qu'est-ce que le Seigneur te demande ? Sinon que
tu craignes le Seigneur ton Dieu, que tu marches sur tous ses chemins, que tu l'aimes et que tu
observes, de tout ton cœur et de toute ton âme, les commandements qu'il t'a donnés pour ton
bonheur.

Nombreux sont les chemins du Seigneur, bien qu'il soit lui-même le chemin. Mais lorsqu'il parle
de lui-même, il se nomme le chemin et il en montre la raison lorsqu'il dit : Personne ne va vers le
Père sans passer par moi. Il faut donc interroger beaucoup de chemins et nous devons en fouler
beaucoup pour trouver le seul qui soit bon ; c'est-à- dire que nous trouverons l'unique chemin de
la vie éternelle en traversant la doctrine de chemins nombreux. Car il y a des chemins dans la
Loi, des chemins chez les prophètes, des chemins dans les évangiles, des chemins chez les
Apôtres ; il y a aussi des chemins dans toutes les actions qui accomplissent les commandements,
et c'est en les prenant que ceux qui marchent dans la crainte de Dieu trouvent le bonheur.
COMMENTAIRE DE SAINT HILAIRE SUR LE PSAUME 127

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23. L’AMI DES HOMMES

Si vous voulez ressembler à Dieu, vous qui avez été créés à son image, imitez votre modèle.
Vous êtes chrétiens et ce nom signifie ami des hommes : imitez l'amour du Christ.

Considérez les trésors de sa bonté. Puisqu'il allait se manifester aux hommes par un homme, il
envoya devant lui Jean proclamer la conversion et introduire au repentir ; auparavant il avait
envoyé tous les prophètes pour enseigner la pénitence.

Puis, lorsqu'il se manifesta, peu après la venue de Jean, de sa propre voix pour montrer qui il
était, il s'écria : Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous
procurerai le repos. Or, comment a-t-il accueilli ceux qui se rendirent à son appel ? Il leur accorda
facilement le pardon de leurs péchés, la délivrance instantanée, immédiate, de leurs peines. Le
Verbe les sanctifia, l'Esprit les marqua de son sceau ; l'homme ancien fut enseveli, le nouveau fut
engendré en ressuscitant par la grâce.

Et ensuite ? L'inconnu est devenu un familier, l'étranger un fils, le profane un initié, l'impie un
consacré. ~

Imitons la pastorale du Maître. Penchons-nous sur les Évangiles : comme dans un miroir
découvrons-y l'idéal de la sollicitude et de la bonté.

J'y vois, en effet, dans les paraboles, dans des propos imagés, le berger de cent brebis. L'une
d'entre elles s'est séparée du troupeau et s'est égarée. Le berger ne resta pas avec celles qui
demeuraient en bon ordre et sur le droit chemin. Il bondit à la recherche de l'égarée, franchit
nombre de gorges et de précipices, gravit des sommets rocheux, affronta courageusement les
déserts, jusqu'à ce qu'il l'eût trouvée.

L'ayant trouvée, sans la frapper ni la pousser violemment pour la ramener au troupeau, il la mit
sur son cou, la porta avec douceur et la fit revenir parmi ses compagnes, plus joyeux pour celle-ci
que pour la foule des autres.

Comprenons donc la réalité cachée sous ces images. Cette brebis n'est pas réellement une
brebis, et ce berger est tout autre chose qu'un berger. Ce sont là des exemples qui nous
enseignent des mystères sacrés. Ne désespérons pas facilement des hommes, ne laissons pas à
l'abandon ceux qui sont en péril. Recherchons avec ardeur celui qui est exposé, ramenons-le sur
le chemin, réjouissons-nous de son retour et réintégrons-le dans la communauté de ceux qui
vivent en vrais fidèles.

HOMÉLIE DE SAINT ASTÈRE SUR LA CONVERSION

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24. VOUS AVEZ ÉTÉ RACHETÉS PAR UN SANG PRECIEUX

Le bienheureux Job, préfigurant l'Église, parle tantôt au nom du corps, tantôt au nom de la tête.
Et, alors que les membres sont l'objet de ses discours, il s'élève tout à coup aux paroles dites par
la tête. C'est pourquoi, il dit : J'ai souffert tout cela sans qu'il y ait aucun crime dans mes mains, et
alors que je présentais à Dieu des prières pures.

