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Histoire de l’architecture en Algérie 2 (HAA 2)

(XXème et XXIème siècles)


– Cours 2 –
Chapitre 2 : Période 1962 – 1990
Architecture de l’indépendance

Dr. Bencherif M.
Faculté d’architecture et d’urbanisme
meriama60@yahoo.fr

Université Constantine 3 2018/2019. Semestre 1


L’appel aux architectes de renom en Algérie
1. Cas d’école : (2 semaine)
Le Corbusier
Oscar Niemeyer
Fernand Pouillon
Kenzo Tange
Riccardo Bofill
André Ravereau
2. La production architecturale (Agences et bureaux du secteur public).
(1 semaine)
I.2.3. La contribution des premiers architectes algériens
(Bouchama A., …) (1 semaine)

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Après Fernand Pouillon, personnage important de l’architecture
algérienne, qui projeta des quartiers d’habitation pour les
populations françaises et algériennes au cours des années 50.
Après l’indépendance, Pouillon continua à construire des projets
en Algérie, surtout des villages de vacance et des équipements de
loisirs d’une qualité architecturale extraordinaire.

Dans les années 1970, Oscar Niemeyer construisit l’EPAU,


l’université d’Alger et celle de Constantine. Alors que Kenzo Tange
conçut l’université d’Oran et la cité universitaire des filles de
Constantine.
Durant cette période beaucoup d’architectes étrangers
travaillèrent en Algérie tels que les chinois, les hongrois et les
polonais.
La pratique d’engager des architectes étrangers pour les grands
projets s’est par la suite poursuivie.

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Le « Front de Mer » a été construit par l’architecte français Charles Frederick
Chassériau à cause du manque d’espace à côté de la Casbah. Il forme une façade
magistrale de la ville. Les voûtes à plusieurs niveaux qui soutiennent les
boulevards contiennent plus de 350 entreprises et logements.

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Le Corbusier
Le contexte international du mouvement moderne a influencé la production architecturale,
notamment à Alger. Cette génération d’architectes qui sont appelés « les algérianistes » joue un
rôle important dans le développement d’une nouvelle » expression régionale moderne«. Bien que
le « Plan Obus » n’a jamais été réalisé, l’esprit de Le Corbusier est en suspens sur Télémly qui a été
inventé dans les années 1950 par les architectes d’avant-garde. Par exemple le « Aéro-Habitat »
œuvre de Miquel, Bourlier et Ferrer-Laloë, élève de Le Corbusier et le célèbre « Immeuble-pont
Burdeau » de Pierre Marié, qui a été construite d’après les principes de Le Corbusier.

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Projet Obus, Alger, 1934, Le Corbusier

La ville nouvelle (radieuse)


Au cours des années 1940, le modernisme influençant Alger, les paradigmes de
planification changèrent radicalement. Suivant la charte d’Athènes la ville
modèle était une ville aérée et fonctionnelle, et naturellement la motorisation
fit des rues un objet de planification d’importance croissante.
La colonie et, plus tard, le jeune pays indépendant devinrent un champ
d’expérimentation du modernisme, qu’il fut fonctionnaliste ou socialiste? Un
projet célèbre, proposé par Le Corbusier, est le projet Obus (1934) qui prévoit
une ville-cordon futuriste embrassant la ville d’Alger.

Ce projet ne fut heureusement jamais réalisé, en revanche, durant les années 1950, de nombreux
édifices de style international furent construits. L’important Plan de Constantine de 1958
introduisit dans l’urbanisme algérien les conceptions modernistes de l’époque, telles que la
séparation des fonctions et la répartition en zones (zoning).

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Le projet Obus de Le Corbusier
Le projet Obus a souvent été comparé au fameux plan Voisin de 1925 pour Paris. Il est vrai
que, dans les deux cas, Le Corbusier ne s’encombre guère de conservatisme, pour
promouvoir une corrélation urbaine beaucoup plus large englobant la banlieue. Mais à
l’orthogonalité parisienne et à l’absence de prise en considération de la Seine dans le plan
Voisin, la solution algéroise oppose une allégeance au paysage en installant de longs
immeubles courbes faisant écho au littoral.

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Si Le Corbusier n'a jamais rien réalisé à Alger, il a néanmoins stimulé les architectes du
mouvement moderne (Deluze, Emery, De Maisonseul...) par ses projets et fantasmes
architecturaux et s'est profondément inspiré pour d'autres projets (Le Modulor) de l'urbanisme
et de l'architecture arabes. Si le " plan Obus ", trop radical, n'a heureusement jamais vu le jour,
l'inspiration de Le Corbusier à revisiter les architectures traditionnelles aurait pu apporter
beaucoup à l'architecture vernaculaire.

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Gratte-ciel, quartier de la Marine, cité des affaires, Alger,1938

Le présent projet est intéressant à divers point de vue. II apporte une solution constructive et esthétique
neuve du gratte-ciel destiné à des bureaux d'affaires. Le gratte-ciel n'est plus comme en Amérique une
forme accidentelle, c'est une véritable biologie contenant avec précision des organes déterminés :
Une ossature indépendante, un pan de verre total, un brise-soleil destiné à supprimer, aux périodes
chaudes ou aux heures chauds, les effets du soleil et à permettre, au contraire, à celui-ci de pénétrer
abondamment en hiver; un régime complet de circulation verticale, un système de distribution du
piéton et de l'automobile au pied du gratte-ciel. Un cas particulier: l'installation d'une hôtellerie et
restauration au sommet du gratte-ciel.
Le brise-soleil est appliqué sous la forme d'éléments de grandeur équivalent à une loggia, élément
traditionnel architectural réintroduit dans l'architecture moderne.
Une forme plus élargie du brise-soleil apparaît au-devant des vitrages éclairant les grandes salles.
Sur ce même dessin, on aperçoit diverses solutions tenant compte du soleil africain. Sur les deux
immeubles symétriques, le brise-soleil en forme de loggia de 2,20 m ou 4,50 m de haut. Dans le
bâtiment du centre, un grand portique sur pan de verre à 100%. Sur la droite, les salles d'audience du
Palais de Justice au fond de leur alvéole. Enfin, à droite et à gauche, les grands portiques des piétons
formant abri contre la pluie et le soleil. (Extrait de Le Corbusier, Œuvre complète, volume 4, 1938-1946)

