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Bel-Ami, Maupassant, excipit : commentaire

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Voici le commentaire de l’excipit (dernière page) de Bel-Ami de Guy de Maupassant.

Bel-ami, Maupassant, excipit, introduction de


commentaire
Bel-Ami écrit en 1885 par Guy de Maupassant, s’inscrit dans la tradition des romans
d’apprentissage et retrace l’ascension sociale d’un personnage ambitieux, Georges
Duroy.

En écrivain réaliste, Maupassant étudie l’âme de l’ambitieux pour critiquer une société
bourgeoise obnubilée par la réussite sociale et l’argent.

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Utilisant les femmes pour réaliser son ascension, Bel-ami passe toutes les étapes de
l’ascension sociale et finit par épouser Suzanne Walter, la fille du patron du journal la Vie
française dans lequel il a travaillé.

Cet excipit de Bel-ami marque la consécration d’un personnage arriviste (I) dans une
société corrompue (II), ce qui conduit Maupassant à une peinture pessimiste de l’âme
humaine (III)

Questions possibles à l’oral de français sur l’excipit (fin de roman) de


Bel-Ami :
♦ En quoi Bel-Ami est-il un roman d’apprentissage ?
♦ Quelle image Maupassant donne-t-il de Georges Duroy dans cette fin de roman ?
♦ En quoi cet excipit de Bel-Ami est-il satirique ?
♦ Cette fin de Bel-Ami est-elle optimiste ou pessimiste ?
♦ Le roman est-il vraiment fini ?

I – La consécration d’un personnage arriviste

A – Un triomphe symbolique
La fin de Bel-Ami est le récit du triomphe de Georges du Roy, un triomphe qui se
rapproche d’un sacre impérial.

Le nom du personnage tout d’abord – Georges Du Roy – l’inscrit désormais dans le sillage
de la royauté et de la noblesse par la particule « du ». Ses origines paysannes et
normandes que trahissait son nom « Duroy » ne sont plus qu’un lointain souvenir.

Cette solennité se retrouve dans les mouvements lents et réguliers de George Du Roy.
La lenteur de ses mouvements fait en effet penser à un défilé triomphal comme cela se
pratiquait à Rome après la victoire d’un général : «il se redressa », « il passa »,
« retraverser l’église », « Il allait », « il parvint », « descendit avec lenteur» .

Cette scène se rapproche ainsi d’un sacre impérial. D’ailleurs, dans un raccourci
saisissant, Gorges Du Roy passe de l’ombre de l’église à « un éclatant soleil », comme
s’il était au plus haut de sa gloire.

De plus, l’insistance de Maupassant sur la géographie parisienne « Concorde »,


« Madeleine », « Palais-Bourbon » inscrit le personnage au cœur de la capitale et des
lieux de pouvoir et montre qu’il y défile en empereur.

Maupassant crée ainsi un parallélisme entre cette scène et le sacre de Napoléon


Bonaparte en 1804. La « grande baie ensoleillée de la porte » semble couronner son
visage de lumière auxquels succèdent les « frissons » du sacre. Les « haies de
spectateurs » évoquées à la fin du roman concrétisent cette marche triomphale.

B – Bel-ami : un vainqueur darwinien


Georges du Roy, en arriviste, est présenté comme un vainqueur, seul face au monde.

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Cette opposition entre la foule et le personnage se manifeste à travers l’abondant champ
lexical de la foule : « l’interminable défilé des assistants », « un peuple », « D’autres
personnes », « La foule », « pleine de monde », « la foule amassée » , « foule noire ,
bruissante », « Le peuple de Paris », « spectateurs ».

Ce champ lexical est accentué par la comparaison « La foule coulait devant lui comme un
fleuve ». La comparaison entre la foule et le « fleuve » ainsi que le verbe de mouvement
« coulait » s’opposent à la stabilité de Georges du Roy.

De plus, le champ lexical de la foule montre que les personnes réunies sont anonymes et
que seul Georges du Roy est sorti de cet anonymat.

Cette opposition entre un personnage qui a réussi triomphalement et le reste de la foule


rappelle le darwinisme (de Charles Darwin), très influent au XIXème siècle. Le darwinisme
montre que la sélection naturelle assure la survie des espèces en sélectionnant le plus fort.
Or Georges du Roy semble avoir en cette fin de roman réussi à émerger de la foule
parisienne comme si la loi du plus fort l’avait emporté.

