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LE CHEMIN ET LA VIE

EXTRAITS DE L’ŒUVRE DE SAMAËL AUN WEOR

Les gens travaillent tous les jours, luttent pour sur-


vivre, veulent exister d’une manière ou d’une autre, mais ils
ne sont pas heureux.
Cette histoire du bonheur est en « chinois », comme
on dit. Le plus grave c’est que les gens le savent et pourtant,
au milieu de tant d’amertumes, ils ne semblent pas perdre
l’espoir d’atteindre un jour le bonheur, sans savoir com-
ment, ni de quelle manière.
Pauvres gens !, combien ils souffrent !, et cependant
ils veulent vivre, ils ont peur de perdre la vie.
Si les gens comprenaient quelque chose de la Psycho-
logie Révolutionnaire, ils penseraient probablement d’une
manière différente ; mais en vérité ils ne savent rien, ils
veulent survivre au milieu de leur misère et c’est tout.
Il existe des moments plaisants et très agréables, mais
ce n’est pas le bonheur ; et les gens confondent le plaisir
avec le bonheur.
La « bombance », les grosses fêtes, les soûleries, les
orgies, c’est du plaisir bestial mais non pas le bonheur.
Il y a cependant de petites fêtes, des réjouissances
saines, sans soûleries, sans bestialités, sans alcool, etc., mais
ce n’est pas non plus le bonheur.
Tu es une personne aimable ? Comment te sens-tu
lorsque tu danses ? Tu es amoureux ? Aimes-tu vraiment ?
Comment te sens-tu quand tu danses avec l’être adoré ?
Permets-moi de paraître un peu cruel en ce moment, pour
te dire que tout ça n’est pas non plus le bonheur.

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Si tu es déjà vieux, si ces plaisirs-là ne t’attirent plus,
s’ils te semblent aussi désagréables qu’une blatte, excuse-
moi si je te dis que si tu étais jeune et plein d’illusions tu
serais différent.
De toute manière, que l’on dise ce qu’on veuille, que
tu danses ou que tu ne danses pas, amoureux ou non, que tu
aies ou non ce qu’on appelle de l’argent, tu n’es pas heu-
reux, même si tu penses le contraire.
On passe sa vie à chercher le bonheur partout, et on
meurt sans l’avoir trouvé.
En Amérique Latine, il y a beaucoup d’individus qui
ont l’espoir de remporter un jour le grand prix de la lote-
rie ; ils croient qu’ils vont obtenir ainsi le bonheur si ar-
demment désiré.
Quand on est jeune, on rêve d’une femme idéale, de
quelque princesse des « Mille et une nuits » ; de quelque
chose d’extraordinaire. Mais vient ensuite la crue réalité
des faits : une femme et des petits enfants qu’il faut entre-
tenir, des problèmes économiques difficiles à résoudre, etc.
Il n’y a pas de doute qu’au fur et à mesure que les en-
fants grandissent les problèmes grandissent aussi et
deviennent même insolubles. Selon que le garçon ou la fille
grandissent, les souliers sont toujours plus grands, de
même que leur prix, cela va de soi.
A mesure que les enfants croissent, les vêtements
sont toujours de plus en plus chers. S’il y a de l’argent, pas
de problème, mais s’il n’y en a pas, la chose est grave et on
souffre horriblement.
Tout cela serait plus ou moins supportable si l’on
avait une bonne épouse mais si le pauvre homme est trahi,
lorsqu’on lui « met des cornes », à quoi cela peut-il servir de
lutter comme il peut pour obtenir de l’argent ?
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Malheureusement, il existe des cas extraordinaires,
des femmes merveilleuses, de vraies compagnes aussi bien
dans l’opulence que dans le malheur, mais, pour comble,
leur mari ne sait pas les apprécier et ces hommes en vien-
nent même à les abandonner pour des femmes qui vont
leur rendre la vie amère.
Nombreuses sont les filles qui rêvent d’un prince
charmant ; malheureusement les choses tournent très
différemment et, en fait, la pauvre femme se marie avec un
bourreau.
La plus grande illusion d’une femme est son désir
d’avoir un beau foyer et d’être mère : « sainte prédestina-
tion ! ». Cependant, même si le mari se révèle très bon,
chose certes très difficile, en fin de compte tout finit par
s’écrouler : les fils et les filles se marient, s’en vont, ou bien
ils paient d’ingratitude leurs parents, et le foyer est défini-
tivement brisé.
Bref : dans ce monde cruel où nous vivons, il n’existe
pas de gens heureux.
Tous les pauvres êtres humains sont malheureux.
Dans la vie nous avons connu un grand nombre
d’individus bourrés d’argent, et qui sont accablés de pro-
blèmes et de querelles de toutes sortes, surchargés
d’impôts, etc. Ils ne sont pas heureux.
À quoi sert d’être riche si on n’a pas la santé ? Pauvres
riches !, ils sont parfois plus malheureux que le dernier des
mendiants.
Tout passe dans cette vie : tout passe, les choses, les
personnes, les idées, ceux qui ont de l’argent, de même que
ceux qui n’en ont pas, et personne ne connaît le bonheur
authentique.