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Un certain nombre de réalisations architecturales laissent parfois
apparaître la marque indirecte de Le Corbusier qui, lui, ne construit rien à
Alger.

Les adeptes de Le Corbusier, un groupe de jeunes architectes parmi


lesquels Marcel Lathuillière, Albert Seiller, Xavier Salvador et Léon
Claro, offrent à la ville la première génération de bâtiments
modernes : les immeubles d’habitation de l’avenue Sadi
Carno/Hassiba Ben Bouali, les HBM du Ruisseau et du Jardin d’essai,
ou encore le Foyer civique du champ de Manœuvres les HBM du Ruisseau (Stade du 20
août) Marcel Lathuilliere, 1930

Rue de Lyon vers Immeuble Le Maurétania


Immeuble « Pernod » Le Foyer Civique, 1936, Léon CLARO
Hussein Dey abritant le ministère des finances

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Aéro-Habitat, Alger (1950-55): Fonctionnalité et corrélation au paysage

Le Corbusier, Unité d'habitation, Marseille(1946-52) , José Ferrer-Laloë et Louis Miquel


l'Aéro-habitat conçu par Louis Miquel et
José Ferrer-Laloë et Pierre Bourlier,
disciples de Le Corbusier sur le modèle
de l'Unité d'habitation de Marseille
témoignent de l'inventivité dont les
architectes ont dû faire preuve face aux
diverses contraintes liées au terrain.
"L'école moderne" y développe les
principes du pilotis, du dénivelé, du toit-
terrasse, de la façade panoramique, du
jardin suspendu, de la pergola.
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Ancienne bibliothèque nationale Alger-centre

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Immeuble-pont BURDEAU, Telemly, Alger, 1952, Pierre Marié

Immeuble – viaduc y développe les principes du pilotis, du dénivelé, du toit-terrasse

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Immeuble château d’eau et immeuble tour de contrôle, Maison blanche, Alger

y développe les principes de la toiture-terrasse


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Palais du Gouvernement général, 1929-1934, Jacques Guiauchain,

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Luigi Walter Moretti, Hôtel el-Aurassi, 1973

D'inspiration cubiste, l'établissement de neuf


étages au style résolument seventies ne
ressemble pour certains qu'à un vulgaire
" climatiseur " dénaturant le site, il est
indéniablement le nouveau repère architectural
dans le paysage algérois.

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Cathédrale du Sacré-Cœur, Alger 1956, Paul Herbé & Jean Le Couteur

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Fernand Pouillon
1912-1986

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Boulogne-Billancourt La Tourette, Marseille Le vieux port, Marseille

Gare railway station, 1964, Machad, Iran Meudon-la-Forêt


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Fernand Pouillon et l’Algérie
Il fut très attaché à l’Algérie. Ce n’est pas trop dire que d’affirmer qu’il est le premier et peut-être
l’unique architecte à avoir si bien interprété l’architecture algérienne dans sa variété.

Ses ouvrages se caractérisent par une singularité stylistique dont les principaux échos
parviennent de la Casbah voisine.

Ses projets sont remarquables par leur adaptation à la topographie et par le façonnement
différencié des bâtisses et des espaces libres.

Sa tentative d’intégrer des éléments de l’architecture traditionnelle maghrébine au


bâtiments moderne lui valu la critique des adeptes du modernisme mais semble
aujourd'hui presque représenter un « postmodernisme » précoce.

Jacques Chevallier, maire d’Alger, nomme Fernand Pouillon architecte en chef de la ville. Il
a apprécié ses réalisations dans le sud de la France et a été probablement sensible à
l’originalité de cet homme, indépendant de toute école, porté aussi bien sur la modernité
que sur l’Antiquité ou les habitats vernaculaires. Pouillon conçoit les deux grands
ensembles périphériques de Diar-el-Mahçoul et Diar-es-Saada, où il veut faire cohabiter
en une synthèse nouvelle des références à l’architecture ottomane, à la casbah ou à
l’Espagne musulmane.