Cette opposition entre lui et les autres est si forte que la foule finit par disparaître : « Il ne
voyait personne. Il ne pensait qu’à lui ». La tournure négative dans ces deux phrases
montre que le reste des parisien est effacé du champ de sa pensée tandis que la tournure
restrictive « ne pensait qu’à » souligne un peu plus l’égocentrisme forcené du personnage.

L’alexandrin que constituent ces deux phrases (« Il ne voyait personne. Il ne pensait qu’à
lui ») montre un lyrisme de la solitude. Le seul bonheur de Georges du Roy est d’être
seul au centre du monde.

D’ailleurs, Georges du Roy est sujet de toutes les phrases comme dans le passage
suivant : « Il sentait sur sa peau courir de longs frissons, ces frissons froids que donnent les
immenses bonheurs. Il ne voyait personne. Il ne pensait qu’à lui. Lorsqu’il parvint sur le
seuil, il aperçut la foule amassée, une foule noire, bruissante, venue là pour lui, pour lui
Georges du Roy ».

Et lorsqu’il n’est pas sujet des phrases, Bel-ami est en position d’objet au centre des
regards et des désirs « Le peuple de Paris le contemplait et l’enviait ». Il est donc au
centre de tout.

Par ailleurs, le point de vue est interne : le lecteur voit la scène à travers le point de vue
de Bel-ami qui s’exprime en discours indirect libre (« une foule noire, bruissante, venue là
pour lui, pour lui Georges du Roy ») ou qui exprime ses pensées (« Quelle charmante
maîtresse tout de même » ).

Grâce au point de vue interne, le lecteur entre dans la peau de Georges du Roy dans un
processus d’identification.

Ce portrait de l’ambitieux donne lieu à une satire de la société.

II – Une satire sociale

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A – Les parisiens : une société théâtrale
Maupassant dresse la satire d’une société d’apparence où tout n’est que théâtre.

La mention de l’Opéra au début du texte place d’emblée la scène dans l’espace du


spectacle.

Le champ lexical du regard (« aperçut», «yeux», «les voir passer», «assistants», «les
yeux fixés», «il aperçut», «le contemplait», «relevant les yeux», «ses yeux éblouis»,
« l’image») souligne que la société bourgeoise du XIXème est une société où tout est
spectacle et artifice.

Cette scène de roman est en réalité très proche d’une scène théâtrale, le terme de
«spectateurs» faisait explicitement référence à un public dont Paris serait la scène et
Georges du Roy le personnage principal.

La rencontre entre Georges du Roy et de Mme de Marelle est encadrée par l’entrée
(«Soudain il aperçut Mme de Marelle») et la sortie du personnage («Et elle s’éloigna»).
Ces précisions font l’effet de transitions scéniques.

Le dialogue entre Georges du Roy et Mme de Marelle est succinct et stéréotypé comme
une réplique de théâtre comique «A bientôt, monsieur» / «A bientôt, madame», le
parallélisme créant un comique de répétition.

Les compléments circonstanciels de moyen «de sa voix gracieuse» et «gaiment» jouent le


rôle de didascalies et accentuent la dimension théâtrale d’une société où tous les
comportements sont stéréotypés et uniformisés dans une pantomime bourgeoise que
Maupassant exécrait.

B – Une société désacralisée


En outre, la société décrite par Maupassant est désacralisée.

Maupassant place cette scène au cœur de l’institution sacrée qu’est le mariage.

Pourtant, Suzanne Walter, l’épouse de Bel-ami ,n’est que très peu évoquée dans ce
passage : elle est effacée ou ignorée.

Le champ lexical de la sensualité se déploie à la fin de texte au sujet de Mme de


Marelle : «baisers», «caresses», «gentillesses », «goût de ses lèvres», «désir brusque»,
«jolie», « élégante», «air gamin», «charmante maîtresse», «appel discret», «douce
pression», «petite main », «amour».

Georges du Roy désacralise donc le mariage. Double de Don Juan, il ne cesse de jouer
avec les femmes.