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Beaucoup veulent échapper à eux-mêmes, au moyen
des drogues ou de l’alcool. En réalité, non seulement ils ne
réussissent pas cette évasion, mais, ce qui est pire, ils
restent accrochés dans l’enfer du vice.
Les amis de l’alcool, de la marihuana, du « L.S.D. », etc.,
disparaissent comme par enchantement lorsque le vicieux
se décide à changer de vie.
Ce n’est pas en se fuyant soi-même que l’on atteint le
bonheur. On aurait plutôt intérêt à prendre le « taureau par
les cornes », observer le « moi », à l’étudier dans le but de
découvrir les causes de la douleur.
Quand on découvre les causes véritables de tant de
misères et d’amertumes, il n’y a aucun doute qu’on peut
alors faire quelque chose.
Si on réussit à en finir avec le « moi-même », avec
« mes soûleries », « mes vices », « mes affects » qui me
causent tellement de douleur dans le cœur, avec « mes
préoccupations » qui me détruisent le cerveau et me
rendent malade, etc., il est clair qu’alors survient ce qui est
au-delà du temps, ce qui est au-delà du corps, des affects et
du mental, ce qui est vraiment inconnu pour l’entendement
et qui s’appelle le bonheur !.
Incontestablement, tant que la conscience continuera
à être embouteillée, enfermée dans le moi-même, on ne
pourra connaître la légitime félicité.
Le bonheur a une saveur que le « moi-même » n’a ja-
mais connue.
La Grande Rébellion
Chapitre III - Le Bonheur

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Il n’y a pas de doute qu’entre penser et sentir, il existe
une grande différence, ceci est irréfutable.
Il y a une froideur terrible parmi les gens, c’est le froid
de ce qui n’a pas d’importance, du superficiel.
Les foules croient que ce qui est sans importance est
important ; elles supposent que la dernière mode ou la
voiture dernier modèle, ou cette question du salaire mini-
mum, sont les seules choses sérieuses.
Elles appellent sérieux la chronique du jour,
l’aventure amoureuse, la vie sédentaire, le verre d’alcool, la
course de chevaux, la course automobile, les matchs de
boxe, les commérages, la calomnie, etc.
Évidemment quand l’homme du jour ou la femme du
salon de beauté entendent parler d’ésotérisme, puisque
ceci n’est pas dans leurs plans, ni dans leurs occupations, ni
dans leurs plaisirs sexuels, ils répondent avec un « je ne
sais quoi » de froideur épouvantable ou, tout simplement,
ils tordent la bouche, haussent les épaules et se retirent
avec indifférence.
Cette apathie psychologique, cette froideur épouvan-
table, a un double fondement : d’abord, l’ignorance la plus
effroyable, enfin, l’absence la plus absolue d’inquiétudes
spirituelles.
Il manque un contact, un choc électrique. Personne ne
l’a donné dans le magasin, ni non plus dans ce que l’on
croyait sérieux, encore moins dans les plaisirs du lit.
Si quelqu’un était capable de donner à l’imbécile
homme froid ou à la petite femme superficielle, le contact
électrique approprié, l’étincelle du cœur, quelque réminis-
cence étrange, un je ne sais quoi d’extrêmement intime,
peut-être alors tout serait-il différent.

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Mais n’importe quelle chose étouffe la petite voix se-
crète, la première impulsion du cœur, l’aspiration intime :
probablement une sottise, le beau chapeau d’une vitrine,
l’exquise friandise d’un restaurant, la rencontre d’un ami
qui, plus tard, n’a plus pour nous aucune importance, etc.
Des sottises, des niaiseries, qui ne sont pas transcen-
dantales, mais n’en ont pas moins à un moment donné, la
force d’éteindre la première inquiétude spirituelle,
l’aspiration intime, l’insignifiante étincelle de lumière, le
vague pressentiment qui, sans savoir pourquoi, nous a
inquiété pour un instant.
Si ceux qui aujourd’hui ne sont que des cadavres vi-
vants, de froids noctambules de club, ou simplement des
vendeurs de parapluies dans quelque magasin, n’avaient
pas étouffé la première inquiétude intime, ils seraient en ce
moment des luminaires de l’esprit, des adeptes de la
lumière, des hommes authentiques dans le sens le plus
complet du mot.
L’étincelle, l’impulsion, un soupir mystérieux, un je ne
sais quoi, a été ressenti quelquefois par le boucher du coin,
par le cireur de chaussures ou par le docteur de premier
rang, mais tout a été en vain, les niaiseries de la personnali-
té éteignent toujours la première étincelle de lumière : il ne
subsiste après que le froid de la plus épouvantable indiffé-
rence.
Incontestablement, les gens sont tôt ou tard avalés
par la lune ; cette vérité se révèle irréfutable.
Il n’y a personne qui n’ait ressenti quelquefois dans sa
vie un pressentiment, une étrange inquiétude, malheureu-
sement une chose quelconque de la personnalité, si sotte
qu’elle soit, est suffisante pour réduire en poussière cos-

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mique ce qui dans le silence de la nuit nous avait inquiété
pour un instant.
La lune gagne toujours ces batailles, elle s’alimente,
elle se nourrit précisément de nos propres faiblesses.
La lune est terriblement mécaniste ; l’humanoïde lu-
naire, dépourvu complètement de toute espèce
d’inquiétude solaire, est incohérent et se meut dans le
monde de ses rêves.
Si quelqu’un faisait ce que personne ne fait, c’est-à-
dire aviver l’intime inquiétude surgie peut-être dans le
mystère de quelque nuit, il n’y a aucun doute qu’à la longue
il s’assimilerait l’intelligence solaire et se convertirait de
cette façon en homme solaire.
Voilà précisément ce que le soleil veut, mais ces
ombres lunaires, tellement froides, apathiques et indiffé-
rentes sont toujours avalées par la lune. La mort vient
après tout égaliser.
La mort nivelle tout. N’importe quel cadavre vivant
dépourvu d’inquiétudes solaires, dégénère terriblement, de
manière progressive, jusqu’à ce que la lune le dévore.
Le soleil veut créer des hommes, il est en train de faire
cet essai dans le laboratoire de la nature ; malheureuse-
ment cette expérience ne lui a pas donné de bons résultats,
la lune avale les gens.
Cependant, ce que nous sommes en train de dire
n’intéresse personne, et encore moins les ignorants ins-
truits : ils se pensent « le papa de Tarzan ».
Le soleil a déposé dans les glandes sexuelles de
l’animal intellectuel, improprement appelé homme, cer-
tains germes solaires qui, convenablement développés,
pourraient nous transformer en hommes authentiques.