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L'ensemble de son œuvre en Algérie entre 1964 et 1984
• cité universitaire 1979-1982 Ain El Bey, Constantine, Algérie
• cité universitaire 1982 Sidi Bel Abbès, Algérie
• cité universitaire 1982 Mostaganem, Algérie
• cité universitaire 1982 Constantine, Algérie
• logements estate 1982 Blida, Algérie Algeria
• hôtel El Djazaïr 1981-1982, Alger
• cité universitaire 1974-1982 El-Alia, Bab Ezzouar, Alger
• cité universitaire 1982 Batna, Algérie
• logements 1980 Boufarik, Algérie
• station thermale 1972-1980 Hamman Rabbi, Saïda, Algérie
• villas 1978 Ain Benian, Alger, Algérie
• cité universitaire 1975-1978 Ben Aknoun, Alger, Algérie
• Grand hôtel 1978, Oran,
• villas 1970-1984 Alger Agiers, Bir Mourad Raïs, Bouzareah, Draria, El Achour, El Biar, Hydra, Kouba, Larbaa,
Sahaoula, Sida Aïch, Sidi Mhammed, Yakouren, Algérie
• cité universitaire residence hall 1984 Oran, Algérie Algeria
• hôtel El Marsa, hôtel El Riadh, hôtel El Manar,, port, capitainerie, restaurant, théâtre, village artisanal, port,
hôtels plage ouest 1968-1982 station balnéaire Sidi Fredj, Staoueli, Alger,
• complexe touristique resort 1967-1975 Zeralda, Alger, Algérie
• hôtel Amraoua 1975 rte de Tala Allam, Tizi Ouzou, Algérie
• hôtel El Djanoub 1975 rue Bouhraoua, Ghardaïa, Algérie
• villa 1975 Hydra, Algérie
• port, hôtel 1974 Skikda, Algérie
• relais caravansérail El Boustan 1968-1974 El Golea, Algérie
• lotissement estate 1974 Cheraga, Algérie Algeria

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•relais caravansérail El Mehri 1968-1973 Ouargla, Algérie
•relais caravansérail le Rym 1968-1973 Beni Abbes, Algérie
•hôtel, station thermale 1966-1973 Saïda, Algérie
•hôtel 1972 Tamanrasset, Algérie Algeria
•logements housing 1972 Staoueli, Alger Algiers, Algérie
•hôtel Les Sables d'Or, hôtel Mazafran 1968-1972 complexe touristique resort, Zeralda, Alger
•hôtel El Minzah, complexe touristique 1966-1972 station balnéaire Moretti, Staoueli, Alger
•complexe touristique 1969-1971 Tipasa Matarès, Tipasa Tipaza,
•complexe touristique, centre hippique 1968-1971 Tipasa Club, Tipasa
•hôtel des Hammadites, complexe touristique 1968-1971 rte de Bejaia, Tichy,
•relais caravansérail El Gourara 1968-1971 Timimoun, Algérie
• bureaux de poste, centres de tri, centraux téléphoniques 1956-1970 Algérie
• hôtel Les Zianides 1970, Tlemcen, Algérie
• hôtel M'Zab 1970 ex Rostémides,, Ghardaïa, Algérie
• INTHT - institut national des techniques hôtelières et touristiques 1969, Tizi Ouzou, Algérie
• hôtel Seybouse International 1969 ex former Plaza, Annaba, Algérie
• complexe touristique les Andalouses 1969 El Ançor, Algérie
• hôtel Rym 1969 Beni Abbes, Algérie
• hôtel Le Caïd 1969 rte de Biskra Loumamin, Bou Saada, Algérie
• EFTHL - école fondamentale de technologie hôtelière et touristique 1968, Bou Saada, Algérie Algeria
• hôtel 1968 Biskra, Algérie

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• logements 1968 Touggourt, Algérie
• relais caravansérail L'Oasis 1968 Touggourt, Algérie
• complexe touristique 1968 Tipasa Plage, Tipasa
• logements 1968 Ouargla, Algérie
• préfecture des Oasis, cité administrative 1968 Ouargla,
• logements 1968 El Golea, Algérie
• logements 1968 El Oued, Algérie
• abattoirs 1968 Ghardaïa, Algérie
• mairie, cinéma city hall, théâtre 1968 Ghardaïa, Algérie
• marché, cinéma, théâtres 1968 El Oued, Algérie
• relais caravansérail 1968 Ain Sefra, Algérie
• logements 1968 Laghouat, Algérie
• préfecture 1968 Tlemcen, Algérie
• hôtel El Mountazah 1967 rte de Seraïdi, Annaba, Algérie
• hôtel El Manar 1967 La Calle El Kala, Algérie
• hôtel Marhaba 1966, Laghouat, Algérie
• mosquée Bachir Ibrahimi 1966 ex église Saint Jean-Baptiste former church (1954,
• cité Diar El Mahçoul, El Madania, Alger, Algérie
• cité Climat de France (200 colonnes) 1957, Oued Koriche, Alger
• téléphérique 1956
• cité Diar El Mahçoul, El Madania, Alger
• cité Diar El Mahçoul (cité de la promesse tenue) 1954 bd Omar El Kayam, El Madania, Alger
• cité Diar Es Saada (cité du bonheur) 1954, El Madania, Alger

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La cité Diar es-Saada (1953 - 1954)

La tour et la place des Totems

« Plus le logement est modeste, plus l'architecture doit être monumentale»


(Pouillon dans ses mémoires)
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La cité Diar el-Mahçoul, Alger, 1953 - 1954

En même temps que la cité Diar es-Saada, une autre cité Diar el-Mahçoul fut construite « sur les hauteurs de la ville »
qui est composée de 19 immeubles d’une hauteur moyenne de cinq étages, d’une tour de 20 étages sur la place du
marché, d’une école, d’une église, d’un bureau de poste et de magasins. En total, 1550 logements qui sont divisés en
deux ensembles :

• la partie nord, face à la baie d'Alger, était appelée « confort normal » était
destinée à la population européenne dont les appartements possédaient une
cuisine indépendante, une entrée, un patio et une salle de bain avec baignoire
à sabot, avec toilettes et bidet.
• la partie sud, plus en retrait, était appelée « simple confort » et était destinée
à la population arabe dont les logements étaient de taille plus réduite et ne
possédaient qu'un patio sans vue, une cuisinette, des toilettes à la turque et
un petit lavabo

L’extérieur de toute la cité fut décoré de cascades, de fontaines et de plantes, comme c’était le cas à Diar es-Saada.

