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YmaginèreS est un webzine gratuit

(3 numéros par an, 1 tous les 4


mois) édité par www.ascadys.net

Directeur de publication :
YmaginèreS est de retour dans un nouveau format et une
Aramis maquette totalement revue. Après un voyage dans le temps et
l’espace et une petite pause littéraire au coin des feux de l’Enfer,
Rédacteur en chef : voici le numéro 1 consacré aux Créatures de la Nuit. Articles de
Aramis fond, interviews, nouvelles, concours d’écriture, scenarii, aides de
jeu et critiques sont à nouveau au rendez­vous. Si vous ne
Direction artistique et maquette : connaissez pas encore les royaumes nocturnes et les êtres tapis
Sedenta Kernan dans les ténèbres, vous allez vite vous rendre compte de la richesse
étonnante et sans limite de cet univers. Car celui­ci ne se limite pas
Illustration de couverture :
aux vampires et aux loups­garous. Dans l’obscurité naissent des
Pascal Vitte
légendes par milliers et tout autant de créatures, reflets des
Illustrateurs noirceurs de notre âme et des délires psychédéliques d’un monde
Pascal Vitte, Adûnä Faël, Loïs en perdition. Nous levons aujourd’hui le voile sur ce que l’abîme a
Hélary, Syr, Filo, Leo Codh, Yohan de « meilleur » et vous l’offrons à travers ces quelques pages.
Merca, Karin Waeles, Sedenta, Naviguez un moment dans les eaux troubles de l’indicible horreur
Aurélie Jouannin, Virginie “Kali” et prenez garde aux cauchemars que cette traversée engendrera,
Gros, Joffrey Gabriel, Davidalpha vous pourriez n’en jamais revenir !
Quant à la rédaction, elle s’en va dès à présent faire un petit tour
Correcteurs : en Terre du Milieu pour vous ramener au mois de mai la bonne
Marc­André Pezin, Rachel
parole de Monsieur Tolkien.
Rostalski, Emilie Milon, Matthieu
Bonnafoux, La Fée, Anthony
À bientôt et bonne lecture !
Dubreuil Romano, Aramis
Aramis
Ont participé à l’écriture ou au Rédacteur en chef du webzine YmaginèreS
fonctionnement de ce numéro :
Raphaël Boudin, REMERCIEMENTS gagnants du présent concours d’écriture,
Françoise “Cybione” Boutet, A tous ceux ayant participé de près ou de Aux Netscripteurs Editions pour leur
Filo, Christian Perrot, loin à ce numéro, soutien,
Catherine, Galatée, Aux éditeurs et photographes, À scriiipt.com, à l’équipe de Rôliste TV, à
Davidalpha, Xéléniel, A l’équipe de l’Esteren Tour, ActuSF et tous ceux qui nous ont soutenus
Flo (Les Lyonnes de la SF), À Mestr Tom et Fan 2 Fantasy, en parlant de nous ;
Solenne Pourbaix, Aux Editions Nouvel Angle, Merci à Anthelme Hauchecorne, Erik
Marc Alotton, Leo Codh, À celles du Matagot pour le scénario Metal L’Homme, Mathieu Gaborit et Guillaume
John L. “Ibios”, Matthew Salem, Adventures, Beylard d’avoir répondu à nos questions;
Korydwenn, Mino, Pitche, Aux Editions Bragelonne et Cesar Bastos Et enfin merci à ceux qui nous suivent et
Ludovic Heuhh Papaïs, pour les livres à gagner dans le cadre du nous apprécient mais aussi à nos
Vincent Mathieu, concours de nouvelles du n°0, détracteurs qui seront ravis de nous voir
Fabien Deneuville, À Soledad Ottone, Adrien et aux Editions poursuivre notre voyage !
Laurent Rambour, L’Atalante pour les lots à offrir aux
Julien Heylbroeck, © Tous les textes, photographies ou
Iso Circumvector, RETROUVEZ­NOUS SUR illustrations utilisés dans les articles de
Mélanie Branwen, ce webzine sont la propriété de leurs
auteurs respectifs
Jérôme Brand Larré,
Amélie Tsaag Valren, Notre blog
Virginie "Kali" Gros, Notre forum YmaginèreS n°1 « Chapitre 1 »
Thomas Munier, Pierre Troillet, Notre page Facebook
J. Barbier, Aramis
Twitter
Contact : ymagineres@gmail.com
NAVIGUEZ
EDITO + OURS .............. 2
GRÂCE AUX SIGNETS
SOMMAIRE ........................... 3 SUR LA GAUCHE DE

LITTERATURE / BD L'ÉCRAN !
• Parutions ........................................................... 4 ­ Le Bugul­Noz,
• Les critiques ...................................................... 6 enfant de la nuit bretonne .................. 232
• Zoom Cycle de Dune ..................................... 18 • Inspi musique : Petite musique pour
• Zoom Thorgal .............................................. 22 créatures de la nuit ........................................ 238
• Nouvelles : • Jeu de plateau : critique La Fureur de
­ Outre Tombe (de Filo) ................................ 26 Dracula ............................................................. 240
­ Malchance et Maladresses (de Christian • Jeu d’ambiance : critique Les Loups­Garous
Perrot) ..................................................................... 41 de Thiercelieux ............................................... 243
Annonce des résultats du concours
YmaginèreS – Bragelonne (YmaginèreS CINEMA / SERIES TV :
numéro 0 du 22 /09 /11) ................................. 55
• Les news (sorties, évènements) ................... 246
­ Le Jeu (de Solenne Pourbaix) 1ère ............. 56 • Critiques :
­ Moon 2.0 (de Leo Codh) 2ème .................. 61 ­ La Planète des Singes, les origines .. 248
­ Une relique des années de braise (de Matthew ­ Welcome to Hoxford ............................ 250
Salem) 3ème ......................................................... 90
• Critiques éclair :
• À vos plumes (concours de nouvelles ­ Tintin et le secret de la licorne ......... 251
YmaginèreS – L’Atalante) : règlement ..... ..... 104 ­ Pirates des Caraïbes : la fontaine de
• 3 interviews : jouvence ........................................................... 252
­ Anthelme Hauchecorne ­ Cowboys & Envahisseurs .................. 252
(Utopiales 2011) .......................................... 106
­ Priest ...................................................... 252
­ Erik L’Homme (Utopiales 2011) ............ 108 • Zoom Blade Runner ................................ 253
­ Mathieu Gaborit (Utopiales 2011) .......... 110 • THEMA : La Hammer .............................. 256
• Challenges littéraires ...................................... 112
• Interview : Guillaume BEYLARD ­
Réalisateur de la websérie Another Hero ..... 260
CONCOURS • Backstage websérie Another Hero ........... 268
En partenariat avec Fan2Fantasy ............... 114 • Zooms séries TV :
­ Being Human ........................................ 273
DOSSIER ­ Teen Wolf ............................................... 275
Les Créatures de la Nuit ..................... 120 ­ Terra Nova ............................................. 277
OUVERTURE CULTURELLE
JEUX DE RÔLE, DE PLATEAU ET
• Quand le monde
D’AMBIANCE
imaginaire devient
• Edito .............................................................. 150
réel : Késako le GN ? ......................................... 279
• News .............................................................. 152
• Zooms : PREVIEW DU
­ Nains & Jardins ...................................... 154
PROCHAIN
­ Annalise .................................................... 156
­ Cats ! La Mascarade ............................... 157 NUMERO .. 285
­ Zoom croisé Maléfices / Crimes ............ 161
­ Luchadores .............................................. 170
• Le Coin du MJ (scenarii) : Cliquez
­ Metal Adventures (officiel) .................... 174 sur les liens
­ Luchadores (officiel) ............................... 198 en bleu et sur
­ Nains & Jardins (officiel) ....................... 211
le nom des
artistes pour
• THEMA Les "Créatures " de la Nuit ...... 221 accéder aux
• Aides de jeu : sites !
­ Au loup ! ................................................... 226
­ Dans la rizière la nuit­ les Yokai, esprits
du Japon ............................................................ 229
P ARUTIONS
Par Françoise Boutet

PARUTIONS DECEMBRE 2011 PARUTIONS JANVIER 2012

Le Bélial' L’Atalante
­ Stephen Baxter : Singularité ­ Xeelees n°2 ­ Matt Forbech : Amortels
(version numérique) ­ Roland C. Wagner : Le train de la réalité

Bragelonne Bragelonne
­ Trudi Canavan: La Renégate (Chroniques du ­ David Gemmell : Reine des
Magicien noir 2) Batailles
­ Patricia Briggs : La Marque du fleuve (Mercy
Thompson 6) ­ Daniel Polanski : Le baiser du rasoir
­ Laurell K. Hamilton : Anita Blake ­ L'intégrale 1
­ Piers Anthony: Xanth ­ L'intégrale 1
­ Dave Duncan: Les Lames du roi ­ L'intégrale Lokomodo
­ Brice Tarvel : Dépression

Griffe d'encre
­ Lorris Murail : Urbik/Orbik Mnémos
­ Laurent Kloetzer : Petites morts

Malpertuis
Moutons électriques
­ Jacques Fuenealba : Le cortège des ­ Jean­Louis Le May : L’Ombre dans la vallée
fous ­ Tristan Lapoussière : Steve Ditko

­ Malpertuis III (anthologie)

Pocket
Moutons électriques ­ Stephen Donaldson : Les
­ Xavier Mauméjean: Radio­théâtre chroniques de Thomas
Covenant T6
Pocket
­ Anne McCaffrey: La Ballade de Pern ­ intégrale 4

Rivière Blanche
Rivière Blanche ­ Mark Bailly : Anthologie Les mondes de
­ Hervé Thiellement: Le dieu était dans la lune Masterton
­ Jean­Michel Archaimbault: Requiem pour âmes ­ Gabriel Jan : Par le rêve et la ronce
d'ombre
­ Jacques Sadoul: Le Jaguar Rouge
4
PARUTIONS FEVRIER 2012 PARUTIONS MARS 2012

L’Atalante Le Bélial'
­ David Weber : Champions de Tomañak tome 2 ­ Zendegi, roman inédit de Greg Egan

Le Bélial'
­ Jérôme Noirez : Féerie pour les Lokomodo
ténèbres ­ Jess Kaan : Fissures (recueil de nouvelles)

Mnémos
Bragelonne ­ Lin Carter : Thongor tome 1
­ Col Buchanan : Farlander II ­ Entre chien et loup
­ HP Lovecraft : Chtulhu, le mythe
­ Jon Sprunk : L’emprise de l’ombre – La trilogie Pocket
de l’ombre T2 ­ Clark Dalton : Le Retour d'Ernst
­ David Weber : A armes inégales Ellert
­ Christophe Lambert : Vegas
Mytho
Malpertuis ­ Sire Cédric : De fièvre et de sang
­ Brice Tarvel : Les dossiers secrets de Harry ­ Zindell David : Le cycle d’Ea
Dickson tome 3
­ Frédéric Merchadou : Ange maudit
­ Jérémi Sauvage : Nous sommes un monstre
(nouvelles)

Mnémos
­ Henry Lion Oldie : La Loi des mages, tome 2
­ George R.R. Martin : Riverdream

Moutons électriques
­ Julien Bétan : Extrême !
­ Génériques
­ Rétro­futur !

Pocket
­ Stephen Baxter : Déluge
­ Stephen Baxter : Arche
­ Clark Dalton : Le marteau du
passé
­ Terry Pratchett : Le régiment
monstrueux
­ Terry Brooks : La menace
fantôme

Robert Laffont
­ Sophie Audouin­Mamikonian : La couleur de
l’âme des anges
5
Ténèbres 2011
Anthologie fantastique réunie par Benoît Domis

« Alchimie » de Tom Piccirilli – p. 5 à mort – devient presque


26 (traduction) poétique.

Délire trasho­nécrophilique, « Alchimie » À lire. Les fans de


nous fait suivre une bande de copains – Piccirilli (notamment les
constituée de deux couples et du narrateur à lecteurs enthousiastes
la première personne du récit – qui vont pour d'Un Chœur d'enfants maudits) ne pourront
s'éclater sur une plage de bord de mer. qu'apprécier. À se procurer de toute urgence
Seulement, la mer gronde et la radio de la – ne serait­ce que pour soutenir les éditions
Chevrolet 62 informe qu'un « ferry a coulé au Dreampress !
large d'Echo Island. Il y a quarante disparus. Note : 4,5/5.
» (p. 10) Bientôt les eaux déchaînées font
s'échouer des cadavres, lesquels ne laissent
pas insensibles les membres de la bande... « Ni début ni fin » de Guillaume
Suzanne – p. 27 à 38
Dans un incipit un peu long et confus, où
les noms des protagonistes se mélangent Le ton change ensuite radicalement : de
d'abord dans la tête du lecteur, la nouvelle l’horreur trash le recueil enchaîne avec un
établit la psychologie fragile du narrateur et texte de science­fiction humoristiquo­
des deux couples, aux relations internes très burlesque.
violentes, qui l'accompagnent ; comme dans Le style de Guillaume Suzanne est
Un Chœur d'enfants maudits, Piccirilli se impeccable : l’auteur témoigne d’un sens du
montre tout à fait passionnant lorsqu'il rythme sans faille, la nouvelle nous embarque
dépeint avec grande aisance les mentalités, à toute vitesse dans son univers. Outre une
les habitudes et les déviances si particulières indiscutable maitrise du rythme, Guillaume
de ses protagonistes. La nouvelle vire ensuite Suzanne fait montre d’une maitrise de la
rapidement dans le trash très sordide pour langue plus que correcte. On a affaire ici à un
finir habilement sur une vision presque nouvelliste de talent, une plume fluide et
poétisée de la nécrophilie. efficace.
(Enfin je dirai que, le plus subjectivement
Si elle ne brille pas plus que cela par ses du monde, et surtout sans raison valable, « Ni
qualités stylistiques (il s'agit peut­être d'une début ni fin » m’a évoqué Beetlejuice de
altération dû au passage dans notre langue), Burton ; peut­être cela a­t­il à voir avec le
la nouvelle « Alchimie » vaut pour la façon traitement comiquo­fantastique de l’histoire.
dont elle traite le thème de la nécrophilie, Encore que l’argument soit faible…)
pour le changement de regard qu'elle
propose, ou qu'elle impose insidieusement, au À lire.
lecteur. De foutrement sordide, l'acte Note : 4/5.
nécrophilique – ou plus précisément la
relation amoureuse entre un vivant et un

6
Littérature & BD ­ L'oeil critque "Ténèbres 2011" l'anthologie

« La larve » de Glynn Barrass – p. 39 à enfermé dans un enclos, des flash­back de sa


56 (traduction) vie d’homme venant expliquer comment il en
est arrivé là.
Texte tout à fait correct, « La larve » ne fait Le texte vaut surtout pour la manière,
apparaître l’élément fantastique qu’à la toute plutôt stylistiquement réussi, dont l’auteur
fin de la nouvelle ; avant cela, le début est une nous décrit l’état physique du mal­mort ;
histoire de freaks – plus précisément néanmoins le procédé s’avère rapidement
d’amputé – où l’on assiste au calvaire d’une répétitif et prévisible : on peut sans problème
femme devant s’occuper de son mari privé de lire la nouvelle à toute vitesse, en diagonale,
ses deux bras et jambes, ainsi que de sa voix. sans rien réellement perdre du texte. Ce qui
Si l’imagerie finale développée par la est en soit plutôt révélateur…
nouvelle évoque irrésistiblement La Mouche
de Cronenberg, on reprochera par contre très Dispensable.
justement à « La larve » son manque criant Note : 2/5.
d’originalité.

Correct, sans plus. « Autopsie » de Shane Jiraiya


Note : 3/5. Cummings – p. 77 à 88 (traduction)

Texte à l’élément fantastique léger et peu


« Le chasseur de trésors » de Ray développé, « Autopsie » raconte l’étrange
Cluley – p. 57 à 66 (traduction) rencontre d’un assistant de morgue avec le
faux cadavre d’une femme qui l’oblige entre
Texte légèrement fantastique au thème autre à procéder à son autopsie.
empreint de poéticité, « Le chasseur de Se retrouve ici (mais en moins développé
trésors » nous fait suivre Tommy, un homme cependant que dans « Alchimie ») le thème
capable de ressentir le vécu des objets (et des de la nécrophilie, abordé non pas sous l’angle
êtres) qu’il touche, notamment lors de ses unique de l’horreur, mais plutôt du
errances solitaires sur la plage. fantastique.
Le texte joue la carte de la sensibilité,
sensibilité qui passe notamment par le Pas désagréable à lire, mais rapidement
regard, à la fois profond et naïf, qu’a le oublié.
personnage principal sur ce qui l’entoure. La Note : 2,5/5
fin est ouverte et laisse le choix de
l’interprétation au lecteur.
« Monsieur Bobo » de Steve Lockley –
Certains y seront très sensibles. p. 89 à 96 (traduction)
Note : 3,5/5.
Insidious de James Wan est sorti en salle
en 2011, « Monsieur Bobo » a été publié pour
la première fois en 2010. Dès lors il demeure
« L’enclos » de Claude Bolduc – p. 67 à possible d’avancer qu’au moins la première
75 partie du film a été inspirée par la nouvelle de
Steve Lockley, ou alors il ne s’agit que d’une
Deuxième texte francophone du recueil, « coïncidence ; ce qui demeure tout à fait
L’enclos » aborde le thème des zombies en possible, et même plus que probable.
nous mettant dans la peau d’un « mal­mort » Toujours est­il que les spectateurs d’Insidious
Littérature & BD ­ L'oeil critque "Ténèbres 2011" l'anthologie

ne pourront pas ne pas penser au film durant La meilleure nouvelle francophone du recueil.
leur lecture : « Le petit haut­parleur grésilla Un très bel exemple de parostiche
en revenant à la vie, et un bruit de voix en lovecraftien.
sortit ; une voix douce et ensommeillée. Mais Note : 4,5/5.
quelque chose d’autre était là. » (p. 94)
La nouvelle n’en perd pas pour autant toute
sa saveur. En à peine huit pages, Steve « Le camp » de Jeremy C. Shipp – p. 113
Lockley, faisant montre d’une bonne maîtrise à 124
du rythme, touche très précisément au (traduction)
but : l’ambiance est très
réussie ; la fin joliment Nouvelle d’horreur violente,
ouverte. « Le camp » a pour cadre un
camp de vacances dans lequel
À lire. des gamins apparemment
Note : 4/5. fortunés ont la chance de
pouvoir torturer et tuer des
moutons. Durant le séjour,
plusieurs cadavres
« Sous les ombrelles des d’hommes sont néanmoins
méduses » de Fanny retrouvés.
Herquel – p. 97 à 112 Très prometteur, le
premier tiers de la nouvelle
Troisième texte francophone nous décrit les états
et (après « Alchimie », « Ni d’esprits de deux gamins de
début ni fin » et « Monsieur façon inattendue et
Bobo ») quatrième très bonne convaincante ; en matière
surprise du recueil, « Sous les de composition de personnages
ombrelles des méduses » est une torturés et violents, Jeremy C. Shipp se
nouvelle fantastique qu’un seul et éminent montre du niveau de Tom Piccirilli.
adjectif peu justement qualifier : lovecraftien. Néanmoins, « Le camp » sombre lorsqu’il
Mais là où la nouvelle ne pourrait être qu’un nous dévoile son arrière­plan légèrement
énième pastiche de Lovecraft, elle se dérobe fantastique ou même, plus pertinemment,
sur la fin et – bonheur ! – témoigne d’une évasivement futuriste. On ne sait plus trop
singulière identité. Car si la nouvelle est à dans quel univers on se trouve lorsqu’on
proprement parler lovecraftienne dans la apprend, les deux tiers de la nouvelle passée,
manière dont elle traite l’élément fantastique, que les enfants ont le privilège de pourvoir
sa chute, elle, nous amène vers d’autres torturer des moutons.
horizons : Vous souhaitez voir Cthulhu jouer
aux Legos sans pour autant être dans une Difficile de ne pas rester totalement
parodie facile, mais bel et bien dans un imperméable à l’arrière­plan et aux enjeux de
pastiche sérieux, « Sous les ombrelles des la nouvelle.
méduses » est fait pour vous. Dommage.
Plus doctement, on dira que la chute de la Note : 1,5/5.
nouvelle propose, de manière tout à fait
inattendue, un détournement parodique des
thèmes lovecraftiens abordés ; tandis qu’elle « L’ombre sur le palier » Yves­Daniel
reste stylistiquement dans le pastiche, se Crouzet – p. 125 à 146
clôturant par une vision pessimiste du sort de
l’humanité sur la terre.

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Littérature & BD ­ L'oeil critque "Ténèbres 2011" l'anthologie

Affligeant de banalité, les seize premières remplacer les traditionnels zombies mangeurs
pages de la nouvelle décrivent le quotidien de chair fraîche par des zombies religieux qui,
d’une mère et de son fils souffrant de la pour infecter un être humain, lui font avaler
violence de l’homme qui vit avec eux. Sans la les pages d’un livre.
moindre plus petite once d’originalité, les L’argument, en plus d’être déjà dès le
clichés se succèdent lentement, dans une départ – avouons­le – légèrement bancal, est
langue au demeurant tout à fait passable. ici traité tout à fait légèrement : les faux
Lorsque l’élément fantastique intervient enfin zombies fuient devant un préservatif ou une
le niveau n’est malheureusement pas relevé. Il bouteille de Jack Daniel’s, malgré cela les
ne suffit pas de faire traîner un testicule dans protagonistes se battent au fusil et au couteau
une mare de sang pour faire un texte de boucher ! Au demeurant la chute de la
d’horreur. nouvelle est aussi bidon que tout le reste du
texte.
Première grosse déception du recueil. Difficile
d’y trouver un intérêt. Deuxième grosse déception du recueil.
Note : 1/5. Note : 1/5

« La position fœtale » de Daniel « Un mauvais moment à passer » de


Pearlman – p. 147 à 174 Brenta Blevins – p. 183 à 193
(traduction) (traduction)

On aura déjà pu remarquer que plusieurs « Un mauvais moment à passer » peut être,
des textes de Ténèbres 2011 abordent selon l’interprétation qu’en donne le lecteur,
l’horreur par le biais du thème de la sexualité ; un texte purement fantastique (les fantômes
parmi ces quelques textes « La position fœtale de la jeune fille sont réels) ou alors un texte
» est assurément le plus original : Daniel métaphorique traitant de la construction
Pearlman nous livre en effet le récit détaillé et psychologique de l’enfant dans un milieu
passionnant d’un « inceste gastro­intestinal » inapproprié, ici la prostitution.
(p. 170) Stylistiquement convaincante, la nouvelle
Tout commence avec un fœtus monstrueux convainc finalement assez mal le lecteur qui
et se poursuit par l’obsession pathologique et est en droit d’attendre, au vue du niveau
la bêtise d’une mère ; car « La position fœtale général de l’ensemble du texte, une fin plus
» est avant tout un récit décrivant depuis les concrète. L’argument de la nouvelle est bon et
origines la relation entre une mère et son fils, prometteur, le développement s’avère réussi,
la thématique fantastique passant au second néanmoins l’absence de chute – ou
plan. d’éléments éclairant un tant soit peu le
postulat fantastique – fait cruellement défaut.
Une franche réussite.
Note : 4/5. Il manque quelque chose.
Note : 2,5/5.

« Les Convertis » de Michael


Penncavage – p. 175 à 182 « Des visages dans les murs » de
(traduction) John Shirley – p. 195 à 217
(traduction)
« Les Convertis » est une nouvelle
zombifique passablement ennuyeuse. Son Ultime nouvelle du recueil, « Des visages
auteur n’a trouvé d’autre idée que de dans les murs » croise de manière tout à fait

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Littérature & BD ­ L'oeil critque "Ténèbres 2011" l'anthologie

convaincante plusieurs thématiques déjà de Tom Piccirilli seront au programme des


abordées auparavant, comme l’infirmité et la prochaines anthologies Ténèbres.)
sexualité. Le texte appartient très clairement Dans l’ensemble, de la bonne littérature
au genre fantastique et horrifique. horrifiquo­fantastique.
« Je brandis la colonne vertébrale, comme Moyenne mathématique du recueil : 3/5.
s’il s’agissait d’un maillet de polo. C’est lourd. Moyenne attribuée personnellement : 4/5.
Je pense à Alice du livre de Lewis Carroll,
essayant de jouer au croquet avec un Référence du recueil :
flamand rose. » (p. 215, 216) Ténèbres 2011, Benoît Domis (anthologiste),
Dreampress, 2011, 15 €.
Le recueil se termine comme il a commencé
avec « Alchimie » : par une nouvelle gore très
convaincante. Raphaël Boudin
Note : 4/5.

Conclusion :
Le recueil contient six textes de haute
qualité : « Alchimie » de Tom Piccirilli, « Ni
début ni fin » de Guillaume Suzanne, «
Monsieur Bobo » de Steve Lockley, « Sous les
ombrelles des méduses » de Fanny Herquel, «
La position fœtale » de Daniel Pearlman et «
Des visages dans les murs » de John Shirley ;
tout en ne contenant à vrai dire que deux à
trois textes vraiment mauvais.
Sans être liées par autre chose que leur
genre (fantastique et horreur), la plupart des
nouvelles partagent néanmoins des thèmes
communs et, mis à part le ton humoristique
de « Ni début ni fin », le ton général du
recueil est dans l’ensemble très noir. On
remerciera en passant l’anthologiste qui a eu
le bon goût de mélanger des auteurs écrivant
en langue française et anglaise – bien qu’au
final le recueil soit majoritairement anglo­
saxon : quatre textes français contre dix
traductions. À quand des auteurs
hispaniques, germanique, japonais ou que
sais­je encore ?
Ténèbres 2011 demeure donc, malgré les
réserves que l’on peut émettre quant au choix
de la couverture (aux couleurs très criardes),
un achat sûr vivement conseillé. Outre la
couverture, on regrettera peut­être l’absence
d’introduction de l’anthologiste ; tout en
appréciant la présence des textes introductifs
présentant chaque auteur du recueil.
(J’espère par ailleurs que d’autres nouvelles

10
Littérature & BD ­ L'oeil critque "Dreamworld" par Sire Cédric

Dreamworld
Sire Cédric
Broché 286 pages
Editions Le Pré aux
Clercs (novembre 2009) antiques.
Elfenblut nous
16 €
narre en quelques
Dans ce recueil de nouvelles, Sire Cédric pages la prise de
confirme son talent de raconteur d'histoires conscience de sa
fantastiques, à l'instar de Stephen King, destinée et de sa
auquel il peut décemment se mesurer, cet différence par une
ouvrage me rappelant le choc ressenti en jeune femme, tueuse
lisant Danse macabre ou Différentes saisons de ses pareils à son
(et pourtant, je ne suis pas amatrice de insu, alors que
nouvelles, y préférant les histoires longues). Conscience nous
fait basculer entre
Comme si lui aussi faisait ses premières deux vies, deux versions du même thème :
armes en tâtant, au travers de ces courts l'un est réel, l'autre est un songe­ mais qu'est
récits, aux différents thèmes du fantastique : ce que la réalité ?
certaines ne dépareraient pas dans Dagon (de Les thèmes de la gémellité et des peurs
Lovecraft), tel Requiem, ce récit sans âge de enfantines sont traités dans Visionnaires,
la mort et de la renaissance de l'ange du alors que le livre se clôt sur Sangdragon,
suicide, merveilleux de beauté romantique, magnifique récit de la résurrection de la
d'autres dans les premiers recueils du maître magie ancestrale.
de Bangor, comme Cauchemars, dans lequel
la peur du croquemitaine prend une En lisant tous ces textes, vous entrerez de
dimension imprévue, pour notre plus grand plain­pied dans un monde dérivant
frisson, et préfigure ses romans à venir, soudainement, et dans lequel horreur ou
thrillers fantastiques. magie cohabitent au hasard des destins et des
Crossroad me fait penser à l'humanité des rencontres de manière émouvante, Sire
textes de Clifford D. Simak, sa curiosité face Cédric réussissant le tour de force de mêler
aux mystères de la vie et de la mort, dans cette intimement les plus beaux courants de notre
improbable rencontre de deux enfants avec littérature pour un résultat tout personnel qui
une dame blanche : leurs choix les enverront nous emporte au­delà de notre quotidien, vers
dans deux univers parallèles qui se un monde parallèle, dans ses rêves et
rencontreront de nouveau, pour une nouvelle cauchemars.
chance, peut­être ? Les lecteurs ne s'y sont pas trompés
Muse a pour thème l'inspiration d'un puisque ce livre a reçu un accueil enthousiaste
écrivain ­et je me prends à prévoir de scruter tant de la part des lecteurs, que de celui des
les poignets de l'auteur lors de notre professionnels, critiques et libraires.
prochaine rencontre, tellement son héros me
semble être son miroir. Babylone aurait pu
être écrit par un moderne Merritt, tellement Présentation de l'éditeur
ce texte est poignant, l'héroïne, Vanessa,
devenant ici la petite sœur de John Kenton Il y a, dit­on, un autre monde... Le monde
(La nef d'Ishtar), pion humain intervenant des rêves. Là où vivent les esprits de ceux
brièvement dans le
monde des dieux
Littérature & BD ­ L'oeil critque "L'enfant des cimetières" par SIre Cédric

qu'on a aimés. Et là où attendent, aussi, nos


plus terrifiants cauchemars. Certains peuvent
le voir, cet autre monde. Ce sont les enfants,
les poètes, les fous, les suicidés, les amoureux
désespérés. Ou simplement ceux qui ont
refusé de fermer les yeux. Car on dit aussi que
la magie existe tant que l'on croit en elle.

Biographie de l'auteur

Musicien et écrivain, Sire Cédric est un


acteur incontournable de la scène gothique
française. Son dernier roman, L'Enfant des
cimetières, paru au Pré aux Clercs, a été
reçu avec enthousiasme par les lecteurs et par
la presse.

L'enfant des cimetières


Sire Cédric
Broché 427 pages
Editions Le Pré aux Clercs (mars 2009)
Collection : Thriller gothique
18 €

Ce roman de suspense gothique commence avec un meurtre : un fossoyeur pris de


folie a massacré sa famille, et nous suivons l'enquête des deux journalistes chargés de
couvrir cette affaire, bien plus compliquée qu'il n'y paraît de prime abord. Partis à la
poursuite d'un énigmatique adolescent aux cheveux blancs, Nathaniel, ils
rencontreront l'horreur et la désespérance d'un enfant abandonné et manipulé par un
être maléfique.
Outre l'horreur, l'émotion nous submerge également dans ce texte fantastique et
nous confirme dans l'idée que Sire Cédric s'annonce comme le Stephen King français,
mêlant suspense et surnaturel avec maestria pour notre plus grand bonheur. A ne
surtout pas rater, le splendide texte poétique d'introduction du début, modèle de
romantisme qui aurait pu être écrit par Baudelaire.
Un très bon livre à lire de préférence un soir d'hiver, quand le vent mugit en rafales
dans la nuit !
Françoise Boutet

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Littérature & BD ­ L'oeil critque "L'art de la fantasy gothique" par Jasmine Becket­Griffith

L'art de la fantasy gothique


Le meilleur de l'illustration gothique
contemporaine
Jasmine Becket­Griffith

Préface de Brom
Traduction et présentation de Sire Cédric
Relié 192 pages
Editions Le Pré aux Clercs (octobre 2009)
29 euros

Ce premier recueil publié en France autour de l'illustration gothique est beaucoup


plus qu'un livre d'art sur ce thème. En effet, il présente des œuvres picturales,
numériques, photographiques ainsi que des sculptures de jeunes créateurs, chacune
d'entre elles étant commentée et expliquée pour une meilleure compréhension.
Ce splendide ouvrage est à conseiller à tous les amateurs de ce genre de littérature,
ainsi qu'à faire découvrir absolument aux autres pour une meilleure compréhension
de ce courant. Car, comme le dit si bien Sire Cédric dans sa présentation, bien loin de
l'image morbide auquel il est souvent associé, "un goth, c'est un punk qui croit à la
magie".
Dans ce livre, vous retrouverez tous leurs thèmes d'inspiration, classés en 8 grands
chapitres : vous y croiserez aussi bien des vampires que des femmes fatales, des anges
ou des sculptures biomécaniques. Et en le parcourant, vous ferez une balade
enchantée dans ce monde ténébreux et mystérieux, et je vous garantis que vous n'en
ressortirez pas intacts.
En prime, vous trouverez en bonus les sites des artistes présentés, de quoi aller plus
loin dans la découverte de cet univers crépusculaire.
Un beau cadeau à s'offrir pour Noël !

Françoise Boutet

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Littérature & BD ­ L'oeil critque "Promise" par Ally Condie

Promise se rendant compte de la


Ally Condie situation et du dérèglement
d'un tel système et, en passant
de l'autre côté de la barrière,
Traduction de l'américain : Cassia découvrira les deux faces
Vanessa Rubio­Barreau cachées de sa société, les
Broché: 423 pages manipulations
Editions Gallimard jeunesse gouvernementales et les
(avril 2011) mouvements de résistance
Collection Hors série Littérature souterraine.

Ce livre est avant tout destiné


Ce livre pourrait être le petit aux adolescents, et comme tel
frère du Meilleur des mondes axé sur les sentiments et
(Huxley), écrit près de 80 ans émotions des jeunes héros ;
après son célèbre modèle. cependant, il va bien au­delà, avec son aperçu
Ici aussi, dans un futur proche, l'Etat règne d'un avenir possible et sa critique d'un
en maître, intervenant dans tous les aspects système totalitaire. Malgré sa légère
de la vie de ses citoyens : le récit commence mièvrerie, peut­être un futur classique ?
d'ailleurs avec l'annonce faite à Cassia, jeune En attendant, j'ai pris beaucoup de plaisir à
adolescente, de la date du banquet de le lire, et attends avec impatience la suite des
couplage, pendant lequel toutes les aventures de Cassia et de Ky !
adolescentes de son âge connaîtront le nom
de leur futur partenaire de vie.
Ce sera son ami d'enfance, Xander ; mais Présentation de l'éditeur
tout se complique quand son écran lui montre
un autre jeune, Ky, issu des provinces Cassia, 17 ans, vit dans une Société
lointaines comme son promis. Pourtant, de prétendument idéale qui dicte tout : les
classe inférieure, il n'est pas autorisé à se distractions, le travail, le lieu d'habitation, la
coupler (ni à se reproduire). nourriture, les vêtements, même la mort est
L'incident troublera Cassia, qui cherchera à programmée. Mais surtout, les Officiels
en savoir plus... organisent les mariages selon des critères de
Entre sécurité et inconnu, vie imposée ou compatibilité idéale. Aussi, quand Cassia
révolte contre l'ordre établi, la jeune fille apprend qu'elle est promise à Xander, son
devra choisir, et beaucoup de choses lui meilleur ami depuis l'enfance, tout semble
seront révélées au fur et à mesure de sa prise parfait ! Etrangement, c'est le visage d'un
d'indépendance : tout n'est pas aussi idyllique certain Ky qui apparaît sur le fichier
que les autorités le prétendent ! numérique consacré à son Promis, avant que
l'écran ne s'obscurcisse... Une erreur, lui dit­
Au delà des thèmes premiers, quête on ? Car Ky est issu d'une classe inférieure et
identitaire et premières amours, l'auteure n'a pas le droit de se marier. Intriguée, Cassia
traite avec finesse du thème du pouvoir cherche à mieux connaître ce garçon au passé
totalitaire qui, au nom de la sécurité, aliène mystérieux. Ky est un garçon sensible qui lui
ses citoyens au point de leur refuser toute fait découvrir l'écriture, la création poétique...
identité propre, décidant de la vie et de la Elle en tombe amoureuse et se confie à
mort de tous pour optimiser la vie insipide qui Xander qui lui apprend qu'il aime une de
leur est imposée. leurs voisines. Peu à peu, l'image de la
Mais la révolte gronde doucement, certains Société " parfaite " s'effrite aux yeux du
groupe d'adolescents.

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Littérature & BD ­ L'oeil critque "Enfin la nuit" par Camille Leboulanger

Le doute s'installe, mille questions


viennent les perturber. La tension monte,
les brimades des Offi iels se multiplient.
Lorsque Ky est envoyé combattre les
Ennemis de la Société dans les Provinces
Lointaines, Cassia, écoeurée, décide de se
rebeller et de le rejoindre...

Biographie de l'auteur

Ally Condie est américaine. Elle a été


professeur d'anglais durant plusieurs
années et vit près de Salt Lake City avec son
mari et ses trois garçons.
Promise est son premier roman.

Françoise Boutet
Enfin la nuit
Camille Leboulanger
L’Atalante, 183 p., 12 €

23 janvier, 22 h 30, le ciel s’allume d’une lueur


perpétuelle jaune doré. Plus de nuit. Le monde s’effondre
rapidement : des cadavres partout, plus d’électricité, plus
d’infrastructures, plus de médias, des villes désertées.
Le roman suit deux hommes, deux anciens flics, aux trajectoires entremêlées.
Lorsque la catastrophe survient, l’un est en service, l’autre en congé. Chacun de leur
côté, Etienne et Thomas quittent leur domicile sans se retourner. Tous deux
rencontrent une « Sophie ». Celle d’Etienne se suicide rapidement. Celle de Thomas
est une adolescente qui l’accompagnera dans son errance avant de trouver la mort.
Mais dans le monde dévasté, les routes se poursuivent.

Quelle est la cause du désastre, guerre, catastrophe ? Nous ne le saurons pas, car le
propos est ailleurs. Il se place dans l’avancée, au fil des rencontres, bonnes ou
mauvaises, des alliances ou des méfiances, des affrontements. Dans la
déshumanisation qui suit la catastrophe ultime. Là se situe la trame de tout roman
post­apocalyptique qui se respecte.
Le récit est très bien écrit, et on se laisse porter au long des 180 pages avec, sinon
bonheur, du moins satisfaction. Mais le détachement des personnages, la distance de
la narration, nuisent à l’empathie. La froideur gagne le lecteur.
Au final, cette avancée obstinée d’hommes désabusés, choqués, hébétés, ne mène
nulle part. La nuit revient, sonnant la fin du récit. Et… ?
Flo
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Littérature & BD ­ L'oeil critque "Le réveil du Zelphir" T1

Le réveil du Zelphire
T1 D'écorce et de sève
Karim Friha

Editions Gallimard
Collection Bayou
Relié, 128 pages (janvier 2009)
16,50 €

Karim Friha, avec ce premier


album totalement créé en solo, nous
emmène dans un univers steampunk
dans un XIXème siècle à la Jules
Verne.
Là, nous assistons à l'éveil de
capacités surnaturelles chez les
enfants malmenés par la vie,
traumatisés par des épreuves dignes
de Dickens, qui deviennent des zelphires, êtres hybrides pourchassés par les
dreghans, avatars maléfiques des âmes noires et tortueuses.
Tel l'ancien dictateur du royaume et son âme damnée, spécialiste ès tortures,
qui les recherchent afin de les asservir pour mener à bien leurs sombres projets.
Mais de curieux justiciers veillent dans la ville...

Le trait original de ce jeune auteur, naviguant entre illustration jeunesse et


manga, se met au service de cet univers parallèle et déjanté à la Tim Burton : le
scenario, sans temps mort, est sublimé par les teintes passées que le dessinateur
privilégie.
Le résultat est une BD agréable, lisible à tous âges.
Cette bande dessinée faisait partie de la sélection officielle 2010 du festival de
la BD d'Angoulême.

162012 ­ page
YmaginèreS ­ Janvier
Littérature & BD ­ L'oeil critque "Le réveil du Zelphire" T2

Le réveil du Zelphire
T2 Prince de sang
Karim Friha

Editions Gallimard
Collection Bayou
Relié, 128 pages (octobre 2010)
17 €

Ce second volume poursuit sur


fond de révolte civile l'histoire du
professeur Wernes, de ses petits
protégés et de Sylvan, le jeune
homme aux amours contrariées qui
se transforme en arbre.
Le fils du dictateur déchu,
gravement déséquilibré par les
évènements de sa jeunesse, décide ici
de renverser la République pour venger la mort de sa mère tuée par les insurgés.
Mais lui aussi porte un lourd secret maléfique et sanglant...
Dans cette histoire haletante, nos héros devront affronter bon nombre de
péripéties, continuellement ponctuées de surprises.

Bref, une agréable BD, scénarisée comme un film d'action américain : son
éventuel manque de profondeur est largement compensé par un scénario plein
de rebondissements !

Françoise Boutet

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Ce récit est pour de Dans environ 10 000 ans,
nombreux aficionados un des DUNE est une planète
meilleurs (sinon le meilleur) de désertique couverte de sable où
science­fiction. En effet, il la pluie n’est pas tombée depuis
combine une écriture des millénaires. Les habitants,
intelligente et riche avec des lointains descendants des
références érudites, la terriens arabes, ont appris à
psychologie, la spiritualité, survivre, mais subissent le joug
l'anticipation, et une énorme tyrannique de le famille du Baron
subtilité. Harkonnen.
Il s'agit ici d'une dystopie (contraire Une seule richesse ici : l’épice
d'utopie), c'est à dire une histoire qui gériatrique qui retarde les effets du
présente une société sous des auspices peu vieillissement et permet la prescience. Cette
optimistes, mais tellement riches. Ce n'est épice, si dangereuse à récolter dans le
même pas de la science­fiction, pourrait­on domaine des vers géants des sables, est
même dire, ça dépasse ce concept. indispensable aux navigateurs de la Guilde
spatiale et aux Révérendes Mères de l'ordre
Frank Herbert, né en 1920 dans l'état tout puissant du Bene Gesserit.
de Washington, était un À l’abri des regards indiscrets de la Guilde,
écrivain mais pas seulement. quelques hommes tentent de modifier le cours
C'était un érudit passionné. de l’évolution climatique, tout en résistant à
Il fut journaliste, l'oppresseur.
psychanalyste Junguien,
consultant en écologie (et C’est dans ce climat de tensions que
passionné de géologie et débarquent le Duc Léto Atréides, sa
d'agriculture alternative), concubine Dame Jessica et leur fils Paul, à
directeur­photographe pour qui l'Empereur a confié la gouvernance
la télé, maître de conférences délicate de cette planète. La maison Atréides
en études générales et est justement l'ennemi juré de la maison
inter disciplinaires à l'Université de Harkonnen.
Washington, philosophe... Le combat pour la domination de Dune et
de ses ressources en épice sera sans merci.
La première édition date de 1965, composée
des nouvelles Dune World et The Prophet Comment le jeune Paul, élevé selon les rites
of Dune parues respectivement de décembre secrets du Bene Gesserit, va­t­il prendre
1963 à février 1964 et de janvier à mai 1965 conscience de sa différence ?
dans le magazine américain Analog ainsi que Trouvera­t­il sa place auprès des Fremen,
de textes inédits. Le roman obtient le Prix ces gens libres du désert, ces farouches
Nebula en 1965 et le Prix Hugo en 1966. À combattants opprimés par le Baron
noter que ce sont des prix parmi les plus Harkonnen ?
prestigieux de la SF. Est­il le Mahdi, l'Élu qu'ils attendent depuis

18
Littérature & BD ­ Zoom sur Dune

des millénaires ? questionnements éthiques sur l'art de


Permettra­t­il, en déjouant les complots de gouverner.
pouvoir, de sauver ce qui leur reste Leto II gouverne comme un tyran l'univers
d’humanité sans déclencher un terrible Jihad ? depuis des millénaires, mais le lecteur
comprend que c'est pour le bien de
En 1969, Herbert publie la l'humanité elle­même, car il voit les avenirs
suite, Le Messie de Dune, et sait que seul son "Sentier d'Or" peut sauver
pré­publié dans Galaxy celle­ci. Mais des révolutionnaires,
Science Fiction de juillet à descendants des Fremen, menés par une
novembre 1969. jeune descendante des Atréides, résistent
Après son accession au encore.
trône impérial, Paul
Muad'Dib devient perverti 1984 : Les hérétiques
par son pouvoir et sa qualité de Dune se situe au moins
de prophète. Il déclenche 2000 ans après le règne de
alors le "Jihad", guerre Leto, et l'ordre des Bene
contre tous les opposants au régime. Il Gesserit se bat pour garder
termine aveugle et exilé dans le désert, dont il encore l'équilibre dans
revient anonymement comme un prédicateur l'intégrité humaine, contre
fou, alors que sa sœur Alia, parasitée par des menaces diverses. Là
plusieurs personnalités en elle, assure la encore, la religion et le
régence, en attendant la majorité des enfants pouvoir sont au centre de
de Paul. cette histoire, qui donne la part belle aux
femmes.
1976 : prépublication dans
Analog de janvier à avril, de la 1985 : ChapterHouse :
troisième partie du cycle qui Dune, traduit en français
sort aussitôt en roman : Les par La Maison des
enfants de Dune. Mères. Dernier volume
Les jumeaux de Paul écrit par Frank Herbert
Muad'Dib ont grandi et toutes avant sa mort, restant
sortes de complots se trament ouvert à la fin, d'une façon
sur leurs têtes, mais c'est étrange qui questionne tous
compter sans leurs les fans. À l'évidence, c'était
formidables ressources : Leto la première partie d'une fin
et Ghanima prendront le pouvoir de façon qui n'a jamais pu être écrite.
spectaculaire et Leto fusionnera avec un ver La planète Dune est détruite. Les femmes
des sables pour devenir quasi­immortel : du Bene Gesserit et leurs ennemies les
l'Empereur­Dieu. Honorées Matriarches s'affrontent puis
finissent par s'allier contre un ennemi
L'Empereur­Dieu de commun encore plus terrible, qui restera à
Dune sort en 1981. La jamais inconnu du lecteur. Un noyau de
plupart des fans puristes le survivants part dans un vaisseau, sans but
considèrent comme le plus dans l'espace.
abouti des volumes du cycle.
C'est en effet une œuvre Le cycle devait donc comporter
dépassant la SF de façon plus probablement au moins sept volumes au lieu
subtile : une analyse politique de six, mais Herbert est mort avant d'avoir pu
et psychologique, aux l'achever, en 1986, au lendemain du

19
Littérature & BD ­ Zoom sur Dune

malheureux film de David Lynch qui était une Et maintenant ils s'attaquent à écrire des
commande du producteur Dino de Laurentis, volumes s'insérant dans tous les espaces vides
le limitant dans sa réalisation. Certains ont entre les volumes du cycle, comme si ça ne
découvert Dune par ce film et place celui­ci suffisait pas (il faut dire que ça marche, alors
sur un piédestal, et auront à jamais la vision pourquoi s'en priver).
du héros Paul sous les traits de Kyle
MCLachlan, avec son brushing et ses airs de L'œuvre de Frank Herbert se retrouve donc
fils à papa. Pour de nombreux puristes, dont noyée sous le flot de cette logorrhée de
moi, ce film fut une atteinte "kitch" au roman. seconde zone, et les jeunes lecteurs ne
peuvent pas éviter de passer
par leurs livres s'ils décident
de tout lire dans l'ordre
chronologique désormais
présenté.
C'est évidemment
révoltant pour les amateurs
d'Herbert.
Parmi eux, ceux qui
refusent mordicus ce
saccage et même militent en
ce sens ont été surnommés
des "talifans" par l'auteur,
Kevin J. Anderson (Brian
Et c'est un fan de Lynch qui écrit ces lignes. Herbert co­signe, mais c'est KJA qui écrit
pratiquement tout).
Doublement hélas, le sort s'est acharné
ensuite sur Dune en la personne du fils
opportuniste, Brian Herbert, qui rêvait d'être Les autres livres de
écrivain mais sans le talent approprié, et qui a Frank Herbert sont bons
décidé de prolonger le cycle en s'adjoignant également, comme La
les services d'un écrivain au kilomètre : Kevin Mort Blanche par
J. Anderson. exemple, ou encore le
Il a soi­disant trouvé des "notes" de son Programme
père sur "une éventuelle suite" au cycle, notes Conscience, cycle de 4
que personne n'a jamais vues. livres : Destination :
Et pour cause : ce fut d'abord une trilogie de Vide, L'incident jésus,
préquelles (action se situant avant) décevante l'Effet Lazare, Le
tant au niveau de l'écriture que du fond, facteur Ascension. Il est
privilégiant l'action, comme dans des films aussi l'auteur de nombreuses nouvelles. Mais
américains blockbusters, puis une autre Dune restera son chef d'œuvre.
trilogie de préquelles, encore plus
catastrophique et bourrée d'incohérences par En 1972, Arthur P. Jacobs, qui avait produit
rapport au cycle, puis le fameux septième La Planète des Singes, achète les droits de
volume concluant le cycle (faisant revenir tous Dune pour le porter à l'écran. Mais il disparaît
les premiers héros morts grâce au clonage, l'année suivante.
hum, puis ré­introduisant un personnage créé En 1975, Alessandro Jodorowsky
par eux dans les préquelles, double­hum), entreprend le projet délirant et ambitieux de
puis un recueil de textes courts mélangés à un faire un film inspiré de Dune, sans le
passage inédit de la plume de Frank Herbert. respecter à la lettre, dans son style surréaliste.

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Littérature & BD ­ Zoom sur Dune

Casting : David Carradine, Charlotte Rampling, Salvador Dali (qui devait jouer l'empereur).
Design : Moebius (qui a réalisé environ 3000 dessins à l'occasion) et Giger (qui n'était pas
encore révélé par Alien). Musique Pink Floyd (2 albums prévus) et peut­être Magma.
Mais ce film plutôt français n'était pas assez "hollywoodien" pour les producteurs américains,
et surtout trop cher, et le projet fut retiré à Jodo. Ce fut une des plus grandes déceptions de sa
carrière.
Ce n'est que plus tard que Dino de Laurentis obtint les droits et imposa sa production à
Lynch, la suite on la connaît.

Une mini­série (2 séries de 2 et 3 téléfilms) est sortie entre 2000 et


2003, signé John Harrison, avec Alec Newman, William Hurt et Susan
Sarandon. Elle couvre les 3 premiers volumes du cycle, et malgré des
décors moins convaincants, l'histoire y est mieux respectée. Elle était
passée sur M6 et se trouve en deux coffrets DVD.

Brian Herbert et Kevin J. Anderson qui hélas font aujourd'hui la pluie et


le beau temps sur cette œuvre et tout ce qui y touche, par le biais d'une
société, préparent en ce moment­même la production d'une nouvelle
version filmée du début du cycle, une super production, à ce qu'il paraît.
Mais le choix du réalisateur a changé plusieurs fois depuis trois ans, et on
se demande si ce nouveau projet verra le jour.
Les talifans les attendent au tournant.

Sachez qu'il existe également une Encyclopédie de Dune, parue en 1983, donc avant la
mort de Frank Herbert. Écrite par des auteurs et universitaires américains rassemblés par le Dr
Willis E. McNelly ; elle développe en profondeur tout le "dunivers", tout en restant
étonnamment cohérente avec le cycle. D'ailleurs Herbert avait donné sa bénédiction à ce projet
en le préfaçant.
Mais comme ce livre échappe aux droits de HLP, Brian Herbert en rejette la validité.
Il se trouve qu'un groupe de résistants francophones a entrepris la traduction en français de
cet énorme pavé, sur le forum Dune à Rakis. Au bout de six ans, nous en voyons le bout et
espérons (naïvement?) être publiés un jour.
Gérard Klein, le responsable de la collection Ailleurs et demain, qui publie en France tout ce
qui touche à Dune, a refusé catégoriquement.

Forum francophone des fans de Dune : "Dune à Rakis" : http://forum.rakis.be

Filo

21
Les dieux ont mis un homme à l'épreuve

L'ARGUMENT : cependant, les auteurs


cultivent habilement le
Au moyen­âge, les vikings mélange de ces courants,
du nord découvrent dans en le mâtinant de science
un petit radeau étrange un fiction.
bébé qu'ils nommeront
Thorgal Aegirsson (fils Bien sûr, il y a le
d'Aegir, dieu de la mer). méchant récurrent. En
Mais tout le monde ignore l'occurrence une méchante
qu'il s'agit du dernier : la belle Kriss de
rejeton d'un peuple qui Valnor, sexy à souhait,
pourrait être les Atlantes, démoniaque et...
disparus il y a bien amoureuse de Thorgal.
longtemps, depuis leur Pendant une aventure en
conquête des étoiles. quatre tomes, elle arrivera
même, en le rendant
Exceptionnellement doué amnésique, à l'associer à
en toutes disciplines et ses crimes et à s'unir avec
notamment en combat, il lui.
devient un valeureux guerrier viking Les volumes 9 à 13 (mes préférés avec le 7)
potentiel, mais qui n'aspire pourtant qu'à une couvrent une grande aventure au pays Qâ, où
vie simple et paisible avec sa femme la belle Thorgal va en apprendre plus sur ses parents
Aaricia, fille du premier roi des vikings, leur et sur le peuple extra­terrestre dont il est issu.
fils Jolan et leur fille Louve, tous deux dotés C'est également dans ces épisodes que Jolan
de pouvoirs mystérieux. son fils va apprendre à se servir de ses
pouvoirs incroyables.
LES AVENTURES : Les aventures de Thorgal, peu à peu,
prennent des airs de saga, puisque le fil
Thorgal est un être exceptionnel, et les d'histoire est feuilletonnant, etnous fait
dieux d'Asgard eux­même vont se pencher sur avancer dans l'histoire de sa vie et celle de ses
son destin. Ce n'est pas toujours sa force, son proches, qui vont avoir droit à leur série
courage et son habileté qui lui serviront dans d'albums propre à chacun (voir ci­dessous au
ses aventures, mais aussi son intelligence et chapitre Albums).
son honnêteté, face à des
situations où interviennent la
magie, les dieux, les énigmes LES AUTEURS :
et les épreuves d'adresse.
Ses aventures relèvent Le dessinateur, Grzegorz Rosinski, est né
donc plus de l'héroïc en Pologne en 1941. Lycée des Beaux­Arts,
fantasy, de la Académie des Beaux­Arts, quelques
mythologie et du illustrations et travaux de design, directeur
merveilleux que de artistique du magazine BD polonais "Relax".
la BD historique ; Fuyant le régime politique de son pays, il

21
Littérature & BD ­ Zoom sur Thorgal

arrive en Belgique en 1976 et collabore Blake & Mortimer, Lune de Guerre, etc...
aussitôt aux magazines Tintin & Spirou. Il y Il trouve encore le temps de diriger durant
illustrera entre autres un an les éditions
"Hans", et sous le peudo Dupuis, d'enseigner les
de Rosek, "La croisière techniques du scénario et
fantastique". de présider jusqu'en
Il rencontre Van Hamme 2000 le Centre Belge de
en 1977 et entame alors la BD, puis de faire un
une amitié et une tour du monde.
complicité indéfectibles, et
le cycle de Thorgal LES ALBUMS :
commence.
Les aventures de
En 1979 il reçoit le prix Thorgal ont donné lieu à
Saint­Michel du meilleur 29 albums, s'achevant
dessin réaliste. sur "le Sacrifice" (dont
En parallèle il illustrera est sortie une seconde
d'autres BD comme "Le édition spéciale).
grand pouvoir du
Chninkel" (réédité ensuite Avec le volume 30 a
en version colorée), commencé une nouvelle
"Western", "Complainte série plutôt axé sur son
des landes perdues", "La fils Jolan, Thorgal
Vengeance du comte devenant un personnage
Skarbek". secondaire, le titre de ce
Dans cette dernière BD premier épisode est
publié en deux parties en 2004­2005 et "Moi, Jolan". Cette nouvelle série en est au
scénarisée par Yves Sente, Rosinski quatrième opus (album n°33, donc), intitulé
commence à illustrer ses BD en peinture "Le bateau­Sabre" et sorti en décembre 2011.
directe. Chaque planche est un superbe J­C Van Hamme en a profité pour laisser la
tableau. place au scénario à Yves Sente.
Les derniers tomes de la saga de Thorgal
sont entièrement illustrés ainsi, comme bien Chacun des trente­trois volumes est détaillé
sûr toutes les couvertures depuis le début. sur Bulledair, avec résumé, couverture et
commentaires.
Le scénariste, Jean Van Hamme, n'est
plus à présenter dans l'univers de la BD. Né Dans la même veine, et toujours par Yves
en 1939, il lâche en 1968 une solide carrière Sente : Kriss de Valnor a droit elle aussi à sa
dans le marketing pour écrire des histoires.
BD, romans, scénarii de films et téléfilms
(Diva, par exemple), il est le plus prolifique.
Sur le seul marché de la BD francophone, il a
à son actif environ 20 millions d'albums
vendus ces quinze dernières années, ce qui
fait de lui l'auteur de BD le plus lu en français.
Il faudrait un article rien que pour lui, déjà
pour énumérer ses créations, mais citons
Corentin, Largo Winch, "XIII", Histoire sans
héros, Les Maîtres de l'Orge, les nouveaux

23
Littérature & BD ­ Zoom sur Thorgal

série propre, et le numéro 1 vient de sortir, "Je n'oublie rien !" et sera suivi bientôt par le second
: "La sentence des Walkyries", illustrés par G. de Vita.
Louve, la fille de Thorgal (qui a le don de communiquer avec les animaux) a entamé
également sa série avec un premier numéro intitulé "Raïssa", sorti en décembre 2011, qui sera
bientôt suivi par "La main coupée du dieu Tyr", par R.Surzhenka et Yann.

ADAPTATIONS MULTIMEDIA :

Il existe aussi un jeu vidéo sur Thorgal : "La malédiction d'Odin",


par Cryo et deux DVD présentant la BD de façon dynamique avec
une ambiance sonore de film : "Thorgal entre les faux dieux"
(retraçant l'aventure au pays Qâ en 4 tomes dont je parle plus
haut), et "Dans les griffes de Kriss" (retraçant la période
"amnésique", des volumes 19 à 23), tous deux édités par Seven
Sept.

Il n'existe à ce jour encore aucun projet cinématographique sur


Thorgal, mais faisons le pari que quelqu'un y pensera un jour.

Le site officiel : http://www.thorgal.com

Filo

24
© Pascal Vitte
YmaginèreS ­ Janvier 2012 ­ page 26
Littérature & BD ­ Nouvelle "Outre tombe" par Filo

D'abord, la fraîcheur humide, et le silence.


Un silence étrange, anormal. Un silence impossible, surnaturel, oppressant.
Juste la respiration, de l'intérieur, et ce rythme lancinant, une sourde
percussion.

Il ouvre les yeux, et ne voit rien.


Le noir total.
Sourd et aveugle ?
Un sourd entend­il sa respiration ? Un aveugle voit­il du noir ?
La panique l'envahit insidieusement, le rythme s'accélère, on dirait
quelqu'un qui marche lourdement dans des feuilles.
Il comprend qu'il s'agit du sang qui circule dans ses artères, pompé par son
cœur de plus en plus vite.
Il a du mal à respirer.
Il faut que je me calme, se dit­il.
Il essaye de bouger, mais son corps a du mal à répondre. Ses doigts puis ses
mains finissent laborieusement par frémir, s'animer. Il les lève, se touche le
visage, sent une barbe de plusieurs jours, explore plus bas le cou puis la poitrine :
il porte un costume étrangement coupé avec une lavalière au col.

Allongé sur le dos, il étend un peu plus ses bras et heurte quelque chose de
dur. Le choc produit un bruit mat qu'il entend parfaitement. Ses oreilles
fonctionnent donc.
Il agite ses pieds peu à peu. La panique monte encore d'un cran lorsqu'il
s'aperçoit qu'il est dans une sorte de boîte fermée. Impossible de se lever.

Comment a­t­il pu arriver ici ? Et d'abord où est­il ? Que s'est­il passé ?


Il a beau sonder ses souvenirs, rien ne vient.
Quelle est la dernière chose dont il se souvient ?

Enfant sur un grand amandier.


Il avait grimpé aux plus hautes branches pour cueillir les dernières
amandes.
Il entendit comme un cri horrible ou un ricanement inhumain derrière lui.
En se retournant il fut figé d'effroi par la vision de ce corbeau immense
qui fondait sur lui. Son envergure était exceptionnelle, son plumage plus noir que
la nuit, sa tête s'inclinait sur le côté pour le fixer d'un œil terrible, comme une
perle de soufre.
Il l'attaquait et, plus par terreur et instinct de survie que par habileté
stratégique, il se laissa tomber au bas de l'arbre où l'herbe amortit sa chute, puis

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Outre tombe" par Filo

il courut, courut... sans se retourner.

Son émoi est tel qu'il revit ce souvenir d'enfance pleinement, plus
intensément encore qu'un rêve, au point de douter de la réalité de sa position
oppressante.
Est­il l'enfant qui court, qui ne s'arrête plus, ou bien l'homme adulte
enfermé étroitement dans le noir ?
Dans les deux cas la peur et l'essoufflement sont les mêmes.
Je dois absolument me calmer, se répète­t­il, je n'ai pas assez d'air pour
me permettre une panique.

Aucun autre souvenir ne lui vient en aide. Pas moyen de se rappeler les
derniers jours, ni aucun autre, ni d'où il vient, ni sa vie entière.
Il ignore jusqu'à son nom.

Le manque d'air l'incite à se reprendre.


Méthodiquement, il sonde son étroite prison en tapant sur toute la surface
de chacune des parois capitonnées.
La forme caractéristique de la boîte confirme son horrible doute : un
cercueil.

Pas besoin de résister encore à l'évidence : on le croit mort et il se trouve


dans sa tombe.
Enfin, il hurle.

Si on demande à n'importe qui comment il est possible de sortir de sa


tombe, la réponse la plus commune risque de ressembler au cliché créé par le
cinéma de zombies : aller vers la surface en creusant, et émerger de la terre la
main tendue.

Mais dans son opération de sondage du cercueil, c'est le fond qui a capté
toute son attention. Au niveau de ses épaules et de sa tête, le fond sonne
incontestablement creux.
Il se contortionne tant bien que mal et arrache le capitonnage. Une chance,
il est mal collé, la personne qui a payé les funérailles a dû prendre le premier prix,
ce qui est une bonne chose pour la suite, à savoir les planches.
Il détecte facilement les clous et cherche un moyen de les démettre. Il
trouve la solution dans sa boucle de ceinture dont les arêtes sont suffisamment

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Outre tombe" par Filo

fines et solides.
Patiemment il arrive à extraire ou casser les quatre clous fixant le fond du
côté de sa tête, ce qui lui coûte trente précieuses minutes et une bonne partie de sa
réserve d'air et donc d'énergie.

Encore autant de temps d'effort et les quatre planches qui constituaient le


plancher du cercueil sont soulevées et arrachées, révélant une terre fraîche,
humide, odorante et extrêmement meuble.
Il comprend la raison pour laquelle le fond sonnait creux : un réseau de
galeries a été fraîchement creusé juste à cet endroit par un animal fouisseur,
probablement une taupe.
Bénie soit cette taupe ! se dit­il.
Bien que l'espoir de creuser jusqu'à l'air libre avant d'étouffer se présente
assez mince, il décide de s'y atteler patiemment, s'aidant d'un morceau de planche
en guise de pelle. D'abord horizontalement pour contourner sa tombe.
Il rejette la terre dans le fond du cercueil, et finit par se retrouver
entièrement à l'extérieur en dessous de celui­ci, cerné de terre. Il enlève ses
chaussettes et s'en sert pour se protéger les voies respiratoires.
En voulant creuser horizontalement, il dévie sans le vouloir vers le bas,
sans doute entraîné par son propre poids qui écrase la terre meuble à mesure qu'il
progresse. Il comprend alors que cette terre est mêlé de sable (proximité de l'eau
?).
Un autre réseau de galeries apparaît en dessous, ce qui le fait descendre
encore plus bas.

Après une heure étouffante d'efforts supplémentaires, il sent que l'effet de


gravité s'accentue fortement : à chacune de ses avancées il s'enfonce plus
profondément loin de la surface.

Je suis perdu.

Soudain son coude s'enfonce jusqu'au poignet, la terre cède sous son genou,
il n'a plus besoin de l'expulser derrière lui, elle s'écroule sur elle­même.
Il creuse encore, mais sciemment vers le bas cette fois, puisque la terre va
bien quelque part. Bientôt ses jambes s'enfoncent, son poids l'entraîne jusqu'à
quelques chose de dur, un réseau de racines, en dessous desquelles il sent enfin de
l'air frais.

Il est désormais debout sur un filet de racines entre lesquelles le sable

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Outre tombe" par Filo

continue de s'écrouler à mesure qu'il s'agite. Il entend alors le bruit lointain d'un
écoulement d'eau qui lui arrive en même temps que l'air.

Ce n'est que lorsqu'il peut enfin respirer qu'il s'aperçoit combien il ne le


pouvait plus juste avant. Son instinct et sa pugnacité l'ont donc récompensé, pour
le moment.
Il s'agit à présent de savoir où il se trouve. Doit­il détruire les racines qui le
soutiennent pour passer ?
Il n'y voit toujours rien, mais à l'oreille il comprend que coule une rivière
souterraine dans une sorte de caverne.

Voie de salut, ou mince répit ?

"J'ai gagné ! il se réveille, regardez !"


Le gros Luis claque des mains et hurle à l'adresse des autres pêcheurs
rassemblés sur le pont.
Ils forment un cercle autour du noyé qu'ils ont repêché un quart d'heure
plus tôt et qui se met à présent péniblement à quatre pattes pour vomir de l'eau
salée.

Il a de la peine à rassembler ses esprits, il ne se souvient de rien, à part la


terre dans le noir, cette impression d'étouffement humide... et l'enfant qui court
éperdument, fou de peur, fuyant les ricanements grinçants d'un corbeau de
cauchemar.

"Que s'est­il passé ?


­ Ha ça on peut pas vous l'dire, M'sieur, répond un barbu qui a l'air d'être le
capitaine, tout ce qu'on sait c'est qu'on vous a trouvé en train de flotter entre deux
eaux à un mille de la côte, et que vous nous devez une fière chandelle, m'est avis...
il s'en est fallu de peu pour qu'on vous repêche trop tard. D'ailleurs c'est ce que je
croyais quand mes gars vous ont déposé à bord.
Le gros Luis jubilait :
­ Moi aussi je vous dois une fière chandelle, j'avais parié à dix contre un que
vous vous en sortiriez !"

Réprimant une dernière nausée, il se redresse et hume l'air iodé. Les


pêcheurs s'activent sur une poulie à remonter un immense filet. Ils crient, ils
peinent et grimacent.

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Outre tombe" par Filo

La vie éclatante est en marche, et cette pensée lui donne un dernier frisson
de soulagement, et ce qui ressemble à de la reconnaissance, sans la certitude de sa
destination.
L'odeur de poisson est forte, au gré des rafales d'un vent léger, quelques
embruns se soulèvent et distillent cette magie propre à la mer, qu'il connaît
pourtant. Il en est sûr.
Il est vivant !
Il lève la tête et contemple le ciel, et cela semble lui caresser l'âme.

"Que c'est beau le ciel !


­ Qu'est­ce que vous dites ?
­ Rien. Quelles sont ces côtes, là­bas ?
­ La baie d'Innsmouth, et au sud Kingsport.
­ Cela ne me dit rien... mais dans quel pays ?
­ La Nouvelle Angleterre, entre New York et Boston. Vous êtes pas d'ici
alors, mais d'où vous sortez ?
­ Ces noms me disent pourtant quelque chose, mais...
­ Hé, pourtant il porte une des tenues folkloriques de la région, intervient
un gringalet qui vient de donner des billets au gros Luis.
­ Justement, dit un autre, y'a qu'un étranger, moi j'dis, pour s'amuser à les
mettre ! (il éclate de rire)
­ Ou un mort, dit sans sourire le plus vieux du groupe.
­ Un mort ? Comment ça un mort ? Dites­moi !
­ À Kingsport et alentour, les gens ne revêtent cette tenue qu'à deux
occasions : une fête locale, le Festival, et à leur mort : ils sont vêtus ainsi avant
d'être enterrés.
­ Ou des étrangers qui espèrent participer au Festival alors qu'ils y
comprennent rien, dit le gringalet.
­ Vous dites à Kingsport ? Intéressant."

Débarqué pas loin de Kingsport par les pêcheurs qui lui ont généreusement
offert un repas et des vêtements, trop petits et élimés mais plus sobres, il quitte
maintenant un chemin caillouteux et atteint la route qui relie Kingsport à la
grande ville de la région, Arkham.
D'après ce qu'on lui a dit, Kingsport est à deux heures à pied et Arkham à
une heure, il opte pourtant pour la première solution en raison de cette histoire de
vêtements funéraires, et tourne à gauche.
Cette marche ne lui fait pas peur, d'une part parce qu'il a la motivation

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Outre tombe" par Filo

impérieuse de comprendre, de se souvenir, d'être reconnu, mais aussi parce qu'il


prend un grand plaisir à arpenter librement cette terre­ferme sous laquelle il a
failli périr étouffé.

À sa gauche, les mouettes ponctuent de leur cris la rumeur de la mer. Le


vent souffle de plus belle et emporte parfois ces sons qu'il connaît parfaitement.

Je suis sûr de connaître la mer et la navigation, je sais que ces oiseaux


s'appellent des mouettes, et pourtant j'ignore tout de moi, sauf...

Un groupe de corbeaux s'envole lourdement des champs de maïs qui


bordent la route du côté droit, dérangés par le bruit tonitruant d'une voiture grise
et poussiéreuse dont le pot d'échappement mériterait un sérieux colmatage, et qui
le croise en pétaradant.

Oiseaux de malheur !
L'enfant court toujours dans sa tête. Pourquoi ce souvenir précis et pas
d'autres ?
Il réalise alors que c'est la première auto qu'il voit circuler sur la route
depuis un quart d'heure de marche. La chaussée est en mauvais état et il suppose
que c'est une route secondaire, où les véhicules sont obligés de rouler à faible
vitesse.

Pourtant, une seconde voiture approche au lointain, il distingue peu à peu


qu'elle est noire et décapotable. Puis il commence à voir les détails : un homme est
au volant, il porte des lunettes noires, et une femme aux longs cheveux blonds
tirés en arrière par le vent est assise à côté.
Et là se produit un phénomène étrange.
En le croisant, en le voyant, la femme change d'expression. Elle écarquille
les yeux et grimace exactement comme si elle voyait un fantôme, il suppose
aussitôt qu'elle le connaît et le croyait mort et enterré.
La voiture passe, puis ralentit au bout de trente mètres, puis repart vers
Arkham.

Il s'arrête et fixe le véhicule noir jusqu'à ce qu'il disparaisse dans un virage.


Il a le temps d'apercevoir un autocollant à l'arrière, représentant une sorte de tête
de lion avec l'inscription "C.L Arkham".
Il reste planté là, sur le bord de la route, son cœur a accéléré ses
battements.

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Outre tombe" par Filo

Les corbeaux reviennent s'installer dans le champ de maïs, comme un


mauvais présage.

Ce couple devait me connaître. La femme en tout cas. Et ils allaient à


Arkham...
Je dois la retrouver.

Une énergie nouvelle lui fait reprendre la route, dans l'autre sens.

On dit qu'à la mort de son mari Madame Joan Ward Spring fut très
éprouvée. Pourtant elle commença très tôt à rendre visite à Alix D. George qui
habitait le New Cantonment au sud d'Arkham, lieu de résidence favori de l'élite
fortunée de la ville. George y possédait une maison à l'architecture cubique
surprenante, moderne, ceinte d'un parc et d'un mur d'enceinte.
Joan raffolait justement de moderne, et la perte récente de son mari ne la
traumatisait pas au point d'ignorer Alix, qui se conduisait en parfait gentleman, de
l'avis de tous ses éminents collègues du Cercle des Lions d'Arkham.
De plus, vivre seule et recluse dans sa maison de Kingsport lui aurait été
insupportable. Elle n'était pas du genre à se morfondre.
Le dernier jour de septembre, Alix était venu passer la chercher chez elle.
Ils firent un détour au bord de la mer, et il partirent pour Arkham avant que la
nuit ne tombe.
Alix avait eu la charmante idée de prendre la nouvelle décapotable noire
dont il venait de faire l'acquisition. Le bolide était splendide et il promit à Joan de
lui apprendre à la conduire un jour.
Il prirent la route d'Innsmouth qui rejoint Arkham par le bord de mer.

Joan était incontestablement très fière de traverser Kingsport à bord de


cette voiture rutilante et aux côtés de son illustre chauffeur, même s'ils ne
croisèrent finalement personne de connu.
Alix, la mèche au vent, avait une fossette particulière lorsqu'il conduisait,
qui encadrait sa fine moustache noire comme une parenthèse. Joan avait
remarqué également que ce fieffé dandy s'était épilé les sourcils ! Mais ce trait de
coquetterie n'était pas fait pour lui déplaire. Feu son mari se fichait bien de son
apparence et du coup de celle des autres, elle comprise, enfin presque.
Dans cette décapotable aux côtés d'Alix, bel homme musclé et raffiné, elle
se sentait des ailes, comme à sa place.

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Outre tombe" par Filo

Elle défit sa longue chevelure blonde, pour la sentir emportée par la vitesse,
et ferma les yeux, alors que sur leur gauche le soleil déclinait lentement, comme
pour les accompagner le long de la route.

Juste avant de passer Innsmouth, elle vit une silhouette sur la route par
ailleurs déserte, et elle eut un cri.
"Ward ! Là !
Alix ralentit, surpris.
­ Qu'est­ce que tu racontes ?
­ Non, je... l'homme que nous venons de croiser, je l'ai pris pour Ward !
­ Si tu commences à avoir des visions maintenant... Tu te tortures trop
l'esprit avec tes scrupules.
­ C'était si ressemblant, la barbe en moins... j'ai eu une frayeur. Tu sais cette
nuit j'ai rêvé qu'il revenait et...
­ Bon, tu as vu quelqu'un qui lui ressemble, c'est tout. C'est ta conscience
que tu n'arrives pas à mettre en veille. Je te l'ai déjà dit : c'est un peu trop tard
pour avoir des remords maintenant, tu ne crois pas ?
­ Et si quelqu'un savait tout et voulait nous faire peur ?
­ Comment veux­tu qu'on nous soupçonne ? Je me suis arrangé pour que
cela ait l'air d'un accident, tu le sais, et ton témoignage a produit son petit effet. Ne
te torture plus l'esprit avec cette histoire, c'est du passé et nous ne serons jamais
inquiétés. Alors chérie, tu sors Ward de ta tête et tu te consacres un peu plus à
moi, OK ?"

Mais cette nuit­là, après une étreinte faussée par son angoisse qui
transformait en général son vagin en étau douloureux, Joan ne dormait pas. Elle
laissa Alix à ses ronflements repus et sortit du lit immense dernier cri. La nuit était
exceptionnellement douce pour la saison, et elle descendit sur la terrasse.
Le mal était fait maintenant. Ward était mort, bel et bien mort et enterré,
personne ne découvrirait la terrible vérité.

Elle était enfin libre d'être heureuse, et une nouvelle vie commençait. Elle la
voulait différente de cette relation monotone qu'elle avait vécu avec Ward. Ward le
mou, Ward­pas­de­vague, Ward le lymphatique sur qui elle ne pouvait jamais
compter pour être sécurisée et étonnée...
Elle allait vendre la maison de Kingsport et l'ensemble de la propriété, elle
trouverait facilement un acheteur pour cet horrible bateau que Ward avait payé
une fortune (alors qu'elle rêvait d'un voyage exotique) quand leur budget ne l'avait
pas permis à l'époque.
Elle le revoyait lui annoncer la nouvelle, il était excité comme un enfant de

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Outre tombe" par Filo

dix ans devant le jouet de ses rêves, il avait contracté des dettes, ils durent vendre
des meubles de leurs parents qui n'étaient plus là pour s'y opposer, ils se
disputèrent régulièrement, puis chaque soir... Pourtant ils s'aimaient, à leur façon.

Elle pleura enfin, au clair de lune, avant de regagner le lit immense. Trop
grand pour elle.

Deux semaines après la mort de son mari, Joan Spring était présentée à la
"haute" d'Arkham par Alix D. George.
L'annonce de leur mariage prochain fut faite à cette occasion lors d'une
réception mondaine donnée au Cercle des Lions d'Arkham, dont George était le
vice­président.

En fin d'après­midi de ce dimanche au ciel gris, seuls les membres du cercle


étaient encore présents quand George clôtura la journée.
À la sortie du cercle, dans le vent froid, un mendiant barbu tendait son
chapeau aux gens, un chapeau sale et élimé qui ne fut honoré que de trois pièces.
En le voyant, Joan hurla et s'évanouit aussitôt, retenue à temps par son
fiancé. Le mendiant tremblant ­ mais était­ce de froid ? ­ s'enfuit dans l'ombre du
parc attenant, sans demander son reste.
"Hé attendez !" cria George, en vain, tout en tapotant les joues de Joan, qui
revenait doucement à elle.
­ Ward ! C'était Ward !
­ Mais voyons ma chérie, c'est impossible...
Décidément c'est une obsession !
­ Je te dis que c'était lui ! Son regard est plus hagard et plus dur à la fois,
mais je l'ai reconnu !
­ Je crois que je n'ai pas assez tenu compte du choc que cette histoire a
représenté pour toi, tu as besoin de voir quelqu'un.
Le secrétaire du cercle accourut, un gros homme à barbiche :
­ Qu'y a­t­il ? Madame ne se sent pas bien ?
­ Un simple malaise, dit George rassurant, Joan est encore très perturbée
par la récente perte de son mari... Ces fiançailles sont peut­être un peu
prématurées, c'est de ma faute. Elle croit parfois voir son fantôme, mais ça lui
passera avec du temps et du repos. N'est­ce pas, chérie ?
Joan secouait la tête.
­ Ce n'est pas possible... excusez­moi... pourtant...
­ La journée a été fatigante pour vous, Madame, vous étiez le centre de

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Outre tombe" par Filo

toutes les attentions aujourd'hui. Voulez­vous un dernier remontant, avant de


rentrer ? dit le secrétaire.
­ Je crois plutôt que je vais la ramener sur le champ, mon vieux, de plus le
temps se gâte ; je vous laisse le soin de tout fermer. Tu viens Joan ?"

Le repas du soir fut entièrement consacré à Ward. George récapitulait les


raisons pour lesquelles il eut été impossible qu'il fut encore en vie.
"De plus, souviens­toi, j'ai vérifié moi­même le corps : il était bel et bien
mort, ça j'en suis sûr."
Il la noyait d'arguments.
"Et le rapport du coroner ?... Et l'enterrement ? Réfléchis, une telle
électrocution, ça ne pardonne pas, surtout lorsqu'on est cardiaque. Tu as dû voir
quelqu'un qui lui ressemblait, et ta conscience, ta culpabilité a fait le reste... Mais
un fantôme ! Je t'assure chérie, ôte­toi toutes ces... Mais qu'y a­t­il encore ?"
Joan s'était raidie sur son fauteuil en fixant la fenêtre en ouvrant la bouche
comme pour crier, mais aucun son ne sortait.
George se tourna vivement et eut à peine le temps d'apercevoir à travers les
carreaux une silhouette, un profil, barbu semblait­il, qui se détourna rapidement
pour disparaître.
Vision d'une seconde qui accéléra soudain son rythme cardiaque.
Un léger doute s'installa en lui, en même temps qu'un frisson qui lui
parcourut toute la mœlle épinière.
Joan s'était à nouveau évanouie, sans un cri. Il la laissa affalée sur la table
du salon, la joue dans un excellent coulis de framboises, et se précipita dehors.

En se ruant sur la porte, il se dit que l'homme, un rôdeur sans doute, n'avait
certainement pas eu le temps de traverser le parc pour atteindre la rue.
Il resta interdit sur le seuil : pas un bruit, rien ne bougeait, hormis le
feuillage des érables balancé par le vent.
Allons bon ! Je n'ai pourtant pas d'hallucinations, moi !

Un corbeau croassa soudain dans le silence et le fit sursauter plus que de


raison.
Des corbeaux ici, maintenant ?
Il s'engagea sur l'allée centrale, et son pied buta sur une petite masse noire
au sol : un corbeau mort.

Joan fut réveillée par une douleur à la tempe. Elle était encore assise et tout

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Outre tombe" par Filo

son profil droit était maculé de coulis visqueux qu'elle essuya avec sa serviette.
Ward !
Elle l'avait vu par la fenêtre : il semblait écouter la conversation avec un
regard de fou.
"Alix ! Alix ?"
La porte était ouverte. Alix avait dû le voir aussi, cette fois, et il était sorti.
Peut­être le poursuivait­il en ce moment même.
Elle émergea tout à fait de son engourdissement et sortit sur le seuil,
l'angoisse au ventre.
"Alix ? Alix !"
C'était une soirée étrangement calme, malgré le vent et le ciel couvert, sans
étoile. Le parc était savamment éclairé par des projecteurs indirects, comme pour
les monuments de la ville.
Beau temps pour une balade.
Elle secoua la tête, se réprimandant d'avoir une pensée aussi déplacée en
cet instant où son futur époux pourchassait le fantôme de son prédécesseur.
Si on me le racontait j'en rirais, songea­t­elle en sentant venir les larmes.

"ALIX ! Mais où es­tu ?"


À présent elle était si inquiète qu'elle ne se sentait plus capable de réfléchir.
Ce n'était pas normal, il n'avait pas pu s'éloigner autant la sachant ici seule et sans
défense, à la merci de...
Son cœur s'emportait, des tremblements et des sanglots irrépressibles
agitaient son corps tout entier. L'inquiétude avait fait place au sombre
pressentiment, à la sensation de danger instinctive de l'animal.
... De la proie.