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Cependant, l’expérimentation solaire s’avère épou-
vantablement difficile, à cause précisément du froid lunaire.
Les gens ne veulent pas coopérer avec le soleil et par
conséquent, à la longue, les germes solaires involuent,
dégénèrent et se perdent lamentablement.
La clavicule maîtresse de l’œuvre du soleil est dans la
dissolution des éléments indésirables que nous charrions
au-dedans.
Lorsqu’une race humaine perd tout intérêt pour les
idées solaires, le soleil la détruit parce qu’elle ne lui sert
plus à l’expérimentation.
Puisque la race actuelle est devenue insupportable-
ment lunaire, terriblement mécanique et superficielle, elle
ne sert plus à l’expérimentation solaire, raison plus que
suffisante pour qu’elle soit détruite.
Pour qu’il y ait une inquiétude spirituelle continue, il
faut transférer le centre magnétique de gravité à l’Essence,
à la conscience.
Malheureusement, les gens ont le centre magnétique
de gravité dans la personnalité : dans le café, dans la
brasserie, dans les questions financières, dans la maison de
rendez-vous, dans la place du marché, etc.
Évidemment ce sont toutes des choses de la person-
nalité, et le centre magnétique de cette personnalité attire
toutes ces choses, cela est irréfutable, et n’importe quelle
personne qui a du bon sens peut le constater par elle-même
et d’une manière directe.
Par malheur, en lisant tout ceci, les canailles de
l’intellect, habituées à discuter sans fin ou à se taire avec un
orgueil insupportable, préfèrent jeter ce livre avec dédain
et lire le journal.

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Quelques gorgées de bon café et la chronique du jour
s’avèrent un magnifique aliment pour les mammifères
rationnels.
Cependant, ils se pensent très sérieux, ils sont indubi-
tablement hallucinés par leurs propres divagations sa-
vantes, et ces choses de type solaire écrites dans ce livre
insolent, les dérangent énormément. Nul doute que les
yeux bohémiens des homoncules de la raison n’oseraient
pas continuer l’étude de cette œuvre.
La Grande Rébellion
Chapitre XX - Inquiétudes

Quel est l’objet réel de notre existence ? Pourquoi


sommes-nous ici, dans quel but ? C’est quelque chose que
nous devons élucider en toute clarté ; c’est quelque chose
que nous devons soupeser, analyser, examiner sereine-
ment...
Nous vivons dans le monde : à quelle fin ? Nous souf-
frons l’indicible : pourquoi ? Nous luttons pour obtenir ce
qui s’appelle « pain, vêtement et refuge », et alors, en fin de
compte, à quoi servent tous nos efforts ? Vivre pour vivre,
travailler pour vivre et ensuite mourir, est-ce par hasard
quelque chose de merveilleux ? En vérité, mes frères, il est
nécessaire de comprendre le sens de notre existence, LE
SENS DE LA VIE.
Il y a deux lignes dans la vie : l’une que nous pour-
rions appeler l’HORIZONTALE et l’autre, la VERTICALE ; et
elles forment une croix à l’intérieur de nous-mêmes, ici et
maintenant (pas une seconde avant ni une seconde après).
Il nous faut examiner un peu ces deux lignes objectivement.