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À Diar-el-Mahçoul, si la ségrégation dans l’implantation des immeubles témoigne de la réalité coloniale
d’alors, ceux-ci n’en sont pas moins ordonnés par le soin apporté à leur relation avec les espaces
publics. Certains de leurs aspects intérieurs sont fondés sur une prise en considération des modes de
vie. Par exemple, le patio est ouvert sur l’extérieur pour les Européens, inséré à l’intérieur et sans vue
vers l’extérieur pour les Musulmans, les sanitaires aussi sont différenciés.

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Climat de France (les 200 colonnes), Alger (1954 - 1957)
“pour Pouillon, l’architecture est
un art au service de la société, de
l’esprit social et de l’économie”.
Dans son œuvre de création et de
construction, il a été guidé par
deux préoccupations majeures :
• la nécessité d’offrir aux petits
revenus la possibilité
d’accéder au logement
• la préservation des sites et les
grands ensembles immobiliers
du risque de clochardisation.

L’ensemble de logements « Climat de France » fut construit sur une


pente. C’était une opération particulièrement audacieuse parce que la
montagne sur laquelle les 5000 logements devraient être bâtis, glissait et
n’était pas stable. Contre ces glissement de terrain fut construit un
bâtiment serpentin en bas de la cité. Entre deux groupements
d’immeubles de différents hauteurs se trouve la cour centrale, dite les
200 Colonnes : un grand bâtiment carré qui est ouvert sur une cour
bordée de colonnes. La cité était planifiée pour des militaires et pour des
Algériens fuyant la guerre.

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Une architecture «durable»

C’est lorsque Pouillon travaillait pour les plus petits que sa passion de bien
bâtir était la plus grande. Et c’est là, sans doute, le sens premier d’une «
durabilité » qui scelle par l’ordonnance de l’architecture l’unité d’une
communauté humaine
Mais cette œuvre est également « durable » par son matériau et sa
construction, par l’économie de sa conception et de sa mise en œuvre ; une
économie qui part des hommes, de la matière et du temps qu’il faut pour
bâtir, et non d’un calcul spéculatif.
L’adaptation aux usages de vies
nombreuses et de résistances aux
affronts du temps, ces adaptations et
marques de résistances anoblissent la
construction au lieu de la corrompre,
faisant de ces constructions, sans
lustrages ni artifices, une histoire
profondément humaine, qui au-delà des
difficultés quotidiennes gagne en dignité
et en poésie.

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Le quartier de Climat-de-France
Pouillon est aussi chargé d’un autre grand projet dans le quartier de Climat-de-France, situé sur une hauteur à l’ouest
de la casbah. Il s’agit de construire, à la place d’une cité de transit et de bidonvilles, 4 000 appartements pour environ
30 000 habitants sur 30 hectares, au prix le plus bas pour un confort moyen, tout en témoignant d’un certain
caractère cossu avec l’utilisation de la pierre de Fontvieille. Le site étant inséré dans un système de voierie qui l’isole
de l’environnement urbain, Pouillon choisit de traiter sa cité globalement, comme une entité indépendante, qu’il
appelle la « nouvelle Casbah ». Rationalisme, classicisme, éclectisme et prise en considération des usages locaux s’y
combinent.

Il conforte même les réalités topographiques du lieu en donnant, par exemple, la forme d’une grande courbe à l’un
des bâtiments pour qu’il domine explicitement le dénivelé du terrain et y prenne position à la manière d’une véritable
muraille. À cet immeuble rempart fait écho, un peu plus haut, un immeuble écran adossé à la colline. L’adaptation au
relief est corrélée à une trame orthogonale et à l’établissement de grands plans horizontaux qui restructurent le
paysage. Les variations liées au terrain n’empêchent pas un ordre global, et la répétition d’éléments communs joue
avec la différenciation des volumes et les perspectives urbaines qu’organisent les rues, ruelles, places, perspectives
inattendues de cette authentique petite ville.

La théâtralité est à son comble avec le grand quadrilatère qui, autour d’une cour de 240 mètres de long sur 40 mètres
de large, aligne ses 182 piliers et implante un long portique à l’antique. La monumentalité y est humanisée par le
recours au module de 1 mètre qui régule les blocs de pierre utilisés pour la construction. Pouillon explique : 1 mètre
pour l’épaisseur de pilier, 2 pour l’intervalle entre les piliers, 3 pour les linteaux, 4 pour la largeur du portique, 8 pour
la hauteur des piliers, 9 pour la hauteur du portique, 5 X 8 pour la largeur de la place, 6 X 40 pour sa longueur. En
résulte un ordre colossal − la hauteur des piliers couvre plusieurs étages − qui unifie majestueusement les cellules
autour d’un plan horizontal, dont la régularité géométrique tempère l’irrégularité du terrain d’origine.

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•Dans les trois cités réalisé sur les hauteurs d‘Alger, Diar-El-Mahçoul, Diar-Es-Saada et
Climat de France, Fernand Pouillon a réalisé des expériences complexes, dont la qualité est
établie sur la séquence hiérarchique des espaces publics aux concepts classiques, place,
cours, promenade. Un autre magnifique symbole des années 50 est situé dans le nord de
la vieille ville, la cité Climat de France avec des dimensions babyloniennes: deux mille
maisons, embarqués dans deux cents colonnes qui s’inscrivent irrévocablement dans la
mémoire.
•Les deux colonies Diar-El-Mahçoul et Diar-Es-Saada se distingue par le fait que deux
grands volumes sur une pente sont amenés dans une relation mutuellement acceptable et
trouvent, comme paysage de pierre leur rapport à la topographie. Mêmes les bâtiments
sont des murs de soutènement, les toits terrasses couronnés de palmiers qui font partie
intégrante de l‘architecture.