Elle vit le corbeau mort au début de l'allée, et frissonna.


Que faisait­elle là dehors, plantée sur le seuil, alors qu'elle aurait dû
s'enfermer à double tour et attendre le retour d'Alix ?
Elle n'eut pas le temps de réfléchir plus à la question ni de se retourner :
deux mains puissantes, puantes et glacées lui étreignirent soudain le cou, et
serrèrent, serrèrent de plus en plus fort.
Elle ne pouvait même pas crier, elle dut tirer la langue pour essayer de
respirer, en vain. Sa langue rencontra l'herbe humide et la terre. Elle était au sol.
Ses membres battirent l'air et frappèrent le corps qui pesait à présent sur elle.
Le corps de Ward sans aucun doute. Elle en avait la certitude. Elle allait
mourir comme ça, c'était certain, et Alix devait être mort aussi.

Tout cela était de sa faute, elle l'avait bien cherché, après tout...

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Outre tombe" par Filo

Elle aurait voulu lui dire qu'elle regrettait, car oui elle regrettait... Trop
tard...
Ce fut sa dernière pensée.

Le surlendemain, la nouvelle du double meurtre fut couverte dans un grand


nombre de journaux.
Le Arkham's Tribune notamment commençait son article ainsi :

Étrange double crime dans le New Cantonment


L'architecte Alix D. George et sa fiancée Joan E. Spring ont été assassinés
dimanche soir vers 21h dans le parc de la résidence de Mr George, au 197, Crane
Street. C'est un voisin qui, s'étonnant de voir le portail d'entrée ouvert toute la
journée, est entré dans la propriété et a fait la macabre découverte : Mr George
gisait près d'un fourré de l'allée centrale et Mrs Spring au pied du perron de
l'entrée, dans l'ombre.
Trois corbeaux morts gisaient dans le parc, vraisemblablement écrasés.

Les conclusions de la police précisent qu'il s'agit pour chacune des victimes
d'une mort par strangulation, l'assassin ne s'étant servi que de ses mains.
D'après le rapport du médecin légiste, le meurtrier doit avoir une force hors du
commun.

On ignore encore le mobile de ce double meurtre : rien n'a été touché dans
la maison qui est pourtant richement meublée. A.D. George menait une vie
mondaine mais n'avait aucun ennemi, d'après tous ses collègues. Architecte
respecté et influent, il avait réalisé l'intégralité de l'aile ouest de l'Académie de
Miskatonic pour son bicentenaire. Il était également vice­président du fameux
Cercle des Lions d'Arkham, qui a tant œuvré pour l'élection de notre sénateur
l'année dernière.
Une enquête est actuellement en cours dans les milieux politiques
adverses, mais la police privilégie à ce jour la thèse du rôdeur.

De son côté, Mrs Spring, sans profession, avait perdu son mari le mois
dernier dans un accident domestique, à Kingsport. Un appel à témoin est lancé
pour la soirée de dimanche.

Mr H. Jameson, gérant de la salle des ventes d'Arkham et secrétaire du

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Outre tombe" par Filo

Cercle des Lions, prétend que l'après­midi même Mrs Spring s'était évanouie
dans la rue en sortant d'une réception au Cercle en voyant un mendiant qui
ressemblait à quelqu'un qu'elle avait connu, semble­t­il. Aucun des mendiants
interpellés ne correspond à la description de l'homme en question. Les habitants
du New Cantonment sont invités à la vigilance tant que cette enquête restera
ouverte. Nous tiendrons bien sûr nos lecteurs informés de toute nouvelle
concernant cette affaire.
Voilà de quoi relancer la polémique sur l'auto­défense dans les quartiers
résidentiels.

Mais de nos jours encore, à Innsmouth, à Kingsport et sur toute la côte de


la Baie d'Arkham, on peut distinguer, certaines nuits où la lune éclaire bien les
falaises accidentées, un vagabond perdu qui se prend pour un fantôme, qui
pourchasse les corbeaux, et qui erre de cimetière en cimetière, à la recherche d'une
tombe et d'un repos éternel.

FIN

39
Lundi :
Johnus essuya ses mains, poisseuses de sang verdâtre, sur ses braies. La
sueur coulant sur son front lui brûlait les yeux. Désespéré et épuisé, il regarda une
fois encore la pièce où il se tenait. Une salle qui risquait de devenir son tombeau.
Il se trouvait au sommet du donjon d’un château construit sur la crête d’une
montagne. Dans la région, la forteresse était connue sous le nom évocateur de «
Noir Castel ». Autrefois d’une richesse imposante, le château avait perdu sa
prestance en même temps que ses propriétaires. Depuis, il achevait de crouler
lentement sous le poids des ans. Il était devenu le repaire de cruelles créatures
sanguinaires, mi­hommes, mi­lézards. Ces êtres écumaient régulièrement les
villages paysans environnants, en quête de nourriture et de distractions. Soucieux
de préserver leurs récoltes, leurs vies et la virginité de leurs filles, les humbles
habitants de ces hameaux avaient engagé Johnus – à prix d’or – pour les
débarrasser de ce fléau. Johnus était un aventurier toujours à la recherche d’un
travail pour son épée. Cependant, il n’était pas un fol inconscient. Aussi avait­il
envoyé un messager vers des amis de confiance en leur demandant de venir le
rejoindre d’urgence pour l’assister dans cette tâche difficile.
Détestant l’inaction, Johnus était ensuite parti en éclaireur afin d’estimer
les forces en présence, les risques encourus et la meilleure tactique à employer.
Hélas, il avait sous­estimé le flair de ses adversaires non­humains. Débusqué
comme un vulgaire lapin par des chiens de chasse, il avait dû défendre chèrement
sa vie. Débordé par le nombre et la bestialité de ses opposants, Johnus s’était vu
contraint de fuir. Hélas, il commit une nouvelle erreur en minimisant l’intelligence
des monstres. Ces derniers l’avaient rabattu vers leur repaire : le château en ruine.
Au prix d’une lutte de tous les instants, Johnus s’était retranché dans la plus haute
salle du donjon. Malheureusement, les seules issues s’avéraient constituées d’une
fenêtre ouvrant sur un vide de près de cinq étages et d’une porte d’entrée –
soigneusement barricadée par ses soins – contre laquelle cognaient ses
adversaires inhumains. L’affrontement ou le plongeon devenaient les seules
alternatives.

41
Littérature & BD ­ Nouvelle "Malchance et Maladresses" par Christian Perrot

Johnus resserra ses mains moites sur le manche de son épée à deux mains.
Il n’était pas mauvais combattant et la longueur de son arme pouvait devenir un
atout dans cette pièce ronde. Ses nombreux opposants seraient sans doute gênés
par leur nombre alors qu’il n’aurait qu’à effectuer des moulinets défensifs avec sa
lame. Un plan qui pouvait fonctionner… un certain temps. Jusqu’à ce qu’il soit
submergé par le nombre ou que ses muscles faiblissent sous la fatigue. L’ultime
chance – bien mince – était que ses amis aient reçu son message et se soient
aussitôt mis en route. Hélas, la porte d’entrée, ultime barrière face aux créatures
hurlantes, commençait déjà à éclater sous les coups de boutoirs. Encore une
poignée de secondes et ils seraient là, comme une horde déferlante, avec leurs yeux
injectés de sang et leurs crocs dégoûtants de bave, prêt à tuer et à déchiqueter leur
adversaire humain.
La porte vola en éclat, vomissant un flot de lames, de griffes, de crocs et de
corps écailleux. Johnus se mit en garde, laissant son expérience de combattant et
la magie de son épée prendre possession de son esprit. Dans un cri de guerre, il
commença l’affrontement.
Ce dernier fut inégal en rapport de force et en temps. Si, pour les
protagonistes, les attaques et les parades se succédaient presque à l’infini, pour
Johnus, le combat dura une éternité. Malgré sa fougue, ses capacités combatives et
la puissance de son arme, il perdit rapidement l’avantage en même temps que son
sang. Acculé, il ne se défendait plus que par pur réflexe. Les coups succédaient aux
coups et les blessures aux blessures. Brusquement, à bout de forces, Johnus
entendit des cris et des bruits de bataille au pied de la tour. Malgré le tumulte du
combat, il reconnut l’appel d’un cor : ses amis étaient là ! Il lui suffisait de résister
encore un peu et il serait sauvé. Malheureusement, Johnus rencontra son destin,
suite à une inattention occasionnée par la joie d’entendre l’arrivée imminente de
ses amis ou à un banal mauvais mouvement. Une longue lame barbelée pénétra
son abdomen, remontant dans sa poitrine en infligeant d’irrémédiables dommages
internes.
Johnus glissa mollement au sol. Tournés vers la porte d’entrée, ses yeux
eurent le temps de voir l’arrivée du premier de ses amis avant de devenir vitreux. À
si peu de temps de son sauvetage… quel manque de chance.
Une succession d’erreurs de jugement et de malchance venait de jeter à bas
un valeureux combattant pour le plus grand regret de ses compagnons…

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© Syr
Littérature & BD ­ Nouvelle "Malchance et Maladresses" par Christian Perrot

Mardi :
Essuyant la sueur perlant à ses sourcils broussailleux, Jauhns étudia le
tableau de bord de son chasseur monoplace. Les écrans de protection arrière
étaient définitivement morts. Encore un ou deux tirs et son vaisseau spatial se
transformerait en matière inerte dans une brève explosion lumineuse. Sur son
écran radar, Jauhns voyait distinctement les navires de ses adversaires. Leurs
formes anguleuses et leurs silhouettes dissymétriques en disaient long sur leurs
occupants. Il s’agissait des sinistres S’byr’iss, une race dont la laideur corporelle
correspondait parfaitement à celle de l’esprit. Un peuple belliqueux, cruel et pire
encore.
Jauhns était l’un de ces voyageurs traîne­savates toujours en train de
parcourir l’espace à la recherche d’aventures, d’argent ou de gloire.
Malheureusement pour lui, il avait croisé la route d’une formation S’byr’iss en se
rendant vers la planète SOL III où il devait retrouver un ami de longue date.
Les S’byr’iss devaient avoir quelque chose à cacher ou simplement envie de
s’amuser, car ils avaient pris Jauhns en chasse aussitôt son approche enregistrée
par leurs appareils de bord. Depuis, Jauhns s’efforçait de fuir ses adversaires tout
en essayant d’éviter leurs lasers. Hélas, ses talents de pilote ne lui avaient
seulement permis de creuser un peu la distance entre lui et ses poursuivants.
Un nouveau tir d’arme énergétique fit vibrer la coque du petit chasseur
humain. De nombreux voyants passèrent au jaune : signe de nombreuses avaries.
Anxieux, Jauhns consulta ses écrans. Il y avait peu d’échappatoires à sa situation.
Le combat direct était impossible à cause de la faiblesse de son armement. La fuite
ne le mènerait à rien sinon à se faire tirer comme un vulgaire gibier. Il y avait bien
une petite planète proche, mais encore fallait­il pouvoir y atterrir avant de se faire
désintégrer. Il subsistait également une autre ultime solution de remplacement :
celle de plonger dans le champ d’astéroïdes proche en misant sur la maniabilité du
chasseur face à celle des navires ennemis. Un pari risqué où la moindre erreur de
pilotage signifiait la mort.
Téméraire mais prudent, Jauhns cingla vers la planète tout en slalomant
entre les tirs nourris de ses adversaires inhumains.
Hélas, ce n’était pas le jour de chance du pilote. De derrière la planète
proche surgit brusquement un lourd navire amiral S’byr’iss. Les innombrables
tourelles de ce dernier tissèrent une toile d’araignée énergétique en vomissant
leurs traits de feu.
Désemparé et découragé, Jauhns fit volte­face, utilisant toute la puissance
de ces réacteurs pour plonger vers le champ d’astéroïdes. Entre plusieurs dangers
mortels, il choisissait le moindre. Il ne pouvait en effet pas espérer résister aux
assauts conjugués de chasseurs S’byr’iss appuyés par une frégate de combat.
D’une main experte, il transféra toute l’énergie de ses lasers – inutiles face à

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Malchance et Maladresses" par Christian Perrot

des corps rocheux de plusieurs tonnes – vers ses boucliers avant. C’est le cœur
serré et les mains moites qu’il entra dans la ceinture d’astéroïdes. L’instant
suivant, il ne pensait plus, se contentant de piloter à l’instinct en essayant d’éviter
le maximum d’obstacles.
Son trajet se déroula assez bien durant les premières secondes. Agrippé aux
commandes comme à une bouée, Jauhns pilotait en expert. Seule la sueur
gouttant le long de ses tempes indiquait son niveau de concentration et de stress.
Ses écrans arrière ne présentant aucun navire en vecteur de poursuite,
Jauhns soupira d’aise. Il s’apprêtait à ralentir lorsqu’un astéroïde géant parut se
matérialiser devant le chasseur. Il avait commis une erreur. Fausse manœuvre,
instant d’inattention ou trajectoire de corps céleste impossible à anticiper, Jauhns
ne pouvait le dire. L’évidence le frappa en l’espace d’un battement de cœur.
L’obstacle était incontournable et indestructible.
Dans les centièmes de secondes précédant l’impact, Jauhns eut le temps de
maudire le destin et les lois du hasard qui causaient sa perte. L’instant d’après, le
vaisseau humain disparut dans un bref embrasement, purement désintégré par le
choc.
Dans l’espace éternellement silencieux, une âme venait de quitter son corps
d’emprunt. Une tragédie de plus dans l’histoire de l’univers…

Mercredi :
Jones descendait lentement les marches moisies, dégoulinantes d’humidité
malsaine. Du bas de l’escalier lui parvenait la sourde mélopée de la secte
satanique. Sa main droite serrait la crosse de son revolver à en blanchir les
phalanges. Malgré sa licence de détective privé, et donc le respect des lois auquel il
se devait, il n’hésiterait pas à se défendre si nécessaire. Car, après tout, retrouver
son coéquipier déchiqueté et à moitié dévoré ne l’incitait pas à la pitié.
Tout en descendant les degrés glissants, Jones repensa au début de son
étrange aventure. Comment il avait été engagé pour enquêter sur la disparition de
plusieurs personnes dans les quartiers mal famés de Boston. Son dégoût en
retrouvant une partie des victimes, mi­déchiquetées, mi­dévorées, dans les eaux
de Mystic River. Son horreur en remontant la piste jusqu’à un groupe semi­
religieux aspirant au retour d’innommables anciens Dieux sanguinaires. Enfin, sa
découverte de son ami et partenaire, flottant entre deux eaux de Charles River.
Jones et Warren avaient l’habitude de se séparer durant leurs enquêtes afin de
collecter plus rapidement les informations. Ce jour­là, son camarade semblait
avoir gagné Jones de vitesse. Fort heureusement pour ce dernier, Warren prenait
toujours des notes sur un petit calepin qu’il conservait toujours en poche.
Toujours… même après sa mort. Malgré son séjour dans l’eau, les notes étaient
encore suffisamment lisibles pour Jones. La secte suspecte se réunissait une fois

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Malchance et Maladresses" par Christian Perrot

encore pour invoquer l’abjecte bénédiction de leurs soi­disant Dieux sans nom.
Une assemblée où une personne innocente, enlevée au hasard, connaîtrait sans
doute une mort horrible.
Pourtant, ce soir, un intrus se glissait silencieusement vers ces sinistres
individus. Un grain de sable dans l’engrenage de leur sordide besogne contre
nature. Et cet élément perturbateur avait un nom : Jones Ward, détective privé et
âme vengeresse pour un soir.
Jones essuya ses paumes, moites, sur son pantalon avant de poursuivre son
avancée. Les chants et les prières impies montaient vers lui comme une abjecte
marée répugnante. Même l’air ambiant paraissait se charger d’immondes remugles
inqualifiables. Jones s’arrêta le long d’un mur, à deux pas d’une ouverture voûtée
aux pierres polies par le temps. Les imprécations provenaient de l’autre côté de ce
seuil. Une lumière glauque, maladive, nimbait le couloir d’une teinte malsaine.
Jones risqua un coup d’œil à l’intérieur. Ce qu’il vit le statufia de dégoût…
Dans une vaste salle sans mobilier se tenaient une vingtaine de silhouettes
claires. Des hommes et des femmes, entièrement nus mais aux corps couverts
d’humeur visqueuse, enchaînaient des mouvements complexes et des postures
obscènes. En transe, ils chantaient et psalmodiaient des paroles sans suite en une
langue gutturale, sans se soucier de leur environnement. De l’autre côté de cette
foule mouvante empestant la corruption, la mort et le sang se dressait une sorte
d’autel couvert d’un linge sombre. Derrière se tenait une jeune femme d’une
grande beauté hélas enlaidie par le crâne de bouc, encore sanglant, posé sur sa tête
et maintenu en place par ses longs cheveux de jais. Dans ses mains, aux doigts
fuselés tâchés de matières indéfinissables, elle tenait un lourd poignard en
obsidienne qu’elle agitait au­dessus d’une forme allongée sur l’autel. Il s’agissait
d’un jeune enfant, entièrement dévêtu. Ce dernier paraissait paralysé car ses yeux
roulaient dans ses orbites d’une terreur sans nom alors qu’aucun muscle de son
corps juvénile ne bronchait.
Sans doute au comble de la transe comme en témoignait l’accélération du
rythme des chants, la prêtresse éleva son arme au­dessus de sa tête en hurlant des
borborygmes vers la voûte drapée d’obscurité.
Jones se démasqua pour l’empêcher de frapper son innocente victime
impuissante. Bondissant sur le seuil, il hurla, brisant les incantations :
– Que personne ne bouge ! Police ! Vous êtes tous en état d’arrestation !
La foule tourna vers lui un terrible regard agressif. De toutes les gorges
s’échappa un long feulement animal. La prêtresse éclata d’un rire abominable,
impossible à imiter avec une gorge humaine, et fit mine d’achever son geste en
visant la gorge de l’enfant avec son poignard sombre.
Jones fit feu à deux reprises. Le sein gauche et le crâne de la femme
s’ornèrent de deux trous sanglants. Projetée en arrière par les impacts elle bascula

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Malchance et Maladresses" par Christian Perrot

dans un râle étouffé.


Soudainement, comme un vent inattendu disperse un brouillard matinal,
les feulements et les grognements de l’assistance s’estompèrent. À la manière de
somnambules, les personnes présentes se dirigèrent lentement vers un tas de
vêtements encombrant le fond de la salle. Avec des gestes d’automates, tous se
vêtirent, sans se préoccuper de la graisse maculant leurs corps. Au fur et à mesure,
ils quittèrent la salle, sans échanger une parole, sans même témoigner un
quelconque intérêt pour les autres membres du groupe ni pour Jones.
Abasourdi par un dénouement si rapide, ce dernier se déplaça de quelques
pas pour libérer la sortie. Les anciens adeptes passaient devant lui sans lui
accorder le moindre regard. Reculant encore un peu, Jones buta contre la margelle
d’un puits. Ne l’ayant pas remarqué lors de son entrée précipitée, il plongea
machinalement les yeux à l’intérieur dans un pur réflexe de curiosité
inconsciente…
Il demeura ainsi un long moment, penché en avant, le regard figé vers le
fond du puits, l’esprit torturé par l’horreur que lui inspirait sa vision. Car, sous ses
yeux palpitait une chose abominable, innommable, invraisemblable et
indescriptible, en un mot : cauchemardesque. Frappé de stupeur, Jones ne pouvait
mouvoir son corps, continuant d’observer, contre son gré, la chose malfaisante
tapi au fond du puits. Plus les secondes passaient, plus sa raison s’effilochait,
entraînée et pétrie dans les méandres visqueux de la créature.
Recouvrant brusquement l’usage de ses membres, Jones bondit en arrière
et s’enfuit vers l’extérieur, oubliant le jeune garçon, son arme et son travail. Il
déboucha à l’air libre en hurlant sa peur avant de s’élancer dans la rue tâchée de
nuit.
La police retrouva Jones dansant le Jerk, à demi­nu, dans une fontaine
proche du centre ville. Le pauvre homme avait complètement perdu la raison et ne
cessait de répéter des propos sans suite ou de chantonner des chansons infantiles.
Il fut confié aux bons soins de l’hôpital psychiatrique local. Aucun médecin ne
comprit jamais la phrase qu’il répétait fréquemment :
– Dans le puits ! La chose dans le puits…
Il est des choses sur lesquelles il ne faudrait jamais poser les yeux sous
peine de perdre définitivement la raison.

Jeudi :
John essuya ses mains, aux paumes moites, sur les manches de son complet
veston. Un peu de sueur perlait sur son front tandis qu’il détaillait l’énorme engin
posé devant lui. Cela ressemblait à une sorte de robot, croisé avec un satellite de
communications. Dans la partie centrale, oblongue, apparaissait un cadran
numérique affichant un compte à rebours. Les chiffres rouges clignotaient comme

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Malchance et Maladresses" par Christian Perrot

un glas : 04:35, 04:30, 04:25, 04:20…


John était un agent secret au service de sa Majesté. Pour l’heure, il se
trouvait à l’intérieur de Fort Knox : la célèbre réserve d’or de l’état du Kentucky
aux Etats­Unis. Devant lui se dressait une bombe prête à exploser dans moins de
cinq minutes.
Le corps de John portait encore les marques et les meurtrissures de son
récent combat contre son adversaire : Doigts Dorés et son sinistre homme de main
bâti comme un Sumŏ. Durant cette double mêlée, la malchance s’était attachée aux
pas de John. Il avait dû puiser dans toute sa réserve d’héroïsme afin de remporter
la victoire. Cela le laissait épuisé et privé de ressources pour désamorcer la bombe.
Au­dessus de lui, dans les étages supérieurs, il entendait les bruits
caractéristiques d’armes automatiques. Alertée par ses soins avant le combat,
l’armée venait à son aide. Sans doute avec des artificiers puisqu’il leur avait
communiqué la présence de la bombe.
La question était : arriveraient­ils à temps ?
Utilisant sa lime à ongles, John dévissa et déposa le panneau central de
l’engin de mort, dévoilant une partie de sa structure interne.
Imperturbable, l’afficheur de la bombe poursuivait son décompte mortel :
03:15, 03:10, 03:00…
John essuya de nouveau ses mains, essayant de leur redonner un peu de
sensibilité.
Il écouta intensément les sons venus du dessus, espérant estimer la venue
des secours. En vain, les bruits du combat couvraient les autres.
Regardant derechef la bombe, il étudia la multitude de fils, de câbles et de
composants. Il n’était pas un spécialiste, loin de là. Ses chances de parvenir à
débrancher le bon élément pour stopper le compte à rebours étaient proches des
dix pour cent.
Cependant, avait­il le choix face à la dévastation causée par l’explosion de
l’engin mortel ?
Comme en réponse à sa question muette, l’afficheur numérique poursuivait

© Syr
Littérature & BD ­ Nouvelle "Malchance et Maladresses" par Christian Perrot

sa tâche : 02:05, 02:00, 01:55, 01:50…


À peine moins de deux minutes avant l’explosion et toujours personne pour
l’aider.
John observa encore le mécanisme interne, laissant ses doigts glisser le
long des câbles. Hélas, l’inspiration le fuyait en même temps que son espoir.
Prenant sa décision, John serra sa main sur un fil plus gros que les autres. La
direction du câble semblait correspondre à la voie centrale et à l’afficheur. Comme
pour le narguer, ce dernier continuait sa course : 00:55, 00:50, 00:45…
John serra un peu plus ses doigts sur le fil. Retenant son souffle, il tira de
toutes ses forces sans quitter le compteur des yeux : 00:35, 00:30, 00:25…
Brusquement, une voix affolée retentit à sa gauche !
– Non ! Pas celui­ci ! N’y touchez pas !
Saisi de stupeur, le cœur comprimé dans un étau de peur panique, John vit
accourir vers lui un militaire portant l’insigne des artificiers. Les yeux du nouveau
venu s’agrandirent d’effroi en voyant le long câble arraché pendant entre les doigts
de l’agent secret.
Aucun des deux hommes n’eut le temps de formuler une prière avant
l’explosion. Dans un interminable embrasement, cette dernière souffla le bâtiment
et les alentours, tuant des centaines de personnes en plus d’eux.
Un nouvel agent secret venait de perdre la vie en service commandé pour
cause de hâte et d’incompétence au désamorçage de bombe.

Vendredi :
Jonnus courait à perdre haleine en remontant le long couloir rectiligne.
Devant lui s’enfuyait le sinistre Hunglak, voleur et meurtrier intemporel.
Jonnus appartenait à l’élite des hommes : les agents spatio­temporels,
chargés de la surveillance et du maintien de l’ordre du temps passé. Depuis que les
voyages dans le temps étaient possibles, ce service spécifique avait vu le jour afin
de réprimer et d’éliminer toute altération de la réalité. Car, comme toujours, des
êtres sans scrupules utilisaient la formidable puissance du voyage dans le temps
pour s’enrichir, se venger ou satisfaire leurs goûts de mégalomanes. Et c’est là
qu’intervenait Jonnus et les autres agents. Ils relevaient les altérations,
recherchaient les fautifs, les empêchaient de nuire par tous les moyens, puis
réparaient les modifications du continuum afin de le rendre tel qu’il devait être.
Pour l’heure, Jonnus coursait un homme malfaisant désireux de devenir
l’être le plus puissant du monde. Pour cela, il n’avait pas hésité à assassiner des
personnalités et à transformer la trame de la réalité afin de devenir riche,
éternellement jeune et considéré comme l’égal d’un Dieu.
Pourtant, Jonnus avait contrecarré ses plans grandioses. Toutes les
dispositions prises par Hunglak avaient été annulées par de nombreuses

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Malchance et Maladresses" par Christian Perrot

modifications dans le passé. Acculé, et sans autre ressource, le voleur avait mis son
énergie dans la fuite, espérant réitérer son projet un jour futur… ou un jour
appartenant au passé.
Le poursuivit pénétra dans une salle dont il ferma la porte de l’intérieur, au
grand dam de Jonnus, toujours sur ses talons. L’huis portait l’inscription : Salle de
voyage temporel en lettres rouges. Il était évident qu’Hunglak allait essayer de fuir
dans le temps et de se cacher suffisamment longtemps pour échapper à son
poursuivant avant de revenir à la charge.
Jonnus dégaina son arme et fit feu sur la serrure électronique à plusieurs
reprises. Enfin déverrouillée, la porte coulissa dans son logement le long du mur,
libérant le passage. Arme au poing, Jonnus bondit dans la salle.
La pièce s’ouvrant devant lui était un laboratoire encombré de matériel
informatique. Au centre trônait un cylindre scintillant : la machine permettant le
voyage temporel. Debout devant l’engin technologique, Hunglak hurlait de rire en
regardant son adversaire. Ou plutôt… à droite de l’agent !
Jonnus comprit trop tard le piège. La porte coulissante avait heurté une
barre placée en fin de course. Posée en bras de levier, cette dernière fit basculer
une lourde armoire métallique en avant. L’agent spatio­temporel essaya en vain
d’éviter le meuble. Un instant après, il se retrouvait sur le ventre, les jambes
bloquées sous l’armoire.
Devant lui, le toisant du regard, Hunglak continuait à rire. Il se retourna un
instant pour manipuler rapidement les nombreuses commandes de l’appareil
temporel.
– Pauvre fou prétentieux ! finit­il par cracher en direction de son adversaire
réduit à l’impuissance. Croyais­tu vraiment parvenir à m’arrêter dans mon
ascension vers le pouvoir ?
– Je ne suis pas encore vaincu ! lança Jonnus, plus par bravade que par
conviction.
– Bientôt, tu ne seras plus de toute façon. Je vais retourner dans ton passé
et te tuer dans ton enfance. À moins que je n’assassine ta mère avant ta naissance.
Toi disparu, plus personne ne se mettra en travers de ma route.
– Tu délires complètement ! Il y a d’autres agents spatio­temporels. Il y en
aura bien un pour t’empêcher de nuire à l’humanité.
Tout en parlant pour détourner l’attention de son adversaire, Jonnus
s’étirait au maximum pour essayer de saisir son arme tombée à quelques
centimètres de sa main.
Après un infime instant de réflexion, Hunglak reprit la parole tout en
déclenchant la mise en route de la machine temporelle.
– Tu as parfaitement raison ! Je n’y avais pas pensé. Je vais donc revenir en
arrière et supprimer le fondateur des agents spatio­temporels. Le service n’existera

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Malchance et Maladresses" par Christian Perrot

pas et tu ne pourras venir contrecarrer mes glorieux projets. Je peux aussi


assassiner l’inventeur de cette merveilleuse machine. Sans oublier de lui voler les
plans, bien sûr. Il faut que je puisse toujours voyager dans le temps. Tu sais, quoi ?
Je ferai de toute façon un bref passage dans ton enfance afin de me venger de tes
actes actuels. N’est­ce pas irrésistiblement drôle ? Je vais te punir pour une action
que tu n’auras pas encore entreprise. Tu ne l’auras même pas imaginée. Ah ! Ah !
Ah !
Profitant de la crise de rire de son ennemi, Jonnus se saisit de son arme et
la dirigea vers Hunglak en criant :
– Négatif ! Tu es fait à présent ! Eteins cette machine et mets tes mains au­
dessus de ta tête ! Je t’arrête pour crime contre l’humanité.
Toujours riant, Hunglak plongea vers l’engin temporel.
Jonnus tira à deux reprises. Hélas, la malchance jouant contre lui, il rata
son adversaire. Si les projectiles firent sauter une partie des systèmes de la
machine, l’assassin était déjà loin dans le passé.
L’agent n’eut pas le temps de se morfondre sur sa maladresse. Il se mit
soudain à hoqueter. Son corps devint translucide avant de s’estomper rapidement.
Purement effacé dans le passé, son existence disparaissait aussi du futur, son
présent.
Jonnus avait échoué à plus d’un titre, laissant l’humanité aux mains
couvertes de sang de Hunglak tout en y perdant la vie.

Samedi :
Dans la rue écrasée par le soleil au zénith, deux hommes déterminés se
faisaient face. Les rayons diurnes scintillaient sur les crosses de leurs revolvers et
sur les boucles de leurs ceinturons. Sous leurs chapeaux aux larges bords, leurs
yeux brillaient d’un regard chargé de haine envers leur vis­à­vis respectif.
D’un côté se dressait Bifork, surnommé L’impitoyable : voleur, violeur et
meurtrier. Sa main droite placée près de la crosse de nacre de son colt ne tremblait
pas le moins du monde. Il avait cessé de dénombrer ses victimes. Et encore, dans
les personnes assassinées, il ne tenait compte ni des indiens ni des chinois.
De l’autre se tenait Jonas, sans surnom. À part peut­être : Celui qui osa
défier L’impitoyable. Un pseudonyme au passé, de même que sa vie, comme le
murmuraient les rares spectateurs de la scène. Sa main gauche tremblait
légèrement au­dessus de son arme. Il était guidé par la haine et la vengeance. Ce
jour verrait sa victoire ou sa mort face à celui ayant fait basculer son existence
dans l’horreur. Car Bifork avait un jour assassiné une famille entière de
cultivateurs. Pourquoi ? Pour de l’or, bien sûr ! Pour la mine au riche filon que le
père venait de découvrir. Bifork avait tué le chef de famille et ses deux fils. Il avait
ensuite violé la mère et la fille avant de les tuer. Il avait complété le tableau en

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Malchance et Maladresses" par Christian Perrot

brûlant la maison. Cependant, il avait oublié quelqu’un. Le troisième fils du paysan


: un jeune garçon de dix ans ayant assisté de loin au carnage. La peur l’avait
empêché d’approcher. Ce qui lui avait sauvé la vie. Depuis, il avait suivi Bifork à la
trace, apprenant sur son chemin à se défendre contre la dure loi de l’Ouest
Américain. Il avait maîtrisé le colt à six coups et le couteau. Il avait fréquenté toute
personne pouvant le renseigner sur la route suivie par l’assassin de sa famille. Et
enfin, après cinq années de labeur, il se trouvait devant l’être qu’il détestait le plus
au monde. Il l’avait défié en duel et Bifork avait accepté, plus par jeu, semblait­il.
Le tueur ne craignait personne. Et encore moins un gamin à peine assez grand
pour tenir un colt. Il se délectait à l’avance de tuer ce jeune pied­tendre
inconscient.
Les deux adversaires sondaient le regard de l’autre, attendant un signe
avant de dégainer et de faire feu. D’ici quelques secondes l’un des deux ne serait
plus.
Jonas plia et déplia ses doigts pour les dégourdir. Il aurait aimé pouvoir
essuyer ses mains, moites, sur sa veste, mais il n’osait pas. Plissant les yeux sous le
soleil, il jaugea son adversaire. Il estimait ses chances de réussir son tir à environ…

***

– Vu tes caractéristiques en tir et en tenant compte de ta détermination : 15


% ! annonça le meneur de Jeu de Rôle.
Denis, le joueur contrôlant le personnage de Jonas essuya sa main gauche
sur son pantalon avant de prendre ses dés.
– Tu sais, Michel, commença­t­il en s’adressant à son ami caché derrière
l’écran de jeu, j’aimerai bien réussir un score important pour une fois. Toute la
semaine, j’ai perdu mes personnages à cause de ma malchance aux dés. Je
commence à en avoir un peu assez.
– Je n’y peux rien, se défendit le meneur de jeu. Si tu fais de mauvais choix
et que tu rates tes jets de dés de surcroît, je ne peux pas faire grand chose. Si je
devais te sauver la mise à chaque fois, le jeu n’aurait plus aucun intérêt.
– Je sais, je sais : « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ! ».
– Ecoute, je vais quand même monter ta chance de réussite à 25 % en
considérant la haine farouche qui anime ton personnage et le fait que ton
adversaire ne soit plus très jeune.
– Merci ! Souhaite­moi bonne chance.
Denis s’essuya une nouvelle fois la main avant de lancer ses dés.
Brusquement, il suspendit son mouvement, ses yeux rivés sur sa feuille de
personnage placée devant lui.
– Dis­moi, Michel, que se passerait­il si je surprenais mon adversaire ? Y

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Malchance et Maladresses" par Christian Perrot

aurait­il un bonus à la clé ?


– À quoi penses­tu ? s’étonna le meneur de jeu.
Denis lui montra sa fiche de personnage.
– Regarde ! J’ai 10 % en tir, mais 30 % en lancer de couteau puisque c’est la
première arme dont s’est servi mon personnage au début de sa vie.
– Et alors ?
– Mon adversaire s’attend à ce que je dégaine mon revolver. D’accord ?
– D’accord ! approuva Michel.
– Imaginons que j’éloigne ma main de mon arme en direction de ma nuque.
Je te rappelle que mon poignard est dissimulé entre mes épaules. Je pourrais
même relever les deux bras. Que penserait Bifork ?
– Il ne t’a jamais vu utiliser ton couteau et tu ne lui as pas encore tourné le
dos. Je pense qu’il estimerait que tu te dégonfles.
– Il serait donc moins sur ses gardes ?
– Je vois ! En tenant compte de son habitude des duels au revolver et de son
âge. Comparé à ta détermination, à ton habileté au couteau et à l’emplacement de
ce dernier… Je t’accorde 50 % de chance. En plus, continua­t­il en faisant rouler
des dés derrière son paravent… il est surpris ce qui te donne l’initiative sur lui. Si
tu réussis, il ne pourra pas tirer.
– Super ! jubila Denis en lançant ses dés.
Son soulagement fut grand en lisant le résultat : 31 %
– Tu vois ! Quand tu veux ! lança Michel en souriant. Une idée originale et
un bon score, bien joué. Lance ton jet de dommages…

***

Dans la rue écrasée de soleil, les yeux de Bifork se plissèrent de surprise.


Son adversaire semblait renoncer au combat. Le jeune homme relevait les bras
comme pour se rendre. En souriant, Bifork s’apprêta à dégainer. L’impitoyable
n’accordait jamais grâce.
Brusquement, comme par magie, un éclat argenté accrocha la lumière dans
la main gauche de son adversaire. En un instant, un couteau quitta la paume de
Jonas en direction de Bifork. Surpris, ce dernier acheva son mouvement, sortant
son arme de son étui pour tirer. Trop tard ! L’arme blanche vint s’enfoncer dans la
chair tendre de son cou. Bifork fit feu en basculant en arrière, mais son tir se perdit
dans le ciel azuré. Chutant lourdement au sol, il sentit sa vie quitter rapidement
son corps. Son colt était tombé loin de sa main. Aussi se retrouva­t­il désarmé
lorsque la silhouette de son jeune adversaire vint occulter le soleil au­dessus de lui.
– Qui es­tu ? articula Bifork en crachant du sang.
– Tu ne connais même pas mon nom ni celui de ma famille, assassin ! Par

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Malchance et Maladresses" par Christian Perrot

contre, tu dois te souvenir de Snake Pit et de la mine d’or que mon père y avait
trouvé.
– Snake… mais, je croyais…
– Avoir tué tout le monde ? Ce fut là ton erreur… monumentale !
Bifork n’entendait plus rien. Jonas avait vengé sa famille.
Pleurant de joie, il hurla sa réussite vers le ciel.

En hommage à tous ceux et celles avec qui j’ai eu l’occasion de passer des
soirées mouvementées mais tellement riches en souvenirs extraordinaires. Je
pense que certains s’y reconnaîtront.
(surtout Denis et Michel : spécialistes de l’échec aux dés dans les moments
cruciaux).
En espérant qu’ils me pardonneront l’aspect légèrement parodique de ce
texte.

Christian Perrot
(mail : christian.perrot@yahoo.fr)

54
Bonjour à tous et bienvenue dans le chapitre 1
d'YmaginèreS !

Merci à tous les auteurs pour leur participation au précédent concours, lancé le 22
septembre 2011, tous les membres du jury ont été agréablement surpris par la
qualité des nouvelles reçues. Sans plus attendre, voici les gagnants :

1ère : Solenne Pourbaix pour sa nouvelle Le Jeu. Elle gagne Farlander de Col
Buchanan et l’intégrale d’Elamia d’Erik Wietzel.
2ème : Leo Codh pour sa nouvelle Moon 2.0. Elle remporte l’intégrale des
Lames du Cardinal de Pierre Pevel.
3ème : Matthew Salem pour sa nouvelle Une relique des années de braise. Lui
est attribué Wicked, la véritable histoire de la méchante sorcière de l’Ouest de
Gregory Maguire.

Un grand merci aux Editions Bragelonne pour tous ces lots !

Vous pourrez lire les nouvelles dans les pages suivantes, bonne lecture et bravo aux
gagnants !

Galatée

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« — Te voilà enfin arrivée au bout du couloir. Tu entends les autres
derrière toi qui sont à tes trousses ? Plus que quelques mètres et ce que tu tiens
dans les mains sera enfin à toi.
— Ça va, je sais ! JE SAIS! » La jeune femme avait hurlé de toutes ses forces
pour couvrir cette horrible voix qui leur parlait depuis le début de ce cauchemar.
Pourtant la voix féminine, calme et suave, reprit après un petit rire : « Il me
semble que tu craques enfin. Comment te sens­tu ? Ce jeu te déplaît ? Annah,
réponds, voyons, tu peux courir et parler en même temps, dis tout à la Maîtresse
du Jeu ! » Toujours en courant, tenant précieusement dans ses mains la petite
seringue au liquide orange si précieux, la trentenaire se retourna pour voir où en
étaient ses poursuivants. Les deux hommes étaient à une cinquantaine de mètres.
Comment un foutu couloir pouvait­il être aussi long ? Devant elle, la large porte
vitrée, rehaussée du néon blanc et froid, annonçant « checkpoint », l'attendait.
Courant près d'elle, une large pelle bosselée à la main, une petite fille au teint pâle,
malgré sa course, gardait les yeux rivés sur la porte. « Allons Annah, réponds­moi.
— Je me sens dans un putain de traquenard ! Vous allez faire quoi, encore,
espèce de salope ? » La Maîtresse du Jeu rit de nouveau : « Allons, surveille ton
langage, je pourrais encore décider de te faire donner le vaccin à un de tes
adversaires. Rappelle­toi que c'est grâce à moi que tu l'as désormais en ta
possession, je peux encore choisir un nouveau porteur tant que tu n'as pas franchi
cette porte! » La femme ne répondit pas, se mordant la lèvre inférieure, les larmes
aux yeux.
Depuis qu'elle avait ouvert les yeux dans ce hangar, tout était allé très vite,
et surtout, très mal. Elle commençait à avoir mal au crâne, peut­être à cause de la
contagion ? Depuis que cette maladie avait débarqué, elle avait toujours dit qu'il se
passerait des choses terribles et elle avait eu raison, mais jamais elle n'aurait pu
imaginer une horreur pareille. Pourtant, en y repensant, tout avait dégénéré
quand ils avaient trouvé le vaccin pour arrêter la contagion ! C'était devenu de pire
en pire ! Les survivants s'étaient montrés encore plus dangereux que les infectés.
Les premiers mots de la maîtresse du jeu résonnaient encore dans son crâne

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Le Jeu" par Solenne Pourbaix

douloureux : « Bonjour Annah, tu as été sélectionnée pour notre grand jeu. Je


t'explique le but du jeu si tu ne le connais pas déjà. Vous êtes quatre à avoir été
dispersés dans ce hangar. Vous avez tous été contaminés. La maladie est rapide,
aussi, vous avez quatre heures pour trouver le seul vaccin et vous enfuir. Tant que
vous n'avez pas passé le checkpoint, je peux décider à tout moment de qui portera
la seringue si fragile et si précieuse. Après ce point de passage, elle appartiendra à
celui ou celle qui la tient. La porte de sortie, si vous l'atteignez, ne s'ouvrira qu'à un
vacciné. Les autres resteront dans le hangar avec les précédents participants qui
ont échoué. Bon jeu. » Bon jeu... quelle belle connerie ! Ah ça oui, elle les avait
trouvé, les autres participants ! Un gros en sueur qui passe son temps à crier qu'il
va crever, un malade de la tactique à moitié hystérique et une gamine de huit ans.
Un seul vaccin pour quatre. C'était de la torture pure et simple ! Et comment se
tuer alors que les seules armes à disposition sont une pelle, une barre de fer, un sac
en plastique et une gamelle pour chien ?
« Annah, ils nous rattrapent! » En ruminant, la jeune femme avait
légèrement ralenti et en effet, les deux hommes les rattrapaient. « T'inquiète pas
ma puce, plus que quelques petits mètres ! » Quelques secondes plus tard, elle
posait sa main sur la poignée mais la porte resta fermée. Derrière elles, dans le
couloir, une grande vitre avait séparé les deux participantes de leurs collègues
masculins et la voix résonna de nouveau : « Allons, ce serait trop facile si on ne
vous mettait pas une petite épreuve, hein ? Vous allez devoir nous prouver que
vous méritez de gagner! » Un bruit métallique retentit et une porte s'ouvrit sur le
côté. Deux infectés en surgirent. Ils tournèrent tout de suite la tête vers les deux
joueuses et avancèrent sur elles d'un pas traînant. Annah hurla: « Bordel, mais
vous êtes dingues ?
— Ce sont eux la clef de votre survie, alors vous devriez plutôt vous en
occuper non? » La petite fille tenait fermement le manche de sa pelle, pleurant à
chaudes larmes. La jeune femme attrapa sa barre de fer, coincée dans sa ceinture,
et mit la précieuse seringue dans son soutien­gorge. « J'ai peur... J'ai peur...
— Je sais Éveline, je sais... je te protège, je te l'ai promis, ils te feront pas de
mal. » Terrifiées, elles assénèrent de violents coups sur les cadavres qui avançaient
vers elles. Leurs crânes déjà presque pourris se fracassèrent rapidement et les
zombies tombèrent, inertes. Annah tenta de nouveau d'ouvrir la salle, mais la porte
restait fermée. En revanche, de l'autre côté, la vitre qui les séparait des deux
hommes commençait à descendre lentement. « Annah ! Elle a dit qu'ils étaient la
clef de notre survie ! La clef doit être dedans ! » Elles plongèrent alors leurs mains
dans la chair putréfiée, prises de nausées, mais bien plus pressées de passer le
checkpoint que de se préoccuper de l'hygiène de leurs ongles.
Pendant ce temps, la Maîtresse du Jeu, de sa voix suave et enjouée
commentait : « On peut dire que vous avez merveilleusement défendu votre vie

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Le Jeu" par Solenne Pourbaix

une fois de plus ! Je suis étonnée par ta force, Éveline ! Nous avons bien fait de te
choisir ! Tes parents doivent être fiers de toi ! Vous avez reconnu Khaled et
Noémie, participants malchanceux de notre troisième Jeu ? Oh ! Noah, notre
auteur de nouvelles d'horreur sans succès, essaye de faire la courte échelle à
Guillaume pour passer au­dessus de la vitre ! Quel manque de patience et de
savoir­vivre ! Si je ne voulais pas vous presser, mesdemoiselles, je remonterais la
vitre pour leur apprendre la politesse ! Un participant pourrait­il gagner avec un
bras en moins ? » Annah poussa un cri, elle venait enfin de trouver la clef, mais elle
était glissante et couverte de matières répugnantes, et refusait d'entrer dans la
serrure. Elle paniquait, tremblait. « Dépêche­toi Annah, ils vont passer ! » En effet,
Guillaume avait réussi à passer la vitre et courait vers elles. Annah sentit la clef
s'enfoncer d'un coup dans la serrure. Clic ! La porte était ouverte. Elles se ruèrent
dans la salle suivante et claquèrent le lourd battant de métal sur les doigts de
l'informaticien qui furent tranchés nets. Son hurlement était assourdi par la vitre
épaisse qui les séparait ?
« Tu me portes ? Je veux voir s'ils sont bien de l'autre côté ! » Annah
baissa les yeux sur la petite fille couverte de sang et dit: « Mais tu le sais, ma
chérie, qu'ils y sont !
— Mais de les voir, ça me fera moins peur... » La jeune femme passa ses
mains sous les aisselles de l'enfant et la souleva, mais elles eurent un réflexe de
recul car soudain, des lance­ flammes incendiaient le couloir, brûlant vifs les deux
hommes qui y étaient. La Maîtresse du Jeu dit alors : « Eh oui ! Ils ne pouvaient de
toute façon plus gagner ! Un peu de spectacle et de rebondissements, c'est
important! Ainsi vous pouvez voir les nouveaux équipements du Jeu ! » Annah
secoua la tête : « Mais vous êtes malade... Vous êtes malade! » Sans y prêter
attention, la Maîtresse reprit : « Comme vous avez pu le voir, après toutes ces
années, nous vous réservons encore de nouvelles surprises à chaque émission !
Aussi, ne partez pas! Nous vous laissons pour une courte page de publicité !
Profitez­en pour appeler notre standard et acheter nos produits dérivés ! T­shirts,
DVDs, porte­clefs, et autres objets de votre émission préférée! À tout de suite pour
la deuxième partie du Jeu ! »
Quand l'image revint sur l'écran, la petite fille s'était mise à pleurer et la
jeune femme l'avait prise dans ses bras, embrassant son front. Elle la berça
doucement et dit à voix basse: « T'inquiète pas ma chérie, on va y arriver ! On fait
comme on a dit, on trouve la sortie toutes les deux, ensuite je te vaccine et toi tu
me tues avant de sortir d'accord ? Tu es toujours d'accord ? Hein ma puce ?
Sophie, tu m'entends ?
— Je suis pas Sophie, t’as dit que je lui ressemblais mais je suis pas Sophie !
— Pardon ma puce, bien sûr que tu n'es pas elle. Mais je t'ai dit qu'elle avait
attrapé la maladie. Et toi, je ferai tout pour que tu ne l'aies pas ! Je te le promets ! »

58
Littérature & BD ­ Nouvelle "Le Jeu" par Solenne Pourbaix

Elles avaient repris leur souffle, et c'est là que la Maîtresse du Jeu reprit : « Allez
jeunes filles, je vous rappelle que vous êtes toujours contaminées et que vous devez
trouver la sortie ! » Annah acquiesça. « Elle a raison, je vais te vacciner maintenant
et ensuite on aura juste à trouver cette putain de sortie ! » Elle avait crié sur la fin
de sa phrase, contrôlant de moins en moins ses nerfs. Cela faisait au moins deux
heures ou plus qu'elle tournait en rond dans ce labyrinthe infesté de zombies et de
pièges et elle commençait à craquer. Elle attrapa la seringue et releva la manche de
l'enfant mais celle­ci hurla. Une porte s'était ouverte et une dizaine d'infectés
entraient. À croire que la production ne voulait pas que l'on se vaccine avant de
trouver la sortie. Remettant le vaccin dans son soutien­gorge, elle saisit sa barre de
fer et commença à frayer un passage à la petite fille au milieu des cadavres
ambulants. Elle était submergée par l'odeur du sang et de la chair pourrie et quand
le massacre fut terminé, elle vomit, pour la quatrième fois depuis son réveil. Elle
ne vomissait plus que de la bile et râlait car elle perdait du temps mais elle ne
pouvait pas se retenir. Pourtant, elle voulait paraître forte et rassurante pour
Éveline, mais rien n'y faisait. Elle essuya sa bouche et repartit.
Elles avancèrent dans des couloirs étroits, tournèrent dans des salles sans
issue, revinrent sur leurs pas. Annah avait l'impression de devenir folle. Elle
vomissait du sang maintenant, selon la Maîtresse du Jeu, c'était un des premiers
symptômes de l'infection. Éveline aussi vomissait du sang, elles commençaient à
pourrir de l'intérieur. Pourtant, la jeune femme était assez fière d'elles, elles
avaient réussi à déjouer quelques pièges, les plus dangereux, elles n'étaient pas
mutilées, et la pire épreuve avait été de tuer ces zombies qu'ils avaient habillés
comme leur famille. Cette petite morte avec la robe de communion de sa Sophie...
Elle avait voulu mourir quand elle lui avait asséné ce violent coup sur le crâne.
« Vous êtes bientôt à la fin du temps imparti ! Sentez­vous la douleur dans
votre tête ? Et ces quelques pertes d'équilibre ? Annah ! Comment te sens­tu?
Penses­tu pouvoir sauver Éveline?
— Oui, je vais la sauver ! OUI ! » Elle poussa une porte à double battants et
se figea. Devant elle, une porte vitrée. Derrière, il y avait de la lumière, des
silhouettes, et surtout, au­dessus, ce panneau vert qui annonçait la sortie. Elle
poussa un cri de joie et se rua sur la porte, tambourinant sur le panneau vitré. Elle
vit ses parents, dans les bras l'un de l'autre, lui sourire et lui faire un signe malgré
les larmes qui inondaient leurs joues ridées. Avec eux, un autre couple et un
adolescent. La famille d'Éveline. Il y avait aussi toute une équipe de tournage,
quelques miliciens pour encadrer les familles, et des médecins. Se retournant,
Annah, souriante, lança en attrapant la seringue : « Éveline, on y est ! Je vais te
soigner, et... AAAH ! » Elle poussa un cri quand l'enfant lui mordit le bras. Le
vaccin tomba mais par miracle ne se brisa pas. Les yeux de la fillette étaient voilés,
blancs, elle était morte. La voix de la Maîtresse du Jeu résonna: « Il semblerait que

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Le Jeu" par Solenne Pourbaix

la contamination soit plus rapide chez les enfants ! C'est intéressant ! Annah,
attrape donc le vaccin pour te piquer et qu'on te sorte de là ! » La jeune femme se
pencha mais Éveline avança pour la mordre de nouveau et marcha sur le précieux
flacon de verre. Annah hurla et la Maîtresse dit d'une voix navrée: « Quel
dommage, Annah, tu avais si bien joué ! » Elle se tut quelques secondes et
commenta: « Alors, le regard embué de larmes, tu te retournes et fuis jusqu'à
perdre haleine. »

60
Il pleut.
Il pleut à verse depuis trois jours.
La rue pavée éclairée de néons blafards se reflétant dans les flaques des
trottoirs a un air d’ennui et de dégoût hivernal en ce début de printemps. Les rares
passants se pressent, trottinant prudemment sur les pavés inondés, la tête
baissée, rentrée dans leurs cols remontés. Ils se pressent, sans un regard pour la
petite devanture écaillée sur laquelle s’inscrit en lettres noires et élimées :
« Livres de Mars »
Une vitrine fourmillant d’ouvrages à l’air poussiéreux, aux couvertures de
cuir cornées, aux pages ouvertes ornées de gravures et de calligraphies
moyenâgeuses, diffuse une lumière blafarde.
Si quelqu’un prenait la peine de se mettre sur la pointe des pieds, il verrait,
par­dessus l’amas de ces vénérables bouquins, un intérieur tapissé d’ouvrages
posés sur de gigantesques étagères se perdant dans l’ombre d’un très haut plafond.
Puis, plus loin, un labyrinthe d’autres étagères habitées par des livres de toutes les
époques, remplissant de leurs murmures de pages antiques le silence du magasin.
Et enfin, assis derrière le comptoir : le bibliothécaire.

La tête dans les mains, Mars déprimait.


Il avait presque envie de se cogner la tête avec le premier gros livre venu
jusqu’à en tomber dans les pommes histoire que cette journée finisse plus vite. Il
tendit la main et attrapa mollement un volumineux ouvrage posé sur le comptoir.
Le Decameron. S’assommer à coup de livre érotique dans la tronche. Pas mal…
Avec un soupir il reposa le livre. Pas mal mais … inutile.
Difficilement, il se leva et claudiqua jusqu’à l’entrée, en traînant
lourdement sa patte folle derrière lui.
Temps de merde. Trois jours de pluie, trois jours sans clients.
Même les habitués, des lettrés qui venaient se prélasser dans le confort des
fauteuils de cuir éparpillés çà et là, n’avaient pas eu le courage d’affronter les
trombes d’eau tombant en continu de ce ciel beaucoup trop noir, qui avait

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Moon 2.0" par Leo Codh

apparemment décidé de faire la gueule pour une durée indéterminée.


Mois de merde.
Il détestait le mois de mars. Ce mois pourri qui s’appelait comme lui.
En grognant, il éteignit les lumières de la vitrine et tourna le panneau «
fermé » vers l’extérieur. Il était à peine quinze heures, mais à quoi bon ? Personne
ne braverait les éléments pour venir lire des volumes anciens qui sentaient le
renfermé.
Toujours claudiquant, il se dirigea par habitude vers le labyrinthe d’étagères
s’enfonçant au loin dans la bibliothèque.
Il se sentait en paix au milieu de ces livres. Des rescapés. Des survivants
d’antiques époques, porteurs de savoirs et de sagesses perdus. Si ça n’avait tenu
qu’à lui, il ne les aurait partagés avec personne. Autant il aimait les livres, autant il
haïssait les gens. Tous, sans exception.
Mais un livre doit vivre. Être lu.
Sinon il meurt et perd son utilité.
Aussi faisait­il tourner cette bibliothèque un peu particulière, pour faire
vivre ses livres, entendre bruisser leurs pages jaunies par les ans.

Tout en boitillant, il s’était retrouvé au fin fond de la bibliothèque, au rayon


de l’ « occulte ». Des volumes de toutes les époques appartenant d’une manière ou
d’une autre à ce savoir perdu que ceux qui ne connaissent pas appellent en vrac «
magie ». Il ne venait pas souvent dans cet endroit­là mais il adorait s’y perdre
parfois. Le papier de ces ouvrages rédigés par de vieux sorciers sentait le renfermé,
les plantes, le souffre… le secret. Une sorte de poésie sombre et un peu particulière,
cachée dans l’ombre, qui lui donnait d’agréables frissons alors qu’il s’égarait au
milieu du rayon.
Il laissa ses mains frôler doucement les couvertures, égrenant les époques.
Alchimie, démonologie, traités d’inquisitions, manuels d’invocations et livres sur
les poisons, les herbes, les druides…
« Moon ».
Qu’est­ce que c’est que…
Un dos blanc éclatant qui tranchait au milieu des cuirs foncés et qui portait
l’inscription « Moon » en lettres noires pour seule indication.
Il n’avait jamais vu ce livre auparavant. Il l’aurait remarqué. Un dos aussi
blanc… Pas de nom d’auteur… Peut­être un client l’aurait­il laissé par erreur… Ou
l’aurait­il laissé à la place d’un autre ouvrage. Une substitution. Un vol.
Les gens ne sont décidément que des enfoirés.
Il prit le livre pour savoir de quoi il en retournait.
La couverture aussi était blanche. Constituée d’une matière épaisse et
souple. Soyeuse. Chaude.

62
Littérature & BD ­ Nouvelle "Moon 2.0" par Leo Codh

Il frissonna en posant sa main dessus, mal à l’aise. Il avait l’impression de


toucher la peau nue d’une personne. Ca le révulsait.
Un cercle y était dessiné. Un simple cercle comme tatoué dans l’épiderme de
la couverture.
Moon…
Décidément, Mars n’aimait pas la gueule de ce bouquin. Il avait toujours
considéré qu’un livre était au moins aussi vivant et mille fois plus respectable
qu’une personne, mais là, il sentait le livre frémir sous ses doigts, et ce côté vivant
était un peu trop marqué à son goût.
Il voulut l’ouvrir, pour effacer cette sensation étrange et s’assurer que ce
n’était, après tout, qu’un tas de papier comme les autres, mais impossible.
La couverture était collée, vissée, soudée. Impossible d’ouvrir ce truc. Il
regarda la tranche, le dos, cherchant un mécanisme, un fermoir, mais rien à faire :
cette saloperie ne bougeait pas d’un pouce.
Il fronça les sourcils, mécontent.
Il ouvrirait ce machin d’une manière ou d’une autre. Il aimait les bouquins,
mais il n’appréciait que moyennement que l’un d’eux se foute de sa gueule.
Il s’arc bouta contre les étagères pour ne pas peser sur sa patte folle, tenant
fermement la première et quatrième de couverture, et tira de toutes ses forces pour
les séparer.
Et le livre hurla.
Il s’ouvrit comme s’ouvre une plaie, se déchirant le long de la tranche,
éclaboussant Mars d’une gerbe de sang épais.
Le long cri de douleur, aigu et désespéré, l’avait terrifié et transpercé
comme une lame glacée, mais emporté par son élan, il avait continué à tirer sur la
couverture, et le livre, l’avait entrainé à terre le constellant de sang.
Maintenant, complètement choqué et effaré, il regardait l’ouvrage, ouvert
en son milieu, pleurer des flots de sang rouge sur le plancher de sa chère
bibliothèque.
Le sang, tout en coulant des pages, se mit à dessiner de lui­même des
volutes, et des symboles, qui s’inscrivirent rapidement dans un grand cercle dont le
centre était le livre lui­même y incluant un Mars trop ahuri pour avoir le réflexe de
s’en sortir.
Puis, quand le cercle fut tracé, le sang s’enfonça dans le sol, laissant une
marque rouge vif.

Mars fixait le sol de sa bibliothèque, ses yeux grands ouverts.


Il n’osait pas faire le moindre mouvement.
Le sang qui avait inondé son visage commençait à sécher en trainées
noirâtres le long de ses joues.

63
Littérature & BD ­ Nouvelle "Moon 2.0" par Leo Codh

Qu’est­ce que c’était que ce cirque ?


Les livres n’étaient pas censés faire ce genre de chose. Mais ce… truc
immonde…
Il fronça les sourcils.
Quoi que ça puisse être, il ne voulait pas de ça dans son précieux bâtiment.
Il avança la main et attrapa le volume.
Aucune trace de sang, aucun signe de souillure.
Mars tourna les pages.
Blanches. Immaculées. Rien. Rien écrit. Aucun mot, aucune phrase.
Il soupira, tenant le volume entre ses mains. Qu’est­ce que c’était encore
que ce machin de malheur ? Une farce et attrape de très mauvais goût faite par un
client mécontent ? Est­ce que ça pouvait expliquer le cercle rouge ? Il en avait déjà
vu un similaire dans un manuscrit du Moyen Âge, mais il ne se souvenait plus très
bien de ce dont il s’agissait. Quoi qu’il en soit, ce truc­là, poubelle, et vite.
Il allait refermer le volume d’un geste rageur lorsque des mots se formèrent
sur l’une des pages blanches. Il cligna des yeux. Encore un gag ?
« Bonjour Mars. »
Il se demanda l’espace d’un instant s’il n’allait pas mettre cette chose au feu.
Mais sa langue le devança.
— Qu’est­ce que tu veux, le bouquin ?
« Tout. »
Il éclata de rire devant les mots qui étaient tracés à nouveau sur le papier.
Tout. La bonne blague.
— Ne me fais pas rire, tu es un livre. Un livre qui va partir dans ma
cheminée.
« Et toi, que veux­tu, Mars ? »
— Tout.
Il avait répondu sans y penser. Il se mordit la langue.
— Vraiment tout, tout ce que je n’ai pas, précisa­t­il en soupirant.
Puis, réalisant qu’il venait de se laisser aller en face de cet objet, il reprit,
avec cynisme :
— Mais tu n’es qu’un sale bouquin bizarre, qu’est­ce que tu peux y faire ?
« Tout. »
Il leva un sourcil. Parler de ses désirs avec un livre. Est­ce que ça
s’apparentait à de la folie ? Oui, sans doute. Et même à de la folie furieuse.
— Mais encore ? continua­t­il malgré tout.
« Es­tu prêt à payer le prix ? »
Cette fois Mars se mit en colère.
— Regarde­moi bien, misérable résidus de copeaux, si tu crois
m’impressionner avec tes conneries, tu te trompes. Tu n’es qu’un livre ! Payer le

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Moon 2.0" par Leo Codh

prix ? Tu crois que j’ai encore quelque chose à perdre, abruti ? Tu débarques dans
ma vie, mon monde, comme ça, et tu me dis que tu peux tout me donner ? Payer le
prix, et quoi encore ? Tu me montres que tu en es capable, ou je te fous au feu dans
la seconde ! Je n’ai pas besoin de toi !
« Soit.
Je t’offre toutes les grâces des hommes, et tous les dons du monde. Tous les
secrets inavoués, et les choses cachées dans l’ombre. Mais ce n’est qu’éphémère.
Un homme seul ne peut prétendre au bien de l’humanité. Tu as jusqu’à la lune
pleine.
Apprends, réfléchis, et choisis ce que tu désires garder du don qui t’est fait.
Un seul vœu, et je me refermerai, reprenant en mon sein ton présent. Si tu tentes
de tricher ou de t’accaparer ce trésor, je t’enfermerai toi aussi, et tu seras perdu à
jamais, corps et âme, entre mes pages.
Acceptes­tu ? »
— Tu crois que je me soucie vraiment du sort de mon âme ? fit Mars sans
ciller.
« Alors pose­moi au centre du cercle et recule toi. »
Mars s’exécuta, se releva avec difficulté, et s’adossa contre une étagère, à
une distance respectueuse du grand cercle rouge.
Une légère fumée sortit doucement du livre, bleue comme la fumée d’une
cigarette, brillante, comme piquetée d’étoiles. Elle devint de plus en plus grosse, de
plus en plus épaisse, jusqu’à devenir une haute colonne sortant du sol, emplissant
tout le cercle. Alors qu’il se demandait très trivialement si cette fumée opaque
allait causer des dommages à ses livres, Mars se surprit à remarquer qu’elle avait
une odeur de fleurs. Il haussa un sourcil.
La fumée se dissipa, et, assis sur le livre ouvert, regardant avec étonnement
ses mains levées à la hauteur de son visage, se tenait…
Se tenait quoi ?
Ce n’était pas une femme, ce n’était pas un homme… Ça avait l’air humain,
mais c’était beaucoup trop irréel. Une peau blanche comme la couverture du livre,
des cheveux dorés, des traits ni masculins, ni féminins, pas de poitrine, pas de
sexe.
Pas de… pas de sexe ? Rien ?
Mars écarquilla ses yeux autant qu’il le pouvait.
Le… le « truc » devant lui n’avait rien entre les jambes.
« Bonjour.
—…
— J’ai dit « bonjour ».
— grzklt.
Le bibliothécaire ne réussit qu’à produire un son étouffé, son cerveau

65
Littérature & BD ­ Nouvelle "Moon 2.0" par Leo Codh

analysant difficilement l’absence de genre du « truc » en face de lui.


Truc qui haussa les épaules et se mit debout, ramassant le livre sur lequel
trônait auparavant son derrière, posa l’ouvrage au hasard sur un rayonnage, se
souciant apparemment peu de son sort, entreprit de fureter un peu partout, se
mettant sur la pointe des pieds pour voir ce qu’il y avait au­dessus des étagères, et
poussa des soupirs de ravissement devant les canapés de cuir rouge.
— TEMPS MORT !
Le nouvel arrivé tourna la tête vers Mars qui le regardait d’un air très
mécontent.
— Tu es quoi ? demanda le bibliothécaire, d’un ton peu amène.
— Je suis Moon, répondit l’autre avec un grand sourire.
— Oui, certes, mais tu es QUOI ?
— Moon, répondit l’autre, en détachant bien les lettres comme s’il avait
affaire à un crétin fini.
Comprenant qu’il n’aurait pas d’autre réponse, Mars soupira, pinça l’arrête
de son nez, prit une grande inspiration, et s’efforça de se calmer.
Assis sur un canapé, Moon le regardait faire avec intérêt.
— Bon, continua le bibliothécaire, ayant apparemment retrouvé une
certaine emprise sur lui­même, en quoi tu es la réponse à mes problèmes?
— Tu n’as pas parlé de réponse à tes problèmes, tu as demandé TOUT ! Et
me voilà pour exaucer ton vœu à la prochaine lune.
Mars le regarda avec un air narquois.
— Tu n’es pas Tout, tu es un humanoïde asexué nu comme un ver qui
squatte mon canapé. Tu ne m’es d’aucune utilité. Va­t’en.
— Tu es cruel, remarqua Moon.
Mars serra les dents et avança vers lui, la rage lui faisant oublier sa patte
folle. Il attrapa l’intrus par le bras, et le força à se relever. Puis, il le maintint
debout avec une forte poigne, et approcha son visage du sien, la colère gravée dans
ses traits. Les trainées de sang sur son visage lui donnaient un air féroce.
— Ecoute­ moi bien. Je n’aime pas les gens. Je n’aime personne. Je hais
l’humanité toute entière. J’exècre le contact de mes pairs, et je ne supporte pas les
intrus. Alors soit tu me montres que tu peux me donner ce que je désire, soit je te
fous dehors. Je ne veux personne dans ma vie. Personne.
Moon le regarda de ses grands yeux bleus foncés. Il n’avait pas peur. Il
sourit.
— Comment veux­tu que je te donne ce que tu désires, Mars, tu ne sais pas
toi­même ce que tu veux.
— Je veux Tout.
— Mais tu ne sais pas ce dont ton Tout doit être fait. Tu ne veux rien.
La gifle de Mars aurait envoyé la créature rouler à terre si le bibliothécaire

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Moon 2.0" par Leo Codh

ne l’avait pas retenu d’une poigne sèche.


— Toi. Tu crois être quoi pour pouvoir me dire ce qu’il y a au fond de moi ?
Tu crois me connaître ? Tu crois qu’il te suffit de me voir, de me regarder, pour me
deviner ? Tu ne sais rien.
Moon lui fit un grand sourire.
— Tu fais erreur, je sais tout. Je sais que tu es seul, je sais que tu as raté ta
carrière et que ça t’a laissé amer, que ton accident t’a pris une partie de ta mobilité
en même temps que les dernières bribes de ta bonne humeur, que ton caractère
exécrable a fait partir la femme que tu aimais, qu’elle t’a laissé avec au cœur une
haine sans nom pour tous les êtres humains, que tu t’es retrouvé sans amis, avec
les livres pour seule compagnie. Je sais que tu as toujours échoué, et qu’ici, c’est
ton refuge, je sais que…
Cette fois la gifle jeta Moon au sol. Malgré sa patte folle, Mars se jeta sur la
chose et entreprit de la rouer de coups.
­Ferme­la ! Ferme­la ! Ferme­la ! Il hurlait en assénant chaque coup.
Moon ne se défendait pas, et se contentait de darder sur lui ses yeux de nuit,
semblant ne pas sentir la violence des poings s’abattant sur son visage.
— T’as vu, je sais au moins comment te mettre en colère, souffla la créature,
alors que Mars, épuisé, s’était arrêté, et la regardait, le visage fermé et douloureux.
— Tu n’as même pas une marque… remarqua le bibliothécaire, oscillant
entre la rage et la déception.
— Je suis insensible à toute forme de violence, fit Moon en se relevant
comme s’il ne s’était rien passé, laissant Mars à genoux sur le sol.
— Donne­moi mon vœu, et sors de chez moi, fit ce dernier d’une voix froide.
— D’accord, fit Moon avec un grand sourire. Qu’est­ce que tu veux de moi?
— Je ne veux rien de toi. Je veux Tout.
— Je ne peux pas te donner Tout. Tout n’a aucun sens tant que tu ne sais
pas ce qu’englobe ton Tout. Tout est différent selon les gens. Qu’est­ce que tu veux
dans ton Tout ?
— Je… Mars ouvrit la bouche pour la refermer immédiatement.
Qu’est­ce qu’il voulait précisément ?
Il n’y avait jamais réfléchi.
Il savait qu’il était malheureux et insatisfait, mais il ne savait pas comment
améliorer les choses.
Reprendre sa carrière d’écrivain raté ? Non. Cela signifiait quitter sa
bibliothèque. Et il aimait sa bibliothèque. Retrouver sa femme ? Non. Cette
conasse l’avait quitté, elle pouvait bien crever, il n’en avait rien à foutre. Regagner
l’usage de sa jambe ? Il ne voulait pas gâcher un vœu pour une chose si triviale.
Alors quoi ?
La gloire ? Il ne supportait personne, ce n’était pas pour être adulé de tous.

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Moon 2.0" par Leo Codh

L’argent ? Il avait tout ce dont il avait besoin.


L’amour ? Ah ah ah.
Alors quoi…
— Je ne sais pas.
Moon haussa les épaules.
— T’as tout le temps pour réfléchir. Jusqu’à la lune pleine. C’est dans une
dizaine de jours. Un seul vœu, c’est précieux. Choisis bien.
— Je vais réfléchir, fit Mars en se relevant, grimaçant sous la douleur causée
par sa jambe malade. En attendant, sors de ma bibliothèque. T’auras qu’à revenir
dans une dizaine jours.
Moon se tourna vers lui, une grande détresse sur le visage.
— Quoi ? Dégage, allez, lui fit Mars négligemment.
— Mais… Je n’ai nulle part où aller…
— Fallait y réfléchir avant. Si tu me connaissais aussi bien que tu le dis, tu
devais savoir que je ne t’offrirais pas l’hospitalité. Je ne veux personne chez moi.
La porte est là­bas.
Et il commença à se retourner pour gagner son appartement situé dans le
grenier de la bibliothèque.
— Garde­moi.
Mars ne se retourna même pas.
— Si tu es ici quand je redescends, je te jure qu’insensible à la violence ou
pas, je t’obligerai à partir de force.
— Tu es cruel.
— Tu te répètes. Va­t’en. Va­t’en maintenant.
— Mars…
— DEGAGE !
Devant la fureur de ce cri, Moon tourna les talons, claqua la porte de la
bibliothèque et sortit sous la pluie.
Resté seul, Mars monta lourdement les escaliers menant à son
appartement. Là il alla jusqu’à sa chambre, et s’effondra sur son lit.
Il enfonça ses poings dans ses yeux pour endiguer la sourde colère qui
montait en lui.
On lui offrait tout ce qu’il voulait. On lui accordait un vœu. Pour une fois il
avait de la chance. Et il n’avait pas su. Pas su quoi dire. Alors qu’il ruminait ses
échecs depuis des années, il n’avait pas su dire ce qu’il voulait changer dans sa vie.
— Quelle pitié…
Il regarda par la fenêtre. Il pleuvait toujours à verse.
Avec une sorte de satisfaction sadique, il se dit que Moon devait être à
présent dans de sales draps.
Moon.

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Moon 2.0" par Leo Codh

Cette chose était censée être le bien de l’humanité entière. Il haïssait


l’humanité. Et il haïssait le fait qu’un être, quel qu’il soit, vienne le mettre en face
de faiblesses qu’il essayait tant bien que mal d’oublier.
Il se releva en grommelant et alla jusqu’à la salle de bain. Là il se déshabilla
et se détailla dans le grand miroir au­dessus du lavabo. Une grande cicatrice
courrait le long de sa cuisse droite, reflet d’une insouciance passée qu’il payait
chaque jour de sa vie. Il s’appuya sur la faïence blanche, cherchant dans son visage
le reflet de ses échecs.
Ses yeux trop sombres s’égarèrent le long de ses joues creuses à la peau
tannée couvertes de sang séché, de son menton mal rasé, suivirent les reflets de ses
cheveux noirs chatouillant ses épaules, continuèrent jusqu’à ses mains sèches
posées sur le rebord du lavabo.
Il avait été un minable et il s’était résigné à rester un minable. Mais il y avait
ce vœu. Il avait dix jours pour changer sa vie. Pour changer les choses. Changer ce
reflet dans la glace.
Il soupira. Dix jours. Une éternité dans sa vie morne.
Puis il prit une grande inspiration, décidant de penser à tout ça après une
bonne nuit de sommeil. Il entra sous la douche, en sorti deux minutes plus tard, et
bien que l’après­midi soit à peine fini, se glissa sous les draps, et s’endormit sans
effort.

Le lendemain matin, il se réveilla de meilleure humeur que d’habitude.


Tranquillement, il alla prendre un café dans sa cuisine, remarquant au
passage qu’aujourd’hui, il faisait exceptionnellement beau. Il allait enfin voir des
clients et faire rentrer des sous dans la caisse. Il n’aimait pas les gens, mais il avait
quand même besoin d’argent. Sans parler de l’ennui mortel quand il n’y avait
personne de la journée…
Il s’habilla rapidement d’un pull gris léger et d’un jean noir, et descendit
tranquillement les escaliers pour aller ouvrir la bibliothèque.
Il entendit qu’on tambourinait à la porte. Qu’est­ce que c’était ? Un client
acharné ?
Ah là là vraiment, les gens n’étaient pas respectueux…
Il se hâta à peine pour arriver à la porte d’entrée, et lorsqu’il l’ouvrit, il
sursauta.
Moon, dans un piteux état, portant un pantalon immonde de crasse
sûrement trouvé dans une poubelle et les épaules cachées d’une couverture était
encadré par deux policiers.
— Qu’est­ce que… commença­t­il avant d’être coupé par un des deux
hommes.
— On l’a trouvé errant à moitié nu dans les rues. Il nous a donné vos nom et

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Moon 2.0" par Leo Codh

prénom et nous a dit qu’il logeait chez vous. Est­ce vrai monsieur ?
Mars regarda l’être étrange devant sa porte qui le fixait avec un grand
sourire.
— Que se passerait­il si je vous répondais par la négative ? demanda le
bibliothécaire, prudent.
— On l’emmènera au poste, et il fera une garde à vue le temps que l’on
retrouve son identité.
— Et tu perdras à jamais l’occasion de voir ta vie changer, lui souffla
doucement Moon, l’air malicieux.
Mars lui envoya un regard chargé de colère. Et dire que cette journée avait
pourtant bien commencé…
— C’est à moi. Enfin, je veux dire, il est avec moi. C’est mon… cousin. Il est
un peu idiot, mais rien de bien méchant.
Il avait tiqué un peu sur l’emploi du masculin pour désigner la chose, mais il
se dit que ça serait plus simple en face des forces de l’ordre. Il attrapa Moon par le
bras, et le poussa avec une rage contenue à l’intérieur.
— Je le garde maintenant, vous pouvez y aller, il ne s’en ira plus, dit­il aux
deux policiers restés sur le seuil.
— Oui, et bien, faites attention où vous mettez les membres de votre famille,
on n’a pas que ça à faire que de courir après les simples d’esprit en pleine nuit.
— C’est ça, au plaisir, fit Mars en refermant la porte tandis que Moon faisait
de grands signes d’au revoir aux policiers.
Le bibliothécaire l’emmena d’une poigne de fer au centre et l’arrêta face à
lui. L’autre regardait avec intérêt la couverture sur ses épaules.
— Je suppose que tu te trouves particulièrement malin, espèce de saleté ?
— Il fallait bien que je t’oblige à me reprendre, lui répondit Moon sans le
regarder.
Une gifle monumentale atterrit sur sa joue et claqua dans le silence. Il cligna
des yeux et regarda enfin Mars.
— J’ai bien envie de t’enfermer dans un placard jusqu’à la fin des dix jours,
fit le bibliothécaire, les dents serrées.
— Je peux t’aider.
— M’aider à quoi, je voudrais bien le savoir…
Moon sourit.
— Je ne suis pas là que pour ton vœu. Je suis aussi le meilleur de ce qu’il y a
dans l’humain. Je connais le cœur des gens. Je peux faire marcher ton commerce si
tu le désires, et je peux aussi faire d’autres choses. J’ai… certaines facultés.
Tout en s’expliquant, il avait enlevé la couverture et le pantalon crasseux, et
les avait posés pliés sur un canapé.
— Certaines facultés ? C'est­à­dire ? Te foutre à poil ? Je suis super

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Moon 2.0" par Leo Codh

impressionné, cracha Mars avec cynisme.


Moon rit. D’un rire clair et fin qui fit trembler Mars sans qu’il ne sache
pourquoi.
— Je sais m’habiller aussi, regarde.
Il se baissa, et passa doucement ses doigts fins le long de ses mollets jusqu’à
ses hanches, puis de ses hanches à son cou. Et, suivant la ligne de ses doigts, des
vêtements se dessinèrent. Un pantalon fin et une tunique, le tout immaculé et
parfaitement adapté à la silhouette de l’être sur lequel ils étaient posés.
Mars, bien que légèrement impressionné, haussa les épaules avec
détachement.
— Pas mal. Mais j’aime pas le blanc.
— Comme tu veux. Tu préfères comme ça ?
Le pantalon s’était changé en un jean gris et vaguement délavé, et la tunique
devint noire comme l’encre.
— Je préfère, admit Mars, notant que la chose avait choisi les mêmes
couleurs que lui.
Il soupira.
— Je préfère, mais si c’est pour fabriquer des fringues, tu peux repartir te les
geler dehors, je n’ai pas l’intention de monter un atelier clandestin dans les caves
de ma bibliothèque.
— Tu me laisses une seconde ? demanda Moon, un air malicieux sur le
visage.
— Tu as l’intention de faire quoi ?
— Tenter de t’arracher un sourire, répondit Moon en posant ses mains sur
un des piliers soutenant le plafond.
— Attends !
Mais avant que Mars n’ait pu faire le moindre geste, de la lumière argentée
avait jailli des paumes de Moon et s’était diffusée le long du pilier, puis dans toute
la bâtisse, jusqu’au haut plafond en arcades. Et de cette lumière jaillit la lumière :
des lustres ouvragés naquirent du plafond, illuminant la salle de la douce lueur
blanche de leurs pétales de verre. Puis les étagères semblèrent s’animer, les livres
parurent plus droits et leurs couches de poussière s’évaporèrent. Les bois, ternes et
gris, reprirent leur ancien éclat de bois ambré, alors même que de fines sculptures
prenaient place aux angles des meubles. Le cuir des canapés perdit son aspect
craquelé, et des tapis confortables couvrirent le sol. Enfin, sur les piliers, de
délicates fleurs poussèrent dans des pots argentés.
Moon retira doucement ses mains du mur, caressant la pierre de la bâtisse,
et se tourna, ravi, vers Mars qui regardait, bouche bée, la transformation de sa
bibliothèque.
— Alors ? lui demanda Moon.