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L’HORIZONTALE commence à la NAISSANCE et finit à
la MORT ; devant chaque berceau il y a la perspective d’un
sépulcre ; tout ce qui naît doit mourir... Dans l’Horizontale
se trouvent tous les processus liés à la naissance, la crois-
sance, la reproduction, la vieillesse et enfin la mort ; dans
l’Horizontale se trouvent les plaisirs futiles de la vie : les
beuveries, la fornication, l’adultère, etc. ; dans l’Horizontale
se trouvent le combat pour le pain de chaque jour, la lutte
pour ne pas mourir, pour subsister sous la lumière du
soleil ; dans l’Horizontale se trouvent toutes les souffrances
intimes de la vie pratique, du foyer, de la rue, du bureau,
etc. La Ligne Horizontale ne peut rien nous offrir de mer-
veilleux...
Mais, il existe une autre « ligne », totalement diffé-
rente : je veux me référer, avec insistance, à la VERTICALE
(comme je l’ai déjà dit, l’Horizontale et la Verticale forment
une croix). Mais, cette Verticale est intéressante. Sur cette
Verticale se trouvent les différents NIVEAUX DE L’ÊTRE ;
sur cette Verticale se trouvent les POUVOIRS TRANSCEN-
DANTAUX et TRANSCENDANTS de l’INTIME ; sur cette
verticale se trouvent les pouvoirs ésotériques, les pouvoirs
qui divinisent, la Révolution de la Conscience, etc.
Avec les forces de la Verticale, nous pouvons influer,
de manière décisive, sur les aspects horizontaux de la vie
pratique ; nous pouvons changer totalement notre propre
destin, rendre notre vie différente, distincte, devenir
totalement différents de ce que nous avons été, de ce que
nous sommes, de ce que nous avons connu dans cette
amère existence.
La Verticale est donc merveilleuse, révolutionnaire
par nature ; mais il est nécessaire d’avoir quelques inquié-
tudes.
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Avant tout, je me demande et je demande à tous ceux
qui sont ici présents : sommes-nous, par hasard, contents
de ce que nous sommes ? Qui d’entre vous se sent vérita-
blement heureux au sens le plus complet du terme ? Lequel
d’entre vous connaît le bonheur ?
Nous devons être sincères : aucun de nous ne jouit de
l’authentique FÉLICITÉ ; aucun de nous ne peut dire qu’il
vit en PAIX ; aucun de nous ne peut dire qu’il se trouve dans
une oasis de BÉATITUDE. Nous avons des inquiétudes
terribles, des ennuis, des anxiétés, des amertumes, nous
souffrons beaucoup et notre cœur palpite avec une terrible
intensité...
Nous devons sortir de cette fange où nous nous trou-
vons. Il nous faut vraiment changer radicalement et ce ne
sera possible que si nous faisons appel aux Pouvoirs Trans-
cendantaux et Transcendants de la Verticale.
Lorsque celui qui chemine sur l’Horizontale se sou-
vient de lui-même, de son propre ÊTRE, lorsqu’il se de-
mande : qui suis-je ? D’où est-ce que je viens ? Où vais-je ?
Quel est le but de l’existence ? Il s’engage indubitablement
sur le SENTIER VERTICAL qui est le SENTIER DE LA RÉVO-
LUTION, le sentier qui conduit au SURHOMME.
L’heure du Surhomme est arrivée ! « L’animal intellec-
tuel » n’est réellement pas plus qu’un pont tendu entre
l’animal inférieur et le Surhomme. Nous devons nous
convertir en véritables Rois de la Création, en Maîtres de
nous-mêmes, en Seigneurs de tout ce qui est, de tout ce qui
a été et de tout ce qui sera...
Il est urgent d’opérer un changement, une transfor-
mation totale ; il est urgent de sortir au plus vite de cette
jungle, de ce chaos où nous nous trouvons, dans lequel nous
nous débattons misérablement.
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Les lois de la Terre ne pourront jamais nous offrir la
paix ; les lois de la Terre ne pourront jamais nous offrir
l’authentique Félicité qui transforme totalement ; les lois de
la Terre ne pourront jamais nous offrir la Liberté.
Il est urgent, par conséquent, de prendre le CHEMIN
VERTICAL que nous portons en nous-mêmes, ici et mainte-
nant. L’heure est venue de la Grande Révolution, de la
RÉVOLUTION PSYCHOLOGIQUE, de la Révolution en
marche, de la Révolution qui doit nous conduire au Sur-
homme...
Mes frères gnostiques qui êtes réunis ici, je vous in-
vite à réfléchir au Surhomme, je vous invite à penser à un
changement total, je vous invite à vous engager sur ce
Sentier Vertical Révolutionnaire qui vous conduira inévita-
blement vers la LIBÉRATION FINALE...
Vous n’êtes pas heureux ; je le sais. Et vous ne serez
pas heureux tant que vous n’avancerez pas fermement sur
le Sentier Vertical ; vous ne serez pas heureux tant que
vous n’aurez pas atteint la dimension du Surhomme ; vous
ne serez pas heureux tant que vous n’aurez pas libéré votre
Conscience du bourbier douloureux de ce monde ; vous ne
serez pas heureux tant que vous n’aurez pas expérimenté
CELA qui est le RÉEL, Cela qui ne relève pas du temps, Cela
qui est la VÉRITÉ.
Ainsi donc, mes frères, ce soir où vous êtes réunis, je
vous invite à la réflexion...
Sur le Sentier Vertical se trouve la Révolution de la
Conscience. Lorsqu’on admet qu’on a sa propre « Psycholo-
gie », on commence indubitablement à travailler sur soi-
même ; alors il est évident qu’on s’engage sur le Sentier
Vertical.

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Nous sommes une véritable énigme pour nous-
mêmes, une énigme qu’il faut déchiffrer, une énigme qu’il
faut résoudre, une énigme qu’il faut rompre. En effet, bien
que nous pensions nous connaître, nous ne nous connais-
sons pas, et c’est lamentable. Nous devons être sincères
envers nous-mêmes ; nous devons effectuer la dissection
du « moi-même », du « soi-même », du « JE »...
On admet facilement qu’on a un corps physique,
pourvu d’organes, un organisme, mais il y en a peu parmi
nous qui comprennent vraiment qu’ils ont une Psychologie
particulière. Quand on comprend qu’on a une Psychologie,
on commence à travailler sur soi-même, ici et maintenant ;
quand on comprend qu’on a une psychologie, on entame le
processus de l’AUTO-OBSERVATION PSYCHOLOGIQUE.
Celui qui commence à s’observer lui-même se conver-
tit, de ce fait, en un individu différent, distinct des autres,
complètement distinct. Mais, les gens ont tendance à
n’admettre que la question physique, tridimensionnelle,
celle du corps dense, parce qu’ils peuvent le voir,
l’entendre, le toucher, le palper. En vérité, rares sont ceux
qui acceptent sincèrement qu’ils ont une Psychologie d’un
type bien particulier. Quand quelqu’un l’accepte, il com-
mence, en fait, à s’observer et cela le rend différent pour ses
proches. S’observer pour se connaître est la meilleure
chose qui soit.
Extrait de la Conférence
La Verticalité de l’Existence