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Cité Universitaire Pouillon

Entrée du Pavillon
Cité Universitaire Pouillon, Constantine

A Constantine, Pouillon conçut la cité U qui porta longtemps son nom (aujourd’hui Mentouri). Cet équipement résume
à lui seul le savoir- faire de l’architecte.
L’échelle, l’intériorité et l’artisanat viennent enchanter les itinéraires labyrinthiques. Dans son interprétation de
l’architecture algérienne, Pouillon n’avait pas manqué de faire appel à la touche artisanale. Dans ce sens c’est un
visionnaire, car la pratique artisanale constituait un registre primordial dans la construction…..Aujourd’hui, elle s’est
éteinte dans l’oubli….
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Les grands ensembles touristiques : Tipaza, Seraidi, Timimoune…
L’architecture des hôtels et des stations
touristiques, que Fernand Pouillon a
construit en Algérie, présente une autre
approche. Ils sont des sculptures à
échelle monumentale, où les références
architecturales sont multiculturelles et
révèlent une variété de langages
architecturaux - à la limite de l‘ironie,
mais sans rupture entre le territoire et
l’architecture.

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Complexe de Sidi-Fredj, 1968

Hôtel Riad, Sidi Fredj, 1968

Sur la presqu’île de Sidi-Fredj, à l’ouest d’Alger, se situe le


complexe touristique de plusieurs bâtiments. Le complexe
comprenait le port, des restaurants, un théâtre, un quartier
de logements, et des hôtels avec 4000 lits en total (y
compris l’hôtel El Marsa, qui se distingue par ses murs
angulaires en béton blanc et sa piscine insolite).

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Hôtel El Marsa, Sidi-Fredj, 1968

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La corne d’or, Tipaza, 1968

Tipaza, à 80 kilomètres à l’ouest d’Alger, niché sur un éperon rocheux, les pieds dans l’eau, derrière une forêt de
pins est la station touristique par excellence de la Méditerranée: pseudo-mauresque, un peu grecque avec des
murs blanchis à la chaux, volets bleus, balcon ombragé, théâtres d'été, plage de sable blanc.

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Hôtel Riad de Sidi Fredj, 1968

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village touristique, Zeralda, les sables d’or

un village touristique constitué d’hôtels et de bungalows autonomes, construits d’après l’exemple de ses logements sociaux, il continua à
Zeralda l’idée d’espaces privés petits et d’espaces extérieurs communs, bien aménagés avec théâtre avec une vue sur la mer et les
espaces communs et chemins sont aménagés de plantes.

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Complexe touristique MATARES, Tipaza, 1971

A Tipaza, une ville à une centaine de kilomètres d’Alger, Fernand Pouillon fit construire trois ensembles touristiques de style
méditerranéen au bord de la mer : Tipaza-Club, Tipaza la Corne d’Or et Tipaza Matarès. Tipaza la Corne d’Or est un village de petites
maisons avec deux restaurants, un bar et un port nautique. Tipaza Matarès consiste de deux hôtels et 43 maisons à trois pièces. Il y a
également des restaurants et un bar. C’est un des projets entrepris par Ferna, 1971nd Pouillon pour relancer le tourisme en Algérie. Les
complexes accueillent des visiteurs encore aujourd’hui, et Tipaza la Corne d’Or fut récemment rénové.

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Hôtel El Mountazah , Seraidi, Annaba, 1967

est l'un des plus étonnants du monde

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hôtel Seybouse (ex. Plaza) à Annaba, 1969

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complexe touristique les Andalouses, hôtel les Ziyanides, Tlemcen, 1970 Hôtel Les Hammadites, Bejaia, 1971
Oran

Patio de l'hôtel Ziyanide

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Hôtel Gourara à Timimoune, 1972

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Mairie de Ghardaïa, 1968

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Oscar Niemeyer
(1907- 2012)
le "poète des courbes"

600 œuvres qu'il laisse derrière lui

"Ce n'est pas l'angle droit qui m'attire, ni la ligne droite, dure, inflexible, inventée par l'homme. Seule m'attire la courbe
libre et sensuelle, la courbe que je rencontre dans les montagnes , dans les vagues de la mer,… De courbes est fait l'univers,
l'univers courbe d'Einstein".

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Bâtiments emblématiques de l'architecte Oscar Niemeyer

musée d'art contemporain de Niteroi, Musée Oscar Niemeyer,


Complexe de la Pampulha, Brésil, 1943
Rio, 1996 Curitiba, Brésil, 2002

Théâtre populaire, Niteroi, 2007 Auditorium de Ravello, Italie, 2010 Centre culturel d'Aviles, Espagne, 2011

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Brasilia

La cathédrale de Brasilia, 1970


Palais de l'Aurore, Brasilia, 1958

Congrès national et le Sénat, Brasilia, 1988


Complexe Culturel de la République,
Brasilia, 2006

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Niemeyer était surnommé "l'architecte de la sensualité" en raison de ses bâtiments tout en courbes

Siège des Nations unies, le siège du Parti Communiste Français,


Paris, 1965 Le centre culturel "Le Volcan", Havre, 1982
New York, 1952

Bourse du travail de Bobigny, 1980 Cité administrative Tancredo Neves, Belo


Horizonte, 2010

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L’aventure algérienne d’Oscar Niemeyer

Il a marqué l’architecture algérienne


postindépendance, à travers quatre
réalisations majeures;
▪ l’Usta
▪ l’Epau
▪ l’Université de Constantine
▪ la Coupole du 5-Juillet

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Université de Constantine, 1969
particulière par sa démarche formaliste privilégiant
le tallent artistique sculptural à l'usage, et à la
démographie d'un pays neuf.