C’est d’ailleurs ce que souligne le nom de Mme de Marelle qui rappelle la marelle, ce jeu
d’enfant où, comme l’arriviste, on s’élève de la terre au ciel.

Rien n’est sacré, tout est jeu dans cette société de la fin du XIXème corrompue par
l’utilitarisme bourgeois et une désacralisation rampante qui gangrène tout.

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III – Une peinture pessimiste de l’âme humaine

A – Bel-ami : un arriviste insatiable


Cet excipit de Bel-Ami est une fausse fin de roman.

En effet, cette dernière page ne signifie pas la fin du parcours pour Georges du Roy.
L’ambitieux va continuer son ascension comme le souligne le déplacement de son regard :
« Puis, relevant les yeux, il découvrit là-bas, derrière la place de la Concorde, la Chambre
des députés. »

Ce regard surplombant Paris et cette ambition politique sont une réécriture de l’excipit du
Père Goriot de Balzac où Eugène de Rastignac prononce son célèbre défi à Paris « A
nous deux maintenant !».

Georges du Roy est exactement dans cette posture de l’arriviste insatiable qui ne cesse de
franchir les limites. Son attitude dans cet excipit donne l’impression qu’il n’est pas prêt à
mettre fin au roman dont il est le héros : il franchit toutes les limites, y compris celles du
roman de Maupassant lui-même !

Cet excipit semble ainsi être l’incipit d’un autre roman : celui de l’ascension politique de
Georges du Roy. Le personnage symbolise ainsi le désir perpétuellement insatisfait.

Mais ce désir insatiable ne mène nulle part. Si on y regarde de plus près, l’excipit de Bel-
Ami est placé sous le signe de la répétition. Bel-Ami se rappelle des «souvenirs» terme
qui est répété à deux reprises dans le texte.

En outre, le texte est mû par un mouvement cyclique comme le montre le préfixe «re»
dans de nombreux verbes qui suggère la répétition, la circularité et non la linéarité attendu
dans le parcours d’un ambitieux : «redressa», «reprit», « retraverser l’église», «car chacun
avait regagné», «relevant les yeux», «revenait», «rajustant».

Alors que sa trajectoire est linéaire et que l’ambitieux est normalement projeté vers le futur,
on sent que Georges Duroy est comme retenu dans le passé. Discrètement, Maupassant
nous fait sentir que l’ambition n’était qu’un néant, une vanité inutile. Georges du Roy est
proche de Sisyphe qui étape après étape revient au point de départ, la convoitise et le
désir jamais rassasiés.

B – Le regard ironique de Maupassant sur son personnage


Maupassant porte un regard ironique sur son propre personnage.

Tout d’abord, il joue sur le nom du personnage pour relativiser son ascension triomphale.
Le «baron Georges du Roy» est nommé «Bel-ami» le surnom que lui a donné la fille de
Mme de Marelle au début de son ascension, voire « Georges ».

Par ces dénominations, Maupassant ramène son personnage à ce qu’il est vraiment :
un parvenu d’extraction paysanne dont la noblesse est factice.

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Le champ lexical de l’illusion montre un personnage enivré par sa réussite : «croyait»,
«balbutiait des mots», «Il ne voyait personne», «il lui sembla», «il ne les voyait point», «ses
yeux éblouis», «flottait l’image».

La parodie de conversion par l’adverbe « presque » (« presque croyant, presque


religieux ») renforce son opportunisme car il est incapable d’une foi solide et sincère.

Ensuite, l’ambition de Georges Duroy, relatée au discours indirect libre, prend des
formes délirantes qui font sourire le lecteur et qui ridiculisent le personnage : « l’Homme-
Dieu, à l’appel de son prêtre, descendait sur la terre pour contempler le triomphe du baron
Georges du Roy » !

Excipit de Bel-ami, conclusion


L’excipit de Bel-Ami campe le portrait de l’ambitieux insatiable.

Comme Eugène de Rastignac dans le Père Goriot, Georges du Roy défie Paris et le
pouvoir.

Cet excipit appelle le début d’un autre roman. Mais à la différence de Balzac qui poursuit
dans la Comédie humaine les aventures de Rastignac, ce second roman roman ne sera
pas écrit. Une manière peut-être pour Maupassant, profondément pessimiste et nihiliste,
de suggérer que cette ambition démesurée n’a aucun sens.

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