13
Du fait que les études gnostiques ont progressé ex-
traordinairement ces derniers temps, aucune personne
cultivée ne tomberait aujourd’hui, comme anciennement,
dans l’erreur simpliste de faire surgir les courants gnos-
tiques de quelque latitude spirituelle exclusive.
S’il est bien certain que nous devons tenir compte,
dans n’importe quel système gnostique, de ses éléments
hellénistiques et orientaux, incluant la Perse, la Mésopota-
mie, la Syrie, l’Inde, la Palestine, l’Égypte, etc., jamais nous
ne devrions ignorer les principes gnostiques perceptibles
dans les sublimes cultes religieux des Nahuas, Toltèques,
Aztèques, Zapotèques, Mayas, Chibchas, Incas, Quechuas,
etc., de l’Amérique indienne.
Pour parler franchement et sans ambages, nous di-
rons que la Gnose est un fonctionnalisme très naturel de la
conscience : une Philosophia perennis et universalis.
Incontestablement, la Gnose est la connaissance illu-
minée des Mystères divins réservés à une élite.
Le mot Gnosticisme renferme l’idée de systèmes ou de
courants consacrés à l’étude de la Gnose. Le Gnosticisme
implique une série cohérente, claire, précise, d’éléments
fondamentaux vérifiables au moyen de l’expérience mys-
tique directe : la Malédiction, à partir d’un point de vue
scientifique et philosophique ; l’Adam et Ève de la Genèse
hébraïque ; le Péché originel et la sortie du Paradis ; le
mystère de Lucifer Nahuatl ; la Mort du Moi-même ; les
pouvoirs créateurs ; le Christ intime, l’Essence du Salvator
Salvatum ; les mystères de la Sexualité ; le Serpent Igné de
nos pouvoirs magiques ; la descente aux Enfers ; le retour à
l’Éden ; le don de Méphistophélès.
Seules les doctrines gnostiques qui impliquent les
fondements ontologiques, théologiques et anthropolo-
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giques mentionnés ci-dessus font partie du Gnosticisme
authentique.
[…]
Il n’est pas inutile dans ce traité de souligner que le
Gnosticisme est un processus religieux très intime, naturel
et profond. C’est un ésotérisme authentique qui prend
racine au fond de notre Être, se développant à chaque
instant, comportant des vécus mystiques très particuliers,
une doctrine et des rites propres.
Doctrine extraordinaire qui adopte fondamentale-
ment une forme mythique, et parfois mythologique.
Sa Liturgie magique, ineffable, constitue une vive il-
lustration pour la conscience superlative de l’Être.
Indiscutablement, la connaissance gnostique échappe
toujours aux analyses ordinaires du rationalisme subjectif.
Le corrélât de cette connaissance est l’intimité infinie de la
personne, l’Être.
La raison d’être de l’Être est ce même Être. Seul l’Être
peut se connaître lui-même. L’Être s’auto-connaît donc
dans la Gnose.
L’Être se réévaluant et se connaissant lui-même est
l’Autognose ; indubitablement, cette Autognose est la Gnose
elle-même.
L’autoconnaissance de l’Être est un mouvement su-
prarationel qui dépend de lui et qui n’a rien à voir avec
l’intellectualisme. L’abîme qui existe entre l’Être et le Moi
est infranchissable et, par conséquent, c’est le Pneuma, c’est
l’Esprit qui se reconnait en nous : cette reconnaissance de
soi-même est un acte autonome pour lequel la raison
subjective du mammifère intellectuel se révèle inefficace,
insuffisante, terriblement indigente.