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Moon 2.0" par Leo Codh

Il n’eut pas le temps de dire un mot, le carillon de l’entrée venait de tinter, et


une vieille dame, que le bibliothécaire voyait souvent, entra.
— Bonjour, fit­elle joyeusement, comme c’est devenu beau ici ! Vous avez
fait des travaux ?
Mars ouvrit la bouche pour répondre mais elle ne lui laissa pas le loisir de
continuer.
— Et vous avez bien raison, cet endroit avait du cachet, mais manquait
singulièrement de classe. Alors que là, il étincelle. C’est sublime, bien mieux que
l’antre poussiéreuse à laquelle on a eu droit trop longtemps… C’était agréable,
d’une certaine façon, mais, diantre, nous ne sommes plus au Moyen Âge ! Il était
temps de se mettre au goût du jour !
Voyant que Mars avait repris son air annonciateur de baffes, Moon se
précipita vers la vieille dame.
— Bonjour madame, soyez la bienvenue. Vous venez emprunter ou déposer
?
— Les deux, jeune homme, les deux. Vous êtes charmant dites­ moi, vous
êtes nouveau ici ?
— Je suis, pour un temps, l’assistant de Mars, puis­je prendre votre
manteau ?
— Prenez, jeune homme, prenez ! Décidemment, vous êtes adorable.
— Je vous remercie madame, répondit Moon d’un air aimable. Venez
déposer ce livre avec moi, je vais vous aider à choisir vos prochaines lectures.
Qu’est­ce qui vous tenterait ?
— Et bien…
Mars les regarda partir tous les deux vers le fond de la bibliothèque,
doublement surpris des pouvoirs extraordinaires de la chose, et de sa capacité à
aller vers les autres.
Il s’assit lourdement au comptoir.
Qu’est­ce qu’il allait faire ? Garder Moon ? Il n’en avait aucune envie. Avoir
près de lui un être, même s’il n’était pas humain, le répugnait. Mais d’un autre
côté, il pouvait être vraiment utile, il venait de le démontrer. Bah… Pourquoi ne
pas l’exploiter au maximum, exiger son vœu, et après, adieu ? Oui, c’était la
meilleure chose à faire.
Moon revint avec la dame quelques minutes plus tard. Elle paya ses
emprunts, et au moment où elle passait la porte, deux clients arrivèrent. Moon se
dépêcha d’aller les accueillir, tandis que Mars, bien heureux de n’avoir à parler à
strictement personne, resta bien au chaud derrière son comptoir.
La journée se passa ainsi. Les clients affluaient, de plus en plus nombreux,
attirés par le charme de Moon, qui rayonnait littéralement, c’est tout juste si Mars
ne voyait pas un halo argenté autour de lui. Il remarqua aussi que les hommes

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Moon 2.0" par Leo Codh

appelaient Moon « mademoiselle » et les femmes « monsieur », du moins, dans la


grande majorité.
Quand vint enfin l’heure de la fermeture, Mars fut surpris de voir tant
d’argent dans sa caisse.
Et puis, il avait du mal à l’admettre, mais il s’était ennuyé. Ne parler à
personne était certes bien commode, mais il n’avait pu toucher aucun livre, ne
parler d’aucun ouvrage…
Moon ferma précautionneusement la porte de la bibliothèque, tourna le
panneau « fermé » vers l’extérieur, et alla rejoindre Mars à sa caisse.
— Je t’ai aidé ? demanda­t­il joyeusement.
— Oui, répondit l’autre sans sortir sa tête de dessus ses bras croisés, comme
un enfant boudeur.
Le sourire de Moon s’éteignit brusquement.
— Tu es triste ? demanda l’être doucement.
— Je t’en pose, des questions ?
Moon voulut gentiment poser sa main sur l’épaule du bibliothécaire, quand
celui­ci saisit brutalement son poignet et le tordit.
— Ne me touche jamais, fit­il d’une voix froide. N’essaye plus jamais de
poser la main sur moi.
Il relâcha sans douceur le poignet de Moon, qui le regardait avec tristesse.
— Tu es…
— Cruel, je sais. Et toi tu es stupide.
— Je n’allais pas dire ça, soupira Moon. Je voulais dire que tu es
complètement déprimé.
— T’as trouvé ça sans personne ?
Moon sourit.
— Tu devrais être heureux.
— Donne­moi une bonne raison.
— Je suis le don de l’humanité, et pendant dix jours, je suis ton don à toi. Je
suis là pour que tu choisisses parmi tous les cadeaux faits à l’homme, celui que tu
voudras que je te donne.
Mars releva la tête, soudain intéressé.
— Le livre d’où tu viens parlait d’un avertissement. Qu’est­ce que c’était ?
Moon prit un ton plus grave.
— Je suis le cadeau, mais j’appartiens à tous. Si quelqu’un tentait de me
posséder pour lui seul de quelque manière que ce soit, alors il verrait le côté pile au
lieu du côté face…
— Qu’est­ce que tu veux dire ?
— Chaque chose a son contraire, expliqua Moon, s’accoudant au comptoir.
Je suis le Tout, et son contraire, je suis le don et le fléau. Le fléau est scellé en mon

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Moon 2.0" par Leo Codh

sein. Et si je deviens la propriété de quelqu’un, les dons seront à jamais perdus, et


les maux de la Terre se répandront parmi tous les hommes, punissant ainsi
l’égoïsme d’un seul.
— Boaf… ça m’est égal… Les gens peuvent bien tous disparaitre, moi avec,
ça ne changera pas grand­chose pour l’univers. Mais comme je n’ai aucune envie
de te garder pour moi, ça règle la question.
— Tu dis que tu t’en fiches que les gens meurent et disparaissent sous les
maux de la Terre, mais si c’était le cas, qui lirait tes livres ? Et qui t’empêcherait de
t’ennuyer comme un rat mort comme tu l’as fait aujourd’hui ?
Mars jeta à la chose un regard mauvais mais ne lui répondit pas. Elle avait
touché là où ça faisait mal, et le bibliothécaire n’avait rien à lui répondre.
— Comment tu veux que je choisisse entre tous tes « dons » comme tu dis ?
demanda­t­il pour détourner la conversation.
— Je vais te montrer. On va en prendre un facile pour commencer. « La
Beauté ».
— Pardon ?
— Viens avec moi, on sort, s’enthousiasma Moon, en sautillant vers la porte.
— Je ne sors jamais.
— C’est un don qui s’exploite en public. Viens.
Grommelant, Mars descendit de sa chaise, et se dirigea vers la porte en
claudiquant. Moon lui tendit un manteau sorti d’on ne sait où, et ils partirent le
long de la ruelle pavée.
— Dis­moi, demanda le bibliothécaire, est­ce que « la beauté » ne serait pas
supposée supprimer mon boitillement ?
Moon rit, et ce rire fit à nouveau frémir Mars.
— La beauté n’a que faire de ces détails. Ça fait partie de ton charme, ce
serait dommage de te l’enlever.
Le bibliothécaire haussa les épaules, et ils arrivèrent bientôt en centre­ville.
Là, Moon l’emmena dans le premier bar venu, et à la grande surprise de
Mars, les gens lui souriaient, les femmes rougissaient quand il les regardait, on lui
offrit les verres sans qu’il n’ait rien à faire. De bars en bars, de personnes en
personnes, le bibliothécaire se dérida. Il n’avait pas à faire l’effort d’aborder les
gens, puisqu’ils venaient à lui. Ils l’écoutaient sans ciller lorsqu’il se risquait à
sortir une ou deux phrases, et riaient quand il faisait un trait d’humour, malgré son
cynisme exacerbé.
Il se surprit à rire lui aussi, et mit ça sur le compte de l’alcool, jusqu’à ce que
Moon se penche vers lui et glisse à son oreille :
— Ne crois pas que l’alcool ou moi y soyons pour quelque­chose, tu ne peux
te cacher derrière aucune raison pour être sociable en ce moment même.
Mars mit quelques secondes à intégrer ce fait, puis, finalement, haussa les

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Moon 2.0" par Leo Codh

épaules.
La soirée continua quelques temps encore, et Mars décida qu’il était temps
de rentrer. Il se retourna pour chercher Moon, lorsqu’il vit la chose en grande
discussion avec un jeune homme qui s’approchait beaucoup trop près d’elle.
Sans chercher à réfléchir, il fonça droit vers eux, attrapa brutalement la
créature, la tira de sa chaise, et la tint éloignée du jeune homme.
— Hey, fit ce dernier, j’étais occupé avec la demoiselle !
— Bas les pattes, décérébré, fit Mars avec un impérial mépris sur le visage.
Et toi, tu viens, on s’en va.
Moon se laissa traîner dehors dans un silence de mort, et flanquer une
monumentale paire de claques quand ils arrivèrent à la bibliothèque.
— Tu dors ici cette nuit, asséna Mars, en montant les escaliers vers son
appartement, laissant l’autre planté au milieu des livres.
Une fois dans son appartement, il alla directement à la salle de bain se
mettre de l’eau sur le visage.
Il ne s’expliquait pas la raison de sa dernière crise de violence, et il n’avait
pas envie de savoir.
Une fois encore, il se regarda dans le miroir.
Il fut frappé.
C’était à la fois lui, et pas lui. C’était son visage, c’était son apparence, mais
il émanait de l’ensemble une sorte de rayonnement étrange. Un peu de l’aura
argenté de Moon.
Il eut envie de se taper la tête contre la faïence du lavabo.
Pris d’une soudaine lassitude, il se jeta sur son lit, lança ses vêtements à
l’autre bout de la pièce, et s’endormit comme une masse.

Le lendemain il se leva en retard et descendit les escaliers quatre à quatre,


pour finalement trouver Moon remplissant parfaitement son office, et rayonnant
de partout, distribuant autant de sourire sur les visages que le sien en affichait.
Mars s’arrêta. Sans raison, il se sentait bien, mais décida de ne pas
s’attarder sur ce fait, et il se mit lui aussi au travail, content de retrouver ses livres.
Mais au fond, et bien que ça lui arrachait les tripes de l’admettre, content aussi de
retrouver sa clientèle.
Il avait apprécié son expérience de la veille, et bien qu’il soit quasiment
certain de ne plus être sous le charme de Beauté dispensé par Moon, il savait à
présent mieux comment faire pour s’adresser à quelqu’un.
Il décida d’essayer d’aider les clients, dans une moindre mesure, se
réfugiant encore les trois quarts du temps derrière son comptoir, parce qu’il ne
fallait pas non plus trop pousser.
Moon et lui ne s’étaient pas encore adressé la parole de la journée. La chose

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Moon 2.0" par Leo Codh

lui avait certes dit bonjour, il lui avait répondu d’un signe de tête, mais c’était tout.
Il n’avait pas envie de parler à Moon. Pas envie de nouer de lien avec lui.
Ou elle. Ou quoi que ce soit. Ce truc était entré dans sa vie, et ça le perturbait. Il
était seul. Seul avec lui­même, seul avec ses angoisses et ses terreurs, et il n’aimait
pas qu’on vienne le déloger de cette routine… Mais, malgré tout, les dons offerts
par la chose pouvaient se révéler intéressants…
Il ne savait pas quoi faire et sentait son esprit s’embourber dans des pensées
qu’il n’avait aucune envie d’explorer.
Il venait de décider d’arrêter de se torturer mentalement, lorsque Moon
passa derrière lui, et souffla à son oreille :
— Allez, puisque ça avait l’air de te tenir à cœur hier, aujourd’hui, le don
c’est « La Santé ».
Instantanément, Mars sentit un poids le quitter. Sa jambe ne le faisait plus
souffrir. Il pouvait marcher normalement. L’air rentrait plus facilement dans ses
poumons, il y voyait plus clair que jamais, il n’avait plus mal au dos…
Il termina sa journée avec un grand sourire sur les lèvres, ses clients ne
l’avaient jamais vu aussi heureux.
A l’instant même où la bibliothèque ferma, avant que Moon n’ai pu faire
quelque mouvement que ce soit pour baisser les grilles, il se précipita dans la rue,
et se mit à courir.
Il courut, courut, le long des rues et des allées, au bord des routes. Il courut
sans s’arrêter pendant des heures, montant des escaliers, descendant des pentes,
sans prendre garde aux passants qui le regardaient effarés.
Quand il rentra à la bibliothèque, la nuit était bien avancée. Il se laissa
tomber sur le sol, paumes tournées vers le plafond, et rit d’un grand rire de joie,
d’un grand rire hystérique qui le secoua des pieds à la tête. Ca ne lui était pas
arrivé depuis des années.
— Moi, j’aime bien quand tu ris.
Il tourna mollement la tête, encore un grand sourire sur le visage.
Moon, assis par terre près de lui le regardait avec tendresse.
Ce qui refroidit Mars d’un coup.
Il se releva et regarda l’être en face de lui.
— Tu veux manger quelque chose ? demanda­t­il, ayant décidé d’être un
tout petit peu aimable en paiement de la joie qu’il avait ressentie.
— Je veux bien, fit l’autre en souriant. Tu veux quoi ?
— C’est à moi de te demander ça.
— Non, c’est à moi. Tu veux quoi ?
— Je n’en ai aucune idée, je ne suis pas en état de réfléchir, grommela le
bibliothécaire. Choisis pour moi.
— D’accord.

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Moon 2.0" par Leo Codh

Moon étendit la main, et une farandole de plats fumants aux odeurs


délicieuses ainsi que des boissons en tout genre apparurent.
— Tiens, tu veux des couverts ?
Mars prit machinalement le couteau et la fourchette que lui tendait Moon,
ébahi par l’avalanche de nourriture disposée dans des plats d’argent sur son
plancher.
— Là… comme ça, là, par terre ? demanda­t­il, un peu soufflé.
— Mmh, répondit Moon qui avait déjà la bouche pleine. T’inquiète pas, rien
ne sera sali.
— T’as aussi le super don de nettoyage, c’est ça ? J’en veux pas de celui­là.
Je peux pas avoir celui de faire apparaitre de la bouffe, plutôt, au prochain coup ?
Moon leva les yeux.
— C’est pas du nettoyage, c’est juste que ce que je fais ne s’apparente jamais
à de la destruction. Et puis, non, il est trop tôt pour te donner le pouvoir de «
Création ».
Mars fronça les sourcils, en colère. Pour qui se prenait cette chose ?
— Et pourquoi ?
— Parce que, là, en ce moment même, tu as envie de me frapper. Détruire.
Casser. Ça tu sais faire. Tu me pardonneras si j’attends un peu avant de te
permettre de créer.
La chose sourit en regardant ses mains.
— Créer est un acte qui prend du temps, qui demande de donner de soi.
Même si c’est fait par magie, il faut avoir envie de faire vivre. De donner un peu de
son être…
Moon leva les yeux. Mars le regardait sans rien dire.
— Tu vas me frapper ? demanda la créature, curieuse.
Le bibliothécaire soupira.
— Non. Mangeons.
Ils terminèrent leur repas sans rien dire, dans le silence feutré de la
bibliothèque.
Mars réfléchissait. Il avait évité de le faire depuis plusieurs jours, mais, il
avait à présent trop besoin de remettre en ordre ses pensées chaotiques.
Moon était en train de changer sa vie.
Il n’aimait pas ça, au premier abord. Il n’aimait pas avoir quelqu’un sous
son toit. Depuis sa femme, il n’avait pas pu supporter le contact de l’humain,
préférant celui des livres.
Mais Moon n’était pas pareil. La chose ne se plaignait pas, supportait tout,
était juste là sans rien dire.
En étant parfaitement honnête avec lui­même, il s’aperçut que la chose ne le
gênait pas. Au contraire, elle l’aidait.

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Moon 2.0" par Leo Codh

Et lui était odieux.


Pourquoi ?
Tout d’abord parce qu’il n‘avait jamais eu envie que quelqu’un vienne dans
sa vie, et donc, il se fichait profondément de l’impact que son comportement
pouvait avoir sur les gens.
De ce fait, avec violence, il indiquait à l’être étrange qu’il n’avait pas envie
qu’il s’immisce plus loin dans son univers.
Oui.
Mais…
Il secoua la tête et cessa là ses divagations. Ça ne menait à rien de bon.
Il avait trop mangé. Il posa ses couverts, et fixa Moon, en face de lui, qui
regardait en souriant le plafond ouvragé, ses mains posées derrière son dos.
L’absence de genre de la chose le gênait parfois.
Mais quoi que ce soit, c’était beau.
Il se sentit soudain minable à côté de la créature, et décida qu’il était temps
d’aller se coucher.
Il se leva, et se dirigea vers l’escalier.
— Bonne nuit, fit­il à Moon, avant de disparaitre vers le grenier.

Le lendemain, il se leva un peu plus tôt, impatient de voir ce qui l’attendait


cette fois. Cette pensée lui fit lever un sourcil. Lui, impatient de voir une nouvelle
journée. Qui l’eut cru.
Tout à son impatience, et encore sous le coup de son euphorie de la veille, il
posa trop rapidement sa jambe sur le sol, et son ancienne douleur se rappela à lui.
Il eut une moue sarcastique.
Rien ne change jamais.
Quand il descendit, il trouva Moon lisant sur le sol devant le comptoir,
portant un short en jean et un débardeur blanc ample.
— Tu fais comment pour te laver ? demanda machinalement Mars. C’est un
don aussi ?
— Bonjour ! fit joyeusement Moon en se tournant vers lui. Non, je ne me
lave pas. Je ne suis jamais sale.
Mars leva un sourcil. Soit.
Moon s’avançait vers lui.
— Aujourd’hui, le don, c’est « La Richesse » !
— La Richesse ?
— Pense à de l’argent et tends tes mains, lui dit Moon, son air malicieux
toujours sur le visage.
Mars s’exécuta, et immédiatement, des pièces et des billets emplirent ses
paumes.

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Moon 2.0" par Leo Codh

— Ah, waow… fit­il, impressionné. C’est pratique.


— N’est­ce pas, commenta en s’étirant Moon, que cet étalage de fortune
laissait insensible.
Mars le regardait faire.
— Bon, voilà ce qui va se passer, dit­il après quelques instants alors que
Moon tournait la tête vers lui, attendant de savoir ce que l’autre allait dire.
Mars ouvrit la caisse du magasin, y mit autant d’argent qu’elle pouvait en
contenir, et regarda la créature.
— J’ai mis dans la caisse la recette de la journée, on ne travaille pas
aujourd’hui, à la place, on va profiter de ce crédit illimité pour faire ce qu’on veut.
Moon lui sourit, et demanda, enthousiaste :
— Qu’est­ce que tu veux faire ?
— Je n’en ai aucune idée, viens, on sort.

Ils flânèrent quelques temps près du fleuve, puis, passant près d’un cinéma,
Mars y entraina Moon, voyant que la chose regardait l’endroit d’un air intrigué.
Ils en ressortirent deux heures plus tard, Moon sautillant de ravissement.
Puis ils partirent le long des rues, fouinant dans les étals des bouquinistes,
mangeant des sandwiches au grès du passage des marchands ambulants… Mars
décida même d’aller s’acheter quelques vêtements, n’ayant jamais eu le courage
auparavant d’entrer dans une boutique et d’affronter les hordes de vendeurs et
vendeuses.
Moon le seconda dans sa tâche, et il repartit les mains pleines.
Alors qu’en fin de journée, ils retournaient à la bibliothèque, Moon
remarqua que Mars regardait dans sa direction, l’air dubitatif.
— Quoi ? J’ai fait quelque chose de pas bien ?
— Non, ce n’est pas ça, grogna le bibliothécaire.
— Ah… Qu’est­ce que c’est ?
— C’est extrêmement perturbant que tout le monde se retourne sur ton
passage partout où l’on passe.
Moon rit.
— Je ne vois pas le problème.
— Je n’aime pas ça.
L’autre le regarda d’un air grave.
— Je suis le don de l’humanité. Je ne t’appartiens pas. Je ne suis pas ta
propriété. Tout le monde est libre de me regarder.
— Je sais, grommela Mars, se sentant profondément piteux.
Ils marchèrent encore quelques instants, et arrivèrent à la bibliothèque. Là,
Moon courut s’enfoncer avec joie dans un canapé rouge.
— Je sais, mais je n’aime pas ça… grommela Mars.

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Moon 2.0" par Leo Codh

Il posa ses achats derrière le comptoir et alla se poster en face de Moon.


— J’aimerai bien que tu répondes à mes questions.
— Oui ?
— Tu es quoi ? Et tu viens d’où ?
La créature se recroquevilla dans le canapé, serrant un coussin contre sa
poitrine.
— Je suis un être créé.
— Pardon ? fit Mars en s’asseyant près d’elle.
— Je suis un être créé à partir d’une larme de lune forgée par les glaces
stellaires, enfant de la nuit donné en cadeau aux hommes par les dieux des étoiles,
pour qu’ils gardent quelque part une preuve qu’il y avait du bon en eux. Je suis le
don. Mais aussi la tentation. En moi sommeillent vos pires maux.
Moon soupira.
— Je ne suis pas humain. Je suis la vie, je renferme la mort. Je n’ai pas de
famille. Je n’ai personne. Je sommeille des éternités dans ce livre avant que l’on
me trouve. Je ne suis pas grand­chose. Je suis un reflet de vous dans une larme de
lune.
L’enfant de la nuit se tourna vers l’astre nocturne qu’on voyait à travers la
vitrine, et tendit la main vers elle, comme pour l’attraper.
Mars le regardait.
Précautionneusement, il posa sa main sur son épaule.
Moon se retourna vivement. Quand Mars le touchait, ce n’était que pour lui
faire du mal.
— Allez, viens. On va se coucher, murmura le bibliothécaire.
— Hein ? S’étonna l’autre.
— Je te prête le canapé de mon salon.
Puis sans aucune autre explication, il s’en alla vers son appartement. Moon
le suivit en trottinant, ne cherchant pas à comprendre.
Une fois dans ledit salon, Mars donna à Moon un oreiller, une couverture,
un pantalon de pyjama, et une serviette.
— Fini de vivre comme un clochard. La salle de bain est là, tu vas te
doucher, et tu te couches, compris ?
Moon fit oui de la tête, en souriant.
— Et enlève ce sourire idiot de ton visage, grogna Mars en tournant les
talons, et en claquant la porte de sa chambre.
Il se laissa glisser le long du mur, pris d’une lassitude subite, mis sa tête
dans ses mains, et pleura sans savoir pourquoi, durant de longues minutes, avant
de se mettre au lit, et de ne s’endormir qu’après plusieurs heures à tourner dans
ses draps sans réussir à trouver le sommeil.

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Moon 2.0" par Leo Codh

Le lendemain, il trouva l’enfant de la nuit étendu de tout son long sur le


canapé, n’ayant apparemment pas trouvé l’utilité d’enfiler le pantalon de pyjama.
Il réveilla la chose d’un verre d’eau dans le visage, et alla se faire une forte tasse de
café bien noir en ruminant de sombres pensées.
La journée se passa bien. Etrangement, il prenait de plus en plus de plaisir à
son travail.

Une routine s’installa. Moon lui donnait un don au matin, Mars


l’apprivoisait la journée, et le soir, ils sortaient l’essayer.
Il testa ainsi « le Savoir », qui lui donna vaguement le vertige, «
l’Intelligence », qui lui fit passer des moments délicieux à discuter avec des
inconnus sous l’œil amusé de l’enfant de la lune, « la Force », qu’il ne trouva pas
forcément utile, mais parfaitement drôle. Il remarqua de manière un peu peinée
que ce jour­là, Moon se tenait à une distance respectueuse de lui, par peur sans
doute de se prendre des baffes qui auraient pu décrocher sa tête de ses épaules.
Il aurait voulu essayer le don de « Création », ce que faisait la créature avec
lui donnait de plus en plus envie, mais cette dernière repoussait toujours le
moment de lui prêter ce pouvoir. Il devinait que c’était aussi par peur de ses
propres réactions.
Cette pensée le dérangeait, et lui mettait au fond des entrailles une douleur
sourde qu’il n’arrivait pas toujours à taire.
Le septième jour, il reçut le don de « l’Inspiration ». Ce jour­là, il laissa la
gestion de la bibliothèque à Moon, et partit s’enfermer dans son bureau. Il n’avait
pas ressenti ce frisson créatif depuis trop longtemps, et son premier réflexe avait
été de prendre un crayon, du papier, et d’écrire.
Sa main courrait toute seule le long des pages.
Il repensait à ces derniers jours passés avec la créature étrange, à son bien
être nouveau, et il écrivit. Des heures durant. Des images passant dans sa tête. Les
soirées dans les bars aux lumières tamisées, les sourires, Moon en train de coiffer
ses cheveux d’or dans le miroir de la salle de bain… Les gifles aussi, les coups qu’il
donnait sans raison, chaque fois qu’un battement de cœur trop fort retentissait
dans sa poitrine, et cette tendresse insensée qui le prenait au ventre... La beauté du
jeune être et l’odeur des livres… Tout y passa.
Il noircit des pages et des pages, durant le jour et la nuit, pour tenter
d’expliquer ce qui se passait en lui.
Quand il regagna son appartement, c’était le petit matin. La bibliothèque
allait ouvrir dans deux heures, et il trouva inutile d’aller se coucher.
Moon dormait dans le canapé, un bras au­dessus de sa tête, ses cheveux d’or
étalés sur l’oreiller.
Mars posa les feuilles noircies d’encre à côté de l’enfant de la nuit, et le

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Moon 2.0" par Leo Codh

regarda dormir de longues minutes.


Puis il alla s’enfermer dans la salle de bain, prit une douche bouillante, et
s’éclipsa par l’escalier pour aller ouvrir la bibliothèque.
Les premiers clients arrivèrent, et Moon n’était toujours pas descendu.
Mars s’occupa de la boutique tout seul. Il aimait ça à présent. Il aimait ça, et pas
seulement pour les livres. Il aimait parler avec les clients, il aimait sentir la vie
bruisser autour de lui, et entendre le bruit feutré des pages que l’on tourne.
Il était plus de midi quand Moon redescendit l’escalier.
La créature se dirigea vers Mars, et resta debout à une distance calculée,
l’air perdu et effrayé, tenant à la main les feuilles de papier froissées que le
bibliothécaire avait laissées près du canapé.
Mars s’en aperçut, et fit sortir les clients avec gentillesse. Il ferma la
boutique, et se retourna vers Moon, qui n’avait pas bougé.
Un silence de mort s’installa.
Aucun des deux n’osait le briser.
— Tu te rends compte… souffla Moon tout à coup, tu te rends compte de ton
égoïsme ?
Mars haussa les épaules.
— Je ne suis pas un être parfait. Je n’ai jamais prétendu l’être.
Sans que rien n’ait pu l’annoncer, Moon se jeta sur lui, et lui décocha un
violent coup de poing à la mâchoire, qui le jeta à terre. L’enfant de la lune s’assit
sur lui, l’immobilisant, avec une force qui surprenait venant d’un être si frêle, et il
l‘attrapa au col.
— Tu te rends compte de ce que tu fais ? hurla Moon. Regarde ! Regarde­
moi !
Ne s’attendant pas à cette avalanche de fureur, Mars répliqua, et attrapa les
cheveux d’or, qu’il tira de toutes ses forces.
Ils se battirent quelques minutes en roulant sur le tapis, ne se faisant pas de
quartier.
— Egoïste !! Sale égoïste !! criait Moon, pleurant de rage, de colère, de
frustration. Tu vas tout détruire !!
— Je n’ai pas choisi, d’accord ! hurla tout à coup Mars.
Moon se recula vivement de lui, comme brûlé par son contact.
Mars soupira, essuyant le sang qui coulait de sa lèvre fendue.
— Je n’ai pas choisi que tu débarques dans ma vie, et je n’ai pas choisi tout
ce qui est arrivé, et ce qui arrive en ce moment même. Je n’ai pas choisi quoi que ce
soit de toute cette situation de merde. Je ne contrôle plus rien, je ne suis plus
capable de te foutre dehors, je te hais de m’avoir montré que j’étais capable d’avoir
des sentiments humains. Je te hais de toutes mes forces de ne pas être capable de
te haïr. Ça te va ?

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Moon 2.0" par Leo Codh

Moon se recroquevilla par terre contre une étagère.


— Et maintenant ?
Mars secoua la tête.
— Maintenant, j’ai une idée assez nette de ce que je veux, mais ce que je
veux est aussi ce que je ne peux avoir. Alors je pourrais tout détruire, et tout casser,
pour obtenir ce que je veux par la force, mais cela ne me donnerait pas satisfaction,
parce que ce n’est pas comme ça que je vois les choses à présent.
Moon tourna la tête vers lui et le regarda de ses grands yeux de nuit.
Le bibliothécaire continua.
— Et puis, je n’ai plus cette colère en moi contre toute chose. Je n’ai pas
envie de te faire souffrir.
L’enfant de la lune hoqueta, et commença à pleurer.
Mars le regarda, déboussolé.
— Quoi ? Qu’est­ce qu’il y a ?
Moon le regarda et lâcha dans un sanglot :
— J’ai été en colère.
Le bibliothécaire s’approcha de l’être aux cheveux d’or, et passa doucement
sa main le long du dos fin, sans savoir trop ce qu’il faisait.
— J’ai été en colère… Je t’ai frappé, j’ai essayé de te détruire, et j’ai mal… j’ai
mal dans ma poitrine.
— Ça s’appelle le chagrin, précisa Mars.
Moon poussa un long cri de désespoir.
— Les Maux. Les Maux de l’homme. Je les ressens.
— Tu deviens humain, souffla le bibliothécaire. Un humain n’est pas fait que
de joies et de dons, il est aussi fait de défauts et de détresses.
— Je ne suis pas censé être humain…
— Et moi je ne suis pas censé éprouver de sentiments, chacun ses petits
problèmes… fit Mars en haussant les épaules.
Moon le regarda, planta ses yeux dans les siens, cherchant une faille, une
preuve, quelque chose qui le guiderait sur le comportement à adopter.
L’homme soutint son regard.
Alors Moon s’appuya contre lui, et Mars passa un bras autour de son épaule.
L’enfant de la lune sentait la fleur.
— Bon, fit le bibliothécaire après quelques instants, on oublie les dons, on
oublie les pouvoirs et tout ce qui s’en suit. Il reste trois jours. Ça ne m’intéresse
plus de jouer à l’apprenti sorcier.
— Qu’est­ce qui t’intéresse ?
Mars éclata de rire.
— Ne te fous pas de moi, s’il te plait, c’est déjà suffisamment compliqué.
D’ailleurs, la question n’est plus là.

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Moon 2.0" par Leo Codh

— Ah oui ?
— Tout à fait. La question, c’est qu’est­ce que TU veux?
Moon se recula et le regarda avec stupeur.
— Pardon ?
Mars eut une profonde envie de lui en coller une par réflexe, mais il se
retint, et se pinça l’arête du nez en soupirant.
— Qu’est­ce que tu veux ? Qu’est­ce que tu veux qu’on fasse maintenant ? Je
ne peux pas t’obliger à éprouver des sentiments, ni à décider quoi faire à ta place.
Tu es un être vivant, tu as bien des envies, non ?
— Oui.
— Alors qu’est­ce que tu veux ?
Moon baissa la tête.
— Je ne m’appartiens pas. Je n’ai pas le droit de décision. Je suis le cadeau
de l’humanité renfermant ses pires fléaux. Une tentation pour les faiblesses des
hommes. Ces faiblesses n’ont pas le droit d’être miennes.
— Trop tard, siffla Mars.
— Je ne sais pas !! Je ne sais pas !! Laisse­moi tranquille !! Je te déteste,
Mars, je te hais !!
Moon avait hurlé, et s’enfuit dans la réserve de la bibliothèque en claquant
la porte.
Mars n’alla pas essayer de le raisonner, il savait très bien que l’enfant de la
lune s’était enfermé, et qu’il ne répondrait pas.
Pris d’une inspiration subite, il se dirigea vers le rayon de l’occulte, et y prit
le livre à la couverture blanche par lequel tout avait commencé et qui était resté là,
abandonné par Moon.
Il nota au passage que le cercle rouge était toujours bien enfoncé dans le sol,
et il bénit le ciel qu’aucun client ne soit passé par là depuis l’arrivée de Moon.
Il emporta le livre dans son bureau et s’y enferma à double tour.

Le lendemain, il se leva tôt.


Moon avait passé la nuit enfermé dans la réserve, et lui s’était endormi dans
son bureau sur ce livre de malheur, essayant vainement d’en tirer une réponse
quelconque.
Il alla ouvrir la bibliothèque, et commença son travail. L’enfant de la lune
n’apparut pas de la journée. Les clients habituels demandèrent à Mars de ses
nouvelles, il prétexta une mauvaise grippe et ne s’étendit pas sur le sujet.
A la fin de la journée, quand il monta chez lui, il s’aperçut que la porte de la
réserve était ouverte. Il grimpa les escaliers aussi vite que le lui permettait sa patte
folle et trouva Moon qui patientait dans son salon, l’air grave.
Il s’assit sur une chaise, en face de l’enfant de la lune, et attendit.

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Moon 2.0" par Leo Codh

— Je ne suis pas humain, tu le sais, commença Moon après quelques


instants de silence.
— Je le sais.
— Et ça te fait quoi ?
Mars haussa les sourcils.
— Je m’en fous.
Moon soupira.
— Tu te fous des conséquences ?
Mars sourit.
— Totalement.
— Et bien moi pas.
Mars perdit son sourire.
— Je ne me fous pas des conséquences, continua l’enfant de la nuit. Je ne
suis pas un être qui détruit, malgré les Maux que je sens vivre en moi pour la
première fois, je ne peux consciemment condamner l’humanité à souffrir.
Le bibliothécaire tapa du poing sur l’accoudoir de son fauteuil.
— Mais regarde­la ton humanité chérie, regarde­les, ces hommes ! Tu ne
crois pas que tous les maux du monde, ils les subissent déjà ? Regarde­les mendier
dans les rues, regarde­les se déchirer, se tuer, regarde­les être malade et regarde­
les mourir… Ce que tu as en toi n’est là que pour toi, n’est là que parce que tout
être porte en lui les chagrins, la maladie, et la mort ! Tu vis, tu t’appartiens,
personne n’a à supporter le poids que tu as sur le dos, tu as le droit de vivre, de
choisir, et d’être libre !
— Pas moi.
— Arrête de dire ça ! Tu as peur de quoi ? Tu as peur de mourir ? Quand on
vit, on meurt. Tu prétends être la vie et le bonheur, le don de l’humanité, mais la
force de l’homme et des sentiments, bons ou mauvais, vient de l’éphémère de notre
condition ! Pas de vie sans mort, pas de bonheur sans chagrin ! Comment peux­tu
prétendre être ce que tu es si tu n’as jamais rien ressenti ?
Moon baissa le nez.
— Je n’ai pas peur de mourir. Je suis seul. Depuis des centaines d’années je
suis seul. J’aimerais avoir un jour la promesse de la mort en même temps que celle
de la vie, mais je vis sans vivre et sans mourir, sans rien ressentir, jusqu’à présent.
Et maintenant j’ai peur de ce que je ne connais pas. J’ai peur de l’absence, de la
haine, j’ai peur de la douleur. Mais pas de la mort…
L’enfant de la lune avança les mains en coupe au niveau de sa poitrine, et au
milieu, une belle fleur blanche commença à pousser. Sa corolle s’ouvrit, ses pétales
explosèrent de vie, puis elle se fana et tomba en poussière.
Moon regarda Mars.
Lentement il se leva et fit tomber ses vêtements.

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Moon 2.0" par Leo Codh

Nu comme un vers, il se tenait au milieu du salon.


— Si tu avais à choisir, demanda­t­il au bibliothécaire, je serais quoi ?
— Tout, répondit Mars en souriant.
Un long silence passa. Un silence pendant lequel Moon le regarda avec
insistance, exigeant, quémandant la réponse à sa question.
Devant cette supplique silencieuse, Mars capitula.
— Tu sais, tu es déjà Tout, en ce qui me concerne, reprit­il, très sérieux. Si
j’avais à choisir, tu serais tout ce que tu désires. Si tu avais à choisir, que
désirerais­tu être ?
— Je ne sais pas… soupira Moon en baissant les yeux et en entourant sa
poitrine de ses bras.
Mars se leva, l’entraîna doucement vers la salle de bain, poussant l’être
désarmé et fragile dans la baignoire, et entreprit de le laver des pieds à la tête, avec
beaucoup de douceur, faisant mousser le savon dans ses cheveux.
Puis il le sécha, l’habilla d’un pyjama propre, et le coucha dans son propre
lit.
L’autre se laissa faire sans rien dire, appréciant cette douceur soudaine et
inconnue.
Quand Mars s’en alla, laissant l’enfant de la nuit seul dans la chambre qui se
roula en boule, et s’endormit.

Les deux jours suivants, Mars ne revint pas. Il était parti on ne savait où, et
l’enfant de la lune ne savait où le chercher.
Moon fit tourner le commerce tout seul, ouvrant la bibliothèque le matin, et
allant s’enfermer dans la chambre de Mars le soir, ne sachant pas quoi faire.
Au matin du troisième jour, quand l’enfant de la lune entendit le carillon de
l’entrée, il se précipita, et sauta au cou de Mars qui venait de rentrer.
Ce dernier le prit dans ses bras quelques instants avant de lui agiter sous le
nez une poche qui sentait bon et chaud.
— Petit déjeuner ? demanda­t­il avec un sourire.
Ils s’installèrent sur le tapis devant le comptoir, et commencèrent à manger,
sans rien dire, se regardant.
Quand ils eurent fini, Mars fixa l’enfant de la lune, sérieux.
— J’aimerais savoir ce que tu veux, Moon. S’il te plait.
Ce dernier le regarda en se mordant les lèvres.
— Moon. Je dois savoir, insista le bibliothécaire d’une voix douce.
— Je… je veux être humain, et rester avec toi. Je veux être comme toi. Je…je
veux être… libre.
Il avait parlé en regardant ses genoux.
— Mais … ? Continua Mars qui avait senti l’hésitation dans sa voix.

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Moon 2.0" par Leo Codh

— Mais, au­delà de tout ce que ça implique de mauvais pour l’humanité, j’ai


peur de toi. J’ai peur de toi, de tes réactions et de ta violence.
— Je n’ai pas l’intention de te faire souffrir.
Moon leva vers lui ses yeux de nuit.
— C’est une promesse ?
— Oui.
— Bon… Je veux bien essayer de te faire confiance.
Mars leva un sourcil. Moon allait peut­être lui faire confiance, et cesser
d’avoir peur de lui. Peut­être qu’il devrait se pincer… Mais il se reprit.
— Viens avec moi, fit­il à l’enfant de la lune.
Il le prit par la main et l’entraîna vers le fond, au rayon de l’occulte. Ce
faisant, il sortit d’une besace le livre blanc. Il sentit Moon se raidir, mais ne lâcha
pas sa main jusqu’à ce qu’ils soient au centre du cercle rouge, et que le
bibliothécaire n’y dépose le livre.
— Donne­moi mon don, Moon, donne ­le­moi maintenant.
— Et qu’est­ce que tu veux, parmi les dons des hommes, Mars ? demanda
l’enfant de la lune.
— Je veux créer. Je veux « la Création. »
— Mais… tu ne sais pas t’en servir…
— Tu as dit que tu me faisais confiance. Fais­moi confiance quoi qu’il arrive.
Moon le regarda. Il n’y avait aucune trace d’appréhension dans ses yeux.
L’enfant de la lune posa sa main sur la poitrine du bibliothécaire, et Mars
sentit le don affluer en lui.
C’était différent. C’était différent d’avant, quand les dons ne lui étaient que
prêtés, et qu’il les sentait à peine. Là, il vit en un éclair toutes les possibilités
nouvellement offertes. Il sentit la lumière dans son ventre et au bout de ses mains,
l’or danser dans ses doigts.
La Création.
Au même instant, rappelant à lui le cadeau de l’humanité, le livre
commença à diffuser une fumée bleue qui se dirigea vers Moon.
Mais avant que la fumée ne touche l’enfant de la lune, le bibliothécaire sortit
de sa besace un long poignard, et l’enfonça loin dans la poitrine de l’être aux
cheveux d’or, au milieu de son cœur.
Moon eut un hoquet étouffé, et tomba mollement contre Mars qui le reçut
dans ses bras avec délicatesse.
La fumée les entoura, cherchant, furetant, et finalement entra en Moon que
le bibliothécaire tenait serré contre lui. Une lumière se fit, et la fumée revint dans
le livre, emportant avec elle un amas de poussière d’or et de sang caillé : les Dons
et les Maux de l’humanité.
Puis le livre se ferma, et disparut, emportant avec lui le cercle rouge.

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Moon 2.0" par Leo Codh

Resté seul, dans le silence de la bibliothèque, Mars regardait Moon. Moon,


l’enfant de la lune, le don de l’humanité. Mort entre ses bras.
Il avait les mains poisseuses du sang de l’être gisant sans vie contre lui.
Avec beaucoup de délicatesse, il le coucha sur le sol, laissant la tête de Moon
sur ses genoux.
Il ne pensait pas avoir beaucoup de temps avant que la chaleur de la vie ne
quitte définitivement ce corps.
Il repensa à ce que Moon lui avait dit en parlant du pouvoir de Création :
« Créer est un acte qui prend du temps, qui demande de donner de soi.
Même si c’est fait par magie, il faut avoir envie de faire vivre. De donner un peu de
son être… »
Il posa doucement ses mains sur la poitrine de l’enfant de la lune.
La volonté de donner un peu de son être…
Il sentit sa vie passer le long de ses bras, dans ses doigts, dans le corps de
Moon. Mais ça n’était pas suffisant.
Il repensa à tout ce qui faisait Moon, et à tout ce qui le rendait humain. Son
odeur de fleur.
Il avait touché le cœur. Il le sentait.
Il laissa ses sentiments s’écouler le long de son être pour aller remplir ce
cœur exsangue, le remplir jusqu’à la dernière goutte, et lui donner l’impulsion
nécessaire pour battre à nouveau.
Puis il se souvint que Moon n’était pas encore entièrement humain. Il fit
passer son être entier en lui, lui donnant ses émotions : la douleur, le bonheur, le
doute, l’angoisse, la joie... la vie, la mort. Il fit passer son être entier en Moon,
remodelant ce corps sans vie pour lui donner l’humanité qui lui manquait, jusqu’à
ce qu’il manque de s’évanouir d’épuisement.
A ce moment, l’enfant de la lune eut un soubresaut, et il ouvrit les yeux, en
haletant, complètement perdu.
Mars le prit dans ses bras pour qu’il se calme. Ce qu’il ne fit pas. A la place,
il colla un grand coup de poing dans les côtes du bibliothécaire.
— Tu m’as tué ! Espèce de… Espèce de…
Il ne put continuer devant Mars qui riait aux éclats, soulagé.
Moon sourit doucement.
— Tu es libre maintenant, souffla Mars.
— Maintenant, on fait quoi ? demanda l’enfant de la lune au bibliothécaire
qui récupérait sur le sol, peu habitué à donner autant de sa personne.
— Qu’est­ce que tu veux, toi ? lui demanda Mars en soupirant de
contentement.
Moon planta ses yeux de nuit dans ceux du bibliothécaire, pour répondre,

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Moon 2.0" par Leo Codh

en un souffle :
— TOUT.
Et Mars sourit…

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Arnaé donna un dernier coup de pioche et le mur s'éboula dans un fracas
d'avalanche incongru dans la chaleur étouffante du désert de l'Est. Surpris, le
jeune homme poussa un juron et bondit en arrière. Il attendit que le nuage de
poussière se disperse avant de s'avancer avec prudence. A la place de l'antique
muraille de briques, Arnaé vit un trou ouvert sur les ténèbres. Il jeta un rapide
coup d'œil circulaire – personne ne l'avait vu, les autres chercheurs de reliques
étaient au loin, dispersés dans les ruines de la cité – et il pénétra dans la cavité.
Le jeune homme attendit que ses yeux s'habituent à la pénombre, puis il
examina les lieux, tremblant d'excitation. L'endroit ressemblait à une cache des
Anciens, là où ils entreposaient leurs trésors. Peut­être y trouverait­il des livres ?
Il crut voir une forme lisse et luisante, mais l'obscurité était trop épaisse. Il n'osa
pas avancer à tâtons, les Anciens raffolaient des pièges mortels et ils en avaient
truffé leurs caves avec une ingéniosité qui révélait un esprit retors et vicieux, selon
son père. Arnaé sortit la flasque d'huile de rat et la lampe de son sac pour en
remplir le réservoir. Il s'empara ensuite de son nécessaire à feu et battit le silex de
son briquet de bon acier du nord. Les étincelles tombèrent sur l'amadou et Arnaé
approcha une chènevotte soufrée du point incandescent. Le bâtonnet s'embrasa et
il put enfin allumer la mèche de sa lampe. Il se redressa et demeura figé de
surprise.
Des dizaines de corps humains, réduits pour la plupart à l'état de
squelettes, étaient entassés dans un espace réduit. Les os étaient en connexion
anatomiques mais ils étaient brisés en d'innombrables fragments. Poignets et
chevilles étaient entravés par des chaînes rouillées mais intactes. Quelques corps
comportaient encore des lambeaux de chair et de peau desséchées. Arnaé
contempla en frissonnant une mâchoire grande ouverte pour l'éternité en un cri de
désespoir et de douleur. Comme ils ont dû souffrir ! se dit­il, bouleversé par cette
antique tragédie. Ces Anciens étaient peut­être de grands magiciens créateurs de
merveilles, ils étaient aussi des sauvages, cruels et sanguinaires.
Le jeune homme avisa le squelette carbonisé d'un animal étrange. Il était
semblable à un triton ou un lézard d'une taillé démesurée, près de trois mètres de

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Une relique des années de braise" par Mathew Salem

long. Les chaînes qui avaient servi à l'immobiliser pendant sa mise à mort étaient
toujours en place, emprisonnant ses membres. Il se détourna de l'infortunée
créature et tomba nez à nez avec un autre corps, humain celui­là. Les bourreaux
s'étaient particulièrement acharnés sur lui, à un tel point que ses bras et ses
jambes étaient réduits à des esquilles d'os carbonisés. Arnaé crut voir un reflet
métallique et s'approcha du mort avec réticence.
Une petite boite argentée était coincée sous le corps. Malgré sa répugnance
à toucher les ossements des suppliciés, Arnaé poussa le bassin de l'inconnu du
bout du pied et s'empara du coffret avant de battre en retraite.
Le jeune homme émergea à l'air libre et prit une profonde inspiration. Dans
les ruines de l'antique cité, sous le soleil chaud du désert, la scène qu'il venait de
quitter lui semblait irréelle. Il s'éloigna de la cache des Anciens et s'assit sur un pan
de mur à peu près stable. Il examina sa trouvaille, la retournant dans ses épaisses
mains de prospecteur en livres anciens. Les parois d'argent étaient ornées de fines
gravures abstraites. Arnaé s'absorba dans la contemplation des méandres
métalliques sans reconnaître de motif. Il passa ses doigts sur les moulures
argentées. Il entendit un déclic et il lâcha la boite de surprise. Elle retomba sur le
sol, le couvercle grand ouvert. Le jeune homme se pencha et vit une liasse de
feuillets jaunis par le temps. Les mains tremblantes, il s'en empara et remercia la
Salamandre pour ses bontés, un réflexe tenace malgré son scepticisme, en ces
temps de survie précaire et de soumission à l'autorité religieuse. Il commença à
déchiffrer les mots tracés par un homme mort depuis plus de deux millénaires :

En ces heures sombres, j'ai décidé de prendre la plume afin que mon
histoire soit connue de la postérité, s'il doit y en avoir une. Je sais que mon nom
est synonyme de trahison et de crime aux yeux du monde, mais je suis avant tout
un homme pris dans le tourbillon des évènements. D'une certaine manière, je n'ai
pas choisi d'être ce que je suis, j'y ai été amené par mon goût du pouvoir et des ors,
certes, mais aussi parce que le Maître m'a distingué, sans me laisser la possibilité
de refuser l'honneur qu'il me faisait.
Mon nom est Jason Detourn, et je suis – j'étais – paléontologue à
l'université Miskatonic, spécialiste des amphibiens du permien. A cette lointaine
époque, les ancêtres des grenouilles régnaient en maitres sur la Terre, ils
occupaient toutes les niches écologiques... mais je m'égare, la vieille habitude des
cours en amphithéâtre laisse des réflexes tenaces.
En mars de l'année dernière, la mine de sel de Carslbad, Nouveau­Mexique,
livra un trésor extraordinaire. Peut­être vous en souvenez­vous, la nouvelle a
occupé le devant de la scène médiatique mondiale trois jours durant, ce qui est
rare pour une découverte paléontologique.
Deux mineurs extrayaient du sel à la haveuse sur le front de taille, à plus

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Une relique des années de braise" par Mathew Salem

d'un demi­kilomètre dans les entrailles de la Terre lorsque l'un d'eux, Emilio
Gutierrez, crut apercevoir quelque chose. Il stoppa le monstre de métal, mit pied à
terre et approcha de la muraille de sel, sans répondre aux questions de son
coéquipier. Lorsqu'il fut tout près, il vit qu'il y avait bien un défaut, une inclusion
dans le sel translucide. Il resta tétanisé de surprise.
Emilio contemplait le corps d'un grand animal, de trois mètres de long, en
apparence parfaitement conservé. Quatre pattes palmées, un tronc épais prolongé
d'une queue effilée, une tête massive. Le mineur savait déjà que cette découverte
était exceptionnelle, voire unique. De temps à autre des micro­organismes
momifiés dans le sel surgissaient d'un passé lointain lorsqu'un prospecteur prenait
la peine de les chercher, mais jamais rien d'aussi gros. Il crut avoir mal vu lorsqu'il
entraperçut, à travers le cristal diaphane, de longs doigts effilés repliés sur la
poignée de ce qui ressemblait à une épée.

Je fus prévenu le lendemain. Spécialiste mondial des amphibiens du


permien, j'avais cultivé mes relations afin d'être informé de telles découvertes au
plus tôt. Une visite sur place, dans les longues galeries souterraines, me
convainquit de l'importance de la trouvaille.
Je fis dégager la momie, toujours prise dans sa gangue de sel, et la ramenai
au laboratoire.
Sur la table d'examen, j'ouvris délicatement le bloc à l'aide d'une scie
diamantée. L'amphibien géant retrouva l'air libre, pour la première fois depuis
plus de deux cent cinquante millions d'années. Son monde était alors bien
différent du notre. La planète venait de connaître la pire catastrophe de son
histoire, la Terre entière était devenue un désert sans vie sous l'action conjuguée
d'un changement climatique majeur, d'éruptions volcaniques géantes et d'impacts
dévastateurs de météorites. Seules un dixième des espèces avaient survécu.
Celle de ma créature n'avait probablement pas eu cette chance, elle ne
ressemblait à aucun autre amphibien du permien que je connaisse. Son allure
humanoïde, ses deux pattes arrière semblables à des jambes, ses deux bras d'une
troublante humanité la rendait presque irréelle. Les pieds et les mains arboraient
une mince membrane entre leurs doigts. La tête, massive, montrait à la fois une
altérité radicale et une déconcertante familiarité. Les yeux globuleux, le bec projeté
en avant, le front fuyant, tout cela me fit frissonner d'une angoisse irrationnelle.
L'animal était bipède, cas unique parmi les amphibiens. Mais le point qui avait
tant intrigué Gutierrez, et qui m'obsédait depuis que je l'avais entrevu à travers le
cristal de sel translucide, était l'étrange objet que tenait la créature. Désormais, je
pouvais le voir distinctement, il s'agissait bien d'une épée. Je dus m'assoir, écrasé
par la portée démesurée de ma trouvaille.
Je n'avais pas juste découvert un nouveau batracien du permien terminal,

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Une relique des années de braise" par Mathew Salem

un simple animal au corps exceptionnellement bien conservé. Je venais de mettre


au jour une espèce intelligente, à une époque où il ne devait pas y en avoir. Il était
à coup sûr le représentant de toute une civilisation non­humaine. Je venais
d'exhumer un monde, complexe et cultivé, grâce à cet unique bout de métal vieux
de deux cent cinquante millions d'années.

La spirale médiatique mondiale m'entraîna dans un tourbillon étourdissant.


Après un moment d'incrédulité et de sarcasmes, l'humanité dut se rendre à
l'évidence : elle n'était plus le sommet de la création. Elle avait eu de lointains
prédécesseurs, qui avaient fini leur existence dans un cataclysme inimaginable,
disparaissant de la surface de la Terre en compagnie des neuf dixièmes du vivant.
Malgré les pressions et tentatives d'appropriation de quelques­uns de mes estimés
collègues, je parvins, non sans peine, à conserver ma momie et le contrôle de la
situation. Je nommai ce vénérable amphibien Anthropobatrachus sapiens.
J'établis ainsi fermement ma prétention de découvreur.
Entre deux interviews et conférences, je continuais mes recherches. Je
commençai, durant plusieurs semaines, par un minutieux examen externe.
Numérisation 3D, prélèvement d'échantillons, analyse ADN... L'acide nucléique
était parfaitement conservé. Son étude phylogénique me permit de situer ma
créature précisément dans l'immense famille du vivant. Elle appartenait à l'ordre
des Temnospondyles, des amphibiens géants disparus à jamais dans le temps
profond des ères géologiques. Seul représentant d'une nouvelle famille que je
nommai Anthropobatrachidés, il avait fière allure sur le nouvel arbre phylogénique
des batraciens. Après avoir bouclé les investigations externes, je décidai d'étudier
son anatomie interne. Je ne voulais pas l'endommager et résolus d'avoir recours à
un tomodensitomètre. L'hôpital d'Arkham accepta de prêter gracieusement son
scanner 4D, afin d'associer son nom à la découverte du siècle.

La direction avait vendu les droits de diffusion planétaire à CNN. Je


suppose qu'ils avaient négocié l'exclusivité pour un prix exorbitant. Sous la lueur
solaire des projecteurs, devant une foule de journalistes et d'employés de l'hôpital,
bruissante d'excitation contenue, j'escortai ma créature vers le service de
radiologie. J'aimais de plus en plus ce nouveau rôle d'icône médiatique. J'affichai
un sourire commercial face à la caméra avant de m'engouffrer dans l'ascenseur
avec mon équipe. Jennifer, la technicienne responsable du brancard de
l'amphibien, osa maugréer une remarque désobligeante sur les journalistes. Je la
remis sèchement à sa place :
— Les citoyens américains vous payent. Ils ont le droit de savoir pourquoi.
La blondinette pâlit et son visage se ferma. Elle eut la prudence de ne rien
répondre. La sonnerie de l'ascenseur rompit le lourd silence. La porte s'ouvrit et

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Une relique des années de braise" par Mathew Salem

nous pénétrâmes dans l'étage d'imagerie de l'hôpital d'Arkham. Là encore, une


caméra nous attendait, entourée d'une petite foule de soignants désœuvrés.
Une soudaine angoisse, totalement inopinée, me submergea. Je vis des
images de cité engloutie, un sentiment d'horreur me fit haleter. L'étrange
sensation disparut comme elle était venue, sans laisser de trace. Je regardai autour
de moi. Personne n'avait rien remarqué et nul autre n'avait ressenti cette terreur
subite. Notre petit convoi parvint à la salle du scanner.
J'observais Jennifer et les techniciens de l'hôpital faire glisser délicatement
mon amphibien dans le tunnel aux parois métalliques du tomodensitomètre. Le
praticien s'activa devant son écran, lança l'analyse et plongea son regard dans l'œil
de la caméra :
— Nous allons enfin savoir ce que ce jeune homme a dans le ventre !
L'assistance rit poliment. Je réprimai avec peine un mouvement d'humeur.
De quel droit ce petit radiologue se permettait­il de s'emparer de la notoriété qui
me revenait de droit ? Je cherchai une réplique acerbe lorsqu'une exclamation
s'éleva de la petite foule :
— Regardez ! Il est parfaitement conservé. C'est incroyable.
J'observai l'écran du scanner. Le praticien débordait d'enthousiasme. Tous
les organes internes de ma créature étaient visibles, le foie, les poumons, le
système digestif, comme pour un animal vivant. Une bouffée de fierté me
submergea. C'était ma chose ! A moi ! Un nouveau cri :
— Le cœur ! Regardez le cœur !
Je fixai à nouveau l'écran. Je n'en crus pas mes yeux : le cœur se contractait,
cela était impossible, mais il battait, après deux cent cinquante millions d'années
d'immobilité. L'assistance était pétrifiée. Tout le monde avait compris: l'animal
vivait ! Une rage irrationnelle me saisit. Je marchai sur le radiologue telle une
machine. Tue ! Tue ! Une ardente soif de sang emplissait mon esprit. L'homme se
retourna et nos regards se croisèrent. Il pâlit de terreur et esquissa un geste du
bras pour se protéger. Mon poing s'abattit, propulsé par mes quatre­vingt kilos de
muscles et de haine. Il tomba en hurlant. J'empoignai une chaise et cognai sur
l'ennemi à terre. Un craquement d'os brisés, du sang sur le carrelage. Je frappai à
nouveau. Encore. Et encore. Des mains me saisirent. Je lâchai mon arme et écoutai
les cris avec indifférence. J'étais satisfait, rassasié.
Dans le scanner, ma créature s'éveillait. Un vent de folie soufflait sur
l'assistance. Je vis une femme, le visage déformé par la terreur, se mettre à genoux
et prier d'une voix criarde tandis que des hommes tentaient de fendre la foule
pour prendre la fuite, en vain. L'horreur déferlait telle une vague irrésistible. Des
images de cauchemar se formaient dans les esprits. Des cités englouties, des
sacrifices sanglants, une servitude éternelle...
Le monstre s'extirpa du tunnel du scanner et se redressa. Il ouvrit les yeux

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Une relique des années de braise" par Mathew Salem

et contempla le troupeau affolé. Il tordit son bec de batracien en une caricature de


sourire. La créature me vit au milieu de la foule.
— Approche, fidèle serviteur.
Subjugué, je marchai vers mon Maître, tête basse. Parvenu devant Lui, je
m'agenouillai. Mon corps ne m'obéissait plus. Dans sa prison de chair, mon esprit,
révulsé, tentait en vain de reprendre le contrôle de mes membres pour fuir à toutes
jambes. Une petite voix enjôleuse me faisait pourtant miroiter un avenir opulent
aux côtés d'un souverain tout­puissant.
— Bien, mon esclave, je suis satisfait.
Il se tourna vers le reste de l'assistance. Un geste de sa main palmée et la
populace, domptée, s'agenouilla devant son nouveau maître. Le seigneur foula du
pied le radiologue gémissant.
— Ce sacrifice m'est agréable. J'ai faim.
Il se pencha sur le corps secoué de soubresauts. Il ouvrit sa gueule et la
referma sur une jambe qui formait un angle impossible. Le radiologue hurla
longtemps, comme une bête prise dans un piège déchirant ses chairs.

J'étais le Premier. Le premier fidèle, celui qui avait réveillé le Maître après
son long sommeil. Le seigneur me témoigna sa gratitude en me nommant Grand
Prêtre. Le nouveau culte se répandit telle une trainée de poudre. Par une étrange
alchimie, le Maître offrait une part de ses pouvoirs à ses adeptes. Chacun d'entre
eux pouvait alors, d'un simple regard, convaincre ceux qui croisaient son chemin
de rejoindre notre cause. Le dogme était rudimentaire et sanglant. Le ressuscité
aimait lire la terreur dans les regards, prendre des vies palpitantes. Il jouissait de
la souffrance qu'il infligeait.
Je fis bâtir des temples à travers le monde. L'architecture extérieure était
variée, parfois le simple réemploi de bâtiments existants, comme à Paris où je
réaffectai le Louvre au nouveau culte, après avoir fait brûler toutes les vieilleries
qui s'y trouvaient. La population locale, rétive, se rebella, ce qui attira le Maître
dans la ville lumière. Il y fit bombance et les survivants terrifiés se souviendront
longtemps du prix qu'ils ont payé pour l'offense faite à leur seigneur.
L'intérieur des temples était toujours bâti sur le même modèle. Les
appartements des servants, simples et austères sur la gauche. A droite, le logis du
Maître, vaste et luxueux, afin qu'il puisse être reçu dignement s'il lui prenait la
fantaisie de venir en personne. Enfin, au centre, la pièce nécessaire au culte, une
vaste salle de torture équipée de tout le matériel nécessaire, chevalets, fouets,
chalumeaux, haches. Le saint des saints, là où les offrandes étaient dépecées
vivantes en l'honneur du Maître, était bâti en os humains.
Les anciens gouvernements avaient été balayés par l'ordre nouveau. Second
dignitaire de l'empire, juste après le Maître, j'étais dans le secret du dieu, jusqu'à

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Une relique des années de braise" par Mathew Salem

ma singulière rencontre avec mon passé. Nous résidions à Arkham, la capitale


provisoire du nouvel état mondial. Le Maître attendait que la cité engloutie de
R'lyeh soit exondée pour y emménager. Il avait engagé de très gros moyens au
milieu du Pacifique pour y parvenir.
J'inspectai les geôles de temps à autre, afin de quitter mon bureau et de
goûter à la vraie vie quelques heures durant. Enfin, vraie vie, le terme est
paradoxal si l'on considère le sort qui attendait ceux que je choisissais lors de ces
visites.
Cet après­midi­là, je partis donc prospecter les cellules remplies du
pitoyable gibier humain, victime des rafles des jours précédents. J'ordonnai d'un
geste de la main au gardien obséquieux d'ouvrir la porte. Il s'exécuta les mains
tremblantes, le visage livide. Je savourai un instant la terreur que j'inspirais.
J'étais un familier du Maître. Je pouvais d'un simple mouvement de l'index
l'envoyer rejoindre le temple afin d'y périr dans d'indicibles tourments. Il savait
que je n'hésiterai pas à le faire, s'il me mécontentait, ou si le caprice m'en prenait.
Je pénétrai dans la cellule obscure. La puanteur me saisit à la gorge. Plusieurs
dizaines de misérables étaient entassés dans un tout petit espace, rebelles de
l'Armée de Libération Humaine, familles de combattants ou simples passants
malchanceux. Tous étaient promis à l'autel, tôt ou tard. Les yeux anxieux de ces
condamnés étaient tournés vers moi. L'Injonction de Soumission, un des
innombrables dons du Maître à ses serviteurs, assurait ma sécurité et ma
tranquillité. Je remarquai un visage qui me semblait familier. Malgré la terreur
dans le regard, les marques des privations et les traces de coups qui la rendait
méconnaissable, cette femme avait un je­ne­sais­quoi de rassurant, elle m'évoquait
des jours heureux à jamais enfuis. Je la désignai, sans chercher plus loin les causes
de ma réaction. Je surpris une lueur d'espoir incongru dans ses yeux. J'eus un
sourire cruel en quittant la cellule puante. Si elle croyait avoir encore une chance
de salut, cette femelle allait être déçue. Je me promis d'assister à son agonie,
curieux de savoir à quel point elle serait résistante. Après avoir sélectionné le repas
du lendemain pour le Maître, je quittai la prison centrale et regagnai les beaux
quartiers en limousine blindée. Je contemplai distraitement à travers l'épaisse
vitre les rues sinistres de la capitale de l'Empire, bondées de réfugiés hâves et
misérables. Je sentis des regards de haine posés sur le convoi. Le visage apeuré de
cette femme me revint en mémoire, ainsi que cette étrange lueur d'espoir dans son
regard. J'incarnai la mort pour ces gens, pas l'espérance. Qui était­elle ? Je l'avais
déjà vue quelque part, j'en étais sûr. L'évidence me frappa comme la foudre.
Annabelle ! Mon ex­épouse. Les épreuves l'avaient rendue méconnaissable, mais
aucun doute, c'était bien Annabelle. Des années auparavant, nous nous étions
quittés en bons termes. Ma carrière était prioritaire à mes yeux, je refusais de
m'encombrer d'un enfant, et elle ne concevait pas une existence sans donner la vie.

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Une relique des années de braise" par Mathew Salem

Et aujourd'hui, je l'avais choisie, elle, pour une mort atroce. Pour la première fois
depuis le réveil du Maître, une impression étrange me saisit. Je réussis à mettre un
nom dessus : la honte.
Je ne parvenais pas à trouver le sommeil dans mes luxueux appartements
de la place Cthulhu. Je me tournais et me retournais dans mes draps de soie
cousus de fils d'or. Chaque fois que je me sentais sombrer vers le repos, un visage
revenait me hanter. Annabelle ne prononçait aucune parole, elle se contentait de
me fixer d'un air horrifié. Une étrange douleur m'étreignait. Annabelle... qu'ai­je
fait ? Je sentais l'emprise du maître s'effilocher peu à peu.

Annabelle riait en courant. Elle se retournait vers moi d'un air malicieux :
— Tu ne m'attraperas pas !
Un nouvel éclat de rire. Galvanisé, j'accélérai ma course. Je sentais mes
pieds nus s'enfoncer dans le sable chaud à chaque pas. Annabelle ralentit son
allure et me lorgna par­dessus son épaule. Elle me sourit d'un air enjôleur. Je lui
bondis dessus et nous tombâmes, enlacés, dans une gerbe d'écume. L'eau se retira,
tentant de nous entrainer vers l'océan. Étendu sur ma chérie, je lui empoignai les
avant­bras et l'embrassai. Elle ferma les yeux. Nos langues s'enlacèrent tels de
tendres serpents et je sentis le goût salé et délicieux de la salive de ma bien­aimée.
La belle dégagea ses poignets et me caressa, le souffle rendu court par l'impatience.

Je me réveillai dans mes draps trempés de sueur. J'avais un goût amer dans
la bouche. Annabelle... Pour la première fois depuis des années, j'avais envie de
pleurer. Je t'aime toujours, Annabelle...

Le gardien releva la jeune femme d'un coup de crosse lorsqu'elle trébucha.


Je le rabrouai :
— N'endommagez pas les offrandes du Maître, il pourrait vous en cuire.
Le petit homme pâlit en me dévisageant :
— Votre Excellence, je ne...
— Il suffit ! C'était un simple avertissement amical.
Il se tint coi et poussa Annabelle à mes pieds, avec une douceur
surprenante.
— Voici la femelle, votre Excellence.
— Parfait ! Vous pouvez disposer.
Il salua et déguerpit sans demander son reste. J’observai mon ancienne
épouse se relever :
— Tu as bien changé, Annabelle.
Elle me rendit mon regard :

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Une relique des années de braise" par Mathew Salem

— Toi aussi, et pas en bien. Qu'est­ce que tu fais avec ces monstres ?
J'éprouvai cette nouvelle mais déjà familière sensation, la honte du démon
devant les reproches de la créature céleste.
— On en parlera plus tard, c'est une longue histoire. En attendant, nous ne
devons pas rester ici.

Nous quittâmes la prison centrale d'Arkham et montâmes dans ma


limousine blindée, tout simplement. J'avais donné congé à mon chauffeur et mes
gardes du corps attitrés et je conduisais moi­même. Nous roulâmes longtemps. La
ville fit bientôt place aux jardins abandonnés et aux maisons éventrées des
anciennes banlieues résidentielles, puis aux champs aseptisés et aux forêts
obscures.
Arrivé au cœur des bois, je tournais dans un petit chemin de terre. Les
chênes et les caryers, sombres, menaçants, se pressaient autour de la berline.
Après quelques kilomètres d'une progression chaotique, nous parvînmes au bout
de la piste. Au centre d'une petite clairière se dressait un chalet de bois, simple et
fonctionnel, d'architecture typique des résidences secondaires des anciennes élites
arkhamiennes.
Annabelle n'avait pas prononcé un mot depuis le départ. Je rompis le
silence :
— Ici, nous serons en sécurité.
Elle me dévisagea :
— Tu as gardé cette maison ? Tu ne crois pas qu'ils peuvent nous retrouver
ici ?
Je rétorquai avec l'assurance héritée de mes années de pouvoir :
— Aucune chance, ils sont trop bêtes, et j'ai effacé toute trace de ce chalet
dans les archives pour avoir un refuge au cas où ma chance tournerait avec le
Maître.
Annabelle prit un air sceptique, mais ne répondit pas. Je réprimai un geste
d'agacement. Je venais de lui sauver la vie et elle ne me faisait pas confiance ! Nous
descendîmes de voiture et nous entrâmes en silence dans la maison. J'allumai un
feu dans la cheminée. J'avais veillé ces dernières années à me ménager un premier
point de chute, le Seigneur de la Terre est d'humeur versatile et, lorsqu'elle éclate,
sa colère n'épargne pas ses collaborateurs. Ma prévoyance se révélait précieuse.
Reprenant une longue routine qui nous avait naguère éloignés peu à peu l'un de
l'autre, Annabelle inspecta les placards bondés de boites de conserve et de sachets
de denrées lyophilisées puis commença à préparer le repas alors que je me posai
sur le canapé et allumai la télévision. Les cellules photovoltaïques du toit et les
batteries accumulaient suffisamment d'énergie pour couvrir nos besoins si nous
étions parcimonieux. Le Maître n'avait pas tout supprimé de l'ancien monde. La

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Une relique des années de braise" par Mathew Salem

télévision et internet existaient encore, mis naturellement au service de la Cause.


Mais je savais lire entre les lignes, voir entre les images. Les bulletins
d'informations ne parlaient pas de nous, de moi. Je ne savais que penser. Le
Maître était imprévisible. Que le Grand­prêtre, deuxième personnage de l'Empire
de R'lyeh disparaisse aurait dû mettre instantanément sur le pied de guerre
l'ensemble des serviteurs du seigneur. Nous n'avions malgré tout vu aucune
activité militaire particulière, terrestre ou aérienne, lors de notre fuite.

Annabelle me remercia de l'avoir sauvée. Elle semblait partagée entre le


dégoût pour le monstre que, selon elle, j'étais devenu, et un certain plaisir, osons le
mot, la joie de retrouver un ancien amour dont elle n'avait jamais réussi à faire
totalement le deuil après toutes ces années. De mon côté, je traversais également
une phase de questionnement introspectif. Une part de mon être regrettait d'avoir
trahi mon seigneur et avait la nostalgie du temps des honneurs et de la grandeur.
L'autre partie était horrifiée par ce que j'avais fait, par les crimes que j'avais
commis. L'emprise du Maître disparaissait peu à peu et je retrouvais ma véritable
personnalité, mon libre arbitre.
Une routine quotidienne s'instaura en douceur. Le chalet avait des réserves
de nourriture pour cinq ans. Nous sortions presque chaque jour de beau temps
faire de longues marches en forêt, sans jamais croiser personne. Annabelle et moi
reformions un couple. Nous reprenions notre vie commune là où nous l'avions
interrompue, huit ans auparavant.
Lors de nos promenades forestières, nous évoquions le passé. Annabelle me
fit admettre que le Maître ramenait à la surface la face obscure de l'esprit humain
et que ses adeptes devenaient d'horribles assassins. Le sentiment de culpabilité
m'étreignait en permanence, telle une présence familière. Au cœur de l'obscurité,
je m'éveillai souvent en sueur, ma compagne paisiblement endormie à mes côtés.
Les images lancinantes de mes victimes, leurs visages suppliants, leurs hurlements
me hantaient chaque nuit. Je demeurais alors immobile à tenter de retrouver un
sommeil fuyant.
Un jour d'automne, Annabelle m'apprit qu'elle était enceinte. Je sautai de
joie et l'embrassai avec tendresse. La vie était belle. L'hiver vint, la neige recouvrit
la forêt d'un linceul immaculé.

Je m'éveillai soudain, tous les sens en alerte. Quelque chose n'allait pas. Je
me dégageai doucement des bras d'Annabelle, toujours endormie, et me levai.
J'enfilai mon pantalon de pyjama et descendis doucement vers le séjour. Les
marches craquaient sous mes pieds, comme des murmures étouffés. Arrivé en bas,
je fis le tour de la maison, sans rien trouver d'anormal. Je haussai les épaules et
commençai à remonter l'escalier.

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Une relique des années de braise" par Mathew Salem

La porte d'entrée explosa. Trois silhouettes noires entrèrent. L'une d'elle se


jeta sur moi. Tétanisé, je me laissai choir à terre. Un des deux autres combattants
monta à l'étage, le dernier explora le rez­de­chaussée. J'entendis Annabelle crier
dans la chambre. Après m'avoir fouillé, mon agresseur me fit descendre les
quelques marches à coups de pied. Je me redressai péniblement :
— À genoux, traître !
L'invective me figea. Traître... Moi, le second du Maître ! Mais non, je
m'étais retourné contre lui, en effet. L'homme qui était monté revint, poussant
Annabelle du canon de son arme. Il ne lui avait pas laissée le temps de s'habiller et
elle tentait désespérément de cacher sa nudité derrière un oreiller. Lorsque nous
fumes réunis, mon gardien, le chef du commando apparemment, rengaina son
arme et me dit :
— Tu as trahi le Maître pour prendre du bon temps, mon salaud. Surveillez­
le bien, ajouta­t­il à l'intention de ses hommes.
Il marcha sur une Annabelle tétanisée et lui arracha le coussin des mains.
J'eus un sursaut, vite stoppé par le contact d'un canon de pistolet­mitrailleur dans
mon dos. Ma compagne, blême, ferma les yeux. Ses lèvres articulaient une prière
muette.
Lorsqu'ils en eurent fini avec elle, ma chérie était une loque humaine,
prostrée et secouée de sanglots. Je savais que mes cauchemars seraient désormais
peuplés des images d'horreur que je venais de voir, des hurlements que je venais
d'entendre. Ma compagne m'avait supplié de la sauver et je n'avais rien pu faire.
Des sentiments de culpabilité et de lâcheté rongeaient mon esprit d'une honte
brûlante.

Je ne fus pas exécuté, pas tout de suite. Annabelle rejoignit une geôle de
promis au sacrifice. Le Maître demanda à me voir. Les serviteurs du palais me
baignèrent, me vêtirent et me parfumèrent avant de m'introduire dans les
appartements de Son Excellence.
Le seigneur n'avait pas changé. Toujours cette gueule de salamandre, ce
regard froid et perçant, cette sensation de noirceur en sa présence. Il eut un sourire
carnassier en me dévisageant :
— Mon fidèle serviteur ! Quoique fidèle ne soit pas si approprié que cela...
Tu dois te demander pourquoi je t'ai épargné ?
A genou devant mon Maître, j'osai répondre :
— En effet, seigneur. Ce n'est pas dans vos habitudes.
L'amphibien eut un petit rire satisfait de lui­même.
— Toi et ta femelle auriez dû connaître les affres d'une lente agonie en
l'honneur des Grands Anciens. Mais tu m'es précieux, Grand Prêtre. Tu as su
organiser ma prise de pouvoir d'une main de maître. Les rébellions prennent de

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Littérature & BD ­ Nouvelle "Une relique des années de braise" par Mathew Salem

l'ampleur partout dans le monde. Tu vas m'aider à les écraser dans le sang. Ou
alors, tu seras sacrifié à Nyarlathotep. Tu peux choisir ton destin.
Je frémis. Nyarlathotep, l'Âme des Anciens, se repaissait de souffrance. Ses
offrandes agonisaient des jours durant dans des supplices tels qu'ils devenaient
fous bien avant de succomber.
Je m'inclinai :
— Je vous servirai, Maître.
J'hésitai un instant.
— J'ai une requête à vous présenter. Ma compagne m'est précieuse.
M'autorisez­vous à la garder auprès de moi ?
Le seigneur hésita. Je m'inclinai encore davantage :
— Je vous en supplie Maître, épargnez­la.
Je vis son visage amphibien se fermer. J'avais commis une erreur.
— J'ai une autre idée, qui m'amuse davantage. Tu vas sacrifier toi­même ta
femelle à Nyarlathotep avant de redevenir Grand Prêtre. Cela te servira de
châtiment. L'autre alternative est que vous soyez tous les deux les mets de choix de
l'Âme des Anciens.
J'eus beau l'implorer, le flatter, me traîner à plat ventre devant lui, le Maître
demeura inflexible. Je devais choisir. Je choisis.
Annabelle resta consciente jusqu'à la fin. Avant de rendre l'âme, à bout de
souffrance, son ultime regard fut chargé de mépris pour moi, son bourreau. Je
demeurai debout, devant la dépouille de ma bien­aimée martyrisée, un goût de bile
dans la bouche.
Depuis la mort de ma compagne, la vie n'a plus la même saveur. J'ai en
horreur les sacrifices sanglants, que je savourais tant auparavant. Je méprise le
Maître autant que moi­même. L'emprise du seigneur n'est plus aussi forte.
L'Empire semble craquer de toutes parts, les rébellions progressent partout dans le
monde. L'avènement des Grands Anciens ne semble plus aussi proche, les fouilles
dans les gisements de sel permien­trias ont cessé, provisoirement selon le Maître.
R'lyeh restera encore longtemps sous les eaux. Je sais que, quoi qu'il advienne,
mon sort est scellé. Pour les rebelles, je suis un monstre. Annabelle est devenue
une icône, un emblème de la liberté. Elle est aux yeux du monde le symbole de la
barbarie de l'Empire et de ma sauvagerie. Je n'ai à attendre aucune pitié de leur
part si les insurgés triomphent. De son côté, le Maître ne me fait plus confiance. Il
a besoin de moi pour écraser la guérilla mais je sais qu'aussitôt la victoire acquise,
il me fera mettre à mort.
Tant qu'il y aura la guerre, je vivrai. Que le chaos dure longtemps ! Qu'il soit
éternel !

Arnaé posa la liasse de feuillets et releva la tête. Il frissonna malgré la

101
Littérature & BD ­ Nouvelle "Une relique des années de braise" par Mathew Salem

chaleur étouffante de cet après­midi estival dans le désert de l'Est. Les Anciens...
nombreuses étaient les légendes les concernant, rares les textes qu'ils avaient
laissés. Comme toujours, une grande partie du propos demeurait obscur, mais ce
témoignage était extraordinaire. Il éclairait l'histoire antique d'une lueur nouvelle.
Le petit prospecteur en livres anciens de la Bibliothèque de la cité d'Arkham avait
fait la découverte de sa vie. Il avait hâte de l'inscrire dans le Catalogue et de le
placer dans les rayonnages de la collection des Antiquités.
Arnaé se leva et se dirigea vers le campement. Il rassembla ses maigres
possessions et dit au vieux Jéon qu'il avait décidé de rentrer, qu'il pensait qu'il n'y
avait rien d'intéressant à trouver dans cette cité. Le Gardien de la Foi lui fit un
signe de la main en guise de bénédiction sans prendre la peine de fouiller ses
bagages et Arnaé entama le long chemin du retour.
Le jeune homme marchait d'un bon pas, l'esprit emporté dans un tourbillon
de pensées. Sa trouvaille était exceptionnelle, mais elle n'allait pas plaire à tout le
monde. Bien que son père ait tenté de lui inculquer sa propre piété et de faire de
lui un bon fidèle soumis à l'autorité, Arnaé ne croyait pas en ces fariboles. Toutes
ces histoires de dieu­salamandre maître du ciel et de la terre l'avaient toujours
laissé sceptique, mais il avait appris très tôt à taire le fond de sa pensée. Il avait vu
trop de mécréants se tordre dans les flammes des bûchers ou déchiquetés dans les
fosses aux ours pour avoir le moindre doute sur les réactions des Gardiens si son
impiété venait à être suspectée.
Il songea à Jason Detourn, cet Ancien à l'âme noire au point d'avoir mis à
mort son épouse pour préserver sa misérable vie. Il réalisa soudain que son Maître
surgi d'une mine de sel et le dieu du peuple d'Arnaé avaient beaucoup de points
communs. Mais le seigneur des Anciens était un monstre, une horrible créature de
cauchemar, alors que la Salamandre était une divinité bienveillante et débonnaire.
Sauf avec les mécréants.
Plus il y pensait, plus le jeune bibliothécaire redoutait la réaction des
prêtres s'ils venaient à lire le récit de Detourn. Ils y verraient le dieu­salamandre
décrit sous les traits d'un être cruel et sanguinaire. Pire encore, il n'y était qu'une
créature de chair et de sang, un simple mortel. Pour preuve, sa dépouille gisait
dans cette cavité depuis des millénaires. Un blasphème. Ce texte était un
blasphème. Et les colporteurs de blasphèmes étaient soumis au supplice du plomb
fondu versé dans la bouche. Arnaé s'arrêta, tétanisé par une bouffée de panique.
Le bibliothécaire s'agenouilla dans le sable chaud pour fouiller sa sacoche. Il
en tira les feuilles jaunies et les contempla un instant. Il sortit son briquet et battit
la pierre jusqu'à allumer une chènevotte. Le jeune homme approcha l'antique
papier de la flamme vacillante, avant d'arrêter sa main juste à temps. Était­ce
vraiment ce qu'il souhaitait ? Détruire un récit unique, un trésor de papier, pour
sauver sa misérable existence, lui qui avait voué sa vie aux livres ? Arnaé sentait la

102
Littérature & BD ­ Nouvelle "Une relique des années de braise" par Mathew Salem

colère monter comme une lame de fond que rien ne saurait stopper. Il prit une
profonde inspiration et jeta l'allumette à terre. Il rangea le manuscrit dans son
coffret ouvragé. Le destin d'un tel ouvrage n'était pas de se consumer dans les
flammes ou de dormir au fond des rayonnages des ouvrages interdits. Sa place
était parmi les hommes. Que pourraient les Gardiens de la Foi si ce texte était
recopié, encore et encore, et circulait sous le manteau, de main en main ? Au grand
jour, il serait toujours ce jeune bibliothécaire discret et sans histoires. La nuit,
derrière la porte close de son modeste appartement, il recopierait ce témoignage à
des dizaines d'exemplaires. Puis il répandrait la bonne parole parmi le peuple
frondeur d'Arkham la noire. Il trouverait bien un moyen de procéder avec
discrétion, peut­être en approchant les milieux libres­penseurs de la grande cité.
Eux étaient accoutumés à la clandestinité.
Arnaé se releva, épousseta son pantalon et reprit sa marche. Il lui restait un
long chemin à parcourir pour allumer le brasier qui balaierait la Salamandre et ses
sectateurs.

103
À vos plumes !
Concours de nouvelles
Après un premier concours durant lequel les textes de qualité se sont succédés dans notre
boîte aux lettres électronique, voici son successeur pour lequel les Editions L’Atalante,
partenaire officiel du webzine, nous ont fourni les romans à attribuer aux auteurs des
trois meilleures nouvelles. Nous les en remercions vivement.

1) Concours organisé par la rédaction du webzine YmaginèreS dédié aux différentes


cultures de l’Imaginaire.

2) Les participants auront trois mois pour rendre leur nouvelle, du 22 février 2012 au 22
mai 2012 inclus. Les résultats seront annoncés sur le blog (www.ymagineres.net), le 22 juin
2012.