En effet, il a souffert sans qu'il y ait eu aucun crime dans ses mains, celui qui n’a jamais commis
de péché ni proféré de mensonge ; pourtant, il a subi le supplice de la croix pour nous racheter.
Contrairement à tous, lui seul a présenté des prières pures, puisque, jusque dans le supplice de
la passion, il faisait cette prière pour ses persécuteurs :
Père, pardonne-leur ; ils ne savent pas ce qu'ils font.

Que peut-on dire, que peut-on penser de plus pur, dans la prière, que d'intercéder avec
miséricorde pour ceux qui vous font souffrir ? C'est pourquoi le sang de notre Rédempteur, que
ses persécuteurs furieux avaient répandu, les croyants l'ont bu par la suite et ont proclamé que
Jésus est le Fils de Dieu. Au sujet de ce sang, il est dit ensuite avec à-propos : Terre, ne couvre
point mon sang, et n'arrête pas mon cri. L'homme, après son péché, avait entendu cette sentence
: Tu es terre, et tu retourneras à la terre.

Or, cette terre n'a pas caché le sang de notre Rédempteur, parce que tout homme pécheur,
buvant le sang qui a payé sa rédemption, la proclame, en rend grâce et la fait connaître à tous
ceux qu'il approche. Et la terre n'a pas recouvert son sang, parce que la sainte Église a proclamé
déjà maintenant le mystère de sa rédemption dans toutes les parties du monde.

Remarquez ce qui suit : N'arrête pas mon cri. En effet, ce sang de notre rédemption, qui nous est
donné à boire, est le cri de notre Rédempteur. Ce qui fait dire à saint Paul : Son sang répandu
parle plus fort que celui d'Abel. Du sang d'Abel il avait été dit : Le sang de ton frère, de la terre
crie vers moi. Mais le sang de Jésus parle plus fort que celui d'Abel, parce que le sang d'Abel a
demandé la mort du meurtrier de son frère, tandis que le sang du Seigneur a obtenu la vie pour
ses persécuteurs.

Afin que le sacrement de la passion du Seigneur ne soit pas inefficace en nous, nous devons
imiter ce qui nous est donné à boire et proclamer aux autres ce que nous vénérons. En effet, son
cri est arrêté en nous, si la langue tient caché ce que l'âme a cru, Mais, pour que son cri ne soit
pas arrêté en nous, il reste que chacun, selon sa capacité, fasse connaître à ceux qu'il approche
le mystère qui le fait vivre.

COMMENTAIRE DE SAINT GRÉGOIRE LE GRAND SUR LE LIVRE DE JOB

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25. SERVIR LE CHRIST DANS LES PAUVRES

Heureux les miséricordieux, dit le Seigneur : ils obtiendront miséricorde ! La miséricorde


n'est pas la moindre des béatitudes. Et encore : Heureux qui comprend le pauvre et le
faible. Et aussi : L'homme bon compatit et partage. Ailleurs encore : Tout le jour le juste
a pitié, il prête. Emparons-nous donc de cette béatitude, sachons comprendre,
soyons bons.

La nuit elle-même ne doit pas arrêter ta miséricorde. Ne dis pas : Reviens demain matin
et je te donnerai. Qu'il n'y ait pas d'intervalle entre le premier mouvement et le bienfait.
La bienfaisance seule n'admet pas de délai. Partage ton pain avec celui qui a faim,
recueille chez toi le malheureux sans abri, et fais-le de bon cœur. Celui qui exerce la
miséricorde, dit saint Paul, qu'il le fasse avec joie. Ton mérite est doublé par ta
promptitude. Le don fait avec chagrin et par contrainte n'a ni grâce ni éclat. C'est avec
un cœur en fête, non en se lamentant, qu'il faut faire le bien.

Si tu fais disparaître le joug, le geste de menace, dit le Prophète, c'est-à-dire si tu


abandonnes l'avarice, la méfiance, si tu cesses d'hésiter et de grogner, qu'arrivera-t-il ?
Quelque chose de grand et d'étonnant, une magnifique récompense : Alors ta lumière
jaillira comme l'aurore, et tes forces reviendront rapidement. Et y a-t-il quelqu'un qui ne
désire la lumière et la guérison ? ~

C'est pourquoi, si vous voulez bien m'en croire, serviteurs du Christ, ses frères et ses
cohéritiers, tant que nous en avons l'occasion, visitons le Christ, nourrissons le Christ,
habillons le Christ, recueillons le Christ, honorons le Christ. Non seulement en l'invitant à
table, comme quelques-uns l'ont fait, ou en le couvrant de parfums, comme Marie
Madeleine, ou en participant à sa sépulture, comme Nicodème, qui n'était qu'à moitié
l'ami du Christ. Ni enfin avec l'or, l'encens et la myrrhe, comme les mages l'ont fait avant
tous ceux que nous venons de citer.