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L’autoconnaissance, l’Autognose implique
l’annihilation du Moi comme travail préalable, urgent et
indispensable.
Le Moi, l’Ego, est constitué de sommes et de restes
d’éléments subjectifs inhumains, bestiaux, qui ont incontes-
tablement un commencement et une fin.
L’Essence, la Conscience, emboutie, embouteillée, em-
prisonnée dans les divers éléments qui constituent le Moi-
même, l’Ego, ne se manifeste malheureusement que de
façon douloureuse, en vertu de son propre conditionne-
ment. En dissolvant le Moi, l’Essence ou la Conscience
s’éveille, s’illumine, se libère ; alors survient, comme
conséquence ou corollaire, l’autoconnaissance, l’Autognose.
L’Autognose est la base irréfutable, incontestable, de
la Révélation authentique.
La Révélation gnostique est toujours immédiate, di-
recte, intuitive ; elle exclut radicalement les opérations
intellectuelles de type subjectif, elle n’a rien à voir avec
l’expérience, avec l’assemblage de données fondamentale-
ment sensorielles.
S’il est bien certain que l’Intelligence ou Noûs, dans
son sens « gnoséologique », peut servir de base à
l’intellection illuminée, elle se refuse carrément, cependant,
à tomber dans le vain intellectualisme. Les caractéristiques
ontologiques, pneumatiques ou spirituelles de Noûs
(l’Intelligence) s’avèrent claires et évidentes.
Au nom de la vérité, je déclare solennellement que
l’Être est l’unique existence réelle, devant la transparence
ineffable et terriblement divine de laquelle ce que nous
appelons le Moi, l’Ego, le Moi-même, le Soi-même, est tout
simplement ténèbres extérieures, pleurs et grincements de
dents.
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L’Autognose ou reconnaissance autognostique de
l’Être, une fois comprise l’acception anthropologique du
Pneuma ou Esprit, se révèle quelque chose de résolument
rédempteur.
Se connaître soi-même c’est avoir atteint
l’identification avec son propre Être divin. Se savoir iden-
tique avec son propre Pneuma ou Esprit, expérimenter
directement l’identification entre ce qui est connu et celui
qui connaît, voilà ce que nous pouvons et devons définir
comme Autognose.
Indéniablement, cette extraordinaire découverte nous
invite à mourir à nous-mêmes afin que l’Être se manifeste
en nous.
Au contraire, s’éloigner de l’Être, continuer en tant
qu’Ego dans l’hérésie de la séparativité, signifie se condam-
ner à l’Involution dans les mondes infernaux, dans les
régions submergées de l’Abîme.
Cette réflexion nous amène tout naturellement au
thème gnostique du libre-choix. Le Gnostique sérieux est
sans conteste un élu a posteriori.
L’expérience gnostique permet au dévot sincère de se
connaître et de s’autoréaliser intégralement. On entend par
« Autoréalisation » le développement harmonieux de toutes
les infinies possibilités humaines.
Il ne s’agit pas de concepts intellectuels lancés au ha-
sard, ni de simple verbiage insubstantiel ou de bavardage
ambigu. Tout ce que nous disons dans ces lignes peut être
traduit en expérience authentique, vivante, réelle.
Le dogme de la prédétermination orthodoxe, qui nous
embouteillerait lamentablement dans une étroite concep-
tion de la Déité anthropomorphe, n’existe pas dans les
courants gnostiques.
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Dieu en grec est Theos, en latin Deus, et en sanskrit
Div ou Deva, mot que l’on traduit habituellement par Ange
ou Anges.
Et même chez les peuples sémitiques les plus conser-
vateurs, le plus ancien Dieu de la Lumière, El ou Ilu, appa-
raît, dans les premiers chapitres de la Genèse, sous la forme
plurielle synthétique d’Élohim.
Dieu n’est pas un individu humain ou divin en particu-
lier, Dieu est les Dieux. Il est « l’Armée de la Voix », la
« Grande Parole », le « Verbe » de l’évangile de Saint-Jean, le
Logos créateur, l’Unité Multiple Parfaite.
S’auto-connaître et se réaliser dans l’horizon des infi-
nies possibilités implique notre admission ou notre réad-
mission dans « l’Ost créatrice des Élohim ».
Le Gnostique est formellement assuré que lorsque
l’Être aura été intégralement découvert, ses splendeurs
merveilleuses aboliront radicalement toute illusion.
L’ouverture du Pneuma, ou Esprit divin de l’homme, a un
contenu totalement sotériologique.
Si l’on possède encore la Gnose des Grands Mystères
archaïques, c’est parce que des hommes très saints, grâce à
leur fidélité doctrinaire, ont réussi à s’approcher du dyna-
misme révélateur de l’Être.
Sans une information préalable sur l’Anthropologie
gnostique, il serait plus qu’impossible de faire l’étude
rigoureuse des diverses pièces anthropologiques des
cultures aztèque, Toltèque, maya, égyptienne, etc.
Dans l’anthropologie profane, excusez la comparai-
son, lorsqu’on veut obtenir des résultats, on laisse en
liberté un singe, à l’intérieur d’un laboratoire, et l’on
observe ensuite ce qui se passe.

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Les codex mexicains, les papyrus égyptiens, les ta-
blettes assyriennes, les rouleaux de la mer Morte, les
anciens parchemins, de même que certains temples très
antiques, les monolithes sacrés, les vieux hiéroglyphes, les
pyramides, les tombeaux millénaires, etc., offrent dans leur
profondeur symbolique un sens gnostique qui échappe
définitivement à l’interprétation littérale et qui n’a jamais
eu une valeur explicative de caractère exclusivement
intellectuel.
Le rationalisme spéculatif, au lieu d’enrichir le lan-
gage gnostique, l’appauvrit lamentablement, étant donné
que les récits gnostiques, écrits ou allégorisés sous quelque
forme artistique que ce soit, sont toujours orientés vers
l’Être.
Et c’est dans ce très intéressant langage mi-
philosophique et mi-mythologique de la Gnose que se
présentent une série de constantes extraordinaires, de
symboles avec un fond ésotérique transcendantal, et qui, de
manière silencieuse, n’en disent pas moins beaucoup. Les
Dieux et les Hommes savent très bien que le silence est
l’éloquence de la sagesse.
Les caractères qui se rattachent spécifiquement au
« Mythe » gnostique et qui sont mutuellement complémen-
taires, sont les suivants :
1 Divinité Suprême
2 Émanation et Chute pléromatique
3 Démiurge Architecte
4 Pneuma dans le monde
5 Dualisme
6 Le Sauveur
7 Le Retour.

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La Divinité Suprême gnostique peut être définie
comme l’Agnostos Theos, « l’Espace Abstrait Absolu », le
« Dieu Ignoré ou Inconnu », la « Réalité Une de laquelle
émanent les Élohim à l’aurore de toute Création univer-
selle ».
Rappelons-nous que Paranishpana est le Summum
Bonum « l’Absolu », et, par conséquent, la même chose que
Paranirvana.
Incontestablement, les facultés de cognition humaine
ne pourront jamais aller au-delà de l’Empire cosmique du
Logos Mâle-Femelle, du Démiurge créateur, de l’Armée de
la Voix (le Verbe).
Jah-Hovah, le Père-Mère secret de chacun de nous, est
le véritable Jéhovah.
La lettre hébraïque Jod est le membrum virile (le prin-
cipe masculin). Ève, Hévé, qui est la même que Hébé, la
Déesse grecque de la jeunesse et la jeune épouse olympique
d’Héraclès, est la Yoni, le Calice divin, « l’Éternel Féminin ».
Le divin Rabbi de Galilée, au lieu de rendre un culte au
Jéhovah anthropomorphe de la Judée, a adoré son divin
Mâle-Femelle (Jah-Hovah ou Jod-Hévé), le Père-Mère
intérieur.
Le Bienheureux, crucifié sur le mont des « Têtes de
Mort » (le Calvaire), s’exclama, dans un grand cri : « Mon
Père, je remets mon Esprit entre tes mains ». Ramio, Isis, sa
Divine Mère Kundalini, l’a accompagné dans la Via Crucis, le
Chemin de Croix.
Toutes les nations considéraient leur premier Dieu
(ou leurs Dieux primordiaux) comme androgynes : il ne
pouvait en être autrement puisqu’ils voyaient leurs loin-
tains progéniteurs primitifs, leurs ancêtres au double sexe,