3) Les textes soumis devront s’inspirer d’un (et seulement d’un) des cinq thèmes suivants :

A) Derrière la porte illuminée : il vous semble bien qu'il y avait un mur au


bout de ce cul­de­sac, vraiment. Alors pourquoi une vitrine de magasin est soudain apparue
ici sans surprendre les voisins et pourquoi le magasinier vous épie­t­il un sourire en coin ?
B) Apocalypse tomorrow : 20 décembre 2012. Dans quelques heures, le monde
saura si les prédictions de fin du monde, basées sur la fin du calendrier maya, s'avèrent
justifiées.
C) Toc, toc : Qui est derrière cette porte ? Le facteur, ma femme (ou mari), ou
mon voisin psychopathe ?
D) Boire sans modération : il faut toujours boire avec prudence. Surtout quand
vous vous trouvez dans le bar le plus fréquenté de la galaxie. Qui sait ce qui pourrait arriver
si votre langue venait à se délier ?
E) Le monstre dans ma chambre : Est­il gentil ou méchant ? Et vient­il

104
vraiment pour moi ?

4) Les nouvelles devront appartenir au genre des littératures de l’imaginaire (Science­


fiction, Fantastique, Fantasy). Plusieurs catégories de littératures de l’Imaginaire peuvent
être mélangées (exemple : Science­fiction et Fantasy dans une même nouvelle).

5) Les auteurs des trois meilleurs textes verront leurs nouvelles publiées sur le blog
d’YmaginèreS (www.ymagineres.net) et diffusées sous format PDF dans de nombreuses
communautés de blogs et sur quelques­uns des principaux réseaux sociaux. D’autre part, les
auteurs des trois meilleures nouvelles recevront les lots suivants :

­ le vainqueur recevra La Mort du Disque­Monde de Terry Pratchett et


L'Entité 0247 de Patrick Lee
­ au deuxième sera attribué Rêves de gloire de Roland C. Wagner
­ le troisième remportera La porte perdue d'Orson Scott Card

En participant à ce concours, les auteurs s’engagent à accepter la publication des textes


présentés et primés.

6) Le concours est ouvert à tous et la participation est limitée à trois textes par personne.
Seuls les membres organisateurs du concours, à savoir les membres du jury, connaissent les
sujets à l'avance et n'ont pas le droit de participer au concours.

7) Les textes devront être rédigés en Times New Roman, taille 12. Ils ne devront pas faire
moins de 3 500 caractères (environ 650 mots en Times New Roman – police 12, espaces
compris) et ne pourront pas dépasser 70 000 caractères (environ 12 000 mots en Times
New Roman – police 12, espaces compris).

8) Les nouvelles devront être envoyées par mail en pièces jointes à


concours.ymagineres@gmail.com en format .doc (et non .docx. Utilisateurs de la dernière
version de Word, convertissez votre fichier en document Word 97 – 2003 [mode de
compatibilité]). Les questions éventuelles devront être posées à cette adresse.

9) L’auteur devra préciser dans le corps du mail ses noms, prénoms, âge et adresse mail
valide, ainsi que le titre de sa nouvelle et le sujet choisi pour élaborer son texte. Il précisera
en outre par quel moyen il a pris connaissance de ce concours. L’objet du mail devra
préciser le titre de la nouvelle.

10) Les textes ne se conformant pas à ces règles ne seront pas retenus. En participant à ce
concours, l’auteur s’engage à présenter un texte dont il est l’auteur. Il s’assurera qu’il reçoit
bien un « accusé de réception » électronique de son texte.

105
Anthelme Hauchecorne
Anthelme Hauchecorne présentait d’Encre, Big Bang
son premier roman, La tour des illusions, aux Éditions,
Utopiales. Fan2Fantasy,
Malpertuis…). Ce ne
Françoise Boutet pour sera qu’après trois
YmaginèreS : Bonjour Anthelme, et années, et cinquante
merci de répondre à cette interview nouvelles, que je
pour webzine YmaginèreS. Je te m’attèlerai à mon
découvre ainsi que ton œuvre sur le premier roman.
salon des Utopiales. Peux­tu te La Tour des
présenter, ainsi que tes ouvrages ? illusions est mon
premier texte long, et la
Anthelme (prononcez « AnSelme » traduction de mon intérêt
!) Hauchecorne : Je ne suis pas sûr d’être pour le monde de la rue. Un modeste
très présentable, mais soit ! L’écriture est un hommage aux milieux anarcho­punks, à
mal incurable, et j’en suis atteint. Je souffre l’underground libertaire des années 80, aux
du Syndrome du scaphandrier tel que dépeint groupes français qui l’ont marqué : les
par Serge Brussolo, dans l’œuvre du même Béruriers Noirs, les Ludwig von 88, Gogol
nom. Je m’assieds devant mon écran, pour Ier, Parabellum, La Souris Déglinguée… À
plonger dans l’onde claire de la page blanche. partir de bribes de cette décennie
Lorsque je refais surface, l’ébauche d’une d’espérances (aux antipodes de celle qui
nouvelle histoire se tient devant moi. s’annonce), j’ai bricolé mon conte de béton,
Écrire s’apparente à une variante aux riffs industriels. Une œuvre émaillée de
domestique de la spéléologie. Il s’agit de références aux humoristes phares de l’époque
descendre toujours plus profond, sans se : Desproges et Coluche.
perdre dans la noirceur de l’encrier.
L’idée de ce roman m’est venue à la
Je suis également passionné de lecture d’un article du Canard enchaîné,
musique. Je n’écris jamais sans. Mes groupes prenant pour thème les arrêtés anti­mendicité
favoris sont Dead can dance, Collection qui fleurissent partout dans l’Hexagone,
d’Arnell­Andrea, Irfan, Rajna, Punish depuis des années. Je ne citerai pas les
yourself… communes de Nogent­sur­Marne, ou de La
C’est tout ce qu’il est besoin de savoir de Madeleine. Ni celles de Marseille, ou de Paris.
moi. Les responsables se reconnaîtront. Je me
borne seulement à observer. Qu’en période de
Concernant mon travail, j’ai débuté récession économique, la volonté politique a
modestement. Avant d’écrire, je ne choisi son camp.
connaissais rien au monde de l’édition. J’ai Le camp des marchés financiers, contre
fait mon petit bonhomme de chemin, en les contribuables.
m’efforçant d’apprendre de mes erreurs. Mes Le camp des riches, contre les pauvres.
premières publications, je les dois à des « Et cachons la misère plutôt que de la
webzines (Traversées Oniriques, Reflets combattre. »
d'Ombres…), des magazines (Khimaira…), S’il se trouve encore en France des
des fanzines (Géante Rouge, Calepin Jaune, indigents d’esprit pour reconduire la mafia
Éclats de rêves, Phénix Mag…), des politique en place alors, je l’écris sans fard,
anthologies (Parchemins et Traverses, Griffe cette nation n’aura que ce qu’elle mérite…

106
Littérature & BD ­ Interview d'Anthelme Hauchecorne

Depuis 2007, la Gaule me fait honte. J’ai le personnes en colère, et non sans raison.
sentiment d’être retenu en otage dans mon
propre pays. La Tour des illusions n’est que le
premier pas d’un projet plus global, et plus
La Tour des illusions a été écrite peu ambitieux qu’un vulgaire coup de gueule.
après l’élection de Nicolas Sarkozy à la Parce que j’ai une haute idée de ce dont
présidence. Ce qui explique peut­être sa l’Humain est capable (plus que de zapper de
tonalité nostalgique. Pour ajouter un chaîne en chaîne et d’acheter la dernière
contrepoids de taille aux thèses sécuritaires merde à la mode), j’ai fait don de l’intégralité
de notre tyran bienaimé, et tordre le cou aux de mes droits d’auteurs au Secours Populaire.
idées reçues sur les SDF, je rappelle ici que les Je n’écris pas par amour du pognon,
SDF (Sans Domicile Fixe) sont des mais bien parce qu’il me débecte.
contribuables comme les autres. Ils paient
leurs impôts. La TVA les frappe comme vous Avec le recul, toutefois, la Tour des
et moi (et plutôt durement !). illusions tient peut­être plus du manifeste
Pourtant, dès lors que l’on parle de SDF, balbutiant que du roman parfaitement
les gens se ferment. La propagande maîtrisé.
gouvernementale a bien fait son œuvre. Dans De nouveaux projets viendront combler
le terreau de l’inconscient collectif, les ses lacunes.
messages subliminaux ont germé. Une belle
moisson d’idées reçues, et de contrevérités. « En mars 2012 sortira Baroque ’n’ roll,
Voleurs », « fainéants », « mauvais citoyens » chez l’éditeur Midgard. Ce recueil de
sont des balourdises qui reviennent trop nouvelles sera disponible en avant­première
souvent. au salon littéraire Zone Franche de Bagneux,
les 10, 11 et 12 février.
La Tour des illusions vient mettre les «
poings » sur les I. Puis, en septembre 2012, sortira chez le
Les « voleurs » ne hantent pas les rues, même éditeur Âmes de verre, mon premier
mais les salles de marchés. Et le plus beau, roman de maturité. Un conte de fantasy
c’est que vous leur avez remis votre argent, de urbaine prenant Lille pour cadre. Une épopée
votre plein gré. croisant déclin industriel et légendes
Les « fainéants » ne sont pas SDF, mais païennes, sur fond de cultures alternatives.
rentiers, de leurs portefeuilles d’actions, de
leurs empires immobiliers. FB : Un dernier mot pour nos
Quand aux « mauvais citoyens », il n’y a lecteurs ?
que l’embarras du choix.
Il y a les menteurs, et les cons qui les A.H. : Rien d’autre que le mot de la
croient. FIN.
La Tour des illusions est l’exutoire à Et un souhait.
mon mal être. À mon sentiment de décalage Que vos lecteurs lisent autant d’auteurs
avec notre époque. J’aurais aussi pu bien français qu’il leur est possible : Jérôme
perdre mon temps en vaine thérapie. À la Noirez, Catherine Dufour, Jeanne­A Debats,
place, j’ai préféré me donner en spectacle. Il Alain Damasio, Joël Houssin, Justine
faut croire que passé un certain cap, Niogret…
l’indignation contraint à une curieuse forme Le fantastique français étouffe.
d’exhibitionnisme. Qui consiste à exprimer sa Vous êtes son oxygène.
colère, en espérant que d’autres y fassent
écho.
Après un an à écumer les salons
littéraires de tous poils, je peux l’affirmer
d’expérience : notre pays regorge de

107
Erik L'Homme

Françoise Boutet pour


YmaginèreS : Bonjour Eric L’Homme,
et merci de répondre à cette interview
pour les lecteurs d’YmaginèreS.
Pouvez­vous vous présenter ?

Eric L’Homme : Bonjour,


J’écris depuis une dizaine d’années des
livres qui ont la chance et le bonheur d’avoir
rencontré un lectorat enthousiaste et donc j’ai
eu le temps d’explorer différentes facettes de récurrent, par contre il y a évidemment des
la littérature dite de l’imaginaire : de la thèmes qui sont récurrents et finalement, c’est
fantasy, du fantastique, de la science­fiction, ce qui me tient à cœur, à savoir l’importance
des contes. de l’amitié, l’initiation, évidemment, dès qu’il
Et voilà, que dire d’autre sinon que je s’agit de romans d’aventure mettant en scène
passe également pas mal de temps à aller à la des adolescents. Il y a tout le processus de
rencontre de ces lecteurs, sur les salons, dans quête et d’initiation, ce sont des choses qui
les librairies, parfois même dans les m’intéressent évidemment.
établissements scolaires. Et puis moi je suis très basique, très
Et que, parfois, ça me laisse finalement classique, donc mes histoires privilégient les
peu de temps pour écrire, ce qui est beaux comportements, le courage, la loyauté
paradoxal. etc…

F.B. : Pourquoi ce choix d’écrire F.B. : Quels projets pour vos


pour des jeunes ? prochains livres?

E.L.H. : Je ne sais pas si c’est un choix E.L.H. : Eh bien, en fait je suis en train
de départ, c’est comme ça. C’est que, en tout de terminer la série A comme Association, qui
cas, pour l’instant les histoires que j’ai envie était prévue au départ en 13 tomes et qui en
de raconter s’adressent à ce lectorat­là. Ca comportera 8. Le 6ème tome étant sorti en
changera peut­être par la suite ; pour octobre, le 7ème sortant en février et le 8ème
l’instant, c’est dans cette connivence que je étant prévu en octobre prochain.
me trouve bien.
F.B. : Sont­ils tous écrits ?
F.B. : Quels thèmes privilégiez­
vous ? Y a­t­il un monde ou des thèmes E.L.H : Tous, sauf le tome 8. Je ne vais
qui reviennent dans vos œuvres ? pas revenir sur l’histoire de cette série, mais
évidemment la disparition de Pierre Bottero
E.L.H. : Il n’y a pas de monde m’avait conduit à repenser et à réaménager la

108
Littérature & BD ­ Interview d'Erik L'Homme

série ; c’est pourquoi elle ne compte plus que ou contre le livre numérique : c’est, à mon
8 tomes, tout en restant le plus fidèle possible avis, une question qui n’a pas lieu d’être.
à ce que l’on avait bâti au départ. C’est « est­ce qu’on est préparé ou pas à
l’arrivée du numérique ? ». C’est la seule vraie
F.B. : Dernièrement, vous avez question, après il faudra bien s’adapter aux
écrit une série autour d’un héros de règles imposées de l’extérieur, parce que c’est
votre jeunesse : Albator. Comment est comme cela que ça se passe.
venue cette inspiration ? En ce qui me concerne (mais je fais déjà
partie des vieux croulants), rien ne
E.L.H. : Tout simplement. C’était après remplacera l’objet livre.
ma série fantasy Le Livre des Etoiles. J’ai eu Et je parlais de liberté tout à l’heure : il y
envie de changer d’univers, dans tous les sens a quelque chose d’affolant dans la
du terme. C’est pourquoi je suis parti à la fois virtualisation du livre, c’est qu’il suffira d’un
dans la galaxie d’Eridan et dans une histoire clic, il suffira d’un brouillage, pour supprimer
de « space opéra ». une œuvre complète d’un moniteur, alors que
Alors, comment j’en suis venu à Chien pour supprimer un livre objet, il faut qu’on
de la Lune ? J’en suis venu là après avoir vienne chez nous, qu’on tape à la porte, qu’on
visionné plusieurs épisodes d’Albator 78, qui l’enfonce, qu’on vienne saisir le livre, etc…
avait marqué mon enfance comme celle de Donc voilà, il y a un côté très fort pour
beaucoup d’autres. C’est à la fois un jeu et une moi, chargé de liberté dans le livre, et dans
sorte d’hommage à ce personnage. Et l’objet livre.
d’ailleurs, l’illustrateur de cette série, J’aime les symboles.
Benjamin Carré, qui est lui aussi un
aficionado d’Albator, s’est amusé, de façon
consciente ou inconsciente (mais je pense tout
à fait consciente) à représenter mon
personnage dans l’une des postures favorites
d’Albator : de dos, drapé dans son grand
manteau, le regard perdu vers l’immensité des
étoiles.

F.B. : Un dernier mot pour nos


lecteurs ?

E.L.H. : Oui, un mot un peu bateau,


mais auquel je crois très fort : il faut lire, il
faut beaucoup lire, parce que c’est de plus en
plus, à notre époque et dans le monde que l’on
nous offre, le dernier refuge de l’authentique
liberté, le livre.
Donc en lisant, on reste libre.

F.B. : Que pensez­vous des livres


numériques ? A votre avis auront­ils le
même impact que ceux en papier ?

E.L.H. : Pour ce qui est du numérique,


je suis comme tout le monde, c’est le grand
flou absolu. Je ne sais pas si on doit être pour

109
Mathieu Gaborit

littéraire et qu’on puisse le faire, tout ce que


génère le jeu de rôles en termes de créativité,
de scénarios, d’histoires, de cohérence
d’univers se transforme en roman.

C’est vrai qu’on a appris le métier avec


les éditions Mnémos : quand elles se sont
créées, elles ont cherché des auteurs, et nous
nous sommes présentés avec des bouts de
manuscrits, des choses assez inabouties, et on
a pu publier des romans très facilement, sans
Ymaginères : Mathieu, peux­tu te passer par le cycle des envois, des refus : on a
présenter en quelques mots ? eu beaucoup de chance de ce côté­là.

Mathieu Gaborit : Je suis un forçat, Y. : Tes premières œuvres sont


ou presque forçat de l’imaginaire, puisque j’ai donc le fruit d’une collaboration
à peu près touché à tous les media depuis auteur/éditeur ?
l’âge de 23 ans. J’ai publié un premier jeu de
rôles, qui s’appelait Cream, et, à partir de là, M.G. : Ce que dit Stéphane Marsan, qui
j’ai évolué au travers du jeu de rôles et du avait fondé les éditions Mnémos et
roman. aujourd’hui Bragelonne, c’est qu’il a appris le
J’ai commencé avec les éditions métier d’éditeur en même temps que nous
Mnémos et la suite s’est enchaînée : j’ai pu apprenions celui d’auteur. Parce que l’on
faire d’autres romans et enfin j’ai découvert apprend à écrire en écrivant, et nous avons eu
l’écriture à travers le jeu vidéo. En effet, je la chance de le faire de manière totalement
travaille comme scénariste pour plusieurs empirique, mais surtout très pragmatique,
boîtes de jeux vidéo, dont, tout dernièrement, puisque nos romans étaient publiés.
Ubisoft avec Heroes Might and Magic VI. Et c’est vrai que les éditions Mnémos
étaient un véritable atelier de création,
Y. : Tu es donc un rôliste devenu puisqu’on était souvent ensemble : on écrivait
écrivain. ensemble, les uns à côté des autres, et ce
travail presque en commun était très
M.G. : Avec Fabrice Colin et d’autres, enrichissant. Ça a d’ailleurs débouché sur un
nous venions du jeu de rôles, d’une culture de travail à quatre mains avec Fabrice Colin
l’imaginaire qui a grandi avec les dessins (Confessions d'un automate mangeur
animés de l’époque ; on était perméables à d'opium), qui en est le prolongement.
cette culture­là.
Et pour peu qu’on ait un appétit Y. : Cela n’a pas été trop dur de
passer à l’écriture ?

110
Littérature & BD ­ Interview de Mathieu Gaborit

M.G. : Cela n’était pas très dur mais pour autant, je ne savais pas écrire.
Ce que j’ai publié étant plus jeune, je n’ai d’ailleurs pas su l’assumer, car j’ai fait pas mal
de travail de réécriture, et je pense que c’est une erreur : comme les anglo­saxons, ou même des
auteurs européens, l’important est d’assumer ses œuvres de jeunesse, avec ses défauts et ses
qualités. C’est idiot de réécrire, parce que à ce compte­là, on réécrit le même bouquin toute sa
vie.
Cela fait quinze ans que je publie des romans, et aujourd’hui encore, je découvre plein de
choses, et j’en découvrirai encore dans quinze ans, heureusement.
Et c’est vrai que l’imaginaire est un genre qui appelle aussi d’autres expérimentations de
style.

Y. : Des projets pour l’avenir ?

M.G. : Pour l’instant, trois projets, dont deux à court terme.


Soit un roman interactif sur la façon des « livres dont vous êtes le héros », mais sur
support numérique : on est venu me voir pour ce petit projet, que j’ai trouvé passionnant. En
plus, il concerne les zombies que j’adore.
Et une adaptation jeu de rôles des Chroniques des Féals (publiées chez Bragelonne), qui
sortira aux Editions Sans­Détour pour le FIJ, le festival international du jeu à Cannes.
Par ailleurs, j’ai un roman en préparation, d’anticipation, puisque j’avais envie d’aller vers
une écriture plus contemporaine, et un autre univers.

Y. : Une dernière chose ?

M.G. : Oui, que je dis souvent aux lecteurs qui viennent me voir : à une époque
anxiogène, difficile, il faut absolument veiller sur ses rêves, en prendre soin et être vigilant.

111
50 États... 50 billets (États­Unis) géré par Sofynet (juillet 2011­septembre
2012)

Beau Terrien (Pierre Bottero) géré par Maxo0 (2011­illimité)

Black Moon géré par Sandra (2011­illimité)

Chefs­d'œuvre de la SFFF géré par Snow/Bulle de neige (2010­illimité)

Clamp's challenge géré par Matilda ( 2010­illimité)

Dystopique, Challenge géré par Prune ( septembre 2011­septembre 2012)

Guy Gavriel Kay géré par Petit Panda (2011­illimité)

Littérature jeunesse d'hier et aujourd'hui géré par Nota Bene (novembre


2011­novembre 2012)

Littérature jeunesse/young adultes + ici et ici géré par Mélo, Audrey &
Hélène (septembre 2011­septembre 2012)

Magie et sorcellerie littéraire géré par Ellcrys (mars 2011­mars 2012)

Manga géré par Setsuka (2010­illimité)

Mondes imaginaires, Les géré par Aymeline ( du 11/11/11 au 12/12/12)

New PAL 2012 géré par Yukarie (2012)

New York en littérature 2012 géré par Emily (novembre 2011­2012)

PZB ­ Poppy Z. Brite géré par Miss Spooky Muffin (mars 2011­mai 2012)

Reading Comic challenge, The géré par Mr. Zombi (mai 2011­mai 2012)

Romance, charmes & sortilèges géré par Kamana et le forum Romance,


charmes & sortilèges (novembre 2011­juin 2012)

Steampunk géré par Lord Orkan von Deck (2011­...)

Vampirique géré par Chloé (août 2011­août 2012)


Catherine

112
© Syr
Hommage à Sir Terence… Sir Terence ? Comprenez
Sir Terence David John Pratchett, plus connu sous le
nom de Terry Pratchett, génial créateur du Disque­monde. Sa
saga « fantastico­burlesque » est devenue un incontournable
du patrimoine mondial de la littérature.
Pourquoi lui rendre hommage ? Parce que cet auteur
britannique, maître du récit et véritable magicien des mots, a
réussi à l’aide d’une poignée de personnages loufoques et
d’aventures rocambolesques à nous faire rire et rêver depuis
presque trente ans.
Le thème de cette anthologie 2011 s’est imposé
naturellement. C’est avec un grand plaisir que nous saluons dans ces pages l’auteur
du Disque­monde et l’un de ses habitants emblématiques : la Mort.
Installez­vous confortablement et découvrez ou redécouvrez ce personnage
aussi drôle qu’effrayant, à travers la vision de onze jeunes auteurs francophones
qui rendent à Terry ce qui appartient à Terry.

Lydie Blaizot Anthelme Hauchecorne


Anthony Boulanger Richard Mesplède
Marie Devigne Blanche St­Roch
Anne Goudour Nicolas Saintier
Matthieu Gousseff Nathalie Vidalinc
Mathieu Guibé

114
Mestr Tom

YmaginèreS : Bonjour Thomas,


Vous êtes conteur, auteur et
rédacteur en chef du web journal Fan
2 Fantasy. Vous venez d’ailleurs nous
présenter la dernière anthologie du
journal « Hommage à Sir Terence ».
Parlez­nous de votre saga en
cours…
Mestr Tom : J’ai débuté en 2002 à
créer l’univers d’Orobolan pour lier d’abord
tous mes contes et donner une base solide à mes histoires. En 2006 est né mon
premier conte oral mis à l’écrit. Pour pallier à la demande, j’ai écrit une suite puis une
autre et j’ai crée une douzaine d’histoires indépendantes où je défends le respect de
l’autre. Les 4 tomes déjà publiés regroupent le cycle des gardiens les mages
protecteurs du monde. Ils viennent de ressortir en intégrale dans la collection du
journal. Le reste de la saga revient sur des événements et des personnages qui
n’étaient que secondaires dans les 4 premiers tomes.

Y. : Vous avez donc une association « La bibliothèque de Mestr Tom »


qui édite le journal « Fan 2 Fantasy » ?
M.T. : Oui, Mestr Tom est un personnage fictif au départ qui est devenu mon
nom d’écrivain, c’est un bibliothécaire qui dévore les livres. La bibliothèque de Mestr
Tom devait au départ servir à ce que chaque membre décrive sa bibliothèque idéale
mais le système n’était pas pratique ni facile donc, en 2008, nous avons créé le web
journal gratuit « Fan 2 Fantasy » qui sert beaucoup mieux notre but de présenter les
livres de la littérature de l’imaginaire et pas seulement des « blockbusters » du genre.

Y. : De quoi cela parle­t­il? Qu’est­ce que le lecteur y retrouve et quel


est le public­cible visé?
M.T. : Fan 2 Fantasy parle de la littérature de l’imaginaire simplement de
lecteurs à lecteurs. Nous essayons de diversifier nos articles sinon nous ferions
catalogue et nous proposons aussi des interviews et des articles sur le métier
d’écrivains (à lire celui sur les dérives du compte d’auteur et l’arnaque du compte
participatif).

Y. : Quelques chiffres pour les presque six ans de l’association?


M.T. : Nous avons fait une soixantaine de salons avec en moyenne 4 jeunes
auteurs invités (le plus gros salon étant celui de Paris en 2010 avec 18 auteurs invités).

116
Littérature & BD ­ Interview de Mestr Tom

Nous avons organisé 5 salons familiaux de la Fantasy dédiés aux jeunes auteurs
de Fantasy (34 exposants en moyenne). Publié 19 numéros du journal Fan 2 Fantasy.
Aidé à la publication d’une quinzaine d’auteurs et d’illustrateurs. Nous avons publié 4
anthologies pour promouvoir les jeunes auteurs.
Notre budget annuel est de près de 10 000 euros récoltés principalement grâce à
nos sponsors.

Y. : Parlez­nous de votre Anthologie 2011…


M. T. : Nous en sortons une par an. C’est une idée de l’une des membres de la
rédaction. Le but est de faire connaitre une dizaine de jeunes auteurs au grand public.
Le thème de cette année est le personnage de la Mort afin de rendre hommage à l’un
des piliers de la littérature mondiale, un magicien des mots : Sir Terry Pratchett.
Dans nos anthologies annuelles, la moyenne d’âge est de 28 ans, le plus jeune a 14 ans
et le plus vieux 67 ans. Notre objectif est de faire connaitre de jeunes auteurs au
public. Si un lecteur découvre un auteur qu’il aime bien dans l’anthologie, alors nous
avons atteint notre objectif.

117
Concours

10 exemplaires de l'anthologie à gagner !

­ Jeu gratuit sans obligation d'achat, organisé du 22 février au 22 mars 2012


inclus par YmaginèreS en partenariat avec Fan 2 Fantasy.
­ Les réponses sont à envoyer à concours@fan2fantasy.fr
­ L'ensemble des équipes de Fan 2 Fantasy et d'YmaginèreS n'est pas autorisé à
participer au jeu. Une seule participation par foyer est admise (même nom, même
adresse postale, même adresse mail). Toute participation multiple est éliminatoire.
­ Les gagnants seront tirés au sort parmi les participants ayant donné les bonnes
réponses au questionnaire. Les résultats du concours seront annoncés le 25 mars 2012
conjointement sur le site de Fan 2 Fantasy (http://fan2fantasy.fr/) et sur celui du
webzine YmaginèreS (http://www.ymagineres.net/).
­ Dotations : 10 exemplaires de l’anthologie « Hommage à Sir Terence ».
­ Les organisateurs se réservent le droit d'écourter, de prolonger ou d'annuler le
jeu si les circonstances l'exigent. Leur responsabilité ne saurait être engagée de ce fait.
La participation au concours implique l'acceptation entière et sans réserve du
règlement et des résultats. En cas de difficultés éventuelles non prévues au présent
règlement ou en ce qui concerne son interprétation ou son application, les
organisateurs seront seuls compétents et leurs décisions seront souveraines et sans
appel.
­ Les coordonnées des participants ne seront ni transmises à des tiers ni utilisées
pour tout autre usage que le présent jeu­concours ou l'envoi de la newsletter du
journal Fan 2 Fantasy ou de celle du webzine YmaginèreS.

Les questions :

­ Citer les 3 anthologistes d’Hommage à Sir Terence ?


­ Quels sont les sites internet des anthologistes ?
­ Qui est Sir Terence ?

118
© Erwin Pale
Les Créatures de la nuit
Notre imaginaire se nourrit de nos rêves et de nos cauchemars. Et comme ils sont habités de
nos fantasmes de mort et de prédation, un large panthéon de créatures monstrueuses s’y sont
tapies durablement.
De tous ces monstres, ceux qui agissent à notre insu, quand nos sens sont en sommeil ont
une résonance particulière. Ils nous parlent de la mort, de cette mort qui est devenue, dans nos
sociétés, non plus un événement naturel, mais un accident, et pourquoi pas, tant il est absurde
de mourir, un châtiment surnaturel ourdi par des créatures maudites.
Des créatures qui stimulent tant notre imaginaire collectif qu’elles ont façonné du sang de leurs
proies humaines un genre à part entière : le fantastique.

I.Créatures de la nuit des temps de tel qu’une créature de la nuit pour frôler
l’abîme. Une invitation au grand voyage. A
Depuis la nuit des temps, de l’image du loup qui en hurlant sème la
l’ombre des bêtes sauvages qui terreur, la créature de la nuit est
rôdent aux abords des refuges d’abord une créature de la
jusqu’aux figures mort.
anthropomorphiques
enfouies au fin fond des 1) Créatures de la
sociétés humaines, et qui mort
en déjouent tous les La nuit, c’est la mort.
codes, les hommes se Les créatures de la nuit
sont construits un vivent à rebours et
imaginaire totemifié et profitent du sommeil
personnifié de la peur profond des humains, ces
morbide. En se créatures si fragiles, pour
partageant, nos régner en maîtres dans
émotions l’obscurité. Les animaux
s’extériorisent et de la nuit, dangereux
s’incarnent. L’esprit prédateurs ou
transforme ses annonciateurs funestes,
créations en créatures hantent notre imaginaire
et structure l’univers et ses empreintes, les
invisible. œuvres de fiction.
Puisque la nuit est En Europe, le loup,
un passage symbolique terreur vedette du conte
vers cette « petite mort pour enfants, en a été
» qu’est le sommeil, longtemps la figure
puisque la nuit, l’homme se sent démuni et emblématique. A l’époque où il était encore le
que son imagination se décuple dans maître nocturne de nos forêts, la croyance en
l’attente, dans l’angoisse ou dans le rêve, rien la lycanthropie (existence d’hommes­loups)

120
Dossier ­ Les Créatures de la nuit

et la force des légendes sur les loups (la bête l’homme selon Hobbes). Il est facile de tuer
du Gévaudan) étaient directement liées à la un humain dans son sommeil. Dans l’histoire
densité « lupine » réelle au kilomètre carré. et la préhistoire, combien de groupes
Dans d’autres cultures, d’autres lieux, ce sont humains ont été surpris et anéantis la nuit
les grands félins, le tigre, le lion, le puma, le par leurs congénères? Cette réalité est dure à
lynx qui cristallisent le fantasme du grand côtoyer car la vie en société exige que chacun
prédateur. accorde sa confiance à l’autre. Un des ressorts
Ils ne sont pas les seuls. D’autres animaux existentiels les plus efficaces du roman
nocturnes alimentent encore nos peurs. De policier ou du roman d’espionnage est,
sombre mémoire en Europe, les rats, d’ailleurs, ce double statut de l’autre : ami ou
porteurs de pandémie et de famine y ennemi ? Qui est l’ennemi, le coupable, le
occupent une place privilégiée. Animal traître à son groupe, à son espèce ?
d’immondices, le rat s’épanouit dans les bas­ Une excellente médiation trouvée par
fonds de nos fantasmes. Il y représente ce qui l’imaginaire pour déminer la méfiance en
est collectivement enfoui et qui peut resurgir l’autre, tout en nous invitant à rester sur nos
violemment dans toute situation de crise. gardes, est de proposer comme prédateurs
Animal de supplice, il dévore lentement le symboliques des créatures hybrides : mi­
visage épouvanté dans sa cage (fantasme de « hommes, mi­animales. Le vampire a
l’homme aux rats » décrit par Freud ou récit l’apparence d’un humain, mais il a l’essence
du Jardin des supplices d’Octave Mirbeau). d’une chauve­souris (un « batman »
Rongeurs intelligents, les rats sont d’autant sanguinaire). Le loup­garou est un homme
plus démoniaques qu’ils semblent conscients qui se transforme en loup. L’homme­tigre est
de ce qu’ils infligent. Choyés par certains très présent dans d’autres cultures. Entre
auteurs tels que James Herbert dans sa peur ancestrale et anxiété sociale, ces
trilogie des Rats, ils sont aussi une métaphore créatures anthropomorphes et souvent
de la société humaine. métamorphes mêlent deux registres connexes
D’autres créatures terrorisent également de la nécrophobie, ou plus justement de
nos nuits fantastiques : chauves­souris, l’angoisse de la souffrance ou de la mort par
araignées, scorpions… Habituellement prédation.
reléguées au second plan, ces petites bêtes Une autre médiation est plus abstraite et
peuvent jouer un rôle majeur si l’on se fie, par moins directement prédatrice : l’hybridation
exemple, à Marcel Béalu, dans L’Araignée entre un corps humain et une non­existence.
d’eau, une métamorphose kafkaïenne à Qu’elle s’incarne en un mort­vivant, un
rebours. zombie, un squelette, une momie, un
La fonction du rêve (et du cauchemar) fantôme, un spectre ou un esprit, elle est un
étant programmatrice (nous savons que les appel au suicide, à la mort mimétique plus
rêves des mammifères sont hantées par que le résultat d’un violent combat à mort. Il
l’évocation de prédations), l’imaginaire saisit s’agit d’échapper à son destin plus que de se
l’esprit et mobilise sa vigilance contre les livrer une bataille ancestrale.
dangers réels même quand la victime possible Mais, l’imaginaire est intraitable sur ce
n’y est pas exposée. La répétition est un auto­ point, toutes ces créatures en veulent avec
conditionnement. Ces animaux nocturnes acharnement à votre esprit et à votre vie.
sont des dangers potentiels auxquels l’esprit
s’emploie à nous confronter pour mieux les 2) Créatures nocturnes
affronter dans le réel. Bien entendu, toutes les créatures de la
Mais, parmi tous les animaux, le prédateur nuit ne sont pas des créatures de la mort.
nocturne le plus dangereux pour l’homme est Terreur des mulots et des lapereaux, le hibou
l’homme lui­même (ce « loup » pour (et encore moins la chouette) ne fait peur à

121
Dossier ­ Les Créatures de la nuit

personne. S’il a inspiré quelques œuvres Ces créatures sont non seulement
fantastiques (Le chat noir d’Edgar Poe ou, consubstantielles au noir de l’âme, aux
plus récemment en littérature jeunesse, Les abîmes de l’esprit, mais elles s’épanouissent
chats de Marie­Hélène Delval), le chat et sa dans l’absence de lumière, le froid et le vide.
vision nocturne n’en font pas une créature de Depuis que nous voyageons dans l’espace,
la nuit majeure, car, fidèle à nos canapés, il nous savons que le noir et le
n’est plus symboliquement associé à la mort. froid sont
Ça n’a pas toujours été le cas : au Moyen­âge, physiquement
le chat noir, plus proche de la nuit et des rats, associés au vide.
pouvait être une créature maléfique. Et la nuit des
Il faut donc exclure du périmètre des créatures,
créatures de la nuit celles qui n’éveillent pas matérielle,
notre angoisse, mais de la même façon, il faut tangible, est
écarter les créatures effrayantes qui ne se bien celle du
manifestent pas nécessairement la nuit. Les vide, de
sorcières, autres vedettes de notre panthéon l’absence de vie,
patibulaire, aiment la nuit et son atmosphère de la mort. Les
d’enchantement lugubre, mais s’il faut créatures de la
qu’elles sévissent le jour, elles frapperont, nuit se fortifient
elles envoûteront, elles endormiront à la dans le combat
lumière. De la même façon, les démons sont à rebours contre
démoniaques à n’importe quelle heure du la vie et
jour, à moins qu’ils n’aient un statut symbolisent ce
privilégié de « démons de la nuit », pas si qui menace les créatures vivantes. Elles ont,
éloignés qu’on pourrait le croire des « à ce titre, une dimension éternelle.
démons de minuit ». La nuit des temps, c’est le temps où
Les créatures de la nuit ont, en fait, une l’espace et la lumière n’existaient pas et les
relation particulière avec l’obscur et créatures de la nuit nous rappellent à son bon
l’obscurité. Les vampires ne résistent pas à la souvenir, cannibale et mortifère.
lumière du soleil. Les loups­garous ont
besoin de la nuit, voire d’une nuit de pleine II. Métamorphoses des créatures de
lune (preuve, s’il en est, qu’il leur reste un la nuit
peu de forme humaine…). Sortis de leur
tombe ou de leur sarcophage, les morts­ Si les créatures de la nuit sont universelles,
vivants et les momies, venant de la nuit, ne elles ne sont pas intemporelles. Les premiers
supportent pas la lumière du soleil. Parlant vampires sumériens (dans sa saga, Maggie
de « Dracula », le vampirologue Van Helsing Shaine fait de Gilgamesh le premier des
nous précise que «son pouvoir cesse, comme vampires), égyptiens ou chinois n’ont rien à
d’ailleurs celui de toutes les puissances voir avec Dracula et encore moins avec les
malignes, dès les premières lueurs de Cullen de Twilight. Ils sont plus proches de
l’aube...» Dans Je suis une légende de démons assoiffés du sang des vivants que
Richard Matheson, Robert Neville, à la suite d’élégants esthètes ou athlètes aux dents
d’une pandémie fatale qui a transformé tous longues.
les habitants en zombies­vampires, ne peut Condamnées elles aussi à une folle course
sortir de son immeuble qu’en plein jour. darwinienne, ou lamarckienne, non
Quand Belphégor se déplace dans les couloirs seulement ces créatures évoluent à travers les
du Louvre, c’est rarement une lanterne à la siècles, mais leur mutation s’accélère à
main. grands pas ces dernières décennies. Le regard

122
Dossier ­ Les Créatures de la nuit

de l’homme sur la nature, sur la « surnature » b) Les créatures déchues


n’est pas resté figé. Il a évolué, lui aussi, Les polythéismes antiques ont conservé ces
transformant son imaginaire et l’adaptant croyances, mais ils ont réordonné le monde à
aux mutations sociales et techniques des l’image des cités avec un panthéon de dieux,
sociétés humaines. gouvernant le réel tel une implacable
oligarchie clanique.
1) Les créatures du passé Lamia, figure éponyme des lamies
Les sociétés polythéistes n’ont pas accordé nécrophages, fut victime de la jalousie de
le même statut terrestre et divin aux Héra. Elle devint folle et fut à moitié
créatures de la nuit que la religion transformée en serpent (telle Echidna).
chrétienne. Avec l’avènement de la rationalité Vampires ou morts­vivants, les démons
scientifique, le désenchantement du monde a antiques sont créés par les dieux par punition
retranché les créatures de nos nuits dans de ou pour accomplir des actions punitives. La
nouvelles dimensions, plus sombres, mais jeune Polyphonte vénérait Aphrodite, mais
moins imposantes. lorsqu’elle se tourna vers Artémis, Aphrodite
la transforma en stryge (du grec « oiseau de
a) Les créatures de l’invisible nuit »). Cette première stryge donna
Les créatures de la nuit sont nées avec la naissance à une lignée de créatures
peur de la fin du jour. Le panthéisme primal maléfiques suceuses de sang, proches des
a doté d’un esprit invisible, mais actif, harpies qui kidnappent des enfants la nuit. Le
vengeur ou protecteur, les êtres vivants, voire roi Lycaon fut changé partiellement en loup
certains phénomènes ou objets de la nature. par Zeus pour avoir proposé au cours d’un
Une branche qui tombe est la manifestation repas les membres d’un enfant qu’il venait
de l’esprit de l’arbre ou de celui de la forêt. d’égorger. Dans ses Métamorphoses, Ovide
Les créatures de la nuit étaient avant tout des en fait une description saisissante : « Ses
créatures de l’invisible, mais le vrai monde, vêtements se convertissent en un poil hérissé
celui des volontés qui créent les événements, ; ses bras deviennent des jambes : il est
se situait dans l’invisible, dont le réel matériel changé en loup, et il conserve quelques restes
n’était que la manifestation. de sa forme première : son poil est gris
Les effets de la mort sur les vivants sont comme l'étaient ses cheveux ; on remarque la
attribués à un esprit dissocié du corps, qui, même violence sur sa figure ; le même feu
lui, disparaît. Quand le deuil fait son travail, brille dans ses yeux ; tout son corps offre
que la mémoire du défunt se heurte à la l'image de son ancienne férocité ».
réalité, c’est l’esprit du mort qui se manifeste Le Minotaure est devenu une créature d’un
et « matérialise» le revenant. Cette difficile labyrinthe sombre, et donc de la nuit, parce
acceptation d’une réalité décalée a pu, de tous que Minos rejetait l’enfant de Pasiphaé et
temps, s’interpréter comme une d’un taureau envoyé par Poséidon.
superposition de réalités. L’infirmité, la malignité, la monstruosité
Quand le remords et la culpabilité s’en naissent du châtiment d’un dieu. A l’instar
mêlent, la seconde réalité est mauvaise. C’est des autres créatures monstrueuses, Typhon,
ainsi que Platon, Aristée et Démocrite Cerbère, Charybde, Scylla, la Gorgone, ce
estiment que l’âme des morts privés de sont des épreuves pour les hommes et le
sépulture peut errer sur Terre attirées par le rappel bien vivant de fautes impardonnables.
sang. C’est ainsi que Pausanias nous Des créatures châtiées aux anges déchus
présente la raison pour laquelle les Crétois du livre d’Hénoch (IIème siècle après Jésus­
enfonçaient un clou dans la tête de certains Christ), il n’y avait qu’une faute originelle, la
cadavres. chute biblique qui conduit de l’Eden à l’enfer
terrestre.

123
Dossier ­ Les Créatures de la nuit

b) Les créatures possédées de Plancy en dénombre des millions), le


Dans son imaginaire, l’Occident chrétien diable peut agir partout et corrompre les
va revenir à des fondamentaux manichéens proies les plus faciles.
(de la religion de Mani au IIIème siècle). Les créatures de la nuit ne sont cruelles et
Selon le manichéisme, il y a le royaume de la dépravées que parce qu’elles sont possédées.
lumière, siège du divin, et le royaume des C’est le mal qui s’exprime en elle. La créature
ténèbres, siège de la matière et des morts. La n’est pas maligne en soi, elle est contrôlée par
créature de la nuit est un des occupants le mal. C’est ce qui permet à un exorciste de
privilégiés des ténèbres, mais elle est n’est au redonner à la créature le plein contrôle d’elle­
mieux qu’un intercesseur, au pire qu’une même et à la remettre dans le droit chemin.
incarnation : celle du diable et des forces du Pour Jacques Baudou (L’encyclopédie du
mal. fantastique, 2011), « C’est avec Satan et la
Si l’imaginaire du Moyen­âge fait foule de démons, de sorcières et de
la part belle à Ysengrin, le loup, créatures infernales supposées
parmi le bestiaire des animaux vivre au côté des hommes qu’il
nocturnes, il n’y voit pas qu’un faut chercher l’origine du
prédateur au sommet de la surnaturel et de l’horreur en
chaîne alimentaire. Il élève les Occident ». C’est sous l’Ancien
créatures de la nuit au titre de régime que naîtra le roman
compagnons du malin. Ceux surnaturel moderne, dont l’acte
qui font peur, ceux qui attisent de naissance, toujours selon
la tentation (la sorcière, la belle Jacques Baudou, est Le diable
créature) sont des marionnettes amoureux (1772) de Jacques
du diable. Elles éloignent la victime Cazotte. Un jeune capitaine
de la lumière salvatrice. Dans les napolitain y invoque Belzébuth
polythéismes, les divinités maléfiques qui se transforme en une jolie jeune
(Baal, Hadès, Anubis, Seth, Dionysos) ont femme, au prétexte que seul
aussi des pouvoirs bénéfiques et font parfois l’aveuglement peut rendre l’espèce
l’objet de cultes positifs. Tel l’Ahriman de humaine heureuse.
Zoroastre, Satan, lui, reste, sous tous les La thématique de la possession connaîtra
angles, satanique. Il est la personnification du une certaine postérité : Le moine (1796) de
mal, mais aussi celui qui se personnifie dans Matthew G. Lewis a été récemment adapté au
ses créatures pour atteindre et pervertir le cinéma par Dominik Moll (2011), Le tour
monde des vivants. d’écrou de Henry James (1898), le
Pour tenter les âmes chrétiennes, il utilise Rosemary’s baby (1968) de Polanski est tiré
volontiers des créatures démoniaques. Parmi du roman éponyme d’Ira Levin (1967),
lesquelles, on trouve en première place les L’exorciste (1971) de William Peter Blatty
anges déchus, traîtres à la cause céleste : inspira le film d’horreur américain du même
Azazel qui enseigna aux hommes l’art de nom en 1973. L’élément nouveau apporté par
fabriquer des armes et des parures, puis le Christianisme est que la possession ouvre
Lucifer, roi des démons, qui se rebella contre la porte à la rédemption. La créature est une
Dieu par orgueil, Lilith, sa compagne, qui victime. Elle n’est pas condamnée à le rester.
peut sortir des abîmes la nuit pour entraîner
les jeunes hommes dans la débauche, Zagan c) Les créatures dépravées
et ses 33 légions infernales, Moloch le voleur Le roman gothique du dix­neuvième siècle
d’enfants et bien d’autres démons tout aussi changea la perspective. Comme le suggère
sanguinaires… Fort de cette armée infernale Julien Gracq (préface aux Chants de
(Le Dictionnaire infernal de Jacques Collin Maldoror de Lautréamont), les créatures ne

124
Dossier ­ Les Créatures de la nuit

sont plus issues de l’enfer chrétien, mais que nous la décrit Kafka dans La
directement du monde de l’en­bas, avec métamorphose (1915).
lequel se rétablit une ligne directe. En Les deux guerres mondiales vont mettre ce
subjectivisant la perspective, le romantisme point de vue à mal. C’est la société qui est
mettra l’accent sur la psychologie de la malade et pas seulement l’individu. Les récits
créature. Non seulement il renoue avec les des atrocités de la guerre ont charrié leur lot
forces ténébreuses de la nature (retour à un d’horreur et l’état d’esprit n’est plus à la
panthéisme idéalisé), mais la créature n’est recherche de sensations fortes. Dans un pays
pas prise en otage, c’est son âme qui est qui a vécu la première guerre mondiale de
atteinte. moins près, les magazines pulp américains
Ame innocente et manipulée dans le cas de diffusent cependant, avec des revues comme
la créature de Frankenstein, pour Mary Weird Tales, les figures imposées de
Shelley (1816). Ame libertine et débauchée de l’imaginaire en les rendant accessibles à un
Lord Ruthven dans Le vampire de public large.
Polidori/Byron (1819). Ame égarée du loup­
garou esquissée dans Le vaisseau fantôme de 2) Les créatures d’aujourd’hui
Frederick Marryat. Ame tentatrice et bravant Sans renier les poncifs fantastiques des
l’interdit homosexuel avec la Carmilla de deux derniers siècles, les créatures de la nuit
Joseph Sheridan Le Fanu (1871). Ame ont plus évolué ces 20 dernières années qu’au
supérieure et décadente dans le Dracula de cours des deux siècles précédents. Leur forte
Bram Stoker (1898). exposition médiatique au 20ème siècle a
A renfort de phénomènes paranormaux, de contribué à leur banalisation. Les créatures
châteaux lugubres, d’eaux dormantes, de font moins peur, mais elles sont plus proches,
fosses ou de puits mystérieux, des auteurs plus ambivalentes et plus nombreuses. Leur
tels qu’Edgar Poe, Guy de Maupassant mode d’évolution est passé d’un modèle
réintroduiront, à l’heure où la science lamarckien, où les mutations apparaissaient à
triomphante a chassé le surnaturel, la magie la faveur d’une œuvre séminale (Frankenstein
de l’au­delà, tout en jouant sur le côté obscur , Carmilla, Dracula, les créatures chtoniennes
de l’âme, sur la face cachée de l’humanité. de Lovecraft, …) à un mode darwinien où les
Avec la découverte de l’inconscient et des auteurs se pillent les uns les autres et où les
tréfonds de la psychologie humaine, cette différences portent sur des détails (à l’image
dégradation de l’esprit, physique ou de l’explosion de la bit­lit).
symbolique, va prendre de plus en plus Les créatures d’aujourd’hui sont moins
d’importance dans la littérature et se focaliser originales que métissées. Et ce sont moins les
sur le sujet lui­même. La dépravation est genres des créatures qui ont évolué que la
l’enjeu d’une lutte personnelle et conduit à la fragmentation des œuvres fantastiques en
figure du double schizophrène. Elle est le une multitude de genres.
résultat d’un orgueil prométhéen
autodestructeur dans L’étrange cas du Dr a) De nouveaux genres de créatures
Jekyll et de M. Hyde (1886) de Robert Louis A l’ère des médias de masse, puis de la
Stevenson. Dans Le portrait de Dorian Gray mondialisation, la diffusion d’une culture
(1890) d’Oscar Wilde, elle est le fruit d’un populaire universelle a banalisé les créatures
pacte méphistophélique et d’une dépravation de la nuit, segmentant la production
psychologique (Dorian Gray) assimilée à une mondiale, encore très occidentale, en
décrépitude physiologique (le portrait). A plusieurs genres spécialisés. Sont apparus de
l’apogée de ce mouvement de décomposition nouveaux genres thématiques : le surnaturel
intérieure se trouve la transformation de rationnel et technologique (la SF), le
Gregor Samsa en un insecte monstrueux, telle surnaturel médiéval (la fantasy), le surnaturel

125
Dossier ­ Les Créatures de la nuit

contemporain (le fantastique), avec leurs horreur). D’autres genres sont encore liés au
subdivisions plus fines en « urban fantasy », mode de diffusion (créatures fantastiques des
«high fantasy », etc. comics, des mangas, des jeux vidéo,…).
Le même type d’histoire ou de créatures
peut ainsi se décliner sur différents modes b) Des créatures plus proches
selon que l’origine de la créature est Mais au­delà de la classification des récits
rationnelle ou non, selon son époque, son en genre, l’apparition répétitive des mêmes
cadre géographique. Les vampires de Richard figures (le vampire, le loup­garou, le mort­
Matheson (Je suis une légende) sont à la vivant, le fantôme) leur a fait perdre leur
frontière de plusieurs genres. Si le potentiel de frayeur. L’omniprésence des
vampirisme s’étend à la faveur d’un virus (V­ technologies et la toute puissance de la
virus de Scott Westerfeld), s’il est propre à science relèguent les créatures de la nuit au
une race alien (Le prisonnier de la planète rang de folklore poétique. Le manichéisme
Mars de Gustave Lerouge), s’il est favorisé romanesque n’est plus d’usage.
génétiquement (Novice d’Octavia Butler) ou Peu à peu, les créatures se sont intégrées à
purement virtuel (…), il entrera davantage la société. Le vampire, le loup­garou est un
dans la catégorie SF que dans celle du voisin, un cousin, il habite dans le même
fantastique. immeuble (Fright night de Craig Gillepsie).Il
Sont apparus également des genres dédiés étudie dans la même université (Twilight de
à de nouveaux publics (la bit­lit pour un Stephenie Meyer, Journal d’un vampire de
public féminin, des collections d’horreur pour Lisa Jane Smith), il travaille dans la même
les enfants comme Chair de poule, …) ou entreprise (le Wolf de Will Randal avec Jack
encore des genres liés au degré de Nicholson).
transgression et à l’intensité de la révulsion Les filles en tombent amoureuses. Après
(distinction fantastique, épouvante ou les vampires dandys des années 70 et 80, le
phénomène de la bit­lit (supernatural
romance) a accentué l’humanisation et le
pouvoir de séduction de la créature nocturne.
Dans la série Buffy contre les vampires,
l’héroïne finit par tomber amoureuse d’un de
ses ennemis jurés.
Dans la lignée de la Carmilla du 19ème
siècle et de la Vampirella du 20ème siècle, les
filles se transforment de plus en créatures
surnaturelles. Et, dans certains romans,
l’effet de proximité est encore accentué par le
fait que l’héroïne, qui s’exprime à la première
personne, est elle­même un vampire et vit de
l’intérieur un statut d’exclusion.

c) Des créatures repenties


Car c’est aussi un trait nouveau des
créatures de la nuit qui va de pair avec leur
volonté d’intégration : elles se sentent
coupables vis­à­vis de la gent humaine. Elles
veulent se racheter et trouvent tout type
d’artifice pour éviter de nous nuire. Dans la
série True blood, la création d’un sang

126
Dossier ­ Les Créatures de la nuit

synthétique permet aux vampires de vivre l’étendue de la demande. De même que les
plus sereinement parmi les hommes. Pour Marvel comics multiplient les superhéros et
lisser les héroïnes nocives et favoriser leurs superpouvoirs (Daredevil, le héros
l’identification des lectrices aux personnages, chauve­souris aveugle, et Spiderman,
les auteurs de la bit­lit atténuent les pulsions l’homme­araignée, ne sont­ils pas des
de leurs créatures : elles sont sélectives et superhéros de la nuit ?), les nouveaux médias
n’attaquent que les hors­la­loi ou les pervers, s’adaptent à l’ère des masses. Le cinéma
elles se tournent plutôt vers les animaux à introduit en nombre les morts­vivants
sang chaud, elles apprennent à contrôler leur (L’invasion des profanateurs de sépultures
appétit sanguinaire (la famille Cullen dans de Don Siegel (1956), La nuit des morts­
Twilight). vivants de George A. Romero, le clip Thriller
Réfrénant leur agressivité, les prédateurs qui marqua les esprits en 1982), la meute va
de la nuit, autrefois implacables, ont perdu de changer de camp. Les zombies attaquent en
l’assurance. Leur positionnement au sommet nombre, mais les vampires, les loups­garous,
de la chaîne nutritive devient embarrassant. les démons ne sont pas en reste. Ils se
Ils descendent d’un cran et, à défaut de regroupent non plus pour subsister dans un
devenir humains, tentent de se rapprocher recoin caché d’Europe centrale ou sous des
de leurs proies. Les albums pour enfants vestiges archéologiques, mais pour survivre
multiplient les gentils vampires (Le petit parmi l’espèce humaine. Certains sont moins
vampire d’Angela Sommer­Bodenburg nombreux dans des sectes cachées, mas ils
depuis 1979 ou celui de Joann Sfar depuis jouissent d’une immortalité qui leur donne
1999), les gentils fantômes (d’Arthur le un avantage compétitif appréciable à long
fantôme justicier de Jean Cézard de 1953 à terme.
1977 aux Noces funèbres de Tim Burton La figure des aliens cachés parmi les
(2005)), quand les créatures ne sont pas hommes fut très prisée à l’époque de la
rendues ridicules par leurs travers guerre froide (série Les envahisseurs (1967­
désespérément humains (La famille Addams 1968)) et utilisée par certains pour dénoncer
diffusée de 1964 à 1966 aux Etats­Unis). une aliénation de masse (le film Invasion Los
Tourmentées, les créatures se posent des Angeles de John Carpenter (1988)). Elle est
questions sur leur devenir. Conscientes de reprise aujourd’hui moins pour dénoncer un
l’ostracisme dont elles font l’objet, elles se complot mondial contre l’humanité que pour
livrent régulièrement à des repentirs. figurer une compétition entre espèces (Les
Conséquence pratique : elles luttent de plus vampires de Maggie Shayne). Cette
en plus souvent contre d’autres types de compétition, émoussée, édulcorée, se
créatures (vampires contre loups­garous, développe sur un mode plus subtil que
vampires contre zombies) ou contre leurs l’invasion. Elle relève désormais davantage
congénères, au côté des humains. d’une coopération­répulsion, d’une symbiose
plus que d’un parasitisme sadique (The
d) Des sociétés de créatures parasite est un roman vampirique d’Arthur
Dans la littérature et le cinéma d’avant­ Conan Doyle paru en 1894).
guerre, les créatures de la nuit étaient très
majoritairement esseulées. Figure e) Des créatures multidimensionnelles
romantique de l’altérité monstrueuse, le En 1993, Emmanuel Carrère publiait sa
vampire ou le loup­garou, en bonne victime biographie « Je suis vivant et vous êtes tous
expiatoire, était pourchassé par des meutes morts » et rendait un vibrant hommage à
humaines (métaphore de l’auteur maudit ?). Philip Dick, l’un des maîtres du fantastique
A l’ère des médias chauds et froids de en science­fiction, qui a su jouer de tous les
Marshall McLuhan, l’offre s’adapte à registres des créatures étranges et de la mort

127
Dossier ­ Les Créatures de la nuit

en jouant sur les technologies issues de récits de voyages imaginaires ou des


(pharmaceutiques ou psychiques), les personnages sanguinaires (Métamorphoses
paradoxes et les distorsions temporelles. d’Apulée). Les fantômes et personnages de la
Plusieurs auteurs se sont emparés de la nuit font des apparitions très tôt dans la
vogue des univers parallèles, de plus en plus littérature de fiction chinoise ou japonaise
en vogue chez les cosmologues (avec son (parmi les plus connus, le Taketori
interprétation de la fonction d’onde Monogatari – le conte du coupeur de
quantique, le physicien Hugh Everett en est bambou ­ raconte l’exil d’une charmante «
un des défenseurs les plus reconnus), pour créature lunaire » retournant sur la lune
aborder sous un nouveau jour la après avoir goûté de l’élixir d’immortalité).
problématique de la mort et de ses créatures. Plus près de nous, le cinéma fit très tôt appel
La science­fiction a souvent abusé de cet au diable, aux vampires, aux fantômes,
artifice pour justifier l’irruption du comme en témoigne l’œuvre du pionnier
fantastique dans l’avenir, mais cela n’a pas Méliès (auquel le dernier film de Scorsese
toujours été fait habilement. Les grands films Hugo Cabret rend un vibrant hommage).
de ces dernières années (Les autres Il faut ensuite admettre que certaines
d’Alejandro Amenabar (2001), Le sixième époques sont plus propices que d’autres au
sens de Night Shyamalan (1999)) ont inversé retour des créatures nocturnes. La première
avec brio le point de vue entre les morts et les éclosion du fantastique au début du 19ème
vivants, montrant la voie de ce qui pourrait siècle est une réaction à la disparition
constituer un nouveau paradigme fictionnel. progressive du sentiment de présence de
Le point de vue ne serait plus seulement Dieu. L’éclosion provoquée par le
déplacé vers celui d’une créature, mais vers le romantisme gothique de la fin du siècle est
plan de l’irréel jugeant le réel comme factice. davantage une réaction nostalgique à la
rationalisation excessive (la psychanalyse
III. Prolifération des créatures de la n’en est­elle pas une ?). Qu’en est­il de la
nuit prolifération actuelle ?

Si certaines créatures se sont, à titre 1) La piste archétypale


individuel, largement répandues (Dracula Certains auteurs invoquent Jung et son
passe pour le deuxième best­seller de tous les inconscient collectif pour justifier le succès de
temps après la Bible), leur nombre explose créatures millénaires. Un syncrétisme
aujourd’hui, à en juger par le nombre pérenne et adaptatif des mythes et légendes
d’ouvrages, de séries, de jeux ou de films qui universels structure notre inconscient à l’aide
leur sont consacrés. Dans les librairies, les « d’archétypes ». C’est une façon de sacraliser
ouvrages estampillés fantastique (type bit­lit) et de « génétiser » ce que nous appellerions
et fantasy ont sensiblement mordu sur les plutôt aujourd’hui la constitution d’un
rayonnages de la science­fiction. imaginaire universel. Même si les loups se
Pourquoi cet engouement depuis les font rares, la mémoire des loups est vivace et
années 90 ? Pourquoi cette prolifération ? se transmet oralement ou médiatiquement, à
Pourquoi ce retour à des figures tutélaires de travers les œuvres de fiction.
la prédation ? Carl Gustav Jung parle d’énergie
Il faut d’abord considérer qu’il s’agit d’un “numineuse” inconsciente qui nourrit notre
retour « relatif ». Le fantastique et sa galerie imaginaire, dans un dialogue permanent avec
de monstres n’ont jamais quitté l’univers de notre conscience. Aujourd’hui, nous serions
la fiction. Dans ce qui nous est parvenu de plus enclins à penser que c’est l’imaginaire
leur littérature romanesque, les auteurs grecs collectif qui dialogue et structure notre
et latins mentionnent d’étranges créatures, inconscient. Le cerveau a besoin de se

128
Dossier ­ Les Créatures de la nuit

représenter la réalité et de réguler l’exercice Pas étonnant que le passage


individuel et social de nos pulsions pour d’une jeune fille
assurer sa survie. Les échanges relationnels et (humaine) au statut
culturels permettent au nouveau­né, puis à de femme
l’enfant, d’apprendre à avoir peur comme les (vampire) soit «
autres. Le contact avec les premiers contes et réglé » par
leurs lots d’horreur est formateur. La lecture l’épanchement
du « petit chaperon rouge » en Europe d’un sang
prépare le succès du loup­garou. Jung dirait symboliquement
que le succès du conte est lié à notre menstruel.
inconscient collectif, mais il est probable que L’angoisse de la
les amateurs de loups­garous lisent plus métamorphose
volontiers le conte de Perrault et des frères trouve un écho
Grimm à leurs enfants… dans l’angoisse de
Une chose est sûre, la piste archétypale ne la mort et de la
nous aide pas à comprendre le triomphe des déshumanisation.
vampires et des loups­garous, mais plutôt La littérature et le cinéma fantastiques
leur persistance à travers les siècles. voyaient les femmes plutôt comme des proies
et s’adressaient plutôt aux hommes frustrés
2) La piste psychanalytique (désir de conquête sans entrave). La
Pour faire simple, disons que la symbolique vampirique, du point de vue de la
symbolique de la morsure est très connotée. (jeune) femme, fait du vampire (ou du loup­
La pulsion de mort y est consubstantielle, garou ou de toute créature qui saigne sa
désir de la mort des autres, désir de sa propre victime sans tuer) un agent d’émancipation.
mort, toutes deux réprouvées par les religions Et ce d’autant plus qu’elle­même est vouée à
et la société. L’équation est la suivante : devenir une créature prédatrice et non plus
l’interdit de la violence et du meurtre est une victime. Cette inversion du point de vue,
d’autant plus puissant que la pulsion est forte favorisé en littérature par le fait que la
et la pulsion est d’autant plus illustrée dans majorité des auteurs et des lecteurs sont des
les rêves et l’imaginaire collectif que l’interdit femmes, transforme le mythe.
est puissant. Il suffit donc qu’une société soit Cette connotation sexuelle de la séduction
plus prompte à libérer cette pulsion (en cas et de l’acte initiatique orchestrés par la
de crise économique ou de guerre civile, par créature de la nuit vaut aussi pour un même
exemple) pour que les romans, les films, les sexe. On a souvent parlé d’homosexualité
jeux deviennent plus sanglants et plus latente dans la figure du vampire et du héros
violents. Est­ce le cas de nos sociétés inquisiteur (Lord Ruthven et le jeune Aubrey,
tétanisées, depuis quelques années, par le Dracula et Jonathan Harker), ce qui est d’une
spectre de la crise financière, puis par celui troublante évidence quand on sait que le
de la grande dépression et du déclin ? lecteur fera un lien conscient ou non entre
La pulsion sexuelle n’est pas étrangère non l’acte de morsure et l’acte sexuel. On
plus à la symbolique de la dévoration. D’une considère Carmilla, de l’irlandais Joseph
part, certains auteurs nous rapportent Sheridan Le Fanu, comme un des premiers
directement que les vampires n’ont pas romans anglophones de l’ère victorienne
l’esprit sous la ceinture et n’éprouvent pas parlant ouvertement d’homosexualité, la
d’autre plaisir « sexuel » que celui de mordre. comtesse Mircalla Karnstein se nourrissant
D’autre part, l’acte de morsure, qui n’est pas exclusivement de jeunes filles.
toujours mortel, est un passage rituel à un Parmi les autres interprétations
nouveau statut, celui de nouveau vampire. psychanalytiques du mythe moderne de la

129
Dossier ­ Les Créatures de la nuit

créature de la nuit, il ne faut pas oublier de tout ce qui garantissait leur


l’image du père tout puissant que représente développement. La démocratie, la
le vampire aristocrate auprès des jeunes coopération internationale, l’éducation,
héros. Dominateur et menaçant (le vampire l’innovation comme moteur de croissance
est un castrateur surhumain), le héros va sont remises en question : le 20ème siècle a
devoir au mieux le dénoncer, au pire s’en montré qu’en cas de crise, les tentations
débarrasser. Une perspective très œdipienne. autoritaires, le repli sur soi et sur son passé
A noter que c’est parfois le fils qui devient étaient réelles. Dans l’imaginaire littéraire, le
une créature de la nuit et qui tue son père ou recul de la science­fiction et de ses
qui se fait tuer par son père (dans The wolf interrogations sur l’avenir au profit de la
man par exemple). fantasy, nostalgique, et du fantastique,
Cette problématique symbolique peut antirationaliste, en est certainement un signe.
ressurgir dans les périodes où les auteurs ont
le sentiment que la société protectrice et Quand la société perd le contrôle de son
toute puissante est, en fait, nocive pour tous destin, elle a moins recours à l’action et aux
ou pour certains (société industrielle au explications rationnelles pour justifier le
19ème siècle, sociétés écologiquement cours des choses. Cela reviendrait à s’accuser
irresponsables aujourd’hui). soi­même (de n’être pas assez actif,
intelligent, optimiste). Si l’on en juge par
3) La piste socio­économique l’engouement actuel des Européens pour les
Comme nous l’avons laissé entendre, des choses occultes ou non fondées
sociétés en crise (accroissement de la scientifiquement (pratiques magiques,
pauvreté, baisse du niveau de vie ressenti, médecines parallèles, disciplines fondées sur
peur d’une dépression) sécrètent de la notion d’énergie naturelle et de vibrations
l’angoisse et de la violence, qui ont une universelles, … ), il apparaît que la vraie vie se
résonance dans l’imaginaire avant de trouve de plus en plus ailleurs : dans l’au­delà
s’engouffrer dans le réel. Cette montée du ou dans une autre dimension. La réalité perd
sentiment d’insécurité économique et ce ainsi de son pouvoir de nuisance.
durcissement des relations sociales ne sont Pour ajouter une note positive, nous
sans doute pas pour rien dans la prolifération pouvons également dire qu’au­delà du
des vampires et des loups­garous, dont un glissement de point de vue apporté par la bit­
apport évident est de transformer la relation lit (le vampire comme créature initiatique
amoureuse en conflit vital. Non seulement bénéfique), il est un autre changement
l’héroïne de la bit­lit s’oppose à son intéressant de perspective : la créature
entourage, devenu inquiet ou hostile, mais néfaste doute d’elle­
elle doit surmonter un fort sentiment de même et devient
répulsion pour faire triompher l’amour. Un moins néfaste.
message est envoyé à la lectrice : l’amour Son propre point
devra vaincre de haute lutte. Rien ne sera de vue est écouté
simple. Si l’on en juge par le nombre (comme Mary
croissant de divorces et de conflits familiaux, Shelley avec le
c’est un avertissement utile… monstre de
Les sociétés occidentales n’ont pas Frankenstein ou
seulement peur de la crise économique, elles Joseph Sheridan
doutent de leur avenir. La mondialisation et Le Fanu avec
l’émergence de nouveaux acteurs Carmilla). C’est
internationaux avec d’autres cultures les font une forme de
douter de la légitimité de leur point de vue, relativisme social

130
Dossier ­ Les Créatures de la nuit

didactique : la créature paraît maléfique travaillé par à­coups sur ces matériaux de
parce que nous portons sur elle un regard l’imaginaire pour populariser les créatures
accusateur. Si nous nous mettons à sa place, maléfiques (feuilleton, pièces de théâtre).
nous admettons que sa situation est difficile Comme nous l’avons indiqué, le mode de
et qu’elle souhaite ne plus agir à l’encontre propagation du 19ème siècle se fondait sur un
des humains. La créature nous paraît registre de la reproduction avec de faibles
monstrueuse, mais l’est­elle réellement ? variations et des mutations « discrètes », au
Dans nos sociétés métissées, c’est un sens mathématique du terme. Lord Byron,
encouragement à la tolérance et à la subtilité Mary Shelley, Le Fanu, Bram Stoker,
dans nos relations avec les autres. La Stevenson étaient les artisans heureux de ces
confrontation des cultures (origines rares mutations. Au 20ème siècle, cette
ethniques, religions, modes de pensée) doit culture s’est diffusée plus largement et a été
nous apprendre à mieux comprendre celui relayée par l’image, accessible à un plus
qui est différent. grand public. La multiplication des supports
Celle qui se lie à un vampire est la Juliette de diffusion (des pulp magazines à Internet) a
qui va chercher son Roméo dans un autre répandu partout (pas seulement en Occident)
monde. Et même si entre ces Montaigu et ces les grandes figures d’un imaginaire, le plus
Capulet d’un nouveau genre (les Cullen), une souvent occidental. A la fin du 20ème siècle
des familles paraît plus dangereuse que et l’accélération de la mondialisation
l’autre, l’amour rend les rapprochements culturelle, le phénomène n’a plus seulement
possibles. changé de degré, mais de nature.
Comme sur un marché libre, la production
4) La piste socio­culturelle culturelle est devenue une production de
La mutation sociale du lectorat, plus masse. Chaque auteur reproduit le contenu
féminin, est au cœur du succès des romances des œuvres précédentes en les assimilant et
initiatiques de la bit­lit et de la fantasy. Au en leur ajoutant une note d’originalité. Les
niveau mondial, ce nouveau lectorat, plus supports se cannibalisent (les mangas
étendu et plus cultivé que dans les années 50 reprennent les films qui reprennent les jeux
et 70, est aussi plus familier des littératures qui reprennent les mangas). Le mode de
de l’imaginaire. Grâce au succès de nombreux propagation ne repose plus sur des mutations
films (les grands succès internationaux majeures, mais sur des micro­mutations en
relèvent majoritairement des genres SF, grand nombre. Un grand auteur a aujourd’hui
fantasy ou fantastique), de séries ou de jeux à sa disposition une large palette de créatures
vidéos, ce nouveau lectorat, qui a grandi dans et des outils (sur Internet) pour en maîtriser
les années 80­90 est devenu sensible aux la diversité. Le moindre jeu de société ou
sirènes de l’étrange ou de la nouveauté. Les électronique propose de nouvelles créatures
nouveaux modes de diffusion numériques empruntant les traits de créatures
(ebooks, jeux mobiles, …) n’inverseront précédentes. On ne parle plus de vampire,
manifestement pas la tendance. mais de métavampire, de vampire hybride, à
D’un point de vue culturel, il est un la fois vampire, sorcier, métamorphe. Le
phénomène sur lequel il convient d’insister fantôme devient un « fantôôme » ou reprend
car il a transformé la nature de la production certains traits des civilisations antiques ou de
d’œuvres fantastiques (et donc la population cultures locales (cf. la zombification des
des créatures de la nuit). Les auteurs antiques morts­vivants). De même que l’auteur de
ou romantiques avaient à leur disposition une fantasy s’inspire des univers de la Table
tradition orale, que certains se sont attachés à ronde, de Tolkien et de ses successeurs,
transcrire, et quelques œuvres écrites l’auteur en mal de créatures maléfiques
majeures des siècles précédents. Ils ont puisera dans un fonds élargi, de plus en plus

131
Dossier ­ Les Créatures de la nuit

universel et de mieux en mieux assimilé par son public.


L’imaginaire formel (celui qui est écrit ou représenté) s’est complexifié et finit par muter
globalement, lui­même. Avec la répétition, la créature de la nuit a perdu de son pouvoir
d’effroi. Ce qui était de l’horreur et de l’épouvante autrefois (Dracula) n’est plus qu’une histoire
fantastique délicieusement frémissante. Les créatures vivent en communauté, dans le monde
réel. Le regard que nous portons sur elles a définitivement changé. Nous les avons
apprivoisées.

­oOo­

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : les créatures de la nuit étaient terrifiantes. Elles ont été
domestiquées. Elles seront d’autant plus difficiles à craindre que notre imaginaire s’est lui­
même transformé, peuplé qu’il est désormais de la panoplie édulcorée des créatures qui avaient
effrayé nos ancêtres. Ancêtres crédules, fragiles et isolés. Le monstre du Loch Ness fait rire. Les
fantômes font sourire. Notre curiosité est attisée par les vampires. Les créatures de la nuit, de
plus en plus nombreuses, ont désormais des crocs moins aiguisés.
Il faudra sans doute inventer de nouvelles figures ou, plus sûrement, bâtir de nouveaux
paradigmes imaginaires pour revenir aux frayeurs d’antan. En ramenant dans nos ténèbres
d’antiques divinités maléfiques, un auteur comme Lovecraft a tenté d’y parvenir. La piste des
univers parallèles semble aujourd’hui plus prometteuse. Si l’épouvante fictionnelle est un
rempart contre l’horreur du réel, il faudra bien épicer les menus fantastiques.
Gageons que, dans la logique de l’économie­monde de Fernand Braudel, l’optimisme des
Chinois, des Indiens ou des Brésiliens conduira à de nouveaux courants de science­fiction,
faisant exploser les dimensions du réel, et que l’imaginaire de la fantasy ou de la littérature
fantastique, soutenu par l’anxiété occidentale, tirera parti de cette ouverture internationale
pour s’enrichir de nouveaux mythes cathartiques. Et, ce faisant, de nouvelles créatures de la
nuit.

­oOo­

Marc Alotton

132
Un petit bestiaire des créatures de la nuit

Les créatures convenues…


Le fantôme visage est blanc, vert ou sombre. Le regard est
hagard.
Naissance : Né dans Lieux de prédilection : Les cimetières, les
la nuit des temps, avec villes fantômes, les mines désaffectées, les
la conscience de la maisons isolées.
mort. Présent dans Pouvoir de nuisance : Par compassion, il
toutes les civilisations. veut que vous deveniez son semblable, son
frère et il fait tout pour vous transformer en
Forme : Halo cadavre.
matériel ou illusion. Il
peut retrouver Le vampire
l’apparence parfaite
de la vie ou être Naissance : Né des
transparent comme superstitions
une ombre blanche. populaires antiques
Pline le Jeune le décrit (mort­vivant qui
avec des chaînes. boit le sang des
Lieux de prédilection : Les châteaux vivants), il connaît
écossais, les maisons glauques et les une seconde
vaisseaux à l’abandon. naissance au
Pouvoir de nuisance : Sous la forme de XVIIIème siècle
revenant, ils veulent se venger ou réparer une dans les Balkans,
injustice. Ils peuvent juste prendre puis une troisième
possession d’un lieu, effrayer les autochtones naissance au
ou provoquer des catastrophes. XIXème siècle où
il se répand partout en
Le mort­vivant Europe.
Forme : Initialement couvert d’un linceul,
Naissance : Né à la il s’est transformé en aristocrate élégant ou
préhistoire, peu décadent, avant de se fondre dans la
après les fantômes, il population. Difficile à reconnaître
s’est répandu sur aujourd’hui. Seul signe réellement distinctif :
toute la planète avec des canines hypertrophiées.
la puissance Lieux de prédilection : Les châteaux de
suggestive de l’image Transylvanie, les rues de Londres, les grandes
cinématographique. villas en bordure de forêt, les cercueils, les
Forme : C’est un cimetières.
cadavre qui reprend Pouvoir de nuisance : Sa morsure
vie ou un esprit qui transforme la victime, si elle survit, en
s’est emparé d’un vampire. Il représente donc un réel danger
corps déliquescent. pandémique. Il est d’autant plus nuisible qu’il
Ses vêtements sont peut vivre longtemps. Heureusement, il ne
en général en mord le plus souvent que la nuit.
lambeaux et son

133
Dossier ­ Petit bestiaire des créatures de la nuit

Le loup­garou Naissance : Issu des mythologies antiques


pour s’opposer aux héros qui fricotent trop
Naissance : Né des légendes et près des morts.
folklores antiques européens, Forme : Pas de peau ni de
familier des Grecs et des chair sur les os.
Romains, il a écumé le Lieux de prédilection : Les
Moyen­âge avant de sévir enfers, les cimetières, les
parmi nous. soubassements des châteaux,
Forme : Dans son les vaisseaux abandonnés.
apparence humaine, il est Pouvoir de nuisance : Ils se
comme nous tous. Quand il se battent à l’épée ou avec des
transforme en loup, c’est un molosse gourdins et peuvent, à l’occasion, se
assoiffé de sang. reconstituer après avoir été morcelés.
Lieux de prédilection : L’orée des bois ou
les abords des villages isolés les soirs de
pleine lune. … et les autres
Pouvoir de nuisance : Quand elle ne tue
pas, sa morsure vous condamne à devenir un Que se passerait­il si vous rencontriez …
loup­garou. Il s’attaque aux troupeaux et aux
humains isolés qu’il rencontre. ­ Une goule ? : comme elle peut prendre
l’apparence d’une hyène ou d’une femme,
La momie regardez bien ses pieds ; s’ils sont fourchus,
elle risque de vous déchiqueter, car elle
Naissance : Née des premiers temps adore dévorer les voyageurs qui tombent sous
historiques où les cadavres de souverains son charme. Evitez les cimetières où elle se
étaient préservés de la putréfaction par des délecte de cadavres…
techniques de dessiccation et de désinfection.
A connu un regain de vie avec ­ Une liche ? : vous êtes mal parti,
l’égyptologie et son cortège car il s’agit d’un sorcier maintenu en
gothique au XIXème siècle. vie grâce à ses pouvoirs magiques.
Forme : Le corps, entouré d’un C’est une créature intelligente et
réseau de bandelettes, a l’allure puissante qui vous voudra forcément
d’un pansement intégral. Le du mal. Fuyez aussi vite que possible !
visage est parfois dégagé et
certaines bandelettes pendantes. ­ Une banshee ? : scrutez son visage
Lieux de prédilection : Les blême, si c’est celui d’une jeune fille
pyramides, les cimetières royaux, défigurée par le désespoir ou celui
les sarcophages, les musées d’une vieille femme décharnée aux
archéologiques. longs cheveux blancs, bouchez­vous
Pouvoir de nuisance : La les oreilles ! Non seulement son cri est
momie prend un malin plaisir à insupportable, mais il annonce aussi
terroriser les archéologues. Sa le décès d’un proche.
dangerosité est décuplée quand
elle dispose de pouvoirs ­ Un poltergeist ? : gardez votre
magiques. sang­froid. Si vous faites face à des
jets d’objet intempestifs, des bruits
Le squelette mystérieux, des lévitations, des
téléportations, voire des combustions

134
Dossier ­ Petit bestiaire des créatures de la nuit

spontanées, vous êtes la victime d’un « esprit attention à ce démon mâle aux pieds de bouc
frappeur ». Pas de réaction trop vive, c’est qui s’introduit dans votre lit pour abuser
juste pour vous embêter… sexuellement de ses victimes.

­ L’Ankou ? : détournez immédiatement le ­ Un lycanthrope ? : si c’est une nuit de


regard, car ce serviteur très grand et très pleine lune et s’il a faim, vous êtes en
maigre avec sa cape noire et sa charrette n’est mauvaise posture, car le loup­garou dévore
rien moins qu’une Faucheuse. Si vous le tout ce qui bouge. Un conseil : ne sortez pas
voyez, vous mourez dans l’année. sans pistolet à balles d’argent bénies.

­ Une lamie ? : attention à ses crocs ­ Une stryge ? : N’écoutez pas son horrible
mortels. Surveillez son visage. Elle peut cri perçant ! Et chassez­la immédiatement. Ce
passer rapidement d’une forme de femme à démon mi­femme, mi­oiseau n’est pas très
une forme de serpent. Redoublez d’attention téméraire ; avec ses serres crochues, elle s’en
si vous êtes avec un enfant, elle les avale prend surtout aux enfants.
goulument.
­ Un lémure ? : si l’âme damnée d’un
­ Un croquemitaine ? : protégez votre nez défunt ayant connu une mort tragique hante
ou vos doigts, c’est ce qu’il croque en premier. votre maison, vous devez jeter des fèves
Il est souvent tapi dans les endroits interdits. noires par­dessus votre épaule gauche ou
On ne connaît pas bien son apparence frapper de grands vases d’airain.
physique, mais il est à coup sûr monstrueux.
­ Une larve ? : Attention danger ! C’est un
­ Un chiroptère ? : protégez votre visage si génie foncièrement méchant qui prend une
vous êtes dans une grotte, mais vous n’avez forme hideuse pour terroriser les vivants.
pas grand­chose à craindre s’il est seul. C’est C’est un esprit vengeur qui ne se contente pas
juste une chauve­souris ou un mammifère de d’effrayer, il cherche aussi à faire du mal.
la même famille.
­ Une dame blanche ? : vous n’avez pas à
­ Une vouivre ? : ne restez pas hypnotisé combattre ce type de spectre, une revenante,
par la pierre précieuse rouge qu’elle porte au mais si elle revient vous voir, c’est pour
front, son escarboucle ! Car annoncer une mauvaise
c’est un serpent géant ou un nouvelle.
dragon volant qui crache du
feu et qui ne vous laissera ­ Un versipelle ? : il
pas vous emparer de son n’est pas celui que vous
trésor. pensez. Surveillez ses
crocs ! Il a la faculté de se
­ Un succube ? : ne vous transformer, le plus
laissez pas séduire par ce souvent en loup. Mais
démon qui prend allez savoir…
l’apparence d’une femme
défunte pour s’emparer de Marc Alotton
votre esprit pendant votre
sommeil.