Esquisses

Il donna la pleine mesure de son talent lors de la conception de Constantine de


l’Université qui constitue pour lui une œuvre majeure en dehors du Brésil.

Vue sur l’auditorium et l’un des


Bloc des lettres
bassins
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Bloc des lettres sur pilotis

L'ouvrage devait être une réalisation avant-gardiste et inédite.


Elle en fut une.
L'architecte ne se décala point de ses inspirations propres,
adjoignant la monumentalité au volupté, la technique à la
poésie.
Son architecture semble jouir d'une pratique ludique, élaborée
juste pour le plaisir.

Vue Auditorium

Pour lui la technique n'est ni "impossible" ni une finalité, elle doit


se plier à la force de la poésie.

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EPAU (école polytechnique d’architecture et d’urbanisme), 1970

la première partie, conçue par Niemeyer, et l’extension réalisée par J.-J. DEluz

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La Coupole olympique du 5 juillet (salle omnisports), 1972

A ce propos il semble que les deux grands axes Salle Omnisports : Coupe, Portée : 96.m, Flèche : 17.m
qui traversent cette dernière font
Coupe sur la Coupole : Record du Monde 1973
respectivement 54m et 62m, un clin d’œil, dit-
on, à la Révolution algérienne.

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Université USTA (Houari Boumédienne), Bab ezzouar, 1974

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Mosquée d’Alger, 1961 (non réalisée)

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Projets non réalisés

Quartier d’affaires, Alger

Ministère des affaires étrangères centre des droits civiques

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Bibliothèque Arabo – Sud-Américaine, Zeralda (ouest d'Alger)

L’un de ses derniers projets dans lequel Niemeyer est


fidèle à ses principes, alliant sobriété et pureté des lignes

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Kenzo Tange
(1913-2005)
Ce japonais, titulaire en 1987 de la plus haute
distinction récompensant les architectes (Prix
Priztker), est arrivé à imposer sa signature
internationale. Son architecture basée sur le
modelage du béton dans une gamme directe, avait
trouvé des admirateurs à travers la planète.

Structuralisme

maquette d’étude pour le Centre de


communication de la région de
Yamanashi, Kofu, 1961-1968

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Université des sciences et de la technologie, Oran «Mohamed Boudiaf», 1986

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Cité universitaire Aïcha (200 lits), Constantine, 1989

Exemple d’effet d’auvent ; les étages en encorbellement


Superbe défi, car le projet implanté sur la crête d'une
colline, vient surtout s'enfoncer dans l'ombre de la matière
bétonnée et monumentale de l'université conçue par Oscar
Niemeyer avec une architecture, sans fantaisies et sobre .

En occupant la ligne de
crête, l'architecte n'avait
pas oublié de pratiquer des
"fenêtres" latérales sur la
ville offrant ainsi des
séquences paysagères
vivifiantes. Ses volumes ne manquent d'enserrer des "creux" aussi
sculptés et imposant. La rue intérieure de la Cité U se dresse
autoritairement en regardant la ville dans l'axe du ravin.

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Ricardo Bofill
1939

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Village Agricole Abadla, Wilaya de Béchar, 1980
Plan du village socialiste agricole Abadla,
(réinterprétation du modèle traditionnel)

La composition du noyau
urbain sur la base de la
combinaison de logements
unifamiliaux offrait des
possibilités infinies,

Les formes géométriques choisies, issues des traditions arabe et méditerranéenne, ont permis
de constituer un premier groupe de deux ou trois habitations disposées autour d’une cour pour
composer un bloc. Un regroupement de plusieurs blocs composait un quartier et plusieurs
quartiers, une ville, la proportion d'espaces construits ouvrant sur des espaces publics restant
constante. Une grande place centrale, comme dans toutes les villes arabes, sert de marché, de
lieu de rencontre, de lieu de fête, de spectacle et d’axe vital qui articule la ville.

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Village agricole de Houari Boumedienne
A la demande du gouvernement algérien, Houari Boumedienne a été
construit pour abriter des ouvriers agricoles dans la zone semi-désertique
d'Abadla, dans l'ouest algérien. Dans le but de promouvoir l'agriculture dans
la région, le gouvernement a choisi Bofill en raison de son expérience en
matière de problèmes de logement dans différents pays du monde. Créé en
bloc, le village s'articule autour d'une grande place centrale telle que celle de
la plupart des villes arabes. Comme dans une grande partie du travail de
Bofill, il a reconnu le pouvoir de l'espace public comme la plate-forme sur
laquelle les communautés sont liées ensemble, que ce soit le lieu de
rencontre, le marché ou le centre des célébrations et des festivités. Des
formes géométriques et des lignes épurées rappelant l'architecture
traditionnelle arabe et méditerranéenne caractérisent le village, tandis que le
drame s'ajoute aux vastes découpes circulaires et aux arcades voûtées qui,
avec l'aide du soleil intense d'Afrique du Nord, jettent de belles ombres sur le
sol.