20
comme des Êtres divins ou des Dieux saints, tout comme le
font les Chinois d’aujourd’hui.
En effet, la conception artificieuse d’un Jéhovah an-
thropomorphe, exclusiviste, indépendant de sa propre
création, assis là-haut sur un trône de tyrannie et de despo-
tisme, projetant foudres et tonnerres contre cette triste
fourmilière humaine, est le résultat de l’ignorance, pure
idolâtrie intellectuelle.
Cette conception erronée, cette vision si éloignée de la
vérité s’est malheureusement emparée tant du philosophe
occidental que du religieux affilié à n’importe quelle secte
complètement dépourvue d’éléments gnostiques.
Ce que les Gnostiques de tous les temps ont rejeté, ce
n’est pas le Dieu Inconnu, Un et toujours présent dans la
Nature, ni la Nature in abscondito (cachée), mais le Dieu du
dogme orthodoxe, l’épouvantable Divinité vindicative de la
Loi du Talion (œil pour œil, dent pour dent).
« L’Espace Abstrait Absolu », le Dieu Inconnaissable,
n’est ni un vide sans limites, ni une plénitude conditionnée,
mais les deux choses à la fois.
Le Gnostique ésotériste accepte la Révélation comme
procédant d’Êtres divins, des Vies manifestées, mais jamais
de la Vie non-manifestable.
La Déité Inconnaissable est l’Espace Abstrait Absolu,
la racine sans racine de tout ce qui fut, est ou sera.
Cette Cause infinie et éternelle se trouve, bien enten-
du, dépourvue de toute espèce d’attributs ; cette lumière
négative, cette existence négative, est hors d’atteinte de
toute pensée ou spéculation.
[…]
Le Monde divin, l’entourage glorieux du Plérôme, a
surgi directement de la Lumière Négative, de l’Existence
21
Négative. Finalement, le Noûs, Esprit ou Pneuma, contient
en lui-même d’infinies possibilités susceptibles de dévelop-
pement durant la manifestation.
Entre les limites extraordinaires de l’Être et du non-
Être de la Philosophie, il s’est produit la multiplicité, ou
chute. Le Mythe gnostique de la chute de Sophia (la divine
Sagesse), allégorise solennellement ce terrible bouleverse-
ment au sein du Plérôme.
Le désir, la fornication, le fait de vouloir ressortir ou
s’imposer en tant qu’Ego, est l’origine de la déchéance et du
désordre, et produit une œuvre adultérée qui, incontesta-
blement, reste en dehors de l’espace divin, bien qu’en elle
reste prise l’Essence, la Bouddhata, le Matériau Psychique
de la créature humaine.
L’impulsion vers l’Unité de la Vie libre en son mou-
vement peut être déviée vers le Moi, forgeant dans la
séparation tout un monde d’amertumes.
La chute de l’homme dégénéré est le fondement de la
Théologie de toutes les nations antiques.
Selon Philolaûs, le pythagoricien (Ve siècle avant Jé-
sus-Christ), les anciens philosophes disaient que le Maté-
riau Psychique, l’Essence, était enterré dans le Moi comme
dans une tombe, en guise de châtiment pour quelque péché.
Platon témoigne que telle était la doctrine des Orphiques, et
lui-même la professait.
Le désir démesuré, le bouleversement du régime de
l’émanation, conduit à l’échec.
Le fait de vouloir se distinguer comme Ego entraîne
toujours le désordre et la chute de toute rébellion angé-
lique.
L’auteur du monde des formes est, donc, un groupe de
créateurs Mâles-Femelles ou Dieux Doubles, comme Tlaloc,
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le dieu de la pluie et de la foudre, et son épouse Chalchihui-
tlicue, la déesse à la robe de jade, dans les panthéons maya,
aztèque, Olmèque, Zapotèque, etc.
Dans le mot Elojim (Élohim), nous trouvons une clé
transcendantale qui nous invite à la réflexion.
Assurément, Elojim avec un « j » est traduit par
« Dieu », dans les différentes versions autorisées et révisées
de la Bible.
Cependant, c’est un fait irréfutable, non seulement du
point de vue ésotérique, mais aussi linguistique, que le
terme Elojim est un nom féminin avec une terminaison
masculine plurielle.
La traduction correcte, stricto sensu, du nom Élohim
ou pour mieux dire, Elojim (car en hébreux le « h » se
prononce « jh »), est Déesses et Dieux.
« Et l’Esprit des principes masculin et féminin planait
à la surface de l’informe, et la création eut lieu ».
Incontestablement, une religion sans Déesses est à
mi-chemin du complet athéisme.
Si nous voulons vraiment l’équilibre parfait de la vie
animique, nous devons rendre un culte à Elojim (les Dieux
et les Déesses des temps anciens), et non au Jéhovah
anthropomorphe rejeté par le grand Kabîr Jésus.
Le culte idolâtrique du Jéhovah anthropomorphe, au
lieu d’Elojim, est certainement un puissant obstacle à
l’obtention des états conscientifs supranormaux.
Nous, les anthropologues gnostiques, au lieu de rire
avec scepticisme, comme les anthropologues profanes,
devant les représentations des Dieux et Déesses des divers
panthéons aztèque, maya, olmèque, toltèque, inca, chibcha,
celtique, égyptien, hindou, chaldéen, phénicien, mésopota-
mien, perse, romain, tibétain, etc., nous tombons prosternés