­ Un incube ? : si vous
êtes une femme, faites

135
Le Traité de Vampirologie,
par le docteur Abraham Van Helsing
Traduit et adapté par Edouard Brasey

Les vampires existent­ils ? Quelles formes prennent­ils


pour séduire les humains et leurs familles ? Quelles sont
les armes pour les détruire ? C'est à ces questions
épineuses que répond ce Traité, rédigé au début du XXe
siècle par le plus grand chasseur de vampires, le docteur
Van Helsing, qui terrassa Dracula de la pointe de son
épieu. Cet authentique grimoire est parfaitement
documenté sur tous les aspects du vampirisme tels que
nous pouvons les connaître par l'Histoire, les légendes, le
folklore, les croyances et les superstitions. D'anciens
traités et nouvelles, signés de grands maîtres du
fantastique tels Poe, Hoffmann ou Dom Calmet, viennent
compléter cet ouvrage. Une référence à conserver sur sa
table de chevet, entre le crucifix et les chapelets de fleurs
d'ail...

Enfin une approche réaliste des vampires ! N’allez pas


croire que ce livre n’a pas été réellement écrit par Van Helsing : si ce n’était pas le cas, le sujet
n’aurait pas été abordé à différentes époques de notre histoire avec le plus grand sérieux et
n’aurait pas donné lieu à des procès et des lois anti­vampire…

Ce grimoire aux pages anciennes et jaunies deviendra vite le fleuron de votre bibliothèque,
car c’est une excellente base de données et de références pour quiconque désire lire ou écrire
d’authentiques histoires de vampire.

Alors, bons frissons et bonne lecture !

Un mot de l’auteur

Édouard Brasey est un écrivain, scénariste et conteur français né en 1954 à Marseille.


Auteur de soixante­dix ouvrages, il est reconnu comme un des grands spécialistes de la féérie
et de la fantasy. Couronné par de nombreux prix, il a dirigé plusieurs collections chez des
éditeurs tels que le Pré aux Clercs. Il se consacre désormais à l'écriture romanesque : ses deux
prochains livres « Les lavandières de Brocéliande », chez Calmann­Lévy, et « La Prophétie de
Pierre », aux Éditions Octobre seront publiés cette année.

Korydwenn

136
Le phéonmène Bit­lit

La bit­lit (“paranormal romance”, en genre littéraire au niveau international. Elle


anglais réel) est une expression calquée en est diffusée de 1997 à 2003 aux Etats­Unis et
France sur la chick­lit (littérature pour avec un an de décalage en France. De
jeunes filles) qui désignait initialement le nouveaux auteurs et de nouvelles séries
succès des romances « à morsures » apparaissent alors sur le marché anglo­saxon.
(vampires, loups­garous) auprès des jeunes
femmes. C’est en quelque sorte la «
littérature des mordues » pour désigner un 3. Depuis 2005, le succès sans égal de la
genre qui passionne les jeunes femmes tétralogie Twilight de Stephenie Meyer (plus
depuis les années 90. Le terme s’est imposé de 120 millions d’exemplaires dans une
plus récemment dans le monde éditorial avec cinquantaine de pays, dont près de la moitié
les premiers succès de la série Twilight. Il aux Etats­Unis) a été amplifié par son
s’agit d’une histoire sentimentale, plus ou adaptation cinématographique. Dès lors,
moins développée, où un personnage féminin l’offre éditoriale va exploser. Aujourd’hui de
tient une place centrale face au(x) vampire(s) nombreux éditeurs s’y sont convertis et de
ou en tant que vampire. Assimilé en tant que nombreuses collections sont spécialisées dans
genre à la Fantasy urbaine, la bit­lit a une la bit­lit. Des rayons dédiés sont désormais
nette préférence pour le monde occidental et solidement réservés dans les librairies.
notre époque.
Ce genre littéraire a pris une place d’autant
Depuis une vingtaine d’années, le lectorat plus importante que la plupart des lecteurs de
s’est étendu car le public adolescent s’est romans sont des lectrices et que la plupart
rajeuni et renouvelé (à partir de 11 ans), des lectrices de romances fantastiques sont
tandis que les premières adeptes sont souvent des adolescentes ou de jeunes adultes. Aux
restées fidèles (jusqu’à la trentaine). On Etats­Unis, les romans de bit­lit font souvent
distingue donc désormais une bit­lit jeunesse partie des meilleures ventes, tous genres
(pas forcément assimilable à la romantic confondus.
fantasy), qui fait la fortune du genre, et une
bit­lit adulte (telle que celle de la collection Parmi les nombreuses séries ayant marqué
bit­lit chez Mylady), plus violente, plus les années 2000, il faut citer :
érotique.
• Le royaume des Carpathes (depuis
Le phénomène éditorial s’est bâti en trois 1999) et Ghostwalkers (depuis 2003) de
temps : Christine Feehan, considérée aux Etats­Unis
comme la reine de la bit­lit.
1. Il est d’abord né dans les pays anglo­
saxons au début des années 90 avec le succès • Anita Blake (depuis 1993) et Meredith
inattendu de séries telles qu’Outlander (Le Gentry (depuis 2000) de Laurell K.
chardon et le tartan) de Diana Gabaldon, une Hamilton
romance à travers les siècles parue en 1991 et
couronnée du prix RITA Award « Best • La Communauté du Sud (depuis
romance novel » ou d’une série telle qu’Anita 2001) de Charlaine Harris
Blake de Laurell K. Hamilton.
• Les femmes de l’Autremonde de
2. Le succès de la série télévisée Buffy Kelley Armstrong (depuis 2001)
contre les vampires va réellement lancer le

137
Dossier ­ Le phénomène Bit­lit

• Queen Betsy (depuis 2002) et Wyndam Werewolf (depuis 2000) de MaryJanice


Davidson

• Les arcanes de la lune rouge (depuis 2008) et The Vampire Huntress Legend (depuis
2003) de Leaslie Edaile Banks

• The Dark one (depuis 2003) de Katie MacAlister

• Rachel Morgan (The Hollows) (depuis 2004) de Kim Harrison

• Kitty Norville (depuis 2005) de Carrie Vaughn

Un des thèmes récurrents de la bit­lit est celui de l’amour impossible et de l’amour


dangereux. Le vampire, le loup­garou sont souvent présentés sous un jour séducteur
(puissants, intelligents et immortels) ou fragile (sensibles, persécutés. Ils ont souvent renoncé,
contrairement à certains des leurs, à tuer des humains. Quand l’héroïne est­elle­même une
prédatrice, elle est souvent en proie à des doutes, à la compassion et lutte contre elle­même et
les siens pour protéger les humains.

Une perspective radicalement différente du vampire et du loup­garou gothiques qui


prévalaient jusque dans les années 80. Les tourments psychologiques l’emportent sur les
combats et les poursuites. L’une des grandes révolutions féminines d’un genre littéraire.

Pour en savoir plus


• De nombreux sites, blogs ou pages Facebook sont désormais dédiés à la bit­lit (www.bit­
lit.com, www.bit­lit.net, …).
• Bit Lit, l’amour des vampires de Sophie Dabat (Novembre 2010)
• “Dossiers bit­lit” ActuSF, Critic Blog, …
• A Natural History of the Romance Novel de Pamela Regis (University of Pennsylvania
Press, 2003)

Marc Alotton

138
Lectures nocturnes
Voici quelques romans, nouvelles ou recueils de référence pour frémir et apprivoiser les
créatures de la nuit :
Frémir avec les vampires Le Petit Guide à Trimbaler de la
littérature Vampirique – novembre
The Vampyre – John Stagg–1810 2010, ActuSF
Le vampire ­ John William Polidori Bifrost n° 60 – Sang pour sang
(d’après Lord Byron) –1819 vampires – octobre 2010
Lord Ruthwen ou les vampires – Traité de vampirologie : par le
Charles Nodier ­ 1820 docteur Abraham Van Helsing ­
La morte amoureuse – Théophile Edouard Brasey ­ 2009
Gautier –1836
La famille du vourdalak – Alexis
Tolstoï –1839 Frémir avec les morts­vivants
Varney, le vampire – James Malcolm
Rymer –1845 Frankenstein ou le Prométhée
Drames de la mort – Paul Féval –1856 moderne – Mary Shelley –1818
Carmilla – Sheridan le Fanu –1872 Herbert West, réanimateur ­ H.P.
Le parasite –Sir Arthur Conan Doyle Lovecraft –1922
–1894 Je suis une légende – Richard
Dracula –Bram Stoker –1897 Matheson –1954
La maison des hommes vivants All you zombies – Robert A. Heinlein
–Claude Farrère –1911 –1959
La jeune vampire ­ J.H. Rosny Ainé Illuminatus – Robert Wilson, Robert
–1920 Shea ­ 1976
Salem –Stephen King –1975 Histoires de morts­vivants – Jacques
Entretien avec un vampire –Anne Goimard ­ 1998
Rice –1976 (in « Chroniques des vampires ») Guide de survie en territoire zombie
Les fils des ténèbres – Dan Simmons – ­ Max Brooks –2003
1992 World war Z ­ Max Brooks – 2006
Anno Dracula – Kim Newman ­ 1992 Zombie Island – David Wellington –
Anita Blake – Laurell K. Hamilton – 2006
1993/2011 La nuit des morts­vivants – John A.
Vamps –Norman Spinrad –1994 Russo – 2008 (novelisation)
La Communauté du Sud – Charlaine Le virus Morningstar – Z.A. Recht ­
Harris –2001­2012 2009
Twilight ­Stephenie Meyer –2005
Vampirates – Justin Somper – Plus « sereinement »
2005/2011
Blood Silver – Wayne Barrow –2006 Supernatural Horror in Literature
Mercy Thompson – Patricia Briggs – "The Modern Masters." ­ Lovecraft, H.P –
2006/2010 1927
V­Virus – Scott Westerfeld ­ 2007 Les vivants et les morts :
Vampires (anthologie) – Estelle Valls de Littératures de l'entre­deux mondes –
Gomis / Collectif – 2008 Collectif – 2008
Le livre des zombies – Robert Curran –
Plus « sereinement » août 2011

139
Dossier ­ Lectures nocturnes

Frémir avec les fantômes Frémir avec les loups­garous

Macbeth – Shakespeare – 1606 Le meneur de loups – Alexandre Dumas


Sleepy Hollow, la légende du –1868
cavalier sans tête ­ Washington Irving Le loup­garou – Jean Ray –1935
–1819 Le loup­garou – Boris Vian –1947
Un chant de Noël ­ Charles Dickens L’année du loup­garou – Stephen King
–1843 –1983
La vieille fille blanche ­ Nathaniel Le bal des loups­garous – Barbara
Hawthorne – 1835 Sadoul –1999
Morella – Edgar Allan Poe ­ 1835 L’homme à l’envers – Fred Vargas ­
Ligéia – Edgar Allan Poe ­ 1838 1999
Le fantôme de Madame Crowl – Morsure – Kelley Armstrong –2001
Joseph Sheridan Le Fanu – 1870 Le livre sacré du loup­garou – Viktor
La chevelure ­ Guy de Maupassant – Pelevine ­ 2004
1884 (I Can't Get No) Mastication– Jean­
Le fantôme de Canterville – Oscar Luc Bizien –2007
Wilde –1887 Saigneur des loups – Pierre Grimbert
Le tour d’écrou – Henry James –1898 –2008
Le fantôme de l’Opéra – Gaston Leroux Frostbite – David Wellington ­ 2009
­ 1910
Histoires de fantômes indiens – Plus « sereinement »
Rabindranath Tagore – 1920­1930
Histoires de fantômes ­ Montague Le Loup­garou dans la Littérature
Rhodes James ­ 1931 contemporaine – Aude Ronvel – Octobre
Le livre des fantômes – Jean Ray 2011
–1947 Grimoire des loups­garous : suivi
Maison hantée – Shirley Jackson – 1959 d'autres traités fameux de
La maison des damnés – Richard lycanthropie – Edouard Brasey – Octobre
Matheson – 1971 2010
Ring – Koji Suzuki – 1991 Loups­garous : Du mythe à la
Dark water – Koji Suzuki ­ 1996 fascination – Jon Izzard – 2009
Peggy Sue et les fantômes – Serge
Brussolo – 2001
Marc Alotton
Plus « sereinement »

Fantômes, esprits et autres morts­


vivants, essai de pneumatologie
littéraire – Daniel Sangsue – octobre 2011
Littérature et fantômes – Javier
Marias ­ 2010
Encyclopédie du fantastique et de
l'étrange : Tome 3, Fantômes et
mystères– Béatrice Bottet – 2010
Essai sur les fantômes et ce qui s’y
rattache ­ Schopenhauer – 1851

140
Quelques personnages de la nuit passés au grand jour…

Belphégor : C’est le démon qui s’empare Frankenstein : On ne devrait pas


de ses victimes en leur inspirant des confondre le Docteur Frankenstein, ce
découvertes ingénieuses. C’est aussi le Prométhée moderne créé par Mary Shelly en
fantôme du Louvre, capé, né sous la plume 1816, avec sa créature, très énervée, qui
d’Arthur Bernède et repris en série à la n’hésite pas à le poursuivre jusqu’au Pôle
télévision française en 1965. Si avec lui les Nord pour lui faire passer le goût de la
morts se multiplient, pas de sang qui gicle, ne création.
pas écrire donc « Belphégore ».
Mr Hyde : C’est le côté obscur du Docteur
Bloody Mary : En prononçant son nom Jekyll. Aux allures de bête traquée (« hide » =
trois fois devant un miroir, ce fantôme peau de bête, « to hide » = se cacher), il finit
américain vient gentiment vous arracher les par avoir la peau au Docteur en l’obligeant à
yeux. Dans son film « Candyman », Bernard se transformer en plein cœur de Londres de
Rose s’est inspiré en 1995 du personnage 1886 dans le roman de Robert Louis
égaré dans une nouvelle de Clive Barker (« Stevenson.
The forbidden »).
Jack l’éventreur : Bien que jamais
Carmilla : La femme vampire du 19ème identifié, cet intrus n’est pas une créature
siècle, créée par Sheridan Le Fanu en 1872, fantastique, mais après avoir erré dans les
souffre de ses penchants sanguinaires et nuits de Whitechapel en 1888, il a inspiré de
homosexuels. Ses victimes aussi. nombreux auteurs comme Robert Desnos,
André­François Ruaud, Thomas Day. Avec
Edward Cullen : S’il est encore très James Hill en 1965 ou Bob Garcia en 2008, il
jeune (il est né en 1901), le vampire préféré s’est même battu contre Sherlock Holmes
de Bella Swan dans « Twilight » de Stephenie (mais pas contre le Docteur Jekyll).
Meyer a conquis récemment de nombreux
fans dans le monde entier. Il est très Lestat de Lioncourt : Devenu vampire
américain : il sait modérer ses ardeurs, il boit avant la Révolution Française, il s’éveille à la
très peu (de sang), il est chaste et ne terrorise Nouvelle­Orléans en 1984 après un long
pas trop les humains... sommeil dans les Chroniques des vampires
d’Anne Rice. Devenu star du rock, il n’hésite
La Dame de Pique : Alias Anna pas à révéler l’existence des vampires dans
Fédotovna, cette vieille comtesse dispose d’un ses chansons. Il fut incarné au cinéma par
étrange pouvoir au jeu de pharaon qui séduit Tom Cruise en 1994 (« Entretien avec un
les jeunes cupides dans la nouvelle vampire »).
d’Alexandre Pouchkine, publiée en 1833. Il ne
s’agit pas d’une momie, mais d’un spectre un Lilith : Déjà citée dans le Gilgamesh
peu piqué. sumérien, elle est devenue la reine nocturne
des succubes et des striges. Selon la Kabbale
Dracula : On trouve ce saigneur d’un juive, la première compagne d’Adam, avant
autre temps dans le livre de Bram Stoker, Eve. Elle s’en prend volontiers aux femmes
publié en 1898, mais il a sévi ensuite dans les enceintes et aux nouveau­nés.
œuvres de nombreux auteurs ou réalisateurs Lord Ruthven : L’un des tout premiers
tels que Tod Browning, Terence Fisher, vampires aristocrates voyageurs, inspiré par
Roman Polanski, John Badham ou Francis Lord Byron et écrit par John William
Ford Coppola.

141
Dossier ­ Quelques personnages de la nuit passés au grand jour...

Polidori. naître.

Lucifer : Ancien roi de Babylone qui Larry Talbot : De retour au pays de


voulait s’élever au­dessus de sa condition Galles, il se fait mordre par un loup en
d’homme (et donc du dessein de Dieu), il fut tentant de sauver une amie et terrorise les
élevé au Moyen­âge au rang d’Azazel, le plus alentours, jusqu’à ce que son père le trucide.
brillant de tous les anges (le porteur de Apparu en 1941 dans « The wolf man » de
lumière), qui se rebella contre Dieu et prit la Curt Siodmak, il a ressuscité en 2010 dans le
tête des anges déchus. remake de Lon Chaney.

Jacob Marley : Partenaire du banquier Sir Francis Varney : S’il a des crocs, des
M. Scrooge, il vient rendre visite au célèbre pouvoirs hypnotiques et une force
personnage de Charles Dickens dans « Un surhumaine, ce vampire est un des rares à
conte de Noël » écrit en 1843. sortir en plein jour. Il passe son temps à
harceler la famille Bannerworths, dont il est
Nosferatu : C’est tout simplement le peut­être issu.
pseudonyme attribué par Friedrich Wilhelm
Murnau à Dracula dans son film « Nosferatu
le vampire » produit en 1921, parce qu’il ne Marc Alotton
disposait pas des droits pour emprunter
l’original à Bram Stoker.

Peter Quint : Ce fantôme d’un ancien


serviteur pose bien des problèmes à la
gouvernante Miss Jessel, dans la nouvelle «
Le tour d’écrou » de Henry James, publiée en
1898.

Satan : Figure du mal babylonienne, non


sans accointances maléfiques avec le dieu
égyptien Seth (Shaitan), il est devenu, après
le « Vade retro Satana ! » de Jésus,
l’Apocalypse de Jean et un brin de terreur
médiévale, la personnification de l’esprit du
mal. Tentateur très actif la nuit.

Sir Simon : C’est le fantôme qui effraie


Lord Canterville et la famille Otis, dès 1887,
dans le Fantôme de Canterville d’Oscar
Wilde. Il ne se remet pas du meurtre de sa
femme, quelques siècles auparavant.

Stilla : C’est le faux fantôme de la


cantatrice, morte sur scène, transpercée par
le regard de son fiancé, le baron Rodolphe de
Gortz dans Le château des Carpathes de Jules
Verne, écrit en 1889 et vibrant hommage du
romancier visionnaire au cinéma qui allait

142
Les vampires au cinéma
Fin du 19ème siècle, les frères Lumière créent le cinématographe, alors même que Bram
Stocker écrit Dracula. Dès 1909, les vampires en noir et blanc se propagent au cinéma muet de
l’époque et ne cesseront d'effrayer et de fasciner le public jusqu'à aujourd'hui. Il est d'ailleurs à
noter que le fantasme de la « Vamp », femme fatale, ensorceleuse et séductrice, vient
littéralement du vampire.

Allemagne, 1922, Murnau s'inspire le désintérêt de tous, et n’ayant pu se recycler


directement du Dracula de Stocker pour son dans aucun autre rôle, Béla Lugosi tombe
Nosferatu (mais n'a pas obtenu les droits dans la dépression, abuse de la morphine et
pour conserver les noms du roman). Le finit même par dormir dans un cercueil,
vampire est monstrueux et la mise en scène avant de mourir en 1956, complètement
géniale, avec notamment, l'utilisation oublié par le public.
d'images en négatif pour une scène devenue
mythique. C’est grâce à Murnau que le
vampire gagne ses caractéristiques
principales au cinéma : créature de la nuit
craignant le soleil (c’est la première fois
qu’est évoquée la mortalité du vampire aux
rayons du soleil, ce qui est différent du roman
Dracula où le vampire est seulement plus
vulnérable en journée), cercueil, et attirance
pour des belles victimes féminines que le
vampire peut envouter.

Alors que sonne le glas pour les vampires


américains, le mythe retraverse l’Atlantique
et Dracula débarque en Angleterre, avec la
technicolor et le studio Hammer !
En 1957, Christopher Lee est repéré pour
sa grande taille qui, de défaut (jusque là il ne
trouvait pas de rôle principal à cause de cela),
devient un atout majeur, et joue d'abord la
créature de Frankenstein dans le film du
même titre. En 1958, il est révélé dans son
C’est en 1931 que le roman de Stocker sera plus grand rôle Le cauchemar de Dracula,
véritablement adapté au cinéma, par Tod qui reste aussi une des plus belles
Browning, avec Béla Lugosi dans le rôle titre. interprétations du roman de Stocker avec
Il est à noter que c’est le premier film parlant celui de Coppola. Il reprendra le rôle de
dans ce domaine. Lugosi sera à jamais « Le » Dracula à dix reprises, pas toujours avec le
Dracula du cinéma. Après avoir connu une même succès.
popularité énorme dans les années 1930, puis

143
Dossier ­ Les vampires au cinéma

seulement romantique, mais issue du


romantisme. Plongée dans le patrimoine
cinématographique allemand, cette relecture
fidèle (quasiment plan par plan le film de
Murnau) surprend : Herzog livre un film très
lent, aux couleurs pastel, semblant ne pas se
soucier des possibilités techniques qui lui
sont offertes.

Encore une fois, le mythe s'épuise. Roman


Polanski rend un bel hommage à la Hammer
avec Le bal des vampires en 1967 (c’est son
4éme long­métrage), parodie hilarante qui
exploite tous les éléments du folklore
vampirique : Transylvanie neigeuse, gousses
d’ail aux portes, Van Helsing décoiffé, comte En 1983, un film étrange et sulfureux
Dracula aristocrate et envoûtant, sans oublier aborde le thème des vampires : Les
de belles et innocentes villageoises. Le prédateurs avec Catherine Deneuve et David
personnage principal, interprété par le Bowie. Mal accueilli à sa sortie par la critique
réalisateur Polanski, est l’assistant froussard et le public (surtout aux Etats­Unis), le film
et incapable de Van Helsing. s'est bâti au fil des années une réputation de
film culte, mélangeant vampirisme, amour
saphique, et atmosphère gothique.

Une dizaine d’années passent encore, avec


quelques productions médiocres, qui ne
retiendront pas l'attention... À noter
cependant, le remake de Nosferatu en 1979, La fin des années 80 signe le retour des
par Werner Herzog avec un Klaus Kinski vampires aux USA avec de nouvelles
criant de vérité, et la belle Isabelle Adjani. En interprétations du mythe.
utilisant la musique de Wagner et de En 1987, sortent Aux frontières de l'aube et
nombreuses références à la peinture, Herzog Génération perdue qui relancent l'intérêt
identifie le vampire à une créature non pour les films mettant en scène des vampires

144
Dossier ­ Les vampires au cinéma

et de jeunes adultes, thèmes récurrents de film fut un succès retentissant à son tour et a
notre époque. Ces films sont beaucoup plus gagné de nombreuses récompenses. Il a
modernes que les précédents à ce sujet et même relancé les ventes du roman qui s’est
visent à attirer un plus large public. retrouvé dans la liste des bestsellers. La suite
Malheureusement, trop ancrés dans les du roman a également été adaptée sous le
années 80/90, ils ont tendance à mal nom La Reine des Damnés, avec l'acteur
vieillir... français Vincent Perez.

La fin du siècle et l’avènement du nouveau


est celui des créatures de la nuit : films,
séries, livres... Les vampires comme les loups
garous ont le vent en poupe ! D’icône de
l’horreur avec Bram Stoker, le vampire est
devenu sulfureux et capable de sentiments,
symbole de la libération des tabous et de la
sexualité débridée avec Anne Rice. Au
contraire, avec Stephenie Meyer et la série de
livres Twilight, le vampire est présenté
comme chaste et pudibond, ce qui, d'après
Alain Pozzuoli, « vide le mythe vampirique de
sa substance »...

À voir également pour leur originalité,


En 1992, Coppola s'approprie le mythe et mais aussi pour le respect des « codes »
tente de revenir aux sources de la légende de vampiriques, les trilogies Blade (l’un des
Dracula. Son scénario est ainsi fidèle à seuls vampire noir du cinéma et champion de
l'œuvre écrite par Bram Stoker et s'éloigne baston) et Underworld (avec un +++ pour le
des clichés des versions cinématographiques 3ème film et préquel de la série, qui a des
précédentes. En revanche, l'une de ses couleurs et des décors somptueux), ainsi que
originalités par rapport au livre a été le film Van Helsing (2004).
l'introduction d'un certain érotisme qui fut
critiqué lors de la sortie du film. De plus, On notera, pour finir, quelques films
Coppola fait de Dracula un vrai héros originaux, comme Je suis une légende où le
romantique et accentue l'histoire d'amour vampirisme est un virus de fin du monde, ou
avec Mina, qui sera le symbole le film suédois Morse, réalisé
de la rédemption du vampire. par Tomas Alfredson en 2008,
et son remake américain de
Autre film culte de la même 2010, Laisse­moi entrer de
époque : Entretien avec un Matt Reeves.
vampire, tiré du roman d’Anne
Rice, en 1994. Réalisé par Neil En conclusion, il est bon de
Jordan, le casting rassemble noter que la plupart des bons
Tom Cruise, Brad Pitt, Antonio films de vampires sont tirés
Banderas et Christian Slater. Au avant tout de bons romans qu'il
début, Anne Rice n’était pas très ne faut pas manquer de lire ...
emballée par cette brochette de
play­boys mais a tout de même
Vampiriquement vôtre,
accepté d’écrire le scénario. Le
Korydwenn
145
Des créatures de la nuit en série

Depuis la série X­files de Chris Carter, vraiment LE grand classique du genre qui
diffusée à partir du 10 septembre 1993 et la donna naissance au mouvement bit­lit actuel.
cultissime Buffy contre les Vampires de Joss Une héroïne forte, qui grandit à travers les
Whedon apparue sur les écrans le 10 mars saisons, qui connait ses problèmes, du lycée à
1997, le monde fantastique nocturne a connu ses premiers emplois. En plus, c’est une série
un essor monumental, autant au cinéma, à la qui aborde de nombreux sujets de société :
télévision que sur nos consoles. Qui ne l’exclusion, l’homosexualité (pour l’époque,
connait pas Castelvania ou les shoot­them­ c’était énooooorme) les SDF, la précarité,
up sauce zombie hardcore du genre Resident l’amitié, l’amour.... Tout est là. C’est toute une
Evil ? génération qui a suivi et grandi avec cette
série. Un must.
Gare aux zombies, loups garous, vampires
et autres monstres. Ils sont parmi nous sur Angel :
tous nos écrans !
Spin off de Buffy.
Les classiques 110 épisodes de 42
minutes, série créée
Buffy contre les Vampires : par Joss Whedon et
David Greenwalt et
144 épisodes, répartis en 7 saisons. diffusée du 5 octobre
1999 au 19 mai 2004.
La série raconte
l’histoire de Buffy Anne Plus sombre que
Summers (interprétée Buffy, le personnage
par Sarah Michelle d’Angel prend son
Gellar), une Tueuse de envol et la saison 1
vampires issue d’une démarre directement après son départ de la
longue lignée d’Élues série de base. Plus violente, plus gore, plus
luttant contre les forces adulte, cette série reste en liaison permanente
du mal. À l’instar des avec l’originale et donne lieu à des cross­over
précédentes Tueuses, assez sympathiques.
elle bénéficie des
enseignements de son La relève…
Observateur, Giles,
chargé de la guider et Vampire Diaries :
de l’entraîner. Elle est
entourée par un cercle d’amis qui combat à Créée par Julie Plec et
ses côtés : Willow, l’intello, pro des Kevin Williamson, la série
ordinateurs et qui deviendra une puissante est inspirée des romans Le
sorcière ; Alex, ami au grand cœur dont le Journal d’un vampire de
courage n’a de faille et d’autres personnages L. J. Smith, mais fait
qui se succèderont dont Angel le vampire qui apparaître des
a une âme, grand amour de Buffy. personnages inédits très
différents des livres. Elle
Si vous ne connaissez pas, allez­y ! C’est est diffusée depuis le 10

146
Dossier ­ Des créatures de la nuit en série

septembre 2009. dangers qu’elle présente pour sa vie


d’adolescent.
Elena Gilbert est une adolescente de 17 ans
belle et populaire, qui étudie au lycée de Je n’ai pas vu le film qui a inspiré cette
Mystic Falls en Virginie. Elle et son frère, série. J’ai regardé quelques épisodes et je
Jeremy, 15 ans, vivent avec leur tante Jenna pense que c’est une série moyenne qui
Sommers, depuis la mort de leurs parents mélange Buffy et le Loup­garou du campus
dans un accident de voiture quatre mois (pour ceux qui ont connu). Des effets
auparavant. Elena trouve du réconfort dans spéciaux un peu légers et un scénario qui
son journal intime, et peut compter sur ses manque de mystère. C’est toutefois une série
deux meilleures amies, Bonnie Bennett et qui a le mérite de traiter des loups garous et
Caroline Forbes. Elle tombe immédiatement qui plaira aux plus jeunes. Perso, il me faut
sous le charme de Stefan Salvatore, nouvel quelque chose de plus pêchu.
arrivant mystérieux, puis fait la connaissance
de son frère diabolique, Damon Salvatore. True Blood :
Elle ne tarde pas à découvrir qu’ils sont en
fait des vampires. 4 saisons de 12
épisodes de 52 minutes
Autant je n’ai pas accroché avec les livres, chacun créée par Alan
autant j’ai adoré la série beaucoup moins Ball, d’après la série de
mièvre et qui a du punch. Des personnages romans La
qui ont du caractère, bien interprétés et qui Communauté du Sud
évoluent avec brio. Une série de bon goût et de Charlaine Harris (cf.
pleine de surprises. N’hésitez pas ! article dans ce même
numéro). La série est
Teen Wolf : diffusée aux États­Unis
depuis le 7 septembre
Créée par Jeff Davis, adaptée à partir du 2008 sur HBO).
long métrage du même nom, et diffusée
depuis le 6 juin 2011. Si vous comptez retrouver la même histoire
que dans les livres, c’est raté. Les saisons sont
Une nuit, un jeune joueur de crosse, Scott assez inégales bien que la 4 relève largement
McCall, se promène dans les bois à la le niveau. Le plus ? Une série qui a de la
recherche d’un cadavre et se fait attaquer par pêche et où les vampires sont des « vrais » :
un loup­garou. Il s’en sort avec une morsure à vicieux, sanguinaires, violents, rusés et super
l’abdomen, mais il découvre plus tard qu’il est sexy ! La musique est vraiment excellente en
devenu un loup­garou. Avec l’aide de son plus ! Le moins ? Le scénario plonge parfois
meilleur ami Stiles et d’un mystérieux loup­ dans du grand n’importe quoi. Mais
garou, Derek, il doit trouver un équilibre heureusement, les scénaristes ont décidé de
entre sa nouvelle identité et les nombreux se rapprocher à nouveau des livres, d’où le
mieux de la saison 4 ! À voir !

Xéléniel

147
Jouer avec les créatures de la nuit
Voici deux jeux qui vous permettront de vous mesurer avec des créatures, de préférence, la
nuit :

Bloodrayne : Betrayal

• Descriptif : BloodRayne Betrayal est un jeu


d’action Playstation. Rayne signe son retour dans
ce beat’em all 2D composé de 15 chapitres. Vous
incarnez à nouveau la jolie rousse, mi­humaine,
mi­vampire, dans un mélange entre action et
phases de plates­formes millimétrées.
• Editeur : Majesco
• Sortie France : 7 septembre 2011
• Classification : Déconseillé aux ­ de 16 ans

Une demi­vampire avec un flingue, de la bonne musique, une bonne difficulté... Je peux
vous dire que c’est du bon ! Le graphisme est un peu trop manga, la maniabilité exige un peu
d’entraînement, mais le style est réjouissant et la musique, entre métal et classique, est
vivifiante.

Resident Evil : Operation Raccoon City

• Descriptif : Resident Evil : Operation Raccoon


City est un jeu d’action à la troisième personne sur
PC. Dans cet opus résolument tourné vers le
multijoueur, vous incarnez l’un des quatre
membres de l’équipe de sécurité d’Umbrella et
devez à tout prix éliminer toute preuve mettant en
cause votre employeur ainsi que tous les survivants
croisant votre route.
• Editeur : Capcom
• Sortie France : 23 mars 2012
• Classification : Déconseillé aux ­ de 18 ans
J’ai toujours eu une affection particulière pour Resident Evil, autant les jeux que les films.
Les précédents opus étaient du gunfight gore et haletant. Ah, le bonheur d’exploser du zombie !
Là, on va vous proposer différents modes de jeux (en joueur contre joueur notamment) pour
du « tout tuer » qui dépote. On replonge dans le passé de la saga avec des découvertes qui
raviront les fans il paraît. Seul bémol, on ne peut pas sauter. Vivement la sortie !

Xéléniel

148
Edito
Une dent contre les vampires

Je suis une légende ! En effet, cela fait maintenant 20 ans que j'échappe au Monde
des Ténèbres. Autant dire que j’étais loin de penser que le Redac’chef d’YmaginèreS
pourrait être assez fou pour me confier la rubrique jdr et compagnie d’un numéro
spécial créatures de la nuit…

Putain, 20 ans déjà !


Au risque d'être comparé à Mathusalem, je dois dire que je suis un résistant de la
première heure : nous étions alors en 1991 et White Wolf sortait la
première édition de Vampire, la pantalonnade. Moi je croyais
qu'c'était fini, mais ces gens là on tendance à revenir : 20 ans après,
voici venir une nouvelle édition anniversaire baptisée V20, basée
sur le système de jeu "storyteller" de l'époque.

Vampire que tout


Attention : contrairement à ce que cette entame incisive
pourrait laisser penser (j’en vois qui sont sur les dents),
précisons tout de même que je n’ai rien contre le mythe du
vampire en général, ni contre son utilisation en tant que
background pour diverses créations ludiques.
En revanche, je n’ai jamais caché que sans aller jusqu'à dire qu'ils
sentent l'ail, je ne peux pas encadrer les jeux White Wolf. Il faut avouer (pour être à
moitié pardonné) que c’était surtout pénible dans la deuxième moitié des années ’90,
tandis que jusqu'à ce petit revival, ils se faisaient beaucoup plus discrets.

Il est croc mignon !


Pourquoi n'ai­je jamais été un mordu des jeux WW, alors que tant d'autres
succombaient ? Essentiellement, me semble­t­il, parce que j'étais rétif à ce genre de
délires de puissance adolescents. C'était tout simplement trop et si j'avais joué un
prince vampire, j'aurais probablement éprouvé quelques difficultés à me regarder
dans une glace. C'était très sérieux d'être un vampire à l'ép
oque vous savez, et moi je ne pouvais m'empêcher de
rire sous cape (ce n'est qu'ensuite qu'est venue
l'approche distanciée et humoristique à la mode
Buffy, et encore ensuite les vampires abstinents de
Terry Pratchett). Et puis ce fameux entretien avec un
vampire d'Anne Rice, franchement, je l'ai toujours
trouvé complètement surfait. Il m'ennuyait à mourir.
A telle enseigne que je ne pouvais m'installer à une
table (à moins qu'on m'y ait convié, car je ne refuse
jamais une invitation, question d'éducation) sans

150
JDR & Cie ­ Edito

conseiller à tout le monde de se mettre au pieu au bout de 5 minutes.

Un webzine pour les mordus


Mais enfin, c’est ainsi, me voici embarqué dans un numéro spécial pour lequel j’ai
ramassé lors de ma ronde de nuit, afin d’y voir clair sur le sujet, une sacrée bande de
nyctalopes (C’est ainsi qu’ont répondu à l’invocation une authentique sorcière*, un
magnétiseur, un DJ qui bosse après minuit sur une chaine cryptée, un radiologue**,
une harpie voleuse qui aime les michokos, une geisha, un ninja et un fantôme de
l’Opéra) pour tenter d’éclairer d’un coup de projecteur les mal­aimés de la scène
rôlistique internationale : j’ai nommé les hérissons ! Bon, les hérissons c’était ma
première idée en fait. A la suite de quoi je
me suis laissé un peu emporter vers d’autres
sujets qui ne manquent pas de piquants, ce
qui nous a amenés à inviter des souris, des
chats (gris forcément), des vampires
mexicains et de sombres héros, une bande
de nains de jardin et des loulous à poil, un
enfant de la nuit breton, des créatures qui
trainent dans la rizière la nuit, et autres
noctambules. Espérons que le mélange ne
vous tuera pas… Et si tel est le cas, pour en
reprendre une petite lichette, pensez à nos bonus web !

Le prochain numéro sera consacré à l’œuvre d’un géant : JRR Tolkien. Autant dire
que cette rubrique devrait avoir du poil aux pattes.
Mais d’ici là, ami(e)s rôlistes, soyez vigilants, ne les laissez pas vous prendre : si
vous êtes une jeune femme, n'allez pas au lac vous baigner dans le plus simple
appareil, n'enterrez rien dans un cimetière indien, si vous trouvez des vieux
conteneurs de l'armée américaine, ne tapez pas dessus pour montrer que c'est solide ­
ce n'est pas solide, d'une manière générale, évitez tout ce qui touche au nucléaire ou à
des radiations quelconques, si un vieil homme à l'accent allemand vous dit de partir,
écoutez­le, si vous êtes poursuivi par un Zombie, à tout hasard demandez lui ce qu'il
veut, sait­on jamais, peut être désire­t­il seulement un iPhone, si vous ne parvenez
pas à le semer, essayez toujours de lui faire danser le Moon Walk, ne gardez pas de
zombis dans votre cave et surtout, surtout, quoiqu'il arrive, n'appelez jamais l'Armée
à la rescousse !

* : que se disent deux sorcières lorsqu’elles se rencontrent ? « Sabbat toi ? Oui, et toi, Sabbat ?
»…
** : C’est l’histoire d’un squelette qui rentre dans un bar. Il commande un verre d’eau et une
serpillière.

PS : Au fait, merci à Aurélie Jouannin pour ses portraits animaliers et à Joffrey


Gabriel et à Virginie "Kali" Gros pour leur aide graphique.

Davidalpha

151
Les Chroniques des Les Ombres
Féals est en pré­ d'Esteren
commande L'Esteren Tour
Le Livre Univers des revient pour la
Chroniques des Féals, troisième année
inspiré de l’œuvre de consécutive.
Mathieu Gaborit et YmaginèreS en sera
illustré par Nicolas d’ailleurs l’un des
Fructus, est en pré­ partenaires officiels.
commande chez Les Pour 2012, l'équipe
Editions Sans­Détour. des Ombres
N'hésitez pas à télécharger le kit découverte et d'Esteren dit
à feuilleter l'ouvrage au travers de quelques "préparer un
extraits. programme encore plus riche et qui dépassera
les frontières françaises !". Au moment de la
Deadlands, le sortie de ce numéro, aucune date n'était
retour ! encore dévoilée.
Toujours en pré­
commande, mais chez Warhammer 40k
Black Book C’est Edge
Editions, voici le Entertainment
retour du mythique qui assurera
jeu de Pinnacle. désormais la
Au sommaire : les continuité de la série dédiée à l'univers
règles de jeu du Warhammer 40k et précédemment éditée
système Savage chez Bibliothèque Interdite. La gamme
Worlds adaptées et reprendra avec l’édition révisée et corrigée
enrichies à l'univers de Dark Heresy. Puis viendront deux
de Deadlands, un nouveau design pour vous sorties pour Deathwatch (L’Empereur
mettre dans l'ambiance western et fantastique Protège et Rites de Bataille), une autre pour
unique de Deadlands, une présentation Dark Heresy (Sang des
complète de l'Amérique de la fin du XIXe Martyrs) et une pour
siècle pour tout savoir sur ce que la Rogue Trader (Aux
découverte de la magie et de la roche­fantôme Confins des Abysses).
a changé, des règles de duel, des règles
optionnelles et plus encore ! CthulhuTech
A noter la sortie Le Kit d'initiation
d'un luxueux coffret de CthulhuTech est
collector édité à 200 toujours disponible sur
exemplaires le site de La
numérotés. Bibliothèque
Interdite. Découvrez

152
JDR & Cie ­ News

ce jeu se situant à la croisée de deux genres : l'horreur développée par Lovecraft et les combats
de mechas géants... CthulhuTech est un jeu de rôle explorant ce qui pourrait être notre monde
après presque un siècle de progrès, d’illumination et de massacres. C’est l’histoire de l’évolution
humaine, de sa place dans l’univers et de son combat pour survivre.

Une cinquième édition pour Donjons et Dragons


Mike Mearls, lead designer de Donjons & Dragons, a déclaré que le jeu reprendra ce qu’il
y avait de mieux chez ses prédécesseurs, et que son développement tiendra compte des
suggestions des joueurs. "Rassembler une large gamme de styles de jeux nous semble logique",
explique Mearls. "Nous voulons faire aussi large que possible. Nous ne pouvons y arriver que si
nous donnons au public varié de Donjons et Dragons une chance de voir ce qu’il en est et de
nous dire si nous atteignons notre but".
Pas de date pour le moment.

Jeux d'Ombres
Le site a mis à jour son Annuaire des jeux de rôle
amateurs. Grâce au travail de RMike et de Greewi,
l'Annuaire possède un mode de recherche fonctionnel, plus
pratique et plus pertinent.

Within
Within est un projet ambitieux de Benoît Attinost. Conçu comme
une boîte à outils, le jeu permet d’aborder tous les sous­genres de
l’horreur grâce à son univers modulaire. Mais si vous voulez jouer à
Within, il faut que vous participiez à son financement en ligne... La
publication du jeu ne dépend que de la réussite de cette souscription. En
effet, en cas de succès, Within prendra la forme d’un livre (environ 320
pages format A4), et sera édité en fin d’année chez Les Écuries
d’Augias.
Pour plus d'infos et voir la souscription, direction Ulule.

Fading Suns
7ème Cercle va offrir au jeu de rôle Fading Suns une nouvelle édition
française (il s'agit de la traduction de la troisième édition US, publiée chez
Redbrick).
Au moment où vous lirez ces lignes, le livre du joueur devrait être sorti
ou ne devrait plus tarder.

Mino

153
Nains & Jardins

Nains et Jardins jeu ont fleuri un peu partout, comme les


est un jeu gigogne, fleurs d’une prairie un jour de printemps. Au
conçu pour plaire à des menu, des adaptations croustillantes de
publics d’âges très l’environnement immédiat des joueurs, qu’ils
différents. La fraîcheur ont imaginées et aménagées pour une
de ses thèmes et la plausible société de nains de jardin.
naïveté apparente de ses Pour animer cela, une foultitude de
héros semblent destinées protagonistes à l’échelle des PJ, des chats
à plaire aux plus jeunes, errants aux agents d’entretien de la
mais le discours sous­ commune, gardiens de nuit, animaux de tous
jacent, porté sur la défense poils et de toutes plumes, qui représentent
de l’environnement et la une menace importante quand on relativise la
reconstitution minutieuse d’une véritable taille de nos alter ego…
microsociété, ne peut qu’interpeller les plus
grands. Menace, le mot est lâché. La souillure de
la pollution, de la société industrielle, de
Car dans Nains et Jardins, vous incarnez l’emprise tentaculaire qui empiète sur les
un de ces sympathiques bonhommes qui en espaces verts, qui annihile les jardinets, et qui
remontrent aux meilleures statues humaines : justifie le combat quotidien (et nocturne) de
immobiles le jour, mais en activité la nuit. Ils nos nains de jardin qui s’animent la nuit
se réunissent et s’échappent de leurs gazons, tombée. Le recours à la Magie verte et
jardins et autres prisons dorées pour blanche, la protection de la Dame, mais
accomplir des missions haletantes, aux surtout la complémentarité entre les nains de
antipodes de leurs paisibles journées. clans et de talents différents.

Ainsi, les règles ont été conçues dans un Au total, Nains et Jardins se conçoit
esprit de jeu de rôle « traditionnel » avec des comme un jeu de rôle propret parfaitement
aptitudes, un inventaire d’une inventivité rare adapté à son sujet. Les double et triple
tant la technologie naine est surprenante, et discours que peuvent tenir les meneurs, d’une
des points à répartir. Résolution des actions simple fable au militantisme écologique ou
simples ou en opposition, blessures sur le citoyen, facilitent l’expression des sensibilités
plâtre et possibilité de gain d’expérience vont différentes chez des publics
dans le sens d’une approche classique du jeu. d’âges variés. Mais la
dimension tactique, la
Cependant, la dimension environnement, nécessaire solidarité
non plus écologique, mais les lieux entre les PJ de plâtre,
qu’arpentent nos héros de plâtre, est sont également des
déterminante. Le « jardinet » est un endroit éléments fondateurs
tactique qui doit rapidement devenir familier, de l’expérience que le
et des joueurs et meneurs s’y sont si bien jeu peut procurer.
prêtés que des extensions non officielles du

154
JDR & Cie ­ Zoom "Nains & Jardins"

"Vous avez tous en tête, dans des jardins aux gazons


impeccables, disposés comme décoration, ces petits
bonshommes barbus, aux goûts vestimentaires parfois
douteux, aux barbes diverses ou vénérables, aux chapeaux
pointus : les nains de jardins.
Vous aurez ainsi l’occasion d’incarner ces personnages
de plâtre de nos jardins, des personnages peu habituels
et surprenant à interpréter dans le paysage rôlistisque
actuel. Mais tout n’est pas vert au beau milieu du béton
armé et de la grisaille des villes où les jardinets de nos
nains font figure d’espaces idylliques et privilégiés : la
Menace rôde ! Qu’elle se révèle sous les formes les plus
variées, elle est bien là, menaçante : industries
polluantes, malappris, promoteurs immobiliers sans
scrupules, politiciens véreux, etc. Il est ainsi de la
Mission des nains de jardin d’agir. La Dame Blanche compte sur eux pour
contrecarrer les agents de la Menace et empêcher la Souillure d’atteindre le cœur
des villes.

J’aime beaucoup ce côté engagé de défenseur et protecteur de la nature. Toute


une organisation sociale structurée et décrite jusqu’à la moindre brindille, des règles
simples et originales en introduisant le bientôt célèbre « dé 7 ». Et vous aurez
l’occasion pour le même prix de découvrir 3 sortes de magies aux inspirations bien
différentes : la Magie Verte, la Magie Blanche et la Magie Grise. Pour ne rien
gâcher, le jeu est servi par une maquette superbe et une rédaction plaisante m’a
poussé à dévorer les quelques cinquantaines de pages de règles en un temps record."

Dimanche 15 août 2004, par Pitche dans le webzine Jeux d’Ombres

155
JDR & Cie ­ Zoom "Annalise"

Annalise

Annalise est un jeu pour deux à quatre joueurs, il


fait partie de la branche dite « narrative » des jeux de
rôle. Par ce terme­là, je sous­entends que les règles
de ce jeu ne seront pas là pour vous dire si oui ou
non, votre personnage arrivera à escalader un mur,
crocheter une porte, trouver un objet caché. Non, ici
les règles sont là pour gérer la narration, que peut­on
narrer, qui peut narrer… Elles seront donc là pour dire
qui a le droit de narrer ce qui se trouve derrière la porte
qui est crochetée, ou que si le joueur choisit de narrer le
fait que son personnage arrive à escalader un mur, alors il
fera trop de bruit et attirera les gardes.

Bref, revenons­en au jeu ! Annalise est un jeu sans meneur fixe et sans
préparation. Pour autant, il peut être joué avec des scénarios qui sont là pour poser
les bases de l’histoire et proposer des check points si les joueurs en ont besoin. Les
joueurs incarnent des personnages qui seront mis en lumière à tour de rôle. Ces
personnages sont caractérisés par un élément qui les rend vulnérables et un secret qui
n’est pas connu des autres joueurs (en partie). Le premier est leur point faible face au
vampire alors que le second pourra leur permettre de mieux lutter contre lui.

Le vampire, parlons­en. Dans Annalise, les joueurs sont là pour conter des
histoires où leurs personnages sont les victimes, les esclaves ou les chasseurs d’un
vampire. Cela permettra d’évoluer dans des ambiances variées allant de Bram Stoker
à Anne Rice. Coté univers, les scénarios proposés dans l’ouvrage vont du classique
Dracula à Pompéi, en passant par un Los Angeles futuriste. En fait, vous pouvez jouer
à l’époque et dans l’univers que vous désirez.

Au centre de la mécanique du jeu, il y a la gestion des moments. Le jeu se joue en


scènes durant lesquelles le joueur actif et le guide scénique (le meneur) interviennent.
Au bout d’un moment, l’un d’eux va déclencher un « moment », c'est­à­dire un
passage important dans l’histoire, un carrefour. Les deux joueurs impliqués vont
décider des issues de ce moment, le joueur actif décidera des « réussites » et le guide
scénique décidera des conséquences. Bien sûr ce dernier tentera de mettre des bâtons
dans les roues du personnage. Le truc est qu’une fois les réussites et conséquences
définies, le joueur actif jettera des dés, il devra ensuite les allouer aux différentes
issues pour savoir lesquelles seront prises en compte dans la narration. Cela aura
pour effet que peut­être aucune issue ne se réalisera, peut­être toutes ou une partie.
Sur 1 à 3, les conséquences se réalisent alors que pour les réussites, c’est de 4 à 6.

Le jeu est disponible en ligne et dans certaines boutiques. Il fait 174 pages, tout en
couleur au format A5. Le tout pour 26 euros.

156
Cats ! La Mascarade
La nuit, tous les chats sont gris !

« Dites, ça vous dirait de découvrir un nouveau jeu de rôle ? »


Et d’un coup, tous les joueurs présents autour de la table parlent en même temps.

« D’accord, mais pas un médiéval­fantastique… »


« On peut jouer des intrigues politiques ?... »
« J’aimerais bien jouer dans un univers de super­héros, mais sans les poncifs capes, collants et
masques… »
« Il y aura des duels ?... »
« Tu peux nous faire le coup de la conspiration, mais sans l’univers de Lovecraft ?... »
« J’aimerais bien un jeu décalé qui ne se prend pas au sérieux, ça changera du ton noir et sombre
de Vampire… »
« On aura droits à des super pouvoirs balaises ?... »
« Peut­être pas balaises, mais des trucs qui nous donnent envie de les utiliser… »
« Et si on pouvait jouer des personnages qui sortent réellement de l’ordinaire, pour une fois… »

Bon, je pense avoir le jeu qu’il vous faut.

Tout d’abord, l’univers Coté duels, ça va être encore mieux qu’un


de jeu se déroule dans Sergio Leone en cinémascope sur écran géant
votre réalité de tous les ! Attendez­vous à des regards tendus et lourds
jours. Nous allons jouer en de sens, avec une charge émotionnelle intense
2012, sur la planète Terre, et avant que le premier coup ne soit porté à
plus précisément du coté de l’adversaire.
Paris.
Je vous promets aussi une conspiration
Ensuite, vos personnages millénaire à l’échelle mondiale qui plonge
vont évoluer dans un monde l’humanité toute entière dans un mensonge
passionnant et dangereux où éhonté et lourd de conséquences s’il venait à
des luttes feutrées entre être percé. Vous allez interpréter des
factions politiques et des éminences grises qui manipulent sans
devoirs envers vos vergogne leurs victimes pour se protéger et
familles d’origines vont arriver à leurs fins. Et tout ça sans l’ombre
entrer en conflit vis­à­vis de vos aspirations d’un Grand Ancien endormi au fin fond de
personnelles. l’océan.
Vous allez interpréter des personnages En ce qui concerne l’ambiance de jeu,
qui seront tous comme des super­héros, la attendez­vous à de l’humour délirant et
crème de la crème, mais absolument sans loufoque mâtiné d’absurde et de caricature. Il
costumes ni gadgets d’aucune sorte. J’irais va vous falloir réinterpréter le quotidien de
même jusqu’à dire que vos personnages l’être humain au travers d’un regard neuf et
seront non pas « au poil », mais « à poils » critique, tout en abandonnant vos réflexes
dans ce jeu. anthropomorphes.

157
JDR & Cie ­ Zoom "Cats ! La Mascarade"

Enfin, si vous voulez des personnages Les hommes ont été créés de toutes pièces
capables de se projeter dans le temps, de pour être des esclaves et servir fidèlement les
passer au travers des murs, des planchers ou chats. A l'âge d'or de la société féline, les chats
des plafonds, de se dédoubler afin de réaliser vivaient tranquilles et reclus sur une île avec
deux actions différentes en même temps, de leurs serviteurs humains tandis que le reste
faire des sauts incroyables défiant la gravité de l'humanité se répandait lentement et
terrestre, de parler par télépathie aux sûrement sur le reste des continents en vivant
hommes et même de prendre le contrôle de de la chasse, de la pêche ou de la cueillette et
leurs corps contre leur volonté, alors je sens en vivant dans des cavernes. Les humains qui
réellement que ce jeu va vous plaire. servaient les chats appelaient cette île «
Atlantide ». Malheureusement, une
« Mais on joue quoi au final ?.. » expérience féline malheureuse précipita
l'Atlantide dans les flots, tuant un grand
Vous allez interpréter des chasseurs­nés nombre de félins intelligents. Les survivants
qui savent frapper mortellement et par se réfugièrent sur les continents avoisinants
surprise dans le silence et l’obscurité. Vous pour découvrir que les humains s'étaient
allez interpréter des manipulateurs d’esprits multipliés et avaient envahi l'espace à leur
qui n’hésiteront pas une seule seconde à disposition. Le rapport de force venait
utiliser un être humain inconscient de ce fait brutalement de changer. Les esclaves étaient
pour atteindre leurs objectifs. Vous allez beaucoup trop nombreux pour être contrôlés
interpréter les véritables maîtres du monde par un si petit nombre de maîtres qui
qui dirigent la planète depuis des millénaires, venaient de tout perdre. S'ils venaient à se
invisibles dans leurs actions et retors dans révolter, c'en était fini des chats. Alors ces
leurs plans. Vous allez interpréter de derniers se dirent qu'un esclave qui ne sait
véritables personnages non­humains, sans pas qu'il est un esclave n'a aucune raison de
bras et sans mains, mais qui ont à leur vouloir se rebeller contre un maître qu'il
disposition d’incroyables pouvoirs psychique ignore. C'est ainsi que les chats firent
pour pallier à cela. Vous allez interprétez les disparaître toutes les références aux chats
créatures les plus fourbes, les plus dirigeant les hommes et mirent en place la «
malfaisantes, les plus sournoises, les plus Mascarade » en faisant croire aux humains
drôles et les plus adorables apparues sur qu'ils étaient la seule race intelligente sur
Terre. Vous allez interpréter… Terre et surtout qu'ils étaient libres.
Des chats.
« Et on devra communiquer en faisant
« Comment ça ? Des bêtes chats qui uniquement 'Miaou' ?.. »
passent leur temps à manger et à dormir ? »
Si vous voulez. Mais le langage universel
Pas du tout. Vous allez jouer des chats des chats est la télépathie. En plus de pouvoir
avec une intelligence quasi humaine, capables parler un langage commun, vous serez
de modifier génétiquement une race de singe capable d'échanger des images mentales, voir
pour en faire des esclaves dociles et même des souvenirs complets. La seule
obéissants. Et ces esclaves, ce sont... les restriction est que vos correspondants doivent
hommes. être dans votre champ visuel. Si ce n'est pas le
cas, alors pas moyen de leur parler. Ou alors il
« Et c'est quoi, cette fameuse vous faudra utiliser vos talents.
conspiration mondiale, alors ? »
« Des talents ? Quels genres de talents ? »

158
JDR & Cie ­ Zoom "Cats ! La Mascarade"

Les talents des chats sont des pouvoirs l'inné, c'est­à­dire ce qu'il sait naturellement
psychiques que peu d'humains possèdent, et à faire. Ensuite, on va voir l'acquis dans vos
faible puissance. On les appelle médiums ou compétences, c'est­à­dire la fréquence à
sorciers, selon l'endroit et l'époque. Les chats laquelle vous les utilisez. Au final, l'inné et
en possèdent bien plus, et beaucoup plus l'acquis vous donneront un score total sur 20,
puissants. Certains d'entre eux sont capables ce qui vous donnera une indication sur la
de parler télépathiquement à des congénères façon dont se débrouille votre personnage
sans qu'ils aient besoin de les voir, ou bien avec cette compétence.
même à des humains. D'autres peuvent agir
beaucoup plus vite que la normale. D'autres « Et c'est des compétences classiques,
encore réussissent à déplacer des objets par comme Orientation ou Discrétion ?.. »
leur simple volonté, ou bien à déterminer les
futurs possibles à partir d'une simple action Oui et non. Certaines sont des
afin de déterminer ce qui lui sera le plus compétences connues des rôlistes, comme «
bénéfique. Séduire » ou bien « Trouver un objet caché »,
mais d'autres sont spécifiques aux chats
« On peut uniquement jouer des chats de comme « Combat griffu », « Réclamer à
gouttière, ou bien aussi des chats de race ? » manger » ou « Us & coutumes humaines ».

Vous pouvez incarner seize races de chats « On lance des dés dans ton jeu ?.. »
possible : L'Abyssin, l'Angora, le Bengal, le
Birman, le British shorthair, le Chartreux, Oui, des dés à dix faces. On le fait pour
l'Exotic shorthair, le Chat de gouttière, le savoir si vous réussissez une action ou pas.
Main coon, le Norvégien, l'Oriental, le Persan, Tout est déterminé à partir de votre score de
le Ragdoll, le Scottish, le Siamois et le Somali. compétence. S'il est supérieur ou égal à la
Sinon, vous pouvez jouer autre chose que des difficulté choisie par le maître de jeu, alors
chats, comme un homme qui aide les chats ou vous réussissez automatiquement votre
bien un Bastet, un esprit de chat coincé dans action. Si, au contraire, il est inférieur à la
un corps humain après un accident. valeur de la difficulté à atteindre, alors il faut
ajouter le résultat d'un dé à dix faces pour
« Et ça se joue comment ?.. » voir si l'action est réussie ou non.

Vos personnages vont être définis par huit « Donc on lance un seul dé pour réussir
caractéristiques, quatre physiques et quatre des actions difficiles pour notre
mentales. Chacune d'entre­elle sera personnage?»
échelonnée sur une échelle qui va de 1 à 5, 1
étant la plus faible et 5 la plus forte. Puisque En fait, non. Il existe une caractéristique
vous allez jouer un jeu de rôle sur les chats, spéciale nommée « Chance » pour chaque
on ne parlera pas de « Force » mais de « personnage, elle aussi est échelonnée de 1 à 5.
Griffe », ni de « Vigueur » mais de « Poil ». Elle détermine le nombre de dés que le joueur
Idem en ce qui concerne les caractéristiques lancera, sachant qu'il n'en gardera qu'un seul.
mentales où on parle de « Coussinet » au lieu La chance peut varier en cours de jeu, en
de « Sociabilité » et de « Vibrisse » (les fonction des réussites ou des échecs critiques
moustaches du chat) au lieu de d'«Intuition». lors de résolution des actions du personnage.
A partir des scores dans vos caractéristiques,
on va en déduire les scores de base des « Et il s'appelle comment, ce jeu? »
compétences de votre personnage. Ce sera

159
JDR & Cie ­ Zoom "Cats ! La Mascarade"

Il s'appelle Cats! et il est édité par les éditions Icare. Alors, ça vous tente de faire une
partie ?

Vincent Mathieu

160
Dans la lignée des « grands duels du Jeu de Rôle » vous l’attendiez toutes et
tous (surtout tous, ne rêvez pas) et il est là, le sanglant et sulfureux :

« Crimes contre Maléfices 2* »


La critique qui sent le soufre et la poudre
Avertissement aux lecteurs : ATTENTION, ce texte contient plus de mauvaise foi
qu’Arsène Lupin, Fantômas, Les brigades du tigre et Les faucheurs de
marguerites réunis. Il présente des idées ou des opinions qui n’engagent que son
auteur, lui­même en fuite et déjà recherché par toutes les polices de la pensée
rôlistes ainsi qu’un nombre considérable de modérateurs de forums. Vous
pourriez vous mettre GRAVEMENT en danger en les reprenant à votre compte sur
un forum, dans une boutique de JdR ou lors d’une convention ! Elles sont à
manipuler avec précaution et devraient être réservées à des lecteurs pourvus d’un
sens de l’humour assez particulier et capables d’un sang froid digne des plus
grands maîtres zen**.
Putain, plus de vingt cinq ans ! soudainement réalisé que l’épaisseur du
Eh oui, Maléfices a déjà presque 25 ans, et papier sur lequel est imprimé Maléfices 3 est
le Club Pythagore de Provins est bien décidé peu commune pour un JdR, ce qui me fit
à ne laisser personne dire que ce n’est pas le m’exclamer : «si votre grammage se rapporte
plus bel âge de la vie*** ! 25 ans, ça fiche une à votre plumage, vous êtes le phœnix des
claque quand même, et ça vous pose un jeu. hôtes du Grog». J’ai des témoins.
En ce qui me concerne, je ne l’ai découvert A la pesée d’avant match, Crimes est donc
qu’en 1989, soit il y a tout juste 22 ans. C’est en difficulté. Car il y a forcément match
donc majeur et vacciné que j’écris ces lignes, quand on décide de sortir en même temps sur
mais tout de même vaguement inquiet à l’idée un créneau aussi restreint, même si c’est un
de devoir comparer ce vénérable ancien à son match amical. La plupart des chroniqueurs de
tout jeune concurrent : Crimes, sorti il y a la presse rôliste, devant cette malheureuse
cinq ans. 22 ans et pourtant ce jeu trouve alternative «fromage ou dessert», se seraient
encore le moyen de m’étonner. Tenez, par jadis écriés : il vous faut les deux ! Mais c’est
exemple, il y a une chose vraiment la Crise, tout augmente, vos poches sont
mystérieuse : Crimes a plus de pages que vides, alors on va essayer de voir ce que les
Maléfices 3 et pourtant, il est plus léger ! deux combattants ont dans le ventre, et
Vous pouvez vous en rendre compte en ensuite à vous de les départager !
reproduisant chez vous le test scientifique que Savez­vous qu’il y aurait actuellement en
j’ai moi­même mené : posez les deux livres en circulation, sans que les autorités s’en
équilibre sur une planche à émeuvent, plus de 3 tonnes de Maléfices ?
pain, elle­même en équilibre 3000 exemplaires de Maléfices 3 imprimés et
sur une boite de Ricorée, et quelques centaines vendus. Le premier
vous verrez que ça bascule scénario de Maléfices nouvelle (belle ?)
toujours du côté de époque –Danse macabre – se serait quant à
Maléfices. En lui vendu à 500 exemplaires en un an. À 3
ramassant tout ça joueurs pour un MJ en moyenne, on pourrait
par terre et en rêver à 1500 personnes ayant joué au moins
cherchant la une fois assez récemment à Maléfices, mais 3
balayette du coin de moyenne c’est probablement un peu
de l’œil, j’ai délirant comme estimation. Dans le même

161
JDR & Cie ­ Zoom "Crimes contre Maléfices 2"

ordre d’idée, ce n’est pas parce qu’un forum à cette nouvelle édition de Maléfices, c'est le
de discussion atteint les cent participants en parfum de fantastique qui nous faisait
un mois qu’on peut s’autoriser à penser que frissonner dans les précédentes éditions. Ces
les cent le pratiquent. Disons qu’on peut moments d'hésitation entre la réalité et la
s’autoriser à penser qu’ils y sont attachés fiction, qui nous font voir les ombres comme
sentimentalement. Et puis même les autant de monstres avides. Il n'y a d'ailleurs
spartiates étaient quand même 300 et on sait rien de rien sur la magie, les sortilèges et
tous comment ils ont fini… autres... maléfices dans cet opus qui, du coup,
perd une partie de son aura diabolique, et ses
À la lisière de l’ennui… pages naguère sulfureuses ne recelant pas
Moi ce que j’aime dans Maléfices c’est la plus de Savoir Dangereux***** qu'un manuel
grosse baston. Je serais plutôt du genre à me d'histoire de classe de Seconde, le besoin
balader toute l’aventure avec un tisonnier compulsif de le feuilleter en tremblant avec
accroché à la ceinture juste pour être des mains fiévreuses, les yeux vitreux et dans
armé****… autant dire que je suis bien placé la tête des litanies impies vous abandonne
pour vous parler de l’esprit du jeu et poser la quelque peu, tant et si bien que vous le
question à laquelle tout le petit monde du reposez sur l'étagère du bas qui sera sa
JdR a déjà la réponse : Esprit, es­tu là ? Et dernière demeure où, en attendant un
subséquemment, es­tu venu avec des copains hypothétique supplément sur la Magie qui
? C’est un peu cliché mais ça ne fait pas de viendrait l'arracher à la compagnie des
mal de le dire : il y a l’esprit et il y a la lettre Reliques de la mort, le ramenant à la vie afin
(écrite en lettre de feu avec du sang). Tous les qu'à nouveau il ensorcèle vos soirées, il risque
éléments ayant trait au fantastique, au de bientôt sentir beaucoup plus la poussière
merveilleux, à la sorcellerie se sont fait la que le souffre. «Plus de Diable et moins de
malle (à double fond), ou presque ! Savourez Clémenceau !» disait un fan sur le Grog, et ça
bien la douzaine de pages consacrées à pourrait bien devenir le slogan de Maléfices
l'occulte et au diable car ce sont les seules de canal autonome.
cet épais opus ­ un comble pour ce qui est
(était) le thème central du jeu. Je vais me Suivez le guide
prendre 4 heures de colle mais je ne suis Mais en revanche côté contexte
pourtant pas le seul à dire ça (en plus je historique, on toucherait à l’exhaustivité si
dénonce mes petits camarades, bel esprit l’exhaustivité était de ce monde. Maléfices 3
vraiment !) : ça sent la bande de profs nous propose un guide complet de la Belle
d’histoire­géo en goguette cette nouvelle Epoque qui, de mémoire de rôliste, n'aura
mouture. Ah, bande de fainéants, vous jamais été si bien décrite, si bien détaillée...
dormez dans le fond et vous n’avez pas la dans un bouquin de JdR. Cela en fait du coup
moyenne en Background. On va se la jouer un sourcebook complet pour n'importe quel
bien cartésienne, je m’en vais vous apprendre jeu se déroulant grosso modo à ce moment,
la vie à la Belle Epoque, moi ! raison qui peut à elle seule décider les plus
férus de réalisme (ou en tout cas de détails «
«It (was) a kind of magic, magic» qui font vrai ») à acheter le livre.
Je ne peux Il y a d’ailleurs toute une longue partie
qu’insister sur ce (20 pages) dont la lecture s’avèrerait très utile
point crucial pour en vue de maîtriser un jeu concurrent. Je vous
moi : ce qui laisse deviner lequel, mais un petit indice tout
manque à de même, la partie en question s’intitule :
l'évidence le plus "Crimes et châtiments" et présente les

162
JDR & Cie ­ Zoom "Crimes contre Maléfices 2"

services de police et leurs procédures même temps des vases communicants et des
d'enquête, les institutions, les juges ainsi que conséquences sur la santé mentale (non, je ne
les peines encourues. Elle s'achève par une l’ai pas dit) ou le côté obscur de la force de
évocation des duels et des extraits du code votre personnage qui obligent quasiment les
pénal de l'époque. purs cartésiens à devenir des suppôts de
Toujours à propos des concurrents Satan et les aliénés à reprendre une petite
potentiels ou «grands anciens», il y a page 64 hostie en guise de calmant. Ajoutons à cela
une louange au confrère aîné, L'appel de que les modifications apportées au système de
Cthulhu. Mais page 64 il y a aussi une grosse combat n’ont visiblement pas été testées, ou
faute qui a échappé à la fois au correcteur alors si ça l’a été, c’est grave docteur ! D’une
automatique et à la relecture : ligne 17, part il est extrêmement frustrant pour les
colonne de droite, il faut lire «au dit» en deux joueurs de ne pas pouvoir lancer les dés pour
mots et non pas «audit». Ce genre ce qui concerne quand même leurs
d’approximation négligente ruine la personnages au premier chef (c’est le MJ qui
réputation de sérieux de la production lance les esquives), et d’autre part faire jouer
rôlistique française et me rend complètement ces parades ou esquives avant les attaques est
dingue ! tout simplement anti­intuitif. Encore plus si
l’on considère qu’une esquive réussie ne
Maléfices à papa garantit pas du tout de ne pas s’en prendre
Le système de Maléfices 3, quasi inchangé une dans la tronche. Ce qui va effectivement
depuis la première version du jeu, est rendre les combats plus meurtriers, comme
terriblement daté et à la traine de toutes les j’ai pu le lire dans les commentaires sur le
innovations des années 90, mais il conserve le Grog, mais plus réalistes, ça sûrement pas !
mérite d’être léger, donc accessible pour un
meneur et des joueurs débutants. En La fleur au fusil et les marguerites
revanche, au­delà de quelques parties, ce fauchées (mais qu’est­ce que je dis, moi ?)
système trouvera rapidement ses limites car il La petite équipe des EDCP nous a aussi
est à la fois trop et pas assez simulationniste. proposé un Ecran du meneur de jeu et le
Il ne permet pas de donner de la profondeur Grand jeu de la connaissance, c’est­à­dire un
aux personnages dans le cadre du jeu, en jeu de cartes qui sert pour la création des
campagne par exemple, et dans le même personnages et la résolution de certaines
temps ouvre la porte à toutes les actions, sous la forme d’un pack destiné aux
interprétations quand à la résolution des meneurs de jeu comprenant en plus un
actions, ce qui peut conduire le MJ à faire des scénario inédit et des fiches de personnages
choix arbitraires et risque de ne pas mettre vierges. Mais aussi trois scénarios, et le très
une «bonne ambiance», sauf à réserver la bon supplément Catéchisme, arrivé dans les
maîtrise à des MJs expérimentés ne boutiques à l’automne 2007, époque à
manquant pas d’ouverture d’esprit. En laquelle beaucoup de fans ont repris espoir.
parlant de ça justement, il y a à mon avis un Par contre depuis, plus rien à l’horizon… Bien
gros problème concernant la gestion de entendu, et particulièrement en matière de
l'ouverture d'esprit et de la spiritualité dans JdR, les promesses n’engagent que ceux qui
cette nouvelle version. Ce point n’a d’ailleurs les croient encore.
jamais été bien clair, et de leur propre aveu En parlant d’être fauché, ce que vous vous
les auteurs ont «essayé de rendre plus clairs demandez sûrement, au cas où ce ne serait
des points de règle qui avaient mal été pas déjà fait, c’est si ça vaut la peine d’investir
compris». Mais en guise d’éclaircissement, on dans l’un ou l’autre de ces bouquins, voire les
a un système à deux niveaux avec dans le deux ? Et comme de bien entendu, vous

163
JDR & Cie ­ Zoom "Crimes contre Maléfices 2"

attendez de ce genre de critique qu’elle vous Kolossale transition ! Concernant Crimes


le dise, ce qui n’est pas cadeau vous avouerez. justement, il me semble que les choses sont
Bon, quand il faut y aller il faut y aller, je me un petit peu différentes. Déjà parce que côté
lance : oui vous pouvez acheter Maléfices 3 si police de la pensée, l’équipe de Crimes est
vous êtes un vieux de la vieille à la recherche pour le moment plutôt calme. À tel point que
d’un bon sourcebook pour un jeu que vous j'ai pu délivrer à l'écran du jeu un tacle à
avez gardé dans votre cœur. En revanche, si hauteur des genoux dans un article sur mon
vous êtes débutant et que vous souhaitez blog sans que cela m'attire plus qu'une
découvrir ce jeu parce que son univers vous remarque bienveillante (voir l'article : Crimes
intéresse, oubliez cette nouvelle version et : la petite fabrique de l'horreur) et un coup de
essayez plutôt de dégoter sur le net Maléfices coude en traître alors que – des Curlys plein
1 ou 2, qui seront beaucoup plus adaptés (sauf la bouche ­ j’étais en train d’essayer de faire
un certain jeu de cartes imprimé n’importe tenir en équilibre une douzaine de tomates
comment, ok ok), beaucoup plus digestes et cerises sur le haut d’une pile de tranches de
ne risqueront pas de vous dégoûter fromage dans mon assiette en plastique tenue
définitivement de la pratique du JdR. d’une main tout en tentant de saisir une flute
de champagne de l’autre, lors du buffet
«Police, menottes, prison» campagnard pendant les festivités données à
Voilà, fermez le ban, la messe (satanique) l’occasion des 20 ans du Club Pythagore
est dite, je viens de me faire plein d’amis. En Provins. Mais surtout parce qu’il y a dans ce
même temps il fallait que ça sorte (de toute jeu (dont le parti pris du trois en un : un
façon, c’était ça ou un article insipide façon roman noir, un jeu de rôle, ainsi qu'un
langue de bois neutre­bon, tout le monde il manuel historique, peut effectivement être un
est beau tout le monde il est gentil et tout le peu déroutant au début et compliquer la
monde il a gagné à la Old­Casus…), et puis j’ai recherche dans le feu de l’action de tel ou tel
observé que quoi qu’on dise sur Maléfices, il point de règle) une vraie qualité d’écriture,
s’ensuit immanquablement une polémique et que j’avais déjà pu saluer à propos de La
chaque remarque, même anodine et pleine de petite fabrique de l’horreur, à laquelle vient
bienveillance, et même venant de la part de s’ajouter un gros travail sur l’interface entre
quelques­uns des plus purs héros de cette l’univers et le joueur, une réflexion sur ce que
nation, überfans parmi les überfans (fans ça veut dire «jouer un rôle» et des dispositifs
ultimes)****** qui se reconnaîtront, qui permettent de le mettre en musique. C’est
déclenche une micro­guerre ou une mini­ à mon humble avis une des recettes des
vendetta, alors autant y aller franchement et meilleurs JdR.
que ça soit sanglant, non ? D’autant plus que,
dégoûtés autant que moi par «Ouille ! Pas sur la tête !
l’attitude pour le moins Tient salut Roger, tu es dans
obsidionale des EDCP, la plupart la police maintenant ?»
des personnes motivées pour De nombreux scénarios sont
participer à la renaissance de ce d’ores et déjà disponibles
qui reste comme un des meilleurs (L’institut pasteur dans le Kit de
jeux de tous les temps se sont déjà démonstration, La fée verte,
tournées vers d’autres horizons. Amour à mort et Résurrection
Est­ce un crime ? dans le livre de base, Les apôtres
du mal en téléchargement,
Crimes est­il presque L’oseille des héritiers de même,
parfait ? De ruines et d’illusions paru dans

164
JDR & Cie ­ Zoom "Crimes contre Maléfices 2"

le n°1 des Carnets de l'assemblée et L’esprit Bon, ok, je sors ­>


du levé dans Le veilleur n°2 en version PDF) D’ailleurs, pour ce qui est de se lâcher
et plein d’autres. franchement (enfin un peu quoi…), Les
Ecuries d’Augias sont quand même plus
Les brimades du Tigre. rigolotes que les EDCP, puisqu’elles n’hésitent
Pour aborder les questions qui fâchent, je pas à emmener les joueurs se promener un
me demande quand même si cet univers peu en Egypte et dans l’Empire. Est­ce que
policier ne serait pas légèrement restreignant. quelqu’un pourrait leur rappeler aux EDCP
Je m’explique : dans Maléfices vous pouvez que ce qu’il y a de bien avec le JdR, c’est que
être un policier mais la plupart du temps vous les décors ne coûtent pas cher ?
vous contentez d'avoir des rapports plus ou Bon pour être tout à fait complet et
moins francs et honnêtes avec la honnête, je dois vous avouer que le jeu
maréchaussée. Dans Crimes, VOUS ETES un permet de jouer «aussi des victimes ou des
homme de la maison poulaga, ou assimilé. Ce membres des divers clubs, coteries,
qui explique que le quotidien et la fonction fraternités religieuses», mais j’ai préféré
des représentants de la loi dans le Paris du passer ça sous le tapis parce que d’une part ça
début du siècle dernier vous y soit détaillé par foutait en l’air ma belle démonstration, et
le menu, mais ce qui implique aussi le cadre d’autre part je vous vois venir, bande de petits
restrictif qui est sans doute le prix à payer vicelards, vous vous imaginez déjà que vous
pour le prestige de l’uniforme. allez pouvoir jouer d’ancien soldats
Ceci dit nous sommes prévenus d’entrée, traumatisés devenus tueurs fous qui tirent sur
il s’agit d’un parti pris clairement affiché par tout ce qui bouge, ou pis encore, des membres
les auteurs : «Le fait criminel est le sujet du Club… euh, et bien disons, du Club Thalès.
central de ce jeu, dont la Déchéance est un
principe fondateur : selon cette loi, tout Ca va pas fort Hector ?
responsable d'un acte criminel, qu'il s'agisse Autre point non négligeable, le système du
d'un homme, d'une société ou d'une jeu, même s’il est tout à fait correct (basé sur
civilisation, doit en payer le prix par une des D10 : on lance autant de dés que l'un de
décadence progressive. Ainsi, dans le jeu, les ses potentiels ­ physique, social ou mental ­ et
passions et les déviances des personnages les on ne garde qu'un nombre de dés dépendant
mènent inexorablement vers leur propre de son niveau de maîtrise dans la compétence
enfer : dégénérescence du corps, folie ou testée, soit entre un et quatre dés. Le seuil de
autre malédiction. Les joueurs y incarnent réussite est lu sur chaque dé, il est lui aussi
des personnages concernés par le crime.» dépendant du niveau de maîtrise dans la
Gardons le moral, même comme ça il y a compétence testée. Le seuil peut aller de 7 à 9.
quand même moyen de bien déconner. On Lors d'un test, tous les 1 obtenus doivent être
peut se la jouer James Bond avec le Préfet conservés, diminuant d'autant la perspective
Lépine qui la joue à la M, le chef de la police d'une réussite, etc. : que du classique), est –
de Paris, et Q, qui prête aux PJs le concours comme le disent les auteurs eux­mêmes – un
(Lépine bien sûr…) de ses gadgets scientistes. système dépressif. Cette tendance « à la
On peut aussi se refaire Cold case, affaires baisse » risque à la longue de rendre certains
classées, en se spécialisant dans une police personnages ayant vécu relativement
scientifique balbutiante. On peut enfin se injouables, ce qui peut poser problème dans le
lâcher franchement en se refaisant Heroes en cadre d’une campagne. En plus, Jean­Claude
1900. Avec tous les pouvoirs spéciaux – euh Debarre (Président de Hyundai) et moi, ce
pardon, les dérives psychologiques ­ qui sont que nous voulons voir à nos tables ce sont des
proposés, il y a de quoi faire ! winners flamboyants, pas des loques

165
JDR & Cie ­ Zoom "Crimes contre Maléfices 2"

dépressives et pitoyables, c’est mauvais pour l’image de notre loisir, et accessoirement pour la
croissance et la balance du commerce extérieur. Ceci dit cette lente mais, semble­t­il,
inéluctable descente aux enfers (je ne parle pas de la croissance, là) est tout à fait justifiée par le
contexte : entre antisémitisme, colonialisme, anticléricalisme primaire et toutes les joyeusetés
de la révolution industrielle, le tout sur fond de guerre (celle de 70 qui a laissé des traces et
semé les graines de la suivante, celle de 14 qui se profile, avec son cortège d’horreurs), il n’y a
que l’embarras du choix – plutôt l’embarras que le choix comme disait l’autre. Mais enfin
quand même, ça risque de ne pas être beau à voir au bout d’un moment. Imaginez ce que ça
peut donner à force avec des bases comme ça (je cite les auteurs) : «À la création, l'aspect
psychologique des personnages revêt une importance particulière : chaque personnage est
animé par des passions et des tabous qu'il lui faut assouvir ou réfréner. A défaut, il
développera des désordres névrotiques ou, pire, une accumulation de psychoses qui
l'exposeront à toutes sortes de folies. À terme, un personnage qui perd ainsi son équilibre
mental se verra affublé de "déchéances", à l'origine de sa mise au ban de l'humanité, et qui
l'amèneront sans doute à sombrer dans la criminalité ou à se transformer en une aberration
de la nature ».
Alors oui, d’accord, vous allez me dire, dans L’appel de Cthulhu c’est bien pareil, les PJs
perdent de la santé mentale à chaque squelette dans un placard et tout et tout… Oui, d’accord,
mais dans Cthulhu au moins ils ont le bon goût de mourir rapidement, alors que là il va falloir
se les traîner un moment.
Nannnnn, je déconne ! Quoi que…

* : Article à manipuler avec précaution. Pour les contre­indications, consultez la notice.


** : Minimum niveau 36 sur l’échelle des Chambres de Shaolin.
*** : A ce sujet, surveillez régulièrement leur site internet afin de ne pas rater le fiacre, euh pardon, le
coche !
**** : Totalement private joke.
***** : Mais de quoi il parle lui ? Comment, vous n’avez pas lu Rainbow’s end de Vernor Vinge ?
Grosse erreur !
****** : La rédaction d’YmaginèreS présente ses excuses à ses lecteurs pour ce dérapage d’un
chroniqueur qui, probablement contaminé par l’air du temps, s’est laissé aller à écrire : « pur », « héros »,
« nation » et même « über » dans la même phrase…

Davidalpha

166
Les Légendes de la Garde
La nuit, toutes les souris sont grises !

« Sur le ce monde hostile. Vous l’aurez compris :


plancher de ma l’univers est original, poétique, « frais » serait
chambre d’enfant… peut être l’un des meilleurs qualificatifs.