Le Seigneur de l'univers veut la miséricorde et non le sacrifice, et notre compassion


plutôt que des milliers d'agneaux engraissés. Présentons-lui donc notre miséricorde par
les mains de ces malheureux aujourd'hui gisant sur le sol, afin que, le jour où nous
partirons d'ici, ils nous introduisent aux demeures éternelles, dans le Christ lui-même,
notre Seigneur, à qui appartient la gloire pour les siècles. Amen.
HOMÉLIE DE SAINT GRÉGOIRE DE NAZIANZE SUR LES BÉATITUDES

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26. LES FIGURES DU MONDE A VENIR

Depuis le commencement, Dieu a modelé l'homme en vue de ses dons ; il a choisi les
patriarches en vue de leur salut ; il formait d'avance le peuple, pour apprendre aux
ignorants à suivre Dieu ; il préparait les prophètes, pour habituer l'homme sur la terre à
porter son Esprit et à être en communion avec Dieu. Lui qui n'avait besoin de rien
accorde sa communion à ceux qui ont besoin de lui ; pour ceux qui lui plaisaient, il
dessinait comme un architecte l'édifice du salut ; à ceux qui ne le voyaient pas en
Égypte, il servait lui-même de guide ; aux turbulents dans le désert, il donnait la loi
pleinement adaptée ; à ceux qui entraient dans une bonne terre, il donnait l'héritage
approprié ; pour ceux qui revenaient vers le Père, il immolait le veau gras, et leur offrait
la meilleure robe. Bref, de bien des manières, il disposait le genre humain à l'harmonie
du salut.

Voilà pourquoi Jean dit dans l'Apocalypse : Et sa voix était pareille à la voix des multiples
eaux. Oui, elles sont nombreuses, les eaux de l'Esprit de Dieu, — car le Père est riche et
grand — et passant à travers elles toutes, le Verbe apportait généreusement son
assistance à ceux qui lui étaient soumis, prescrivant à toute créature la loi nécessaire et
appropriée.

Ainsi par la Loi, il déterminait la construction du tabernacle, l'édification du Temple, le


choix des Lévites, les sacrifices et les oblations, les purifications, et tout le reste du
service du culte. Lui-même n'a nul besoin de tout cela : car il est toujours comblé de tous
biens, et a en lui toute odeur de suavité, et toutes les fumées de parfums, même avant
que Moïse fût.

Mais il éduquait le peuple enclin à retourner aux idoles : il le disposait, par de


nombreuses prestations, à persévérer dans le service de Dieu, il l'appelait par les
choses secondaires aux principales, c'est-à-dire par les figuratives aux véritables, par les
temporelles aux éternelles, par les charnelles aux spirituelles, par les terrestres aux
célestes.

C'est ce qui fut dit à Moïse : Tu feras tout selon le modèle de ce que tu as vu sur la
montagne. En effet, pendant quarante jours, il apprit à retenir les paroles de Dieu, les
caractères célestes, les images spirituelles, et les figures des choses à venir. Ainsi le dit
Paul : Ils buvaient au rocher qui les suivait, car le rocher était le Christ. Puis ayant
rappelé le contenu de la loi, il ajoute : Toutes ces choses leur arrivaient en figures ; elles
ont été écrites pour être instruction, à nous en qui est arrivée la fin des siècles. Par ces
figures, ils apprenaient à craindre Dieu et à persévérer dans son service. Ainsi la loi était
pour eux un enseignement, en même temps qu'une prophétie de l'avenir.
TRAITÉ DE SAINT IRÉNÉE CONTRE LES HÉRÉSIES

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27. LA TRANSFIGURATION

Le Seigneur découvre sa gloire devant les témoins qu'il a choisis, et il éclaire d'une telle
splendeur cette forme corporelle qu'il a en commun avec les autres hommes que son visage a
l'éclat du soleil et que ses vêtements sont aussi blancs que la neige.

Par cette transfiguration il voulait avant tout prémunir ses disciples contre le scandale de la croix
et, en leur révélant toute la grandeur de sa dignité cachée, empêcher que les abaissements de sa
passion volontaire ne bouleversent leur foi.