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Jean Bossu

Centre Saint Réparatus, architecte Jean Bossu, carte postale


antérieure à

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1955-1964. Reconstruction d’ Orléans ville
(aujourd'hui El Asnam, Algérie) : perspective
du centre commercial Saint-Réparatus

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André Ravereau
1919-2017
Années 1960-70 : André Ravéreau et le M’Zab

Cet ancien élève d' Auguste Perret à l'École des Beaux Arts de Paris, visite la vallée du M'zab en Algérie en 1949 alors
qu'il est étudiant. En découvrant les cités du M'zab, André Ravéreau prend conscience, au-delà du choc émotionnel, de
ce que peut apporter cette architecture dans la définition de nouvelles pratiques.
En 1949, André Ravéreau étudiant en architecture se rend à Ghardaïa où il découvre l’architecture mozabite du M’Zab.
Conscient de l’apport de cette architecture de tradition dans la définition de la modernité architecturale, il se décide à
retourner au M’Zab avec d’autres étudiants. Les relevés des principaux monuments et édifices civils le conduisent à
engager la création d’ateliers régionaux d’architecture où les étudiants conviés ont pu s’imprégner trois mois durant des
lieux avant même d’engager leur travail de projetation.
En 1965, André Ravéreau est nommé architecte en chef des monuments historiques en Algérie, s’efforçant alors
d’obtenir le classement de la vallée du M’Zab en 1970 avant de créer à Ghardaïa le premier atelier du ministère

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Ravereau André
.
En quelques années, la réputation de l’atelier dépasse les frontières et des étudiants de toutes origines viennent
s’affronter à la leçon du désert, comme en écho des leçons du célèbre Construire avec le peuple d’Hassan Fathy.
L’expérience de l’atelier du M’Zab constitue désormais une référence incontournable pour tous ceux qui essaient de
concevoir une gestion du territoire plus respectueuse tout à la fois du contexte naturel et des cultures locales. C’est
dans la discussion quotidienne avec les mozabites qu’André Ravéreau forge la dynamique de son projet.
Mode de vie, comme mode de construction font l’objet d’observations et de descriptions attentives que les étudiants
sont invités à transcrire dans le dessin et à pratiquer sur les chantiers.
L’architecte André Ravéreau cumule aujourd’hui une œuvre construite et écrite qui sont des manifestes en faveur
d’une architecture cohérente, et “située”. Il s’est beaucoup consacré à l’étude des architectures et cultures
méditerranéennes, toujours dans le soucis de comparer la pertinence du geste “savant”, à celle du savoir-faire
“vernaculaire”.
En 1980, aux côtés d’Hassan Fathy, André Ravéreau obtient le prix Agha Khan d’architecture.
« Le vantail sur pivot »

« C’est dans l’architecture dite populaire que je trouve des subtilités constructives savoureuses, des inventions, une
rigueur qui, à mes yeux, fait défaut à certaines architectures de “représentation”. [...] Un effet statique n’a pas de
culture ni d’époque, c’est le bon sens ; un sens imposé, car la sanction est immédiate. ».

André Ravéreau Élève d’Auguste Perret et marqué lors d’un voyage dans la vallée du M’Zab, il construit sa pensée entre
l’enseignement d’un « poète, qui parle et pense en construction », et la « leçon » d’une architecture du désert,
adaptée au contraintes de son milieu et inscrite dans l’épaisseur d’une culture.
Le vantail sur pivot est à la fois le fil rouge d’un voyage à travers la Méditerranée, un élément architectural qui nous
parle d’usages et de modes d’habiter, et un détail qui permet du juger de la cohérence de l’ensemble.

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Logements à Sidi Abbaz, Ghardaïa, 1976

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Les logements de la cité de Sidi Abbaz et l’Hôtel des postes de Ghardaïa

Comment Ravéreau traduit-il sa position dans sa pratique architecturale ? Deux exemples


permettent de s’en faire une représentation concrète : les logements de la cité de Sidi Abbaz
(1976) et l’Hôtel des postes de Ghardaïa (1966-1967).
Ravéreau reprend à Sidi Abbaz rues étroites et placettes, reproduit les rapports entre
intérieur et extérieur propres aux coutumes mozabites : nombre restreint des ouvertures en
façade, auvents, patios avec ventilation, terrasses ou entrées en chicane garantes de
l’intimité. Dans l’impossibilité de faire partout usage des matériaux traditionnels, il emploie
des pierres débitées industriellement et des parpaings de ciment, mais propose en
complément la construction d’un double mur extérieur dans les parties hautes pour la
protection thermique.
Quant à la poste de Ghardaïa, elle respecte la hauteur maximale de toutes les maisons (7,5
mètres) et ne se distingue pas de l’habitat général. Le double mur y est aussi employé. Le
moucharabieh concilie aussi matériaux industriels et usage des formes traditionnelles : il se
présente sous la forme de plaques moulées en plâtre renforcé de palmes selon un usage
traditionnel, mais se détache et s’individualise par rapport à la paroi.

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Ravereau André: Hôtel des postes de Ghardaïa, 1967

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Ses ouvrages

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Le M’Zab, une leçon d’architecture, 1981
Photographies Manuelle Roche, préface Hassan Fathy, Sindbad, Paris

Mais c’est André Ravéreau (né en 1919), élève d’Auguste Perret, qui a sans
doute été le plus proche des idéaux du M’Zab. Il y accomplit son premier
voyage en 1949, devient, après l’indépendance de l’Algérie, architecte en
chef des Monuments historiques et obtient le classement de la vallée du
M’Zab en 1970. Le M’Zab, déjà beaucoup moins isolé, est confronté au
processus d’industrialisation et au besoin de constructions nouvelles.
Nombre de ses habitants sont prêts à délaisser une bonne part de leurs
traditions. Ravéreau va lutter contre les destructions et engager des
restaurations. Il obtient aussi que la zone industrielle soit implantée au-delà
de la palmeraie − plantée de main d’homme, entourant la ville, son
anéantissement aurait brisé l’organisation saisonnière de la vie en
empêchant les habitants de profiter, en été, de sa fraîcheur.