…J’ai dessiné trois Un système qui bouscule les


souris qui allaient changer ma vie. » Tels sont habitudes
les mots qui démarrent l’avant­propos du jeu
de rôle Les Légendes de la Garde, tiré de la Pourtant, si le thème et l’habillage
BD du même nom. Et il est vrai que quand peuvent laisser penser à un jeu pour enfants
David Petersen a commencé à dessiner ce et rôlistes débutants, détrompez­vous ! Le
qui allait devenir les Souris de la Garde, il système de jeu, une version simplifiée du
n’avait aucune idée du phénomène que cela système Burning Wheel développé par Luke
deviendrait, tant dans le monde de la bande Crane, se veut innovant, visant au roleplay et
dessinée et du comics que dans celui du jeu en même temps très ludique. En tout cas il
de rôle. saisit très bien l’esprit de la bande dessinée et
permet vraiment de recréer des histoires qui y
Des souris avec des épées ressemblent furieusement, le pari est donc
réussi. Si le cœur de la mécanique se veut
Voilà qui peut décontenancer un rôliste classique (des poignées de dé à 6 faces, 1, 2, 3
aguerri et englué dans ses expériences sont des échecs, 4, 5, 6 sont des réussites,
passées : jouer une petite souris avec une avec la possibilité en dépensant un point de
épée. L’univers des Légendes de la Garde, ce destin d’ouvrir les 6 pour obtenir plus de
sont les Territoires, ces terres dénuées succès), ne vous y méprenez pas : beaucoup
d’humains, mais peuplées d’animaux de vos repères seront bousculés.
sauvages et de dangereux prédateurs, et où Tout d’abord votre personnage est défini
les souris, seule race civilisée (avec leurs par 3 « phrases » qui sont au cœur du jeu et
ennemis de toujours, les Furets, vivant de forment la base pour définir les récompenses
l’autre côté de la Limite des Territoires) font en fin de séance : une Croyance, sorte «
tout pour survivre. Ils ont établi leur petite d’idéal » de vie de votre souris (par exemple «
civilisation médiévale, protégée par une unité Je dois embrasser les idéaux de la Garde », ou
d’élite : la Garde. Des souris vaillantes et avec bien « Construire, ne pas détruire »), un
un grand sens de l’honneur, en charge Objectif, défini pour la séance (« Je dois
d’assurer la sécurité de tous, à mi­chemin déterminer ce qui se cache derrière cette
entre le chevalier de la Table Ronde et le attaque » ou bien « Je dois me faire bien voir
garde­champêtre. Bien sûr, les joueurs du chef de patrouille pour ma promotion
incarnent une patrouille de ces Souris de la future
Garde et vont raconter leurs
tribulations
dans
JDR & Cie ­ Zoom "Les Légendes de la Garde"

») et un Instinct (« Ne jamais faire confiance permet de résoudre tout conflit étendu de


à une souris riche » ou bien « Défendre les l’histoire : les combats à l’arme certes, mais
autres en cas de danger »). Ce n’est qu’en aussi les disputes (conflit social), les
jouant ces phrases et en les incarnant en négociations, les courses­poursuites, les longs
cours de partie que vous pourrez être voyages… Celui­ci se base sur un choix
récompensé en fin de séance. De plus, votre d’action, à l’avance par chaque « camp » ou
personnage dispose de Traits, qui sont des équipe participant au conflit. Il faut choisir à
traits de personnalité pouvant être utilisés l’avance les 3 actions pour les 3 « rounds » à
soit à votre avantage (pour obtenir un bonus venir, ce qui représente, par exemple en
immédiat à un jet) soit à votre désavantage combat des passes d’armes connues des
(pour obtenir un avantage par la suite Gardes et qu’ils s’apprêtent à
en échange d’un handicap dans un lancer, ou bien en discours
premier temps) ce qui est plutôt bien des arguments préparés à
vu : par exemple si votre souris a le l’avance. Chaque camp choisit
trait « Lève­tôt » alors vous pourrez secrètement ses actions parmi
avoir un avantage si jamais votre les 4 possibles : Attaque,
patrouille fait une rencontre à Défense, Feinte, Manœuvre. La
l’aube ou doit se lever tôt pour une première permet d’affaiblir la
raison particulière. Par contre, position adverse, la seconde
comme vous êtes un lève­tôt, vous permet de protéger ou de
ne faites pas long feu le soir venu, renforcer sa propre position, la
donc en tant que joueur, vous troisième est une attaque
pouvez décider de prendre un malus risquée, qui peut faire très mal
en échange d’un bénéfice futur si elle est placée au bon
lorsque le groupe entreprend des moment, mais peut être
activités tardives. Tous ces petits dévastatrice pour celui qui la
systèmes s’avèrent redoutablement porte si l’adversaire réussit à
efficaces pour permettre au joueur de camper la mettre à jour, et la dernière permet
son personnage, avec très peu d’efforts, et d’obtenir un avantage pour l’action suivante
donnant de magnifiques opportunités de en cas de réussite. Les actions choisies sont
roleplay intenses aux plus aguerris. révélées simultanément, sur un système qui
Mais l’une des plus belles innovations des ressemble au « chi­fu­mi » (pierre­papier­
Légendes de la Garde, c’est sa mécanique de ciseaux) : ainsi si je fais une Attaque et que
résolution des conflits, à la fois ludique, mon adversaire fait une Défense, alors nos
tactique, et pourtant permettant une jets de dés sont en opposition et ses succès se
description vivante et cinématique des soustrairont des miens. Par contre si face à
situations les plus tendues des missions de la mon Attaque, il fait une autre Attaque, alors
patrouille. Tout d’abord cette mécanique nos jets de dés sont lancés indépendamment
l’un de l’autre et tous les
succès viennent baisser
la position adverse (la
position étant la jauge
calculée pour chaque
camp en début de
conflit, représentant
l’évolution de celui­ci).
On résout donc ainsi les
JDR & Cie ­ Zoom "Les Légendes de la Garde"

3 actions choisies à l’avance, en révélant un jour résumé cela en « Les Légendes de la


simultanément les choix de chaque camp. A Garde, le seul jeu où le boss de fin de niveau,
l’issue des 3 actions, si le conflit n’est pas c’est un couple de castors ! » ce qui n’est pas
terminé, alors on recommence une nouvelle très éloigné de la vérité) !
série de 3 actions. Evidemment, avant chaque Le livre de base contient 3 scénarii
action, les différents camps décrivent ce qu’ils accompagnés de pré­tirés, et donne des règles
essaient de faire comme action (ou énoncent complètes et claires pour que le meneur
leurs arguments dans une joute verbale), et à puisse créer ses propres histoires (en se
l’issue des jets, ils décrivent comment le reposant sur la définition d’obstacles qui
conflit évolue. On obtient un récit très détaillé peuvent être de 4 types : le terrain, le climat,
et très visuel de chaque échange. Tension, les animaux ou les autres souris) et gérer
tactique, ludisme sont donc les lignes l’évolution de sa campagne de façon
directrices de ce système de résolution, qui dynamique (en tenant compte de l’évolution
permet vraiment de recréer les situations que des saisons, à l’aide d’un curseur amené à
l’on peut lire dans la BD. progresser sous certaines conditions).
Les innovations dans le système de jeu
sont légions et il serait vain de tout énoncer Les Légendes de la Garde est un beau jeu
ici. Mais on peut tout de même mentionner : original, graphiquement très réussi, et
également une création de personnage permettant de sortir des sentiers battus du jeu
ludique et originale (se basant sur des choix de rôle, dans un univers poétique et héroïque
définissant le personnage à chaque étape de à la fois. Lisez les bandes dessinées (publiées
sa vie), une mécanique d’entraide reflétant les en français chez Gallimard) et laissez­vous
conditions difficiles de la survie des Gardes séduire par cet univers qui changera à jamais
(les souris doivent quasiment tout le temps votre vision du jeu de rôle !
collaborer pour venir à bout des obstacles se
dressant face à elles) ou encore l’utilisation de Les Légendes de la Garde, la traduction
la Nature des souris (les souris peuvent faire française de Mouse Guard RPG sortira en
des actes qui sont dans leur nature ou contre 2012 chez Footbridge Editions. Pour
leur nature, selon ces actions, leur score dans souscrire ou pré­commander le jeu, et voir
l’attribut Nature sera amené à évoluer). quelques visuels, vous pouvez vous rendre sur
http://www.leslegendesdelagarde.com !
Les légendes des Souris de la Garde

Quelles histoires raconte­t­on dans les


Légendes de la Garde ? Très simplement : la
vie d’une patrouille allant de mission en
mission : livrer du courrier dans plusieurs
villages de souris par ici, s’assurer de la bonne
tenue de la Limite des Territoires, en évitant
toute invasion des furets, sauver une ville de
souris menacée par la montée du niveau d’un
lac, éloigner un pivert menaçant la
tranquillité d’un hameau installé dans les
racines d’un arbre… Des missions simples, en
apparence, mais qui vont donner l’occasion,
dans l’esprit de la BD de raconter des
aventures épiques (un joueur en convention a

169
Luchadores

Luchadores est un jeu d'aventures et Mais ce n'est pas tout !


d'action qui renoue avec les plus grands Luchadores contient un catalogue très
classiques du genre Pulp et vous propose complet de véhicules "d'époque" à améliorer,
d'incarner un intrépide héros de lucha libre. de gadgets et artefacts incroyables dont la
Si les combats et acrobaties spectaculaires montre­radio pleine de surprises, idéale pour
dignes de Blue Demon, El Santo ou Mil faire classe avec votre costume et vous tirer in
Mascaras sont bien évidemment de mise, le extremis des mauvais pas !
jeu vous propose également un cadre
exotique très détaillé et inspirant Les règles, très
qui renferme de nombreux complètes, utilisent un
secrets à découvrir. Baigné système simple à base de
dans une ambiance d6 et offrent la possibilité
pop'n'pulp kitsch des sixties de jouer des combats
­ quelque part entre James dantesques en vous
Bond contre Dr No, OSS inspirant des dizaines de
117 et Bob Morane pour prises et manœuvres des
ne citer qu'eux ­ plus célèbres
l'archipel de Los lutteurs/catcheurs, ou
Murcielagos est le lieu même simplement de
de toutes les votre imagination si vous
extravagances mais aussi n'êtes pas un expert du
de tous les dangers. genre mais appréciez les
échauffourées haletantes.
Vos luchadores ­ Créer de A à Z votre héros
investis par les pouvoirs de à l'aide des nombreuses
leur masque ­ sont le seul options proposées est un
rempart contre les véritable jeu d'enfant, il ne
abominations issues de vous restera plus qu'à
L'Espirale Grande, un tourbillon dessiner son masque grâce
marin maléfique au large de au gabarit figurant sur la
l'archipel, portail s'ouvrant dans la fiche de personnage.
dimension impie du dieu abyssal Juracan et
ennemi juré du dieu solaire dont vos Enfin, le jeu ne serait pas complet sans sa
personnages sont les champions. campagne en 3 scénarios ­ émaillée de
Investigations occultes et musclées, conseils et inspirations types ­ qui vous fera
péripéties époustouflantes, exploration de découvrir de nombreuses facettes et certains
temples oubliés engloutis par la jungle, des personnages les plus emblématiques de
intrigues rocambolesques dans les bas cet univers totalement décomplexé. Les plus
quartiers de Puerto Dragon, ennemis pressés d'entre vous pourront se lancer dans
improbables, gadgets stupéfiants, tournois de l'aventure sans plus attendre grâce aux
lucha libre au sein de l'Arena, magie vaudou... téméraires personnages prétirés et illustrés
ce ne sont là que quelques exemples de ce qui par El Théo.
vous attend tout au long des 325 pages du
livre de base. Votre courage et votre style feront toute la

170
JDR & Cie ­ Zoom "Luchadores"

différence face aux séides de Juracan, mais veillez à ne pas sombrer du côté obscur sous
l'influence pernicieuse de l'Espirale Grande...
Le jeu de rôle Luchadores se présente comme un copieux livre de 325 pages, avec insert
couleur, livré avec son écran explosif en 3 volets.
Luchadores, le seul jeu de rôle parrainé par une véritable star de lucha libre : Heddi
Karaoui !

Laurent Rambour

© Erwin Pale

171
ESTEREN TOUR 2012
Pour la troisième année, le Esteren Tour va reprendre ! Cette tournée assurée par l’équipe du jeu
des Ombres d’Esteren vous propose des rencontres avec les auteurs, des séances de dédicaces, des
parties de démos dans les meilleures conventions et dans de nombreuses boutiques dans toute la
France !

Initié en 2010 à l’occasion de la sortie du Livre 1 Univers au Monde du jeu 2010, le Esteren Tour
s’est poursuivi en 2011 avec une trentaine de dates et des événements originaux comme la table
ronde au Musée National de l’Éducation à Rouen. Pour 2012, l’équipe prépare un programme encore
plus riche et qui dépassera les frontières françaises !
Nous sommes heureux d'être devenus partenaires officiels du Esteren Tour 2012 ! France, Suisse,
Belgique… Voici les dix premières dates du Esteren Tour 2012 ! Ce programme va continuer à
s’étoffer dans les semaines et les mois à venir. Si vous êtes un organisateur d’événements ou si vous
connaissez une bonne convention près de chez vous, n’hésitez pas à nous le faire savoir !
Contactez­nous à cette adresse : lesombresdesteren@gmail.com

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173
Cerebro Driver
Scénario Luchadores

Scénario Luchadores pour YmaginèreS Acte 1 – Une affaire sanglante…

Par Julien Heylbroeck, en Atomic Trio Garza est préoccupé (comme toujours) et
avec Willy Favre et Romain d’Huissier expose l’affaire dans un petit bar non loin de
l’Arena, quasiment vide à cette heure tardive.
Synopsis : Il y a eu une vague de meurtres sur l’île
Les PJ sont appelés à enquêter sur une d’Ordoñia – des meurtres sauvages. Les
petite île isolée de Los Murcielagos. De victimes ont été retrouvées vidées de leur
terribles meurtres ont eu lieu et la population sang. Elles présentaient toutes les marques
en est terrorisée. On parle d’un chupacabra, d’une blessure à la nuque : comme faite par la
ces créatures des enfers qui sucent le sang de pénétration d’une sorte d’arme pointue­ un
leurs victimes pour camoufler leur apparence pieu ou quelque chose dans le genre­ qui est
monstrueuse. allée jusqu’au cerveau. Une grande partie du
Une fois sur place, les PJ découvrent sang des victimes a été aspirée à partir de
effectivement une petite communauté en cette blessure. Pour l’instant, il y a eu six
proie à la panique et à la paranoïa la plus meurtres : les trois premiers meurtres il y a
complète, persuadée que le monstre se cache deux mois et les trois autres le mois dernier.
parmi eux.
La vérité est plus compliquée que ça, L’enquête a d’abord été confiée à un
comme vont le découvrir les PJ en tentant de collègue de Garza, l’inspecteur Velasquez.
neutraliser un apprenti sorcier accompagné Celui­ci a mis ces meurtres sur le compte d’un
d’un curieux garde du corps. affrontement entre des pêcheurs alcoolisés et
ne s’est pas vraiment préoccupé de l’affaire,
Introduction – le combat enquêtant dans le même temps sur une
histoire de meurtres à Puerto Dragon.
Il fait un peu frais, environ 15°C, en cette
journée de décembre triste et grise. Premiers éléments
Une fois n’est pas coutume, le scénario
débute par un combat de lucha libre. Ordoñia :
Organisez un match en équipe contre C’est une petite île située dans les récifs,
Luis el Matador, Ruben Portobello et au Sud­Est de Puerto Dragon. La navigation
Chico Yéyé. Le combat est important, s’y pour s’y rendre est assez ardue, ce qui
joue la ceinture par équipe de l’Última Liga. explique l’isolement notable de la
La salle est remplie de supporters déchaînés communauté qui y vit. Elle est située dans un
et enthousiastes qui entonnent des chants à la récif corallien et au milieu de courants assez
gloire de tel ou tel luchador. traîtres. Les habitants vivent dans un petit
Une fois le combat terminé et alors que village du nom de San Juan la Mascara,
les PJ sont dans leur vestiaire, Garza, le d’après un Luchador natif de l’île qui fut un
lieutenant de police à l’imper froissé, frappe à héros des années 1820 en débarrassant
la porte et les rejoint. Il est très préoccupé et l’archipel d’un gang de loups­garous qui
souhaite parler au plus vite aux Luchadores capturaient et dévoraient de jeunes enfants.
de l’affaire qui l’amène. Le village abrite environ 80 personnes.
Majoritairement des pêcheurs, leurs familles

198
JDR & Cie ­ Scénario Luchadores ­ Cerebro Driver

et des personnes âgées venues ici prendre leur des traces de griffures.
retraite dans un endroit tranquille. Ces trois meurtres ont eu lieu durant la
même nuit, le 8 décembre.
Les meurtres du mois dernier :
­ Gabriel Perez, 48 ans, pêcheur. Tué À ce stade, les PJ qui chercheraient des
alors qu’il allait voir dehors après avoir similarités entre les deux dates peuvent faire
entendu un bruit, selon sa femme Manuela. un jet de Dirty + Scientifique, trois
­ Hernando Munioz, 32 ans, pêcheur. Réussites permettant de réaliser qu’à chaque
Tué alors qu’il rentrait du bar du village fois, c’est durant une nuit de nouvelle lune : la
jusqu’à sa maison, un peu isolée. Il vivait seul période où l’astre est totalement occulté…
depuis le départ de sa femme à Puerto
Dragon. Ordoñia est totalement paniquée par ces
­ Juana Castellano, 21 ans, elle tenait meurtres. Les habitants se cloîtrent, ne
la petite alimentation du village avec ses sortent plus la nuit et se regardent les uns les
parents. Tuée après un rendez­vous galant en autres avec suspicion. De nombreuses
pleine nuit avec Fernando Gonzales, le fils rumeurs commencent à circuler, alimentées
du médecin retraité qui vit sur l’île. par les quelques légendes concernant des
Gonzales est un témoin privilégié, il peut monstres se nourrissant du sang des hommes.
évoquer la silhouette tordue et massive du
monstre, son odeur bestiale et ses Le fin mot de l’histoire
grognements effrayants. Terrifié, il a pris la
fuite alors que sa petite amie se faisait Il est temps de révéler ce qui se passe
dévorer. dans le village. Rodolfo Silva, un riche
Tous ces meurtres ont eu lieu le même entrepreneur de Catalina, PDG d’une
soir : le 6 novembre. entreprise de forage, est passionné
d’occultisme et collectionne les ouvrages rares
Les meurtres de ce mois­ci : et anciens. Du moins ceux qui ne tombent pas
­ Francisco Bollo, 51 ans, noir, ancien dans entre les mains d’Ultimo Místico…
ouvrier reconverti en éleveur de sangliers, Récemment, après avoir fait l’acquisition d’un
installé sur l’île avec son petit troupeau. Tué vieux livre dont la reliure tombe en poussière,
alors qu’il finissait de vérifier ses enclos. Il il a découvert l’existence d’une curieuse pierre
vivait avec un autre homme, un ancien noire aux propriétés magiques mystérieuses.
clochard qu’il avait recueilli et que tout le Cet objet, appelé « l’un des Yeux de Juracan
monde appelait Dengué. Dengué a juste », est une pierre irradiante. Son énergie
entendu des hurlements et il a cru que c’était négative est si puissante qu’elle peut rendre la
des sangliers avant de réaliser que c’était personne qui la manipule immortelle. Selon
Francisco qui criait. Il est sorti voir ce qu’il les textes, elle serait gardée dans un temple :
se passait, armé d’un madrier, et il a un véritable sanctuaire guanteco dans lequel
découvert le corps de son ami. C’était trop la pierre serait maîtrisée. Ce temple aurait été
tard. rasé au XVIIIe siècle par les autorités et la
­ Diego Marquez, pêcheur de 48 ans. pierre profondément enfouie sous terre par de
Tué alors qu’il cuvait sa tequila devant la vaillants Luchadores. Cette légende a été
porte de chez lui. oubliée de tous au fil des siècles.
­ Martina Marquez, épouse de Diego
Marquez et mère de famille de 42 ans. Cette pierre se trouverait donc dans le sol
Assassinée alors qu’elle tentait de sauver son d’Ordoñia. Silva, qui dispose de fonds quasi­
mari. Elle n’a pas été dévorée et ne porte que illimités, a acheté une parcelle sur l’île,

199
JDR & Cie ­ Scénario Luchadores ­ Cerebro Driver

parlant de son sous­sol riche en charbon. Au laquelle la pierre noire était nichée et qu’à
début, les autorités ont tiqué et le député de trop haute dose, ils provoquaient ces
l’île s’est même opposé à ce projet, évoquant « mutations mortelles. Silva entend bien
la défiguration » du paysage. Mais les devenir immortel mais pas sous la forme
perspectives de plus­value économique a d’une créature horrible. Il lui fallait donc
finalement fait pencher la Haute Chambre, trouver comment s’approcher de la pierre
auprès de laquelle Silva a introduit un sans en subir les mutations de plein fouet.
recours. Le forage a commencé. Silva avait Silva a découvert qu’un monstre pourrait
bien étudié son coup car il y avait quelques la manipuler sans muter outre mesure. Il a
gisements de charbon et il a pu y faire illusion alors entreprit de se doter d’un serviteur
un moment. Puis au bout de deux ans, le filon monstrueux pour lui faire accomplir les
s’est tari. Il a alors, en apparence, fait fermer basses besognes que sont l’extraction de la
la mine. pierre et son raffinage. En effet, tailler la
En fait, il continuait à creuser mais pierre permet de diminuer les radiations,
beaucoup plus discrètement, engageant des pour avoir juste ce qu’il faut pour devenir
salariés étrangers – souvent des Cubains, des immortel. Une fois la pierre moins
sans­papiers qu’il conduisait sur le site, faisait dangereuse, il accomplira sa transformation
travailler, logeait sur place et ensuite en s’exposant auprès d’elle.
renvoyait chez eux. Quand les mineurs ont Ne disposant pas des infrastructures
mis à jour des vestiges du temple, Silva a été nécessaires à l’élaboration d’un monstre tel
fou de joie et a même augmenté les salaires que celui de Frankenstein, il a décidé d’en
dérisoires de ses employés, notamment pour créer un de manière beaucoup plus simple.
les contraindre à travailler sur ce site sacré Dépensant une somme folle, il s’est procuré
qui les effrayait tant. Les vestiges ont bientôt du sang de chupacabra au barrio des
été dépassés, les mineurs cubains creusant animaux, à Puerto Dragon (cf. p34 du Livre
toujours plus profondément. de Base). Ensuite, il a glissé quelques gouttes
de ce sang dans le café du député de l’île, le
Il y a trois mois, alors qu’ils approchaient farouche adversaire de ses débuts, avec lequel
de l’endroit où était enfouie la pierre, les il faisait semblant d’avoir sympathisé depuis :
ouvriers ont été pris de violents spasmes et Jose Ruiz.
ont commencé à perdre leurs cheveux par Ruiz, depuis la décision des trois
poignées tandis que leur peau pelait ou virait Résidents, avait fait contre mauvaise fortune
au gris­vert. Le forage a stoppé et les ouvriers, bon cœur et simplement demandé à Silva
en quelques heures, ont totalement muté d’engager des travailleurs de l’île, ce qui avait
pour devenir de monstrueux êtres difformes à été fait les deux ans qu’avait duré
la peau noire et aux dents pointues. Silva les l’exploitation de la mine. Depuis, Ruiz
a abattu et a jeté les corps dans une galerie pensait avoir sympathisé avec ce notable qui
avant de la sceller à jamais par un s’était installé sur les hauteurs du village.
éboulement. Il était très proche de la pierre, C’était sans compter le mauvais fond et la
quelques journées de travail tout au plus… Et rancune tenace du millionnaire.
pour rien au monde, il n’aurait changé ses
plans à cause de ce « léger contretemps ». Le pauvre député s’est donc transformé en
chupacabra – une créature suceuse de sang,
En faisant quelques recherches dans son entre le moustique et le vampire, doté d’une
propre fond documentaire, Silva a étudié sorte de trompe puissante et osseuse capable
certains textes et déduit que les rayons de pénétrer profondément la nuque de ses
méphitiques traversaient même la roche dans victimes pour aspirer le sang, ayant une peau

200
JDR & Cie ­ Scénario Luchadores ­ Cerebro Driver

grise, deux yeux globuleux qui reflètent la l’ambiance. Au bout d’un moment, dans un
lumière et de fines griffes tranchantes. écrin de brume blafarde, les contours de l’île
Quand il est dans cet état, à la manière se laissent apercevoir. Quelques pontons
d’un loup­garou, Ruiz ne se contrôle pas : il moussus, des maisons de bois branlantes et
change à chaque nouvelle lune. Retrouvé derrière, des arbres et une montagne.
errant dans les marais de l’île par Silva, il a
ensuite été forcé de creuser la roche, Les PJ sont accueillis par José Ruiz, qui
maintenu en captivité par les chaînes et le se présente comme le député du village. Sur la
fouet, pendant quelques jours. Puis le route jusqu’à chez lui, il leur explique qu’il a
malfaiteur l’a libéré afin qu’il puisse aller se fait appel à la police suite à la découverte des
nourrir et retrouver les siens. Après avoir trois premiers meurtres. La première fois, la
absorbé le sang de trois personnes (les police a envoyé un inspecteur débutant qui a
victimes), le député a retrouvé son apparence fait quelques constatations et repérages avant
humaine, sans aucun souvenir, jusqu’à la de disparaître pour de bon. Le mois suivant,
nouvelle lune suivante. À ce stade de forage, après les trois autres meurtres, il a insisté en
Silva compte sur encore deux sessions de personne, contactant El Jabali Grande, qui
travail pour le chupacabra, donc encore deux a chargé Garza de s’occuper de l’affaire.
mois. Il sait qu’il joue gros et que les victimes Lequel semble avoir mandé les PJ.
vont attirer l’attention de la police mais il est Ruiz est très honoré d’accueillir sur son
persuadé que d’ici peu, il se moquera d’elle île de grands lutteurs prestigieux comme eux.
car il sera bien trop puissant pour être Il ne rate pas l’occasion d’expliquer la légende
importuné par la justice des humains. de Juan La Mascara, qui a donné son nom
au village, trouvant même des ressemblances
En attendant, il compte sur Kid Croco, entre le masque du héros, conservé telle une
son garde du corps, un lutteur redoutable et relique à l’église, et celui d’un de vos PJ.
sans pitié au masque vert et noir, ainsi que
sur la dizaine de gardes armés jusqu’aux Les PJ seront logés dans sa chambre
dents pour sécuriser la mine. d’amis tout le temps de l’enquête. Sa femme
Luisa occupe également la maison. C’est une
Acte 2 – La découverte de l’île et les vieille femme très discrète et très
investigations… superstitieuse. Ce sera le PNJ idéal pour
évoquer les légendes effroyables sur les
L’arrivée sur l’île d’Ordoñia monstres de l’Espirale Grande, au coin du
feu, alors que la pluie balaie le toit et le jardin
Sur le trajet, en petit bateau prêté par les autour de la maison.
services de police ou l’Arena, faites bien
ressentir à vos PJ que la route est difficile. De Le village de San Juan la Mascara
nombreux récifs parsèment la zone et le pilote
manœuvre son esquif avec talent, évitant tel Communauté modeste, rassemblée autour
rocher qui dépasse de la mer ou tel fond de quelques pontons vermoulus, San Juan la
traître. Les courants n’y vont pas de main Mascara ne compte que peu d’endroits
morte non plus et le bateau tangue à faire particuliers. Quelques dizaines de masures de
vomir les estomacs les plus fragiles (pensez à taille et d’état divers, une petite église dont les
ce pauvre Green Tiburon…). Autour de la peintures sont à moitié passées, une ancienne
petite île : rien, aucune localité proche, hacienda coloniale qui sert de mairie et de
seulement l’océan. Il fait assez froid au large maison de fonction de l’élu. Ruiz vit lui, un
et un vent cinglant achève de ruiner peu à l’écart. Autour du village, quelques cales

201
JDR & Cie ­ Scénario Luchadores ­ Cerebro Driver

sèches pour le carénage des bateaux, des Luchador, retraité depuis 35 ans. Une
parcelles de champs et quelques enclos où blessure au genou a stoppé sa carrière alors
paissent des chèvres. C’est d’ailleurs dans ces qu’il était en pleine apogée, tournant des films
mêmes enclos qu’ont été trouvées les (muets et en noir et blanc), gagnant des
premières victimes du chupacabra, la nuque ceintures et sauvant l’archipel à maintes
percée par un poinçon, un mois avant les reprises (des PJ peuvent se rappeler de sa
premiers meurtres. Personne n’y a fait trop légende en obtenant quatre Réussites sur un
cas jusqu’à se que l’on retrouve des humains jet de Dirty + Lutteur). Aujourd’hui, c’est
victimes du même procédé. un vieux monsieur sexagénaire, un peu gras et
ronchon. Il ne voudra pas aider les PJ,
Quelques villageois notables : évoquant sa carrière au passé malgré le fait
­ Jose Ruiz : Député de l’île d’Ordoñia, qu’il n’ait pas rendu officiellement son
marié à Juana Ruiz. La cinquantaine, petit masque. Mais ce sera pour mieux leur filer un
et gras, une grosse moustache luisante. C’est coup de main (voire se sacrifier
lui le chupacabra maudit par Rodolfo Silva héroïquement) durant l’acte final si les PJ
mais il ignore complètement sa seconde sont en difficulté.
nature. Sa femme se pose des questions, pour ­ Ricardo Marquez : Le fils du couple
avoir constaté sa disparition durant les jours tué en décembre. Jeune pêcheur de 17 ans, il
précédents et entourant les meurtres mais travaillait avec son père et est évidemment
elle se tait, terrorisée par ce que son mari très affecté par la mort de ses parents. Il veut
pourrait lui faire si elle découvrait quelque les venger et supplie les PJ de l’accepter
chose de maléfique. Mais aussi par ce que les durant leur enquête. Il est prêt à leur rendre
villageois ou les Luchadores envoyés par service, à faire des rondes pour surveiller tel
l’Arena pourraient lui faire. C’est lui qui a ou tel habitant. Armé d’une machette, il veut
insisté pour qu’on enquête sérieusement, faire payer le meurtrier. Exalté, jeune et
expliquant sans se lasser qu’il ne s’agissait pas dangereux, il faudra que les PJ déploient des
de règlements de compte entre pêcheurs trésors de diplomatie pour qu’il accepte de
ivres. rester chez lui. S’ils ne sont pas assez bons, il
­ Almondo Cuaron : Maire de la ville, les suivra le plus discrètement possible avec le
c’est un lointain cousin de la famille Cuaron but de tuer le coupable avant qu’il soit ramené
qui a crée et gère la grande firme automobile à Puerto Dragon. Il pourra même, si les PJ
de Los Murcielagos. Âgé de 48 ans, plutôt s’opposent frontalement à son objectif,
maigre et pâle, c’est un plutôt sec, de corps devenir leur ennemi et tenter de les doubler
comme de cœur. Célibataire endurci, il a fait ou de leur voler leurs indices, preuves ou
carrière dans le cabinet d’un Résident autre… Autant dire que le pauvre garçon ne
aujourd’hui décédé avant de briguer cette pèsera pas lourd s’il va faire face à Rodolfo
mairie afin de marquer sa désapprobation Silva.
envers la politique actuelle de la Haute ­ Monica Xuetletoctl : Guérisseuse de
Chambre en s’isolant politiquement. Plein l’île, d’origine yocahue, elle est venue
d’amertume, avare de son temps, il vit dans s’installer là sans mot dire, il y a un an, faisant
son bureau, compilant les archives de l’île profiter la population de ses connaissances
comme seul loisir. De fait, c’est un expert de dans les herbes de soins et autres simples
l’histoire d’Ordoñia. Si les PJ ont besoin de se artisanaux. Elle ne le confiera que si les
renseigner à propos d’un fait passé, il faudra Luchadores établissent un climat de confiance
simplement franchir la carapace du (rien que leur fonction plaide en leur faveur
bonhomme. mais il leur faudra se montrer bienveillant et
­ Guillermo Ghoul : Un ancien le moins rudo possible) mais elle est venue ici

202
JDR & Cie ­ Scénario Luchadores ­ Cerebro Driver

car elle faisait des rêves. C’est un « morceau dans une maison construite au début de
de ténèbres » qui l’a attiré ici, un morceau l’exploitation, avec vue sur les carrières. Les
duquel « s’étendra la nuit éternelle qui murs en pierre blanche sont éclatants et il
engloutira le monde ». Elle pressent que s’agit probablement de la maison la plus
quelque chose va se passer. luxueuse de l’île – même l’hacienda du maire
­ Dr Juan : Médecin de l’île, un vieux ne peut pas rivaliser avec elle. Si les PJ
monsieur plutôt cartésien qui préfère voir viennent à sa rencontre, il se présentera
l’œuvre d’un sadique plutôt que d’un monstre. comme un investisseur qui a du mal à se
Il soupçonne notamment Augustin séparer de ce qui fut l’un de ses projets les
Ramirez, un marginal qui vit de l’autre côté plus ambitieux. Attaché à l’endroit et à ses
de l’île, dans une cabane ornée de nombreux habitants, il passe plusieurs jours par semaine
squelettes d’animaux marins. Le médecin dans ces lieux, déléguant ses affaires à son
n’aime pas cet homme qu’il qualifie de fou en jeune frère sur Catalina. Il accueillera les PJ
liberté et voudrait volontiers lui faire porter le avec beaucoup d’égard, évoquant ce qu’il se
chapeau dans cette affaire de sextuple permet d’appeler « son île » avec beaucoup
meurtre. d’affection. Une affection très bien feinte qui
­ Augustin Ramirez : Le marginal en ne pourra être étudiée de manière pertinente
question est bien évidemment totalement qu’en obtenant quatre Réussites un jet de
innocent. Mais cela ne l’empêche pas d’avoir Showman + Policier/Criminel. Il
été témoin des étranges allées et venues de refusera aux PJ l’autorisation d’explorer la
Silva. Il a notamment découvert que ce mine, arguant de raisons de sécurité et
dernier revenait parfois sur l’île avec des gens, insistant sur le risque d’éboulement vu que
en pleine nuit, les faisait repartir quelques plus personne n’étaye les fondations des
semaines plus tard, toujours de nuit et galeries. Ses gardes patrouillent jour et nuit,
toujours discrètement. Lors de son dernier équipés de torches, de fusils et même de deux
voyage, il a amené une douzaine de personnes chiens de garde.
qu’il n’a pas fait sortir de l’île depuis. C’était il ­ Angel Muñoz : Un ancien mafieux de
y a plusieurs semaines. Mais Ramirez ne Puerto Dragon venu se mettre au vert un
pourra pas être plus précis car il ne compte moment. Son petit cartel vient d’être décimé
pas vraiment les jours. Il vit dans une petite par son rival, Pépé Fernandez et il tente de
cabane sur pilotis, dans la zone humide et se planquer sur cette île oubliée en attendant
marécageuse qui sépare l’île de l’océan. Il vit d’avoir suffisamment de contacts pour
de pêche et est vêtu de gilets en écaille et en s’assurer de pouvoir soit quitter le pays soit
peau de bêtes de plusieurs épaisseurs. Son vivre à Santa Mongueda. Muñoz est un tueur
hygiène est déplorable, si ce n’est quasi­ à gages, un de la pire espèce, qui n’éprouve
inexistante et il lui manque quasiment toutes aucun remord et n’a aucune pitié. Il avait
les dents, sauf les canines (qui sont toutes notamment la réputation de tuer sa cible
noires). silencieusement, d’un coup de couteau dans la
­ Rodolfo Silva : C’est donc le grand nuque. C’est une fausse piste en or à jeter
coupable de ce scénario. Il se sert, comme dans les pattes de vos enquêteurs de PJ.
évoqué plus haut, du député Diaz pour ­ Chuck Winthrop : Archéologue
accomplir les fouilles nécessaires à américain de l’Université de Miami. Il est
l’excavation de la pierre noire. Silva est sur venu ici étudier le temple abandonné
le point d’acquérir une grande puissance et d’Ordoñia. Dans ses notes se trouvent
cela le pousse à être trop sûr de lui et quelques rares études concernant un ancien
négligeant. Il vit sur la montagne, non loin de temple à présent totalement détruit. Il veut en
la mine abandonnée (en apparence, bien sûr), savoir plus et cherche à explorer les environs

203
JDR & Cie ­ Scénario Luchadores ­ Cerebro Driver

de la mine. Il a rencontré Silva et lui a Quelques événements possibles :


proposé une forte somme pour avoir le droit ­ Les PJ peuvent vouloir s’introduire dans
d’explorer la mine, sans succès. Ces derniers la mine de manière clandestine. Ils peuvent
jours, il pensait à franchir les grilles être aidés par Chuck Winthrop ou non. La
illégalement mais hésite encore car ce n’est grille est électrifiée et les gardes patrouillent.
pas un aventurier, il n’a rien d’un Indiana Rien que cette infiltration doit être une scène
Jones, pour tout dire… importante. Une fois à l’intérieur, ils devront
descendre dans la mine, explorer les boyaux
Il ne vous reste qu’à ajouter vos propres et ils pourront découvrir alors des traces
PNJ à cette galerie et à jeter vos PJ dans récentes d’éboulement au fond d’une des
l’enquête. De nombreux habitants galeries mais aussi les restes d’un petit
commencent à avoir peur et à désigner untel bivouac (celui des travailleurs cubains). Au
ou untel à voix basse, l’accusant des meurtres sol, des traces de sang et des croûtes de
et globalement de tous les maux. Souvent, ce fluides divers séchés. Ce sont les sécrétions
sont les étrangers qui sont pointés du doigt. des mutants mais logiquement, les PJ n’ont
La preuve : avant qu’ils n’arrivent, tout allait pas vraiment de quoi faire des analyses.
bien. Et que certains soient là depuis un an ou Néanmoins, il est possible de voir que
deux ne change rien à l’affaire. Sont quelque chose de pas clair s’est passé. Du
principalement accusés par la population : sang a giclé sur les murs, il y a des impacts de
Monica Xuetletoctl et Chuck winthrop. balles et surtout les PJ commencent à avoir
La première pour ses connaissances un peu mal à la tête et la vision qui se brouille. Les
ésotériques qui font peur bien qu’elles furent plus fragiles en Hardcore (ceux qui ont 3 ou
appréciées par la population par le passé. Le moins) en viennent même à saigner du nez et
second parce que c’est un gringo qui ne doit des oreilles. Visiblement, il y a ici une énergie
pas être bien clair pour venir sur cette petite sombre et très agressive… Vous pouvez même
île. Probablement un tueur en série les faire attaquer par les mutants, qui ne sont
complètement fou comme il y en a tant aux pas tous morts et qui ont creusé leur cul de
USA ! Sans compter ce gars un peu louche qui sac pour atteindre un autre boyau grâce à
tripote toujours son couteau (Angel) et qui leurs griffes. Ils n’ont plus rien d’humains et
est porté sur la boisson… semblent souffrir horriblement.
­ La vieille sorcière yocahue vient les
Au fur et à mesure de leur enquête, les PJ prévenir d’aller chercher du renfort car elle a
peuvent trouver quelques indices. vu que quelque chose de terrible allait arriver.
Notamment des traces de pas qui se dirigent Cependant, elle ne veut pas en dire plus. Les
vers les marais et qui disparaissent peu de PJ vont­il mobiliser l’Arena sur les dires d’une
temps avant la mine, située sur un petit vieille femme un peu folle ?
plateau montagneux. ­ Le jeune Marquez se met dans une
Ils ne pourront pas réellement observer le situation pas possible en se faisant attraper
député se transformer, du moins durant cet alors qu’il rôde près de la mine abandonnée.
acte car le cycle lunaire ne le permet pas et Kid Croco l’a attrapé et Silva parle de
Silva ne va invoquer le monstre que durant porter plainte. Il faut négocier avec
la phase conclusive de ce scénario. l’investisseur. Marquez pourra raconter qu’il
Néanmoins, il est possible, avec un jet de a vu Silva arpenter sa mine avec de vieux
Dirty + Policier donnant quatre Réussites, bouquins sous les bras.
de remonter les traces de pas jusqu’à une ­ Muñoz flaire le fait que Silva n’est pas
clôture. Ce sont les terres de Ruiz. clair et il lui propose de participer à ses
malversations quelles qu’elles soient. Silva

204
JDR & Cie ­ Scénario Luchadores ­ Cerebro Driver

l’invite chez lui et le fait tabasser par Kid craquer et avouer que son mari s’éclipse
Croco. Suivant les progrès de vos PJ dans systématiquement les nuits des meurtres. Une
l’enquête, le gangster peut survivre le temps fois, elle l’a même vu rentrer complètement
de mettre en garde plus ou moins clairement désorienté, quasiment nu, le corps taché de
le groupe concernant l’homme d’affaire avant sang. Elle supplie les PJ de ne pas le tuer et de
de s’effondrer, mortellement blessé par une le protéger des villageois, expliquant (en
commotion cérébrale suite à une prise du larmes) que c’est un bon mari et qu’il doit être
lutteur. Sinon il peut très bien être retrouvé possédé, peut­être ­probablement même­ par
mort, la nuque brisée, dans les marais (peut­ la sorcière yocahue !
être par Augustin). Les gens vont alors tenter de se
­ Rodolfo Silva sera très diplomate, débrouiller seuls, arpentant l’île avec des
aussi longtemps que les PJ se montrent torches et des fourches, cherchant à lyncher
corrects et respectent la loi, notamment un bouc émissaire, quel qu’il soit. Aux PJ de
concernant l’interdiction de flâner autour de calmer la vindicte populaire mais il leur
son exploitation. Il tentera de donner le faudra avancer des éléments sérieux et
change jusqu’au bout. S’il est vraiment mis le convaincants, prouvant l’avancée de leurs
nez devant ses crimes sans aucune possibilité investigations, pour que le village retrouve
de s’en sortir, il tentera d’invoquer le son calme.
chupacabra pour s’extirper des mains des PJ.
Le comble de la tension arrivera quand le
Acte 3 : Paranoïa et résolution. village se rendra compte que trois jeunes
femmes ont été capturées ! Trois jeunes
L’isolement est total, la tension adolescentes, des filles de pêcheurs, âgées de
monte… 16 et de 17 ans, capturées chez elles pendant
que leurs parents se baladaient dans les rues
Peu de temps avant que les évènements en criant leur soif de justice/vengeance et de
s’accélèrent, une tempête se lève, isolant les sécurité.
PJ. Impossible pour eux de reprendre le Elles vont servir à Silva pour tester sa
bateau et leur montre­radio ne fonctionne pierre et voir s’il peut s’exposer sans risque à
que sur un 6 sur 1D6 – et encore ! Le message ses puissants rayons noirs. Silva a envoyé
est de très mauvaise qualité. Cette tempête trois de ses gardes, en compagnie de Kid
doit vous permettre d’instaurer une ambiance Croco.
de huis­clos alors que monte peu à peu la
paranoïa dans l’île. Quelques événements possibles :
­ Le chupacabra pourra être aperçu alors
En effet, trop impatient pour attendre le qu’il vient de faire une victime de plus mais
mois suivant, Silva va invoquer le les PJ peuvent aussi lui tendre un piège avec
chupacabra plusieurs nuits de suite, ce qui un appât. C’est un monstre d’une sauvagerie
devrait lui permettre de gagner du temps. extrême qui ne fait pas de quartier.
Mais au prix de nombreux morts… La pierre, ­ Silva va se servir du chupacabra pour
qui peu à peu se rapproche de l’air libre, est à couvrir ses arrières. Son but initial est de s’en
l’origine de la tempête. Le chupacabra est servir pour se saisir de la pierre et la mettre
bien plus difficile à contrôler ainsi, quand on dans l’appareil qu’il a conçu et ensuite de la
ne respecte pas les cycles traditionnels tester sur les jeunes filles. Mais s’il n’en a pas
lunaires. Et le nombre de victimes va le temps, il ordonnera au monstre d’attaquer
augmenter. les PJ pendant qu’il prendra la fuite grâce au
Au bout d’un moment, Madame Ruiz va petit bateau qui est amarré de l’autre côté de

205
JDR & Cie ­ Scénario Luchadores ­ Cerebro Driver

l’île, non loin de chez Augustin. Luchador se chargera de venir inspecter


­ Si les PJ s’aventurent jusque dans la régulièrement le site.
mine, ils pourront découvrir le repaire de Quant à Ruiz, s’il n’a pas été tué par les
Silva. Sur une large étendue, il a installé une PJ, il sera possible de l’exorciser et il pourra
étrange machine avec un container en plomb retrouver sa vie normale, n’oubliant pas qu’il
extrêmement épais. Autour, trois femmes a une sacrée dette envers les PJ. Ces derniers
enchaînées en sous­vêtements. Au fond de la seront toujours les bienvenus sur Ordoñia et à
mine, un boyau creusé à coups de griffes. San Juan la Mascara.
C’est à l’extrémité de ce petit couloir
qu’est/était situé la pierre noire. Si vos PJ sont encore en forme et que vous
­ Si Silva arrive à mettre la main sur la souhaitez finir ce scénario sur une petite
pierre (si les PJ sont trop lents), il va la tester touche « film de luchasploitation », organisez
sur les malheureuses après l’avoir poli. Sans un combat (ou juste un dernier round décisif)
succès, les pauvres femmes vont muter contre une équipe qui les défie pour gagner
horriblement (et pourront même s’attaquer leurs ceintures (gageons qu’ils aient gagné le
aux PJ). Et sans s’en rendre compte, il va lui premier match).
aussi emmagasiner une dose létale qui va le
faire muter mais plus doucement. Ainsi, alors
que les PJ croiront l’avoir tué ou maîtrisé, il
se relèvera ou arrachera ses menottes pour
attaquer les PJ, devenu une sorte de zombie
mutant extrêmement difficile à tuer. C’est le
moment de faire intervenir Guillermo
Ghoul si les PJ sont trop affaiblis. Au front
de Silva, les radiations se sont concentrées,
produisant une gemme très rare aux
émanations trop puissantes pour la ramener à
l’Arena. Tout comme la pierre noire, il faudra
la laisser dans la mine et faire tout sauter
pour raser complètement l’exploitation. Cette
solution peut être suggérée par Monica
Xuetletoctl. De toute façon, il est évident
qu’il est trop dangereux pour quiconque de
manipuler cette pierre. Dès lors, l’enfouir
profondément semble la seule chose logique à
faire.

La conclusion de l’affaire

Une fois Silva maîtrisé et la pierre


sécurisée au fond de la mine, la tempête se
calme. La liaison avec Puerto Dragon est
rétablie. Garza est tout à fait disposé à venir
récupérer les éventuels prisonniers. Les
© Kriss de Niort pour Faaxaal.over­blog.com
autorités de l’Arena et de Los Murcielagos
approuveront l’initiative des PJ d’avoir
enseveli la pierre noire. Dorénavant, un

206
JDR & Cie ­ Scénario Luchadores ­ Cerebro Driver

Annexes

Palmarès
­ Interprétation des Luchadores : / 5
­ Pertinence des investigations : / 5
­ Gestion des tensions au sein de la communauté : / 5
­ Inventivité dans les scènes de combat : / 5

Étoiles = 2 pour une réussite moyenne (deux notes supérieures à 3), 3 pour une réussite
exceptionnelle (trois notes supérieures à 3).

Les PNJ

Luis el Matador, Ruben Portobello & Chico Yéyé


Humains

Par commodité, ces trois PNJ ont les mêmes caractéristiques. Mais n’hésitez pas à les
différencier pour leur donner plus de personnalité.

Caractéristiques et Manœuvres
Rudo 4 (bonus aux dégâts +2) : Attaque & Projection 5 (Backdrop +1) / Porté 4
High­fly 3 : Mouvement 4 (Course +1) / Voltige 3
Tecnico 3 : Saisie 3 / Soumission 4
Hardcore 3 : Objets 4 (chaise +1) / Armes 3
Dirty 2 : Illégales 2 / Tombé 3
Showman 2 (bonus de Momentum 1) : Provoc 3 / Heat­Spot 2

Signature : DDT (Saisie + Porté + Attaque & Projection + combo Commotion) – le lutteur
saisit son adversaire par la nuque et pointe sa tête vers le sol avant de se laisser tomber de tout
son poids.

Finisher : Coup de la corde à linge extrême (Saisie + Attaque & Projection + Mouvement +
Attaque & Projection + Combo Knock­out) – le lutteur saisit son adversaire pour le jeter dans
les cordes, puis il s’élance vers lui et le fauche en levant le bras à l’horizontale à hauteur de sa
poitrine.

Vocations : Lutteur 2

Tiki : 13 (vert 6 ; orange 5 ; rouge 3)

Kid Croco
Humain

Caractéristiques et Manœuvres
Rudo 4 (bonus aux dégâts +2) : Attaque & Projection 4 (Crotch +2) / Porté 5 (Fireman
Carry +1)
High­fly 3 : Mouvement 3 / Voltige 3

207
JDR & Cie ­ Scénario Luchadores ­ Cerebro Driver

Tecnico 3 : Saisie 4 (Palanca +1) / Soumission 3


Hardcore 3 : Objets 3 (Décor +2) / Armes 3
Dirty 2 : Illégales 3 / Tombé 3
Showman 2 (bonus de Momentum 1) : Provoc 3 (déconcentration +1) / Heat­Spot 3

Signature : La Mordica (Saisie + Attaque & Projection + Attaque & Projection + combo
Botched Spot) – Kid Croco attrape son adversaire et lui coince la tête sous le bras. Il lui assène
ensuite une série de coups de coude en plein front avant de le laisser tomber la tête la première,
comme pour un DDT mais en tombant en avant, sur les genoux.

Finisher : Underwater (Attaque & Projection + Saisie + Porté + Attaque & Projection +
combo Knock­out) – Kid Croco frappe son adversaire d’un coup de boule puis l’attrape, le
soulève et le jette le dos sur son genoux.

Vocations : Lutteur 2, Malfaiteur 2

Tiki : 13 (vert 4 ; orange 6 ; rouge 3)

Les gardes de Rodolfo Silva


Humains

Caractéristiques et Manœuvres
Rudo 2 (bonus aux dégâts +1) : Attaque & Projection 3 / Porté 2
High­fly 2 : Mouvement 2 / Voltige 2
Tecnico 2 : Saisie 2 / Soumission 2
Hardcore 2 : Objets 2 / Armes 3 (chaînes +1)
Dirty 1 : Illégales 2 / Tombé 1
Showman 1 (bonus de Momentum 1) : Provoc 2 / Heat­Spot 1

Vocations : Soldat 1, Malfaiteur 1

Tiki : 8 (vert 3 ; orange 3 ; rouge 2)

Le chupacabra
Bête

Caractéristiques et Manœuvres
Rudo 5 (bonus aux dégâts +2) : Attaque & Projection 5 / Porté 5
High­fly 4 : Mouvement 4 / Voltige 4
Tecnico 3 : Saisie 4 / Soumission 3
Hardcore 3 : Objets 3 / Armes 3 (dard bucal +2, griffes +1)
Dirty 2 : Illégales 3 / Tombé 2
Showman 2 (bonus de Momentum 1) : Provoc 2 (frayeur +2) / Heat­Spot 2

Tiki : 14 (vert 6 ; orange 4 ; rouge 4)

Pouvoirs (4 gemmes) : Finisher 2 (prise et combo au choix du MJ), Terreur 2

208
JDR & Cie ­ Scénario Luchadores ­ Cerebro Driver

Les Cubains mutants


Démoniaques

Caractéristiques et Manœuvres
Rudo 3 (bonus aux dégâts +1) : Attaque & Projection 3 / Porté 3
High­fly 2 : Mouvement 2 / Voltige 2
Tecnico 3 : Saisie 3 / Soumission 3
Hardcore 2 : Objets 2 / Armes 3 (griffes +1)
Dirty 1 : Illégales 2 / Tombé 1
Showman 1 (bonus de Momentum 1) : Provoc 2 (frayeur +1) / Heat­Spot 1

Tiki : 10 (vert 4 ; orange 3 ; rouge 3)

Pouvoirs (1 gemme) : Défense magique 1

Silva muté
En cours de divinisation ?

Caractéristiques et Manœuvres
Rudo 5 (bonus aux dégâts +2) : Attaque & Projection 5 / Porté 5
High­fly 4 : Mouvement 4 / Voltige 4
Tecnico 3 : Saisie 4 / Soumission 3
Hardcore 3 : Objets 3 / Armes 3 (griffes +2)
Dirty 3 : Illégales 3 / Tombé 3
Showman 2 (bonus de Momentum 1) : Provoc 2 / Heat­Spot 2

Tiki : 14 (vert 5 ; orange 5 ; rouge 4)

Pouvoirs (1 gemme irradiante équivalent à 4 gemmes) : Résurrection 1, Terreur 2,


Défense magique 1

Guillermo Ghoul
Humain

Alignement : Rudo 1 – Gimmick : Lézard


Ascendant : Bêtes – Point faible : Morts­vivants

Caractéristiques et Manœuvres
Rudo 4 (bonus aux dégâts +2) : Attaque & Projection 4 / Porté 4
High­fly 2 : Mouvement 2 (course +1) / Voltige 2
Tecnico 3 : Saisie 3 (claw +1) / Soumission 4
Hardcore 3 : Objets 3 / Armes 3
Dirty 2 : Illégales 2 / Tombé 2
Showman 2 (bonus de Momentum 1) : Provoc 2 / Heat­Spot 2 (concentration +2)

Signature : Seísmo ! (Saisie + Porté + Attaque & Projection + combo Commotion) –


Guillermo Ghoul attrape son adversaire, le soulève à la verticale et se laisse retomber en arrière

209
JDR & Cie ­ Scénario Luchadores ­ Cerebro Driver

avec lui.

Finisher : Volcano ! (Provoc + Illégales + Saisie + Porté + Attaque & Projection + combos
Cradle, Crush et Jackpot) – Guillermo Ghoul invective son adversaire, lui porte un coup sous la
ceinture et en profite pour l’attraper par le cou et les jambes, il le soulève alors bien haut et le
jette au sol.

Vocations : Artiste 2, Lutteur 2, Mystique 1, Ouvrier 2, Policier 1

Storyline : Stratège du ring

Tiki : 13 (vert 4 ; orange 5 ; rouge 4)

210
Trois en nain
Scénario Nains & Jardins

Nains & Jardins


Mini campagne
Octobre 2006 à décembre 2006
Pitche

Première mission : « A s’en crever les tympans »


Deuxième mission : « Un si joli ruisseau (bientôt plus qu’un vulgaire caniveau) »
Troisième mission : « Carrefour de la Menace, le choix de la Dame s’impose »

Note d’intention nainplication.

Cette mini campagne peut s’inscrire dans Le Nainpressario trouvera encore 2 autres
n’importe quel Plan de lutte contre la missions qui forment avec celle­ci, une mini
Menace dressé par le Nainpressario. Vu campagne qui verront nos valeureux nains de
le tiraillement possible entre les différents jardin être confrontés de plus à plus à la
Points (Verts, Gris ou Noirs), cette mini Menace.
campagne est subdivisée en 3 parties.
Chaque mission prend de l’ampleur au ORDRE DE MISSION
niveau de son envergure et s’éloigne de plus
en plus du havre de paix que représente le § VILLE : à compléter
Jardinet de nos Nains de Jardins pour § QUARTIER : à compléter
s’enfoncer au cœur de la Souillure. § DATE D’EMISSION : à compléter
§ JARDINET : à compléter
Au début, c’est un Point Vert qui § NOM DE CODE : A s’en crever les
menace de virer au gris. « Vert de Gris » tympans
(sapristi) s’exclame nos NdJ très concernés. § PRIORITE : Jaune
Ensuite l’objectif de la seconde mission, est § CELLULE – MERE : C.I.L.
un Point Gris que se disputent la Menace
et les agents de la Dame Blanche. Pour DESCRIPTION
finir, nos NdJ s’en prennent à un Point
Noir, bastion replié au sein de la Souillure Quel boucan ! Le sans­gêne de ce jeune a
pour tenter de le dégriser quelque peu… rendu la situation insoutenable pour tout le
voisinage. Mais il y va aussi de sa propre
santé. En effet, de récentes études en la
T1 Première mission matière démontrent que des jeunes qui
écoutent leur musique à fond directement sur
Le scénario suivant implique directement leurs oreilles ont beaucoup plus de risques de
votre Jardinet d’intervention juste mis sur développer une surdité précoce.
pied. Leur jardinet est directement menacé et
risque de virer en Point Gris ! Le Conseil des Rapport de Contrôle & Surveillance
Jardins, vu l’état de proximité et de § Notre nainformateur indique que ce

211
JDR & Cie ­ Scénario Nains & Jardins ­ Trois en nains

jeune, en journée suit des cours dans un Avertir ses parents pour qu’ils résonnent
lycée. Une fois rentré, il ne quitte presque leur gamin a déjà été entrepris sans succès
jamais sa chambre où sa première action en y par l’un de leurs voisins. En effet, les parents
entrant est d’allumer sa chaîne stéréo. Sa sont forts préoccupés, harassés de travail
chambre est située au 1er étage à l’arrière, revenant tard le soir et capitulent quelque peu
côté jardin. D’ailleurs, ce jardin est attenant face au comportement excessif de leur fils.
au Jardinet d’intervention.
Nos nains de jardin peuvent adresser une
Conseils de jardinage lettre à ses parents. Le Nainpressario jugera
§ C’est votre 1ère mission. Le monde des des arguments et des demandes formulées
humains est peuplé de choses étranges et la pour fixer le niveau de difficulté et déterminer
Menace rôde partout ! Un Point Vert menace si celle­ci les convainc.
de virer au Gris. « Vert de Gris » (sapristi) !
Mais les remontrances des parents ne font
T2 Un vacarme de tous les diables pas effets très longtemps sur cet enfant
Très vite, nos NdJ vont mesurer (les terrible.
décibels) l’ampleur de la situation. Jusque
tard dans la nuit, sa fenêtre reste éclairée, T3 Pétition de quartier
légèrement entrouverte et il s’y échappe un Les NdJ avec l’appui inconditionnel de la
bruit assourdissant de musique rock C.P.C. de l’Entrejardin peuvent préparer des
énergique et agressive ou de la techno pétitions à faire signer et tenter d’en collecter
hardcore lancinante et hypnotique aux basses le plus grand nombre afin de faire basculer la
peu élevées. On remarque aussi que beaucoup balance de la Justice s’il y a lieu.
s’impatientent et que certains commencent à
perdre patience. Les NdJ n’ont plus qu’à distribuer ces
tracts dans chacune des boites­aux­lettres du
T2 A l’usage du Nainpressario quartier. Une intervention nocturne s’impose
Il y a bien des façons de mener cette 1ère afin de jouer les facteurs. Le Nainpressario
mission à bien. On peut très bien passer de la profite de cette première escapade à
manière douce (demande polie à ses parents) l’extérieur du Jardinet pour mettre à l’épreuve
à la manière forte (commando de sabotage). nos Nains de jardin. En effet, il leur faut
Le Nainpressario trouve ci­dessous un établir un stratagème pour atteindre la fente
crescendo de manières de faire ou des actions de chaque boite­aux­lettres. Celle­ci se situant
à entreprendre. Notre Jardinet d’intervention bien souvent bien au­ dessus de la taille
procède comme bon lui semble, le moyenne d’un nain en plâtre. En plus, ils
Nainpressario sera là pour les guider et réagir peuvent bien rencontrer quelques éboueurs,
à leurs actions. clochards, etc. Des chiens errants pourraient
s’intéresser fortement à ces petits
Le Nainpressario peut décider que ces bonhommes qui battent le tarmac (route
solutions a minori pourraient marcher si elles goudronnée).
sont bien exécutées par nos nains de jardin ou
alors que la seule issue possible serait une T3 Recours à la justice
opération de sabotage en règle. Il va s’en dire Si le gamin n’obtempère pas, nos Nains de
que cette solution apporte plus d’action et de jardin pourraient être tentés d’en appeler à la
fun à cette première mission. justice. En termes de troubles de voisinage, il
est de bon ton de faire appel à la conciliation
T3 Entre adultes responsables devant la juridiction de proximité ##NDA :

212
JDR & Cie ­ Scénario Nains & Jardins ­ Trois en nains

prud’homme en France ? En Belgique, il s’agit subirait une Attaque de plein fouet !


de la Justice de Paix##.
Ensuite, un éclairage automatique couplé
Après avoir pris quelques renseignements à un détecteur de mouvements s’enclenche
au greffe, on se rend compte que la Menace dès qu’on pénètre sur le gazon. Il ne
est bien partout, toujours à l’œuvre sous des manquera pas d’éveiller l’attention des
traits inattendus. En effet, la lenteur occupants.
administrative et l’arriérée judiciaire
repoussent la fixation d’une audience aux T3 Chat s’est croisé
calendes grecques. Cette solution n’est pas Nos NdJ parviennent à pénétrer dans la
envisageable. Le code est Jaune, nos Nains de maison. Ils peuvent s’être introduits par une
jardin n’ont pas tout ce temps ! porte­fenêtre mal fermée, disposer d’un
double des clefs, se faufiler par le soupirail
T3 Opération « silence radio » atteignant la cave pour ensuite remonter au
Après toutes ces vaines (mais pourtant rez­de­chaussée, rentrer dans le garage en
pertinentes) tentatives, il faut se rendre à même temps que la voiture des parents, etc.
l’évidence : seule la matière forte (celle des les moyens ne manquent pas face à leur
Martios) alliée à la ruse des Escrocs aura sagacité.
raison de ce problème. La bienveillante
sagesse prônée par les Dévots aura montré Mais ils ne sont pas au bout de leur peine
ses limites ici. Il faut monter une opération car le rez­de­chaussée est le domaine du
d’infiltration pour aller réduire au silence (au redoutable maître de lieux : Minou, le chat de
sens premier) cet opposant. la maison ! Un chat roux élancé, habile et sans
pitié face aux intrus. Attention que tout le
Le Nainpressario laissera nos NdJ monter ramdam d’un tel cha(t)ssé­ croisé n’ameute
leur plan d’action et fourbir leurs armes pas les parents. Il faut arriver à le neutraliser
jusqu’au jour J. Ensuite, il pourra guider leur efficacement et prestement.
progression et l’orienter suivant la trame
d’investigation qu’ils auront décidée et T3 Au cœur d’une tempête de
préparée minutieusement. décibels
Après avoir réussi à semer le chat au rez­
T3 Alarme jardinière de­chaussée, nos NdJ peuvent grimper quatre
La progression dans le jardin du voisin à quatre les escaliers qui mènent aux
comporte deux obstacles majeurs. Il convient chambres, à l’infernale chambre
de les contourner et de s’en méfier. Un travail cacophonique ! Comme à son accoutumée,
de repérage permettra de mettre le doigt sur Fred veille tard, les baffles éructant des
cette alarme particulière tandis qu’une mélodies et des mots tel une gatling rageuse
avancée furieuse et aveugle la fera « retentir » et vengeresse. L’idéal est d’arriver quand Fred
nuisant à la discrétion du Jardinet en est endormi ou d’attendre qu’il finisse par
progression. s’assoupir.

Le soir venu, des arroseurs Parvenir dans la chambre


automatiques tournoient lentement est chose aisée. Il faut par
produisant un bruit ralenti similaire contre redoubler de discrétion
aux palmes ou rotors d’un hélicoptère. et de prudence afin de ne pas le
Ils balaient d’un jet puissant tout le réveiller. Selon les bruits ou
gazon. Le NdJ qui se ferait toucher autres gaffes produites par nos

213
JDR & Cie ­ Scénario Nains & Jardins ­ Trois en nains

NdJ, le Nainpressario fixera le seuil de marquants, les choix effectués, les objectifs
difficulté du jet d’opposition à faire entre leur accomplis et les éventuelles ratées et le
discrétion et le sommeil de Fréd. dénouement. Un point de nain est attribué
à chaque agent ayant participé à sa rédaction.
Un Bricolo devrait se hisser jusqu’à la
planche de sa sono. Il pourrait être aidé par T3 Points de nain / de jardin
un Martio qui préparerait une cordée. Le Nainpressario trouvera ci­dessous une
Ensuite, il lui faut saboter le volume de proposition de barème d’attribution des
l’appareil afin qu’il reste par exemple coincé points de nain. Il reste toutefois libre d’ajuster
sur un volume tout à fait acceptable ou autre. ces gains, notamment en fonction de
l’interprétation de leurs personnages par les
Ensuite, nos NdJ n’ont plus qu’à filer, par joueurs. De plus, le Nainpressario ne
exemple en rappel par la fenêtre de sa manquera de récompenser tout bon jeu de
chambre laissée ouverte pour aérer et leur mots ou calembours dans le plus pur esprit du
mission s’arrête ici car au réveil de Fred rien jeu Nains & Jardins par un point de nain.
ne sera plus pareil pour lui ! Ca devrait le
faire réfléchir ou tout du moins l’y obliger ! Objectif premier
§ faire cesser la nuisance sonore : 3 pdn
T2 Rencontre spécifique
Objectifs secondaires
Voici la présentation du personnage § penser à un recours judiciaire : 1 pdn
central de cette « mission ». Il a bien § penser à la pétition : 1 pdn
évidement un rôle de premier plan. § faire appel aux parents : 1pdn

T3 Fred, amateur de musique, S’ils ont été discrets durant leur première
volume à fond mission, ils méritent alors leur précieux point
C’est le jeune voisin de votre Jardinet. Dès de jardin.
qu’il rentre dans sa chambre, il se met à
écouter sa musique à fond. Apparemment, il
ne soucie pas beaucoup des autres.
Aptitude privilégiée : se comporter
comme un vilain garnement en faisant hurler
sa sono (7)

T2 Rapport de mission

T3 Bilan
Nos NdJ viennent de remplir leur
première mission et assurer la sérénité et la
sauvegarde de leur environnement direct,
leur Jardinet. Voilà donc une belle et utile
rentrée en matière.

Ils n’auront plus maintenant qu’à


satisfaire aux formalités de débriefing exigées
par leur Conseil des Jardins. Dans ce
document, il leur faut narrer les faits

214
JDR & Cie ­ Scénario Nains & Jardins ­ Trois en nains

T1 Deuxième mission travaux illicites sont probablement sur le


point d’être entamés.
Ce second scénario entraînera votre
jardinet d’intervention encore un peu plus Conseils de jardinage
loin dans les zones Menacées ou Souillées. Un § La Souillure doit plus que probablement
innocent et riant petit ruisseau jusque­ là habiter ses murs. Prudence.
préservé, en bordure d’une zone industrielle § Sur place, vous n’aurez aucun soutien,
(ZI) est la proie d’un déversement illicite de cette position est extrêmement frêle, un rien
déchets toxiques. Si l’on ne réagit pas, un ne la ferait chavirer, lui portant un coup
Point Noir supplémentaire garnira la carte, fatal…
l’endroit étant totalement tombé sous son
voile sombre. Rapport de Prévention & Communication
§ Il semble que le père de Fred travaille à
ORDRE DE MISSION l’usine comme ouvrier ou technicien ?

§ VILLE : à compléter Support d’Infrastructure & Logistique


§ QUARTIER : à compléter § Des bottes et des gants afin de se
§ DATE D’EMISSION : à compléter protéger des boues et autres crasses
§ JARDINET : à compléter § Des flacons et éprouvettes afin de
§ NOM DE CODE : « Un si joli ruisseau collecter quelques échantillons et pratiquer
(bientôt plus qu’un vulgaire caniveau) » des analyses par la suite (ce matériel est
§ PRIORITE : Rouge fragile).
§ CELLULE – MERE : C.C.S.
T2 Souillure et Naintervenant
DESCRIPTION supplémentaire

En bordure d’une ZI, un patron Avant toute chose, le Nainpressario


d’entreprise peu scrupuleux et empressé de se prendra connaissance de ces quelques
débarrasser de ses déchets à bon compte considérations.
projette de déverser illégalement un flot
crasseux de rejets industriels dans un petit La zone où évoluera le Jardinet est
ruisseau jusque­ là préservé. La Menace n’a contaminée et fortement touchée par la
cessé ici de rogner ses limites, elle gagne du pollution. Son Degré de Souillure est fixée à 3
terrain, grâce au développement industriel (sur une échelle de 1 à 7). Si l'un des NdJ
fulgurant et méprisant. La Dame venait à rentrer en contact directement avec
Blanche livre son ultime combat la crasse et de l'eau croupie ou être
pour éviter que cette position ne enveloppé par certains miasmes
tombe. nauséabonds, il faudrait effectuer un
Jet de contamination sans tarder et
Rapport de Contrôle & prier la Dame Blanche pour qu'il ne
Surveillance soit pas atteint.
§ Pas mal d’hommes,
casques et outils de géomètre De même, s'ils sont mordus par
rodent aux alentours. Les un Rat mutant, un Jet de
habituels camions­ citerne qui contamination devra être lancé avec
évacuaient les déchets n’ont plus un Degré de Souillure de 3 également.
été vus sortants de l’usine. Quelques

215
JDR & Cie ­ Scénario Nains & Jardins ­ Trois en nains

On notera aussi la présence sur les lieux mais ils s’activent drôlement. On projette à
d'un nouvel Naintervenant : le Chien de coup sûr d’entreprendre de plus gros travaux
garde, fidèle compagnon du vigile. Celui­ci ici­même ! A les entendre échanger quelques
est un proche parent du Chien errant à la mots, les travaux vont débuter sous peu…
différence qu'il est hyper discipliné et agressif
! Le Jardinet est invité à s'en méfier tout T3 Déversement illicite de matières
particulièrement. toxiques
Aptitude privilégiée : détecter les intrus et Toute cette scène se déroule de nuit. Si les
leur donner la chasse impitoyablement. NdJ parviennent à en prendre des photos, ils
tiennent à coup sûr des preuves « bétonnées »
T2 Des agissements malhonnêtes et pour monter un dossier. Et cette fois­ci même
suspects en pagaille s’il s’agit de « béton », ils ne s’en plaindront
pas !
Le Nainpressario trouvera ci­dessous les
diverses scènes et évènements à l’encontre de Au beau milieu de la nuit, pendant que
la Dame Blanche dont seront témoins notre nos NdJ sont en planque, arrivent tous feux
Jardinet qui ne restera pas de éteints un camion­plateau. Il s’arrête
marbre… euh de plâtre. près du ruisseau, zone de
déchargement à l’arrière et sort de la
Des géomètres parcourent tout cabine 3 bonshommes costauds.
d’abord les lieux. Des fûts sont Ceux­ci, sans tarder, s’en prennent
déversés illégalement le temps que aux fûts et les font rouler jusqu’à la
des tubes amènent directement de berge. Ensuite, pendant que le reste
l’usine les déchets liquides pour n’arrive, l’un des hommes renverse
s’écouler dans le petit ruisseau. déjà ceux­ci au sol et les perce. Un
liquide noirâtre et fumant s’en échappe
T3 Géomètres rigides et s’écoule dans un bruit de glouglou poisseux
Quand le Jardinet arrive sur les lieux, des et visqueux… Sur les fûts, on reconnaît le logo
hommes en veste de chantier et casque de l’usine.
orange sur la tête, bardés d’outils de mesure,
de plans, etc. quadrillent le secteur, arpentant Les NdJ peuvent tenter d’arrêter cet acte
le moindre m². odieux de pollution. Il faudrait maîtriser les 3
malabars et les faire arrêter par la police la
Un ordinateur portable laissé dans une main dans le sac. Attention aux
petite guérite préfabriquée (4 planches et une éclaboussures, il y a risque d’être Souillé !
toile ondulée en guise de toit­ recueillent
toutes les données transmises par wifi. Il T3 Chantier illicite en cours
suffit pour les NdJ de « pirater » la connexion Très vite, on amènera par grue un
ou d’aller consulter le portable quand tous ont baraquement préfabriqué. A l’intérieur, il y a
le dos tourné ou… seraient distraits par autre une zone de repos et un petit bureau pour
chose… l’ingénieur en chef. On y trouve les plans,
mesures, etc. du projet et aussi l’équipement
On prévoit apparemment la construction individuels des ouvriers et leurs petits
d’un pipeline de l’usine et qui finira outillages.
directement ici par une grosse buse.
Ensuite des pelleteuses et autres
Ils n’ont pas l’air bien méchant, il est vrai bulldozers arrivent pour le gros œuvre, le

216
JDR & Cie ­ Scénario Nains & Jardins ­ Trois en nains

creusement d’une tranchée qui abritera, combines de l’usine.


cachée, un pipeline qui amènera les déchets
liquides directement dans le ruisseau. La pose T2 Objectifs secondaires
de celui­ci se fera à l’aide d’une grue. Les
tuyaux sont entreposés non loin du Le Nainpressario découvre ici un aperçu
baraquement. de ce qu’il y a moyen de faire afin d’atteindre
les objectifs secondaires de cette Mission.
A priori, les NdJ peuvent s’en prendre à
n’importe quel maillon de la chaîne pour la T3 Un peu d’espoir…
saboter et ralentir la fin des travaux afin d’y Préserver la quiétude du petit ruisseau qui
mettre un terme. coule au beau milieu du quartier devrait déjà
Ils doivent absolument faire en sorte que donné un peu de baume au cœur de ces
ces travaux n’aboutissent pas sinon c’est le habitants. Il suffit de le faire savoir !
début de la pollution majeure du site ! Notez Organiser un pique­nique sur ces bords, le
que les travaux se font à très grande vitesse long de la berge pourrait amener une
pour éviter d’être surpris et rester discret ! ambiance festive et conviviale.

T2 Le père de Fred Les plus talentueux peintres et artistes du


Jardinet pourraient « grapher » ##NdA :
En effet, son père travaille bien dans la expression artistique qui vise à décorer des
même société. Il s’y rend tous les matins en pans de mur sans pratiquer une sorte de
voiture pour en revenir fourbu le soir tard… Il vandalisme connue sous le nom de « tag »##
y travaille comme assistant de production. Il les murs des entreprises avec de jolies
contrôle la production des fûts de produits illustrations et dessins colorés et vifs. Tout
chimiques. cela redonnerait un peu de couleurs à ces
murs ternes et cette mine maussade.
En subtilisant sa carte magnétique ou
autre, le Jardinet pourrait s’introduire au T3 Légère
cœur de l’usine jouxtant les lieux et y embellie…
récupérer des preuves formelles. La carte On pourrait veiller à
magnétique permet aussi d’accéder au l’enlèvement des
terminal informatique de production. On immondices ou dépôts
pourrait le pirater et transférer des données sauvages qui jonchent
sur disquettes, clefs USB ou autres. un peu partout et
donner la vie à ces façades
On peut ainsi se rendre compte que les ternies et ces murs décrépis.
fûts qu’on déverse dans la rivière
(reconnaissables à leurs numéros de série) T2 Rapport de mission
sont soi­disant amenés dans un centre de
traitement des déchets (ce qui est totalement T3 Bilan
faux bien entendu). Il y a de fausses factures. Nos NdJ viennent d’éviter de justesse
Elles seraient une preuve accablante avec une qu’un Point Gris ne vire au Noir de la
vidéo ou des photos prises du déversement Souillure. Même s’il reste encore du travail,
illicite des fûts en question. c’est déjà en soi une belle victoire sur la
Menace ! Une autre équipe sera envoyée sur
Ceci permettrait à coup sûr d’ouvrir une place par la suite maintenant que l’urgence
enquête et de jeter un gros pavé dans les sales est passée et que la situation de terrain s’est

217
JDR & Cie ­ Scénario Nains & Jardins ­ Trois en nains

quelque peu stabilisée. T1 Troisième mission

Ils n’auront plus maintenant qu’à Dans cette mission, les NdJ tenteront de
satisfaire aux formalités de débriefing exigées dégriser quelque peu un Point noir, bastion
par leur Conseil des Jardins. Dans ce de la Menace. Le combat sera rude et la tâche
document, il leur faut narrer les faits ardue. Mais il ne sera pas dit que nos NdJ
marquants, les choix effectués, les objectifs resteront les bras croisés. C’est une mission
accomplis et les éventuelles ratées et le dangereuse et hostile qui leur est attribué.
dénouement. Un point de nain est attribué Forts de leur expérience, on leur demande
à chaque agent ayant participé à sa rédaction. d’aller relever le défi qui s’offre à eux.

T3 Points de nain / de jardin ORDRE DE MISSION


Le Nainpressario trouvera ci­dessous une
proposition de barème d’attribution des § VILLE : à compléter
points de nain. Il reste toutefois libre § QUARTIER : à compléter
d’ajuster ces gains, notamment en fonction de § DATE D’EMISSION : à compléter
l’interprétation de leurs personnages par les § JARDINET : à compléter
joueurs. De plus, le Nainpressario ne § NOM DE CODE : « Carrefour de la
manquera de récompenser tout bon jeu de Menace, le choix de la Dame s’impose »
mots ou calembours dans le plus pur esprit § PRIORITE : Rouge
du jeu Nains & Jardins par un point de nain. § CELLULE – MERE : C.A.R.

Objectif premier DESCRIPTION


§ préserver le petit ruisseau de la
pollution : 3 pdn C’est un énorme carrefour qui fait office
de porte d’entrée à la ville. On s’y presse
Objectifs secondaires presque continuellement avec des pointes tôt
§ parvenir à faire ouvrir une enquête : 1 le matin et le soir vers 17 – 18 heures. Aucun
pdn agent de police n’oserait s’y risquer pour
§ redonner espoir aux habitants aigris : 1 régler la circulation tant la circulation est y
pdn agressive et l’air pollué. Il y a bien longtemps
§ arriver à embellir quelque peu le qu’on a laissé ça à des feux tricolores mal
quartier : 1 pdn organisés et réglés.

Si les nains de jardins ont réussi à ne pas Rapport de Contrôle & Surveillance
s’embourber dans la Souillure, ils méritent § Le trafic est monstrueux à ce carrefour.
bien leur point de jardin. De nombreux automobilistes l’empruntent
aux heures de pointe pour rejoindre la ville et
la quitter le soir venu. Tout le monde y est
toujours pressé pour ne pas être en retard au
boulot, à conduire les enfants et à revenir bien
vite chez soi, une fois le travail accompli. C’est
un ballet incessant de véhicules. D’énormes
camions empruntent aussi cet axe, les
citernes ou cargaisons parfois remplis de
Souillure en puissance !

218
JDR & Cie ­ Scénario Nains & Jardins ­ Trois en nains

Conseils de jardinage Le Nainpressario ne trouvera pas ici un


§ La Souillure est assurément présente à cheminement classique. Il existe en effet
ce carrefour, Point noir de la ville. plusieurs flancs pour s’attaquer à la Menace.
§ Attention, les automobilistes et les Néanmoins gare à nos NdJ ! Il leur faudra
humains qui les conduisent ont une fâcheuse opérer en méticuleuses frappes chirurgicales
tendance à rouler à des vitesses excessives et pour donner de­ ci de­ là, un petit coup de
à ne pas se préoccuper de ce qui se passe sur bistouri pour opérer un léger changement sur
la route si c’est plus petit qu’une voiture… le triste visage de la réalité des lieux et
l’embellir quelque peu.
Support d’Infrastructure & Logistique
§ Un masque à se mettre sur le nez pour De plus, le Nainpressario plus
éviter de respirer l’une ou l’autre fumée expérimenté avec l’ambiance, l’univers et les
d’échappement durant la mission. Il est vital règles pourra se détacher d’une trame finie
pour nos NdJ de les garder sur le nez ! Cela pour s’attaquer à la réactivité tout azimut de
leur assure un bonus de 2 à leur Jet de ses joueurs.
contamination.
T3 Différentes approches
Rapport de Blaise, Bricolo § Au cours de cette aventure, le
Pour lui, les feux tricolores qui règlent le Nainpressario pensera à une scène de pur
flux de circulation sont sans doute déréglés slalom entres les véhicules furieux et la
par la Menace. En effet, le flux est mal conduite dératée de ses conducteurs.
endigué, favorisant les arrêts fréquents et § Afin de réduire le trafic, on peut
l’émission de gaz d’échappement. Un odieux favoriser le transport de marchandises par
complot et stratagème de la Menace elle­ chemin de fer, assurer une navette de
même. transport en commun accompagnée de
parkings de délestage.
T2 Souillure § Ajouter la nuit
durant, des panneaux
Avant toute chose, le Nainpressario de signalisation pour
prendra connaissance de la considération tempérer et canaliser
suivante. la conduite des
automobilistes. Les
La zone où évoluera le Jardinet est Bricolos pourront
contaminée et fortement touchée par la s’employer à « réajuster » les boîtiers de
pollution. Son Degré de Souillure est fixé à 5 contrôles des feux tricolores ! Attention
(sur une échelle de 1 à 7) et 7 en heures de d’ailleurs aux caméras de surveillance du
pointe ! Si l'un des NdJ vient à rentrer en carrefour durant leur intervention !
contact directement avec les pots § Jouer à l’agent de police réglant la
d’échappements ou d’autres fumées circulation. Nos NdJ devant soit faire preuve
déguelasses qui sortent d’un pot d’équilibre à l’aide d’échasse ou en
d’échappement, il lui faudra effectuer un Jet construisant un « géant » qu’il actionne à
de contamination sans tarder et prier la Dame partir du sol.
Blanche pour qu'il ne soit pas atteint. § Sensibiliser la population à plus de
calme par une pétition luttant contre ce trafic
T2 De légers changements pour une incessant.
amélioration de l’ensemble
T2 Rapport de mission

219
JDR & Cie ­ Scénario Nains & Jardins ­ Trois en nains

T3 Bilan
Nos NdJ ont dut sérieusement flirter avec la Souillure durant cette mission. Espérons qu’ils
ne soient pas devenus des Nains gris, corrompus par la Menace ? Cela ouvrirait sans nul doute
des perspectives scénaristiques pour le Nainpressario mais mettrait bien mal à l’aise la
cohésion du Jardinet maintenant infecté.