Mais il ne prévoyait pas moins de fonder l'espérance de l'Église, en faisant découvrir à tout le
corps du Christ quelle transformation lui serait accordée ; ses membres se promettraient de
partager l'honneur qui avait resplendi dans leur chef.

Le Seigneur lui-même avait déclaré à ce sujet, lorsqu'il parlait de la majesté de son avènement
: Alors les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Et l'Apôtre saint Paul
atteste lui aussi : J'estime qu'il n'y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps
présent et la gloire que le Seigneur va bientôt révéler en nous. Et encore : Vous êtes morts avec
le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu. Quand paraîtra le Christ qui est votre vie,
alors, vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire. Cependant, pour confirmer les Apôtres
et les introduire dans une complète connaissance, un autre enseignement s'est ajouté à ce
miracle.

En effet, Moïse et Élie, c'est-à-dire la Loi et les Prophètes, apparurent en train de s'entretenir
avec le Seigneur. Ainsi, par la réunion de ces cinq hommes s'accomplirait de façon certaine la
prescription : Toute parole est garantie par la présence de deux ou trois témoins.

Qu'y a-t-il donc de mieux établi, de plus solide que cette parole ? La trompette de l'Ancien
Testament et celle du Nouveau s'accordent à la proclamer ; et tout ce qui en a témoigné jadis
s'accorde avec l'enseignement de l'Évangile.

Les écrits de l'une et l'autre Alliance, en effet, se garantissent mutuellement ; celui que les signes
préfiguratifs avaient promis sous le voile des mystères, est montré comme manifeste et évident
par la splendeur de sa gloire présente. Comme l'a dit saint Jean, en effet : Après la Loi
communiquée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. En lui s'est accomplie
la promesse des figures prophétiques comme la valeur des préceptes de la Loi, puisque sa
présence enseigne la vérité de la prophétie, et que sa grâce rend praticables les
commandements. ~

Que la foi de tous s'affermisse avec la prédication de l'Évangile, et que personne n'ait honte de la
croix du Christ, par laquelle le monde a été racheté.

Que personne donc ne craigne de souffrir pour la justice, ni ne mette en doute la récompense
promise ; car c'est par le labeur qu'on parvient au repos, par la mort qu'on parvient à la vie.
Puisque le Christ a accepté toute la faiblesse de notre pauvreté, si nous persévérons à le
confesser et à l'aimer, nous sommes vainqueurs de ce qu'il a vaincu et nous recevons ce qu'il a
promis. Qu'il s'agisse de pratiquer les commandements ou de supporter l'adversité, la voix du
Père que nous avons entendue tout à l'heure doit retentir sans cesse à nos oreilles : Celui-ci est
mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis tout mon amour ; écoutez-le !

SERMON DE SAINT LÉON LE GRAND POUR LE 2° DIMANCHE DE CARÊME

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28. L’EAU ET L’ESPRIT

Jésus est venu vers Jean et a été baptisé par lui dans le Jourdain. Quels événements
incroyables : le fleuve sans limites qui réjouit la Cité de Dieu, comment est-il lavé dans
un peu d'eau ? La source incompréhensible qui fait jaillir la vie pour tous les hommes et
qui n'a pas de fin a été recouverte par des eaux misérables et passagères ! Celui qui est
présent partout, qui n'est absent de nulle part, celui qui est incompréhensible aux anges
et invisible aux hommes, vient au baptême parce qu'il l'a bien voulu. ~

Et voilà que les cieux s'ouvrirent et qu'une voix se fit entendre : Celui-ci est mon Fils
bien-aimé, en lui j'ai mis tout mon amour. Le bien-aimé engendre l'amour et la lumière
immatérielle engendre la lumière inaccessible. ~

Cet homme est celui qu'on appelle le fils de Joseph, et il est « mon fils unique » selon
l'essence divine : Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Il a faim, et il nourrit des milliers
hommes ; il peine, et il donne le repos à ceux qui peinent ; il n'a pas où reposer la tête,
et il porte tout dans sa main ; il souffre, et il remédie aux souffrances ; il est souffleté, et il
donne la liberté au monde ; son côté est transpercé, et il restaure le côté d'Adam.