Ravéreau a écrit plusieurs ouvrages sur le M’Zab, avec des photographies de Manuelle Roche, sa compagne. Documentation et sensibilité
s’y conjuguent. Le plus connu d’entre eux, Le M’Zab, une leçon d’architecture (1981), a été préfacé par Hassan Fathy (1900-1989), lequel a
redonné vie aux modes traditionnels de construction égyptiens et n’a pas hésité à construire à nouveau en terre crue. L’ouvrage d’Hassan
Fathy, Construire avec le peuple (La Bibliothèque arabe, éditions Jérôme Martineau, 1970) a fait de la reconstruction du village de Gourna
un modèle non seulement architectural mais aussi social, puisque les habitants ont été partie prenante du projet. Dans sa préface du livre
de Ravéreau, Fathy définit l’esthétique comme une « harmonie entre la chose, la forme et la place où se trouve cette forme ». Il dit encore :
« La beauté vient des forces conciliées pour les produire ».

Fathy, Ravéreau et quelques autres sont allés au bout d’une démarche d’intériorisation de l’architecture vernaculaire, dépassant la reprise
des formes pour en assumer l’esprit et la cohérence. Ce que dit Ravéreau : « Puisque beaucoup de techniques sont équivalentes, c’est la
morale qui peut guider notre choix. La tâche n’en revient pas aux seuls architectes, il faut que la société tout entière les y aide. »

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Dessins de Béni Isguen

Quelques dessins de projets présentés dans l’accrochage apportent des compléments à la compréhension du travail
de Ravéreau. Ces dessins sont marqués d’une vibration vivante et de la spontanéité d’un croquis à main levée,
comme cela est très visible dans le tracé des arcs ou dans les lignes des murs, toujours souples. Mais les murs du
M’Zab ne sont-ils pas, eux aussi, tout sauf d’une géométrie au cordeau ? Dans les plans de Ravéreau, si
l’orthogonalité n’est pas absente, elle n’est cependant pas la règle, puisque les maisons se gardent bien de contredire
les lignes et croisements fantaisistes des rues.
Dans une rue de Béni Isguen (projet non réalisé, 1962-1965), on trouve des avancées en encorbellement ou sur
piliers et formant portique : une diversité qui poursuit le refus de formes répétitives ; ou encore un grand portique
qui fait face à un vaste espace en retrait accueillant plusieurs arbres… La rue est faite de trouées et de vides qui se
complètent et s’appellent.
Les terrasses sont figurées à des niveaux différents permettant que de vraies pièces s’y ouvrent. Ce système
d’alternances se retrouve par rapport à un alignement de 2,5 m, tantôt formant un vide direct sur la rue, tantôt se
plaçant derrière un mur, mais non sans des ouvertures à la manière de moucharabiehs.
Il peut y avoir des balcons, une nouveauté étonnante, complétés de murs latéraux qui en modifient totalement
l’aspect et l’usage. On assiste même à une réinterprétation du bow-window. Débordant de 1,2 m sur la rue, il peut
poursuivre le patio duquel il débouche. Le bow-window peut également être fermé frontalement et se donner un
moucharabieh latéralement, à hauteur d’œil d’une femme assise par terre. Infinie fantaisie dans le respect des règles
du jeu énoncées par la tradition.

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Bouchama
Eminente figure de l’architecture
algérienne contemporaine, Abderrahmane
1910-1985
Réalisations :
Les Archives nationales (Birkhadem),
la Cour Suprême
le Centre culturel (Ben Aknoun),
le siège du ministère du Tourisme
L’Institut islamique de Constantine (1969),
L’Institut islamique de Tlemcen (1970),
Caroubier (1972),
mosquées d'El Biar (Place Kennedty)
mosquées de Hydra.
Sa dernière œuvre est la mosquée de Blida

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Université des sciences islamiques Institut Caroubier, 1972

Ingénieur à l'Institut polytechnique de Nantes puis étudie


l'architecture à l'Ecole des Beaux-arts de Paris.
Etudie la médersa Dar El Hadith (1936-1937).
Ouvre en 1963 une agence avec son fils Elias, actuel architecte
du nouveau ministère des Affaires étrangères aux Annassers.
Fondateur et le premier président de l'Union des Architectes
algériens.

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Université des sciences islamiques (Institut Caroubier), 1972

Description : Implanté sur les hauteurs d’Hussein Dey, ce bâtiment, construit par
Abderrahmane Bouchama et dédié à l’étude des Sciences islamiques, est
incontestablement le plus imposant d’Alger.

Dans sa conception, l’architecte a eu recours à une composition classique alliant


monumentalité et symétrie ; les façades de l’édifice sont rythmées par une série d’arcades.
Répondant à une esthétique “orientaliste”, mais plus encore à un décor “arabe”, le
bâtiment incarne l’ambition de restaurer un style authentique national.

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Cour suprême, El Biar, Alger

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Le siège des Archives nationales, Birkhadem

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Ambassade du Brésil

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Mosquée d’El Biar, 1974

La mosquée de la Place John Fitzgerald Kennedy à El Biar

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Sa dernière œuvre est la mosquée de Blida, 1981

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Ses publications

Abderrahmane Bouchama a expliqué sa


démarche architecturale dans un essai paru en
1966, L’arceau qui chante

L’Oasis géante, Alger, ENAL, 1984.


L’arceau qui chante, SNED, 1968

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