Ils n’ont bien évidemment pas su gommer ce Point noir de la face de ville mais ont pu
quelque peu le rendre moins Noir et lui donner une teinte grisée des plus agréables vu son état !
En ça, c’est déjà la réussite de cette mission ! Continuer l’action pourra peut­être un jour
transformer cet endroit en un respectable et accueillant Point vert… mais cela c’est une autre
mission !

T3 Points de nain / de jardin


Le Nainpressario trouvera ci­dessous une proposition de barème d’attribution des points de
nain. Il reste toutefois libre d’ajuster ces gains, notamment en fonction de l’interprétation de
leurs personnages par les joueurs. De plus, le Nainpressario ne manquera de récompenser tout
bon jeu de mots ou calembours dans le plus pur esprit du jeu Nains & Jardins par un point de
nain.

Objectif premier
§ diminuer le trafic, le fluidifier : 3 pdn

Objectifs secondaires
§ diminuer les nuisances pour les habitants au alentour : 1 pdn
§ rétablir l’ordre et le respect du code de la route : 1 pdn
§ régler correctement les feux tricolores : 1 pdn

Si les nains de jardins ont réussi à fluidifier quelque peu le trafic et à rendre la vie autour de
ce carrefour un peu moins hostile et polluée, ils méritent bien leur point de jardin pour avoir
griser l’endroit !

220
« La nuit, toute chose prend sa forme et son vrai aspect. De même qu'on ne distingue que la
nuit les étoiles du ciel, on aperçoit alors sur la terre bien des choses qu'on ne voit pas le jour. »
Selma Lagerlöf ­ L'Anneau du pêcheur

Les « créatures » de la Nuit la nuit. Donc à notre liste de métiers, nous


Est­ce dû à un pervers effet de mode ? Si pourrions rajouter : les experts médicaux
vous vous mettez en quête de Créatures de la légaux, les employés de la morgue, les
nuit sur un moteur de recherche, vous médecins légistes, les employés de casinos
tomberez à tous les coups sur des vampires, (hôtesse, femme de chambre, croupier, chef
des loups­garous et quelques chauve­souris. de la sécurité, etc.), les flambeurs/joueurs
Pourtant, dès que le soleil se couche sur nos professionnels, les patrons de casinos.
villes et nos campagnes, il existe bien d'autres
créatures qui font de la nuit leur royaume, et Barman/barmaid
elles ne sont pas si surnaturelles que ça. Personnage incontournable de la nuit,
Depuis la nuit des temps (nda : quelle c’est toujours auprès de lui (ou d’elle) que l’on
drôle d'expression), l'Homme contre la nuit. va se renseigner sur ce qu’il se passe la nuit. Il
Est­ce la peur qui a poussé l'humanité à voit tout, il entend tout, c’est à lui que les gens
découvrir le feu ? Durant des millénaires confient leurs ennuis et leurs drames
l'utilisation de torches, de bougies puis personnels, en espérant qu’il aura tout oublié
récemment de l'électricité a repoussé les la nuit suivante... Contrairement aux policiers
limites de l'obscurité. Désormais c'est la et aux détectives qui espèrent qu’il aura bien
lumière artificielle qui permet aux hommes tout vu et qu’il sera capable de bien tout
de développer des activités nocturnes. répéter.
Certaines grandes métropoles (Paris, Il vaut mieux
Londres, New­York, Hong­Kong, Tokyo...) prévoir plusieurs
sont réputées ne jamais dormir : la nuit des types de barman : le
gens travaillent aussi ! taciturne
philosophe, qui ne
Les métiers de la nuit dit jamais rien
C'est ainsi que l'on nomme ces d’intelligible,
professions exercées le plus souvent une fois mais qui se
le soleil couché. Ce sont autant de sources révèle très fin
d'inspiration pour vos scénars de jeu de rôle, et fidèle dans
et des sources plus qu'évidentes pour créer ses jugements.
des personnages (joueur ou non­joueur) La petite
hauts en couleur. balance, qui
jure qu’il n’a rien
Deux séries TV mufti­diffusées vu, mais balance
peuvent vous servir d'inspiration : tout ce qu’il sait dès
Les Experts Las Vegas (CSI: Crime Scene qu’on le secoue un
Investigation) et Las Vegas (Las Vegas), où peu. L’allié fidèle,
une grande majorité d’intrigues se déroulent celui qui a toujours

221
JDR & Cie ­ Thema "Les Créatures de la nuit"

un fusil à pompe sous son comptoir et près à tout ce qui peut se passer la nuit, dans une
en découdre pour aider ses amis. Etc. Toutes boite, un cabaret, un bar.
les séries TV et tous les films américains (et
même dans l’Inspecteur Derrick) regorgent de Taxi de nuit
ce genre de personnage. Il connaît la ville comme sa poche, ainsi
Où ? Hôtels, hôtels­restaurants, certains que tous les lieux qu’il faut : ceux qui sont
restaurants, bars, cabarets et les fréquentables et ceux qui ne le sont pas. Tout
discothèques. comme le barman, il peut être un allié
indispensable, une source d'information sans
Agent de sécurité / physionomiste / fin.
videur Il peut aussi être un dangereux prédateur,
Le videur, grand, baraqué, qui garde la qui transforme son taxi en piège pour les
boite de nuit et choisi qui rentre ou qui ne innocentes victimes qui lui font confiance. Ou
rentre pas. Ou alors le gros bras qui encore c'est un ancien des forces spéciales
garde la salle secrète où il ne faut pas (Le Transporteur) qui, devenu
se rendre sans invitation. Encore insomniaque, s'est reconverti.
une fois, personnage
incontournable des scènes qui Gogo
se déroulent dans des bars danseur/danseuse/strip­
ou des boites de nuit. teaseuse
Comme dans Road C’est la créature vers
House, ce peut être un gars qui tous les regards se
intelligent, féru d’arts tournent, c’est lui/elle qui
martiaux, honnête, toujours peut mettre le feu à une
près à botter les fesses des soirée. Il/elle a souvent une
malfrats du coin, au risque de double vie, la danse et le
s’attirer de sérieux ennuis. Ou strip­tease c’est juste pour
alors, la brute épaisse qui se fait arrondir les fins de mois, au
péter le nez parce qu’il est toujours début, dans l’espoir de devenir
devant la mauvaise porte. un grand artiste reconnu. Mais
c’est toujours pareil.
DJ – animateur de soirées Piège facile pour tous les
On vient pour lui (elle), mais personnages (PJ ou PNJ) qui sont attirés
c’est très rare qu’on lui adresse la parole, car de manière irrépressible par les beautés
pendant qu’il fait son travail, il n’est guère fatales ou simple élément de décors.
disponible pour faire la conversation, et il est
encore moins attentif à ce qu’il se passe, le Artiste de revue/théâtre, etc.
casque sur les oreilles et le nez dans ses L’artiste a réussi à se faire un nom, et une
platines. Mais, sa réputation attire les foules, réputation. Et si le théâtre, le cabaret, la revue
et c’est peut­être lui qu’il faut protéger de ses fonctionne et c’est grâce à lui/elle. L'artiste
propres frasques. Un bon DJ peut faire la attire à lui des fans, souvent près à tout, qui
fortune d’un patron de boites de nuit, et l’on l'attendent à la sortie du spectacle. Il attire
est près à se battre pour le conserver. aussi de riches mécènes, des puissants, des
notables, des hommes politiques qui
Night­Clubber recherchent la discrétion, et la trouve
Ce sont eux qui bougent, qui crient, qui rarement.
sont la foule, les témoins ou des victimes de

222
JDR & Cie ­ Thema "Les Créatures de la nuit"

Médecin, profession médicale, de aux abords des bois,


nuit, urgentiste, pompier, etc. sur les trottoirs des
C’est lui qu’on appelle quand il y a un rues malfamées,
blessé, un malade quelque part. Et il en voit dans les quartiers
des choses étranges, il doit en soigner des sordides, dans des
blessures causées par des choses bizarres. squats, ou au
Hélas, les choses peuvent mal tourner si contraire, dans les
le sauveur est en réalité à la solde d'une couloirs des hôtels
entreprise criminelle et qu'au lieu de sauver, de luxe qu'elles
il enlève et séquestre. connaissent par cœur.
(cf. : Chaos, le film de
Réceptionniste / Night Auditor Coline Serreau ­ 2001)
Il est là pour rendre toute sorte de
services à ses clients, il connaît les habitudes Proxénète/ hors­la­loi/voyou
du quartier et de ses clients les plus fidèles... Simple maquereau (maque), proxo,
Mais finalement tout dépend aussi du protecteur, esclavagiste... Seul ou en bande.
standing de l’hôtel... Petit boui­boui miteux Mais en bande organisée le proxo est
pour les passes à deux sous et servir de beaucoup plus dangereux, il surveille son
planque à des criminels en cavale, ou le troupeau de travailleuse. Dangereux mafieux
palace qui peut se mettre en quatre pour un ou petite balance, le proxo peut se trouver à
service personnalisé. (cf : actualité DSK) n'importe quel moment sur le chemin des
personnages.
Gardien de musée
Mais il s’en passe des choses étranges Dealer
dans les musées la nuit. A force de garder des Toujours prêt pour revendre tout et
objets précieux, rares, appartenant à n’importe quoi. On peut le trouver dans
d’anciennes sectes/sociétés secrète, garder toutes les couches de la société, des bas­fonds
des objets magiques, des momies, et des tas jusqu'aux plus hautes sphères. Il est là pour
de choses. Sans compter le nombre de fournir en produits plus ou moins légaux et
fantômes qui traînent là. (cf. les films : Une plus ou moins stupéfiants à des clients prêts à
nuit au musée, Belphégor) payer, en argent ou en nature.

Policier/gendarme, etc. Maisons closes


Certains policiers, par choix ou par La maison close est tolérée par les
obligation se retrouvent souvent (ou toujours) règlements de police et fait son apparition en
à travailler la nuit. Ce sera à cause de dons France sous le Directoire (1795­1799) et
particuliers qu'ils ont développé (meilleure disparaît en 1946 (Loi Marthe Richard). Pour
vision nocturne par exemple), ou parce qu'ils qu'il y ait maison close, il faut tout d'abord
n'ont pas de vie de famille, ou parce que les une tenancière. La tenancière (et oui,
criminels qu'ils aiment traquer ne travaillent obligatoirement une femme) fait la demande
également que la nuit. On peut penser aussi à la Préfecture de police de Paris pour
que des policiers vampires exercent solliciter l'ouverture de l'établissement ou aux
logiquement de nuit. autorités municipales dans n'importe qu'elle
autre ville.
Prostituée/Call­girl L'enquête est menée et ce sont à des
De la simple tapineuse à l’Escort­girl de femmes d'expérience (de plus de trente ans)
luxe. Ces filles peuvent se trouver partout, souvent d'anciennes prostituées qu’est confiée

223
JDR & Cie ­ Thema "Les Créatures de la nuit"

la tenue de ces maisons. La règle exige que le trop débordés, trop vieux ou parfois aussi trop
numéro sur la rue soit rouge, éclairé, et élevé complaisants.
à une hauteur d'au moins soixante cm du sol
par rapport à la chaussée. D'autres Ces maisons closes avaient aussi
règlements imposent que les escaliers et que leur hiérarchie. On y distinguait
l'intérieur de la maison soit éclairés en plusieurs catégories :
permanence, qu'il n'y ait aucun passage
caché, que les vitres vers l'extérieur soient Les maisons de rendez­vous, en
opacifiées, et les volets clos. appartement privé: les femmes s'y
Les maquerelles devaient donner à leurs présentaient à heures fixes, nombre d’entre
filles tout le nécessaire pour les soins de elles étaient bourgeoisement mariées. Elles
propreté. La maison close qui a beaucoup travaillaient en clandestinité et touchaient
inspiré la littérature est en autre « La Dame 50% du prix demandé par la mère
de Saint Sulpice » à Paris. Mais d'autres maquerelle. Le client qui partait empruntait
établissements connurent aussi leur heure de un autre escalier que le client qui montait.
gloire : Cette particularité est encore visible dans
Le Chabanais : 12, rue Chabanais (9e l'ancien hôtel Belgioso, rue du Montparnasse
arr.) à Paris. C'est à ce genre de maison que
Le One­two­two : 122, rue de Provence ressemblent la plupart des bordels de
(8e arr.) province.
Le Sphinx, 31, boulevard Edgar­Quinet Les maisons ouvertes parce que les filles
(14e arr.) n'y étaient présentes qu'aux heures de travail.
L'Étoile de Kléber : 4, rue Paul­Valéry Elles payaient une redevance, un droit de
(16e arr.) travail et une sorte de pension au
Aux Belles Poules (ou le 32) : 32­34, propriétaire.
rue Blondel (2e arr.) Les maisons d'abattage, ouvertes à toutes,
Le Fourcy : 10, rue de Fourcy (4e arr.) surtout aux plus fanées aux tarifs modiques.
La Fleur blanche (maison close) ou La Les samedis et dimanches étaient leurs jours
Rue des Moulins : 6, rue des Moulins (1er d'affluence. Elles étaient surtout connues
arr.), fréquentée notamment par Toulouse­ dans les quartiers de Saint Paul et de la
Lautrec, célèbre pour sa chambre des Chapelle à Paris.
tortures. La Maison chic, de grande classe : Le
Chabanais de Madame Kelly en était le
Dans chaque maison une salle de visite prototype, près de la Bibliothèque nationale,
était prévue pour le médecin du contrôle le monde entier y défilait dans un décor de
sanitaire. Deux fois par semaine, les femmes l'univers, et des Mille et une Nuits. Les
étaient examinées. Aucune ne pouvait y chambres se nommaient chambre Edouard
échapper, ni y être admise sans bulletin VII, chambre japonaise, chambre russe,
médical et carnet sanitaire. Les signes de chambre espagnole, chambre arabe. Les
maladies vénériennes envoyaient directement salons portaient les noms de Pompéien, Louis
les filles infectées en maison de santé où elles XV. Véritable musée et monument historique,
y étaient enfermées. Et en période de guerre, cette maison close est devenue lieu de
une fille qui avait la syphilis pouvait être pèlerinage. Nombre de grands de ce monde
condamnée à une peine capitale. Néanmoins, l'ont fréquentée sûrement sans complexe. Elle
les maquerelles connaissaient de nombreux a été fermée en 1946. Paradis, enfer, lieu de
trucs pour faire passer les filles aux travers vie, de désir, de parade, théâtre
des contrôles, et les médecins étaient souvent fabuleux...nous n'en finirons pas de chercher

224
JDR & Cie ­ Thema "Les Créatures de la nuit"

des mots plus aigus pour cerner la réalité plusieurs lupanars dans ce même style qui
poétique ou trop vénéneuse du plus célèbre vont s’ouvrir à divers endroit. Servant ainsi de
bordel de Paris. lieu refuge aux pervers, aux sorciers amateurs
et aussi aux monstres qui souhaiteraient se
[Source : « Histoire de maisons.... closes cacher et finalement continuer à exister.
mais d'un point de vue architectural ! » Sur le
site www.batiweb.com]
Iso Circumvector
Imaginons un lupanar où il se passe
des choses plus que bizarres ?

Au départ, il s’agit d’un établissement


classique, mais un jour des clients font une
demande étrange aux tenanciers. Des gens
(des notables) qui souhaiteraient se réunir
en secret et pratiquer des rituels
mêlant magie, sexe et peut­être
d’autres choses.

Comme ce sont des


notables, assez peu versés dans
la criminalité, ils ont pensé que
seul un lieu de débauche
réputé pourrait le offrir tout
ce dont ils ont besoin.

Avec le temps, cela va de


plus en plus loin, et certains
clients vont même jusqu’à
demander à avoir des relations
avec des pensionnaires plus «
exotiques »... Filles tatouées,
scarifiées, ou même avec des filles
avec des malformations, des sortes de
monstres...

Quelques fantasmes par exemple seraient


d’avoir des relations avec des sirènes, des
fées, des femmes­loup, des vampires... Vraies
ou fausses, peu importe, au départ il s’agit
juste de fantasme. C’est aux tenanciers de se
débrouiller pour avoir ce que veulent les
clients.

Au fil du temps, c’est un véritable réseau


qui se monte afin de faire venir toutes sortes
de créatures dans le lupanar, puis ce sont

225
Au Loup !
"Entre les loups cruels, j'erre parmi la plaine. ­ Je sens venir l'hiver, de qui la froide
haleine ­ D'une tremblante horreur fait hérisser ma peau."

Joachim Du Bellay
À la lisière de la nuit… empreintes que ceux de devant, ce qui fait
« Au loup ! » Ce cri bien connu dans nos que, même dans la neige, il est toujours
campagnes jusqu’à il y a deux siècles et demi difficile, sinon impossible, de préciser
à peine, est désormais oublié et ne veut plus combien de loups représente une seule trace.
rien dire pour nous*. Vos joueurs auront
probablement quelques difficultés à
s’imaginer l’effroi, la peur atroce même, qu’il
causait sur les routes, dans les champs, dans
les villages, partout où il était perçu. Et peut­
être avez­vous besoin aussi de quelques
éléments précis pour incarner ces prédateurs
passe­partout mais redoutables.

Cœur de loup (air connu) Comme vous avez


« Au loup ! » Aussitôt ce cri lancé, les de grands yeux Mère­grand !
voyageurs vérifiaient leurs armes et, partout, Régulièrement encore aujourd’hui,
tandis que les femmes faisaient rentrer en agriculteurs et chasseurs se trompent, sont
hâte bêtes et enfants, barricadaient les portes persuadés avoir abattu des loups alors qu’ils
et fenêtres, les hommes valides s’armaient de ont tué des chiens perdus et redevenus plus
fourches, de piques, de fusils s’il s’en trouvait, ou moins sauvages. Il est en effet difficile de
de bâtons à défaut et partaient en direction reconnaître un loup de certains chiens et il
du long cri répété à intervalles réguliers. Déjà, arrive que même les experts hésitent à se
à travers champs, galopaient les capitaines et prononcer. On s’est longtemps demandé si le
lieutenants de louveterie en armes. loup était une quelconque branche de la race
« Au loup ! » Ce cri fatidique annonçait la canine, mais il semble maintenant certain que
présence du dernier grand fauve qui ait été le loup est bien un des ancêtres du chien.
une menace sérieuse pour l’homme en Quantité de races de chiens sauvages ont
Europe. Si, entre ses mains en porte­voix, un fait hésiter les zoologues mais la science a
berger lançait un « Au leu !... leu !... leu !... », démontré que ce sont chaque fois des chiens
on savait qu’il avait vu trois loups. C’est domestiques redevenus sauvages. La
d’ailleurs une des deux raisons pour différence la plus caractéristique, surtout
lesquelles on dit encore aujourd’hui : à la pour le non spécialiste, est la position des
queue leu leu ; l’autre raison étant que, en yeux. Le loup, en effet, a toujours les yeux
bande, en déplacement ou en chasse, les obliques, et de façon aussi nette que les yeux
loups trottent les uns derrière les autres, du « grand méchant loup » de Walt Disney. Et
posant leurs pattes dans les mêmes pour qui peut le voir vivant, il est une autre

* : Au temps de Du Guesclin, en hiver, les loups entraient dans Paris. Alors, les parisiens se relayaient
pour entretenir des feux dans les rues, ce qui était le seul moyen de les tenir à distance.

226
JDR & Cie ­ Aides de jeu "Au Loup !"

différence qui ne trompe pas : alors que le sans batailles inutiles.


chien lape, le loup boit en aspirant, comme le
cheval. Alpha bondit
On a lu dans maints récits comment, dans
C’est les meutes les vastes plaines de Sibérie, les voyageurs
Dans les pays où les hivers sont rigoureux, retardaient les loups en en tuant un seul – si
ils constituent des bandes afin de chasser des possible le mâle Alpha, ce qui amenait la
proies qu’ils auraient très peu de chances de bande à s’arrêter pour le dévorer, avant de
tuer seuls. Ils chassent alors en parfait accord, continuer la poursuite. C’est une chose vraie !
avec patience, obstination et une grande Au cours des longues poursuites que les
intelligence. loups peuvent soutenir pendant des heures et
Leur vue est médiocre, mais leur odorat et même des jours, si l’un des leurs est tué, ils le
leur ouïe compensent largement cette lacune. dévorent en effet rapidement et
Une odeur, un cri, venant de distances même gloutonnement : le loup est capable d’avaler
considérables, et la chasse s’organise. Ventres un gros repas et de continuer à courir sans en
creux, ils trotteront alors inlassablement, paraître gêné. Plus loin, il restituera ce repas
sans souci important de se cacher, attendant et le mangera alors tranquillement en
le moment propice. Ce moment­là, c’est celui choisissant les morceaux qui lui conviennent.
du moindre ralentissement, de la moindre
accélération dénotant la fatigue ou la frayeur Avez­vous vu la Bête, monseigneur ?
de l’animal qui se sait traqué. Ayant toujours Au Moyen­âge, les loups firent de tels
l’air de trotter sans effort, ils se ravages que Charlemagne organisa de
rapprocheront peu à peu. Cette première véritables troupes destinées uniquement à les
phase est toute psychologique et plutôt combattre. Elles furent appelées les luparii et,
destinée à faire comprendre à la proie qu’ils au cours des siècles, se transformèrent
savent qu’elle a peur. jusqu’à devenir les troupes de louvetiers qui
existaient encore au moment de la Révolution
La longue traque française. Les louvetiers furent alors
Avec un sens géographique du terrain qui supprimés parce qu’ils étaient surtout
nous échappe, par accord tacite ou sur un devenus des gardes­chasse et organisateurs
signe ou un ordre mystérieux de l’un d’entre de grandes chasses pour les seigneurs et la
eux, deux ou trois loups de la bande se royauté. Mais Napoléon les rétablit, car il y
détacheront alors et partiront apparemment avait encore tout de même des loups en
dans une autre direction, en réalité, soit France et, un peu plus tard, ils furent
tangente, soit en mouvement tournant pour rattachés à l’administration des Eaux et
couper en un point qui semble prévu d’avance Forêts.
le chemin de leur victime.
Alors, quelle que soit la force, la taille ou
le nombre, ces rabatteurs attaqueront, de
façon à détourner, à ralentir ou à arrêter sur
place leur proie. Derrière, le gros des
poursuivants qui aura continué à se
rapprocher insensiblement, accélérera
soudain l’allure et, au tout dernier moment,
se déploiera en éventail, de manière à
attaquer par tous les côtés à la fois. La proie
vaincue, le partage se fait équitablement,
JDR & Cie ­ Aides de jeu "Au Loup !"

Le loup des steppes

Les personnages des joueurs voyagent au cœur de


l’hiver lorsqu’ils perçoivent la présence d’une meute de
loups. Puis une autre meute pointe le bout de son
museau à l’opposée. Puis une autre, et encore une
autre… Toutes semblent converger vers leur
groupe !
Il ne leur reste comme seules options que
d’attendre les prédateurs sur place, ou de fuir dans la
seule direction qui leur est encore permise : celle qui
mène tout droit à un éperon rocheux au pied d’une
falaise enneigée.
S’ils cherchent à s’y réfugier, serrés de prêt par
leurs poursuivants, ils découvriront que son
sommet est déjà occupé par un loup d’une taille
surnaturelle. Un combat épique devrait s’ensuivre,
au cours duquel un (ou plusieurs) personnage sera
probablement blessé par la Bête. Selon l’univers
dans lequel se déroulera la scène, la suite pourra
varier : les conséquences peuvent­être bien
entendu la lycanthropie (ou plus prosaïquement la
rage), mais aussi pourquoi pas un rêve d’archétype ou – si vous jouez à Yggdrasill – le résultat
de la rencontre avec Mauggwar, le loup de l’hiver (voir page 62 du supplément Les Rois des
mers). Dès la nuit suivante le personnage fait d’étranges rêves : il trotte dans les étendues
enneigées, dévore de la viande crue… au cours de la deuxième nuit sa transformation
commence et il risque de devenir, selon, un Guerrier­fauve ou un Loup­garou…
Davidalpha

228
Dans la rizière la nuit :
Les Yokai, esprits du Japon

Avant toute chose, je souhaite préciser que les sources sont nombreuses sur les yokai,
qu’elles soient la bande dessinée, des études universitaires, des essais ou encore des
dictionnaires. Je ne me baserai principalement que sur le Dictionnaire des Yôkai de Mizuki
Shigeru, sorti chez Pika Editions (ainsi que sur mes cours) pour des raisons simples : c’est un
des rares qui soit facilement disponible et qui plus est, accessible à tous ! A la fin de l’article,
vous trouverez une bibliographie plus complète si vous souhaitez approfondir le sujet.

Qu’est­ce qu’un Yôkai ? 500, mais c’est loin d’être exhaustif, tant le
folklore est vaste. Certains ne se retrouveront
Traditionnellement, on traduit le mot que dans certaines régions d’autres seront
yôkai par « démon » ou « monstre », ce connus partout.
qui est un peu bancal, vu que c’est assez
péjoratif en français et par trop spécifique. «
Esprit » conviendrait mieux pour les Un peu d’histoire…
englober, car tous ne sont pas mauvais et ils
peuvent revêtir des formes très différentes. L’existence des yôkai est avérée depuis
C’est un terme générique qui désigne ce qui l’époque Heian (VIIIe­XIIe siècles) mais il
n’est pas de notre monde humain et n’est pas exclu qu’ils soient issus de la culture
rationnel, phénomène surnaturel et Ainu, peuple dont est originaire en partie le
inexpliqué, donc des monstres, fantômes, Japon, qui était animiste. Malheureusement,
vieux objets, animaux fabuleux ou encore des rien ne permet encore de l’affirmer, si ce n’est
divinités locales et mineures. C’est une entité que certains yokai comme Amanojaku
primitive, brute, un peu à l’instar de nos fées. viendraient de la période Yayoi (300 av.J.C. –
Le Dictionnaire précise à juste titre ce qui 250 ap.J.C.). Ils ne sont d’ailleurs pas tous
n’est pas un yôkai, à savoir les kamis et tout japonais : Ryû (le dragon) est issu de Chine.
ce qui serait issu de religions (bouddhisme et Ils vont connaitre trois âges d’or.
shintoïsme), bien que la frontière soit assez Le premier sera les XIe et XIIe siècles qui
mince. D’ailleurs, les japonais sont connus les verront compilés dans le Konjaku
pour respecter des rituels de croyances Monogatari Shū , de courts récits
séculaires multiples. Un mariage shinto et un et contes du Japon ancien, mais ce n’est qu’à
rituel funéraire bouddhiste pour une même l’époque de Muromachi (XIVe­XVIe siècles)
personne ne leur semble pas illogique, aussi qu’on commence à en trouver des images qui
les yôkai sont inclus dans leur quotidien, auront un grand succès.
comme c’était le cas en France encore Le second âge d’or est la période Edo. Le
pendant l’Ancien Régime. C’est d’ailleurs de commerce et l’industrie se développent et
là qu’est issue la conception particulière du sont particulièrement propices non seulement
surnaturel au Japon. à la propagation de yôkai locaux, mais aussi à
Un yôkai peut revêtir différentes formes, la création de nouveaux esprits. Ce
soit totalement animal (Tanuki), soit semi­ développement a été à double tranchant : la
humaine (Kappa) ou humaine (Aonyôbo), ou modernisation les a fait presque disparaitre
élémentaire (Akuro­jin no hi), bâtiments vers la fin de l’ère Meiji (1868­1912), la
(Akarinashisoba) ou encore éducatifs lumière électrique ne laissant plus aucun coin
(Amamehagi). La liste est longue, nous y d’ombre pour ces créatures, selon Tanizaki
reviendront ! Le Dictionnaire en rassemble Jun’Ichiro.

229
JDR & Cie ­ Aides de jeu "Dans la rizière la nuit..."

Mais le manga, développé après la créatures­esprits issues du folklore japonais.


Seconde Guerre mondiale, lui offre un Mais d’autres studios ont produit des
troisième âge d’or qui continue encore de nos animations sur ce thème, comme Ayakashi
jours, accompagné des films, études, etc. (noitamina, de Toei Animation), Karas
(uniquement sorti au Japon) ou encore les
versions animées de Nura, le Seigneur des
Où les retrouve­t­on et pourquoi les Yôkai et Kekkaishi (uniquement sorti au
connaître ? Japon). Les films et séries ne sont pas en reste
: le fameux genre « tokusatsu » ne laisse pas
Pour peu que l’on s’intéresse au Japon par ces esprits de côté, preuve en est Ninja Sentai
divers biais, les yôkais sont souvent présents Kakuranger (1994) et
et on ne les reconnait pas forcément…On les The Ancient Dogoo Girl ,
trouve évidemment dans les contes deux séries télévisées, ainsi que Yokai
traditionnels japonais, dans les mangas, mais Monsters, une série de films des années 60
aussi dans le cinéma, les jeux vidéo ou encore pour les enfants, complétée par The Yôkai
les jeux de rôle. A moins que ce ne soit War de Takashi Miike.
précisé, je parlerais principalement de ce que Le secteur des jeux vidéo reste assez
l’on peut trouver en français. pauvre en la matière, du moins en France,
Dans les mangas qui développent ce malgré la brèche ouverte par le superbe
thème, vous avez le célèbre Card Captor Ôkami en 2006 qui, bien que ne parlant pas
Sakura (Pika), ainsi que Kitaro le repoussant de yôkai, touche au surnaturel via les kamis.
(De Mizuki Shigeru, auteur du Dictionnaire, Pocky & Rocky fera partie des premiers jeux à
chez Cornélius), Kekkaikishi (Pika), Nura, le arriver en France, sur SNES, en 1993, une
Seigneur des Yôkai (Kana), Le Pacte des sorte de shoot’em up. En 2009, Muramasa:
Yôkai (Delcourt), InuYasha (Kana), Amatsuki The Demon Blade (Action RPG) sort
(Kaze), Black Bird (Pika)… C’est un thème qui sur Wii et permet de jouer au choix deux
devient de plus en plus traduit en français, héros qui vont rencontrer divinités et esprits
après la vague vampirique qui a envahi les malfaisants. Récemment, Yôkai Watch a été
rayons (tient donc, du surnaturel, encore…). annoncé par le studio Level­5, où on joue un
On est encore loin d’avoir autant qu’au Japon, petit garçon doté un jour du pouvoir de voir
c’est évident, mais ce thème se développe et a les yôkai. Nura… est également annoncé en
de beaux jours devant lui. Non traduits, on jeu de baston, mais malheureusement, ça en
peut parler d’Otome Yôkai Zakuro reste là pour le moment pour le secteur du jeu
, Tactics , Omamori Himari dans l’Hexagone.
, développant des liens entre Il est indispensable de les connaître pour
humains et yôkais, soit par la filiation comprendre certaines allusions dans les
(InuYasha), soit par un don (Tactics). En mangas et films d’animation, mais aussi pour
France, point de yokai réels, mais développer de façon correcte un scénario
l’Encyclopédia Diabolica de Christophe JDR. Si jamais vous tombez sur un puriste
Kourita (Ankama) en imagine quelques­uns très connaisseur, vous pouvez l’enterrer… (le
qui pourraient bien peupler notre contrée, scénario, pas le joueur !). Etant ancrés dans la
malgré un folklore déjà bien rempli. culture populaire japonaise, les références aux
Au cinéma, Ghibli est un spécialiste du yôkai sont récurrentes dans la vie quotidienne
film d’animation incluant des yôkai : et parfois nombreuses quand on passe dans
Pompoko, Princesse Mononoke, Le voyage de un univers fantastique.
Chihiro, Mon voisin Totoro, Ponyo sur la
falaise… qui font tous référence à des

230
JDR & Cie ­ Aides de jeu "Dans la rizière la nuit..."

Quelques Yokai Garei, issu d’un dessin, fait partie des yôkais
neutres. L’anecdote raconte qu’une femme
Les yôkai sont assez divers dans leurs apparaissait chaque soir et disparaissait
formes et manifestations. Les plus connus devant un vieil éventail. Son portrait y était
sont les esprits­animaux : Kistune (renard), peint, sa venue était une demande de
Tanuki (blaireau), Bakeneko (chat). Il doit réparation de cet éventail.
exister autant de yôkai animaux qu’il existe de Les humanoïdes difformes, à longs cous,
bestioles au Japon. On peut y ajouter les bras, jambes ou corps sont assez nombreux.
célèbres Kappa, ces créatures de l’eau à Rokubokuri est une femme à « tête volante »,
l’apparence animale. Le Kitsune se manifeste au cou démesurément long, qui aspire la force
sous trois formes : en multitude (noces de vitale des hommes.
renards), seul (feu follet de fourrure) ou en Bien sûr, ce n’est pas du tout exhaustif,
possédant quelqu’un qui devient alors très aussi je vous encourage à lire ce Dictionnaire
agité. Le Kappa, aussi appelé Kawatarô, passionnant. Pour approfondir le sujet, vous
ressemble à une tortue particulièrement pouvez tenter de vous procurer Esprits et
malodorante qui entraine les gens dans l’eau créatures fabuleuses du Japon de Sylvain
pour les tuer et détruit aussi les récoltes. Jolivalt.
Suiko, un autre genre de kappa, est tout aussi
sympathique : après avoir aspiré le sang de sa Mélanie Branwen
victime, il ramène le corps à la famille. Jérôme Brand Larré
Les tsukumogami sont les objets qui
s’animent, souvent à leur centième
anniversaire. On peut citer Hôkigami, un
balai. Cet objet a un rôle important au
moment des grossesses et du soulagement
des accouchements, rien d’anormal à ce qu’il
soit un yôkai. De la même manière qu’on ne
passe pas sous une échelle chez nous,
enjamber un balai ou le tenir à l’envers est
mauvais signe. Mishige, une spatule à riz aux
capacités anthropomorphiques, est aussi un
ustensile qui prend vie. Shigeru Mizuki
raconte l’histoire d’un homme qui s’est joint à
une bande joyeux drilles une nuit et qui, au
petit matin, s’est trouvé entouré entre autres
de spatules.
Les humanoïdes, plus ou moins
terrifiants, qui peuvent ressembler à un être
humain normal (complet ou incomplet)
comme Yûki Onna, une « femme des neiges »
qui vit dans les régions très enneigées. Il est
préférable de ne pas la regarder, ni lui parler,
sous peine d’être retrouvé mort gelé le
lendemain. Honadé est un « caresseur de joue
», représenté uniquement par une main qui
frôle votre visage, totalement inoffensif, si ce
n’est la frousse bleue qu’il provoque. Quant à

231
Le Bugul­Noz,
enfant de la nuit bretonne

« Quand les ombres sont descendues, et que l'oiseau de nuit quitte sa retraite, éloignez­
vous : vous y entendriez, comme des voix plaintives, les gémissements des pâtres enlevés par le
Bugul­Noz, ce Croquemitaine breton ! »
— Guide du voyageur : Carnac et ses alentours, 1878

Parmi les créatures de la nuit, le vampire » vannetais l’est en 1732. Un bulletin de la


et le loup­garou pourraient figurer dans un Société archéologique du Morbihan,
officieux who’s who. Et pourtant apparaissent paru en 1858, nous dit qu'il est issu des
des centaines, voire des milliers d’esprits, de dusino latins, comprenons par­là de génies du
lutins, de fantômes, de chasseurs sauvages et foyer, à l’instar des lutins. Plus sages sont
de follets en feu au déclin du jour. Certains Walter Evans­Wentz et Albert Moxhet,
n’arpentent parfois qu’une région, qu’une pour qui il descend en droite lignée des «
commune, qu’un lieu­dit. Le Bugul­Noz est de appeleurs » de la nuit qui interpellent les
ceux­ci. voyageurs, tantôt pour les attirer dans des
pièges, tantôt pour les avertir de dangers.
Dans « Noz », on reconnaît quelque Yannig an Aod (ou Yann­An­Ôd), « Jean du
racine nocturne, sans doute grâce aux « Fest­ rivage », qui pousse les pêcheurs à rentrer au
noz ». Quoique, la seule fête qu’un Bugul port dès le soir tombé, est son plus proche
pourra faire… c’est la vôtre ! Étriper, cardio­ cousin avec le Hopper­Noz, ce «
désencastrer, dépoumoner, égorger et tutti­ crieur de nuit » géant qui hurle
quanti, voire pire si non­affinité. Créature sur la lande et possède lui
du vannetais a­t­on dit, attachée au aussi le don de
territoire qui correspond, peu ou prou, métamorphose.
à l’actuel département du Morbihan, Quoique le Bugul­Noz
il laisse ses traces à Carnac, Riantec n’est, à l’origine, pas le
et Plémet. Entre autres. Joseph genre de créature qui aime à
Loth étudie son étymologie dans changer de forme. Avant
le Dictionnaire breton­français d’acquérir cette capacité et
du dialecte de Vannes, en 1894. d’emprunter à l’Ankou son
« Bugul » y désigne le berger. chapeau, il est un pâtre
L’enfant aussi, puisqu’en ces temps d’ombres qui emmène paître
pas si lointains de pastoralisme nuitamment son troupeau. Gare au
breton, il mène souvent les troupeaux. « berger qui ne prend la sage décision de
Bugel » devient « bugul », mais si « l’enfant rentrer s’il le croise ou l’entend siffler !
de la nuit » est aussi le « berger de la nuit »
vannetaise, ce n’est pas le cas dans les autres Un moyen de s'en protéger consiste à « se
dialectes bretons. retrancher rapidement derrière une porte de
chrétien, dont les barres horizontales et
Le Bugul­Noz est l’une des créatures verticales forment comme une croix », ou à
nocturnes les plus difficiles à étudier. Sa piste rester dans un champ labouré, précédemment
remonte au XVIIe, un « bugel­noz » se semé de grains bénis. À la fin du XIXe, le
couche sur le papier dès 1633, le « bugul­noz Bugul­Noz est sauvé par les folkloristes Paul

232
JDR & Cie ­ Aides de jeu "Le Bugul­Noz..."

Sébillot, Anatole Le Braz, Joseph Frison et sont eux aussi susceptibles de le rencontrer.
Yves Le Diberder, qui arrivent hélas un peu Comme dans un cauchemar, le Bugul­Noz
tard, car au début du XXe, sa légende grandit, grandit, grandit tandis que l'on
commence à s’effacer et se confondre avec les s'approche de lui.
ombres sur lesquelles il règne. Restent
quelques récits, aujourd’hui tombés dans Avec le temps, sa légende se mêle à
l’oubli. d’autres, il assimile des créatures nocturnes
pourtant bien différentes de lui. Le voilà
Un portait composite et brouillon changé en cheval pour surprendre ses
victimes. Certains conteurs assurent même
Comme dit, brosser le portrait du Bugul­ qu’il est un cavalier ravissant les passants
Noz est un véritable défi. D’aucuns l’ont traité dans une course mortelle. D’être unique, le
de « lutin malfaisant », ou plus justement Bugul­Noz devient une espèce revêtue d’une
d’esprit nocturne. Il hante landes et rivages, peau de loup et se fait garou, forme qu’il
bois et chemins, collines et bords de mer, « emploie surtout pour enlever les enfants. Ces
armé jusqu’aux dents », à la recherche hommes maudits accomplissant une
d’hommes et d’enfants égarés qu’il saisit du pénitence craignent l’aubépine, dont le
bout courbé de son pen­bah, sa canne de pouvoir met fin aux enchantements. Un
berger. Un « troupeau d’ombres » cultivateur, s'apercevant un soir que son frère
l’accompagne, mais personne n’a jamais su « est bugul­noz » puis court les chemins
dire à quoi cela ressemble. Les enfants de chaque nuit, va mander les conseils d'un
Quistinic ont cependant cité le renard, le prêtre. Il pique la bête avec une fourche à
blaireau, le sanglier, et les miterned deux pointes, et la libère ainsi.
(moustiques). Évoque­t­on, là et ici, un
groupe de korrigans poussant un chant de Ne jamais siffler en rentrant du
marche en sa compagnie ? boulot !

L’apogée de son pouvoir coïncide avec Mais il est un point commun au Bugul­
l’heure de minuit, il décline ensuite jusqu’à noz, du plus ancien à la demi­ombre qui
l’aube, et hop ! La créature disparaît aux aujourd’hui guette sur les chemins de trail.
premiers rayons du jour. Les plus anciens Anatole Le Braz rapporte une histoire de
récits le voient comme un berger caché par un Riantec : lorsqu'on entend le Bugul­Noz
ample manteau et un large chapeau. Pour siffler derrière soi, il faut bien se garder de lui
Anatole le Braz, c’est « un petit enfant à la répondre. Celles­ci viennent d’Yves Le
tête trop grosse », justement nommé « Diberder.
Buguel­Noz », soit l’enfant de la nuit, peut­ Un homme fort ivre entendit un soir
être le fils du berger, qui sait ? Tous les siffler près du Sapin­Tors. Il siffla de retour,
Bretons s’accordent sur la crainte qu’il inspire et, dès que le Bugul­Noz lui eut répondu, il lui
: les mères vannetaises effrayaient jadis leurs sembla que la créature s’était nettement
enfants en disant : « Si le Bugul­Noz te voit en rapprochée de lui. Au second sifflement, le
dehors de la maison, il t’emportera dans son Bugul­Noz atteignit la maison. Dès que le
immense chapeau rond ! » pâtre nocturne siffla une troisième fois,
l’homme se jeta illico par sa porte, bloquant
« Simple épouvantail pour les parents sa retraite avec une barre en travers :
désireux de ne pas voir leurs enfants courir le
soir », disent les briseurs de rêves. Pas que ! « On dra vad e d'oh emoh ped abi aùi(t)
Les hommes qui tardent à rentrer du labour bou(t) lakeid

233
JDR & Cie ­ Aides de jeu "Le Bugul­Noz..."

er ferm ged en ôr. Penaùi(t)­se m'ehè bet « Tu m'as appelé, je suis venu. Veux­tu
hou prèwet ken lutter avec moi ?
munud al er pèl ! » — Oui, répondit le voyageur en se
retroussant les manches.
« Une bonne chose c'est à vous que vous — Va d'abord poser ta chemise, reprit
ayez été [aussi] l'ombre. Puis tu reviendras ici. Je t'attendrai. »
habile que d'avoir mis la barre à la porte.
N'eut été cela, je Le voyageur portait sur lui la chemise du
vous aurais broyé aussi menu que la balle ! » jour de son mariage ; elle était bénite. Il s'en
fut pour la poser, mais sa femme qu'il avait
Cette barre, combinée à l’une des mise au courant l'empêcha de sortir et le
planches de la porte, représentait une croix. contraignit à se mettre au lit. Bientôt, ils
entendirent du bruit et des sifflements à
Une autre fois, un homme épandait du l’extérieur, entrecoupés par ce refrain :
fumier en plein champ lorsqu’il entendit
siffler. Il répondit, imaginant qu’un autre « Jean, tu disas que tu revenas,
travailleur cheminait près de lui. Comme il Mais tu ne revenas pas ! »
serait agréable de rentrer en sa compagnie !
Un second sifflement lui parvint aux Autrement, le Bugul­Noz garde
oreilles, nettement plus proche, les troupeaux. Des gens,
et... « Lorsqu'il lui a hué « de cherchant nuitamment leurs
retour » pour le troisième coup, moutons égarés, entendirent
arriva le Pâtre de nuit près du quelqu'un chanter comme eux,
champ. Il avait un chapeau, qui et se dirigèrent de ce côté en
était plus large qu'une roue de sifflant. Ils trouvèrent le Bugul­
voiture. » Noz, qui leur dit
Notre homme, coincé, fut fraternellement « Retournez
incapable de regagner son foyer. chez vous et ne sifflez pas. Les
Mais le pâtre de nuit n'a pu lui bêtes sont ici dans la douve. Je
faire le moindre mal, car ce resterai les garder avec mon
champ­là était semé de blé, il ne chien. Venez les prendre ici demain
pouvait mettre les pieds sur la terre t matin au lever du soleil. »
ravaillée par les hommes. Il tourna, tourna et Sa haine des sifflements connue
se retourna toute la nuit, jusqu’à l’aube. désormais, il n’en faut pas pour autant oublier
Lorsqu’arrivèrent les maîtres du domestique, les autres habitudes du Bugul­Noz :
bien étonnés de le voir resté debout en plein « Le Bugul­Noz ? Dame, je ne l'ai jamais
champ, celui­ci leur dit « Le pâtre de nuit m'a vu ! J'ai entendu parler de lui. Je crois qu'il
empêché. Si j'étais allé sur la crière, alors était vivant, puisqu'il parlait […] Et il venait
j'aurais été à lui. Mais je suis resté au milieu dans les maisons, dans les villages dans la
du champ, et de cette façon il n'a pas pu campagne. Il avait les bras croisés, reposant
m'attraper. » l'un sur l'autre, une des paumes découverte,
Un homme revenait un soir de Plémet. En comme si on devait y poser quelque chose. Et
passant au pont de Renéac, il entendit siffler il ne parlait pas ; [il ne faisait] rien que rester
dans les landes, et répondit trois fois. debout […]. La maîtresse allait à la tourte,
Aussitôt, une forme humaine se trouva devant coupait un morceau de pain sur toute la
lui : longueur, mettait du beurre dessus et le
posait sur ses deux bras — au Pâtre de nuit —.

234
JDR & Cie ­ Aides de jeu "Le Bugul­Noz..."

Il disait alors : « II est bon pour vous que devenus des revenants, suppôts du Diable,
vous ayez su faire votre devoir, car sans cela je que rien ne distingue plus les uns des autres.
vous aurais moulue [menue] comme la Seuls l’américain Walter Evans­Wentz et
cendre dans la cheminée. » » l’elficologue Pierre Dubois ont, à mon humble
— Récit collecté à Kerdeff le 24 décembre avis, saisi la nature du Bugul­Noz : « ce n’est
1912 pas un esprit maléfique, il presse les bergers
attardés à regagner leur foyer, à quitter les
Bugulnozlogues et collectages territoires qu'il hante avec les esprits de la
nuit ». Un avis rejoint par Claudine Glot : la
Différents collectages en Bretagne nuit appartient aux esprits, le jour est aux
permettent d’assembler les histoires au sujet hommes…
de cette créature si méconnue. Paul Sébillot
relève déjà une confusion avec le loup­garou. …et désormais ?
Joseph Frison en rassemble pour la Revue
des traditions populaires : Le petit Reste­t­il des morbihannais pour croire
boudeur en avril 1908, Le berger de nuit au pâtre nocturne ? L’elficologue Pierre
en juillet 1910, Le Bugul­nôz en novembre, Dubois en parle naturellement dans sa
et La délivrance du Bugul­nôz en février Grande encyclopédie des Lutin, après
1911. Un domestique d'une vingtaine d'années des décennies d’oubli. Plus surprenant, dans
lui apprend qu'une de ces créatures hantait l'ouvrage récent de Faery Wicca écrit par
jadis l'église de Cléguer. La croyance est Edain Mc Coy, le Bugul­Noz est assorti d’une
cependant en voie de disparition : un paysan description improbable : dernier de son
de Lorient, qui dit avoir entendu parler du espèce, laid et peiné, il pousse des cris pour
pâtre nocturne, avoue ne plus guère s'en avertir les gens de son approche et ne pas les
souvenir. Un oiseau chanteur, peut­être ? effrayer. Le monstre du jeu vidéo Final
Joseph Frison se fait dire qu’une de ces Fantasy XI, par contre, n’a plus de « Bugul­
créatures habitait avec sa conjointe du côté Noz » que le nom.
d'Hennebont. Yves le Diberder s’intéresse Une version de cette légende est affichée sur
rapidement aux traditions du pays vannetais, le chemin de randonnée de Pont Augan, à
collectant contes et textes de chansons à Quistinic, le Bugul­noz ayant donné son nom
partir de 1912 dans le Kemenet­Héboé, le à un trail depuis Sarzeau. La quatrième
Porhoët, et la presqu'île de Rhuys. Plus tard, il édition s'est tenue en 2011. Moins connu,
recueille des histoires marines auprès de Bugul­Nos est un groupe de métal qui a
Stéphanie Guillaume, ouvrière d’usine à autoproduit un album, Night Shepherd, le 18
sardines et conteuse qui lui livre ses récits de décembre 2010. BugulnoZ prod est, enfin,
Bugul­Noz. Ces écrits restent longtemps dans un label expérimental indépendant pour faire
l’ombre, mais Terre de Brume les publie connaître les groupes musicaux dans la région
depuis 2000. de Landerneau­Daoulas.
En 1914, le chanoine J. Buléon mène une
enquête dans la Revue Morbihannaise de
février, et relève de notre pâtre nocturne un
portrait brouillon, né de la confusion entre
plusieurs récits. Ici, le chapeau de l’Ankou, là,
les métamorphoses du garou, en bas,
quelqu’histoire de fantôme... François Cadic
note en 1922 que le Bugul­Noz, les
Kannerezed­Noz et les Hopper­Noz sont tous

235
JDR & Cie ­ Aides de jeu "Le Bugul­Noz..."

Bibliothèque (presque complète) du Bugulnozlogue

• Bulletin de la Société archéologique du


Morbihan, La Société, 1858, p. 64
• Carnac et ses alentours (guide du voyageur).
Douze gravures et une carte, E. Grouhel, 1878, p. 28
• Walter. Y. Evans­Wentz, The Fairy­Faith in Celtic
Countries, Forgotten Books, 1977 (1re éd. 1911), p. 167­168
• Yves Le Diberder, « Bugul­Nôz et Loup­Garou », dans
Annales de Bretagne, vol. 28, no 28­4, 1912, p. 559­584
• Faculté des lettres de l’université de Rennes, Annales
de Bretagne, Volume 77, Plihon, 1970, p. 621
• Anatole Le Braz, La légende de la mort chez les
Bretons armoricains, volume 2, Laffitte Reprints, 1982, p.
223
• Albert Moxhet, Ardenne et Bretagne: les sœurs
lointaines, Mythes, légendes, traditions, Éditions
Mardaga, 1989, p. 66
• Gaël Milin, Les chiens de Dieu: la représentation
du loup­garou en Occident, XIe­XXe siècles, volume
13 de Cahiers de Bretagne occidentale, Centre de recherche
bretonne et celtique, Université de Bretagne occidentale,
1993, p. 168
• Pierre Dubois (ill. Roland et Claudine Sabatier), La
grande encyclopédie des lutins, Hoëbeke, 1992, p. 72
• Yann Brekilien, Les mythes traditionnels de
Bretagne, Éditions du Rocher, 1998, p. 181
• Yves Le Diberder, Michel Oiry et Donatien Laurent, Contes de sirènes, Terre de Brume
éditions, coll. « Bibliothèque celte », 2000 .
• Yves Le Diberder, Michel Oiry et Pierre Cadre, Contes de korrigans: Bugul­noz,
Groah & autres contes merveilleux, Terre de brume, coll. « Bibliothèque celte », 2001,
287 p.
• Edain McCoy, A witch's guide to faery folk: reclaiming our working
relationship with invisible helpers, Llewellyn's new age series, Llewellyn Worldwide,
1994, p. 193
• Paul­Yves Sébillot, Mythologie et folklore de Bretagne, Rennes, Terre de brume,
1995, p. 205
• Divi Kervella et Erwan Seure­Le Bihan, Légendaire celtique : personnages
fantastiques des Bretons et autres celtes, Rennes, Coop breizh, 2001.

Tous mes remerciements à Claudine Glot, du centre de l’imaginaire arthurien, pour ses
précieux conseils.
Amélie Tsaag Valren

236
JDR & Cie ­ Aides de jeu "Le Bugul­Noz..."

Bugul­Noz – Caractéristiques pour L'appel de Cthulhu V6

FOR : 14 Mouv : 9
CON : 12 Pv : 8
TAI : 8 Pm : 1x PVR
INT : 11
PVR : 15 Impact +0

Armes :
Griffes : attaque 35% , dégâts 1D4
Dents : attaque 30%, dégâts 1D4
Si la créature mord ou griffe, un poison inflige ­10% par tour sur toutes les actions
physiques. Pour résister, la cible doit réussir un jet d'opposition en CON.

Sorts
Instiller la peur : Ce sortilège glace d'effroi la cible. Il coûte 12 points de Magie. Le
sentiment d'effroi brutal et inexplicable fait perdre 0/1D6 points de Santé Mentale à la victime,
interrompant toute action. Pour sortir de cet état il faut réussir un jet de Volonté avec un malus
de ­15%
Hypnose : Si Bugul­Noz fixe droit dans les yeux sa victime, celle­ci se retrouve hypnotisée,
à sa merci. Pour résister il faut réussir un jet d'opposition de POUV. Sinon, elle se contentera
de se laisser emporter. L'hypnose coûte 8 points de Magie à la créature.
Métamorphose : À tout moment, dès lors qu'on le quitte un instant des yeux, le Bugul­
Noz peut changer de forme. Il peut prendre la forme de l'animal nocturne qu'il souhaite, même
s'il a généralement une préférence pour le loup. Il acquiert alors les caractéristiques de l'animal
tant qu'il en a la forme.
Ce sort lui coûte 12 points de Magie et assister à cette transformation ou en prendre
conscience inflige une perte de 0/1D6 point de Santé Mentale à la victime. Le Bugul­Noz
achève sa métamorphose au bout de deux rounds.

Les personnes qui disparaissent, emportées par le Bugul­Noz, réapparaissent deux jours
plus tard et rentrent chez elles normalement. Toutes les nuits, ils se transforment à leur tour en
Bugul­Noz et errent la nuit autour des villages et des troupeaux égarés. Pour se débarrasser de
cette malédiction, ils doivent être exorcisés. Lorsqu'ils prennent conscience de leur horrible
nature lycanthrope et des méfaits qu'ils causent, les maudits perdent 0/1D6 point de Santé
Mentale.

Aucune arme spécifique n'est nécessaire pour en venir à bout, les armes normales suffisent.
Cependant il n'approche pas des lieux où se trouvent des aubépines.

De la tombée du jour à minuit, le Bugul­Noz gagne 1 point de POUV par heure. Puis de
minuit à la tombée du jour il en perd 1 par heure jusqu'à revenir à son score initial. Plus il est
proche du paroxysme de la lune, plus ses sorts sont faciles à lancer.

Virginie Kali Gros

237
Petite musique pour créatures de la nuit

Thomas MUNIER, aka Pikathulhu, est l'auteur du jeu de rôle Millevaux. Il a aussi réalisé
100 chroniques de musiques sombres pour jeux de rôle sombres (A paraître en PDF), et met
toujours en ligne une nano­chronique d'album par semaine, tout cela sur
www.terresetranges.net.
Conseils additionnels : Stefff56

Petite musique pour créatures de la nuit... hostile. Cachés derrière les pianos et les
Bienfaisantes ou maléfiques, les créatures tentures comme dans le film "Les Autres", les
vivent dans ce monde qui nait quand le soleil murmures de fantômes étrangers vous
se couche. Certaines fuient les hommes, entraînent dans leurs souffrances et leurs
d'autres les convoitent comme amants ou récitations. "Impermanence", opéra pour
nourriture. Leur petite musique est soupirs et chambres closes de Meredith
différente, mystérieuse. Fascinante. Elle tire Monk. La curiosité l'emporte sur la prudence :
les enfants du lit, entraîne leurs parents dans vous franchissez des seuils interdits ; dans un
des ruelles sombres. C'est le premier signal, grand ronflement de musique néo­classique
avant une silhouette, une odeur... et se déversent flot de sangs, vieilles mortes
l'apparition. Votre vie ne sera plus jamais la lubriques, et amis imaginaires pour la bande
même. originale du "Shining" de Stanley Kubrick.
Votre demeure désobéit à la géométrie,
Ces habitantes de l'univers enfantin sont château baroque, palais des courants d'air. Le
tapies dans les coffres, sous les lits, tubercules chant d'une belle égérie qui pousse au
ensorcelés du film "Le Labyrinthe de Pan", meurtre et à la folie : Ennio Morricone tire les
croquemitaines du jeu de rôle "Little Fears". ficelles d'un théâtre grandiloquent dans le
"Un Petit coin d'ciel gris" giallo "Le Fantôme de l'Opéra" de Dario
de l'ensemble Klimperei, Argento.
tout en boîte à
musiques, Les harpies ont pris conscience de votre
comptines existence ! Elles vous pourchassent. Le temps
tristes et disparaît; vous n'êtes qu'un enfant prisonnier
percussions d'un cauchemar lysergique, escherien. Des
aigrelettes. animaux vous invitent à prendre le thé d'une
Apparaît un voix difforme. Des êtres abjects se disent
couloir dont humains, rois, chapeliers. Lewis Caroll au
vous ignoriez Pays des Cauchemars avec l'odyssée dark
l'existence, dans ambient "Alice in wonderland" de Randy
votre propre Greif.
maison. Tout un
labyrinthe Vous êtes enfin réveillé, glacé d'effroi.
domestique Vous courez dans les rues, à perdre haleine.
s'offre à vous, Vous sautez dans une rame de métro. Un
familier mais chassé­croisé urbain s'engage, contre des

238
JDR & Cie ­ Inspi' musique "Petite musique pour créatures de la nuit"

prédateurs sans visage, et leur maître John balles de démons plus tangibles. S.A de la
Carpenter les accompagne d'un simple clavier Nuit de Cristal, nervis du jeu de rôle
avec la bande son du film "Assaut". Cette ville "Hellywood" ou implacables Uberm du jeu de
est l'enfant du dédale. C'est trop tard. Les rôle "Warsaw", les créatures de la nuit
faeries contemporaines sont partout, elles revêtent des oripeaux humains pour célébrer
font la manche dans les stations, chantent la mort : épitaphe terrible du saxophoniste
dans des bistrots esseulés, pleurent le long de fou John Zorn dans l'album "KristallNacht".
quais tagués jusqu'à l'infini. C'est le jazz et le
field recordings de "[Mino]Taure", de Pierre­ Il faut fuir la ville. A tout prix ! La route
Yves Berenguer. est longue, un fil étrange et jazzy. Au bord du
chemin, visions hideuses sur fond de parkings
Vous avez pris une sortie au hasard. A la maudits, fatales dames blanches en goguette :
lueur des lampadaires au gaz, vous découvrez Angelo Badalamenti trace un road­movie sous
un sordide coupe­gorge de Whitechapel. Jack influence avec le score de "Mullholhand
l'Eventreur ! Le monument dark­ambient Drive".
"Metavoid" de Lustmord ouvre ses portes de Arrivé dans les villages et les forêts, pour
fog et de beffrois pour vous engloutir. C'est réaliser avec effroi que d'autres créatures, les
Mister Hyde et Moriarty qui dansent un mystérieux Feondas, en ont fait leur domaine
cabaret funèbre. Des dandys sans âge enlacés depuis la nuit des temps : bande originale du
dans les alcôves sous le feu de mille jeu de rôle "Les Ombres d'Esteren" par
chandeliers. Envolées romantiques et Delphine Bois. Sensations trop extrêmes
étreintes violentes du score de "Entretien avec d'une rave­party sauvage au fin fond des pays
un Vampire", par Elliot Goldenthal. Derrière de l'Est, rootsmen qui disparaissent corps et
les vitres des salons privés, il se trame des bien, regard blanc des raveurs, possession
soirées orgiaques dignes du film "Eyes Wide finale. "Terminal Static" de Broken Note vous
Shut". Lucifer en personne s'y convie, avec défonce dans son dubstep mortel.
faunes et succubes. "Words that go unspoken, On vous entraîne dans des caves.
deeds that go undone" du groupe black metal Personne ne vous entend hurler. Un bourreau
dandy Ackercoke, illustre la violence et la sans hâte vous torture. Autour de lui, le
sensualité victorienne. nouveau sabbat. Juste des damnés
entièrement nus et les formes de vie sans âge
Coule le sang des vierges. Des mains vous qui les dévorent au nom de rien. La plainte
tendent des pipes d'opium. Sourires de drone­sludgecore de « Things Viral » de
ténèbres. Des goules camées jusqu'aux yeux Khanate vous mutile au terme du snuff movie
se fixent avec votre sang. Dans les volutes de le plus lent du monde.
l'encens, des zombies sortent de terre et
déchirent vos vêtements. Le groupe stoner­ C'est la fin pour vous. On enterre votre
doom Electric Wizard en charrie la tourbe dépouille dans un cimetière gothique. La nuit
occulte dans l'album "We Live" et sa bouillie venue, de jeunes ados imprudents viennent y
de larsens. faire des jeux de rôles morbides dans une
chapelle. Vous, impuissant feu­follet, vous
Vous êtes encore vivant, c'est incroyable ! sentez les autres habitants des caveaux
Vous êtes réfugié dans un ghetto. Un géant s'approcher, s'approcher. Le dark ambient
d'argile veille et s'éveille. Le drone archétypal "Songs over ruins" de Desiderii
cathartique de Nadja résonne dans vos Marginis est là pour refermer lentement la
tempes avec l'album "Bug : Golem". Mais le tombe...
golem est d'un autre âge. Il tombe sous les
Thomas Munier

239
La fureur de Dracula : une critique Vampire (que tout)
Il entre dans ma chambre / Par la fenêtre ouverte / Se glisse sous mes draps (cula) / Me
caresse le ventre / Il me croit endormie / Je ne fais que sanglant / Je me tourne vers lui / Il me
montre les dents / Dradradracula… / Reste encore près de moi (cula) / Serre­moi dans tes bras
(cula) / Ne t’en vas pas déjà…

Raise Deads d’inviter ses victim… ses ami(e)s,


sous peine de devoir faire
La première fois que j’ai joué patienter tout le monde, mais
à La Fureur de Dracula, c’était c’est vrai qu’avec des bières de
en 1989, ce qui ne me rajeunit qualité on peut patienter…
sans doute pas, mais des siècles
l’avantage pour nous autres ahahAHAHarrharrh heum,
vampires, c’est que nous ne pardon.
voyons pas nos rides se
creuser dans le miroir vu « L’avantage du pieu en
que nous ne passons pas bois dans le cœur c’est que
devant. si c’est un vampire ça
La version 2007 que j’ai marche, et dans le cas
testée cet été (je déteste contraire ça marche aussi ».
l’été, c’est une saison fort ennuyeuse où les
jours sont trop longs) est une mise au goût du La Fureur de Dracula est un jeu semi­
jour, principalement du graphisme. De ce coopératif dans ce sens que l’un des joueurs
point de vue, rien à redire : le plateau est de va endosser le rôle du vampire tandis que les
qualité, les illustrations des cartes autres joueurs joueront les seconds rôles unis
magnifiques, et des pions variés et réussis contre lui pour le capturer et le détruire : Van
agrémentent le tout. C’est Gothique à souhait. Helsing (oui oui, le mec du film), Mina
Harker (cette sâââlôpe), Lord Godalming,
(aristocrate plein aux as) et ce bon Dr. Seward
Du côté du livre de règles, on se retrouve (des personnages issus directement du roman
avec un livret bien illustré, très clair de Bram Stocker). Pendant qu'ils traquent le
quoiqu'un peu dense mais pas macabre. De Comte des Carpates, celui­ci se carapate en
quoi tout comprendre sans erreur possible, tentant de créer de nouveaux vampires. Les
notamment grâce aux nombreux exemples chasseurs doivent tuer Dracula avant qu'il
fournis. Cependant, ne croyez pas qu'il vous n'ait créé six créatures de la nuit. S'ils y
sera pour autant possible de jouer parviennent, ils gagnent. Dans le cas
directement après avoir ouvert le cercueil, contraire, le Comte est bon.
euh… la boîte : les règles sont longues, la
mécanique un petit peu complexe, et si on Chaque joueur a devant lui une fiche de
n'hésite plus après les avoir lues (ou qu'on s'y personnage joliment illustrée. On retrouve
retrouve sans problème en cours de partie), il dessus son état de santé et ses capacités
vaut mieux anticiper et s'y atteler avant spéciales. Il possède également un

240
JDR & Cie ­ JDP "La fureur de Dracula"

personnage en plastique qu'il déplacera sur la alloués aux joueurs et par la diversité des
carte de l'Europe à la poursuite du vampire. tactiques à employer.

Le jeu connaît en principe deux phases : Une fois qu'un chasseur croise la route du
la recherche et l’élimination du vampire Comte, ou une des cartes placées sur sa piste,
le jeu s'accélère et Dracula est généralement
Un verre de rouge et au pieu ! trouvé assez rapidement. Enfin on dit bien
généralement ! Sur les deux parties test que
1ère phase : A la recherche de nous avons jouées, seule la deuxième a
Dracula. effectivement tourné de cette façon. Lors de la
première tentative j’avais été prié de faire le
Durant cette phase, les chasseurs vampire (quand on est une légende faut
parcourent l'Europe par la route, en train assumer) et du coup, comme mon deuxième
(interdit aux vampires) ou en bateau prénom c’est furtif, les chasseurs ont déclaré
(vampires acceptés mais ça les barbouille forfait après trois heures de recherches
quand même un peu) et la fouillent de fond infructueuses, deux tablettes de chocolat et
en comble – enfin je devrais peut­être dire de cinq litres de thé.
la cave au grenier ­ pour mettre la main sur le
Comte. Celui­ci se déplace également, « La nuit est chaude, elle est sauva­age, la
secrètement, de ville en ville. Il a devant lui nuit est belle pour ses otages ».
une piste (forcément sanglante) où il aligne
les cartes de lieux où il s'est rendu, ce qui lui 2ème phase : Baâastonnn !!!
interdit d'y retourner. A mesure que son
chemin s'allonge, il les récupère pour pouvoir Lorsqu'un chasseur se retrouve dans une
semer le doute sur son trajet. Sur chacune de ville où est également Dracula, ça saigne. Le
ces cartes, il peut poser des rencontres afin de système de résolution utilisé est relativement
créer de nouveaux vampires ou de mettre des bien pensé : chacun des opposants joue une
embûches sur le chemin des chasseurs. Dans carte action face cachée, on jette un dé, et le
les villes, les chasseurs peuvent s'équiper et vainqueur compare sa carte à celle de son
tirer des cartes événements, qui peuvent leur adversaire pour découvrir ce qu'il advient. Les
être bénéfiques ou aider au contraire Dracula. résultats peuvent aller de la fin du combat par
S'il utilise des principes de déplacement déjà la fuite, aux blessures ou à la mort.
utilisés dans d’autres jeux plus classiques, La
Fureur de Dracula possède une très grande L'issue du combat dépend en grande
variété de par les rôles très différents qui sont partie de l’heure qu’il est : savoir si le soleil
brille dans le ciel ou s'il fait nuit est très
important, le joueur incarnant Dracula ayant
beaucoup plus de pouvoirs la nuit et son sort
ne faisant pas vraiment de doute s'il se bat de
jour. Pour preuve : il suffit de trois jets de dés
bien sentis en un combat pour le liquider en
bonne et due forme. C’est exactement ce qui
s’est passé lors de notre deuxième partie test
qui a vu Dracu se faire trouer la peau par une
bande de vociférants chasseurs surarmés,
sentant la bière et l’animal, la bave aux lèvres,
des curly plein la bouche. Un spectacle

241
JDR & Cie ­ JDP "La fureur de Dracula"

horrible pour tous les protecteurs des espèces en voie de disparition.

A l’heure des comtes

Au final, on se retrouve donc en présence d’une semi réussite. Tout est fait pour rendre le
jeu attirant, avec de nombreuses possibilités au moment de la traque, un graphisme soigné et
pas mal de fun dans cette partie. Mais l'ensemble est gâché par la faiblesse de Dracula –
toujours sur les dents – et sa grande difficulté à semer ses poursuivants une fois repéré alliées à
la grande facilité pour les chasseurs de s'équiper de la tête au pied avec des fusils destinés à la
chasse aux éléphants et des balles en argent trempées dans de l’eau bénite.
Pour résumer, si vous ne disposez pas d’un super coyote pour jouer le fils des Ténèbres
(craignez les séances d’hypnose de cette sâââlopmphf de Mina !) il vous faudra utiliser les
règles additionnelles et ainsi faciliter la partie pour Dracula pour rendre ce rôle un peu plus
saignant et équilibrer les chances.

Davidalpha

242
JDR & Cie ­ JDP "Les Loups­Garous de Thiercelieux"

Les Loups­Garous de Thiercelieux

Les loups­garous connaître l’identité d’un autre joueur, les


de Thiercelieux est un loups­garous qui éliminent un joueur durant
jeu pour 8 à 18 la nuit et la sorcière qui peut décider une fois
joueurs qui pourra par partie de sauver la victime des loups­
facilement ravir tout garous et/ou d’éliminer un autre joueur. La
public : grands, petite fille dispose de la capacité de guigner
petits, minces, gros, durant la nuit afin de repérer les loups­
jeunes, vieux, garous.
fourbes, moches, Durant la phase de jour, les villageois
chevelus, poilus, bigleux. doivent délibérer afin de déterminer lesquels
C’est bien simple : vous pourrez même y faire d’entre eux ont profité de la nuit pour mettre
jouer votre petite sœur ! un terme à la vie de l’un des leurs. Une fois un
vote de circonstance réalisé, la victime du jour
Développé sous la houlette de Philippes est alors conduite au bûcher : fumée blanche
de Pallières et d’Hervé Marly, le jeu s’est pour les honnêtes villageois, hurlements
enrichi depuis 2001 de deux compléments : atroces et fumée noire pour les infâmes loups­
un premier intitulé Nouvelle Lune (2006) et garous. Pour conduire les délibérations au
un second intitulé Le Village (2009). mieux en début de jeu, un maire est
Permettant des parties rapides mais généralement désigné afin de
riches en émotions. Les Loups­ trancher en cas d’égalité lors des
Garous de Thiercelieux est votes.
devenu un jeu de référence lors
des sorties de classe, en Vous l’aurez compris, le jeu
colonies de vacances ou tout n’est pas très difficile à mettre en
autres prétextes permettant de place et offre la possibilité d’être
réunir un groupe. de courte durée. De multiples
adaptations y ont ensuite été
Décomposé en deux périodes apportées et plusieurs versions
bien distinctes, le jour et la nuit, le jeu sur forum peuvent également être
fait intervenir toute une série de personnages découvertes au gré du net. Ces dernières
dont les principaux sont les villageois, les comprennent généralement un certain
loups­garous, la voyante, la sorcière, la petite nombre de nouveaux personnages et peuvent
fille, le chasseur et cupidon. Chacun des parfois se décliner sous toutes sortes de
joueurs reçoit au début du jeu la carte thèmes: un voyage spatial, une réunion
correspondant à l’un des personnages familiale, une rencontre de la mafia, une
mentionnés et après avoir pris connaissance élection de la Star Academy…
de son identité, repose la carte face cachée sur En ce qui concerne les compléments, le
la table afin de ne pas révéler son rôle aux premier développé par les auteurs permet par
autres joueurs. La suite du jeu est marquée exemple d’ajouter toute une série
par l’alternance du jour et de la nuit. d’événements que vit le village et qui vont
Durant la nuit, tous les joueurs ferment bouleverser les votes. Cinq personnages en
les yeux et le conteur appelle tour à tour : plus peuvent également y être découverts
cupidon qui peut lier le destin de deux dont l’idiot du village qui ne pourra plus voter
joueurs, la voyante qui a la possibilité de s’il est démasqué par les villageois, le

243
JDR & Cie ­ JDP "Les Loups­Garous de Thiercelieux"

salvateur pouvant protégé un villageois l’ambiance qui permettra par exemple aux
durant la nuit, l’ancien du village qui a deux villageois de changer de village afin de fuir la
vies, le bouc émissaire éliminé en cas d’égalité vindicte populaire ou encore de gagner le
lors des votes et un joueur de flûte capable de village d’à côté pour voir si l’herbe y est plus
charmer tout le village. Enfin, en ce qui verte. Toutefois, pour utiliser cette version, il
concerne la seconde extension, elle offre la faut naturellement plusieurs conteurs et la
possibilité aux joueurs de bénéficier de coordination entre les conteurs peut se
pouvoirs supplémentaires au travers d’une révéler parfois hasardeuse, raison pour
fonction sociale particulière telle que fermier, laquelle il est important de définir à l’avance
confesseur, rebouteux, instituteur, boulanger, un secteur d’attente pour les voyageurs
barbier, bailli, tavernier ou encore châtelain. désireux de changer de village.
Néanmoins, au­delà de ces compléments,
il est aussi possible de distribuer aux joueurs Pour plus d’infos sur le sujet, je vous
des caractères (angoissé, ronchon, endormi, recommande…
saoul…) susceptibles de favoriser la Le site des auteurs du jeu et le forum
dynamique de jeu et de donner un accent officiel :
particulier à vos parties. De même, si vos http://mediaplan.ovh.net/~objectif/loups
joueurs sont aguerris, il est aussi possible de ­garous/base/htm/accueilR.htm
développer une version avec deux meutes
concurrentes souhaitant se partager un même
territoire de chasse, de ne plus révéler les
morts lors de l’élimination des joueurs ou
encore de corser l’affaire en ajoutant un Pierre Troillet
villageois félon qui compte du côté loups­
garous lors du décompte final. Les loups­
garous peuvent également acquérir des
pouvoirs supplémentaires. L’un d’entre eux
devient un loup­garou voyant ou un autre un
loup­garou corrupteur susceptible, à la place
de faire une victime, de transformer un
villageois en loup­garou une fois par partie.
Enfin, les villageois peuvent également
s’étoffer de nouveaux rôles comme le voisin
indiscret capable une fois par partie de
connaître l’identité d’un autre joueur ou le
marchand de sable qui rend impossible
l’usage de tous pouvoirs le temps d’une nuit.

En grand nombre, les loups­garous de


Thiercelieux est également jouable en mode «
Communauté des hameaux ». Cette option
permet de jouer à plusieurs villages qui
connaissent des interactions entre eux. Même
si la durée peut alors fortement s’allonger,
surtout si les débats durant les périodes de
jour ont tendance à s’éterniser, cette version
pourra apporter un réel développement de

244
© Pascal Vitte
Voilà un petit calendrier des sorties DVD/Blu­ray, des futures sorties ciné et des
événements cinéma de l’année 2012 (qui sera mis à jour à chaque numéro, cela va
de soit !)

Commençons par les sorties d’attendre le 27 Février 2012.


DVD/Blu­Ray…
Pèle mêle on trouvera en rayons :
Même si pour notre malheur, il ne ­ Green Lantern (janvier 2012)
contient pas le fameux director’s cut ­ Real Steel (Février 2012)
tant attendu, la version Blu­Ray du ­ Twilight­Chapitre 4 :
13ème guerrier (John Mc Révélation – Partie 1 (Mars
Tiernan) reste un must have pour la 2012)
qualité affichée et pour ses bonus. ­ Destination Finale 5 (Janvier
Disponible actuellement. 2012)

Cowboys et À présent, on passe


Envahisseurs (Jon aux sorties cinéma
Favreau) sera 2012…
disponible en janvier et il
faut avouer qu’il est pas Sachez­le, 2012 va
mal, pas mal du tout être une pure année de
même, surtout que ce cinéma.
mélange des genres
fonctionne franchement Prometheus
bien. A voir donc. (Ridley Scott)
Sortis le 08 Juin
The Thing (de 2012
Matthijs van Vous en avez rêvé,
Heijningen Jr.) Ridley Scott l’a fait, un
A défaut d’apporter film sur le Space Jokey,
de grands bouleversements à la version qui se déroule avant la quadrilogie
de Carpenter, cette version préquel se Alien…
laisse voir. Sort le 14 Février 2012. Le trailer visible ici !

Les Aventures de Tintin : Le Batman : The Dark Knight


Secret de la Licorne (Steven Rises (Christopher Nolan)
Spielberg) : que dire à part que c’est Juillet 2012
une tuerie et que ça va être dur Le dernier volet de la trilogie initiée
246
par Nolan, du pur bonheur.
Le trailer visible ici !

The Hobbit : An Unexpected Journey (Peter Jackson)


14 Décembre 2012
La première partie du film tiré du livre Bilbo le Hobbit de J.R.R. Tolkien dont
l’histoire se déroule avant le Seigneur des Anneaux.
Le trailer visible ici !

On pourra voir également au


cinéma en cette année 2012 :

­ The Woman In Black : 14 Mars


2012
­ G.I. Joe Retaliation : 29 Juin 2012
­ Jack the Giant Killer : juin 2012
­ Battleship : mai 2012
­ The Wicker Tree : 27 Janvier 2012
­ John Carter : 09 Mars 2012
­ Avengers : 25 avril 2012

Et ça n’est qu’un avant­goût de ce qui nous attend cette année…

N’oublions pas les festivals…

Festival du film fantastique de Gérardmer


Du 25 au 29 Janvier 2012

Neuchâtel International Fantastic Film Festival (NIFF)


Du 06 au 14 Juillet 2012

Au moment où j’écris ces lignes, d’autres festivals n’ont pas encore donné
leurs dates 2012 comme le PIFF (Paris International Fantastic Film Festival), le
BIFF (Brussels International Fantastic Film festival) ou même le Festival
Européen du Film fantastique de Strasbourg…
A suivre donc…

Jonathan Barbier
247
La Planète des singes

Petit cours de rattrapage, de vous raconter de quoi


quoi c’est La Planète des parle le film.
singes ? Dans un laboratoire,
Non ce n’est pas un des scientifiques
traité évolutionniste (n’en expérimentent un traitement
déplaise aux sur des singes pour vaincre
créationnistes), c’est un la maladie d’Alzheimer. Mais
roman de SF écrit par un leurs essais ont des effets
français, Pierre Boulle, en secondaires inattendus : ils
1963, et de ce roman découvrent que la substance
seront tirées, à ce jour, utilisée permet d’augmenter
sept films. radicalement l’activité
­ La planète des cérébrale de leurs sujets.
singes (1968) – Franklin J. César est alors le premier
Schaffner. jeune chimpanzé faisant
­ Le secret de la planète preuve d’une intelligence
des singes (1970) – Ted Post. remarquable. Mais trahi
­ Les évadés de la par les humains qui
planète des singes (1971) – l’entourent et en qui il
Don Taylor. avait confiance, il va
­ La conquête de la planète mener le soulèvement
des singes (1972) – J. Lee Thompson. de toute son espèce contre l’Homme dans un
­ La bataille de la planète des singes combat spectaculaire.
(1973) – J. Lee Thompson. Voilà, l’histoire est posée, alors qu’en est­
­ La planète des singes (2001) – Tim il du film, me direz­vous ?
Burton.
­ La planète des singes : les origines Quid du film ?
(2011) – Rupert Wyatt.
(D’ailleurs la planète des singes fera Réalisé par Rupert Wyatt (« Ultime
l’objet d’un dossier dans un prochain numéro) évasion ») et doté d’un casting au poil (c’est le
cas de le dire), on retrouve James Franco (le
Mais c’est bien du dernier film dont il est bouffon vert dans « Spiderman » de Sam
question aujourd’hui (disponible en DVD et Raimi et dans « 127 heures » entre autres) en
Blu­Ray au moment où vous lirez ces lignes). scientifique qui tente de mettre au point ce
traitement contre la maladie d’Alzheimer
La Planète des Singes : Les Origines avant que son père (John Lithgow, parfait),
atteint de celle­ci, ne soit totalement perdu.
Impressionnant, surprenant, émouvant, César, le singe de compétition qui hérite d’une
autant de qualificatifs possibles pour définir intelligence hors du commun, à cause des
LA surprise cinématographique de l’année recherches de J. franco, est joué par un Andy
2011…je m’emballe, je m’emballe, j’en oublie Serkis (Gollum dans « Le seigneur des

248
Cinéma & TV ­ L'oeil critique "La Planète des singes"

anneaux », King Kong dans « King Kong » et plus d’être facile, ne fait que renforcer la
également réalisateur deuxième équipe dans frustration du spectateur.
le film « Bilbo le hobbit » en tournage
actuellement) transcendant ; on retrouve Pour clore ma prose, je ne dirai qu’une
également Tom Felton (vous savez, ce sale chose, ce film est bon et il mérite d’être vu et
morveux de Drago Malefoy dans « Harry apprécié (et même si votre femme n’aime pas
Potter ») en gardien de prison de singes (un la SF, proposez­lui car SF ou pas elle risque de
rôle de sale morveux, encore) et une tripotée l’apprécier, testé auprès de plusieurs femmes
de seconds rôles pas toujours bien utilisés qui n’aiment pas le genre).
comme Frida Pinto, Brian Cox, etc…

Côté technique, rien à dire, les cadres Anecdotes ?


sont propres, pas particulièrement originaux Quelques petits clins d’œil aux premiers
mais qui servent admirablement le jeu de films sont visibles dans cet opus, sur la photo
Serkis (ses regards, mon dieu ses regards). ci­contre certains reconnaitront une scène
Une musique également propre mais dont le déjà vue auparavant, on trouve également
thème ne marquera pas les esprits. mention d’une mission spatiale en direction
Les effets spéciaux, tout simplement de Mars qui…disparaît (souvenir souvenir).
énormes, rendent César et ses comparses
simiesques plus réels et tangibles que les Jonathan Barbier
schtroumpfs géants d’ « Avatar ». Ajoutez à ça
le jeu dantesque de Serkis qui rend ses lettres
de noblesse au mot expressivité et vous
obtenez la créature virtuelle la plus réelle à ce
jour, qui de surcroît éclipse totalement les
autres personnages (ce qui est le but), car ne
vous y trompez pas, le héro du film est bien
César.