Mais, je vous en prie, écoutez-moi attentivement : je veux remonter à la source de la vie


et contempler la source d'où jaillissent les guérisons. Le Père de l'immortalité a envoyé
dans le monde son Fils immortel, son Verbe. Celui-ci est venu vers l'homme pour le
laver dans l'eau et l'Esprit. Il le fait renaître pour rendre incorruptibles son âme et son
corps, il a éveillé en nous son souffle de vie, il nous a couvert d'une armure incorruptible.
Si donc l'homme est devenu immortel, il deviendra Dieu aussi. Et s'il devient par l'eau et
l'Esprit Saint après avoir reçu la nouvelle naissance par le baptême, il sera aussi
cohéritier du Christ après la résurrection des morts.

Proclame donc : « Venez, toutes les tribus des nations vers le bain de l'immortalité ! »
~ Cette eau, unie à l'Esprit, est celle qui arrose le Paradis, qui féconde la terre, qui fait
pousser les plantes et engendre les vivants. Pour tout dire en un mot, elle engendre
l'homme à la vie en le faisant renaître, elle en qui le Christ a été baptisé, elle sur qui
l'Esprit est descendu sous la forme d'une colombe. ~

Celui qui se plonge avec foi dans ce bain de la nouvelle naissance se sépare du démon
et s'unit au Christ. Il renonce à l'ennemi et confesse que le Christ est Dieu. Il rejette
l'esclavage et revêt la condition de fils adoptif. Il sort du bain, brillant comme le soleil,
rayonnant de justice. Mais surtout il en remonte fils de Dieu et cohéritier du Christ.

À celui-ci, gloire et puissance, en même temps qu'à l'Esprit très saint, bon et vivifiant,
maintenant et toujours, et pour les siècles des siècles. Amen.
HOMÉLIE DU IV ÈME SIÈCLE POUR L'ÉPIPHANIE

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29. LA FAUSSE PAIX DE L’ESPRIT

Celui qui s'accuse soi-même, quelle joie, quel repos il possède, partout où il va ! Qu'une
peine, qu'un outrage, qu'une épreuve quelconque lui survienne, il juge d'avance qu'il en
est digne et il n'est jamais troublé. Y a-t-il un état qui soit davantage exempt de soucis ?
Mais, dira-t-on, si un frère me tourmente, et qu'en m'examinant je constate que je ne lui
en ai fourni aucun prétexte, comment pourrai-je m'accuser moi-même?
En fait, si quelqu'un s'examine avec crainte de Dieu, il découvrira qu'il a certainement
donné un motif de reproche par une action, une parole, ou une attitude. Et s'il voit qu'en
rien de tout cela il n'a, soi-disant, donné aucun motif d'hostilité pour le présent, c'est
vraisemblablement qu'il a tourmenté ce frère une autre fois, pour le même sujet ou pour
un autre, ou bien encore parce qu'il a tourmenté une autre fois un autre frère. Et c'est
pour cela, parfois même pour une autre faute, qu'il devait souffrir ainsi.
Il arrive aussi qu'un frère, se croyant installé dans la paix et la tranquillité, lorsqu'on lui dit
une parole pénible, soit plongé dans le trouble. Et il juge qu'il a raison de s'affliger, se
disant en lui-même : « S'il n'était pas venu me parler et me troubler, je n'aurais pas
péché. »
C'est une illusion, c'est un faux raisonnement. Celui qui lui a dit cette parole, y a-t-il
introduit la passion ? Il lui a révélé la passion qui était en lui, afin qu'il s'en repente, s'il le
veut. Ainsi, ce frère était pareil à un pain de pur froment, d'apparence brillante, mais qui,
une fois rompu, ferait voir sa corruption.
Il était installé dans la paix, croyait-il, mais il avait au-dedans de lui une passion qu'il
ignorait. Qu'un frère lui dise une seule parole, et aussitôt a jailli la corruption qui était
cachée en lui. S'il veut obtenir miséricorde, qu'il se repente, qu'il se purifie, qu'il
progresse, et il verra qu'il devra plutôt remercier son frère d'avoir été pour lui la cause
d'un tel profit. En effet, les épreuves ne l'accableront plus autant. Plus il progressera,
plus elles lui paraîtront légères. À mesure en effet que l'âme progresse, elle se fortifie et
devient capable de supporter tout ce qui lui arrive.
INSTRUCTION SPIRITUELLE DE SAINT DOROTHÉE DE GAZA

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30 JOURS AVEC LES PÈRES DE L’ÉGLISE
Enseignements et sermons

30. LES CHRÉTIENS DANS LE MONDE

Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les
coutumes. Car ils n'habitent pas de villes qui leur soient propres ; ils n'emploient pas quelque
dialecte extraordinaire, leur genre de vie n'a rien de singulier. Leur doctrine n'a pas été
découverte par l'imagination ou par les rêveries d'esprits inquiets ; ils ne se font pas, comme tant
d'autres, les champions d'une doctrine d'origine humaine.