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aux pieds de ces Divinités, parce qu’en elles nous recon-
naissons l’Elojim créateur de l’Univers. « Celui qui rit de ce
qu’il ne connaît pas, est sur la voie de devenir idiot ».
La déviation du Démiurge créateur, l’Antithèse, le Fa-
tal, est l’inclination vers l’égoïsme, l’origine réelle de toutes
les amertumes de notre monde.
Indubitablement, la conscience égoïque s’identifie
avec Jahvé, lequel, selon Saturnin d’Antioche, est un Ange
déchu, le Génie du Mal.
L’Essence, la Conscience, embouteillée au cœur de
l’Ego, se manifeste douloureusement dans le temps, en
vertu de son propre conditionnement.
La situation, certes très peu agréable, répétée sans
cesse dans les récits gnostiques, du Pneuma cruellement
soumis aux puissances de la Loi, au Monde et à l’Abîme,
s’avère trop manifeste pour que nous ayons besoin
d’insister sur elle.
La faiblesse et l’impuissance déconcertantes du
pauvre « mammifère intellectuel », erronément appelé
« homme », à se lever du limon de la terre sans l’aide du
Divin, est bien évidente.
Il existe un proverbe populaire, en espagnol, que l’on
pourrait traduire ainsi, littéralement : « Dieu priant, mar-
teau donnant » [Demande et tu recevras].
Seul le « Rayon Igné », impérissable, enfermé au fond
de la substance obscure, informe et froide, peut réduire le
Moi psychologique en poussière cosmique pour libérer la
Conscience, l’Essence.
Nous déclarons en mots ardents : seul le Souffle divin
peut nous réincorporer dans la Vérité ; cependant, ceci
n’est possible que sur la base de travaux conscients et de
souffrances volontaires.
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La possession spécifique de la Gnose s’accompagne
toujours d’une certaine attitude d’extranéité ou de déta-
chement devant ce monde mayavique, illusoire.
Le Gnostique authentique veut un changement défini-
tif, il sent intimement les secrètes impulsions de l’Être ; de
là son angoisse, sa répulsion et son malaise, devant les
divers éléments inhumains qui constituent le Moi. Celui qui
aspire à se perdre dans l’Être, ressent une vive aversion
pour les horreurs du Moi-même, qu’il condamne irrévoca-
blement.
Se considérer comme un moment de la totalité, c’est
se savoir infini et c’est repousser, avec toutes les forces de
l’Être, l’égoïsme répugnant de la séparativité.
Deux états psychologiques s’ouvrent devant tout
Gnostique :
A) Celui de l’Être, transparent, cristallin, impersonnel,
réel et véritable ;
B) Celui du Moi, ensemble d’agrégats psychiques per-
sonnifiant les défauts, dont la seule raison d’exister est
l’ignorance.
Le Moi « supérieur » et le Moi « inférieur » ne sont que
deux parties d’une seule et même chose, deux aspects
différents du Moi-même, deux facettes de l’Infernal.
En effet, le sinistre, gauche et ténébreux Moi, qu’il soit
« supérieur », « médian » ou « inférieur », est la somme, le
reste et la multiplication continue d’agrégats psychiques
inhumains. Le prétendu Moi supérieur est, assurément, un
subterfuge du Moi-même, une ruse intellectuelle de l’Ego
qui cherche des échappatoires pour continuer à exister, une
forme très subtile d’autotromperie.
Le Moi est un ouvrage horripilant en plusieurs tomes,
le résultat d’innombrables événements du passé, un nœud
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fatal qu’il faut défaire. L’autoglorification égoïque, le culte
du Moi, la surestimation du Moi-même, est une paranoïa,
une idolâtrie de la pire espèce.
La Gnose est révélation ou dévoilement, aspiration
raffinée, synthèse conceptuelle, obtention des Biens les plus
élevés.
Ostensiblement, tant en essence qu’en accident, Gnose
et Grâce sont phénoménologiquement identifiables. Sans la
Grâce divine, sans l’aide extraordinaire du Souffle sacré,
l’Autognose, l’autoréalisation intime de l’Être est plus
qu’impossible.
L’important, c’est de s’autosauver, et ceci exige la
pleine identification de celui qui sauve et de celui qui est
sauvé.
Le Divin qui habite au fond de l’Âme, l’authentique et
légitime faculté de connaissance, annihile l’Ego, absorbe
l’Essence en sa Parousie et la sauve en conduisant à une
totale Illumination. C’est le thème du Salvator Salvatum.
Le Gnostique qui a été sauvé des eaux a fermé le cycle
des amertumes infinies ; il a franchi la limite qui sépare
l’espace ineffable du Plérôme des régions inférieures de
l’Univers ; il s’est vaillamment échappé de l’Empire du
Démiurge, car il a réduit l’Ego en poussière cosmique.
Le passage à travers les divers mondes, l’annihilation
successive des éléments inhumains, confirme cette réin-
corporation dans le Soleil Sacré Absolu, et alors, convertis
en créatures terriblement divines, nous passons au-delà du
bien et du mal.
La Doctrine Secrète de l’Anahuac
Chapitre X - L’Anthropologie Gnostique

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