César le grand qui, contrairement à son


modèle humain, ne se lance pas dans une
guerre sanglante mais plutôt dans une
émancipation de son espèce par la fuite en
évitant au maximum de tuer (César était un
conquérant mais par le sang et les batailles,
juste à l’inverse du César du film)… Et là on
arrive à la fin du film et tout cet enchainement
nous porte vers ce moment précis où après
s’être libéré, le singe va combattre pour ses
droits, mais non voyons ça ne sera pas pour ce
film.
C’est sûrement une des fins les plus
frustrantes de l’histoire du cinéma : attention,
cette fin en elle­même est bien mais laisse un
goût amer dans la bouche, nous laissant là,
pantelant, presque assommé par l’intensité
des dernières minutes du film qui s’arrête de
manière si abrupte, avec pour seule
consolation une pauvre conclusion qui, en
249
Welcome to Hoxford

Dès aujourd’hui dans nos pages vous trouverez une critique d’un Fan Film ou d’un court
métrage, car c’est aussi du cinéma et bien souvent ces films n’ont pas à rougir face à leurs ainés
les longs métrages…
Pour inaugurer cette nouvelle ère nous allons nous intéresser au Fan Film WELCOME TO
HOXFORD.
Tout d’abord, il faut savoir que Quid du film ?
«Welcome To Hoxford » est à la base un
comic book crée par Ben Templesmith (« 30 Réalisé par Julien Mokrani qui n’en est
jours de nuits », « Wormwood », entre autre) pas à son coup d’essai car on lui doit déjà le
datant de 2009, la version française est éditée fan film « Batman : Ashes to Ashes », «
par Delcourt depuis 2010. Welcome To Hoxford » est doté d’un casting
La version qui nous intéresse ici est relativement béton.
l’adaptation NON OFFICIELLE réalisée par Jason Fleming (« Snatch », « X Men
Julien Mokrani. First Class ») incarne un Raymond Delgado
illuminé et pas franchement seul dans sa tête
Welcome To Hoxford. (la scène du rat), Arben Bajraktaraj (« Harry
Potter et l’ordre du phénix », « Harry Potter
Raymond Delado n’est pas un et les reliques de la mort ») ou encore
prisonnier ordinaire… Dexter Fletcher (« London
Dans ses bons jours il prendra Underworld », « Layer Cake »)
le temps de vous expliquer qu’il est complètent le tableau.
le fils de Zeus avant de vous
trancher la jugulaire. Dans ses Un projet propre et sans
mauvais jours, vous n’aurez bavure qui dénote un peu dans
même pas le temps d’appeler à le décor cinématographique
l’aide. actuel au vu des productions
Après un nouvel « incident bâclées, des remakes
», Raymond est transféré à catastrophiques et autres
Hoxford, une institution joyeusetés qui pullulent depuis
pénitentiaire et psychiatrique quelques temps déjà.
reconnue pour ses méthodes Servis par un Fleming, version
radicales. Hannibal Lecter sans limite, caché
À Hoxford, Raymond n’est pas le derrière une paire de lunettes miroir qui
seul prédateur… sert d’accroche lumineuse (et remplace plus
À la tombée de la nuit, un soir de pleine ou moins les yeux rouges flamboyants
lune, des hurlements bestiaux transpercent habituels des monstres), le tout renforcé par
les ténèbres de la cour de prison. C’est l’heure une lumière efficace et des décors on ne peut
de la chasse ! plus glauques.
Alors que les autres prisonniers se En parlant de décor et de lumière, on
recroquevillent dans un coin de leurs cellules notera que la vidéo de présentation de la
sombres en tremblant de peur, Raymond, lui, prison, associée aux décors désertiques, nous
se fend d’un sourire, anticipant la renvoie directement à d’autres univers comme
confrontation. celui de « Fallout » (imagerie années 50 et
Enfermez une bête humaine avec un monde post­apocalyptique futuriste). De
monstre légendaire, à votre avis… manière générale de nombreux éléments
Qui va dévorer qui ? (décors principalement) renvoient à cette

250
Cinéma & TV ­ L'oeil critique "Welcome to Hoxford"

Amérique imagée et idéalisée des années 50.


Les passages de délirium (ou pas) de Raymond sont juste sublimes, le lion et autres
manifestations « divines » sont renforcés par un halo de cuivre et d’or (m’on fait penser à
certains passages de « The Fountain », entre autres) qui magnifie ces moments, alors qu’ils se
devraient d’être angoissants dans un film de prison normal.
On en arrive au SFX (effets numériques et effets physiques) qui sont propres même si on
peut noter une certaine faiblesse des effets numériques lors du périple en bus (manque de
finesse de certaines textures, mouvements de caméra trop propres pour être réels) mais pour
un fan film le niveau général des effets est
impressionnant, ils jouent leur rôle et ça c’est pas
donné à tous les films.
Le seul bémol : c’est un fan film, donc court,
dont le final nous laisse un peu sur notre faim
(surtout si vous avez lu le comic book, en gros le
film reprend le 1er quart de celui­ci) mais bon, ne
boudons pas notre plaisir.

Pour clore ma prose, Messieurs les producteurs donnez les moyens à ce jeune homme de
faire du long métrage, car s’il les conduit de la même manière que « Welcome To Hoxhord »
alors nous pouvons nous attendre à de purs moments de cinéma…

Lien : http://www.welcometohoxford­thefanfilm.com/
Jonathan Barbier

­ Tintin et le secret de la licorne (2011)


de Steven Spielberg
avec Jamie Bell, Andy Serkis, Daniel Craig

Bon, vous pensiez qu’on pouvait s'attendre, vu le


réalisateur et le budget, à un film prenant et intéressant ?
Point du tout, il n'en est rien, ce tout nouveau film
d'animation est de mauvaise facture, déçu je suis, tant par
le scénario que par l'intrigue ; l'histoire est bien trouvée en
elle­même, mais le film, dans sa réalisation, manque de
ténacité et d'engouement, on s'y perd assez vite, dommage,
fort dommage.

Pour un film d'animation qui se devait de relever le


défi d'être à la hauteur, le spectateur reste sur sa faim, il y a
de la longueur et du non abouti ; pour la somme en
millions de $, on pouvait s'attendre à beaucoup mieux, je
suis déçu par cette réalisation, avec des coutures
apparentes et une efficacité visuelle qui laisse le spectateur
sur sa faim. De plus, la tournure du scénario aurait pu être
à la hauteur, mais non... tristounet...
251
Cinéma & TV ­ L'oeil critique / Critiques éclairs

­ Pirates des caraïbes, la fontaine de jouvence (2011)


de Rob Marshall
avec Johnny Depp, Penélope Cruz

Voici un nouvel opus qui ne déroge pas au parfum de la série


"Pirates des caraïbes", oui, on connait la chanson... et elle se répète
au travers de chaque épisode. Niveau envergure du film en lui­même,
oui c'est bien rôdé et en général ça fait son effet, certes les effets
spéciaux aidant, et le surf sur cette saga qui en est au 4ème épisode.
Le succès est au rendez­vous, oui l'ambiance est plus ou moins
répétée, avec quelques changements au niveau de l'histoire, mais au
niveau du film on reste un peu sur sa faim, le spectateur ne devra pas
s'attendre à du Vrai nouveau. En fait on ne peut que s'attendre à une
suite calquée et sans grandes réelles nouveautés , alors oui si on aime
le genre on fonce tête baissée, c'est du vrai divertissement, bien
tourné, bien monté, bien joué, sans nul doute.

­ Cowboys & envahisseurs (2011)


de Jon Favreau
avec Harrison Ford, Daniel Craig

Oui... voilà un film qui nous change de tous les autres, un film qui
propose une approche différente sur les scènes et aussi sur le jeu des
acteurs.
Ce long métrage se laisse regarder à l'aise : de l'humour, de l'action
souvent inattendue sur la forme et sur le fond aussi, il y a de l'idée et de la
fraicheur, c'est agréable à regarder et de plus c'est plaisant, car bien tourné
et bien réalisé (la patte du réalisateur est sans conteste et elle se veut
nouvelle dans son approche).

­ Priest (2011)
de Scott Charles Stewart
avec Paul Bettany, Karl Urban

Un excellent film d'action, qui mêle un style d'action d'un nouveau


genre via les effets visuels à la manière dont sont amenées les scènes. Il y
a du suspens, oui, mais tourné de manière "autre", il y a des touches
inattendues et bienvenues.
J'ai bien aimé ce film, il se laisse regarder, c'est un vrai plaisir à
voir à l'écran, il y a de l'idée, des nouveautés, des scènes filmées avec ce
nouvel essor et le tout est fort bien réussi.

À voir sans retenue pour qui apprécie action et SF alliées à une sorte
de péplum new age, il y a là du vrai nouveau dans ce film !

John L.
252
Film : Blade Runner

Origine : USA
Genre : Science­Fiction,
action
Sortie cinéma : 1982 (5
versions originales existent
pour ce film)

Durée : 1h49

Budget : ~ 28 millions de $

Tournage : ?

Distribution : Warner Bros

Réalisateur : Ridley Scott

Musique : Vangelis
Balde Runner : avant­propos
Acteurs principaux :
Blade Runner est un classique du Harrison Ford, Rutger Hauer, Sean Young, Daryl
Hannah, Emmet Walsh, Edward James Olmos
genre SF.
L'atmosphère, le style visuel et sonore Dans ce film SF, il y a aussi cette étrange
qui sont dégagés dans ce film sont de toute impression qui se dévoile tout au long de
beauté, oui, mais il y a une touche qui vous l'histoire et qui tend vers une morale qui est
porte, alors... laissez­vous aller et revoyez ou parfois, selon qui... à moitié perçue, car
découvrez ce long métrage SF qui est jamais encore une mise en scène de telle
vraiment à part. envergure n'avait été mise à l'écran.
Blade Runner a été diffusé pour la II
première fois sur les écrans ciné au début des
années 80. L'histoire du Film :
« Phénoménal et onirique » avait titré
une revue ciné lors de la sortie de ce film ! L'histoire se passe dans un futur plus ou
moins proche (en 2019 selon le scénario du
Les prises de vue dans ce film plongent le film, mais le livre donne une autre variable
spectateur dans une ambiance fluide et d'époque).
intrigante à souhait.
Les images mixent des plans nouveaux Le visuel des premières minutes du film
(pour l'époque) alliant des prises de vues, des est assez excellent, oui il y a de l'idée, de la
angles, des lumières, et même des fumerolles. recherche via les plans et les détails, sans en
Avec le film Blade Runner, oui il y a de montrer de suite trop ; l'on est
l'action et du suspens, sans aucun doute, immédiatement comme happé par cette
comme on aime, mais au­delà, il y a un entrée dans un monde futuriste qui vous
quelque chose de différent, la vision d'un berce par une b.o. magique, signée Vangelis.
réalisateur qui a osé apposer une formule «
autre » sur l'écran et cette différence vaut le Le début du film vous immerge d'emblée
détour.
253
Cinéma & TV ­ Zoom sur "Blade Runner"

et le ton est alors donnée : nous sommes extrapolation SF ?


plongés dans un univers qui se situe à mi­
chemin entre le réel et le subjectif, tout en Le sens et l'aspect du scénario porté à
restant par moment à la limite du plausible. l'écran laisse place ouverte à l'imaginaire qui
est embaumé par un décorum hors norme
Les premières scènes sont tournées de ainsi que par un jeu de rôles qui colle pile poil
manière à donner une vue d'ensemble depuis à l'univers du film.
le ciel (vision panoramique de nuit d’une ville
du futur, survolée depuis une navette de Le style et la qualité de la mise en scène
transport). sont de tout premier ordre.
Voici un opus SF qui propose une
La première demi­heure du film nous excellente scénographie dopée par un
renvoie vers une étrange impression, un peu montage qui est effectué avec grand soin, cela
mystique, et c'est voulu. se remarque sans effort.
L'ambiance visuelle et sonore ouvre une
atmosphère bien particulière et le spectateur Le scénario de ce film propose de vivre
est alors dirigé vers un nouvel une suite de scènes qui sont bien ficelées.
environnement, un espace dont on peine à Blade Runner vous emmène et vous
définir les limites... oriente vers des environnements bigarrés, tels
La bande son est vraiment superbe, elle des sous­sols, des galeries, des clubs, des
colle pile poil avec les images, c'est une fusion bâtiments abandonnés, des centrales, des
entre le visuel et le sonore et cela plaît, car rues, des appartements, bref, une porte vers
l'alliance est fort bien réussie. divers styles de lieux qui bercent l'ambiance
du film. À cela vient s’ajouter la qualité de jeu
Info : des personnages qui sont tantôt intrigants,
À l’origine, Blade Runner est une histoire tantôt mystérieux, et interprétés par des
(le scénario) qui est directement inspirée par acteurs « investis » et bien choisis ; de plus la
le roman de Philip Dick « Blade Runner ­ mise en scène s’avère de bonne facture
1966­68 » (« Does androids dream of electric (montage et choix des prises de vues).
sheeps » en v.o.).
III
Le réalisateur Ridley Scott a donc choisi
d'adapter à sa sauce bien à lui ce roman et son Blade Runner : Le Film
approche est juste excellente via ses visions
plurielles.

La mise en scène est visuellement épurée


mais elle propose toutefois quelques petits
clins d'œil (via des films et ouvrages SF
passés) à repérer... pour les puristes.
L'histoire de ce film est fouillée et bien
prenante, cela ne fait nul doute, même s’il y a
parfois des couacs.
Le film débute par la vision d'une ville
Interro surprise : futuriste, vue du ciel.
Le sens « 3ème » de ce film s'approche t­ Les premières séquences montrent un
il, oui ou non, d'une prime Dystopie (utopie) ? univers étrange et intriguant, les images
Ou est­ce une forme d'exo­anticipation immergent le spectateur dans une ambiance
au­delà de la simple utopie, relatant juste une colorée teintée par une atmosphère sombre et

254
Cinéma & TV ­ Zoom sur "Blade Runner"

qui dès les premières images donne une IV


perspective.
Le film narre l'aventure d'un groupe de
Les êtres humains ont la possibilité réplicants de dernière génération qui se
d'émigrer vers de nouvelles colonies, vers de retrouvent confrontés à leur destin.
nouvelles contrées, vers de nouveaux aspects Le chef de ce petit groupe sent le besoin
de la communauté humanos et ils découvrent de retrouver son créateur.
et expérimentent des choses... Via les diverses scènes du film, la
confrontation entre eux et Rick Deckard nous
Le pitch du film, en quelques mots... donne à vivre une aventure palpitante et
Le film se déroule dans différents décalée, tant dans la manière d'amener les
quartiers de la ville de Los Angeles, dans un situations que par un ensemble de détails
futur approximatif et relatif. Il nous montre dont on est friand, si bien sûr l'on aime les
l'aventure d'un flic intègre (Rick Deckard ) films SF (je parle de ceux qui se démarquent
d'un genre un peu particulier, car il est un par leur effets, par leur nature, par leur sens).
Blade Runner et son job consiste à repérer les
réplicants insoumis arrivés récemment sur la Blade Runner est un film SF qui nous
Terre (des être hybrides et non humains) qui propulse dans un futur immédiat alternatif
forcément sortent du rang... qui mixe divers aspects de notre monde actuel
Les réplicants rebelles se nomment avec des connotations à la limite du réel et
usuellement « des renégats » ou « des pourtant...
déviants » et ceux de la dernière lignée, les L'amalgame entre les possibles et les
Nexus 6, sont particulièrement aboutis et très éloges du monde actuel nous fait vivre une
difficiles à repérer. version altruiste du post­présent et ceci est
Rick, le « chasseur de réplicants », se voit fort attirant.
alors confier une mission particulière qui L'appréciation est libre et le résultat final
consiste à découvrir, dans un premier temps, se laisse regarder sans arrière­pensées, on se
si une femme (ciblée) pourrait être une laisse porter vers cet univers d’un autre
réplicante : elle répond au nom de Rachel, et temps, un poil différent, car logé à des
elle est réellement une réplicante, mais elle ne décades de notre réel et c'est un peu comme
s'en souvient plus... une rivière qui plonge dans le vide et qui
Le doute est dans la place, Rachel pense forme une nouvelle forme de courant à son
sincèrement qu'elle est une humaine mais elle arrivée sur une nouvelle Terre...
va devoir tout de même passer le test du pre­
cog afin de déterminer qui elle est vraiment et La chaleur des couleurs et la qualité des
le résultat du test va déterminer la suite des décors alliés à une musique qui vous porte et
évènements... vous emmène au cœur du film ne vous laisse
pas indifférent.
Qui sont au juste les « réplicants » ?
Ce sont des êtres hybrides d'un nouveau Les décors des rues, des lieux et autres
genre (plusieurs générations existent) qui souterrains, plus le visuel général (bâtiments,
sont conçus génétiquement (créés par la espaces aériens, engins volants, gadgets,
Tyrell Corporation, qui contrôle les ¾ des etc...) sont très très bien mis en scène, de la
systèmes a.i.). Le résultat est assez incroyable, qualité il y a et oui, on a envie d'entrer dans
en effet, cette alchimie permet de créer des cette dimension.
clones / hybrides humanoïdes, qui sont en
tout point identiques aux vrais êtres humains, Un excellent film, à voir ou à revoir !
à ceci près qu'ils possèdent des facultés
physiques hors du commun.
John L.
255
Avec un numéro dédié aux créatures de la nuit, il aurait été impensable de passer à côté de
la Hammer Film Productions. Loup­Garou, Vampire, Frankenstein et sa créature, la
Momie… ils y sont tous passés, marquant à jamais les esprits grâce à la Hammer…

La Hammer : Un scénario Bernard


complexe… Quatermass (un cycle
de SF, et oui, la
William Hinds fonde La Hammer en Hammer ne fait pas que
1934, en 1935 il crée, avec Enrique Carreras, « dans l’horreur).
Exclusive », une société qui assure la ­ Le Monstre
distribution des films produits par la (1955).
Hammer. ­ La Marque (1957).
Les deux sociétés sont reprises par ­ Les Monstres de l’espace (1967).
Michael Carreras et Anthony Hinds (fils tous
deux des créateurs originaux) en 1938 (suite Frankenstein.
au dépôt de bilan survenu en 1937) puis mises ­ Frankenstein s’est échappé (1957).
en sommeil durant la deuxième guerre ­ La revanche de Frankenstein (1958).
mondiale. ­ L’empreinte de Frankenstein (1964).
C’est dans les années 50 que la Hammer ­ Frankenstein créa la femme (1967).
va marquer le monde de son empreinte, aidée ­ Le retour de
de grands réalisateurs comme Terence Fisher Frankenstein (1969).
et d’acteurs tels que Christopher Lee et Peter ­ Les horreurs
Cushing. Cela va durer jusque dans les années de Frankenstein
70 où la Hammer s’est obstiné face à des (1970).
Rosemary’s baby, La nuit des morts­vivants ­ Frankenstein
ou même L’exorciste : nouvelle époque, et le monstre de
nouveaux publics, et la société ne s’en est pas l’enfer (1974).
remise (ne cherchez plus le tueur, c’est Sam
Raimi avec son film dans la salle à manger Vampires.
!)…Malgré quelques soubresauts dans les ­ Le cauchemar de Dracula (1958).
années 80, la bête semble bien être morte, ­ Dracula, prince
enfin il semble, non ? des ténèbres (1966).
­ Dracula et les
Un Cycle, des Cycles… femmes (1968)
­ Une messe
La Hammer est caractérisée par des pour Dracula (1970).
suites et autres spin­off, nombreux, de qualité ­ Les cicatrices
variable. À tel point qu’un classement par de Dracula (1970).
cycles s’impose, dont voilà une partie. ­ Dracula 73
(1972).
­ Dracula vit toujours à Londres (1974).
­ Les 7 vampires d’or (1974).

256
Cinéma & TV ­ Thema : La Hammer

­ Les maîtresses de Dracula (1960). Préhistoire.


­ Le baiser du vampire (1963). ­ Un million
­ The vampire lovers (1970). d’années avant J.C.
­ Lust for a vampire (1971). (1966).
­ Les sévices de Dracula (1971). ­ Les femmes
­ Comtesse Dracula (1971). préhistoriques
­ Le cirque des vampires (1972). (1968).
­ Capitaine Kronos, tueur de vampires ­ Quand les
(1972). dinosaures
dominaient le monde (1970).
Satanistes.
­ Tout près de Satan
(1959). La nuit du loup­
­ Les vierges de Satan garou (1961) se
(1968). contentera d’un solo
­ Une fille…pour le mais d’autres genrse
diable (1976). de film aurons leur
cycle chez la Hammer,
comme Robin des
Bois…
La Momie. Caractéristiques des
­ La malédiction des films de la Hammer Film
pharaons (1959). Productions…
­ Les maléfices de la momie
(1964). Ce qui fit la force des films
­ Dans les griffes de la de la Hammer, pourrait de nos
momie (1967). jours passer pour quelque chose
­ La momie sanglante (1971). de commun mais ne vous y
trompez pas, à l’époque ils ont su marquer au
fer rouge les esprits et le cinéma de manière
générale…
Docteur Jekyll. Quand on parle de la Hammer, on parle
­ Les deux visages d’horreur gothique, de monstres tel Dracula,
de docteur jekyll (1960). et même d’un brin (voire carrément)
­ Docteur Jekyll et d’érotisme…
sister Hyde (oui vous Une demeure isolée (un manoir ou un
avez bien lu, 1971). château de préférence) ou tout autre décor
bien glauque (cimetière, crypte, laboratoire
secret), une jeune femme pure et innocente
(un mythe que cela !), le surnaturel
(fantômes, monstres en tous genres, magie,
She. etc.), la religion souvent (en bien ou en mal).
­ La déesse Voilà certains des éléments qui définissent
du feu (1965). l’horreur gothique, et la Hammer par la même
­ La déesse occasion !
des sables (1967). Mais allons plus loin encore dans les
productions Hammer, le public ressent une

257
Cinéma & TV ­ Thema : La Hammer

forte empathie pour le monstre qui se retrouve quelque part être le héros (le monstre est plus
humain que les hommes eux­mêmes et à l’inverse, ceux­ci sont la plupart
du temps assez inhumains).
Le style et l’élégance britanniques sont une autre marque de fabrique
estampillée Hammer et Christopher Lee en est l’ambassadeur avec ses
prestations de Dracula (je dirais même qu’il a la classe !)
Habitué aux torture­porn que vous êtes, la vision d’un peu de sang à
l’écran ne vous émeut pas et pourtant, à l’époque, faut avouer que c’était
pas courant (surtout en couleur) et ça a marqué les esprits. Et enfin une
petite dose de tension sexuelle palpable au début (puis carrément
érotique par la suite) qui, à défaut de changer drastiquement la donne,
apporte un soupçon de charme à l’ensemble sans tomber pour autant
dans le vulgaire (bein oui, c’est des Anglais faut pas abuser non plus).
C’est tout cela et bien plus encore qui a fait la Hammer de l’âge d’or même si ces principes
se sont heurtés à une horreur plus réaliste, plus contemporaine, plus violente également qui a
eu la faveur du public dès les années 70 au détriment des productions Hammer.
Et maintenant ?

Hammer est de retour à la production depuis quelques années avec des films comme
Beyond the rave de Matthias Hoene (2008), Let me in de Matt Reeves (2010), The resident de
Antti Jokinen (2011) et Wake wood de David Keating (2011) ; mais c’est, je pense, avec The
woman in black (2012) de James Watkins, avec Daniel Radcliffe (Harry Potter, pour les deux
du fond qui ne suivent pas !), que la Hammer va amorcer un vrai retour dans le monde
merveilleux du cinéma…

Si vous voulez en savoir plus sur la Hammer Film Productions, c’est là que ça se passe :
http://www.hammerfilms.com/
Cinéma & TV ­ Thema : La Hammer

Peter Cushing
(1913­1994)

Formé en tant qu’acteur de théâtre en Angleterre, c’est dans le rôle


du « Grand Moff Tarkin », dans l’épisode IV de Star Wars, que nombre
d’entre nous le connaissent…
Mais c’est pour la Hammer qu’il incarnera certains
des rôles les plus marquants de sa carrière et du
cinéma de genre en général.
Il a été le Professeur Van Helsing dans pas
moins de cinq films (probablement la meilleure
incarnation de Van Helsing à ce jour), le Baron
Frankenstein (dans six films) et même Sherlock
Holmes dans « Le chien des Baskerville » (Version Hammer, 1959).

Christopher Lee
(1922­Il est toujours en vie et travaille toujours, pour
notre plus grand plaisir !)

Pour les plus jeunes d’entre nous il est le Comte Dooku dans la
nouvelle trilogie Star wars, ou même Saroumane le Blanc dans la
trilogie du Seigneur des anneaux (et aussi dans les films Bilbo le
hobbit en cours de tournage) ou encore le Dr. Wonka dans Charlie et
la chocolaterie…
Mais avant ça il a été Le Dracula, celui en cape noire et rouge
avec crocs parfaitement visibles et élégance britannique affichée…
Encore aujourd’hui sa carrure et son parcours font de lui une des
meilleures incarnations du Mal au cinéma.

Terence Fisher
(1904­1980)

Réalisateur britannique, aujourd’hui décédé, connu et reconnu


pour son apport au monde du cinéma fantastique au travers de ses
réalisations pour le compte de la Hammer (avec pas moins de 14 films
à son actif estampillés Hammer). On lui doit notamment Frankenstein
s’est échappé, Le cauchemar de Dracula et La nuit du Loup­Garou.

Jonathan Barbier

259
Guillaume Beylard

YmaginèreS : Avant « Another Hero » film (le premier étant distribué en Allemagne,
il y a eu ton long métrage « Ossessione », Angleterre, USA et Grèce par Redemption
un hommage sanglant à De Palma (St De film). Imaginez : vous avez 20 ans, passionné
Palma pour reprendre tes mots). de cinéma et vous rencontrez un type qui fait
Peux­tu nous expliquer ta démarche des films et qui plus est, les vend et vous aide,
sur ce film, de son écriture à sa vous encourage et du coup vous vous dites :
distribution ? moi aussi, je veux faire la même chose !
Du coup avec Christophe on a écrit le
Guillaume Beylard : Pour pouvoir script, influencé par « Rosmary’s Baby », « La
comprendre ce film il faut faire un retour sur maison du diable », le cinéma d’exploitation
le passé et faire le point sur les rencontres. horreur/ fantastique italien des années 70/80
En 2001 au lycée Merleau Ponty de et bien sûr, comme tu l’évoques dans la
Rochefort (17), je fais la connaissance de question, un soupçon de mon amour pour De
Christophe ROBIN (acteur /co­scénariste d’ Palma !
»Ossessione » et co­ Après nous avons
réalisateur de « Last préparé le tournage
Caresse » et « avec l’ambition de
Blackaria ») et nous shooter au début de
commençons à l’été en Dordogne, en
bosser ensemble sur vidant chacun nos
pleins de petits courts comptes en banque
métrages. du peu d’argent
En 2004 celle qu’on avait de côté.
avec Thomas D’ailleurs par soucis
SZCZEPANSKI à la d’économie, au
fac (chef opérateur d’ début on voulait
« Ossessione », faire cela avec nos
réalisateur de « Guillaume Beylard, Nima Rafighi, Thomas Szczepanski petites caméras DV et
Mama lova », sorti en lorsque l’on a
DVD chez Artus, et « The hunt »,sorti en DVD annoncé cela à Thomas il s’est levé, a secoué
au Chat qui fume) ; ensuite en 2005 avec sa tête et a dit : « Ok mecs, je le fais avec vous,
Thomas nous avons rencontré François je viens filmer avec ma caméra semi­pro et on
GAILLARD (« Last Caress », « Blackaria », « va essayer de faire un truc bien». Le tournage
Die Die my darling »). A cette période j’ai s’est déroulé à Saint­Pardoux­la­Rivière dans
compris que le cursus que je suivais (Art du le Périgord durant 20 jours.
Spectacle) ne m’aiderait ni à faire des films ni Après j’ai monté le film durant l’automne
à devenir réalisateur, alors très vite je me suis 2006, en hiver Guillaume Wilmot,
détourné de la Fac, préférant notamment compositeur sur « Another hero », a écrit la
écouter les conseils de François qui était en musique, puis nous sommes passés au mixage
train de finir « Witchin’hour », son deuxième avec Nicolas Verdoux, aussi mixeur et

260
Cinéma & TV ­ Interview de Guillaume Beylard

monteur son sur « Another Hero ». Puis on qu’on se lance dans quelque chose, il faut aller
arrive au mois de mai et je suis allé au marché au bout et terminer.
du film à Cannes avec mon film sous le bras, Werner Herzog, le mec qui a fait
pris quelques contacts et trouvé une boîte de escalader une montagne à un bateau (cf.
distribution. «Fitzcaraldo »), disait : « tout est possible »
Anecdote amusante, à cette époque j’ai donc selon moi il faut juste se donner les
contacté Le chat qui fume (aujourd’hui co­ moyens de le faire, je me pose pas de
producteur de la série et des projets School’s questions, je le fait, certes avec des petits
Out) avec qui j’ai eu une grande conversation moyens mais au moins on va au bout. Je dis
téléphonique, il devait sortir « Ossessione » ‘‘on’’ parce que je parle autant des projets des
mais pour des raisons financières ça n’a pas copains que des miens. Le but étant de faire
pu se faire. un truc qui existe. Si jamais j’ai réussi à faire
L’important que je retiens d’ »Ossessione peur avec « Ossessione », surprendre les
» au­delà de ses qualités ou de ses défauts, spectateurs de « Beware of Darkness », rire
c’est plutôt de voir l’enchainement des avec « Another Hero », et bien c’est une
rencontres et l’influence de celles­ci sur mon réussite pour moi.
travail d’aujourd’hui.
Nous parlons là d’ »Ossessione » mais Y. : Il est temps maintenant
chaque tournage m’a apporté son lot de d’aborder deux autres de tes projets, je
rencontres et chacun m’a fait évoluer, parle bien entendu de « Children Of The
changer. Ce qui est drôle, c’est que la série est Grave » et « Beware Of Darkness ».
le regroupement presque parfait entre toutes Peux­tu nous dire en quelques mots
ces rencontres, depuis que j’ai commencé à l’histoire du projet « Children Of The
faire des films jusqu’à maintenant. Grave » ainsi que la démarche entreprise
avec ce court métrage ?
Y. : Un long métrage avec si peu de
moyens est risqué en sachant que la G.B. : Ah ! « Children », c’est un film qui
plupart des réalisateurs passent d’abord a une histoire longue comme le bras, un film
par plusieurs courts métrages avant de qu’il a été très difficile de terminer tant dans
tenter le long, et toi, même pas peur, tu sa conception que dans mes décisions
t’engages sur un long avec tous les artistiques. En effet lorsque l’on fait un film il
risques inhérents à ce genre d’exercice. arrive que l’on se perde dessus c’est ce qui
Pourquoi ce choix et qu’en as­tu m’est arrivé sur « Children ». L’avantage de ce
retiré ? projet, une nouvelle fois, c’est que nous avons
pu rencontrer des gens qui font aujourd’hui
G.B. : Je pense que l’on tire toujours une
forme de plaisir et de satisfaction quand on
fait ce qu’on aime, peu importe la difficulté de
le faire, c’est toujours gratifiant.
Aujourd’hui, nous tournons en vidéo.
Nous n’avons pas de frais de pellicule, pas de
frais de développement… Alors il faut foncer,
il faut tourner tout ce que l’on peut. Quand on
veut, on peut !
Il n’y a pas de risque à part celui de ne
pas finir le film, et encore on apprendra
toujours ; donc si on y croit vraiment pas la
peine de stresser. Juste à un moment il faut
aussi se dire que quand on commence et
Beware of Darkness ­ Jellali Mouina
261
Cinéma & TV ­ Interview de Guillaume Beylard

partie intégrante de tous nos projets : David Pour moi un vrai coup de cœur mais pas
Scherer en premier lieux (maquilleur FX) ; réciproque… Donc, dépité, j’ai écrit « Beware
Guilhem Sendras, qui m’a proposé ce scénario of Darkness » en prenant clairement Marion
de vampires, cette belle histoire d’amour ; comme inspiration centrale : à défaut de
Double Dragon, le groupe qui a composé la devenir l’héroïne de ma vie, elle est devenue
musique. Encore une fois on en revient à ce l’héroïne de mon film. Le scénar que j’avais
que je disais : l’aventure prime toujours sur le écrit était un long métrage ; ne voulant pas
résultat, c’est elle qui nous apprend, qui nous trop prendre de risque, je l’ai réécrit en court
forge et qui nous change. Aujourd’hui le film métrage et j’ai proposé à Nima Rafighi
est sur Dailymotion, c’est un film (directeur de la photo de «
muet car nous l’avons décidé ainsi Another Hero », réalisateur
en le remontant l’an dernier d’une centaines de court
avec Christophe Robin. À la métrage) de devenir co­
base, j’avais clairement et réalisateur. Nous l’avons
simplement abandonné le tourné en février 2009 en
truc (ce qui est mal, je reprenant les bases de mise
persiste et signe). Ce en scène que j’aimais tant
n’est que 2 ans après chez Hitchcock, Saint
que Christophe vient Brian de Palma, mais
me voir et me aussi John Woo et Fulci.
demande s’il peut C’est d’ailleurs l’un des
essayer de remonter le tournages les plus riches
film. Je lui réponds en anecdotes tant l’actrice
que oui et 2 mois plus principale nous en a fait
tard est sorti « voir de toutes les couleurs
Children » tel qu’il est et ce n’est pas encore fini.
maintenant sur le net. Ensuite, durant le
printemps de cette année
Y. : « Beware Of 2009, nous l’avons monté
Darkness » : autre puis nous avons tenté un
projet, autre histoire. coup de culot et contacté
Peux­tu nous en dire plus Fabio Frizzi, compositeur
? de « L’au­delà », de «
Zombie 2 », de « L’emmurée
G.B. : « Beware of vivante », et de beaucoup de
darkness » c’est une aventure très films de la période 70/80
différente. Après l’échec de « Children of the exploitation italienne que nous adorons, pour
Grave » je me suis remis en question, j’ai faire la musique. Celui­ci, après avoir vu le
repris l’étude intensive des films, j’ai analysé film, a accepté et nous sommes, avec Nima,
et lu beaucoup pour reprendre les bases, partis à Rome pour travailler sur celle­ci avec
analysant cet échec comme un manque Fabio. Souvenir extra et vraiment une
évident de ma part de remise en question. À rencontre magnifique d’un homme en OR !
cette époque j’écrivais beaucoup, en Le film est sorti sur le net, faisant aussi
particulier pour les filles que je courtisais. partie d’un long métrage à sketches avec
Marion était l’une d’entre elles. Une Aurélie Godeffroy et Thomas Szczepanski ;
animatrice pour laquelle j’avais fondu sur nous devrions aussi proposer le métrage à la
place. Un faux air de Phoebe Cates, une fille Caverne des introuvables d’ici quelques mois.
gentille, douce et franchement intelligente. Et pourquoi pas éditer un DVD, on verra cela.
Nous avons beaucoup parlé, échangé. Pour l’instant la série et un autre film pour

262
Cinéma & TV ­ Interview de Guillaume Beylard

lequel j’œuvre comme co­réalisateur avec méchants et des gentils pour que
Fabrice Martin, « La porte noire », me je puisse après me servir
prennent beaucoup de temps. de cela pour faire
passer d’autres
Y. : Long métrage, court métrage et messages. Par

Beware of Darkness ­ Patrick Sage


maintenant Web série avec « Another exemple
Hero », décidemment rien ne t’arrête ! Inferni est
Alors tout d’abord pourquoi une Web une
série ? Sur un super héro de surcroît ? multinationa
le, succursale
G.B. : Pourquoi une Web série ? Mais de l’enfer sur
parce que je suis un amoureux du support. terre qui vise
J’adore les séries, j’en mange à toutes les à affaiblir
sauces depuis que je suis petit. l’Humain et le
Je suis un peu le Cheap Douglas de « rendre inoffensif
School’s Out », ma nounou quand j’étais petit en vue d’une invasion
c’était la TV ! Alors lorsque j’ai vu « Le de démons le 21
visiteur du futur », la « Flander’s compagny », décembre 2012 (épisode 7).
découvert « Doctor Who », « HIMYM », « Donc au­delà du coté biblique, je veux surtout
The big bang theory » et la force que mettre en avant ma conscience politique et
pouvaient dégager ces séries je me suis dit ma petite critique de la société. De plus je
qu’une Web série ça devrait être un bon cherche aussi à valoriser mes propres valeurs
exercice et un bon moyen de faire un truc un à travers la série, donc pas forcément
peu délire. Alors j’ai décidé d’écrire, inspiré bibliques dans l’esprit, mais inconsciemment
par une idée que j’avais eue au lycée en faisant oui, j’ai dû reprendre ce schéma. J’aime les
un film appelé « La bête» (visible sur le net) : héros au grand cœur, j’adore Mickael Bay et
j’ai écrit sur un personnage qui a l’air tout à bien sur j’aime quand on pleure et que la
fait normal. Un type d’aujourd’hui, un peu grosse musique de Hans Zimmer se met à
paumé, un peu bedonnant, un peu geek, à qui résonner comme dans « Rock », j’aime quand
on aurait donné des super­pouvoirs… J’aime le héros n’est pas forcément celui qu’on attend
l’idée du type qui n’a rien demandé et qui ou qu’il est dans une situation inextricable et
incarne le rêve de pleins de gens : d’être LE que c’est l’amitié et le courage qui le font s’en
super­héros… Alors voilà pourquoi un super­ sortir. Oui, dit comme ca c’est un peu idiot,
héros. mais que voulez­vous, je suis un éternel
amoureux des contes et légendes de la
Y. : Les super­héros combattent sans chevalerie, de l’amitié virile à la John Woo…
cesse le mal, tu as fait le choix de donner
une dimension “biblique“ à ce combat (le Y. : Un super­héros sans super­
héro face à l’enfer et ses sbires). pouvoirs ou super­compte en banque,
Pourquoi ? étrange comme choix, peux­tu nous
éclairer ?
G.B. : C’est intéressant comme question
parce que même si j’ai reçu une éducation G.B. : Comme je l’ai écrit plus haut,
chrétienne, je ne suis pas spécialement un Romain est un type normal, et la fée qui s’est
fervent croyant et défenseur de l’esprit penchée sur son berceau pour lui coller des
manichéen, vous le verrez dans mes films pouvoirs n’a sûrement pas vu que ce serait
d’ailleurs. Pour moi ce qui comptait dans la juste un type normal. Normal dans tout,
série, c’est de pouvoir comme dans les dessins tellement normal que les gens ne
animés avoir une identification simple des comprennent pas pourquoi c’est Romain le

263
héros de la série, il a l’air bizarre tellement il Beaucoup de projets et une vraie envie de
est normal… Tout simplement parce que faire des choses sincères et qui apportent un
Romain c’est un autre héros (Another Hero) ; peu de sentiments dans ce monde de plus en
si j’avais repris les symboles classiques ça plus noir !
n’aurait plus étét cet autre héros… Dans les
premiers (jusqu’à la fin du 6), Romain est un
personnage qui ne rigole pas tellement, il est
même trop sérieux, j’ai mon boulot, je le fais
un point c’est tout, mais au fur et à mesure on
va voir une personne sincère qui finalement
est heureuse de ne plus être seule à porter ce
fardeau : il garde sa personnalité mais il peut
enfin partager avec ses amis son lourd secret.
En complément d’informations, je vous
annonce que l’expression de ses pouvoirs va
de pair avec le fait qu’il n’en veut pas et qu’il
se sent obligé de combattre le mal… Lorsqu’il
aura confiance en lui bien sûr d’autres choses
apparaîtront. Mais vous le savez, on n’a rien
sans rien…

Y. : Quels sont tes projets futurs ?

GB : Ouh là ! D’abord continuer la 1ère


saison d’ »Another Hero », ne rien lâcher.
Faire cette BD qui me tient aussi à cœur.
Ensuite comme j’en ai parlé plus haut, je
co­réalise un film d’horreur avec Fabrice
Martin, « La porte Noire », dont le tournage
touche à sa fin, nous devons encore passer au
montage et à la post prod, une nouvelle
aventure pour moi puisque nous avons
beaucoup travaillé sur fond vert.
On recherche également des financement
pour la saison 2 "d'Another Hero" ainsi que
pour « Twist of Cain », un scénario que j’ai
écrit, un thriller angoissant, que François
Gaillard réalise et que je produis avec Le chat Children of the grave ­ Nicolas Tary & Sophie Chamoux
qui fume, Manu Legagne et d’autres j’espère.
Autre projet, avec School's Out, on
prépare un film à sketch type "Les contes de la
crypte".
Après je continue d’écrire et d’essayer de
trouver des producteurs pour des projets qui
existent dont un film d’action pur jus inspiré
par John Woo : « Taken by force », et un
sublime scénario que j’aimerais beaucoup
réaliser « Tu l’appelleras Sokotai», adapté
d’un livre d’André Bernard Cédaire.

264
OSSESSIONE (2006 – 2007)
Synopsis

Une jeune femme hérite de la maison de sa grand­mère


décédée. Elle et son mari décident de s’y rendre pour les
vacances.
Arrivée là­bas, elle se sent de plus en plus mal et ressent
des choses étranges, des choses qu’elle n’avait pas ressenties
depuis longtemps. Inquiète, elle cherche du réconfort auprès
de son mari mais lui, qui ne sent et ne voit rien, est sceptique.
Lorsque sa femme disparaît, il est bien obligé d’admettre que
les choses vont mal et que surviennent de drôle d’évènements
dans la communauté…

Fiche technique

Réalisation...…………………………………………….. Guillaume BEYLARD

Scenario…………………………………………………… Christophe ROBIN


…………………………………………………… Guillaume BEYLARD

Production…………………..……….............................. Collectif NIA


……………………………………………….. CROMA
………………………………………………. School’s Out

Image………………………………………………….......... Thomas SZCZEPANSKI

Operateur Son…………………………………………… Mickael COLLAS

Montage……………………………………………………. Guillaume BEYLARD

Montage son / mixage……………………………….. Nicolas VERDOUX


Musique………………………………………………….… Guillaume WILMOT

Maquillages /FX…………………………………………… Brice GERBEAU

Avec ………………………………………………………… Christophe ROBIN


………………………………………………………… Marie FRANCOISE
……….……………………………………………….. Gabrielle MAGNOL
………………………………………………………… Mickael LYNCH
………………………………………………………… Francois MERLIN
………………………………………………………… Guillaume BEYLARD
………………………………………………………… Eddy CIGAL
………………………………………………………… Lucie BATAILLE

A visionner sur Daylimotion !


265
CHILDREN OF THE GRAVE (2007 – 2010)
Synopsis
Vincent découvre que sa petite amie l’a trompé
mais pas avec n’importe qui : avec un vampire.
Pendant que le couple se déchire, elle amorce sa
transformation.

Fiche technique
Réalisé par ……………………………………………
Guillaume Beylard
Ecritpar………………………………………………...
Guilhem Sendras
.……………………………………………….
Guillaume Beylard
Produitpar…………………………………………….
Eddy Cigale
………………………………………….. Guillaume Beylard
………………………………………….. School’s Out
Exécutifs……………………………………………… François Gaillard
………………………………………………. Christophe Robin
Avec
Vincent………………….............................................. Guilhem Sendras
Sarah………………………………………………..….... SophieChamoux
Tueur du rêve…………..……………………………. David Scherer
David…………………………………………………….. Nicolas « Peter » Tary
Femme Vampire………...………………………….. Audrey Legrand
Femme Vampire………………………………….… Audrey Escuret
Femme Vampire…………………………………… Baron
Maquillage/Effets Speciaux par …………. David Scherer
Effets speciaux additionnels……………… Enguerran Prieu
………………. Yann Joseph
Directeur de la Photographie…………….. Thomas Szczepanski
…………….. Anna Naigeon
……………. Guy Melon
Caméra……..……………………………………….. Guillaume Beylard
………………………………………………. Thomas Szczepanski
Montage……………………………………………… Christophe Robin
Assisté de Guy Melon
Son par ………………………………………………. Nicolas Verdoux
………………………………………………. Hugues Valentin
Musique de………………………………………… Double Dragon
Régisseur …………………………………………… Christophe
Robin
Costumes et Accessoires Décors………… Flore Laporte
Enguerran Prieu

A visionner sur Daylimotion !


Guilhem Sendras

266
BEWARE OF DARKNESS (2009 – 2010)
Synopsis
Marion (Pauline Vazel), une jeune danseuse, se fait
agresser dans la rue par deux hommes qui cherchent à abuser
d’elle. Grâce à l’intervention de Clarence (Jellali Mouina), qui
met K.O un des hommes, Marion échappe de peu à cette
agression. Le second homme, voyant son ami blessé, panique
et jette Marion à terre avant de s’enfuir.
C’est alors qu’animée d’un étrange pouvoir elle fait exploser
la cheville du fuyard, qui sous le coup de la douleur, tombe,
convulse puis meurt. A côté du cadavre, Marion vacille.
Clarence la rattrape alors qu’elle perd connaissance puis la
ramène chez lui. C’est le début de l’histoire de Marion, jeune
femme au pouvoir télékinétique. Le jeune Clarence qui l’a
sauvée semble sous le charme et finis par lui avouer qu’il
n’était pas là par hasard et qu’il est payé pour cela : il la
surveille depuis plusieurs semaines mais à force de la
regarder comme cela caché derrière son appareil, il en est
tombé amoureux…
Fiche technique
Réalisé et monté par…………………………………. Guillaume BEYLARD
………………………………….. Nima RAFIGHI
Produit et écrit par…………………………………… Guillaume BEYLARD
Directeur de la photographie…………………… Anna NAIGEON
Cadreur/ Machinerie……………………………….. Thomas SZCZEPANSKI
Musique composée et arrangée par ……………. Fabio FRIZZI (SIAE)
Ribot (SIAE)
Ed. Mus. Beat Records (SIAE)
Effets spéciaux/ Make up………………………… David SCHERER
Montage Son…………………………………………… Phillipe EVANS
……………………………………………. Remy SEFFE
Mixage son..……………………………………………. Guy SIMON
Programmation Musicale………………………… Giuseppe MEDDI
Avec
Pauline VAZEL est Marion
Jellali MOUINA est Clarence
Patrick SAGE est L’étranger
Michel COSTE est le Professeur Lauriébat
Laurent ESCOFFIER as L’homme violent 1
Christophe ROBIN as L’homme violent 2
Guillaume BEYLARD est Leny le Barman
Elsa TORO est Voix de Marion et Nurse 1
Sarah Lucide est Nurse 2
Ricoune est le Gardien
Figuration
Isabelle AZAM
Yannis EL HAJI
Florence BALAY
David SCHERER
Abdel ABATOUI
Corine, Cheyenne et Madison
Lisa et Kaïs
Karine JANICHON et Steven
David SCHERER et Pascal CHILLET
Charles JULIEN et Guilhem SENDRAS
Mikaël Jean BENAR
Cécile BEYLARD
Charline CROSIER Pauline Vazel & Guillaume Beylard

Lien : http://vimeo.com/15848468 ; mot de passe : beware


268
Cinéma & TV ­ Backstage "Antoher Hero"

Maintenant que Guillaume Beylard n’a plus de secrets pour vous, attardons nous sur
Another Hero au travers de ce BACKSTAGE.
Another quoi ? oui, faut bien, il y a des gens que ça intéresse,
moi le premier) et je laisse la parole à Florian
Another Hero est une Web série Roche.
actuellement en cours de diffusion sur «Ce qui nous a permis entre autres
le…Web. d’accélérer considérablement la réalisation de
Au moment où j’écris ces lignes, les 6 la série, c'est notre utilisation constante de
premiers épisodes de la saison 1 sont deux caméras. En tournant simultanément
disponibles, sur les 20 épisodes de prévus. avec différentes échelles de plan, on diminue
efficacement le nombre de prises. Pour les
“Romain David est un super héro ... Un scènes d'actions, qui nécessitent en général de
super héro oui, mais sans super bagnole, nombreux changements d'axes, c'est un vrai
sans super nom, sans supers gadgets juste un plus!
super héro. Flanqué de ses deux meilleurs Nous avons tourné avec 2 appareils
amis, des geeks de la première photos pour être plus précis.
heure, il combat le mal Le premier est
incarné par la l'incontournable Canon
multinationale 5D Mark II, plébiscité
INFERNI...” par le milieu du
cinéma et de
La durée l'audiovisuel. La
moyenne d’un seconde caméra est
épisode est de 4 le Panasonic GH1,
minutes (j’insiste sur la le concurrent le plus
moyenne), le tout est sérieux du Canon, en
réalisé par Guillaume particulier grâce à ses
Beylard et Florian Roche. innombrables hackages circulant sur le net
Et le casting me direz­vous, bah le voilà ! (encore une histoire de geeks !) qui boostent
Romain Nicolas, Elsa Toro, Jeanne ses performances au point d'être la meilleure
Dessart, Pascal Garcin, Christophe alternative au Canon 5D au niveau
Robin, Michel Coste, Anthony qualité/prix.
Cinturino, Albert Anthony Cinturino, De plus, l'atout n°1 des appareils photos
Julien Quaglierini, Guillaume Beylard, qui filment se situe dans leur capacité à
Melissa Charles et bien d'autres! Et pour la accepter une multitude d'objectifs
peine je vous laisse deviner qui est qui interchangeables, souvent de meilleure
mouhahahah!!! qualité. Ainsi nous avons beaucoup utilisé des
objectifs argentiques des années 70/80 pour
Technique et techniciens. leur qualité optique incomparable. Certains
peuvent notamment être de véritables pièces
Un peu de technique maintenant (bah de collection comme le HELIOS 85 1.5, un
"
Cinéma & TV ­ Backstage "Antoher Hero"

caillou" exceptionnel : un objectif soviétique Et moi d’ajouter que le montage (de 8 à 9


des années 70 pesant 1kg qui a servi dans jours en moyenne par épisode) est fait
l'armée rouge, l’astronautique et l'astronomie, principalement par Florian Roche et
entre autres. En fin de compte, notre mise en Guillaume Beylard.
scène (et le matériel utilisé avec) est très Pour la musique on retrouve Guillaume
importante à nos yeux car elle s'inscrit dans Wilmot (Instru et Lyrics) mais également les
cette volonté de faire ressurgir le passé et groupes Double Dragon, Continental
surtout dans une certaine cohérence afin de Drift, Kapture (Générique de fin), Black
renforcer la dimension rétro dont bénéficie Apple, Twins ou même Initial.
déjà la série. La forme et le fond ne font plus
qu'un.» Production et partenariat.

Voilà pour la technique. Parlons un peu Il n’y a pas qu’à Hollywood que les
des techniciens et cette fois, ce sont Guillaume acteurs coproduisent le film dans lequel ils
Beylard et Florian Roche qui nous en disent tournent, Romain Nicolas le fait aussi et
plus sur les technos. plutôt bien vu qu’il a été le 1er à croire au
« Guillaume ­ Nous avions projet, suivi par Stéphane
une équipe très restreinte Bouyer pour le Chat qui
sur le tournage. fume
(http://lechatquifume
Florian ­ Le .com/) qui lui assure
directeur de la photo le rôle de
est Nima Rafighi, producteur pour le
c'est un fanatique projet, sans oublier
absolu de Mario School’s Out.
Bava. Doté d'une Ajoutez à ça
véritable sensibilité quelques partenaires
visuelle, il n'a pas peur de comme Terra Ludis
créer des lumières baroques, (http://www.terraludis.org/) ou
hautes en couleurs, bien loin des canons bien Laku laku (http://www.lakulaku.fr/) :
esthétiques actuels, pour renforcer la autant de soutiens qui ont permis à Another
dimension artistique de la série. Nicolas Hero de vivre (c’est aussi ça le cinéma !).
Verdoux s'occupe du doublage des dialogues
et du mixage, entre autres choses. C'est un Tournage et Anecdotes.
garçon talentueux et très professionnel qui
n'hésitera pas à proposer de bonnes idées Pour ce qui est du tournage, on
pour étoffer certaines scènes. retiendra un rythme infernal, une grande
concentration mais une ambiance bon enfant.
Guillaume ­ En plus il est un fanatique
absolu de Doctor Who et possède une
grande culture des séries ce qui nous aide
beaucoup à pouvoir garder une cohérence
dans le sound design.

Florian ­ C'est très important, pour


nous, le son. Malheureusement dans de trop
nombreuses Web séries, le son n'est pas
forcement reconnu à sa juste valeur, c'est un
peu le "parent pauvre". »
Les principales difficultés étant le
format (très court), le temps de tournage
(saison intégralement filmée en 26 jours) et
surtout le budget…autant d’obstacles que
l’équipe a su surmonter.

Maintenant je vais, je pense, laisser


Florian et Guillaume vous narrer quelques
anecdotes de tournage.
« Florian ­ Le tournage est une anecdote Guillaume – (…) mais le fait marquant a
à lui tout seul tellement il y en a eu… quand même été la disparition de l'ingé son,
que j’avais vu la veille du tournage et qui me
Guillaume – (…) Un jour on n’a pas pu dit « ok je serai là » et hop le lendemain,
tourner parce que dans la rue que nous disparition (Ndlr : il était là et poufpouf il a
avions choisie, deux loubards trainaient… disparu !) et même à ce jour je n’ai pas de
nouvelles, juste il est vivant et apparemment
Florian : Deux loubards à l’air louche, ça va ! »
n’oublions pas de le préciser…
News.
Guillaume ­ C’est Christophe (Ndlr :
Christophe Robin, un des comédiens) qui Au moment où j’écris ces lignes
était chargé de voir s’il partaient et du coup, (décidément !), l’équipe de Another Hero
ils l’ont pris pour un flic qui faisait son retravaille les premiers épisodes afin
repérage, alors vu que nous tournions quand d’apporter certaines améliorations, sur
même avec Jeanne en mini short et bas l’image et le son entre autres, suite au retour
résille, et Elsa Toro en petite robe de du public (en plus ils écoutent les gens,
secrétaire… Nous avons changé de rue… Hollywood devrait en prendre de la graine !)
et cette même équipe continue le montage des
Florian ­ Il y a eu aussi le jour ou nous épisodes à venir pour notre plus grand plaisir !
avons tourné l’épisode 8 ! Vous pourrez également retrouver les
Guillaume ­ Oui, à la maison de p’tits gars d’Another Hero au prochain Comic
retraite… Con français sur le stand de Terra Ludis.
Autre surprise lors de cet événement, le
Florian ­ Nous avons tourné l’entrée du DVD d'Another Hero sera disponible sous
hall d’Inferni dans une maison de retraite. Et l'égide du "Chat qui Fume" !
pendant que l’on tournait, assis sur un
fauteuil, dans un coin sombre, un Pour voir, revoir et rerevoir…enfin bref
vieil homme. Et dès que nous pour regarder Another Hero, rendez vous sur
parlions trop fort il se le site de la série :
mettait à crier… http://www.another­hero.com/

Guillaume ­
OOOOooooooh, ça va Je tiens particulièrement à remercier
pas non ? Oooooh ! Guillaume Beylard et Florian Roche
pour leurs participations à cette ITW. Merci
Florian ­ Il Messieurs !
tapait avec sa canne Jonathan Barbier
par terre…

271
Cinéma & TV ­ Backstage "Antoher Hero"

272
Being human

Un vampire, un loup­garou et un
fantôme sont sur un bateau…euh non,
ils sont dans une maison et ce n’est pas
le début d’une blague mais bien le
postulat de départ d’une série qui
s’avère être une des bonnes surprises
de ces dernières années. Il est temps
donc de vous présenter BEING
HUMAN !

(Re)devenir humain…

Being human est une série


britannique crée par Toby
Whitehouse (scénariste entre autres
sur 2 saisons de Doctor Who). En
Grande Bretagne la série est diffusée par (également vue dans Doctor Who). Et au fil
BBC Three. des saisons une quatrième personne viendra
s’installer avec nos trois comparses ; cette
Mitchell, un vampire abstinent, demoiselle s’appelle Nina et pour ne pas
accompagné de George, un loup­garou qui spoiler je ne vous dirais pas ce qu’elle est,
s’efforce de vivre sa malédiction, emménage mais par contre je peux vous dire qui assume
dans une maison qui s’avère être hantée par ce rôle : il s’agit de Sinead Keenan (bah ça
un fantôme, Annie, qui ne sait pas pourquoi alors ! Elle aussi on l’a vue dans Doctor Who).
elle est encore là. Tous trois, unis par leurs
particularités, tentent de vivre parmi les 1, 2, 3, 4…
humains tout en gérant tant bien que mal
leurs conditions… Saison 1 :
Mitchell et George emménagent dans
Mitchell est joué par Aidan Turner une maison qui s’avère être hantée par un
(Que l’on retrouvera dans Bilbo le hobbit de fantôme, Annie, qui ne sait pas pourquoi elle
Peter Jackson dans le rôle du nain Kili), est encore là ni comment elle est morte. Les 3
George par Russel Tovey (on l’a croisé colocataires vont apprendre à composer avec
notamment dans quelques épisodes de Doctor leurs conditions respectives mais également
Who), et Annie par Lenora Crichlow
Cinéma & TV ­ Zoom séries TV "Being human"

tenter de découvrir les raisons de la présence de trouver un coin de forêt désert (pour ne
d’Annie. pas se faire arrêter par la police en même
temps qu’un groupe d’échangistes ayant élu
Saison 2 : domicile sur un parking désert près des
Mitchell va se bois...), avec un poulet accroché à une
retrouver happé dans le branche pour que la faim ne le force pas à se
sillage d’un groupe de rapprocher des habitations. Mais n’allez pas
vampires qui déraille, croire que le fantastique est au rabais, déjà
George va composer avec notre loup­garou (transformation et état final)
sa lycanthropie afin de s’approche plus du Loup­garou de Londres
tenter de mener une que d’Underworld (et c’est le pied), ajoutez à
relation « normale » avec ça une dose de Purgatoire (au sens biblique),
une femme, et Annie va des chasseurs de loups­garous, des vampires
tenter de gérer sa plus présents qu’on ne le pense (avec un
condition de fantôme. conseil et des lois bien précises), bref un
monde cohérant et addictif, car au final tout
Saison 3 : un chacun peu s’identifier à l’un des 3
Changement de décor (et de maison en comparses…
raison de certains événements de la saison 2).
Annie est « prisonnière » donc Mitchell part à Remake or not remake ?
sa recherche et en même temps va devoir
assumer une terrible tragédie qui a eu lieu Alors cette année est diffusé sur SyFy le
précédemment, George et sa compagne remake de la série version USA, j’ai pas
doivent composer avec la malédiction de vraiment compris la démarche vu que la série
loup­garou. marche bien, qu’elle n’est pas finie, plus, faut
l’avouer, la gueule du casting américain et le
Saison 4 : fait que pour la 1ère saison américaine, à part
Haha, elle ne sera diffusée qu’en 2012, les épisodes finaux qui changent, le reste est
donc bah... va falloir attendre (snif) ! un simple portage le plus souvent plan par
plan de la version d’origine… Comme dirait
Quand Friends rencontre Le loup­ notre Gaulois préféré « Ils sont fous ces
garou de Londres… Américains… »

Being human c’est à la fois l’histoire de 3 Pour ceux qui sont balèzes en anglais
trentenaires avec leurs problèmes et voilà l’adresse du site officiel de la série :
questionnements (sans le côté niant­niant des http://www.bbc.co.uk/programmes/b00
films de trentenaires), mais c’est aussi hqlc4
l’histoire de 3 « monstres » qui Jonathan Barbier
tentent tant bien que mal de vivre au
milieu des humains et, il faut bien
l’avouer, ça marche bien…
Jongler sur les deux thèmes est
carrément casse­gueule mais je vous
rassure, dans Being human ça
marche et même plutôt bien, et
surtout tout s’inscrit dans notre
monde avec ses contraintes du
réel…Prenons l’exemple de George
qui les soirs de pleine lune s’assure
Teen Wolf

Avec la saga Twilight le monde a


(re)découvert une certaine forme de
fantastique, le fantastique avec des ados, pour
des ados, avec des acteurs beaux comme des
dieux et d’un romantisme outrancier (oui oui,
à ce niveau­là c’est franchement outrancier) et
le succès aidant la dite saga a fait des petits…
Sachez cependant que Teen wolf n’est pas Loup, qui es­tu ?
vraiment le fils prodigue de Twilight.
Alors Teen wolf version 2011 a été crée
Au loup ! par Jeff Davis (le créateur d’Esprits
criminels) et dans les rôles principaux on
Si quand on vous retrouve Tyler Posey, qui incarne Scott
dit Teen wolf vous McCall (FBI : Portés disparus, Smallville ou
pensez à Michael J. Coup de foudre à Manhattan) dont le
Fox dans le film Teen meilleur pote Stiles est joué par Dylan
wolf de 1985 ou à la O’Brien (High road et The first time) ;
série Le loup­garou du comme c’est
campus, déjà là tout de pas le seul
suite vous faites fausse loup­garou,
route, dans la mesure notre petit
où malgré le fait McCall un
indéniable que la série autre ami à
Teen wolf est inspirée poil qui
du film, on est en 2012 répond au
et comme nombre de nom de Derek Hale, joué par Tyler
dérivés, celui­ci a su Hoechlin (Les Sentiers de la perdition, Les
évoluer avec son temps et de fort belle façon. experts : Miami, Castle ou même 7 à la
maison).
Scott McCall est un jeune ado pas Comme notre héro est un ado pas
franchement populaire, joueur de crosse (pas franchement populaire il lui faut une petite
vraiment doué). Un soir avec son meilleur frappe qui s’acharne un peu sur lui, le genre
ami Stiles (qui est le fils du shérif du coin), ils beau gosse et tout et tout : il s’appelle Jackson
apprennent qu’un cadavre vient d’être Whitemore et il est joué par Colton Haynes
découvert dans les bois, et comme ce sont des (Melrose place et même un petit rôle dans
ados (donc pas vraiment malins), ils décident Transformers). Bon, et la Fille alors ? J’y
d’aller jeter un œil. Forcément en cours de viens ; donc l’heureuse élu, qui joue Allison
route ils se retrouvent séparés, et pas de bol Argent (oui comme le métal), est jouée par
pour notre petit McCall, il se fait Crystal Reed (Skyline mais aussi
attaquer par ce qui semble être un dans deux épisodes des séries Les
loup… experts).
Classique me direz vous, Twilight or not
et bien oui et non, laissez­ Twilight ?
moi vous expliquer.

275
Cinéma & TV ­ Zoom séries TV "Teen Wolf"

Histoire d’écarter le un ancien présentateur de la


plus rapidement possible la chaine M6, par contre faut
liste des influences de avouer que le loup­garou
Twilight, je vais les Alpha, dans sa forme
énumérer vite fait ici, de entière, bien éclairé, fait un
suite. peu peur (dans le sens où il
C’est une série avec des est franchement mal foutu)
ados tout comme Twilight mais bon, c’e ne sont que
(ouais, m’enfin Buffy aussi quelques minutes sur
!), y’a dedans un loup­garou (Derek Hale) qui l’ensemble de la saison…
ressemble furieusement au héro de Twilight
(ouais mais lui c’est un loup­garou et pas un Ce qu’il faut retenir de Teen wolf version
bonhomme qui a comme super pouvoir de 2011 : une série bien menée, qui ne tombe pas
craindre le jour et de sauter d’arbres en dans le syndrome Twilight, qui aborde
arbres), le héro et la fille sont tout mignons néanmoins les thèmes de l’adolescence avec
ensemble et ... STOOOOOOOOOP ! intelligence.
Là s’arrêtent les points communs avec Donc au demeurant c’est une série qui
Twilight. Dans Teen wolf y’a du sang et des mérite d’être vue.
tripes, la jeune héroïne n’est pas une ado Les audiences américaines étant bonnes,
renfermée qui aurait loupé la période Cure elle a été reconduite pour une deuxième
mais bien une jeune femme en phase avec son saison qui pointera le bout de son nez en 2012
époque et surtout qui sait ce qu’elle veut ! Le (cette année, donc).
bon loup­garou Derek n’est pas un gentil
mentor mais un être torturé, pas vraiment
seul dans sa tête et surtout qui se sert de notre
bon McCall pour parvenir à ses fins…Notre Jonathan Barbier
McCall justement, oui il devient fort, confiant
et populaire, mais au détriment des autres et
de leur santé (un peu violent le p’tit gars par
moment). Stiles est peut­être le seul gars
normal du coin en plus d’être un ami fidèle.
Mais c’est pas tout, dans Teen wolf il est
question de chasseurs de loups­garous, de
vengeance familiale, de torture, de meute et
de loup­garou Alpha (pas gentil celui­là
d’ailleurs), de meurtre, de chantage mais
aussi, car c’est un peu le but de la série, des
problèmes de l’adolescence comme les
changements du corps, les pulsions, le
paraître, l’amitié, l’amour…
On retiendra que les thèmes de
l’adolescence sont ici abordés au travers du
prisme de la lycanthropie, et faut avouer que
c’est assez bien amené…
Les effets spéciaux sont assez bien mis en
scène pour ce qui est du sang et de la tripaille
(enfin, y’en a pas toute les minutes non plus) ;
notre teen wolf arbore un maquillage sympa
même si cela le fait furieusement ressembler à

276
Terra Nova

dans la dixième vague on


retrouve la famille Shannon dont
on va suivre les aventures au fil
de la saison, car ne vous y
Terra Nova, c’est une série qui en cache trompez pas, tout n’est pas rose à
une autre, un postulat de départ alléchant qui Terra Nova…
promet une pure série de SF et qui au final
s’avère être une version familiale de Jurassic Voilà, maintenant que le contexte est
Park teintée de La petite maison dans la posé, voyons un peu qui joue dedans : alors
prairie (sans le côté prêchi­prêcha), mais qui dans la catégorie ‘‘chef’’ on retrouve Stephen
au demeurant fonctionne et se laisse regarder Lang (vous savez le naze qui se croit méchant
même si on n’a pas d’enfants… dans Avatar, tout ça parce qu’il boit du café
en regardant brûler un arbre) qui assume le
Papa Spielberg aux commandes… rôle de Taylor, le big boss de Terra Nova, et
pour la peine je pense que c’est l’un de ses
Produite par Spielberg himself, crée par meilleurs rôles ; dans la fournée on enchaine
Kelly Marcel et Craig Silverstein, Terra avec Christine Adams (Stargate SG­1,
Nova est une série américaine diffusée pour la Docteur Who, Batman begins, Lie to me, etc.)
1ère fois cette année (sur la Fox). qui assure ici le rôle de Mira, la chef des
Sixers (je spoile pas donc bah, à vous
En 2149, notre chère planète est devenue découvrir quoi c’est les Sixers). Ensuite, dans
quasiment invivable (à qui la faute ?), la famille Shannon je voudrais le père James
l’humanité vit constamment avec des qui est joué par Jason O’Mara (Dernier
masques pour respirer et se terre sous de recours et Life on Mars), la mère Elisabeth
grands dômes, la vie à l’extérieur de ceux­ci jouée par Shelley Conn (elle joue dans
est quasi­inexistante…Dans ce contexte bien Charlie et la chocolaterie, à vous de la trouver
moisi, des scientifiques arrivent à ouvrir un !!!) puis, toujours
vortex vers le passée 85 millions d’année plus dans la famille
tôt et surtout sur une terre Shannon, le fils Josh
parallèle…Et ni une ni interprété par
deux, ils décident Landon Liboiron
d’envoyer des gens là­bas, (Degrassi : nouvelle
ils fondent une petite génération, ne me
colonie appelée Terra demandez pas, je
Nova et envoient des connais pas), on
colons par vagues continue par la fille
(accessoirement il n’y a Maddy jouée par
pas de retour possible) et
277
Cinéma & TV ­ Zoom séries TV "Terra Nova"

Naomi Scott (Lemonade mouth, euh... une production Disney apparement) et enfin la
deuxième et dernière fille Zoe jouée par Alana Mansour (ha bah que Terra Nova
visiblement, mais bon on l’excusera, c’est qu’une petite fille).

Le Syndrome Ingalls…

Maintenant qu’on sait qui joue dedans et


surtout quoi ça raconte, on va tacher de dépouiller
de façon sommaire la série en elle­même…
Bon déjà y a des dinosaures et Spielberg, alors
on s’attend à en prendre plein les yeux, bah non c’est
pas Jurassic Park et même si c’est pas mal niveau
SFX, on est loin du niveau d’autres prod de
Spielberg, mais bon c’est pas catastrophique non
plus, mais j’ai été un poil déçu.
Ensuite l’histoire, tout comme la série, démarre
fort, puis s’éteint à partir de l’épisode 3 pour se
réveiller sur les deux derniers épisodes... Question
de rythme on en est là, surtout que le début et la fin de la série soulèvent les bonnes questions,
apportent leurs lots de révélations et d’action, bref on s’éclate mais entre, c’est un peu
tristounet (ce qui lui a valu une belle perte d’audience aux USA avant la fin de la saison, je crois
que les financiers ont eu un peu peur)…
C’est quoi l’intérêt de la série alors, me direz vous, bonne question : je dirais que tout
d’abord, l’attrait de la série c’est son contexte (nouveau monde, faire table rase du passé, voyage
spatio­temporel, etc.), ensuite c’est la famille Shannon à laquelle on finit par s’attacher (faut
dire qu’ils galèrent bien) et qui joue, dans un monde nouveau, tout le registre d’une famille
normale, avec leurs problèmes normaux et leurs enfants normaux (surtout les ados), bref une
histoire de famille…Il y a une dernière chose qui est intéressante dans Terra Nova, c’est
l’intrigue principale (que je ne dévoilerai pas) qui s’étoffe et surtout devient franchement
intéressante sur la fin de saison, ce qui donne envie d’en savoir plus…
En résumé, Terra Nova est une série à voir seul ou en
famille, qui ne bouleversera pas le monde de la TV mais qui a
le mérite d’être propre, distrayante, attachante et, hormis
cette perte de rythme en milieu de saison, relativement bien
menée…

Jonathan Barbier

278
Quand le monde imaginaire devient réel :
Késako le GN ?

Le GN, ou de son nom complet jeu de rôles grandeur nature, est basé sur une activité
simple que vous avez tous pratiquée. Si, si, lorsqu'à l'école, vous jouiez au cow­boy et à l'indien,
au gendarme et au voleur, à la princesse, au chevalier et au dragon... Ajoutez le costume,
l'équipe organisatrice et le lieu. Vous y êtes !

La définition officielle de la une organisation, un


fédération française de GN scénario, des règles qui
permettent le bon
« Le Jeu de Rôles Grandeur Nature fonctionnement du jeu en
(souvent abrégé GN) est plus qu’une simple toute sécurité... Différents
évolution du jeu de rôles sur table, c’est aussi mondes y sont
un héritier des « Murder Parties » nées au représentés, du médiéval
début du XXe siècle, du théâtre fantastique au
d’improvisation et des psychodrames, voire contemporain,
des jeux de pistes. renaissance, pirate,
Au­delà d’un jeu, c’est une activité dont futuriste... Mais tous ces
le concept original et convivial permet aux jeux ont des points
participants de vivre des scènes dignes des communs :
plus forts moments du cinéma. A ceci près •Le but est de s'amuser
qu'ils en sont tous les acteurs, improvisant dans tous les cas. Le fair­play est une
dans le cadre d’un scénario interactif qu’ils composante essentielle et obligatoire du jeu.
découvrent en direct et qui est mis en scène •Les éléments du jeu sont figurés en taille
par l’association organisatrice de réelle (décors, accessoires, costumes...). D'où
l'évènement. » le nom de grandeur nature.
•Les participants jouent un rôle, c'est­à­
Vous l'aurez donc compris, tout n'est pas dire qu'ils incarnent un personnage de leur
du GN et le GN n'est pas n'importe quoi. Il y a choix comme peut le faire un comédien. Il n'y
Cinéma & TV ­ Ouverture culturelle : Késako le GN ?

a pas de texte, car il faut improviser en possible. Les scénaristes ont de l'imagination,
fonction des événements et des interactions. mais c'est souvent les joueurs qui inventent
Le rôle est plus ou moins développé selon les les objectifs les plus farfelus.
souhaits du joueur et peut s’adapter à chacun. •Le costume : Que vous soyez fortuné ou
Il n'est pas nécessaire d'avoir un talent non, il faut toujours faire un effort de
d'acteur. costume. Renseignez­vous sur l'histoire du
•Les joueurs sont impliqués dans un monde afin de ne pas arriver en tunique
scénario structuré par un ou des romaine à un GN futuriste... Le costume sera
organisateurs mais où les actions des joueurs votre préparation la plus longue et la plus
sont libres. Le scénario évolue généralement intéressante de la période avant GN.
selon l'avancée de ceux­ci. Demandez aux organisateurs, ils auront
•Le point « sécurité » prévaut sur toute toujours des adresses de boutiques, ou des
action. Il n'y a aucun contact physique entre astuces à vous conseiller. Sinon, rendez­vous
les joueurs pendant les combats et ceux­ci ici : http://aufildugn.org/
suivent des règles strictes mais simples pour
le bien de tous. (pas de coups à la tête ou Un point sur le fonctionnement
dans les parties sensibles par exemple, même
avec des armes sécurisées). Les accessoires de La base ? Un background, ou historique
combat doivent recevoir l'aval de du personnage. C'est en général le joueur qui
l'organisation pour être utilisés, ainsi que les décide du rôle qu'il souhaite jouer. Chevalier,
costumes. voleur, prêtre, soigneur, magicien, assassin,
espion, commerçant... Lisez les règles du jeu,
Principes essentiels. suivez les principes de création des
•L'interaction : que ce soit de la personnages et lâchez­vous ! Quasiment tout
négociation (commerciale ou autre), de est possible mais soyez raisonnable. Pensez
l'opposition, de la coopération, l'interaction bien que toutes les actions devront réellement
entre joueurs fait la plus grande partie du jeu. être accomplies. Ne jouez pas un assassin si
Le reste est une intervention scénaristique vous êtes aussi discret qu'un éléphant
organisée comme l'apparition dans un magasin de porcelaine.
d'une bande de brigands, de Ne jouez pas un guerrier si
monstres ou de la Déesse vous avez peur de vous
machin­chose qui vient prendre un coup (même
délivrer un important si au pire vous n'aurez
message... qu'un bleu). Pensez à
•L'enquête : il y a vos qualités et
toujours un mystère à exploitez­les ! Et si vous
résoudre, une relique à ne savez pas, testez ! Si le
trouver, ou des recherches rôle ne vous convient pas,
à faire dans un sombre donjon vous pourrez toujours en
où vous serez reçus par des changer sans problème.
monstres... Et puis si vous voulez contrer le Les règles. Les plus importantes à
groupe des vilains magiciens noirs qui veut respecter sont celles de sécurité et de fair­
invoquer l'incarnation de l'Apocalypse venu play. Un exemple ? Vous avez 3 points de vie
botter vos petites fesses, mieux vaut se délocalisés (c'est­à­dire, pour tout le corps).
renseigner avant ! Autrement dit, si un ennemi vous touche trois
•L'objectif : Vous aurez toujours un fois, vous tombez dans le coma. Le combat
objectif de groupe ou/et individuel à s'engage. Ça court, ça hurle, il y a de la
atteindre. La plupart du temps, il s'agit poussière partout et/ou il fait sombre. Avec
simplement de survivre. Ensuite, tout est votre casque, vous n’y voyez pas grand­chose.

280
trois jours à venir. Des gens que je ne
connaissais pas du tout m'ont nourrie et logée
sans rien demander en retour. Ben croyez­
moi, c'est le jeu où j'ai le mieux dormi et
mangé de tous !
La solidarité, l'entraide, le partage sont
des notions qui existent vraiment dans ces
manifestations où nous allons tous pour nous
amuser. Comme nous jouons des rôles, toute
barrière sociale disparaît. Que vous soyez
médecin, banquier, chef d'entreprise,
chômeur, agent d'entretien ou étudiant, vous
vous ferez votre place grâce à vos faits d'armes
Vous sentez un coup sur votre bras, puis un
ou vos actes héroïques. Il m'est arrivé d'avoir
sur la jambe et avant même de pouvoir réagir,
un esclave pendant tout un GN (et croyez moi,
vous avez prit le troisième coup. Si celui­ci a,
il s'est bien marré) et d'apprendre à la fin du
par erreur, été porté à la tête, il ne comptera
jeu qu'il était le grand ponte d'une entreprise.
pas. Mais s'il est valide, alors vous irez sur le
A contrario, la petite étudiante que j'étais est
bord du chemin vous écrouler comme le
devenue le chef d'un mouvement religieux
cadavre que vous serez bientôt si un gentil
pour tout un peuple... Tout est possible dans
soigneur ne vient pas vous sauver dans le
un GN. Votre seule limite, c'est vous.
temps imparti (entre 1 et 3 minutes selon les
jeux mais c'est variable). Ce que vous n'avez
pas fait :
Les liens à consulter :
•Vous n'avez pas râlé parce que vous
Conseils, adresses, guides... :
n’avez rien vu venir.
http://aufildugn.org/
•Vous n'avez pas triché sur le compte des
La Fédération française du GN :
points de vie.
http://www.fedegn.org/tiki­index.php
•Vous ne vous êtes pas écroulé au milieu
du champ de bataille entrainant la chute de
vos autres petits camarades prit dans le
Merci à tous mes anciens compagnons de
combat et qui vous ont marché dessus.
jeux devenus amis, et surtout à celui qui
En bref, vous avez été fair­play, avez
partage ma vie tous les jours !
respecté les règles de sécurité et maintenant
que vous savez ce qu'est un combat, la
prochaine fois vous resterez dans le rang des
Xéléniel
combattants avec vos potes pour couvrir vos
flancs et vous pourrez taper avec des coups de
taille (jamais d'estoc) les bras, les jambes et le
torse de vos ennemis jusqu'à pousser le cri de
la victoire !

Ce que je préfère en GN : Une


culture, un état d'esprit.

Une anecdote : Je perds un sac dans le


train (j'ai plus repris le train pour aller en GN
après ça) et devinez quoi ? Plus de nourriture,
ni de tente, ni de sac de couchage pour les

281
ARAMIS
ADÛNÄ FAËL
Blog : http://www.ascadys.net
Site : http://www.erwinpale.com

LOÏS HÉLARY
Blog : http://fantasy­peinture.over­blog.com
MINO
Blog : http://fanadefantasy.over­
SYR
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Blog : http://syrcity.blogspot.com

FILO
SEDENTA KERNAN
Site : http://filosphere.com
Blog : http://citadelle­
infini.eklablog.com

YOHAN MERCA
JOHN L. "IBIOS"
KARIN WAELES
Blog : http://ithildin.over­blog.com

MARC ALOTTON
AURÉLIE JOUANNIN
Site : http://www.padign.com

MIKE BARISAN
VIRGINIE “KALI” GROS
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CATHERINE
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JOFFREY GABRIEL
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GALATÉE
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RAPHAËL BOUDIN
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DAVIDALPHA
FRANÇOISE “CYBIONE” BOUTET
Blog : http://le­coin­des­livres.over­
PASCAL VITTE
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(Scalp pour les intimes)
Blog : http://vitte.over­blog.com

282
CHRISTIAN PERROT JULIEN HEYLBROECK
Site : http://christian­
perrot.web44.net

XÉLÉNIEL ISO CIRCUMVECTOR


Blog : http://xeleniel.over­blog.com Site : http://www.scriiipt.com

FLO (Les Lyonnes de la SF)


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JÉRÔME "BRAND"
SOLENNE POURBAIX LARRÉ
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LEO CODH AMÉLIE TSAAG VALREN


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MATTHEW SALEM http://www.fabyrinthe.com

KORYDWENN
THOMAS MUNIER
Site :
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PITCHE
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PIERRE TROILLET

LUDOVIC HEUHH PAPAÏS


Blog : http://heuhh.over­blog.com J. BARBIER
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VINCENT MATHIEU MARC­ANDRÉ PEZIN


Site :
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EMILIE MILON
FABIEN DENEUVILLE Blog : http://ilithye.jimdo.com
Site : http://www.footbridge­
online.net MATTHIEU BONNAFOUX

LA FÉE
LAURENT RAMBOUR
Blog : http://role­ ANTHONY DUBREUIL ROMANO
agency.revolublog.com Site : http://geantpetit.free.fr/dotclear
283