Ils habitent les cités grecques et les cités barbares suivant le destin de chacun ; ils se conforment
aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et le reste de l'existence, tout en manifestant
les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur manière de vivre. Ils résident chacun dans
sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s'acquittent de tous leurs devoirs de
citoyens, et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est
une patrie, et toute patrie leur est une terre étrangère. Ils se marient comme tout le monde, ils ont
des enfants, mais ils n'abandonnent pas leurs nouveau-nés. Ils prennent place à une table
commune, mais qui n'est pas une table ordinaire.

Ils sont dans la chair, mais ils ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais ils
sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies, et leur manière de vivre est plus parfaite que
les lois. Ils aiment tout le monde, et tout le monde les persécute. On ne les connaît pas, mais on
les condamne ; on les tue et c'est ainsi qu'ils trouvent la vie. Ils sont pauvres et font beaucoup de
riches. Ils manquent de tout et ils ont tout en abondance. On les méprise et, dans ce mépris, ils
trouvent leur gloire. On les calomnie, et ils y trouvent leur justification. On les insulte, et ils
bénissent. On les outrage, et ils honorent. Alors qu'ils font le bien, on les punit comme des
malfaiteurs. Tandis qu'on les châtie, ils se réjouissent comme s'ils naissaient à la vie. Les Juifs
leur font la guerre comme à des étrangers, et les Grecs les persécutent ; ceux qui les détestent
ne peuvent pas dire la cause de leur hostilité.

En un mot, ce que l'âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde. L'âme est
répandue dans tous les membres du corps comme les chrétiens dans les cités du monde. L'âme
habite dans le corps, et pourtant elle n'appartient pas au corps, comme les chrétiens habitent
dans le monde, mais n'appartiennent pas au monde. L'âme invisible est retenue prisonnière dans
le corps visible; ainsi les chrétiens : on les voit vivre dans le monde, mais le culte qu'ils rendent à
Dieu demeure invisible. La chair déteste l'âme et lui fait la guerre, sans que celle-ci lui ait fait de
tort, mais parce qu'elle l'empêche de jouir des plaisirs ; de même le monde déteste les chrétiens,
sans que ceux-ci lui aient fait de tort, mais parce qu'ils s'opposent à ses plaisirs.

L'âme aime cette chair qui la déteste, ainsi que ses membres, comme les chrétiens aiment ceux
qui les détestent. L'âme est enfermée dans le corps, mais c'est elle qui maintient le corps ; et les
chrétiens sont comme détenus dans la prison du monde, mais c'est eux qui maintiennent le
monde. L'âme immortelle campe dans une tente mortelle : ainsi les chrétiens campent-ils dans le
monde corruptible, en attendant l'incorruptibilité du ciel. L'âme devient meilleure en se mortifiant
par la faim et la soif ; et les chrétiens, persécutés, se multiplient de jour en jour. Le poste que
Dieu leur a fixé est si beau qu'il ne leur est pas permis de le déserter.

LETTRE À DIOGNÈTE
La lettre à diognète est un écrit anonyme du IIe siècle qui est considéré comme l’un des
témoignages les plus anciens de la manière dont les premiers chrétiens ont rendu compte
de leur foi.

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30 JOURS AVEC LES PÈRES DE L’ÉGLISE
Enseignements et sermons

CONCLUSION
Nous avons pu constater en parcourant ce livre que les pères
donnent toujours la preuve de leur vitalité et ont toujours beaucoup
de choses à dire à notre génération. Les défis de notre époque et la
responsabilité des nouveaux courants de spiritualité demandent des
aliments spirituels solides et des sources sûres d’inspiration. Nous
souhaitons toujours, avec la grâce de Dieu et le secours de la Vierge
Marie, vous proposer des écrits de nos devanciers dans la foi,
héritage vivant et enrichissant.

Rouah-edition: rouahedition@gmail.com / https://www.facebook.com/ROUAH-TV-1795337847355682/ Tel:+225 52-96-68-73

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